Cours Inconscient 1
Cours Inconscient 1
I- L’INCONSCIENT FREUDIEN
A- Le concept d’inconscient
B- Conséquences et caractère révolutionnaire de cette théorie
C- Valeur de cette théorie : Métapsychologie : l'hypothèse de l'inconscient comme hypothèse scientifique
II- LES CRITIQUES
A- L’OBJECTION ETHIQUE : SARTRE ET LA MAUVAISE FOI
Conclusion A
B- LA CRITIQUE DE LA SCIENTIFICITE (POPPER)
Conclusion B
III- LA CRITIQUE DE LA PSYCHANALYSE PAR LA PSYCHANALYSE (Jung)
Conclusion
Cours
Introduction
Nous avons vu, dans le cours sur la conscience, que le caractère privilégié de la conscience ne peut pas être retenu :
1. elle ne nous donne pas un accès immédiat à nous-mêmes ;
2. elle n’est pas une entité substantielle.
C’est l’inconscient qui aujourd’hui a pris la place de la conscience, ayant pour conséquence une autre conception de
l’homme. Avec Socrate, les stoïciens, Descartes, l’homme, par sa conscience, était un être à part, ayant une parfaite
maîtrise de lui-même.
Avec la découverte de l’inconscient, Freud estime ainsi avoir infligé la troisième blessure à l’humanité :
a) première blessure : Copernic : la terre n’est pas au centre de l’univers.
b) deuxième blessure : Darwin : l’homme n’est pas arrivé le premier sur la terre mais tard dans la lignée animale
c) troisième blessure : Freud : le moi « n’est pas le maître dans sa maison ». Il existe quelque chose de plus profond,
un inconscient psychique.
Nous allons voir que la notion d'inconscient mise à l'honneur par Freud remet donc en cause la conception classique
d'un homme maître de lui grâce à sa conscience. L’homme serait au contraire déterminé par des forces obscures,
auxquelles il ne pourrait pas avoir accès.
I- L’INCONSCIENT FREUDIEN.
A- Le concept d’inconscient.
1) L’idée qu’une partie de notre psychisme échappe à la conscience n’est pas nouvelle, et elle est même "dans l’air" à
la fin du XVIIIe du XIXe siècle :
a) Leibniz et les petites perceptions (Nouveaux Essais sur l’entedement humain, Préface, pp.41-42)
Avant Freud, certains philosophes avaient déjà montré que la représentation cartésienne du psychisme humain était
insuffisante.
Pour Descartes, l'esprit s'identifiait avec la conscience, avec la pensée claire et distincte. On pouvait avoir accès, par la
conscience, à tout ce qui se passe en nous, sans possibilité d'erreur (cf. fait que le malin génie ne pouvait nous tromper
concernant tout ce qui se passe dans notre esprit).
Dès le 17e, un contemporain de Descartes, Leibniz, a répondu à Descartes que cette conception du psychisme humain
n'est pas valide, et est insuffisante. Pour Leibniz, contrairement à Descartes, on ne peut pas rendre compte du
psychisme, et même du comportement en général, sans reconnaître l'existence de pensées inconscientes.
Sa thèse va être que l'on n'a pas accès (ou conscience de) à tout ce qui se passe en nous. La pensée n'est pas toujours
pensée consciente : nous pensons toujours mais nous n'avons pas conscience de toutes nos pensées.
Leibniz, Nouveaux-Essais sur l’entendement humain, Préface, pp.41-42, Les petites perceptions.
"D'ailleurs il y a des marques qui nous font juger qu'il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous,
mais sans aperception et réflexion, ie, des changements dans l'âme même dont nous ne nous apercevons pas,
parce que ces impressions sont ou trop petites et en trop grand nombre, ou trop unies, en sorte qu'elles n'ont
rien d'assez distinguant à part, mais, jointes à d'autres, elles ne laissent pas de faire leur effet et de se faire
sentir au moins confusément dans l'assemblage. C'est ainsi que la coutume fait que nous ne prenons pas
garde au mouvement d'un moulin ou à une chute d'eau, quand nous avons habité tout auprès depuis quelque
temps. Ce n'est pas que ce mouvement ne frappe toujours nos organes, et qu'il ne se passe encore quelque
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chose dans l'âme qui y réponde, à cause de l'harmonie de l'âme et du corps ; mais les impressions qui sont
dans l'âme et le corps, destituées des attraits de la nouveauté, ne sont pas assez fortes pour s'attirer notre
attention et notre mémoire, qui ne s'attache qu'à des objets plus occupants. Toute attention demande de la
mémoire, et quand nous ne sommes point avertis pour ainsi dire de prendre garde à quelques-unes de nos
perceptions présentes, nous les laissons passer sans réflexion et même sans les remarquer. Mais si quelqu'un
nous en avertit (…) et nous fait remarquer par exemple quelque bruit qu'on vient d'entendre, nous nous en
souvenons et nous nous apercevons d'en avoir eu tantôt quelque sentiment. Ainsi, c'étaient des perceptions
dont nous ne nous étions pas aperçus incontinent, l'aperception ne venant dans ce cas d'avertissement
qu'après quelque intervalle, pour petit qu'il soit. Et pour juger encore mieux des petites perceptions que nous
ne saurions distinguer dans la foule, j'ai coutume de me servir de l'exemple du (…) bruit de la mer dont on est
frappé quand on est au rivage. Pour entendre ce bruit comme l'on fait, il faut bien qu'on entende les parties
qui composent ce tout, le bruit de chaque vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que
dans l'assemblage confus de tous les autres ensembles, et qu'il ne se remarquerait pas si cette vague qui le
faisait était seule. Car il faut qu'on soit affecté un peu par le mouvement de cette vague et qu'on ait quelque
perception de chacun de ces bruits, quelque petit qu'ils soient ; autrement on n'aurait pas celle de cent mille
vagues, puisque cent mille riens ne sauraient faire quelque chose. (…) Ces petites perceptions sont donc de
plus grande efficace qu'on ne pense. Ce sont elles qui forment ce je ne sais quoi, ces goûts, ces images des
qualités des sens, claires dans l'assemblage, mais confuses dans les parties, ces impressions que les corps
environnants font sur nous…"
Dans ce texte, Leibniz insiste sur ce point : il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous, mais, sans
aperception ou réflexion (dont on n'a pas conscience); il y a des changements dans notre âme, dont nous ne nous
apercevons pas.
Leibniz soutient donc qu'il existe deux sortes de perceptions (on remarquera que le mot de "perception" remplace celui
de "pensée") dans notre esprit :
1) Non réfléchies : petites perceptions - je "pense" ou je "perçois" quelque chose, sans y faire attention, sans m'en
rendre compte- "conscience spontanée", conscience de quelque chose (est-ce avoir conscience au sens minimal ? Ou
quelque chose d’inconscient ?)
2) Réfléchies : aperceptions - je pense ou perçois quelque chose, et je sais que je le pense ou le perçois - conscience
"réfléchie", ou "réflexive" : conscience d'avoir conscience de quelque chose, se savoir conscient, etc. (c'est avoir
conscience au sens fort)
Exemple : je peux entendre un son sans m'en apercevoir, sans savoir que je l'entends
Raisons :
- parce qu'on y est tellement habitué (ou bien occupé à autre chose de plus important, qui retient toute notre attention)
qu'on n'y fait plus attention (il suffit parfois qu'il s'arrête brutalement, pour que je sache que j'entendais ce bruit)
- parce que ce bruit est trop "petit"
La première raison est subjective : elle dépend de la nature du sujet, de ce qui l'intéresse, etc. On dira ici qu'on n'a
conscience au sens (2) que de ce qui peut m’intéresser ; on sélectionne sans le savoir toutes les informations qui nous
arrivent de l'extérieur (on serait bien vite submergé sans cette sélection, c'est une obligation).
La seconde est objective : elle tient à la nature des choses. Impossibilité qui ne vient pas de nous, mais du monde. Cf.
exemple du bruit de la mer. Raison qui est finalement un argument logique : il part du fait que nos perceptions sont
toujours globales : ce dont nous nous apercevons, c'est toujours d'un tout ; or, il faut bien qu'il y ait des parties,
puisqu'il y a un tout ! Dès lors, pour revenir à notre exemple du bruit de la mer, puisque nous percevons le bruit global
de la mer quand nous sommes assis sur la plage, il faut bien que nous ayons des petites perceptions de chaque vague,
et bien plus, de chaque goutte d'eau ! (Autre argument : ce que nous percevons, c'est toujours un effet, donc, il faut
bien qu'il ait une cause ; et il faut bien que la cause soit elle-même perçue, sinon l'effet ne serait pas perçu).
NB : le modèle est celui du calcul intégral : on peut obtenir une somme d'éléments infiniment petits, trop petits pour
pouvoir être dénombrés séparément (s'oppose au calcul arithmétique, où chaque élément est saisi à part, car de même
ordre de grandeur que le total).
