Comprendre le microbiote intestinal
Comprendre le microbiote intestinal
▪ Introduction
l’œil nu. Ils sont unicellulaires comme les bactéries, les virus, les levures et les algues ou
▪ Lorsqu’ils colonisent le corps humain, ils peuvent déclencher des maladies graves voire mortelles.
▪ La recherche scientifique a démontré que l’organisme vit en symbiose avec les bactéries, qui sont
notamment implantées dans différents endroits comme la peau, la sphere ORL, le vagin et le
tractus digestif formant un véritable écosystème. On appelle l’ensemble de ces bactéries une flore
▪ Les moyens techniques permettant d’étudier le microbiote sont limités, seule une minorité
▪ Récemment, une mise au point des techniques de séquençage haut débit du materiel génétique a
stricts qui vivent en symbiose avec son hôte. Elles se nourrissent de substrats
l’hôte.
▪ Elles se répartissent de façon non homogène tout le long du tube digestif et sont
1. Définitions plus nombreuses au niveau du côlon qu’au niveau de l’intestin grêle. Elle est
Gradient quantitatif :
2. Composition du
microbiote intestinal
(suite)
▪ Firmicutes : Les bactéries appartiennent à ce phylum sont des bactéries Gram positif et
anaérobie strict. Il contient treize (13) genres : Lactobacillus, Lactococcus, Streptococcus,
Enterococcus, Staphylococcus, Veollonella, Megasphaea, Selenomanas, Clostridium, Roseburia,
Eubacterium, Ruminococcus et Faecalibacterium.
▪ Bactéroidetes : Les bactéries appartiennent à ce phylum sont des bacilles à Gram négatif
anaérobie strict. Il contient deux genres : Prevotella et Bactériodete.
3. Description des ▪ Actinobacteria: Ce sont des bactéries Gram positif anaérobie strict. Ce phylum comporte
quatres genres : Atopobium, Eggerthella, Collinsella et Bifidobacterium.
principaux phylums
▪ Proteobacteria: Ce sont des bactéries à Gram négatif, anaérobie strict ou facultatif. Ce phylum
comprend trois genres : Klebsiella, Enterobacter et Escherichia.
▪ Fusobacteria: Ce sont des bacilles à Gram négatif, anaérobie strict. Il comporte un seul genre :
Fusobacterium.
▪ Verrucomicrobia : Ce sont des bactéries Gram négatif, anaérobie strict. Il contient un seul
genre : Akkermansia.
3. Description des
principaux phylums
[6].
Les plus présents sont les Proteobactéries avec majoritairement le genre Helicobacter
et Escherichia [6].
3. L’installation et ▪ Chez l’adulte, la densité des bactéries par gramme contenue dans le tube digestif augmente,
l’origine au fur à mesure qu’on avance dans l’intestin pour atteindre son maximum dans le côlon distal (10 11
bactéries par gramme). Au total, plus de 10 14 bactéries colonisent notre tube digestif, c’est-à-dire
dix fois plus que le nombre de cellules eucaryotes constituant le corps humain. Ce nombre
d’espèces bactériennes représente approximativement 1 kg de la masse corporelle [9].
▪ A cela s’ajoute la présence d’eucaryotes unicellulaires tels que les levures et les
protozoaires dont l’importance, en termes de niveau de population et de fonction, est encore mal
connue [8].
3. L’installation et
l’origine (suite)
monozygotes, vivant dans les mêmes conditions de vie, présentent un microbiote similaire tandis
que des frères et sœurs (moins proches génétiquement) partageant le même environnement
▪ Mode d’accouchement
La composition du microbiote est différente chez les nourrissons nés par césarienne ou par
4. Facteurs influençant voie basse. En effet, les enfants nés par voie vaginale présente un microbiote proche du
la composition du
microbiote vaginal et fécal de leurs mères (ils ont donc une forte proportion de Lactobacillus et
microbiote
de Prevotella) tandis que ceux nés par césarienne sont exposés à l’environnement hospitalier et au
microbiote cutané de la mère (Ils ont donc une faible proportion de Bifidobactéries et Bacteroïdes
intestinal. Les enfants nés prématurément ont un microbiote moins diversifié et les espèces
anaérobies strictes semblent s’implanter plus tardivement que chez les nourrissons nés à terme.
