Chapitre 7
Arithmétique des anneaux
Le but de ce chapitre est d’introduire l’arithmétique des anneaux
? généraux, en
l’illustrant principalement sur les anneaux A de la forme Zr ds. Il s’agit d’étu-
dier la relation de divisibilité, et de comprendre quelles propriétés arithmétiques
de l’anneau Z des entiers, ou de l’anneau des polynômes krXs avec un corps, per-
sistent en général. Par exemple, est-ce que tout élément de A s’écrit de manière
unique comme produit d’éléments premiers/irréductibles ? (théorème fondamental
de l’arithmétique). On dit que A est factoriel si cette propriété est vraie. Bien sûr,
il nous faudra d’abord préciser ces notions (divisibilité, irréductibilité, relation d’as-
sociation, etc...).
?C’est Gauss qui le premier a rigoureusement démontré que l’anneau Zris “
Zr ´1s (entiers de Gauss) est factoriel, et qui l’a appliqué à l’étude des sommes
de deux carrés dans Z (méthode de l’arithmétique transcendante). Comme nous le
verrons, cela permet non seulement de redémontrer que tout premier ” 1 mod 4
est somme de deux carrés, mais aussi de voir (de manière limpide !) qu’il l’est
d’une unique manière. C’est aussi la propriété de factorialité qui rend de grands
services dans l’étude des équations diophantiennes (comme l’équation de Fermat
xn ` y n “ z n ). Nous détaillerons l’exemple plus simple mais historiquement impor-
tant de l’équation y 2 “ x3 ´ 2.
Une notion clé est celle d’idéal d’un anneau. Elle généralise celle d’élément (Kum-
mer parle d’élément “idéal”), ces derniers correspondants alors aux idéaux princi-
paux. L’analogue de la divisibilité pour les idéaux est simplement la contenance Ą
(“contenir c’est diviser”). De ce point de vue, les idéaux se comportent mieux que les
éléments ! Par exemple pgcd et ppcm existent toujours (sommes et intersections), et
certaines questions de base se reformulent alors en terme de principalité de certains
idéaux. Les anneaux les plus simples de ce point de vue sont ceux, dit principaux,
dans lesquels tout idéal est principal. On démontre qu’ils sont factoriels. De plus,
les anneaux euclidiens, dans lesquels une variante de la division euclidienne existe,
sont automatiquement principaux. On a donc la hierarchie
euclidien ùñ principal ùñ factoriel.
Nous verrons que ces trois classes d’anneaux sont distinctes.
?
Une étude plus poussée des anneaux Zr ds, par exemple des substituts à la non
factorialité, dépasse le cadre ce cours (théorie algébrique des nombres). Les concepts
de ce chapitre s’appliquent aussi avec intérêt à d’autres types d’anneaux, par exemple
à Crx1 , . . . , xn s et à ses quotients par un idéal I. Ils sont alors souvent un lien avec les
propriétés géométriques de la sous-variété algébrique de Cn définie par l’annulation
des éléments de I. Nous n’aborderons pas non plus ces aspects, qui appartiennent
plus à un second cours d’algèbre (géométrie algébrique).
209
210 7. ARITHMÉTIQUE DES ANNEAUX
Références : On pourra consulter le chapitre 4 du livre de Stewart & Tall, le
chapitre 1 du livre de Samuel, le chapitre du Cours d’algèbre de Perrin concernant
l’arithmétique des anneaux, ou le cours de votre serviteur à l’École Polytechnique
Théorie algébrique des nombres.
?
1. Les anneaux Zr ds
Un exemple historiquement important d’anneaux dont l’arithmétique est inté-
ressante est celui des anneaux d’entiers algébriques. Nous nous contenterons ici de
? des entiers quadratiques. Fixons donc d P Z non carré, ainsi qu’une
considérer le cas
racine carrée d ? P C de d. Son choix aura peu d’importance,
? mais pour fixer les
idées on suppose d ą 0 pour d ą 0 (cas dit réel), et d de partie imaginaire ą 0
pour d ă 0 (cas dit imaginaire). On considère les sous-groupes additifs de C
? ?
