These
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Thèse
Présentée devant
L’institut national des sciences appliquées de Lyon
Pour obtenir
Le grade de docteur
Formation doctorale :
Sciences et Techniques du Déchet
École doctorale : École doctorale de Chimie de Lyon (Chimie, Procédés, Environnement)
Par
Vincent CHATAIN
(Maître ès-Sciences)
Jury
Thèse
Présentée devant
L’institut national des sciences appliquées de Lyon
Pour obtenir
Le grade de docteur
Formation doctorale :
Sciences et Techniques du Déchet
École doctorale : École doctorale de Chimie de Lyon (Chimie, Procédés, Environnement)
Par
Vincent CHATAIN
(Maître ès-Sciences)
Jury
Novembre 2003
Institut National
des Sciences Appliquées de Lyon
Directeur : STORCK A.
Professeurs
AMGHAR Y. LIRIS
AUDISIO S. PHYSICOCHIMIE INDUSTRIELLE
BABOT D. CONT. NON DESTR. PAR RAYONNEMENTS
IONISANTS
BABOUX J.C. GEMPPM***
BALLAND B. PHYSIQUE DE LA MATIERE
BAPTISTE P. PRODUCTIQUE ET INFORMATIQUE DES
SYSTEMES MANUFACTURIERS
BARBIER D. PHYSIQUE DE LA MATIERE
BASKURT A. LIRIS
BASTIDE J.P. LAEPSI****
BAYADA G. MECANIQUE DES CONTACTS
BENADDA B. LAEPSI****
BETEMPS M. AUTOMATIQUE INDUSTRIELLE
BIENNIER F. PRODUCTIQUE ET INFORMATIQUE DES
SYSTEMES MANUFACTURIERS
BLANCHARD J.M. LAEPSI****
BOISSE P. LAMCOS
BOISSON C. VIBRATIONS-ACOUSTIQUE
BOIVIN M. (Prof. émérite) MECANIQUE DES SOLIDES
BOTTA H. UNITE DE RECHERCHE EN GENIE CIVIL -
Développement Urbain
BOTTA-ZIMMERMANN M. (Mme) UNITE DE RECHERCHE EN GENIE CIVIL -
Développement Urbain
BOULAYE G. (Prof. émérite) INFORMATIQUE
BOYER J.C. MECANIQUE DES SOLIDES
BRAU J. CENTRE DE THERMIQUE DE LYON - Thermique du
bâtiment
BREMOND G. PHYSIQUE DE LA MATIERE
BRISSAUD M. GENIE ELECTRIQUE ET FERROELECTRICITE
BRUNET M. MECANIQUE DES SOLIDES
BRUNIE L. INGENIERIE DES SYSTEMES D’INFORMATION
BUFFIERE J-Y. GEMPPM***
BUREAU J.C. CEGELY*
CAMPAGNE J-P. PRISMA
NORTIER P. DREP
ODET C. CREATIS**
OTTERBEIN M. (Prof. émérite) LAEPSI****
PARIZET E. VIBRATIONS-ACOUSTIQUE
PASCAULT J.P. INGENIERIE DES MATERIAUX POLYMERES
PAVIC G. VIBRATIONS-ACOUSTIQUE
PECORARO S. GEMPPM
PELLETIER J.M. GEMPPM***
PERA J. UNITE DE RECHERCHE EN GENIE CIVIL - Matériaux
PERRIAT P. GEMPPM***
PERRIN J. INTERACTION COLLABORATIVE
TELEFORMATION TELEACTIVITE
PINARD P. (Prof. émérite) PHYSIQUE DE LA MATIERE
PINON J.M. INGENIERIE DES SYSTEMES D’INFORMATION
PONCET A. PHYSIQUE DE LA MATIERE
POUSIN J. MODELISATION MATHEMATIQUE ET CALCUL
SCIENTIFIQUE
PREVOT P. INTERACTION COLLABORATIVE
TELEFORMATION TELEACTIVITE
PROST R. CREATIS**
RAYNAUD M. CENTRE DE THERMIQUE DE LYON - Transferts
Interfaces et Matériaux
REDARCE H. AUTOMATIQUE INDUSTRIELLE
RETIF J-M. CEGELY*
REYNOUARD J.M. UNITE DE RECHERCHE EN GENIE CIVIL -
Structures
RICHARD C. LGEF
RIGAL J.F. MECANIQUE DES SOLIDES
RIEUTORD E. (Prof. émérite) MECANIQUE DES FLUIDES
ROBERT-BAUDOUY J. (Mme) (Prof. émérite) GENETIQUE MOLECULAIRE DES
MICROORGANISMES
ROUBY D. GEMPPM***
ROUX J.J. CENTRE DE THERMIQUE DE LYON – Thermique de
l’Habitat
RUBEL P. INGENIERIE DES SYSTEMES D’INFORMATION
SACADURA J.F. CENTRE DE THERMIQUE DE LYON - Transferts
Interfaces et Matériaux
SAUTEREAU H. INGENIERIE DES MATERIAUX POLYMERES
SCAVARDA S. (Prof. émérite) AUTOMATIQUE INDUSTRIELLE
SOUIFI A. PHYSIQUE DE LA MATIERE
SOUROUILLE J.L. INGENIERIE INFORMATIQUE INDUSTRIELLE
THOMASSET D. AUTOMATIQUE INDUSTRIELLE
THUDEROZ C. ESCHIL – Equipe Sciences Humaines de l’Insa de Lyon
KOBAYASHI T. PLM
PRIGENT A.F. (Mme) BIOLOGIE ET PHARMACOLOGIE
MAGNIN I. (Mme) CREATIS**
Mars 2004
Écoles Doctorales
Sénèque
Remerciements
Les travaux présentés dans ce mémoire ont été réalisés au Laboratoire d’Analyse
Environnementale des Procédés et des Systèmes Industriels (LAEPSI) de l’Institut National
des Sciences Appliquées (INSA) de Lyon, sous la direction de Messieurs Pierre
Moszkowicz, Professeur et Directeur du laboratoire, et Rémy Bayard, Maître de
Conférences. Je tiens à leur exprimer toute ma reconnaissance pour leur soutien et leur
confiance. Rémy, un grand MERCI pour avoir accepté de devenir mon « co-boss » en cours
de route … merci pour tes conseils et ta gentillesse, ainsi que tous les « extra thèse ».
Dans le cadre d’un programme EURODOC de la région Rhône-Alpes, j’ai été accueilli
pendant six mois au Department of Civil and Environmental Engineering de Vanderbilt
University (Nashville, TN, USA), par Monsieur David Kosson, Professor and Chairman, et
Madame Florence Sanchez, Associate professor, auxquels j’adresse mes sincères
remerciements pour cette expérience enrichissante. Florence, un grand MERCI pour ta
participation au jury, ainsi que pour ta gentillesse, ton aide, ton soutien et tout ce que vous
m’avez apporté Hamp et toi depuis le début de cette Aventure … MERCI encore !!!
Je remercie également ma collègue de bureau pendant quatre ans, Sonia, pour son amitié,
son soutien et les bons moments passés ensemble … MERCI encore pour tout !!!
Khalil, MERCI pour ces années de thèse passées ensemble, pour ton amitié … pour notre
fructueuse collaboration scientifique et philosophique … tu es vraiment un Ami !!!
Hassen, MERCI pour ton aide précisieuse et tes conseils avisés lors de la dernière ligne
droite … tu es un super coach !!!
Je remercie pour leur amitié, l’ambiance qu’ils ont fait (et font toujours) régner au
laboratoire, les 2 Valérie, Fred, Gwen, Fairouz, Catherine, Soso & Tonio, Armelle, Yu,
Nadia, Céline, Marion & Martial, Daniela, Dounya, Fouad, Joacio & Marcele, Cyril,
Richard, Jean-Luc. Je remercie également Géraldine, Nathalie et Julien pour les centaines
d’analyses qu’ils ont réalisées.
Je souhaite également remercier ceux qui ont pu croiser ma route au laboratoire, je pense
particulièrement à Patrick Rousseaux et Claude Bouster (merci pour vos conseils et les
discussions du vendredi soir), Christian Gouin (merci pour tes conseils et ton aide lors des
déplacements sur les terrains « aurifères »), René Bressat (merci pour votre gentillesse et
votre aide dans la préparation des TP), Patrick Germain (merci pour ton soutien et ton
écoute dans les petits moments de blues), Daniel Mathurin, Jean-Pierre Bastide, Karim
Lounis, Michèle Bideau, Christine de Brauer, Denise Blanc, Gaëlle Ducom, … et tous les
autres.
Mes midis du mercredi étaient occupés par le foot, je voulais remercier mon équipe du
CASI FOOT de l’INSA, et particulièrement mes coéquipiers : Stéphane (l’ambassadeur),
Joachim (le défenseur intraitable), Erwan (un ch’ti tacle ?), Franck (la pieuvre rêveuse),
Jérôme (on va …), Marco (une ch’tite photo ?), Pascale et Rodica (nos supportrices), … et
tout le reste de l’équipe. On finira par la gagner cette finale !!!
Merci aux « forumeurs » verts d’[Link], pour l’actualité verte et pour tous ces
moments de partage. Noir Désir et Mickey 3D nous porteront, les Verts l’emporteront !!!
Un grand MERCI également à nos Amis pour tout ce que vous nous apportez et pour être
toujours à nos côtés : MERCI à vous, Lambert (mon témoin et bien plus encore …) &
Marion, Karine (la « témoïne ») & Régis, Le Cam, Bébert, Sofia & Sylvain, Eric, Manue &
Benoît, Soso & Yo, Chloé & Oliv, Kikouillou, Papa John, Le Père Galois, Mon Fab Desp &
ma petite Fanny, Christelle, Mon Fab & Ma Mimie, Folco & Jess, Mattieu, Ludo & Isa,
Virginie, Céline, Christine, mon Mimi, Le Pan, Petit Duc, Pierre, Florence, Cyril, mes cous’
Nico & Pal, … .
A Laetitia, tout mon amour … MERCI pour tes encouragements, pour tout ce que tu as
supporté pendant cette Aventure et pour tout ce que tu m’apportes … l’amour est vraiment
la plus belle chose de la vie !!!
Enfin, j’aurai une pensée pour tous ceux, enseignants ou étudiants, qui ont croisé mon
chemin pendant ces cinq années à l’INSA de Lyon, et qui m’ont permis d’avancer … .
Chatain V., Sanchez F., Bayard R., Moszkowicz P. Arsenic behavior in mining soil. J Phys.
IV 107:289-292; 2003.
Chatain V., Bayard R., Sanchez F., Moszkowicz P., Gourdon R. Effect of indigenous
bacterial activity on arsenic mobilization under anaerobic conditions. Environment
International 31(2) 221-226; 2005.
Chatain V., Sanchez F., Bayard R., Moszkowicz P., Gourdon R. Effect of experimentally
induced reducing conditions on the mobility of arsenic from a mining soil. Journal of
hazardous materials; 2005 (sous presse).
COMMUNICATIONS
Chatain V., Sanchez F., Bayard R., Moszkowicz P., Gourdon R. (2001) Méthodologie
d’évaluation de la mobilité potentielle de polluants inorganiques présents dans les sols
pollués - Acte du 4ème Congrès International GRUTTE : « mobilité et traitements des
polluants dans l’environnement », Limoges, France, 22 - 23 novembre 2001, pp. 140-144.
Communication orale.
Chatain V., Bayard R., Sanchez F., Gourdon R., Moszkowicz P. (2002) Assessment of the
potential mobility of inorganic pollutants in contaminated soils - Application to a mining
site contaminated with arsenic - Proceedings of the 1st International Workshop on
Groundwater Risk Assessment at Contaminated Sites (GRACOS), (Halm, D. & Grathwohl,
P. editors, Tübingen, Germany), pp. 71-76. ISSN: 0935-4948. Communication orale.
Chatain V., Bayard R., Sanchez F., Moszkowicz P., Gourdon R. (2002) Caractérisation de
la mobilité potentielle de l'arsenic présent dans un sol pollué - Journée Technique :
« L'arsenic et ses impacts environnementaux », Pau, France, Septembre 2002 (APESA
Publications), pp. 39-40. Communication par affiche.
Chatain V., Sanchez F., Bayard R., Moszkowicz P. (2003) Arsenic behavior in a mining soil
- Proceedings of the XII International Conference on Heavy Metals in the Environment
(ICHMET), Grenoble, France, 26-30 May 2003, 4p. Communication orale.
Chatain V., Bayard R., Sanchez F., Gourdon R., Moszkowicz P. (2003) Biochemical
leaching of arsenic in a mining soil under anaerobic conditions - Proceedings of the 2nd
European Bioremediation Conference, Chania (Crete), Greece, 30 June - 5 July 2003, pp.
308-311. Communication par affiche.
RAPPORT
REMERCIEMENTS ......................................................................................... 10
I.3. Les Eléments en Traces Minéraux (ETM) dans les sols issus de sites industriels pollués...........40
I.3.1. Introduction ............................................................................................................................40
I.3.2. Les éléments en traces minéraux..............................................................................................41
I.3.2.1. Généralités .......................................................................................................................41
I.3.2.2. Toxicité............................................................................................................................42
I.3.3. Principaux constituants du sol et interactions avec les éléments en traces minéraux..................43
I.3.3.1. Constituants minéraux et organiques du sol ......................................................................44
I.[Link]. Fraction minérale ......................................................................................................44
I.[Link].1. Argiles ...............................................................................................................45
I.[Link].2. Carbonates .........................................................................................................46
I.[Link].3. Oxydes et hydroxydes de fer, d’aluminium et de manganèse ..............................46
I.[Link]. Matière organique du sol ...........................................................................................46
I.[Link]. Complexes argilo-humiques du sol ............................................................................47
I.3.4. Principaux mécanismes d’interaction entre les éléments en traces minéraux et le sol ................47
I.3.4.1. Adsorption .......................................................................................................................48
I.[Link]. Adsorption physique ou physisorption .......................................................................48
I.[Link].1. Adsorption physique non spécifique ...................................................................49
I.4. Problématique de l'arsenic dans les sols issus de sites pollués du secteur minier .......................57
I.4.1. Introduction ............................................................................................................................57
I.4.2. Généralités ..............................................................................................................................58
I.4.2.1. Propriétés .........................................................................................................................58
I.4.2.2. Distribution dans l’environnement ....................................................................................58
I.[Link]. Sources naturelles......................................................................................................58
I.[Link]. Sources anthropiques .................................................................................................60
I.4.2.3. Toxicité............................................................................................................................61
I.4.3. L’arsenic dans le secteur minier...............................................................................................63
I.4.3.1. Principaux procédés de l’extraction métallurgique des minerais d’or .................................64
I.4.3.2. Arsenic : sous-produit et résidu de nombreuses exploitations minières et métallurgiques ...66
I.4.4. Spéciation et mobilité de l’arsenic dans les sols .......................................................................66
I.4.4.1. Spéciation de l’arsenic......................................................................................................66
I.[Link]. Arsenic inorganique ..................................................................................................67
I.[Link]. Arsenic organique .....................................................................................................68
I.4.4.2. Mobilité de l’arsenic inorganique dans les sols .................................................................69
I.[Link]. Principaux mécanismes de rétention de l’arsenic dans les sols....................................69
I.[Link].1. Adsorption .........................................................................................................69
I.[Link].1.1. Adsorption sur les oxydes et hydroxydes de fer, d’aluminium et de manganèse
........................................................................................................................................69
I.[Link].1.2. Adsorption sur les argiles ............................................................................71
I.[Link].1.3. Adsorption sur les carbonates de calcium .....................................................71
I.[Link].1.4. Rôle de la matière organique........................................................................72
I.[Link].1.5. Rôle des phosphates et autres espèces compétitrices.....................................72
I.[Link].2. Précipitation .......................................................................................................73
I.[Link]. Influence des facteurs bio-physico-chimiques sur le comportement de l’arsenic dans les
sols ..........................................................................................................................................74
I.[Link].1. pH ......................................................................................................................74
I.[Link].2. Potentiel d’oxydo-réduction................................................................................74
I.[Link].3. Activité microbienne ..........................................................................................75
I.[Link].3.1. Réduction bactérienne de l’arsenic...............................................................76
I.[Link].3.2. Oxydation bactérienne de l’arsenic ..............................................................76
I.[Link].3.3. Désorption bactérienne de l’arsenic .............................................................76
I.4.5. Conclusion ..............................................................................................................................78
II.4. Conclusion.................................................................................................................................133
ANNEXES..................................................................................................... 183
Annexe 1 : Identification des dangers des éléments traces pour la santé animale et humaine (H :
homme; A : Animal. *Seulement pour la voie respiratoire) (d’après Bourrelier & Berthelin, 1998)
..........................................................................................................................................................184
Annexe 2 : Limites de détections et précisions des mesures sur solides en ICP-MS et ICP-AES....185
Annexe 3 : Diffractogramme sur un échantillon des sols S6 et S6n, de granulométrie comprise entre
0 et 2 mm...........................................................................................................................................186
Tableau 27 : Extraction simple au K2HPO4 (0,1 mol.L-1) sur les sols S6 et S6n : teneurs en
solution et principales caractéristiques chimiques (ratio L/S : 10 mL/g, temps de
contact : 48 h)...........................................................................................................149
Tableau 28 : Teneurs finales en solution des éléments étudiés et principales caractéristiques
chimiques des solutions de sol dans les différents essais, après 84 jours de
biolixiviation anaérobie (ratio L/S : 10 mL/g, température : 30±2°C, Conc. en mg.L-1 et
(% extrait du contenu total initial)). ..........................................................................159
Figure 27 : Répartition de l’As, du Fe, et de l’Al (en % du contenu total) dans les différentes
fractions du protocole d’extractions séquentielles (adapté de Tessier et al., 1979 et
Shuman, 1985, modifié par Matera, 2001) dans les sols S6 et S6n. ...........................146
Figure 28 : Répartition de l’As, du Fe, et de l’Al (en % du contenu total) dans les différentes
fractions du protocole d’extractions séquentielles (adapté de Zeien et Brümmer (1989)
et modifié par Wenzel et al. (2001)) dans les sols S6 et S6n. ....................................147
Figure 29 : Effet de l’ajout d’ascorbate de sodium (●) sur A) le pH, et B) le Eh, de la
solution de sol S6. Les valeurs de pH et de Eh dans les conditions dites « naturelles »
sont indiquées (□). ....................................................................................................151
Figure 30 : Effet de l’ajout d’ascorbate de sodium (●) sur la solubilisation A) de l'arsenic, et
B) du fer – Sol S6. La ligne de base de solubilisation de ces éléments en fonction du pH
en conditions oxydantes est donnée pour comparaison (□). .......................................152
Figure 31 : Influence de variations de pH en présence de solutions d’ascorbate de sodium à
(●) 0,025 mol.L-1 et à (○) 0,046 mol.L-1 sur la solubilisation de A) l’arsenic et B) du fer
– Sol S6. La ligne de base de solubilisation de ces éléments en fonction du pH en
conditions oxydantes est donnée pour comparaison (□).............................................153
Figure 32 : Effet de l’ajout de borohydrure de sodium (▲) sur A) le pH, et B) le Eh, de la
solution de sol S6. Les valeurs de pH et de Eh dans les conditions dites « naturelles »
sont indiquées (□). ....................................................................................................155
Figure 33 : Effet de l’ajout de borohydrure de sodium (▲) sur la solubilisation A) de
l'arsenic, et B) du fer – Sol S6. La ligne de base de solubilisation de ces éléments en
fonction du pH en conditions oxydantes est donnée pour comparaison (□). ...............156
Figure 34 : Influence de variations de pH en présence d’une solution de borohydrure de
sodium à (▲) 0,046 mol.L-1 sur la solubilisation de A) l’arsenic, et B) du fer – Sol S6.
La ligne de base de solubilisation de ces éléments en fonction du pH en conditions
oxydantes est donnée pour comparaison (□)..............................................................157
Figure 35 : Evolution des conditions de A) pH, et de B) Eh, de la solution de sol S6 au cours
des trois mois d’incubation à 30±2°C en conditions anaérobies.................................159
Figure 36 : Concentrations A) de l’arsenic, et B) du fer, en solution au cours des trois mois
d’incubation à 30±2°C en conditions anaérobies (LD : Limite de Détection, ratio L/S :
10 mL/g) – Sol S6.....................................................................................................160
Introduction générale
Les métaux et métalloïdes sont présents naturellement dans les sols. Le développement
de l’activité industrielle (exploitations minières, industries métallurgiques et chimiques) et
de l’activité agricole (pesticides, engrais, ...) depuis le siècle dernier a entraîné des apports
parfois intensifs de ces éléments qui deviennent des polluants pour l’environnement. Même
à faibles concentrations, ils peuvent constituer un sérieux problème de santé publique du
fait de leur toxicité et de leur caractère bio-accumulatif.
L’arsenic est l’un des métalloïdes ubiquistes que l’on trouve dans l’atmosphère, dans les
milieux aquatiques, les sols, les sédiments et les organismes vivants. C’est un oligo-élément
essentiel à la vie, dont les besoins pour l’homme ont été estimés entre 10 et 20 µ[Link]-1
(Jacotot & Le Parco, 1999). Mais du fait de son utilisation directe dans bon nombre
d’industries (sidérurgie - fonderie, tannerie, traitement du bois, …), ou de sa présence dans
la roche mère ainsi que les stériles d’exploitations minières, des problèmes d’accumulation
de cet élément apparaissent et peuvent conduire à la pollution des sols, des sous-sols, des
eaux superficielles et souterraines, où sa concentration peut parfois dépasser la norme
actuellement en vigueur pour l’eau potable de 10 µg.L-1 (selon le décret 2001-1220 du 20
décembre 2001).
Le recensement des sites pollués en France au début des années 1990 a dressé l’état du
risque environnemental lié aux transferts potentiels des polluants dans les sols. Le Bureau
de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) et le Ministère de l’Aménagement du
Territoire et de l’Environnement (MATE) ont proposé une première méthodologie
simplifiée d’évaluation de ce risque environnemental, en soulignant la nécessité d'une
évaluation plus approfondie pour les sites à plus haut risque (MATE, 2000). Mais ces
méthodologies expérimentales ne permettent pas d’obtenir une évaluation précise du risque
1
de mobilisation des polluants contenus dans un sol pollué. Dans ce contexte, Le LAEPSI
(INSA de Lyon) développe des études pour l’évaluation du risque d’impact environnemental
des déchets stabilisés et des polluants présents dans les sols pollués.
1
Laboratoire d’Analyse Environnementale des Procédés et des Systèmes Industriels,
CNRS-FRE 2544, Institut National des Sciences Appliquées de Lyon, Bât. S. Carnot, 7, rue
de la Physique, 69621 Villeurbanne Cédex, France
2
REseau de COopération et de Recherche sur les Déchets, Bât. CEI, 27, bd. du 11
novembre 1918, B.P. 2132, 69603 Villeurbanne Cédex, France
3
LAEPSI en collaboration avec le CEE de Vanderbilt University (Nashville, TN, USA) dans
le cadre d’un programme EURODOC de la région Rhône-Alpes.
La Partie I, après quelques rappels terminologiques, présente tout d’abord la gestion des
sites industriels pollués (inventaire, législation, diagnostic et évaluation), puis traite des sols
contaminés par des espèces inorganiques avant de se focaliser plus en détail sur l’arsenic
présent dans les sols issus d'anciennes exploitations minières.
