0 ratings0% found this document useful (0 votes) 8 views13 pagesUntitled Document-48
Copyright
© All Rights Reserved
We take content rights seriously. If you suspect this is your content,
claim it here.
Available Formats
Download as PDF or read online on Scribd
Quels sont les themes importants
dans les livres V a X des Caractéres de
La Bruyére ?
L’honnéte homme
Dans Les Caractéres, La Bruyére fait le portrait de I'honnéte
homme (idéal de I'homme au XVIléme siécle) : un homme.
mesuré, convenable, cultivé, qui n'essaie pas de paraitre pour ce
qu'il n'est pas
Ainsi, les portraits satiriques sont & lire comme des contre-
modéles de I'honnéte homme.
Par exemple, Théodecte (V, 12) est trop théatral. II veut étre le
centre de tout et a des gestes et des tons de voix excessifs, qui
manquent de discrétion. Narcisse (VII,12) ne se soucie que de lui-
méme.
Lhonnéte homme, au contraire, se caractérise par sa modestie, sa
mesure ct sa maitrise des relations sociales et de la
conversation (livre V, « De la société et de la conversation »).
Le théatre du monde
La Bruyére représente le monde comme un théatre, theme
traditionnel dans la littérature moraliste du XViléme
cle.
Le monde est théatral car chacun met en scéne sa richesse et sa
fortune, dans une société régie par artifice et la superficialité.
Ainsi, le regard est omniprésent dans Les Caractéres. Tout est
spectacle et destiné a étre vu: « L'on se donne 4 Paris (..) pour se
regarder au visage et se désapprouver les uns les autres» (VIl,
remarque 1). La Bruyére décrit méme un « spectateur de
profession » (VII, remarque 13) qui passe sa vie a fréquenter la Cour
et la ville pour voir et étre vu.
Sur cette scéne, chaque courtisan est un acteur « maitre de son
geste, de ses yeux et de son visage » (VIII, remarque 2).
Cette comédie sociale est néfaste car l'art de la dissirnulation
détruit le « naturel », trés important au Xviléme siécle.La Cour et la ville
Dans le livre Vill, La Bruyére s'intéresse particuliérement a deux
espaces qui amoindrissent les vertus de homme et font ressortir
ses vices : la Cour et Ia ville.
Pour La Bruyére, ce sont les lieux du changement perpétuel. Rien
n'y est stable, tout y est en mouvement, ce qui ne peut que
déplaire au moraliste qui souhaite 'équilibre, la raison, et la
perpétuation de la tradition
Le champ lexical de l'agitation caractérise par exemple le portrait
de Cimon et Clitandre qui « portent au vent, attelés tous deux au
char de la fortune, et tous deux fort éloignés de s'y voir assis ». (VIII,
remarque 9)
La Cour et la ville sont également dominées par la figure de la
Roue de Fortune qui fait et défait les destins a 'aveugle.
Celui qui vient d’étre placé & un nouveau poste en sera
rapidement déchu (VIII, remarque 32).
Dans ces espaces, les hommes sont en esclavage : « Qui est plus
esclave qu'un courtisan assidu, si ce n'est un courtisan plus
assidu » (VIII, remarque 69)
Vargent
Dans le livre VI « Des biens de Fortune », La Bruyére dénonce la
supériorité de l'argent sur la vertu.
En effet, 'argent perturbe ordre social censé étre régi par le
mérite aristocratique.
Ainsi, Giton représente l'allégorie des fortunés se donnant tous les
droits sur les autres en raison de sa richesse (VI, remarque 83).
Celle-ci ne semble pourtant pas le fruit d'un travail abondant: « «il
dort le jour, il dort la nuit »!
Uargent est devenu un instrument de décadence. Dans une
société ot I'argent est le fondement de l'individu, celui qui n’en
posséde pas est exclu, comme Phédon que la pauvreté rend
inapte & toute interaction sociale (VI, remarque 83)L’art de gouverner
Dans le livre X « Du Souverain ou de la République », La Bruyére
réfléchit au meilleur gouvernement possible.
II critique la tyrannie, « maniére la plus horrible et la plus grossiére
de se maintenir » (X, 2) ainsi que la guerre et le désir de conquéte
de certains princes (X, remarques 9 et 10).
Le roi doit étre le « Pére du peuple » (x, remarque 27) et assurer la
paix et la tranquillité publique au lieu de poursuivre sa gloire
personnelle (X, remarque 24).