Ce que nous montrent tous ces exemples, c'est bien la nécessité de reconnaître l'existence de pensées ou perceptions
inconscientes, qui ne laissent pas de faire toujours leur effet sur nous, mais qui ne sont aperçues (consciemment) qu'à
un certain moment. Tous ces faits, Descartes, avec sa conception de la conscience, ne pouvait en rendre compte.
Critique de la conscience réfléchie chère à Descartes, donc : celle-ci n'est pas toute-puissante, elle est limitée, parce
que sélective, et parce que l'on ne peut tout saisir (de soi mais aussi du monde). La conscience est entourée de toutes
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parts par le domaine des perceptions inconscientes (petites perceptions). La vie de l'esprit n'est pas entièrement
dominée par la conscience !
A tel point que chez Leibniz, la conscience émerge de l'inconscient : on voit bien qu'il y a ici un passage graduel de
l'inconscience à la conscience. Les phénomènes conscients sont l'assemblage global d'éléments trop petits pour que
chacun d'eux soit aperçu à part. Ces éléments trop petits sont les petites perceptions inconscientes. On passe donc à la
conscience à partir d'éléments inconscients. Descartes ne traitait pas du problème de l'origine, de l'émergence, de la
conscience : on va pouvoir l'expliquer à partir de ces petites perceptions, de ce qui est pour le moment inconscient
mais susceptible de devenir conscient. Descartes ne reconnaissait même pas la difficulté, qui est que si la réflexion est
retour de la pensée sur elle-même, alors, il faut bien que la conscience réfléchie puisse être précédée d'une conscience
irréfléchie
Evidemment, le problème posé par la théorie leibnizienne des petites perceptions est qu'on ne sait pas trop si Leibniz
parle, à travers ses petites perceptions, d'une conscience qui serait non réfléchie, ou bien de quelque chose
d'inconscient. Quand par exemple il dit que nous nous souvenons parfois, en réfléchissant, d'avoir entendu tel bruit,
alors qu'au moment où notre esprit l'a " entendu " (!), nous n'en étions pas véritablement conscients, on a l'impression
qu'il veut parler d'une conscience spontanée, plutôt que de quelque chose de véritablement inconscient…
Un second point de vue permettrait de montrer que La conscience, chose la plus fragile en nous.
Le film de Christopher Nolan Memento (2000) raconte l’histoire d’un personnage qui souffre d’un genre d’amnésie
l’empêchant de se souvenir de ce qu’il a vécu la veille. Tout se passe comme si, à la fin de chaque journée, sa
conscience « s’éteignait » pour repartir à zéro le lendemain. Il sait néanmoins qu’il est à la recherche du meurtrier de
sa femme. Cependant, on comprend au fur et à mesure du film qu’il fait peut-être en sorte de se souvenir et de prendre
conscience de ce qui l’arrange pour parvenir à son but. En ce sens, la conscience ne semble être qu’un instrument au
service d’un désir de vengeance sans fin.
N’est-ce pas alors l’inconscient qui dirige notre conscience ?
Nietzsche écrit que le corps est caractérisé par une « multiplicité de systèmes » qui ou s’opposent les uns aux autres.
Par-là même, il veut dire que le corps est une machine d’une grande complexité, qui est caractérisée par des fonctions
(digestion, effort musculaire, etc.) qui sont en relation les unes avec les autres. Mais il y a un vrai travail du corps pour
que celui-ci garde son équilibre (la santé, par exemple : il lutte en permanence contre la maladie pour se maintenir en
vie). Lorsque l’on observe cette complexité, selon Nietzsche, la conscience apparaît bien pauvre : pourquoi ? Il semble
que Nietzsche critique également l’idée que la plupart des philosophes se font de la conscience : celle-ci apparaît, la
plupart du temps, comme une capacité directe et simple de faire passer à la connaissance, de mettre en lumière, des
choses qui étaient dans notre esprit. Mais surtout, elle apparaît bien « pauvre et étroite » (l.4) : elle est peu de chose
par rapport à l’ensemble des processus inconscients qui prennent place dans notre être. Nietzsche veut dire alors que la
part inconsciente de notre vie psychologique est majoritaire.
2) Contrairement aux idées reçues sur la conscience, et contre les préjugés des philosophes, Nietzsche ne fait pas de la
conscience ce qu’il y aurait de plus noble en nous. Nous lui avons donné beaucoup de valeur en y cherchant le
fondement de la dignité ou de la liberté, en expliquant par exemple qu’elle nous permettait de nous distinguer des
animaux. Or, selon Nietzsche, elle n’est qu’un instrument, c’est-à-dire une chose que les forces inconscientes, qu’il
appelle aussi les pulsions, vont utiliser pour se diriger. Par exemple, dans le film Memento, les moments de conscience
du personnage ne sont pas des moments de connaissance de soi : c’est son instinct de vengeance qui lui fait utiliser sa
conscience pour progresser dans son enquête. Ainsi, il ne décide pas consciemment, ou volontairement, de se venger :
il ne fait que sélectionner dans la réalité ce qui convient le mieux à son désir de vengeance. C’est aussi de manière
provocatrice que Nietzsche dit qu’elle est un « organe », comme le nez ou le bras : il veut mettre fin à l’idée qu’elle
serait quelque chose de purement « spirituel », et que nous serions, comme le disaient les philosophes classiques
(Descartes, par exemple), une âme immatérielle dans un corps matériel. La conscience est donc un organe comme les
autres, c’est-à-dire une partie du corps. Si elle est le « dernier né » des organes, c’est enfin parce que, conformément à
la théorie de l’évolution, nous voyons bien que nous sommes l’espèce vivante la plus récente sur terre. En ce sens, la
conscience est l’organe le plus récent de notre corps, et le moins développé ou exercé. C’est pour cela que Nietzsche
parle de ses « enfantillages » : la conscience doit encore apprendre à se connaître, et surtout à connaître ses limites et
ses faiblesses. Elle n’est donc, en dernier lieu, qu’instrument utilisé par l’inconscient.
2) Freud, au contraire, va élaborer le concept d’un inconscient qui est une instance à la fois psychique et distincte de
la conscience, et ayant ses propres structures et ses propres lois de fonctionnement et d’action.
Freud, Introduction à la psychanalyse, III, 19, Première topique, pp. :
"La représentation la plus simple de ce système (…) est la représentation spatiale. Nous assimilons donc le
système de l'inconscient à une grande antichambre, dans laquelle les tendances psychiques se pressent, telles des
êtres vivants. A cette antichambre est attenante une autre pièce, plus étroite, une sorte de salon, dans lequel
séjourne la conscience. Mais, à l'entrée de l'antichambre, dans le salon, veille un gardien qui inspecte chaque
tendance psychique, lui impose la censure et l'empêche d'entrer au salon si elle lui déplaît. Que le gardien renvoie
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une tendance donnée dès le seuil ou qu'il lui fasse repasser le seuil après qu'elle ait pénétré dans le salon, la
différence n'est pas bien grande (…). Tout dépend du degré de sa vigilance et de sa (…).
Les tendances qui se trouvent dans l'antichambre réservée à l'inconscient échappent au regard du conscient qui
séjourne dans la pièce voisine. Elles sont tout d'abord inconscientes. Lorsque, après avoir pénétré jusqu'au seuil,
elles sont renvoyées par le gardien, c'est qu'elles sont incapables de devenir conscientes : nous disons alors
qu'elles sont refoulées. Mais, les tendances auxquelles le gardien a permis de franchir le seuil ne sont pas pour
cela devenues nécessairement conscientes ; elles peuvent le devenir si elles réussissent à attirer sur elles le regard
de la conscience. Nous appellerons donc cette deuxième pièce : système de la pré-conscience (…).
L'essence du refoulement consiste en ce qu'une tendance donnée est empêchée par le gardien de pénétrer de
l'inconscient dans le préconscient. Et c'est ce gardien qui nous apparaît sous la forme d'une résistance, lorsque
nous essayons, par le traitement analytique, de mettre fin au refoulement."
Commentaire et comparaison avec la deuxième représentation freudienne du psychisme humain :
Dans ce qu'il appelle sa "topique" (représentation en quelque sorte spatiale du psychisme humain), Freud compare
l'appareil psychique à une maison à trois étages. Ces trois parties se distinguent l'une de l'autre et possèdent chacune
ses propres contenus et lois de fonctionnement, le plus souvent en conflit.
Première topique Deuxième topique
CONSCIENT MOI (tourmenté par le surmoi, et cherche à se
(Contenus mentaux clairs) défendre contre le ça ; il obéit avant tout
PRECONSCIENT au principe de réalité : pour s'adapter aux
(Recueille les contenus dont la exigences du monde extérieur, il faut modérer
Conscience ne veut pas, et selon ses désirs, et même les ; nous apprenons à
La force du refus, exerce, sur ordre renoncer à ces désirs en même temps que le
De la conscience, surmoi, vers 5/6ans)
La censure SURMOI (intériorisation des interdits sociaux et
(Refus du contenu refoulé par la conscience parentaux, cf. sentiment de culpabilité)
-à cause du fait que ça la heurte, souvent
en raison des convenances morales)
cela engendre des résistances
(Barrages qui empêchent le refoulé de
devenir conscient)
Enfin : inconscient (désirs refoulés) mais aussi le ça (pulsions, exigences naturelles-faim, agressivité, désirs sexuels-
qui cherchent une satisfaction immédiate : il obéit au seul principe de plaisir).
