Emballage, logistique et économie circulaire : prémices
d’un nouveau packaging scorecard
François Fulconis, Bernd Philipp
To cite this version:
François Fulconis, Bernd Philipp. Emballage, logistique et économie circulaire : prémices d’un nouveau
packaging scorecard. CNRIUT’2017 - Congrès National de la Recherche des IUT, IUT Dijon-Auxerre,
Université de Bourgogne, May 2017, Auxerre, France. pp.1-18. �hal-01790440�
HAL Id: hal-01790440
[Link]
Submitted on 12 May 2018
HAL is a multi-disciplinary open access L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est
archive for the deposit and dissemination of sci- destinée au dépôt et à la diffusion de documents
entific research documents, whether they are pub- scientifiques de niveau recherche, publiés ou non,
lished or not. The documents may come from émanant des établissements d’enseignement et de
teaching and research institutions in France or recherche français ou étrangers, des laboratoires
abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
CONGRÈS NATIONAL DE LA RECHERCHE EN IUT (CNRIUT'2017) : 4-5 MAI 2017, AUXERRE
Emballage, logistique et économie circulaire :
prémices d’un nouveau packaging scorecard
François FULCONIS Bernd PHILIPP
IUT d’Avignon - Département Packaging, CRET-LOG CRET-LOG, Aix-Marseille Université (AMU)
Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse (UAPV) École Supérieure du Commerce Extérieur (ESCE), Paris
THÉMATIQUE – Économie – Gestion – Droit (CNU : 06) dit, par ses fonctions logistiques, le packaging n’apparaît-il pas
comme un vecteur de première importance pour faciliter la
RÉSUMÉ – Dans les systèmes de production comme de
commercialisation et de consommation actuels, l’emballage est
transition vers l’économie circulaire ? Comme le souligne
omniprésent. Ses fonctions sont multiples. Elles concernent François-Michel Lambert, Président de l’Institut de l’Économie
autant la qualité des produits qu’il contient, leur mise en valeur Circulaire [8], cette économie « rompt avec le schéma
par ses aspects marketing, que la logistique via les activités de traditionnel de production linéaire… elle y substitue une
manutention, de stockage et de transport qu’il permet. logique de boucle ». La réalisation d’un état de l’art sur cette
Partenaire indispensable des différents acteurs (fournisseurs, problématique, plaçant résolument les fonctions logistiques du
industriels, prestataires de services logistiques, transporteurs, packaging (FLP) au centre de notre démarche, a conduit à
grossistes, détaillants, consommateurs) au sein des chaînes formuler deux questions de recherche, l’une privilégiant une
logistiques, il a donné lieu, depuis les années 2000, à l’élaboration approche statique (QR1), l’autre privilégiant une approche
de packaging scorecards. Cependant, face au changement de dynamique (QR2) des FLP :
paradigme qu’amène la transition amorcée vers une économie - QR1 : quels sont les composants des FLP susceptibles
circulaire, qu’en est-il de la pertinence de ces tableaux de bord
d’accélérer ou de freiner la transition vers l’économie
adaptés à une conception linéaire des chaînes logistiques ? Après
circulaire ?
avoir étudié la relation en devenir entre l’emballage, la logistique
et l’économie circulaire, cet article remet en cause la pertinence - QR2 : quelles capacités et compétences et logistiques-supply
des principaux packaging scorecards existants et pose les bases chain management seraient à mobiliser ou à développer pour
d’un nouveau packaging scorecard délibérément orienté vers les renforcer la performance des composants des FLP tout en
principes de l’économie circulaire. favorisant la transition vers l’économie circulaire ?
