1.
BIENTÔT LA RENTREE
Papa - Il y a quelque temps, votre mère et moi vous avions demandé d'abandonner petit à petit vos jeux
de vacances pour revoir vos matières, car la rentrée scolaire approche.
Mariette - C’est vrai, Papa. La rentrée, c'est dans trois semaines. Vous avez nos billets de vacances.
Pourtant nous ne voyons aucun signe d'achat des fournitures scolaires.
Maman - Soyez calmes, les enfants. Votre père et moi avons déjà réuni ce que nous avons pu.
Papa - Nous avons effectivement déjà réuni quelques objets classiques : cartables, stylos, cahiers,
règles, rapporteurs, crayons...
Elsa - Papa, vous n'avez pas oublié les uniformes. J’espère ? Il nous en faut des neufs, y compris les
souliers, puisque tous, nous avons réussi l'an dernier.
Papa - Maman s'apprête à tout cela. Ne soyez pas trop exigeants, mes enfants. Tenez compte des
temps difficiles que nous traversons.
Maman - Un peu de patience ! Nous avons tenu compte de moyens dont nous disposons ainsi que de vos
besoins: votre petit frère David qui commence ses études a besoin d'une tenue neuve. A
Mariette aussi, il en faut une parce que l'ancien uniforme n'est plus à sa taille. Elsa, tu prendras
donc la jupe de Mariette. Christie et Rose continueront avec leurs tenues achetées l'année
passée.
Elsa - Non, Maman, il me faut aussi une nouvelle tenue.
Papa - Assez! Pensez que nous n'avons pas encore trouve l'argent pour payer vos frais scolaires.
Mariette - Papa! Angélique pleure. Elle veut aussi aller à l'école.
Papa - Non! Elle n'a pas encore l'âge. Son temps viendra. Pour le moment, maman l‘initiera petit à petit
à domicile.
Elsa - Mais pourquoi Il y a pourtant des enfants comme elle chez nous première enfantine
Maman - D'accord, mais il faut voir aussi nos moyens. Étudiez d'abord, elle vous suivra plus tard.
Papa - Oui, vous qui recommencez bientôt, soyez studieux polis et obéissants à l'école. Car votre avenir
en dépend. Et puis, travaillez pour réussir de façon à donner l'occasion à votre sœur d'étudier
aussi. Personne n'a droit au redoublement.
Les enfants C'est promis, Papa!
NKIENE Musinga Jacques.
2. UNE CAMPAGNE AGRICOLE
Franck - Alors, Percy, cela fait un bon bout de temps qu'on ne te voit plus.
Percy - Mon cher Franck. Je suis allé participer la campagne agricole à Ekubi.
Franck - Dis, donc, tu dois avoir beaucoup d'argent pour aller faire une campagne agricole.
Percy - C’est toi qui le dis. Je n'avais que vingt sacs de sel. et j'ai fait le troc avec du paddy.
Franck - Tu as troque avec quoi ?
Percy - - Avec du paddy, c'est-à-dire du riz non décortiqué. là, on trouve la meilleure qualité de la région.
Franck - Ah bon ! Je comprends. Y avait-il beaucoup de commerçants cette saison ?
Percy - Oui. Il y avait des représentants de grandes sociétés de la ville, de petits détaillants et même des
propriétaires d'équipement vidéo passant de village en village.
Franck - Tiens! Ils faisaient beaucoup de recettes, sans doute ?
Percy - Je pense bien. Les acheteurs de grandes sociétés prenaient une diversité de produits. Ils
pratiquaient le troc en proposant plusieurs articles allant de pièces d'étoffes aux ustensiles de
cuisine. Ils payaient aussi en espèces sonnantes et trébuchantes
Franck - J'ai l'impression qu'il se développe un marché important lors des campagnes agricoles.
Percy - Tu ne penses pas si bien dire. Malheureusement, ce n'est plus très impressionnant ces deniers
temps.
