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La Délinquance Sexuelle

Le document traite de la délinquance sexuelle, en définissant l'agression sexuelle et le viol selon le Code pénal français, ainsi que les statistiques sur les victimes et les agresseurs. Il aborde également les classifications des comportements sexuels délictueux et les motivations psychologiques des agresseurs, notamment en ce qui concerne la pédophilie. Enfin, il souligne l'importance de la recherche sur les distorsions cognitives des agresseurs et les différentes typologies de délinquants sexuels.

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La Délinquance Sexuelle

Le document traite de la délinquance sexuelle, en définissant l'agression sexuelle et le viol selon le Code pénal français, ainsi que les statistiques sur les victimes et les agresseurs. Il aborde également les classifications des comportements sexuels délictueux et les motivations psychologiques des agresseurs, notamment en ce qui concerne la pédophilie. Enfin, il souligne l'importance de la recherche sur les distorsions cognitives des agresseurs et les différentes typologies de délinquants sexuels.

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1.

La délinquance sexuelle
L’agression sexuelle est définie dans le Code pénal comme une
atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise
(article 222-22 du Code pénal). « Le viol et les autres agressions sexuelles
sont constitués lorsqu’ils ont été imposés à la victime dans les circonstances
prévues par la présente section, quelle que soit la nature des relations exis-
tant entre l’agresseur et sa victime, y compris s’ils sont unis par les liens du
mariage. Lorsque les agressions sexuelles sont commises à l’étranger contre
un mineur par un Français ou par une personne résidant habituellement
sur le territoire français, la loi française est applicable… ». Tout acte de
pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne
d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. Le viol est
puni de quinze ans de réclusion criminelle (article 222-23 du Code pénal).
Le Code pénal distingue également le viol aggravé (précédé, accompagné ou
suivi d’actes de torture et de barbarie, ou encore lorsqu’il a entraîné la mort
de la victime), l’attentat à la pudeur, l’exhibition sexuelle et le harcèlement
sexuel. Ces qualifications attestent la grande diversité des profils d’agres-
seurs sexuels et la complexité d’une prise en charge unique.

Sur la base d’études européennes effectuées en population générale sur


des échantillons représentatifs d’adultes, les taux de femmes ayant subi au
moins une agression sexuelle dans leur vie varient jusqu’à atteindre 22 %.
Une étude de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses
pénales sur un échantillon de 67 000 personnes de 18 à 75 ans montre que
1,25 % des répondants ont déclaré avoir été victimes de violences et que
près de 2 % des femmes ont subi, en l’espace de deux ans, des violences
physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-­conjoint (ONDRP,
2012). Ces violences sexuelles seront évoquées lorsque nous aborderons la
question des violences conjugales.
© Dunod. Toute reproduction non autorisée est un délit.

Beaucoup se posent la question d’une éventuelle pathologie mentale


à l’origine de ces agressions sexuelles. Il existe plusieurs classifications
des comportements sexuels délictueux, dont la synthèse a été réalisée par
McKibben (1993). Elles permettent de décrire les diverses motivations du
criminel.

57
58

Les personnalités criminelles


présente de ce fait un certain intérêt clinique.
des agresseurs sexuels « violeurs ». Le repérage réalisé par Coutanceau
Tableau 2.1 – Classification des comportements sexuels délictueux

Dans la littérature française, il n’existe pas de classification systématisée


(McKibben, 1993, 2001)

Guttmacher
McCaldon Cohen (1969, Groth Rada
et Weihofen Gebhard (1965)
(1967) 1971) (1977, 1979) (1978)
(1952)
Violeur
Violeur
Recherche de recherchant la
recherchant le
pouvoir confirmation de
pouvoir
sa virilité
Violeur
Recherche de présentant un
Violeur défensif
pouvoir et rage conflit quant
à son identité
Violeur Violeur
caractérisé par déplaçant Violeur animé
Rage
la violence de ses pulsions par la rage
ses assauts agressives
Violeur
fusionnant
Sadisme Violeur sadique ses pulsions Violeur sadique Violeur sadique
agressives et
sexuelles
Comportement Violeur Violeur Violeur
Violeur amoral Violeur impulsif
antisocial antisocial sociopathe sociopathe
Violeur ayant
Violeur
une image clivée
circonstanciel
Divers de la femme
Violeur
Violeur explosif
psychotique
Violeur ivrogne
Criminalités spécifiques et techniques d’investigation ■ Chapitre 2

Tableau 2.2 – Classification des agresseurs sexuels (Coutanceau, 2001, 2010)


Immaturo-­
Névrotique Pervers
pervers
Reconnaissance
Contrainte lors indirecte,
Reconnue Déni
de l’acte négation
banalisante
Vécu surmoïque Ni anxiété ni
Culpabilité Honte
de l’acte honte apparente

Ressentiment
Banalisé
possible pour la Reconnu Nié
Minimisé
victime
Reconnue
Position face Acceptée avec
comme Défiée
à la loi (légalité) difficulté
structurante

Selon Coutanceau, l’auteur du viol ne correspond pas à un type de person-


nalité spécifique, même si une majorité de sujets se situent dans un spectre
de déséquilibre psychopathique avec une efficience intellectuelle restreinte.
Le violeur reconnaît rarement l’intrusion corporelle que représente le viol.
Les sujets fonctionnant sur un mode pervers constituent une minorité parmi
les agresseurs sexuels, de même que ceux qui ont développé une patho-
logie mentale psychiatrique caractérisée. Ces personnes présentent le plus
souvent de l’impulsivité, de l’agressivité, une intolérance à la frustration
et une fragilité des capacités de mentalisation. Plus largement, l’organisa-
tion perverse doit être distinguée des moments pervers (aménagements
périodiques, relations spécifiques avec une personne donnée). La perver-
sion serait, selon Coutanceau, une dynamique psychologique plutôt qu’une
structure. Les angoisses des pervers reposent sur une peur de l’abandon et/
ou une recherche de dépendance (Ciavaldini, 2000). L’auteur présuppose
une relation de type anaclitique ambiguë, l’objet étant à la fois recherché
pour s’y soumettre (état de dépendance) et particulièrement agressé car
susceptible d’abandonner la personne. Le risque dépressif est important
du fait de la possibilité d’effondrement psychologique. Ces troubles du
comportement sexuel sont souvent plus que des troubles de la sexualité.
Ils correspondent à une recherche de solutions défensives vis-­à‑vis d’an-
goisses concernant le sentiment identitaire (fonction d’autoapaisement).
La plupart des agresseurs présentent un clivage et une dénégation des faits
criminels. Hood (2002) évoque le fait qu’il y aurait 30 à 35 % de la popula-
tion d’auteurs de violences sexuelles qui seraient dans un déni total de leur

59
Les personnalités criminelles

acte. Leur capacité adaptative sur le plan social et familial est apparemment
satisfaisante. Le moi clivé permettrait d’une part une prise en compte de
la réalité, d’autre part des angoisses et des recours à l’acte. L’adaptabilité
résiderait plutôt dans un fonctionnement social superficiel, marquant des
comportements en faux self plutôt qu’une véritable adaptabilité. Le sujet,
désorganisé par l’émergence de l’excitation, ne pourrait plus identifier l’objet
comme objet du désir et passerait du désir au besoin de faire cesser la
menace que représente l’excitation (Ciavaldini et al., 2001). La perversion
constitue plutôt selon Balier (1996) l’impossibilité pour le sujet de faire face
à une relation d’objet primaire dont il se sent dépendant tout en refusant
cette dépendance, et dont il ne pourrait sortir que par de la violence à l’égard
de la personne ou d’un substitut. Notons que la perversion n’est pas établie
en tant que diagnostic psychiatrique dans les classifications internationales,
mais qu’elle est intégrée aux paraphilies (DSM) et aux troubles de la préfé-
rence sexuelle (CIM).