Dans la remarque 29, La Bruyére représente méme le Roi comme
un berger qui conduit son peuple avec justice, fermeté mais
surtout sobriété et humilité. Le prince idéal doit avoir « une
parfaite égalité d’humeur», « le coeur ouvert et sincére » (x, 35), le
sens de la mesure, le souci de tous et de chacun. On reconnait
aisément dans cette remarque la transposition de lidéal de
lhonnéte homme en pi
ique.
Le Roi doit aussi savoir s'entourer. Quand il sélectionne ses
ministres, c'est en songeant 8 ceux qu'aurait choisis son peuple (x,
remarque 23) : « Cest un extréme bonheur pour les peuples
quand le Prince admet dans sa confiance et choisit pour le
ministére ceux quills auraient voulu lui donner sils avaient été les
maitres .Quelles sont les caractéristiques de
l’écriture de La Bruyére ?
Dans les Caractéres, La Bruyére veut étudier l'homme et I'ame
humaine.
Pour cela, il adopte une écriture prenant la forme de maximes
souvent bréves, faisant penser aux Maximes de La Rochefoucauld
(1665) , un autre célébre moraliste du Xvileme siacle.
Les maximes correspondent une affirmation a valeur
universelle, au présent de vérité générale : « Un caractére bien
fade est celui de n’en avoir aucur» (V, remarque 1). est une
écriture qui vise la ¢larté mais aussi ‘abstraction comme le
montre l'important vocabulaire philosophique.
Mais Les Caractéres relevent avant tout d'une écriture satirique.
La Bruyére a souvent recours au portrait en action qui lui permet
de brosser rapidement une caricature,
La juxtaposition de propositions et les énumérations créent un
effet cumulatif qui montre la démesure et Iimpolitesse
choquante des personnages décrits (« il rit, il crie, if éclate » ou « i
mange, il boit, il conte, il plaisante » dans le portrait de Théodecte,
livre V, remarque 12).Que signifie le parcours « La comédie
sociale » ?
Dans Les Caractéres, La Bruyére dénonce la comédie sociale: sur
le theatre du monde, chacun essaie de paraitre pour ce qu’
nest pas. Les hommes vivent dans I'hypocrisie permanente et
séloignent de l'idéal de I'honnéte hornme.
Le monde est un théatre
La Bruyére invite le lecteur a étre le spectateur amusé d'une
comédie sociale.
Cette comédie a une scéne : la Cour et Ia ville. Ce sont les lieux de
la superficialité et de artifice.
Quand Arfure, dont le mari s'est enrichi, arrive a l'église, c'est dans
«un char» et en portant une robe a « fourde queue », comme
dans une scéne de spectacle baroque. (VI, remarque 16)
Cette comédie posséde également ses acteurs, les courtisans,
« vrais personnages de comédie » (IX, 50) qui maitrisent leur réle a
la perfection,
Le champ lexical du regard, omniprésent dans Les Caractéres,
suggére que les hommes sont tous respectivement acteurs et
spectateurs de leur propre vie
Une écriture théatrale
Pour mieux dénoncer la comédie sociale, I'écriture de La Bruyére
se fait volontiers théatrale.
C'est ainsi que certaines remarques adoptent la forme de
dialogues, comme dans le portrait d'Acis: « Que dites-vous ?
Comment ? Je n'y suis pas ; vous plairait-il de recommencer ? J'y
suis encore moins. Je devine enfin : vous voulez, Acis, me dire qu'il
fait froid ». (V, remarque 7)
Diautres portraits s'apparentent a de véritables saynates de
comédie, tel celui d’Arrias qui se termine par un coup de théatre
Arrias énonce des erreurs |
alors que Séthon se trouve justement en face de lui ! (V, remarque
9)
il affirme avoir apprises de SéthonLa satire sociale
Derriére la comédie sociale, se cache néanmoins la satire sociale.
Lhypocrisie, la rivalité, la jalousie pointent sous lartifice et la
superficialité,
« Lair de Cour est contagieux» écrit La bruyére dans la remarque
14 du livre VIII, Cette métaphore de la maladie suggére que ce
théatre du monde, amusant & regarder, n’en reste pas moins un
espace de corruption et de déchéance.