Franck - A cause de la crise économique, sans doute. Allez! La prochaine fois, tiens-moi au courant avant
de partir si tu veux bien. Je pourrai t'accompagner.
Percy - Je ne manquerai pas.
Percy - Je ne manquerai pas.
MUPEPE Mutala-Munu Liona Jean.
3. POURQUOI ETUDIER ?
J'ai eu souvent la tentation de retourner chez moi pour vivre tranquillement heureux; mais quelque chose
m'empêchait d'abandonner mes études. Cette force qui me retient ici, je crois savoir d'où elle vient...
La France m'a émerveillé par le travail qu'elle a fourni, un travail dont je n'avais pas la moindre idée quand
j'étais chez moi.
Je reste parce que j'ai compris que toutes ces réalisations qui font partie de votre vie quotidienne sont le fruit
du savoir de l'homme, de ses pénibles recherches, de ses longs efforts. Je reste parce que j'ai mieux compris la
faiblesse de l'Afrique. Si elle est faible, c'est par suite de I ‘ignorance des masses; je les vois ramper dans
l'ignorance et je me répète quil faut un remède, ou de moins un commencement de remède. Puisque nous avons
la possibilité de venir nous instruire, il faut que ceux qui commencent réussissent, non pour eux-mêmes, mais
parce qu'ils doivent donner espoir à ceux qui les suivront.
Si je repartais, je ferais du tort à mon pays. Les pères diraient à leurs enfants : « Inutile d'essayer de vous
instruire, vos ainés ont échoué ».
D'après Ake LOBA (Kokoumbo, l'étudiant noir) Flarmmarion.
4. LES BONNES HABITUDES.
Alain n'est pas parti aux cours parce que le chauffeur n'est pas venu le chercher. Son père ne veut pas
entendre ce motif et s'est décidé: « Désormais le chauffeur ne te prendra plus. Tu devras te débrouiller en bus.
De toutes les façons, ton école est à vingt minutes d'ici. S'il n'y a pas de bus, tu y vas à pied. Moi, j'ai fait cela
pendant toutes mes études à partir de six ans, je n’en suis pas mort»
Cela fait deux semaines qu'Alain fait la nouvelle expérience. Tantôt en bus, tantôt à pied. Il n'en est pas
encore mort et parait ne pas trop s'en faire. Ce matin, comme pour se moquer de lui sa mère lui a dit : « Tu
commences à devenir un homme comme ça ». Il lui a répondu : « C’est vous qui m'aviez habitué au véhicule,
vous vouliez donc que je devienne une femme ? » Et il est sorti sur cette note-là avec un ami de son âge qu'il a
découvert sur le chemin de l'école, à pied comme lui.
MUYENGO Mulombe Enfants du ciel misères de la terre.
5. MON SPORT FAVORI
Mboyo - As-tu suivi le match d'hier à la télé ?
Eale - Oui, mais ce n'était pas intéressant.
Mbelani - Pas intéressant ! ll dit que le match n'était pas intéressant. Comment vous n'appréciez pas le
sport ?
Eale - Oh! Tout le monde n'est pas obligé d'aimer le même sport.
Eyenga - Oui, c'est juste. Moi, je préfère le basket
Mbelani - Moi, le football et le tennis.
Eale - Mon père, lui, préfère la natation. Mais moi, je suis amateur de boxe.
Mboyo - La boxe! Vous appelez cela un sport!
Mbelani - Oui, c'est le noble art, parait-il.
Mboyo - Vous tapez sur quelqu’un qui ne vous a rien fait et vous dites que C'est du sport !
Eale - Non! Là, je ne suis pas d'accord. Je me demande si tu sais que chaque sport a ses règles et
principes.
Eyenga - Tout sport comporte une ou plusieurs épreuves. Et je t'informe que dans chaque sport, on
compte des points.
Eale - Cela peut porter sur la vitesse, le nombre de fois qu'on réussit une épreuve, l'adresse,
l'endurance,...
