Commerce des marchandises et OMC
Commerce des marchandises et OMC
COMMERCE DES
MARCHANDISES(1)
DR TCHALA
OBJECTIFS DU COURS 2
• Autres accords contraignants en matière de marchandises. Si le GATT fixe le cadre général en matière de commerce des
marchandises, il bénéficie de l’adjonction de 12 autres accords contraignants pour affiner ses règles. On en retrouve la liste au
sein de l’Accord instituant l’OMC, à l’Annexe 1A.
• Certains de ces accords de l’Annexe 1A existaient déjà à l’époque du GATT, comme l’Accord sur les
obstacles techniques au commerce ou l’Accord sur les subventions et les mesures compensatoires, mais
ceux-ci, en plus d’avoir été révisés pendant le cycle d’Uruguay, s’imposent dorénavant à tous (à l’époque
du Gatt, seul les États qui acceptaient d’être liés par les nouveaux accords l’étaient) et sont par le fait
même soumis au mécanisme de règlement des différends. D’autres, comme l’Accord sur les mesures
sanitaires et phytosanitaires et l’Accord sur l’agriculture imposent de nouvelles disciplines aux Membres
qui n’existaient pas à l’époque du GATT
• Depuis 1994, d’autres accords ont été adoptés. Ceux-ci ne lient toutefois pas l’ensemble des Membres
de l’OMC mais seulement ceux qui les acceptent. C’est le cas de l’Accord relatifs aux produits des
technologies de l’information adopté lors de la Conférence ministérielle de Singapour en 1996. L’Accord
sur la facilitation des échanges, adopté à l’issue de la Conférence ministérielle de Bali en 2013, liera
quant à lui l’ensemble des Membres de l’OMC lorsqu’il entrera en vigueur.
ABAISSEMENT ET CONSOLIDATION DES
DROITS DE DOUANE
• Un droit de douane est une taxe perçue par l’État importateur comme condition d’entrée des produits
sur son territoire. L’importateur paie donc un certain montant pour faire entrer le produit sur le
territoire de l’État.
• S’il constitue une source de recettes plus ou moins importante pour l’État importateur (importante pour
les PED, de moins en moins importante pour les PD), le droit de douane sert surtout, aujourd’hui, à
octroyer un avantage compétitif aux marchandises produites localement par rapport aux produits
similaires importés. En effet, le produit fabriqué à l’intérieur du pays peut être vendu à un prix inférieur
à celui importé puisque, contrairement à ce dernier, il ne subit pas de droit de douane. Inversement, le
produit importé, frappé d’un droit de douane, devra être vendu plus cher sur le marché afin que
l’importateur éponge le surplus payé.
• De toute évidence, les droits de douane constituent des barrières au commerce international qu’on
surnomme des « barrières tarifaires ». En effet, imposer un droit de douane élevé a pour effet de
restreindre la compétitivité d’un produit sur le marché intérieur par rapport aux produits fabriqués
localement. On les oppose aux barrières non tarifaires, de plus en plus utilisées, qui prennent la forme
de règlements techniques, de normes ou de lois. Celles-ci imposent des standards aux produits
importés et de ce fait, ont parfois pour effet d’empêcher l’importation.
• Malgré l’impact protectionniste que peuvent produire les droits de douane, ils sont autorisés par le
GATT (art. XI :1). A priori, il peut sembler étrange qu’un système privilégiant l’ouverture des frontières et
l’abaissement des barrières au commerce permette l’imposition de droits de douane, dont l’objectif
principal demeure précisément la protection du marché national. Cette permission s’explique de
manière historique et pragmatique . Il n’en demeure pas moins que l’objectif du GATT demeure
l’abaissement progressif des droits de douane et leur consolidation.
EXPLICATION HISTORIQUE
• Les droits de douane existent depuis des millénaires. Dans les temps plus anciens, ceux-ci servaient
surtout à renflouer les caisses du trésor, avant qu’on ne se rende compte qu’ils pouvaient aussi
permettre de protéger la production intérieure.
• La crise économique des années 1929 a engendré un recours généralisé à l’augmentation des droits de
douane. On voulait ainsi protéger la production intérieure et stimuler l’économie. Cette réaction
généralisée a eu un effet de réaction en chaîne. Plus les pays fermaient leur frontière à l’importation des
biens étrangers, plus l’économie ralentissait.
• Au sortir de la deuxième guerre mondiale, les droits de douane étaient très élevés. Ils constituaient
d’importantes barrières au commerce auxquelles les États parties au GATT ont souhaité s’attaquer. Dès
1948, les États ont consenti à des baisses importantes des droits de douane. Mais on partait de loin. Il
était inconcevable que les États annulent l’ensemble de leurs droits de douane. Il s’agissait d’une
pratique ancrée qui aurait nécessité des années de négociation et d’adaptation afin de la faire
disparaitre. La stratégie a alors été de tendre vers un abaissement progressif mais continuel des droits
de douane.
• Les droits de douane ont été diminués en moyenne de 8% par année au cours des 6 premiers cycles de
négociation menés sous l’égide du GATT. Avec la création de l’OMC, les réductions tarifaires se sont
poursuivies. Seulement depuis 1995, le pourcentage de produits importés bénéficiant d’un droit de
douane consolidé est passé de 78 à 99% chez les pays développés. On estime une réduction de 40% des
droits perçus sur les produits industriels, passant en moyenne de 6,3 à 3,8%. Le nombre de produit
bénéficiant d’un taux consolidé pourcentage a aussi bondi pour les pays en développement, passant de
21 à 73%. Les négociations qui ont cours au titre du Programme de Doha visent à continuer à diminuer
les droits de douane de manière générale, surtout dans le domaine agricole et en ce qui concerne les
crêtes tarifaires.
• Des résultats ont été atteints dans le domaine pharmaceutique (de nombreux médicaments bénéficient
maintenant d’une franchise de droit de douane dans plusieurs pays), dans le domaine des technologies
de l’information (qui concerne des produits variés comme les ordinateurs, les programmes
informatiques ou les équipements entrant dans la fabrication des semi-conducteurs), dans le domaine
des transmissions internet.
EXPLICATION PRAGMATIQUE
• Les droits de douane sont traduits en pourcentage. Ils apparaissent ainsi comme des données chiffrées,
claires, transparentes et objectives. Ainsi, à l’inverse d’un règlement imposant des mesures non
tarifaires, comme des conditions à satisfaire pour qu’un produit puisse être importé, et pouvant être
interprété et appliqué suivant des modalités discriminatoires, un droit de douane fournit un chiffre
précis et son application est automatique. En outre, avec un droit de douane, il est facile de déterminer
si un Membre est traité différemment d’un autre
• Le chiffre constitue une base tangible de négociation et peut facilement faire l’objet d’un abaissement
progressif. En effet, dans le cadre de négociations multilatérales à 160 États et plus, on comprend que la
négociation d’un chiffre apparaît comme une meilleure base de comparaison qu’un texte de loi, par
exemple.
• De manière pratique, le droit de douane constitue donc, aux yeux des pourfendeurs de la libéralisation
des échanges, la moins pire des restrictions au commerce. D’ailleurs, la diminution marquée des droits
de douane leur donne raison puisqu’ils ne constituent plus, pour une grande majorité de produits, un
obstacle au commerce international. Nous verrons que cela a d’ailleurs donné lieu à une inventivité
marquée des États pour l’imposition d’obstacles non-tarifaires au commerce.
ABAISSEMENT PROGRESSIF ET
CONSOLIDATION
• Il n’existe pas, dans le droit de l’OMC, d’obligation en matière de réduction tarifaire. Certes, le
Préambule de l’Accord instituant l’OMC mentionne bien que les Parties sont « désireuses de contribuer
[…] sur une base de réciprocité et d’avantages mutuels, à la réduction substantielle des tarifs
douaniers » (3e considérant). De plus, le GATT précise que les droits de douane constituent de « sérieux
obstacles au commerce » et que les « négociations doivent viser une réduction substantielle du niveau
général des droits de douane » (art. XXVIII bis :1). Chaque Membre demeure néanmoins maître de
déterminer l’étendue des concessions tarifaires qu’il entend offrir. C’est du moins ce qui ressort du droit
de l’OMC.
• Évidemment, en pratique, la réalité est autre. En effet, les Membres subissent une pression évidente
afin de réduire leurs droits de douane puisque les Membres de l’OMC négocient collectivement les
abaissements tarifaires, le tout suivant le principe de réciprocité. Cela signifie que si un Membre
souhaite voir les produits qu’il fabrique être admis sur le territoire des autres Membres à un tarif plus
bas, il doit aussi offrir des concessions lorsque les produits étrangers entrent sur son territoire. Dès lors,
chaque Membre souhaitant offrir à ses producteurs nationaux des possibilités d’exportation doit
consentir à ouvrir son marché aux produits étrangers et ainsi, à diminuer ses droits de douane
• C’est à chaque Membre de déterminer « combien » vaut sa concession et aux autres Membres
d’accepter ou non cette appréciation. Suivant ce concept d’avantages mutuels, flou, indéterminé mais
flexible, l’OMC mise sur le fait qu’un certain équilibre des concessions vient à s’établir. Évidemment,
cette prémisse tient si on prend en considération que chaque Membre a plus ou moins d’avantages à
tirer et de concessions à offrir
• Une fois les négociations achevées, les Membres doivent consolider leurs engagements au sein de listes
tarifaires, aussi appelées listes de concessions, annexées au Protocole de Marrakech, lui-même annexé
au GATT. Pour les États devenus membres de l’OMC après 1994, ces listes sont annexées au Protocole
d’accession. Les listes deviennent donc partie intégrante du GATT (GATT, art. II :7) et sont obligatoires
pour les Membres de l’OMC. Elles sont considérées comme « un accord commun entre tous les
Membres » (Etats-Unis – Jeux, OA, para 159), « résultant d’une négociation mutuellement avantageuse
entre Membres importateurs et Membres exportateurs ». (CE - Matériel informatique, OA, para 84). Ces
listes sont régulièrement mises à jour afin de refléter les résultats de négociation ou autres
modifications ponctuelles.
