Evapo
Evapo
CHAPITRE
Évapotranspiration
9.1 INTRODUCTION
Ce chapitre traite des phénomènes d’évaporation, de transpiration et d’évapotranspiration.
Pour ceux et celles voulant approfondir ces thèmes, vous pouvez consulter les ouvrages sui-
vants :
ASCE, 1990. Evaporation and irrigation water requirement. ASCE manuals and reports on
Engineering Practice No 70.
Brutsaert, W., 1991. Evaporation into the atmosphere. Kluwer Academic publishers, Boston
9.2 DÉFINITIONS
L’évaporation est le phénomène du passage de l’eau de l’état liquide à l’état de vapeur. L’éva-
poration d’une surface d’eau, d’un bassin ou d’un lac ou de la surface d’un sol en sont des
exemples.
La transpiration est le phénomène d’évaporation de l’eau par les plantes au travers des stoma-
tes.
Dans la nature, il n’est pas facile de différentier le phénomène de l’évaporation du phénomène
de la transpiration et le terme évapotranspiration a été créé pour représenter la combinaison des
deux phénomènes.
148 ÉVAPOTRANSPIRATION
EXTRA TERRESTRE
Ra
INCIDENTE RÉÉMISSION
Ro Rb NETTE
RÉFLEXION
RN
Rr
GLOBALE
Rs
Le tableau 9.1 présente quelques valeurs des constantes “a” et “b”. Les valeurs de “a” et “b”
varient géographiquement et selon la période de l’année et sont influencés par la quantité d’eau
dans l’air, la quantité de poussière et de pollution et la masse d’air (épaisseur de la couche
atmosphérique).
La durée d’insolation “n” est mesurée avec un héliographe et la durée possible “N” peut être
estimée du tableau 9.2. Le nombre d’heures possibles d’insolation “N” pour un mois donné est
obtenu en multipliant la valeur du tableau 9.2 par 360 heures (30 x 12 h). Le nombre d’heures
possibles d’insolation de la journée moyenne pour un mois donné est obtenu en multipliant la
valeur du tableau 9.2 par 12 heures et par le ratio (30 / nombre de jours du mois visé).
La radiation globale peut aussi être estimée à partir de la radiation incidente d’une journée
ensoleillée :
R s = R o a + b nN [9.3]
Ro = Radiation incidente
a, b = Constantes
Mateer (1955) propose les valeurs respective de 0,355 et 0,68 pour les coefficient “a” et “b”
pour le Canada. Gray (1972) présente les cartes pour chaque mois de l’année des valeurs de la
radiation incidente mesurées au Canada.
150 ÉVAPOTRANSPIRATION
e r = 1 e sT min
2
RH max
100
+ e s(T max)
RH min
100
[9.11]
La radiation extra terrestre est fonction de la constante solaire, la distance de la terre au soleil,
la latitude, la déclinaison et du jour de l’année. Elle peut être estimée à partir des données astro-
nomiques :
R a = 24 [
π G sc d r ω s sin(φ) sin(δ) + cos(φ) cos(δ) sin(ω s)
] [9.12]
Gsc = constante solaire = 4,92 MJ m--2 j--1
dr = inverse de la distance relative de la terre au soleil
ϕ = latitude (radians)
δ = déclinaison du soleil (radians)
ωs = angle du coucher du soleil (radians)
L’inverse de la distance relative de la terre au soleil peut être estimé :
d r = 1 + 0, 033 cos 2 π J
365
[9.13]
J = jour julien
Le jour Julien est le numéro ordinal du jour dans l’année, le 1er janvier étant le jour 1 et le 31
décembre le jour 365. Il peut être défini par un tableau ou l’équation suivante :
J = D − 32 + Int 275 M + 2 Int
9
3
M+1
+ Int M −
100
Mod(Y, 4)
4
+ 0, 975 [9.14]
BILAN D’ÉNERGIE
153
D = jour du mois
M = mois de l’année
Y = année (4 chiffres)
Int = fonction déterminant l’entier entier d’une division
Mod = fonction déterminant le reste d’une division
ω = π Lat [9.15]
180
Lat = latitude (°)
δ = 0, 409 sin 2 π J − 1, 39
365
[9.16]
Sous nos latitudes (45_ -- 50_), la radiation extra--terrestre Ra peut aussi être approximée par
l’équation suivante :
R a = C R a + ∆R cos F + 7 (1 − cos 2 F) [9.18]
R max + R min
Ra = [9.19]
2
R max − R min
∆R = [9.20]
2
R max = 1021, 6 − 0, 2 (Lat − 45 ) [9.21]
eo eo
Lac
Feuille
Figure 9.2 Principe de la diffusion.
∆T
Rs
eo
9.7 MESURES
Les méthodes de mesures de l’évaporation ou l’évapotranspiration sont basées sur le bilan de
masse ou de bilan d’énergie, les deux étant reliées.