Mboyo - Mais alors, si on devait juger tous les sports, on ne trouverait rien à apprécier dans certains.
Eale - Oui. C'est pourquoi je te conseille de laisser chacun à son sport favori. Après tout, ce n'est qu’un
loisir' et une question de goût !.
MUPEPE Mutala-Munu Liona Jean.
6. UNE FINALE DE FOOTBALL.
Au collège comme partout dans le pays, le football est encore le sport-roi. L'année écoulée, la finale du
tournoi interclasse avait opposé la cinquième à la quatrième B. Nous avions assisté à un beau match.
L'arbitre était très bien respecté par tous les joueurs parce qu'il était intègre. A l'issue de la première manche qui
n'avait duré que quarante minutes, les deux équipes étaient à égalité zéro but partout.
Sur le plan technique, la quatrième avait remarquablement dominé la cinquième. Mais c'est une équipe
sans finisseur. En cinquième, les spectateurs étaient impressionnés par la détermination de l'équipe, l'esprit de
combativité et le calme sportif.
La seconde période a connu plusieurs bouleversements. Dès la soixantième minute de la rencontre,
Mwamba, le numéro neuf de la cinquième a inscrit le premier but de la partie. Dans les deux camps, chaque
joueur a donné le meilleur de lui-même. Peu avant la fin des temps réglementaires, la quatrième va égaliser
grâce à son numéro six, Mavita. Tout sera remis en question... Il fallait jouer les prolongations.
Après une deuxième pause de quinze minutes, les deux équipes vont jouer une première prolongation
conformément au règlement de la FIFA. À la cinquième minute, la cinquième bénéficie d'un penalty. Pwati, le
numéro 10, le ratera en tirant au-dessus de la barre transversale. Au marquoir, rien n'avait changé. C’est à la
douzième minute de la prolongation que la quatrième bénéficiera d'un corner tiré de gauche à droite; et l'ailier
gauche, Fumu, marquera de la tête un but indiscutable. La règle de la «mort subite» aura eu raison de la
cinquième et la quatrième obtiendra la coupe pour couronner ses efforts.
NGULU Kibiakam Crispin.
7. MANDELA ET LE POUVOIR
Répondant à un journaliste qui l'interrogeait sur ses projets et ambitions politiques, le Président Mandela a
dit « Je suis un politicien, et la politique s'intéresse au pouvoir. Je souhaiterais bien sûr, un gouvernement de
l'ANC. Mon espoir principal et ma responsabilité consistent cependant à ce que le peuple sud-africain remporte la
victoire dans sa quête de justice, de liberté, de dignité. Mon principal souci n'est donc pas de gagner les
élections. C'est la liberté politique et économique de notre peuple. C'est plus important que de savoir qui gagne la
première élection multiraciale ou les suivantes. Ma responsabilité finale, c'est la libération, non le pouvoir».
Ce qui compte pour le Président Mandela, c'est la justice, la liberté, la dignité. Son pouvoir personnel ne
compte pas. Ce qui compte pour lui, c'est la liberté politique et économique du peuple ». En d'autres mots, le
Président Mandela est un politique qui ne travaille pas pour lui-même, mais pour son peuple. Il ne cherche pas,
dans son action politique, d’avantages personnels, mais les conditions d'existence les meilleures et les plus
dignes pour son peuple. ll est prêt à renoncer au pouvoir, s'il le fallait, pour que le peuple obtienne liberté et
dignité.
Jean-Marie VAN PARYS, Renaitre n 21, novembre 1995.
8. MIKOMBE ET LE DEMON
Dans un village, vivait un certain Mikombe.
Un jour qu’il se rendait en brousse pour y chasser, il rencontra un démon.
« Qui êtes-vous? demanda Mikombe.
— Je suis un grand chasseur de la forêt, répondit l’inconnu. Je parcours tout le pays, suis les pistes du gibier et
creuse des pièges pour l’attraper.
