La Science
Introduction
Du latin scientia (savoir), elle désigne un ensemble de connaissances rationnelles fondées sur la
démonstration (logique et mathématique) et l'expérience (sciences expérimentales). En d'autres
termes il s'agit d'établir un ensemble structuré de connaissances qui se rapportent à des faits
obéissant à des lois objectives et dont la mise au point exige systématisation (réunir en un ou des
systèmes) et méthode. Sa finalité est de saisir les lois qui structurent le réel.
De manière générale on dira qu'elle représente la somme des connaissances qu'un individu possède
ou peut acquérir par l'étude, la réflexion ou l'expérience. Fait-on uniquement référence au domaine
des sciences dites « dures » ? On peut aussi parler de sciences humaines.
Mais le terme peut-être aussi utilisé dans un autre domaine auquel on ne pense pas forcément : la
théologie chrétienne, dans l'optique d'une connaissance sur le monde divin ou du savoir que Dieu a
sur tous les phénomènes. On parlera alors de science spirituelle, chrétienne, religieuse, etc.
On peut évoquer brièvement les disciplines qui se qualifient d'être scientifiques mais qui ne sont
pas reconnues comme telles par les institutions. On les appelles alors les "pseudos-sciences".
La science se présente in fine, au travers de son exigence d'objectivité et de preuves, comme un
modèle de vérité en ce qui concerne la connaissance du réel sous toutes ses formes.
I- La science comme modèle de vérité
A) Qu'est-ce que l'expérience ?
Dans le sens courant, elle représente les connaissances acquises par l'individu tout au long de sa
vie. Mais dans un deuxième sens, elle désigne également la connaissance dérivée de nos sens. Enfin
dans un troisième sens on dira qu'elle se réfère à l'expérience dite scientifique : l'expérimentation,
par l'observation et l'interrogation des phénomènes sensibles.
On remarquera un double caractère passif et actif, car l'expérience peut renvoyer à un élément de
réceptivité (on reçoit l'information) et à l'activité intellectuelle et expérimentale. Cl. Bernard affirme
que « L'expérience est une observation provoquée dans le but de faire naître une idée » (dans
Introduction à l'étude de la médecine expérimentale).
- Qu'est-ce que le positivisme ?
Auguste Comte (Cours de philosophie positive) est le fondateur du courant. On refuse désormais de
chercher à connaître l’origine des phénomènes, leur “pourquoi”, on se focalise sur le “comment”
des phénomènes, sur leur relation. On explique la réalité par des faits en identifiant leur loi en
langage mathématique.
B) L'expérience selon les empiristes anglais
Que veut dire "empirisme" ? Que toutes nos connaissances viennent nécessairement des sens, donc
l'individu est purement passif face à l'expérience. En d'autres termes, que tout résulte d'un contact
passif avec le monde.
John Locke (1632-1704), considéré comme le fondateur de l'empirisme anglais (influencé par
Francis Bacon pour qui il faut philosopher sur l'expérience), émet l'hypothèse dans son Essai
philosophique concernant l'entendement humain (ou simplement Essai sur l'entendement humain,
1690) de "l'âme comme table rase", et voit dans l'expérience le fondement de toutes nos
connaissances, leur première origine. Pourquoi une "table rase" ? Cela fait simplement référence
aux tablettes de cire vierges utilisées par les scribes en Mésopotamie pour l'impression de l'écriture
cunéiforme. Ou pour le dire autrement, toute connaissance, quelle qu'elle soit, prend sa source dans
l'expérience. Ainsi toutes nos idées sont acquises et non pas innées, par l'observation des
phénomènes extérieurs ou par des opérations qui nous sont intérieures (logique ou mathématiques).