1.1 La pédophilie
La pédophilie n’apparaît pas dans la loi française en tant que telle, à la
différence des lois américaines (Snyder, 2000). Elle est reconnue en France
comme une agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans (art. 227-25
et suivants, Code pénal). Une revue internationale réalisée par Putman
(2003) à partir d’études de victimisation indique une prévalence moyenne
des violences sexuelles avant 18 ans de 16,8 % chez les filles et de 7,9 %
chez les garçons. Un rapport de l’OMS rendu public en 2014 faisait état
de 20 % des femmes et entre 5 et 10 % des hommes dans le monde qui
avaient subi des violences sexuelles pendant leur enfance. Une étude pour
l’Unicef (Salmona et al., 2015) sur 1 214 victimes de violences sexuelles
âgées de 15 à 72 ans rapporte qu’une femme sur cinq et un homme sur
quatorze déclarent avoir déjà subi des violences sexuelles. Dans 81 % des
cas, les victimes sont des mineurs, et dans 94 % des situations les agres-
seurs sont des proches. Le rapport de l’Observatoire National français de
la Protection de l’Enfance (ONPE) déclare que les forces de sécurité ont
enregistré 19 700 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs en 2016,
dont 78 % concernaient des filles, et 7 050, des viols. Dans l’ensemble de la
population des mineurs de France métropolitaine, le rapport fait état de
1,4 jeune sur 1 000 ayant subi des violences sexuelles (2,2 filles sur 1 000
contre 0,6 garçon sur 1 000).

60
Criminalités spécifiques et techniques d’investigation ■ Chapitre 2

En France, le trop faible nombre des études de victimisation rend difficile


le croisement des chiffres issus de différentes sources. Dans l’étude de Marie
Choquet (enquête sur les comportements sexistes et les violences envers
les jeunes filles, 2007), 6 % de l’échantillon de plus de 1 500 adolescentes de
Seine-­Saint-­Denis déclarent avoir subi des violences sexuelles à 14 ans, 12 %
à 18 ans, et 14 % à 21 ans contre 2 % chez les garçons.

Il est intéressant de comparer les définitions de la CIM-10 et du DSM-5.


La pédophilie (répertoriée F65.4 dans la CIM-10) est décrite comme un
trouble de la préférence sexuelle (F65). Elle est intégrée aux troubles du
comportement comme « préférence sexuelle pour les enfants, générale-
ment d’âge prépubère ou au début de la puberté ». Il est précisé que certains
pédophiles sont uniquement attirés par les filles, d’autres uniquement par
les garçons, et d’autres encore par les deux sexes. Le pédophile peut être
hétérosexuel, homosexuel ou bisexuel.

Le DSM-5 donne des critères précis pour diagnostiquer la pédophilie


(APA, 2013). Il s’agit d’une paraphilie, c’est-­à‑dire d’une attraction sexuelle
ou de pratiques sexuelles qui diffèrent des comportements sexuels consi-
dérés comme faisant partie d’une sexualité normale d’après les normes
sociales. Trois critères doivent être remplis :
– présence de fantaisies imaginatives sexuellement excitantes, d’impulsions
sexuelles, ou de comportements, survenant de façon répétée et intense,
pendant une période d’au moins six mois, impliquant une activité sexuelle
avec un enfant ou des enfants prépubères (généralement âgés de 13 ans
ou plus jeunes) ;
– la personne a cédé à ces impulsions sexuelles, ou les impulsions sexuelles
ou les fantaisies imaginatives sexuelles sont à l’origine d’un désarroi
prononcé ou de difficultés interpersonnelles ;
– le sujet est âgé de 16 ans au moins et a au moins 5 ans de plus que l’enfant
mentionné en 1.

Pour le DSM-5, on doit spécifier si le pédophile est exclusif ou non


exclusif, c’est-­à‑dire s’il est attiré uniquement par les enfants ou si une
sexualité adulte coexiste avec cette dernière. Cet aspect rejoint ainsi un des
points soulevés dans la CIM-10. Selon Abel et Harlow (2001), les pédophiles
exclusifs représenteraient seulement 7 % des pédophiles avérés. Le DSM-5,
à l’instar de la CIM-10, précise si l’attirance est homosexuelle, hétérosexuelle
ou bisexuelle, si la pédophilie est intra- ou extrafamiliale. Le DSM-5 ajoute

61
Les personnalités criminelles

à cette catégorisation la notion de durée (présence des troubles depuis au


moins 6 mois), l’association de fantaisies imaginatives ou de comporte-
ments sexuellement excitants et de souffrance cliniquement significative
ou d’une altération du fonctionnement social, affectif ou professionnel. La
pédophilie est donc avérée lorsque l’auteur est âgé de 16 ans au moins et
lorsqu’il a au moins 5 ans de plus que l’enfant. Plusieurs théories dites « impli-
cites » permettent d’expliquer les motivations de l’agresseur sexuel d’enfant
à passer à l’acte. Définies en cinq catégories, elles précisent la façon dont les
délinquants peuvent percevoir le monde : l’enfant est sexualisé (donc selon
l’agresseur « il peut être d’accord d’avoir des comportements sexuels »), la
nature du mal (« je ne fais pas de mal aux enfants »), le droit (« je mérite le
sexe »), la dangerosité du monde (« le monde est dangereux et je suis plus en
sécurité avec des enfants ») et l’incontrôlabilité des comportements (« je ne
peux pas contrôler ma sexualité » ; Sullivan et Sheehan, 2016). Il est égale-
ment important de noter que l’absence de consensus théorique quant à la
nature des distorsions cognitives a conduit chercheurs et cliniciens à mettre
en œuvre des recherches plus systématiques qui ont mis en lumière deux
conceptions radicalement différentes et qui peuvent correspondre à des cas
cliniques différents : dans l’une les distorsions cognitives sont apparentées
à des mensonges (des distorsions conscientes et délibérées) et dans l’autre,
elles sont assimilées à des croyances ou attitudes perçues comme vraies par
l’agresseur (inconscientes et automatiques) (Vanderstukken et al., 2015).

D’autres troubles ont été relevés, tels que le sadomasochisme, le féti-


chisme, ainsi que des troubles multiples de la préférence sexuelle. Il existe
plusieurs typologies de délinquants sexuels (voir Aubut), c’est pourquoi les
classifications ont visé l’élargissement de la réflexion au-­delà de la préfé-
rence sexuelle en intégrant notamment le niveau de violence physique et
relationnelle (modèle de Groth), la recherche de pouvoir de l’agresseur
et ses différentes formes comportementales ou relationnelles (classifica-
tion de Knight, Carter et Prentky), la motivation de l’acte, la compétence
sociale de l’auteur, ou la relation d’objet (Van Gijseghem). Nous examine-
rons quelques-­uns de ces modèles.