• Par exemple, lors de l’adoption de la Déclaration sur les technologies, en 1996, les États ont accepté de
laisser entrer certains produits en franchise de droit de douane, c’est-à-dire de ne pas prélever de droit
de douane sur les produits visés. Les listes de concession ont alors dû être mises à jour.
• Chaque Membre de l’OMC a ainsi une liste de concessions tarifaires au sein de laquelle est inscrit
l’ensemble des droits de douane applicables pour chaque produit. Les listes sont en général organisées
suivant le système harmonisé de désignation et de codification des marchandises de l’Organisation
mondiale des douanes en vigueur depuis 1988.
• Par exemple, le système harmonisé prévoit dans le chapitre 8 une position différente pour chaque fruit
comestible, susceptible de faire l’objet de commerce. Mais le système est parfois encore plus précis,
prévoyant même la manière dont le produit se présente. C’est ainsi que la position 08.0121 concerne
les noix du brésil en coques alors que la position suivante est réservée à celles vendues sans coques.
• Les listes sont divisées en quatre parties. Seules les deux premières parties concernent les droits de
douane et aujourd’hui, uniquement la première présente un réel intérêt. La première partie indique le
droit de douane applicable pour chaque produit pouvant être importé. Il s’agit du taux NPF, c’est-à-dire
du taux applicable à l’ensemble des Membres de l’OMC, sans discrimination. La deuxième partie
concerne des taux préférentiels rendus possibles en raison de situations historiques prévues à l’article
I :2 à 4 du GATT. Ces situations n’ont plus d’intérêt pratique et cette partie n’a fait l’objet d’aucune
consolidation depuis 1961. La partie III concerne les mesures non tarifaires alors que la partie IV prévoit
les engagements spécifiques en matière d’agriculture relativement aux mesures de soutien interne et de
subventions à l’exportation
• Ces droits de douane consolidés font naître des droits pour les autres Membres de l’OMC. Suivant le
GATT, les produits repris dans la liste d’un Membre ne seront pas soumis lors de l’importation à un droit
de douane plus élevé que ce qui est inscrit dans la liste (art. II :1b)). Autrement dit, une fois consolidé et
sous réserve d’une renégociation, les droits de douane ne peuvent être augmentés au-delà du taux
inscrit. Cela permet d’assurer une certaine prévisibilité des échanges commerciaux internationaux car
importateurs et exportateurs peuvent prévoir le coût qui sera occasionné par le mouvement
transfrontière du bien
• Suivant l’article II :1 du GATT, chaque Membre accordera aux autres Membres un traitement qui ne sera
pas moins favorable que celui qui est prévu dans la partie appropriée de la liste. Or, si la consolidation
empêche l’État d’augmenter les droits de douane au-delà de ce qui est inscrit dans sa liste, rien ne
l’empêche de les diminuer et d’offrir un traitement plus favorable. Il faut ainsi faire la différence entre le
taux consolidé – celui qui a été négocié et qui fait l’objet d’une consolidation – et le taux appliqué.
Généralement, ce sont surtout les pays en développement qui appliquent des taux plus bas que ceux
qu’ils ont consolidés. Cela leur laisse une marge de manœuvre.
• Dès le début de la crise économique, en 2007, l’OMC a mis en garde les États contre la tentation
d’élever les droits de douane. Si le recours à cette méthode a finalement été assez modéré (Rapport du
Directeur général au MEPC, Tour d’horizon de l’évolution de l’environnement commercial international,
2009, para 45), certains Membres ont effectivement augmenté leurs droits de douane. Est-ce à dire que
ces derniers ont contrevenu à leurs engagements au regard du GATT ? Ils ont plutôt bénéficié de la
marge que leur offrait leur taux consolidé. En effet, à la suite de la création de l’OMC, plusieurs
Membres ont décidé d’abaisser leur droit de douane en-deçà des taux consolidés. Afin de faire face aux
difficultés engendrées par la crise, ces Membres ont remonté leurs taux de douane au niveau consolidé
ou plus près de celui-ci
• Certains produits sont encore très protégés de la compétition internationale en raison de droits de
douane très élevés, qu’on appelle les crêtes ou pics tarifaires. Dépassant les 15%, ceux-ci servent à
protéger certains produits sensibles pour les Membres. C’est le cas de plusieurs droits qui concernent le
textile, les vêtements et les produits agricoles. Bien qu’ils aient diminué depuis la création de l’OMC, ils
continuent à constituer des barrières importantes au commerce et faussent le commerce international
• Il revient au pays importateur de calculer les droits de douane. Habituellement, les droits de douane
sont soit des droits spécifiques, soit des droits ad valorem. L’article VII du GATT et l’Accord sur la mise en
œuvre de l’article VII du GATT (Accord sur la valeur en douane) prévoient des principes applicables en la
matière.
• Les droits spécifiques sont des droits fixes qui sont applicables au produit peu importe la valeur de ce
dernier. Par exemple, l’État importateur décide de percevoir 1 dollars par unité ou 1 dollars par kilo.
Dans ce cas, l’État importateur n’a pas à évaluer la valeur en douane du produit. Peu importe sa valeur,
le droit de douane demeure le même suivant la quantité livrée. L’Accord sur la valeur en douane n’est
donc pas applicable.
• Il en est tout autre lorsque le droit de douane est appliqué ad valorem, c’est-à-dire, en fonction de sa
valeur. Dans ce cas, l’État importateur doit déterminer la valeur en douane du produit puisque le droit
de douane représentera un pourcentage de cette valeur. Dès lors, la fixation de principes s’est imposée
pour contrer les manipulations relatives à la valeur en douane. En effet, un pays importateur souhaitant
augmenter ses recettes ou protéger davantage un produit local pourrait être tenté de gonfler la valeur
d’un produit pour augmenter le montant perçu lors de l’importation.
• Dès 1948, le GATT a fixé des principes communs indiquant aux États comment calculer les droits de
douane. Suivant le GATT, les droits de douane sont en général calculés sur la base de la valeur réelle de
la marchandise importée (GATT, art. VII :2a)). Or, si le GATT mentionnait bien que la valeur des produits
ne devait pas être fondée sur la valeur des produits locaux ou sur des valeurs arbitraires ou fictives (art.
VII :2a)), il prévoyait le recours à divers méthodes permettant d’évaluer les biens importés. Dès lors,
plusieurs problèmes persistaient.
•
• La Convention de Bruxelles, adoptée en 1950 dans le cadre du Conseil de coopération douanière
(l’ancêtre de l’Organisation mondiale des douanes), a pendant un certain temps permis d’apporter une
réponse en proposant une méthode de calcul : la valeur de Bruxelles. Or, la méthode proposée
provoquait des injustices puisque la valeur ne correspondait que très rarement au prix réel. Qui plus est,
les Etats-Unis n’étaient pas partie à cette Convention. Dès lors, une solution devait être trouvée
• C’est au terme du cycle de Tokyo qu’une méthode plus uniforme a vu le jour par l’adoption d’un Code
de l’évaluation (Accord relatif à la mise en œuvre de l’article VII du GATT). Lors de la création de l’OMC,
ce Code a été incorporé pour l’essentiel à l’Annexe 1A de l’Accord instituant l’OMC. Il fait donc partie des
accords applicables en matière de commerce des marchandises et prévoit les règles applicables pour
calculer la valeur transactionnelle d’un produit lorsqu’un taux ad valorem est appliqué.
• Mentionnons que l’Accord sur l’évaluation en douane est l’un des rares accords de l’OMC à permettre
que des Membres formulent des réserves (art. 21). Notons aussi que l’Accord contient une annexe
interprétative fort importante pour la bonne compréhension des termes techniques utilisés.
• Le principe prévu par l’Accord sur la valeur en douane est simple : la valeur du produit doit être établie
en fonction de la valeur transactionnelle (art. 1 :1), c’est-à-dire du prix payé par l’importateur, inscrit sur
la facture, auquel on rajoute certains frais comme les coût de l’emballage, de l’assurance, et les
commissions et frais de courtage (Accord sur la valeur en douane, art. 8). L’Accord prévoit 5 autres
méthodes pour calculer la valeur en douane s’il est impossible de calculer la valeur transactionnelle ou
si cette dernière apparaît faussée par l’importateur.
• Une Décision ministérielle a été adoptée en 1993 sur les cas où l’administration des douanes a des
raisons de douter de la véracité ou de l’exactitude de la valeur déclarée. Une autre décision ministérielle
a été adoptée au même moment sur les valeurs minimales et les importations effectuées par des
agents, distributeurs et concessionnaires exclusifs. Ces Décisions ont été annexées à l’Accord de
Marrakech.
• L’évaluation en douane doit évidemment respecter les principes clés du droit de l’OMC. Elle doit se faire
de manière à respecter la confidentialité (art. 10), prévoir un droit d’appel (art. 11), être transparente
(art. 12) et la décision doit être justifiée sur demande de l’importateur (art. 16).
• Le GATT prévoit que la consolidation des droits de douane peut être remise en cause, mais seulement
au terme d’un délai de trois ans (art. XXVIII :1). Dans ce cas, le Membre souhaitant modifier ou retirer
une concession doit entrer en négociation avec l’ensemble des Membres. Il doit alors leur offrir d’autres
concessions ou accepter que ces derniers retirent certaines des leurs.
• Lorsqu’une union douanière est créée, il s’avère souvent nécessaire de renégocier les concessions. En
effet, la création d’une union douanière impose que les droits de douane soient identiques en
substance (GATT, art. XXIV :8). Dès lors, il est souvent inévitable qu’un ou plusieurs des pays faisant
partie de cette nouvelle union aient à modifier les droits de douane qu’ils perçoivent. Une renégociation
s’impose alors.