« Supposons donc qu'au commencement, l'âme est ce qu'on appelle une Table rase, vide de tous
caractères, sans aucune idée, quelle qu’elle soit. Comment vient-elle à recevoir des idées ? Par quel
moyen en acquiert-elle cette prodigieuse quantité que l'imagination de l’homme, toujours agissante
et sans bornes, lui présente avec une variété presque infinie ? D'où puise-t-elle tous ces matériaux
qui font comme le fond de tous ses raisonnements et de toutes ses connaissances ? A cela je réponds
en un mot, de l’expérience : c'est le fondement de toutes nos connaissances, et c'est de là qu'elles
tirent leur première origine. Les observations que nous faisons sur les objets extérieurs et sensibles,
ou sur les opérations intérieures de notre âme, que nous apercevons et sur lesquelles nous
réfléchissons nous-mêmes, fournissent à notre esprit les matériaux de toutes ses pensées. Ce sont là
les deux sources d'où découlent toutes les idées que nous avons, ou que nous pouvons avoir
naturellement. »
J. Locke, Essai sur l’entendement humain
À la différence de Descartes qui considère que nous avons des idées innées, Locke estime que leur
origine dérive plutôt de nos sensations et en second lieu de la réflexion. Cela à travers deux sources,
l'expérience sur objets ou phénomènes extérieurs qui permettent d'acquérir des idées de qualités
sensibles (jaune, chaud, etc.). Les opérations de notre esprit (réflexion), constituent la seconde
source qui produit en l'entendement des idées relatives à la raison comme "apercevoir", "croire",
"douter", "connaître", etc.
Cette dernière peut presque être dite comme sens intérieur, elle est une forme de perception
(synonyme d'idée, car c'est toujours notre esprit qui perçoit) par laquelle l'âme prend connaissance
de ses différentes opérations. L'individu acquiert des connaissances en faisant des opérations
mathématiques par exemple. Mais elle est considérée comme seconde source car elle dérive de la
première, son origine se trouve dans l'expérience et les sens.
Locke prône une méthodologie par induction et non par déduction, il faut conclure des lois
générales à partir d'observations de faits empiriques. La déduction quant à elle, propre de la
réflexion de Descartes, concerne un raisonnement qui s'appuie d'abord sur une proposition pour
parvenir progressivement à une conclusion, cela grâce à des règles logiques.
Exemple :
- Déduction : "Tous les hommes sont mortels, or Socrate est un homme ; donc Socrate est mortel"
- Induction : "Si un navire suit une côte et se retrouve au même endroit, on peut en induire que la
terre qu'il a longée est une île"
La déduction prend son origine dans la philosophie d'Aristote qui affirme que "Savoir, c'est
connaître par le moyen de la démonstration" (Organon). La connaissance est ancrée sur un certain
type de raisonnement par lequel une proposition devient vraie en étant seulement déduite des
propositions précédentes, et surtout plus générales. C'est un modèle classique pour la science.
C) Un projet de "mathématique universelle"
En cherchant à saisir les lois qui structurent le réel, les sciences présupposent que le réel est régi
par un ordre, ce qui explique la régularité de certains phénomènes (cf. le cycle de l'eau). C'est la
raison pour laquelle les mathématiques constituent un modèle de connaissance et de vérité pour
toutes les autres disciplines qui tentent de comprendre le sensible.
Cependant Descartes, appartenant au courant rationaliste (connaissances par la raison et non par le
sens) estime qu'il est dommage que cela soit uniquement réservé au domaine abstrait (pensée), c'est
pourquoi il applique ce modèle à l'ensemble du réel, ce qu'il appelle une "mathématique
universelle". Si on ramène l'ensemble des phénomènes physiques à des nombres et des figures, alors
on peut élargir les certitudes et vérités mathématiques à toutes autres disciplines scientifiques. De
plus cela implique aussi une autre finalité qu'est celle de la maîtrise de la nature. Si on arrive à la
connaître suffisamment, alors on devient « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Ou pour le
dire autrement, si je connais suffisamment les lois et donc les phénomènes mécaniques qui la
structurent, je peux en conséquence prévoir ces mêmes phénomènes naturels et avoir un certain
pouvoir sur eux (voir le cas de la météorologie).