1.2 Le modèle de Groth


Groth et Burgess (1977, puis Groth et Birnbaum, 1979) ont réalisé un
des premiers modèles, portant principalement sur les auteurs de viols, sur

62
Criminalités spécifiques et techniques d’investigation ■ Chapitre 2

les motivations et les modalités de l’acte d’une part, et sur les relations
avec la victime d’autre part. Ils ont proposé un modèle en deux parties :
le viol en cas de désir de domination et d’affirmation de puissance (1) et
l’attentat à la pudeur en cas de séduction et de jeu (2). Chacune des deux
parties est subdivisée : dans l’attentat à la pudeur, les pédophiles fixés sont
distingués des pédophiles régressés (qui deviendront, au fil des classifica-
tions, des pédophiles « régressifs »). Les pédophiles fixés sont attirés depuis
leur adolescence par des individus jeunes alors que les pédophiles régres-
sifs sont fascinés à l’âge adulte et sous l’effet d’un stress par des personnes
jeunes. Par ailleurs, dans le viol, trois types de motivations de l’agresseur
sont distingués : la colère, le désir de puissance et le sadisme (voir figure 2.1).

Attentat à la pudeur

Fixé Régressé

Viol

Colère Désir de Sadisme


puissance

Figure 2.1 – Modèle de Groth

Knight et Prentky (1990) ont poursuivi les travaux de Groth en sélection-


nant des sujets ayant commis des actes sur des mineurs, excluant les actes
incestueux, et les sujets ayant également commis des actes sur des adultes.
Leur modèle présente une bonne fiabilité statistique.

Ils ont construit deux typologies, l’une pour les agresseurs d’enfants,
l’autre pour les violeurs. Les agresseurs d’enfants sont rangés selon l’inten-
sité de leur intérêt pédophile, puis selon leur degré d’adaptation sociale,
élevé ou faible. Ensuite, ils sont classés selon le temps passé auprès des
enfants et selon que le contact était à but sexuel ou non. Chacune de ces
catégories est encore subdivisée. Quatre motivations principales pour les

63
Les personnalités criminelles

agressions sexuelles sont analysées : l’opportunisme, la rage indifférenciée,


la motivation sexuelle et la motivation vindicative.

Leur modèle de classification porte sur la motivation primaire des violeurs


de personnes post-­pubères.

Tableau 2.3 – Classification de Knight et Prentky

Rage
Opportunisme indifférenciée
Sadique
Forte Faible
Aucun
compétence compétence
sous-­type
sociale sociale

Motivation sexuelle Motivation vindicative


Sadique Non sadique
Différée
Forte Faible Faible Compétence
à forte
Manifeste compétence compétence compétence sociale
compétence
sociale sociale sociale moyenne
sociale

Dans les deux types d’opportunisme, l’assaut agressif est impulsif et


repose plus sur une opportunité que sur une fantaisie sexuelle ritualisée.
La compétence sociale est un facteur discriminant. Les sujets à forte compé-
tence sociale ont plutôt tendance à agresser des femmes connues d’eux. Les
sujets à faible compétence sociale présentent une impulsivité plus forte.
La rage indifférenciée caractérise une faible tolérance à la frustration et
une impulsivité très grande. L’assaut est souvent violent et entraîne des
blessures graves. La motivation, le type d’assaut et la fréquence des agres-
sions dominent cette catégorie. La motivation sexuelle émane des fantaisies
sexuelles, qui peuvent être sadiques. Le but de l’assaut est essentiellement
sexuel. Les agresseurs qui n’usent pas d’un mode sadique sont les moins
violents et ont une compétence sociale manifeste, ou bien ont vécu des
insatisfactions importantes à un moment de leur vie. Certains agresseurs
non sadiques ont une faible compétence sociale et sont plus timides ou
dépressifs. Les distorsions cognitives sont fréquentes. Il s’agit de croyances
et de pensées relatives aux comportements sexuels déviants et qui ont pour
fonction de les légitimer ou d’en minimiser les conséquences (Pham, 2006),
par exemple lorsque l’agresseur suppose qu’une femme désire être forcée.
Elles ont donc pour objectif de minimiser le sentiment de responsabilité

64
Criminalités spécifiques et techniques d’investigation ■ Chapitre 2

de l’agresseur. Les sujets manifestant du sadisme ont des fantaisies ou des


comportements sadiques manifestes ou différés (qu’on ne peut pas direc-
tement observer dans leur comportement). La motivation vindicative a une
certaine proximité avec la rage indifférenciée. En revanche, les vindicatifs
ne dirigent pas leur rage contre les hommes dans des bagarres par exemple.
L’assaut vise à dégrader, humilier, détruire la victime. Cette classification en
neuf sous-­types a été longuement testée par Knight et Prentky. On notera
que l’alcoolisme, la toxicomanie, la psychose et la déficience mentale ne
constituent pas en soi des facteurs significatifs : ils viennent influencer
d’autres motivations. Le Questionnaire d’Investigation Clinique Pour les
Auteurs d’Agressions Sexuelles (QICPAAS, Balier et al., 1997) est un guide
d’entretien pour le recueil d’éléments du dossier, pour faire décrire l’acte et
sa perception par le sujet, les conséquences sur la victime, l’investigation de
la personnalité de l’auteur, son comportement relationnel et émotionnel, ses
angoisses, ses antécédentes psychiatriques éventuels, son comportement en
matière d’addiction, ses relations familiales, amicales et affectives.

Concernant les pédophiles, la classification de Knight, Carter et Prentky


(1990) repose sur une méthodologie d’analyse statistique à partir d’un
questionnaire construit dans une perspective cognitivo-­comportementale.
Cette classification a été affinée en 1997 afin de déterminer six profils de
pédophiles (voir figure 2.2 ci-­contre), puis revue en 2009. Le modèle de
classification intègre à la fois le degré de fixation, c’est-­à‑dire l’intérêt du
pédophile pour les enfants, la place qu’ils prennent dans sa vie fantasma-
tique, et le niveau de compétence sociale, variable qui différencie beaucoup
les pédophiles les uns des autres.

Quantité de contacts

Grande quantité de contacts Faible quantité de contacts

Violence réduite Violence élevée

Signification Signification
interpersonnelle narcissique Non Non
Sadique Sadique
(type I) (type II) sadique sadique
(IV) (VI)
(III) (V)
Figure 2.2 – Profils de pédophiles (Knight et Prentky)

65
Les personnalités criminelles

Sur un second axe, le modèle analyse la quantité de contacts. Le temps


passé avec des enfants spécifie les pédophiles, notamment si leur métier
les place au contact régulier des enfants. Si la motivation est de type inter-
personnel, les activités sexuelles qui marquent le délit sont le plus souvent
des caresses, des étreintes et des masturbations. Si la motivation est de type
narcissique, plus égocentrique, la victime est utilisée comme objet pour
l’assouvissement de la pulsion jusqu’à l’orgasme.

