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Analyse de la musique médiévale

Ce document présente une analyse de la musique savante occidentale, en se concentrant sur le Moyen Âge et ses évolutions stylistiques. Il aborde le chant grégorien, la lyrique courtoise et le répertoire polyphonique, en décrivant leurs caractéristiques et contextes historiques. Les différentes périodes musicales sont également évoquées, allant du Moyen Âge à la musique contemporaine.

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Analyse de la musique médiévale

Ce document présente une analyse de la musique savante occidentale, en se concentrant sur le Moyen Âge et ses évolutions stylistiques. Il aborde le chant grégorien, la lyrique courtoise et le répertoire polyphonique, en décrivant leurs caractéristiques et contextes historiques. Les différentes périodes musicales sont également évoquées, allant du Moyen Âge à la musique contemporaine.

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1

Théorie de la musique - atelier d'écoute musicale

Licence 1 – Portail 1
Cours 4

Francesca MIGNOGNA
2

Eléments à décrire lors de l’analyse auditive

1. Les sources sonores/les effectifs


2. Les agencements (ou textures) sonores
3. Contexte historique et éléments stylistiques
3

Evolutions des styles et des langages de la musique savante occidentale

Division en 7 grandes périodes :


• Moyen-Age
• Renaissance
• Baroque
• Classique
• Romantique
• Moderne
• Contemporaine
4

1. Le Moyen-Age

1. Le répertoire grégorien
2. Le répertoire profane (lyrique courtoise)
3. Le répertoire polyphonique
1400
600

1000

1100

1200

1300
700

800

900
Transmission orale Notation musicale
Répertoire grégorien (monodique)
789 > 9e s. > 10e s. G. d’Arezzo (†1033) > 12e s.
Charlemagne impose l’usage d’un chant Notation neumatique Perfectionnement de la Portée à 4 lignes Apparition de la notation carrée
uniforme dans son royaume notation neumatique

Ecole de Notre-Dame
Organum 3-4 voix
Conduit
Motet
Répertoire polyphonique Ars antiqua ← Ars nova Ars subtilior
< 9e s. > fin 9e s. > 11e s. Aquitaine > 12e s. Aquitaine 1360 1380-90
Polyphonie improvisée → transmission orale 1e traces écrites de polyphonie Déchant Organum mélismatique/fleuri Machaut Codex de
Organum (parallèle) Messe de N-D Chantilly

Répertoire profane (lyrique courtoise) Apogée Déclin

> fin 11e s. > mi-12e s.


Troubadours Trouvères
Minnnesänger

1400
600
I. MOYEN AGE
I.1 Le chant grégorien
Les origines : période pré-carolingienne

À la fin du 7e siècle dans l’Occident chrétien : grande


diversité des liturgies et des chants associés
• Italie du Nord, Eglise milanaise : chant ambrosien
• Bénévent : chant bénéventain
• Péninsule ibérique (Tolède) : chant mozarabe
• Gaule : chant gallican
• Rome : chant vieux-romain
• Etc.

Dynastie carolingienne
>751 : début de la dynastie carolingienne Royaume franc
• Changements politiques + expansion (v. 800)
territoriale + volonté de romaniser la liturgie
et le chant liturgique
• Ce chant révisé (mélange de chant gallican et
de chant vieux-romain) = chant grégorien
• Chant grégorien (franc ou romano-franc) = 1er
répertoire complet de musique notée
occidentale
I. MOYEN AGE
I.1 Le chant grégorien

C. Le mythe grégorien

• 1e trace du mythe : biographie de Grégoire le Grand († 604)

Antiphonaire de Hartker (copié vers 1000) – Saint Gall Cod. Sang. 390, 13 r
rédigée au 8e siècle par un liturgiste actif à la cour de
Charlemagne
• La colombe de l’Esprit-Saint souffle au pape les textes et les
mélodies du chant ; le scribe en prend note sous la dictée du
pape
• Ce mythe cherche à affirmer :
• 1/ le statut canonique du chant
• 2/ le rôle au pape Grégoire et de l’Eglise de Rome dans
l’élaboration du répertoire
• 3/ noter la musique = acte essentiel pour la transmission
• Le terme « grégorien » a été adopté vers 770
I. MOYEN AGE
I.1 Le chant grégorien

