CH 1
CH 1
6 février 2026
Table des matières
1 Espaces métriques 5
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1 Distance et espaces métriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.1 Définition et exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.2 Propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2 Topologie des espaces métriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2.1 Boules ouvertes, fermées et sphères . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2.2 Ensembles ouverts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2.3 Ensembles fermés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.2.4 Voisinages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.2.5 Intérieur, adhérence, frontière et points particuliers . . . . . . . . . 11
1.2.6 Densité et séparabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.3 Suites dans les espaces métriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.3.1 Définitions générales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.3.2 Convergence des suites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.3.3 Lien entre suites et adhérence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.3.4 Sous-suites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.4 Limites et continuité d’une application . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1.4.1 Limite d’une application . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1.4.2 Continuité d’une application . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.4.3 Propriétés globales de la continuité . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.5 Continuité uniforme et applications Lipschitziennes . . . . . . . . . . . 18
1.5.1 Continuité uniforme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1.5.2 Applications Lipschitziennes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1.6 Espaces métriques complets . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.6.1 Suites de Cauchy . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.6.2 Espaces complets . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.7 Espaces métriques compacts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
1.7.1 Définition et premières propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2
1.7.2 Propriétés des espaces compacts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
1.7.3 Applications continues sur des compacts . . . . . . . . . . . . . . 22
Travaux dirigés N° 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
2 Espaces topologiques 29
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
3
4
Chapitre 1
Espaces métriques
Introduction
Nous abordons dans ce chapitre les fondements de la théorie des espaces métriques, une
structure clé en mathématiques modernes. En dotant un ensemble d’une application distance
satisfaisant des axiomes bien précis, nous obtenons un cadre naturel pour développer les
concepts topologiques essentiels : ouverts, fermés, voisinages, convergence et continuité.
Initiée par Fréchet et Hausdorff, cette théorie permet d’étendre l’analyse classique à des
contextes très généraux.
Remarque 1.1.2
Dans un espace métrique (E, d), pour tout (x, y) ∈ E 2 , on a d(x, y) ⩾ 0. Cette propriété
découle des trois axiomes de la définition.
5
Exemple 1.1.3
1. L’application d : R × R → R, (x, y) 7→ |x − y| est une distance sur R (distance
usuelle sur R).
2. L’application d : C × C → R, (z, w) 7→ |z − w| est une distance sur C (distance
usuelle sur C).
3. Soient x = (x1 , x2 ) et y = (y1 , y2 ) deux éléments de R2 . On définit trois distances
importantes :
p
— Distance euclidienne : d2 (x, y) = (x1 − y1 )2 + (x2 − y2 )2 .
— Distance de Manhattan : d1 (x, y) = |x1 − y1 | + |x2 − y2 |.
— Distance du maximum : d∞ (x, y) = max |x1 − y1 |, |x2 − y2 | .
1.1.2 Propriétés
Proposition 1.1.4
Soit (E, d) un espace métrique. Alors, on a :
1. Pour tout réel α strictement positif, αd est une distance sur E.
2. ∀(x, y, z) ∈ E 3 , |d(x, y) − d(y, z)| ⩽ d(x, z) (inégalité triangulaire renversée).
n−1
3. ∀n ∈ N∗ , ∀(x1 , x2 , · · · , xn ) ∈ E n , d(x1 , xn ) ⩽ ∑ d(xk , xk+1).
k=1
Exercice 1.1.5
1. On considère les deux applications suivantes :
Question 1.1.6
Soit E un ensemble non vide.
⋆ Comment construire une distance sur E sans faire appel à des distances déjà
connues sur cet ensemble ?
⋆ Comment définir une distance sur E à partir de distances déjà connues sur E ?
6
Question 1.1.7
Soient d1 et d2 deux distances sur le même ensemble non vide E.
La somme d1 + d2 et le produit d1 d2 définissent-ils toujours des distances sur E ?
Définition 1.2.1
Soient (E, d) un espace métrique, a un élément de E et r un réel strictement positif.