Les pédophiles qualifiés comme étant « à faible quantité de contacts »


sont analysés en fonction de la violence dont ils ont fait preuve. Le niveau
de violence est réduit si la victime n’est pas blessée. Ce niveau de violence
réduite concerne deux types d’agresseurs. Ceux du type III utilisent séduc-
tion et persuasion ; ils ne prennent pas plaisir à faire mal ou à voir la peur
de la victime. Si c’est le cas, il s’agit d’un type IV, qui utilise des fantaisies
sadiques, a recours à la sodomie, insère des objets dans le vagin ou l’anus,
sans volonté de blesser l’enfant. Le niveau de violence élevée regroupe
là encore deux types. Si la victime est brutalisée sans recherche d’éroti-
sation il s’agit d’un type V. La victime est alors agressée en fonction de
sa classe sociale, d’une haine vouée à un parent, etc. Le type VI, sadique,
érotise l’agression comme la peur de la victime. Les comportements sont
bizarres et souvent ritualisés (piqûres, mutilations, utilisation d’objets). De
tels modèles de classification permettent de rendre compte de différentes
variables auxquelles renvoient les comportements de délinquance sexuelle
selon les particularités de leurs auteurs. Toute classification est réductrice,
mais ce procédé permet un repérage des modalités d’engagement dans l’acte
d’agression et peut inspirer des traitements spécifiques.

Le second critère du DSM nécessaire à un diagnostic de pédophilie n’est


pas rencontré chez certains des détenus agresseurs sexuels d’enfants consi-
dérés comme pédophiles (Proulx et al., 2000). Ceux-­ci commettraient leurs
actes de façon égosyntone et ne montreraient aucune détresse psychologique
ou autre forme de problème concernant leur vie sociale ou professionnelle.
Ils seraient plus proches de certains pervers sexuels sadiques. Proulx préfère
ne plus utiliser le terme de pédophile et distingue les agresseurs sexuels
d’enfants extra- et intrafamiliaux. Il note aussi que le DSM ne mentionne
pas si le fantasme du pédophile est préférentiel ou non. En effet, certains
pédophiles présenteraient seulement un intérêt pour les enfants avec une
préférence pour les adultes tandis que d’autres seraient attirés par les
enfants de manière élective, qu’ils soient en couple ou non.

66
Criminalités spécifiques et techniques d’investigation ■ Chapitre 2

À partir d’une approche psychodynamique, Van Gijseghem (1988)


distingue huit types de pédophiles en se fondant notamment sur le prin-
cipe de la relation d’objet des personnes étudiées, ainsi que sur la structure
du caractère. Il décrit plusieurs paramètres comme les enjeux dans les
éléments contre-­transférentiels, les facteurs déclencheurs de l’abus sexuel
et les éléments étiologiques. Il établit différentes problématiques à l’origine
de la pédophilie : carence passive-­dépendante versus agressive-­dévorante,
prépsychose, borderline, structure perverse, psychopathie, paranoïa, registre
névrotique, troubles organiques et déficience mentale.

Dans la revue réalisée par McKibben pour ces classifications, des carences
ont été mises en évidence, telles que l’absence de critères diagnostiques
opérationnels et l’absence de fiabilité interjuges. Selon lui, la description
des sous-­types proposés est insuffisamment détaillée et repose sur des
critères subjectifs. Des critères comme l’abus d’alcool ou de drogues, la
déficience mentale ou la psychose se révéleraient être des modulateurs
pouvant influencer la classification sans la déterminer. Proulx note que les
classifications proposées évoquent très peu la personnalité des agresseurs
de même que la phase pré-­criminelle et se fondent essentiellement sur des
critères comportementaux.

Si on ne peut réaliser un profil type du pédophile, il est possible d’avancer


des éléments biologiques. Cantor et ses collaborateurs (2008) évoquent une
présence moindre de substance blanche chez les pédophiles. Ceci aurait
pour résultat une déconnexion partielle dans le réseau des reconnaissances
sexuelles. De la même manière, Schiltz et al. (2007) estiment l’amygdale
plus petite avec moins de substance grise dans cette région du cerveau des
pédophiles, signes d’un désordre développemental ou environnemental.
Toujours dans une approche biologique, certaines études (Blanchard et al.,
2007, 2010 ; Cantor et al., 2007) fournissent des données précises sur la
taille, le quotient intellectuel ou la latéralisation : les pédophiles seraient
en moyenne plus petits, auraient un quotient intellectuel plus faible et
seraient plus nombreux à être gauchers. Ces caractéristiques n’ont pour
les auteurs pas d’autre intérêt que de signaler des perturbations. D’autres
recherches récentes font état de perturbations neurochimiques telles que
des dérèglements sérotoninergiques. L’éducation ou le climat familial ont
été pris en compte dans les études. Actuellement rien n’a été probant sur
le plan génétique. Blanchard (2002) relie la pédophilie à l’effet d’un facteur
neurodéveloppemental à la suite de modifications au niveau de la substance

67
Les personnalités criminelles

grise et des parties spécifiques de l’insula. Il évoque néanmoins un parallèle


intéressant avec le syndrome de stress post-­traumatique (Post Traumatic
Stress Disorder, PTSD) en faisant remarquer que les personnes atteintes de
PTSD et les pédophiles présentent des signes identiques. Il existe selon lui
un lien entre le fait d’avoir été abusé sexuellement et de devenir pédophile
une fois adulte. Une hypothèse serait que le fait d’avoir été victime d’abus
sexuel provoquerait un trouble de stress post-­traumatique, engendrant ainsi
des modifications neurologiques qui seraient à l’origine des comportements
pédophiles. L’influence environnementale la plus étudiée est celle concer-
nant le cycle abusé-­abuseur (victim-­to-­abuser). Le fait d’avoir été victime de
pédophilie augmenterait-­il le risque de devenir pédophile ? Cette question
s’applique au-­delà de la pédophilie aux agressions d’enfants en général.
Cependant, le pourcentage de pédophiles ayant été précédemment abusés
est variable selon les études (Blanchard et al., 2000), la majorité se situant
entre 15 et 30 %. Une étude plus récente indique que la victimisation sexuelle
dans l’enfance serait cinq fois plus fréquente chez des délinquants sexuels
que chez des délinquants non sexuels (McCuish, Cale, Corrado, 2017).
Albernhe (1997) avance que les pédophiles auraient un passé de difficultés
ou de carences affectives ou éducatives et que la relation à la mère aurait
été dysfonctionnelle, marquée par l’absence ou l’hostilité. Il est possible
que le fait d’avoir eu une mère en traitement psychiatrique augmente le
risque. Nombreuses sont donc les hypothèses biologiques, psychologiques
ou environnementales, qui constituent plutôt des facteurs de risque que
de véritables hypothèses étiologiques. Comme en témoignent les études
de Mikorski et Szymanski (2017), le fait que des groupes de pairs mascu-
lins approuvent le fait d’user de la force dans les relations sexuelles avec
les femmes et défendent l’idée d’une masculinité hostile (soutenant le viol
et les attitudes hostiles envers les femmes) prédit l’implication dans des
trajectoires hautement agressives sexuellement. Les distorsions cognitives
semblent donc ne pas être uniquement internes mais également soutenues
par certains groupes sociaux. Cela montre une nouvelle fois la nécessité de
la psychoéducation concernant les cognitions associées aux femmes auprès
d’une population d’hommes assez vaste. En effet, le partage et l’acceptation
de tels comportements et pensées renforcent le risque d’agression sexuelle
des femmes.