L'inconscient est donc pour Freud l'ensemble des désirs les plus primitifs, souvent sexuels, qu'ils soient refoulés ou
originaires, ils sont de tout homme. En général, on dit que ce sont des désirs refoulés (dans l'enfance) qui le
constituent.
Ce qui est nouveau, c'est que l'inconscient freudien est "agissant" (cf. fait qu'il est doté d'une énergie, force, qui le
pousse vers le haut, et de résistance formée par des conflits continus), et a un contenu propre (des désirs refoulés).C'est
donc une entité réelle. Le concept d'inconscient s'enrichit donc : il n'est plus seulement un réservoir de "contenus"
échappant à la conscience. Ces contenus sont dotés d'une signification, ils sont acceptables ou non par la conscience,
et donc, "refoulés" par la conscience dans l'inconscient. Il a donc acquis, par rapport à la tradition classique, un sens
positif : lieu psychique qui a ses contenus représentatifs spécifiques, une énergie et un fonctionnement propre. Ce n'est
pas latent, mais "interdit de cité" (c'est ce que la conscience ne veut pas savoir, et cela, parce que cela va contre nos
valeurs morales) -on ne peut donc pas y accéder.
Freud dit que les propriétés essentielles de l’inconscient sont le refoulement ("opération par laquelle le sujet cherche à
repousser ou à maintenir dans l’inconscient des représentations (pensées, images, souvenirs, liées à une pulsion") et
la pulsion ("processus dynamique consistant dans une poussée -charge énergétique, facteur de motricité- qui fait
tendre l’organisme vers un but")
Note : il y a des conflits entre conscience et inconscient : les contenus inconscients cherchant à sortir pour reparaître à
la conscience, et la conscience y oppose la force de son refus.
3) Mais cet inconscient a des moyens de s'exprimer : on va pouvoir d'une certaine manière y accéder.
L'hystérie, les lapsus, les actes manqués, rêves, tous ces comportements qui auparavant étaient considérés soit comme
banals, soit comme absurdes (donc : sans signification) sont les moyens qu'a trouvés l'inconscient pour se faire
entendre, pour s'exprimer. Par-là, on satisfait en quelque sorte symboliquement nos désirs réprimés.
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a1) exemple de lapsus :
Des mots que je dis à la place d'autres, sans raison apparente, mais qui en fait révèlent un désir inconscient : ainsi un
président d'une assemblée, au lieu de déclarer "la séance est ouverte", peut manifester son ennui (inconscient) en
disant : "la séance est close".
b) Mais là où l'inconscient se manifeste le plus, c'est la nuit pendant le sommeil. Alors, la censure laisse se
manifester les contenus inconscients, qui font surface dans les rêves.
b4) Le symbolisme
L’objet réel du désir sera remplacé dans le rêve par un objet généralement associé à l’objet réel, ou par un symbole de
cet objet réel.
-Précision : cet objet ressortit généralement des domaines faisant l’objet des désirs et craintes les plus violents et
conflictuels : la mort, la naissance, la sexualité.
Exemples de symboles :
-la mort peut être symbolisée par le voyage, le départ
-la naissance, par la sortie de l’eau
-les activités et organes sexuels, par des objets ou situations qui leur ressemblent par une caractéristique quelconque :
cannes, parapluies, robinets, crayons, objets qui s’allongent, serpents, etc. Ce sont là des exemples fréquents, souvent
culturels, correspondant à des symbolismes codifiés, mythes, contes populaires ou expressions populaires dans le
langage courant.
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Ce qu'il faut retenir, c'est que l'ordre des éléments est souvent inversé. Il y a en quelque sorte une logique propre de
l'inconscient
b5) Un exemple de rêve : Freud, Introduction à la psychanalyse, II
1) Description première du rêve :
Une dame encore jeune, mariée depuis plusieurs années, fait le rêve suivant : elle se trouve avec son mari au
théâtre, une partie du parterre est complètement vide. Son mari lui raconte qu'Elise L. et son fiancé auraient
également voulu venir au théâtre, mais ils n'ont pu trouver que des mauvaises places (3 places pour 1 florin 50),
qu'ils ne pouvaient pas accepter. Elle pense d'ailleurs que ce ne fut pas un grand malheur.
2) Analyse du rêve :
Première interprétation.
Les détails fournis par la patiente ont entre eux un lien commun : ils sont temporels. Cf. trop tôt, trop à l'avance, si
bien qu'elle les a payés plus cher ; cf belle-sœur qui s'est empressée d'amener argent chez bijoutier, comme si elle
avait peur de manquer quelque chose.
Si on y ajoute les autres détails, voici ce qu'on obtient :
"Ce fut absurde de ma part de m'être tant hâtée de me marier. Je vois par l'exemple d'Elise que je n'aurais rien
perdu à attendre". (La hâte est représentée par son attitude lors de l'achat des billets, et par celle de sa belle-sœur
quant à l'achat du bijou. Le mariage a sa substitution dans le fait d'être allée avec son mari au théâtre).
On peut continuer ainsi : "et pour le même argent j'en aurais obtenu un 100 fois meilleur" (150 florins : somme 100
fois supérieure à 1 fl 50).
Si on remplace enfin argent par dot, le sens de dernière phrase serait que c'est avec la dot qu'on s'achète un mari : le
bijou et les mauvais billets de théâtre seraient alors des notions venant se substituer à celle de mari.
Sans aller plus loin, le résultat de l'interprétation est le suivant : le rêve exprime la mésestime de la femme pour son
mari et son regret de s'être mariée si tôt (éprouvé à l'occasion de la nouvelle des fiançailles de son amie). Elle aurait pu
avoir un meilleur mari si elle avait voulu attendre.
Quelle est la réaction de la patiente ? Elle se montre très étonnée de cette interprétation. Elle ignorait qu'elle eût si peu
d'estime pour son mari, et elle ignore même les raisons pour lesquelles elle doit le mésestimer à ce point.
Note : l'élément de l'empressement se trouve accentué dans les idées latentes, alors que nous n'en trouvons pas trace
dans le rêve manifeste. D'où : la chose principale, le centre même des idées inconscientes, manque dans le rêve
manifeste. Pourquoi ? Parce que cela entraîne une modification profonde dans l'impression que fait ce rêve sur la
patiente.
On voit bien que les rapports entre les deux rêves sont complexes : un élément manifeste peut remplacer plusieurs
éléments latents, et un élément latent peut être remplacé par plusieurs éléments manifestes. (cf. fait que l'objet
manifeste central du rêve est constitué par les 3 places de théâtre pour 1 fl 50)
Deuxième interprétation (due au fait que certains éléments restaient inexpliqués ).
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Texte (p.205) : "la substitution (ou le déguisement) de l'image du théâtre à l'idée du mariage), est l'effet de la
réalisation du désir. Notre rêveuse n'a jamais été aussi mécontente de son mariage précoce que le jour où elle a
appris la nouvelle des fiançailles de son amie. Il fut un temps où elle était fière d'être mariée et se considérait comme
supérieure à Elise. Les jeunes filles naïves sont souvent fières, une fois fiancées, de manifester leur joie à propos du
fait que tout leur devient permis, qu'elles peuvent voir toutes les pièces de théâtre, assister à tous les spectacles. La
curiosité de tout voir, qui se manifeste ici, a été très certainement au début une curiosité sexuelle, tournée vers la vie
sexuelle, surtout celle des parents, et devient plus tard un puissant motif qui décida la jeune fille à se marier de bonne
heure. C'est ainsi que le fait d'assister au spectacle devient une substitution dans laquelle on devine une allusion au
fait d'être mariée. En regrettant actuellement ce précoce mariage, elle se trouve ramenée à l'époque où ce mariage
était pour elle la réalisation d'un désir, parce qu'il devait lui procurer la possibilité de satisfaire son amour des
spectacles et, guidée par ce désir de jadis, elle remplace le fait d'être mariée par celui d'aller au spectacle".
Maintenant, Freud "découvre" donc que le désir qui a fait de toutes ses idées un rêve, est son amour des spectacles,
son désir de fréquenter les théâtres. Il dit que ce désir se rattache, plus profondément, à son ancienne curiosité
d'apprendre enfin ce qui se passe quand on est marié.
Note : Freud interprète ici le rêve à l'aide d’une de ses théories, celle selon laquelle la curiosité infantile est toujours
dirigée vers la vie sexuelle des parents.
Ainsi, selon lui, l'idée : " ce fut une absurdité de ma part de me marier si tôt" ne donna lieu à un rêve qu'après avoir
réveillé l'ancien désir de voir enfin ce qui se passe : alors, le désir va constituer le contenu du rêve en remplaçant le
mariage par la visite au théâtre et lui donnant la forme d'une réalisation d'un rêve antérieur : " oui, moi, je peux aller
au théâtre, et voir tout ce qui est défendu. Je suis mariée, et toi, tu dois encore attendre".