Tu étudies Les Caractéres de La
Bruyére ? Regarde aussi
e Les Fables, La Fontaine
« Lettres persanes, Montesquieu
© Les liaisons dangereuses, Laclos
* Les Fausses confidences, Marivaux
¢ Lile des esclaves, Marivaux
© Tartuffe, MoliéreLes citations a retenir
* « La mode est ce qui se démode. »
‘* « Onne vaut dans ce monde que ce que l'on veut bien valoir. »
* « Ilest plus aisé o’étre sage pour les autres que de l’étre pour soi-méme. »
Les caractéres de La Bruyére : que dire au bac de frangais
pour faire la différence ?
Mettre en lumiére la modernité de La Bruyére et son approche presque sociologique
des caractéres humains peut véritablement distinguer une copie. Souligner la
pertinence de ses observations dans notre société contemporaine enrichira votre
analyse.
Vous pouvez prendre exemple sur le caractére d’Arrias, au tout début du livre V, De la
Société et de la Conversation. C’est un exemple assez parlant de cette peinture des
meeurs courtisanes que propose La Bruyére. Dés le début, Arrias est décrit comme
étant toujours dans l'excés : « Arrias a tout lu, tout vu. » Il préfére mentir et risquer de
déplaire par son comportement plutét que par son ignorance. Il ment pour exister, et
la société n’en a que faire, préférant le divertissement offert par le faux a 'ennuyeuse
vérité. Arrias n'est que le produit d'une société qui favorise le paraitre et le mensonge,
et qui encourage son comportement. Et méme si le texte date du XVITe siécle, un
paralléle avec notre société actuelle et sa culture de l'image sur les réseaux sociaux
pourrait vous distinguer lors du bac de frangais.
Résumé de leuvre de Jean de La Bruyére
Contexte de 'ceuvre
Jean de La Bruyére écrit sus fabsolutisme du rol Louls [Link]égne est marqué par des guerres ui épuisent les finances, comme la guerre de Neuf ans (1688-1697) et
des persécutions religieuses contre les ansénistes (une communauté catholique et ls protestants.
Par ailleurs, la société connalt des mutations: la nblesse, qui sendette de pus en plus, side Versallesprés duro, tandls que la bourgeoisie, en plein essor reste Pars
cetsenrchten taxant le peuple.
Enfin le XVlléme sce este sidcle des salons od on cultive art de la conversation et esprit galant. Lhonnéte homme est alos celui qui sat paie sans effort, maniant
laconversation avec got, lgareté et sans pédanterie. Mas cette esthétique peut ts vite driver vers des excis de délicatesse quiontaxe de préclosté.
Les salons
Les salons lttéraires sont des réunions tenues par des femmes esprit et de godt annquelles sont invitées ls figures ntellectuelles de Tépoque (lettres, art, politique.)
‘Au XVlleme sidce, un des salons les plus renommés était celui de Fhétel de Rambouillet, puis cei de Mlle de Scudéry. On y développe Tart de la conversation (ou encore
Tarte a causerie’, ony commente les dernires [Link] y élite la made veri
‘Cesont donc ces sujetsactuets et sociétaux que La Bruyére évoquera dans ses Caractéres.Titre de lceuvre : Les Caractéres
Lettre “Les Caractéres fat référence au model sulvi par La Bruyére, savoir Les Caractéres de Thé[Link], autour moderne se dstingue de sa source
antique en éerivant moins des portraits (seulement quatre dans la premiére dlition) que des proverbes, maximes ou flexionsphilosophiques qui portent sur le
‘onetionnement dela société, C'est pourquoi choise pour sous-titre 3 ses Caractires "les Mowurs dec sce
Structure et résumé de I'ceuvre « Les Caractéres » dela Bruyére
Les Caractéres de La Bruyére sont dabord précédés par un discours sur Théophraste et la traduction de ses Caractéres. Cette postion
permet a La Bruyére de montrer son humilté face 8 son model quil ne fat quimiter, Dallleurs, la traduction est imprimée dans une police plus grande que le texte
moderne.