68
Criminalités spécifiques et techniques d’investigation ■ Chapitre 2

Tableau 2.4 – Problématiques psychologiques des pédophiles


(Bouchet-­Kervella, 2000)
Éléments différenciateurs
Défenses fondées sur le recours Défenses fondées sur le recours
à la destructivité à l’érotisation
Déficit majeur d’amour parental Perte trop soudaine ou trop
primaire : sentiment d’avoir été précoce des échanges sensuels et
Traumatismes
dès le début un enfant indésirable. narcissiques primaires avec la mère.
narcissiques
Parfois atmosphère familiale Sentiment d’être devenu
de base
de violence, négligence des besoins secondairement indésirable
élémentaires, ou maltraitance. pour le couple parental.
Terreur innommable Effondrement de l’estime de soi
de néantisation, d’intrusion, et vacillement de la représentation
Type
de confusion sujet/objet identitaire en cas d’échec
d’angoisse
dans les relations avec autrui. relationnel (déception, abandon,
humiliation, rejet).
Pauvre, défensivement fondé Quête de relations affectives
Mode sur la domination d’autrui. et érotiques comme support vital
relationnel du sentiment d’existence.

Traumatismes archaïques Figuration des traumatismes subis,


impensables, maintenus à l’écart sous une forme déguisée qui les
de la vie psychique en raison renverse en leur contraire.
Défenses de leur impact désorganisant. Clivage oscillant en alternance
mises en Clivage radical et déni massif entre déni et reconnaissance
œuvre des affects de détresse. de la détresse narcissique
contre les Représentation identitaire fondée et de la dépression.
traumatismes sur un idéal de toute-­puissance Représentation identitaire
phallique. dont l’instabilité est combattue
par le recours à l’excitation
sensorielle érotisée.
Perception de l’enfant comme être Surinvestissement érotique
faible et passif, qui ranime soudain et narcissique de l’enfant comme
les vécus infantiles désastreux double externe idéalisé doté
internes : moment d’effraction d’une séduction irrésistible.
brutale du clivage protecteur de la Affirmation de l’attrait érotique
Place de la cohésion du moi, et de confusion de l’enfant pour l’adulte, visant
rencontre psychotique dedans/dehors. à dénier et à renverser en son
avec l’enfant Annulation radicale du risque contraire le désintérêt parental
dans d’identification confusionnelle subi.
l’économie à l’enfant fragile, soit par Confusion entre affectivité
psychique, l’affirmation d’une toute-­puissance et sexualité : pratiques sexuelles
et modalités phallique dominatrice (viol dénué « douces », allure plus « maternelle »
sexuelles d’investissement érotique), soit que génitalisée, visant à incarner
utilisées par la suppression de l’objet externe une représentation idéale des
inducteur du retour des traces échanges mère/enfant trop tôt
traumatiques (meurtre). perdus.
Identification directe et Projection des aspects négatifs
massive à des images parentales des images parentales sur le monde
omnipotentes et mortifères. des adultes.

69
Les personnalités criminelles

Bouchet-­Kervella (2000) a choisi de distinguer les pédophiles pervers selon


leurs modalités défensives : on différencie donc les défenses fondées sur le
recours à la destructivité et celles fondées sur le recours à l’érotisation (voir
tableau 2.4). Bouchet-­Kervella précise que le tableau ne vise évidemment
pas à réduire à deux cas de figure caricaturaux la complexité des conduites
pédophiliques. Il a seulement pour but de proposer un repérage des éléments
psychodynamiques à explorer pour déterminer la place des conduites pédo-
philes dans l’économie psychique des diverses organisations mentales.

Parmi les modèles de délinquance sexuelle, citons le modèle des trajec-


toires, mis en avant par Ward et Siegert (2002), qui repose sur l’existence de
quatre mécanismes dysfonctionnels impliquant cinq trajectoires distinctes
aboutissant au passage à l’acte. Les mécanismes sont les déficits sur le plan
de l’intimité et des habiletés sociales (difficulté à entrer en relation intime
ou sexuelle avec un adulte), les scripts sexuels déviants (cognitions liées à la
sexualité), la régulation émotionnelle dysfonctionnelle (difficulté à gérer des
émotions d’autrui, les émotions négatives ou lors de stress émotionnel) et les
distorsions cognitives (issues des croyances erronées que l’agresseur a sur
son comportement, ses justifications, et l’attitude des autres). Les cinq trajec-
toires reflètent ces mécanismes problématiques : les problèmes d’intimité
(avec bien souvent un style d’attachement insécure ; ceux qui s’inscrivent
dans cette trajectoire ont des scripts sexuels normaux mais, dans certaines
circonstances, l’enfant serait préféré à l’adulte), la régulation émotionnelle
dysfonctionnelle, les scripts sexuels déviants, et les schémas relationnels,
multiples mécanismes dysfonctionnels (les mécanismes sont déficients), et
les cognitions antisociales (les attitudes antisociales sont rationalisées ou
justifiées par l’agresseur). Un modèle plus récent, celui de Ward et Beech
(2006), a voulu constituer une théorie intégrative de l’agression sexuelle qui
retienne l’essentiel des facteurs antérieurement validés. Ils considèrent que
l’agression sexuelle est le produit de l’interaction dynamique d’un ensemble
de facteurs proximaux et distaux biologiques (génétiques et liés au déve-
loppement cérébral), neuropsychologiques (liés aux systèmes émotionnel,
motivationnel, de contrôle de l’action, de perception, de mémoire) et
environnementaux (liés au milieu de vie social, culturel, qui peut faciliter
l’agression voire l’accès à la victime). Ces facteurs seraient à l’origine des
problèmes rencontrés par les agresseurs sexuels, qui les conduiraient à la
réalisation des agressions sexuelles. Afin de savoir repérer les difficultés
auxquelles peuvent être confrontés les pédophiles, l’évaluation de la délin-
quance sexuelle peut se révéler fort utile.

70
Criminalités spécifiques et techniques d’investigation ■ Chapitre 2

1.3 Les caractéristiques et l’évaluation


de la délinquance sexuelle
Les études sur la population pédophile permettent de rendre compte de
certaines caractéristiques. La première est que les pédophiles sont essen-
tiellement des hommes. Nous aborderons la question de la criminalité
des femmes dans le chapitre sur la délinquance au féminin. Concernant
les hommes, quelques caractéristiques peuvent être identifiées, telles un
sentiment d’infériorité, une vie principalement marquée par la solitude ou
l’isolement, une faible estime de soi, ou encore une immaturité affective
(Cohen et al., 2002 ; Murray, 2000). On retrouve également des difficultés
relationnelles ou dans l’éprouvé d’affects douloureux envers les victimes.
Ces dernières caractéristiques occasionnent la mise en œuvre de méca-
nismes de défense tels que l’intellectualisation, le déni, la rationalisation, la
minimisation, accompagnés de distorsions cognitives (Cohen et al., 2002 ;
Fuller, 1989). À travers un Test d’Associations Implicites, des chercheurs
ont montré que le fait d’associer, sans en avoir conscience puisque ces
associations sont implicites, les femmes à des objets ou à des animaux,
augmenterait la propension à commettre des agressions sexuelles (viol ou
harcèlement sexuel). Ces résultats montrent l’effet primordial des cogni-
tions des agresseurs sexuels et la complexité de les modifier puisqu’elles
peuvent être automatiques. Encore une fois, le rôle de la prévention
semble primordial afin d’éviter ces associations d’idées chez les hommes
en général, puisque, comme montré dans l’étude, ces idées ne sont pas
uniquement présentes dans l’esprit des auteurs d’agressions sexuelles, mais
peuvent l’être aussi dans une population d’hommes tout-­venant (Rudman
et Mescher, 2012).

