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Cours 24

Le document traite de la décomposition en irréductibles des modules de représentation, en présentant des exemples et des théorèmes, notamment le théorème de Maschke qui affirme que tout module de dimension finie est semi-simple si le groupe est fini. Il introduit également le lemme de Schur et discute des propriétés des caractères des représentations, en soulignant leur centralité et leur lien avec les classes d'isomorphisme. Enfin, il aborde la classification des représentations irréductibles d'un groupe fini et les implications de ces résultats dans la théorie des caractères.

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Cours 24

Le document traite de la décomposition en irréductibles des modules de représentation, en présentant des exemples et des théorèmes, notamment le théorème de Maschke qui affirme que tout module de dimension finie est semi-simple si le groupe est fini. Il introduit également le lemme de Schur et discute des propriétés des caractères des représentations, en soulignant leur centralité et leur lien avec les classes d'isomorphisme. Enfin, il aborde la classification des représentations irréductibles d'un groupe fini et les implications de ces résultats dans la théorie des caractères.

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3.

DÉCOMPOSITION EN IRRÉDUCTIBLES 275

Remarque 3.7. En utilisant notamment le lemme de Zorn, on pourrait montrer


que l’hypothèse dim V ă 8 est en fait inutile.

Exemple 3.8. Soient E un espace euclidien et ρ : G Ñ OpEq une représentation


de G sur E par isométries euclidiennes. Alors le RrGs-module E est semi-simple.
En effet, si W Ă E est un sous-espace G-invariant, alors son orthogonal W K est un
supplémentaire G-invariant de W .

Exemple 3.9. (Éléments semi-simples) Soient g P GLn pkq et ρ : Z Ñ GLn pkq,


m ÞÑ g m , la représentation de Z associée (Exemple 1.2 (ii)). Alors ρ est semis-simple
si, et seulement si, tout sous-espace de k n stable par g admet un supplémentaire„ stable
par g ; on dit aussi dans ce cas que g est semi-simple. Par exemple, l’élément 10 11
de GL2 pkq n’est pas semi-simple. Si k est algébriquement clos, on a g semi-simple
ðñ g diagonalisable, par la propriété pbq et la Proposition 3.2.

Théorème 3.10. (Maschke) On suppose G fini et |G| dans k ˆ . Alors tout krGs-
module de dimension finie est semi-simple.

Démonstration — Soient V un krGs-module de dimension finie. Soit W Ă V un


sous-module. Soit p P Endk pV q un projecteur arbitraire d’image W . On a V “ W ‘
ker p. Supposons d’abord que p commute à l’action de G, i.e. p˝ρV pgq “ ρV pgq˝p pour
tout g dans G. Alors ker p est stable par ρV pgq pour tout g : c’est un supplémentaire
G-stable de W . En général, on pose
1 ÿ
p1 “ ρV pgq ˝ p ˝ ρV pgq´1 .
|G| gPG
C’est un élément bien défini de Endk pV q car |G| est inversible dans k. On a Im p1 Ă
Im p “ W car W est G-stable. Pour x P W et g P G, on a ρV pgq´1 pxq P W et donc
1
p ˝ ρV pgq´1 pxq “ ρV pgq´1 pxq, et donc p1 pxq “ |G| |G|x “ x. Ainsi, p1 est un projecteur
d’image W . Enfin, p1 commute à l’action de G, car le changement de variable g ÞÑ hg
dans G montre ρV phq ˝ p ˝ ρV phq´1 “ p pour tout h P H : on est donc ramené au
cas précédent. l

Remarque 3.11. L’exemple de la représentation de permutation de Sn sur k n


avec k “ Z{pZ et p | n, montre que l’hypothèse sur |G| est nécessaire.
Remarque 3.12. (Astuce unitaire de Weyl ) Dans les cas particuliers k “ R
ou k “ C, le raisonnement suivant fournit une seconde démonstration du Théorème
de Maschke. Soit V un RrGs-module de dimension finie. Fixons x´, ´y un produit
scalaire arbitraire sur V . On construit un autre produit scalaire sur V en posant
ÿ
x.y “ xg.x|[Link], @x, y P V.
gPG

En effet, sa bilinéarité est évidente et il est défini positif par l’inégalité x.x ě xx|xy.
Enfin, on constate [Link] “ x.y pour tout h P G. Pour ce produit scalaire sur V on
a ρpGq Ă OpV q, et donc V est semi-simple par l’Exemple 3.8. Dans le cas k “ C
on procède de même en moyennant par G un produit scalaire hermitien sur V . Ces
deux remarques sont détaillées dans les Propositions 5.7 et 7.6 du Chapitre 5.
276 9. REPRÉSENTATIONS LINÉAIRES DES GROUPES FINIS

Soit V un krGs-module semisimple de dimension finie. Il existe en général plu-


sieurs décompositions distinctes V “ ‘ni“1 Vi où les Vi sont des sous-krGs-modules
irréductibles. Par exemple, si G agit trivialement sur V , toute décomposition de V
en somme directe de droites convient, et il y a plusieurs telles décompositions si
dim V ą 1. Nous allons voir qu’une forme forte d’unicité persiste toutefois. L’ingré-
dient important pour cela est le lemme de Schur. (Le (ii) ne nous servira que plus
tard).