Mots-clés – Économie circulaire, Emballage, Logistique, Pour y répondre, le lien « emballage-logistique-économie
Packaging scorecard. circulaire » a été préalablement étudié (2). Cela nous a conduits
à questionner, face à ce changement de paradigme, la
1. INTRODUCTION pertinence des principaux packaging scorecards existants (3).
Le packaging, « ce bel inconnu » comme l’écrivait en 2016 Constatant qu’ils ne prennent pas en compte la problématique
Michel Fontaine [1], le Président du Conseil National de de l’économie circulaire, les bases d’un modèle de recherche
l’Emballage, est pourtant bien – quotidiennement - au cœur de relatif à un packaging scorecard adapté à une conception
la vie des industriels, des distributeurs comme des circulaire de l’économie ont été posées (4).
consommateurs, bref des acteurs de toutes chaînes logistiques. 2. EMBALLAGE, LOGISTIQUE ET ÉCONOMIE CIRCULAIRE : UNE RELATION
Curieusement, il est souvent ignoré, méconnu voire mal aimé
EN DEVENIR AU-DELÀ DE LA SEULE SPHÈRE ÉCONOMIQUE
ou diabolisé car on ne s’aperçoit vraiment de sa présence que
lorsqu’il prend le statut de « déchet ». Mais, sans emballage, Si la littérature académique se penche depuis plusieurs
comment conserver et protéger le produit ? Comment le stocker années déjà sur le lien existant entre le développement durable
et le déplacer au sein d’entrepôts, de dépôts, de plates-formes et la logistique, l’étude du lien entre économie circulaire et
logistiques ? Comment le transporter sur de courtes comme sur logistique est beaucoup plus récente et tout aussi prometteuse
de longues distances, que ce soit par de simples véhicules ou [9]. En effet, la transition vers l’économie circulaire repose
du transport multimodal entre continents ? Comment le résolument sur une approche logistique et multi-acteurs de nos
distribuer et le mettre à la disposition du consommateur ou, systèmes de production, de distribution et de consommation.
avec l’essor du E-commerce, l’acheminer jusqu’à son En ce sens, Lévy et Aurez [10] définissent l’économie
domicile ? N’est-ce pas lui aussi qui évite du gaspillage en circulaire comme « un dispositif d’organisation scientifique,
permettant d’allonger la durée de vie des produits ? De les technologique, économique et sociale, visant à rendre à la
consommer quand et où le consommateur le souhaite ? Ainsi, nature les flux de matière gazeuse ou solide qui lui sont
au-delà de ses aspects de protection et de promotion du produit empruntés aujourd’hui trop dangereusement. Elle doit être
(le fameux « vendeur muet » bien connu en marketing), le insérée dans les planifications urbaines selon un principe de
packaging joue un rôle clé dans les activités logistiques, sans gouvernance territoriale et de ‘gouvernance des flux’ ».
évoquer les informations qu’il contient et qui permettent aux L’économie circulaire, modèle économique initiée plus souvent
chaînes logistiques d’être plus performantes [2] [3] [4] [5]. par une institution politique ou un gouvernement, vise ainsi à
favoriser le développement économique d’un territoire donné,
Mais son rôle ne s’arrête pas là ! Dans une perspective de en privilégiant une circulation des flux physiques, d’eaux et
développement durable, ce rôle est désormais renforcé par d’énergie ainsi que des échanges en boucle fermée (voir la
l’émergence de nouvelles problématiques liées aux principes figure 1). Elle est un élément de l’écologie industrielle [11],
d’une économie qualifiée de « circulaire » [6] [7]. Autrement
CONGRÈS NATIONAL DE LA RECHERCHE EN IUT (CNRIUT'2017) : 4-5 MAI 2017, AUXERRE
imitant le fonctionnement des écosystèmes naturels caractérisés conséquence sur le modèle économique des autres acteurs »
par des capacités d’organisation autonome et des mécanismes [16].
de retour d’information ou feed-back [12].