• Dans certains cas, les Membres peuvent augmenter les droits de douane, au-delà des consolidations
consenties. C’est le cas lorsqu’un membre souhaite imposer un droit antidumping ou un droit
compensateur (art. II :2b)), une taxe intérieure (ajustement fiscal aux frontières) (art. II :2a)), une
redevance pour les formalités douanières (art. II :2c)), une mesure de sauvegarde (art. XIX et Accord sur
les MS), une mesure prise en cas de déséquilibre de la balance des paiements (art. XII et XVIII.B). C’est
aussi le cas lorsqu’une dérogation lui est accordée (Accord instituant l’OMC, art. IX :3 et 4). La majorité
de ces cas seront détaillés dans les sections pertinentes.
• Aujourd’hui, les marchandises sont souvent produites par étape et contiennent des pièces provenant de
divers pays dans le monde. Par conséquent, il devient difficile d’identifier de quel pays provient un
produit. Or, cette qualification est importante dans la mesure où elle détermine le taux applicable au
produit lorsqu’il est importé (le droit de douane). En effet, le taux peut différer en fonction de la
provenance du produit, soit d’un pays bénéficiant d’une préférence tarifaire, c’est-à-dire, d’un pays en
développement, d’un pays moins avancé ou encore d’un pays faisant partie d’un accord commercial
régional
• Les négociations du cycle d’Uruguay ont donné lieu à l’adoption d’un Accord sur les règles d’origine.
Toutefois, cet Accord n’est pas applicable aux relations de traitements préférentiels. Une Déclaration
commune a plutôt été annexée à l’Accord sur les règles d’origine (Annexe II à l’Accord sur les règles
d’origine : Déclaration commune concernant les règles d’origine préférentielles). Selon cette Déclaration,
les règles d’origine doivent être transparentes et ne pas constituer une entrave non nécessaire au
commerce international. Dès lors, elles doivent être appliquées de manière uniforme, cohérente et
impartiale. À la conférence ministérielle de Bali, des lignes directrices avaient été élaborées afin qu’un
accord plus précis soit négocié. Cet accord a été adopté à la conférence ministérielle de Nairobi.
LE PRINCIPE DE NON DISCRIMINATION
• Le principe de non-discrimination est au cœur du système commercial multilatéral. En effet, puisque le
besoin d’interdépendance, propre à assurer une meilleure stabilité des relations internationales, est l’un
des fondements du système commercial multilatéral, l’interdiction de discrimination apparaît
incontournable tant il est important que, d’une part, les États ne privilégient pas certains partenaires
commerciaux et que, d’autre part, ils n’adoptent pas de mesures protectionnistes. Le principe de non-
discrimination donne lieu à deux règles visant chacune à éviter pareil comportement : celle du
traitement de la nation la plus favorisée et celle du traitement national
LE TRAITEMENT DE LA NATION LA PLUS
FAVORISÉE (NPF)
• Le traitement NPF – aussi appelé clause NPF – interdit la discrimination entre partenaires commerciaux.
Autrement dit, suivant ce principe, si un Membre accorde un avantage, faveur, privilège ou immunité à
un produit originaire ou à destination d’un autre État, il doit l’étendre, immédiatement et sans
condition, à tout produit similaire originaire ou à destination des autres Membres de l’OMC (GATT, art.
I :1).
•
• Bien qu’on retrouve ce principe à plusieurs reprises dans le GATT (art. III :7, IV b), V :2, 5 et 6, IX :1,
XIII :1, XVII :1, XVIII :20 et XX :j), l’article premier du GATT consacre de manière générale le principe NPF.
• Toute mesure affectant le commerce international est visé par le principe de traitement NPF. En clair,
tout ce qu’un Membre de l’OMC peut offrir à un de ses partenaires commerciaux, Membre ou pas de
l’OMC, doit, immédiatement et sans condition, être étendu aux autres Membres de l’OMC. L’Article 1 :1
du GATT est d’ailleurs clair à cet égard : « le principe NPF concerne les droits de douane et les
impositions de toute nature perçus à l'importation ou à l'exportation ou à l'occasion de l'importation ou
de l'exportation, ainsi que ceux qui frappent les transferts internationaux de fonds effectués en
règlement des importations ou des exportations, le mode de perception de ces droits et impositions,
l'ensemble de la réglementation et des formalités afférentes aux importations ou aux exportations ainsi
que toutes les questions qui font l'objet des paragraphes 2 et 4 de l'article III ». On s’attendra ainsi à ce
qu’un Membre qui octroie des conditions d’accès ou de commercialisation favorables à un partenaire
commercial les étende aux autres Membres de l’OMC.
• L’article premier du GATT précise que les avantages seront étendus « immédiatement et sans
condition ». On s’est demandé si « sans condition » signifiait qu’aucune condition, même sans lien avec
l’origine du produit, ne pouvait être imposée. À la lumière de l’objet et du but de l’article premier du
GATT, un Groupe spécial a considéré que des conditions pouvaient être imposées sans qu’on ne conclue
automatiquement à une violation de la clause NPF, si celles-ci n’avaient pas pour effet d’établir une
discrimination entre les produits similaires : « À notre avis, la question de savoir si un avantage au sens
de l'article I:1 est accordé "sans condition" ne peut pas être déterminée indépendamment de l'examen
du point de savoir s'il implique une discrimination entre des produits similaires de pays différents ».
(Japon – Auto, GS, par. 10.23)
• Le principe NPF couvre tant les discriminations de jure que les discriminations de facto. Si une mesure
prévoit explicitement un traitement différent en fonction de l’origine des produits, on parlera de
discrimination de jure. Toutefois, il se peut qu’une mesure n’impose pas concrètement de différence de
traitement, mais mène néanmoins à une discrimination. C’est le cas lorsqu’une mesure demeure neutre
quant à l’origine des produits, mais que son application a pour effet de créer un traitement moins
favorable. On parlera alors de discrimination de facto. Il se peut donc que des mesures, neutres quant à
l’origine des produits, soient néanmoins considérées comme créant une discrimination (Japon – Auto,
OA, par. 78)
• Le principe NPF ne s’applique que lorsque les produits sont similaires. C’est-à-dire qu’un Membre doit étendre les avantages
consentis à un partenaire commercial aux autres Membres de l’OMC seulement si les produits en question sont similaires.
Dès lors, se pose la question de savoir ce qu’est un produit similaire. Peut-on dire qu’une bière à forte teneur en alcool est
similaire à une bière sans alcool ? Quid quant à une voiture électrique par rapport à une voiture à consommation d’essence,
ou encore quant à un produit isolant comme l’amiante par rapport à un autre dont les propriétés physiques diffèrent
• La similarité n’a pas de définition propre d’application générale : elle demeure relative à chaque cas d’espèce. Cela soulève
diverses questions d’interprétation dont témoigne d’ailleurs la multitude de différends ayant eu trait à la définition de ce
concept clé. D’ailleurs, en raison de la multiplicité des références à ces concepts au sein des Accords de l’OMC, le définir
précisément devient une tâche ardue.
•
• Le GATT renvoie pas moins de dix-sept fois à la notion de produits similaires. Une longue liste des différends ayant impliqué
la notion de produits similaires est dressée par l’Organe d’appel dans l’affaire CE – Amiante (p. 37, note 58).
• Déjà à l’époque du GATT de 1947, la question s’était posée. Un groupe de travail sur les ajustements
fiscaux à la frontière avait alors identifié trois séries de critères à évaluer pour déterminer la similarité
de deux produits. Ces critères ont ensuite été repris par l’Organe d’appel, en 1996, dans l’affaire Japon –
Boissons alcooliques II, qui a considéré que l’analyse de la similarité devait être faite au cas par cas. C’est
dans l’affaire CE – Amiante, rendue en 2000, qu’un Groupe spécial a établi de manière plus détaillée le
test de la similarité, en ajoutant un quatrième critère.
• Dans l’affaire Japon – Taxes sur les boissons alcooliques, l’Organe d’appel devait évaluer si le cognac, le
whisky et les eaux-de-vie blanches importées au Japon recevaient un traitement moins favorable que la
boisson nationale, le schochu. Dans l’affaire CE – Amiante, on se posait la question de savoir si les
produits isolants contenant de l’amiante et importés, étaient similaires aux produits nationaux de
substitution comme les fibres d’alcool polyvinylique, de cellulose et de verre. Ces affaires ne
concernaient pas le principe NPF mais plutôt le principe du traitement national prévu à l’article III du
GATT. Toutefois, considérant que ce dernier principe fait aussi intervenir le concept de similarité, il est
possible de recourir aux principes dégagés à l’occasion de ce différend et des autres différends relevant
de l’article III du GATT (Indonésie – Certaines mesures affectant l’industrie automobile, para 14.110,
14.111 et 14.141
• Essentiellement, l’enquête sur la similarité vise à déterminer si deux produits entretiennent une relation
de concurrence. Dans l’affirmative, ils devront être traités de manière non-discriminatoire. Les quatre
catégories de critères détaillées dans l’affaire CE – Amiante sont les suivants (GS, par. 8.130 et 8.132;
OA, par. 101)
• les propriétés physiques, la nature et la qualité des produits. C’est dans le cadre de l’examen de cette
première catégorie de critères que pourront être évalués les paramètres dimensionnels, les propriétés
chimiques ainsi que l’efficacité et la solidité des produits (Luff, p. 47). Par ailleurs, les Groupes spéciaux
« doivent en particulier examiner les propriétés physiques des produits qui sont de nature à influencer
le rapport de concurrence entre les produits sur le marché » (CE – Amiante, OA, par. 114). Toutefois, la
qualification d’un produit comme étant similaire à un autre dépend surtout de la perspective et de la
discipline scientifique auxquelles le groupe spécial décide d’accorder la priorité (Mariëlle D. Matthee, p.
