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Comprendre la notion de justice

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Module 2

La justice
Objectifs du module 2

Connaître et identifier les trois sens de la notion de justice

Découvrir et créer des problèmes philosophiques sur la notion de justice


1- Activité introductive : Scenario en petits groupes sur la justice de la
repartition, la retribution, ou l’accès.

•Peut-on tomber d’accord sur la façon dont les choses devraient être, ou bien ce
qu’on appelle juste n’est-il que l’expression de nos intérêts égoïstes ?

•1/ Vous êtes quatre frères et soeurs. Vos parents ont décidé de consacrer 80€
par mois à votre argent de poche. Comment devraient-ils le répartir ?

•2/ Il y a une querelle de succession à la tête d’un royaume entre quatre frères et
soeurs. A qui doit revenir le trône ?
•L'objectif du jeu est d'aborder les différentes conceptions de l'équité (égalité stricte, proportion, égalité
à l'arrivée...), d'étudier les rapports entre l'égalité et la justice, de réfléchir aux critères à partir desquels
s'opère la réflexion, de constater qu'on est davantage enclin à opter pour des solutions
différentes en fonction des scenarii.

• Ont émergé des notions comme :


• - égalité stricte de traitement
• - proportion (ou proportion inverse ; par ex. besoins croissant avec l’âge)
• - égalité à l’arrivée
• - mérite
• - besoin
• -potentiel, capacités (utilité)
2- Phase méta :

•Comment les consensus (plus ou moins consensuels) ont


émergé ?

•Etait-ce difficile de se mettre d’accord ? Pourquoi ?

•Qu’est-ce que cet exercice nous apprend sur la justice ?


•Est-ce que des personnalités charismatiques, ou simplement plus tenaces, se sont
imposées, à l’usure ?

•Quand on n’est pas d’accord, comment va-t-on vers un arbitrage ?


•En votant ? En faisant une moyenne de différentes propositions, lorsque l’arbitrage est
quantifié ?

•Qu’est-ce qui est le plus souhaitable, de passer par l’argumentation


(face à laquelle on est pas à égalité) pour essayer d’imposer ses raisons
(ce qui permet en même temps vraiment parfois d’amener les autres à penser à des
choses non envisagées et à les convainre), ou par un vote/une moyenne ?
3- La justice est-elle toujours synonyme d’égalité ?

Aristote, Ethique à Nicomaque : Bordas p.186

Une distinction utile : Justice distributive et justice corrective.

Justice distributive : A/B = C/D


La justice distributive concerne la répartition équitable des biens, des ressources, des
honneurs et des charges au sein d'une communauté. Ses principales caractéristiques
sont :
•Elle vise une égalité proportionnelle plutôt qu'absolue.
•Elle tient compte des mérites, des besoins ou d'autres critères pertinents pour déterminer
ce qui revient à chacun.
•Elle s'applique généralement au niveau sociétal ou institutionnel.
•Son principe est de donner "à chacun selon son dû".

Justice corrective (ou commutative) : A = B


La justice corrective, quant à elle, régit les échanges et les transactions entre individus.
Ses caractéristiques principales sont :
•Elle vise une égalité arithmétique stricte dans les échanges.
•Elle ne tient pas compte des différences entre les individus, mais seulement de la valeur
des choses échangées.
•Elle s'applique principalement aux transactions privées et à la justice pénale.
Aspect Justice distributive Justice corrective

Type d'égalité Proportionnelle Arithmétique

Critères Mérite, besoin, etc. Valeur objective

Champ d'application Société, institutions Échanges privés, droit pénal

Équivalence dans les


Objectif Répartition équitable
échanges
Exemples de dilemmes entre les deux types de justice :

Indemnisation des victimes de catastrophes naturelles


•Justice corrective : Le gouvernement décide de répartir les ressources disponibles de manière
égale entre toutes les victimes d'une catastrophe naturelle, indépendamment de la gravité de
leurs pertes.
•Justice distributive : Les victimes qui ont subi les plus grandes pertes réclament une
indemnisation proportionnelle à leurs dommages. Ici, la justice corrective exigerait que ceux qui
ont perdu le plus reçoivent une plus grande part de l'aide, contrairement à une répartition égale.