La situation actuelle est donc dans le rêve transformé en son contraire (la déception récente devient triomphe sur sa
concurrente -elle se trouve au théâtre, alors que son amie ne peut y avoir accès)
c) L'hystérie
c3) Exemple de cure : Elisabeth (in Freud, Cinq leçons de psychanalyse, 1909).
Contexte du texte : Freud est au tout début de sa carrière, en 1895. Il a reçu une grande impression de son séjour
auprès de Charcot (étude des hystériques et de l'hypnose) puis de Bernheim (thérapeutique par l'hypnose). Mais ces
techniques lui parurent assez vite incertaines et pénibles. Il en inventa une autre : amener le patient à abandonner toute
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attitude critique ou réservée, à tout exprimer, et, pour le médecin, interpréter ce matériel. Ce texte relate donc
l'exemple d'Elisabeth :
"Je l'interrogeai donc sur les circonstances et les causes de la première apparition des douleurs. Ses pensées
s'attachèrent alors à des vacances dans la ville d'eaux où elle était allée avant son voyage à Gastein et certaines
scènes surgirent, que nous avions déjà plus superficiellement traitées auparavant. Elle parla de son état d'âme à cette
époque, de sa lassitude après tous les soucis que lui avaient causés la maladie ophtalmique de sa mère et les soins
qu'elle lui avait donnés à l'époque de l’opération ; elle parla enfin de son découragement final, en pensant qu'il lui
faudrait, vieille fille solitaire, renoncer à profiter de l'existence et à réaliser quelque chose dans la vie. Jusqu'alors,
elle s'était trouvée assez forte pour se passer de l'aide d'un homme ; maintenant, le sentiment de sa faiblesse féminine
l'avait envahie, ainsi que le besoin d'amour et alors, suivant ses propres paroles, son être figé commença à fondre. En
proie à un pareil état d'âme, l'heureux mariage de sa sœur cadette fit sur elle la plus grande impression ; elle fut
témoin de tous les tendres soins dont le beau-frère entourait sa femme, de la façon dont ils se comprenaient d'un seul
regard, de leur confiance mutuelle. On pouvait évidemment regretter que la deuxième grossesse succédât aussi
rapidement à la première, mais sa sœur qui savait que c'était là la cause de sa maladie supportait allégrement son
mal en pensant que l'être aimé en était la cause. Au moment de la promenade qui était étroitement liée aux douleurs
d'Elisabeth, le beau-frère avait tout d'abord refusé de sortir, préférant rester auprès de sa femme malade, mais un
regard de celle-ci pensant qu'Elisabeth s'en réjouirait, le décida à faire cette excursion. La jeune fille resta tout le
temps en compagnie de son beau-frère, ils parlèrent d'une foule de choses intimes et tout ce qu'il lui dit correspondait
si harmonieusement à ses propres sentiments qu'un désir l'envahit alors : celui de posséder un mari ressemblant à
celui-là. Puis ce fut le matin qui suivit le départ de la sœur et du beau-frère qu'elle se rendit à ce site, promenade
préférée de ceux qui venaient de partir. Là, elle s'assit sur une pierre, et rêva à nouveau d'une vie heureuse comme
celle de sa sœur, et d'un homme, comme son beau-frère, qui saurait capter son cœur. En se relevant, elle ressentit une
douleur qui disparut cette fois-là encore et ce ne fut que dans l'après-midi qui suivit un bain chaud pris dans cet
endroit que les douleurs réapparurent pour ne plus la quitter. J'essayai de savoir quelles pensées l'avaient préoccupée
dans son bain ; je ne pus apprendre qu'une seule chose, c'est que l'établissement de bains l'avait fait se souvenir de ce
que le jeune ménage y avait habité.
J'avais compris depuis longtemps de quoi il s'agissait. La malade, plongée dans ses souvenirs à la fois doux et amers,
paraissait ne pas saisir la sorte d'explication qu'elle me suggérait, et continuait à rapporter ses réminiscences. Elle
dépeignait son séjour à Gastein et l'état d'anxiété où la plongeait l'arrivée de chacune des lettres ; enfin lui parvint la
nouvelle de l'état alarmant de sa sœur, et Elisabeth décrivit la longue attente, le départ du train, le voyage fait dans
une angoissante incertitude, la nuit sans sommeil, tout cela accompagné d'une violente recrudescence des douleurs.
Je lui demandai si elle s'était représentée pendant le trajet la tragique possibilité qu'elle trouva réalisée à son arrivée.
Elle me dit avoir fait l'impossible pour chasser cette idée, mais sa mère, croyait-elle, s'était dès le début attendue au
pire. Suivit le récit de son arrivée à Vienne. Elle décrivit l'impression causée par les parents qui les attendaient à la
gare, le petit trajet de Vienne jusqu'à la proche banlieue où habitait sa sœur, l'arrivée le soir, la traversée rapide du
jardin jusqu'à la porte du petit pavillon, la maison silencieuse et plongée dans une angoissante obscurité, le fait que le
beau-frère ne vint pas à leur rencontre. Puis l'entrée dans la chambre où reposait la morte, et tout à coup, l'horrible
certitude que cette sœur bien-aimée était partie sans leur dire adieu, sans que leurs soins eussent pu alléger ses
derniers moments. Au même instant, une autre pensée avait traversé l'esprit d'Elisabeth, une pensée qui, à la manière
d'un éclair rapide, avait traversé les ténèbres : l'idée qu'il était redevenu libre, et qu'elle pourrait l'épouser.
Tout s'éclairait. Les efforts de l'analyse étaient couronnés de succès. A cette minute, ce que j'avais supposé se
confirmait à mes yeux. L'idée de "rejet" d'une représentation insupportable, l'apparition des symptômes hystériques
par conversion d'une excitation psychique en symptômes somatiques, la formation -par un acte volontaire aboutissant
à une défense- d'un groupe psychique isolé. C'était ainsi et non autrement que les choses s'étaient ici passées. Cette
jeune fille avait éprouvé pour son beau-frère une tendre inclination, mais toute sa personne morale révoltée avait
refusé de prendre conscience de ce sentiment. Enfin, lorsque cette certitude s'est imposée à elle (pendant la
promenade faite avec lui, pendant sa rêverie matinale, au bain et devant le lit de sa sœur), elle s'était créé des
douleurs par une conversion réussie du psychique en somatique. A l'époque où j'entrepris son traitement, l'isolement
du groupe d'associations relatives à cet amour était déjà fait accompli, sans cela, je crois qu'elle ne se serait jamais
prêtée au traitement ; la résistance qu'elle opposa maintes fois à la reproduction des scènes traumatisantes
correspondait réellement à l'énergie mise en œuvre pour rejeter hors des associations l'idée intolérable. Toutefois, le
thérapeute fut en proie à bien des difficultés dans le temps qui suivit. Pour cette pauvre enfant l'effet de la prise de
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conscience d'une représentation refoulée fut bouleversant. Elle poussa les hauts cris, lorsqu'en termes précis, je lui
exposai les faits en lui montrant que, depuis longtemps, elle était amoureuse de son beau-frère. A cet instant elle se
plaignit des plus affreuses douleurs et fit encore un effort désespéré pour rejeter mes explications : "ce n'était pas
vrai, c'était moi qui le lui avais suggéré, c'était impossible, elle n'était pas capable de tant de vilénie, ce serait
impardonnable, etc." Il ne fut pas difficile de lui démontrer que ses propres paroles ne laissaient place à aucune
interprétation, mais il me fallut longtemps lui faire accepter mes deux arguments consolateurs, à savoir que l'on n'est
pas responsable de ses sentiments et que, dans ces circonstances, son comportement, son attitude, sa maladie,
témoignaient suffisamment de sa haute moralité".
Tout s'éclairait. Les efforts de l'analyse étaient couronnés de succès. A cette minute, ce que j'avais supposé se
confirmait à mes yeux. L'idée de "rejet" d'une représentation insupportable, l'apparition des symptômes hystériques
par conversion d'une excitation psychique en symptômes somatiques, la formation -par un acte volontaire aboutissant
à une défense- d'un groupe psychique isolé. C'était ainsi et non autrement que les choses s'étaient ici passées. Cette
jeune fille avait éprouvé pour son beau-frère une tendre inclination, mais toute sa personne morale révoltée avait
refusé de prendre conscience de ce sentiment. Enfin, lorsque cette certitude s'est imposée à elle (pendant la
promenade faite avec lui, pendant sa rêverie matinale, au bain et devant le lit de sa sœur), elle s'était créé des
douleurs par une conversion réussie du psychique en somatique. A l'époque où j'entrepris son traitement, l'isolement
du groupe d'associations relatives à cet amour était déjà fait accompli, sans cela, je crois qu'elle ne se serait jamais
prêtée au traitement ; la résistance qu'elle opposa maintes fois à la reproduction des scènes traumatisantes
correspondait réellement à l'énergie mise en œuvre pour rejeter hors des associations l'idée intolérable. Toutefois, le
thérapeute fut en proie à bien des difficultés dans le temps qui suivit. Pour cette pauvre enfant l'effet de la prise de
conscience d'une représentation refoulée fut bouleversant. Elle poussa les hauts cris, lorsqu'en termes précis, je lui
exposai les faits en lui montrant que, depuis longtemps, elle était amoureuse de son beau-frère. A cet instant elle se
plaignit des plus affreuses douleurs et fit encore un effort désespéré pour rejeter mes explications : "ce n'était pas
vrai, c'était moi qui le lui avais suggéré, c'était impossible, elle n'était pas capable de tant de vilénie, ce serait
impardonnable, etc." Il ne fut pas difficile de lui démontrer que ses propres paroles ne laissaient place à aucune
interprétation, mais il me fallut longtemps lui faire accepter mes deux arguments consolateurs, à savoir que l'on n'est
pas responsable de ses sentiments et que, dans ces circonstances, son comportement, son attitude, sa maladie,
témoignaient suffisamment de sa haute moralité".