— C’est également mon métier, dit Mikombe. Ne désirez-vous pas que nous travaillions ensemble?
— D’accord! La forêt n’a pas de secret pour moi, et je connais tous les endroits par où passent les animaux. »
Mikombe et le démon continuèrent donc leur route ensemble. Après quelque temps, ils s’arrêtèrent pour creuser
quelques pièges. Le premier jour, ils en creusèrent cinq, le jour suivant encore cinq, puis le surlendemain trois. Ils
s’en tinrent là.
Ces travaux une fois terminés, le démon dit à son compagnon:
« Ecoute, Mikombe. De tous ces animaux qui seront pris dans nos pièges, les mâles seront pour toi, les femelles
pour moi.»
Mikombe marqua son accord et chacun rentra chez soi avide déjà de voir le gibier qui, le lendemain, serait tombé
dans les pièges.
De grand matin, ils se retrouvèrent à un endroit convenu et, de là, partirent vers les pièges. A la grande déception
du démon, il ne s’y trouvait que des animaux mâles. La même chose se reproduisit plusieurs jours de suite.
Mais un soir, Mikombe ne trouva plus sa femme à la maison. Il la chercha, mais en vain. Des voisins lui dirent
enfin qu’ils avaient vu la femme se diriger vers la forêt pour voir où son mari chassait. Mikombe était plein
d’appréhension; il ne put dormir de toute la nuit.
Le matin, il fit encore le tour des pièges, accompagné du démon comme les autres jours. Comme il fallait s’y
attendre, il trouva sa femme dans un des trous.
« Quelle chance ! s’écria le démon. Selon nos conventions, elle m’appartient.
— Ah non, repartit Mikombe. C’est ma femme et non pas un animal. Ce que nous avions décidé ne valait que
pour le gibier. »
Ils discutèrent ainsi longtemps. Le démon prétendait que leurs conventions valaient également pour cette femme
qui, d’ailleurs, n’était pour lui qu’un animal. Mikombe défendait énergiquement le contraire.
A un moment donné, le démon se décida à la faire sortir du trou pour l’amener. Mais l’homme ne se tenait pas
pour battu et, décidé à défendre énergiquement sa femme, il engagea avec le démon une lutte terrible.
Tout à coup, neuf autres démons surgirent de la forêt Les deux adversaires leur expliquèrent la palabre.
Bien entendu, les démons soutinrent la cause de leur frère. « Si Mikombe fait encore des difficultés, dirent-ils,
nous le tuons sur le champ et le mangeons. Les conventions doivent être respectées. Qu’il fasse sortir
immédiatement cette femme du trou et nous la livre. »
Heureusement, il fallait une corde pour tirer la femme du piège qui était profond. Mikombe demanda aux démons
d’attendre quelques instants, juste le temps d’aller chercher une corde au village. En fait, il revint avec une troupe
de gens bien décidés à défendre la cause de leur ami. Lorsqu’ils arrivèrent à proximité, ils purent voir la bande de
démons danser autour du trou où se tenait la malheureuse victime.
Une nouvelle discussion s’engagea alors entre les hommes et les démons. Voyant que les choses n’avançaient
pas, un démon se jeta dans le trou pour en faire sortir la femme et terminer ainsi la palabre.
Mais les villageois intervinrent.
« Entendu, vous voulez prendre la femme de Mikombe comme votre gibier. C’est bien, mais alors nous prenons
votre frère, pour le nôtre. Dites-nous si vous êtes d’accord.»
Les démons sentirent le danger. Ils hésitèrent, voulurent discuter. Ce fut en vain.
Alors l’aîné des gens du village éleva la voix:
« Vous, démons, vous ne voulez pas que votre frère aille chez Mikombe. De notre côté, nous refusons que la
femme de notre frère aille chez vous. Rendez-la nous; nous vous rendrons également celui-ci. Ensuite, nous
rentrerons tous chez nous.» Ainsi dit, ainsi fait.