Caractéristiques du chant grégorien

• Chant monodique
• Musique sacrée
• Langue : latin (à l’exception de quelques pièces)
• Les mélodies sont réparties en 8 modes « ecclésiastiques »
• Sans accompagnement instrumentale ni rythmique
• Non rythmé et non mesuré (modelé sur le rythme de la
parole)
• Notation du chant grégorien :
• Avant le 9e siècle : tradition orale (→ rôle de la mémoire)
• Dès le 9e siècle : premières tentatives de notation musicale

Hymne
Lucis creator optime
I. MOYEN AGE
I.2 La lyrique courtoise

Contexte d’apparition de la lyrique courtoise (>12e Chronologie


siècle)
• Apparition de la lyrique courtoise : 2 phases
① 1. Fin du 11e siècle :
• Chevalerie/Culture chevaleresque  Sud de la France : troubadours
• Importance de la conscience de soi, de l’expression de
soi ② 2. 2e moitié du 12e siècle:
• Expression de l’amour humain // amour divin  Nord de la France : trouvères
• = Amour courtois (fin’amor)  Pays germanophones : Minnesänger
• André le Chapelain, Traité de l’amour courtois
• En résumé, les héros de l’amour courtois ont :  Apogée : vers 1200
• Excellence intérieure, excellence de caractère :  Disparition progressive avec le déclin de la chevalerie à la fin du 13 e siècle
bravoure, courage, etc. (cf. idéal de la chevalerie)
• Excellence extérieure, excellence de
comportement : cortezia

1400
600

1000

1100

1200

1300
700

800

900

Répertoire profane (lyrique courtoise) Apogée Déclin

> fin 11 s.
e > mi-12 s.
e

Troubadours Trouvères
Minnnesänger
I. MOYEN AGE
I.2 La lyrique courtoise
C. Géographie
• Foyer d’origine = l’Aquitaine
• Deux dialectes différents (frontière linguistique)
• Au nord : langue d’oil (trouvères)
• Au sud : langue d’oc (troubadours)
• Troubadour/Trouvère : > trobar (« trouver ») →
« inventeur du texte et de la mélodie »
I. MOYEN AGE
I.2 La lyrique courtoise
Répertoire
• Variété thématique
① Canso : chanson d’amour
② Sirventes : chanson politique
③ Planh : lamentation
④ Pastorela : séduction d’une bergère par un
chevalier

Paris, BNF, ms fr 846 « Manuscrit Cangé », fin 13e s.


⑤ Alba : chanson d’aube
⑥ Chanson de geste : relate les hauts faits de
guerriers (ex. : Chanson de Roland)
⑦ Etc.
⑧ Lien étroit entre le sacré et le profane
I. MOYEN AGE
I.2 La lyrique courtoise
Can vei la lauzeta mover Quand je vois l'alouette déployer
De joi sas alas contra’l rai, joyeusement ses ailes face au rayon du soleil,
Que s’oblid’ e’s laissa chazer puis perdre conscience et se laisser choir
Per la doussor c’al cor li vai, à cause de la douceur qui pénètre son cœur,
Ai! Tan grans enveya m’en ve hélas ! une grande envie me vient
De cui qu’eu veya jauzion! de tous ceux qui jouissent d'amour
Meravilhas ai, car desse que je suis étonné que mon cœur
Lo cor de dezirer no’m fon aussitôt ne fonde de désir !

Ailas! Tan cuidava saber Hélas, je me croyais savant


D’amor, e tan petit en sai, d'amour, et j'en sais si peu,
Car eu d’amar no’m posc tener puisque je ne puis me retenir
Celeis don ja pro non aurai. d'aimer celle dont je n'obtiendrai rien.
Tout m’a mon cor, e tout m’a me, Elle a mon cœur et mon être,
E se mezeis e tot lo mon; elle-même et le monde entier ;
E can se’m tolc, no’m laisset re et, en se dérobant à moi, elle ne me laissa rien
Mas dezirer e cor volon. d'autre que le désir et le cœur soumis à sa volonté.

Anc non agui de me poder Je n’eus plus pouvoir sur moi-même


Ni no fui meus de l’or’ en sai et je ne m’appartins plus dès l’instant
Que’m laisset en sos olhs vezer où elle me laissa regarder dans ses yeux,
En un miralh que mout me plai. en ce miroir qui tant me plaît.
Miralhs, pus me mirei en te, Miroir, depuis que je me suis miré en toi,
M’an mort li sospir de preon, De profonds soupirs ont causé ma mort,
C’aissi’m perdei com perdet se et je me suis perdu comme se perdit
Lo bels Narcisus en la fon. le beau Narcisse dans la fontaine.

