0 évaluation0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
42 vues44 pages
012 Elements
Le document aborde la question du régionalisme en France, mettant en lumière les tensions entre jacobinisme et aspirations séparatistes. Il souligne la nécessité de reconnaître la diversité culturelle des régions tout en préservant l'unité nationale, et questionne le rôle de l'État français face à ces revendications. Les contributions de divers auteurs illustrent les débats contemporains sur l'identité régionale et européenne.
Téléchargez aux formats PDF ou lisez en ligne sur Scribd
0 évaluation0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
42 vues44 pages
012 Elements
Le document aborde la question du régionalisme en France, mettant en lumière les tensions entre jacobinisme et aspirations séparatistes. Il souligne la nécessité de reconnaître la diversité culturelle des régions tout en préservant l'unité nationale, et questionne le rôle de l'État français face à ces revendications. Les contributions de divers auteurs illustrent les débats contemporains sur l'identité régionale et européenne.
Téléchargez aux formats PDF ou lisez en ligne sur Scribd
Un véhicule blindé des forces de*Tordre devant le siége de
PARC, é Bastia, quelques heures aprés la dissolution du mouve
‘ment par le gouvernement francais
La France, les régions et I’Europe
Reveillée par les fusillades ) qu'une certaine vérité puisse
@'Aléria et de Bastia, durcie | se dégager de cette contron.
par les récentes arrestations | tation parfois passionnée
de militants bretons, la ques- | (page 13).
tion régionale bouleverse le
jeu politique traditionnel et
révle Vimpuissance des partis
A maitriser la réalité de Ia
France. Dans son éditorial
(page 2), Robert de Herte
lbve le débat : entre le risor-
gimento culturel des régions
et laspiration & la conscience
européenne, quelle est la res-
ponsabilité de Etat fran
sais? La réponse est une
affaire de-courage et de luci-
dité, Et de synthése. C'est la | Hervé Glot et Jean Mabire
raison pour laquelle Eléments | revendiquent la qualité
a demandé au Breton Hervé | @’autonomistes. “Ils _n'envi
Glot, au Normand Jean Ma- | Sigent pas pour autant toute
bire ‘et & l'Angevin Michel | Tupture avec la France. Jean
Marmin de confronter leurs | Mabire récuse a la fois le wco-
points de vue. Dans Tespoir | lonialismey et le «sépara
Na OLN
Ree oem ute et nt
FORUM
Pour Hervé Glot, «beau:
coup de jeunes et de moins
jeunes deviennent auto:
omistes par refus dune cer:
laine société, dite libérale, qui
n'a pas de projet politique
fondamental face aux grands
problémes de civilisation». De
son coté, Jean Mabire
affirme: «L'ethnisme de-
meure la seule réponse au
marxismen.
Michet Oe eee ee ae ey
eae eae cee a oer ns
Cue reas tr emer
cent n emcee ei
ere eae tre tt aera
an ary Co aa Tet
Peer ea
HOTEL SHERATON-MONTPARNASSE
tismen, mais, selon lui, Aléria
‘a sonné le glas d'une certaine
idée de la France : «Ce qui ne
sera pas grignoté par les ré-
gions, dit-il, sera happé par
TBuropey.
Tout ‘en déplorant tes
erreurs du_jacobinisme, Mi
hel Marmin oppose, quant &
Iu, Ia réalité organique de la
France a la sbalkanisation»
de V’hexagone. Pare que,
précise-il, «la France n'est
pas une mais plurielle». Pour
‘constituer la nation francaise,
il a fallu une: volonté histo:
rique (done un Etat) que Mi-
chel Marmin, loin de renier,
croit capable d’inspirer une
volonté européenne.
Pour compléter ce débat,
est. Didier Patte, président.
du Mouvement notmand, qui
nous livre en derniére page
son humeur, Enfin Patrice
Sicard_nous parle du dernier
live €’Olier Mordrel : La vaie
brefonne (page 20).
«Histoire d’O
Deux couvertures spéciales.
Plusieurs reproductions en
couleur. Un grand article de
Madeleine Chapsal. Et la pu-
blieation, en feuilleton, du
texte (hypocritement expur-
6) de Pauline Réage, préfacé
par Jean Paulhan, Le journal
de Jd.S.S. et de Frangoise
Giroud’ a mis tes petits plats
dans les grands pour saluer la
sortie du film de Just Jaekin.
Le Dr, Gérard Zwang a éi
voir le film. Il a bien rigolé
Liauteur de La fonction éro-
tigue explique (page 44) en
quoi ce film constitue une
trahison grotesque du roman
de Pauline Réage qui, Iui-
méme, mélait rien d'autre
qu'une chronique _psycho-
pathologique portée par le
«On lui tia
‘aussi les mains
et les pieds,
Perdue dans
son épouvante,
elle sentit.
la main
@’Anne-Marie
‘sur ses reins,
qui indiquait
oi: poser
les fers.
Une seule
abominable
douleur
1a transperea,
la jeta
hurlante
et raidie
sur ses liens...
Pauline Réage,
«Histoire dO»
Un conte de mauvaises fées
vent du conformisme intel
lectuel, Dans la lignée du mal
heureux Georges Bataille que
le Dr. Zwang épingle au pas-
sage.
Selon le journal de, Frangoise
Giroud, Histoire d°O ne serait
rien moins qu'un ouvrage
prophétique quant & Pavenir
des fommesy. Les chaines et
Te fouet... curieuse concep-
tion de ia condition. femi-
rime, Madame le ministre !
En tout cas, notre nouvelle
(et ravissante) collaboratrice,
Laurence ‘Terry, n’a pas du
tout apprécié ce programme,
A tout prendre, elle préfére
Lienfer pour Miss Jones, un
petit hard-core sans préten-
5 excessives (page 45).éditorial
Entre jacobinisme et séparatisme
La France est une nation qu’un Etat a créé. Pour «agrandir le pré carré», ila
fallu soumettre des peuples différents, fondre des cultures différentes au sein
d'une méme civilisation. La centralisation, entreprise par la monarchie, poursuivie
par la République, s'est faite au détriment des régions dont elle a provoqué
Pappauvrissement culturel et humain. En méme temps, elle est apparue comme la
condition de Vunité nationale, celle-ci étant par ailleurs confortée de mythes,
d'images glorieuses et de projets exaltants, Ia nation redécouvre sa diversité.
Individus et collectivités recherchent dans leur héritage ce qu’ils ne trouvent plus
a Péchelle nationale. Derriére le peuple francais, réapparaissent les peuples de
France. Le probleme «régionalisten est posé.
A Ia base du régionalisme, une attitude fondamentalement saine : le désir
@'enracinement. Dans une civilisation toujours plus cosmopolite, toujours plus
ézalitariste, et done toujours plus anonyme, il est inévitable et méme souhaitable
que naissent des il6ts de résistance locale et que se répande peu a peu lidée dune
Europe des régions.
Mais comme tout mouvement, le mouvement régionaliste a ses limites. Le
pouvoir régional, ne Poublions pas, n’est pas le pouvoir de diriger les affaires d'une
région dans n’importe quel sens, ‘mais de les diriger dans le sens des intéréts de
cette région, en conformité avec ses valeurs spécifiques. Le pouvoir politique ne
peut avoir de signification que s'il est la consécration, l'aboutissement d’un
pouvoir culture! attestant l'unité organique de la communauté populaire.
De leur cété, certains refont Europe en chambre. Ils dressent des cartes
idéales, ot chaque région coincide avec une culture ethnique. Leurs vues sont
aussi merveilleuses qu'impraticables, pour la simple raison qu’elles partent tou-
jours de Tidéal, jamais du possibie, et ne sont nourries d’aucune réflexion
stratégique sur les «voies de passage».
Parler de fédération européenne est excellent. Mais il n'y a pas de fédération
sans fédérateur. Qui sera donc le féérateur de l'Europe? Et dans quelles
circonstances ? L’Europe est actuellement constituée d’Etats nationaux. Or,
aucun de ces Etats n’a jamais paru plus éloigné de Vidée de se défaire de ses
prérogatives. Comment I’y contraindre ? Du reste, existence des Etats nationaux
n'a pas que des inconvénients, dans la mesure oit lun de ces Etats peut étre un
foyer de résistance aux superpuissances. L’Europe n’est pas une idée abstraite
C'est une piéce de la géopolitique mondiale, qui, comme telle, s’apprécie en
termes de puissance. L’Europe n’a de sens que si elle devient une puissance,
c’est-A-dire, non un ensemble dépendant (un grand marché, par exemple), mais
une force autonome, Une Europe «a la Suisse», oi1 les’ Européens, tels les
Helvates, ne parviendraient a harmonie de leurs diversités que par la renonciation
implicite a tout grand projet politique, serait la proie du premier conquérant
venu. (Ce n’est pas un hasard si les superpuissances se font une certaine idée de
Europe unie... dans leur giron).
Nous sommes en face d'une double exigence. D’une part, donner satisfaction
aux légitimes revendications des peuples de France dépossédés depuis toujours de
leurs valeurs et de leurs cultures. D’autre part, ne pas entamer les chances de faire
un jour de l'Europe, non une assembiée «idéaley de petites enclaves rousseauistes
soumises au contrdie des superpuissances, mais une véritable force a destinée
mondiale. L’articulation de ces deux projets n’est malheureusement pas évidente.
Les frontiéres du sang et les frontiéres de histoire sont les unes et les autres des
réalités, Il faut faire en sorte qu’elles puissent coincider, et non pas nier ’exis-
tence de la nation au profit des seules régions, ou l’existence des régions au profit
de la seule nation. Entre jacobinisme et séparatisme, un choix reste possible.
Robert de HERTE
éléments
pour la
civilisation européenne
Journal bimestriel
publié par le Groupement
de Recherche
et d'Etudes pour la
Cwilisation Européenne
([Link].)
direction générale =
Roger Lemoine,
responsable de la publication,
Jean-Claude Bardet
et Jean-Claude Valla
rédacteur en chet :
Jean-Claude Valla
éditorialiste
Robert de Herte
rédaction :
Lucien Chanteloup
Frangois Dirksen
Guillaume Faye
‘Joa Lecrozet
Jean Mabire
Brie Saint-Léger
Patrice Sicard
Laurence Terry
Jean-Louis Voisin
réalisation technique :
«La Source d'Or»
‘A Marsat (Puy-de- Dome)
Commission paritaire : 55291
rédaction-administration :
130, rue de la Pompe
75116 PARIS
(él, :727.66.54
conditions d’abonnements :
volr page 26grece - informations
HOTEL SHERATON-MONTPARNASSE
PEC UCU CMe me Ed
SUR DEUX JOURS : c fi
Ce ee to Cr a is
Ce ee nC ee nice ut
Cea eC ee
ENT aaa
PN ae UL ee
OC ch eee
eee ara Bee rT s
Sere ulead es)
Oecd
Le Space Opera et I'Heroic Fantasy
ae a eeu ern eT |
@ Lovecraft et la S.F. mythologique
@ Le folklore et le merveilleux @ Gustav Me)
Ce ee Lire a UT
Ce em gi rrr ae wet
: ches
PROGRAMME, DETAILLE DE CE FOR
1 Baa) (“A CHRISTIAN DURA
Ela Sa) Leds
of es re
Cit oes dite aA ht can eedgrece - informations
Aix-en-Provence : premiére université dété
L’6té dernier, du 28 juillet au 3 aoa,
s'est déroulée, dans la région
Aix-en-Provence, la premiére université d’été
du Groupement de recherche et d'études
pour la civilisation européenne (G.R.E.C.E.).