1. La boule ouverte de centre a et de rayon r est l’ensemble :
B f (a, r) = { x ∈ E | d(x, a) ⩽ r }.
S(a, r) = { x ∈ E | d(x, a) = r }.
Remarque 1.2.2
1. a ∈ B(a, r),
S
2. B f (a, r) = B(a, r) S(a, r).
3. Si r′ > r, alors B(a, r) ⊂ B f (a, r) ⊂ B(a, r′ ).
Exemple 1.2.3
1. Dans R muni de la distance usuelle, pour a ∈ R et r > 0 :
2. Dans R2 muni des distances usuelles, les boules fermées unités centrées en (0, 0)
sont :
(2)
B f ((0, 0), 1) = {(x, y) ∈ R2 | x2 + y2 ⩽ 1}
(1)
B f ((0, 0), 1) = {(x, y) ∈ R2 | |x| + |y| ⩽ 1}
(∞)
B f ((0, 0), 1) = {(x, y) ∈ R2 | max(|x|, |y|) ⩽ 1}
7
y y y
x x x
Remarque 1.2.4
On remarque que les boules fermées unités de centre (0, 0) associées aux distances
précédentes vérifient les inclusions suivantes :
(1) (2) (∞)
B f ((0, 0), 1) ⊂ B f ((0, 0), 1) ⊂ B f ((0, 0), 1).
L’ensemble Td de tous les ouverts de (E, d) est appelé la topologie sur E associée à
la distance d.
O (ouvert)
B(x, rx ) O (non ouvert)
x rx x0 r
B(x0 , r)
∃x0 ∈ O tel que ∀r > 0, B(x0 , r) ̸⊂ O
∀x ∈ O, ∃rx > 0 tel que B(x, rx ) ⊂ O
Exemple 1.2.6
Un sous-ensemble O de R est un ouvert si et seulement si
Par exemple, l’intervalle ouvert ]0, 1[ est un ouvert de R. En revanche, [0, 1[ et {0} ne
sont pas des ouverts de R.
8
Remarque 1.2.7
Dans un espace métrique, toute boule ouverte est un ouvert. En particulier, les inter-
valles ouverts de la forme ]a, b[ sont des ouverts de R.
Proposition 1.2.8
Soit (E, d) un espace métrique. Alors :
1. Les ensembles 0/ et E sont des ouverts de E.
2. Toute réunion quelconque d’ouverts de E est encore un ouvert de E, c’est-à-
dire :
[
si (Oi )i∈I est une famille d’ouverts de E, alors Oi est un ouvert de E.
i∈I
Exercice 1.2.9
On munit R de sa distance usuelle.
1. Montrer que N n’est pas un ouvert de R.
2. Montrer que R \ N est un ouvert de R.
3. Montrer que Q n’est pas un ouvert de R.
4. Montrer que R \ Z est un ouvert de R.
Remarque 1.2.10
Une intersection infinie d’ouverts n’est pas nécessairement un ouvert. En effet, il suffit
de considérer la famille d’intervalles ouverts ] − 1n , n1 [ n∈N∗ .
Exemple 1.2.12
1. {0}, [0, 1], N et Z sont des fermés de R.
2. [0, 1[ n’est pas un fermé de R.
9
Remarque 1.2.13
1. Dans un espace métrique, toute boule fermée est un fermé. En particulier, les
intervalles fermés de la forme [a, b] sont des fermés de R.
2. Le fait qu’un sous-ensemble ne soit pas ouvert n’implique pas qu’il soit fermé.
En effet, dans un espace métrique, un sous-ensemble peut être :
— ouvert sans être fermé,
— fermé sans être ouvert,
— à la fois ouvert et fermé (Clopen Subset),
— ni ouvert ni fermé.
Proposition 1.2.14
Soit (E, d) un espace métrique. Alors :
1. Les ensembles 0/ et E sont des fermés de E.
2. Toute intersection quelconque de fermés de E est encore un fermé de E, c’est-
à-dire :
\
si (Fi )i∈I est une famille de fermés de E, alors Fi est un fermé de E.
i∈I
1.2.4 Voisinages
Définition 1.2.15
Soient (E, d) un espace métrique, a ∈ E et V ⊂ E. On dit que V est un voisinage de a,
et on note V ∈ V (a), s’il existe un ouvert O de E tel que a ∈ O ⊂ V .