Fiscalité et redistribution des richesses


•Justice distributive : Un système fiscal progressif est mis en place pour redistribuer les
richesses, en taxant les riches pour financer des programmes sociaux pour les moins favorisés.
•Justice corrective : Une entreprise ou un individu particulièrement riche, qui a accumulé sa
fortune de manière honnête et sans porter préjudice à autrui, pourrait estimer que des impôts
excessifs sont une forme d'injustice, nécessitant une correction ou une exemption.
Concurrence : Le conflit survient entre la nécessité de redistribuer les richesses pour
promouvoir l'égalité sociale (justice distributive) et le respect des droits individuels à conserver
la richesse légitimement acquise (justice corrective).

Paiement d’une contravention pour excès de vitesse même tarif ou selon les revenus ?…
3- Suffit-il d’être égaux pour être égaux ?

L’égalité formelle et l’égalité matérielle sont deux concepts souvent utilisés pour
comprendre les différences entre l’égalité formelle (en droit) et l’égalité matérielle
(réelle, en fait). Voici quelques exemples pour illustrer ces concepts :

1- Éducation
- Égalité formelle :Tous les élèves ont le droit d'aller à l'école et de recevoir la même
éducation, selon la loi. Il n'y a aucune discrimination sur la base de la race, du sexe ou
de l'origine sociale.
- Égalité matérielle : Malgré ce droit égal, certains élèves viennent de familles riches
qui peuvent se permettre des cours particuliers, du matériel scolaire supplémentaire, ou
même des écoles privées de meilleure qualité, tandis que d'autres n'ont pas ces
ressources. Les conditions réelles d'apprentissage ne sont donc pas les mêmes.

2. Droit de vote
- Égalité formelle : Tous les citoyens majeurs ont le droit de voter, sans distinction de
revenu, de sexe, de religion ou d'origine ethnique.
- Égalité matérielle : En réalité, certaines personnes vivent dans des régions éloignées
avec peu d'accès aux bureaux de vote, ou ne peuvent pas se permettre de prendre un
jour de congé pour aller voter. D'autres peuvent être influencées par leur niveau
d'éducation ou par des campagnes de désinformation. Ainsi, bien que tous aient le droit
3. Accès aux soins de santé
- Égalité formelle : Tous les citoyens ont accès à un système de soins de santé, sans
discrimination.
- Égalité matérielle :Dans la pratique, l'accès aux soins de santé peut varier en fonction de
l'endroit où l'on vit, du niveau de revenu, et des ressources disponibles (comme le nombre de
médecins dans la région). Une personne riche peut se permettre de payer pour des traitements
plus rapides ou de meilleure qualité, tandis qu'une personne pauvre devra attendre plus longtemps
ou se contenter de soins moins complets.

4. Emploi
- Égalité formelle : La loi stipule que tout le monde doit avoir les mêmes chances d'obtenir un
emploi, indépendamment de son origine, de son sexe, ou de sa situation sociale.
- Égalité matérielle : En pratique, une personne issue d'un milieu privilégié pourrait avoir un
réseau de contacts plus développé, une meilleure éducation, ou des stages plus valorisés qui lui
donnent un avantage réel dans le marché du travail, tandis qu'une autre personne n'aura pas ces
avantages.

5. Justice
- Égalité formelle : Tous les citoyens sont égaux devant la loi, et chacun a le droit à un procès
équitable.
- Égalité matérielle : En réalité, les personnes riches peuvent se permettre de payer de meilleurs
avocats, ce qui augmente leurs chances de gagner un procès, alors que les personnes moins riches
doivent se contenter d'un avocat commis d'office, souvent moins expérimenté et avec moins de
Trois sens de la justice

La justice comme La justice comme La justice comme


institution ou pouvoir principe guidant la vertu morale propre à
judiciaire société un individu

Légitime : conforme à
Légal : conforme aux
un sentiment
lois en vigueur,
spontané de justice, à
Autre distinction imposée par le
la morale ou à un droit
importante : législateur, y désobéir
supérieur, y désobéir
nous expose à des
nous expose à des
sanctions juridiques
sanctions morales
1. Légal mais pas légitime
•Exemple : Certains paradis fiscaux.
•Description : Les entreprises ou les individus utilisent des paradis fiscaux pour réduire leur
imposition, ce qui est légal selon les lois en vigueur dans ces juridictions. Cependant, ces
pratiques sont souvent perçues comme illégitimes, car elles permettent d’échapper à l’impôt
dans leur pays d'origine, privant ainsi les sociétés de ressources nécessaires pour financer les
services publics.

