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Revue Générale de Droit Civil Belge = Tijdschrift voor Belgisch Burgerlijk Recht
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2013
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Goffaux, B 2013, 'L’erreur invincible en matière civile', Revue Générale de Droit Civil Belge = Tijdschrift voor
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Belgisch Burgerlijk : 7, pp. 365-375.
Recht, numéro
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Rechtsleer
L’erreur invincible, de fait comme de droit, est de van de oplossingen die ze voorstelt voor hypotheses
celles qu’aurait commises tout homme normale- zoals een foute inlichting verschaft door een open-
ment prudent et diligent placé dans les mêmes cir- bare administratie of gegeven door een specialist
constances concrètes. Cette définition vaut tant en aan een niet-ingewijde, lijkt het Hof van Cassatie de
responsabilité pénale qu’en responsabilité civile. Au- voorkeur te geven aan een strenge evaluatie.
trement dit, ce fait justificatif est apprécié in abs-
tracto quelle que soit la nature de l’action dirigée ......................................................................................................................
contre le défendeur. A la différence de l’erreur excu- TABLE DES MATIÈRES
sable, l’erreur invincible s’évalue indépendamment
des facultés propres à l’auteur. Sa reconnaissance Introduction 365
I. L’erreur invincible: contours et alentours 366
est, par ailleurs, conditionnée par l’absence de toute
1. Généralités 366
faute et l’existence d’une cause étrangère. L’erreur 2. Une notion à double facette 367
invincible est reconnue peu fréquemment par les II. Une notion originaire du droit pénal 368
cours et tribunaux. Ses rapports avec le paradigme III. Les conditions d’admission comme indices d’une rigidité
du bon père de famille et son assimilation jurispru- d’appréciation 370
1. Le caractère invincible de l’erreur: sa définition et sa
dentielle à la notion de force majeure invite à une
méthode d’appréciation 370
certaine fermeté d’appréciation. Au regard des solu- 2. L’absence d’une faute dans le chef de l’errans. Le
tions qu’elle prône en des hypothèses telles que le devoir de s’informer 372
renseignement erroné délivré par une administra- 3. L’existence d’une cause étrangère à l’errans.
tion publique ou prodigué par un spécialiste à un L’information erronée d’une administration 372
Conclusion 374
non-initié, la Cour de cassation paraît en tout cas in-
......................................................................................................................
cliner vers une évaluation stricte.
Introduction
De onweerlegbare dwaling, omtrent de feiten alsook
in rechte, is deze die een normale zorgvuldige en re- Nombreuses sont les publications consacrées à l’er-
delijke persoon geplaatst in dezelfde concrete om- reur invincible. C’est qu’en droit de la responsabilité,
standigheden eveneens zou hebben begaan. Deze les conséquences de ce fait justificatif1 sont considé-
omschrijving geldt zowel in strafrechtelijke aanspra- rables. Selon une théorie classique, l’erreur invincible
kelijkheid als in burgerlijke aansprakelijkheid. Met purge la faute de son élément d’imputabilité. Influente
andere woorden wordt deze rechtvaardigingsdaad tant en droit pénal qu’en droit civil, la notion a connu,
beoordeeld in abstracto, wat de aard van de vorde- aux fils des ans, une extension progressive. N’admet-
ring gericht tegen de verweerder ook moge zijn. In tant, à l’origine, que l’erreur de fait comme cause de
tegenstelling tot de verschoonbare dwaling, wordt justification, la Cour de cassation a fini par reconnaître
de onweerlegbare dwaling beoordeeld zonder reke- un effet équivalent à l’erreur de droit. Par ailleurs, aux
ning te houden met het individueel verstandelijk côtés du citoyen lambda, l’autorité administrative et
vermogen van de dader. Zijn erkenning is, overi- le juge sont venus grossir la liste de ceux pouvant se
gens, onderworpen aan de afwezigheid van een fout prévaloir d’une erreur invincible.
en het bestaan van een vreemde oorzaak. De on-
weerlegbare dwaling wordt zelden erkend door de Les multiples questions relatives à ce fait justificatif
hoven en rechtbanken. Het verband met het para- constituent un terrain fertile aux discussions doctri-
digma van de goede huisvader en de rechtsprakelij- nales. Régulièrement invoquée comme exutoire à une
ke assimilatie met het begrip overmacht nodigt uit responsabilité, l’erreur invincible est rarement admise
tot een zekere strenge beoordeling. Ten opzichte en jurisprudence. Eu égard à sa définition, à ses condi-
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Doctrine
tions d’admission et à leurs applications jurispruden- et 1148 du Code civil et de l’article 71 du Code pénal,
tielles, elle paraît n’être reconnue qu’avec la plus un principe général de droit énonce que l’erreur
grande parcimonie. Aussi semble-t-il intéressant de constitue une cause de justification lorsqu’elle est in-
déceler les tenants et aboutissants de cette rigueur vincible, c’est-à-dire lorsque l’auteur s’est comporté
d’appréciation. comme l’aurait fait toute personne raisonnable et pru-
dente4.
Notre étude sera consacrée au domaine civil, encore
qu’il sera fait référence à certaines décisions pénales, Signalons que la bonne foi, c’est-à-dire la conviction
ainsi qu’à la doctrine y afférente. Comme nous le ver- personnelle de l’agent de s’être conformé aux règles
rons, le droit pénal est non sans influence sur la théo- en vigueur5, est une condition nécessaire mais insuffi-
rie des faits justificatifs en responsabilité civile. En sante pour établir le caractère invincible de l’erreur6.
outre, les règles et principes applicables aux particu-
liers, en tant que sujets autorisés à invoquer une er- Une attention toute particulière est, en outre, portée
reur invincible, sont au centre de notre analyse2. aux circonstances de l’acte. De fait, la Cour de cassa-
tion précise que l’erreur doit découler “d’une cause
Après avoir rappelé les principes qui régissent la ma- étrangère qui ne peut en rien être imputée à celui qui
tière, il sera fait état de la parenté qu’entretient la no- en est victime”7. Au regard de la jurisprudence, l’exi-
tion d’erreur invincible avec le droit pénal et des gence d’une “cause étrangère” implique que l’auteur
conséquences qui en découlent. Un exposé des condi- ait été induit en erreur par la survenance de circons-
tions d’application de l’erreur invincible nous permet- tances externes8. Dans certaines affaires, cette exi-
tra, ensuite, de mesurer combien sa reconnaissance gence est rencontrée sans réelle difficulté par les juri-
fait figure d’exception. Pour en attester davantage, l’on dictions. Ainsi, une erreur de signalisation routière ou
conclura enfin par un examen de la position de la Cour une information trompeuse émanant d’une autorité
de cassation quant aux effets d’une information trom- administrative peut aisément être considérée comme
peuse émise par l’administration. une “cause étrangère”. En d’autres espèces, cette der-
nière notion est appliquée avec grande souplesse par
les juges de fond. Par exemple, dans le cas d’une per-
sonne qui se persuade, à tort, de la légalité d’un per-
I. L’erreur invincible: contours et mis d’urbanisme, la cause étrangère peut être trouvée
alentours dans la complexité du raisonnement à suivre pour
conclure à l’illégalité du permis9.
1. Généralités
Le statut de l’erreur invincible en droit de la respon-
Est induite en erreur, la personne qui s’est faite une sabilité civile peut porter à discussion. L’erreur invin-
fausse représentation de la réalité3. Pour être admise cible est censée agir sur le caractère conscient de l’acte
au rang des causes de justification, l’erreur doit revê- et influer sur l’élément d’imputabilité de la faute10.
tir une série de caractéristiques. Tiré des articles 1147
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2. Quant au régime applicable aux administrations et aux juges, voy., entre 2012/AM/22; X. THUNIS, “Théorie générale de la faute. La faute comme acte
autres, D. RENDERS et J.-F. VAN DROOGHENBROECK, “Erreur de droit et droit imputable à son auteur”, in Responsabilités. Traité théorique et pratique, Livre
à l’erreur”, in Liber Amicorum Michel Mahieu, Bruxelles, Larcier, 2008, pp. 460 20ter, Vol. 3, Bruxelles, Kluwer, 2012, p. 37; P. VAN OMMESLAGHE, Droit des
et s.; B. DUBUISSON, “Faute, illégalité et erreur d’interprétation en droit de obligations, T. 2, Bruxelles, Bruylant, 2010, p. 1392; L. CORNELIS, Beginselen
la responsabilité civile”, in La faute dans différentes branches du droit, Confé- van het belgische buitencontractuele aansprakelijkheidsrecht. De onrechtma-
rence du Jeune Barreau de Nivelles, U.C.L., 1999, pp. 48 et s.; D. RENDERS, tige daad, Anvers, Maklu, 1989, n° 20.