Toutefois, cela pourrait être dus au fait que les prématurés naissent souvent par césarienne et reste
1. L’alimentation : Elle contribue aussi à l’instauration du microbiote
1. Le lait maternel
Le lait maternel est riche en lactose, ce qui entrain une forte production de l’acide
lactique grâce au métabolisme microbien, ce milieu acide favorise la croissance des
Bifidobactérium, Lactobacillus, Staphylocoques et Streptocoques. Les oligosaccharides
(prébiotiques) du lait maternel sont également bifidogènes. Il a été observé que les enfants
nourris au sein présentaient moins de risque de développer des diarrhées infectieuses et
4. Facteurs influençant des allergies. Toutefois, Les enfants nourris au lait infantile ont un microbiote moins
la composition du complexe et ils présentent une faible proportion en Bifidobactéries, Bacteroïdes,
microbiote Clostridium et Staphyloccus par rapport aux enfants allaités au sein (Tableau I) [ 11].
(suite)
Tableau I : Composition du microbiote selon l’alimentation du nouveau-né
16S rRNA
Metageno
du microbiote intestinal mics
Les techniques de cultures
Ces techniques sont basées sur la culture des bactéries in vitro extraites de la matière
fécale.
40% Cultuvable
Les méthodes
d’analyses du
microbiote intestinal
60% Non cultuvable
Cependant, ces techniques présentent certaines limites
notamment la difficulté d’identifier toutes les sous-
espèces, l’inadaptation des milieux de culture au
développent de toutes les bactéries ou encore le
Les méthodes d’analyses basées sur l’utilisation de l’acide ribonucléique ribosomique 16S (ARNr
du microbiote intestinal 16S). Cette structure est présente chez toutes les bactéries. Elle est
(suite)
Les méthodes d’analyses
du microbiote intestinal
(suite)
complémentaire à la séquence d’ADN à amplifier, située en amont de la zone à séquencer. Cette amorce
première phase est la synthèse d’ADN complémentaire au brin matrice par l’ADN polymérase (à partir
de l’amorce), par l’ajout de désoxyribonucléotides : dNTP (dATP, dCTP, dGTP, dTTP). La particularité
du microbiote intestinal et les ddNTP en faible nombre. Lorsque l’ADN polymérase utilise un ddNTP au lieu d’un dNTP, la
synthèse du brin s’arrête (figure 6). L’incorporation aléatoire de ddNTP permet d’obtenir des fragments
(suite) d’ADN de taille variable. Les ddNTP sont incorporés, marqués par 4 fluorochromes différents. Les
fragments d’ADN obtenus sont de longueurs différentes ; le séquenceur sépare les fragments d’ADN
Les systèmes actuels détectent la florescence des 4 nucléotides à partir de la même colonne. Le
résultat est présenté sous forme d’électrophorégramme (figure 8). Ensuite, l’alignement est effectué, soit
graphiquement, soit par texte, c'est à-dire que les séquences écrites en ligne sont envoyées sur Internet
et comparées à des séquences déposées dans des banques de données. On peut ainsi obtenir des BLAST,
Figure 6 : Structure chimique de désoxyribonucléotide et didésoxyribonucléotide [ 20].
Figure 7 : Principe de la méthode du séquençage ARNr 16S [21].
Le séquençage
5 ACTTGCAAGCTAG 3 inconnu
ATC Amorce
1. Synthèse de l’ADNc
1er tube 2éme tube 3éme tube 4éme tube
+ieurs amorces universelle
+ieurs matrices
MgCl2
ADN polymérase
dNTP (grande quantité)
dATP, dTTP, dCTP, DGTP
Predicted
Classification
La métagénomique:
etude du métagénome
▪ La métagénomique
▪ Description de la méthode
▪ La métagénomique ciblée
obtenus.