3
department of Civil and Environmental Engineering, Vanderbilt University, Station B-35
1831, Nashville, TN, USA 37235
I.1. Préambule
Par l'émergence de textes réglementaires (principe « pollueur-payeur », loi sur l'eau,
objectifs de réhabilitation des sites industriels, principe de précaution, etc.), la gestion des
sites industriels pollués constitue aujourd'hui un enjeu important. Cette prise de conscience
de l’importance en nombre, en surface et en diversité, des sites contaminés est relativement
récente en France, comparativement à d'autres pays industrialisés, tels que l'Allemagne, les
Pays-Bas ou les Etats-Unis par exemple, qui dès le début des années 1980 ont fait de cette
problématique un véritable objet de politique nationale (Lecomte, 1998; Venditti, 1998).
La problématique des sites pollués ne se limite ainsi pas seulement à une dimension
locale concernant la dégradation du sol et des ressources en eau, mais s'évalue au regard des
risques sanitaires et environnementaux qu’ils représentent, ainsi que sur le handicap qu’ils
constituent pour le développement territorial. En effet, l’eau et le sol d’un site pollué ne
peuvent plus être utilisés aux fins qui leur sont habituelles telles que l’irrigation,
l’abreuvage, la potabilisation pour l’eau, l’agriculture, l’élevage, le support de l’habitat ou
de l’activité industrielle. En interdisant tous les usages, le site pollué délimite une aire non
appropriable, une zone à l’abandon (Blanc, 1999).
Dans cette partie composée de trois chapitres, nous aborderons ainsi tout d’abord la
gestion des sites industriels pollués (inventaire, législation, diagnostic et évaluation), puis
nous évoquerons le cas des sols contaminés par des espèces inorganiques avant de nous
focaliser plus en détails sur l’arsenic présent dans les sols issus d'anciennes exploitations
minières.
Tout d’abord, il paraît utile de préciser quelques définitions. Ces précisions générales
proviennent pour la plupart d’un glossaire mis en place sur un site internet nommé :
« Forum Actualités Sites Pollués » ([Link] conçu à la demande du Ministère
de l'Ecologie et du Développement Durable ([Link] en
collaboration avec l'ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie), le
BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières), l'INERIS (Institut National de
l'Environnement Industriel et des Risques) et l'IRSN (Institut de Radioprotection et de
Sûreté Nucléaire).
On remarque ainsi que ces notions de contaminant et de polluant sont très proches.
Elles sont d’ailleurs employées dans la majorité des textes avec la même signification
(Bourrelier & Berthelin, 1998; Rivière, 1998).
Selon Venditti (1998), contrairement au terme contaminant, le terme générique polluant
implique que ces éléments chimiques sont susceptibles d’entraîner à faible ou à forte
concentration, des phénomènes de toxicité sur les organismes vivants.
Pour Moriarty (1999), un polluant est une « substance qui se retrouve dans
l’environnement, au moins en partie comme le résultat des activités humaines et qui a un
effet nocif sur les organismes vivants ». Sur le site internet ([Link] la
définition suivante de polluant est donnée : « produit, substance ou composé chimique
responsable d'une pollution. On distingue les polluants primaires, rejetés directement dans
le milieu naturel, des polluants secondaires qui proviennent de réactions sur les premiers,
ou entre eux ».
Concernant le contaminant, Ramade (1993) le définit comme un « polluant présent à des
quantités décelables dans l’environnement ou dans un organisme ».
Sol : il peut être défini comme « la couche supérieure de la croûte terrestre composée de
matière minérale, de matière organique, d’eau, d’air et d’organismes », selon le projet de
norme internationale ISO/TC 190 sur la qualité des sols (Bourrelier & Berthelin, 1998).
Le sol constitue une matrice hétérogène, complexe et multiphasique : il existe des
échanges dynamiques de matière et d’énergie entre les trois principaux compartiments
macroscopiques du sol, solide, liquide et gazeux, qui lui donnent ses caractéristiques
physiques, chimiques et biologiques (Razafindratandra & Sévêque, 1998).
Il est important de souligner que « dans le contexte de la protection du sol, il faut prêter
attention au sol superficiel, au sous-sol et aux couches plus profondes, et aux gîtes
minéraux associés à l'eau souterraine. Il faut aussi faire attention aux matériaux d'origine
anthropique introduits dans ou sur le sol, comme les déchets domestiques ou industriels, les
boues, les boues de curage de cours d'eau et les résidus miniers. Ceux-ci sont importants,
parce qu'ils peuvent influencer certaines fonctions du sol et constituer une source de
substances dangereuses pour le sol et affecter les sols naturels voisins. Les processus
pédologiques peuvent, en temps et lieu, intervenir dans ces matériaux anthropiques de la
même manière que dans la roche mère naturelle et les dépôts de surface »
([Link]
Il convient également de définir d’autres notions associées aux pollutions des sols et
souvent employées avec la même signification telles que danger et risque.
Danger : la notion de danger est liée à la : « situation ou possibilité pour une substance,
du fait de ses caractéristiques ou propriétés intrinsèques, de provoquer des dommages aux
personnes, aux biens, à l'environnement » ([Link]
Risque : il a été défini lors d’une consultation mixte d’experts FAO/OMS (1995) comme
la « probabilité d'un effet néfaste et de l’importance d’un tel effet résultant de la présence
d’un danger » (Bourrelier & Berthelin, 1998).
Concernant les pollutions des sols, un risque de pollution est jugé inacceptable quand il
« se rapporte au niveau de risque à ne pas dépasser fixé par l’autorité publique. Dans le
cas d’un risque non cancérogène, ce niveau correspondra à une valeur d’indice de risque »
([Link]
Un risque de pollution est défini comme chronique quand il est « associé à deux types
d’effets chroniques :
- le polluant peut ne pas s’accumuler de manière significative dans les êtres vivants,
mais exercer à chaque exposition des impacts biologiques qui, par leur addition, se
traduiront par des manifestations toxiques (c’est le cas du benzène et des HAP
cancérogènes),
- d’autres contaminants sont plus ou moins fortement accumulés à partir du milieu
par les êtres vivants (bioaccumulation correspondant à une certaine biodisponibilité
du polluant) » ([Link]
La politique française en matière de sites pollués peut se résumer selon trois axes
d'action :
- prévenir l’apparition de pollution des sols et disposer d’un signal d’alarme par la
mise en place de dispositifs de surveillance de l’environnement adaptés,
principalement des eaux souterraines, et autour de sites industriels en activité,
- traiter les sites pollués en fonction de leurs impacts et de l’usage auquel ils sont
destinés,
- connaître les risques potentiels associés aux sites pollués, tout en veillant à
compléter et rendre accessible au plus grand nombre ces informations.
Plusieurs guides méthodologiques justifiant la gestion des sites et sols pollués ont ainsi
été élaborés ces dernières années au sein de groupes de travail nationaux pilotés par le
Ministère chargé de l’Environnement. L’ensemble de ces travaux peut ainsi être considéré
comme une « boîte à outils méthodologiques », utile pour répondre aux problèmes posés,
tout en recommandant une concertation étroite entre les différentes parties concernées.
Dans le cas de sols à traiter, le guide des Pays-Bas a souvent été pris en référence en
dehors de son pays d'origine, pour fixer les seuils de dépollution à atteindre : ces objectifs
étant modifiés selon l’utilisation future du site. Ce guide ou "Grille de concentrations en
polluants dans les sols" mis en place dès 1983 aux Pays-Bas (Lecomte, 1998) est basé sur le
fait que pour chaque produit, deux teneurs sont données dans l’eau et dans le sol,
correspondant à deux niveaux :
- A, concentration normale et acceptable dans le milieu;
- C, seuil de tolérance maximal, équivalent à une menace sérieuse pour
l’environnement et déclenchant une intervention sur le site pollué.
Les valeurs limite A et C sont illustrées dans le Tableau 1.
Tableau 1 : Valeurs guides néerlandaises établies pour un sol standard (10 % de matières
organiques, 25 % d’argiles) (d’après Ministry of Housing, 1994).
Métal ou métalloïde Niveau A Niveau C
([Link]-1 de matière sèche) ([Link]-1 matière sèche)
- critère de référence - critère d'intervention
- risque négligeable - risque intolérable
Arsenic 29 55
Cadmium 0,8 12
Chrome 100 380
Cuivre 36 190
Mercure 0,3 10
Nickel 35 210
Plomb 85 510
Zinc 140 720
Depuis 1994, dans le cadre du recensement des sites et sols pollués du territoire français
(France et DOM TOM), le Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable a
répertorié 3735 sites industriels pollués (recensés fin janvier 2004) (Tableau 2)
([Link] Ces inventaires ont trois principaux objectifs :
- recenser, de façon large et systématique, tous les sites industriels abandonnés ou
non, susceptibles d’engendrer une pollution de l’environnement,
- conserver la mémoire de ces sites,
- fournir des informations utiles aux acteurs de l’urbanisme, du foncier et de la
protection de l’environnement.
Tableau 2 : Répartition géographique des sites pollués recensés en France en Janvier 2004
(d’après [Link]
Régions Nombre de sites Régions Nombre de sites
Alsace 233 Limousin 38
Aquitaine 227 Lorraine 285
Auvergne 70 Languedoc Roussillon 70
Bourgogne 85 Midi Pyrénées 177
Basse Normandie 65 Nord Pas-de-Calais 505
56 Provence Alpes Cote 163
Bretagne
d'Azur
Centre 136 Pays de la Loire 90
Champagne Ardenne 150 Picardie 159
Corse 5 Poitou Charentes 56
Franche Comte 76 La Réunion 13
Guadeloupe Guyane 16 Rhône Alpes 478
Martinique
Haute Normandie 191 TOM 1
Ile de France 390
Le Tableau 2 confirme une répartition géographique des sites assez cohérente avec
l’activité industrielle passée et présente des régions. Les régions : Nord Pas-de-calais,
Rhône Alpes et Ile de France, rassemblent, à elles seules, plus de 35 % des sites recensés.
Parmi les polluants les plus fréquemment rencontrés (seuls ou en mélange), présentés
dans le Tableau 3, les polluants inorganiques tels que le plomb, le chrome, le zinc, le cuivre,
l’arsenic, le nickel et le cadmium sont les principaux polluants inorganiques rencontrées
dans les sols pollués. L’arsenic, polluant cible de notre étude, est rencontré dans environ
10 % des sites français répertoriés.
Tableau 3 : Les 10 polluants majoritaires des sites pollués répertoriés par le Ministère de
l’Ecologie et du Développement Durable en Janvier 2004 (d’après
[Link]
Polluants % de sites répertoriés
Hydrocarbures 37,9
Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) 15,7
Plomb 15,4
Zinc 10,0
Solvants halogénés 12,3
Chrome 13,0
Cuivre 12,2
Arsenic 10,1
Nickel 8,4
Cadmium 5,5
- la loi du 29 décembre 1892 relative aux dommages causés à la propriété privée par
l’exécution des travaux publics (Journal Officiel du 30 décembre 1892),
- la loi du 19 décembre 1917 relative aux établissements dangereux, incommodes ou
insalubres.
- la loi du 2 août 1961, sur les pollutions atmosphériques, modifiant la loi du
19 décembre 1917,
- le code minier.
Plus récemment, le cadre réglementaire français est fixé par un ensemble de dispositions
législatives, dont on retiendra les textes suivants :
- la loi du 15 juillet 1975 sur les déchets : « toute personne qui produit des déchets de
nature à porter atteinte à la santé de l'homme et à l'environnement est tenue d'en
assurer l'élimination »,
- la loi du 11 juillet 1976 sur les installations classées pour la protection de
l'environnement (ICPE) : « Les installations pouvant présenter des dangers ou
inconvénients ... pour la santé (...) ou pour la protection de l'environnement ...
doivent être autorisées. Cette autorisation est subordonnée à la réalisation d'une
étude d'impact qui présente les mesures qui suppriment, limitent et compensent les
inconvénients de l'installation ... » ; d'autres mesures ont été ajoutées par la suite,
notamment l'obligation d'information de l'acheteur et de remise en état du site,
- la loi du 3 janvier 1992 sur l'eau, qui instaure l'obligation de prévention pour éviter
la pollution des eaux superficielles ou souterraines.
- la loi du 2 février 1995 sur le renforcement de la protection de la nature, qui
instaure le principe de précaution,
- la loi du 30 juillet 2003 sur la prévention des risques technologiques et naturels et à
la réparation des dommages. Suite à la mise en liquidation de la société Metaleurop
Nord, la loi du 30 juillet 2003 introduit de nouveaux dispositifs législatifs visant,
d'une part, à mieux anticiper, dans la vie des entreprises, les problèmes de pollution
des sols et, d'autre part, à mettre en place des mécanismes de garanties financières
visant à assurer la remise en état des sites pollués en fin d'activité. De tels dispositifs
devraient permettre d'éviter que des situations analogues à celles de Metaleurop ne
se reproduisent ([Link]
Cette politique de gestion des sites industriels est précisée par une série d’arrêtés et de
circulaires adressés aux préfets ([Link] tels
que :
Depuis 1994, une méthodologie nationale de gestion et réhabilitation des sites pollués,
basée sur les principes de l’évaluation des risques, est développée en vue d’assurer une
cohérence nationale.
Cette approche méthodologique s’articule en deux phases dictées par les documents,
disponibles auprès des éditions du BRGM, intitulés :
Le diagnostic initial correspond à une étude des sols, comprenant 2 phases : une phase
documentaire afin de collecter toutes les informations sur le site ; et une phase
d’investigations légères sur le terrain afin de vérifier et valider les premières hypothèses
émises lors de la phase documentaire (BRGM, 2000a).
Les résultats issus de ce diagnostic initial sont utilisés pour mener, si besoin est,
l’Evaluation Simplifiée des Risques (ESR), dans laquelle la santé humaine est considérée
comme cible. Cette évaluation a pour objectif, à partir d’une quarantaine de paramètres
simples et de renseignements faciles à obtenir, d’apprécier les risques présentés par les sites
étudiés. À ce niveau, une appréciation détaillée n’est pas recherchée : l’objectif est de
déterminer la nécessité (ou non) de poursuivre les investigations. L’ESR permet ainsi de
classer les sites en trois catégories (Darmendrail, 2001) :
- « classe 3 : les sites dits « banalisables », ne nécessitant pas d’autre action qu’une
surveillance de l’évolution de l’usage du site et de son environnement ;
- classe 2 : les sites à suivre, pour lesquels il sera nécessaire de définir et mettre en
place un dispositif de surveillance adapté (piézomètres, campagnes régulières
d’analyses...) et, éventuellement, des dispositions de maîtrise d’urbanisme ;
- classe 1 : les sites nécessitant des investigations approfondies ».
Parmi les paramètres retenus, des valeurs guides ont notamment été mises en place en
matière de pollution des eaux et des sols. Ces valeurs, présentées milieu par milieu (eau et
sol) et par type d’usage du milieu sensible (résidentiel avec culture d’un jardin potager) ou
non sensible (industriel ou commercial) ne s’appliquent que dans le strict cadre de l’ESR, et
Le diagnostic approfondi a pour but d’évaluer l’impact potentiel du site sur différentes
cibles, non plus seulement la santé de l’homme, mais l’environnement au sens large.
L’Évaluation Détaillée des Risques (EDR), basée sur l’usage actuel et prévisible du site,
permet d’identifier ceux qui présentent des risques jugés inacceptables et de définir une
stratégie de traitement. Dans tous les cas, il revient aux responsables (exploitant à l’origine
de la pollution, dernier exploitant, détenteur,...) de faire cesser les dommages générés par
ces pollutions, en application de la législation relative aux installations classées pour la
protection de l’environnement. Pour faciliter les décisions des acquéreurs d’anciens sites
industriels, l’article L.514-20 de la loi du 11 juillet 1976 relative aux installations classées
pour l'environnement a prévu qu’ « un terrain sur lequel une installation soumise à
autorisation a été exploitée ne peut être vendu sans que le vendeur informe par écrit
l’acheteur de cette exploitation des dangers ou inconvénients importants qui en résultent ».
Lorsque le responsable d’un site est défaillant (insolvabilité, disparition, etc.) et que la
pollution du site présente un risque pour l’environnement et la sécurité des personnes, l’Etat
intervient pour mettre le site en sécurité. Ces interventions sont financées par la TGAP
(Taxe Générale sur les Activités Polluantes) et sont toujours associées à un recours
juridique contre le responsable.
Enfin, aujourd’hui, l’arrêt d’une activité doit obligatoirement s’accompagner d’une
remise en état du site de telle manière qu’il ne présente plus de risques pour la santé
publique et l’environnement (BRGM, 2000b).
I.2.4. Conclusion
Depuis 1994, la politique française en matière de gestion de sites pollués est basée
principalement sur les principes de l’évaluation des risques environnementaux et sanitaires.
Cette démarche aboutit ainsi à la gestion des risques qui, selon Duong (1998), est un
processus d’intégration des investigations réalisées lors de l’évaluation des risques avec
l’ingénierie, la politique, et les aspects non techniques pour prendre des décisions
(évaluation, sélection et application) sur le besoin de réhabilitation d’un site donné ou pour
établir des priorités pour un ensemble de sites.
Concernant les pollutions par des espèces inorganiques, la gestion des risques intègre
deux approches : la première implique un suivi et une maîtrise des flux des éléments en
traces minéraux vers les divers compartiments des écosystèmes, dont le sol ; la seconde
intègre tous les déterminants de la qualité et de l’utilisation des sols (Bourrelier &
Berthelin, 1998). C’est précisément dans le cadre de la première approche que s’intègrent
nos travaux pour apporter de nouveaux éléments méthodologiques et de connaissance pour
la caractérisation de la mobilisation potentielle de l’arsenic (« polluant cible de l’étude ») et
d’autres constituants inorganiques présents dans un sol pollué (« source émettrice »).
Comme le soulignent Lemière et al. (2001), l’atteinte d’une cible dépend étroitement du
comportement des polluants dans les milieux traversés lors de leur migration : les propriétés
intrinsèques des polluants, les milieux traversés, les interactions entre les polluants et le
milieu ainsi que les conditions locales (pluviométrie, végétation, micro-organismes, …) sont
autant de facteurs influençant la migration des polluants. La connaissance du comportement
des polluants a donc un rôle majeur dans une démarche d’évaluation des risques.
I.3.2.1. Généralités
Les métaux (hormis le mercure) sont à température ambiante (25°C) des solides ductiles
et malléables, caractérisés par leur éclat, leurs conductibilités thermique et électrique. Les
atomes ont tendance à perdre des électrons et diffèrent en cela des non-métaux.
Dans la classification périodique des éléments, les métaux comprennent les éléments du
bloc s (alcalins et alcalino-terreux), ceux du bloc d (éléments de transition) et ceux du bloc
p qui sont situés sous une diagonale allant du bore à l’astate, à l’exception de l’hydrogène,
alors que les non-métaux sont situés au dessus de la diagonale du bloc p. Le long de la
diagonale, on trouve les semi-métaux ou métalloïdes (Si, Ge, As, Se, Sb, Te) dont les
propriétés sont intermédiaires entre celles des métaux et celles des non-métaux.
Les métaux ont également une propriété chimique commune : leurs oxydes forment avec
l’eau des hydrates basiques dont la basicité augmente généralement avec le poids atomique.
Ils diffèrent donc en cela des métalloïdes dont les oxydes forment avec de l’eau des acides.
L’appellation « métaux lourds » est relativement floue (Gadd, 1992). Cette terminologie
est souvent employée pour désigner un groupe de 65 micropolluants minéraux, de densité
supérieure à 5 et pouvant former des sulfures (Adriano, 1986; Bourrelier & Berthelin, 1998;
Crine, 1993). L’arsenic (métalloïde) et le sélénium (élément non métallique) sont ainsi
souvent classés abusivement dans cette catégorie (Brown & Lester, 1979).
Nieboer et Richardson (1980), après modification de la classification de Pearson (1963),
proposaient d’abandonner le terme métaux lourds au profit d’une classification (Tableau 5)
séparant les ions métalliques en trois classes. Ces trois classes nommées A, B et C se
différencient par la stabilité des complexes formés par des ions métalliques avec divers
ligands.
Dans les sols, les métaux sont naturellement présents, sous des formes relativement peu
mobiles et à faibles ou très faibles teneurs. Leur origine est liée à leur présence dans la
roche mère, à des apports et des enrichissements associés aux phénomènes d’érosion,
d’altération, d’éruption et de retombées volcaniques (Bourrelier & Berthelin, 1998). Mais
ils ont aussi été souvent extraits de gisements ou déplacés d’un sol à l’autre par des actions
anthropiques. Trois sources anthropiques majeures d’éléments en traces minéraux dans les
sols et l’environnement peuvent être distinguées (Alloway, 1995; Evans, 1989) :
- les sources directes d’origine agricole comme les amendements organiques, les
engrais minéraux, et les pesticides ;
- les sources indirectes par transport atmosphérique d’émissions des véhicules à
moteur ou industrielles (activités minières, métallurgiques, dépôts de résidus urbains
ou industriels) ;
- les sources par ruissellement des eaux superficielles sur des surfaces
imperméabilisées chargées.
Les éléments les plus souvent impliqués dans les pollutions appartiennent aux classes B
et classes C du Tableau 5, tels que Hg, Ag, Pb, Cu, Ni, Zn et Cd.
I.3.2.2. Toxicité
De précédentes études ont déjà montré que l’accumulation des métaux dans les sols a
pour conséquence des effets préoccupants sur l’équilibre des écosystèmes et sur leurs
populations (Bernard, 1997; Salomons et al., 1995).
La toxicité des métaux pour les micro-organismes du sol est principalement due à leur
capacité à établir des complexes stables avec les protéines ce qui peut altérer les sites actifs
ou déplacer des co-facteurs métalliques essentiels (Bernard, 1997). Certaines activités
enzymatiques microbiennes du sol sont particulièrement sensibles à l’apport de métaux
(McGrath et al., 1995): l’activité nitrogénase des bactéries fixatrices d’azote, les enzymes
impliquées dans la biodégradation de composés organiques, … . D’autres effets toxiques
des métaux pour les micro-organismes sont également relevés tels que : la création de
complexes spécifiques pouvant perturber les fonctions cellulaires, la compétition entre les
cations métalliques et les nutriments essentiels sur les sites disponibles de la membrane
cellulaire, … (Bernard, 1997; Salomons et al., 1995).
La toxicité de différents éléments en traces minéraux pour un même organisme est donc
difficile à établir, car elle dépend du type de sol, de la disponibilité de chaque minéral dans
ce sol, de l’état physiologique du micro-organisme, … (Baath, 1992). Le degré de tolérance
est hiérarchisé : les champignons sont plus tolérants que les bactéries non actinomycètes,
ces dernières elles-mêmes plus tolérantes que les actinomycètes. Doelman et al. (1994)
soulignent qu’en règle générale, les eucaryotes sont plus résistants aux éléments en traces
minéraux que les procaryotes.
Les différents types d’effets possibles de neuf éléments en traces minéraux sur l’homme
et l’animal sont présentés dans le tableau de l’Annexe 1. Bourrelier et Berthelin (1998)
soulignent que ces effets toxiques dépendent étroitement de l’espèce considérée, de la voie
d’exposition (inhalation, ingestion, pénétration cutanée, …) et des niveaux d’expositions. Il
est ainsi distingué une toxicité aiguë (absorption en forte dose sur un court laps de temps) et
une toxicité chronique (absorption à faible dose sur temps plus long). Il est important de
souligner que la teneur ou dose n’est pour les éléments qu’une des caractéristiques de sa
4
toxicité : dans de nombreux cas, il est essentiel de connaître sa spéciation , déterminante
5 6
pour sa mobilité et sa biodisponibilité . C’est le cas par exemple de l’arsenic, beaucoup
plus toxique (et plus soluble) sous forme de As (III) que sous la forme de As (V) (Azcue &
Nriagu, 1995; Masscheleyn et al., 1991).