Commentaire rapide : Elisabeth était secrètement amoureuse de son beau-frère. Quand sa sœur mourut d'une
maladie, elle se dit : "le voilà enfin libre de m’épouser !". Mais, cette pensée se heurta à son surmoi qui la trouva
indécente et la refoula sur le champ dans son inconscient. Alors, elle tomba malade, présentant de graves symptômes
d'hystérie. En la soignant, Freud découvrit que la jeune femme avait complètement oublié la scène où elle se tenait au
chevet de sa sœur et où ce désir inavouable et égoïste avait surgi en elle. Mais, au cours du traitement, cela lui revint
en mémoire : elle reproduisit alors dans une extrême agitation ce moment pathologique et fut guérie par ce traitement.
On voit donc que la cure cathartique consiste en deux principales étapes : on reproduit d'abord chronologiquement
toute la chaîne des souvenirs, mais dans l'ordre inverse ; puis on provoque la reproduction de ces scènes traumatiques,
qui est supposée supprimer les symptômes.
Conclusion : cette expression déguisée est ce qui permet au psychanalyste de déchiffrer l'inconscient, et de nous aider
à mieux nous connaître. (Même si ces manifestations ne sont que des aspects fragmentaires et incomplets des contenus
inconscients) Il pourra en effet accéder au refoulé qui continue d'agir à notre insu.
a) Contrairement à toute la tradition philosophique antérieure, le psychisme, l’esprit, est plutôt du côté de
l’instinct, de l’obscur, que de la pensée claire.
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La plupart des états mentaux se passent sans qu’on en soit conscient (alors que pour Descartes, l’esprit est tout entier
conscience ("nous ne pouvons avoir aucune pensée de laquelle nous ne sommes pas conscients, au moment où elle est
en nous"). Ce qui est vraiment nouveau, c’est l’hypothèse d’une vie mentale non consciente qui détermine tous nos
actes, toute notre vie.
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Une théorie (et son ou ses concepts-clé) survient lorsque nos connaissances butent sur des phénomènes qui, tels quels,
nous paraissent incomplets, ou des observations isolées qui, telles quelles, demeurent sans signification. Il faut donc
inventer quelque chose (un concept) qui, en permettant d'établir des liens avec d'autres phénomènes, ou entre ces
observations isolées, en "intercalant" un élément là où il faut, complète l'ensemble et le rende compréhensible.
Exemple : l'invention de la planète Neptune par Leverrier.
L'hypothèse de l'inconscient est appelée par les lacunes et les incohérences de la vie consciente. La présupposition
d'actes qui ne bénéficient pas du témoignage de la conscience entraîne un gain de sens et de cohérence, qui justifie le
dépassement des expériences immédiates au profit de cette hypothèse -tout comme une hypothèse physique est
d'autant plus valide qu'elle permet une prédiction des phénomènes (et le cas échéant, une modification de leur cours).
Les actes psychiques auxquels la théorie, et elle seule, donne un sens sont : les actes manqués, les rêves, les
symptômes névrotiques, etc. L'interprétation des rêves est le modèle même d'une telle démarche : Freud postule que le
rêve a un sens, et que, par conséquent, une cohérence peut être rendue à ce texte décousu.
Ceux qui associent d'emblée le psychique au conscient doivent bien rendre compte de la latence de certains vécus.
Le concept d'inconscient et la théorie qui s'est élaborée autour de lui paraissent donc bien avoir les caractères d'un
concept et d'une théorie scientifique, d'une théorie qui comble des lacunes ("nécessaire") et permet de rendre compte
d'une manière cohérente et satisfaisante ("légitime") d'une quantité de phénomènes, sans créer plus de difficultés
qu'elle n'en résout. En permettant le progrès des investigations, elle pourra se modifier en fonction des expériences qui
suivront.
"l'existence précède l'essence, ou, si vous voulez, il faut partir de la subjectivité. Que faut-il entendre au juste par-
là ? Lorsqu'on considère un objet fabriqué, comme par exemple un livre ou un coupe-papier, cet objet a été fabriqué
par un artisan qui s'est inspiré d'un concept ; il s'est référé au concept de coupe-papier, et également à une technique
de production préalable qui fait partie du concept, et qui est au fond une recette. Ainsi, le coupe-papier est à la fois un
objet qui se produit d'une certaine manière et qui, d'autre part, a une utilité définie, et on ne peut pas supposer un
homme qui produirait un coupe-papier sans savoir à quoi l'objet va servir. Nous dirons donc que, pour le coupe-
papier, l'essence -c'est-à-dire l'ensemble des recettes et des qualités qui permettent de le produire et de le définir-
précède l’existence ; et ainsi la présence, en face de moi, de tel coupe-papier ou de tel livre est déterminée. (…)
Lorsque nous concevons un Dieu créateur, ce Dieu est assimilé la plupart du temps à un artisan supérieur ; (…) le
concept d'homme, dans l'esprit de Dieu, est assimilable au concept de coupe-papier dans l'esprit de l’industriel ; et
Dieu produit l'homme suivant des techniques et une conception, exactement comme l'artisan fabrique un coupe-papier
suivant une définition et une technique. Ainsi l'homme individuel réalise un certain concept qui est dans l'entendement
divin. Au 18e siècle, dans l'athéisme des philosophes, la notion de Dieu est supprimée, mais non pas pour autant l'idée
que l'essence précède l'existence. (…) L'homme est possesseur d'une nature humaine ; cette nature humaine, qui est le
concept humain, se retrouve chez tous les hommes, ce qui signifie que chaque homme est un exemple particulier d'un
concept universel, l'homme (…).
L'existentialisme athée, que je représente, est plus cohérent. Il déclare que si Dieu n'existe pas, il y a au moins un être
chez qui l'existence précède l'essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et que cet être
c'est l'homme, ou, comme le dit Heidegger, la réalité humaine. Qu'est-ce que signifie ici que l'existence précède
l’essence ? Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après. (…)
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"L'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait. Tel est le premier principe de l'existentialisme. C'est aussi ce qu'on
appelle la subjectivité, et que l'on nous reproche sous ce nom même. Mais que voulons-nous dire par là, sinon que
l'homme a une plus grande dignité que la pierre ou que la table ? Car nous voulons dire que l'homme existe d'abord,
c'est-à-dire que l'homme est d'abord ce qui se jette vers un avenir, et ce qui est conscient de se jeter vers l'avenir.
L'homme est d'abord un projet qui se vit subjectivement, au lieu d'être une mousse, une pourriture ou un chou-fleur ;
rien n'existe préalablement à ce projet ; rien n'est au ciel intelligible, et l'homme sera d'abord ce qu'il aura projeté
d'être."
Sartre soutient donc la thèse de la liberté totale de l'homme. Mais il y a des distinctions à faire pour bien comprendre
ce qu'est cette liberté :
"Non pas ce qu'il voudra être. Car ce que nous entendons ordinairement par vouloir, c'est une
décision consciente, et qui est pour la plupart d'entre nous postérieure à ce qu'il s'est fait lui-
même. Je peux vouloir adhérer à un parti, écrire un livre, me marier, tout cela n'est qu'une
manifestation d'un choix plus originel, plus spontané que ce qu'on appelle volonté. Mais si
vraiment l'existence précède l'essence, l'homme est responsable de ce qu'il est. Ainsi, la
première démarche de l'existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu'il est
et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence."
S'il y a bien des situations qui nous obligent à choisir, c'est à nous de choisir le rapport que nous aurons face à ces
situations -ce qui n'est autre que la "valeur" des choses ou situations. Il y a quatre grands types de rapports possibles
face aux choses : soit on cherche à :
-reculer les limites que nous imposent ces situations
-les franchir
-les nier
-s'en accommoder
Mais, en choisissant un de ces projets, et donc, la valeur des situations, l'homme se détermine librement par rapport à
elles, et est responsable de ce choix.