▪ la cible principale est une région du gène codant l’ARNr 16S qui est
La collecte des échantillons se fait sur le microbiote fécal frais et dans un milieu stérile.
Cependant, lors des études à grandes échelles il est souvent nécessaire de transporter et de
stocker les échantillons (par congélation à -80°C et l’ajout d’un préservateur), afin de bloquer
▪ Extraction de l’ADN
Les méthodes d’analyses
L’étape d'extraction et de purification va permettre d'accéder à l'ADN des organismes, sans
du microbiote intestinal contaminer l'ADN de l’hôte.
(suite)
L'ADN doit être extrait en quantité suffisante pour la préparation des librairies de
séquençage.
La méthode d'extraction doit être adaptée a la nature des cellules; par exemple, une
méthode enzymatique n'extraira pas l'ADN des bactéries Gram+ et la méthode mécanique risque de
BUT : cibler le locus génomique d'intérêt et en synthétiser une quantité suffisante pour le
séquençage.
Un bon marqueur taxonomique doit être : Universel (présent dans tous les génomes extraits et
contenants des séquences conservées pour ancrer la PCR) et spécifique (contenant des séquences variables
Les differents loci se sont imposés comme des marqueurs de référence pour differents règnes,
souvent présents dans l'opéron ribosomique (ARNr 16S pour les bactéries, ITS pour les champignons et
(suite) Les fragments d'ADN à séquencer sont génères par PCR sur le mélange d'ADN génomique initial,
● Ces amplicons doivent également contenir à leurs extrémités des séquences artificielles nécessaires au
séquençage :
● Des séquences d'adaptateur, permettant d'ancrer par complémentarité les fragments au support de
* Des séquences d'index, codes-barres artificiels permettant de marquer les fragments selon leur échantillon
Figure 9 : Amplification du locus d’intérêt [23].
▪ 1. Les fonctions du microbiote intestinal (Interrelation
du régime, de l’hôte et de la flore digestive)
▪ 2. Dysbiose et l’obésité
Fonction protectrice
contre les bactéries
pathogènes : Effet
barrière (suite)
fonctionnelle et intacte. Cette barrière (figure 11) est composée d’un épithélium intestinal serré, relié
par des jonctions serrées (sont des complexes protéiques qui jouent un rôle dans la polarité cellulaire
et dans la régulation de la perméabilité intestinale. Elles sont appelés jonctions étanches, jonctions
imperméables, tight junctions ou aussi zonula occludens (ZO) car, d’une part, elles forment un anneau
entourant le pourtour de la cellule (zonula) et, d’autre part, elles permettent une occlusion complète
principales : une fonction d’adhérence en maintenant la cohésion des cellules, et une fonction de
barrière en bloquant la circulation des protéines et des lipides au sein de la bicouche lipidique et,
Description de la
également, le flux de molécules et d’ions au niveau de l’espace paracellulaire) comportant en sa
barrière intestinale surface des transporteurs spécifiques de reconnaissance de substrats et d’antigènes (barrière
physique) ; et recouvert également par une couche de mucus hydrophobe (barrière chimique) constitué
de mucine, de défensines et d’autres peptides hautement bactéricides, ainsi que d’une concentration
élevée en IgA. Ce biofilm assure une séparation entre la lumière intestinale et l’épithélium de surface,
empêchant ainsi une stimulation permanente et non souhaitée du système immunitaire inné [25].
défensines et lysozymes). Une immunité spécifique IgA médiée, contrôlée par les plasmocytes dans la
immunitaire innée quant à elle discrimine entre les bactéries inoffensives et les pathogènes du
Figure 11 : Barrière épithéliale intestinale [25].