Proposition 1.2.16
Soient (E, d) un espace métrique, a ∈ E et V ⊂ E. Alors V ∈ V (a) si et seulement s’il
existe un réel r > 0 tel que B(a, r) ⊂ V.
Exemple 1.2.17
Dans R muni de la distance usuelle, on a :
[0, 1[ ∈ V 21 / V (0).
et [0, 1[ ∈
10
Proposition 1.2.18
Soient (E, d) un espace métrique et a ∈ E. Alors, on a :
1. Si O est un ouvert de E contenant a, alors O ∈ V (a). En particulier, la boule
ouverte B(a, r) appartient à V (a) pour tout r > 0.
2. Pour tout V ∈ V (a), on a a ∈ V .
3. Pour tout (V,W ) ∈ V (a) × P (E), si V ⊆ W , alors W ∈ V (a).
4. Pour tout (V,W ) ∈ V (a) × V (a), on a V ∩W ∈ V (a).
Exercice 1.2.19
Soient (E, d) un espace métrique et a, b ∈ E avec a ̸= b.
Montrer qu’il existe (V,W ) ∈ V (a) × V (b) tel que V ∩W = 0.
/
Remarque 1.2.21
Un point x ∈ E est un point d’accumulation de A si et seulement s’il est adhérent à
A mais n’est pas isolé dans A. Autrement dit, x est un point d’accumulation si toute
boule centrée en x contient au moins un point de A distinct de x.
Exemple 1.2.22
On munit R de sa distance usuelle d(x, y) = |x − y|.
1. Le point 2 est un point adhérent à l’ensemble ] − ∞, 2[.
2. Le point 0 est un point isolé dans N.
11
3. Le point 1 est un point d’accumulation de l’intervalle [0, 1[.
4. Si on pose A =]1, 2], alors :
Proposition 1.2.23
Soient (E, d) un espace métrique et A, B deux sous-ensembles de E. Alors :
1. Propriétés de l’intérieur :
— Å ⊂ A.
— Si A ⊂ B, alors Å ⊂ B̊.
˚ {
z }|
— A ∩ B = Å ∩ B̊.
˚ {
z }|
— A ∪ B ⊃ Å ∪ B̊.
2. Propriétés de l’adhérence :
— A ⊂ A.
— Si A ⊂ B, alors A ⊂ B.
— A ∪ B = A ∪ B.
— A ∩ B ⊂ A ∩ B.
˚ {
z }|
3. Lien intérieur/adhérence et complémentaire : E \ A = E \ A, E \A = E \
Å.
Question 1.2.24
Peut-on trouver deux sous-ensembles A et B de R tels que
˚ {
z }|
A ∩ B ̸= A ∩ B et A ∪ B ̸= Å ∪ B̊ ?
Proposition 1.2.25
Soient (E, d) un espace métrique et A un sous-ensemble de E. Alors :
1. A est ouvert si et seulement si A = Å.
2. Å est le plus grand ouvert contenu dans A.
3. A est fermé si et seulement si A = A.
4. A est le plus petit fermé contenant A.
5. Fr(A) est un fermé de E.
12
1.2.6 Densité et séparabilité
Définition 1.2.26
Soient (E, d) un espace métrique et D un sous-ensemble de E. On dit que D est dense
dans E si tout point de E est adhérent à D, c’est-à-dire D = E.
Exemple 1.2.27
1. Q est dense dans R.
2. N n’est pas dense dans R.
Proposition 1.2.28
Soient (E, d) un espace métrique et D un sous-ensemble de E.
Alors D est dense dans E si et seulement si
Autrement dit, tout élément de E peut être approché par un élément a de D suivant la
précision souhaitée.
On rappel qu’un ensemble non vide E est dit dénombrable s’il est Rappel : Un ensemble
non vide E est dit dénombrable s’il est en bijection avec une partie de N.