“De l’erreur inaccessible à l’erreur inadmissible en passant par l’erreur invin- 5. En cette matière, la bonne foi doit être entendue dans sa dimension subjec-
cible”, note sous Cass., 8 février 2008, J.T., 2008, pp. 569 et s. tive. Pour une analyse plus détaillée de la bonne foi (tant subjective qu’ob-
3. T. VANSWEEVELT et B. WEYTS, Handboek buitencontractueel aansprake- jective) en matière civile, voy. J. VAN RYN et X. DIEUX, “La bonne foi dans le
lijkheidsrecht, Anvers, Intersentia, 2009, p. 315. droit des obligations”, J.T., 1991, pp. 287 et s.; J. VAN ZUYLEN, “Fautes, bonne
4. Cass., 10 juillet 1946, Pas., I, 1946, p. 293; Cass., 23 janvier 1950, Pas., 1950, I, foi et abus de droit: convergences et divergences”, Ann. Dr., 2011, pp. 265
p. 348; Cass., 6 octobre 1952, Pas., 1953, I, p. 37; Cass., 29 novembre 1976, et s. En matière pénale, voy. L. DUPONT et R. VERSTRAETEN, Handboek
Pas., 1977, I, p. 355; Cass., 24 janvier 1977, Rev. dr. pén., 1976-1977, p. 607, Belgisch strafrecht, Louvain, Acco, 1990, n° 503.
note H.-D. BOSLY; Cass., 7 décembre 1977, Rev. dr. pén., 1978, p. 340; Cass., 6. Cass., 8 septembre 1982, Pas., 1983, I, p. 34; Cass., 15 mars 1994, Pas., 1994,
17 mai 1978, Pas., 1978, I, p. 1056; Cass., 23 janvier 1984, Pas., 1984, I, p. 560; I, p. 261; Cass., 21 septembre 1994, Arr. Cass., 1994, p. 767; T. VANSWEEVELT
Cass., 10 décembre 1986, Pas., 1987, I, p. 446; Cass., 14 janvier 1987, Rev. dr. et B. WEYTS, Handboek buitencontractueel aansprakelijkheidsrecht, Anvers,
pén., 1987, p. 375; Cass., 19 mai 1987, R.W., 1987-1988, p. 675; Cass., 15 no- Intersentia, 2009, p. 316; H. VANDENBERGHE, M. VAN QUICKENBORNE, L.
vembre 1988, Pas., I, 1989, p. 276; Cass., 29 avril 1998, J.L.M.B., 1999, p. 231; WYNANT et M. DEBAENE, “Overzicht van rechtspraak – Aansprakelijkheid
Cass., 25 octobre 1999, Pas., 1999, I, p. 1384; Cass., 16 janvier 2001, Pas., uit onrechtmatige daad (1994-1999)”, T.P.R., 2000, p. 1697; J.-L. FAGNART et
2001, I, p. 91; Cass., 27 juin 2001, [Link], P.01.0224.F/1; Cass., 1er M. DENÈVE, “Chronique de jurisprudence. La responsabilité civile (1976-
octobre 2002, Pas., 2002, III, p. 1787; Cass., 24 mai 2002, Pas., 2002, II, p. 1984)”, J.T., 1986, p. 300.
1213; Cass., 29 mai 2002, [Link], P.01.1202.F/1; Cass., 16 septembre 7. Cass., 23 janvier 1950, Pas., 1950, I, p. 348.
2005, Pas., 2005, II, p. 1663; Cass., 22 février 2010, [Link], 8. Voy. P. JOURDAIN, “Les faits justificatifs”, Juris Cl. civ. – Responsabilité civile –
S.09.0033.F/1; Cass., 23 septembre 2010, [Link], C.09.0220.F/8; Art. 1382 à 1386 C. civ., Fasc. 121-2, p. 2, n° 2. En matière pénale, voy. F.
Cass., 28 mars 2012, [Link], P.11.2083.F/1; Cass., 14 mai 2012, TULKENS, M. VAN DE KERCHOVE, Y. CARTUYVELS et C. GUILLAIN, Introduc-
[Link], S.11.0011.F/1; Bruxelles, 7 mars 1990, J.L.M.B., 1990, p. 674; tion au droit pénal: aspects juridiques et criminologiques, Waterloo, Kluwer,
Bruxelles, 12 janvier 1995, Journ. proc., n° 278, 3 mars 1995, p. 30; Bruxelles, 2010, p. 423; Cass., 10 juillet 1946, Pas., 1946, I, p. 293; Bruxelles, 4 septembre
4 septembre 1996, Rev. dr. pén., 1997, p. 1082; Anvers, 28 février 2002, A.M., 1996, Rev. dr. pén., 1997, p. 1082.
2002, p. 340; Civ. Namur, 28 octobre 2004, J.L.M.B., 2006, pp. 736 et s.; Mons, 9. Bruxelles, 26 mars 2000, J.T., 2001, p. 267.
8 mai 2008, J.L.M.B., 2009, p. 1951; C. trav. Liège, 15 janvier 2010, www. 10. Cass., 28 mars 2012, [Link], P.11.2083.F/1. X. Thunis écrit que l’er-
[Link], R.G. 036261; C. trav. Mons, 14 février 2012, [Link], R.G. reur invincible porte “sur la dimension intellectuelle de l’élément psycholo-
2009/AM/21912; C. trav. Mons, 21 décembre 2012, [Link], R.G. gique” de l’acte. Voy. X. THUNIS, “Théorie générale de la faute. La faute
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Rechtsleer
Si cette dernière considération est conforme à un en- le jugement d’imputabilité du jugement de causalité
seignement traditionnel, elle est difficilement conci- n’est pas totalement hermétique16.
liable avec le fait que l’erreur invincible est couram-
ment assimilée à la force majeure11. Il est vrai que les 2. Une notion à double facette
deux concepts présentent certaines accointances: tous
deux requièrent une absence de faute et l’existence L’erreur peut être de fait comme de droit. Dans le cas
d’une cause étrangère12. Une différence théorique sub- d’une simple erreur de fait, l’errans sait que le com-
siste néanmoins. Contrairement à la force majeure, portement qu’il adopte est, en certaines circonstances,
l’erreur invincible est censée s’analyser, non en rap- constitutif d’une faute, mais il pense, à tort, que ces
port avec l’évaluation du lien causal, mais sous l’angle circonstances ne sont pas réunies en l’espèce17. Ainsi
exclusif de la faute. En effet, le dommage se produit peut-on évoquer l’hypothèse d’un chasseur qui,
de la même façon, que l’auteur du fait dommageable croyant abattre un animal, fait feu sur l’un de ses ca-
ait été trompé ou non par une circonstance exté- marades de chasse18.
rieure13. En d’autres termes, le lien causal entre le fait
du défendeur en responsabilité et le dommage de la L’erreur fautive de fait n’est pas sans conséquence sur
victime reste le même, que le fait soit dû ou non à une le plan pénal. Commise de bonne foi, pareille erreur
erreur. Aussi faut-il bien s’entendre sur l’exigence fait obstacle à la reconnaissance d’une infraction in-
d’une ‘cause étrangère’ lorsqu’il est question de l’er- tentionnelle19. Elle est, par contre, dépourvue de tout
reur invincible. En ce domaine, la cause étrangère dé- effet justificatif en droit civil. Si certains faits ne
signe les circonstances qui influent sur le comporte- peuvent être érigés en infraction en l’absence d’inten-
ment de l’agent et non celles qui contribuent à la tion dolosive dans le chef de l’auteur, l’élément sub-
survenance du dommage. Force est de constater que jectif de la faute requiert seulement le caractère libre
cette réflexion, une fois poussée à son extrême, perd et conscient du comportement de l’agent. L’erreur in-
de sa clarté. Si une erreur invincible a influencé le vincible de fait, c’est-à-dire non fautive, est donc seule
comportement litigieux, lui-même à l’origine du dom- apte à dépouiller la faute de sa composante subjec-
mage, cette erreur n’est, au bout du compte, rien tive. Partant, en tout état de cause, le défendeur à l’ac-
d’autre que la cause du préjudice subi14. S’il démontre tion civile doit non seulement faire état des circons-
toute l’ambivalence du statut accordé aux faits justifi- tances qui, l’induisant en erreur, l’ont conduit à poser
catifs15, le rattachement de l’erreur invincible à la force un acte apparemment fautif, mais il doit aussi prouver
majeure rappelle en tout cas que la frontière séparant qu’un bon père de famille aurait été sujet à la même
ignorance.
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comme acte imputable à son auteur”,” in Responsabilités. Traité théorique et 16. Concernant la difficulté qu’il y a à distinguer clairement ces deux examens,
pratique, op. cit., p. 37. En matière pénale, voy. F. TULKENS, M. VAN DE voy. J.-L. FAGNART, “La causalité”, in Responsabilités. Traité théorique et pra-
KERCHOVE, Y. CARTUYVELS et C. GUILLAIN, Introduction au droit pénal: as- tique, Livre 11, Vol. 1, Bruxelles, Kluwer, 2008, pp. 46 et s.; B. DUBUISSON,
pects juridiques et criminologiques, op. cit., p. 421; F. KUTY, “L’infraction pé- “Faute, illégalité et erreur d’interprétation en droit de la responsabilité ci-
nale”, Principes généraux du droit pénal belge, T. 2, Bruxelles, Larcier, 2010, vile”, in La faute dans différentes branches du droit, op. cit., pp. 11 et s. Pour
pp. 415 et s. un exposé de la distinction doctrinale entre le fait justificatif et la cause
11. Cass., 23 janvier 1950, Pas., 1950, I, p. 348; Cass., 22 février 2010, [Link]. étrangère exonératoire, voy. L. CORNELIS et P. VAN OMMESLAGHE, “Les
be, S.09.0033.F/1. C. Jassogne relève cette proximité et la trouve, semble-t- ‘faits justificatifs’ dans le droit belge de la responsabilité aquilienne”, op. cit.,
il, justifiée. Voy. C. JASSOGNE, “Réflexions à propos de l’erreur”, R.G.D.C., pp. 268 et s.