L’évaluation des pédophiles est encore trop peu réalisée en France. On


évoquera donc ici essentiellement la perspective développée à l’Institut
Philippe-­Pinel de Montréal, destinée à des personnes ayant purgé leur
peine et remises en liberté. L’un des outils est le phallomètre, qui permet
de mesurer les intérêts sexuels déviants. L’évaluation pléthysmographique
est construite à partir d’un indice de pédophilie, calculé en fonction de la
réponse érectile des pédophiles à la présentation de photos ou à l’écoute de
séquences mettant en scène des enfants. Cette estimation permet de savoir
par quel type d’enfants le pédophile est attiré, leur âge, s’il s’agit principale-
ment ou exclusivement de garçons ou de filles, et si la violence est nécessaire
à l’excitation. À cette évaluation sont associés des questionnaires (comme

71
Les personnalités criminelles

l’Abel Assessement of Sexual Interests, AASI) qui visent à préciser l’intérêt


sexuel déviant mais aussi la dépression, la désirabilité sociale ou encore les
attitudes cognitives. Des entretiens viennent assurer l’évaluation du sujet.
Ainsi sont recueillies les informations permettant d’orienter la prise en
charge. L’entretien cognitif peut être utilisé pour examiner des criminels (Py
et Demarchi, 2006). Dans ce but il est utile de connaître l’historique sexuel,
relationnel ou criminel du sujet ainsi que l’âge et la présence de paraphilies,
dont la présence constitue un facteur de risque connu dans la récidive des
pédophiles (Barbaree et Seto, 1997). C’est d’autant plus important lorsqu’on
sait que 50 % des auteurs d’infraction sexuelle avouent avoir commencé
leur carrière criminelle à l’adolescence, alors qu’ils sont condamnés pour
la première fois à 26 ans en moyenne (Rabaux, 2007).

Le protocole d’analyse comportementale des infractions sexuelles extra-


familiales (PRACTIS, Bénézech et al., 2008) réunit les informations de
l’enquête judiciaire, les expertises, les témoignages. Dans ce cadre, trois
stades pré-­criminels (préparation, approche, attaque), trois stades criminels
(présexuel, sexuel, post-­sexuel) et deux stades post-­criminels (immédiat,
tardif) sont examinés. Ce protocole permet d’analyser une chronologie
détaillée des faits, de relever des éléments d’un passage à l’acte qui n’appa-
raissent pas liés dans un premier temps à celui-­ci et la nature des interactions
entre l’agresseur et sa victime, puis la déclaration de la victime.

Les méthodes de traitement de la pédophilie découlent directement


de l’évaluation qui en est faite et sont de type cognitivo-­comportemental.
Plusieurs objectifs sont visés à travers la psychothérapie. Tout d’abord
il s’agit d’augmenter le contrôle de la personne sur ses intérêts sexuels
déviants, prédicteurs puissants de la récidive sexuelle. Pour cela, diffé-
rentes méthodes sont utilisées comme la thérapie aversive. Dans un second
temps, il s’agit d’approfondir la connaissance de soi et, conséquemment,
d’augmenter le contrôle sur la problématique sexuelle, grâce à des modules
comme la sensibilisation voilée, la restructuration cognitive ou la prévention
de la récidive. Enfin, il est nécessaire d’intervenir sur l’adaptation sociale des
participants afin de l’améliorer, grâce à des modules de gestion du stress et
de la colère. De l’éducation sexuelle peut être adjointe au programme pour
les participants dont les connaissances sur la sexualité sont limitées. Des
traitements pharmacologiques (anti-­androgènes et antidépresseurs notam-
ment) peuvent être associés à cette prise en charge, car la dépression a été
identifiée comme faisant partie des facteurs facilitant le passage à l’acte.

72
Criminalités spécifiques et techniques d’investigation ■ Chapitre 2

En France, la prise en charge des agresseurs sexuels et des pédophiles


repose sur différentes approches thérapeutiques, socio-­éducatives, psycho-
thérapeutiques, généralement centrées sur le sens du passage à l’acte. Des
composantes d’inspiration canadienne comme la prévention de la récidive
sont testées actuellement. Encore trop peu de psychologues et de respon-
sables sont formés à ce type d’approche (Smith et Petibon, 2005).

1.4 La récidive sexuelle


On considère la récidive comme la commission d’un nouvel acte judicia-
risé, quel qu’il soit (et non comme la réitération du même acte judiciarisé).

À partir d’une méta-­analyse regroupant une soixantaine d’études et concernant


près de 20 000 agresseurs sexuels, Hanson et Bussière (1998) ont montré un taux de
récidive de nouveaux délits sexuels sur quatre à cinq ans de 13,4 % pour l’ensemble
des agresseurs sexuels. Ce taux de récidive est plus élevé chez les violeurs (18,9 %)
que chez les pédophiles (12,7 %). Une autre étude (Harris et Hanson, 2004) sur le
taux de récidive officiel de 4 724 agresseurs sexuels à partir de suivis de 5 à 20 ans
indique, pour une période de 5 ans, un taux de récidive sexuelle de 14 % ; pour une
période de 10 ans un taux de récidive sexuelle de 20 % ; pour une période de 15 ans
un taux de 24 % ; et pour une période de 20 ans, ce taux monte à 27 %. Ces chiffres
montrent que le taux de récidive n’augmente pas de façon exponentielle en fonction
du temps. Le pourcentage déclinerait même après 41 ans (Hoffman et Beck, 1984).
Il en irait de même pour les psychopathes, jusque-­là plus violents que les autres :
leurs activités délictueuses diminueraient à cet âge pour rejoindre le niveau des
autres délinquants.

Les prédicteurs de la récidive sexuelle chez les délinquants sexuels sont


principalement les infractions sexuelles antérieures, l’âge plus jeune, les
préférences sexuelles déviantes et le mode de vie criminel. En fonction de
ces critères, Hanson (2000, 2005) a montré que les délinquants sexuels qui
suivaient un traitement psychologique risquaient moins de récidiver. La
fréquence d’utilisation de la pornographie contribue à la prédiction de la
récidive violente (y compris sexuelle) lors de la prise en compte d’autres
facteurs de risque d’agression sexuelle (Kingstone, Fedoroff et al., 2008).

L’évaluation du risque de récidive peut être réalisée grâce à différents


outils, parmi lesquels la SORAG (Sex Offender Recidivism Appraisal Guide)
et la Statique-2002-R, échelles citées lorsque nous avons abordé l’évaluation

73
Les personnalités criminelles

du risque de récidive. La SORAG présente une validité prédictive élevée


pour la récidive générale mais assez faible pour la récidive sexuelle. La
Statique est une échelle d’évaluation fondée uniquement sur des facteurs
non susceptibles de changer et connus pour être liés à une nouvelle condam-
nation pour infraction sexuelle chez les hommes adultes. Les atouts de
la Statique sont les suivants (Harris et Rice, 2008) : elle se fonde sur des
facteurs de risque dont on a démontré de façon empirique qu’ils étaient
liés à la récidive sexuelle ; des règles explicites permettent de combiner ces
facteurs pour établir un score total et ainsi coter le risque. Ses faiblesses
concernent : son exactitude prédictive, qui reste modeste (FER [fonction
d’efficacité du récepteur] = 0,71) ; elle ne comprend pas tous les facteurs
qui pourraient être inclus dans une évaluation du risque de plus grande
envergure (Doren, 2002).