Cette manifestation ouverte
un petit nombre d'adhérents, & leurs épouses
et d leurs enfants, a permis aux participants,
venus de régions différentes,
de mieux se connaitre, é travers les séances.
de travail matinales et les activités culturelles
de Vaprés-midi. Une seconde université d'été
‘aura lieu Van prochain, @ la méme époque.
La troisiéme conférence
{fédérale des responsables
du [Link]. sest tenue
a Paris, les 4 et 5 octobre
derniers. Une eentaine de
responsbley venue de toutes
ns de France et
de Belge, ont pest.
‘Sur notre photo
(de gauche droite) :
Philippe Conrad, secrétaire
général adjoint ; Roger Lemoine,
président ; Jean-Claude Valla,
seerétaire général (pendant son
allocution d'ouverture) ; Michel
Marmin, secrétaire général
adjoint ; et Lionel Rondouin,
seerétaire études et recherches,
D’importantes décisions
‘ont été prises au cours de
cette conférence.grece - informations
Lyon : exposition Trémois
Du 21 mai au 4 juin s'est
tenue Lyon une exposition
des oeuvres de Pierre-
‘Yves Trémols, organisée con.
jointement par la Galerie Ma-
laval, l'une des plus impor.
tantes de la ville, et Unité
régionale du [Link]. La
réussite s'est affirmée dés le
vernissage, of se succédérent
environ cing cents personnes,
ans un local devenu trop exi:
gu. Trémois, qui s’était dépla.
cé spécialement, eut occa.
sion de dédicacer de nom-
breux ouvrages et de nouer
un-contact amical avec. nos
amis Iyonnas, L'afluence ne
Se démentit pas pendant les
aquinze jours que dura la ma
nifestation. accueil de. ln
critique fui en général favora
ble, si Yon excepte les réac-
tions boudeuses de quelques
journalistes trop volontiers
Portés sur les snobismes arti
tiques coupés du contact avec
Je: public. Bdifiant contraste
enite le succés populate. de
‘Trémois ot les mages éehos
rencontrés par les tenants de
Vart- désincaré et déraciné |
=I est vrai, explique
M. Pierre Vial, président. de
VUnité Régionale du
GRECE. que Trémois ne
parle pas d'abord @ l'esprit,
mais aux entrailles. Et c'est
pourquoi il représente la veri:
table avant-garde. Ces
hommes et ces femmes nus et
fiers, splendides et alters, ces
membres élancés, cambrés,
exaltés, ces couples furieuse-
‘ment enlacés, ces regards d'0-
Cteontre :
un compte-rendu de
la réunion de rentrée
de P'Unité régionale
d’Awvengne du [Link].,
publié par
«La Montagne»
du 24 septembre,
A Loceasion de
‘cette manifestation,
le Corele Wittgenstein,
‘membre correspondant
du GRECE., a publié
Te numéro quatre
de son bulletin
«Etat de choses».
Au sommaire
«L Européen du future
(Jean-Paul Bourre),
es intellectuels,
de droite» (Entretien
avec Mickel de Kerenner),
«Demain, !Burope
des patries charnelles»
(André Janin), ete.
Dans son édition
du mois d'actobre,
«Auvergne Magazine»
a consacré
plusieurs lignes
aux activités du [Link].
en Auvergne
seaux de proie, ces grices féli-
nes, ces t6tes uiriles sont oeu-
wre annonciatrice, celle d'un
temps @ naitre fondé sur la
écouverte de valeurs étouf-
{fées par la société de domest
cation. Beauté sacralisée du
corps en mouvement, prise de
conscience de la dimension
animale de Uhomme, sexua-
lité magnifiée a travers un
érotisme a état brut, lidéré
lant des sentiments de culpa-
bilité que de ta pornographie,
telles en sont les lignes-forces.
L'émotion violente que
fait naftre le premier contact
avec Trémois est le gage de la
profondeur de son art: une
vérité jetée & notre face, un
ux réve enfoui resurgi de
nos viscéres, un torrent qui
n'a pas fini de dévaler sur nos
cervelles embrumées. Le pu-
blic, lui aussi, 'a compris,informations
est le dimanche 7 septembre, par une journée
médiévale, que Unité régionale
Flandre-Artois-Hainaut du G.R-E.
1 inauguré ses activités pour année 1975-1976,
particuliéroment réussie,
A laquelle La Voix du nord du 18 septembre
‘a consteré le compte-rendu ct-joint,
a été sulvle, le samedi 25 octobre,
par 'assemblée générale des adhérents
de Ia région, qui s'est tenue & Phalempin,
‘a Pauberge Saint-Hubert. Au cours de cette réunion,
|. Gérard Landry, seerétaire général
de [Unité régionale, a fixé les objectits
du G.R.E.C.E, pour l'année a venir,
landis que M. Christian Durante, membre de
la commission exéeutive de l'association,
intervenait sur le théme : Stratégie et
‘métapolitique, Une premiére conférence
est prévue courant novembre sur ’éducation
et la pédagogie.libres propos
Lespoir dun pessimiste
Création de «L’arrestation» a I’Athénée, avec Claude Dauphin
et Jacques Francois. Reprise d’«Antigoney aux Mathurins,
C'est toujours la saison Anouilh, Et toujours, aussi,
Phostilité tenace des faiseurs d’opinion
Végard du grand auteur dramatique francais.
Mais en dépit de leurs efforts, opinion reste fidéle
celui qui, dans ses pieces, viole allégrement,
conformismes et tabous. Dans Pentretien exclusif
qu'il aaccordé & Aldo de Quarto, Jean Anouilh
montre que Pespoir n’a pas déserté l'un des esprits
les plus lucides, les plus critiques et
Tes plus caustiques de notre temps.
Musset, Marivaux «mille fois relu»,
Claudel, Pirandello, Shaw et naturelle:
ment 'Moliére. Les maftres de
Jean Anouilh : ceux qui Tont initié au
thédtre, comme Pitooff et Barsacq Vont
initié a la mise en scdne. Né & Bordeaux
en 1910, il passe un an ot demi a la
faculté de droit de Paris, deux ans dans
tune agence de publicité, et devient secré.
taire “de Jouvet. Aprés le succés de
LHermine (1932), un pari: celui de
vivre au theatre, pour le théatre, et seu-
Tement de théétren.
Le Siegfried de Giraudoux, eréé par
Jouvet en 1928, lui a révélé sa vocation :
‘Anouilh est. ‘convaincu. de pouvoir
cobtenir au théatre un langage poétique
et artificiel qui parait plus vrai que la
conversation sténogtaphique». Presque
toutes ses oeuvres offrent un dosage
variable de «rose» et de «noir», avec une
note d’«obscur» ; l'ensemble exprime une
révolte contre ce qui corompt la pureté
ft les idéaux ~ contre argent, qui force
& wbaisser le dos». Dans les oeuvres bril-
lantes, Ia satire devient fouettante et
Anouilh parait céder & la tentation du
théitre d’idées pour critiquer le confor-
misme social, la corruption de l'armée, le
parlementarisme, le capitalisme et une
certaine idée de la démocratie, Ce gentil:
homme de esprit, «d’instinet se trouve &
droite, et par réaction, anti-bourgeois
lorsqu'll sapergoit que cette bourgeoisie
1’a plus de drapeaus.
Mes personages, affirme-til,
laisent aux owvriers, aux paysans, au
‘petit peuple, comme on 'appelle stupide-
‘ment. Ils ne plaisent pas aux bourgeois
conformistes de gauche, qui se retrouvent
et se revolent ridiculisés sur la scéne du
thédtre, qui est scéne de vie.
Quand il sirrite, Anouilh se déclare
aanarchiste de droite» et «mauvais catho-
liquer. Calmé, i précise :
Je ne suis pas conservateur, mais
siirement réactionnaire. Car Vavenir, c'est
la réaction contre tout ce quill y a aw
Jourd’hui de négatif.
STaccepte--l comme ule plus fécond
des architectes dramatiquesy ?
—Fécond, peut-étre. Quarante
‘oeuvres. Saurais préféré en écrire seule-
ment six ou sept —mais immortelles
Sans fausse modestie, la fécondité devrait
étre expliquée par ce phénoméne : les
vieilles oeuvres qui reviennent sur scéne
grace @ la «fureur du peuplen. Bt puis je
‘miamuse, quand je eréé une pidce ; mais
sans oublier 'époque oi j'étais obligé
d’en faire une par an pour vivre. C'est
ensuite devenu une habitude. Un métier.
Comme un fabricant qui ne peut pas fer-
‘mer boutique, méme pendant les vacances
@'Eté, parce quil a une grande famille &
nourrir. Puis, le succés.
aCeluici, il faut le dire, m'a été
accordé @ Wétranger. En Allemagne. En
Angleterre. En Italie. Mais pas en France
‘ca haine politique, qui prime tout»,
miavait relégué dans un ghetto. Penser
que dans aucune de ces nombreuses Mai-
sons de la culture disséminées dans toute
1a France, je n'ai jamais pu présenter une
de mes piéces!”Le veto continue au-
Jourd’hui, Rancune, peur de mes person-
rnages, peur de leur langue ?
‘»Sur le mot d'architecte, je ne suis pas
accord, Je dirais plutot : magon. Cons-
ftructeur. Dans le sens pirandellien du
terme. Je découvre une situation, j'y in-
clus des caractéres... et voi.
= Vous étes devenu un Maitre. Vous
reconnaissez-vous tel ?
—Non, Je crois seulement avoir bien
fait mon métier. Je préférerais étre consi-
déré comme un mature d’oeuvre, un brave
magon de ma corporation. Prés de Mari-
vaux, de Claudel ou de Pirandello,
Péprowve un trés fort sentiment d’humi-
Tite. Souvent, a Bordeaux, quand des
Paysons me rencontrent, ils me saluent
d'un: bonjour, Maftre. Et moi je leur
réponds toujours: bonjour a vous,
Mattres |
= Btes-vous
iste ?