1994/2, p. 105. Plus généralement, au civil, il n’est pas rare que l’on assimile 17. T. VANSWEEVELT et B. WEYTS, Handboek buitencontractueel aansprake-
les faits justificatifs aux causes étrangères exonératoires. Certains auteurs lijkheidsrecht, op. cit., p. 315. Pour une définition en droit pénal, voy. CHR.
présentent même les faits justificatifs comme des événements imprévi- VAN DEN WYNGAERT, Strafrecht, Strafprocesrecht & Internationaal Strafrecht
sibles, irrésistibles et indépendants de la volonté du défendeur en respon- in hoofdlijnen, Anvers, Maklu, 2003, p. 287. Précisons qu’en matière pénale,
sabilité. Voy. L. CORNELIS et P. VAN OMMESLAGHE, “Les ‘faits justificatifs’ l’on distingue la faute inconsciente et la faute consciente. La première est
dans le droit belge de la responsabilité aquilienne”, in Memorian Jean Lim- la seule qui puisse relever d’une erreur d’appréciation: dans ce cas, l’auteur
pens, Anvers, Kluwer, 1987, pp. 265 et s. Nous ne nous rallions pas à ce point est en faute de ne pas avoir eu conscience des conséquences, pourtant pré-
de vue. L’on ne saurait généraliser en attribuant de telles caractéristiques à visibles, de son comportement. La seconde, en revanche, résulte d’une in-
tous les faits justificatifs. Ainsi, le caractère d’irrésistibilité implique que le différence consciente de l’auteur à l’égard de certaines valeurs essentielles,
défendeur ait été dans l’impossibilité d’empêcher la survenance du dom- telles que la vie ou l’intégrité physique. Ainsi, l’agent devait savoir que son
mage. Or, pour ne donner qu’un exemple, la personne en état de nécessité acte (ou son omission) était susceptible de causer un dommage à autrui,
est précisément celle qui a pu conjurer la production du dommage, encore qu’il n’ait pas voulu qu’un préjudice se produise. En cette hypothèse,
quoiqu’elle ait dû causer un préjudice moindre pour y parvenir. L’auteur se le caractère délibéré du manquement peut être une cause d’aggravation
justifie ainsi d’avoir adopté un comportement, certes répréhensible en ap- de la responsabilité. Voy. C. HENNAU-HUBLET, L’activité médicale et le droit
parence, mais qui a permis de résister à la circonstance rencontrée et d’évi- pénal, Bruxelles, Bruylant, 1987, pp. 349 et s.; Y. PICOD, “Conscience et res-
ter de plus lourdes conséquences dommageables. Pareillement, le carac- ponsabilité pénale”, Rev. dr. pén., 2000, pp. 1004 et s.; N. COLETTE-BASECQZ
tère d’imprévisibilité n’est pas suffisamment englobant. Il va de soi que et N. BLAISE, “Responsabilité civile et responsabilité pénale”, Traité théo-
l’ordre (ou l’autorisation) de la loi ne peut être qualifié d’imprévisible. rique et pratique, Partie préliminaire, Livre 2, Bruxelles, Kluwer, 2012, pp. 69
12. T. VANSWEEVELT et B. WEYTS, Handboek buitencontractueel aansprake- et s.
lijkheidsrecht, op. cit., p. 317. 18. L’exemple est emprunté d’un ouvrage de droit pénal. Voy. F. TULKENS, M.
13. L. CORNELIS et P. VAN OMMESLAGHE, “Les ‘faits justificatifs’ dans le droit VAN DE KERCHOVE, Y. CARTUYVELS et C. GUILLAIN, Introduction au droit
belge de la responsabilité aquilienne”, op. cit., p. 275. pénal: aspects juridiques et criminologiques, op. cit., p. 421.
14. Ajoutons que cette proximité entre les notions d’erreur invincible et de 19. Voy. C. HENNAU-HUBLET, L’activité médicale et le droit pénal, op. cit., pp. 317
force majeure est confirmée par une partie de la doctrine française considé- et s.; J. VERHAEGEN, “L’erreur non invincible de fait et ses effets en droit
rant que l’existence d’une force majeure n’est qu’une preuve renforcée de pénal belge”, Rev. dr. pén., 1989, pp. 17 et s.; J. VERHAEGEN, “L’erreur fautive
l’absence de faute. Voy. G. VINEY et P. JOURDAIN, Les obligations. La respon- de fait exclusive du dol”, in Liber Amicorum José van Derveeren, Bruxelles,
sabilité: conditions, Traité de droit civil sous la direction de J. GHESTIN, Paris, Bruylant, 1997, pp. 203 et s.; C. HENNAU et J. VERHAEGEN, Droit pénal géné-
L.G.D.J., 2006, p. 247. ral, 2e éd., Bruxelles, Bruylant, 1995, pp. 219 et s.; F. KUTY, “L’infraction pé-
15. Voy. X. THUNIS, “Théorie générale de la faute. La faute comme acte impu- nale”, Principes généraux du droit pénal belge, op. cit., p. 515.
table à son auteur”, in Responsabilités. Traité théorique et pratique, op. cit.,
pp. 34 et s.
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Doctrine
C’est en matière d’accidents routiers que l’erreur in- servent de garde-fou aux personnes susceptibles de
vincible de fait s’est le plus fréquemment illustrée20. causer une nuisance sociale. Aussi peut-on difficile-
Ainsi, il a été jugé qu’un usager de la route avait été ment admettre que le prévenu avance, comme justifi-
induit en erreur en raison de l’emplacement inadéquat cation, l’ignorance de la législation, “c’est-à-dire un
d’un panneau de signalisation21. Ainsi encore, il a été manquement à un devoir social, celui qu’il avait de
décidé que le comportement d’un conducteur priori- s’informer de la loi en vigueur”28. A l’inverse, le droit
taire qui déjoue les prévisions raisonnables de l’usa- de la responsabilité civile, à vocation indemnitaire, est
ger débiteur de priorité pouvait être la cause d’une er- d’interprétation moins stricte et est en principe sup-
reur invincible22. Hors les hypothèses d’accident de la plétif de volontés.
route, la reconnaissance d’une erreur invincible de fait
s’impose difficilement. A titre d’exemple, une per- Bien qu’elle garde un intérêt théorique, la distinction
sonne soupçonnée de viol n’a pu justifier son acte en entre ces deux formes d’erreur n’a plus de réelle por-
invoquant, comme circonstances étrangères, “l’appa- tée pratique en droit belge. Depuis 1946, la Cour de
rence, la mentalité, le comportement et les déclara- cassation estime qu’il est sans conséquence que le juge
tions de la victime concernant son âge”23. ait, à tort, reconnu l’existence d’une erreur de fait,
alors qu’il s’agissait d’une erreur de droit, la décision
L’erreur de droit, quant à elle, porte sur l’interpréta- étant, en tout état de cause, légalement justifiée par le
tion, la portée exacte, voire l’existence même, d’une caractère invincible de l’erreur29.
disposition légale en vigueur24. Il peut être question
d’erreur invincible de droit lorsqu’une réglementation
est à ce point complexe qu’elle suscite une disparité
d’interprétations25 ou encore lorsqu’une disposition
II. Une notion originaire du droit pénal
est trop imprécise pour être interprétée correcte-
Il ne saurait être fait état de l’erreur invincible en ma-
ment26. Il reste que ce type d’erreur est accueilli avec
tière civile sans prendre en considération son enraci-
grande prudence par les juridictions. Ainsi, il n’est pas
nement pénal. Les faits justificatifs, en ce compris
reconnu d’effet justificatif à la seule circonstance que
l’erreur invincible, trouvent leur source dans la res-
d’autres personnes ont commis la même erreur de
ponsabilité pénale, d’où ils ont été transposés en droit
droit27.
civil30.
Quoiqu’il préserve encore la victime contre une recon-
Les conséquences pratiques de ce décalque à l’iden-
naissance trop généreuse de l’erreur invincible de
tique font écho à celles de l’identité des fautes civile
droit, le principe nul n’est censé ignorer la loi a subi
et pénale, corollaire du principe de l’autorité de la
une érosion progressive en raison de la prolifération
chose jugée au pénal sur le civil. La plupart des causes
croissante des lois. Du reste, si la maxime est d’appli-
de justification n’ont d’effet sur le règlement des inté-
cation générale, elle connaît une résonance moindre
rêts civils que si elles ont été reconnues au préalable
en responsabilité civile qu’en responsabilité pénale.
par le juge pénal31. Consciente des répercussions
D’ordre public, les règles de la responsabilité pénale
considérables de sa décision sur le procès civil, la ju-
..............................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
20. F. BAUDONCQ et T. VIAENE, “Schuldbekwaam, maar niet aansprakelijk: 29. Cass., 10 juillet 1946, Pas., 1946, I, p. 293; X. THUNIS, “Théorie générale de la
speelbal van het lot? Inzichten in het overmachtsbegrip bij buitencontrac- faute. La faute comme acte imputable à son auteur”, op. cit., p. 40. En ma-
tuele foutaansprakelijkheid”, in Vigilantibus ius scriptum. Feestbundel voor tière pénale, voy. S. BRAHY, “De l’effet justificatif de l’erreur en droit pénal”,
Hugo Vandenberghe, Bruges, die Keure, 2007, p. 37; T. VANSWEEVELT et B. op. cit., p. 356. La reconnaissance de l’erreur invincible de droit en tant que
WEYTS, Handboek buitencontractueel aansprakelijkheidsrecht, op. cit., p. 316. cause de justification est l’aboutissement d’une longue réflexion de la Cour
21. Bruxelles, 26 novembre 1992, R.G.A.R., 1995, n° 12488; X. THUNIS, “Théorie de cassation. C’est essentiellement dans la doctrine pénale qu’est présen-
générale de la faute. La faute comme acte imputable à son auteur”, op. cit., tée l’évolution de la jurisprudence à ce sujet, voy. par exemple, F. TULKENS,
p. 40. M. VAN DE KERCHOVE, Y. CARTUYVELS et C. GUILLAIN, Introduction au droit
22. Cass., 16 mai 1984, J.T., 1984, p. 617. pénal: aspects juridiques et criminologiques, op. cit., p. 422; F. KUTY, “L’infrac-
23. Trib. jeun. Furnes, 25 juin 2004, T.G.R., 2004, p. 327 cité comme référence tion pénale”, Principes généraux du droit pénal belge, op. cit., pp. 509 et s.