D’après Bourrelier et Berthelin (1998), quatre éléments se détachent nettement en ce qui
concerne les risques pour la santé de certaines tranches de la population : le mercure, le
plomb, la cadmium et l’arsenic. D’autres éléments souvent étudiés ne présentent des risques
pour la santé que dans des situations rares, voire exceptionnelles : c’est le cas du chrome et
du nickel, éléments en traces minéraux relativement abondants ; ou du sélénium, zinc et
cuivre, oligo-éléments indispensables, dont la carence alimentaire présente un risque plus
courant que la toxicité par excès (Bourrelier & Berthelin, 1998).
Le sol est la formation superficielle qui recouvre l'écorce terrestre. Il se forme sous l'effet
de l'altération de la roche mère (ou minéraux primaires) soumise à des agressions physico-
chimiques, mécaniques et climatiques (température, humidité...) et biologiques
(Duchaufour, 1997). Le sol constitue un milieu hétérogène, multiphasique, meuble et
d’épaisseur variable. Il est constitué de trois phases dont les proportions, la structure et
l'organisation varient d'un sol à un autre (Figure 1) :
- phase solide constituée d’éléments minéraux (sables, limons, argiles, oxydes et
hydroxydes métalliques) et d'une fraction organique (organismes vivants, débris
végétaux et animaux, humus),
- phase liquide constituée par l'eau contenue dans le sol dans laquelle sont dissoutes
les substances solubles,
- phase gazeuse ayant une composition très proche de celle de l'atmosphère terrestre
mais généralement enrichie en CO2 par l'activité respiratoire des micro-organismes
du sol.
4
La spéciation des éléments représente leur distribution selon les différentes formes
chimiques qui ensemble constituent la teneur totale de l’élément dans le milieu (Bourg,
1988).
5
La mobilité d’un élément est son aptitude à migrer dans l’espace, à passer d’une forme
chimique à une autre, ou à passer dans les compartiments (solide, liquide et gazeux) du sol
où il est de moins en moins retenu énergétiquement, le compartiment ultime étant représenté
par la phase liquide, voire dans certains cas par l’« atmosphère » du sol (Juste, 1988).
6
Une espèce chimique (ion ou molécule électriquement neutre) est dite biodisponible dans
le sol si elle peut être transférée dans un organisme vivant (Juste, 1988). Cela nécessite
qu’elle puisse se déplacer (diffusion moléculaire, convection, …) dans la solution de sols
jusqu’à une membrane biologique, dont le franchissement constitue l’absorption.
Constituants du sol
Liquide Solide Gazeux
- Substances humiques
- Polysaccharides Non cristallin Cristallin
Le sol est donc un milieu très complexe où il est possible de distinguer pour la fraction
solide une partie dite « inerte » constituée essentiellement des minéraux primaires (quartz,
feldspaths, micas…) qui proviennent de la roche mère et une partie dite « active »
constituée des argiles et des matières organiques (Duchaufour, 1997).
I.[Link].1. Argiles
Ainsi, du fait de leur structure en feuillets, de leur grande surface spécifique et de leur
propriété de charges, les argiles sont des agents importants de rétention des métaux dans le
milieu (Alloway, 1995). Elles adsorbent majoritairement les cations métalliques et dans une
moindre mesure les anions.
L’adsorption des cations est principalement due à deux sortes de phénomènes : des
substitutions internes aux feuillets ou des échanges entre cations avec les protons et les ions
OH- des sites actifs (Schindler et al., 1987). Concernant l’adsorption des anions, cette partie
sera illustrée dans le chapitre suivant par l’étude de l’arsenic.
I.[Link].2. Carbonates
Les carbonates possèdent un double rôle dans les sols. D’une part, ils contrôlent
partiellement le pH par leurs équilibres de dissolution, une teneur élevée rendant le sol
alcalin et favorisant certains modes de fixation (Duchaufour, 1997). D’autre part, leur
surface peut être le siège de phénomènes de rétention des métaux principalement selon deux
mécanismes : la précipitation conduisant à une croissance de la phase solide (Brümmer et
al., 1986) et l’adsorption répondant à une accumulation de matière entre les phases solide et
liquide.
Les cations de fer (III), d'aluminium, et de manganèse donnent aux pH les plus fréquents
des sols (c'est-à-dire, pour des valeurs de pH comprises entre 5 à 8) des hydroxydes
insolubles qui tendent vers des formes amorphes ou cristallines appelées (oxy)hydroxydes.
Les (oxy)hydroxydes de fer, d'aluminium et de manganèse composent avec les argiles une
fraction importante du complexe d’altération. Ces éléments sont libérés au cours des
différents processus d’altération, sous forme soluble et complexée, et peuvent évoluer plus
ou moins vite vers des insolubles, amorphes ou cristallisés. Ils s’associent aux autres
éléments du complexe d’altération en particulier les argiles (Duchaufour, 1997).
Ils sont présents en abondance dans de nombreux sols et jouent un rôle prépondérant
dans l’adsorption des ions métalliques à cause de leur faible solubilité dans les conditions
ordinaires de pH (Sposito, 1989). Les oxydes de fer et d’aluminium sont des colloïdes à
charge variable c’est-à-dire que leur charge de surface est déterminée par les paramètres de
la solution (Herbillon, 1994; Stumm & Sulzberger, 1992). En effet, la surface de ces oxydes
est souvent représentée comme une séquence de groupes hydroxydes qui se forment quand
les molécules d’eau sont adsorbées à la surface (Gao & Mucci, 2001). Comme les groupes
fonctionnels aqueux, ces groupes peuvent se protoner et se déprotoner. Selon la valeur du
pH, ils sont donc, soit des échangeurs d’anions, soit des échangeurs de cations, soit encore
des espèces neutres (Herbillon, 1994; Stumm & Sulzberger, 1992). Les oxydes de
manganèse diffèrent des oxydes de fer et d’aluminium car ce sont principalement des
échangeurs de cations. Ils sont aussi et surtout impliqués dans les phénomènes d’adsorption
spécifique qui concernent tant des cations, que des anions ou des molécules neutres
(Herbillon, 1994), comme nous le verrons dans les paragraphes suivants.
La deuxième fraction est par contre constituée d’une grande variété de polymères
organiques beaucoup plus complexes et moins bien définis. Les « composés humiques »,
qui se distinguent par leur structure et leur persistance représentent seulement une partie de
l’humus (Sposito, 1989). Parmi ces composés, on distingue principalement trois familles de
molécules, dont les proportions varient suivant les sols : les humines, les acides fulviques et
les acides humiques (Barriuso et al., 1985; Wershaw, 1993).
La forte affinité des composants organiques du sol pour les métaux est principalement
due à la présence de nombreux groupements réactifs (carboxyles : -COOH, alcools : -OH,
carbonyles –C=O, …) susceptibles de former des complexes (Yong et al., 1992).
Dans les sols, les argiles et les substances humiques sont intimement liées. Elles forment
des complexes argilo-humiques qui contribuent à la formation de micro-agrégats de
diamètre inférieur à 20 µm (Duchaufour, 1997). Les micro-agrégats confèrent au sol sa
structure. Ils peuvent être apparentés à un ciment qui, s'il se trouve en quantité suffisante et
en présence d'ions floculants dans la phase aqueuse du sol (Ca2+ en milieu neutre ou
légèrement alcalin, Al3+ en milieu acide), enrobe des particules minérales plus grossières
pour former des agrégats bien individualisés. On parle alors d'une structure « en
grumeaux ». Dans le cas contraire, le « ciment » est dispersé et la structure est dite
« particulaire ». Les fractions minérales et organiques s'organisent ainsi en structures
comportant des vides (macroporosité) dans lesquels pénètrent et circulent l'eau et l'air du
sol. Cette organisation détermine la nature et la vitesse des échanges solide-liquide et
solide-gaz.
I.3.4.1. Adsorption
et compensant les charges négatives. Cette double couche est formée d’une « couche
dense » accolée à la surface électronégative du colloïde, peu mobile et d’une « couche
diffuse », plus mobile, donc facilement échangeable. A l’extérieur de cette couche d’eau, se
trouvent les ions « libres », au sein de la solution du sol (Figure 2) (Duchaufour, 1997).
Les cations (ou anions) peuvent ainsi être spécifiquement ou non spécifiquement
adsorbés par la surface chargée négativement (ou positivement) des particules du sol. Les
ions interagissent soit dans la couche dense soit dans la couche diffuse de la double couche
de Gouy-Stern.
On parle d’adsorption non spécifique lorsque des ions, qualifiés d’ions indifférents,
réagissent dans la couche diffuse, en jouant simplement le rôle d’ions compensateurs de
charges sans que leur propre charge ne soit conférée à la surface de la particule solide
(Espiau, 1994). Dans ce cas, les ions sont principalement retenus par des forces
électrostatiques (liaisons de Coulomb).
L’adsorption spécifique fait référence au cas où des ions, tels que des IDP, sont adsorbés
par le biais de forces différentes du potentiel électrique et confèrent une charge à la surface
adsorbante. On appelle alors couche électrique fixe la surface du minéral et couche
électrique mobile les ions de charge opposée attirés par la couche fixe (De Marsily, 1981).
Ce type d’adsorption est parfois appelé adsorption spécifique de faible affinité (quelques
[Link]-1) pour la distinguer de l’adsorption spécifique de haute affinité (adsorption
chimique) (Yong et al., 1992). L’adsorption physique spécifique a lieu principalement dans
la couche dense de la double couche de Gouy-Stern, les forces électromagnétiques (liaisons
de van der Waals) prédominent à cause de la surface de contact plus importante.
Lorsque les charges de surface sont dues à la fois aux IDP et aux IAS, le point de charge
nulle (pcn = pcz (point de charge zéro) = pH pour lequel les charges de surface s’annulent)
est la donnée qui permet le mieux de caractériser la surface des particules composant le sol.
La diminution de l’adsorption à partir de certain pH peut être expliquée en terme
d’interactions électrostatiques (Stumm & Morgan, 1996). Ainsi, lorsque le pH est supérieur
au point de charge nulle, la surface des différentes particules du sol est négative et
l’adsorption des cations est facilitée par les attractions électrostatiques de type Coulomb.
Lorsque le pH est inférieur au point de charge nulle, la surface des différentes particules du
sol est positive et l’adsorption des cations va entrer en compétition avec les répulsions
coulombiennes. Dans ce cas, l’adsorption de ces espèces est attribuée à la formation de
liaisons spécifiques entre adsorbat et adsorbant. Les phénomènes inverses d’adsorption sont
observés dans le cas des anions. C’est le cas par exemple lorsque le pH est inférieur au pcn,
l’adsorption des anions de la forme pentavalente de l’arsenic (H2AsO4- et HAsO42-) est
facilitée par les liaisons de Coulomb. Les phénomènes d’adsorption sont donc très
dépendants des conditions de pH du sol.
I.3.4.2. Complexation
La formation de complexes conditionne pour une grande part l’état chimique sous lequel
se trouvent les ions en solution et en particulier les cations métalliques. Bourg (1988)
distingue ainsi la « complexation de surface » qui a pour conséquence l’adsorption du métal
sur la matrice solide, et la « complexation en solution » qui favorise la mobilité du métal.
7
Un transfert d’électrons entre atomes résulte en une attraction électrostatique entre les ions
résultants de charge opposée.
8
Partage plus ou moins égal d’électrons provenant d’un seul des atomes partenaires.
Les complexes, en tant que tels, sont des entités chimiques qui comportent au moins une
liaison de coordination. Une telle liaison s’établit entre un atome (singulier ou d’une
molécule) « donneur », appelé ligand, disposant d’au moins une paire d’électrons libres
(comme NH3) (Stumm & Morgan, 1996), et un atome ou ion métallique « accepteur »
possédant au moins une orbitale vide. La molécule d’eau elle-même est le ligand le plus
rencontré dans les écosystèmes, ainsi que les anions comme : OH-, Cl-, CO32-, PO43-, CN-,
….
La plupart des ligands inorganiques sont « mono-dentés » : ils ne peuvent former qu’une
seule liaison de complexation. A l’inverse, un ligand est dit « multidenté » lorsqu’il peut
fournir plusieurs doublets électroniques, c’est le cas en particulier des ligands organiques
(Evans, 1989). Le nombre d’atomes ligands caractérise le caractère nucléophile du ligand :
la capacité de coordination multiple (ligand multidenté) est liée directement au nombre
d’atomes ligands et induit une stabilité supérieure à celle des liaisons monodentées (Yong et
al., 1992). La complexation par coordination avec des ligands multidentés est désignée par
le terme chélation. La chélation est essentiellement réalisée dans la fraction organique du
sol principalement par les groupements carboxyliques des acides humiques et fulviques des
matières organiques (Alloway, 1995). Mais les substances humiques renferment un mélange
très complexe de groupes fonctionnels (groupes carboxyles, phénols, alcools et carbonyles)
dont les capacités de complexation avec les métaux peuvent varier considérablement
(Evans, 1989). La stabilité des complexes formés augmente avec le pH (ionisation
croissante des groupes fonctionnels), avec la température et est également soumise à
variation selon l’hydratation des groupes fonctionnels (Yong et al., 1992).
La formation de complexes de surface est décrite par des phénomènes d’adsorption non
spécifique (formation de complexes de sphère externe, par un échange d’ions qui est de
nature purement électrostatique) mais aussi et surtout par des phénomènes d’adsorption
spécifique (formation de complexes de sphère interne, impliquant une réaction chimique par
échange de ligands et modifiant le point de charge nulle de la surface impliquée) (Stumm &
Sulzberger, 1992; Bourrelier & Berthelin, 1998; Herbillon, 1994). Prenons le cas par
exemple des oxydes de fer, qui sont des colloïdes à charges variables. En fonction du pH, ils
peuvent devenir soit des échangeurs d’anions (A-), soit des échangeurs de cations (C+), soit
encore des espèces neutres selon que leur surface adsorbe ou non les protons de la solution
(Figure 3).
La Figure 3 illustre l’existence d’un point de charge nulle, pour lequel ces oxydes ne sont
pas chargés. Une caractéristique que les oxydes de fer partage avec ceux d’aluminium, et
qui les distingue des autres colloïdes silicatés ou organiques des sols, est de posséder un
point de charge nulle très élevé (valeurs de pH comprises entre 8 et 9 environ). Dans la
plupart des environnements pédologiques, les oxydes de fer sont donc susceptibles de
posséder des surfaces participant à l’échange d’anions (Herbillon, 1994). Ils sont également
et surtout impliqués dans des phénomènes d’adsorption spécifique, qui consiste en des
réactions chimiques de surface (formation de complexes de sphère interne) impliquant des
anions comme les phosphates, les sulfates, des anions d’acides organiques même de poids
moléculaire élevé et des cations de métaux lourds (Stumm & Sulzberger, 1992; Herbillon,
1994).
La complexation des métaux peut résulter ainsi en une adsorption du métal par
adsorption du complexe formé, ou en une solubilisation du métal si le complexe formé est
très soluble (Wang et al., 1997). Le comportement du complexe métallique est par
conséquent complètement différent de celui du métal libre, ce qui explique l’influence de la
concentration en phase liquide de complexes solubles sur la fixation du métal (Hébrard-
Labit, 1999).
La précipitation peut se produire dans l’eau des pores ou à la surface des particules de sol
et elle est généralement favorisée par une augmentation de pH et par une concentration
élevée en soluté (Evans, 1989; Yong et al., 1992).
Quant à la co-précipitation, elle peut être considérée comme la précipitation simultanée
d’une espèce chimique en conjonction avec d’autres éléments.
Selon Evans (1989), les cations métalliques précipitent le plus souvent avec les oxydes,
les hydroxydes et les carbonates, et dans une moindre mesure avec les sulfures, les
phosphates et les silicates. Les équilibres de précipitation sont gouvernés par les produits de
solubilité. Dans le cas de la précipitation d’une espèce AnBm ils peuvent ainsi s’exprimer
sous la forme suivante :
Ks = {A}n.{B}m (I.2)
où, {A} et {B} représentent les activités des espèces dans la phase liquide et n et m leurs
stoechiométries respectives. L’espèce formée précipite lors du dépassement du produit de
solubilité (Ks).
Il a été montré précédemment que la rétention des éléments en traces minéraux dans les
sols peut s’expliquer par plusieurs mécanismes physico-chimiques impliquant une grande
variété de facteurs. La diversité des mécanismes mis en jeu rend difficile l’étude exhaustive
des facteurs bio-physico-chimiques affectant le comportement des éléments dans les sols.
Les principaux facteurs sont présentés dans les paragraphes suivants au regard des
mécanismes d’interactions sol / éléments en traces minéraux.
I.[Link]. pH
Dans les sols, les protons sont fournis essentiellement par la dissociation du CO2(aq), qui
provient de la respiration des racines et de la microflore. L’oxydation des sulfures favorise
la diminution du pH. A l’inverse, l’hydrolyse des minéraux altérables consomme les protons
et conduit à une augmentation de pH (Bourrelier & Berthelin, 1998).
Le pH est susceptible d'avoir un effet non seulement sur le soluté (effet direct) mais aussi
sur l'adsorbant et sur le milieu liquide (effet indirect).
- Effet direct : l’acidité de la solution du sol augmente généralement la solubilité des
éléments en traces minéraux en modifiant l’équilibre de répartition des métaux entre
la phase liquide (élément solubilisé) et solide (précipité). Le pH du milieu influence
ainsi leur spéciation et leur mobilité. Lorsque les éléments sont stables sous forme
cationique (Cd2+, Zn2+, Cu2+, …), l’augmentation du pH favorise la déprotonation
des particules du sol et donc augmente la fixation des cations par le sol (Alloway,
1995). Au contraire, lorsque les éléments sont stables sous forme anionique (Cr2O72-,
AsO43-, ...), la solubilité augmente avec le pH (Bourg & Loch, 1996).
- Effet indirect : en condition acide, les sites échangeables sont occupés par les
protons H+ entraînant alors la libération des espèces adsorbées sur la matière
organique et les argiles (phénomène de compétition entre les protons et les cations
métalliques). Les carbonates tels que la calcite se dissolvent partiellement lorsque le
pH augmente, entraînant ainsi la libération des éléments qui leur sont associés.
Comme nous l’avons souligné dans le paragraphe I.[Link]., le pH influence
également fortement les phénomènes d’adsorption entre les particules du sol et les
éléments en traces minéraux, car il détermine la charge de surface des particules
solides (Evans, 1989). En effet, en présence d’eau les groupes fonctionnels des
particules du sol (-OH, -COOH, -NH 2) acceptent ou libèrent des protons, selon les
conditions de pH du milieu. L’association de protons avec la surface à faible pH lui
confère ainsi une charge positive, tandis que la dissociation de protons, en
conditions moins acides, lui confère une charge négative (Evans, 1989).
Pour évaluer le risque de mobilisation de ces éléments dans le sol, il apparaît aussi
important de connaître le pouvoir tampon du sol, c'est-à-dire sa capacité à maintenir le
niveau de pH naturel malgré l’apport de substances acides ou basiques (Yong et al., 1992),
et conserver ainsi des conditions favorables à l’immobilisation des éléments.
Dans les sols, les principaux éléments mis en jeu dans les réactions d’oxydo-réduction
sont : C, N, O, S, Mn et Fe (Bourrelier & Berthelin, 1998). Il existe 3 voies par lesquelles
les conditions d’oxydo-réduction peuvent influencer la mobilité des éléments en traces
minéraux dans les sols (Bourrelier & Berthelin, 1998) :
- le changement du degré d’oxydation de l’élément lui-même peut influencer
directement sa solubilité et sa mobilité, comme l’oxydation du Cr (III) en Cr (VI)
nettement plus mobile (effet direct) ;
- la formation ou la dissolution de phases porteuses de l’élément : la solubilisation des
oxydes, (oxy)hydroxydes et hydroxydes de fer et de manganèse, en conditions
réductrices et à pH acide, est d’ailleurs considérée comme la voie essentielle de
libération des éléments associés à ces phases porteuses (effet indirect) (Bourrelier &
Berthelin, 1998);
- le changement de l’état d’oxydation d’éléments se liant avec l’élément pour former
un complexe soluble (effet indirect) : l’oxydation des sulfures en sulfates, par
exemple, permet de solubiliser les éléments associés. Inversement la réduction des
sulfates en sulfures en conditions très réductrices, peut conduire à la précipitation de
sulfures métalliques dont le produit de solubilité est très faible (Alloway, 1995).
Les micro-organismes présents dans le sol se différencient par leur très grande diversité
métabolique (Gadd, 1992; Berthelin et al., 1994; Ehrlich, 1996). Leur métabolisme repose
sur des réactions d'oxydo-réduction au cours desquelles des molécules ou ions, appelés
donneurs ou substrats, sont oxydés aux dépens d'autres, appelés accepteurs, qui, eux, sont
réduits par les micro-organismes. La quantité d'énergie que les cellules peuvent récupérer en
réalisant ces réactions est directement proportionnelle à la différence de potentiel existant
entre les couples donneur et accepteur (Berthelin et al., 1994).
Deux principaux types de micro-organismes du sol peuvent être distingués : les micro-
organismes dits « chimiolithotrophes » et les micro-organismes dits
« chimioorganotrophes », selon qu’ils utilisent, en tant que source d’énergie nécessaire à
leur croissance, soit des produits minéraux, ou alors des produits organiques,
respectivement.
Les micro-organismes agissent sur la mobilité des éléments en traces minéraux dans le
sol par la mise en œuvre de diverses voies métaboliques qui influent sur leur spéciation et
aboutissent, soit à leur solubilisation dans la phase liquide, soit à leur précipitation
(Berthelin et al., 1994; Bayard et al., 2002).
Par ailleurs, certains micro-organismes ont la capacité d’utiliser comme donneur ou
comme accepteur d’électrons des éléments ou composés métalliques (Lovley, 1993; Stolz et
al., 2002). Ils peuvent ainsi catalyser, c’est à dire accélérer considérablement, des
modifications de la valence et/ou de la forme chimique des éléments ou composés en
question. Les micro-organismes ont alors une action directe sur les polluants métalliques
dont le métabolisme peut entraîner des changements considérables de solubilité. Dans
d’autres cas, l’activité microbienne du sol à partir de substrats autres que les polluants
considérés est susceptible d’induire des modifications importantes des conditions physico-
chimiques (pH et Eh notamment) de l’environnement des espèces métalliques (Ehrlich,
1996; Berthelin et al., 1994). La modification de cet environnement et/ou la libération de
métabolites organiques ou inorganiques par les micro-organismes peuvent modifier la
solubilité des polluants métalliques. On parle alors de l’action indirecte des micro-
organismes du sol (Bayard et al., 2002).
I.3.6. Conclusion
Dans les sols, les éléments en traces minéraux existent donc sous différentes formes
physico-chimiques, du fait d’interactions entre solutés et surfaces réactives minérales,
organiques ou biologiques. Ces interactions influencent la spéciation des éléments en traces
minéraux, affectant de fait leur mobilité (Bourg, 1988). Ils peuvent ainsi être rencontrés
dans les sols sous forme d’ions libres (hydratés), sous forme de divers complexes avec des
ligands organiques ou inorganiques, sous forme adsorbée ou co-précipitée (Bourg, 1988;
Evans, 1989) (Figure 4). Ils sont ainsi associés de façon variée aux différents constituants
du sol (Baize, 1997), comme nous l’avons vu dans les paragraphes précédents.