2. Légal et légitime
•Exemple : Le vote lors d'une élection démocratique.
•Description : Participer à une élection en votant est à la fois légal (c'est un droit garanti par la
loi) et légitime (cela reflète l'expression de la volonté populaire et renforce la démocratie). Le
vote est un moyen reconnu et accepté pour les citoyens de participer à la vie politique.

3. Légitime bien qu'illégal


•Exemple : La désobéissance civile pacifique.
•Description : Les actions menées par des mouvements de désobéissance civile, comme celles
de Martin Luther King ou de Gandhi, sont parfois illégales car elles enfreignent les lois en place
(par exemple, en organisant des manifestations non autorisées). Cependant, elles sont souvent
considérées comme légitimes parce qu'elles visent à combattre des lois injustes et à promouvoir
les droits de l'homme, l'égalité et la justice sociale.
Ces exemples illustrent comment la légalité et la légitimité peuvent parfois être en décalage,
Expérience de
pensée de John
Rawls
Théorie de la justice
• Vous échouez sur une île déserte et créez une société…

• Imaginez-vous couverts d’un voile d’ignorance ([Link]) cad


que vous ne savez pas qui vous serez à l’avance dans cette
future société.

• Trouvez les catégories : genre, riche/pauvre, enfant/adulte,


handicapé/valide, fort/faible, en bonne santé/malade,
différentes orientations sexuelles, différentes couleurs de
peau, croyant/non croyant, érudit/non érudit, actif ou non…

• Quelles pourraient les trois premières lois instaurées ?

• Ces règles sont-elles acceptables par toutes et tous ?


Examen des lois aux filtres des habiletés.
Analyse et méta :

•Pourquoi Rawls considère-t-il que la justice doit être définie sans connaissance
des positions sociales ?

•Quelles difficultés avez-vous rencontré dans l’élaboration de vos lois ? Pourquoi ?

•Qu’est-ce que cela nous apprend sur la justice ?


John Rawls et la Théorie de la Justice
John Rawls (1921-2002) est l'un des philosophes politiques les plus influents du XXe siècle. Sa
théorie de la justice, présentée dans son ouvrage majeur "Théorie de la justice" (1971), propose
une approche novatrice pour penser la justice sociale et la distribution des biens dans une société.

1. Le Voile d'Ignorance
Le concept central de la théorie de Rawls est le voile d'ignorance. Il s'agit d'une expérience de
pensée que Rawls utilise pour déterminer les principes de justice qui devraient régir une société.
Voici comment cela fonctionne :
•Imaginons un "contracteur" hypothétique : Les individus se réunissent pour choisir les
principes de justice qui régiront leur société. Cependant, pour garantir l'impartialité, ces individus
doivent se placer derrière un voile d'ignorance.
•Le voile d'ignorance : Les individus choisissant les principes de justice ignorent tout de leur
propre situation personnelle dans la société, tels que leur statut social, leur richesse, leurs talents
naturels, ou encore leurs préférences personnelles. Ils ne connaissent pas non plus leur âge, leur
sexe ou leur origine ethnique.
•Objectif du voile : Ce dispositif permet d'assurer que les principes de justice sont choisis sans
parti pris, car les individus doivent concevoir des principes qui protégeraient leurs intérêts, quelles
que soient les circonstances de leur propre vie.
2. Les Principes de Justice
À partir de cette position derrière le voile d'ignorance, Rawls propose deux principes de justice
qui devraient régir la structure de la société :
•Premier principe : Le Principe de Liberté
« Chaque personne a un droit égal à un ensemble le plus étendu de libertés de base compatibles
avec un ensemble semblable de libertés pour les autres. »
Ce principe garantit les libertés fondamentales pour tous les individus, telles que la liberté de
pensée, de parole, et de réunion, ainsi que le droit à une procédure équitable. Il accorde une
priorité absolue aux libertés fondamentales, qui doivent être protégées avant tout autre
considération.
•Deuxième principe : Le Principe de Différence et le Principe de l'Égalité des Chances
• Principe de Différence : « Les inégalités sociales et économiques doivent être à la fois (a)
au plus grand bénéfice des membres les moins avantagés de la société, et (b) attachées à
des postes et des fonctions ouverts à tous dans des conditions d'égalité équitable des
chances. »
Ce principe reconnaît que certaines inégalités économiques et sociales peuvent être
justifiées si elles bénéficient aux plus défavorisés. Il stipule que ces inégalités doivent être
structurellement liées à des opportunités égales pour tous, permettant à chacun d'accéder
aux positions sociales et professionnelles en fonction de ses capacités et mérites.