commentée par F. TULKENS, M. VAN DE KERCHOVE, Y. CARTUYVELS et C. 30. X. THUNIS, “Théorie générale de la faute. La faute comme acte imputable à
GUILLAIN, Introduction au droit pénal: aspects juridiques et criminologiques, son auteur”, op. cit., pp. 34 et s. Parce qu’elle tire son origine du domaine
op. cit., p. 424. répressif, la théorie civiliste des faits justificatifs peine à acquérir une réelle
24. T. VANSWEEVELT et B. WEYTS, Handboek buitencontractueel aansprake- autonomie conceptuelle. A ce sujet, voy. L. CORNELIS et P. VAN OMMESLA-
lijkheidsrecht, op. cit., p. 315; X. THUNIS, “Théorie générale de la faute. La GHE, “Les ‘faits justificatifs’ dans le droit belge de la responsabilité aqui-
faute comme acte imputable à son auteur”, op. cit., p. 40. Sur le plan pénal, lienne”, op. cit., pp. 268 et s. En droit civil français, voy. G. VINEY et P. JOUR-
voy. A. VERHEYLESONNE, Les causes de justification, [Link], Kluwer, DAIN, Les obligations. La responsabilité: conditions, Traité de droit civil sous
2011, p. 106 et les références citées. Pour une définition en droit pénal, voy. la direction de J. GHESTIN, Paris, L.G.D.J., 2006, p. 599.
L. DUPONT et R. VERSTRAETEN, Handboek Belgisch strafrecht, Louvain, Acco, 31. Ainsi, concernant les causes de justification dites “objectives” (légitime dé-
1990, n° 491-492. L’on relèvera ici qu’à l’inverse de l’erreur fautive de fait, fense, état de nécessité, ordre de la loi ou de l’autorité légitime), la chose
l’erreur fautive de droit est dénuée de tout effet justificatif en matière est entendue en jurisprudence. Il est communément admis que si une cause
pénale”dès lors que, la connaissance de la législation étant présumée, nul de justification profite à l’accusé, “le fait, au départ infractionnel, est (…)
ne peut commettre de faute à l’occasion de la recherche de la signification rendu conforme au droit, il n’exprime plus aucune idée de faute et interdit
et de la portée de la législation. Admettre le contraire reviendrait à priver la dès lors toute action en dommage et intérêts”. Voy. C. HENNAU et G.
loi de tout effet obligatoire (…)”. Voy. F. KUTY, “L’infraction pénale”, Prin- SCHAMPS, “Responsabilité pénale et responsabilité civile: une parenté
cipes généraux du droit pénal belge, op. cit., p. 515. contestée”, Ann. Dr., Bruxelles, 1995, p. 140, qui dressent un portrait critique
25. C. trav. Anvers, 13 février 2007, Chron. D.S., 2007, p. 559. de l’autorité vis-à-vis du juge civil d’une décision d’acquittement fondée
26. Mons, 20 mai 1987, J.T., 1987, p. 501. sur l’existence d’une cause de justification.
27. Bruxelles, 18 mars 1985, R.W., 1986-1987, col. 2580.
28. S. BRAHY, “De l’effet justificatif de l’erreur en droit pénal”, Rev. dr. pén., 1976-
1977, p. 340.
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ridiction répressive se retrouve alors confrontée à un teur afin d’en tenir compte dans son évaluation.
dilemme de taille. Soit elle se conforme aux souhaits
du législateur en faisant le choix d’une évaluation pu- En cela, une décision pénale de relaxe pour erreur in-
rement subjective32. Dans ce cas, elle encourt le risque vincible ne devrait pas préjuger du règlement des in-
de porter une attention particulière au sort du prévenu térêts civils. En effet, différencier les méthodes d’éva-
plutôt qu’à celui de la partie civile. Soit, sous couvert luation en fonction des responsabilités concernées
d’une évaluation in concreto, elle se livre implicite- rendrait possible la prise de décisions distinctes. Il se
ment à une appréciation abstraite, favorisant l’indem- pourrait que l’erreur soit insurmontable eu égard aux
nisation des victimes, mais occultant du même coup infériorités dont souffre l’agent (son âge, son état de
les objectifs de la responsabilité pénale qui exigent santé, son inexpérience,…) bien qu’abstraction faite
“qu’une condamnation (…) tienne compte des possi- de ces circonstances, le défendeur n’ait pas réagi avec
bilités personnelles de vigilance et de diligence du toute la lucidité d’un bon père de famille. Toutefois,
prévenu”33. gardons-nous de dire qu’en toutes hypothèses, ces
méthodes divergentes aboutiraient à des solutions
Concernant l’erreur invincible, la Cour de cassation a contraires. Tant le juge pénal que le juge civil seraient
opté ouvertement pour une approche abstraite. Elle enclins à refuser au défendeur le bénéfice d’une er-
reconnaît en effet l’autorité d’une décision d’acquitte- reur invincible si l’agent présentait des aptitudes com-
ment pour cause d’erreur invincible en citant comme parables ou supérieures à celles d’un homme norma-
unique modèle de référence le bon père de famille rai- lement prudent. Il n’est pas rare, en effet, que des
sonnable et prudent34. Corollaire direct de l’identité facteurs de supériorité jouent un rôle déterminant
des fautes civile et pénale, cette unité d’appréciation dans la réflexion du juge civil. La profession ou l’ex-
interdit toute contradiction entre la décision du juge périence de l’auteur servent couramment à rehausser
répressif et celle ayant trait aux intérêts civils. la norme de prudence et, par là même, à faciliter l’in-
demnisation des victimes38.
Une telle solution n’apparaît pas justifiée. L’acte po-
tentiellement générateur de responsabilité se doit Outre une identité des critères d’appréciation, le prin-
d’être évalué in abstracto ou in concreto, selon qu’il cipe de l’autorité de la chose jugée et l’unité des fautes
s’agisse d’une responsabilité civile ou pénale35. Ces civile et pénale ont entraîné également une harmoni-
responsabilités diffèrent quant à leur vocation respec- sation des mécanismes de preuve en matière d’erreur
tive et imposent, de ce fait, une divergence d’ap- invincible. La Cour de cassation estime, en effet, que
proches. Le droit de la responsabilité civile a pour “lorsqu’une action en justice est fondée sur une in-
objet l’indemnisation des préjudices. Dans cette op- fraction à la loi pénale, c’est au demandeur à l’action
tique, le juge civil doit se départir des capacités per- qu’incombe la preuve de l’imputabilité de cette infrac-
sonnelles de l’agent pour ne se référer qu’au modèle tion au défendeur ou de l’inexistence de la cause de
abstrait de l’homme raisonnable et prudent, placé justification éventuellement alléguée par ce dernier,
dans les mêmes circonstances de fait externes36. Le pour autant que cette allégation ne soit pas dépourvue
droit pénal, quant à lui, vise un but de répression et de tout élément permettant de lui accorder crédit”39.
de prévention des infractions. Au regard des finalités Ainsi, dans les cas où une infraction est à l’origine du
qu’elle poursuit, “la sanction pénale ne peut frapper dommage, quand bien même aucune poursuite n’au-
que celui qui ne s’est pas comporté comme il aurait dû rait été intentée, il suffit à l’auteur d’invoquer, avec
et pu le faire dans les circonstances de la cause, vraisemblance, l’existence d’une erreur invincible, à
compte tenu de sa responsabilité propre englobant des charge pour la victime (ou le ministère public) d’ap-
aptitudes mais aussi des limites (…)”37. Le juge pénal porter la preuve contraire. En ces circonstances, il est
est donc censé s’enquérir des qualités propres à l’au- donc dérogé au régime probatoire selon lequel, en ma-
..............................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
32. N. COLETTE-BASECQZ et N. BLAISE, “Responsabilité civile et responsabilité de la décision répressive antérieure”, note sous Cass., 7 septembre 1972,
pénale”, op. cit., p. 71. R.C.J.B., 1975, p. 381. Ainsi, pour rencontrer les critiques portées à l’encontre
33. N. COLETTE-BASECQZ et N. HAUTENNE, “Les critères d’appréciation de la de l’identité des fautes civile et pénale, le nouveau Code pénal français a
faute de médecins et du lien causal avec le dommage dans le cadre de supprimé, en certains cas, l’autorité de la chose jugée au pénal sur le civil.
poursuites pénales du chef d’atteinte à la vie et à l’intégrité physique”, note Voy. F. TULKENS, M. VAN DE KERCHOVE, Y. CARTUYVELS et C. GUILLAIN,
sous Bruxelles, 24 mars 1999, Rev. dr. santé, 2000-2001, p. 310. Introduction au droit pénal: aspects juridiques et criminologiques, op. cit., pp.