Sur ces thématiques, il est néanmoins à noter que certains
Figure 1. Schéma de l’économie circulaire travaux académiques récents rejoignent les réflexions de
nombreux acteurs de la chaîne de valeur de l’emballage
(producteurs de matériaux d’emballage, fabricants
d’emballage, entreprises de produits de grande consommation,
entreprises de la distribution, sociétés agréées et opérateurs du
secteur de la collecte et de la valorisation, collectivité locales,
associations de consommateurs et de protection de
l’environnement, designers, fabricants de machines et autres
professionnels de l’emballage). À titre d’exemple, Massaroni et
al. [17] avancent que le supply chain management durable a
besoin de « packaging durable ». Par une étude exploratoire,
ces auteurs mettent en évidence que le « réseau
d’organisations » est une approche à privilégier pour
appréhender les dimensions multi-secteurs, multi-boucles,
multi-métiers ainsi que les enchevêtrements verticaux comme
horizontaux caractérisant les capacités et compétences que les
acteurs des chaînes logistiques doivent mobiliser. C’est ainsi
que dès le début des années 2000, certains auteurs
Source : [Link] (consulté le 16/01/2017). préconisaient déjà l’approche par les ressources pour étudier
l’emballage [18]. Se démarquant de l’approche le considérant
Plus récemment, en 2016, un rapport de l’Institut comme une simple activité logistique, ces auteurs conçoivent
Montaigne affirmait que toutes les définitions de l’économie l’emballage comme une ressource qui est connectée à d’autres
circulaire « convergent vers un objectif de croissance ressources. Ainsi, l’emballage s’interface à de multiples autres
économique durable : continuer à créer de la valeur en ressources, telles que le produit, les infrastructures logistiques,
réduisant les externalités négatives et le prélèvement des mais aussi les acteurs, les compétences et les capacités
ressources naturelles » [13]. Cet Institut place trois logistiques-SCM associées. C’est par le prisme de ces
caractéristiques fondamentales au cœur de l’économie approches multi-acteurs aux multiples compétences que nous
circulaire : croissance, innovation et collaboration. Dans le nous sommes alors penchés sur la pertinence des principaux
même temps, Buttin et Saffré [14] nous invitent à réconcilier packaging scorecards existants susceptibles d’aider à la prise
l’économie et la nature en « activant » l’économie circulaire. de décision.
C’est dans cet esprit que le Conseil National de l’Emballage
a publié en 2014 un rapport sur les liens entre le packaging et 3. DE LA PERTINENCE DES PACKAGING SCORECARDS EXISTANTS
l’économie circulaire. Il y est précisé que, pour le secteur de Depuis presque trois décennies, nombreuses sont les
l’emballage, l’économie circulaire « ne se limite pas au tentatives d’élaboration d’outils pour mesurer les activités
recyclage, elle couvre tous les stades de la vie du produit d’une entreprise. Le tableau de bord prospectif, plus connu
emballé à savoir : la conception, la production, la distribution sous le vocable de Balanced Scorecard, proposé par Kaplan et
et l’usage sans oublier la valorisation de l’emballage. Elle Norton [19] [20] en est l’exemple le plus marquant. Il fut
inclut les notions d’ancrage dans les territoires et de décliné dans divers domaines tels que les approvisionnements
proximité » [15]. Dans cette vision résolument circulaire de la [21] ou les emballages et la logistique [22]. Au-delà d’un
vie de l’emballage, ce rapport insiste également sur la place simple instrument de mesure, ce sont ses intérêts en termes de
centrale qu’occupent les économies de ressources (matière, formulation de la stratégie des entreprises et des
eau, énergie) rendues possibles par diverses démarches (éco- réorganisations qui s’ensuivent selon une approche holistique
conception du couple produit-emballage, réutilisation des qui ont inspiré Olsmats et Dominic [23]. Convaincus de la
emballages notamment en B2B, prévention des déchets nécessité de privilégier une telle approche du packaging, et face
d’emballage, amélioration de la recyclabilité, bouclage des flux à l’allongement et la complexité des chaînes logistiques, ces
de matériaux par réutilisation de la matière, etc.). deux auteurs ont alors proposé un tableau de bord spécifique au
packaging, le « packaging scorecard » [23]. L’originalité de ce
Si ces professionnels de l’emballage semblent s’être
tableau de bord réside dans le fait qu’il prend en compte les
pleinement appropriés la problématique de l’économie
différents acteurs des chaînes logistiques. Pour chaque acteur et
circulaire, ils font également preuve d’une grande perspicacité
dans le but d’accroître sa performance, une évaluation du rôle
quant à son ancrage dans le paysage de l’emballage via sa
et des fonctions du packaging est effectuée. Ce packaging
dimension logistique. Ainsi, le CNE a ensuite publié en 2015
scorecard vise également à atteindre l’objectif commun de
un autre rapport consacré, quant à lui, à l’emballage comme
l’ensemble des acteurs de la chaîne logistique, la satisfaction du
« acteur important de la logistique des produits » [16]. Il y est
client final.