Pour plus de clarté, Descartes rédige dans la seconde partie du Discours de la méthode (1637),
quatre règles pour atteindre cette vérité et uniquement par l'usage de la raison :
– L'évidence, "ne recevoir jamais aucune chose que je ne la connusse évidemment être telle"
– L'analyse, "diviser chacune des difficultés [...] en autant de parties qu'il se pourrait et qu'il
serait requis pour mieux résoudre"
– L'ordre, "conduire par ordre mes pensées en commençant par les plus simples et les plus
aisés à connaître"
– Le dénombrement, "faire partout des dénombrements si entiers que je fusse assuré de ne rien
omettre"
D) Critique de l’empirisme et importance de la raison
Kant souligne dans la Critique de la raison pure les limites de l'attitude empiriste quant à vouloir
uniquement régler notre connaissance sur l'expérience sensible, puisque pour être un bon
observateur il lui faut être un bon théoricien. En effet le chercheur sans organisation et sans un
certain raisonnement sur l'expérience ne pourra pas étudier de manière efficace les phénomènes
sensibles, plus important encore, il sera incapable de dégager une loi scientifique. On pourrait
même aller plus en profondeur dans cette critique, affirmant qu'avant même le déroulement de
l'expérience, ne serait-ce que pour identifier un objet d'étude expérimentale, il est nécessaire d'isoler
et de classifier. L'activité théorique devient une base réceptive au fait scientifique.
- Texte : se rapporter au texte du manuel
L'expérience en elle-même ne suffit pas à connaître quoi que ce soit. En insistant sur l'aspect trop
passif du savoir (« table rase »), l'empirisme omet le côté actif et dynamique de la pensée. Il faut
simplement que l'esprit ordonne l'expérience pour que la connaissance s'élabore. Par ordonner nous
entendrons imposer et structurer.
Si l'expérience n'est pas dirigée par les concepts et par l'esprit alors elle deviendrait stérile. En
conséquence les mathématiques et la physique sont devenues pour Kant, les disciplines qui guident
la science. Les chercheurs, dès l'époque grecque, ont compris que la science ne pouvait se focaliser
uniquement sur les faits, mais aussi introduire dans leur lecture le pouvoir de la raison et de l'esprit.
Prenons l'exemple de Galilée qui réussit à découvrir les premières lois de la nature en les formulant
mathématiquement (« loi de la chute des corps », 1605). Selon Kant, le vrai physicien est celui qui
soumet le réel aux lois de l'esprit, il force la nature à répondre à ses questions en inventant des
hypothèses fécondes.
Ainsi "la raison n'aperçoit que ce qu'elle produit elle-même d'après ses propres plans" (Critique de
la raison pure). En effet, la raison ne croit qu'elle-même est capable de comprendre et d'approuver.
D'une part les faits seuls ne sont pas suffisants sans les rapporter aux catégories de l'entendement (il
faut d'abord une organisation), et d'autre part les raisonnements scientifiques doivent être attestés et
pouvoir être utilisés dans le domaine sensible.
E) Démonstration et interprétation
La démonstration est une déduction, puisque son but est d'établir la vérité d'une proposition en
montrant qu'elle découle nécessairement de prémisses reconnues comme vraies. Mais à la
différence d'une simple déduction elle va chercher à montrer, expliquer et prouver la vérité de la
proposition qui découle des prémisses.
Toutefois il faut distinguer démonstration directe et indirecte, la première se basant sur le principe
d'identité, tandis que la seconde sur le principe de non-contradiction. La première est une forme
classique de démonstration en mathématique (1+1=2), mais quand celle-ci est impossible, alors on
prouve que le contraire n'est pas possible pour prouver la proposition en question (cf. le cours sur le
doute de Descartes). Dans ce dernier point on fait alors appel à un raisonnement dit par l'absurde.