Zr ds Ă Qr ds Ă C,
? ? ? ?
avec Zr ds :“ Z ` Z d et Qr ds :“ Q ` Q d. Ces deux sous-groupes contiennent
1 et sont des sous-anneaux de C car on a la formule :
? ? ?
(57) px ` y dqpx1 ` y 1 dq “ pxx1 ` dyy 1 q ` pxy 1 ` x1 yq d.
?
Remarque 1.1. (i) L’anneau Zr ´1s “ Zris s’appelle l’anneau des entiers
de Gauss. Il sera utile pour étudier les sommes de deux carrés dans Z à cause
de la factorisation a2 ` b2 “ pa ` biqpa ´ biq dans Zris.
?
(ii) L’anneau Zr ds sera par exemple utile pour étudier les solutions d’une équa-
tion diophantienne
? ? comme y 2 “ x3 `d avec x, y P Z, à cause de la factorisation
3
py ´ dqpy ` dq “ x .
?
(iii) Pour d ă 0, on constate que Z ` Z d est un réseau de C, alors que pour
d ą 0, c’est un sous-groupe dense de R.
? ?
Noter que Qr ds est même un sous Q-espace vectoriel de C. La famille 1, d en
est une base car d n’est pas ?
un carré dans Z, et donc dans Q.?C’est donc aussi une
Z-base du groupe additif Zr ds. Pour x, y P Q, et z :“ x ` y d, on pose
$ ?
& z “ x ´ y d, le conjugué de z,
(58) Tpzq “ z ` z “ 2x, la trace de z,
Npzq “ zz “ x2 ´ dy 2 , la norme de z.
%
On a donc z 2 ´ Tpzqz ` Npzq “ 0 “ pz ´ zqpz ´ zq (identité de Cayley-Hamilton).
? ?
Lemme 1.2. (i) z ÞÑ z est un automorphisme des anneaux Qr ds et Zr ds.
? ?
(ii) Qr ds est le corps des fractions de Zr ds.
? ?
(iii) N : Qr dsˆ Ñ Qˆ est un morphisme de groupes et on a NpZr dsq Ă Z.
Démonstration
?— L’application z ÞÑ z est manifestement
? un endomorphisme Q-
linéaire de Qr ds vérifiant 1 “ 1. De plus, pour a, b P Qr ds la Formule (57)
? montre
ˆ
ab “ ab, puis le (i). Pour b ‰ 0, on a Npbq P Q puis a{b “ ab{Npbq P Qr ds, ce qui
montre le (ii). Le (i) montre aussi Npabq “ abab “ abab “ NpaqNpbq, puis le (iii). l
?
1. LES ANNEAUX Zr ds 211
Remarque 1.3. Pour d ă 0, z n’est rien d’autre que le conjugué complexe de z,
et Npzq “ |z|2 est le carré de la norme |.| usuelle sur C. En particulier, on a Npzq ě 0
pour tout z.
?
Terminons ce paragraphe en examinant le groupe des inversibles de Zr ds.
? ?
Lemme 1.4. On a Zr dsˆ “ tz P Zr ds | Npzq “ ˘1u.
?
Démonstration — En effet, si ab “ 1 dans Zr ds on a NpaqNpbq “ Np1q? “ 1,
puis Npaq, Npbq P Zˆ “ t˘1u. Réciproquement,
? si on a Npaq
? “ avec a P Zr ds et
´1
“ ˘1, on a aa “ avec a P Zr ds, et donc a “ a P Zr ds. l
Dans le cas d ă 0, l’équation x2 ´ dy 2 “ ˘1, avec x, y P Z, est triviale à résoudre.
?
Corollaire 1.5. On a Zrisˆ “ t˘1, ˘iu et Zr dsˆ “ t˘1u pour d ă ´1.