Figure 4 : Spéciation et mobilité des éléments en traces minéraux (d’après Bourg, 1988).
Comme le souligne Baize (1997), la répartition de ces éléments dans les différents
compartiments (solide, liquide et gazeux) du sol n’est pas figée au cours du temps ; ils
passent d’une forme à l’autre, en permanence mais avec des vitesses variables, sous
l’influence de facteurs externes. L’ensemble des réactions subies par l’élément modifie, en
augmentant sa mobilité (complexation soluble) ou au contraire en participant à sa rétention
(précipitation ou adsorption), son transfert de la phase solide à la solution de sol (Baize,
1997; Bourg, 1988).
L’arsenic, élément désigné parfois sous les noms d’arsenic noir, de régule d’arsenic ou
de cobolt (ou Kobolt) tire son nom du grec « αρνησ » qui signifie : « mâle ». Cette
étymologie se rattacherait à d’anciennes idées philosophiques, mal étayées scientifiquement
certes, faisant état de l’antagonisme des sexes jusque dans le règne minéral lui même :
l’arsenic, principe actif mâle dans le langage alchimique était capable de s’unir avec le
cuivre, principe femelle dédié à Vénus, pour donner un alliage blanc comparable à l’argent.
Les chinois connaissaient l’arsenic dès le 17ème siècle : le Pen Ts’ao Kan Mu (ou Kang Mu),
encyclopédie de la matière médicale, le décrit et fait même mention de ses propriétés
toxiques (mises à profit pour détruire les souris et les insectes dans les plantations de riz) et
des moyens propres à reconnaître si tel individu fut empoisonné par ledit arsenic (Pascal,
1958).
L’arsenic est principalement connu au travers de la toxicité de bon nombre de ses
composés (AsH3gaz, (CH3)3As, AsO 33-, AsO43-, …), même s’il y a des différences de
toxicité importantes entre ses différentes formes, et que les espèces les plus couramment
rencontrées dans les sols ne sont pas les plus toxiques (O'Neill, 1995). C’est un métalloïde
naturellement présent dans l’environnement (volcanisme, altération de la roche mère). Il est
également utilisé par l’homme dans l’industrie et dans l’agriculture, principalement comme
produit phytosanitaire, pour le traitement du bois, et dans la verrerie. Il est également un
sous-produit de l’extraction minière (notamment lors de l’extraction du Cu, Ag et Au).
L’arsenic peut aussi être présent dans d’autres activités métallurgiques où il constitue soit
une impureté, soit un coproduit (Bourrelier & Berthelin, 1998). Cette activité anthropique a
contribué à l’accumulation de cet élément et conduit à la pollution des différents
compartiments environnementaux.
Ainsi dans ce chapitre, après une brève présentation générale de l’arsenic dans
l’environnement, nous évoquerons plus en détails, du fait de la nature des sols d’études, une
des sources anthropiques d’apport et d’accumulation de ce métalloïde dans l’environnement
qu’est l’activité minière, et enfin nous conclurons sur sa spéciation et sa mobilité dans les
sols.
I.4.2. Généralités
I.4.2.1. Propriétés
La chimie de l’arsenic est très complexe. En effet, celui-ci présente tantôt une fonction
« métalloïde » (acides oxygénés comparables à ceux des séries phosphorées dans lesquelles
à l’état ionisé, le métalloïde figure dans l’anion), tantôt une fonction « métal » (les sels
d’arsenic sont comparables aux sels d’antimoine où le métal constitue le cation).
L’arsenic est un élément ubiquiste que l’on trouve dans l’atmosphère, dans les milieux
aquatiques, les sols, les sédiments et les organismes vivants (Laperche et al., 2003).
L’activité volcanique, les feux de forêts et l’altération des roches constituent des apports
naturels d’arsenic dans l’environnement. Les principales sources naturelles sont les roches
(selon Bhumba et Keefer (1994), 99 % de l’arsenic total présent dans l’environnement y
sont contenus) du fait de la facilité avec laquelle cet élément est capable de se substituer à
la silice, l’aluminium ou le fer dans les réseaux cristallins des minéraux silicatés.
Dans les sols, la distribution de l’arsenic varie avec le type de sol en relation avec la
nature de la roche mère (Smith et al., 1998) (quantités supérieures dans les roches
sédimentaires, par rapport aux roches ignées et métamorphiques (Smedley & Kinniburgh,
Tableau 7 : Contenus en arsenic dans la lithosphère ainsi que dans les sols et sédiments
(d’après Fengxiang et al., 2003).
Lithosphère / sols / sédiments Concentration moyenne ([Link]-1)
Lithosphère 1 - 3,4
Sols mondiaux 5 - 10
Sols à usage agricole (U.S.A.) <10
Sols non pollués (Canada) 4,8 - 13,6
Sols pollués par la métallurgie (Canada) 50 - 100
Sols pollués par les pesticides (Canada) 54
Sols pollués par les conservateurs du bois (Canada) 6000
Sédiments océaniques 5 - 40
Sédiments des lacs et rivières <20
Sédiments pollués par l’industrie minière (Canada) 100-5000
L’arsenic est présent dans plus de 200 espèces minérales correspondant à l’arsenic
élémentaire, à des arséniates, des sulfures et sulfosels, des arséniures, des arsénites, et des
oxydes (O'Neill, 1995; Smedley & Kinniburgh, 2002). Une liste des principaux minéraux
arséniées est donnée dans le Tableau 8.
Des associations très fréquentes avec le soufre sont notées, traduisant un comportement
chalcophile (Juillot, 1998). L’arsenic a ainsi tendance à s’associer soit avec des dépôts de
phases minérales porteuses de sulfures, soit en tant que minéraux arséniés proprement dit,
soit en tant que constituant mineur d’autres minéraux contenant du soufre. Dans ces zones,
les concentrations dans les sols en arsenic sont souvent supérieures à 100 [Link]-1 et celles
des eaux de surface ou souterraines peuvent atteindre 100 à 5000 µg.L-1 (Coste, 2002).
Les activités humaines qui ont contribué aux apports d’arsenic dans les sols et
l’environnement sont issues des industries du secteur primaire et du secteur secondaire
(Smith et al., 1998). L’arsenic est ainsi utilisé dans l’agriculture et de nombreuses industries
telles que l’industrie du bois, du verre, la fabrication de produits pharmaceutiques, ou la
métallurgie. Les principales utilisations actuelles des composés arséniés sont rappelées dans
le Tableau 9 (Azcue & Nriagu, 1994). Quelques sources anthropiques sont ainsi brièvement
évoquées dans ce paragraphe et une partie plus importante sera consacrée à l’arsenic en
contexte minier dans les paragraphes suivants du fait de l’origine des sols étudiés.
Tableau 9 : Principales utilisations modernes des composés arséniés (d’après Nriagu &
Azcue, 1990).
Secteurs Utilisations
Selon Fengxiang et al. (2003), les composés arséniés ont été massivement utilisés dans le
domaine agricole (environ 90 %) pendant plus d’un siècle jusqu’aux années 1940. Ils sont
encore à l’heure actuelle utilisés dans le traitement du bois.
Cette utilisation accrue dans le traitement du bois se traduit par des concentrations très
importantes dans les sols, comme souligné dans le Tableau 7 pour des sols canadiens.
Malgré sa toxicité, l’arsenic reste encore utilisé dans le domaine agricole en tant
qu’herbicide principalement sous la forme de monosodium méthanearsonate (MSMA :
CH3AsO3HNa) et de disodium méthanearsonate (DSMA : CH3AsO3HNa2), de défoliant
principalement sous la forme d’acide arsénique (H3AsO4) et d’acide diméthylarsinique
(DMA : (CH 3)AsO2H) (Azcue & Nriagu, 1994), et associé à des engrais à base de
phosphates (O'Neill, 1995).
Dans l’industrie du traitement du bois pour sa conservation, l’arsenic est principalement
employé dans des fongicides comme les CCA (Cuivre Chrome Arsenic), où il est présent
dans la solution prête à l’emploi à une concentration maximale d’environ 1 % initialement
sous la forme d’anhydride arsénique (As2O5). Ce traitement du bois est réservé à des usages
extérieurs avec des expositions répétées ou permanentes aux humidifications (Laperche et
al., 2003). Aux Etats-Unis, l’US EPA (United States Environmental Protection Agency) a
d’ailleurs récemment décidé d’interdire l’utilisation de ces CCA pour un usage privé (US
EPA, 2002).
I.4.2.3. Toxicité
L’étude de la toxicité de l’arsenic est complexe car l’arsenic est considéré comme un
oligo-élément essentiel au métabolisme des organismes vivants (végétaux, animaux,
hommes, …) (Neuzil, 1990; Jain & Ali, 2000; Laperche et al., 2003), mais nombreux de ses
composés sont toxiques (Bissen & Frimmel, 2003). Les besoins en arsenic pour l’homme
ont été évalués entre 10 et 20 µ[Link]-1 d’après Jacotot et Le Parco (1999) cités par Matera
(2001).
Les hommes sont exposés à l’arsenic par quatre compartiments environnementaux que
sont l’air, l’eau, les aliments et le sol (Caussy, 2003). Dans les sols, la concentration
moyenne d’arsenic est comprise entre 5 et 10 [Link]-1 (Tableau 7), tandis que dans l’air sa
concentration est d’environ 0,02 µg.m-3 (World Health Organization and International
Programme on Chemical Safety, 2001). La voie principale d’absorption est la voie orale,
suivie de la voie par inhalation, alors que l’absorption par voie cutanée est faible. L’arsenic
absorbé se distribue dans tous les organes. Son métabolisme est généralement associé à une
phase de méthylation. L’arsenic et les métabolites méthylés sont éliminés par le rein dans
les urines (élimination de 46 à 63 % de la dose absorbée en 4 à 5 jours) (Bisson, 2002). Les
possibilités de méthylation, et donc d’élimination de l’arsenic du corps, sont limitées à une
dose absorbée maximale comprise entre 400 et 500 µ[Link]-1 (Bissen & Frimmel, 2003). La
sensibilité à l’arsenic varie en fonction des individus et de leur degré d’exposition. Ainsi, un
sujet humain non exposé à l’ingestion d’arsenic meurt à partir d’une dose comprise entre 0,1
et 0,3 [Link]-1, alors qu’un autre soumis à une exposition chronique pourra supporter
l’ingestion de concentrations supérieures à 1 [Link]-1, sans manifestations
d’empoisonnement aigu (Bissen & Frimmel, 2003).
AsH3gaz, As (-III) > As (III) > As (V) > composés méthylés (I.3)
Cependant des études récentes (Aposhian et al., 2000; Mass et al., 2001) tendent à
contredire cet ordre de toxicité, car des espèces méthylées d’arsenic trivalent pourraient être
plus toxiques que As (III) inorganique. Mais, la forme la plus toxique de l’arsenic reste le
gaz arsine (AsH3) dont l’inhalation à une teneur supérieure à 250 mg.m-3 d’air est mortelle
quasi-instantanément (Laperche et al., 2003).
inhibant la synthèse d’ATP (adénosine triphosphate) (Gorby, 1994; Bisson, 2002; Bissen &
Frimmel, 2003).
L’arsenic possède une toxicité aiguë et une toxicité chronique. Les effets aigus de
l’absorption d’arsenic se traduisent quelques minutes après l’ingestion typiquement par des
troubles gastro-intestinaux (World Health Organization and International Programme on
Chemical Safety, 2001), accompagnés d’une instabilité hémodynamique et/ou d’une
encéphalopathie aiguë (Bisson, 2002). Dans certains cas, les symptômes dus à une
exposition courte et rapide peuvent conduire à un choc vasculaire entraînant la mort
(Caussy, 2003).
Quant à l’empoisonnement chronique aux formes inorganiques de l’arsenic, il induit de
nombreux effets cutanés, cardiovasculaires, hématologiques, cancérigènes, digestifs, sur le
système nerveux central, le foie, le métabolisme du sucre et la fonction de reproduction
aussi bien chez l’homme que l’animal (Bisson, 2002). Lors de l’exposition quotidienne à de
très faibles concentrations d’arsenic (ingestion comprise entre 0,01 et 0,1 [Link]-1 ou
inhalation comprise entre 0,007 et 0,613 mg.m-3), les effets cutanés sont l’indicateur le plus
sensible (Bisson, 2002). La peau étant un des organes cibles, des changements typiques au
niveau de l’épiderme apparaissent, caractérisés en particulier par une hyper pigmentation et
un durcissement de la peau en particulier au niveau des extrémités (mélanodermie,
hyperkératose) (Caussy, 2003).
Ainsi, l’un des plus désastreux problèmes mondiaux liés à l’arsenic concerne la
contamination des eaux souterraines à la fois par des sources géologiques et anthropiques
(World Health Organization, 2001). Il est ainsi estimé que plus de trente millions de
personnes ont été exposées aux eaux souterraines contaminées par l’arsenic à différentes
teneurs, et qu’au moins 250 000 personnes présentent d’ores et déjà les symptômes d’une
intoxication chronique dans 5 pays du sud-est asiatique (Inde, Bangladesh, Myanmar, Népal
et Thaïlande), le pays le plus touché par cette catastrophe étant le Bangladesh (Caussy,
2003).
L’arsenic est naturellement présent dans de nombreux minerais sous forme de minéraux
en tant que composant majeur ou inclus dans les sulfures (Coste, 2002). Il est ainsi présent
dans de nombreux gisements de plomb, d’argent, de cobalt, de zinc, de cuivre et d’or et peut
être libéré lors des processus de grillage et de raffinage des minerais.
L’arsenic est ainsi principalement extrait en tant que sous-produit de nombreuses
exploitations minières et métallurgiques (mines d’or, fonderies de cuivre, …). Il est alors
utilisé comme matière première dans de nombreuses industries (pesticides, traitement du
bois, pharmaceutiques, ...), mais on le retrouve également en tant que résidu dans les rejets
atmosphériques (fonderies, centrales thermiques) et dans de nombreux déchets miniers
(Coste, 2002; Le Hécho, 2002).
Comme le souligne le BRGM (Clozel et al., 2002), la vente d’arsenic n’a jamais été la
raison de l’ouverture d’une mine. Il représente plutôt un surcoût, du fait de sa présence qui
accompagne quasi-systématiquement la production de concentrés valorisables, entraînant la
mise en place d’opérations spécifiques pour l’éliminer du cycle de fabrication des métaux.
Les minerais d’or présentent deux caractéristiques générales : d’une part, l’or y est
pratiquement toujours présent sous sa forme métallique, souvent allié à l’argent, mais
rarement lié chimiquement aux éléments associés (sulfures de fer, arsenic, antimoine,
cuivre, plomb, ou zinc) ; d’autre part, les teneurs des minerais exploités sont toujours très
basses, dépassant rarement 10 g.t-1 (Michel, 1985).
Dans les mines d’or françaises pour des minerais sulfurés et arséniés, les principaux
procédés d’extraction employés sont la pyrométallurgie (métallurgie extractive) et/ou la
cyanuration (extraction hydrométallurgique) (Coste, 2002).
Ces procédés font suite à l’extraction des minerais de la mine, suivie d’une concentration
et d’une préparation des minerais principalement par flottation et grillage (Figure 5).
Dans le cas d’un traitement hydrométallurgique ultérieur, le grillage a pour but essentiel
l’obtention d’un produit calciné plus ou moins poreux, facilitant ainsi la mise en solution de
l’or. Alors que dans le cas d’un traitement pyrométallurgique, un grillage agglomérant peut
être réalisé afin de modifier les caractéristiques physiques du minerai. Dans tous les cas, le
grillage permet une désulfuration partielle et une épuration du minerai. En effet, une partie
du soufre des sulfures est brûlée et passe dans les gaz sous la forme de SO2, ainsi qu’une
fraction notable d’autres constituants volatils tels que l’arsenic, le bismuth, l’antimoine
lorsqu’ils sont présents dans le minerai. Les gaz doivent donc être traités avant leur
émission dans l’atmosphère (Michel, 1985; Blazy & Jdid, 1998).
L’extraction par pyrométallurgie consiste, après broyage du minerai et concentration par
flottation des sulfures et de l'or, puis agglomération du concentré par grillage, à le fondre
dans un four pour obtenir des mattes (sulfures de fer contenant du cuivre et de l’or) vendues
pour l'or contenu. Le soufre, l'arsenic et le bismuth peuvent également être récupérés pour la
vente. Pour des raisons écologiques et économiques, la pyrométallurgie est généralement
abandonnée au profit de la cyanuration en cuves, utilisant la solubilité de l'or dans les
cyanures alcalins.
Lors du traitement hydrométallurgique par cyanuration et adsorption sélective et
préférentielle de l’or dans les particules poreuses de charbon actif, dont les principales
étapes sont résumées dans la Figure 5, les concentrés (minerais) et les tailings (matériaux
stériles contenant une petite quantité d’or) issus de l'atelier de flottation peuvent subir
séparément une cyanuration sur deux lignes de traitement parallèles (attaque et adsorption
sur charbon actif). L’attaque consiste, après rebroyage pour les concentrés et sans rebroyage
pour les tailings, à introduire les produits sous forme de pulpe dans une série de réacteurs.
Un système d'agitation maintient la pulpe en suspension dans la solution de cyanure et
assure un brassage de l'air favorable à l'attaque de l'or par le cyanure. La durée de l'attaque
varie de 24 à 48 heures, avec une réaction chimique représentée par l’équation I.4 d’Elsner
(Michel, 1985):
L’arsenic contenu dans les minerais n’est jamais entièrement récupéré sous forme de
sous-produit, car un pourcentage non négligeable reste dispersé sur les exploitations
minières et métallurgiques sous la forme de résidu de divers produits lors des différentes
étapes d’exploitation et de traitements du minerai (Coste, 2002).
Dans les exploitations minières françaises, l’arsénopyrite, sulfure de fer arsénié, est
majoritairement rencontrée et fournit le sous-produit arsénolite (As2O3). Généralement lors
des étapes d’extraction et de concentration, si les minerais ne subissent pas d’oxydation,
l’arsenic reste inclus dans la structure cristalline du minéral porteur, donc sous une forme
peu altérable et peu mobile. Par contre, c’est lors du grillage que l’arsenic est transformé et
séparé en un sous-produit sous forme réduite +III, très soluble : l’arsénolite (As2O3) (Clozel
et al., 2002). Comme le souligne Coste (2002), un minerai d’or est ainsi avant tout un
minerai d’arsenic avec une production de l’ordre d’une demi tonne d’As2O3 par kilogramme
d’or fondu.
L’arsenic fait en revanche figure de résidu au niveau des unités : d’extractions de la mine
(exhaure, lixiviats et poussières), de flottation (dépôts de stériles), de grillage (effluents
gazeux contenant du dioxyde de soufre et de l’arsenic, récupération de l’arsenic par
refroidissement des gaz et production d’acide sulfurique par le dioxyde de soufre) et de
traitements des concentrés par pyrométallurgie ou par cyanuration. On le retrouve
également associé à des phases porteuses « anthropiques », telles que les scories et laitiers,
où il est présent sous formes de sulfures (mattes), ou bien en constituant à part entière des
verres, dans les traitements par pyrométallurgie (Clozel et al., 2002). Par altération
météorique induisant un processus d’oxydation et un Drainage Minier Acide (DMA), ces
résidus remobilisés peuvent ainsi engendrer un important relargage d’arsenic dans le réseau
hydrographique (Coste, 2002).
L’arsenic, existant sous une grande variété de composés organiques et inorganiques dans
les sols, est majoritairement présent sous la forme d’arsénite (As III) ou d’arséniate (As V)
(Masscheleyn et al., 1991). Ses propriétés bio-physico-chimiques (mobilité,
biodisponibilité, et toxicité) dans les sols sont liées à sa spéciation (Van Herreweghe et al.,
2003).
Templeton et al. (2000), cités par Matera (2001), ont fourni une explication concernant la
notion de spéciation des métaux, retenue par l’IUPAC (International Union of Pure and
Applied Chemistry), selon laquelle : « la spéciation d’un élément est la distribution de cet
élément entre ses différentes formes chimiques dans un système ». Le terme de
« spéciation » est donc différencié des termes « analyse de spéciation » et
« fractionnement » se référant à des activités analytiques (Matera, 2001).
Acide arsénique :
Acide arsénieux :
Figure 6 : Diagramme Eh-pH pour les espèces aqueuses d’arsenic du système As-O2-H2O à
25°C et une pression totale de 1 bar (Encadrées en gris clair : espèces d’As (V) ; et
encadrées en noir : espèces d’As (III) (d’après Brookins, 1988; Smedley & Kinniburgh,
2002).
Les changements d’état d’oxydation liés aux variations des conditions acido-basiques et
oxydo-réductrices sont en général des réactions lentes, ce qui explique que les espèces
rencontrées dans les eaux interstitielles ne correspondent pas toujours à la distribution
thermodynamique attendue (Le Hécho, 2002).
Dans les solutions de sols, l’arsenic total pourra ainsi être composé des espèces suivantes
(Sadiq, 1997):
[As total] = [H3AsO40] + [H2AsO4-] + [HAsO 42-] + [AsO43-] + [AsO2-] + [HAsO 20] +
[AsO33-] + [HAsO 32-] + [H2AsO3-] + [H3AsO30] (I.11)
Les formes organiques de l’arsenic co-existent dans les sols à la fois sous des états
trivalents et pentavalents, principalement du fait de réactions de méthylation microbienne
des oxyanions d’arsenic. Cette méthylation peut ainsi conduire à la formation de composés
tels que : l’acide monométhylarsnonique (MMAA, CH 3AsO(OH)2), le diméthylarsine
(DMA, (CH3)2AsH), et le triméthylarsine (TMA, (CH3)3As) (O'Neill, 1995), ainsi que
l’arsine gazeux (AsH3) (Smith et al., 1998).
Les réactions de méthylation dépendent à la fois des espèces arséniées, des micro-
organismes telluriques et des conditions physico-chimiques du milieu (Smith et al., 1998;
Tamaki & Frankenberger, Jr., 1992). Les bactéries conduisent seulement à la formation de
diméthylarsine (DMA, (CH3)2AsH) stable en l’absence d’oxygène, alors qu’en comparaison
les champignons sont capables de transformer les composés organiques et inorganiques
d’arsenic dans des formes volatiles de méthylarsines (Smith et al., 1998; Tamaki &
Frankenberger, Jr., 1992).
La présence de ces composés méthylés dans les sols peut également être liée à un apport
anthropique principalement agricole (pesticides, fertilisants, engrais, …) (Laperche et al.,
2003).
La mobilité des espèces arséniées dans les sols dépend principalement de la présence et
l’importance des composés adsorbants du sol et des conditions bio-physico-chimiques du
milieu (Bissen & Frimmel, 2003). Les équilibres géochimiques, mettant en jeu de nombreux
processus (précipitation/dissolution, adsorption/désorption et volatilisation) ainsi que des
réactions (acido-basiques, oxydo-réductrices et microbiologiques) conditionnent la mobilité
potentielle de l’arsenic dans les sols (Le Hécho, 2002). Dans cette partie, seule la mobilité
de l’arsenic inorganique dans les sols sera envisagée.
I.[Link].1. Adsorption
L’adsorption est le mécanisme principal de fixation de l’arsenic sur les particules du sol.
Son intensité dépend des propriétés physico-chimiques des sols (pH, capacité d’échange
cationique et anionique, …), ainsi qu’à la concentration en arsenic et à sa spéciation dans la
solution de sol et dans la matrice (Yan-Chu, 1994). Parmi les surfaces particulaires du sol
susceptibles de piéger l’arsenic, peuvent être principalement cités comme pour les cations
métalliques : les oxydes et les hydroxydes de Fe (III), d’Al (III), Mn (III/IV), la matière
organique, les minéraux argileux ; et/ou les carbonates de calcium (Laperche et al., 2003;
Bissen & Frimmel, 2003).