Bien que la démonstration soit souvent identifiée à la preuve, elle peut être utilisée, dans d'autres
situations, pour identifier ce qui est probable et prévoir l'avenir (notamment en météorologie). On
parle alors d'une pensée hypothético-déductive, qui ne cherche pas à savoir ce qui est (différent du
cas précédent), mais ce qui serait si certaines conditions qui constituent la donnée du problème se
trouvaient réalisées.
Qu'en est-il de la preuve par induction ?
Il suffit de prouver ou d'expérimenter un cas et l'appliquer à tous les autres cas du même type. Par
exemple, on sait que l'eau boue à 100°, pas besoin de faire l'expérience à chaque fois. On parle aussi
de raisonnement par récurrence.
L'interprétation peut avoir plusieurs significations :
L'interprétation est un acte qui attribue une signification à ce que nous percevons. Elle donne du
sens à ce qui n'est pas directement signifiant pour la pensée claire, comme les symboles, les mythes,
les allégories, ...
Elle concerne davantage les sciences humaines que les phénomènes naturels. L'étude de l'homme
est beaucoup plus ambiguë et incertaine, elle suscitera plus d'interprétation et de contre-
interprétation. C'est toute la différence avec les sciences dures qui cherchent à expliquer un
phénomène mécanique et donc certain. Pour le dire autrement, on ne peut que cerner des tendances
dans l'étude du genre humain, alors que pour les sciences de la nature, les choses de la nature
obéissent souvent à des processus réguliers.
II- Limites de la science
A) La science n'établit-elle pas que des lois provisoires ?
Depuis le début du XXe siècle la science s'est forgée en partie contre un ordre absolu qui régirait
tous les phénomènes naturels, ou du moins elle l'a profondément remis question. Cela nous conduit
aujourd'hui à un certain relativisme scientifique où les lois d'hier ne sont plus les lois d'aujourd'hui
ou du moins elles ne sont plus pertinentes. On peut prendre le cas de la loi de la relativité d'Einstein
qui a rendu la loi d'attraction universelle de Newton pas si universelle, expliquant que les forces
s'exercent de manière différente en fonction du lieu et donc on ne peut pas extrapoler l'attraction
terrestres aux autres corps célestes.
C'est Karl Popper (1902-94) qui le premier étudie en épistémologie (étude des sciences, concept,
modes opératoires, implications dans la vie courante, etc.) ce changement de paradigme en science.
Il met en doute la certitude en science physique sur la véracité de l'analyse inductive, par l'étude des
faits on érigeait des lois au travers d'une multiplicité d'observation. Au contraire, la science
fonctionne plutôt par conjecture et va droit à la conclusion. De plus ce n'est pas parce qu'on
multiplie les observations que cela donne plus de véracité à nos affirmations. Une hypothèse en
science est toujours une conjecture, puisqu'elle peut à un certain moment être réfutée ou falsifiée.
D'où l'idée de falsifiabilité pour Popper, qui démontre qu'un énoncé ou une théorie n'est scientifique
que dans la mesure où ils sont réfutables en les soumettant à un test. Ce test de falsifiabilité ou
critère de falsifiabilité, remplace l'ancien critère, celui de la vérifiabilité où on l'on considérait
qu'une théorie pouvait être érigée en loi si on multipliait simplement les mêmes expériences.
Désormais il faut confronter notre théorie à une théorie opposée pour jauger de sa capacité à être
portée en loi scientifique temporaire : si elle valide le test, elle devient une vérité (loi) scientifique
temporaire ; si les deux théories s'annulent, il est alors nécessaire de reformuler une nouvelle théorie
en prenant en compte le résultat ; si la théorie adverse possède un degré de validité plus élevée,
alors c'est celle-ci qui est portée en loi scientifique.
