Royaume du Maroc
Ministère de la santé et protection sociale
Institut supérieur des professions infirmières
et techniques de santé
Oujda
ÉTUDES DE GENRE ET PSYCHANALYSE : QUELS
RAPPORTS ?
MS-LMSSR
Promotion : 2023-2025
Année académique : 2024-2025
introduction :
La psychanalyse est une théorie et une méthode thérapeutique fondée par
Sigmund Freud au début du XXe siècle. Elle vise à explorer l’inconscient, c'est-à-
dire les pensées, désirs et émotions refoulés.
Les études de genre sont un domaine de recherche académique qui examine la
construction sociale du genre (masculin, féminin, etc.), en s'intéressant aux
rôles sociaux, aux inégalités et aux rapports de pouvoir entre les sexes.
Le féminisme est un mouvement social et politique qui lutte pour l'égalité des
sexes et la défense des droits des femmes. Il critique les structures patriarcales
qui oppriment les femmes et cherche à les déconstruire.
Le débat entre ces trois domaines porte souvent sur la manière dont les identités
de genre et les rapports entre les sexes se forment : sont-ils issus de l'inconscient et
des processus psychiques (psychanalyse) ou socialement construits et modifiables
(études de genre et féminisme) ?
L’article de Mónica Zapata explore plus en profondeur la relation entre
la psychanalyse et les études de genre à travers plusieurs thématiques
clés, en retraçant leurs origines et les tensions qui existent entre elles :
1)-Origines et distinctions conceptuelles :
• Zapata commence par distinguer les concepts : elle différencie les «
études de genre » des mouvements féministes. Elle indique que le
genre est un outil d’analyse adopté dans les sciences sociales, mais
qu'il dépasse le cadre des revendications féministes, englobant des
aspects plus larges de la société sans toujours être lié à des
revendications militantes.
• Elle précise également que les études de genre explorent comment la
notion de « genre » a été construite en tant qu’opposition à la « nature
» biologique et, par conséquent, s’interrogent sur les structures
sociales qui façonnent les identités masculines et féminines.
2)-Conflits entre psychanalyse et féminisme :
• Critique initiale de la psychanalyse par les féministes : Les premières
féministes ont accusé Freud et ses successeurs d’androcentrisme, jugeant
que leurs théories perpétuaient un modèle patriarcal. Freud aurait qualifié
certaines revendications féministes de « pathologiques » dans ses écrits des
années 1920.
• Rapprochement progressif : Malgré ces critiques, des féministes se sont
intéressées aux théories freudiennes, y trouvant des outils pour analyser
l’oppression des femmes, notamment dans la sexualité et la structure
familiale. Des pionnières comme Hélène Stöcker ont même intégré des idées
de Freud pour soutenir leurs propres idées sur l’autonomie des femmes.
3)-Débat sur l’« envie de pénis » et le stade phallique :
• Le concept freudien de l’« envie de pénis » chez les petites filles et
l’idée d’un stade phallique ont suscité un débat important au sein du
mouvement féministe et des théoriciens de la psychanalyse. Des
figures telles que Karen Horney et Melanie Klein ont critiqué ce
concept, contribuant à un mouvement de pensée qui rejetait l’idée de
la féminité comme étant simplement un manque de masculinité.
4)-La psychanalyse contemporaine et la notion de genre :
• Les concepts de genre en psychanalyse ont évolué, notamment avec
des penseurs comme Robert Stoller, qui a introduit la notion de « genre
» dans la psychanalyse en 1968. Stoller considérait le genre comme une
« couche » qui se superpose à l’identité sexuelle biologique, influençant
le développement de l’identité personnelle.
• Cependant, certains psychanalystes voient la notion de genre de Stoller
comme une simplification, puisqu’elle réduit l’identité de genre à une
appartenance fixe et cohérente. Pour eux, cela élimine la dimension
fluide et conflictuelle de la construction identitaire, ancrée dans les
pulsions et la subjectivité de chaque individu.
5)-L’influence de Judith Butler et la théorie de la performativité :
• Judith Butler a introduit une perspective radicale dans les études de
genre avec sa théorie de la performativité, soutenant que le genre n’est
pas inné mais est créé par les actions et discours quotidiens des
individus. Butler critique aussi l’idée que le genre découle d’une
essence ou d’une base biologique.
• Butler a également remis en question la hiérarchie traditionnelle des
tabous psychanalytiques, suggérant que le tabou de l’homosexualité
peut être plus fondamental que celui de l’inceste dans la construction
de l’identité de genre, ce qui bouscule les théories freudiennes
classiques.
6)-Convergence entre psychanalyse et études de genre :
• Zapata conclut que, malgré leurs différences, la psychanalyse et les études de
genre partagent des points de convergence importants, notamment l’idée
que l’identité de genre n’est pas figée mais résulte d’un processus de
développement influencé par des facteurs sociaux et psychiques. Elle souligne
également que la psychanalyse moderne accepte de plus en plus l’idée que
l’identité de genre est un parcours de construction, influencé par l’inconscient
et les relations avec les autres.
Conclusion:
En somme, l’article montre comment les deux champs de pensée,
malgré leurs divergences, se sont enrichis mutuellement, chaque
approche apportant des perspectives nouvelles sur la compréhension
de l’identité et du genre