Tout heureux d’avoir pu délivrer sa femme, Mikombe rentra avec elle au village, en chantant et en dansant.
9. NOTRE CUISINE
Emilie - D'où sors-tu, ma chère, avec ce tablier ?
Dorcas - Je sors de la cuisine. Elle est juste dans l'arrière-plan de la maison.
Emilie - Chez nous, il n'y a pas de cuisine.
Denise - C'est intéressant ! Où préparez-vous vos repas ?
Emilie - Maman prépare dehors, sous un petit hangar.
Denise - Notre cuisine, elle, est une case en pisé, détachée de la maison. En plus de la préparation,
nous y gardons le petit élevage, les produits agricoles, un peu de tout.
Dorcas - Là, c’est encombrant ! Et même, c'est exposé aux voleurs ! Chez nous, la cuisine donne
directement sur la salle à manger, tout près du buffet. Au fond, c'est le magasin pour les
provisions. Venez voir.
Emilie - Vous faites encore des provisions par le temps qui court!
Dorcas - Oh ! Il n'y en a pas tellement avec cette crise: du manioc, de la farine de maïs, un peu d'huile
et de la braise ... D'ailleurs, regardez: mon cousin Michel a transformé le magasin en chambre
à coucher.
Denise - Cela ne le gêne-t-il pas ? Vous n'utilisez donc pas votre cuisine ?
Dorcas - Si ! Nous y préparons nos repas et y faisons la vaisselle dans l'évier, Il y a une cuisinière'
électrique, un réfrigérateur', un vaisselier, un garde-manger et un brasero de secours pour les
jours où il n'y a pas d'électricité.
Emilie - Avez-vous appris à manipuler ces appareils électroménagers et à les réparer en cas de panne
?
Dorcas - Manipuler, oui. Mais réparer, non. Notre domestique bricole. Quand c'est grave, un réparateur
passe.
NKIENE Musinga Jacques.
10. LE LOUP ET L'AGNEAU
La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un Agneau se désaltérait dans le courant d'une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
"Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
— Sire, répond l'Agneau, que votre Majesté ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère que je me vas désaltérant dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
— Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
— Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'Agneau, je tette encore ma mère.
— Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
— Je n'en ai point.
— C'est donc quelqu'un des tiens :
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge."
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l'emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.
Jean de La Fontaine.
11. PEUT-ON SE RENDRE JUSTICE ?
Tout avait commencé loin de la ville de Kikwit, au Nord-est du pays, précisément à Goma, On suivait par la
presse de Goma à Lubumbashi, en passant par Kisangani l'avancée des " troupes rebelles" au gouvernement de
Kinshasa de l'époque Les soldats des FAZ (Forces Armées Zaïroises) semaient la terreur et la tristesse partout
où ils passaient. La panique se généralisait dans la ville dès la chute de Mbuji-Mayi, Kananga puis Tshikapa.
Toutefois, une résistance de la population a sauvé la ville des actes des pillards. Jean et Denys se retrouvent
dans ces circonstances chez ce dernier qui s'était enfermé depuis une semaine.
Jean - Comment vas-tu, Denys ?
Denys - Pas très bien, tu le sais. Avec tout ce désordre..
Jean - Y a-t-il encore quelqu'un d'autre ici chez toi ?
Denys - Oui, papa est encore là. Maman, ainsi que les tantes, les grandes et petites sœurs sont
toutes parties se réfugier à la ferme.
Jean - Et vos voisins, que sont-ils devenus ?
Denys - Derrière, Mumeli n'est plus là ! A gauche, Richard nous a trompés. Il nous a dit qu'il allait
seulement laisser son fils et son épouse au village. Et pourtant, ils se sont tous enfuis. Chez
René, il n'y a que Nicole qui est restée. A propos, quel est le climat dans les rues de la ville ?
Jean - Pas une seule voiture de particulier. Les taximen évitent les troubles.