—Crest une question @ poser aux opti
‘istes. Souvent, le soir, je me sens décou
ragé. Le matin suivant je ne m'en sowviens
plus. Le monde d'aujourd hui — tel que je
le vois— est dégueulasse et me donne la
nausée. Mais le lendemain, je me lave les
mains de la saleté de la veille et je souris 6
nouveau,
— Au fond, votre théatre est d’idées et
de critique. On vous prétend incapable de
vous évader de vousméme. Qui étes-
—Je miapercois des idées que j'si
exprimées aprés avoir écouté dialoguer
‘mes personages. Je n'ai pas d'idées, Seu-
Tement des humeurs, des instincts, des
attitudes de Vesprit. Je me méfie de
Vintelligence, et je cherche a m'en servir
le moins possibie, Je ne me définis pgs
comme un intellectuel ; surtout de nos
Jours. Ce vocable est devenu une étiquette
pour imbéciles. Je fabrique des piéces
art,
En ce qui concerne mon incapacité &
mévader de moi-méme, je dirai que ceux
qui peuvent Ie faire sont des superficiels
qui s'évadent grice & la rumeur des
réellement
un pest
(suite page 8)libres propos
autres, Je ne peux. pas, moi, m’évader de
‘ma vision du monde et de Vhomme.
Me définir ? Un homme honnéte. Ou
ie préfere— un homme ayant le goat
de Thonnéteté. Bt sans fausse modestie
‘encore, le gofit du courage. I en faut,
‘actuellement !
Quel jugement portez-vous sur la
culture contemporaine, et sur la société
occidentale ?
Culture et société occidentale res-
semblent & un train sorti des rails. Déral
lement complet, désastreux, tragique, an-
goissant. Je ne désespére pas que la ligne
soit rétablie un jour, avec de meilleurs
‘machinistes et une locomotive plus puis
sante,
La société et la culture ont été cor
rompues et empoisonnées par les rats,
sortis de leurs égoiits, qui sont entrés dans
nos foyers @ travers les canaux de la
télévision : ce cancer de Uesprit. La TV.
‘est devenue Vinstrument de corrosion et
de lavage de cerveau le plus subtil et le
plus rapide des nouvelles générations. Elle
diffuse quotidiennement la fausse culture
‘du mensonge, la fausse vérité historique,
Vanti-humanité, Le spectateur est pass:
vement assis, la bouche grande ouverte
comme chez le dentiste, avec cette
Cicontre : Georges Staquet,
le premier garde dans «Antigone»
Cidessous : Jean Anouilh et
Jacques Francois pendant une répétition
de «L'arrestationy. Cette piece a fait
grincer les dents de la plupart
des critiques parisiens.
Annick Blancheteau
‘et Francois Siener
dans «Antigone.
Créée en 1944,
Ia pidce reste
contemporain.
seule différence qu'on va chez le dentiste
‘se faire soigner Ia carie, tandis que les
faméliques personnages. télévisuels, mi-
homme mi-femme, copies conformes de
VantiHomme (de "homme des cavernes),
propagent la carie des cerveaux.
»Regardez les enfants d'aujourd hui.
Corrompus par les parents inconscients et
permissifs, et par Ia télévision. Tis n'ont
pplus aucune imagination, aucune poésie,
‘aucune fantaisie. Ils ne savent plus ni
jouer, ni sourire. Ils n'ont pas encore
toutes leurs dents, et ils sont déja viewx ;
quand ils les auront toutes, personne ne
leur aura appris & mordre : mordre n'est
plus de mode. On leche.
»Et lorsque lenvahisseur viendra — il y
en @ toujours un dans histoire du
‘monde — ce sera trop tard. Les hommes
de demain, sortis des enfants d’au
Jourd’hui made in T.V., pourront seule-
‘ment lui lécher les bottes en braves uca
marades» !
On vous accuse de fustiger une cer
taine bourgeoisie Hiche, un certain monde
politique pharisaique. Quel est au fond
votre credo ?
—dJe ne fouette personne. Je prends a
coups de pied un tas de gons qui mérite-
raient bien pire. Suisje idéaliste ? Je
‘garde Villusion prolongée d'un gosse, les
idéaux de mes vingt ans.
—Et
selon vous, pourquoi
fl surtout aux jeunes ?
—Peut-étre parce que, dans certaines
de mes oeuvres, ils retrouvent un des
leurs. Sai toujours eu la satisfaction
d’avoir autour de moi, sur scéne et dans
les salles, la jeunesse : malgré le boycott
et le sabotage de la mafia en place et des
‘mass medias (quel terme idiot). Les
Jeunes ont un précieux don naturel; ils
sentent, de loin, certaines odeurs. Et
réagissent. Il suffit de leur insuffler un
certain idéalisme sain, viril, fort.
—En vous situant comme un «magon
@oeuvre d'art», vous avez dit : «Ma cor
poration». Btes-vous corporatiste ?
=Pourquoi pas! Une synthése capi:
taltravail, dans Vintérét de la société tout
entiére, ne peut réussir sans un systéme
corporatiste qui élimine Vanarchie rouge
et blogue les appétits égoistes du grand
capital,
rang SOPH HOWS au FBarope pour se
Ce sera plus facile de eréer !'Burope
politique que Europe du marché. On
convainct plus aisément un eitoyen idéa
liste de défendre so civilisation, qu'un
boucher de baisser ses prix. Mais [' Europe
politique, c'est aussi une rude téche,
parce qu’on ne peut fédérer des nations
que contre quelque chose de dangereus.
Et dire que depuis trente ans, l'Europe est
‘menacée par le plus grand danger de son
histoire, c'est défendu : tabou !
»Pouurtant ce quelque chose, ce quel:
quun de dangereux, est déja'dans nos
‘murs. Comme le cheval de Troe. Nous ne
le considérons plus comme un ennemi,
‘mais, comble dimbéeilité, comme un
adversaire constitutionnel et national !
Le cycle de Vintolérance au nom de
la «libertén de gauche est peut-étre,
‘malgré tout, & sa fin. On note deja un
réveil de la vraie culture. Ses meilleurs
représentanis sortent des ghettos oit Ils
étaient tenus enfermés. Culture de
adroitey, proteste-ton : et alors? La
droite a tes mémes droits que la gauche &
existence !
»En fait, voici la vérité. La renaissance
de la culture, c'est la renaissance de Cart,
de la pensée des hommes libres, Vous
voyer : Je suis un pessimiste ; mais j'ai de
pesrorr Aldo de QUARTO
Aldo de Quarto est né en 1927. Journa-
liste et éerivain italien, il a 6té envoys
spécial permanent au Proche-Orient et en
Asic, avant de sinstaller & Paris, oi i est
correspondant, de Pagence de presse NEA,
du Giornale d'Ttalia et du Borghese. Colla
borateur de La Destra et de plusieurs pu.
bllcations frangaises anti-marxistes, il est
auteur du livre, Giscard d’Bstaing,tibéral
européen, publié & Florence, aux éditions
Sanson
votrefaits et gestes
Le 6 décembre, a Paris :
Journée pour la défense de la Culture
‘Jean Raspail (ci-contre) et
le sculpteur Pierre Sulmon
(ci-dessous). Ils participeront |
4G la Journée pour la défense
de la culture du 6 décembre.
‘Auee : Pierre Bercot, Pierre
de Boisdeffre, Jacques Chastenet,
Pierre Gripari, Serge Dalens,
Jean Mabire, Thomas Molnar,
Louis Pauwels, René Sédillot,
Pierre Chaunu, Louis Rougier,
le pasteur Viot, Michel Mourlet,
Dominique de Roux, Pierre |
Debray-Ritzen, etc. |
Le 6 décembre prochain,
Vhétel Sheraton-Montpar. | vains ont été invités & dédica-
nasse sera le cadre d'une Jour- | cor leurs livres. Mais Ia culture
née pour la défense de la Cul- | n’est pas seulement le do-
ture, organisée par I’Asso- | maine de intellect : c'est
ciation Frangaise pour la | aussi celui des oeuvres d'art,
Défense de la Culture. celles de Pierre Sulmon ou
= Cette journée, explique | d’Alain Bar. La culture n’est
‘M. Chollet, secrétaire général | pas davantage un domaine
de association, sera noire | réservé aux adultes : une salle
premiére grande manifesta- | spéciale aménagée pour les
tion depuis le congrés interna- | enfants, avec atelier de
tional qui s’était tenu & Nice | masques’ et de peinture, leur
sous la présidence de | permettra, a leur rythme et &
‘M. Jacques Médecin, et qui | leur mesure, de participer
‘ait réuni une soixantaine | d'une maniéte adaptée. Plu-
d'intellectuels venus de | sieurs conférences-débat _per-
douze pays. Notre ambition | mettront d'aborder les pro-
‘ma pas changé : nous voulons | blémes de Vavenir de I'Bglise,
rowver qu'un courant impor- | de la liberté de la presse, de
‘ant, parmi les intellectuels, | Vuniversité de demain, du
Tes universitaires et les écri. | marxisme dans la bande dessi-
vains francais, se site en | née, du terrorisme intellec-
dchors des modes éphéméres | tuel, etc.
et de leur dictature feutrée. | Nous avons voulu aussi
Notre but est done d’oeuurer | renower avec la tradition du
4 la promotion de ce courant | théatre populaire, ajoute
dont la voix est aujourd'hui | [Link]. C'est la raison
étouffée. pour laquelle nous présen-
terons une courte piéee de
Dominique Mauriés sur la
mort de ta culture. Cette
piece sera jouée, parmi la
foule, dans te style de fa Com-
‘media del arte.
Joumée pour la Défense
de la Culture, hotel Shera-
ton-Montparnasse, _same-
di6 décembre de 10h 419 h.
Pour tout renseignement
M. Claude Chollet, Associa.
tion Francaise pour la Dé
fense de Ia Culture, 39 rue
Copernic, 75116 Paris.
Nice, capitale
de la préhistoire
importance des sites pré-
et protohistoriques déeou-
verts ees demiéres années en
Provence, notamment dans la
région de Nice (grotie du
Lazare, site de Terra Amata),
4 conduit les organisateurs dt
prochain Congres de l'Union
Internationale des sciences
préhistoriques et protohisto-
Fques & choisir la ville de
Nice comme siége de catte
manifestation, qui aura lieu
du 13 au 18 septembre 1976.