tout particulièrement mis en évidence que la logistique de tout
couple « produit-emballage » doit se réfléchir « en pensant le Fondée sur la recherche de critères fonctionnels du
système complet de l’emballage (emballage primaire, packaging, c’est donc une approche davantage holistique de la
emballage secondaire et emballage de transport), en intégrant contribution du packaging à la création de valeur tout au long
des stratégies d’économie circulaire (éco-conception, des chaînes logistiques qui est développée par Olsmats et
recyclabilité, reverse logistics, mutualisation des moyens entre Dominic [23]. Dans le même esprit, des initiatives provenant
acteurs, etc.), dans sa globalité car les choix d’entreprises qui d’entreprises privées sont également à noter comme l’atteste la
sont réalisés à un endroit de la chaîne logistique peuvent démarche initiée, en 2006, par le géant de la distribution
impacter un autre endroit de la chaîne : le modèle économique Walmart. Cette année-là, Walmart dévoila son propre
choisi par un acteur de cette chaîne logistique n’est pas sans packaging scorecard à destination de ses fournisseurs [24],
CONGRÈS NATIONAL DE LA RECHERCHE EN IUT (CNRIUT'2017) : 4-5 MAI 2017, AUXERRE
packaging scorecard qui se voulait un outil de mesure leur prenantes dépassant des logiques traditionnelles B2B et B2C),
permettant de s’évaluer par rapport à d’autres fournisseurs dans ainsi que par la prise en compte de tous les systèmes
le but de réduire les emballages (matériaux, poids) tout en d’emballages (primaire, secondaire et tertiaire) [16]. De la
maintenant leurs propriétés en termes logistiques. Cependant, même façon et conformément à la définition de l’économie
les initiatives que l’on peut recenser à ce jour, toutes originales circulaire, le nouveau packaging scorecard s’applique aux
quelles soient en privilégiant une approche multi-acteurs, sont problématiques multi-cycles, multi-maillons, multi-acteurs et
peu nombreuses et se limitent le plus souvent à une approche multi-secteurs. Il s’agit d’un concept holistique susceptible
linéaire des chaînes logistiques. Le packaging scorecard d’être adapté à un contexte spécifique (tel que la délimitation
proposé par Olsmats et Dominic [23] s’appuie en effet sur un du territoire d’intervention) pour fournir des résultats
découpage assez réducteur des chaînes logistiques et ne prend pertinents.
en compte que les catégories d’acteurs suivantes : les
fournisseurs, les transporteurs, les grossistes, les détaillants et Selon la seconde question de recherche (QR2), une fois les
les consommateurs. composants des FLP et leur poids respectif identifiés, il s’agit
de mobiliser en interne ou en externe des compétences et des
Or, comme évoqué plus haut, dans une conception capacités logistiques-SCM afin d’obtenir un niveau de
circulaire de l’économie, la prise en compte de nouveaux performance souhaité pour les FLP. Ces compétences et
acteurs ne devient-elles pas incontournable ? En effet, au-delà capacités interviennent souvent à des niveaux différents par
de l’entreprise, industrielle ou de distribution, ne faut-il pas rapport à la définition des FLP. En effet, l’identification des
élargir l’analyse aux rôles joués par les acteurs de la reverse FLP se situe au niveau du design / développement / innovation
supply chain, comme à ceux joués par le consommateur (qui ne du couple « produit-emballage » autrement dit en amont, tout
serait plus le dernier maillon de la chaîne logistique, mais un comme les compétences et les capacités logistiques-SCM.