34. Cass., 3 novembre 1960, Pas., 1961, I, p. 235. Voy. à ce sujet, C. HENNAU et 438 et s. En outre, au niveau européen, une recommandation du Comité
G. SCHAMPS, “Responsabilité pénale et responsabilité civile: une parenté des ministres du Conseil de l’Europe fait état de la nécessité de scinder les
contestée”, op. cit., p. 142. fautes civile et pénale pour éviter des solutions inéquitables en matière de
35. Sur la nécessité d’une distinction de méthode d’appréciation selon la res- circulation routière. Voy. à ce sujet, N. COLETTE-BASECQZ et N. BLAISE,
ponsabilité concernée, voy. parmi d’autres, C. HENNAU et G. SCHAMPS, “Responsabilité civile et responsabilité pénale”, op. cit., p. 75.
“Responsabilité pénale et responsabilité civile: une parenté contestée”, op. 36. H. MAZEAUD, L. MAZEAUD et A. TUNC, Traité théorique et pratique de la res-
cit., pp. 140 et s.; H.-D. BOSLY et C. DE VALKENEER, “Les homicides et lésions ponsabilité civile délictuelle et contractuelle, 6e éd., T. 1, Paris, éd. Montchres-
corporelles non intentionnels”, Les infractions contre les personnes, Bruxelles, tien, 1965, p. 494.
Larcier, 2010, p. 492; O. MICHIELS, “Les interactions entre la prévisibilité du 37. C. HENNAU-HUBLET, L’activité médicale et le droit pénal, op. cit., p. 365.
dommage et l’élément moral des infractions”, J.T., 2009, p. 563; N. COLETTE- 38. X. THUNIS, “Théorie générale de la faute. La faute comme acte contraire au
BASECQZ et N. HAUTENNE, “Les critères d’appréciation de la faute de mé- droit”, in Responsabilités. Traité théorique et pratique, Livre 20bis, Vol. 2,
decins et du lien causal avec le dommage dans le cadre de poursuites pé- Bruxelles, Kluwer, 2006, p. 30.
nales du chef d’atteinte à la vie et à l’intégrité physique”, op. cit., p. 310; A. 39. Cass., 11 juin 2010, [Link], C.09.0178.F/1; Cass., 6 mai 1981, Pas.,
KOHL, “L’action civile en dommages et intérêts résultant d’une infraction. 1981, I, p. 1018.
Charge de la preuve de la cause de justification et autorité de chose jugée
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Doctrine
tière civile, il appartient à chaque partie de prouver de force majeure l’erreur qu’aurait pu commettre et
les faits qu’elle allègue à l’appui de ses invocations40. non l’erreur qu’aurait commise toute personne raison-
nable et prudente placée dans les mêmes circons-
Comme d’autres, l’on constate dès lors une différence tances, l’arrêt (attaqué) méconnaît la notion légale de
de traitement injustifiée entre les victimes d’une faute force majeure”43. Cette décision démontre une réelle
civile et celles d’un fait infractionnel41. Si la preuve intransigeance dans l’évaluation de l’erreur invin-
d’une faute se trouve simplifiée par la transgression cible. Du reste, l’on peut y voir une tentative de distin-
matérielle de la loi, il est laissé à la partie lésée la guer l’erreur invincible de l’erreur excusable. A tout
lourde tâche d’établir l’inexistence d’une cause de le moins, la Cour n’a pas donné tort à l’argument du
justification alléguée par l’auteur de l’infraction. Sou- demandeur selon lequel “(…) si une erreur invincible
mis aux règles pénales de la preuve, le juge civil ne (…) peut être assimilée à un cas de force majeure, pa-
pourra retenir la responsabilité du défendeur que si la reille erreur est l’erreur qu’aurait commise toute per-
victime, dans sa tentative de discréditer les moyens sonne raisonnable et prudente et non la simple erreur
de défense de l’agent, a su établir des éléments suffi- excusable qu’aurait pu commettre une personne nor-
samment probants et dépourvus de tout doute raison- malement diligente et prudente placée dans les mêmes
nable. circonstances”.
..............................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
40. C. HENNAU et G. SCHAMPS, “Responsabilité pénale et responsabilité civile: Scientia, 1999, n°12; M. COIPEL, “L’erreur de droit inexcusable”, op. cit., p.
une parenté contestée”, op. cit., pp. 132 et s.; A. KOHL, “L’action civile en 213. M. Coipel y écrit que “la formule trop laconique de la Cour de cassation
dommages et intérêts résultant d’une infraction. Charge de la preuve de la doit donc être complétée. On se demandera si l’erreur aurait été commise
cause de justification et autorité de chose jugée de la décision répressive par un homme raisonnable placé dans les mêmes circonstances objectives
antérieure”, op. cit., p. 377. mais aussi subjectives”. Voy. dans ce sens, Liège, 17 mars 2000, [Link].B., 2000,
41. C. HENNAU et G. SCHAMPS, “Responsabilité pénale et responsabilité civile: p. 919; J.P. Mouscron, 11 juin 2001, J.J.P., 2003, p. 398; Civ. Hasselt, 25 mars
une parenté contestée”, op. cit., p. 133. 2002, [Link].B., 2006, p. 1515; C. Parmentier énonce ainsi que “l’erreur sera
42. Eu égard à la similarité de leur définition, l’erreur invincible ne se différencie excusable si elle est commise par une personne peu avertie ou peu familia-
pas tellement de l’erreur légitime. Voy. C. VERBRUGGEN, “La théorie de l’ap- risée avec la matière donnée”. Voy. C. PARMENTIER, “La volonté des par-
parence: quelques acquis et beaucoup d’incertitudes”, in Mélange van ties”, in Les obligations contractuelles, Bruxelles, éd. J.B., 1984, p. 64; Voy. ce-
Ommeslaghe, Bruxelles, Bruylant, 2000, pp. 315 et s. pendant, en faveur d’une méthode d’évaluation à mi-chemin entre une
43. Cass., 22 février 2010, [Link], S.09.0033.F/1. Les italiques sont appréciation in abstracto et une appréciation in concreto, P. VAN OMMESLA-
nôtres. GHE, Droit des obligations, T. 1, Bruxelles, Bruylant, 2010, p. 238 qui, tout en
44. Une partie de la doctrine prône une théorie uniforme de l’erreur, voy. R. relevant une similitude évidente entre le critère de “l’homme raisonnable”
LEGROS, “Vers une théorie uniforme de l’erreur”, J.T., 1953, pp. 337 et s.; F. et celui du “bonus pater familias” en matière de responsabilité par impru-
KUTY, “L’infraction pénale”, Principes généraux du droit pénal belge, op. cit., dence, estime qu’il faut prendre en compte les caractéristiques générales
p. 514, à laquelle nous ne souscrivons pas. Dans le même sens critique, voy. de l’errans.
M. COIPEL, “L’erreur de droit inexcusable”, note sous Cass., 10 avril 1975, 48. Voy. Cass., 28 juin 1996, J.L.M.B., 1997, p. 12. La Cour de cassation énonce
R.C.J.B., 1978, pp. 198 et s. qu’au regard de l’erreur excusable, “le juge de fond ne doit pas nécessaire-
45. Cass., 28 juin 1996, J.L.M.B., 1997, pp. 12 et s. ment constater que l’erreur alléguée était de celles qu’aurait commises
46. M. COIPEL, “L’erreur de droit inexcusable”, op. cit., pp. 211 et s. toute personne de la même profession, normalement diligente, placée
47. Voy., en faveur d’une appréciation in concreto de l’erreur excusable, M. dans les mêmes circonstances et que le comportement de celui qui invoque
FONTAINE, note sous Cass., 20 avril 1978, R.C.J.B., 1980, p. 231; J. GHESTIN, l’erreur n’était pas fautif” et précise qu’il suffit de déterminer qu’un homme
“Le contrat: formation”, Traité de droit civil sous la direction de J. GHESTIN, raisonnable aurait commis la même erreur. Voy. néanmoins, Liège, 4 no-
2e éd., T. 2, Paris, L.G.D.J., 1988, p. 432, n° 398; M. COIPEL, Éléments de théorie
générale des contrats, Collection À la rencontre du droit, Bruxelles, Story-
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A l’inverse, l’erreur invincible, par la définition qu’on ce fait justificatif pour échapper à toute responsabi-
en donne, fait l’objet d’une appréciation nettement lité54.
plus rigoureuse. Pour bénéficier d’une telle erreur, le
défendeur ne peut se voir reprocher aucune faute Les indices d’une sévérité dans l’appréciation de l’er-
puisqu’il doit avoir adopté le comportement de “tout reur invincible sont multiples. En premier lieu, l’éva-
homme normalement prudent et diligent”49. Il en dé- luation in abstracto contribue, sans nul doute, au dur-
coule que l’erreur invincible et la faute gravitent au- cissement de la notion. L’on connaît, en effet, cette
tour du même modèle de référence. Aussi l’erreur in- tendance jurisprudentielle à élever, toujours davan-
vincible doit-elle s’évaluer de façon résolument abs- tage, les normes comportementales du bonus pater
traite. L’appréciation du caractère invincible de familias55. Ce phénomène engendre une objectivation
l’erreur requiert que l’on s’affranchisse des aptitudes croissante de la notion de faute et accentue la réticence
de l’errans pour se référer à celles du bonus pater des juges à reconnaître l’existence d’une erreur invin-
familias, en ce qu’elles ont de plus général50. cible. De par leur référence commune au modèle de
l’homme prudent et diligent, les notions d’erreur in-
Pour autant qu’elles soient pertinentes, certaines don- vincible et de faute évoluent corrélativement. La par-
nées subjectives peuvent néanmoins servir à appré- cimonie avec laquelle la première est reconnue croît à
cier l’existence d’une erreur invincible. Le bon sens mesure que la seconde s’objectivise. De fait, l’erreur
voudrait, par exemple, que les qualifications et apti- invincible est d’autant moins fréquemment admise
tudes professionnelles de l’agent soient retenues pour que la faute est retenue plus facilement en s’évaluant
accréditer la présence d’une erreur invincible de au regard du père de famille extrêmement diligent.