Ce sera la premiére fois
qu'un congrés préhistorique
@une telle importance se
tiendra en France. Déja, prés
4e 3.500 inscriptions ont été
enregistrées. Au total, on
attend plus de 4 000 partic.
pants. Les débats se déroule-
ront six jours durant dans les
amphithéatres du_pare Val:
roxe de l'Université de Nice,
sous la présidence du doyen
Lionel Balout, directeur de
Tinstitut de’ patéontotogie
humaine de Paris. Des excur-
sions sont aussi prévues, afin
de permotire aux participants
de visiter les sites les plus imn-
portants du territoire na
tional. Nous en reparlerons.
Lidée de race
dans la pensée
politique
francaise
Ungimportant colloque sur
17dge de race dans la pensée
politique francaise jus-
qu’en 1914» s'est déroulé vor-
i quelques mois & Aix, sous
Péglde du Centre d'études de
la pensée politique eontempo-
vine (UER. d'Histoire) de
Université de Provence.
Les professeurs Giraud et
Mattei, de la faculté de Méde-
cine de Marseille, ont proposé
uune «définition génétique de
la race». Aprés quoi, les parti-
cipants ont entendu des expo-
sé de MM. Léon Poliakov
(Sources idéologiques de la
notion de race), Dunand
(Widée de race ‘chez La-
marek), Guiral (Un théoricien
de V'inégalité des races : Mon-
tesquiew), Jean Boissel (La
droite et Mdée de race), Léger
(Taine et Ia notion de’ race),
Deprun (L'idée de race dans
oeuvre de Renan), Sternhell
(Le déterminisme ' physiolo-
gique et théorique a la base
‘du racisme de Barrés), Paz
(La notion de race ’ chez
Blangui et les révolution:
naires de son temps),
Pierre Thuillier (Va
cher de Lapouge et Vidée de
race), Reborioux (Elie Faure
et le probléme racial), Jardin
(Liidée de race chez Tocque-
ville), Temime (Nationalisme
et régionalisme sur Vidée de
race), Liens (Le stéréotype du
‘Méridional vw par les Francais
‘du nord, de 1815 4 1914),
Stengers (Race et nationalité
chez’ Emile de Laveleye), ete.
La plupart de ces eommunica-
tions devraiont étre publiées
ultérieurement.
Hérédité
ou milieu ?
La prochaine réunion orga-
nisée & la Sababurg, prés de
Hofgeismar, en Allemagne
fedérale, par la Deutsch-
Europiische Studiengesell-
schaft (DESG) aura lieu les 8
et 9 novembre prochains. Le
théme rotenu est le suivant
Les dons — hérédité ou
liew?» Les organisateurs,
M. Heinz-Dieter Hansen
(Hambourg) et Klausdie-
ter Ludwig (Darmstadt), ont
adressé aux participants une
bibliographic compléte des
livres “et des articles. parus
récemment sur la question,
La DESG est proche notam:
ment de la revue Junges Fo:
rum et. des livres de la sére
adunge Keitiky.10!
nouvelles du Goulag
Les drogues
du KGB
En URSS, les adversaires
du régime ne sont plus seule-
ment internés dans des asiles
psyehiatriques. On leur admi-
nistre aussi des drogues, dont
Peffet équivaut a de. wrk
tables «labotomies chi
miqueso. C'est ee qu’a déclaré
lun psychiatre canadien, le
Dr, Norman Hirt, professour
& [Université de Vancouver,
aprés s'étee livré pendant plu-
sleurs mois & une enquéte sur
Je sort des 8 000 opposants
actuellement détenus en
Russi
Les_médecins du KGB,
ail préecisé, ont d’abord em-
ployé la réserpine, substance
qui, administrée “en abon:
dance, provoque une atrophie
du cerveau. Ils se servent
maintenant de ritaline, tran-
uillisant plus classique, mais
dui, & larges doses, xprovoque
la destruction des cellules du
tissu cérébral, de telle sorte
que le sujet ‘est rapidement
plongé dans un état assez
sembiable & une démence
sénile précoce»,
Un nouveau
Lyssenko
Aprés accalmie qui avait
fait suite a Vaffaire Lyssenko,
la génétique sovietique tra
verse A nouveau des heures
difficiles. Pour de nombreux
chereheurs, il ne fait pas de
doute qu’un nouveau dicta
teur s'est révélé, en la per-
sonne de Nikolai Doubinine,
chef de’Institut de génétique
générale (Tune des plus im-
portantes sections de I'Acadé-
ile des sciences ¢URSS),
‘Tout commence il y a
dix ans, au moment oi,
Khrouchtehev, qui avait été le
protecteur attitré de Lyssen-
ko, tombe en disgrice. Deux
reseapés des «purges scienti
fiques» reviennent de Sibérie.
L'un, Nikolai'Doubinine, se
voit ‘confier la direction de
Vinstitut de génétique ;
autre, Boris Astaurov, prend
la téte de Mnstitut de bio:
logie du développement. Mais
Vikolar Doubinine, directeur de Institut de génétique générale
de Académie des sciences d’'URSS. Communiste de fraiche
date, mais nouveau Lyssenko. A Voccasion dune réunion solen.
nelle de "Académie, qui s'est tenue au début du mois d'octobre
‘au Palais des congrés du Kremlin, Léonid Brejnev a déclaré que
le parti communiste entendait controler les orientations essen-
tielles du travail scientifique. Trofim Lyssenko assistait a cette
réunion. Le seul génélicien soviétique d’envergure, Alexan
dre Bayev, est en Sibérie,
bientét, entre les deux | dant ainsi plus salés et plus
hommes, une compétition | agréables & manger ! Cette in-
sfengage : leurs services tra- | formation plutét comique est
illent plus ou moins sur les | purement fantaisiste. Il
mémos sujets, En 1966, ils | semble que Doubinine Tait
font leur entrée le méme jour } recopiée dans un journal po-
a l'Académie des sciences, pulaire soviétique, Chimie et
‘Ne parvenant pas a surclas- | vie, sans méme se donner la
ser son rival, Doubinine trans- | peine de la vérifier. Du coup,
plante alors la compétition | un vaste éclat de rire secoue
sur le plan politique. En | la communauté scientifique.
1969, & Tage de Glans, il | Quelques mois plus tard, la
adhére au parti communiste, | section de chimie et de
dont il n’avait jamais été | logie de [Académie des
membre auparavant. En l'es- | sciences, réunie & Moscou,
pace de quelques mois, il | exprime sa réprobation
acquiert Ia réputation d’étre | Doubinine. Celui-ei réplique
un administrateur poli- | en exigeant qu’Astaurov. se
tiquen, qui n’hésite pas a ren- | débarrasse de ceux de ses col:
voyer ‘ceux de ses assistants | laboratours qui se sont com.
qui s‘opposent au régime, | promis avec opposition. Pen:
Astaurov, au_contraire, est | dant quelque temps, Astaurov
plus souple. De ce fait, entre | tergiverse, mais il doit finale-
1971 et 1973, un certain | ment s’incliner. 11 entre alors
nombre de chercheurs de va- | luiméme en disgrice. En
leur quittent les services de | décembre 1974, il meurt,
Doubinine pour entrer dans | d'une crise cardiaque, & Page
ceux d’Astaurov. L'institut | de 70 ans. Sur sa tombe, un
de biologie du développement | académicien déclare que ses
acquiert alors une renommée | deniers jours ont été un
internationale. «veritable calvairen.
En 1973, Doubinine fait | Mais 'yaffaire Doubinine»
uun faux pas, qui va le couvrir | n'est pas finie. Le P. C. sovie
de ridicule.’ Il affirme, dans | tique semble en effet décidé &
tun magezine scientifique, que | exploiter la situation pour re-
son Institut a découvert une | prendre en main l'Académie
méthode permetiant de faire | des sciences, & laquelle il re-
passer du sodium dans [Link]- | proche de manifester des vel-
Tules des concombres, les ren- | léités d’indépendance. (Des,
‘opposants comme Sakharov y
conservent leurs postes).
Lrenjeu est d’importance
vee ses 250 Instituts, abri
tant 40 000 chercheurs, 1’A-
cadémie des sciences controle
toute Ia recherche scientifi
que et technologique en
URSS. Or, elle vient de
‘6ébrer le 2508me anniversai
re de sa fondation par
Pierre le Grand. (Les mem.
bres fondateurs étaient au
nombre de seize: 13 Alle
mands, un Frangais et deux
Suisses). Cette commémora
tion aurait d'ailleurs di avoir
liew en mai 1974. Bile a été
ajouée pour ne pas inter
forer avec les élections au So
viet. supreme. Elle a eu lieu
finalement &'la fin du mois
doctobre. L’Académie doit
‘maintenant désigner un now-
vveau président, en remplace.
ment de Mstislav Keldysh, qui
occupe ce poste depuis 1961.
Tl y a quatre candidats
éventuels : Nikolai Basov,
[Link], prix Nobel de physi-
que; " Boris Paton, 56 ans,
spécialiste de la métallurgie ;
Vactuel vice-président, Viadi
mir A. Koteinikov, ‘68 ans,
qui est radio-astronome, et le
jeune biochimiste Youri Ov-
chinnikov, 41 ans. Mais ils
cnt tous des handicaps. Basov
‘a beaucoup d’ennemis person:
nels, Paton n’est pas suffisam
ment. connu, Kotelnikov est
trop vieux, Ovchinnikov est
trop jeune. Pour le P.C., ce
serait done l'occasion d’impo:
ser un outsider. Une déclara-
tion faite en mai dernier par
économiste Mikhail Sousov
membre du Politburo, donne
a penser qu’on s’en occupe au
Kremlin,
Liaffaire (sur laquelle la
preste occidentale reste étran-
gement_muette) est done &
suivre de prés. En ce qui con-
cere plus particuliérement la
biologie, son avenir parait
assez ‘sombre. D'anciens
clyssenkistes», comme
Vasily Remeston ont été 6
cemment réhabilités. Dans les
milieux scientifiques, Vopi-
nion qui prévaut est qu’en
dehors d’Astaurov, il n'y a
guére qu'un généticien den:
vergure en URSS. Il s'agit
d’Alexandre Bayev. Mais
celui-ci se trouve en Sibérie,
et il est peu probable qu’
puisse résister A Doubinine,Les fausses cartes de presse du «Nouvel Obs»
Peut-étre avez-vous recu,
voici quelques semaines, une
circulaire de prospection du
Nouvel Observateur. Sous la
plume de son directeur
général, M. Claude Perdriel,
‘«Phebdomadaire le plus dyna:
miquey offre ses abonnés
en puissance une ulecture en
avant-premiéren. C’est-i-dire
que le journal leur sera en-
voyé le samedi matin, au liou
du lundi. «Vous compren
drez, écrit M. Perdriel, que
cette possibilité ne soit ou
verte qu’a un petit nombre de
personnes qui considérent,
comme vous, que linforma:
tion est un élément de déci-
Cette petite phrase, a ca-
ractére «élitistey, ne manque
pas de saveur lorsque l'on sait
que ce type de prospections
est envoyé a des dizaines de
millers d’exemplaires et, qui
plus est, que le Nouvel’ Obs
est actuellement en vente dés
le samedi matin dans tous les
Kkiosques parisiens !