iminate de Fauteur antique
Les Caractere en tant quetels commencent par une préface quipermet La Bruyére dexposer son projet, savoir peindre les hommes en généraletlsinstruire contre le
Leeuvre est ensuite divisée en seizelivres,chacun portant un titre et tratant d'un théme bien distinct:
Jean de La Bruyére : biographie de l'auteur
Jean de La Bruyére nat le 16 aodt 1645 2 Paris, dans une famile bourgeose. Ses parents appartenant au monde juridique, commence des études de droit jusqua devenir
_avocat au barreau de Paris en 1664, Toutefols, certainement par manque de godt pour ce méter, i préfee acheter une charge de trésorier de France en 1673, ce qu a
procure unrevenufixe etanobiissement
Lire de son temps, Jean de La Bruyére reste vive Paris pour lie et médlter, mals surtout pour observer les hommes de son temps. En 1684, il devient le précepteur du
‘duc Louls de Bourbon, petits du Grand Condé qui et le cousin du rol et membre dune des plus grandes families de France. Son éléve a un caractére dif et doit
bientot abandonner les études. Jean dela Bruyre reste alors attaché la maison de Conde en devenant gestionnare de la bibliothéque, ce qui lui procure une nouvelle
rente, mais surtout ll permet observe a cour etes “grands en suivant la famille & Paris, Chantilly et Versailes.
[En 1688, apres quelques hésitations, Jean de la Bruyére décide de publier anonymement Les Caractéres ou les Moeurs de ce scl, fruit des observations qui 3
‘commencées 3 compiler dés 1670, Lélition est précédée dune traduction des Caractees de Fauteur grec Théophraste et dune préfacelouant la supériorité de auteur
antique, Le live aura pourtant un suecésimmédiat et durable, puisquil sera rééité neu fois et toujours agrémenté de nowwelles réflexions passant de 420 remarques 8
11.120, La Bruyéreajoute surtout des portraits falsant référence aux mondsins et mondaines de Fépoque, et des recueils de “clef circulent alors en parallle de Touvrage
pours identifier.
Jean dela Bruyére se fait lie & YAcadémie francaise en 1693, est appuyé par les Ancien (Racine, Boileau, Hossuet.. et viverentcritqué par les Modernes (Corneille,
Perrault, Fontenelle.) Son discours deréceptionaurajustement ces derniers pour cble.
Laquerelle des Anciens et des Modernes
La querelle des Anciens et des Modernes caractérise une opposition entre ceux qui pensent quil faut se tourner vers le passé en imitant ses
brédécesseurs pour créer, car ce sont des modélesindépassables (les Anciens), et ceux qui estiment qui est préférable dinnover en se tournant vers le
présent, car les auteurs cantemporainsseraent supérieurs aux génis antiques (Les Modernes)
(Cest une opposition ancienne, mais qu est particllérement vive au XVlléme side 3 PAcadémie frangalse et qu oppose de nombreux écrivains. On
‘peut compter La Fontaine, Boleeu et La Bruyére dans le camp des Ancien, contre Corneille et Perrault chez les Modernes.
Jean dela Bruyére meurt a Versailles e 10 mal 1696 ans avoir pu publier son ouvrage théologique: les Dialogues sure quiétsme,Citation
«Je rends au public ce qu'll m’a prété ;/'ai emprunté de lui la matiére de cet ouvrage : il est
juste que, 'ayant achevé avec toute lattention pour la vérité dont je suis capable, et qu'il
mérite de moi, je lui en fasse la restitution. »
Préface
«Il faut rire avant que a'étre heureux, de peur de mourir sans avoir ri. »
Chapitre IV, « Du coeur »
« Le plus fort et le plus pénible est de donner ; que codte-t-l d'y ajouter un sourire ? »
Chapitre Vill, « De la cour »
«L’on doit se taire sur les puissants :il ya presque toujours de la flatterie & en dire du bien ; ily
a du péril en dire du mal pendant quiils vivent, et de la lacheté quand ils sont morts. »
Chapitre IX, « Des grands »tulé du parcours « La comé
n société et le théatre. Il faut donc siintéresser aux definitions
de ces deux notions ainsi quau rapport quéelles entretiennent.
Le terme « comédie » est polysémique, il peut avoir différentes significations. Une « comédie » peut désigner tout
dabord une piece de theatre divertissante. Le mot « comédie » désigne également une attitude fausse et théatrale.
Antoine de Furetiare, un lexicographe de renom du XVIF siécle, définit ainsi le terme de « comédie »
1. « Piece de theatre composée avec art, en prose, ou en vers, pour representer quelque action humaine ; & se dit en ce
sens des pieces serieuses, ou burlesques. »
2. « COMEDIE, se dit par extension de toute action plaisante, ou ridicule, qui se fait en compagnie. »
ly a done aujourdhui derriére Tidée de comédie, tout comme au XVIF siécle, celle de piéce de theatre et de faux-
semblants.