Etc. Etc.
I. MOYEN AGE
I.2 La lyrique courtoise

Adam de la Halle (1237-1287)


Le Jeu de Robin et Marion

« Robin m‘aime, Robin m‘a »


Robin m‘aime, Robin m‘a,
Robin m‘a demandee, si m‘ara ;
Robin m‘acheta couroie
Et aumosniere de soie,
Et pour quoi ne l‘ameroie ?
Aleuriva !
Robin m‘aime, Robin m‘a,
Robin m‘a demandee, si m‘ra ;

Adam de la Halle, dans Robin des bois (Walt Disney, 1973)


I. MOYEN AGE
I.2 La lyrique courtoise
Les Minnesanger

Dans les pays germanophones

• Minnesänger = chanteur d’amour courtois, pendant des


trouvères et des troubadours (Minnesang = chant d’amour
courtois)
• Contenu des chansons : identique à celles de trouvères et
troubadours + amour de la nature + contenu satyrique
• Quelques Minnesänger : Tannhäuser († ap. 1265), Frauenlob (†
1318), Oswald von Wolkenstein (1377-1445)
• En activité jusqu’au début de la Renaissance
(guildes/corporations → standardisation des compositions)
① Meistersinger
I. MOYEN AGE
I.3 Le répertoire polyphonique

Introduction

• Polyphonie = procédé d’écriture qui consiste à superposer deux ou plusieurs lignes mélodiquement
indépendantes (> < monodie)
• Un des événements les plus importants de l’histoire de la musique occidentale
• 9e siècle : 1e traces d’écriture polyphonique (mais la pratique polyphonique est bien antérieure)
• Les premières écritures polyphoniques sont construites à partir de la ligne mélodique monodique de
chant grégorien
• Musica enchiriadis (v. 850) de Hucbald de Saint-Amand : premières règles pour l’improvisation
polyphonique
• Ces pratiques polyphoniques décrites dans le Musica Enchiriadis = l’organum
I. MOYEN AGE
I.3 Le répertoire polyphonique

Organum

• Définition (> Musica enchiriadis) = réunion harmonieuse de voix différentes :


① la voix principale – vox principalis – chante un fragment de chant grégorien,
② accompagnée de la voix organale ou ornementale – vox organalis – à intervalle de quinte ou de quarte
inférieures, en la suivant rigoureusement en mouvement parallèle

Vox principalis

Vox organalis

③ Organum parallèle : lorsque la vox organalis évolue de manière parallèle à la vox


principalis, à intervalle de quarte ou de quinte inférieure
Rex coeli Domine (extr. Musica enchiriadis, 9e s.)
I. MOYEN AGE
I.3 Le répertoire polyphonique
I. MOYEN AGE
I.3 Le répertoire polyphonique

• Développement de l’organum au sein d’écoles régionales


• Ecole aquitaine (abbaye Saint-Martial de Limoges) :
① Déchant (> 11e siècle) : pièce polyphonique dans laquelle la vox organalis, qui se place
désormais au-dessus de la vox principalis, opère par mouvements contraires (et non plus
parallèles) par rapport à la vox principalis (mélodie grégorienne). La vox organalis prend
alors le nom de discantus (ou « déchant »).
② Organum de style mélismatique ou fleuri (> 12e siècle) : l’écriture note contre note disparaît
presque entièrement au profit d’une voix organale comportant plusieurs notes, parfois même
un très grand nombre, pour chaque note du chant grégorien.
 Vox principalis prend le nom de « teneur » ou « ténor » (> tenere)
I. MOYEN AGE
I.3 Le répertoire polyphonique

• Ecole de Notre-Dame de Paris (env. 1150-1250)


① Deux figures : Léonin (v. 1135-v. 1202) et Pérotin († v. 1238)
② Organum à 3 ou 4 voix, conduit et motet
③ Organum à 3 ou 4 voix (organum triplum / organum quadruplum)
 Terminologie : teneur (voix basse ; mélodie grégorienne ; = vox principalis),
duplum (2e voix), triplum (3e voix), quadruplum (4e voix)
I. MOYEN AGE
I.3 Le répertoire polyphonique
Triplum

Duplum

Teneur (= vox principalis,


tient la mélodie grégorienne)

Organum triplum de Perotin


I.
[Link] AGE polyphoniques
Répertoires
I.3 Le répertoire polyphonique

Perotin, Alleluia Nativitas


Organum à 3 voix
I. MOYEN AGE
I.3 Le répertoire polyphonique

Évolution de l’organum écrit :