Une autre technique de mesure consiste à utiliser des lysimètres drainants ou à pesée. Les lysi-
mètres à pesée sont plus précis que les lysimètres drainants mais plus dispendieux à construire
et à opérer. La figure 9.4 présente un lysimètre drainant. Dans le cas du lysimètres drainant,
l’évapotranspiration est estimée en effectuant le bilan d’eau entre deux épisodes pluvieux ou
d’arrosage :
ETr = Pte − Drainage [9.25]
L’équation fait l’hypothèse que le sol est à la capacité au champ après chaque précipitation ou
arrosage, ce qui amène une variation nulle du stock d’eau dans les sol.
Dans le cas des lysimètres à pesée, leur poids est pesé régulièrement, ce qui permet de mesurer
les variations de stock d’eau et d’estimer l’évapotranspiration sur de courtes périodes (quel-
ques heures à une journée). L’équation d’estimation de l’évapotranspiration s’écrit alors :
1200
300
100
40
30
20
10
Figure 9.5 Relation entre le déficit de pression de vapeur, la tension de l’eau dans le sol
et l’énergie potentielle dans le système sol--plante (adapté de Schawb et al.,
1966).
au point de flétrissement, la densité des racines et la profondeur des racines. La plante com-
mence à subir des dommages permanent (flétrissement permanent) lorsque le flux d’eau du sol
aux racines des plantes est inférieur à l’évapotranspiration.
158 ÉVAPOTRANSPIRATION
Les deux équations suivantes qui sont basées sur le bilan de masse utilisent la forme de l’équa-
tion [9.24].
E = C 1 + 0, 062 V 8 e o − e 8 [9.28]
E = évaporation (mm/mois)
C = constante [80 -- 110 ]
= 80 (grande étendue d’eau)
= 110 (lac peu profond)
eo = pression de vapeur à la surface du lac (kPa)
e8 = pression de vapeur dans l’air à 8 m (kPa)
V8 = vitesse du vent à 8 m (km/h)
Penman
E a = K 1 + C v V 2 (e s − e a) [9.29]
E a = K 1 + 0, 74 C v V 10 (e s − e a) [9.30]
Ea = évaporation (mm/j)
es = pression de vapeur saturée à la température de l’air (kPa) (mbar)
(mmHg)
ea = pression de vapeur actuelle (kPa) (mbar) (mmHg)
K = constante d’unité
= 2,6 mm / j kPa (es , ea en kPa)
= 0,26 mm / j mbar (es , ea en mbar)
= 0,235 mm / j mbar (es , ea en mmHg)
V2 , V10 = vitesse du vent à 2 m et 10 (m/s) (km/h)
Cv = coefficient de vitesse du vent
= 0,54 s/m (V en m/s)
= 0,149 h/km (V en km/h)
BILAN D’ÉNERGIE
159
La vitesse du vent “Vo ” mesurée à une autre élévation “ho ” peu être convertie par l’équation
suivante pour une élévation “hx ” :
n
V =V
h x
x
h o [9.31]
o
n ≅ 1/7
Les équations [9.40] et [9.41] peuvent aussi être utilisées.
Penman
Penman a développé une équation combinant la composante de l’énergie nécessaire pour sou-
tenir l’évapotranspiration et la composante du bilan de masse liée au gradient de vapeur. Elle
essaie de faire une moyenne pondérée des deux composantes :
∆ H + γ Ea
ETp = [9.32]
∆+γ
ETp = évapotranspiration (mm/j)
H = radiation nette (mm/j) (équation [9.1])
Ea = évaporation due au bilan de masse (mm/j) (équation [9.29])
∆ = pente de la pression de vapeur saturée à la température moyenne de
l’air (kPa/°C) (mbar/°C) (mmHg/°C)
γ = constante psychrométrique (même unités que ∆)
= 0,065 kPa/°C
= 0,65 mbar/°C
= 0,486 mmHg/°C
La pente de la pression de vapeur saturée “∆” à la température moyenne de l’air peut être esti-
mée à partir des pressions de vapeur du tableau 9.8 en utilisant l’équation suivante :
∆ = ∆e
∆T
[9.33]
T
La pression moyenne de vapeur saturée est estimé à partir des températures journalières maxi-
males (Tmax ) et minimales (Tmin ) :
La pression moyenne de vapeur au point de rosé est déterminée par l’équation [9.10] ou [9.11].