II faut noter qu‘aujourd'hui, le terme peut également désigner une attitude désagréable et insupportable synonyme de «
caprice ». On peut, par extension, associer le mot « comédien » 2 Vintitulé du parcours. Ce terme peut signifier «
personne qui fait du théatre » mais également « personne qui se compose une attitude ».
Le terme « sociale » signifie « qui est relative a une société ». Une société désigne le milieu dans lequel vivent les
hommes en groupe. Ce milieu est régi par des lois. Il ya, dans toute société, des interactions permanentes entre les
individus qui la composent.
Lorsqu‘on parle de « comédie sociale », on étudie donc la maniére dont les individus se mettent en scéne et sont mis en
scéne dans leurs interactions avec les autres. Les hommes jouent donc un réle et sooffrent en spectacle. Mais ils sont
également les spectateurs de cette comédie, En somme, homme est un comédien qui joue la comédie sociale car il
essaie de paraitre ce quill rest pas.
Dans Les Caractéres, Jean de La Bruyére dénonce la comédie sociale. Lhypocrisie est généralisée et les hommes sont
sans cesse en représentation, lls jouent un role en permanence et ne sont pas sincéres. Pour lui, les actions
individuelles et les interactions sociales sont saturées de mensonges et de faux-semblants.
Lintitulé du parcours invite & se poser diverses questions
© Comédie ou tragédie sociale ?
‘+ En quoi la société est-elle le lieu d'une comédie permanente ?
Dans quelle mesure les hornmes sontils acteurs et spectateurs du monde ?
Quel regard porter surla comédie sociale ?
Résumé de I'ceuvre
Les Caractéres de La Bruyere regroupent des maximes, des portraits ou des réflexions qui sont réparties en seize
livres. Chaque livre aborde un aspect de la société de lépoque.
La Bruyére présente ses Caractéves comme étant la suite de Iceuvre de Théophraste, Caractéres, probablement écrite
en 319 av. JC. Les Caractéres comptent, au total, seize livres. Chaque livre est consacré & un aspect de la société de
lépoque de La Bruyére. Les lives V & X, qui font objet de la présente étude, sont organisés de maniére logique. Ainsi, &
image de la hiérarchie sociale qui ordonne la société franaise, ces livres sont arrangés selon un ordre « croissant »
Lelivre V est consacré aux telations humaines en général et le livre X est consacré au roi Louis XIV.
‘Chacun des lives est subdivisé en remarques (iy en a 420 au total dans toute leuvre),certaines fonctionnant comme
des réflexions et dautres comme des portraits, des morales ou des maximes. La Bruyére utilise différents styles et
procédes qui rendent son ceuvre unique et plaisante : le dialogue, la saynete, 'apologue, le pastiche, le récit la
description, la comédie, etc.
Le dessein de La Bruyére est de « peindre "homme en général » et ce « daprés nature » (préface aux Caractéves)
Le tire complet de ceuve est Les Caractves ou Les Moers de ce side Cela sous-entend que
De truyere va pence la fot ls dfatendivduels des hommes (eur caractr) eles dfauts
eanque 8812 S0CItE (les moeurs)
(CMMI conatire
Le mot earactére vient du latin character qui signifie « marque, empreinte, signe distinctif» et du grec kharakter qui
signfie « signe, empreinte ». Par extension, le mot « caractére » prend le sens de « disposition morale dlune personne »
Le terme désigne, en littérature, une forme qui fait a peinture des moeurs des hommes & partir de leurs caractéristiques
individuelles.. Livre V : De la société et de la conversation (83 remarques)
LaBruyere étudie, dans ce livre, les relations humai
5 et notamment lusage dela parole.
Pour lui les hommes ne s'écoutent pas et cherchent sans cesse a se dominer les uns les autres. Alors que la parole
devrait étre un outil d'échanges et de conversation dans le but de sinstruie et de se comprendr, elle devient un outil
qui sert les disputes, les moqueries et les intéréts de chacun. La Bruyére ébauche, en filigrane, le portrait de Fhonnéte
homme.
Les portraits principaux du livre V sont ceux dAcis, Arias, Théodecte, Troe, léon, Euthyphron, Cléante et Hermagoras.
re VI
es biens de fortune (83 remarques)
Ce livre a pour theme principal argent. La Bruyére dénonce effet pervertissant des biens.