Lemme 3.13. (Schur) Soient U et V deux krGs-modules irréductibles.


(i) Toute application krGs-linéaire U Ñ V est soit nulle, soit un isomorphisme.
(ii) Si de plus k est algébriquement clos, et si U est de dimension finie, les
applications krGs-linéaires U Ñ U sont exactement les homothéties.

Démonstration — Soit u : U Ñ V une application krGs-linéaire non nulle. Alors


ker u et Im u sont des sous-modules de U et V respectivement : donc égaux à 0 ou
au tout. Comme u est non nulle, on a ker u “ t0u et Im u “ V , puis u est bijective :
c’est un isomorphisme. Cela montre le (i).
Montrons le (ii). Les homothéties λidU , avec λ P k sont clairement krGs-linéaires.
Réciproquement, soit u P HomkrGs pU, U q. Par hypothèse sur U et k, u admet une
valeur propre λ P k. Mézalor u ´ λidU P Endk U est krGs-linéaire, et non injective,
donc nulle par le (i), puis u “ λidU . l

Proposition 3.14. Soit V un krGs-module semi-simple de dimension finie. On


suppose donnée une décomposition V “ ‘iPI Vi , et pour tout i P I, un krGs-module
irréductible de dimension finie Si , tels que :
(a) Vi Ă V est un sous-module isomorphe à Si‘ni pour un certain ni ě 1,
(b) Si et Si1 ne sont pas isomorphes si i ‰ i1 .
Alors pour tout sous-module irréductible S de V , il existe un unique i P I tel que
S » Si , et on a S Ă Vi .

On a utilisé la notation M ‘n pour la somme directe externe de n copies de M


(aussi isomorphe à M n ).

Démonstration — (de la Proposition 3.14) Pour tout i P I, écrivons Vi “ ‘nj“1 i


Vi,j ,
avec Vi,j un sous-module irréductible
ř isomorphe à S i . Tout élément v de V s’écrit
alors de manière unique v “ i,j vi,j avec vi,j P Vi,j . Notons πi,j : V Ñ Vi,j , v ÞÑ
vi,j , la projection canonique. Elle est krGs-linéaire car les Vi,j sont G-stables. Soit
S Ă V un sous-module irréductible. Alors pπi,j q|S : S Ñ Vi,j est soit nulle, soit un
isomorphisme, par le lemme de Schur (i). Soit v P S non nul. Il existe pi, jq tels que
vi,j ‰ 0 : on a donc vi,j P πi,j pSq ‰ t0u. Ainsi, pπi,j q|S est un isomorphisme, et en
particulier, on a S » Si . Mézalor πi1 ,j 1 pSq “ 0 pour i1 ‰ i, toujours par Schur, ce qui
signifie exactement S Ă Vi . l

Noter que pour tout krGs-module V semi-simple de dimension finie, il existe par
définition des Vi , des Si et des ni comme dans l’énoncé. Cette proposition montre
que Vi Ă V est canonique : c’est la somme des sous-modules de V isomorphes à Si .
On l’appelle composante isotypique de Si dans V . L’entier ni est appelé multiplicité
4. THÉORIE DES CARACTÈRES 277

de Si dans V , ou encore nombre de fois que Si intervient dans V . Il coincide avec


dim Vi
dim Si
. Un problème important restant est donc :
Problème : Peut-on classifier, à isomorphisme près, toutes les représentations
k-linéaires irréductibles d’un groupe donné ?

4. Théorie des caractères

Dans toute cette partie, G désigne un groupe fini et on s’intéresse aux représen-
tations de G qui sont C-linéaires et de dimension finie (k “ C). D’après Maschke,
elle sont toutes semi-simples. On se propose d’étudier les classes d’isomorphismes
de représentations irréductibles de G, suivant Frobenius, Burnside et Schur. Nous
allons notamment démontrer les résultats frappants suivants, dûs à Frobenius.