113). En effet, alors qu’un groupe spécial a considéré une différence organoleptique, entre des types de
café, insuffisante pour conclure à la non-similarité (Espagne - Régime tarifaire appliqué au café non
torréfié), un autre groupe s’est dit d’avis que la différence dans les contenus en protéine et leurs origines
diverses, éléments moins observables, suffisaient pour conclure à une différence des produits comparés
(CEE - Mesures appliquées par la CEE aux protéines destinées à l’alimentation des animaux).
• l’utilisation finale des produits, c’est-à-dire, la mesure dans laquelle il est possible que les deux produits
aient la même utilisation finale ou des utilisations finales semblables. Ce critère concerne directement
la question du rapport de concurrence sur le marché (CE – Amiante, OA, par. 117). En fait, deux produits
considérés comme différents au regard des caractéristiques physiques pourraient être considérés
comme similaires si leur utilisation finale est semblable, et ce, même si généralement, « les propriétés
physiques des produits conditionnent et limitent les utilisations finales que ces produits peuvent avoir »
(CE – Amiante, OA, par. 102). Il importe, à ce stade, de tenir compte de la réelle utilisation finale du
produit en considérant la mesure en cause
• les goûts et habitudes des consommateurs, ce qui inclut la perception et le comportement des
consommateurs à l’égard d’un produit sur un marché donné. Certains considèrent ce critère comme
décisif, (Pauwelyn, 2004, p. 586), alors que d’autres nuancent davantage son intérêt (Luff, p. 48). Ainsi,
selon ce dernier, il est vrai que des produits présentant une majorité de caractéristiques physiques
semblables et ayant une même utilisation finale peuvent néanmoins être considérés comme non
« similaires » s’ils sont commercialisés dans des secteurs très différents du marché. Ainsi en est-il de la
bière à faible teneur en alcool et de celle à plus haute teneur en alcool. Toutefois, toujours selon Luff, il
serait très surprenant que deux produits ne possédant pas de caractéristiques physiques communes
puissent être interchangeables pour les consommateurs. Il donne l’exemple du bois et du béton, tous
deux des matériaux différents physiquement mais entrant dans la fabrication d’une bâtisse. La question
s’est par ailleurs posée de savoir si une mesure gouvernementale qui avait pour effet de modifier les
goûts et habitudes des consommateurs, comme une politique d’étiquetage obligatoire, pouvait être
prise en ligne de compte. L’Organe d’appel a conclu par l’affirmative : « Nous n'acceptons donc pas
l'assertion du Canada selon laquelle, sur les marchés où les conditions de concurrence normales ont été
perturbées par des obstacles réglementaires ou fiscaux, les goûts et habitudes des consommateurs
cessent d'être pertinents (CE – Amiante, OA, par. 123).
• la classification tarifaire internationale des produits. Il existe un système harmonisé de classification
défini par l’Organisation mondiale des douanes (système harmonisé ou SH). Chaque produit est classé
suivant une position et une sous-position à 6 chiffres. Si deux produits sont classés au regard du
système harmonisé sous la même position ou la même sous-position, cela pourrait donner un indice
quant à leur similarité (Japon – Boissons alcooliques II, OA, p. 24 : « Si elle est suffisamment détaillée, la
classification tarifaire peut être une indication utile de la similarité de produits »).
• S’il apparaît tout à fait opportun que les « juges » de l’OMC puissent considérer ce classement tarifaire
mondial comme un indice de similarité, on peut se demander pourquoi d’autres pratiques
internationales ne peuvent pas être prises en compte au même titre. Par exemple, dans le cas des OGM,
une large majorité d’États et d’organisations internationales considèrent que tout produit issus de la
transgénèse appelle un traitement particulier. C’est bien ce qu’a consacré le Protocole de Cartagena sur
la prévention des risques biotechnologiques qui compte aujourd’hui près de 170 États partie. L’OMS,
l’OCDE, la Commission du Codex alimentarius, l’OIE, la FAO, entre autres, ont toutes travaillé à élaborer
des cadres juridiques permettant de bien encadrer la culture, la manipulation, la consommation et le
commerce des OGM. Dès lors, tant les États que les organisations internationales reconnaissent leur
nature particulière et la nécessité de traiter différemment les OGM. De toute évidence, une évolution à
l’OMC s’impose afin que les actions des États prises tant au sein de l’OMC qu’à l’extérieur de ce cadre
institutionnel demeurent cohérentes.
• L’enquête sur la similarité implique une analyse globale des critères : chacun d’eux doit être pris en
considération (CE – Amiante, OA, par. 109). En effet, ceux-ci sont interdépendants bien qu’en fonction
du cas, l’un d’eux puisse occuper une place plus importante (CE – Amiante, OA, par. 102). Les groupes
spéciaux et l’Organe d’appel bénéficient d’une marge de manœuvre dans l’appréciation de la similarité
de deux produits, ce qui implique « inévitablement un élément de jugement personnel et
discrétionnaire » (Japon – Boissons alcooliques II, OA, p. 30, point H.1 (a)). En effet, chaque cas en est un
d’espèce et dépend du contexte, de la disposition à interpréter (la similarité est interprétée
différemment d’un article du GATT à l’autre) et des circonstances de la situation (Japon – Boissons
alcooliques II, OA, Section H.1; CE – Amiante, OA, par. 101).
• Depuis l’affaire Amiante, aucun autre critère n’a été ajouté à la liste. Si l’Organe d’appel avait mentionné que la
liste de critères ne devait pas être considérée comme définitive (par. 102), aucun autre critère n’a été pris en
ligne de compte comme critère indépendant par les « juges » de l’OMC depuis. À l’occasion de l’affaire CE –
Amiante, on a refusé d’évaluer la dangerosité du produit en cause comme un critère en soit. Toutefois, l’Organe
d’appel a considéré que l’évaluation des critères de propriétés physiques du produit et de goûts et habitudes
de consommation pouvait être influencée par le potentiel de dangerosité d’un produit. En effet, l’amiante
chrysotile, produit reconnu comme dangereux compte tenu de son potentiel cancérigène, n’a pas été
considérée comme similaire à d’autres produits isolants (CE – Amiante, OA, par. 133). Le potentiel de
dangerosité d’un produit influence donc les critères à prendre en considération dans l’enquête sur la similarité.
On peut se demander si le risque potentiel a le pouvoir d’influencer l’utilisation finale du produit, ainsi que les
goûts et les habitudes des consommateurs au même titre qu’un risque mortel comme celui qui était en cause
dans l’affaire de l’amiante. En ce qui concerne le processus et la méthode de production (PMP), un groupe
spécial du GATT de 1947 a eu l’occasion de rejeter l’idée qu’une différence dans la production d’un produit
puisse avoir un impact sur sa similarité. Dans la première affaire du Thon, les Etats-Unis tentaient de justifier
une réglementation fixant des normes pour la protection des dauphins nageant au-dessus des bancs de thon.
Pour eux, le thon pêché de manière attentatoire à la vie des dauphins n’était pas similaire au thon pêché selon
une méthode qui les protégeait. Le Groupe spécial a rejeté cet argument et a considéré que l’article III:4 visait
la similarité des produits et non celle des PMP. Dans cette affaire, le PMP n’avait aucun impact sur le produit.
Cette absence de reconnaissance interpelle des problématiques d’actualité comme celles des conditions de
travail ou encore le recours à la transgénèse. (Etats-Unis – Restriction à l’importation de thon I, par.5.15; Etats-
Unis – Restriction à l’importation de thon II, par. 5.8) D’autres caractéristiques ont été rejetées dans le cadre de
l’enquête sur la similarité. Celle le de l’origine des produits (Indonésie – Mesure affectant l’industrie
automobile, GS, par. 14.112 et 14.113; Belgique – Allocations familiales, GS, 1S/63) et des caractéristiques
personnelles des fabricants de ceux-ci (Etats-Unis – Boissons à base de malt, par. 5.19; Etats-Unis – Essence, GS,
par. 6.11 à 6.13 (non infirmé par l’OA)).
• La notion de similarité peut recevoir une interprétation large ou étroite en fonction de la disposition à
interpréter. En effet, tel que l’a mentionné l’Organe d’appel à l’occasion de l’affaire Japon – Boissons
alcooliques II , « [l]e concept de la “similarité” a un caractère relatif qui évoque l’image d’un accordéon.
L’accordéon de la “similarité” s’étire et se resserre en des points différents au gré des différentes
dispositions de l’Accord sur l’OMC qui sont appliquées. L’étirement de l’accordéon en l’un quelconque
de ces points doit être déterminé par la disposition particulière dans laquelle le terme “similaire” se
trouve, ainsi que par le contexte et les circonstances propres à un cas donné auquel cette disposition
peut être applicable » (par. 24). Dans le cas du principe NPF, une interprétation large de la notion est
privilégiée
• Bien que le principe NPF soit considéré comme un principe fondamental du système commercial
multilatéral, force est de reconnaître qu’il s’applique de moins en moins en raison des nombreuses
exceptions admises. L’article premier lui-même prévoit certaines exceptions, dites historiques, au
principe NPF. Les paragraphes visés, 2 à 4, ne présentent toutefois plus d’intérêt pratique. D’autres
situations constituent aujourd’hui des possibilités d’agir en contrevenant au principe NPF. Au premier
titre, la création de zones de libre-échange et d’unions douanières, répondant aux conditions fixées par
le GATT, permet aux Membres en faisant partie de s’accorder des préférences réciproques (GATT, art.
XXIV). Les pays en développement peuvent aussi s’accorder entre eux des préférences, avec l’avantage
de ne pas avoir à respecter les conditions strictes de l’article XXIV du GATT (Clause d’habilitation, art.
2c)). Aussi, en vertu du système généralisé de préférence, les Membres industrialisés peuvent accorder
des avantages destinés uniquement aux pays en développement (Clause d’habilitation, art. 2, par. a) et
b)). Les Membres limitrophes peuvent s’accorder des préférences afin de faciliter le trafic (XXIV :3). Des
préférences peuvent, en outre, être accordées à certains partenaires commerciaux si elle constituent
des allocations préférentielles de contingents accordées aux pays ayant un intérêt substantiel au
commerce des produits en cause (art. XIII :2d)), si elles sont prévues dans le cadre du protocole
d’accession d’un nouveau Membre, si elles sont permises par une dérogation (Accord instituant l’OMC,
art. IX :3 et 4) ou si elles sont justifiées en vertu du système d’exceptions du GATT prévu aux article XX et
XI du GATT.