La Bruyere explique que cest argent qui fait fonctionner la société Il expique que fargent a des effets néfastes sur la
personnalté des hommes. Pour lui fargent est a Torigine de la décadence des hommes et de la société dans laquelle
iis vivent cari larégit et en menace téqulbre.
Les portraits principaux du livre VI sont ceux de Ciitiphon, Arfure, Crésus, Périande, Chrysippe et Ergaste.
. Livre VII : De la ville (22 remarques)
ans ce livre, La Bruyére fait une satire féroce des habitants dela ville de Paris et particuliérement des « parvenus ».
Laville est un lieu corrompu ol les gens se livrent & une véritable comédie sociale. En effet, les bourgeois imitent les
{gens de la cour en se mettant en scéne. Cest également un endioit oi toutes les classes sociales se cotolent,
Ccohabitent et se mélangent. Mais chacun essaie de sortr de sa classe sociale par tous les moyens possibles. La
Bruyére déplore aussi le fait que seules les apparences comptent car chacun est soumis au regard de l'autre. Paris est
donc un veritable theatre qui montre le spectacle déplorable de la malveilance, de Ihypocrsie et de la omperie
humaines,
Laremarque 22, ui cloture le livre Vl, permet & fauteur ’évoquer les moeurs des anciens Romains et de les ériger en
exemple.
Les portraits principaux du livre Vil sont ceux de Narcisse et Théraméne,
ivre Vi
Dela cour (101 remarques)
Dans ce livre, La Bruyére poursult la métaphore théatrale. ll montre que la cour riest que faux-semblants, hypocris
‘et manigances.
La Bruyére dénonce le gne des apparences. Les courtisans sont fustgés pour leur orgueil et leur ambition
‘démesurée. Il se moque de leur comportement et des régles ridicules de Etiquette. Leur désr incessant de
reconnaissance et leur souci permanent de paie font deux les pantins du ri et des plus puissants
La remarque 101 apporte une vértable morale la sagesse veut que fon séloigne de la cour.
Les portraits principaux du livre Vill sont ceux de Cimon, Citandre, Théonas, Timante, Théodote et Straton.
. Livre IX : Des grands (56 remarques)
Dans ce livre, le moraliste dénonce les priviléges acquis parla naissance et le mépris du mérite personnel
La Bruyére évoque les « grands », cest&-dire les hommes issus des familles les plus puissantes. Ces « grands », qui
sont vaniteux, dominent et écrasent les plus « petits» qui se soumettent & eux dans une forme de servitude volontaire.
Malgré tout, les « grands » ne se comportent pas mieux que les « petits » et ils possédent tous les mémes défauts. Ce
live est placé sous le signe de lironie, du sarcasme, de la raillerieet dela dénonciation.
Les portraits principaux du live IX sont ceux de Théophile, Théognis, et Pamphile.
Le Discours de la servitude volontaire est une ceuvre dEtienne de La Boétie, un penseur du XVI"
@ __skedle. ce ciscours est un réqustir contre Fabsolutisme. La Bostie essale de comprendre
‘comment tout une population peut se soumettre a un seul et méme homme, ll soutient que cette
emanque servitude est consentie et non pas forcée.
. Livre X : Du souverain ou de la république (35 remarques)
(ce livre est consacré au roi Louis XIV La Bruyére y évoque également Fexercice du pouvoir.
LLauteur dénonce les abus de Louis XIV et plus particuligrement les guerres quil mene. Le moraliste prodigue des
cconsells au roi etl établit une liste de qualités qui devraient tre celles de ceux qui gouvernent. A travers ces
remarques se profile la critique latente mais sévére de Louis XIV. II propose aussi le portrait de dirigeants idéaux par le
biais de la métaphore du prince-berger (remarque 28) et le portrait un souverain parfait (remarque 35). II évoque dans,
ce chapitre les devoirs du souverain et des drigeants mais aussi ceux du peuple,Les personnages principaux
Les portraits dépeints par La Bruyére lui permettent de parler de son époque, dévoquer un type humain.
\Iriy a pas @ proprement parler de « personnages » dans cette ceuvre, car est un essai. Cependant, on y trouve de
nombreux portraits. Les figures dont La Bruyére fait le portrait sont issues de I’Antiquité ou tirées des comédies
antiques ou classiques. Bien que nombre de lecteurs ont essayé de savoir qui se cachait dertiére ces portraits, La
Bruyére a insisté sur son dessein : tenir des propos sur la nature humaine en général. Derriére chaque portrait se cache
done un type humain.