Denys - Les troubles ?
Jean - Les jeunes civils du quartier « Malawi » ont abattu et brûlé, il y a deux jours deux soldats qui
menaçaient la population et tentaient de piller le quartier. Les militaires avaient tiré dans le
tas et blessé grièvement trois jeunes gens avant de tenter de prendre la fuite devant la foule
en colère.
Denys - Invraisemblable !
Jean - Et pourtant, c'est vrai. Le bureau de la Brigade Spéciale de Recherche et de Surveillance
(B.S.R.S.) où s'étaient réfugiés les soldats en fuite a même été saccagé.
Denys - Cela s'est donc passé ainsi ! Moi, je n'y croyais pas quand on le disait. Et la suite ? N'a-t-on
pas craint un acte de vengeance de la part des soldats ? Ils prétendaient que la tête d'un
soldat valait vingt-cinq têtes de civils !
Jean - Heureusement, il n'y a rien eu de pareil. Ces militaires inciviques avaient désobéi aux
commandements de leur Général. Et les civils n'ont agi que par légitime défense.
Denys - Au fait, que penses-tu de ce fameux principe d'équivalence d'un soldat par rapport à
plusieurs civils. D'où provient-il ?
Jean - D'aucun texte de loi. Il parait que c'est le principe du plus fort, en temps de désordre.
Denys - Pourtant, militaires et civiles sont des hommes soumis aux mêmes lois du pays. Je trouve
très injuste un principe qui sacrifierait plusieurs personnes pour les actes d'un seul individu,
quelle que soit sa situation.
Jean - D'autre part, il faut admettre que le fait d'avoir brûlé ces militaires est un crime abominable.
Tuer un homme et le brûler, c'est très odieux. Il faut absolument éviter de se faire justice.
Denys - Dans un État de droit, c'est le rôle des Cours et Tribunaux de juger et de condamner les
coupables et relâcher les innocents.
TABASENGE Mpia Jean.
12. POURQUOI VIVENT-ILS DANS LA RUE ?
Ragaza - N'as-tu jamais entendu parler des « phaseurs » ou « des enfants de la rue », Nzey ?
Nzey - Si, certainement ! Existe-t-il quelqu'un qui ne soit pas au courant de ce fait de notre société ?
Des enfants dans la rue !
Bagaza - De fait, pourquoi les appelle-t-on "enfants de la rue ? Est-ce parce qu'on les y retrouve souvent
ou bien parce qu'ils y sont nés?
Nzey - La vérité est qu'ils ont la rue comme domicile. En France, par exemple, un phénomène
analogue qui concerne surtout les adultes est dénommé "Sans domicile fixe" ou S.D.F. Mon
cher, j'aimerais savoir ce que tu penses de cette réalité
Bagaza - C'est pour moi une honte, un échec de notre société et même une tragédie. J'en suis très
choqué. Et toi-même, qu'en dis-tu ?
Nzey - Je suis du même avis que toi. J'ai de la peine à comprendre que des enfants puissent vivre
dans la rue !
Bagaza - A propos, quelles en sont, d'après toi, les causes ?
Nzey - A mon avis, ce sont soit des enfants abandonnés, victimes de l'intolérance, du mauvais
traitement des parents, soit des orphelins; ils se livrent à la rue à la recherche d'un refuge
imaginaire.
Bagaza - C'est triste. Des parents qui abandonnent de cette façon leurs enfants ! Je croyais que la
plupart de ces enfants habiteraient chez un parent proche...
Nzey - Mais je pense aussi qu'il ne faut pas négliger la responsabilité personnelle des enfants eux-
mêmes. Certains d'entre eux rejoignent le groupe par goût de l'aventure.
Bagaza - Est-ce que cela n'est pas aussi dû à l'insuffisance des écoles dans notre pays ?