- Ce rapporter au texte distribué en cours
B) Le déterminisme scientifique
Aujourd'hui la science est régie par le principe de légalité (identifier les lois naturelles). Elle n'a
pas pour but de nous faire connaître l'origine, la cause des phénomènes mais plutôt leurs lois. On ne
se demande pas pourquoi tel phénomène existe, quelle est la ou les causes de son apparition. En
revanche on se questionne sur les processus de son émergence, on tentera de cerner le comment des
phénomènes. En effet la notion de cause est vague en science et progressivement on va lui
substituer celle de loi. L'un des premiers à instaurer ce processus est Galilée avec la loi des chutes
des corps.
Pour répondre à la question du comment il faut donc savoir ce qu'est une loi.
C'est un rapport mathématique qui s'exprime entre des phénomènes. Une loi est une vérité
temporaire qui exprime une relation d'objet à objet et non leur origine. C'est parce qu'on arrive à
expliquer le mécanisme des phénomènes, leur mode opératoire, qu'on peut ensuite ériger des lois
valables pour un temps et un contexte donné.
En revanche chercher à analyser le pourquoi des phénomènes revient à faire de la métaphysique ou
de la théologie. Tenter de savoir pourquoi il y a une attraction terrestre et pas autre chose, c'est soit
tomber dans la spéculation soit affirmer que cela est l'oeuvre d'une puissance supérieure, dans tous
les cas ceci n'a aucun intérêt pour cerner les mécanismes des phénomènes naturels.
Le principe de légalité, intègre en son sein le déterminisme, pensée qui affirme que tous les
phénomènes naturels sont nécessairement régis par des lois. Ils peuvent être déterminés et
prévisibles, et que si l'on n'y arrive pas c'est à cause des limites propre à notre entendement.
Toutefois, depuis la physique de Heisenberg, impossible d'établir une détermination totale au niveau
des particules atomiques et alors de faire une prévision rigoureuse de l'évolution d'un phénomène.
Cela ne veut pas dire qu'on rejette le déterminisme, simplement à certains niveaux d'expérience on
ne peut émettre que des lois probables.
C) Problème des hypothèses et des interprétations
Dans le cas des hypothèses des raisonnements démonstratifs, il apparaît que celles-ci ne sont pas
démontrées et peuvent être même indémontrables. En effet, même si la conclusion d'une
démonstration est nécessairement vraie, elle repose sur des incertitudes. Les systèmes mis en place
pour prouver le ou les hypothèses dépendent de la fiabilité de celles-ci et peuvent être remis en
question si les hypothèses de départ se trouvent être fausses. Exemple, j'émets l'hypothèse que l'eau
boue à 90°, après expérimentation je me rends compte qu'elle était fausse et que tout le système mis
en place pour la prouver est aussi faux. Donc les systèmes démonstratifs sont tous relatif et
dépendent de causes variables (individu, conditions labo., etc.).
Si on revient aux interprétations dans les sciences de la nature, où les faits paraissent s'imposer
comme évidents, Francis Bacon (1521-1626) envisage qu'il faut également interpréter ces faits à la
lumière de notre raison. Une hypothèse, selon lui, n'est rien d'autre qu'une interprétation possible
d'un fait observé. Dans son ouvrage Le Nouvel Organon (1620), prône "une alliance plus étroite et
plus respectée entre ces deux facultés, expérimentale et rationnelle". On recueille le fruit de
l'expérience à une méthode qui observe, classe et organise les matériaux de l'expérience pour les
rendre compréhensibles et utiles, et in fine en dégager des principes et des lois. Il donne l'exemple
de l'abeille qui "recueille sa matière [...] mais la transforme et la digère". Elle ne fait pas que
recueillir, elle utilise cette récolte pour la transformer en qch de nouveau et d'utile pour elle ou sa
communauté. D'où la nécessité de ne pas s'en tenir à des évidences de premier ordre sur des faits qui
paraissent s'imposer à nous comme vrai ou faux.
D) Critique nietzschéenne de la science
Pour Nietzsche les sciences construisent un monde figé et ordonné qui n'existe pas. Seul l'art, selon
lui, est réellement capable de multiplier les points de vue sur le réel et donc cerner, percevoir ce qui
ne se démontre pas, ce qui ne suit pas une loi. L'art permet alors de capter ce qui est particulier et
changeant. Tout comme pour Bergson pour qui l'artiste est celui qui sait voir "les choses mêmes"
dans leur singularité.