▪ L’effet barrière est un effet protecteur du microbiote intestinal vis-à-vis les bactéries pathogènes
exogènes et/ou les bactéries commensales délétères en cas de déséquilibre de la flore (c’est-à-dire
les bactéries présentes dans l’intestin en faible quantité et potentiellement délétères si leurs
concentrations augmentent). Celui-ci peut être soit "drastique" aboutissant à l'élimination totale de
Fonction protectrice ▪ L’effet barrière s’exerce via une compétition entre les bactéries pathogènes et les bactéries
commensales pour les nutriments et l’occupation des sites d’adhérence épithéliaux, cela signifie
contre les bactéries que les bactéries commensales en étant plus nombreuses, vont utiliser les nutriments disponibles et
pathogènes : Effet occuper les emplacements disponibles ne laissant que peu de nourriture et de place pour les
pathogènes. Les bactéries du microbiote intestinal vont produire des composés antimicrobiens
barrière (suite) comme des bactériocines qui détruisent les bactéries pathogènes [25].
contenant également des agents antibactériens comme les lysozymes, les immunoglobulines A
sécrétoires et les défensives ce qui renforce les jonctions serrées entre les cellules épithéliales. Le
microbiote intestinal, en modulant l’expression des gènes des cellules épithéliales régule la
▪ Les lymphocytes T CD4+ interviennent dans la réponse immunitaire intestinale
Les lymphocytes T CD4+ auxiliaires, aussi appelés T helper, sont une composante
susceptibles de pénétrer la barrière formée par cette muqueuse. Au cours d’une infection, la
Rupture de la barrière reconnaissance de l’antigène étranger présenté par les cellules dendritiques entraîne
intestinale au cours d’une l’activation des lymphocytes T CD4+ naïfs spécifiques de ce pathogène et induit leur
infection parasitaire ou prolifération et leur différenciation en cellules T CD4+ auxiliaires. Une particularité des
bactérienne et la réponse lymphocytes T CD4+ réside dans leur capacité à se différencier en plusieurs sous-
infectieux [28].
Ainsi, au cours d’une infection par des pathogènes intracellulaires tels que Leishmania
infection parasitaire ou permet le recrutement et l’activation des polynucléaires neutrophiles qui jouent un rôle
bactérienne et la réponse important dans le contrôle de cette infection bactérienne. Une fois l’agent infectieux
mémoires. Ces cellules sont capables de réagir plus rapidement et plus efficacement que les
lymphocytes T CD4+ naïfs lors d’une rencontre ultérieure avec le même pathogène,
permettant ainsi une protection à long terme de l’hôte (figure 12) [28].
Figure 12 : Rupture de la barrière intestinale entraîne une perte de tolérance vis-à-vis du microbiote intestinal [28].
▪ La flore commensale module la fonction des lymphocytes T CD4+
Fonction protectrice un danger potentiel pour l’hôte, car elles sont susceptibles d’induire des réactions
inflammatoires délétères pour l’intestin. Ce paradoxe s’explique par le fait que les microbes
contre les bactéries
commensaux et les pathogènes partagent les mêmes motifs capables d’induire une réponse
pathogènes : Effet inflammatoire. Le système immunitaire intestinal doit donc maintenir en permanence un état de
tolérance vis-à-vis de la flore commensale, tout en étant capable d’induire des réponses pro-
barrière (suite)
inflammatoires protectrices contre les pathogènes gastro-intestinaux. Le maintien d’un tel
équilibre repose sur l’existence de mécanismes de régulation garantissant une réactivité réduite
lymphocytes
Fonction immunologique
L’organisation du système
immunitaire intestinal
cellules presentatrices d’antigenes cellules epitheliales
Le tissue lymphoïde associe au tube digestif appelé Sites inducteurs Sites effecteurs
GALT(Gut-associated-lymphoid tissu) constitu le principal
support du systeme immunitaire du tractus digestif. Le GALT
les plaques de Peyer les cellules immunitaires
est le plus grand organe de l’immunité car il contient plus de
les follicules lymphoïdes isolés qui peuplent la hauteur
80% des cellules immunitaires
de la muqueuse
Figure 19: Système immunitaire intestinal [36].
Figure 20 : Types cellulaires de l’épithélium d’une villosité intestinale [37].