Si la vitesse du vent est mesurée à une hauteur “zw ” différente de 2 m au--dessus de la surface du
sol, l’équation [9.40] est utilisée si la vitesse du vent a été mesurée au--dessus d’une surface
d’herbe et l’équation [9.41] si la vitesse du vent a été mesurée au--dessus d’une surface de
végétation plus haute que de l’herbe comme de la luzerne ou toute végétation d’environ 0,5 m
de hauteur :
V 2 = V zw
4, 87
ln(67, 8 z w − 5, 42)
[9.40]
V 2 = V zw
3, 44
ln(16, 26 z w − 5, 42)
[9.41]
Tableau 9.5 Valeurs Cn et Cd pour les équations [9.35] et [9.36] au pas de temps journa-
lier (Itenfisu et al., 2003).
Culture de référence Cn Cd
Basse (herbe) 900 0,34
Haute (herbe) 1600 0,38
Turc (1962)
La formule de Turc est basée sur l’étude de nombreuses cases lysimétriques en Europe, en
Afrique du nord, en Asie et aux Indes.
ETp = 0, 40 ( R s + 50 ) T
T + 15 [9.42]
ETp = 0, 40 ( R s + 50 ) T
T + 15
1 + 50 − RH
70
[9.43]
LA = N
30 . 12 [9.48]
N = durée potentielle d’insolation mensuelle (h)
La valeur de LA est estimée au tableau 9.2.
Blaney - Criddle
La méthode de Blaney--Criddle a été développée principalement pour les zones arides et semi--
arides de l’ouest américain et sert principalement à estimer les besoins d’irrigation. Elle estime
l’évapotranspiration réelle :
CU = K T P = K F [9.49]
100
CU = évapotranspiration réelle (po/mois)
K = coefficient de culture
T = température moyenne mensuelle de l’air (°F)
P = % du nombre d’heure de clarté pour le mois par rapport au nombre
annuel (%) (tableau 9.6)
BILAN D’ÉNERGIE
163
CU = 25, 4 K P 9 T + 32
100 5
[9.50]
Tableau 9.6 Pourcentage mensuel d’heures de clarté “P” par rapport au total annuel pour
différentes latitudes.
Lat.
nord J F M A M J J A S O N D
40 6,76 6,72 8,33 8,95 10,02 10,08 10,22 9,54 8,29 7,75 6,72 7,52
42 6,63 6,65 8,31 9,00 10,14 10,22 10,35 9,62 8,40 7,69 6,62 6,37
44 6,49 6,58 8,30 9,06 10,26 10,38 10,49 9,70 8,41 7,63 6,49 6,21
46 6,34 6,50 8,29 9,12 10,39 10,54 10,64 9,79 8,42 7,57 6,36 6,04
48 6,17 6,41 8,27 9,18 10,53 10,71 10,80 9,89 8,44 7,51 6,23 5,86
50 5,98 6,30 8,24 9,24 10,68 10,91 10,99 10,00 8,46 7,45 6,10 5,65
1,0
θ
PF PC CC SAT
Le facteur plante varie de 0,4 à 1,2 selon le stade de croissance et le type de plante. Lors de leur
plein développement, les plantes ont généralement un facteur de 1,0. Le tableau 9.7 présente
quelques valeurs des coefficients d’évapotranspiration pour les cultures irriguées dans l’ouest
des États--Unis.
BILAN D’ÉNERGIE
165
Tableau 9.7 Coefficients d’évapotranspiration pour les cultures irriguées dans l’ouest des
États--Unis.
Culture Longueur de la saison ou Coefficient sai- Maximum
période de croissance sonnier d’éva- mensuel*
potranspiration (K)
(K)
Luzerne Jusqu’aux gelées 0.85 0.95--1.25
Fèves 3 mois 0.65 0.75--0.85
Mais 4 mois 0.75 0.80--1.20
Verger, plantes caduques Jusqu’aux gelées 0.65 0.70--0.75
Pâturage, herbes, annuelles, Jusqu’aux gelées 0.75 0.85--1.15
foin
Patates 3 mois 0.70 0.86--1.00
Céréales à paille 3 mois 0.75 0.85--1.00
Sorgo 5 mois 0.70 0.85--1.10
Betterave à sucre 5 1/2 mois 0.85--1.00
* II est fonction de la température mensuelle moyenne et du stage de croissance des cultures.
PROBLÈMES
9.1 Calculez l’évapotranspiration potentielle à Québec pour le 1er juillet 2009 par les
méthodes de :
a) Penman
b) Penman--Monteith
c) Turc
d) Blaney--Criddle
e) Baier et Robertson
Données :
Tmax Tmin Trosé Humidité Vent à 10 m
°C °C °C relative (km/h)
9.2 À l’aide des normales climatiques que vous pouvez obtenir des sites WEB d’Environne-
ment Canada ou de Météo Média, estimez l’évapotranspiration potentielle des mois de
mai, juin, juillet, août et septembre pour Québec ou toute autre ville de votre choix. Vous
devez le faire avec au moins deux méthodes que vous jugerez appropriées et que vous
devez justifier.
BIBLIOGRAPHIE