Pham, Ducro et Houillon (2008) ont analysé la structure d’échelles d’évaluation du


risque de récidive sexuelle en réalisant une analyse factorielle de la SORAG et de la
Statique. La population était composée de près de trois cents agresseurs sexuels
adultes incarcérés. Les analyses indiquent parmi différents facteurs que celui des
antécédents criminels constitue le seul prédicteur significatif des récidives géné-
rales, violentes et sexuelles.

Parmi les grilles actuarielles d’évaluation du risque d’agression sexuelle,


citons également l’échelle d’évaluation des besoins sexuels SONAR (Sex
Offender Need Assessment Rating), qui porte sur cinq facteurs assez stables
(problèmes sur le plan de l’intimité, fréquentations ayant une influence
négative, attitude tolérante à l’égard des infractions sexuelles, maîtrise de
soi sur le plan sexuel et maîtrise de soi en général) et quatre facteurs aigus
(toxicomanie, humeur négative, colère et accès aux victimes). En compa-
rant 208 délinquants sexuels ayant récidivé et 201 délinquants sexuels
n’ayant pas récidivé, cet outil montre l’intérêt de l’étude des facteurs de
risque statiques et dynamiques. Il permet d’évaluer de façon intéressante
les facteurs de risque dynamiques et les changements dans les niveaux
de risque que présentent les délinquants sexuels. Selon Hanson et Harris
(2001), la SONAR approfondit les distinctions entre différents groupes
après avoir contrôlé les indicateurs de risque tels que l’âge et les scores à la
Statique et à la VRAG (Violence Risk Appraisal Guide, voir l’évaluation
du risque de récidive générale). D’autres outils existent tels que le Rapid
Risk Assessment for Sex Offence Recidivism (RRASOR) ou le Minnesota
Sex Offender Screening Tool-­Revised (MnSORT-­R) et, pour les mineurs,

74
Criminalités spécifiques et techniques d’investigation ■ Chapitre 2

l’Estimate of Risk of Adolescent Sexual Offence Recidivism (ERASOR). La


plupart de ces outils testent la violence et également la récidive violente.

La Sexual Violent Risk-20 (SVR-20) tente en 20 items d’évaluer le risque


de violence sexuelle. Onze items testent l’ajustement psychosocial, sept
concernent les délits sexuels et deux, l’avenir. On en sait actuellement
encore assez peu sur sa capacité de prédiction ; son principal intérêt réside
dans l’évaluation clinique.

Selon Hanson et Morton-­Bourgon (2009), les mesures actuarielles


demeurent les plus précises pour évaluer les agresseurs sexuels. Il convient
malgré tout de rester prudent concernant l’utilisation de ces échelles
(Coutanceau et al., 2010). L’analyse faite par le clinicien doit compléter les
informations obtenues grâce à l’utilisation de l’instrument. L’évaluation
peut intégrer des informations issues de plusieurs sources, être plurimodale
et pluridisciplinaire (Michel et al., 2008). En outre, l’entretien permet de
détecter des éléments que ne repèrent pas les instruments ; ceux-­ci sont
donc utiles pour donner une première appréciation qui doit être confortée
par le clinicien.

Sur le terrain, des mesures ont été prises pour prévenir la récidive, notam-
ment le suivi socio-­judiciaire. Il contient une injonction thérapeutique
contrôlée par le juge, assortie en cas de non-­respect d’une réincarcération.
Une des missions des psychologues est de prévenir la récidive via les prises
en charge thérapeutiques. Celles-­ci peuvent être exercées dans le cadre de
l’injonction de soin, en Service Médico-­Psychologique Régional (SMPR)
ou en Unité de Consultations et de Soins Ambulatoires (UCSA) pendant
l’incarcération et lors d’un suivi à la sortie. Il est rare qu’une personne, ayant
commis une voire plusieurs agressions sexuelles, exprime une demande
de prise en charge thérapeutique. Il est plus fréquent que ces accompa-
gnements soient agencés dans le contexte d’une judiciarisation des faits.
Nous allons présenter ici différentes prises en charge psychothérapeutiques
pouvant être proposées aux auteurs d’agressions sexuelles. En France, le
traitement proposé est majoritairement une psychothérapie d’orientation
psychodynamique. Coutanceau et Lacambre (2016) décrivent schémati-
quement quatre paliers successifs possibles : reconnaissance des faits et de
la réalité psychosexuelle, reconnaissance des situations à risque (externes,
puis surtout internes), insight sur la problématique relationnelle (égocen-
trisme, tentation de l’emprise, négation de l’altérité) enfin, apprentissage

75
Les personnalités criminelles

d’une relation « sociabilisée » à l’autre dans la sphère psychosexuelle. Ainsi,


l’articulation cohérente d’une évaluation clinique structurée et d’une stra-
tégie thérapeutique dynamique adaptée permet selon ces praticiens aux
personnes ayant commis des violences sexuelles de réinvestir leur libido de
manière adaptée d’une part et d’épargner aux victimes, à la société, et aux
responsables d’actes criminels eux-­mêmes, de nouveaux passages à l’acte
d’autre part. Au cours du traitement, Coutanceau et Lacambre préconisent
de travailler au niveau individuel les capacités d’autoanalyse, la connaissance
et la gestion des affects, les distorsions cognitives (en se fondant sur les
théories implicites), la reconnaissance de la victime, et au niveau du groupe
de pairs, ou à travers les entretiens de couples et entretiens familiaux, de
décentrer le patient de lui-­même en le confrontant à d’autres points de vue
et à d’autres modes de fonctionnement.

Les évaluations de ces traitements en détention sont trop rares. Le plus


souvent, des soins complémentaires en groupe tels que des séances de
relaxation, de psychodrame et parfois de psychothérapie familiale y sont
associés. À l’étranger, le traitement se fait généralement sous forme de
psychothérapie cognitive et comportementale, qui analyse la chaîne des
événements ayant conduit à l’abus sexuel, et s’accompagne d’un suivi
individuel. Des modules thérapeutiques spécifiques sont proposés : trai-
tement systématique des distorsions cognitives, traitement de l’excitation
sexuelle avec un volet pharmacologique et un volet psychothérapeutique,
entraînement à l’empathie (fondé sur l’hypothèse qu’une augmentation des
sentiments d’empathie diminue le risque de récidive sexuelle), interventions
pour augmenter la motivation des sujets au traitement comme à la forma-
tion scolaire et professionnelle, etc.

La psychothérapie de groupe est également utilisée. Elle a pour objectif


de favoriser une prise de conscience de l’acte, de permettre le fonctionne-
ment du préconscient, d’éviter le passage à l’acte comme dernier recours
d’un effondrement psychique. Elle ne peut véritablement être pratiquée
que lorsque le sujet reconnaît les faits qui lui sont reprochés. Il apparaît
important de favoriser la conscientisation de la responsabilité de l’auteur
car son lien avec la diminution de la probabilité de récidive a été prouvé
(Harkins et al., 2015).