▪ Fonction de l’epithélium intestinal
▪ La barrière intestinale est à la fois physique (constituée de jonctions serrées et une couche de
mucus fabriquée par les cellules caliciformes) et la composante chimique est constituée
Immunité innée principalement de molécules antimicrobiennes (les défensines par exemple) qui sont
antimicrobiennes, mais certains types cellulaires en font une spécialité. C’est le cas des
cellules de Paneth qui sont situées au fond des cryptes intestinales (figure 20) et qui
motifs moléculaires qui sont propres aux micro-organismes et conservés à l’intérieur d’une classe
microbienne. Le lipopolysaccharide (LPS), l’ARN double brin et la flagelline qui sont présents
respectivement dans les bactéries à Gram négatif, les virus à ARN et les bactéries flagellées en sont des
exemples [35].
▪ Il existe des récepteurs reconnaissant ces motifs (pattern recognition receptor, PRR) qui
constituent les récepteurs de l’immunité innée. Ces récepteurs sont exprimés dans les cellules présentatrices
de l’antigène et, pour certains, dans d’autres cellules immunitaires et dans les cellules épithéliales. Il en
▪ Les Toll-like receptors (TLR) sont les mieux caractérisés. Ce sont des récepteurs transmembranaires
présents à la surface de la cellule ou des endosomes. Il en existe dix chez l’homme et ils reconnaissent une
▪ Les NOD-like receptors (NLR) sont une famille de plus de 20 récepteurs intracellulaires. Leur
principal rôle est la détection des PAMPs cytoplasmiques et des signaux de danger.
▪ Les RIG-I-like receptors (RLR) sont une famille de trois récepteurs cytoplasmiques aux ARN
viraux. Enfin, les C-type lectin-like receptors (CLR) sont une grande famille de récepteurs membranaires
détectant des motifs hydrocarbonés (sucres) contenus principalement dans les parois fongiques.
▪ L’activation des PRRs induit une cascade de signalisation intracellulaire conduisant à l’activation
Figure 21 : Principaux récepteurs de l’immunité innée (PRR) [37].
dsRNA : ARN double brin ; ssRNA : ARN simple brin ; CpG DNA : motif de
génome microbien ; PGN : peptidoglycane ; MDP : muramyl dipeptide ; iE-DAP :
acide D-glutamyl-méso-diaminopimélique.
▪ le role des Cellules présentatrices de l’antigène
permettant un contact étroit avec des cellules dendritiques, des macrophages et des lymphocytes au
niveau de leur membrane basale. Ces cellules captent de façon sélective les microparticules, souvent
antigéniques, qui parviennent à leur contact. Elles leur font traverser leur cytoplasme sous forme de
vésicules (d’où l’aspect vacuolé de ces cellules) et les libèrent dans le microenvironnement
immunocompétent sur lequel elles se reposent. Les cellules lymphoïdes naïves T et B sont ainsi
informées et sélectionnées, les cellules B prolifèrent et constituent le centre germinatif des nodules
solitaires ou les plus nombreux centres germinatifs des plaques de Peyer. Les ganglions
mésentériques de voisinage peuvent aussi contribuer à cette réponse immunitaire spécifique [ 37].
▪ Un sous-type de cellules dendritiques est capable de détecter les antigènes directement dans la
lumière intestinale par des dendrites étendues dans la lumière, entre les cellules épithéliales. Ces
cellules migrent ensuite vers les ganglions mésentériques de voisinage. Bien que cela représente une
voie plus minoritaire, les cellules épithéliales peuvent aussi capter les antigènes et même les
présenter directement aux lymphocytes par une molécule du complexe majeur d’histocompatibilité
de type II [37].
▪ Réponse adaptative B
▪ Les lymphocytes B produits dans un nodule lymphoïde isolé, une plaque de Peyer ou un
ganglion mésentérique quittent ces structures par le système lymphatique efférent qui les draine, puis
gagnent la circulation lymphatique et se déversent enfin par le canal thoracique dans la circulation
systémique [37].