Cf. exemple du rocher :
"Beaucoup de faits énoncés par les déterministes ne sauraient être pris en considération. Le
coefficient d'adversité des choses, en particulier, ne saurait être un argument contre notre
liberté, car c'est par nous, c'est-à-dire par une position préalable d'une fin, que surgit ce
coefficient d'adversité. Tel rocher, qui manifeste une résistance profonde si je veux le
déplacer, sera, au contraire, une aide précieuse si je veux l'escalader pour contempler le
paysage. En lui-même -s'il est même possible d'envisager ce qu'il peut être en lui-même-il est
neutre, c'est-à-dire qu'il attend d'être éclairé par une fin pour se manifester comme adversaire
ou comme auxiliaire."
En conséquence de cette liberté fondamentale à l'homme, Sartre va dire que la condition humaine est double ; l'homme
est à la fois transcendance et facticité.
b) la transcendance
Sartre caractérise l'homme en l'opposant à la chose ; c'est un "sujet".
-Caractéristiques de la chose : elle est fermée sur elle-même ; elle a un contenu, une forme, déterminés ; elle est ce
qu’elle est, ie, elle obéit au principe d’identité ; elle est un "être-en-soi".
-De l’homme : il est une conscience, dont la caractéristique principale est justement de n’avoir ni forme ni contenus
déterminés ; elle n’est rien "en soi"; elle est "pour soi". Elle est, dit Sartre, néant, projet, transcendance : ie, elle est
toujours autre que ce qu’elle est, elle se transcende toujours vers autre chose. La conscience est ce qu’elle n’est pas
(son projet) et n’est pas ce qu’elle est (son passé). Toujours en dehors d'elle-même.
c) La "facticité"
La conscience est aussi, toutefois, au milieu d’un monde de faits étrangers : ce que Sartre appelle la facticité de la
conscience, renvoie au fait que je fais aussi partie de ce monde pour d’autres consciences, et que j’ai un corps, une
place, un passé, un environnement.
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1) Sartre et la critique de l'inconscient : la mauvaise foi
Sartre est un de ceux, avec Alain, autre philosophe français, qui s'est fortement opposé à l'hypothèse de l'inconscient.
Selon lui, croire à la réalité de l'inconscient, c'est rejeter ce qui pourtant est fondamental à l'homme : la liberté. Mais
c'est également une attitude radicalement humaine, que l'on peut qualifier de fuite, d'angoisse, devant cette trop grande
liberté.
Il va donc montrer que l'hypothèse de l'inconscient n'est pas nécessaire, même pour expliquer certains aspects ambigus
et complexes du comportement humain, et qu'elle est plutôt une notion non seulement contradictoire mais aussi
immorale, car elle nie toute liberté et par là empêche toute responsabilité envers nos actes.
Ce qui est intéressant, c'est que Sartre explique à l'intérieur même d'une philosophie de la conscience, ie, en gardant le
postulat de l'immédiateté de la conscience, des comportements que Freud explique par le recours à l'inconscient -ce
qui devrait donc invalider la thèse de Métapsychologie. Pour Sartre, ces comportements vont en effet pouvoir
s'expliquer par "la mauvaise foi", qui manifeste simplement le fait que l'homme est une conscience et donc un être
ambigü.
Pour montrer cela, nous allons partir d'un exemple de comportement ambigu. Nous verrons ensuite comment Freud
expliquerait cet exemple, puis comment Sartre l'explique. Enfin, il nous faudra montrer les enjeux de la critique
sartrienne.
a) Un exemple de comportement ambigu : la jeune fille à son premier rendez-vous amoureux
Prenons avec Sartre l'exemple d'une jeune fille à son premier rendez-vous amoureux. Elle et son fiancé sont assis sur
un banc côte à côte. Soudain, son fiancé lui prend la main. Elle la lui abandonne et feint de ne rien remarquer. Elle se
met à parler de choses très sérieuses (pourquoi pas de philosophie…), ignorant totalement le caractère charnel de
l'invitation. Elle ne s'aperçoit pas du tout du caractère charnel de l'invitation (ce jeune homme a fortement envie de
l'embrasser…). Elle se fait au contraire, en réponse à ce geste du jeune homme, "tout esprit".
D'un côté, elle est sensible au désir qu'elle inspire, mais de l'autre, le désir cru et nu, dans ce qu'il a de plus charnel, lui
fait horreur. Elle fait donc comme si le désir ne s'adressait pas à elle, mais à son corps ; elle diffère ainsi le moment de
la décision.
C'est donc là une situation conflictuelle : il y a un conflit à l'intérieur de cette jeune fille, puisqu'elle veut et ne veut pas
à la fois ce désir. On peut dire qu'elle connaît l'intention de son partenaire (flirter avec elle), et sait très bien qu'elle
doit prendre assez rapidement une décision concernant cette intention. Mais, d'un autre côté, elle ne veut pas en sentir
l'urgence : ainsi fait-elle seulement attention à ce que l'attitude de son partenaire offre de respectueux. Elle idéalise le
désir. Ainsi quand il lui dit : "je vous admire tant", elle s'efforce, elle feint, de ne pas faire attention à l'arrière-fond
sexuel de cette situation/affirmation.
Mais alors, cette situation de conflit à l'intérieur d'elle-même, n'est-elle pas aussi et surtout un véritable paradoxe, un
comportement inexplicable ?
b) L'aspect paradoxal de ce comportement où : la mauvaise foi
En effet, il apparaît que ce que semble faire cette jeune fille, c'est se mentir à elle-même. Mais qu'est-ce que se mentir
à soi-même ?
b1) Mensonge et mauvaise foi -ou : le mensonge à soi
Le mensonge
Définissons d'abord le mensonge, pour bien comprendre comment il paraît paradoxal de se mentir à soi-même.
Mentir, c'est cacher la vérité à quelqu'un, donc, à quelqu'un d'extérieur à soi-même. Cette vérité qu'on cache, on la sait,
bien entendu, sinon, on ne ment pas, on se trompe, on fait une erreur.
Exemples :
(1) quand je dis que "deux et deux font cinq" au lieu de dire que "deux et deux font quatre", en croyant dire un énoncé
vrai, c'est une erreur ; je me trompe, et je l'ignore (je ne me trompe pas moi-même !)
(2) quand je dis que "deux et deux font cinq" à mon petit frère qui a cinq ans, alors que je sais que "deux et deux font
quatre", je trompe mon petit frère, je lui cache la vérité que je connais : je lui mens
Le menteur a donc l'intention de tromper quelqu'un, et ne se dissimule nullement cette intention.
Le mensonge à soi-même ou la "mauvaise foi"
Par définition, il semble bien impossible de se mentir à soi-même. En effet ce serait un comportement dans lequel on
devrait être soi-même l'objet du mensonge, en même temps que le sujet. Mais on ne peut se mentir à soi-même, à
partir du moment où ce qu'on veut cacher, on le connaît !
Or, dans notre exemple, il semble bien que la jeune fille se mente à elle-même. En effet, cette jeune fille fait tout pour
ignorer l'aspect charnel de la situation. Elle se dit : "non ! Il ne me désire pas seulement moi en tant que corps, mais ce
qu'il aime avant tout en moi, c'est mon intelligence". Pourtant, elle est en même temps tout à fait consciente de ce que
signifie le geste de son fiancé.
Sartre appelle ce comportement dans lequel on se ment à soi-même, souvent pour se sortir de situations qui nous
humilient ou qui sont trop difficiles à supporter (cf. le cas de la malheureuse Elisabeth dont nous parlait Freud dans
ses Etudes sur l’hystérie !), la "mauvaise foi". Elle consiste à user alors de raisons par expédient, en les adoptant.
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Problème : nous sommes donc en présence d'un comportement totalement paradoxal, et qui paraît inexplicable. On est
tenté de répondre à Sartre que pour se mentir à soi-même il faut avoir conscience de se mentir, et donc, ce n'est plus se
mentir, c'est tout simplement une attitude impossible.
b2) Le sauvetage freudien
Le seul moyen de rendre compte de ce genre d'attitude consiste, soit à déclarer malades les personnes qui se mentent à
elles-mêmes ; soit à recourir au concept d’inconscient ! De nouveau, cela reviendrait à montrer le bien-fondé de la
théorie de l'inconscient.
On peut d'ailleurs s'autoriser un parallèle de cette situation avec le cas de la jeune Elisabeth qui souffre de symptômes
dus au fait qu'elle refoule son désir d'épouser le mari de sa sœur.
Nous avons vu que ce comportement était, dans le cadre de la théorie freudienne, tout à fait compréhensible. Si on fait
appel au double (ou au triple ?) aspect de la personnalité (surmoi-moi-inconscient), à la notion de censure et de
refoulement des désirs à connotation sexuelle ou qui se heurtent aux interdits du surmoi, alors, tout devient explicable.
Il faudrait dire alors que ce qui explique que notre jeune fille à son premier rendez-vous "ignore" l'aspect charnel de la
situation, c'est que son désir sexuel se heurte à la sévérité de sa conscience morale, si bien qu'elle le rejette dans son
inconscient. Mais tout ceci se passe, bien entendu, sans qu'elle en soit consciente…
2) Pour Sartre, la notion d'inconscient n'est pas recevable et pose plus de difficultés qu'elle n'en résout ; il vaut donc
mieux recourir à la mauvaise foi
a) La censure comme notion contradictoire
Pourquoi Sartre refuse-t-il alors le recours à l'inconscient pour expliquer le comportement de la jeune fille ?