TRAITEMENT NATIONAL
• L’article III du GATT prévoit le principe du traitement national. Le premier paragraphe expose le principe général suivant
lequel les obligations spécifiques prévues dans les paragraphes subséquents doivent être interprétées. Concrètement, le
premier paragraphe vise à éviter le protectionnisme en interdisant aux Membres de l’OMC d’adopter des règlements ou
d’imposer des taxes destinées à protéger leur production nationale, et ce, que les produits en cause aient fait l’objet ou
non d’une consolidation tarifaire (Japon – Boissons alcooliques II, OA, Section F).
• L’article II du GATT concerne les tarifs douaniers alors que l’article XI du GATT interdit les restrictions quantitatives. Ces
deux derniers articles encadrent la manière de limiter les importations sur le territoire d’un État membre. Il s’attache
donc à encadrer le processus d’importation. L’article III ne concerne pas le processus d’importation; il se rapporte aux
conditions de concurrence sur le marché domestique. Autrement dit, le principe du traitement national s’applique une
fois que le produit est admis sur le territoire en encadrant les conditions menant à sa commercialisation. Il se peut
toutefois qu’un produit soit bloqué à la frontière en raison d’une réglementation interne. Dès lors, on peut s’interroger
sur l’article qu’il convient d’appliquer compte tenu du fait que la réglementation affecte l’importation. Nous reviendrons
sur cette problématique dans le cadre du développement consacré à l’article XI du GATT
1. Taxes ou autres impositions intérieures (art. III :2)
• L’article III :2 applique le principe du traitement national aux taxes et autres impositions intérieures.
Ainsi, un Membre ne peut imposer de taxes aux produits importés qui seraient de nature à privilégier
les produits fabriqués localement. Bien que la taxation relève du pouvoir souverain des États, il apparaît
tout à fait normal de l’encadrer afin d’éviter que les produits, une fois dédouanés, ne soient soumis à
des taxes discriminatoires qui augmenteraient leur prix sur le marché, les dénuant complètement de
tout pouvoir commercial attractif. Cet encadrement apparaît donc comme le prolongement naturel du
principe d’abaissement des droits de douane dans la mesure où il lui donne son plein effet.
• L’article III :2 prévoit deux phrases, chacune correspondant à une situation particulière pouvant mener à
conclure que la taxe contrevient au principe du traitement national. La première phrase s’applique
lorsque les produits sont similaires et ne tolère aucune différence dans la taxation, alors que la
deuxième phrase vise les produits non similaires, mais directement substituables. Dans ce dernier cas,
c’est l’existence d’une différence de taxation non négligeable qui permet de conclure que le principe du
traitement national est violé.
• Un test en deux étapes est ici applicable pour déterminer si une taxe viole le principe du traitement
national (Japon – Boissons alcooliques II, OA,). Premièrement, il faut déterminer si les produits importés
et les produits nationaux sont similaires. On recourt ici au même test de similarité que celui utilisé dans
le cadre du principe NPF prévu à l’article 1 du GATT. Il convient toutefois d’interpréter la notion de
produits similaires de façon étroite, c’est-à-dire en appliquant très strictement les 4 critères du test de la
similarité (Japon – Boissons alcooliques II, p. 22 et 23). Deuxièmement, si après une enquête sur la
similarité, deux produits sont considérés comme similaires, il faut vérifier si les taxes appliquées aux
produits importés sont supérieures à celles appliquées aux produits nationaux similaires. Aucune
différence quant à la charge de taxation ne doit exister entre les produits importés et les produits
fabriqués au niveau national : « Même le plus petit dépassement est de trop » (Japon – Boissons
alcooliques, OA, p. 26).
• Un Groupe spécial a considéré que l’expression « taxes et autres impositions » ne couvrait pas
uniquement les régimes fiscaux, les taux et les bases d’imposition, mais couvrait aussi les mécanismes
de perception. En l’espèce, l’Argentine imposait une perception anticipée de taxes et d’impôt aux
produits importés. Or, « s’il était admis que les mesures d’"administration fiscale" sont formellement
exclues du champ de l’article III :2, cela créerait un risque d’abus et de contournement des obligations
(Argentine – Peaux et cuirs, GS, par. 11.144).
• La deuxième phrase de l’article III :2 prévoit que « aucune partie contractante n’appliquera, d’autre
façon, de taxes ou autres impositions intérieures aux produits importés ou nationaux d’une manière
contraire aux principes énoncés au paragraphe premier ». Une note interprétative précise qu’une « taxe
satisfaisant aux prescriptions de la première phrase du paragraphe 2 ne doit être considérée comme
incompatible avec les dispositions de la deuxième phrase que dans le cas où il y a concurrence entre,
d’une part, le produit imposé et, d’autre part, un produit directement concurrent ou un produit qui peut
lui être directement substitué et qui n’est pas frappé d’une taxe semblable ». Dès lors, la deuxième
phrase s’applique lorsque deux produits ne sont pas considérés comme similaires, mais qu’ils
entretiennent néanmoins un rapport de concurrence sur un marché donné. Cette notion sert ainsi à
couvrir des situations non couvertes par la première phrase qui réfère à des produits similaires. En effet,
deux produits peuvent ne pas être similaires, mais entretenir un rapport de concurrence sur un marché
donné.
• Dans l’affaire Japon – Boissons alcoolique II, les plaignants considéraient que les taxes applicables à
certaines boissons alcooliques importées violaient le principe du traitement national car la taxe
applicable à l’alcool japonais, le shochu, était inférieure. Le Groupe spécial, confirmé par l’Organe
d’appel, a considéré la vodka comme un produit similaire au shochu, mais a considéré que certains
autres alcools qui présentaient des différences physiques importantes, bien que non similaires, étaient
directement substituables sur un marché donné
• Un test en trois étapes doit être appliqué (Japon – Boissons alcooliques II, OA, p. 28). Il faut premièrement
déterminer si les produits importés et les produits nationaux sont directement concurrents ou directement
substituables. Ici, la concurrence des produits sur le marché doit être analysée (Japon – Boissons alcooliques II,
OA, p. 29). Si deux produits sont interchangeables pour satisfaire un besoin ou un goût particulier, on considère
qu’ils sont substituables (Corée – Boissons alcooliques, GS, par. 10.40; OA, par. 115). Deuxièmement, il faut
déterminer si les produits similaires sont frappés d’une taxe semblable ou non. Dans ce cas, il a été déterminé
qu’une différence de taxation non négligeable doit être constatée (Japon – Boissons alcooliques II, GS, par. 6.33),
c’est-à-dire que la « charge fiscale pesant les produits importés doit être plus lourde que celle pesant sur les
produits nationaux, […] et de toute manière, cette charge doit être plus que de minimis (Japon – Boissons
alcooliques II, OA, p. 31). Troisièmement, il faut évaluer si la différence de taxation vise à protéger la production
nationale. Cette exigence est dûe au renvoi, par la note interprétative, au paragraphe premier de l’article III. Il ne
s’agit pas ici d’une question d’intention. En effet, « [i]l est sans intérêt de faire valoir que le protectionnisme n’était
pas un objectif voulu si la mesure fiscale particulière en question est néanmoins, pour reprendre les termes de
l’article III :1, "appliqué[e] aux produits importés ou nationaux de manière à protéger la production nationale »
(Japon – Boissons alcooliques II, OA, p. 31 et 32). Pour ce faire, il est nécessaire de « procéder à une analyse
globale et objective de la structure de la mesure en question et de la manière dont elle est appliquée » (Japon –
Boissons alcooliques II, OA, p. 33). Si la plupart du temps, une analyse de la conception, des principes de base et
de la structure révélatrice de la mesure sera suffisante, il se pourrait qu’un groupe spécial ait à analyser d’autres
facteurs.
• En 1987, dans la première affaire Japon – Boissons alcooliques, le groupe spécial avait analysé nombre de facteurs,
tels que le fait que les taux de taxe appliqués à l’alcool national (shochu) soient beaucoup plus bas, que
l’imposition de taxes ad valorem uniquement sur les produits importés, que la production de shochu avait lieu
presque exclusivement au Japon et que la taxation basse de ce produit avait effectivement pour effet de protéger
la production nationale. Japon – boissons alcooliques I, par. 5.11
2. Réglementation (art. III:4)
• Suivant le quatrième paragraphe de l’article III, deux produits similaires doivent bénéficier de conditions
de concurrence égales sur le marché intérieur et la réglementation intérieure ne doit pas avoir pour
effet de favoriser les produits nationaux au détriment des produits similaires importés. Si le libellé de
l’article III :4 du GATT ne renvoie pas explicitement au principe général énoncé à l’article III :1 du GATT, il
n’en commande pas moins l’interprétation. (Japon – Boissons alcooliques II, OA, p. 27; CE – Amiante,
OA, par. 98 et Etats-Unis – FSC, OA, par. 169.). L’article III :4 vise donc à éviter le protectionnisme
• Suivant les enseignements de l’Organe d’appel, un test en trois étapes permet de conclure à la violation
ou non du principe de traitement national (Corée – Viande de bœuf, OA, par. 133). Premièrement, il faut
évaluer la similarité des produits nationaux et importés. Deuxièmement, il convient de se demander si
la mesure en cause constitue une prescription affectant la commercialisation des produits importés.
Troisièmement, il faut vérifier si la mesure en cause a pour effet de défavoriser les produits importés au
profit des produits nationaux.
• Encore ici, l’enquête sur la similarité doit être faite au regard des quatre critères identifiés dans la section
relative au principe NPF. Toutefois, l’accent doit être davantage mis sur la manière dont les produits
entretiennent un rapport de concurrence sur un marché donné. C’est donc dire que la similarité analysée
sous l’article III :4 est « essentiellement une détermination sur la nature et l’importance d’un rapport de
concurrence entre et parmi les produits » (CE – Amiante, OA, par. 99).