Organum duplum (> 9e s.)
Vox principalis au-dessus
Organum parallèle (> 9e s.)
Vox principalis en-dessous
Déchant (> 11e s., Ecole d’Aquitaine)
Organum mélismatique (> 12e s., Ecole d’Aquitaine)

Organum triplum/quadruplum (1150-1250, Ecole de Notre-


Dame)
I. MOYEN AGE
I.3 Le répertoire polyphonique

• Ecole de Notre-Dame de Paris (env. 1150-1250)


• Deux figures : Léonin (v. 1135-v. 1202) et Pérotin († v. 1238)
• Organum à 3 ou 4 voix, conduit et motet
• Organum à 3 ou 4 voix (organum triplum / organum quadruplum)
• Conduit : se distingue de l’organum par le texte et par le mode de composition

Anonyme, Ave Marie Stella, Conduit à 3 voix

• Motet :
• Une composition polyphonique relativement brève
• Basée sur un mélisme en grégorien mis à la teneur
• Aux voix supérieures, réalisation souvent syllabique d’un ou plusieurs textes liés ou
non à celui de la teneur
I. MOYEN AGE
I.3 Le répertoire polyphonique

Quadrup.
Triplum
Motetus

Teneur

Plus bele que flor / Quant revient / L’autrier joer / FLOS FILIUS
2e moitié du 13e siècle (Codex de Montpellier)
I. MOYEN AGE
I.3 Le répertoire polyphonique

14e siècle : premières messes polyphoniques complètes + Ars nova en


France
• Premières messes polyphoniques complètes
① Messe = composition musicale reprenant la succession des 5 pièces de l’ordinaire de
la messe
② Exemple : la Messe de Tournai (compilée dans le 2e quart du 14e siècle)
 Kyrie, Sanctus et Agnus Dei : contrepoint note contre note (2 e moitié du 13e siècle)
 Credo, Gloria : cf. innovations musicales de l’Ars nova (rythmes libres, etc.)
I. MOYEN AGE
I.3 Le répertoire polyphonique

Messe de Tournai – Kyrie


(14e siècle)
I. MOYEN AGE
I.3 Le répertoire polyphonique

14e siècle : premières messes polyphoniques complètes + Ars nova en


France
• Premières messes polyphoniques complètes
• Messe = composition musicale reprenant la succession des 5 pièces de
l’ordinaire de la messe
• Exemple : la Messe de Tournai (compilation)
• Ars nova en France (1320-1380)
Ph. de Vitry
• Ars antiqua (1240/50-1320) = terme utilisé au 14 siècle pour qualifier, a
e

posteriori, le répertoire polyphonique du 13e siècle, et plus spécifiquement


l’organum, le conduit et le motet de l’Ecole de Notre-Dame.
• Ars Nova
• Titre d’un traité de Philippe de Vitry (1291-1361)
• Exemple : La Messe de Notre-Dame (v. 1360) de Guillaume de Machaut (v. 1300-
1377)
• = Première messe polyphonique complète composée par un seul compositeur
• Présente une synthèse des innovations polyphoniques antérieures
• Unité stylistique
I. MOYEN AGE
I.3 Le répertoire polyphonique

Taléa

Machaut
Messe de Notre-Dame, Kyrie
I. MOYEN AGE
I.3 Le répertoire polyphonique

Ars subtilior (France, 1380-1420)

Codex de Chantilly
Baude Cordier, Belle, bonne sage
Histoire de la musique du Moyen Age (600-1400)

1400
600

1000

1100

1200

1300
700

800

900
Transmission orale Notation musicale
Répertoire grégorien (monodique)
789 > 9e s. > 10e s. G. d’Arezzo (†1033) > 12e s.
Charlemagne impose l’usage d’un chant Notation neumatique Perfectionnement de la Portée à 4 lignes Apparition de la notation carrée
uniforme dans son royaume notation neumatique

Ecole de Notre-Dame
Organum 3-4 voix
Conduit
Motet
Répertoire polyphonique Ars antiqua ← Ars nova Ars subtilior
< 9e s. > fin 9e s. > 11e s. Aquitaine > 12e s. Aquitaine 1360 1380-90
Polyphonie improvisée → transmission orale 1e traces écrites de polyphonie Déchant Organum mélismatique/fleuri Machaut Codex de
Organum (parallèle) Messe de N-D Chantilly

Répertoire profane (lyrique courtoise) Apogée Déclin

> fin 11e s. > mi-12e s.


Troubadours Trouvères
Minnnesänger

1400
600

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