76
Criminalités spécifiques et techniques d’investigation ■ Chapitre 2

Långström et ses collaborateurs (2013) ont cherché à évaluer l’efficacité d’interven-


tions médicales et psychologiques actuellement proposées à des individus à risque
de commettre des délits sexuels sur des enfants, qu’ils soient déjà passés à l’acte et
risquent de récidiver, ou considérés comme à risque (pulsions pédophiles avouées).
Il existe à ce jour peu d’études permettant d’avancer des mesures préventives
efficaces. L’étude a porté sur trois essais randomisés, l’un mené sur des adultes,
un autre sur des adolescents et le troisième sur des enfants à conduites sexuelles
déviantes vis-­à‑vis d’autres enfants. Cinq études observationnelles ont permis de
compléter ces sources. S’agissant des adultes, aucune de ces interventions de type
psychologique, thérapie cognitive ou autre, n’a fait la preuve manifeste et majeure
de son efficacité.

En revanche, une étude consacrée à la prise en charge d’adolescents


responsables d’agressions sexuelles sur des enfants assure de l’efficacité
d’une thérapie multisystémique pour la prévention des récidives (RR [risque
relatif] = 0,18 ; intervalle de confiance à 95 % de 0,04 à 0,73 ; Viens et al.,
2012). Aucune étude complémentaire n’a pu être retenue pour comparer et
analyser l’efficacité des autres types de traitements destinés aux adolescents.
Enfin, l’étude de la prise en charge des enfants ayant des conduites sexuelles
inappropriées vis-­à‑vis d’autres enfants n’a pu être réalisée que sur un seul
essai permettant une évaluation, lequel ne prouve pas l’efficacité de la prise
en charge proposée. Il existe donc trop peu d’essais fiables évaluant les prises
en charge possibles des sujets repérés comme à risque d’agressions sexuelles
sur des enfants car, bien souvent, la seule évocation de pulsions pédophiles
délivre le médecin du secret médical et signe l’arrêt des consultations. Il
apparaît donc urgent de mettre au point des programmes de prévention et
de soin dont l’efficacité soit attestée.

La délinquance sexuelle prend appui sur différents troubles psychopa-


thologiques dont nous allons poursuivre l’examen à travers les troubles de
la préférence sexuelle.

1.5 Les troubles de la préférence sexuelle


‡‡ L’exhibitionnisme

La Classification Internationale des Maladies CIM-10 distingue les


troubles de la préférence sexuelle (F65) et, parmi eux, l’exhibitionnisme
(F65.2). Il s’agit d’une tendance récurrente ou persistante à exposer ses

77
Les personnalités criminelles

organes génitaux à des étrangers, en général du sexe opposé, ou à des gens


dans des endroits publics, sans désirer ou solliciter un contact plus étroit.
Une excitation sexuelle accompagne généralement l’exhibition suivie d’une
masturbation. Les manifestations de cette tendance peuvent se limiter à des
moments de crise ou de stress émotionnel puis disparaître pendant des
périodes prolongées. L’exhibitionnisme ne concerne pratiquement que des
hétérosexuels masculins se montrant à des adolescentes ou à des femmes
adultes dans certains endroits publics en restant à une distance respectable.
La vie sexuelle de certains peut se résumer à l’exhibitionnisme. D’autres
conservent cette habitude parallèlement à une vie sexuelle conjugale.

Le DSM-5 (APA, 2013, 2015) intègre la notion du temps, en considérant


que pour évoquer l’exhibitionnisme les comportements doivent intervenir
de façon de façon répétée et intense pendant une période d’au moins six
mois. Il y ajoute la notion de souffrance, le comportement exhibitionniste
trouvant son origine dans une souffrance cliniquement significative ou une
altération du fonctionnement social, affectif ou professionnel.

‡‡ Le fétichisme

Il représente l’utilisation d’objets inanimés comme stimuli pour l’excita-


tion et la satisfaction sexuelle. Les fétiches représentent des prolongements
du corps, comme les vêtements ou les chaussures. Il peut s’agir également
d’une texture particulière comme le caoutchouc, le plastique ou le cuir.
Dans certains cas, les objets fétiches ne servent qu’à renforcer l’excitation
sexuelle, atteinte par ailleurs dans des conditions normales. Le diagnostic
de fétichisme ne peut être porté que si le fétiche représente la source la
plus importante de stimulation sexuelle ou s’il est essentiel à l’obtention
d’une réponse sexuelle satisfaisante. Les fantaisies fétichistes ne constituent
pas en elles-­mêmes un trouble, sauf quand elles conduisent à des rituels
contraignants et inacceptables perturbant les relations sexuelles et respon-
sables d’une souffrance. Le fétichisme concerne presque exclusivement des
hommes. Le DSM-5 ajoute à ces critères des notions de durée et de souf-
france, mais ne retient pas la surreprésentation des hommes.

‡‡ Le voyeurisme

Il correspond à une tendance récurrente ou persistante à observer


des personnes se livrant à des activités sexuelles ou intimes (comme le

78
Criminalités spécifiques et techniques d’investigation ■ Chapitre 2

déshabillage) à l’insu des personnes observées, qui conduit généralement


à une excitation sexuelle et à une masturbation.

‡‡ Le sadomasochisme

Il représente une préférence pour une activité sexuelle qui implique


douleur, humiliation ou asservissement. Si le sujet préfère être l’objet d’une
telle stimulation, il s’agit de masochisme. S’il préfère en être l’exécutant, il
est question de sadisme. L’excitation sexuelle vient généralement à la suite
de comportements à la fois sadiques et masochistes. Cette catégorie est
utilisée si l’activité sadomasochiste est la source la plus importante de la
stimulation. Le sadisme sexuel est parfois difficile à distinguer de la cruauté
dans des situations sexuelles, ou de la colère sans relation avec l’érotisme. Le
diagnostic peut être établi lorsque la violence est nécessaire pour atteindre
un état d’excitation érotique. Le DSM-5 différencie masochisme sexuel et
sadisme sexuel. La durée reconnue d’au moins six mois pour les troubles
(fantaisies imaginatives impliquant des actes réels, non simulés dans le cas
du sadisme sexuel) et la notion de souffrance cliniquement significative
sont nécessaires au diagnostic du masochisme sexuel. Les études récentes
démontrent que contrairement aux idées reçues, les agresseurs sexuels qui
font montre de sadisme ne diffèrent pas des agresseurs sexuels ne sura-
joutant pas du sadisme à leur acte, en ce qui concerne le degré d’empathie
envers les stimuli positifs et d’aversion vis-­à‑vis des éléments négatifs. Ces
résultats suggèrent aux chercheurs (Nitschke et al., 2012) que les sadiques
sexuels sévères se distinguent par une réponse sexuelle pathologique et non
par un déficit dans les processus émotionnels.

Les troubles sexuels peuvent s’associer en troubles multiples de la préfé-


rence sexuelle, tels que la nécrophilie (recherche de la relation sexuelle avec
les morts), le frotteurisme (se frotter à autrui dans des endroits publics
combles à la recherche d’une stimulation sexuelle), la zoophilie (recherche
d’un contact sexuel avec les animaux). Chacun de ces troubles présente des
particularités qui ne sont pas nécessairement liées à un type de personnalité.
C’est pourquoi nous invitons le lecteur à consulter des ouvrages spécialisés.

Nous allons maintenant aborder la question des tueurs en série et leur


psychopathologie.

79

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