droit51. L’on sait d’ailleurs que la Cour de cassation
n’est pas réfractaire à la prise en compte de ces cir- En second lieu, l’assimilation de l’erreur invincible à
constances dans l’évaluation de la faute52. Plus éton- la force majeure milite en faveur d’une évaluation
namment, l’on constate aussi que certaines juridic- stricte. D’aucuns estiment qu’en raison de cette proxi-
tions inférieures, tout en se référant à une appréciation mité, le caractère insurmontable de l’erreur exige une
abstraite, incluent dans leur raisonnement des critères preuve renforcée de l’absence de faute, en ce sens que
tels que l’âge ou l’état de santé de l’auteur53. des circonstances extérieures doivent avoir empêché
absolument l’agent de se comporter en bon père de
En définitive, démontrer l’existence d’une erreur in- famille56. Ainsi, l’erreur de droit impliquerait “une
vincible revient à prouver que l’agent n’a pu adopter impossibilité absolue d’exécution ou, plus précisé-
un comportement fautif compte tenu des circons- ment, une impossibilité absolue d’interpréter la loi
tances de l’espèce. L’administration d’une preuve né- correctement”57.
gative, c’est-à-dire de l’absence de faute, n’étant pas
aisée, le défendeur sera tenté d’établir la présence de Il est vrai qu’en assimilant l’erreur invincible et la
force majeure, la jurisprudence alimente les incerti-
..............................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
vembre 1997, R.G.D.C., 1998, pp. 374 et s., qui décide que l’erreur invoquée l’espèce, la demanderesse avait mis fin à son congé parental après moins
“est parfaitement excusable, c’est-à-dire ne procède pas d’une faute de de six mois, suite à quoi l’Office national de l’Emploi avait réclamé les allo-
l’appelant”. cations versées. Selon la demanderesse, sa décision prématurée de mettre
49. L. CORNELIS, Principes du droit belge de la responsabilité extra-contractuelle – un terme à son congé était due à un cas de force majeure: elle pensait, à
L’acte illicite, Vol. 1, Bruxelles, Bruylant, 1991, p. 37; X. THUNIS, “Théorie gé- tort, perdre son droit aux allocations de remplacement si elle ne reprenait
nérale de la faute. La faute comme acte imputable à son auteur”, op. cit., p. pas rapidement du service. Se sachant atteinte d’un cancer à opérer d’ur-
39; M. COIPEL, “L’erreur de droit inexcusable”, op. cit., pp. 211 et s.; P. VAN gence, elle s’attendait en effet à une incapacité ultérieure de travail. La juri-
OMMESLAGHE, Droit des obligations, op. cit., p. 1392. En matière pénale, voy. diction d’appel estima que l’institution de sécurité sociale ne pouvait que
F. KUTY, Principes généraux du droit pénal belge, op. cit., p. 516. renoncer à la récupération des indemnités d’interruption aux motifs que
50. X. THUNIS, “Théorie générale de la faute. La faute comme acte imputable à l’erreur visée “aurait pu, compte tenu de la complexité de la législation so-
son auteur”, op. cit., p. 39; L. CORNELIS, Principes du droit belge de la respon- ciale, être commise par toute personne raisonnable qui se serait trouvé dans
sabilité extra-contractuelle – L’acte illicite, op. cit., p. 37. Contra C. JASSOGNE, un état de désarroi comparable à celui de (la demanderesse), jeune femme
“Réflexions à propos de l’erreur”, R.G.D.C., 1994/2, p. 105. de 28 ans qui vient de mettre au monde un enfant et se découvre atteinte
51. Voy. Bruxelles, 26 avril 2000, J.T., 2001, p. 267, cité comme référence com- d’un cancer (…)”. Signalons que la Cour de cassation a toutefois censuré
mentée par B. DUBUISSON, V. CALLEWAERT, B. DE CONINCK et G. GATHEM, cette décision. Voy. Cass., 22 février 2010, [Link], S.09.0033.F/1.
La responsabilité civile. Chronique de jurisprudence, 1996-2007: le fait généra- 54. L. CORNELIS et P. VAN OMMESLAGHE, “Les ‘faits justificatifs’ dans le droit
teur et le lien causal, Les dossiers du J.T., Bruxelles, Larcier, 2009, p. 416. Le belge de la responsabilité aquilienne”, op. cit., p. 272.
juge prend en compte le manque de compétence de l’agent pour admettre 55. Voy. à ce sujet, J.-L. FAGNART, “Introduction générale au droit de la respon-
l’existence d’une erreur de droit. Voy. également C. JASSOGNE, “Réflexions sabilité”, Traité théorique et pratique des responsabilités, Livre 1bis, Vol. 2,
à propos de l’erreur”, R.G.D.C., 1994/2, p. 105; M. COIPEL, “l’erreur de droit Bruxelles, Story-Scientia, 1999, p. 40; X. THUNIS, “Théorie générale de la
inexcusable”, op. cit., p. 213. Des auteurs décrivent, par ailleurs, l’importance faute. La faute comme acte contraire au droit”, op. cit., pp. 28 et s.; B.
qu’a la profession de l’agent dans l’évaluation de la faute. Voy. G. VINEY et DUBUISSON, “De la légèreté de la faute au poids du hasard”, R.G.A.R., 2005,
P. JOURDAIN, Les obligations. La responsabilité: conditions, op. cit., p. 81. Re- n° 14009 (2).
levons ici que la prise en compte de ce critère subjectif constitue, sans 56. C. JASSOGNE, “Réflexions à propos de l’erreur”, op. cit., p. 105; F. GLANS-
conteste, un point de convergence entre l’erreur invincible et l’erreur excu- DORFF, “Erreur invincible ou croyance légitime”, note sous Cass., 18 janvier
sable. 1999, R.C.J.B., 2000, pp. 741 et s. Quant au caractère insurmontable de la
52. Voy. parmi d’autres décisions, Cass., 5 juin 2003, Pas., 2003, p. 1125 dans force majeure, voy. S. STIJNS, D. VAN GERVEN et P. WÉRY, “Chronique de
laquelle la Cour de cassation rejette le pourvoi formé contre une décision jurisprudence. Les obligations: les sources (1985-1995)”, J.T., 1995, p. 726; S.
ayant estimé “que le comportement (du défendeur) ne s’est pas écarté de MICHAUX et D. PHILIPPE, “La force majeure”, Traité théorique et pratique-
celui d’un jeune moniteur bénévole normalement prudent et diligent”. Voy. obligations, II.1.3 – 143, Bruxelles, Kluwer, 2002, p. 91.
pour un exposé général de la question, J. VAN MEERBEECK, “Le contrôle de 57. J.-L. FAGNART, “La responsabilité de l’administration du chef d’excès de
la Cour de cassation sur la qualification de la faute en matière aquilienne: pouvoir”, A.P.T., 1979-1980, pp. 56 et s. Précisons que les propos de l’auteur
trente ans après”,” note sous Cass., 19 mai 2005, R.C.J.B., 2008, pp. 390 et s. visent l’hypothèse d’une erreur dans le chef de l’administration.
53. Une décision de la Cour du travail de Bruxelles est édifiante à ce sujet. En
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Doctrine
tudes quant à la réelle consistance de la condition d’appel au caractère invincible de l’erreur, le deman-
d’invincibilité58. “La difficulté consiste en effet à faire deur en cassation considéra que “pour être invincible,
correspondre le critère de ‘la personne raisonnable et l’erreur doit revêtir toutes les caractéristiques de la
prudente’ au caractère inévitable et insurmontable de force majeure, laquelle implique l’impossibilité abso-
l’erreur telle que la démonstration en est exigée (…)”59. lue d’interpréter correctement la loi”64. Après avoir
De ce constat a émergé l’idée que l’erreur invincible rappelé le principe général de droit selon lequel l’er-
était celle qu’aurait commise “non plus l’homme nor- reur invincible constitue une cause de justification, la
malement prudent, mais l’homme le plus prudent, Cour de cassation estima qu’en l’espèce, la Cour d’ap-
étant entendu que celui-ci ne dépasse pas, dans sa pel de Mons avait légalement justifié sa décision. La
prudence, les limites du raisonnable”60. Cour n’a donc pas retenu, semble-t-il, la définition
consistant à décrire l’erreur invincible comme celle
Cette opinion se comprend particulièrement lorsque que même l’homme parfait n’aurait pu éviter. Il n’en
le défendeur transgresse une norme légale déterminée demeure pas moins que la jurisprudence en la matière
ou une obligation de résultat. En cette hypothèse, il reste floue et qu’il faut éviter l’écueil de conclusions
semblerait que la victime puisse se contenter d’établir trop hâtives.
