0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
11 vues4 pages

Document

L'entrepreneuriat des jeunes au Sénégal est un levier stratégique pour la souveraineté économique, visant à valoriser les ressources locales et à réduire la dépendance extérieure. Malgré des avancées significatives, des défis tels que l'informalité, le manque de coordination des politiques publiques et l'accès limité aux marchés freinent son impact. Pour réaliser pleinement son potentiel, des réformes structurelles sont nécessaires pour soutenir le passage à l'échelle des entreprises et renforcer l'adéquation entre formation et emploi.

Transféré par

diawaraabdoukarim55
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
11 vues4 pages

Document

L'entrepreneuriat des jeunes au Sénégal est un levier stratégique pour la souveraineté économique, visant à valoriser les ressources locales et à réduire la dépendance extérieure. Malgré des avancées significatives, des défis tels que l'informalité, le manque de coordination des politiques publiques et l'accès limité aux marchés freinent son impact. Pour réaliser pleinement son potentiel, des réformes structurelles sont nécessaires pour soutenir le passage à l'échelle des entreprises et renforcer l'adéquation entre formation et emploi.

Transféré par

diawaraabdoukarim55
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Sujet : Jeunesse et entrepreneuriat : un levier de souveraineté économique au Sénégal

Introduction

« Croyez en votre potentiel, valorisez nos ressources locales, osez entreprendre ici au
Sénégal. L’avenir peut se construire chez nous. » Cet appel d’Ibrahima Bamba Sagne,
entrepreneur social formant des milliers de jeunes à Thiès, résonne comme un manifeste .
Au Sénégal, où plus de 100 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail et où
le chômage frappe durement les diplômés , la question de l'insertion professionnelle est un
défi majeur. Face à la faiblesse du secteur privé moderne et à l’informalité prédominante,
l’entrepreneuriat des jeunes est érigé en priorité nationale . Il ne s’agit plus seulement d’un
outil de lutte contre le chômage, mais d’un potentiel levier stratégique au service d’un
objectif plus vaste : la souveraineté économique. Celle-ci se définit comme la capacité d’un
pays à maîtriser son développement, à valoriser ses propres ressources et à réduire sa
dépendance aux marchés et aux importations extérieurs. Dès lors, dans quelle mesure la
promotion de l’entrepreneuriat juvénile peut-elle constituer un levier efficace pour
construire la souveraineté économique du Sénégal ? Si l’entrepreneuriat des jeunes apparaît
comme un vecteur prometteur de création de richesses endogènes et de transformation
structurelle (I), sa contribution à la souveraineté économique se heurte encore à des défis
structurels et des verrous systémiques qu’il s’agit de lever (II).

I. L'entrepreneuriat des jeunes, un vecteur de construction d'une économie nationale


endogène

La promotion de l'entrepreneuriat chez les jeunes s'inscrit dans une logique de valorisation
des potentialités locales et de création d'un tissu économique tourné vers l'intérieur.

A. La valorisation des ressources locales et la réduction de la dépendance alimentaire

L'entrepreneuriat jeune, particulièrement dans les secteurs primaires, est un outil puissant
pour la souveraineté alimentaire. L'État, à travers la Délégation générale à l’Entrepreneuriat
rapide des Femmes et des Jeunes (DER/FJ), en a fait une priorité. Sur les 203,42 milliards de
FCFA injectés depuis sa création, une part significative est allée vers des secteurs stratégiques
comme l’agriculture, qui capte à elle seule 40 % des financements sectoriels, soit 7,79
milliards de FCFA . Cette orientation vise à moderniser les chaînes de valeur agricoles portées
par les jeunes, réduisant ainsi la facture alimentaire. Des initiatives comme celles de Nutri
Sen Sénégal, qui transforme les matières premières locales (céréales, fenugrec) en produits
bio, illustrent cette capacité à créer de la valeur ajoutée localement et à proposer une
alternative aux produits importés .

B. L'innovation et les services comme moteurs d'une économie moderne et territorialisée

Au-delà de l'agriculture, les jeunes entrepreneurs investissent les secteurs porteurs que sont
les services, les TIC et les industries culturelles, en phase avec le Plan Sénégal Émergent (PSE)
. La DER/FJ soutient cette dynamique via des programmes comme LIONSTECH, qui a financé
plus de 500 startups et accompagné des jeunes pousses avec des tickets d'investissement
allant jusqu'à 1,3 milliard de FCFA, positionnant le Sénégal comme un hub technologique
régional . Cette innovation, portée par la jeunesse, permet de concevoir des solutions
adaptées aux réalités locales. Par ailleurs, la stratégie de territorialisation de la DER/FJ, avec
l'ouverture d'antennes départementales, vise à capter et financer le potentiel
entrepreneurial des territoires, comme dans la région de Saint-Louis où l'agriculture irriguée
et l'économie verte offrent des perspectives pour lutter contre l'exode rural . Le secteur des
services, avec 33 187 entrepreneurs soutenus, montre que la jeunesse est au cœur de la
densification du tissu économique national .