• L’article III :4 réfère à « toute loi, tous règlements ou toutes prescriptions affectant la vente, la mise en
vente, l’achat, le transport, la distribution ou l’utilisation de produits sur le marché intérieur ». Les termes
loi, règlement ou prescription ont été interprétés très largement par les organes juridictionnels de l’OMC.
Ainsi, tout acte normatif à l’initiative des pouvoirs publics (Corée – Viande de bœuf, OA, par. 149), qu’il soit
obligatoire ou non (Canada – Périodiques, GS, par. 5.36), est couvert par ces termes. Ces lois, règlements et
prescriptions doivent affecter la vente, l’achat, le transport, la distribution ou l’utilisation du produit en
cause sur le marché intérieur. L’Organe d’appel a interprété largement le terme affecter (Canada – Auto, GS,
par. 10.80). Il couvre toute mesure susceptible d’avoir un effet sur la commercialisation des produits
considérés et toute mesure capable d’altérer les conditions de concurrence du produit : « Le sens ordinaire
de l'expression "qui affectent" implique qu'il s'agit de mesures qui ont « un effet sûr », ce qui indique un
vaste champ d'application. Cette interprétation est, en outre, renforcée par les conclusions de précédents
groupes spéciaux selon lesquelles l'expression "qui affectent" dans le contexte de l'article III du GATT a une
portée plus large que des expressions telles que "qui réglementent" ou "qui régissent" » (CE – Bananes III,
par 220).
• Cette troisième étape du test se subdivise en trois autres étapes d’analyse. Premièrement, il faut vérifier
si la mesure a pour effet d’imposer un traitement différent aux produits similaires. Il s’agit ici d’un fait
objectif. Cette étape donne un indice, mais ne présage en rien de la conclusion quant à l’article III :4. En
effet, une mesure imposant un traitement différent ne sera pas automatiquement considérée comme
contraire au principe du traitement national (Corée – Viande de bœuf, OA, par. 135 et 136). À l’inverse, il
se peut même qu’un traitement similaire ait pour effet, en pratique, d’imposer un traitement moins
favorable aux produits importés (Etats-Unis – Article 337, GS, par. 5.11). Il faut aussi se rappeler qu’une
mesure neutre quant à son origine peut néanmoins imposer un traitement moins favorable. Il importe
donc de passer à l’étape suivante du test. Deuxièmement, il faut vérifier si la mesure a pour effet
d’imposer un traitement moins favorable. Il s’agit ici d’évaluer l’effet de la mesure sur le rapport de
concurrence. « La question de savoir si les produits importés sont soumis ou non à un traitement
« moins favorable » que les produits nationaux similaires devrait plutôt être appréciée en se demandant
si une mesure modifie les conditions de concurrence au détriment des produits importés sur le marché
en question » (Corée – Viande de bœuf, OA, par. 137; Confirmé dans CE – Amiante, OA, par. 96 et 98).
Ainsi, cette étape nécessite une étude approfondie de « l’idée maîtresse et l’effet essentiel de la mesure
en tant que telle. Cet examen ne peut reposer sur une simple affirmation, mais doit être fondé sur une
analyse détaillée de la mesure contestée et de ses conséquences sur le marché » (Etats-Unis – FSC, GS,
par. 115; Corée – Viande de bœuf, para. 142.). Troisièmement, il faut se demander si la mesure a été
adoptée dans le dessein de servir des fins protectionnistes. Autrement dit, on doit examiner si la
mesure a été motivée par des objectifs protectionnistes ou si, au contraire, elle peut se justifier par
d’autres objectifs
• Il s’agit d’un retour en force du test de l’effet et de l’objectif – le aim-and-effect test – né dans les années 1990 et
appliqué à l’époque à la notion de similarité (Dufour, 2010, p. ). En effet, à cette époque, on considérait que pour
interpréter l’expression « produits similaires » de l’article III, il fallait prendre en considération l’objectif de l’article, en
l’occurrence l’impossibilité de protéger la production nationale. Selon un Groupe spécial, « pour déterminer si deux
produits soumis à un traitement différent étaient des produits similaires, il était nécessaire de savoir si la distinction
entre les produits était effectuée « de manière à protéger la production nationale » (Etats-Unis – Boissons à base de
malt, GS, par. 5.25). D’autres rapports avaient suivi cette interprétation (Etats-Unis – Taxes sur les automobiles (rapport
non adopté) et Etats-Unis – Essence, GS, par. 5.9 et 5.10) avant que celle-ci ne soit rejetée à l’occasion de l’affaire
Japon – Boissons alcooliques. Remarquant que l’article III :4 du GATT ne renvoyait pas expressément à l’article III :1, le
Groupe spécial a considéré dans un obiter que la notion de similarité de l’article III :4 devait recevoir une interprétation
large (par. 4.39). En 1997, l’Organe d’appel s’est clairement prononcé contre le recours à l’objectif de la mesure dans
l’analyse de la similarité (CE – Bananes, OA, par. 215 et 216). Quelques années plus tard, l’Organe d’appel a tout de
même rappelé l’importance de tenir compte de l’objectif de la mesure dans l’analyse au titre de l’article III :4 :
« [l]'expression "traitement moins favorable" exprime le principe général, énoncé à l'article III:1, selon lequel les
réglementations intérieures "ne devront pas être appliquées [...] de manière à protéger la production nationale" » (CE
– Amiante, OA, par. 100) et « l’existence d’un effet défavorable sur un produit importé donné résultant d’une mesure
n’implique pas nécessairement que cette mesure accorde un traitement moins favorable aux importations si l’effet
défavorable s’explique par des facteurs ou des circonstances sans rapport avec l’origine étrangère du produit, tels que
la part de marché de l’importateur en l’espèce » (République dominicaine – Cigarettes, OA, par. 96). Le Groupe spécial,
chargé de l’affaire CE – Produits biotechnologiques, a aussi insisté sur l’objectif protectionniste ou non de la mesure
argentine. Selon lui, l’Argentine avait omis de présenter des arguments ou des éléments de preuve pour établir une
présomption à l’effet que le traitement moins favorable s’expliquait par l’origine étrangère des produits en cause (par.
7.2515). Ainsi, le traitement moins favorable aurait pu provenir d’une différence de perception concernant la sécurité
des produits génétiquement modifiés (par. 7.2514). Un simple lien entre la mesure et l’objectif paraît ainsi suffisant Je
ne sais pas si c’est normal que le début de la phrase ne soit pas en gras par rapport aux autres débuts de paragraphe.
• Certains se sont questionnés quant à la pertinence de mettre autant d’accent sur l’établissement
préalable de la similarité entre deux produits. Agissant comme un seuil d’applicabilité de l’obligation du
traitement national, la notion semble en effet avoir reçu une attention démesurée dans les dernières
décennies ), au point où la troisième étape du test de l’article III :4 aurait été négligée (à ce titre, voir
l’affaire rendue en 1982 Etats-Unis – Boissons à base de malt, par 5.71 à 5.74). Pourtant, s’il est un
critère important à déterminer dans une analyse au sens de l’article III :4, c’est bien celui prévu dans la
troisième étape du test : la question de savoir si la discrimination s’explique en raison de l’origine – ce
qui est interdit – ou en raison de motifs autres, ce qui pourrait être permis. Signe annonciateur d’une
nouvelle façon de faire, certains groupes spéciaux ont décidé d’inverser l’ordre d’analyse prévu par le
test de l’affaire Corée – Viande de bœuf. Par exemple, le Groupe spécial chargé de l’affaire CE – Produits
biotechnologiques a préféré modifier l’ordre d’analyse traditionnelle en annonçant son intention d’axer
en premier son analyse sur la 3e étape du test – l’obligation de traitement non moins favorable – plutôt
que sur l’étape de l’enquête de la similarité : « Nous allons d’abord axer notre analyse sur l’obligation de
"traitement [non] moins favorable" énoncé à l’article III:4, plutôt que sur l’élément "produits
similaires" » (par. 7.2511). Le Groupe spécial, chargé de l’affaire CE – Marques et indications
géographiques, a quant à lui décidé de sauter l’analyse de la similarité pour évaluer en premier lieu
l’existence d’une différence de traitement (par. 7.465).
• Étrangement, on ne sait pas encore si l’article III :4 est applicable aux mesures visant la manière dont un
produit est fabriqué (mesures fondées sur un PMP). On se rappelle que durant les années 1990, deux
groupes spéciaux avaient été saisis par des États se plaignants d’une mesure américaine (Etats-Unis –
Thon I et Etats-Unis – Thon II). Cette dernière était basée sur le processus et la méthode de production
du thon dans la mesure où elle interdisait la vente de thon pêché de manière attentatoire à la vie des
dauphins. Bien qu’a priori, la réglementation américaine paraissait relever de l’article III :4 du GATT, les
Groupes spéciaux ont considéré l’article III :4 inapplicable en l’espèce. Interprétant la note additionnelle
à l’article III du GATT et plus précisément la portion « qui s’applique aux produits importés », les
membres ont considéré que la mesure ne concernait pas les produits importés, mais la manière dont ils
étaient fabriqués. Dès lors, ils ont conclu que l’article III :4 ne s’appliquait qu’aux mesures réglementant
les caractéristiques physiques des produits et non la manière dont ils étaient fabriqués. Ce
raisonnement a été maintes fois critiqué. Les rapports rendus à l’occasion des affaires du thon n’ont
jamais été adoptés. Dès lors, bien qu’on puisse s’en inspirer, ils n’ont pas de statut juridique dans le
système OMC (Japon – Boissons alcooliques II, GS, par. 6.10). Depuis, la question n’a pas été clarifiée
3. Réglementation quantitative (art. III:5)
• Ce paragraphe de l’article III vient préciser la règle prévue à l’article III :4 du GATT dans les cas où une
réglementation prescrirait le recours à une quantité minimale de ressources premières nationales dans
la confection d’un produit fini. Il s’applique ainsi aux « réglementations quantitatives intérieures
concernant le mélange, la transformation ou l’utilisation en quantités ou en proportion déterminées, de
certains produits
4. Contrôle des prix (art. III:9)
• Par cette disposition, le GATT prévoit la possibilité qu’un Membre soit tenté de fixer un prix maximal
pour la vente d’un produit. Dans une telle éventualité, on comprend que le produit importé – qui subit,
entre autres, un droit de douane – ne soit plus compétitif sur le marché. Le paragraphe 9 relève
toutefois de la soft law dans la mesure où il ne prévoit aucune discipline plus contraignante que la
simple prise en considération par les Membres importateurs des intérêts des Membres exportateurs en
vue d’éviter les effets préjudiciables découlant du contrôle des prix.