Définition 1.2.29
Un espace métrique (E, d) est dit séparable s’il existe une partie dénombrable D de
E qui est dense dans E.
Exemple 1.2.30
L’espace métrique R, muni de sa distance usuelle, est un espace séparable.
Remarque 1.3.2
Pour une telle suite, on utilise les notations suivantes :
— (xn )n∈I ou plus simplement (xn )n⩾n0 ;
— Lorsque I = N, on note (xn )n∈N ou (xn )n⩾0 ;
13
— E I désigne l’ensemble des suites d’éléments de E (indexées par I).
Exemple 1.3.3
√
n
1. Suite réelle : xn = pour tout n ∈ N.
n+1
√ ln(n)
2
2. Suite dans R : yn = sin( n), √ pour tout n ∈ N∗ .
n
Une suite (xn )n∈N de E est dite convergente dans E s’il existe (au moins) ℓ ∈ E tel
que (xn )n∈N converge vers ℓ. Dans le cas échéant, elle est dite divergente.
Remarque 1.3.5
1. Caractérisation utile : une suite (xn )n∈N converge vers ℓ est équivaut à
lim d(xn , ℓ) = 0 (dans R). Ceci permet de ramener l’étude de convergence de
n→+∞
la suite (xn )n∈N vers ℓ dans (E, d) à celle de la suite réelle positive (d(xn , ℓ))n≥0 .
2. Dépendance à la distance : La convergence n’est pas une notion absolue mais
dépend de la métrique choisie. Une même suite peut être convergente pour une
distance et divergente pour une autre.
Exercice 1.3.6
On munit R des deux distances suivantes : d1 (x, y) = |x − y| et d2 (x, y) = | arctan(x) −
arctan(y)|, et on considère la suite (xn )n∈N définie par xn = n pour tout entier naturel
n.
1. Étudier la convergence de (xn )n∈N dans (R, d1 ).
2. Étudier la convergence de (xn )n∈N dans (R, d2 ).
Proposition 1.3.7
Soient (E, d) un espace métrique et (xn )n∈N ∈ E N une suite.
1. Si (xn )n∈N converge vers ℓ ∈ E, alors ℓ est unique. Dans ce cas on l’appelle la
limite de la suite (xn )n∈N et on écrit lim xn = ℓ.
n→+∞
2. Les assertions suivantes sont équivalentes :
14
(a) La suite (xn )n≥0 converge vers ℓ.
(b) Pour tout r > 0, il existe N ∈ N tel que ∀n ≥ N, xn ∈ B(ℓ, r).
(c) Pour tout r > 0, l’ensemble { n ∈ N | xn ∈/ B(ℓ, r) } est fini.
Exercice 1.3.9
On munit R2 de l’une des distances usuelles et on considère l’ensemble suivant :
Proposition 1.3.10
Soient (E, d) un espace métrique, A une partie de E et a ∈ E. Alors :
1. A est un fermé de E si et seulement si A est stable par passage à la limite, c’est-
à-dire que pour toute suite (xn )n∈N d’éléments de A telle que lim xn = x dans
n→+∞
E, on a nécessairement x ∈ A.
2. A est dense dans E si et seulement si pour tout x ∈ E, il existe une suite (xn )n∈N
d’éléments de A qui converge vers x dans E.
Exercice 1.3.11
1. Montrer que D (l’ensemble des nombres décimaux) est dense dans R.
2. En déduire que Q est dense dans R.
1.3.4 Sous-suites
Définition 1.3.12
Soit (xn )n∈N une suite d’éléments d’un espace métrique (E, d). Une sous-suite (ou
suite extraite) de (xn ) est une suite de la forme (xϕ(n) )n∈N , où ϕ : N → N est une
application strictement croissante.
Exemple 1.3.13
Si (xn )n∈N est une suite d’éléments d’un espace métrique (E, d). Alors :
— (x2n )n∈N et (x3n+2 )n∈N sont des suites extraites de (xn )n∈N .
15
— (xn2 −n )n∈N n’est pas une suite extraite de (xn )n∈N .