C. La formation d'une nouvelle génération d'acteurs économiques patriotes

L'entrepreneuriat contribue à un changement culturel profond. Il ne s'agit plus seulement


d'attendre un emploi salarié, mais de "créer son propre travail" et de "rester pour construire
le pays" . Des programmes comme le PSEJ (Programme Sénégalais pour l'Entrepreneuriat des
Jeunes) offrent une formation diplômante au métier d'entrepreneur, couplée à un
accompagnement et un mentorat, formant ainsi des managers aptes à diriger des PME/PMI
durables . Cette "éducation entrepreneuriale", qui pénètre même les universités, vise à
forger un état d'esprit nouveau et à créer des modèles de réussite locaux . Même la diaspora
est mise à contribution via un Fonds spécifique, canalisant son épargne et son expertise vers
des investissements productifs au Sénégal, renforçant ainsi les liens avec la "nation" .

II. Des avancées prometteuses aux défis persistants pour une souveraineté économique
effective

Malgré ces dynamiques encourageantes, la contribution de l'entrepreneuriat jeune à la


souveraineté économique est freinée par des obstacles qui limitent son passage à l'échelle et
son impact structurel.
A. La persistance de l'informalité et la fragilité des entreprises

Le principal défi reste la prédominance de l'économie informelle, où opèrent plus de 90 %


des jeunes actifs . Ces entrepreneurs évoluent hors des circuits formels, sans protection
sociale, avec un accès limité au crédit bancaire classique et des revenus instables. Si la DER/FJ
a permis d'injecter des fonds considérables, la pérennité des entreprises créées reste un
enjeu. L'informel, bien que pourvoyeur d'emplois, ne contribue que faiblement à l'assiette
fiscale et ne garantit pas une accumulation de capital solide, condition pourtant essentielle à
une véritable souveraineté économique. Les femmes, qui représentent 81 % des
bénéficiaires de la DER/FJ, sont particulièrement concernées, avec 94,1 % d'entre elles dans
le secteur informel, confrontées à des difficultés d'accès au foncier et aux marchés .

B. Le manque de coordination et la rationalisation nécessaire des politiques publiques

L'écosystème d'accompagnement souffre d'un manque de lisibilité et de coordination.


Comme le souligne Dr Cheikh Oumar Ba de l'IPAR Think Tank, il y a une nécessité de
"rationalisation des interventions" car de nombreux acteurs publics et privés interviennent
sur le terrain avec des actions souvent chevauchantes, limitant leur portée . À cela s'ajoute
un décalage parfois persistant entre la formation des jeunes et les besoins réels des marchés.
Les universités, malgré leurs efforts pour intégrer l'entrepreneuriat dans leurs curricula, sont
encore pointées du doigt pour le caractère trop théorique de leurs enseignements, qui ne
préparent pas efficacement aux réalités du terrain . Il est crucial "d'écouter davantage les
jeunes" pour adapter les dispositifs à leurs aspirations et besoins concrets .

C. Les défis de la concurrence et de l'accès aux marchés structurés

Enfin, la souveraineté économique implique de pouvoir commercialiser sa production et faire


face à la concurrence. Les jeunes entrepreneurs locaux sont confrontés à la forte
concurrence des produits importés, souvent moins chers, et peinent à accéder à la
commande publique. Les difficultés d'écoulement des produits, le manque de locaux
adaptés, les lourdeurs administratives et l'accès difficile au financement pour l'équipement
sont autant de "goulots d'étranglement" . Mettre en place des incitations fiscales ou
foncières locales pour les jeunes investisseurs, comme préconisé à Saint-Louis, et faciliter
leur accès aux marchés publics via des mécanismes de "contenu local" sont des pistes à
explorer pour consolider l'écosystème et permettre aux jeunes pousses sénégalaises de
s'imposer durablement .

Conclusion
L'entrepreneuriat des jeunes au Sénégal constitue indéniablement un levier puissant et
prometteur pour l'affirmation de la souveraineté économique du pays. En investissant les
secteurs clés de l'agriculture, des services et de l'innovation, les jeunes générations
participent activement à la valorisation des ressources locales, à la création de richesses et à
l'émergence d'un nouveau modèle de développement plus endogène. Les politiques
publiques volontaristes, notamment via la DER/FJ et le PSEJ, ont créé une dynamique inédite
et un écosystème financier et d'accompagnement substantiel.

Cependant, le chemin vers une souveraineté pleine et entière est encore semé d'embûches.
La prégnance de l'informalité, le manque de coordination des acteurs et les difficultés
d'accès aux marchés structurés fragilisent les initiatives et limitent leur impact
macroéconomique. Pour que l'entrepreneuriat juvénile devienne le pilier d'une économie
nationale forte et résiliente, il est indispensable de poursuivre les réformes structurelles :
rationaliser l'offre d'appui, renforcer l'adéquation formation-emploi, et sécuriser le passage à
l'échelle des entreprises vers le secteur formel. L'enjeu final est culturel et politique : il s'agit
de construire un environnement où "oser entreprendre au Sénégal" devient la voie royale
vers la prospérité collective et l'indépendance économique nationale.

Vous aimerez peut-être aussi