Mais co n'est pas tout. A
ses futurs lecteurs, M. Perdriel
propose également un gadget
fen prime, un peu dans Fesprit
de Pif Ce gadget est une
carte d'information prior!-
tairey, nantie dun talon a
renvoyer & lhebdomadaire et
@un «timbre de validation
75-16». Cette carte, vinces-
sible, porte Ia ‘mention
obscure: «Madame, Mon.
siour X... est habilité a reee-
voir un service prioritaire de
presse».
‘A premiére we, une telle
carte n'a aucune utilité, dans
quelque domaine que ce soit.
Erreur ! Ce carton jaune, bar-
ré de tricolore, porte en larges
capitales rouges le mot
PRESSE. La confusion avec
une veritable carte profession-
nelle de journaliste est. vou-
ue. Dans quel but ?-M. Per-
driel cherche-til a susciter
chez ses abonnés des satistac-
tions infantiles, peu compa-
Lubles avee les ambitions de
son journal, ou faut-il voir,
dans ces caries, une riposte 2
la répression? Certains
membres de la police natio-
nale exhibent, dit-on, des
brassards PRESSE de nature
fallacieuse, voire meme de
fausses cartes professionnelles
de journalistes, qui leur
servent & gtrompery et & aru
doyer» dans la rue les journa-
listes.
Grice aux cartons de
M. Perdriel, il y aura désor-
mais de faux journalistes de
gauche face aux faux journa-
listes de la préfecture. Ceci
aidera la transparenee des
rapports sociaux. /
Cidessous : la fausse carte de presse du «Nouvel observateury.
Le nowvel attrappe-nigaud de M. Perdriet,
Passionnante, ta lecture des
petites annonces du «Nouvel
Observateury. Annonceur attitré:
le club Joie de vivre de Grenoble,
spécialisé, comme en témoigne -
son bulletin (ci-dessous), dans
Véchangisme de luxe et
1a flagellation. Ce club dont
la clientele semble beaucoup
tenir son standing, ne pouvait
trouver de meilleur support
on cel ‘que le journal de M. Perdriel
i12,
religion
Prétres
communistes
Dans Le Monde
(18 mai 1975), Vabbé
Jean Baptiste pose la ques-
tion : «Un prétze peut-il étre
communiste?» Il répond
lui-méme, de la facon la plus
nette: «Cette question, qui
provoque dans I'Eglise de vits
‘débats théoriques, ne se pose
plus pour certains d’entre
hous puisque, pratiquement,
nous partageons les analyses
Gconomico-politiques du parti
communiste et nous en soute-
rhons les actions». Il ajoute
«Le cardinal Suhard parlait,
ya trenteans, de mur a
abattre entre I'Bglise et la
classe ouvriére ; aujourd"hui,
est surtout un mur de pré:
jugés qui reste & démoli
‘entre IEglise et le parti com-
muniste francais
«Notre choix du P.C.
poursuit-il, est un choix poli
fique basé sur des analyses
conerétes». Exemple: «Le
PCF est de loin le premier
parti par le nombre et Penra-
inement populaire de ses mi-
litants, qui sont des gens con-
vaincus, tenaces et dévoués,
Auprés ‘deux, le mot «cama
mden a pris pour nous,
prétres, une signification ef
lune profondeur qui n’ont
equivalent que dans le
afrérep de I"Bvangile..0
Tout en déplorant que
des théologiens dits «avan-
césy qualifient le marxisme
de doctrine largement dépas-
sée ot adhésion au P.C. de
combat d’arriére-garden,
Pabbé Jean Baptiste conclut ?
«Prétres-ouvriers, nés dans la
classe ouvriére,’ nous nous
sentons comme des prétres
dans une Eglise de
Blancs».
«Dieu est mort !»
Le R. P. Cardonnel_a
publié récemment un livre au
titre parlant, qui mérite d’étre
lu: L'nsurrection chrétienne
(Stock, 1975). Rejoignant
assez’ prés les états dame
d'un Roger Garaudy, ily
affirme son amour passionné
pour 'eénorme grouillement
de Ia masse des hommes»
idéal négateur de toute indivi.
dualitg, totalitaire au sens
propre, 3
En réponse & une ques
tion, Ie Pére Cardonnel pré-
cise ‘par ailleurs qu'il eroit en
‘Jésus-Christ, mais qu'il ne
feroit pas en Dieu. «L'idée de
Dieu est profondément réac-
tionnaire et régressive, ex-
plique-il. Diew qui reste
Diew ne peut rien devenir(..)
Dieu est bien mort en Jésus-
Christ».
Les fous de Dieu
Y¥ aurait-il une prédisposi-
tion aux troubles meniaux
chez les Témoins de Jého-
yah? Crest ce qu’on peut se
demander a la lecture dune
tude du Dr. John Spencer,
parue dans le British Journal
of Psychiatry, selon laquelle
sur 7546 malades entrés en
janvier 1971 et décembre
1973 dans les _hopitaux
psyehiatriques de M'Australie
occidentale, cinguante étaient
des membres actifs de la sec-
te, Parmi eux se trouvaient
39 sehizophrénes, 10 névrosés
et un aleoolique. A en juger
par ces chiffres, les risques
pour un Témoin de Jéhovah
@étre atteint de schizophes-
nie seraient égaux & 1,83
p. 1000 contre 0,61 p. 1 000
pour la population générale
Le Dr. Spencer va mainte.
nant tenter de savoir si c'est
la secte qui attire particule.
ment les malades mentaux,
ou si c'est la fréquentation de
la secte qui joue un role dans
Péclosion “et le développe-
ment de Ia maladie, En
Grande-Bretagne, les Témoins
de Jéhovah comptent
75.000 adhérents,
«Hello, pélerin !>|
Radio-Vatican se met au
got du jour, Cette station,
fondée sous le fascisine (et
sous Ie pontificat de Pie X1),
en 1981, vient d’inaugurer
deux programmes résolument
dans le vent». Le premier,
uStudio A», que dirige un
prétre américain, le
R. P. John St. George, est en-
tlérement consaeré au jazz,
Le second, destiné aux tou-
ristes, est diffusé en plusieurs
langues. Son titre: «Hello,
pélerin 1
Allemagne:
le fisc et
le goupillon
Détail insolite : quis
soient croyants ou non, les
Allemands de ouest sont
considérés par I'Etat comme
appartenant & une confession
religicuse et sont taxés en
conséquence. A la naissance,
on effet, enfant est en
général déclaré comme appar-
fenant. & Véglise (catholique,
luthérienne, Gvangélique ré-
formée, ete.) dont son pére
fait pane, Arrive & Pige
adulte, il est imposé sur ses
revenus en fonction de cette
déclaration, car "Etat
(comme en France, en
Alsace) est chargé. d’assurer
Trentretien du personnel ecclé-
siastique (salaire hebdoma-
daire, logement de fonction).
Ce prélévement d’ottice a rap-
porté en 1974 Véquivalent de
plus de dix miliaris de franes
aux églises eatholiques et pro-
testantes.
Pour éviter cette taxe, qui
f été instituée en 1918, les
habitants doivent entamer
tune procédure officielle de
‘renonciation», par laquelle
ils déclarent ne plus étre afi
igs & T'église au profit de la-
quelle ils sont imposés. Beau-
coup, bfen entendu, hésitent
A faire cette démarche qui
indépendamment des compli-
cations qu'elle implique, les
exclut des sacrements. rel:
gieux. On estime qu’a Pheure
actuelle 200000 ex-protes:
tants et 65000 ex-catholi-
ques ont cependant décidé de
ne plus contribuer au finance.
ment d'une institution & la-
quelle ils ne se sentaient pas
Femmes-prétres
L’Bglise d’Angleterre a pris,
au mois de juillet une déci-
sion historique : celle
@admettre désormais les
femmes a la prétrise. La déci
sion a été aequise a une faible
majorité, et il a ét6 précisé
quelle ne se conerétiserait
qu’au fur ot mesure de
Vévolution des esprits.
Deja, en juin dernier,
MBglise ‘anglicane du Canada
avait précédé celle d’Angle-
terre dans cette voie. Plus tot
encore, en mai 1973, une
convention épiseopalienne
américaine avait décidé de
laisser & chaque paroisse le
soin de se prononcer sur 1a
lgitimité de Vordination des
femmes ; le 21 juillet 1974,
ix femmes ont d’ailleurs été
‘ordonnées & Philadelphie, en
présence de Mgr Antonio Ra-
mos, évéque épiscopalien de
la Costa Rica. Par ailleurs, fin
juin dernier, la premiere
Temme-rabbin d’Angleterre,
Jacqueline Tabick, 26 ans, a
pris ses fonctions a la syna-
gogue libérale de
St. John’s Wood, Londres ;
elle est la quatriéme femme
au monde & avoir accédé &
cette charge (les trois autres
wexercenty aux Etats-Unis,
it elles ont toutes été ordon
nées depuis 1972).
L'évolution des églises an
glieanes et épiscopaliennes
revét une certaine impor-
tanee, du fait que ces deux
‘confessions sont trés proches
du. rite catholique. Pour
Theure, toutefois, Véglise de
Rome (comme Véglise ortho-
doxe) reste hostile a Pordina
tion des femmes. Mais la
question a été débattue au
synode de 1971. Et le
RP, Pierre Gallay, _ assomp-
tionniste, a récemment publié
chez Bordas un livre intitulé
Des femmes-prétres ?Faudra-t-il détruire la France pour édifier
VEurope ? Telle est la question
qui se pose & Theure du réveil
régionaliste, Interrogés par
Jean-Claude Valla, Hervé Glot, Jean Mabire
et Michel Marmin affrontent
leurs points de vue personnels
dans un débat contradietoire.
Une question aussi grave et aussi complexe
ne peut étre tranchée
par des formules unilatérales.
La solution, comme toujours, nait
de la rencontre des contraires.
Crest cette rencontre quia été provoquée
ar wElémentsy. Chacun, ici,
ne s'exprime qu’en son nom propre.
LA FRANCE, LES REGIONS
Jean-Claude Valla: Les événements
qui se sont déroulés en Corse, & la fin de
été, ont fait couler beaucoup d’enere. Et
Ggalement du sang. Quelle est votre opi-
Jean Mabire : On peut déplorer te ca-
ractére sanglant de cette aventure, mais il
est dans les traditions de toutes les
Gmeutes et de toutes les résistances. La
République est née dans le sang des
gardes sulsses. On ne respecte finalement
que ceux qui tuent, et non pas ceux qui
se font tuer. Un peuple qui veut vivre a
davantage besoin de héros que de
martyrs. Si la solidarité corse a joué a
fond en faveur des autonomistes, c'est
que le commando de I'ARC s'est posé en
justicier, et non en victime.