L’adsorption de l’arsenic sur les oxydes et hydroxydes métalliques est décrite par des
phénomènes de complexation de surface. Dans ce type de réaction, l’arsenic va se fixer à la
surface du minéral sur les groupements hydroxyles (Laperche et al., 2003).
Schématiquement, les anions arséniés comme AsO43-, HAsO42-, etc., peuvent interagir avec
les groupements >M-OH de surface, où M peut être Al et Fe dans les oxydes et hydroxydes
selon des réactions comme ci-dessous (Clozel et al., 2002) :
L’arsenic peut également être fixé par les oxydes et hydroxydes de manganèse, mais
selon des mécanismes plus complexes que ceux décrits précédemment. L’adsorption de
l’arsenic serait liée à des processus d’oxydation de l’arsenic et de réduction du manganèse,
comme cela a été montré en présence de dioxydes de manganèse (birnessite, δ-MnO2)
(Oscarson et al., 1981).
Comme le souligne Sadiq (1997), cette adsorption de l’arsenic sur ces phases minérales
est difficile à décrire chimiquement du fait de la difficulté à discriminer les phénomènes
réactionnels en présence, la fixation de l’arsenic étant la résultante à la fois d’une
adsorption non-spécifique (formation de complexes de sphère externe) mais surtout d’une
adsorption spécifique (formation de complexes de sphère interne).
Selon Bissen et Frimmel (2003), la fixation de l’arsenic est principalement liée à la
surface spécifique et à la cristallinité des oxydes et hydroxydes. Les oxydes de fer amorphes
montrent en effet un pourcentage nettement plus fort de fixation de l’arsenic que les oxydes
de fer cristallisés, en accord avec des surfaces spécifiques plus élevées (Bowell, 1994).
Cette adsorption de l’arsenic par les oxydes de fer amorphes est liée à leur forme très
hydratée qui permet aux autres ions hydratés de diffuser librement à travers la structure sans
être limités aux sites de surface externe, comme c’est le cas pour des solides cristallins
(Bhumba & Keefer, 1994).
L’adsorption de l’arsenic sur ces surfaces est également particulièrement dépendante du
pH et de la spéciation de l’arsenic dans la solution de sol. Les travaux de Pierce et Moore
(1982) ont ainsi montré que le maximum d’adsorption de As (III) sur des hydroxydes de fer
amorphes est situé pour des valeurs de pH comprises entre 5 et 8. Elle diminue pour des pH
plus faibles. Le maximum d’adsorption de As (V), est atteint pour des valeurs de pH aux
environs de 4 et 5, et diminue ensuite pour des pH plus alcalins (Pierce & Moore, 1982). De
plus, la quantité en As (III) adsorbée sur les hydroxydes de fer amorphes est moindre
comparée à celle de As (V) pour une large gamme de pH. La tendance inverse semble
toutefois être observée pour des valeurs de pH supérieures à 8,5 (Laperche et al., 2003).
Concernant l’adsorption de l’arsenic sur les hydroxydes d’aluminium amorphes, Manning et
Golberg (1997) ont montré que le maximum d’adsorption de As (III) est situé pour des
valeurs de pH comprises entre 5,5 et 9, alors que celui de As (V) est compris entre des pH
de 7,5 et 9,5. Ce décalage de pH des maxima d’adsorption par rapport aux hydroxydes de
fer amorphes s’explique par le point de charge nulle des hydroxydes d’aluminium amorphes
(pcn = 9,5) supérieur à celui des hydroxydes de fer (pcn = 8,5, pour la ferrihydrite par
exemple) (Laperche et al., 2003).
Du fait d’un pcn relativement faible des hydroxydes de manganèse (pcn = 2,2), la surface
souvent chargée négativement de ces hydroxydes rend difficile l’adsorption de As (III) et
As (V) (présents sous forme d’oxyanions aux pH habituellement rencontrés), car une
barrière d’énergie élevée devra être franchie pour permettre ce phénomène. Leur capacité
d’adsorption est donc plus faible que celle des oxydes de fer (Oscarson et al., 1981).
Cependant, la présence de cations en solution peut inverser cette charge et permettre ainsi
l’adsorption de l’arsenic (Takematsu et al., 1985).
Comme indiqué dans le paragraphe (I.[Link].1.), les argiles peuvent adsorber les cations
et, dans une moindre mesure, les anions. Placées dans une suspension à pH neutre, les
particules argileuses présentent une charge négative sur les faces (charge permanente due à
une discontinuité du réseau cristallin) et positive (charges variables dues aux groupements
hydroxyles (-OH) dépendantes du pH) sur les bords. Les sites d’adsorption des anions sont
initialement occupés par des anions tels que des groupements hydroxyles (-OH) et peuvent
être activés de la façon suivante (Frost & Griffin, 1977) (où M est le cation octaédrique
exposé) :
en milieu neutre :
>M-OH + H2O ⇔ >M-OH2+…OH- (I.15)
et en milieu acide :
>M-OH + HX ⇔ >M-OH2+…X- (I.16)
Les argiles alumino-silicatées contribuent donc à l’adsorption des arséniates par des
réactions de complexation de surface du type (Matera, 2001) :
Dans les argiles de type kaolinite, montmorillonite et illite, une sorption des oxyanions
d’arsenic sur les surfaces argileuses a ainsi été décrite par des phénomènes de complexation
de surface (Goldberg & Glaubig, 1988). Il a été montré que le maximum d’adsorption des
arséniates à la surface de la montmorillonite et de la kaolinite se situerait pour des valeurs
de pH entre 4 et 6, avec une nette diminution pour les valeurs de pH supérieures (Goldberg
& Glaubig, 1988). Toutefois l’adsorption des arsénites augmenterait régulièrement dans une
plus large gamme de pH comprise entre 4 et 9 avec un maximum d’adsorption autour d’une
valeur de pH d’environ 7,5 (Frost & Griffin, 1977; Goldberg & Glaubig, 1988).
Si les minéraux carbonatés sont instables dans les sols acides, ils jouent un rôle très
important dans les mécanismes d’adsorption de l’arsenic dans les sols alcalins, et plus
particulièrement, dans les sols calcaires. En effet, Goldberg et Glaubig (1988), ont ainsi
observé une adsorption croissante des arséniates, par échange de ligands, sur la calcite pour
des valeurs de pH comprises entre 6 et 12 avec un maximum autour de 10. Sadiq (1997)
souligne également ce rôle majeur joué par les carbonates de calcium dans l’adsorption de
l’arsenic en milieu alcalin, du fait des charges positives portées par les surfaces carbonatées
dans les sols dont les pH sont supérieurs à 9.
L’arsenic sous forme d’oxyanions peut notamment présenter une certaine affinité pour la
matière organique dans les sols. Il a été montré en effet que des oxyanions peuvent être liés
indirectement aux groupes organiques fonctionnels par l’intermédiaire de métaux de liaisons
comme les ions métalliques Al3+ ou Fe3+ (Thanabalasingam & Pickering, 1986; Ko et al.,
2004). Un complexe ternaire, par l’intermédiaire de ces cations métalliques de liaison, peut
ainsi être envisagé comme mécanisme potentiel de liaisons entre les acides humiques et
l’arsenic (Redman et al., 2002).
Une interprétation plus détaillée des interactions entre les acides humiques et l’arsenic
semble cependant difficile du fait du manque de connaissances de la structure chimique des
acides humiques. Malgré des prétraitements visant à mobiliser les ions métalliques associés
aux acides humiques, de petites quantités de métaux (Al, Fe, Ca, Mg, ou Mn) restent
présentes, suffisamment pour entraîner la formation de complexes ternaires entre les
arséniates, les ions métalliques et les groupes organiques fonctionnels (Ko et al., 2004).
Quant aux arsénites, du fait de la présence d’espèces neutres comme H3AsO3 pour des
valeurs neutres de pH, ils semblent se lier directement aux acides humiques. Le pourcentage
des formes d’arsénites organiquement complexées apparaît même plus important que celui
d’arséniates, malgré la plus faible formation de complexes ternaires avec les cations
métalliques et les acides humiques que dans le cas des arséniates (Ko et al., 2004). La
complexation de l’arsenic avec les acides humiques solubles pourraient concerner dans
certains sols jusqu’à 40 % et 15 %, des arsénites et arséniates, respectivement, dissous dans
les eaux interstitielles (Ko et al., 2004).
Par ailleurs, Thanabalasingam et Pickering (1986) ont mis en évidence le rôle limitant
des phosphates dans l’adsorption de l’arsenic par les substances humiques. 60 et 70 %
d’arséniates et d’arsénites ont pu être mobilisés par la mise en contact d’un sol avec une
solution de phosphates de concentration 10-6 mol.L-1. Bhumbla et Keefer (1994) ont
également observé une forte adsorption compétitive des phosphates sur les oxydes de fer
amorphes ainsi qu’une affinité plus grande des phosphates pour les oxydes d’aluminium par
rapport aux arséniates.
D’autre part, en se basant sur les propriétés compétitrices des phosphates avec les
arséniates, des études ont été menées afin de développer des protocoles d’extraction
permettant de quantifier l’arsenic désorbable (Alam et al., 2001; Matera, 2001). Ces auteurs
ont d’ailleurs montré que les phosphates étaient plus efficace pour mobiliser l’arsenic
(environ 40 % de l’arsenic total extrait d’un sol contaminé, par une solution de phosphate de
potassium à 0,9 mol.L-1) pour des valeurs de pH comprises entre 6 et 8, gamme pour
laquelle la dissolution de l’aluminium, du fer, et du calcium, du sol est minimale. La
mobilité de l’arsenic augmente également avec des concentrations croissantes en phosphates
(mise en évidence d’une concentration optimale en phosphates de 0,3 mol.L-1 pour le
traitement du sol étudié), avec un optimum à la température de 40 °C (Alam et al., 2001).
Concernant les autres anions compétiteurs tels que F-, Cl-, NO3-, ou SO42-, leur présence
ne semble pas affecter de façon significative l’adsorption des arséniates sur les sols (Le
Hécho, 2002).
I.[Link].2. Précipitation
I.[Link].1. pH
Comme évoqué précédemment, il est couramment admis que la sorption d’arsenic sur les
oxydes et hydroxydes métalliques, les minéraux argileux et les acides humiques est
fortement dépendante du pH.
Pour des valeurs de pH neutres, les arséniates vont donc avoir tendance à être
immobilisés en plus grande quantité que les arsénites sur des phases porteuses de type
(oxy)hydroxydes de fer. Dans des conditions oxydantes, la solubilité de l’arsenic sous forme
d’oxyanions d’As (V), est faible. Cependant, une importante mobilisation pourra être
observée du fait de variations des conditions de pH du milieu, ou de changements d’états
d’oxydations de l’arsenic (passage de As (V) à As (III)) (Masscheleyn et al., 1991).
Lors de l’augmentation de pH, quatre processus de mobilisation de l’arsenic peuvent
ainsi être envisagés (Matera, 2001):
- si l’on considère un processus d’adsorption non spécifique, une compétition entre les
ions hydroxydes (OH-) et les oxyanions d’arsenic pour les sites d’adsorption
disponibles peut se produire (Carbonell-Barrachina et al., 1999).
- L’augmentation des groupements hydroxyles peut également entraîner un
déplacement des espèces arséniées de leurs sites de liaison par une réaction
d’échange de ligand pour former des liaisons covalentes avec les phases minérales
responsables de la mobilisation de l’arsenic (adsorption spécifique) (Jain & Ali,
2000).
- La solubilisation de phases arséniées, telles que des arséniates de fer (scorodite par
exemple) stables pour des pH acides.
- La déstructuration du sol, du fait de pH trop élevés pouvant causer une solubilisation
de différentes phases constitutives du sol.
Une diminution de pH peut également conduire à une importante mobilisation de
l’arsenic lié aux (oxy)hydroxydes de fer du sol principalement selon deux hypothèses
(Matera, 2001):
- la formation de complexes solubles Fe3+-H2AsO4- limitant la sorption de l’arsenic
sur des composants de la phase solide (Bowell, 1994).
- La solubilisation des phases porteuses de l’arsenic pour des valeurs de pH extrêmes.
en eau, par exemple, la quantité d’arsenic soluble est plus élevée que celle observée à +500
mV vs. ENH ; la forme arsénite plus mobile est alors majoritaire (Masscheleyn et al., 1991).
Dans leur article de synthèse sur l’arsenic, Smedley et Kinniburgh (2002) concluent qu’il
apparaît difficile, voir impossible, de déterminer précisément les mécanismes responsables
de la mobilisation de l’arsenic présent dans un sol contaminé, placé en conditions
réductrices. Car, la dissolution réductive et la désorption réductive de l’arsenic lié aux
oxydes métalliques et aux argiles semblent jouer un rôle important et ne peuvent pas être
expérimentalement distinguées. D’après les mêmes auteurs, la réduction des arséniates
devrait normalement être attendue après la réduction des ions ferriques mais avant une
réduction des sulfates, du fait des potentiels standard d’oxydo-réduction.
Les micro-organismes sont présents dans les sols et peuvent avoir une grande influence
sur le cycle des éléments en changeant les degrés d’oxydation de certains composés, ce qui
changera leur comportement. L’arsenic est un de ces éléments possédant un cycle
biogéochimique complexe, sur lequel les micro-organismes peuvent intervenir directement
(transformation de l’arsenic lui même) et indirectement en agissant sur d’autres composés
(fer, manganèse et soufre notamment) auxquels l’arsenic est fréquemment lié (Ahmann,
2001):
- As (III) peut être oxydé en As (V);
- As (V) peut être réduit en As (III);
- l’arsenic peut s’adsorber sur les (oxy)hydroxydes de fer, la désorption se fait grâce
aux bactéries;
- les formes inorganiques peuvent également être méthylées, et la réaction inverse de
déméthylation peut aussi se produire (Leblanc & Personne, 2002).
Pour se protéger contre les effets toxiques de l’arsenic, certaines bactéries réduisent
As (V) au cours d’un mécanisme d’excrétion qui leur permet de résister à cet élément
(Laperche et al., 2003), tout en gardant à l’esprit que les bactéries sont généralement dix
fois plus résistantes à As (V) qu’à As (III) (Tamaki & Frankenberger, Jr., 1992). Ce
processus de détoxification n’explique donc pas à lui seul le fort taux d’arsénites dans
l’environnement. Dans une grande diversité d’environnements anoxiques, de nombreux
micro-organismes sont en effet capables de générer de l’énergie en couplant l’oxydation du
H2 ou du carbone organique à la réduction d’As (V) en As (III) (Ahmann et al., 1994;
Cummings et al., 1999; Dowdle et al., 1996; Macy et al., 1996; Newman et al., 1997; Stolz
et al., 2002). Cette réaction de réduction ou respiration de l’arsenic est également appelée :
réduction dissimilatrice (Zobrist et al., 2000). L’arsenic est en effet utilisé comme
accepteur final d’électrons dans ce processus microbien anaérobie de respiration. La
réduction dissimilatrice de As (V) est réalisée par les bactéries endogènes présentes dans les
sédiments marins et l’eau douce, ce qui prouve la distribution très large de ce type de
métabolisme (Laperche et al., 2003). Elle est également observée au niveau de la transition
aérobie/anaérobie dans les sédiments des lacs et des sols (Dowdle et al., 1996).
Cette réduction peut être couplée à la réduction du soufre pour former un précipité de
sulfure d’arsenic. Elle peut également être couplée à la méthanogénèse (Laperche et al.,
2003).
fait de la plus grande mobilité des formes réduites du fer et du manganèse, leurs oxydes et
hydroxydes sont très rapidement dissous par réduction dissimilatrice (Lovley, 1993; Lovley
& Coates, 1997), entraînant dans le même temps la mobilisation de l’arsenic adsorbé sur ces
surfaces (Cummings et al., 1999; Ahmann, 2001) : la réduction du fer (III) et du Mn (III/IV)
permet la solubilisation de la phase porteuse et, ainsi la libération de l’arséniate qui devient
alors disponible aux réductions chimiques et/ou biologiques.
Pour les sols anoxiques contenant suffisamment de sulfates, la sulfato-réduction
microbienne produit des sulfures qui peuvent potentiellement précipiter l'arsenic en
composés comme le réalgar ou l'orpiment (Moore et al., 1988). Les procédés d’oxydation
correspondant (oxydation du fer (II), de Mn (II) et de S (-II)) peuvent se produire mais sont
propres généralement aux environnements acides (Schlegel, 1993) et n’ont pas montré une
adsorption plus forte de l’arsenic sur les oxydes métalliques ni une dissolution des sulfures
d’arsenic. Si les mécanismes de réduction pour l’arsenic sont bien établis, les mécanismes
d’oxydation sont moins bien compris.
I.4.5. Conclusion
4-
H2 AsO pH 6 - 7 HO-As-OH HO-As-CH3
oxydation
- O O
+S²
Acide cacodylique
bactéries
+ Fe AsS2-
adsorption
précipitation champignons oxydation
précipitation
réduction
oxydation
Figure 7 : Formes chimiques de l’arsenic et leurs transformations dans les sols (d’après
Bhumbla & Keefer, 1994; Laperche et al., 2003).
II.1. Préambule
Ces travaux de recherche font suite à une étude RECORD n° 98-0505/1A (Blanchard &
Moszkowicz, 1999) ainsi qu’à la Thèse de Doctorat de Claire Blanchard préparée au
LAEPSI et soutenue en 2000 (Blanchard, 2000), dont l’objectif était de favoriser la
compréhension des phénomènes mis en jeu dans les processus de rétention et de
mobilisation des polluants inorganiques, afin d’élaborer une méthodologie de
caractérisation de leur mobilité potentielle. La méthodologie obtenue, basée sur l’utilisation
de tests de lixiviation, a été adaptée et intégrée dans une démarche expérimentale
(schématisée et résumée dans la Figure 8) d’évaluation de la mobilisation potentielle des
constituants inorganiques présents dans les sols pollués, dans le cadre d’un programme de
recherche contractuel « sols pollués » n°00-0505/2A, liant l’association RECORD et le
LAEPSI (Chatain & Moszkowicz, 2002).
Cette évaluation expérimentale a été conduite sur deux sols massivement contaminés à
l’arsenic issus d’un même site minier aurifère, et prévoit :
- Une caractérisation préliminaire des échantillons de sols sélectionnés consistant
essentiellement en une détermination des paramètres physico-chimiques globaux,
une étude de la texture des sols par analyse granulométrique, une analyse minérale
multiélémentaire et une caractérisation minéralogique préliminaire (D.R.X. et
M.E.B.-EDS, afin de déterminer les phases porteuses de l’arsenic).
- Une caractérisation de la mobilisation des espèces inorganiques étudiées par
l’adaptation et la mise en œuvre de tests de lixiviation, classiquement employés et
préalablement sélectionnés dans la Thèse de Claire Blanchard (2000), regroupés et
organisés principalement en quatre sous étapes :
o Fractionnement opérationnel de l’arsenic et d’autres constituants
inorganiques présents dans les sols d’études selon une procédure
d’extractions séquentielles.
Deux procédures d’extractions séquentielles couramment utilisées, comme celles
de Tessier et al. (1979) et du Bureau Commun des Références (BCR, maintenant
nommé Programme de Tests et Mesures) (Ure et al., 1993; Quevauviller, 1994;
Quevauviller et al., 1998), ont été employées dans ces travaux, afin d’obtenir un
« fractionnement opérationnel » (Bermond, 1999) des éléments étudiés entre les
différents compartiments du sol, selon un protocole donné.
o Détermination quantitative des fractions soluble, mobile et mobilisable.
La détermination d’une « échelle de mobilité » (Blanchard, 2000) par rapport au
contenu total du sol pollué, c’est-à-dire le classement des éléments inorganiques
étudiés en 3 fractions (soluble, mobile et mobilisable), est réalisée par trois
extractions simples en batch : respectivement, à l’eau déminéralisée, au CaCl2
(chlorure de calcium, 0,01 mol.L-1) et à l’EDTA (Ethylène Diamine
Tétraacétique Acide, 0,05 mol.L-1 tamponnée à pH 7,5) (Novozamski et al.,
1993; Gupta et al., 1996; Ure, 1996; Kosson et al., 2002).
o Détermination de la capacité de neutralisation acido-basique des sols
étudiés, et de l'influence du pH sur la solubilisation des espèces
inorganiques étudiées.
Paramètres physico-chimiques
globaux, texture, analyse
Caractérisation préliminaire des minérale multiélémentaire, et
échantillons de sols sélectionnés caractérisation minéralogique
préliminaire (D.R.X. et
M.E.B.-EDS)
Détermination de la capacité de
Fractionnement opérationnel neutralisation acido-basique des
selon une procédure sols étudiés, et de l'influence du
d’extractions séquentielles pH sur la solubilisation des
espèces inorganiques étudiées
Ainsi, dans cette seconde partie composée de deux chapitres, nous aborderons tout
d’abord les matériels et méthodes relatifs à la caractérisation préliminaire ainsi qu’à la
procédure méthodologique retenue pour l’évaluation de la mobilisation potentielle de
l’arsenic et d’autres constituants inorganiques présents dans les échantillons de sols
Deux sols massivement contaminés par l’arsenic ont été sélectionnés. Un échantillon du
9
premier, nommé « S6 », a été prélevé par POLDEN en 1999 dans le cadre du programme
ADEME : « Traitabilité des sols pollués – Guide méthodologique pour la sélection des
techniques et l’évaluation de leurs performances » (ADEME, 2003); et un échantillon du
deuxième, nommé « S6n », a été prélevé par le LAEPSI en 2002.
Ces deux échantillons ont été prélevés sur un site minier aurifère sélectionné par
l’ADEME. Il s’agit non seulement d’un site d’extraction minière mais également d’un site
de traitement et de purification des minerais d’or. Les prélèvements ont été effectués à trois
années d’intervalle, sur la même zone de prélèvement, dans le but d’appréhender une
éventuelle évolution de la matrice au cours du temps.
Le prélèvement et l’échantillonnage primaire du sol S6 par POLDEN en 1999 ont été
réalisés selon les étapes suivantes :
- Prélèvement du sol : après décaissage à la pelle mécanique et évacuation des 5
premiers centimètres, le sol a été prélevé à la pelle mécanique sur une hauteur
d'environ 30 cm et sur une surface d'environ 2 x 4 m.
- Criblage du sol : le sol a été criblé à l'aide du godet de la pelle mécanique sur une
grille de concasseur à mailles carrées de 25 mm posée sur des tréteaux. Ensuite,
manuellement, les cailloux supérieurs à 25 mm ont été éliminés. Un second criblage
a été réalisé lors de la première opération d'homogénéisation du sol afin d'éliminer la
plus grosse partie des éléments compris entre 20 et 25 mm.
- Homogénéisation du sol : constitution d'un nouveau tas par reprise du tas existant,
chaque nouvelle pelletée de sol étant versée sur le sommet du tas afin de garantir une
répartition homogène. Cette opération a été réalisée deux fois.
- Remplissage des fûts : 7 fûts de 60 L ont été remplis en utilisant le principe du
pelletage alterné. Tous les fûts ont été remplis à la pelle, en déposant chaque pelletée
de sol humide dans un fût différent de telle sorte que tous les fûts contenaient, à un
instant t, le même nombre de pelletées de sol, ou une de plus. Chaque fût a été
secoué afin de tasser au maximum le sol contenu et rempli jusqu'à environ 2 cm du
bord afin de permettre la fermeture du container plastique.