maillon à part entière dans une chaîne logistique en boucle Toutefois, ces dernières sont également mobilisées lors de la
fermée), par des éco-organismes, des associations, des réalisation des performances relatives aux FLP qui renvoie à
scientifiques et, plus largement, par les pouvoirs publics qui des dimensions plus tactiques ou opérationnelles. D’une
sont une partie prenante, voire le moteur, de la transition vers manière générale, les compétences et les capacités apparaissent
l’économie circulaire ? comme des concepts clés dans plusieurs théories du
management stratégique [25], dont la théorie des ressources, la
À l’évidence, un packaging scorecard adapté à une perspective fondée sur le management stratégique des
conception circulaire de l’économie s’impose. Outre les critères compétences, la théorie fondée sur les connaissances, les
traditionnels du packaging qui sont généralement les plus capacités dynamiques et l’approche relationnelle. Reliées et
importants pour les différents acteurs de la chaîne logistique et complémentaires [25], ces cinq perspectives présentent des
utilisés par Olsmats et Dominic [23] (facilité de fabrication, spécificités et des nuances, dont l’agencement adéquat paraît
protection du produit, flux d’information, efficacité poids et tout particulièrement prometteur pour des problématiques en
volume, qualité et taille, maniabilité, capacité de vente, SCM généralement de nature dynamique, relationnelle et
sécurité, réduction de l’utilisation des ressources, utilisation collaborative.
minimale de substances dangereuses, quantité minimale de
déchets, coûts d’emballage, autres propriétés à valeur ajoutée), Si les capacités et les compétences logistiques pertinentes
d’autres critères fonctionnels du packaging relevant de pour le SCM ont été identifiées par la communauté scientifique
dimensions plus englobantes ou de nouvelles dimensions sont à [26], c’est généralement sans référence explicite au packaging
prendre en compte en fonction des acteurs concernés. Ainsi, ou à l’économie circulaire. Gammelgaard et Larson [27]
contrairement au packaging scorecard traditionnel qui a pour distinguent entre capacités générales (indépendantes du
objectif la satisfaction du client final, le nouveau packaging contexte) et compétences (fondées sur l’expérience, uniques et
scorecard se doit de considérer également d’autres objectifs liées à un contexte bien précis). Ces auteurs identifient
prenant en compte le lien entre économie circulaire et sphère empiriquement les capacités et les compétences les plus
politico-économique. importantes en SCM, en opposant enquêtes quantitatives selon
une double perception professionnels / étudiants, et recherche
4. POUR UN PACKAGING SCORECARD AU SERVICE DE L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE qualitative via des études de cas. Cette triangulation
Poser les bases d’un nouveau packaging scorecard méthodologique permet de dresser un inventaire assez
délibérément orienté vers l’économie circulaire fait apparaître exhaustif, les éléments mesurés concernant les capacités et les
deux catégories de critères : d’une part les traditionnels compétences techniques, informatiques, statistiques, générales /
pouvant être appréciés quantitativement mais qui restent à relatives au management, intra-firme comme inter-firmes,
resituer en fonction de nouveaux thèmes dont ils relèvent et, systémiques-holistiques (« the big picture »), communicatives,
d’autre part, de nouveaux se référant à des compétences et à éthiques et humaines (l’empathie et l’écoute).
des capacités logistiques-SCM susceptibles de renforcer la Les capacités renvoient donc au double niveau intra-
performance des composants des FLP tout en favorisant la entreprise et inter-entreprises, ces dernières ayant une portée
transition vers une économie circulaire. Nous sommes donc clairement stratégique, parce qu’elles sont socialement
face à deux niveaux d’analyse qui font écho aux deux questions complexes, causalement ambigües et historiquement évolutives
de recherche que nous avons formulées plus haut. [28], autrement dit le fruit d’interactions entre acteurs. Ce
Selon la première question de recherche (QR1), il paraît paradigme collaboratif caractérisant les chaînes logistiques
nécessaire de s’interroger sur les FLP accélérant ou freinant la considère effectivement la collaboration stratégique comme
transition vers une économie circulaire. Le packaging source de compétitivité. Il s’étend désormais également à des
scorecard que nous envisageons reprend du modèle d’Olsmats aspects écologiques et sociétaux [29], tout particulièrement aux
et Dominic [23] le poids respectif de chaque critère FLP ainsi problématiques situées à l’interface SCM / économie circulaire.