La situation est assez différente pour d ą 0. Dans ce cas, l’équation x2 ´ dy 2 “ 1
est appelée équation de Pell-Fermat, et a une très riche histoire. On vérifie facilement
sur des exemples qu’elle a toujours des solutions px, yq avec y ‰ 0. Par exemple on a
32 ´ 2 ¨ 22 “ 1 pour d “ 2. Nous renvoyons à l’Exercice 7.7 pour une démonstration
de cette propriété en général (Lagrange). On en déduit le résultat suivant :
? ˆ
Proposition ? 1.6. Soit d ą 0 non carré. Alors tout élément ą 1 de Zr ds est
de la forme x`y d avec x, y P Zě1 . ? De plus, il existe?un unique plus petit tel élément
ηd , appelé unité fondamentale de Zr ds, et on a Zr dsˆ “ x´1, ηd y » Z{2Z ˆ Z.
? ? ?
Par exemple, prenons d “ 2. On a 1`? 2 ą 1 et Np1`
? 2q “ ´1 donc η2 “ 1` 2.
On en déduit par exemple η26 “ p1 ` 2q6 “ 99 ` 70 2 et donc 992 ´ 2 ¨ 702 “ 1.
? ?
Démonstration — Soit u “ x ` y d dans Zr dsˆ r t˘1u. Quitte à remplacer u par
´u, on peut supposer u ą 0, puis quitte à le remplacer par 1{u on peut supposer ?
u ą 1. Mais l’ensemble de 4 inversibles tu, u´1 , ´u, ´u´1 u “ t˘u, ˘uu “ t˘x˘y du
rencontre chacun des intervalles
s ´ 8, ´1r, s ´ 1, 0r, s0, 1r et s1, 8r
en un point. Le plus grand des 4 est u, ce qui montre x, y ą 0, ? et la première
assertion. On en déduit que le sous-groupe des inversibles ą 0 de Zr ds est discret
log
dans le groupe multiplicatif Rˆ
ą0 » R. Comme il est non trivial par l’Exercice 7.7,
la Proposition 7.3 Chap. 2 montre qu’il est monogène engendré par ηd . l
d 2 3 5 6 7 8 10 11 12
? ? ? ? ? ? ? ? ?
ηd 1` 2 2` 3 2` 5 5`2 6 8`3 7 3` 8 3 ` 10 10 ` 3 11 7 ` 2 12
?
Table 1. L’unité fondamentale de Zr ds pour 0 ă d ď 12.
212 7. ARITHMÉTIQUE DES ANNEAUX
2. Vocabulaire de la divisibilité
Dans tout ce paragraphe, A désigne un anneau commutatif. On supposera aussi
que A est intègre, ce qui signifie qu’il est non nul, et que pour tout a, b P A, ab “ 0
entraîne a “ 0 ou b “ 0. Tout sous-anneau d’un corps est intègre.
Définition 2.1. Si a, b P A, on dit que « a divise b », ou que « b est multiple
de a », et on écrit a|b, s’il existe c P A tel que b “ ac.
L’intégrité de A assure que le c ci-dessus est unique si a ‰ 0. Pour tout a, b, c P A,
alors a|a, et si a|b et b|c alors a|c. Autrement dit, la relation de divisibilité est une
relation de préordre sur A au sens de Bourbaki. Son étude est souvent appelée
arithmétique de A. Par exemple, l’arithmétique d’un corps est inintéressante car
deux éléments non nuls se divisent toujours l’un l’autre.
Définition 2.2. (Relation d’association) On dit que a, b P A sont associés si on
a b|a et a|b. C’est une relation d’équivalence sur A que l’on notera a „ b.
Les diviseurs de 1 sont exactement les éléments inversibles de A. C’est pourquoi
on les appelle aussi unités de A. Ils divisent tout élément de A.
Lemme 2.3. Pour a, b P A, on a b|a et a|b ðñ il existe u P Aˆ avec a “ bu.