Proposition 1.3.14
Soient (E, d) un espace métrique et (xn )n∈N une suite de E qui converge vers ℓ ∈ E.
Alors toute suite extraite de (xn )n∈N converge aussi vers la même limite ℓ.
Exercice 1.3.15
Dans R muni de sa distance usuelle, montrer que la suite ((−1)n )n∈N n’admet pas de
limite.
Définition 1.4.1
Soient (E, dE ) et (F, dF ) deux espaces métriques, D une partie de E, a ∈ D, f : D ⊂
E → F une application et ℓ ∈ F. On dit que f a pour limite ℓ en a (ou f (x) tend vers
ℓ quand x tend vers a) si
(∀ε > 0)(∃α > 0)(∀x ∈ D), dE (x, a) < α =⇒ dF ( f (x), ℓ) < ε.
Proposition 1.4.2
Si f admet une limite ℓ en a, cette limite est unique et appartient à f (D). On l’appelle
lim f (x) = ℓ.
la limite de f en a et on écrit x→a
x∈D
Théorème 1.4.3
Soient (E, dE ) et (F, dF ) deux espaces métriques, D une partie de E, a ∈ D, f : D → F
une application et ℓ ∈ F. Alors ℓ = lim f (x) si et seulement si pour toute suite (xn )n∈N
x→a
de D qui converge vers a, la suite ( f (xn ))n∈N converge vers ℓ.
16
1.4.2 Continuité d’une application
Définition 1.4.4
Soient (E, dE ) et (F, dF ) deux espaces métriques, D une partie de E, a ∈ D̊ et f : D → F
une application.
1. On dit que f est continue en a si lim f (x) existe et lim f (x) = f (a), c’est-à-dire
x→a x→a
que
2. Si D est un ouvert, on dit que f est continue sur D si elle est continue en tout
point de D.
Exemple 1.4.5
1. Toute application constante est continue.
2. L’application identité est continue.
Théorème 1.4.6
Soient (E, dE ) et (F, dF ) deux espaces métriques, D une partie de E, a ∈ D̊ et f : D → F
une application. Alors f est continue en a si et seulement si pour toute suite (xn )n∈N
de D qui converge vers a, la suite ( f (xn ))n∈N converge vers f (a).
Exercice 1.4.7
Dans R muni de sa distance usuelle, montrer que la fonction partie entière n’est pas
continue en 0.
Exemple 1.4.9
Soit f une application continue d’un espace métrique à valeurs dans R. Alors :
1. L’ensemble {x ∈ E | f (x) = 0} est un fermé de E.
2. L’ensemble {x ∈ E | f (x) > 0} est un ouvert de E.
17
Question 1.4.10
Montrer que le théorème précédent n’est pas vrai pour l’image directe (c’est-à-dire
que l’image directe d’un ouvert par une application continue n’est pas nécessairement
ouverte).
Exercice 1.4.11
Soient (E, dE ) et (F, dF ) deux espaces métriques, et soient f , g : E → F deux applica-
tions continues.
1. Montrer que si f et g coïncident sur une partie dense D de E, alors f = g sur E.
2. Montrer que l’ensemble A := {x ∈ E | f (x) = g(x)} est un fermé de E.
3. En déduire une autre démonstration de la question (1).
∀ε > 0, ∃α > 0 tel que ∀(x, y) ∈ D2 , dE (x, y) < α =⇒ dF f (x), f (y) < ε.
Exemple 1.5.2
La fonction racine carrée est uniformément continue sur R+ . En effet, pour tout
(x, y) ∈ (R+ )2 , on a l’inégalité
√ √ p
x − y ⩽ |x − y|.
Proposition 1.5.3
Soient (E, dE ) et (F, dF ) deux espaces métriques, D une partie de E et f : D → F
une application. Alors f est uniformément continue sur D si et seulement si pour
toutes suites (xn )n∈N et (yn )n∈N d’éléments de D telles que lim dE (xn , yn ) = 0, on a
n→+∞
lim dF f (xn ), f (yn ) = 0.
n→+∞
18
Exercice 1.5.4
Montrer que la fonction carrée n’est pas uniformément continue sur R. Considérer les
suites définies, pour tout n ∈ N, par :
1
xn = n + 1 et yn = xn + .
xn
Définition 1.5.5
Soient (E, dE ) et (F, dF ) deux espaces métriques et f : E → F une application.