▪ Ces lymphocytes B activés colonisent alors tous les territoires muqueux, par voie sanguine, en
quittant la circulation périphérique au niveau des veinules postcapillaires particulières qui irriguent ces
tissus. Ces veinules à haut endothélium ou HEV (high endothelial venules) captent les cellules de par
leurs propriétés d’adhésion spécifiques et leur permettent de gagner la lamina propria [37].
cet antigène. Les IgA sécrétoires présentent la particularité de résulter de la combinaison d’IgA
dimériques (deux molécules d’IgA et une pièce de jonction ou pièce J) synthétisées par les plasmocytes
de la lamina propria des muqueuses et de la pièce sécrétoire (encore appelée récepteur d’Ig
polymériques) élaborée dans les cellules épithéliales. Leur association se fait lors d’un phénomène de
transcytose dirigée permettant aux IgA dimériques captées par la pièce sécrétoire au niveau basolatéral
des cellules épithéliales, d’être internalisées et libérées au pôle apical sous forme d’IgA sécrétoires
complètes (figure 13.3). En tapissant la surface des muqueuses, elles peuvent capter les antigènes et
▪ Réponse adaptative T
▪ Après présentation des antigènes par les CPA aux lymphocytes T résidents
▪ Les cellules dendritiques ont un rôle majeur dans cette phase car elles vont
provenant des différents types cellulaires présents (par exemple TNF-α, IL-8, IL-
12, IL-6). En fonction de cet environnement, la réponse T sera soit effectrice, soit
régulatrice.
Figure 22 : Transcytose des immunoglobulines A [36].
▪ Schématiquement, on distingue trois types de lymphocytes T
effecteurs (figure 22) : (i) les Th1 qui dépendent de la présence
d’IL-12 et d’IFN-γ, des facteurs de transcription Stat1, Stat4 et
Tbet, qui synthétisent de l’IL-2 et de l’IFN-γ et qui sont
impliqués dans la réponse aux infections bactériennes
intracellulaires ; (ii) les Th2 qui dépendent de la présence d’IL-
4, des facteurs de transcription Stat6 et Gata3, qui synthétisent
de l’IL-4, IL-5 et IL-13 et qui sont impliqués dans la réponse
aux infections parasitaires ; et (iii) les Th17 qui dépendent de la
présence d’IL-6, de TGF-β et d’IL-23, des facteurs de
transcription Stat3 et ROR-γt, qui synthétisent de l’IL-17 et de
l’IL-6 et qui sont impliqués dans la réponse aux infections
bactériennes extracellulaires et fongiques [36].
Il existe deux types principaux de
lymphocytes T régulateurs dans
l’intestin (voir figure 23) : (i) les T
régulateurs induits (iTreg) qui
dépendent de la présence de TGF-β (en
l’absence d’IL-6), du facteur de
transcription FoxP3, qui synthétisent
du TGF-β ; et (ii) les T régulateurs 1
(Tr1) qui dépendent de la présence
d’IL-10 et qui synthétisent de l’IL-10.
des lymphocytes Treg lié à une mutation dans le gène codant pour
sévère [35].
Le microbiote intestinal est capable de récupérer l’énergie issue
des aliments ingérés et non digérée par l’hôte (il peut fournir jusqu’à
10% des besoins énergétiques).
85% de glucides,
La digestion des hémicellulose et certaines pectines) ainsi que d’autres types de glucides (des
▪
▪ La dégradation des glucides complexes contenus dans les aliments s’effectue au niveau du côlon
par l’intermédiaire d’une grande variété d’enzymes appelées carbohydrate-active enzymes ou
CAZymes. Ces dernières sont composées de deux familles : les glycoside-hydrolases (GH) et les
polysaccharide-lyases (PL), ubiquitaires, qui catalysent la coupure des polysaccharides.