la réalité du manquement pour répondre à l’exigence
d’une faute, à charge pour l’auteur de prouver l’exis- 2. L’absence d’une faute dans le chef de
tence d’une cause étrangère exonératoire ou d’une l’errans. Le devoir de s’informer
cause de justification61. Or s’il était tout au plus de-
mandé à l’errans de démontrer qu’il s’est comporté La condition d’une absence de faute requiert que l’er-
comme une personne normalement prudente et dili- rans se soit informé au préalable65. “Toute référence à
gente, cela “aurait pour effet de dénaturer ‘l’obligation un facteur personnel susceptible d’être à l’origine (du
de résultat’ en une obligation de moyens avec renver- fait litigieux)”66étant exclue, l’agent doit avoir pris la
sement de la charge de la preuve”62 au détriment de la peine de se renseigner sur la matière concernée. Pour
victime. ce qui est de l’erreur de droit, les cours et tribunaux
se montrent intraitables. En général, les juridictions
De plus, l’exigence d’une impossibilité absolue peut considèrent que la seule complexité d’une législation
trouver écho dans certaines décisions de justice. Dans ne fait nullement obstacle à ce que l’auteur mène des
l’arrêt du 22 février 2010, dont il a déjà été question, investigations fouillées67. Le devoir de s’informer est
et dans l’arrêt du 18 janvier 1999, exposé plus loin, la également exigé en cas d’erreur de fait. Ainsi, un com-
Cour de cassation paraît ainsi exiger de l’errans un merçant qui vend des pétards à des mineurs d’âge,
comportement irréprochable. Est-ce à dire que la Cour sans leur demander au préalable leur carte d’identité,
exige que soit démontrée l’impossibilité absolue de ne peut bénéficier d’une erreur invincible68.
l’existence d’une faute? Bien qu’ayant trait à l’igno-
rance d’une autorité administrative et non à celle d’un 3. L’existence d’une cause étrangère à l’errans.
particulier, un arrêt du 8 février 200863 pousserait à L’information erronée d’une administration
répondre par la négative. En sa qualité de secrétaire de
C.P.A.S., un employé devait réaliser un stage dont la Comme il a été dit plus haut, l’on ne peut verser dans
législation ne faisait nullement mention. Ne donnant l’erreur invincible qu’en ayant été suffisamment in-
pas toute satisfaction durant cette période probatoire, fluencé par une cause étrangère. Rappelons ici que les
l’intéressé fut alors congédié. L’illégalité d’imposer un cours et tribunaux traduisent l’exigence d’une cause
stage ayant été confirmée par le Conseil d’Etat, la Cour étrangère par la présence de circonstances externes
d’appel de Mons reconnut toutefois l’existence d’une indépendantes de la volonté de l’errans.
erreur invincible dans le chef de l’administration.
Contestant l’appréciation donnée par la juridiction L’information inexacte émanant d’une administration
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58. Pour un compte rendu des arguments plaidant en faveur d’une distinction 64. Les italiques sont nôtres.
des deux notions, voy. X. THUNIS, “Théorie générale de la faute. La faute 65. Voy. P. VAN OMMESLAGHE, Droit des obligations, T. 2, Bruxelles, Bruylant,
comme acte imputable à son auteur”, in Responsabilités. Traité théorique et 2010, p. 1392. Pour d’autres illustrations en jurisprudence, voy. B. DUBUIS-
pratique, op. cit., pp. 34 et s. SON, V. CALLEWAERT, B. DE CONINCK et G. GATHEM, La responsabilité civile.
59. F. GLANSDORFF, “Erreur invincible ou croyance légitime”, op. cit., p. 741. Chronique de jurisprudence, 1996-2007: le fait générateur et le lien causal, op.
60. C. JASSOGNE, “Réflexions à propos de l’erreur”, op. cit., p. 105. cit., pp. 416 et s. En matière pénale, F. Kuty estime qu’au regard des déci-
61. B. DUBUISSON, “Faute, illégalité et erreur d’interprétation en droit de la res- sions de la Cour de cassation, ce devoir d’information constitue une véri-
ponsabilité civile”, in La faute dans différentes branches du droit, op. cit., p. table condition d’existence de l’erreur invincible. Voy. F. KUTY, “L’infraction
32. pénale”, Principes généraux du droit pénal belge, op. cit., p. 519.
62. B. DUBUISSON, “Faute, illégalité et erreur d’interprétation en droit de la res- 66. Bruxelles, 12 janvier 1995, Journ. proc., n° 278, 3 mars 1995, p. 30.
ponsabilité civile”, note sous Cass., 26 juin 1998, R.C.J.B., 2001, p. 57. Cet 67. X. THUNIS, “Théorie générale de la faute. La faute comme acte imputable à
auteur traite le cas d’une erreur de droit commise par l’administration, ma- son auteur”, op. cit., p. 40. En droit pénal social, voy. J. GIELEN, “Beschouwin-
tière dans laquelle, selon lui, l’exigence d’une impossibilité absolue trouve gen bij enkele arresten van het Hof van beroep te Antwerpen in verband
nombre de partisans. Il explique néanmoins qu’”une partie minoritaire de met de rechtvaardigingsgronden in het social strafrecht. Iudex penalis cen-
la doctrine plaide pour plus de mansuétude et propose que le critère de setur noscere leges sociales”, R.W., 1998-1999, p. 840.
l’invincibilité soit apprécié à l’aune de l’administration normalement pru- 68. Gand, 30 avril 1996, T.G.R., 2001, p. 187.
dente et diligente”.
63. Cass., 8 février 2008, J.T., 2008, pp. 569 et s., note D. RENDERS, “De l’erreur
inaccessible à l’erreur inadmissible en passant par l’erreur invincible”.
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est l’exemple même d’une cause étrangère susceptible laires, avait déjà fait preuve d’une plus grande indul-
d’être à la source d’une erreur. Partant, c’est à travers gence71.
ce cas particulier que nous choisissons d’analyser la
condition d’extériorité. D’autant que sur cette ques- Néanmoins, suivant l’opinion de certains auteurs, un
tion, la Cour de cassation s’est montrée peu conci- arrêt du 14 mai 2007 opérerait un infléchissement de
liante. Elle a estimé qu’une mauvaise information don- la jurisprudence amorcée par l’arrêt précité72. Les faits
née par l’autorité publique n’était pas une circons- sont simples. En raison d’un changement de domicile,
tance suffisante pour prouver l’existence d’une erreur une justiciable ne prit pas connaissance d’une déci-
invincible. Encore paraît-il opportun de dresser, à sion notifiée par la Cour du travail de Bruxelles. Ap-
grands traits, l’évolution de sa jurisprudence. prenant cela, le greffe procéda, une fois la nouvelle
adresse connue, à une deuxième notification. Le pour-
Une affaire mettant un contribuable aux prises avec voi fut introduit à temps compte tenu de cette der-
l’administration fiscale est à l’origine d’un premier nière, mais au-delà du délai réel ayant pris cours à
arrêt de la Cour de cassation. En date du 6 mai 1988, partir de la notification précédente. Contestant la fin
une décision du directeur des contributions a été pré- de non-recevoir du ministère public, la justiciable se
sentée, par pli recommandé, au domicile d’un contri- plaignait de ce que le second courrier ne comportait
buable. Le facteur ayant trouvé porte close, le courrier nulle référence au premier. Fort justement, la Cour de
a ensuite transité par le bureau de poste, sans y être cassation trancha en faveur de l’intéressée, estimant
retiré par son destinataire. A l’occasion d’une seconde que la mauvaise information de la juridiction du fond
lettre, l’administration indiqua que le délai pour faire “a pu inspirer (à la demanderesse) la conviction légi-
appel de la décision prenait cours “à partir du lende- time que seule la seconde notification pouvait donner
main de (la) première présentation, c’est-à-dire à par- cours au délai dont elle disposait pour se pourvoir”73.
tir du 9 mai 1988”. Ne prêtant pas garde au caractère
trompeur de cette information (la date exacte étant le Nous émettons un doute quant au revirement juris-
7 mai 1988), le contribuable fit appel peu après l’expi- prudentiel opéré par cet arrêt. Ce dernier ne semble
ration du délai imparti. La Cour d’appel jugea néan- pas totalement incompatible avec le précédent. Si les
moins le recours recevable, en raison du fait qu’“en se circonstances à l’origine des deux décisions paraissent
comportant comme elle le fit, l’administration a fait identiques à de nombreux égards, elles divergent ce-
naître dans le chef (du contribuable), la croyance légi- pendant sur un point. Dans les faits donnant lieu à
time que le délai (…) n’a commencé à courir qu’à par- l’arrêt du 14 mai 2007, le greffe n’a pas renseigné, dans
tir de la date expressément mentionnée”. Cette déci- sa seconde lettre, l’existence d’une notification anté-
sion fut cassée au motif qu’en matière d’impôts sur les rieure. Sans doute la Cour de cassation a-t-elle déduit
revenus, les délais de déchéance sont d’ordre public de ces circonstances que la justiciable était irréducti-
et ne peuvent être prolongés qu’en cas de force ma- blement vouée à verser dans l’erreur. En revanche,
jeure69. Donnant, à son tour, raison au contribuable, la dans l’arrêt du 18 janvier 1999, l’administration,
juridiction de renvoi reconnut à ce dernier le bénéfice quoiqu’elle ait mentionné une date erronée, a pris la
d’une erreur invincible, constitutive en son chef d’un peine d’indiquer qu’un courrier avait déjà été envoyé,
cas de force majeure. Contre toute attente, par un arrêt précisant même que le délai prévu à peine de dé-
du 18 janvier 1999 faisant suite à un second pourvoi chéance débutait à partir du lendemain de cette pre-
de l’Etat belge, la Cour de cassation cassa la décision mière présentation. Partant, il se peut que la thèse
attaquée, au motif que l’on ne peut déduire de la d’une erreur invincible n’ait pas convaincu la Cour de
simple constatation que l’errans a été mal informé, cassation parce qu’un doute subsistait quant à l’im-
même par une personne qualifiée, que l’intéressé a agi possibilité, pour toute personne normalement pru-
comme l’aurait fait toute personne raisonnable et pru- dente, de connaître le point de départ du délai. Bien
dente. Autrement dit, en l’absence d’autres circons- que la motivation de l’arrêt ne le prouve pas à suffi-
tances corroborant la thèse d’une erreur invincible, ce sance74, la Cour a pu estimer que l’information contra-
constat ne justifiait pas, à lui seul, l’omission liti- dictoire de l’administration eut dû, à tout le moins,
gieuse. Nombre de commentateurs ont contesté l’ex- éveiller quelque soupçon dans le chef du contribuable.