Nzey - Je ne crois pas. Car le phénomène est observé exclusivement" dans les villes. Tu ne me diras
pas qu'à la campagne il y a plus d'écoles qu'en ville ?
Bagaza - Tu as raison. Et alors que fait-on pour tenter de récupérer ces pauvres enfants ?
Nzey - A Kinshasa, il existe des Centres pour " Enfants de la rue "qui visent à récupérer et à réinsérer
ces enfants. Par exemple, le "Centre Mgr
MUNZIHIRWA? " initié par le Révérend Père NZUZI sj"; 'AED, le Centre ORPER du Révérend
Père FRANCK s.v. et bien d'autres.
SENKER Musam-Adia Max
13. POUR QUI VOTER ?
M. Nzunzu - Nous sommes en démocratie. La démocratie suppose la tolérance, l'amour de la paix.
L'unique moyen de changer les choses, c'est le vote, les élections. Or, pour bien voter, il faut
être très bien informé. C'est pourquoi même moi, bien qu'exploité comme toi, je respecte les
autorités. Mais je les attends fermement aux élections. C'est maintenant le moment de
connaitre les gens pour qui tu vas voter.
Tata Inkipa - Pour ça, pas de problème ! Je connais beaucoup de gens de ma tribu et de ma région qui
sont des politiciens. Je n'aurai qu'à choisir celui d'entre eux qui m'achètera de la bière. Et
puis, je ne peux jamais voter pour quelqu'un qui n'est pas de ma tribu.
M NZunzu - Non ! Non ! Non ! C'est à cause du tribalisme et de la corruption, de la bière dans les votes
que notre pays fait marche arrière depuis l'indépendance. Pour que les choses changent, il
faut choisir les hommes compétents, honnêtes, responsables, peu importe leur région
d'origine. D'ailleurs, dans la démocratie, si un chef est tribaliste et qu'il donne du travail
seulement à ses frères, les journalistes vont le montrer du doigt, [...] et puis on va le «
révoquer».
Tata Inkipa - Mais comment savoir à l'avance qu'un tel est honnête, un tel autre ne l'est pas ? Tout le
monde dit toujours qu'il aime ce pays.
M. Nzunzu - Tu as raison. Si tu veux, nous allons parler de ce problème la prochaine fois car je dois aller
travailler. Tu vois, si les dirigeants doivent être honnêtes, toute la population doit aussi l’être.
C'est le travail de chaque citoyen qui développera ce pays.
Tata Inkipa - Merci fiston. Nous causerons à ton retour. Et je te réserve une surprise.
MATSHAFU Gaby Renaitre n°3, février 1992.
14. REPARTISSONS-NOUS LES TACHES.
Maman - Où se trouve le brasero?
Tshala - Je l'ai prêté à nos voisins.
Maman - Vérifie s'ils ont terminé. Tu en profites pour emprunter leur poêle et leur gril.
Tshala - Vas-y Mbombo, je voudrais me faire tresser les cheveux.
Maman - Non ! Il faut nous répartir les tâches: Mbombo va au moulin faire moudre le maïs et le manioc.
Tshibola va chercher les ingrédients au petit marché du coin. Toi, leur aînée, tu restes t'occuper
de la grillade
Tshala - Mais, je ne traîne pas, maman !
Maman - Ah! Non, Tshala ! Chaque chose a son temps. Maintenant il faut nous occuper de la cuisine.
Tshala - J'en ai pour vingt minutes mainant. Et je te garantis que tout sera cuit avant le retour de papa.
Maman - Ecoute, Tshala. Pas de discussions inutiles. Que chacune s'occupe de sa tâche. Alors, mettons-
nous immédiatement au travail.
KUSUKWASA MVULA Zéphyrin.
15. AU MARCHE.
Pr- Banza et Ngoy ont faim. Ils cherchent du pain.
Ng- Il n'y a pas de magasin près de la gare ?
Nj- Si, il y a un magasin, là-bas, près du garage. Mais ce n'est pas une boulangerie.