Jean-Claude Valla : Je suppose, quand
méme, que les autonomistes corses n’ont
pas voulu ce qui est arrivé
Jean Mabire : C’est le gouvernement
franeals qui a accumulé les maladresses.
Que voulez-vous, on discute avec les
séquestreurs, les’ malandrins ou les re-
belles du Tibesti, mais on s‘empresse de
donner Tassaut ‘quand il s'agit d’auto-
nomistes, c'est-a-dire de patriotes, et non
ppas de gangsters, ;
‘Jean-Claude Valla : Ces événements de
Corse vous paraissent-ils importants ?
Jean Mabire : Ni plus ni moins que la
prise de la Bastille, mais le 14 juillet 1789
Jes_parisiens ont ‘assisté, sans bien s'en
rendre compte, au début d'une révo-
lution. Pour la promiére fois, aujourd'hui,
Je gouvernement francais est confronté,
au grand jour, avec le probléme des mino”
rités ethniques. Et c'est un probléme que
Yon ne pourra plus escamoter. La France
devra accepter l'autonomisme, si elle veut
Gviter le séparatisme...
Jean-Claude Valla : Vous avez parlé de
récolution. Le mot n'est-il pas un peu
fort?
Jean Mabire : Je ne crois pas. Prou-
dhon et Gobineau commencent a triom-
pher de Marx, On commence a se rendre
compte que le ressort final des conflits, ce
nest pas la lutte des classes, mais le choe
des peuples. Ga ne vous parait pas trés
important ?
‘Jean-Claude Valla : Peut-étre, mais je
ne vois pas trés bien ce que vient faire
Gobineau dans cette affaire, Il s'est pas
‘mal trompé, lui aussi.
Jean Mabire: Beaucoup moins que
pourraient le penser ceux qui ont Iu un
peu trop rapidement. Ce qul rassemble les
hommes, en tout cas, ce ne sont pas des
liens économiques, mais des liens
ethniques. La, se situe la révolution des
4vénements de Corse, Pour la premiére
fois depuis bien longtemps, c'est une
révolution qui va dans le sens d'un plus
grand enracinement... Je me souviens du
temps oi Eléments avait fait voter
Giscard. Moi, je vote Siméoni
Jean-Claude Valla: Il n’était pas candi
dat !
Jean Mabire : C'est une formule, Au-
jourd’hui, ce sont deux conceptions de
Etat qui s'affrontent. C’est plus impor-
tant, me semble-til, que les élucubrations
Ggalitaires des deux duettistes Mitterand
ct Marchais,
Jean-Claude Valla: Btes-vous auto-
nomiste ?
Jean Mabire: Absolument. Bt cela
veut dire, en clair, que je récuse tout
autant le colonialisme que le séparatisme,
Je pourrais également me définir comme
régionaliste. C'est un terme qui ne me
déplait pas, mais qui est plus ambigu. J'ai
ET LEUROPE
Iu nagudre dans un journal breton qui
devait étre Breiz Atao : «Un nationaliste
breton est un homme qui nomme un chat
lun chat. Un régionaliste est un homme
qui appelle un chat un félin domestique
de petite taille, et a encore peur de se
compromettrey, Cela dit, je préfére de
beaucoup des régionalistes durs a des
autonomistes. mous. Je me méfie, en
effet, des propos extrémistes d’aprés-
boire, et ma confiance va & ceux qui
restent modérés mais tenaces. D'ailleurs,
il n’est que d’attendre : tous les régiona.
listes sériewx que j'ai connus sont devenus
autonomistes, Sauf ceux qui, entre temps,
Gtaient tombés dans un bénitier !
‘Jean-Claude Valla : Je voudrals main
tenant m’adresser & Hervé Glot. Vous étes
directeur d’une revue qui s'appelle La
Nation bretonne, qui est d’ailleurs fort
bien faite, mais qui se réclame du «natio-
nalisme breton». Vous étes done de coux
qui appellent un chat un chat, Btes-vous
séparatiste ?
Hervé Glot : Je suis d'abord breton, La
Bretagne est un pays qui a une histoire,
des traditions et une originalité. Toutes
‘choses dont los Francais ont du mal &
admettre les conséquences. Nos deux
pays n’ont uni leurs destins que depuis
quatre cents ans. Et encore la Bretagne
est restée autonome jusqu’en.1789 ! Tout
cela laisse des traces et m’améne A consi-
dérer mon pays comme une nation sans
Biat. Je suis done nationaliste breton,
‘Mais je constate que la France et Ia Bro-
tagne ont eu des dizaines d'années de vie
commune: et que ces années ne peuvent
pas, non plus, s’effacer. Méme en me for-
cant, je ne ressens aucune haine a l'égard
de la France. J'ai simplement ehoisi de
me battre pour un mode de gouverne-
1314
débat
‘ment dans lequel nous puissions vivre
cBte & cdte, en conjuguant nos efforts
et en respeciant nos diftérences.
Jean-Claude Valla : Pour vivre cote &
edie, il faut étre un peu séparés...
Hervé Glot : La sagesse, pour la Bre
tagne, est d’étre bretonne dans le cadre
francais, bretonne dans le cadre européen,
condition, bien sir, que I’on ne cherche
pas & nous contraindre a renoncer a ce
que nous sommes. Au-dela des mots, ce
que nous cherchons, c'est une identité. Et
C'est un «nationaliste francais», Jean Cau,
qui écrivait dans L'agonie de’la vieille :
«A tout prix, les hommes ont besoin
une identité, ils mendient des raisons de
vivre, ils quétent leur étre. Comme ils ne
sont plus rien, ni en Dieu ni en Homme,
ils se déclarent basques, bretons, wallons,
flamands, écossais, occidentaux, ukrai
niens, moldaves, gabonals, kurdes, bia-
frais,’ ete.» Cos divisions sont saines,
parce-qu’elles correspondent & des terri-
toires. A défaut de celles-i, d'autres divi-
sions apparaitront et suivront les fron-
tiéres artificielles des classes sociales, des
religions ou des ages.
Jean-Claude Valla : Le particularisme
breton est-il aussi aecusé que le particula-
risme corse?
Hervé Glot : Avant les événements
@Aléria, bien peu de Francais. s'ima
inaient’ qu’il puisse y avoir un particu-
Tarisme corse, et beaucoup de Corses,
eux-mémes, qui se retrouvent aujourd'hui
solidaires de ARC, ne s'étaient jamais
posé la question. Tis vivaient leur parti-
cularisme, sans bien s'en rendre compte.
En Bretagne, c'est un peu la méme chose
Et comme le pouvoir central accumule les
‘maladresses et semble incapable de com-
prendre le mal de I'éme dont souffre la
le Ler septembre 1975
4 toute solution séparatist.
province, les Bretons prennent de plus en
plus conscience de leur identit.
Jean-Claude Valla : Vous venez. de par-
Jer des maladresses du pouvoir contral.
Pouvez-vous en donner quelques
exemples ?
Hervé Glot : Je vais vous en donner
deux, qui peuvent paraitre dérisoires &
Paris’ mals qui, chez nous, font Veffet
d'une provocation permanente : c'est
4une part le refus du gouvernement fran-
‘ais de reconnaitre le bilinguisme de
PPenseignement dans la partie bretonnante
du pays, et cst, d’autre part, le maintien
du département de la Loire-Atlantique et
dde Nantes en dehors de la région de pro-
gramme Bretagne. Ce sont des mala-
dresses comme celies-ci qui alimentent le
‘mythe national breton dont 'ampleur ne
manquera pas de srprendre dans ls pro-
‘Jean-Claude Valla : Peut-on fonder une
nation sur un mythe ?
Hervé Glot : Avant 4’étre une nation,
ou un Etat, la France a d’abord été un
mythe. I ne faut pas. sous-estimer les
mythes, Pour Instant, le dynamisme bre-
ton est plus ou moins canalisé par une
sorte de erévolution culturelley qui se
réfugie dans la marginalité : c'est le mou-
vement des chanteurs, des poétes, des
Gcologistes... Ce n'est pas toujours
@excellente qualité, mais c'est porteur de
mythes, Et quand les mythes deviennent
populaires, ils engendrent des coups de
sang!
Jean-Claude Valla : Vous venez de par-
ler des chanteurs. Alan Stivell ait & la
derniére féte de Huma. L’approuvez-
vous ?
Hervé Glot : Pas du tout ! Mais Stivell
{ait ce qu'il veut et je constate qu’ila fait,
Cisdessus : Edmond Siméoni, chef du «commando» autonomiste
Aleria, Pun des chefs de ARC. Aujourd hui en prison.
Le 20 octobre, trois mille Corses de la région parisienne
4 sont retrouvés & la Mutualité pour demander sa libération.
A gauche : un groupe d’enfants avec l'embléme a téte de Maure,
symbole de la Corse, lors du rassemblement de Ghisonaccia,
Cicontre
le journal de !'ARC, qui continue & parattre
‘comme publication indépendante («Arrittiv, B.P. 7, Bastia)
Max Siméoni, frére d’Edmond, a annoneé, pour le mois de novembre,
tune journée d'action en Corse et sur le ucontinent».
Ta réaffirmé également son hostilité
beaucoup pour l'idée bretonne...
Jean Mabire: Les chanteurs ne sont
pas des hommes politiques. Fort heureu-
sement ! Leur comportement n’est pas
toujours trés cohérent. Il est sir que Sti-
vell aurait mieux fait, ce jour-a, de rester
chez, lui, surtout aprés ce qui s'est passé
fen Corse ot aprés les réactions du Parti
‘eommuniste (qui ont fait tomber un sacré
masque). Derriére Ia facade de ’Union
des républiques, nous pouvions encore
croire que l’impérialisme rusco-tsariste
s'était estompé. L’Humanité est venue &
temps nous rappeler qu’un Paris rouge
traiterait la Corse, I’Alsace ou la Bretagne
comme Moscou ‘traite la Lituanie, la
Lettonie ou 'Ukraine, Nous voila. pr.
venus ! J'ai ailleurs beaucoup ri lorsque
les communistes ont dénoneé la main de
Vétranger & propos des événements
dAléria, Soutenir que le Dr. Siméoni a
‘mené st campagne avec argent des néo-
fascistes du MSI, c'est aussi grotesque que
de laccuser d'etre un agent du PSU ou de
Septembre noiz, comme on a pu le dire
dans Minute. Cela dit, il est asser réjouis-
sant de voir enfin ressoudés, pour la ci
constance, les jacobins de droite et les
jacobins’ de gauche. La sérénade
‘Marchais-Brigneau-Debré vaut son pesant
de cacahuétes, soit dit sans allusions
cistes aux propagateurs de cet oléa-
gineux !