1. On dit que f est Lipschitzienne s’il existe une constante k ⩾ 0 telle que
Exemple 1.5.6
L’application x 7→ |x| est 1-Lipschitzienne.
Question 1.5.7
Soient (E, d) un espace métrique et a un élément de E. Justifier pourquoi l’application
f : x 7→ d(x, a) est Lipschitzienne.
Remarque 1.5.8
1. On a les implications suivantes pour une fonction f : E → F entre espaces mé-
triques :
| f (xn ) − f (yn )|
lim = +∞.
n→+∞ |xn − yn |
19
Exemple 1.5.9
La fonction racine carrée n’est pas Lipschitzienne sur R+ . Il suffit de considérer les
deux suites définies, pour tout n ∈ N, par :
1
xn = 0 et yn = .
(n + 1)2
Autrement dit, les termes de la suite deviennent arbitrairement proches les uns des
autres lorsque n et m deviennent grands.
Exemple 1.6.2
La suite 1n n≥1 est une suite de Cauchy dans R, tandis que la suite (n)n≥0 n’est pas
Proposition 1.6.3
1. Dans un espace métrique, toute suite convergente est de Cauchy.
2. Soient (E, dE ) et (F, dF ) deux espaces métriques et f : E → F une applica-
tion uniformément
continue. Si (xn )n≥0 est une suite de Cauchy dans E, alors
f (xn ) n≥0 est une suite de Cauchy dans F.
Exemple 1.6.5
1. L’espace métrique (R, | · |) est complet.
2. L’espace métrique (Q, | · |) n’est pas complet.
20
Théorème 1.6.6
Soient (E, dE ) un espace métrique, (F, dF ) un espace métrique complet et A ⊂ E.
Soit f : A → F une application uniformément continue sur A.
Alors il existe une unique application fe : A → F qui est uniformément continue et qui
coïncide avec f sur A. En particulier, si A est dense dans E, alors f se prolonge de
manière unique en une application uniformément continue sur E tout entier.
Théorème 1.6.7
Soient (E, d) un espace métrique complet et f : E → E une application contractante
(de constante k ∈]0, 1[). Alors :
1. f possède un unique point fixe a ∈ E, c’est-à-dire f (a) = a.
2. Pour toute suite (xn )n≥0 définie par xn+1 = f (xn ) à partir d’un élément arbitraire
x0 ∈ E, la suite (xn ) converge vers a. De plus, on a l’inégalité suivante :
kn
∀n ∈ N, d(xn , a) ⩽ d(x1 , x0 ).
1−k
Exemple 1.7.2
1. Toute partie finie d’un espace métrique est compacte, car toute suite prend fini-
tement de valeurs et admet donc une sous-suite constante convergente.
2. L’espace R n’est pas compact. La suite (n)n≥0 n’admet aucune sous-suite
convergente dans R, car toute sous-suite tend vers +∞.
Définition 1.7.3
Soit (E, d) un espace métrique et A une partie de E. On dit que A est bornée si elle est
incluse dans une boule fermée, c’est-à-dire
∀(x, y) ∈ A2 , d(x, y) ⩽ M.
21
Proposition 1.7.4
Soient (E, d) un espace métrique et A une partie de E. Si A est compacte, alors elle est
fermée et bornée.
Exemple 1.7.5
Les intervalles ]0, 1] et [1, +∞[ ne sont pas des compacts.
Exemple 1.7.7
1. Tout intervalle fermé et borné de R est compact. Plus généralement, toute boule
fermée de Rn est compacte.