Bz- (s'adressant à un passant) pardon citoyen, nous cherchons du pain.
Ps- Vous cherchez du pain ? Allez au marché de la ville.
Ng- Où est-ce qu'il est ?
Ps - Là, au bout de l'avenue ; regardez, il y a beaucoup de monde.
Ng– Merci Citoyen.
Bz - Allons vite voir; j'ai faim.
Pr- Banza et Ngoy arrivent au marché. Ils regardent ce qu'il y a.
Bz- Tiens ! Il n'y a pas de pain aujourd'hui.
Ng- Alors, qu'est-ce qu'il y a ?
Bz- Là, il y a des arachides et ici, il y a du manioc.
Ng- Il n'y a pas de cannes à sucre ?
Bz- Si, il y a des cannes à sucre là-bas.
Ng– Est-ce que tu as de l'argent ?
Bz– Oui, j'ai cinq zaïres.
Ng- Alors, achetons du manioc et des cannes à sucre.
Pr- Banza rencontre sa sœur. ll présente Ngoy à Mujinga.
Bz- Tiens ! Voilà Mujinga, ma sœur. Bonjour Mujinga. Je te présente' mon ami Ngoy.
Mj- Bonjour Ngoy
Ng- Bonjour Mujinga.
Bz- (à Mi) Tu achètes du poisson ?
Mj- Oui, et j'achète aussi des Légumes,
Bz- Tu n'achètes pas d'huile ?
Mi- Si, J'achète de l'huile et de la margarine.
16. LA MALADIE DE FAYE.
Faye et sa femme blanche Isabelle habitent « La Palmeraie ». La mère de Faye, Rokhaya, est venue chez
eux.
Trois jours après, une fièvre terrassa Faye. D'abord, il avait senti son corps secoué de frissons, ensuite il
s'était trouvé plongé dans un véritable bain de sueur, C'était une violente attaque de paludisme. Le moustique
porteur du mal avait dû le piquer dans les hautes herbes de la brousse. Rokkaya fut alertée. Elle déclara qu'on
avait jeté un mauvais sort sur son fils et dans tous les coins de la chambre où il gisait à demi-mort, les fétiches se
mêlèrent aux peaux de bêtes. Pendant plusieurs jour Oumar fut en proie au délire.
La présence de la vieille Rokkaya ne déplaisait pas à Isabelle, mais lorsque le médecin africain arriva, la
mère de Faye poussa de tels cris que le praticien se fâcha et qu'Isabelle se demanda si vraiment il était
nécessaire que Rokkaya restât à Palmeraie.
Au lever du soleil, Faye n'allait pas trop mal, mais lorsque venait le soir, il n'était plus possible de le retenir
sur le lit : il parlait fort, s'agitait, se tordait comme si un diable l'habitait.
Les deux femmes se relayaient régulièrement pour veiller le malade. Rokkaya lui frictionnait le corps avec du
vinaigre, ce qui l'apaisait pour un moment. Elle lui donnait à boire des décoctions de tamarin mêlé à des plantes
inconnues. Il vomissait aussitôt puis s'endormait. La violence de cette crise inquiétait tout le monde, car elle
durait maintenant depuis près d'un mois. L'oncle Amadou, lui, était allé chercher un charlatan qui confirma les
doutes de la vieille mère. Il affirmait que le mal qui possédait Oumar s'était enfui dans le marigot, qu'il fallait le
retrouver à tout prix, sinon c'était la mort. Quelques jours plus tard, on le vit revenir portant un œuf bizarrement
peint sur lequel il se livra à de curieuses simagrées.
Cependant, jour après jour, Oumar revenait à lui. Il avait beaucoup maigri et Isabelle souffrait de le voir ainsi.
Enfin, un matin, on put le descendre au jardin.
- Tu reviens de loin, mon ami, dit Isabelle en posant une couverture sur ses genoux,
D'après S. Ousmane, O pays mon beau peuple