Les personnages ne sont pas ou peu décrits physiquement. La Bruyére niétudie pas non plus leur psychologle. I
seefforce de brosser un portrait de leurs moeurs et de leurs comportements,
Pour mener ces portraits a bien, il emploie principalement deux procédé littéraires : hypotypose et Fthopée.
sypotyose
hypotypose est une figure de style qui consiste a décrire une scéne ou une personne de maniére tellement frappante
et animée que le lecteur a fimpression de vivre cette scene ou diétre en face de cette personne.
etnopée
LLethopée est un procédé qui consiste & décrire des personages par lévocation de leurs moeurs et de leurs coutumes,
est donc une description qui a pour objectf de dresser le portrait moral dun personage.
Les thémes principaux
La Bruyere aborde de nombreux themes dans Les Caractéres. Cependant, trois dentre eux sont particuliérement
importants : Fhonnéte homme, le theatrum mundiet la peinture et la critique des moeurs de la société de son temps.
Lhonnéte homme
Dans Les Caractéres, La Bruyére propose, par le biais des portraits sat
contraste, limage idéale de Thonnéte homme.
ues quil fait de ses « personnages » et par
Uhonnéte homme représente lidéal de lépoque classique. Le Larousse le définit ainsi :« Homme du monde accompll,
dun esprit cultivé mais exempt de pédantisme, agréable et distingué tant dans son aspect physique que dans ses
Epoque classique
Lépoque classique est la période littéaire durant laquelle régne le classicisme en France, cest-a-dire entre 1660 et
11685. Le classicisme est régi par des régles esthetiques et morales trés strictes : sobriété et clarté du propos, imitation
des auteurs de IAntiquité, désir de plaire et dinstruire. Les auteurs de cette époque cherchent a égaler la perfection de
la beauté des ceuvres antiques.
Ainsi, Yhonnéte homme est un homme de goit. I sait plaire naturellement, sans faire usage d'artifices. C'est un érudit
quiest capable de rester modeste et discret. I! utilise la conversation & bon escient et ne doit étre ni présomptueux ni
imbu de lui-méme. Il doit, en restant mesuré et délicat, savoir se rendre plaisant et divertissant. Cest donc un homme
cultivé et de bonne compagnie qui se caractérise per sa maitrise de lu-méme et par celle des relations sociales.
En faisant le portrait de personnages ridicules comme Théodecte (livre V, eemarque 12) qui est trop théatral, en mettant
en lumiére des défauts risibles a image de la vanité et de légoisme de Narcisse (livre Vil, remarque 12), en dénongant
les travers de la nature humaine et en se riant de la conduite des hommes qui sont manipulateurs, arrivistes et
intrigants comme le sont les hommes de cour (livre Vil), La Bruyere construt, finalement, le portrait de Thonnéte
homme en montrant ce quil ne faut pas faire.2. Le theatrum mundi
Le motif du theatrum mundi est ce que fon appelle un toposlittéraire : c'est un theme traditionnel et répandu en
littérature. Le theatrum mundi fait le rapprochement entre le jeu théatral et la vie en société. Cela peut se traduire par
«cle théatre du monde ».
Lidée du theatrum mundirenvoie & une conception biblique du monde. D'aprés les préceptes chrétiens, Dieu est le
créateur de notre monde puis il en devient le spectateur. Ainsi le monde est un théatre dans lequel chaque étre humain
joue un réle. Le monde rvest donc quiune illusion et la vieriest donc qu'une comédie sans fin,
Cette idée se retrouve a de nombreuses reprises dans Les Caractéves. Dans live VI « Des biens de fortune » (remarque
21), La Bruyére écrit: « Le peuple souvent ale plaisir de la tragesdia il voit périr sur le théatre du monde les
personages les plus odieux, qui ont fait le plus de mal dans diverses scénes, et quil ale plus hais. » Cast
particuliérerment au cours du livre Vl la remarque 99, quil exprime cette idée.
«Dans cent ans le monde subsistera encore en son entier: ce sera le
‘meme théatre et les mémes decorations, ce ne seront plus les mémes.
acteurs. Tout ce qui se réjouit sur une grace recue, ou ce qui satriste
et se désespere sur un refus, tous auront disparu de dessus la scéne.