Les mêmes étapes ont été adoptées pour le prélèvement du sol S6n en 2002, excepté le
prélèvement et le criblage qui n’ont pas été effectués avec une pelle mécanique, mais
manuellement à la pioche et à la pelle (Figure 9).
9
POLDEN (Pollution, Déchets, Environnement) - Laboratoire dépendant d'INSAVALOR
(filiale de valorisation de l’INSA de Lyon).
La mesure du pH des sols est réalisée selon la norme NF ISO 10390 (AFNOR, 1994b).
Le sol est mis en suspension soit dans l’eau permutée, soit dans une solution de chlorure de
potassium KCl 1 mol.L-1, selon un ratio liquide/solide (L/S) de 5 mL/g. Les mesures de pH
sont effectuées sans agitation à l'aide d’une l'électrode de verre combinée (WTW, SenTix
41) plongée directement dans la suspension de sol. L'étalonnage se fait à l’aide de trois
solutions tampons à pH 4, 7 et 10.
La mesure de la conductivité électrique spécifique des sols est réalisée selon la norme NF
ISO 11265 (AFNOR, 1995a). Le sol est mis en suspension dans une solution aqueuse (de
conductivité électrique spécifique de 0,2 mS.m-1) selon un ratio L/S de 5 mL/g. La mesure
de conductivité est effectuée à l’aide d’un conductimètre (WTW, Multilab 540) équipé
d’une cellule de mesure de la conductivité avec correction automatique de la température.
10
Complexe absorbant : cette expression désigne l’ensemble des « colloïdes » (au sens
large du terme, composés humiques et argiles), dotés de charges négatives susceptibles de
retenir les cations sous la forme dite échangeable, c'est-à-dire pouvant être remplacés par
d’autres cations, dans certaines conditions précises (Duchaufour, 1997). Comme le souligne
Duchaufour (1997), en contrepartie les minéraux insolubles du sol à charges positives (tels
que les oxyhydroxydes) retiennent de la même façon les anions (tels que PO43-, SO42-)
constituant ainsi un complexe anionique caractérisé par des propriétés d’échange
comparables.
Cette détermination est effectuée selon la norme NF ISO 10694 (AFNOR, 1995b) de
dosage du carbone organique après combustion. Le dosage est basé sur le principe de
l’oxydation du carbone organique en dioxyde de carbone par combustion. Le dioxyde de
carbone formé est généralement dosé par spectrométrie infrarouge. Cette analyse a été
réalisée au Laboratoire d’Analyses des sols de l’INRA à Arras. La teneur en matières
organiques est calculée à partir de l’équation suivante d’après (Duchaufour, 1997) :
L’analyse de l’azote total est réalisée selon la norme NF ISO 13878 (AFNOR, 1998a) par
combustion sèche. Le dosage est basé sur la combustion de l’échantillon à une température
d’au moins 900°C. Après transformation de toutes les formes d’azote (NOx et N2) en azote
moléculaire (N2), la teneur de l’azote total est mesurée par conductivité thermique. Ces
analyses ont été également menées au Laboratoire d’Analyses des sols de l’INRA à Arras.
Les sols sont constitués de particules solides organiques et minérales qui s'organisent
sous la forme d'agrégats. Ces microstructures sont maintenues par des liants colloïdaux
constitués de mélange de carbonates, d'argile et d'humus. Le fractionnement physique d'un
sol nécessite donc de casser non seulement les macrostructures, souvent instables, mais
aussi les microstructures résistantes pour ensuite effectuer le classement granulométrique
des particules (Feller et al., 1991). Ce tri granulométrique permet ainsi d'obtenir des
fractions de matériaux ayant des propriétés de surfaces homogènes.
L’énergie mécanique utilisée correspond aux forces de capillarité (immersion du sol sec
dans l’eau distillée). Elle est supérieure aux forces de cohésion entre deux micelles
colloïdales dispersées dans l’eau, mais elle est insuffisante pour briser des cristaux ou des
ciments organiques ou organo-minéraux déshydratés. L’immersion permet de ne pas
détruire les agrégats grossiers (supérieurs à 250 µm) (Rouiller et al., 1994).
Le protocole de fractionnement, mettant ainsi en œuvre 2 méthodes complémentaires
(fractionnement par voie humide jusqu’à 50 µm puis séparation gravimétrique jusqu’à 2 µm
par sédimentation des particules (selon la loi de Stockes (II.3)) permet de classer les
particules de la façon suivante, en fonction de leur diamètre (Duchaufour, 1997) :
- sables grossiers (200-2000 µm), résidus grossiers de roche mère et de matériel
végétal ;
- sables fins (50-200 µm) ;
- limons grossiers (20-50 µm) ;
- limons fins (2-20 µm) ;
- argiles (< 2 µm), fraction communément mais improprement appelée « argiles », car
cette fraction ne comporte pas seulement les argiles minéraux mais souvent aussi
d’autres minéraux.
∆x r × g × (ρ p − ρ l )
2
= (II.3)
∆t 18 × η
où,
∆x : distance parcourue par les particules sphériques (cm),
∆t : temps écoulé (s),
g : accélération de la gravité (981 cm.s-2),
η : viscosité de la phase liquide à 20°C (0,010042 [Link]-1.s-1),
r : rayon de la particule (cm),
ρ p : densité de la particule (2,6 [Link]-3),
ρ l : densité de l'eau (0,9926 [Link]-3).
A partir d’un échantillon homogène, une première opération de séchage à 105°C permet
de déterminer le teneur en eau des échantillons. Le matériau séché est ensuite très finement
broyé manuellement au mortier pour obtenir une poudre d’une granulométrie inférieure à
80 µm. Le principe de cette technique consiste à mettre en solution la fine poudre de sol par
fusion au métaborate de lithium (LiBO2) et dissolution dans l’acide nitrique (HNO3)
1 mol.L-1 : environ 300 mg de poudre sont mélangés à 900 mg de LiBO2 dans un creuset or-
platine-rhodium. L’ensemble est placé dans un four à tunnel à 1080°C pendant un cycle de
fusion de 2 heures. Le résidu de fusion est dissout à chaud dans 100 mL d’une solution
d’HNO3 contenant de l’eau oxygénée et du glycérol bidistillé.
Il convient toutefois de noter que l’étape de fusion et de dissolution en solution de HNO3
peut entraîner une perte de certains composés (Hg, Se par exemple) par volatilisation, en
particulier lorsqu’ils sont dans des états d’oxydation élevés.
Les éléments majeurs (Si, Al, Fe total, Mn, Mg, Ca, Na, K, P, et Ti) mis en solution sont
ensuite dosés en solution par ICP-AES (Inductive Coupled Plasma - Atomic Emission
Spectroscopy), sur spectromètre Jobin Yvon 70T II, alors que 43 éléments mineurs (As, Ba,
Be, Bi, Cd, Ce, Co, Cr, Cs, Cu, Dy, Er, Eu, Ga, Gd, Ge, Hf, Ho, In, La, Lu, Mo, Nb, Nd, Ni,
Pb, Pr, Rb, Sb, Sm, Sn, Sr, Ta, Tb, Th, Tm, U, V, W, Y, Yb, Zn, Zr) sont dosés par ICP-MS
(Inductive Coupled Plasma - Mass Spectroscopy) sur Perkin Elmer 5000. Ces deux
dernières techniques sont décrites dans le paragraphe II.[Link].
La préparation des échantillons et les analyses ont été conduites par le SARM du CNRS
de Vandoeuvre-lès-Nancy.
L’analyse minéralogique a pour but d’identifier les principales phases constituant le sol
et, si possible, celles qui sont susceptibles d’être associées avec l’arsenic dans les deux sols
étudiés. Dans cet objectif, deux techniques ont été employées : la diffractométrie des
rayons X (D.R.X.) et la microscopie électronique à balayage (M.E.B.) couplée à une
détection EDS (Energy Dispersive Spectrum).
où,
n : nombre entier désignant l’ordre de la réflexion,
λ : longueur d’onde du rayonnement X (nm),
dhkl : distance entre les plans réticulaires d’une même famille désignée conventionnellement
par les indices de Miller h, k, l, (Ă),
θ : angle de diffraction (°).
masse atomique des éléments constituant les phases minérales, et de réaliser sur de très
faibles volumes (quelques µm3) des analyses chimiques qualitatives ponctuelles à l’aide
d’un détecteur EDS (Energy Dispersive Spectrum).
Le principe de cette technique consiste à bombarder l’échantillon solide avec un flux
d’électrons dits « incidents ». Les interactions avec la matrice sont alors de deux types :
- les chocs élastiques qui modifient la trajectoire des électrons incidents. Mais par leur
énergie, ils sont à l’origine des électrons rétrodiffusés.
- Les chocs inélastiques durant lesquels les incidents communiquent l’énergie à la
matrice solide. Ils vont notamment provoquer la formation des électrons secondaires,
des électrons Auger et des photons X.
L’ensemble de ces signaux constitue l’information utile en M.E.B. pour l’observation et
l’analyse de l’échantillon. Les images ainsi obtenues donnent une information :
- qualitative sur la nature chimique des éléments présents : le taux d’électrons
rétrodiffusés croissant avec le numéro atomique des atomes rencontrés à la surface
de l’échantillon (plus le numéro atomique est élevé, plus la surface apparaît claire et
brillante), tandis que les électrons secondaires donnent une indication sur la
morphologie et la taille des particules observées.
- Semi quantitative par l’analyse des rayons X.
Ces analyses ont été réalisées au Centre d’Etudes et de Caractérisations
Microstructurales (CECM) de l’INSA de Lyon à l’aide d’un microscope électronique JEOL
840A LGS équipé pour des analyses EDS. En ce qui concerne la préparation des
échantillons, les grains de différentes tranches granulométriques du sol S6 ont été collés sur
un scotch double face et étudiés directement sans métallisation.
concentration. Les échantillons soumis à l’analyse sont préalablement filtrés à 0,45 µm sur
des membranes Millipore en acétate de cellulose et acidifiés avec HNO3 à 0,5 % en volume,
les échantillons sont ainsi stables pendant un mois à 4°C. Les dilutions pour les différents
dosages sont effectuées de manière à rester dans la gamme de linéarité de l’appareil pour
l'élément considéré.
Le dosage des anions inorganiques (tels que : Cl-, SO4²-, PO43-) a été effectué au LAEPSI
par chromatographie ionique, en utilisant un chromatographe Dionex®, Model IC25, équipé
d’un générateur automatique d’éluant KOH EG40. Le mode de détection utilisé est la
conductimétrie. Les analyses sont effectuées selon la norme NF EN ISO 10304 (AFNOR,
1996a). La chromatographie est une technique analytique qui permet la séparation des
constituants d’un mélange en phase homogène liquide ou gazeuse. Le principe repose sur
l’équilibre de concentrations des composés présents entre 2 phases en contact : la phase
stationnaire (emprisonnée dans la colonne) et la phase mobile. La séparation est basée sur
l’entraînement différentiel des constituants présents dans la colonne. Ces derniers la
parcourent avec des temps proportionnels à leurs propriétés intrinsèques (taille, structure..)
ou à leur affinité avec la phase stationnaire (charge). A leur arrivée en bout de colonne, le
détecteur mesure en continu la quantité de chacun des constituants du mélange.
Les échantillons destinés à la chromatographie ionique doivent être filtrés à 0,45 µm et
analysés dans les plus brefs délais. Les dilutions pour les différents dosages sont effectuées
de manière à rester dans la gamme de linéarité du conductimètre de l’appareil pour l'élément
considéré.
La détection et le dosage des espèces inorganiques (As(III) et As(V)) dans les solutions
de sol ont été effectués par couplage HPLC-ICP-MS (High-Performance Liquid
Chromatography – Inductively Coupled Plasma - Mass Spectrometry). La séparation de ces
deux espèces est effectuée par HPLC (Schimadzu) en utilisant un gradient d’élution. La
technique chromatographique est l’échange d’anions. La détection est ensuite effectuée par
ICP-MS (PQ EXELL VG Elemental). Cette combinaison HPLC-ICP-MS s’avère très
efficace en raison du pouvoir de séparation du système chromatographique et de la
sensibilité et de la sélectivité du couplage ICP-MS. Ces analyses ont été réalisées au
Laboratoire des Sciences Analytiques de l’Université Claude Bernard de Lyon ainsi qu’au
Service Central d’Analyse du CNRS de Solaize.
Comme préalable, il est important de noter que l’ensemble des réactifs chimiques utilisés
lors des expérimentations est de qualité : « pour analyse ».
Toutes les solutions ont été préparées avec de l’eau déminéralisée (Milli-Q system,
Millipore®). Toutes les expériences ont été menées en triplicats dans des flacons en
polyéthylène ou des tubes de centrifugations en polycarbonate (Nalgene®).
La mobilisation des polluants majeurs à l'équilibre local des sols pollués, compactés et
saturés en eau, a également été étudié dans le cadre du programme ADEME : « Traitabilité
des sols pollués – Guide méthodologique pour la sélection des techniques et l’évaluation de
leurs performances » (ADEME, 2003), à l'aide d'un dispositif de percolation ascendante en
colonne, selon le protocole du projet de norme européenne figurant dans le document n°138
du CEN/TC292/WG6 (CEN, 1998a). L'étude, réalisée par POLDEN, porte sur la dynamique
de percolation d'eau déminéralisée au travers du sol S6.
La procédure d’essais prévoit tout d’abord un compactage réalisé en dix couches de 4 à
5 cm d'épaisseur. L'énergie de compactage est transmise par la chute d'une charge de 950 g
depuis une hauteur fixée à 28 cm, sur un disque recouvrant toute la surface de la colonne.
Le nombre de chutes est maintenu à trois (après aplanissement de la surface à compacter)
pour toutes les couches. L'essai a été effectué avec 5,792 kg de sol S6 tamisé à 20 mm (ce
qui correspond à 5,0 kg de sol sec) dans une colonne de 10 cm de diamètre alimentée par le
bas à débit constant d'environ 20 mL.h-1, soit 0,1 L.j-1. Les percolats sont recueillis au
sommet de la colonne après une période de saturation de 72 heures. Les percolats recueillis
- la fraction échangeable (F1) par extraction dans une solution électrolyte fort à
pH neutre. Il s’agit ici de déterminer les espèces métalliques liées à la phase solide
du sol par des liaisons de faible énergie (de type adsorption non spécifique par
attraction électrostatique).
- La fraction liée aux carbonates (F2) par l'attaque d'acide faiblement complexant
(acide acétique) permettant d’extraire les espèces métalliques précipitées avec les
carbonates.
- La fraction liée aux oxydes de fer et de manganèse (F3) par extraction dans une
solution de réactifs réducteurs ou complexants (dithionite, hydroxylamine,
acétate...).
- La fraction liée à la matière organique et aux sulfures (F4) par attaque avec des
réactifs oxydants (H2O2), qui vont contribuer à dégrader et/ou solubiliser la matière
organique du sol et les sulfures, les espèces métalliques associées étant ainsi libérées
dans la phase liquide.
- La fraction résiduelle (F5) qui n'est dissoute que par des acides forts et peut
contenir des silicates, certains oxydes et la matière organique résistante. La fraction
résiduelle peut être déduite par différence entre les quantités obtenues lors des quatre
étapes précédentes ou bien par une mise en solution par fusion alcaline
(II.[Link].1.1.) ou par attaques acides (II.[Link].1.2.).
Cette procédure est employée ici avec une prise d’essai de 1 g de sol sec. Trois
répétitions ont été réalisées. Chaque extraction est suivie d’une étape de centrifugation à
10000 ± 100 G pendant 15 ± 2 minutes, puis d’une étape de rinçage avec 8 mL d’eau
distillée. Le surnageant issu de ce rinçage est mélangé à la solution d’extraction avant
analyse des espèces inorganiques étudiées par ICP-AES.
La procédure de Tessier et al. (1979) est devenue une référence pour caractériser des
métaux traces dans les sols naturels même si cette procédure a été initialement mise au point
dans le cadre de l’étude de matériaux sédimentaires. Mais, du fait d’un manque
d’harmonisation entre les différentes procédures et donc l’impossibilité de comparer des
résultats mutuels, le Bureau Commun des Références (BCR, maintenant nommé Programme
de Tests et Mesures) a décidé d’établir un protocole standardisé d’extractions séquentielles
(Ure et al., 1993; Quevauviller, 1994; Quevauviller et al., 1998). Cette procédure a été
appliquée dans cette étude sur 1 g de sol sec. Quatre extractions successives (Tableau 12)
permettent de distinguer trois fractions plus la fraction résiduelle :
Chaque extraction est suivie d’une étape de centrifugation à 10000 ± 100 G pendant
15 ± 2 minutes, puis d’une étape de rinçage avec 20 mL d’eau distillée. Le surnageant issu
de ce rinçage est mélangé à la solution d’extraction avant analyse des espèces inorganiques
étudiées par ICP-AES.
Tableau 12 : Protocole d’extractions séquentielles adapté du BCR (d’après Ure et al., 1993;
Quevauviller, 1994; Quevauviller et al., 1998).
Mode opératoire (Volume,
Fractions extraites Réactif(s)
Durée, Température)
B1 : Fraction
40 mL, 16 h, température
échangeable et acido- CH3COOH (0,11 mol.L-1)
ambiante
soluble
[Link] (0,1 mol.L-1, 40 mL, 16 h, température
B2 : Fraction réductible
pH = 2) ambiante
10 mL, 1 h à température
H2O2 (8,8 mol.L-1, pH = 2) ambiante puis 1 h au bain-marie
à 90±2°C
B3 : Fraction oxydable -1 10 mL, 1 h au bain-marie à
H2O2 (8,8 mol.L , pH = 2)
90±2°C
-1
CH3COONH4 (1 mol.L , 25 mL, 16 h, température
pH = 2) ambiante
Estimation ou séchage à l’étuve
(30±2ºC) pendant 48 h, puis
F5 : Fraction résiduelle -
attaques acides ou fusion
alcaline.
La détermination d’une « échelle de mobilité » par rapport au contenu total du sol pollué,
c’est-à-dire le classement des éléments inorganiques étudiés en 3 fractions (soluble, mobile
et mobilisable), est réalisée par trois extractions simples en « batch » : respectivement, à
l’eau déminéralisée, au CaCl2 (chlorure de calcium, 0,01 mol.L-1) et à l’EDTA (Ethylène
Diamine Tétraacétique Acide, 0,05 mol.L-1 tamponnée à pH 7,5) (Novozamski et al., 1993;
Gupta et al., 1996; Ure, 1996; Kosson et al., 2002). Le modèle physique correspondant à
cette situation en « batch » est un système complètement dispersé où les surfaces de toutes
les particules de sol sont exposées et disponibles pour interagir avec les polluants (Yong et
al., 1992).
L’extraction à l’eau déminéralisée permet ainsi la quantification de la fraction soluble,
c’est-à-dire la fraction d’éléments extrêmement mobile ou adsorbée de manière non
spécifique dans le sol, et dissoute lors de la mise en équilibre avec agitation d’une
suspension sol-eau déminéralisée. Cette extraction permettra également de déterminer les
caractéristiques chimiques (pH, Eh, conductivité) de la solution de sol dans des conditions
dites : « naturelles ».
L’extraction avec la solution de chlorure de calcium vise à quantifier la fraction mobile
(ou active), c'est-à-dire la fraction d’éléments biodisponible et facilement lixiviable à l’eau.
Cette extraction représente au mieux les conditions intrinsèques de la solution de sol à
l’équilibre en terme de force ionique. Elle est souvent employée pour établir des
corrélations sol-plante et définir ainsi la fraction biodisponible de la pollution (Novozamski
et al., 1993).
L’extraction à l’EDTA vise à mesurer la fraction mobilisable, comprenant à la fois la
partie active (ou mobile) de la pollution mais également une partie potentiellement active.
Cette fraction peut ainsi être considérée en quelque sorte comme la fraction maximale
extractible du sol. En effet, l’EDTA est un agent chélatant ayant une capacité d’extraction
des métaux présents dans les phases non liées à la silice, y compris les métaux complexés à
des ligands organiques. Le choix du pH de 7,5 constitue un compromis entre le maximum de
solubilité de nombreux anions en milieu acide et l’augmentation de la chélation des cations
optimale en milieu basique, ce qui fait de ce type d’extraction une procédure applicable
aussi bien aux espèces formant des oxyanions (As, Cr, Mn, …) qu’aux cations (Cd, Pb, Zn,
…) (Garrabrants & Kosson, 2000).
Le contenu total s’apparente donc à la fraction en éléments du sol mobilisable ajoutée à
la fraction immobile dite non-active.
Cette extraction est conduite selon une adaptation du protocole AV002.1 (Availability at
pH 7,5) développé par Kosson et al. (2002), avec un ratio final L/S de 100 mL/g et un temps
de contact de 48 heures.
Afin d’obtenir une valeur finale de pH de 7,5 ± 0,5 permettant un optimum d’extraction
des cations et des anions, il est nécessaire de réaliser un première étape de titration du sol
dans une solution d’EDTA (0,05 mol.L-1) afin de déterminer la quantité d’acide (HNO3,
2 mol.L-1) ou de base (NaOH, 1 mol.L-1) à ajouter.
Ainsi, dans un bécher d’1 L, un échantillon de sol (8 g de matière sèche de granulométrie
inférieure à 2 mm) est mis en contact avec une solution d’EDTA (0,05 mol.L-1) de façon à
obtenir un ratio LS de 100 mL/g de matériau sec.
Après agitation magnétique de l’ensemble pendant 5 minutes, trois mesures de pH de la
suspension de sol sont effectuées toutes les 30 à 60 secondes. La moyenne des trois valeurs
donne le pH "naturel préliminaire à l’EDTA" de la solution. En se basant sur cette valeur de
pH obtenue, il est aisé de déterminer s’il faut ajouter de l’acide et/ou de la base pour balayer
une gamme de valeurs de pH comprises entre 5 et 8. Un volume minimal de 100 µL d’HNO3
(2 mol.L-1) ou de NaOH (1 mol.L-1) est alors ajouté à la solution de sol avant une nouvelle
période d'agitation de 5 min. Une fois le pH stabilisé, une nouvelle quantité d'acide ou de
base est ajoutée. Ces dernières étapes sont renouvelées jusqu'à atteinte de la gamme de pH
souhaitée.
Une courbe de titration du sol étudié par la solution d’EDTA (0,05 mol.L-1) est enfin
tracée afin de visualiser l’évolution du pH (entre 5 et 8) en fonction de la quantité d'acide ou
de base ajoutée, exprimée en milliéquivalents d’ions H+ ajoutés par gramme de sol sec
(mEq H+/g de sol sec ; les milli-équivalents positifs correspondent à l'ajout d'acide tandis
que les négatifs traduisent l'ajout de base), et ainsi estimer la quantité à ajouter pour
atteindre la valeur souhaitée de pH (7,5 ± 0,5).
II.[Link].2.2. Procédure
Cette procédure ne peut être conduite qu’après avoir déterminé au préalable les
équivalents d’acide ou de base requis permettant d’obtenir un pH d’extraction compris entre
7 et 8. Trois extractions seront ainsi conduites en triplicats dans le but d’obtenir une valeur
cible finale de pH de 7,5 et deux valeurs limites de 7 et 8. La préparation de ces extractions
se fera selon un tableau de préparation, comme illustré dans l’exemple suivant pour le sol
S6 (Tableau 13).
Tableau 13 : Estimation des volumes (mL) de base et d’EDTA (0,05 mol.L-1) à ajouter pour
8 g de sol sec S6 dont l’humidité résiduelle est de 0,08 mL.g-1 sol sec.