C'est que la notion de censure, essentielle à la théorie de l'inconscient, lui paraît être un phénomène conscient. En
effet, pour censurer quelque chose, il faut bien connaître cette chose et donc avoir conscience de la censurer ! Par-là,
évidemment, c'est la notion d'inconscient elle-même qui, selon Sartre, est contradictoire.
b) La mauvaise foi remplace la censure
Il n'est pas plus simple, contrairement à ce qu'on pouvait penser au premier abord, de recourir à la notion d'inconscient
pour rendre compte des conflits psychiques. Au contraire, c'est bien plus simple de s'en passer, et de remplacer la
censure par la mauvaise foi. Alors que la notion de censure opère une scission à l'intérieur du psychisme humain, la
notion de mauvaise foi sauvegarde son unité.
La mauvaise foi n'est nullement une instance séparée de la conscience, mais un "écran" posé par la conscience elle-
même devant des désirs refoulés et refusés.
Voici comment Sartre va pouvoir rendre cette attitude explicable :
b1) en rattachant ce genre d'attitude à la condition humaine elle-même : ce qui rend possible la mauvaise foi, c'est la
dualité humaine.
En effet, nous avons vu, dans l'introduction, que l'homme se caractérise par sa conscience, par sa liberté, et par sa
double réalité.
La caractéristique principale de l'homme est donc de n'avoir précisément aucune forme ou contenu déterminés :
l'homme, avons-nous dit, n'est rien en soi, mais il est à tout moment possibilité de dépasser ses déterminations,
d'échapper à toute définition. Il existe donc hors de soi, il est toujours autre que ce qu'il est. Ainsi Sartre dit-il que la
conscience est ce qu'elle n'est pas (car elle est projet), et n'est pas ce qu'elle est (son passé).
Mais rappelons aussi que l'homme est encore facticité : la facticité, c'est tout ce que je ne choisis pas, par exemple,
mon corps, ma situation historique et géographique, la présence d'autrui, qui me fige dans mes possibilités, pour qui je
suis comme une chose…
La mauvaise foi va être la manifestation principale de cette dualité ; on peut dire aussi que la mauvaise foi est ce qui
caractérise la condition humaine. L'homme de mauvaise foi fuit ce qu'il est pour se poser autre, afin d'échapper à
l'angoisse ressentie devant la difficulté de la prise en charge de notre liberté et à l'omniprésence des autres libertés.
C'est possible car en un sens, il est tout à fait vrai que nous sommes toujours autres que ce que nous "sommes". Cet
être auquel je veux donc échapper et que je suis pour autrui, ou encore, qu'autrui me fait être, je le suis, et en même
temps, je ne le suis pas.
Ainsi peut-on expliquer maintenant le comportement de notre jeune fille à son premier rendez-vous de la façon
suivante : elle utilise avec brio la double propriété de l'être humain, qui est à la fois facticité et transcendance. Elle
affirme tour à tour que la facticité est transcendance et que la transcendance est facticité (ou qu'elle est ce qu'elle n'est
pas et qu'elle n'est pas ce qu'elle est). Ainsi, livrée au désir de son partenaire, elle se croit libre alors que c'est autrui
qui l’est ; et elle veut ignorer qu'elle est libre et doit choisir (elle s'angoisse alors devant sa liberté).
b2) en recourant à la distinction conscience spontanée et réfléchie
Si, certes, ces contenus ne vont pas être vraiment présents à la conscience claire, ils ne sont pas pour autant hors de la
conscience…
3) La mauvaise foi contre la psychanalyse : le déterminisme psychique comme fuite devant l’angoisse.
Finalement, Sartre va aller jusqu'à montrer que croire à l'hypothèse de l'inconscient, est une attitude de mauvaise foi.
Freud serait donc lui-même de mauvaise foi. Pour montrer cela, Sartre insiste sur l'aspect déterministe de toute
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explication par l'inconscient. Or, selon Sartre, recourir à l'explication déterministe n'est autre chose que de fuir devant
l'angoisse qu'éprouve le sujet à être un sujet libre, "déterminé" seulement par lui-même.
"Si nous avons défini la situation de l'homme comme un choix libre, sans excuses et sans
secours, tout homme qui se réfugie derrière l'excuse de ses passions, tout homme qui invente
un déterminisme est un homme de mauvaise foi".
Tout déterministe est une excuse, et les excuses déterministes servent à se cacher notre liberté totale ; dès lors, les
hommes qui recourent à ce genre d'excuses sont des lâches. Freud, qui fait de l'inconscient le maître de nos choix et de
nos conduites, est donc un lâche, qui ne fait rien d'autre que de chercher des excuses à nos actes. Il nous
déresponsabilise.
Ainsi, il est faux de dire qu'on n'y peut rien, que nous sommes de toute éternité déterminée, que ce soit par
l'inconscient social ou individuel.
Conclusion A
Sartre reproche donc à Freud deux choses :
(1) d’avoir voulu supprimer la mauvaise foi en brisant l’unité du psychisme.
Pour Sartre, le processus de refoulement se fait consciemment, et c’est un processus de mauvaise foi. En effet, la
censure est consciente de la tendance à refouler (sinon, comment saurait-elle ce qu’il lui faut refouler ?) mais
précisément pour ne plus en être consciente. La censure n’est donc pas une force aveugle. La conscience enveloppe,
même si c’est de façon obscure, une compréhension du but à atteindre qui est simultanément désiré et défendu, voire
refoulé.
(2) d’avoir développé un déterminisme psychique, ce qui détruit la liberté humaine.
Nous avons vu en effet que l’idée majeure de la psychanalyse, c’est qu’il y aurait un inconscient actif, qui
conditionnerait, à l’insu du sujet, ses comportements. Ainsi, le sujet agirait en fonction de tendances qui le meuvent
inconsciemment. Le sujet se trouve déresponsabilisé. Or, pour Sartre, ces tendances se réalisent avec mon concours :
ie, je leur prête une efficience, par une perpétuelle décision sur leur valeur.
C’est donc à l’aspect humiliant, et non libérateur, de la psychanalyse, que s’oppose donc Sartre.
Or, Freud pourrait rétorquer que sa tâche ultime est justement de chercher à libérer l'homme des déterminismes qui le
gouvernent à son insu en lui faisant connaître (par la talking-cure) ce qui le détermine. Ou encore, et ce genre de
défense est plus décisif, il pourrait rétorquer, comme d'ailleurs il l’a fait maintes fois, que Sartre n’accepte pas sa
nouvelle image de l’homme, et que son attitude de refus est même une preuve de l’existence de l’inconscient. En effet,
le psychanalyste peut toujours déceler dans cette volonté critique un refoulement (inconscient) de la psychanalyse.
Mais alors, on peut se demander si, avec cette hypothèse de l’inconscient, la psychanalyse n’aurait pas un moyen de
répondre à toutes les objections. Ne serait-elle pas dès lors irréfutable ? C’est précisément ce genre de questions que
s’est posé Popper dans le cadre d’une recherche des critères de démarcation entre les théories scientifiques et non
scientifiques.
B- LA CRITIQUE DE LA SCIENTIFICITE (POPPER)
Introduction
Qui est Popper ? C’est un philosophe britannique d’origine autrichienne ; né à Vienne en 1902 et mort à Londres en
1994. Principalement un épistémologue, il s’interroge sur les fondements des sciences, sur la nature de la
connaissance, sur ce que nous pouvons connaître, etc.
Dans Conjectures et réfutations (1953), se trouve sa critique, maintenant célèbre, de la psychanalyse. Dans cet article,
il s’interroge sur les différences entre diverses théories (les sciences de la nature, la psychanalyse, le marxisme,
l’astrologie, etc.). Par-là, il voulait voir si elles étaient toutes scientifiques, et essayer de voir ce qui fait la scientificité
d’une théorie. Sa question est celle de savoir quand on doit conférer à une théorie un statut scientifique.
Nous avons vu que Freud affirme explicitement que la psychanalyse est une théorie scientifique. Il insiste souvent en
disant que de nombreuses "observations cliniques" appuient l'hypothèse de l'inconscient. Présupposé de Freud : une
hypothèse ou une théorie est scientifique si elle est confirmée par une multitude d'observations.
Pour vérifier ce statut scientifique de la psychanalyse, Popper va d'abord étudier une théorie scientifique, celle
d'Einstein, puis, il va la comparer à la psychanalyse. La question directrice est celle de savoir si une théorie est
d'autant plus scientifique qu'elle est confirmée par des observations allant en son sens.
1) Qu'est-ce qu'une théorie scientifique ?
Prenons pour exemple la théorie einsteinienne de la gravitation. Cette théorie scientifique affirme l'existence d'un
champ de gravitation autour des planètes, qui fait que la lumière est déviée.
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Cette théorie se caractérise par le fait qu'elle a des implications empiriques, vérifiables/observables. Ainsi, si elle dit
vrai, alors, on doit pouvoir observer que les étoiles voisines du soleil s'éloignent de cet astre, à cause de la courbure
induite par le champ magnétique.