Dans La Volonté de Puissance, Nietzsche ne cesse de fustiger cette confiance trop grande et
illusoire dans la rationalité du monde dans lequel nous vivons. Selon lui, la science telle qu'on le
conçoit (la manière dont nous la considérons) entraîne l'homme dans son désir de domination et de
transformation du monde en le ramenant constamment à son image, cela dans l'unique but d'y être
en sécurité :
"il faut y voir la nécessité de nous accommoder un monde qui rende l'existence possible ; nous
créons par là un monde qui nous paraît prévisible, simplifié, intelligible".
Ce monde changé n'est qu'un simple grossissement au travers de nos sens et de notre raison pour y
voir ce qui nous rassure : de la constance et de l'identique. En d'autres termes, la science (telle que
nous l'élaborons) n'est rien d'autre qu'un moyen pour nous donner l'illusion que tout est sûr et
ordonné car maitrisé par les humains. Il relève quelques termes qui vont dans le sens de cette
mauvaise foi scientifique tels que "concepts, espèces, formes, fins, lois".
En somme, la principale critique de Nietzsche est qu'à force de simplifier le réel on finisse par le
voir comme tel et lui accorder tout notre crédit. Au lieu de voir les différences de nuances et les
changements qui se font à chaque instant, on construit un monde figé dans le temps et dans les
catégories, oubliant de lier ces catégories entre-elles et parfois de les transformer à leur tour. D'où le
rôle crucial de l'artiste (tout genre) qui, de par son imagination, pousse le monde à se sortir de ces
mêmes catégories et de tenter de percevoir la réalité sous plusieurs angles.
Conclusion
Descartes en proposant sa mathématique universelle voulait créer une discipline qui puisse réunir
et faire se dialoguer toutes les sciences dans un projet de coexistence idéale. Bien que ce projet fût
abandonné très vite et qu'aujourd'hui on pense plutôt que la question d'une science globale n'a pas
de sens, cela a eu un impact important pour ramener les vérités mathématiques dans le sensible.
Descartes compris au travers de la loi de Galilée que désormais il fallait user des fondamentaux des
mathématiques et de la physique pour toute science sur la nature, et plus tard sur l'homme (sciences
humaines).
Cependant ce projet a un charactère uniquement démonstratif, donc purement déductif. Ce à quoi
s'oppose Locke qui lui préfère le système de preuves par induction. Partir de la compréhension du
réel par nos sens pour en faire des lois. On ne peut rien admettre de manière vraie et peut-être
absolu sans s'en référer constamment au monde sensible
Mais là aussi, ce mouvement ascendant a lui aussi été remis en question par Kant qui préfèrera
réunir ces deux philosophies puisque l'expérience est insuffisante en elle-même si elle n'est pas
ordonnée, gérée par la raison.
Bien que la science occupe une place importante dans nos vies, et ce au moins depuis la
Renaissance, elle n'en reste pas moins exempte de limites. K. Popper est l'un des premiers à
proposer un critère qui limite et resitue le champ des sciences dans leur opérativité. Il ne nomme
"critère de falsifiabilité", cad que pour qu'une discipline soit dite scientifique il faut qu'elle
remplisse ce critère. La science fonctionne constamment par conjecture et se précipite sur les
conséquences de son expérimentation ou de son observation. Ainsi une loi peut être désapprouvée
ou rendue particulière, par exemple celle de Newton qui n'est pas universelle et ce sera
probablement la même pour celle d'Einstein quand le progrès sc aura suffisamment avancé.
Mais la science est aussi limitée par d'autres aspects, comme la bioéthique qui impose une certaine
moralité dans les expérimentations, ou face à l'art qui peut se permettre d'enlever toutes les barrières
qu'on lui imposerait de force par le pouvoir de la raison.