▪ Ces enzymes sont produites quasi-exclusivement par les bactéries intestinales. En effet,
le génome humain ne code que pour 8 à 17 GH qui présentent des capacités digestives limitées
pour les sucres complexes (0,03% des oses essentiellement le lactose, saccharose, et une partie de
l’amidon tandis que l’intervention des CAZymes bactériennes permettent la dégradation de
99,96% des polysaccharides restants amidon, glycanes, glycoaminoglycanes, mucines et
glycoprotéines). En revanche, l’exploration de seulement 177 génomes bactériens de référence a
permis d’identifier environ 10 000 enzymes impliquées dans la digestion des sucres.
▪ Le nombre de GH et PL qu’un microbiote de 1 000 espèces peut produire est estime a environ 56
000 (Figure 13). Cet important arsenal enzymatique sert en premier lieu aux bactéries à assurer
leurs sources de carbone en dégradant les substrats alimentaires non digérés
Les principales espèces bactériennes qui ont
une activité hydrolytiques appartiennent aux
genres Bacteroïdes, Bifidobacterium,
Ruminococcus et Roseburia ainsi qu’aux
Clostridium, Eubacterium, et Enterococcus.
Principaux substrats dégradation est incomplète lorsque le bol alimentaire atteint le colon. Cette partie résiduelle de
l’amidon est ciblée par les enzymes du microbiote du colon [31].
indigestibles par l’hôte
et digérés par le
microbiote
La paroi végétale est composée de plusieurs constituants dont la cellulose, les hémicelluloses, les
pectines, la lignine et les glycoprotéines.
La cellulose est constituée de chaines avec des centaines, voire des milliers, de résidus glucosés lies par
des liaisons α-(1,4) (figure 1.15).
Les hémicelluloses servent de pontage entre les fibres cellulosiques et peuvent contenir d’autres sucres
que le glucose, comme le xylose, le mannose, le galactose et le rhamnose (figure 2.15). Quant aux
pectines, ce sont des polysaccharides chargés, composés d’une chaine principale d’acide uronique, au
sein de laquelle s’intercalent des molécules de rhamnose, et de chaines latérales à la composition en
sucres extrêmement complexes (figure 3.15) [32].
glycanes endogènes de l’hôte, tels que les mucines. Ces derniers sont des
incapable de digérer de nombreux polysaccharides apportés par son alimentation, dont la figure montre
quelques exemples (le xylane, le rhamnogalacturonane de type II et la fraction d’amidon qui n’a pas été
digérée dans l’intestin grêle). On appelle fibres ces polysaccharides non digérés, qu’ils aient une
morphologie en forme de fibres ou non. Par ailleurs, certaines bactéries de la flore intestinale sont
capables de digérer les sucres complexes attachés aux protéines mucines qui tapissent la muqueuse
intestinale [33].
▪ Les substrats végétaux contenus dans les aliments ne peuvent pas être digérés par les GH et PL
d’une seule bactérie, bien que le génome de certaines bactéries puisse coder des centaines de GH et PL
paroi de la cellule végétale, comme le rhamnogalacturonane de type II, nécessite l’intervention d’au
moins 30 enzymes différentes pour son hydrolyse complète (Figure 16). Pendant le processus
biochimique de digestion anaérobique, les chaines polysaccharidiques sont coupées en chaines plus
courtes, puis en sucres simples, puis fermentées en métabolites intermédiaires (l’acide formique,
l’acide succinique et l’acide lactique). Les produits finaux de cette chaine trophique sont les acides gras
Le devenir des produits issus de l’hydrolyse des polysaccharides
Figure 16 : Digestion des sucres complexes par le microbiote intestinal [33]. SCFA = AGCC
▪ Les acides gras à chaines courtes (AGCC)
dégrader [31].
inhibe la fermentation. Les gaz (CO2 et H2) seront à leur tour utilisés par les
microorganismes pour former l’acétate et le méthane et permettre la
sulforéduction. Parmi les acétogènes détectés dans l'intestin humain, la
majorité appartient au phylum des Firmicutes. L’ensemble de ces
mécanismes est résumé dans la figure 17 ci-dessous :
Figure 17: Produits issus de la fermentation [34].