Extraction n° pH final Eq. de base à Volume de Taux Volume
envisagé de ajouter NaOH d’humidité d’EDTA
la solution (mEq.g-1 sol sec) (1 mol.L-1) (0,05 mol.L-1)
1 - Limite 7,0 4,5 36,00 0,64 763,36
2 - Cible 7,5 5,0 40,00 0,64 759,36
3 - Limite 8,0 5,5 44,00 0,64 755,36
Ainsi, trois échantillons de sol (8 g de matière sèche avec une granulométrie inférieure à
2 mm) sont placés dans des flacons de 1000 mL en polyéthylène et mis en suspension dans
800 mL de solution (comme spécifiée dans l’exemple du tableau de préparation (Tableau
13), en tenant compte de l’humidité résiduelle de l’échantillon et du volume d’acide ou de
base préalablement déterminé pour atteindre la gamme de pH souhaitée, le tout complété
par la solution d’EDTA (0,05 mol.L-1)).
Après 48 heures d’agitation à température ambiante (20±2°C) à l’aide d’un dispositif
d’agitation par retournement (10 ± 2 rpm), les lixiviats sont clarifiés par centrifugation
(4000 ± 100 G pendant 10 ± 2 minutes). Un faible volume du surnageant clarifié est alors
prélevé afin de vérifier le pH et de déterminer le Eh de la solution.
Seuls les échantillons et triplicats à la fois dans la gamme de pH souhaitée (entre 7 et 8)
et les plus proches de la valeur finale cible de pH (7,5) sont conservés pour l'analyse
chimique des espèces inorganiques après filtration, les autres sont écartés.
Le pH est un paramètre très important dans l’étude des processus de solubilisation des
espèces inorganiques. C’est la raison pour laquelle un test paramétrique de lixiviation a été
mis en œuvre selon la procédure opératoire, adaptée du protocole SR002.1 « Alkalinity,
solubility and release as a function of pH » développé par Kosson et al. (2002). Ce test
permet à la fois d’évaluer la capacité du sol à neutraliser une certaine quantité d'acide
(HNO3) ou de base (NaOH) mais surtout, dans un second temps, de déterminer l'influence
du pH sur la solubilisation des espèces étudiées présentes dans le sol.
Ce test est réalisé sur des échantillons de sol tamisés à 2 mm, mis en contact avec des
solutions d'acide ou de base de concentrations différentes, afin d’atteindre un pH final de la
suspension sol/solution compris entre 1 et 13. Les quantités d'acide ou de base à ajouter sont
préalablement déterminées à l'aide d'une titration préliminaire. Un ratio L/S de 10 mL/g et
un temps de contact de 48 heures ont été utilisés. Après filtration à 0,45 µm sur des
membranes en acétate de cellulose, le pH de chaque échantillon a été mesuré (détermination
de la capacité de neutralisation acido-basique du sol), ainsi que la teneur en espèces
inorganiques (As, Fe, et Cu dans notre cas) par ICP-AES (étude de la solubilité des espèces
étudiées en fonction du pH).
Cette procédure ne peut être conduite qu’après avoir estimé au préalable les équivalents
d’acide ou de base requis permettant de balayer une gamme de pH compris entre 1 et 13. Un
tableau de préparation est ainsi établi. Comme dans la prétitration, l'acide ajouté est une
solution d'acide nitrique (HNO3) de concentration 2 mol.L-1 et la base, une solution de
soude (NaOH) de concentration 1 mol.L-1.
Dans des flacons de 250 mL en polyéthylène, des aliquotes de 10 g de sol sec sont ainsi
pesés précisément en prenant en compte l'humidité du sol. Onze solutions de 100 mL (de
façon à obtenir un ratio fixe L/S de 10 mL/g de sol sec) de concentrations différentes en
acides et bases sont préparées à partir du tableau afin de couvrir uniformément toute la
gamme de pH souhaitée.
Après 48 heures d’agitation à température ambiante (20±2°C) à l’aide d’un dispositif
d’agitation par retournement (10 ± 2 rpm), les lixiviats sont clarifiés par centrifugation
(4000 ± 100 G pendant 10 ± 2 minutes). Un faible volume du surnageant clarifié est alors
prélevé afin de mesurer le pH de la solution.
Puis la phase liquide est séparée de la phase solide par filtration à 0,45 µm. Le filtrat est
ensuite acidifiée avec de l'acide nitrique à 69 % jusqu'à un pH inférieur à 2 pour l'analyse
chimique des espèces inorganiques par ICP-AES.
L’eau déminéralisée est utilisée comme solution de lixiviation. Elle est introduite par
« siphonage » (amorcé à l’aide d’une seringue). Le siphon, constitué par un tube de
diamètre faible permet d’introduire doucement l’eau déminéralisée afin de ne pas perturber
la surface de contact du sol et ainsi réduire un passage trop important de particules dans la
solution. Le volume de solution de lixiviation doit être suffisamment important afin d’éviter
d’atteindre trop rapidement les limites de solubilité du système. Néanmoins un volume trop
important dans le réacteur risque d’entraîner des dilutions et des concentrations
difficilement détectables et quantifiables par ICP-AES. Un ratio L/s : liquide/surface
d’échange adapté a ainsi été défini par rapport à la surface de contact tel que :
Ce ratio L/s : ratio liquide/surface d’échange a un rôle majeur dans le transfert des
polluants pour un test sur matériau granulaire (une seule surface d’échange). Une étude
préliminaire (Amoravain, 2000) s’intéressant tout particulièrement à ce paramètre nous a
conduit à retenir pour ce test : un ratio L/s de 10 mL/cm-2. Le réacteur (Figure 10) est
ensuite fermé par un couvercle étanche afin d’éviter tout contact avec l’air et l’évaporation
de la solution. Il est maintenu à température ambiante (20±2°C) pendant toute la durée de
l’expérience.
Concernant le temps de contact (t) : il doit non seulement prendre en compte les
phénomènes de surface mais aussi les transferts de masse à travers le matériau. Neuf temps
de prélèvement ont été choisis de manière à coïncider le plus possible avec les temps de
renouvellement calculés selon une loi de la forme :
t = 2n × ti (II.6)
où,
ti = 3 heures.
n = 0, 1, 2, 3, 4, 6, 8, 12, 16.
2
⎛ t + t i −1 ⎞
Ti = ⎜ i ⎟
⎜ 2 ⎟
⎝ ⎠ (II.7)
Dans la norme NEN 7347 (NNI, 1997), la pente de la courbe donnant le logarithme de
l’émission cumulée en fonction du logarithme du temps permet d’appréhender la nature du
mécanisme de lixiviation :
Dans le cas où l’émission est contrôlée par la diffusion, il est possible d’utiliser la
première loi de Fick (II.8) mettant en jeu le gradient de concentration (Barna, 1994). Cette
loi exprime le fait que le flux de matière transporté par unité de surface, Jn (kg.m-2.s-1), est
proportionnel au gradient de concentration de la substance, mesuré normalement à la
surface :
J n = − D × gradC (II.8)
où,
D = Dmol = coefficient de diffusion (m2.s-1),
C : concentration volumique (kg.m-3).
∂C ∂ 2C
= D× 2 (II.9)
∂t ∂x
Dans le cas d’un milieu semi infini (milieu de grande dimension par rapport à l’épaisseur
dans laquelle s’effectue le transfert de matière) et en contact avec la solution de lixiviation
par une face (transport par diffusion selon la direction x), une solution analytique existe
(Crank, 1980). En considérant la concentration à l’interface nulle (hypothèse généralement
admise dans le cas où la solution de lixiviation est renouvelée suffisamment), cette solution
s’écrit :
⎛ x ⎞
C = C 0 × erf ⎜⎜ ⎟⎟ (II.10)
⎝ 2× D×t ⎠
où,
C0 : concentration volumique disponible (kg.m-3).
erf est la fonction erreur.
Le flux instantané par unité de surface (J(t)) est alors donné par l’équation suivante:
D
J (t ) = C 0 × (II.11)
π ×t
Alors que l’émission ou masse totale mobilisée (m) à l’instant t, est obtenue par
l’équation suivante :
D×t
m(t ) = 2 × C 0 × (II.12)
π
π × mti 2
Di ,obs = (II.13)
4 × (C m d ) ×
2
( t i − t i −1 )
2
où,
Di,obs : coefficient de diffusion observé calculé sur la période i (m2.s-1),
mti : émission pendant la ième période,
d : densité sèche du matériau (kg.m-3),
Cm : concentration massique disponible ([Link]-1),
ti : temps de contact jusqu’à la période i (s),
ti-1 : temps de contact jusqu’à la période i-1(s).
La valeur de pDobs = -log Dobs permet selon la norme NEN 7347 (NNI, 1997) d’estimer la
mobilité des éléments étudiés :
Minier Acide (DMA) et donc une acidification du milieu (Bourrelier & Berthelin, 1998;
Coste, 2002). Un amendement calcaire sous la forme d’un apport de calcite (ou de chaux),
expliquant la teneur d’environ 1 % de carbone inorganique mesurée dans le sol, semble être
à l’origine du pH observé pour le sol S6. Quant au sol S6n prélevé sur le même site au
même endroit trois ans après, il semble avoir subi une altération météorique avec un
lessivage de surface par des eaux acides (de type DMA) ayant entraîné la dissolution des
ciments carbonatés et son acidification.
La capacité d’échange cationique (CEC) des deux sols est peu élevée. Pour le sol S6,
c’est le calcium qui occupe la plus grande partie de la CEC, il régule le pH et le pouvoir
tampon du sol. La CEC observée pour les deux sols est comprise entre 10 et 15 meq/100g, à
titre indicatif et pour comparaison, Dejou et al. (1977) rapportent les valeurs suivantes pour
les principaux minéraux argileux :
- kaolinites : 3 à 15 meq/100g,
- illites, chlorites : 10 à 15 meq/100g,
- smectites : 80 à 150 meq/100g,
- vermiculites : 100 à 150 meq/100g.
Par ailleurs, il est remarqué par de nombreux auteurs que la CEC des matières organiques
est supérieure à celle des minéraux argileux, comprise entre 100 et 300 meq/100g (Baize,
1988).
Il est égélement intéressant de noter que les sol S6 et S6n contiennent de faibles teneurs
en carbone organique (respectivement, 3,80 et 2,40 [Link]-1 de sol sec) et en azote total
(respectivement, 3,80 et 2,40 [Link]-1 de sol sec). En conséquence, le rapport C/N des deux
sols est très faible.
Telle qu’elle est conçue en pédologie pour déterminer la texture des sols, l’analyse
granulométrique est une opération qui implique la destruction totale des agrégats et la
dissolution des ciments (Feller et al., 1991). Elle a donc été réalisée après décarbonatation
artificielle des sols permettant la déstructuration des ciments calcaires et la dispersion des
particules les plus fines (argiles). Cette opération s’avère plus particulièrement nécessaire
pour le sol S6, du fait des amendements calcaires suspectés, alors que pour le sol S6n, une
étude de la répartition granulométrique sans décarbonatation aurait été suffisante (Tableau
16).
Le Tableau 16 présente la répartition granulométrique respective des deux sols avant et
après décarbonatation. La proportion de sol dans chacune des fractions (éléments grossiers,
sables grossiers, sables fins, limons grossiers, limons fins et argiles) est exprimée en [Link] -1
de sol sec. Il peut ainsi être noté que la procédure de décarbonatation induit une légère perte
de masse (exprimée en pourcentage pondéral), de l’ordre de 0,7 % pour S6 et 0,1 % pour
S6n, respectivement. Après décarbonatation les valeurs pour le sol S6 semblent corroborer
les remaniements suspectés, en particulier le rôle des amendements calcaires, à l’origine des
différences observées dans l’organisation granulométrique avec ou sans décarbonatation.
100 100
Passants cumulés (%)
80 80
60 60
40 40
20 20
0 0
1 10 100 1000 10000 1 10 100 1000 10000
a) Taille (en µm) b) Taille (en µm)
Une évidente similitude de profil global apparaît pour ces deux sols prélevés au même
endroit sur le site minier, avec toutefois un net enrichissement en oxydes de fer, en calcium,
en soufre, en zinc, en plomb, en cuivre, en bismuth et en arsenic au profit du sol S6, et un
enrichissement en silice dans le cas du sol S6n du fait du lessivage superficiel qu’il semble
avoir subi.
Le sol S6 est plus carbonaté que le sol S6n (la teneur en calcium d’environ
42000 [Link]-1, ainsi qu’en carbone inorganique d’environ 1 % et la mesure de perte au feu
de 20,7 % en sont les principaux indicateurs). Les teneurs importantes en arsenic, fer et
soufre total sont liées au contexte géochimique du site minier de prélèvement des sols, avec
la co-existence dans le sol, de formes minérales primaires (pyrite ou arsénopyrite) et de
formes naturelles ou anthropiques, « altérées ou transformées », ((oxy)hydroxydes de fer,
scorodites, libération de sulfates lors du processus de grillage ; présence de phases
néoformées : jarosite, gypse, …).
Afin de positionner les teneurs de certains métaux lourds et métalloïdes présents dans les
deux sols par rapport aux valeurs de définition de source-sol (VDSS) (Tableau 4), une
représentation graphique originale a été adoptée pour visualiser (comparativement)
l’ensemble des valeurs autour d’un jeu d’axes (Figure 12). Comme nous l’avons signalé
précédemment les VDSS sont des concentrations en un élément ( substance ou composé)
qui permettent de définir qu’un sol est une source potentielle de pollution, et ce, quel que
soit le milieu de transfert et d’exposition considéré (MATE, 2002). Toutefois, il convient
d’être prudent dans l’utilisation de ces valeurs et dans l’interprétation des analyses
comparatives, car nous ne disposons pas d’informations concernant les valeurs du fond
géochimique naturel de la région pour ces éléments. D’autre part, le calcul de ces valeurs de
référence a été fait pour un sol « standard » (limoneux aux caractéristiques intermédiaires
entre un sol argileux et un sol sableux, teneur en carbone organique : 3 %, teneur en eau :
20 %, … ) aux propriétés physico-chimiques différentes des sols étudiés (Bonnot et al.,
2001).
As (ppm )
100000
10000
Zn (ppm ) 1000 Cd (ppm )
100
10
1
Pb (ppm ) Cr (ppm )
Ni (ppm ) Cu (ppm )
S6 S6n VDSS
Figure 12 : Positionnement des sols pollués S6 et S6n par rapport aux valeurs de définition
de source-sol (VDSS).
En se basant sur les VDSS de certains de ces éléments, on constate que ces deux sols
peuvent représenter une source de pollution pour l’Environnement très importante en
arsenic et importante en cuivre. Le sol S6 peut également être considéré comme une source
de pollution en plomb.
II.[Link]. D.R.X.
Les abondances relatives de phases cristallisées observées par D.R.X., présentes dans un
échantillon homogène de sol « brut » (0 à 2 mm), sont indiquées pour les sols S6 et S6n
dans le Tableau 18. Les diffractogrammes obtenus sont présentés dans l’Annexe 3.
Tableau 18 : Abondance relative des phases cristallisées observées par D.R.X. dans la
fraction brute (0 à 2 mm) des sols S6 et S6n.
Sol Quartz Gypse Calcite Dolomit Micas Feldspat Jarosite Scorodite Hématite Pyrit Chlorit Kaolinite
e h e e
S6 ++++ +++ ++ ++ ++ ++ ++ + + + +
S6n ++++ ++ ++ ++ + + + + +
++++ : très abondant ; +++ : abondant ; ++ : présent ; + : en traces.
Les principales phases minérales cristallisées observées pour le sol S6 sont le quartz
(SiO2) (très abondant, car caractéristique des sols sableux), le gypse (CaSO4.2H20), les
micas (muscovite (KAl2(Si3Al)O10(OH,F)2)), les feldspaths calcosodiques (plagioclases
((Ca,Na)(Si,Al)4O8)), et les carbonates présents sous la forme de calcite (CaCO3) et
dolomite (CaMg(CO3)2).
Ponctuellement et en traces, sont observées de la scorodite (FeAsO4.2H2O) ainsi que
d’autres phases cristallisées comportant du fer souvent porteuses d’arsenic telles que la
jarosite (KFe3(SO4)2(OH)6), et l’hématite (Fe2O3). La présence de ces minéraux secondaires
n’est pas étonnante en contexte minier, car ce sont les produits communs de l’altération du
minerai primaire contenant des sulfures (pyrite (FeS2) et arsénopyrite (FeAsS),
principalement) (Coste, 2002). Concernant les minéraux argileux, ils sont également peu
représentés : seules des traces de chlorite ((Mg,Al,Fe)6(Si,Al)4O10(OH)8) et de kaolinite
(Al2Si2O5(OH)4) ont été identifiées.
Il est intéressant de souligner que ces résultats pour le sol S6 concordent avec ceux de
Clozel et al. (2002) obtenus sur le même échantillon.
En ce qui concerne le sol S6n, du fait du lessivage superficiel acide, les carbonates
(calcite et dolomite) ne sont plus détectables par D.R.X. et le gypse est présent en quantité
moins importante. La scorodite, la jarosite et l’hématite sont également moins représentées
que dans le sol S6n. Par contre, on retrouve le quartz, les feldspaths, les micas (légèrement
plus que dans S6), ainsi que des traces de chlorite et de kaolinite.
Ainsi dans les deux sols, l’arsenic et le fer, malgré leur concentration importante, ne sont
exprimés dans aucune des phases majeures cristallisées. La présence de phases amorphes
mal cristallisées porteuses d’arsenic, telles que les (oxy)hydroxydes de fer, peut donc être
suspectée. Selon Bowell et al. (1994) et Juillot (1998) (Bowell, 1994; Juillot, 1998), les
principaux minéraux secondaires arséniés (arséniates ferriques : scorodites et
pharmacosidérite principalement) auraient d’ailleurs tendance à disparaître dans les sols
superficiels au profit des (oxy)hydroxydes de fer à la surface desquels l’arsenic serait
adsorbé.
II.[Link]. M.E.B.
Des observations complémentaires par M.E.B., réalisées sur quelques échantillons (de
différentes fractions granulométriques) du sol S6, ont eu pour objectif de mettre en évidence
des particules contenant de l’arsenic, ainsi que les éventuelles associations de l’arsenic avec
d’autres éléments du sol.
Les échantillons étudiés ont tout d’abord été observés à faible grossissement en images
d’électrons secondaires et en images d’électrons rétrodiffusés afin de localiser par contraste
de numéro atomique les éléments les plus lourds (plus les éléments sont lourds, plus ils
apparaissent sombres, et vice versa). Après le repérage de particules contenant de l’arsenic,
une cartographie X de la zone a permis de localiser les éléments recherchés et leurs
éventuelles associations.
La Figure 13 présente la cartographie X pour chacun des éléments suivants : Ca, As, Fe,
S et Si, de l’image initiale en électrons secondaires d’un échantillon homogène de sol
« brut » (0 à 2 mm). Pour chacune des cartes, une échelle de couleur relative est utilisée,
s’étalant du blanc (forte présence) au noir (absence). Dans ce type d’échantillon, il convient
tout de même de rester prudent dans les interprétations pour des raisons de représentativité
de l’échantillon traité, même si certaines associations peuvent cependant être mises en
évidence. Les cartographies X d’autres échantillons, issus de fractions granulométriques
différentes (de 50 à 200 µm, et de 200 à 2000 µm), sont également présentées dans
l’Annexe 4.
Par conséquent, les sols S6 et S6n ne sont donc pas de véritables sols au sens
agronomique du terme (c'est-à-dire support et substrat de croissance des plantes) mais plutôt
un ensemble de remblais et de résidus miniers mêlés à une terre moyennement fine sablo-
argileuse. Ils semblent être le témoin de profonds remaniements « anthropiques » et
naturels. Les auteurs du BRGM, dans le rapport destiné à l’ADEME, soulignent également
que les modifications subies par le sol S6 semblent récentes. Ces auteurs concluent que les
encroûtements des grains par des (oxy)hydroxydes ferriques à As seraient le fruit de
l’oxydation de l’arsénopyrite ; et qu’un apport, postérieur à cette phase d’oxydation, de
calcite (ou de chaux) contribuerait à la formation de gypse (sans arsenic et sans
encroûtement) à l’origine du pH du sol S6 proche de la neutralité.
Quant au sol S6n, il a ensuite dû subir un nouvel épisode d’altération par lessivages
superficiels à l’origine de la disparition des carbonates dans la matrice, de la diminution des
teneurs en éléments inorganiques et du pH acide mesuré.
Les résultats du test appliqué au sol S6 montrent que, pour l’ensemble des composés
suivis, la fraction lixiviable est inférieure aux seuils d’acceptation en classe 1. Concernant
l’arsenic polluant cible de l’étude, sa fraction lixiviable est très faible, d’environ
4,70 [Link]-1 de sol sec, ce qui correspond à un taux de mobilisation d’environ 0,02 % de
l’arsenic total. Cette très faible mobilité en phase aqueuse, malgré des teneurs très élevées
présentes dans le sol, confirme la forte stabilité de l’immobilisation de l’arsenic sur les
particules du sol (principalement sur les (oxy)hydroxydes de fer).
Un test de percolation en colonne a été réalisé sur le sol S6, selon le protocole du projet
de norme européenne figurant dans le document n°138 du CEN/TC292/WG6 (CEN, 1998a),
afin d’étudier la dynamique du relargage par percolation d'eau déminéralisée au travers du
sol (ADEME, 2003).
Les principaux résultats sont présentés dans le Tableau 20. Ces résultats ont été comparés
à deux concentrations limites, ne constituant pas des seuils réglementaires mais des
objectifs de traitement du sol pollué dans le cadre du programme ADEME « Traitabilité des
sols pollués – Guide méthodologique pour la sélection des techniques et l’évaluation de
leurs performances » (ADEME, 2003). Ces concentrations limites ont été calculées d’après
l’ADEME : « par la modélisation de scénarios simplifiés, consistant en l'étude du
comportement à la pluie d'un dépôt de matériaux de dimensions fixées et de perméabilité
connue sur un système géologique composé d'une zone non saturée et d'un aquifère dont les
perméabilités ont été choisies de manière à représenter, peu ou prou, les systèmes parmi les
plus couramment rencontrés en France. Les scénarios proposés ici concernent :
- le stockage en centre de classe 3 (type G) tel qu'il est défini dans le cadre du projet
de dispositions réglementaires relatives aux centres de stockage de classe 3 (version
du 11.6.98). La série d’objectifs n°1 correspond aux seuils définis pour ce scénario,
- l'utilisation comme talus routier (2 m x 1 m x 15000 m), telle que définie initialement
dans le cadre du groupe de travail "Réutilisation des terres dépolluées" du Ministère
de l'Ecologie et du Développement Durable (compte-rendu de la réunion du 20 avril
1999). La série d’objectifs n°2 correspond aux seuils définis pour ce scénario. »
(ADEME, 2003).
Deux méthodes d’extractions chimiques sélectives successives ont ainsi été réalisées sur
les sols S6 et S6n dans le but d’appréhender qualitativement la nature des liaisons sols -
polluants inorganiques.
Les principaux résultats obtenus pour les sols bruts S6 et S6n, concernant la répartition
des éléments : As, Fe, Al, Cu et Zn, dans les différentes fractions définies par le protocole
adapté de Tessier et al. (1979), sont présentés dans la Figure 14. Ceux concernant la
répartition de ces mêmes éléments, dans les différentes fractions selon la procédure du BCR
(Quevauviller, 1994; Quevauviller et al., 1998; Ure et al., 1993), sont illustrés dans la
Figure 15.