que le résultat (score réel) obtenu. L’orientation vers Concernant les compétences logistiques-SCM au service de la
l’économie circulaire se manifeste par l’intégration, en plus de performance des composants des FLP dédiées à l’économie
la boucle emballage, des boucles plus larges vers d’autres circulaire, aucune validation empirique n’a été réalisée à ce
utilisations (la considération des divers acteurs ou parties jour, même si les chercheurs s’accordent sur l’importance des
CONGRÈS NATIONAL DE LA RECHERCHE EN IUT (CNRIUT'2017) : 4-5 MAI 2017, AUXERRE
capacités inter-entreprises, localisées auprès de quasiment tous [3] D. Hellström, M. Saghir, « Packaging and logistics interactions in retail
les acteurs (traditionnels, nouveaux, privés comme publics) de supply chains », Packaging Technology and Science, vol. 20, n° 3, 2007,
p. 197-216.
la chaîne logistique. Face à ce constat, nous proposons
[4] K. Verghese, H. Lewis, « Environmental innovation in industrial
(cf. figure 2) un modèle de recherche relatif à un packaging packaging: a supply chain approach », International Journal of Production
scorecard adapté à une conception circulaire de l’économie. Research, vol. 45, n° 18-19, 2007, p. 4381-4401.
Figure 2. Modèle de recherche pour un packaging scorecard [5] K. Molina-Besch, H. Pålsson, « A Supply Chain Perspective on Green
adapté à une conception circulaire de l’économie Packaging Development - Theory vs Practice », Packaging Technology &
Science, vol. 29, n° 1, 2016, p. 45-63.
[6] R. Le Moigne, L’Économie circulaire - Comment la mettre en œuvre dans
l’entreprise grâce à la reverse supply chain ?, Paris, Dunod, 2014.
[7] V. Aurez, L. Georgeault, Économie circulaire - Système économique et
finitude des ressources, Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur, 2016.
[8] D’après le site Internet suivant (consulté le 12/11/2016) :
[Link]
[9] F. Fulconis, G. Paché, E. Reynaud, « Vers une nouvelle forme de
croissance économique - Les apports des recherches en logistique et supply
chain management », Revue Française de Gestion, vol. 42, n° 261,
Novembre-Décembre, 2016, p. 127-149.
[10] J.-C. Lévy, V. Aurez, L’économie circulaire : un désir ardent des
territoires, Paris, Presses des Ponts, 2014.
[11] J. Park, J. Sarkis, Z. Wu, « Creating integrated business and environmental
value within the context of China’s circular economy and ecological
modernization », Journal of Cleaner Production, vol. 18, n° 15, 2010,
p. 1494-1501.
[12] Q. Zhu, J. Sarkis, K.-H. Lai, « Green supply chain management
implications for ‘closing the loop’ », Transportation Research Part E:
Source : élaboration personnelle des auteurs. Logistics and Transportation Review, vol. 44, n° 1, 2008, p. 1-18.
[13] Institut Montaigne, Économie circulaire, réconcilier croissance et
5. CONCLUSION environnement, Rapport Novembre, Paris, 2016.
Notre recherche vise à identifier les principaux composants [14] N. Buttin, B. Saffré, Activer l’économie circulaire. Comment réconcilier
des fonctions logistiques du packaging (FLP) facilitant la l’économie et la nature, Paris, Eyrolles, 2016.
transition vers une économie circulaire. Elle propose également [15] CNE, Emballages & économie circulaire, Paris, Conseil National de
l’Emballage, 2014.
d’identifier les compétences et capacités logistiques à mobiliser
afin d’augmenter la performance des composants FLP. La [16] CNE, L’emballage, acteur important de la logistique des produits, Paris,
Conseil National de l’Emballage, 2015.
recherche d’un terrain de validation et d’un appareil de mesure
[17] E. Massaroni, A. Cozzolino, E. Wankowicz, « Sustainable supply chain
associé se sont vite orientées vers des packaging scorecards management needs sustainable packaging - An exploratory study », Atti del
existants, tant sur le plan académique et professionnel. Ces XXVI Convegno annuale di Sinergie, Cassino, Univ. de Cassino, 2014.