‘Jean-Claude Valla : Pulsque nous vol
revenus au probléme corse, j’simerais sa-
voir ce qu’en pense Hervé Giot ?
Hervé Glot : Je ne veux pas répéter co
qu'a dit Jean Mabire. Jajouteral simple.
‘ment que I'Etat francais a tort lorsqu’ll
s'imagine que les problémes politiques de
la Corse pourront étre réglés par de Var
gent. En Algérie — et sans vouloir pousserdébat
la comparaison trop loin— le plan de
Constantine n’a pas empéché le dévelop-
pement de la rébellion. Beaucoup de
jeunes et de moins jeunes deviennent au-
tonomistes par refus d'une ceriaine so.
ciété, dite «libérale», qui n’a pas de projet
politique fondamental face aux grands
problemes de civilisation, La ot il
faudrait audace et Vopiniatreté des
grands batisseurs, on ne rencontre que la
bonne volonté, mais une bonne raccom-
modeuse ne ‘fait pas forcément une
grande couturiére, L'Etat francais a laisse
Gelore, dans V'enseignement ou dans les
mass-media, le dégo0t ot le refus de Ia
France. II ne faut done pas s’étonner que
certains aillent chercher un idéal ailleurs,
Il est frappant de voir la place tenue chez
les autonomistes des diverses ethnies par
des «nationalistes frangaisy décus.
‘Jean-Claude Valla : C'est le cas, je
‘rois, du Dr. Siméoni. Mais, alors, com-
‘ment expliquer, dans le cas de la Corse,
Yéyolution de Fautonomisme vers des po-
sitions gauchisantes, voire gauchistes ?
Hervé Glot : Le gauchisme fait feu de
tous bois. On I’a vu soutenir la revendica-
tion poujadiste du CID-UNATI ou re-
prendre @ son compte les thémes
{ainistes de certaines organisations écolo-
sistes. Pour les mouvements régionalistes,
ily a un risque évident de récupération,
mais je crois que les dirigeants de l'ARC
sont conscients du danger. Ils ont, dail:
leurs, sous les yeux exemple d'un parti
breton de rassemblement, le Strollad Ar
Vro (SAV), qui, aprés un démarrage élec-
toral et militant tris encourageant, s'est
transformé en groupuscule gauchisant,
Quil y alt radicalisation de l'ARC, et que
cette radicalisation soit le reflet de la
croissance de son audience, notamment
auprés des jeunes, cest certain, La jou
nnesse, meme lorsqu’elle n'est pas gau-
chiste, se contente rarement de solutions
araisonnables» !
‘Jean Mabire : Si vous le permettez, je
voudrais répondre également la ques-
tion de Jean-Claude Valla, et étre encore
plus net, Voila plusieurs années déja
‘qu’on agite I’épouvantail gauchiste, mais
i my a plus guére que Francois Brigneau
pour y eroire vraiment. Il faut tout de
méme s‘intéresser aux réalités plutot
gu'aux communiqués — soigneusement
tiés— du Monde. La pénétration gau
chiste, finalement, ne concerne que cer-
taines’ organisations bretonnes et oc
tanes, et, pour en revenir a la Corse, js
1u un communiqué particuliérement signi
fleatif de Lutte oceltane. Ce mouvement,
qui est incontestablement gauchiste, a
‘dénoneé weertaines orientations nationa-
listes, voire racistes et petites bourgeoises
apparues dans l'ARC». Il est de notoriété
publique, dans la nébuleuse des mouve-
ments régionalistes, que I'ARC se distin-
guait justement ‘par son refus du
marxisme et par sa volonté constante de
faire passer la lutte de libération avant le
triomphe du socialisme. De la, la furie des
communistes et Ia géne des socialistes !
‘Jean-Claude Valla : Génés ou non, les
socialistes ont tout de méme adhéré au
Comité anti-réprossion qui est Iui-méme,
semble-il, dirigé par des gauchistes, et
qui a regu un appui presque incondition.
nel du quotidien d'extréme gauche Libé
ration !
iehel Marmin: C'est bien possible
u'll y ait dos «gauchistesy a la téte du
comité. Ils ont profité de la dissolution de
ARC pour occuper les places qu’ils
navaient pas réussi & conquérir aupa
avant. Quant aux socialites, ils ont
effectivement adhéré au comité, Mais ce
sont des socialistes corses. C'est-a-dire des
socialistes qui, parce qu’lls ont corses, ne
sont pas tout a fait les mémes que ceux
du continent. A Paris, les socialistes ont
préféré manifester leur solidarité aux mili-
tants antifranquistes.
Jean-Claude Valla : Ce qui me frappe,
dans la terminologie de beaucoup de
‘mouvements régionalistes, c'est uti
sation qui est souvent faite du mot auto-
gestion.
Hervé Glot ; Je erois que cela tient
davantage & la confusion des mots qu’a
Vidéologie. Chacun a son autogestion
seeréte : pour les régionalistes, elle est le
terme a la mode qui exprime leur désir
Folklore traditionnel et
folksongs celtiques. Ci-dessus
les soeurs Logadec. Cidessous
‘Alan Stivell, que beaucoup
de Bretons auraient préféré
ne pas voir @ la féte de wLHumnay.
Les chantewrs sont é Yavant-garde
de la arévolution culturelle»
bretonne. Le meilleur et le pire,
‘au service du mythe
national breton,
autonomic, de self-government. Ca n'a
rien a voir avee les théories de la CFD?
ou du CERES
Jean Mabire : Dans tous les pays, ily a
des gons de droite et des gens de gauche,
des dirigistes et des libéraux, des arma.
teuts et des bergers, des gendarmes et des
curés... Il est normal que tous les courants
soient représentés au sein d’un mouve-
ment autonomiste. Co que refusent les
Corses, c'est que leur fle soit un champ
clos oi s‘affrontent les partis politiques
du continent... La seule riposte a la
pénétration gauchiste en milieu auto.
nomiste, c'est ce que j'appellerai-le «dur-
cissement nationaly de la lutte. En ce
sens, Vatitude de l'ARC me parait exem-
Plaire. Cela dit, pour en revenir & aspect
plus général di probléme, les gauchistes
nroccupent que les places laissées vides
par les non-marxistes. L'exemple vient de
hhaut et de loin. Maurras et Daudet ont
tout simplement trahi leur patrie char-
nelle au profit de Midée abstraite du na-
tionalisme intégral. Derriére eux, toute
une droite, sans imagination et sans ra
cines, ne pouvait que surenchérir sur le
tricolore, sans se rendre compte que
Vethnisme demeure la seule réponse au
marxisme, Cette droite reste encore pri
sonnigre de la «certaine idée de la
France», chére au général de Gaulle, apros
1516
ORGANISONS
fA Rea SLANE
Poing levé et triskel : embléme du trés gauchiste Stourm Breizh. A droite : une affiche
du Parti populaire corse, groupuseule marxiste eréé pour tenter de concurrencer le
‘mouvement des freres Siméoni. En dépit des efforts de Vextréme gauche, le régiona-
lisme reste inconciliable avec ia lutte des classes ; il vise en effet a défendre des
peuples, non au sens marxiste (peuple
(peuple = totalité de la communauté).
avoir été au maréchal Pétain..
‘Michel Marmin : De Gaulle avait tout
de méme proposé, en 1969, un projet de
réforme régionale qui a été refusé par les
Frangais, mais dont le contenu devrait,
me semble‘til, vous inciter plus dé
‘nuances lorsque vous évoquez l'idée que
le général se faisait de la France. Ce pro-
jot, ’allours, était fort intéressant dans la
mesure ol de Gaulle y avait joint celui
@une réforme du Sénat. Crest-A-dire
une Chambre qui, du fait de son mode
@lection, a toujours représenté les inté
réls des notables. Or, chacun sait que les
notables sont la béte noire des régio-
nalistes !
Jean Mabire :
Je sais.
é V'un des chefs du mouvement breton
Mordrel, qui a
@avant-guerre, avait méme fait voter oui
‘au referendum, ce qui lui a été suffisam-
ment reproché...
‘Jean-Claude Valla : N’engageons pas,
sur ee point, un débat qui risquerait de
nous faire sortir de notre sujet... Il y a
lune question que je voudrais poser
jean Mabire, puisqu’ll a 6té le plus sévére
4B Végard de la France, Crest celle-ci :
Disque tous les régionalistes se déclarent
européens, que devient la France dans
cette Burope des régions? Bst-elle con-
damnée a disparaitre ?
Jean Mabire : Tous les régionalistes ne
se déclarent pas européens, loin de 1a!
(On peut méme établir un clivage tris net
entre ceux qui se disent socialistes et ceux
ui se disent européens. Ce sont rarement
les mémes. Les premiers sont justement
gauchistes. Tl a finalement deux espces
totalement différentes de régionalistes :
les universalistes déguisés qui mettent sur
le méme pied de combat: des Basques, des
Kurdes et des Toubous ; et les partisans
de l'Europe aux cent drapeaux. Je suis
bien entendu de ces demiers. Je crois que
VBurope doit eréer son unité, tout en
respectant sa diversi...
classe ouvriére), mais au sens le meilleur
Jean-Claude Valla : Mals que devient la
France dans votre Europe aux cent dra
eaux’?
Jean Mabire : L’Etat francais va perdre
de son pouvoir par les deux bouts : ce qui
ne sera pas grignoté par les régions, sera
happé par I'Burope. Economiquement,
militairement et politiquement, la France
va perdre une partie de son indépendance.
(Crest une évolution néeessaire. Nous par-
lions tout & Pheure de séparatisme. Bh
ben, je crois qu'il est temps que la
nee, par rapport a l'Europe, évolue du
séparatisme 4 'autonomisme, tandis que
les régions évolueront. du régionalisme &
Vautonomisme. Le role des. vieilles
nations est, & mon sens, d’ordre plus cul-
tturel que politique. L’Btat francais par-
viendrait a sauver Ia civilisation francaise
que ce ne serait déja pas si mal !
Michel Marmin : Tout ceci me parait
un peu fumeux.. Jaurais aimé que
Jean Mabire réponde clairement a la ques:
tion... quitte @ appeler un chat un chat !
Jean-Claude Valla : C’était une réponse
de Normand...
Michel Marmin : Moi, ce qui me parait
grave, c'est que l'on envoie la France au.