Démonstration — Si on a a “ bu avec u P Aˆ , on a aussi b “ au´1 puis a | b et
b | a. Réciproquement, supposons a|b et b|a. Si a est nul alors b est nul car a|b, et
donc a “ b. Sinon, on écrit a “ bc et b “ ad pour certains c, d P A puis a “ abd,
ap1 ´ bdq “ 0 et 1 “ bd par intégrité de A, i.e. c, d P Aˆ . l
Ces considérations montrent qu’il est important
? en pratique de savoir déterminer
ˆ
le groupe A des unités de A. Le cas de Zr ds a déjà été traité.
Exemple 2.4. Si A est intègre, alors ArXs l’est encore (on a deg P Q “ deg P `
deg Q pour P, Q ‰ 0). On a aussi ArXsˆ “ Aˆ (polynomes constants inversibles).
Introduisons maintenant une première notion d’irréductibilité.
Définition 2.5. Un élément non nul π P A est dit irréductible si ce n’est pas
une unité, et si pour tout a, b P A, la relation π “ ab implique a P Aˆ ou b P Aˆ .
Autrement dit, aux unités près un irréductible a exactement deux diviseurs : à
savoir 1 et lui-même. Si π est irréductible, il en va de même de tout élément associé.
Exemple 2.6. Les irréductibles de Z sont les ˘p avec p un nombre premier.
Pour k un corps, les irréductibles de krXs (voire même de krX1 , . . . , Xn s) sont les
polynômes irréductibles au sens usuel.
?
Donnons quelques exemples et contre-exemples dans Zr ds. La multiplicativité
?
de la norme N rendra bien des?services pour étudier l’arithmétique de Zr ds, notam-
ment car si a divise b dans Zr ds, alors Npaq divise Npbq dans Z. (Mais la réciproque
est très fausse !)
?
Exemple 2.7. (i) Soit π P Zr ds avec p “ Npπq
? irréductible dans Z (donc
˘p premier). Alors π est irréductible dans Zr ds. Par exemple, 1 ` 2i est
3. ANNEAUX FACTORIELS 213
irréductible dans Zris. En effet, ? si on a π “ ab on en déduit Npaq “ ˘1 ou
Npbq “ ˘1 donc a ou b P Zr dsˆ (Lemme 1.4). La réciproque est fausse
comme le montre l’exemple suivant.
?
(ii) Considérons Zr ´3s (d’unités ˘1). Comme ? x2 ` 3y 2 “ 2 n’a pas de solution
px, yq P Z2 , il n’y a pas d’élément
? a P Zr ´3s de norme ˘2. On en déduit que
les éléments? de norme 4 de
? Zr ´3s sont irréductibles : ce sont les 6 éléments
˘2, ˘p1 ` 3q et ˘p1 ´ 3q.
Une notion concurrente à l’irréductibilité est la suivante.
Définition 2.8. Un élément non nul π P A est dit premier si ce n’est pas une
unité et s’il satisfait à la propriété d’Euclide-Gauss : pour tout a, b P A, on a
π | ab ùñ π | a ou π | b.
Exemple 2.9. (i) Un élément premier est irréductible. En effet, si π “ ab
alors π divise a ou b. Si par exemple π|a, de sorte que a “ πc où c P A, alors
π “ πcb puis 1 “ cb, et donc b est une unité.
(ii) La réciproque est vraie dans Z ou krXs avec ? k un corps, mais pas en général.
l’élément 2 est irréductible dans?Zr ´3s comme
En effet,? ?on l’a vu. Il ne divise
?
pas 1 ˘ ´3, car sinon on aurait 1 ˘ ´3 “ 2px ` y ´3q “ 2x ` 2y ´3
et donc 2x?“ ˘1 et ? 2y “ ˘1 avec x, y P Z : absurde. Pourtant il divise
2.2 “ p1 ´ ´3qp1 ` ´3q : il n’est pas premier.