tableaux de bord traditionnels et déjà orientés packaging [18] M. Jahre, C.J. Hatteland, « Packages and physical distribution »,
cernent, il est vrai, bien la portée stratégique de la performance International Journal of Physical Distribution & Logistis Management,
en SCM, de la nature holistique caractérisant toute chaîne vol. 34, n° 2, 2004, p. 123-139.
logistique digne de ce nom et de la satisfaction du client final. [19] R. S. Kaplan, D. P. Norton, « The balanced scorecard: measures that drive
Or, ils échouent lorsqu’il s’agit de transformer l’économie performance », Harvard Business Review, vol. 70, n° 1, 1992, p. 71-79.
linéaire en une économie circulaire, transformation pourtant [20] R. S. Kaplan, D. P. Norton, The balanced scorecard: translating strategy
into action, Boston (MA), Harvard Business School Press, 1996.
réclamée par un nombre croissant de parties prenantes, et
notamment par le consommateur. En effet, les tableaux de bord [21] Procurement Executives’ Association, Guide to a Balanced Scorecard:
Performance Management Methodology, Washington (DC), PEA, 1996.
disponibles ne tiennent pas (suffisamment) compte des natures
[22] M. Johnsson, Packaging Logistics - A Value-added Approach, Doctoral
multi-cycles, multi-maillons, multi-acteurs et multi-secteurs, thesis, Department of Engineering Logistics, Lund, Lund University, 1998.
pourtant sous-jacentes à la notion d’économie circulaire. [23] C. Olsmats, C. Dominic, « Packaging Scorecard - A Packaging
C’est ce manque dans la littérature actuelle qui a motivé Performance Evaluation Method », Packaging Technology and Science,
vol. 16, n° 1, 2003, p. 9-14.
notre recherche posant les bases d’un packaging scorecard qui
[24] D’après le site Internet suivant (consulté le 31/05/2016) :
ne considère pas « performance des FLP » et « passage vers [Link]
une économie circulaire » comme des objectifs contradictoires, unveils-packaging-scorecard-to-suppliers
mais qui poursuit au contraire leur intégration. Ainsi, et dans un [25] F. Prévot, F. Brulhart, G. Guieu, « Perspectives fondées sur les ressources.
registre plus large, ce n’est pas uniquement le packaging Proposition de synthèse », Revue Française de Gestion, vol. 36, n° 204,
scorecard qui se voit « revisitée », mais également la notion de 2010, p. 87-103.
performance, variable primordiale pour tout chercheur et [26] H. T. Duong, G. Paché, « Théorie des ressources appliquée à la logistique :
professionnel en (SC) management. Il en est de même pour le une identification de cinq dimensions clés », Logistique & Management,
vol. 23, n° 2, 2015, p. 55-71.
rôle du consommateur qui se verra certainement renforcé
comme premier / dernier maillon logistique lorsque l’économie [27] B. Gammelgaard, P. D. Larson, « Logistics skills and competencies for
supply chain management », Journal of Business Logistics, vol. 22, n° 2,
circulaire entrera en scène, et ce, pas seulement pour des 2001, p. 27-50.
problématiques packaging. [28] S. Gold, S. Seuring, P. Beske, « Sustainable supply chain management and
inter-organizational resources: a literature review », Corporate Social
6. REFERENCES Responsibility and Environmental Management, vol. 17, n° 4, 2010,
[1] M. Fontaine, L’Emballage, ce bel inconnu, Paris, Éditions BoD, 2016. p. 230-245.
[2] N. R. Jantzen, M. Alexander, « A Logistical View of Packaging », [29] S. Vachon, R.D. Klassen, « Extending green practices across the supply
Chapter 9, in: J. Schorr, M. Alexander, R. J. Franco, Logistics in chain. The impact of upstream and downstream integration », International
Marketing, New York, Pitman Publishing Corporation, 1969, p. 129-155. Journal of Operations & Production Management, vol. 26, n° 7, 2006,
p. 795-821.