cessive sévérité de la Cour70, qui, dans des cas simi-
Dans l’incertitude, il est préférable de maintenir le
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69. Cass., 21 novembre 1996, Pas., 1996, I, p. 1146. cassa cette décision au motif que “la simple constatation que la victime de
70. D. RENDERS et J.-F. VAN DROOGHENBROECK, “Erreur de droit et droit à l’er- l’erreur a été mal informée, même par une personne qualifiée, ne saurait
reur”, op. cit., p. 484; X. THUNIS, “Théorie générale de la faute. La faute suffire”. Voy. F. GLANSDORFF, “Erreur invincible ou croyance légitime”, op.
comme acte imputable à son auteur”, op. cit., p. 40. F. Glansdorff redoute cit., pp. 737 et s.
que la Cour de cassation ait outrepassé ses compétences à l’occasion de 71. Cass., 10 juillet 1946, Pas., 1946, I, p. 293; Cass., 17 janvier 1949, Pas., 1949,
l’arrêt du 18 janvier 1999. Selon lui, ce dernier interdisait toute ingérence de p. 32. Signalons que les cours et tribunaux font généralement preuve de
la Cour dans l’examen des circonstances de l’espèce, les juridictions infé- compréhension en pareil cas. Voy. F. GLANSDORFF, “Erreur invincible ou
rieures étant seules compétentes pour apprécier souverainement, en fait, croyance légitime”, op. cit., p. 737 et les références citées.
l’existence d’une erreur invincible. La juridiction de renvoi ayant constaté 72. D. RENDERS et J.-F. VAN DROOGHENBROECK, “Erreur de droit et droit à l’er-
la présence d’éléments constitutifs d’une erreur dans le chef du contri- reur”, op. cit., p. 484.
buable et ayant qualifié souverainement, en fait, cette erreur d’invincible, il 73. Cass., 14 mai 2007, [Link], S.06.0070.F/1.
attendait de la Cour qu’elle ne remette pas en cause ces allégations. Or, elle 74. F. GLANSDORFF, “Erreur invincible ou croyance légitime”, op. cit., p. 735.
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Doctrine
postulat selon lequel la simple constatation que l’er- tement l’individu qui néglige de se faire “renseigner
rans a été mal informé, fût-ce par une personne com- par des personnes compétentes”78 et la victime d’in-
pétente, ne saurait suffire à qualifier l’erreur d’invin- formations erronées émises par les plus qualifiés?
cible.
Par ailleurs, en énonçant, comme unique motif de ses
En soi, cette solution n’étonne guère. Elle témoigne décisions, que ces circonstances ne sont pas, à elles
simplement du fait que l’appréciation de l’erreur in- seules, constitutives de cause de justification, la Cour
vincible, tout comme celle de la force majeure75, revêt de cassation crée le sentiment d’une mauvaise poli-
un caractère relatif. L’on entend par là qu’aucune cir- tique juridique. Ces principes invitent le citoyen à une
constance n’est, en toutes hypothèses et dans l’absolu, certaine méfiance quant à la pertinence des recom-
révélatrice d’une cause de justification. Dans chaque mandations faites par des autorités administratives ou
cas d’espèce, le juge doit s’efforcer de déterminer, eu des spécialistes. Cette suspicion détériore, en consé-
égard aux éléments de la cause, si le défendeur s’est quence, la crédibilité des pouvoirs publics et fragilise
réellement comporté en bon père de famille. Ainsi, il la relation de confiance entretenue par un client et son
ne suffit pas de constater qu’une information trom- conseil, au demeurant essentielle à la bonne marche
peuse a été délivrée par l’administration pour attester de l’affaire qui les occupe.
de l’existence d’un fait justificatif. Encore faut-il éta-
blir quels auraient été les effets réels de cette circons-
tance sur un homme raisonnable et prudent. La juris-
prudence de la Cour de cassation concernant les cas
Conclusion
où un conseil induit un profane en erreur est porteuse
L’on a constaté que la notion d’erreur invincible
du même enseignement. La Cour estime que “la seule
connaît une définition unique, au civil comme au
constatation que (l’agent) a été mal conseillé, même
pénal. Se conformant à la jurisprudence de la Cour de
par une personne qualifiée, ne suffit pas pour conclure
cassation, les juges tendent à apprécier l’erreur au re-
à l’erreur invincible”. Elle ajoute qu’“il appartient au
gard de l’homme normalement prudent et diligent. Eu
juge du fond d’apprécier souverainement, sur la base
égard aux différences d’objectifs poursuivis par cha-
des éléments de fait de la cause, si pareil avis a en
cune des responsabilités civile et pénale, nous trou-
réalité induit (l’intéressé) dans un état d’erreur invin-
vions contestable que la Cour n’ait pas fait varier
cible”76.
l’évaluation de l’erreur invincible selon la responsabi-
lité concernée.
Le choix d’une méthode “relativiste” dans l’évalua-
tion de l’erreur invincible est compréhensible. Cette
Notre intention était aussi d’exposer les raisons pour
position est en parfait accord avec la nature complexe
lesquelles ce fait justificatif n’est que rarement re-
et circonstanciée du caractère invincible de l’erreur.
connu en droit civil belge. De par les affinités qu’elle
L’on regrette, en revanche, que la Cour de cassation
entretient avec la notion de faute, l’erreur invincible
n’ait pas jugé utile de considérer certaines circons-
connaît une objectivation grandissante et n’échappe
tances comme étant plus décisives que d’autres. Il
dès lors pas à une appréciation stricte. Par ailleurs,
nous paraît qu’une information incorrecte émanant de
son apparentement à la force majeure laisse à penser
l’administration et, dans une moindre mesure, celle
que l’erreur invincible est celle qu’un homme idéal,
émise par un conseiller, font partie de ces causes ayant
en tout point irréprochable, aurait commise dans les
une propension particulière à induire une personne
mêmes circonstances. La sévérité de certaines déci-
en erreur invincible77. Partant, dans l’évaluation de
sions de justice confirme pareille impression. Ainsi,
cette dernière, la Cour devrait non seulement relever
la Cour de cassation semble attendre du bon père de
l’importance de ces éléments mais aussi définir en
famille une lucidité de tous les instants, le seul fait
quelles situations ils revêtent un caractère détermi-
que l’agent ait été trompé par les informations erro-
nant. Ces précisions auraient le mérite d’estomper, en
nées d’une administration ou d’un conseil n’excluant
jurisprudence, la contradiction qu’il y a, d’une part, à
d’ailleurs pas une certaine clairvoyance. Il nous est
exiger de l’errans un devoir d’information et, d’autre
apparu qu’en énonçant ces principes, la Cour rappe-
part, à n’accorder qu’une valeur relative aux rensei-
lait, à bon droit, le caractère relatif et circonstancié de
gnements récoltés auprès de sources fiables. N’y a-t-il
l’erreur invincible. Plus regrettable, en revanche, est
pas, en effet, quelque incohérence à traiter indistinc-
que la Cour ait réduit, du même coup, l’importance à
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75. Voy. G. VINEY et P. JOURDAIN, Les obligations. La responsabilité: conditions, 77. Voy. dans ce sens, T. VANSWEEVELT et B. WEYTS, Handboek buitencontrac-
Traité de droit civil sous la direction de J. GHESTIN, Paris, L.G.D.J., 2006, pp. tueel aansprakelijkheidsrecht, op. cit., pp. 316 et s.; I. CLAEYS, “Fout, over-
238 et s. macht en rechtvaardigingsgronden, zoveel hoofden…”, in Buitencontrac-
76. Cass., 19 mai 1987, Pas., 1987, I, pp. 1145 et s. Les italiques sont nôtres. Dans tuele aansprakelijkheid, Bruges, die Keure, 2004, p. 33; J.-L. FAGNART, La
une autre affaire, une juridiction énonce que les conseils de trois avocats responsabilité civile. Chronique de jurisprudence (1985-1995), Bruxelles, Lar-
expérimentés peuvent être sources d’erreur invincible. Cette décision cier, 1997, p. 47.
prouve que tout est question d’espèce. Voy. Anvers, 14 juin 2001, Rev. dr. 78. Voy. Cass., 15 novembre 1988, Pas., 1989, I, p. 276.
santé, 2004-2005, p. 128, note T. BALTHAZAR. Néanmoins, à notre grande
surprise, cet arrêt a été cassé. Voy. Cass., 2 octobre 2002, Rev. dr. santé, 2004-
2005, p. 131, note T. BALTHAZAR.
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accorder à ces circonstances particulièrement in-
fluentes.