Lors d'une éclipse de soleil, on est parvenu à vérifier/observer cette conséquence observable de la théorie
einsteinienne.
Qu'est-ce qui fait donc que cette théorie est scientifique, et qu'une théorie en général est scientifique ? Est-ce bien,
comme le croit Freud, le fait qu'il y a des observations allant dans son sens ? Est-ce bien la multitude des
confirmations empiriques de celle-ci ? Si c'était le cas, alors, la recherche scientifique consisterait à chercher à
confirmer le plus qu'il est possible sa théorie. C'est d'ailleurs bien, nous y reviendrons plus loin, ce que fait Freud.
Or, pour Popper, ce qui fait la scientificité d'une hypothèse ou d'une théorie, c'est au contraire le risque pris à l'infirmer
(car confirmer est toujours possible). Le critère de la scientificité d'une théorie réside donc dans la possibilité de
l'invalider, de la réfuter, ou de la tester.
Or, on reconnaît là le critère freudien de la scientificité d'une théorie, et en l'occurrence, de l'inconscient. Popper va
donc pouvoir s'attaquer à la scientificité de la psychanalyse.
2) La non scientificité de la psychanalyse
a) On ne peut la mettre à l'épreuve
D'abord, Popper constate que le critère majeur de la scientificité d'une théorie, celui de l'infirmation possible, n'est pas
applicable à la psychanalyse.
a1) En effet, comment avoir accès à l’inconscient ?
On ne peut par définition y accéder, si ce n'est le psychanalyste lors de la cure. Si l'inconscient était accessible, ce
serait alors quelque chose de conscient, ou bien, il ne serait pas irréductible à la conscience…
a2) Le procédé immunitaire : la psychanalyse est infalsifiable
Pire encore, Popper montre que la psychanalyse fait tout pour ne pas être infirmée (ie, c'est tout le contraire d'une
attitude scientifique !).
En effet, chaque fois que quelqu'un critique le concept d'inconscient, il se voit aussitôt classé parmi les "rationalistes"
dont les présupposés philosophiques s'opposent à un concept nouveau (tout comme ils ont pu s'opposer dans le passé à
l'idée de vide ou de force à distance).
Exemple : si on critique le pansexualisme de Freud, cette critique se voit attribuée à un refoulement des tendances
sexuelles (inhibition venue du surmoi, culpabilisation, etc.), bref, à un refus d'accepter la thèse critiquée. Autrement
dit, elle n'est autre qu'une confirmation de la théorie de Freud !
Si donc on critique quelque aspect que ce soit de la théorie de l'inconscient, on se voit opposer l'argument imparable
des résistances inconscientes. Les critiques scientifiques elles-mêmes (comme l'est celle de Popper…) sont donc
l'expression de quelque chose de refoulé, ie, le refus de voir détruite une image de l'homme conscient, libre, etc.
La psychanalyse fonctionne donc à l'instar d'un processus immunitaire, interdisant à toute objection extérieure de
pénétrer dans le système.
La psychanalyse est donc irréfutable/infalsifiable : rien ne pourra jamais l'infirmer, la contredire ; alors que selon
Freud le fait que tout puisse être subsumé sous cette théorie est le signe de l'hyper-scientificité de la psychanalyse, il
est selon Popper le signe de sa non-scientificité. Ce qui pour Freud est une force est donc pour Popper le point faible
de la psychanalyse.
b) La théorie de l'inconscient n'est autre qu'un dogme
On ne peut donc par définition réfuter l'hypothèse de l'inconscient. En effet, si on étudie de plus près cette théorie, on
ne peut qu'être choqué par le fait qu'elle est une sorte de grille universelle qu'on peut étendre à tous les domaines
humains, et à travers laquelle tous les comportements vont pouvoir être interprétés et recevoir un sens (tout cela, a
priori, sans attendre le verdict de l’expérience !).
Exemple : la psychanalyse s'applique aux œuvres d'art, à la religion (cf. L'avenir d'une illusion), aux problèmes
politiques et sociaux (cf. Totem et tabou, Malaise dans la civilisation). Voulant tout expliquer, la psychanalyse finit
par devenir une sorte de grand fourre-tout servant à expliquer n'importe quoi. Elle s'applique à tellement de choses
qu'elle les absorbe en elle plus qu'elle ne les explique…
La concurrence d'autres théories comme par exemple le marxisme ou la psychanalyse d'Adler, qui interprète tous les
comportements en termes de complexe d'infériorité, montre les limites de ce genre de théories : elles s'appliquent à
tout, et en même temps elles s'excluent.
Exemple :
(1) selon Freud, la source de tous nos comportements se situe dans une instance intérieure, l'inconscient
(2) selon Marx, la source de tous nos comportements se situe dans une infrastructure sociale
Or, si (1) alors non (2), et réciproquement.
(1') chacun de nous est selon Freud amené à vivre selon un même schéma de développement (phases de la sexualité,
complexe d'Œdipe, structure familiale, etc.)
( 2') il y a selon Marx modification historique de l'humanité (donc, de la famille, de la sexualité ;
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De nouveau, on voit que (1') et (2') s'excluent mutuellement ; car s'il y a développement historique des structures
comme la famille, alors, on ne voit pas comment le même schéma pourrait subsister.
c) Autres points anti-scientifiques de la psychanalyse
La critique poppérienne a le mérite de s'attaquer au noyau de la psychanalyse. Mais de nombreux aspects plus
particuliers de celle-ci peuvent encore être attaqués par la science :
c1) Contrairement aux théories scientifiques, qui doivent être complètement indépendantes de leur créateur, la théorie
de l'inconscient est étroitement liée à la vie privée de son inventeur.
Ainsi, de nombreux biographes ont montré que Freud était secrètement amoureux de sa mère, beaucoup plus jeune
que son mari. Ou encore, que sa famille accordait une grande importance aux garçons, etc.
c2) Dépendance de la psychanalyse par rapport à son époque et à l'occident
Sa théorie est datée historiquement et culturellement ; elle a été en quelque sorte "à la mode"; or, une théorie
scientifique est universelle et vaut dans tous les temps et dans tous les lieux. Cf. importance de la sexualité et de sa
répression au 19e; les structures familiales ne sont pas les mêmes selon les peuples et les époques, etc.
c3) Les cures sont en général inefficaces et dangereuses
Bref : tout s'oppose au texte de Métapsychologie dans lequel Freud estime nécessaire l'hypothèse de l'inconscient, et
affirme qu'elle mène à une thérapeutique efficace.
Conclusion B
Popper peut alors retourner contre la psychanalyse sa réponse classique à ceux qui critiquent la théorie de
l’inconscient. Freud répondrait en effet à Popper, comme à Sartre, que s’il critique la psychanalyse, c’est qu’il est
victime d’un refoulement, qu’il refuse de savoir des choses sur lui-même qui l’humilieraient. Popper lui répond que
cette objection est justement la meilleure preuve ou confirmation qui soit pour appuyer son critère de démarcation
entre sciences et pseudo-sciences : il va en effet dire que la psychanalyse se montre ici sous son jour d’irréfutabilité,
puisque l’inconscient est quelque chose d’irréfutable. Bref : la réponse freudienne ne fait que confirmer que la
psychanalyse, tout comme l’astrologie, n’est qu’une pseudo-science.
III- À la critique épistémologique ou philosophique de la psychanalyse, il faut ajouter la critique que la psychanalyse
s’adresse à elle-même. Il s’agit d’une discipline qui n’est pas figée depuis Freud, mais qui interroge ses principes et
ses méthodes.
Texte
Tout ce que je connais, mais à quoi je ne pense pas à un moment donné, tout ce dont j’ai eu conscience une fois, mais
que j’ai oublié, tout ce qui a été perçu par mes sens, mais que je n’ai pas enregistré dans mon esprit conscient, tout ce
que, involontairement et sans y prêter attention (c’est-à-dire inconsciemment), je ressens, pense, me rappelle, désire et
fais, tout le futur qui se prépare en moi, qui ne deviendra conscient que plus tard, tout cela est le contenu de
l’inconscient.
À ces contenus viennent s’ajouter les représentations ou impressions pénibles plus ou moins intentionnellement
refoulées. J’appelle inconscient personnel l’ensemble de tous ces contenus. Mais, au-delà, nous rencontrons aussi
dans l’inconscient des propriétés qui n’ont pas été acquises individuellement ; elles ont été héritées, ainsi les instincts,
ainsi les impulsions pour exécuter des actions commandées par une nécessité, mais non par une motivation
consciente… (C’est dans cette couche « plus profonde » de la psyché que nous rencontrons aussi les archétypes.) Les
instincts et les archétypes constituent ensemble l’inconscient collectif. Je l’appelle collectif parce que, au contraire de
l’inconscient personnel, il n’est pas le fait de contenus individuels plus ou moins uniques, ne se reproduisant pas,
mais de contenus qui sont universels et qui apparaissent régulièrement.
Carl G. Jung, L’homme à la découverte de son âme, 1933
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