I stavance déja sur le théatre dautres hommes qui vont jouer dans
lune méme piéce les mémes res ; ls sévanouiront a leur tour; et
Ccoux qui ne sont pas encore, un jour ne seront plus : de nouveaux
acteurs ont pris leur place. Quel fond a faire sur un personnage de
comédie!»
Jean de La Bruyére
‘Les Caractres, «Live Vill» -
1880
Lemonde est une comédie perpétuelle. Rien ne
@ change sauf les « acteurs ». Mais les nouveaux
hommes qui remplacent les anciens vont,
lntenpnerarion répéter les mémes comportements,
3. La peinture et la
La Bruyére, en bon moraliste, cherche dénoncer les défauts des hommes et les vices de son époque en peignant la
‘société. Cela lui permet de montrer ce quil faut faire et ce qui est a éviter.
ique des moeurs de la société de son temps
La Bruyére, au service dela famille de Condé, fréquente réguliérement Versailles et la cour IIa donc tout le lisir
observer le micracosme quila constitue Il est fobservateur direct des vices (et des vertus) des hommes de son
Spoque. Les portraits quil fat sont inspirés par les personnes quillcroise. Par intermédiaire de ses Caractéres, La
Bruyére cherche & montrer a ses contemporains les travers de leurs mozurs et les défauts de leurs comportements.
rmontre quils sont corrompus et corruptibles tant ils accordent de intérét & argent. Ainsi, dans le ive VI « Des biens et
des fortunes », le moraliste dénonce la toute puissance de Targent qui perturbe lordre social. La société rest pas régie
par le mérite mais par larichesse. Les plus riches asservissent les plus pauvres qui se etrouvent exclus dela socket,
AAinsi, La Bruyére prend notamment exemple d'Ergaste (live VI, remarque 28) prét a tout pour s‘enrichir ou de Giton et
Phédon (livre V, remarque 83) dont la vie es bien dférente en raison de leur fortune. Le premier se donne tous les
droits sures autres en raison de sa richesse, i est heureux eta une vie sociale é[Link], le second,
Phédon, semble exclu de toute vie sociale car ilest pauve.
Pour Fauteur, a ville et la cour concentrent et exacerbent les vices de Thome. En effet, ces deux lieux montrent tout &
Ia fois le clvage social et la perméabilté des classes. Pour Tauteur, cela conduit a un déséqullbre de la société. En
effet les apparences et les faux-semblants modifent fordre social et créent une instablité. Cette instablté se
remarque & travers le destin de certains personnages qui passent de la fortune & infortune en un rien de temps. La
Bruyére prend le cas dun homme anonyme qui, a paine instalé dans ses nouvelles fonctions qui le mettent dans la
lumiére s'en retrouve rapidement déchu, ce qui le replace dans Fombre (livre Vl, remarque 32). Or, cette instabilité
permanente ne favorise nile mérite nila vertu. Ainsi, dans le livre VI « Des biens de fortune », La Bruyere fat e portrait
de Sosie (remarque 15), qui passe du statut de domestique & celui d'administrateur des biens dune paroisse religieuse
(iidevient donc noble) non pas grace & son mérite mais par le bais de fraudes financiéres et de manigances.
Enfin, au-dela dlune critique des meeurs du peuple, La Bruyére fat aussi la critique de ceux qui gouvernent. CestFobjet
de livre X intitulé« Du souverain et de la répubique ». Tout en y dénoncant les défauts dun mauvais souverain, il montre
les exemples que ceux qui gowvernent devraient suivre. Ains, il critique tout partculiérement labsolutisme et la
tyrannie quien découle :« Cest la maniée la plus horrible et la plus grossiére de maintenr, ou de s'agrandir »
(emarque 2), «I ny a point de patrie dans le despotique » (remarque 4). La Bruyere sinsurge également contre la
‘guerre qui ravage le pays et le peuple (remarque 10). Le moraliste se permet ensuite de donner des conseils au
souverain pour devenir un bon roi: il doit stentourer(remarques 14 et 23, i doit servirlesintéréts du peuple et non les
siens (remarque 24), il doit conduite son peuple comme un berger conduit son troupeau (remarque 29), enfin, il doit éte
‘constant et juste envers son peuple (remarque 35). Cest dailleurs dans cette trente-cinquiéme et desniére remarque
‘que La Bruyere brosse le portrait du souverain idéal.