2. Tout intervalle ouvert ou semi-ouvert non vide de R n’est pas compact.
Proposition 1.7.8
Un espace métrique (E, d) est compact si et seulement si de toute famille quelconque
de fermés de E d’intersection vide, on peut extraire une sous-famille finie d’intersec-
\
tion vide. Autrement dit, si (Fi )i∈I est une famille de fermés de E telle que Fi = 0,
/
\ i∈I
alors il existe une partie finie J de I telle que Fi = 0.
/
i∈J
Remarque 1.7.10
En particulier, si A est une partie compacte non vide de R et si f : A → R est continue,
alors f est bornée sur A et atteint ses bornes. Il existe donc (a, b) ∈ A2 tel que
22
Théorème 1.7.11
Soient (E, dE ) et (F, dF ) deux espaces métriques et A une partie compacte de E. Alors
toute application continue f : A −→ F est uniformément continue sur A.
Exemple 1.7.12
√
L’application f : [−1, 1] −→ R, x 7→ 1 − x2 est uniformément continue sur [−1, 1].
Travaux dirigés N° 1
Exercice 1.
Sur l’ensemble R, on considère les applications suivantes :
d1 : (x, y) 7−→ (x − y)2 , d2 : (x, y) 7−→ |2x − 3y|, d3 : (x, y) 7−→ sin |x − y|,
d4 : (x, y) 7−→ | cos x − cos y|, d5 : (x, y) 7−→ | arctan x − arctan y|.
Exercice 2.
Soient E un ensemble non vide et d : E × E −→ R l’application définie par :
(
0 si x = y,
∀(x, y) ∈ E 2 , d(x, y) =
1 si x ̸= y.
1. Montrer que d définit une distance sur E. (Cette distance est appelée distance discrète.)
2. Soient a ∈ E et r > 0.
(a) Déterminer la boule ouverte B(a, r) et la boule fermée B f (a, r) associées à la
distance d.
(b) En déduire l’ensemble O (resp., F ) des ouverts (resp., fermés) de E.
En particulier, déterminer l’adhérence A, l’intérieur Å et la frontière ∂A d’une
partie A de E.
Exercice 3.
On considère l’application δ :]0, +∞[×]0, +∞[−→ R définie par :
1 1
∀(x, y) ∈]0, +∞[2 , δ(x, y) = − .
x y
23
3. On considère les deux suites (un )n∈N∗ et (vn )n∈N∗ définies, pour tout n ∈ N∗ , par :
n
un = n et vn = .
n+1
(a) Étudier la convergence des suites (un )n∈N∗ et (vn )n∈N∗ dans l’espace métrique
]0, +∞[, δ .
(b) Déterminer si les suites (un )n∈N∗ et (vn )n∈N∗ sont des suites de Cauchy pour la
distance δ.
(c) En déduire que l’espace métrique ]0, +∞[, δ n’est pas complet.
Exercice 4.
On pose E = C ([0, 1], R), l’ensemble des applications continues de [0, 1] dans R.
On considère l’application δ : E × E −→ R définie par :
Z 1
2
∀( f , g) ∈ E , δ( f , g) = | f (0) − g(0)| + | f (t) − g(t)| dt.
0
Exercice 5.
Soit D une partie de R stable par addition.
On dit qu’une application ϕ : D → R est sous-additive si
24
Exercice 6.
On considère R muni de sa distance usuelle.
1. Soient a et b deux réels tels que a < b.
(a) Montrer que les intervalles ]a, b[, ]a, +∞[ et ] − ∞, a[ sont des ouverts de R.
(b) En déduire que les intervalles [a, b], [a, +∞[ et ] − ∞, a] sont des fermés de R.
(c) Montrer que l’intervalle ]a, b] n’est ni ouvert ni fermé dans R.
2. Montrer que les ensembles N et Z sont des parties fermées de R qui ne sont pas ou-
vertes.
3. Déterminer l’intérieur d’un singleton {x} de R.
4. (a) Montrer que l’ensemble D est dense dans R.
(b) En déduire que toute partie A de R contenant D est dense dans R.
Exercice 7.
On considère R muni de la distance usuelle et une suite (un )n∈N telle que un ∈ Z pour tout
n ∈ N.