▪ Métabolisme lipidique
▪ Définition
accumulation anormale ou excessive de graisse corporelle qui peut nuire à la santé. Chez
l’adulte, l’obésité et le surpoids sont définis par l’index de masse corporelle (IMC ou BMI en
anglais). Il correspond au poids divisé par le carré de la taille, exprimé en kg/m2. L’OMS définit
le surpoids par in IMC égal ou supérieur à 25 et l’obésité par un IMC égal ou supérieur à 30.
Bactéroïdetes chez des souris obèses est de 100/1, au lieu de 10/1 chez des souris non
microbiote chez l’Homme, le résultat est sensiblement identique. En effet, chez les
personnes obèses, les firmicutes dominent très largement. Ces dernières ont notamment
une meilleure capacité à digérer les glucides complexes. Elles extraient donc davantage de
calories des aliments, entraînant de fait une augmentation de la masse graisseuse [36].
▪ Mécanisme métabolique
de fibres alimentaires et des sucres complexes ingérés mais qui ne sont pas digérés par l’organisme.
En revanche, les bactéries intestinales les coupent en sucres simples qui eux sont absorbés par les
parois intestinales et rejoignent la circulation sanguine, grâce à des enzymes dont l’homme n’est
pas porteur, donc il est capable d’extraire de l’énergie des aliments non digestible par l’hôte ce qui
conduit à la production d’acides gras à chaines courtes (AGCC) (butyrate, acétate et propionate)
absorbés par l’intestin [10] ce qui constituent une source d’énergie pour notre corps. L’abondance
de ces AGCC et leur concentration dans le côlon est corrélée à l’obésité chez les humains [38].
▪ Ces AGCC sont ensuite impliqués dans des mécanismes de régulation énergétique tels que
le stockage des acides gras dans le tissu adipeux. De plus, une abondance des AGCC dans l’intestin
augmentation de l’activité de la LPL ce qui entrainait une augmentation du stockage des acides gras
▪ Il a été établi que l’obésité est liée à un état inflammatoire de bas grade. Cet état
est corrélé aux concentrations des Lipopolysaccharide (LPS) plasmatiques (ou circulant).
Le LPS est un composant de la paroi des cellules des bactéries à Gram négatif et circule à
un faible niveau de concentration dans le plasma des sujets en bonne santé. Au cours de
passage des bactéries ou de certains de leurs composants induit alors une « endotoméxie
▪ Chez l’humain, le rôle du LPS dans l’inflammation de bas grade a été évalué. Une faible
dose de LPS provoque une augmentation du niveau d’insulino-résistance et de la concentration
en TNFa dans le tissu adipeux. Il a également été observé qu’un repas riche en lipides et glucides
entraine une augmentation significative de LPS. Il est important de noter que ces augmentations
n’ont pas été observées après un repas riche en fibres et en fruits. Ces observations ont été
confirmées par d’autres études qui montraient également qu’un repas riche en lipides était bien
corrélé à l’augmentation des niveaux de LPS et une signalisation pro-inflammatoire. Il semble
donc évident que l’endotoxémie est impliquée dans le développement de l’inflammation de bas
▪ Parallèlement, l’augmentation de LPS plasmatique était couplée à une
diminution drastique des Bifidobactéries dans l’intestin. Ces bactéries sont
normalement impliquées dans le renforcement de la barrière intestinale. La
diminution de ces bactéries entrainerait une perméabilité accrue de la barrière
intestinale ce qui permettrait le passage du LPS dans le sang [42].
4. Mode connu, passe par le microbiome des probiotiques. En effet, les microorganismes vont
directement exercer leurs effets par l’expression de leurs gènes en interférant sur le
MICI et EPA et DHA sont présents dans des huiles de poissons. Plusieurs essais
prébiotiques randomisés ont testé l’efficacité d’une supplémentation en ces deux acides
gras au cours de la MC et de la RCH.
▪ Acides gras à courte chaîne