3. Anneaux factoriels
On note toujours A un anneau commutatif intègre. On convient qu’un produit
indexé par l’ensemble vide dans un anneau vaut 1, et aussi que l’on a a0 “ 1 pour
tout a P A. Il sera commode pour la suite de choisir un ensemble (arbitraire) P
de représentants des éléments irréductibles pour la relation d’association. Dans le
cas A “ Z (d’unités ˘1), le choix classique est de prendre l’ensemble des nombres
premiers positifs ! De même un choix standard dans le cas A “ krXs est celui des
polynômes irréductibles unitaires. On note NpPq l’ensemble des familles pnπ qπPP telles
que tπ| nπ ‰ 0u est fini. La définition suivante, abstraction du théorème fondamental
de l’arithmétique, est importante.
Définition 3.1. (i) On dit que A a la propriété de factorisation (notée
(PF)) si tout élément de A r t0u est un produit fini (éventuellement vide)
d’éléments irréductibles et d’une unité.
(ii) On dit que A est factoriel si pour tout a P A r t0u il existe
ś un unique u P Aˆ
et une unique élément pvπ paqq P NpPq vérifiant a “ u πPP π vπ paq .
Le sens donné au produit ci-dessus est bien entendu le produit fini de u et des
π vπ paq avec vπ paq ‰ 0, mais il est commode de le noter ainsi. Il est facile de voir que
la propriété d’être factoriel ne dépend pas du choix de l’ensemble de représentants
P des irréductibles de A.
Exemple 3.2. (i) Les anneaux Z et krXs avec k un corps sont factoriels,
nous le redémontrerons plus loin.
214 7. ARITHMÉTIQUE DES ANNEAUX
?
(ii) Les anneaux Zr ds sont (PF). En effet, vérifions par récurrence sur l’entier
|Npaq| ě 1 que tout a P A non nul est produit fini d’irréductibles et d’une
unité. Si a est une unité, i.e. |Npaq| “ 1 par le Lemme 1.4, ou irréductible,
il y a rien à démontrer. Sinon, on a a “ bc avec 1 ă |Npbq|, |Npcq| ă |Npaq|
toujours par le Lemme 1.4. Ainsi, b et c sont produits finis d’irréductibles,
ainsi donc que a “ bc.
? ? ?
(iii) L’anneau Zr ? ´3s n’est pas
? factoriel : on a 2.2 “ p1 ´ ´3qp1 ` ´3q
alors que 2, 1 ` ´3 et 1 ´ ´3 sont irréductibles deux à deux non associés
(Exemple 2.7).
(iv) L’anneau HpCq des séries entières convergentes sur C est intègre, par le
principe des zéros isolés. On peut montrer que les unités de HpCq sont exac-
tement les fonctions qui ne s’annulent pas sur C, et ses irréductibles sont les
associés des z ´ a avec a P C. Mais certains éléments de HpCq ont une infinité
de 0, comme par exemple sinpπzq, donc l’anneau HpCq ne vérifie pas (PF)
(voir l’Exercice 7.21).
L’arithmétique des anneaux factoriels est particulièrement simple. En effet, sup-
posons A factoriel. Pour a P A non nul et π P P, l’entier vπ paq P N est appelée
valuation de a en π, ou valuation π-adique de a. La factorialité impose que pour
tout a, b P Azt0u et tout π P P, on a vπ pabq “ vπ paq ` vπ pbq. En particulier, on a
(59) a | b ô @π P P, vπ paq ď vπ pbq.
Proposition 3.3. (Caractérisation d’Euclide-Gauss des anneaux factoriels).
Supposons que A satisfait (PF). Alors A est factoriel si, et seulement si, tout irré-
ductible de A est premier.
Démonstration — Supposons A factoriel. Soit π un irréductible de A, que l’on
peut supposer dans P. Si π divise ab, alors 1 ď vπ pabq “ vπ paq ` vπ pbq et donc soit
vπ paq ě 1 soit vπ pbq ě 1. Ainsi, π est premier.