Théorème 4.1. (Frobenius) Soit h le nombre de classes de conjugaison du


groupe fini G.
(i) À isomorphisme près, il existe exactement h CrGs-modules irréductibles.
(ii) Leurs dimensions n1 , . . . , nh vérifient |G| “ hi“1 n2i .
ř

L’outil principal est la notion de caractère d’une représentation, inventée par


Frobenius. (Elle aurait un sens sur tout corps k.) 2
Définition 4.2. Soient V un CrGs-module de dimension finie et ρ : G Ñ GLpV q
le morphisme associé. Le caractère de V est la fonction G Ñ C, g ÞÑ tracepρpgqq.
On le note χV (ou χρ ). On a en particulier χV p1q “ dim V .

Exemple 4.3. (i) Les caractères des représentations de dimension 1 de G


sont exactement les éléments de G.
p Les éléments de G p seront dans ce chapitre
appelés caractères de degré 1 de G, pour éviter le conflit de terminologie.
(ii) Le caractère de la représentation triviale est la fonction 1 (constante égale à
1 sur G).

Une fonction f : G Ñ C est dite centrale si elle est constante sur les classes de
conjugaison de G, ou ce qui revient au même, si on a
f pghg ´1 q “ f phq @g, h P G.
Il est équivalent de demander f pghq “ f phgq pour tout g, h P G.
Proposition 4.4. Pour tout CrGs-module V de dimension finie, alors χV est
une fonction centrale sur G. De plus, si U et V sont isomorphes, on a χU “ χV .

Démonstration — Le premier point est la formule tracepABq “ tracepBAq, pour


A, B P GLpV q. Le second s’en déduit car deux CrGs-modules de dimension finie
isomorphes ont même représentation matricielle dans des bases bien choisies. l

2. En fait, la définition initiale d’un caractère chez Frobenius, en 1896, ne fait pas intervenir la
notion de représentation !
278 9. REPRÉSENTATIONS LINÉAIRES DES GROUPES FINIS

Nous verrons bientôt que la réciproque a la seconde assertion est vraie ! Avant
cela donnons deux exemples importants de calcul de caractère.
Exemple 4.5. (i) (Représentations de permutation) Supposons que G agit
sur l’ensemble fini X et soit V “ C X la représentation de permutation
associée. Soit g P G. Regardons sa matrice dans la base des ex : la formule
ρpgqex “ eg.x montre que trpρpgqq est le nombre de points fixes de G dans X.
(ii) (Représentation régulière) C’est le cas particulier X “ G, et donc V “ CG “
CrGs. On note χreg :“ χC G son caractère. On a χreg p1q “ |G| et χreg pgq “ 0
pour g ‰ 1.

Le caractère d’une somme directe est la somme des caractères :


Proposition 4.6. Soient U, V des CrGs-modules de dimension finie, et W “
U ‘ V . On a χW “ χU ` χV .

Démonstration — C’est évident ! Donnons les détails. Par définition de la somme


directe externe W de U et V , on a W “ U ‘ V comme C-espace vectoriel, et pour
g P G, u P U et v P V , ρW pgqpu ` vq “ ρU pgqpuq ` ρV pgqpvq. Ainsi, si l’on considère
une base w de W de la forme pu1 , . . . , un , v1 , . . . , vm q avec les ui une base de U et
les vj une base de V , on a
„ 
Matu ρU pgq 0
Matw ρW pgq “ .
0 Matv ρV pgq
On conclut en prenant la trace. l

Si U et V sont des krGs-modules, l’espace Homk pU, V q des applications k-linéaires


φ : U Ñ V est muni d’une structure naturelle de krGs-module en posant
(70) pg.φqpxq “ g.φpg ´1 .xq.
On note HompU, V q ce krGs-module. Dans le cas particulier V “ k (représentation
triviale), on pose aussi U _ “ HompU, kq et on parle de représentation duale, ou
contragrédiente, de U .
Proposition 4.7. Soient U, V des CrGs-modules de dimension finie.
(i) Pour W “ HompU, V q on a χW pgq “ χU pg ´1 qχV pgq, @g P G.
(ii) En particulier, on a χU _ pgq “ χU pg ´1 q pour tout g P G.

Démonstration — Le (ii) se déduit du (i) (cas V “ C trivial, donc χV “ 1).


Pour tous endomorphismes A de U et B de V , on dispose de l’endomorphisme
fA,B : M ÞÑ B ˝ M ˝ A de W “ HomC pU, V q. Montrons
trpfA,B q “ trpAq trpBq.
La proposition s’en déduira car par définition de la représentation W , on a pour
g P G la relation ρW pgq “ fρU pgq´1 ,ρV pgq (Formule 70). Soient ui et vj des bases de U
et V , ainsi que u˚i et vj‹ les bases duales associées. Notons Ai,i1 et Bj,j 1 les matrices
respectives de A et B dans ui et vj . On dispose d’une base wi,j de HomC pU, V q en

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