• Principe de l'Égalité des Chances : Ce principe exige que les opportunités soient
accessibles à tous, sans que les positions sociales soient déterminées par des facteurs
comme la naissance ou la richesse familiale. Chaque individu doit avoir une chance
Rawls versus théories des mérites et
droits naturels

Réalisez un rapport initial sur la question suivante :

Le mérite justifie -t-il les inégalités ?

Soyez le plus précis et le plus clair possible. Utilisez des


concepts vus précédemment. Donnez des exemples.
Théories de la Justice Basées sur le
Mérite
Les théories basées sur le mérite affirment que la justice sociale est atteinte lorsque les individus
reçoivent des récompenses proportionnelles à leurs mérites, efforts, ou contributions. Ces théories
sont souvent associées à l'idée que les inégalités sont justifiées si elles reflètent les différences
dans les talents et les efforts individuels.
Principes Clés :
•Mérite et Récompense : Les individus sont récompensés en fonction de leurs talents,
compétences, et efforts. Par exemple, un individu qui travaille plus dur ou qui possède des
compétences exceptionnelles devrait recevoir une meilleure rémunération ou des avantages plus
importants.
•Responsabilité Personnelle : Les individus sont responsables de leurs succès et échecs. Les
inégalités résultant des différences de talent ou de travail sont vues comme justifiées, car elles
sont le résultat des choix et efforts individuels.
•Égalité des Chances : Pour que le mérite soit un critère juste, il est essentiel que tous les
individus aient des chances égales de démontrer leurs talents et de réussir. Cette égalité des
chances est souvent considérée comme une condition préalable à l'application de la justice basée
sur le mérite.
Critiques :
•Inégalités Injustifiées : Les critiques soulignent que les différences dans les talents ou les
efforts peuvent être influencées par des facteurs sociaux ou économiques qui ne sont pas sous le
Théories de la Justice Basées sur les
Droits Naturels
Les théories basées sur les droits naturels affirment que la justice sociale est déterminée par la
reconnaissance et la protection des droits naturels fondamentaux que chaque individu possède
intrinsèquement. Ces droits sont souvent considérés comme inaliénables et universels,
indépendants des lois ou des conventions sociales.
Principes Clés :
•Droits Inhérents : Chaque individu possède des droits fondamentaux qui sont inhérents à sa
nature humaine, tels que le droit à la vie, à la liberté, et à la propriété. Ces droits sont considérés
comme préexistants à toute structure sociale ou gouvernementale.
•Liberté et Propriété : En particulier, les théories basées sur les droits naturels, comme celle de
John Locke, insistent sur le droit à la propriété privée comme une extension du droit à la liberté.
Les individus ont le droit de posséder et de contrôler les biens qu'ils ont acquis.
•Non-Interférence : Les théories des droits naturels soutiennent que les institutions politiques
doivent respecter et protéger ces droits naturels, et que toute forme d'interférence ou d'injustice
qui viole ces droits est considérée comme illégitime.
Critiques :
•Détermination des Droits : La difficulté de déterminer quels droits sont réellement naturels et
comment les appliquer dans des contextes modernes complexes est souvent critiquée. Les droits
peuvent varier selon les traditions culturelles et les systèmes moraux.
•Conflits de Droits : Dans des situations où les droits naturels peuvent entrer en conflit (par
Réfléchir à partir d’une histoire

L'anneau de Gygès : Platon, La République

Que va faire Gygès à votre avis ?

Que feriez-vous à la place de Gygès ?

Quelles remarques peut-on faire à partir des réponses ?

Quelles questions philosophiques peut-on se poser à partir de cette histoire ?


La justice est-elle intrinsèque à l’homme ou dépend-elle du regard des autres ?

Serions-nous justes si nous pouvions agir en toute impunité ?

La justice est-elle une contrainte sociale ou une vertu personnelle ?


Problématiques sur les différents points vus sur la notion de justice :

a/ concernant le sens légal : qui décide des règles, qui doit en décider, les problèmes
d’interprétation qu’elles peuvent poser ?

b/ concernant le sens moral : peut-on tomber d’accord sur la façon dont les choses
devraient être, ou bien ce qu’on appelle juste n’est-il que l’expression de nos intérêts
égoïstes ?

c/ La justice est-elle une contrainte sociale ou une vertu personnelle ?

d/ que se passe-t-il en cas de décalage entre justice légale et justice morale ?


(vigilantisme justicier-es, super-héro-ïnes, légitimité d’une désobéissance civile…?).

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