Montrer que si la suite (un )n∈N converge dans R, alors elle est stationnaire.
Exercice 8.
Soit (E, d) un espace métrique.
1. (a) Montrer que tout singleton de E est un fermé de E.
(b) En déduire que toute partie finie de E est un fermé de E.
2. Soit a un élément deE.
\ 1
Montrer que : B a, = {a}.
n∈N∗
n
3. Montrer que les assertions suivantes sont équivalentes :
(a) Toute partie de E est à la fois ouverte et fermée.
(b) Toute partie de E est ouverte.
(c) Toute partie de E est fermée.
(d) Tout singleton de E est ouvert.
Exercice 9.
1 ∗
On considère R muni de sa distance usuelle et on pose K = | n ∈ N ∪ {0}.
n
Montrer que K est un compact de R.
Exercice 10.
Soient E un espace métrique et f : E → R une application continue. On munit R de sa
distance usuelle.
Pour tout réel α, on pose :
25
(b) Cα est un ouvert de E.
(c) f (Aα ) est un intervalle fermé borné de R.
2. Soit K une partie compacte de E.
Justifier l’existence de deux réels a et b tels que : ∀x ∈ K, a ≤ f (x) ≤ b.
Exercice 11.
Soient (E, d) et (F, d ′ ) deux espaces, f : E → F une application continue, a une élément de
E et r un réel strictement positif. On pose :
Exercice 12.
Sur l’ensemble E = C ([0, 1], R), on définit l’application d∞ : E × E −→ R par :
1
(a) Montrer que : ∀( f , g) ∈ E 2 ,
d∞ ϕ( f ), ϕ(g) ≤ d∞ ( f , g).
2
(b) En déduire que l’équation fonctionnelle ϕ( f ) = f admet une unique solution dans
E.
R1
3. On considère l’application ψ : E −→ R définie par : ∀ f ∈ E, ψ( f ) = 0 x(1−x) f (x) dx.
Montrer que ψ est continue sur l’espace métrique (E, d∞ ).
Exercice 13.
On considère l’ensemble E = C ([0, 1], R) muni de la distance d∞ et on définit l’ensemble
suivant :
F = f ∈ E f ([0, 1]) ⊂ [0, 1] .
On considère l’application ϕ : F −→ F définie, pour tout f ∈ F, comme suit :
1 2 1Z x 2
∀x ∈ [0, 1], ϕ( f )(x) = sin f (x) + f (t) dt.
4 5 0
1. Vérifier que l’application ϕ est bien définie, c’est-à-dire que ϕ(F) ⊂ F.
2. Montrer que F est un fermé de E, puis en déduire que l’espace métrique (F, d∞ ) est
complet.
3. (a) Montrer que : ∀(a, b) ∈ [0, 1]2 , sin2 (a) − sin2 (b) ≤ 2 |a − b|.
(b) En déduire que l’application ϕ est contractante sur (F, d∞ ).
4. Conclure que l’équation fonctionnelle ϕ( f ) = f admet une unique solution dans F.
26
Exercice 14.
On considère les fonctions f : [0, 1] → R et g : R → R définies par :
√
∀x ∈ [0, 1], f (x) = x et ∀x ∈ R, g(x) = x2 .
1. (a) Justifier pourquoi la fonction f est uniformément continue sur [0, 1].
√ √ p
(b) Montrer que : ∀(x, y) ∈ [0, 1]2 , | x − y| ≤ |x − y|, puis en déduire à nouveau
que f est uniformément continue sur [0, 1].
1
2. On considère les suites (xn ) et (yn ) définies pour tout n ∈ N∗ par : xn = n + et yn = n.
n
(a) Calculer les limites lim |xn − yn | et lim |g(xn ) − g(yn )|.
n→+∞ n→+∞
(b) En déduire que la fonction g n’est pas uniformément continue sur R.
Exercice 15.
On considère dans R2 le système d’équations non linéaires suivant :
4x = sin(x + y)
(S ) .
3y = 3 + 2 arctan(x − y)
27
28
Chapitre 2
Espaces topologiques
Introduction
29