Supposons réciproquement que tout irréductible de A est premier et montrons
A factoriel. Supposons que l’on ait u, v P Aˆ et pmπ q, pnπ q P NpPq avec
ź ź
(60) u π mπ “ v π nπ ,
πPP πPP
ř
Montrons u “ v et pmπ q “ pnπ q par récurrence sur π pmπ ` nπ q. C’est clair si
cette somme est nulle. Supposons par exemple mπ ě 1. Alors π divise le membre
de gauche de (60), et donc celui de droite. De plus, π ne divise pas d’unité car on
a π R Aˆ . Comme π est premier, il divise donc π 1 nπ1 pour un certain π 1 P P avec
nπ1 ě 1, et en particulier π divise π 1 . Comme π 1 est irréductible cela implique π „ π 1
puis π 1 “ π par définition de P, et donc nπ ě 1. Par intégrité, on peut donc diviser
par π des deux côtés l’Équation (60), et on conclut par récurrence. l
Remarque 3.4. À l’aide de la notion de contenu d’un polynôme, on peut montrer
que si A est factoriel, alors ArXs est factoriel (un argument connu de Gauss) : voir
l’Exercice 7.20.
Terminons par une discussion de la notion de pgcd et ppcm.
4. IDÉAUX 215
Définition 3.5. Soient a1 , . . . , an P A, on appelle plus grand diviseur commun
(ou pgcd) des ai un élément d P A vérifiant les deux propriétés suivantes :
(i) d divise ai pour tout i,
(ii) pour tout b P A, si b divise ai pour tout i alors b divise d.
Autrement dit, c’est “le” plus grand élément de l’ensemble des éléments inférieurs aux
ai pour la relation de divisibilité. Observons que s’ils existent, deux pgcd se divisent
entre eux, et sont donc associés. En revanche, les pgcds n’existent pas toujours, même
si les ai ne sont pas tous nuls (voir les exercices). On définit de même la notion de
plus petit multiple commun (ou ppcm) des ai comme étant un plus petit élément de
l’ensemble des éléments plus grands que les ai pour la relation de divisibilité (les
même remarques s’appliquent).
Lemme 3.6. Pgcd et ppcm existent dans un anneau factoriel.
ś
Démonstration — En effet, un pgcd de a1 , . . . , an P A r t0u est πPP π mπ avec
mπ “ Mintvπ pa1 q, . . . , vπ pan qu. Un ppcm s’obtient de même en remplaçant le Min
par un Max. l
Terminons par la notion d’éléments premiers entre eux.
Définition 3.7. Les éléments a1 , . . . , an P A sont dits premiers entre eux si
leurs seuls diviseurs communs sont les unités : pour tout d P A on a d | ai @i ùñ
d P Aˆ .
Il est équivalent de dire que 1 en est un pgcd.
4. Idéaux
Dans cette section, A désigne un anneau commutatif 1 quelconque.
Définition 4.1. Un idéal de A est un sous-groupe additif I Ă A tel que pour
tout a P A et tout x P I on ait ax P I.
L’ensemble aA “ tax | x P Au des multiples de a dans A est un idéal appelé idéal
principal engendré par a P A. On note aussi paq “ aA. En particulier, l’idéal nul
t0u et l’idéal total A sont des idéaux de A. De plus, la divisibilité entre éléments
s’exprime simplement en terme des idéaux principaux associés : pour a, b P A on a
bA Ă aA ðñ b P aA ðñ a|b
La devise à retenir est "contenir c’est diviser". En particulier, on a aA “ A ðñ
a P Aˆ , et aA “ bA ðñ a „ b.
Remarque 4.2. (Nombres idéaux de Kummer) La terminologie idéal, introduite
par Dedekind, est empruntée à celle de nombres idéaux utilisée par Kummer dans
son étude des anneaux de la forme Zre2iπ{n s. Suivant Kummer, on peut penser à un
idéal de A comme une partie qui satisfait axiomatiquement tout pour être l’ensemble
des multiples de “quelque chose”, mais que ce “quelque chose” n’est pas forcément
1. La condition de commutativité de A n’est pas cruciale, mais sans elle il conviendrait de
distinguer les notions d’idéal à gauche, idéal à droite, et idéal bilatère. Cette généralité est hors de
propos ici, mais d’un grand intérêt dans d’autres situations.