• Hormis le régime d’exception prévu aux articles XX et XXI du GATT et la possibilité qu’un Membre
obtienne une dérogation (Accord instituant l’OMC, art. IX :3 et 4), l’article III prévoit lui-même les cas
dans lesquels un Membre de l’OMC peut agir en contravention au principe du traitement national. Ainsi,
l’article III :8a) prévoit l’inapplicabilité du principe en matière de marchés publics. Dès lors, si un
Membre n’est pas partie à l’Accord sur les marchés publics, il peut privilégier l’achat local dans le cadre
de ses marchés publics. L’article III : 8b) prévoit aussi que les Membres, à condition de respecter les
disciplines imposées par l’article XVI du GATT, l’Accord SMC et l’AsA (Indonésie – Auto, GS, par. 14.28),
peuvent octroyer des subventions aux seuls producteurs nationaux. Finalement, l’article III :10 prévoit
une exception d’ordre culturel, prévoyant la possibilité pour les Membres d’imposer un quota de
présentation de films nationaux, à condition qu’elle soit conforme à l’article IV du GATT Il manque un
titre au paragraphe du coup
ÉLIMINATION DES RESTRICTIONS
QUANTITATIVES
• Parfois, les États souhaitent pour diverses raisons limiter les importations et les exportations. Par
exemple, un État souhaitant protéger sa production nationale pourrait désirer limiter l’importation de
produits similaires fabriqués à l’étranger à faible coût. Aussi, un État pourrait vouloir éviter une pénurie
et limiter l’exportation de certains biens. Dans certains cas, des États motivés par des considérations
politiques voudront limiter le commerce international entre leur territoire et celui d’un autre État. En la
matière, le GATT encadre très strictement les Membres.
• L’article XI :1 du GATT pose une limite très claire aux Membres de l’OMC : mis à part les droits de
douane, taxes et les autres impositions similaires, aucune restriction ne doit limiter le commerce (Inde –
Restrictions quantitatives, GS, par. 5.129). Dès lors, sont interdites « toutes les mesures instituées ou
maintenues par [un Membre] pour prohiber ou restreindre l’importation, l’exportation ou la vente pour
l’exportation de produits, sauf si ces mesures [prennent] la forme de droits de douane, taxes ou autres
impositions » (Japon – Commerce des semi-conducteurs, GS GATT, par. 104). Les restrictions
quantitatives peuvent prendre la forme d’une simple interdiction mais peuvent aussi se présenter sous
forme de contingent, de moratoire, de licence d’importation ou d’exportation, d’exigence de prix
minimaux à l’importation, de limitation des exportations en-dessous d’un certain prix, de retard excessif
dans l’octroi de licences d’importation automatiques, ou de tout autre procédé ayant cet effet.
• L’article III :4 sert à éviter que des Membres recourent aux règlementations dans un dessein
protectionniste. Concrètement, les réglementations sont souvent appliquées à la frontière : on vérifie à
la douane si tel ou tel produit respecte les conditions fixées par la mesure. Dans la négative, le produit
n’est pas autorisé à entrer sur le territoire. Dès lors, on pourrait se demander quel article – III :4 ou XI :1
– a vocation à s’appliquer. Le premier permet la réglementation, le deuxième garantit l’accès au marché.
Autrement dit, qu’advient-il lorsque l’effet de la réglementation est d’empêcher l’accès au marché ? Une
note additionnelle à l’article III règle en partie la question : elle reconnaît qu’une réglementation ou une
taxe appliquée au moment et au lieu de l’importation relève néanmoins de l’article III à condition qu’elle
« s’applique au produit importé comme au produit national »). L’article III :4 du GATT traite donc des
« mesures affectant les produits importés sur les marchés nationaux » alors que l’article XI :1 « traite
des mesures à la frontière qui prohibent ou restreignent les importations » (Turquie – Riz, GS, par.
7.189.).
•
• Dans de rares cas, une mesure pourra être analysée tant sous l’article XI que sous l’article III du GATT. Ce
sera le cas d’une mesure tombant dans le champ d’application de l’article XI du GATT, qui pourrait aussi
être discriminatoire (Inde – Auto, GS, par. 7.224. Selon le Groupe spécial, la mesure relative à l’équilibre
des échanges (et non celle relative à l’indigénisation qui, elle, relevait de l’article III:4 du GATT) violait
non seulement l’article XI:1 du GATT, mais aussi l’article III:4 du GATT. Toutefois, une mesure relevant de
l’article III:4 du GATT ne devrait pas être évaluée aussi sous l’égide de l’article XI:1 du GATT pour le seul
motif qu’elle s’applique à la frontière. Cela restreindrait la capacité des États d’adopter des
règlementations nationales non discriminatoires et viderait la note additionnelle de son sens (Canada –
Administration de la Loi sur l’examen de l’investissement étranger, GS GATT, par. 5.14.)
• L’article XI :2 prévoit des exceptions au principe en matière agricole, qui sont elles-mêmes complétées
par l’AsA. De plus, un État peut aller à l’encontre de l’interdiction des restrictions quantitatives si cela est
nécessaire pour protéger l’équilibre de sa balance des paiements (GATT, art. XII et XVIII), s’il adopte une
mesure de sauvegarde (art. XIX du GATT), si les Membres lui accordent une dérogation spéciale (Accord
instituant l’OMC, art. IX :3 et 4), si cela est nécessaire pour constituer une union douanière (sur le
critère de nécessité, voir Turquie – Textile, OA, par. 61 à 63 et art. XXIV :8b)) ou en vertu du régime
général d’exception prévu aux articles XX et XXI du GATT
• Lorsqu’un État applique de manière exceptionnelle des restrictions quantitatives, l’article XIII du GATT
lui prescrit néanmoins des règles à respecter. Ainsi, cet article fixe des méthodes permettant de répartir
les restrictions à l’importation et impose aux Membres une obligation de transparence. À noter qu’un
régime spécial – aujourd’hui considéré comme désuet – s’applique lorsque les États adoptent des
restrictions quantitatives pour répondre à une situation d’équilibre de la balance de leurs paiements.
Dans ce cas, ils peuvent en effet adopter des restrictions quantitatives discriminatoires (GATT, art. XIV).
FACILITATION DES ÉCHANGES
• La CNUCED considère que chaque transaction douanière implique en moyenne 20 à 30 intervenants,
une quarantaine de documents et 200 éléments de données. Parmi ces dernières, 30 se répètent au
moins 30 fois et plus de 100 sont saisies au moins deux fois. Pour certains pays enclavés, dont une
majorité sont des pays en développement, la facilitation des échanges constitue un enjeu de taille. Ces
formalités occasionnent des délais importants à la frontière et augmentent considérablement le coût
d’importation, au point où, dans certains cas, elles annulent les gains commerciaux découlant de
l’abaissement des droits de douane (Note technique sur les mesures essentielles de facilitation des
échanges, 2006, UNCTAD/SDTE\TLB/2005/2).
• Le programme de Doha pour le développement inclut un travail de clarification et d’amélioration des
règles en matière de facilitation des échanges (par. 27). En juillet 2004, les Membres, réunis en Conseil
général, se sont entendus afin de lancer les négociations à partir de certains principes et modalités
communs (Décision du Conseil général sur le programme de Doha, 1er août 2004, WT/L/579, Annexe D).
Finalement, les négociations ont mené à l’adoption historique à la Conférence ministérielle de Bali du
premier accord multilatéral adopté depuis la création de l’OMC, l’Accord sur la facilitation des échanges.
Ce dernier clarifie et précise les principes qui étaient déjà prévus dans le GATT. L’OMC estime que cet
Accord réduira le coût du commerce entre 350 milliards et 1000 milliards de dollars et augmentera les
échanges mondiaux considérablement (entre 33 milliards et 100 milliards de dollars en exportation
globale annuelle).
1. La transparence
• La transparence apparaît comme incontournable si l’on souhaite créer un environnement dans lequel
chaque Membre possède une égalité de chances et de droits. En effet, sans règles de transparence, la
prévisibilité nécessaire pour assurer le commerce international s’en trouverait affectée. Qui plus est,
sans transparence, il serait extrêmement difficile de bien connaître les mesures nationales adoptées par
les Membres et, dès lors, d’en contester leur licéité ou plus simplement, d’assurer une certaine
prévisibilité des relations commerciales.
• Le GATT prévoyait déjà en 1947 l’obligation de transparence, en imposant aux États de publier dans les
moindres délais les mesures susceptibles d’affecter le commerce international ainsi que les accords
internationaux intéressant la politique commerciale internationale (art. X :1). En ce qui concerne les
mesures d’ordre général qui entraîneraient le relèvement d’un droit de douane ou d’une autre
imposition, ou aggraveraient des restrictions ou en ajouteraient une, la publication doit être faite avant
leur entrée en vigueur (art. X :2). L’Accord sur la facilitation des échanges précise cette obligation (art.
1 :1) en mentionnant précisément les mesures qui doivent faire l’objet d’une publication, en plus
d’ajouter une obligation pour les Membres de publier les informations pertinentes sur Internet (art.