Fencart sous prétexte qu’elle a opprimé
certaines cultures minoritaires & la péri-
pphérie de son terzitoire. Je reconnais cette
oppression et, comme Jean Mabire et
Hervé Glot, je la déplore, Mais cela me
parait insuffisant pour effacer la France
‘Au profit de quoi? D'une Europe aux
cent drapeaux qui n'est peut-tire qu'une
dangereuse utopie ? Il y a des régions trés
personnalisées et d'autres qui le sont
‘moins, Ce qui pourrait étre valable pour
les unes, ne Vest pas foreément pour les
autres.... PlutOt que de supprimer Ia
France ou de la reléguer au role de gar-
lenne de musée, mieux vaudrait songer &
la régionaliser et, peut-éire, accorder un
statut spécial A certaines minorités
ethniques car on ne peut pas, non plus,
proposer une réforme d'ensemble qui ne
Conviendrait qu’ quelques as part
Jean Mabire : Je ne suis pas du tout
accord. Tl n'y a rien de plus dangereux
aque les statuts particulies. Cela eonsiste
ait. privilgier certaines minorités. en
Teur accordant ce que Yon refuserait &
autres. Crest co que j'appelle la loi du
tout ou rien, En Algérie il y avait une
solution possible, mais qui demandait un
peu dimagination: exéor une France
fédérale dont chaque composante aurat,
ppu trouver a solution a ses problémes.
On a prétéré larguer quelques départe-
ments de la «France une et indivisible»,
pour pouvoir poursuivre plus que jamais
Ia politique d’autoritarisme, de ceniralisa-
tion et de technocratisme sur ce qui
restait. Aujourd’hui, certains Francals
sont préts & wbrader» la Corse plutot que
@'accepter V'autonomie dont la contagion
pourzalt sétendre en Bretagne ou en Nor
Tandie. Il n'existe pas de peuples pr
16s dans 'hexagone, des gens wintéres-
sants», paree quis. parlent une langue
particuliere ou parce qu'il prolongent sur
hotre sol une ethnie voisine. Tl y a des
peuples qui souffrent tous de la central-
sation, de Passimilation et de la décultu-
ration, Ceux qui semblent les moins
touchés sont justement les plus atteints !
Michel Marmin : Ils sont. tellement
atteints, quis sont morts et qu'on ne les
ressusciiera pas. Je veux bien que Von
parle de peuple breton, de peuple basque
6u de peuple corse, mais, je suis désol, il
n'y a pas —il n'y a plus— de peuple
auvergnat, de peuple picard ou de peuple
ourguignon. Quant au peuple occitan
dont on no cesse de nous rebattre les
orcilles, il na jamais existé. Je viens de
lire un livre fort interessant de M. Louis
Bayle : Procés de loceltanisme (1). Bayle,
rassurez-vous, nest pas un jacobin 5 i ditt.
ge une revue régionaliste provencale,
EAstrado, Son livre démonire assez bien
la supercherie du. mouvement occitan
LOecitanie, ou ee que Yon désigne sou
ent abusivement sous ee vocable, est
composante de la Franee. Enfantée dans
le sang au croisement des antagonismes
européens, Ia France’n’est pas une mais
plurielle. Gest évident, elle est contrastée
et méme assez violemment contradictoire,
historique en somme, et c'est & cela
réme que tiennent son génie et sa vitali-
{é. La France, c'est la France du nord et
la France du sud, c'est la France d’ofl et
la France d'oc, et dauires peut-ére en-
core, Ce n'est en tout cas pas seulement
Tle de France, la doulce France, comme
certain réductionnisme historique vou-
drait le faire accroire. D'autant que la
malheureuse Tle de France esten passe de
(1) Louis Bayle
«Procés de Voccita-
hisme», coll. Felibrige, éditions de
L’Astrado (2 rue Vincent-Allegre,
83100 Toulon). 1975. 21 F.débat
devenir la moins francaise des régions de
Franee.
Jean Mabire : Je n'ai pas une opinion
trés arrétée sur le probléme oceitan, J’
lu dans Le Monde un écho sur une pol
mique @ cé Sujet, que nos braves journa-
listes parisiens ont intitulé : Les enfants
de papa d’oc. Que les douze millions
Occitans soient trds disparates, c'est
bien possible, mais c'est leur affaire, et
pas la mienne. On a bien connu une na-
tion qui allait naguére de Dunkerque a
‘Tamanrasset. Celle-ci, aussi, était bien un
peu disparate! Le ‘probléme, je erois,
‘’est pas tant la réalité de V'Oceitanie que
la force de V'oceitanisme. Peu importe que
POccitanie soit un mythe. Tout est mythe
tant que des hommes ne prennent pas un
fusil pour l'inearner. Comme si hexa-
gone n’avait pas été, d’abord, un mythe.
Bt une volonté,
Michel Marmin : On ne ressuscite pas
les morts, méme a coups de fusils ! Je
prendrai un exemple, qui est celui de
Pirlande. Les combaitants de l'Armée
républicaine irlandaise se sont battus
héroiquement. Ils ont apparemment ga-
sgné, puisqu'lls ont obtenu l'indépendance
politique de leur patrie, Il n'empéche que
la culture irlandalse, rendue a sa liberté,
semble avoir connu une véritable régres.
sion. En tout cas, elle n'a pas connu de
nouveau développement. En France, vous
auriez beau détruire I'Btat franctis et
donner T'indépendanee & la Normandie,
yous ne pourriez pas empécher que la
Normandie soit de culture francaise, Qu’il
¥ alt par ailleurs des cultures opprimées,
je veux bien et je suis accord pour
quon leur redonne leur liberté, mais
Yalmerais que Von me démontre que ces
cultures n’ont rien de commun avec la
culture francaise, et qu’inversement, la
richesse de la culture francaise ne procéde
pas de la substance des cultures qu'elle a
dominées sinon absorbées.
Jean-Claude Valla: Je vois que
Jean Mabire n’est pas du tout d’accord. Je
‘als lui laisser la parole, mais sur un autre
sujet, car nous sommes tenus par le
temps. Tl y a, en effet, une question que
nous n’avons’ pas encore abordée et qui
me parait trés importante : Vhistoire ne
cconnait que des vainqueurs et des vaincus.
Les cultures ne sont pas immuables. Le
régionalisme n’estil pas, d'une certaine
{fagon, un rousseauisme ?
‘Jean Mabire : Je n’étais effectivement
pas accord avec Michel Marmin qui a
‘mal posé le probléme des cultures régio-
nales et qui, de sureroft, a voulu me faire
passer pour ce que je ne suis pas, & savoir
lun adversaire de Ia culture frangaise.
‘aurais aimer préciser ma pensée, mais ii
me faut répondre a votre question : il est
bien évident que [histoire n'est ni
immuable, ni statique, qu'elle n’est ni
bonne ni mauvaise, Celui qui gagne a rai
son. Tous ees Bretons ou ces Occitans qui
gémissent parce qu’on leur a fait du tort,
me donnent envie de vomir. Ce sont
ailleurs tous des chrétiens ou des mar-
xistes, c'est-A-dire de la méme engeance
de pleurnicheurs messianiques devant un
perpétuel mur des lamentations. $'ils ont
requ une belle branlée, tant pis pour eux.
Is ravaient qu’a mioux se battre. Je Vai
dit au début : la Corse va se libérer parce
qu’elle a tué dos gondarmes, mais ’Occi-
tanie ne va pas fatalement en faire autant
parce qu’on lui a naguére brilé ses Ca-
thares. La, je préfére Nietzsche
Proudhon. " Avant-guerre, il y avait
Karl Roos en Alsace, Jean-Marie Gantois
en Flandre, Olier Mordrel en Bretagne,
Petru Rocea en Corse. De saerés
bonshommes qui ne gémissaient pas, saut
ce qu'il fallait pour émouvoir les bigotes &
qui on demandait des bulletins de vote
Aujourd’hui, c'est différent. Par chance, il
ya les fréres Siméoni. Les Corses, ce ne
sont pas des rigolos... On en revient &
cette affirmation évidente: la vie est
conflit. Mais od est la force ? Du cdté de
la France qui est incapable de surmonter
ses defaites, ou du cdté de ces «petits
peuples qui se révellent ? L'histoire a
rouvé que la force était, en Algérie, du
66 du FLN, comme elle Pest ‘au-
jourd’hui, en Corse, du c6té de I"ARC. Si
la France était capable de juguler les auto-
nnomistes, cela se saurait ! C'est parce que
je crols & la force, a la force éternelle et
tellurique, que je crois & Siméoni plutot
qu’ Chirac. La France n’est plus eapable
de se faire respecter ni aimer. Ble ne eroit
plus en elle, Je n’y peux rien, c'est ainsi
Nous payons enfin le prix de nos guerres
eiviles, Les Francais se sont assez dénon-
és la Gestapo, puis aux Fifis; ils ont
assez joué au SAC ou a OAS, Quils
ccontinuent maintenant & jouer leur petit
jou pipé gauche-droite, Mitterand-Giscard,
paille-foin.... mais quills foutent In paix
aux autres. On ne les empéchera pas de
‘mourir tranquilles,
Jean-Claude Valla :
meme !
Jean Mabire: Attendez, je n'ai pas
tout fait fink... La force de la France, ce
n’était pas seulement un principe. Cait
tune fidelité. La fidélité des matelots bre-
tons, des tirailleurs algétiens, des fone-
tionnaires corses, ete. L'Etat francais
vivait de leur courage, de leur réve, de
leur civisme. Il les a dégus, et ce ne sont
pas les CRS, qui ont prévenu quills ne
voulaient pas mourir pour la France, qui
leur redonneront confiance !
Hervé Glot: Je suis entiérement
accord avec Jean Mabire. Nous ne
sommes pas des rousseauistes et nous sa
vons trés blen que histoire n'a que le
sens que lui impriment les hommes de
volonté. Nous avons 616 battus par la
France, il y a quelques siécles ? Soit.
Mais les victoires ne sont jamais acquises
‘Merci quand
Cicontre : le journal autonomiste
alsacien-lorrain du Dr. Marcel Iffrig.
En couverture, la photo du Dr. Karl Roos,
fondateur en 1927 du Landespartei,
{fusillé par les Francais le
février 1940,
4a ge de 61 ans.
Cisdessous : une classe maternelle
dans lune des dix-huit ikastolas
du Pays basque nord (francais)
Quatre cents enfants, de 2 & 6 an
‘AN FRANKREICHS HANDEN
KLEBT ELSASSISCHES BLUT
sont inserits dans ces écoles privées
ou enseignement est fait en langue
basque. Cette année, deux ikastolas
rimaires vont s‘ouvrir & Anglet et
a SaintsJean-de-Luz.
Le francais y sera enseigné
de facon progressive
afin que les enfants arrivent au méme
niveau que ceux de léeole francaise