1 :2).
• L’Accord sur la facilitation des échanges ajoute une toute nouvelle obligation, soit celle de consulter,
dans la mesure où cela est réalisable et possible au regard du droit interne, les négociants et les autres
parties intéressées avant l’introduction ou la modification de mesures relatives aux mouvements, à la
mainlevée et au dédouanement des marchandises, y compris celles en transit (art. 2).
• La transparence est présente dans chacun des Accords de l’OMC et se traduit au premier chef par une
obligation de notification. Les Membres de l’OMC ont ainsi l’obligation de déclarer à l’organe compétent
les mesures prises qui peuvent affecter le commerce international. On trouve, par exemple, cette
obligation dans l’Accord SPS (art. 7), dans l’Accord OTC (art. 2.9.2, 2.10.1, 3.2) et dans l’Accord SMC (art.
25). L’obligation de notification peut apparaître lourde pour les États à tel point que les Membres de
l’OMC ont souhaité une certaine harmonisation en la matière. Il existe maintenant un répertoire central
des notifications, administré par le Secrétariat, qui a pour mandat, entre autres, d’informer chaque
membre des obligations de notification normales. L’Accord sur la facilitation des échanges précise que
les Membres doivent notifier au Comité de la facilitation des échanges les supports officiels où sont
publiées les mesures nationales énumérées à l’article 1 :1.1 a) à j), les URL des sites Web sur lesquels
sont affichées les informations exigées à l’article 1 :2 ainsi que les coordonnées des points d’information
établis au regard de l’article 1 :3 (art. 1 :4).
• Dans certains accords, l’obligation de notification est renforcée par une obligation d’établir un « point
d’information qui soit en mesure de répondre à toutes les demandes raisonnables de renseignements
émanant d’autres Membres […] et de fournir les documents pertinents », comme les règlements
techniques, les normes, les procédures d’évaluation et les endroits où peuvent être trouvés les avis
publics (Accord OTC, art. 10.1). L’Accord sur la facilitation des échanges a précisé quelque peu cette
obligation (art. 1 :3) en mentionnant par exemple que les Membres sont encouragés à ne pas exiger le
paiement d’une redevance pour les réponses aux demandes de renseignements ou la fourniture de
formulaires et de documents et le cas échéant, à diminuer le montant au coût approximatif du service
rendu (art. 1 :3.3).
• Mécanisme d’examen des politiques commerciales. Cet organe assure une certaine effectivité à
l’obligation de transparence. En effet, cet examen a précisément pour objectif d’améliorer la
transparence
• Suivant l’article X :3a) du GATT, les Membres doivent appliquer de manière uniforme, impartiale et
raisonnable les règlements, lois, décisions judiciaires et administratives visés au premier paragraphe. Il
s’agit là d’encadrer la manière dont la mesure est appliquée et non la mesure en elle-même (CE –
Bananes, OA, par. 200) : « l’accent doit être mis sur le traitement accordé par les autorités
gouvernementales aux commerçants en question » (Argentine – Peaux et cuirs, GS, par. 11.76).
Essentiellement, il s’agit d’évaluer si la pratique est uniforme et prévisible, qu’il n’y a pas de conflit
d’intérêt et que l’application est raisonnable, par exemple en n’exigeant pas de renseignements
superflus ou en ne permettant pas à certains opérateurs économiques d’assister aux procédures de
dédouanement (Argentine – Peaux et cuirs, GS, par. 11.76-11.101). L’Accord sur la facilitation des
échanges ajoute ici des disciplines pour les Membres qui adoptent ou maintiennent des niveaux de
contrôle ou des inspections à la frontière des aliments, boissons et aliments pour animaux (art. 5 :1). En
outre, les Membres doivent informer le transporteur ou l’importateur dans les moins délais si une
marchandise est retenue à des fins d’inspection par les douanes (art. 5 :2). L’Accord prévoit finalement
qu’un deuxième essai peut être demandé si le premier essai est défavorable à l’importation d’un
produit (art. 5 :3).
• L’Accord sur la facilitation des échanges prend acte d’une pratique bien établie en prévoyant dès l’article 3
les disciplines à appliquer en matière de décisions anticipées. La Convention de Kyoto révisée (Convention
douanière en matière de facilitation des échanges adoptée sous les auspices de l’Organisation mondiale
des douanes et entrée en vigueur le 3 février 2006) définit la décision anticipée comme « l’option pour les
douanes d’émettre une décision, sur la requête d’un opérateur économique prévoyant une opération
commerciale à l’étranger, en lien avec les réglementation en vigueur » (art. 9.9). L’Accord sur la facilitation
est encore plus clair puisqu’il définit la décision anticipée comme « une décision écrite communiquée par
un Membre à un requérant avant l’importation d’une marchandise visée par la demande qui indique le
traitement que le Membre accordera à la marchandise au moment de l’importation en ce qui concerne i.
le classement tarifaire de la marchandise; et ii. l’origine de la marchandise ». (art. 3 :9 a))
•
• Les décisions anticipées servent à ce qu’un opérateur économique puisse obtenir au préalable une
décision relative à la classification ou à l’origine d’un produit. La décision est alors valable pour une durée
déterminée, variant selon les pays entre 3 mois et un an. La décision permet ainsi au produit de traverser
les frontières avec une meilleure prévisibilité et de manière plus rapide. Cela réduit les différends pouvant
survenir entre un importateur ou un exportateur et les autorités douanières concernant la position
tarifaire, l’évaluation ou l’origine d’un produit. Essentiellement, l’Accord sur la facilitation des échanges
prévoit l’obligation pour les Membres de délivrer une décision anticipée dans un délai raisonnable ou
d’expliquer par écrit les motifs du refus de délivrer une telle décision (art. 3 :1), d’assurer que la décision
soit valable pour une durée raisonnable (art. 3 :2), de publier les modalités relatives à l’application d’une
décision anticipée (prescriptions, délai, durée de validité) (art. 3 :6), de prévoir un réexamen de la décision
(art. 3 :7) et de publier les décisions qui présentent un intérêt pour les autres parties intéressées (art. 3 :8).
• Inspirée du chapitre 10 de l’Annexe générale de la Convention de Kyoto révisée, l’article 4 de l’Accord sur
la facilitation des échanges ajoute à ce que l’article X du GATT prévoyait déjà. Ainsi, chaque Membre
doit prévoir que toute personne faisant l’objet d’une décision administrative rendue par les douanes ait
droit à un recours ou un réexamen administratif, et/ou à un recours ou un réexamen judiciaire (4 :1.1).
2. Les opérations aux douanes
• L’Accord sur la facilitation des échanges prévoit de nombreuses disciplines utiles pour faciliter les
procédures aux douanes et afin d’assurer que celles-ci ne constituent pas des restrictions déguisées au
commerce.
• L’article 6 de l’Accord sur la facilitation des échanges énonce les disciplines générales relatives aux
redevances et impositions en prévoyant entre autres qu’elles soient publiées, appliquées après un délai
raisonnable de publication, et ne puissent être plus élevée que nécessaires.
• Lorsque les marchandises arrivent au point d’entrée, les procédures peuvent être très longues. Dès lors,
si les formalités sont bien coordonnées et que les systèmes informatiques sont utilisés à bon escient, un
temps précieux peut être sauvé. L’Accord sur la facilitation des échanges répond à cette problématique
en soumettant les États à un ensemble de pratiques, pour la plupart issues des règles de la Convention
de Tokyo révisée. Par exemple, les Membres doivent adopter des procédures permettant que le
traitement des documents soit commencé avant l’arrivée des marchandises (art. 7 :1.1). Aussi, il doit
être permis que le paiement des droits, taxes, redevances et autres impositions soit fait par voie
électronique (art. 7 :2). Des mesures sont aussi prévues afin qu’il y ait une séparation de la mainlevée
de la détermination finale des droits et autres impositions (art. 7 :3), des mesures de gestion des
chargements à faibles et hauts risques (7 :4), un contrôle (audit) après dédouanement (7 :5), une
publication du temps moyen de mainlevée (6 :6), et une facilitation des échanges accrue pour les
opérateurs agréés (art. 7 :7). L’Accord sur la facilitation des échanges demande aux Membres de revoir
leur manière de fonctionner en ce qui concerne l’ensemble des formalités se rapportant à l’importation,
à l’exportation et au transit (art. 10). Est-ce-que tu veux que je mette le titre de l’article en italique à
chaque fois? ou c’est normal qu’il ne soit pas systématiquement en italique?
• Des procédures doivent être prévues afin de permettre la mainlevée au moins sur les marchandises
entrant par des installations de fret aérien (AFÉ, art. 8). Cela aura un impact important pour les
compagnies offrant des services de livraison expresse ou pour celles garantissant l’heure d’arrivée des
marchandises. Des garanties sont aussi prévues dans le cas des marchandises périssables.
• Non seulement l’Accord sur la facilitation des échanges prévoit la coordination des autorités d’un même
pays entre elles, mais il demande également aux États limitrophes de coopérer afin de coordonner les
procédures aux points de passage (harmonisation des horaires de travail et des procédures, mise en
place d’installations communes, contrôle conjoint et établissement d’un guichet unique rassemblant les
autorités en matière de transport, de douane, d’agriculture et de santé).
3. La liberté de transit
• L’article V du GATT prévoit, d’une part, le transit des marchandises sur le territoire des Membres de
l’OMC et, d’autre part, des règles en matière de liberté de transit afin de garantir un traitement
raisonnable, non-discriminatoire et efficace. Par exemple, on prévoit qu’hormis les redevances
nécessaires pour couvrir les dépenses occasionnées par le transit, aucun droit de douane ne peut être
perçu sur les marchandises en transit (art. V :3). En outre, les droits et règlements devront être
raisonnables eu égard aux conditions du trafic (art. V :4). L’article 11 de l’Accord sur la facilitation des
échanges reprend l’article V et le complète de manière à rendre le transit plus efficace