100% 100%
80% 80%
60% 60%
40% 40%
20% 20%
0% 0%
As Fe Al Cu Zn As Fe Al Cu Zn
F1 F2 F3 F4 F5 F1 F2 F3 F4 F5
S6 S6n
Figure 14 : Répartition des éléments : As, Fe, Al, Cu et Zn, dans les différentes fractions,
spécifiques au protocole adapté de Tessier et al. (1979), des sols bruts S6 et S6n.
Avec: F1: Fraction échangeable ; F2: Fraction liée aux carbonates ; F3 : Fraction liée aux
oxydes ; F4: Fraction liée à la matière organique ; F5: Fraction résiduelle estimée (non
extraite - liée aux composés siliceux).
Il convient tout d’abord de noter que, quelle que soit la procédure employée, adaptée de
Tessier et al. (1979) ou du BCR, les quantités totales solubilisées d’arsenic, de fer et
d’aluminium issues des deux sols sont faibles (généralement inférieures à 20 % du contenu
total pour l’arsenic et le fer, respectivement, et inférieures à 3 % du contenu total pour
l’aluminium). Ces éléments (As, Fe et Al), légèrement plus mobilisables dans le sol S6 que
le sol S6n, semblent donc essentiellement associés par des liaisons fortes à la fraction
résiduelle du sol (c'est-à-dire, aux composés siliceux). De plus, la répartition de ces
éléments est globalement la même dans les deux sols quel que soit le protocole employé.
L’aluminium semble très fortement fixé sur les composants de la matrice poreuse (97 %
du contenu total en Al apparaissent dans la fraction résiduelle, non extraite ici), et aucune
corrélation avec d’autres éléments ne peut être établie. De ce fait, cet élément ne sera donc
pas systématiquement analysé par la suite.
Pour les deux sols, il est par ailleurs intéressant de remarquer l’analogie entre le
comportement du fer et celui de l’arsenic : une corrélation peut être faite entre ces deux
éléments quel que soit le protocole utilisé confirmant leur association. La fraction extraite
de l’As et du Fe se situe essentiellement dans la fraction dite « réductible » ou liée aux
oxydes métalliques (environ 15 % du contenu total) selon le protocole du BCR, en accord
avec les observations minéralogiques précédentes.
100% 100%
80% 80%
60% 60%
40% 40%
20% 20%
0% 0%
As Fe Al Cu Zn As Fe Al Cu Zn
B1 B2 B3 F5 B1 B2 B3 F5
S6 S6n
Figure 15 : Répartition des éléments : As, Fe, Al, Cu et Zn, dans les différentes fractions,
spécifiques au protocole adapté du BCR, des sols bruts S6 et S6n.
Avec: B1: Fraction échangeable et acido-soluble ; B2: Fraction « réductible » ; B3: Fraction
« oxydable »; F5: Fraction résiduelle estimée (non extraite - liée aux composés siliceux).
Concernant le cuivre et le zinc, il est beaucoup plus difficile d’établir des comparaisons
entre les protocoles et entre les deux sols d’études. Ces deux éléments apparaissent
globalement moins fortement liés aux particules de sol, car plus facilement extraits. Dans le
sol S6, selon la procédure du BCR, le cuivre et le zinc apparaissent majoritairement dans la
fraction échangeable et acido-soluble, environ 40 % du cuivre et du zinc total sont extraits
dans cette fraction. La fraction facilement extractible est plus faible dans le sol S6n
probablement du fait du lessivage superficiel acide qu’il semble avoir subi, conduisant
préférentiellement à la mise en solution des éléments liés à cette fraction. Il est également
intéressant de noter que, selon les deux protocoles employés, en plus de l’importante
fraction échangeable et acido-soluble déterminée principalement par la procédure du BCR,
le cuivre apparaît également lié à la fraction « oxydable », c'est-à-dire principalement aux
matières organiques et aux sulfures. En revanche, le zinc est assez peu associé à cette
fraction et se retrouve davantage dans la fraction « réductible », c'est-à-dire lié aux oxydes
de Fe, Mn et Al. La même observation a été faite par d’autres auteurs (Domergue & Vedy,
1992).
Des tests d’extractions simples ont été appliqués au sols S6 et S6n avec pour principal
objectif l’obtention d’une « échelle de mobilité » par rapport au contenu total préalablement
déterminé, c’est-à-dire la détermination des fractions soluble, mobile et mobilisable.
Les résultats de ces trois extractions simples (respectivement à l’eau déminéralisée, au
CaCl2 (chlorure de calcium, 0,01 mol.L-1) et à l’EDTA (Ethylène Diamine Tétraacétique
Acide, 0,05 mol.L-1 tamponnée à pH 7,5)) fournissent une estimation quantitative de la
mobilité des polluants dans le sol sans faire intervenir le facteur temps. Ils sont commentés
à la lumière des résultats fournis par la caractérisation physico-chimique préliminaire et par
le test d’extractions séquentielles. L’extraction simple à l’eau déminéralisée permet
également de déterminer les caractéristiques chimiques (pH, Eh, conductivité, spéciation de
l’arsenic en solution) de la solution de sol dans des conditions dites : « naturelles ». La
fraction extraite par la solution d’EDTA peut être considérée comme la fraction maximale
extractible du sol.
Tableau 21 : Extractions simples sur les sols S6 et S6n : teneurs extraites en mg.L-1 et
principales caractéristiques chimiques (temps de contact : 48 h).
As Cu Fe Zn SO4 2- pH Eh Cond.
(mg.L-1 ) (mg.L-1 ) (mg.L-1 ) (mg.L-1 ) (mg.L-1 ) (mV vs. (µS/cm)
ENH)
S6 – Eau 0,34 0,02 0,04 0,06 1598 6,66 +410 2388
déminéralisée
(L/S = 10 mL/g)
S6 – CaCl2 0,32 0,03 0,02 0,001 na 7,82 +402 na
(0,01 mol.L -1 ;
L/S = 10 mL/g)
S6 – EDTA 86,65 9,78 142,91 1,62 na 7,50 +233 na
(0,05 mol.L -1 ;
(L/S = 100 mL/g)
S6n – Eau 3,74 17,71 1,52 na 1622 4,03 +541 2427
déminéralisée
(L/S = 10 mL/g)
S6n – CaCl2 4,20 19,65 5,77 na na 3,61 +527 na
(0,01 mol.L -1 ;
L/S = 10 mL/g)
S6n – EDTA 36,96 3,54 67,23 na na 7,43 +253 na
(0,05 mol.L-1 ;
(L/S = 100 mL/g)
*na : non analysé.
Les deux sols présentent des valeurs différentes de pH « naturel », légèrement acide à
neutre pour le sol S6, et acide pour le sol S6n. Les conditions oxydo-réductrices de la
solution de sol sont également différentes. En effet, nous constatons des conditions plus
oxydantes dans le cas du sol S6n, avec un Eh de l’ordre de +550 mV vs. ENH (Tableau 21).
Toutefois, ces conditions de pH et de Eh n’ont pas eu d’influence sur la spéciation de
l’arsenic en solution. En effet, les analyses des filtrats, réalisées par HPLC-ICP-MS, ont
montré que la très faible quantité d’arsenic extraite par l’eau (environ 0,3 mg.L-1 et
3,8 mg.L-1, pour les sols S6 et S6n, respectivement) est uniquement sous forme oxydée
As (V).
Concernant l’extraction au CaCl2 (0,01 mol.L-1), l’ajout de CaCl2 n’a pas d’influence sur
les conditions oxydo-réductrices de la solution de sol (environ +400 mV vs. ENH et
+530 mV vs. ENH, pour les sols S6 et S6n, respectivement), mais a un léger effet sur les
valeurs de pH relevées (pH plus basique dans le cas du sol S6 et plus acide dans le cas du
sol S6n) (Tableau 21).
Enfin, lors de l’extraction à l’EDTA (0,05 mol.L-1 tamponnée à pH 7,5), il est tout
d’abord intéressant de souligner que la valeur de pH final d’extraction quel que soit le sol
d’études se situe bien dans la gamme souhaitée (comprise entre 7 et 8, permettant un
compromis entre le maximum de solubilité de nombreux anions en milieu acide et
l’augmentation de la chélation des cations optimale en milieu basique (Garrabrants &
Kosson, 2000). Il peut être aussi noté que l’EDTA semble présenter, en plus de son pouvoir
chélatant, un effet légèrement réducteur (Eh final mesuré pour les deux sols d’environ
+250 mV vs. ENH) mais trop faible pour avoir une influence sur la spéciation des éléments
étudiés (Tableau 21).
Afin de pouvoir comparer les résultats obtenus à l’issue des ces extractions simples pour
les deux sols (S6 et S6n), les graphiques ci-dessous présentent les teneurs extraites en
éléments en [Link]-1 de sol sec (Figure 16), puis, les pourcentages d’éléments extraits (par
rapport aux contenus totaux) (Figure 17).
S6 S6n
15000 8000
12500
6000
mg/kg de sol sec
7500 4000
5000
2000
2500
0 0
As Cu Fe As Cu Fe
EDTA 0,05 M 8665 978 14291 EDTA 0,05 M 3696,00 353,50 6723,00
Figure 16 : Extractions simples sur S6 et S6n : teneurs extraites en [Link]-1 de sol sec.
S6 S6n
60 50
50 40
% de sol sec
% de sol sec
40
30
30
20
20
10
10
0 0
As Cu Fe As Cu Fe
Excepté le cas du cuivre du sol S6n, les fractions soluble et mobile issues de l’extraction
simple à l’eau déminéralisée et au CaCl2 sont très faibles pour les éléments étudiés quel que
soit le sol étudié (environ 0,012 % et 0,0004 % du contenu total en arsenic et fer,
respectivement extraits dans les fractions soluble et mobile du sol S6 ; et environ 0,3 % et
0,1 % respectivement extraits dans celles du sol S6n) (Figures 16 et 17). Les importantes
teneurs en cuivre mesurées dans les fractions soluble et mobile du sol S6n (environ 25 % du
contenu total en cuivre extraits), comparativement à celles obtenues avec le sol S6 (environ
0,01 % du contenu total en cuivre extraits), s’expliquent par la différence de pH auquel ces
extractions simples ont été conduites. Du fait de son comportement amphotère, la solubilité
du cuivre sera en effet plus importante pour des valeurs de pH acide (comme celles
mesurées lors des extractions avec le sol S6n) que pour des valeurs neutres (comme celles
obtenues avec le sol S6) (Tableau 21).
*
− zone 1 : aucune variation de pH observée → zone tampon ,
− zone 2 : rapide diminution du pH observée → zone d'équivalence,
− zone 3 : lente diminution du pH observée, puis le pH tend vers une asymptote
horizontale.
Les milli-équivalents H+ ajoutés sont utilisés comme unité pour représenter sur une
même échelle la quantité de base ou d'acide ajoutée. Ainsi, les milli-équivalents positifs
correspondent à l'ajout d'acide tandis que les milli-équivalents négatifs traduisent l'ajout de
base. Les résultats obtenus pour les sol S6 et S6n sont présentés dans la Figure 18 ci-
dessous.
14
12
10
8
pH 6,66
6
4,03
4
2
0
-2 -1 0 1 2
meq H+/g de sol sec
S6 S6n
Pour les deux sols, un pH inférieur à 2 est atteint pour une addition de 1 milli-équivalent
d’acide par gramme de sol sec. Ainsi, au cours de l’acidification, le pH chute rapidement
*
Le pouvoir tampon est la capacité du sol à réduire ses variations de pH en cas d’apports
d’acides ou de bases.
jusqu’à une valeur de 1,5 correspondant vraisemblablement à une dissolution (partielle) des
oxydes et hydroxydes de fer présents initialement dans le sol (Duchaufour, 1997).
La détermination de la capacité de neutralisation acido-basique du sol montre ainsi que
les sols étudiés présentent un pouvoir tampon relativement faible dans le cas du sol S6 à
presque inexistant pour le sol S6n, en lien avec la plus faible teneur en carbonates dans le
sol S6n.
La mobilisation des polluants dépend de plusieurs facteurs : leur solubilité dans l’eau et
leur concentration dans le sol. La solubilité dépend de la composition chimique du lixiviat
en équilibre avec le matériau. La sensibilité chimique des sols en fonction du pH est un
paramètre important pour la détermination de la solubilisation des polluants (Blanchard,
2000).
La solubilisation en fonction du pH, après 48 heures de contact, de l’arsenic, du fer, et du
cuivre présents dans les 2 sols S6 et S6n, est présentée dans les figures ci-dessous.
50 50
% extrait du contenu tota
40 40
30 30
20 20
10 10
0 0
0 2 4 6 8 10 12 14 0 2 4 6 8 10 12 14
pH pH
As Fe Cu As Fe Cu
S6 S6n
1000 1000
100 100
As [mg.L-1]
As [mg.L-1]
10 10
1 1
0,1 0,1
0 2 4 6 8 10 12 14 0 2 4 6 8 10 12 14
pH pH
--- LD = 0,3 mg.L-1 --- LD = 0,004 mg.L-1
S6 S6n
10000 10000
1000 1000
100 100
Fe [mg.L-1]
Fe [mg.L-1]
10 10
1 1
0,1 0,1
0,01 0,01
0,001 0,001
0 2 4 6 8 10 12 14 0 2 4 6 8 10 12 14
pH pH
--- LD = 0,006 mg.L-1 --- LD = 0,001 mg.L-1
S6 S6n
Un léger décalage au niveau des courbes de solubilisation du cuivre et du fer est donc
noté, avec par exemple un minimum de solubilité du cuivre (concentrations inférieures à
1 mg.L-1) pour des valeurs de pH supérieures à 3 pour le sol S6, et des valeurs de pH
comprises entre 7 et 13 pour le sol S6n (Figure 20). La même observation peut être faite
pour le fer, avec un minimum de solubilité du Fe (concentrations inférieures à 1 mg.L-1)
compris entre des valeurs de pH de 3 et 9 pour le sol S6, et pour des valeurs de pH
supérieures à 4 dans le cas de S6n (Figure 21). La zone des minima de solubilité de l’As
(concentrations inférieures à 1 mg.L-1) est pratiquement la même pour les 2 sols et se situe
ainsi entre des valeurs de pH de 4 et 9 pour le sol S6, et 5 et 9 pour le sol S6n (Figure 22).
100 100
10 10
Cu [mg.L-1]
Cu [mg.L-1]
1 1
0,1 0,1
0,01 0,01
0,001 0,001
0 2 4 6 8 10 12 14 0 2 4 6 8 10 12 14
pH pH
--- LD = 0,003 mg.L-1 --- LD = 0,001 mg.L-1
S6 S6n
Globalement, les éléments sont d’autant plus solubles que le pH diminue. Aux valeurs de
pH supérieures à 6, les concentrations en solution sont faibles au regard du contenu initial,
hormis pour l’arsenic, où en conditions basiques (pH supérieur à 13) environ 4 et 14 % de
l’arsenic total sont mobilisés pour les sols S6 et S6n, respectivement (Figures 19 et 20).
A un pH de l’ordre de 1,3, la quantité de fer dissoute atteint respectivement 1830 et
910 mg.L-1 pour les sols S6 et S6n, soit environ 21 et 16 % du fer total (Figures 19 et 21).
Quant au cuivre présent en concentrations initiales plus faibles dans les deux sols
d’études, 30 % et 50 % du cuivre total des sols S6 et S6n sont respectivement mobilisés
pour un pH d’environ 1,3 (Figures 19 et 22).
En ce qui concerne l’arsenic, les résultats montrent une très forte augmentation de la
mobilité en milieu acide, plus modérée en milieu basique. Pour une valeur de pH d’environ
1,3, la quantité d’arsenic dissoute atteint respectivement 525 et 570 mg.L-1 pour les sols S6
et S6n, soit environ 19 et 40 % de l’arsenic initialement contenus dans les deux matrices
(Figures 19 et 20). A ces pH acides, il s’agit vraisemblablement d’un phénomène de
dissolution des (oxy)hydroxydes de fer, entraînant une forte libération du fer (environ 21 et
16 % du fer total pour les sols S6 et S6n, respectivement) (Figures 19 et 21), couplée à une
importante solubilisation de l’arsenic lié (Sigg et al., 2000; Matera, 2001; Matera et al.,
2003). Bowel (1994) évoque également le fait que pour des valeurs de pH inférieures à 4,
les ions Fe3+ sont relargués de la surface des oxydes et peuvent former avec l’arsenic, des
complexes solubles de type Fe3+-H2AsO4-, limitant de fait la sorption de l’arsenic sur des
composants de la phase solide.
A pH basique (environ 13), une quantité importante d’arsenic est solubilisée (environ
100 mg.L-1 et 200 mg.L-1 pour les sols S6 et S6n, respectivement, soit environ 4 et 14 % de
l’arsenic total) (Figures 19 et 20). Cette libération d’arsenic correspond très
vraisemblablement à un mécanisme de désorption par compétition des ions OH- (répulsion
coulombienne) à la surface des (oxy)hydroxydes de fer (dans le cas d’un processus
d’adsorption non spécifique) (Carbonell-Barrachina et al., 1999; Matera, 2001; Clozel et al.,
2002). D’autres processus de remobilisation peuvent également avoir lieu lors d’une
augmentation de pH : une dissolution des arséniates de fer (scorodite par exemple) stables
pour des pH acides (Matera, 2001), et des « phases anthropiques » (scories vitreuses riches
en silice et porteuses d’arsenic) peu nombreuses dans ce sol.
L’augmentation des groupements hydroxyles peut également entraîner un déplacement
des espèces arséniées de leurs sites de liaison par une réaction d’échange de ligand pour
former des liaisons covalentes avec les phases minérales responsables de la mobilisation de
l’arsenic (dans le cas d’un processus d’adsorption spécifique) (Jain et al., 1999). De plus, du
fait des charges négatives de surface, la sorption des arséniates et des arsénites est très
faible (Bowel, 1994; Pierce & Moore, 1982).
En revanche, le fer n’est pratiquement pas solubilisé (seulement 0,2 et 0,01 % du fer total
pour les sols S6 et S6n, respectivement), ce qui est probablement dû à une précipitation sous
forme d’hydroxydes ferriques (Figures 19 et 21).
8 600
7
500
3
200
2
100
1
0 0
0 1000 2000 3000 4000 0 1000 2000 3000 4000
t (heures) t (heures)
A B
2,5
Conductivité ([Link]-1)
1,5
0,5
0
0 1000 2000 3000 4000
t (heures)
Le pH reste ainsi assez stable durant le test, légèrement supérieur au pH naturel du sol.
La conductivité augmente progressivement avec le relargage des éléments. Quant au
potentiel d’oxydo-réduction, il reste relativement stable et proche de +400 mV vs. ENH
(Figure 23).
3 0,03
2,5 0,025
[Link]-1 de sol sec
% du contenu total
2 0,02
1,5 0,015
1 0,01
0,5 0,005
0 0
0 1000 2000 3000 4000 0 1000 2000 3000 4000
t (heures) t (heures)
As Fe Cu As Fe Cu
A B
Après 130 jours, de très faibles masses lixiviées sont ainsi mesurées, correspondant à
environ, 0,01 % de l’arsenic total, 0,0004 % du fer total, et 0,025 % du cuivre total.
Comme l’indiquait la mesure des fractions soluble (eau déminéralisée) et mobile (CaCl2)
lors des extractions simples à l’équilibre (Figure 17), ces espèces se trouvent donc dans le
sol sous une forme très peu soluble et relativement stable.
Les courbes d’évolution temporelle des quantités cumulées lixiviées en cuivre et fer
(Figure 24) présentent une allure similaire, avec atteinte d’un « palier » au bout de quelques
semaines de lixiviation.
En revanche, l’arsenic pour lequel un palier n’est jamais atteint semble présenter une
cinétique de mobilisation plus lente que les autres éléments, en particulier par rapport à
celle du fer qui atteint très rapidement un comportement quasi-asymptotique.
Le palier observé pour le fer et le cuivre sur les courbes de lixiviation traduit un
ralentissement important du relargage qui ne peut pas être interprété par la saturation de la
solution de lixiviation, car les valeurs de solubilité pour des pH compris entre 6 et 8 sont
nettement supérieures aux concentrations obtenues pour chaque prélèvement du test CGLT.
La limitation peut être due à d’autres phénomènes qui ne peuvent pas être interprétés par le
seul mécanisme diffusionnel.
(Figure 25). Dans l’hypothèse d’un contrôle par la diffusion dans le matériau, l’émission est
ainsi représentée sous la forme d’une droite de pente ½ (Cf. paragraphe II.[Link].).
2,5 2,5
y = 0,4113x - 0,6631
2 2
R2 = 0,9782
1,5 1,5
1 1
0,5 0,5
0 0
0 2 4 6 8 0 2 4 6 8
log t (secondes) log t (secondes)
As Fe Cu
II.[Link]. Conclusion
Le test CGLT a été mis en œuvre car il permet de mettre en évidence la mobilisation des
polluants, lorsque la dynamique est apparemment contrôlée par un mécanisme diffusionnel
dans la porosité saturée en eau.
Lorsque le mécanisme limitant cette dynamique n’est pas diffusionnel, la méthodologie
est mise en défaut. Ainsi pour le fer et le cuivre, les relargages d’intensité très faible ne
peuvent pas être interprétés comme limités par un processus diffusionnel (pas de pente ½).
II.4. Conclusion
Les résultats obtenus dans la procédure méthodologique permettent de répondre
qualitativement à la question du risque de mobilisation de l’arsenic présent dans ces sols :
ce risque de mobilisation lors d’un contact avec de l’eau est limité par la très faible
solubilité de l’arsenic dans la solution interstitielle et par la stabilité de son immobilisation
sur les particules du sol (principalement sur les (oxy)hydroxydes de fer d’après les éléments
d’analyses minéralogiques).
Un risque de mobilisation à plus ou moins long terme existe cependant dans des
conditions de lixiviation particulières qui peuvent survenir dans le cadre de scénarios prévus
pour la gestion du site pollué. Les essais de caractérisation de l’influence du pH montrent
notamment que pour ces sols à pouvoir tampon relativement faible, la solubilité de l’arsenic
augmente fortement dans des conditions très acides (pour des valeurs de pH inférieures à
1,5, environ 19 et 40 % de l’arsenic total solubilisés pour les sol S6 et S6n, respectivement)
et plus modérément en conditions très basiques (pour des valeurs de pH supérieures à 13,
environ 4 et 14 % de l’arsenic total solubilisés pour les sol S6 et S6n, respectivement). Les
essais d’extraction simple à l’équilibre par une solution aqueuse complexante (EDTA)
révèlent également la possibilité de mobilisation de l’arsenic (environ 30 % du contenu total
en arsenic extraits pour les deux sols) dans certaines conditions du milieu. Enfin, des effets
induits par un milieu oxydant ou réducteur ont aussi été mis en évidence par les extractions
séquentielles. En effet pour les sols S6 et S6n, 15 et 8 % de l’arsenic total sont extraits,
respectivement, dans la fraction dite « réductible » selon la procédure d’extractions
séquentielles du BCR (Ure et al., 1993; Quevauviller, 1994; Quevauviller et al., 1998). Le
risque de mobilisation de l’arsenic peut donc devenir important dans le cas de changements
induits par les conditions du milieu (en particulier dans le cas d'action microbienne de bio-
réduction ou de bio-oxydation).
Concernant les deux sols S6 et S6n, prélevés au même endroit sur le même site avec un
délai de trois ans, le comportement des éléments étudiés semble globalement le même dans
les différentes conditions de lixiviation employées ; et ceci malgré des propriétés physico-
chimiques de sol différentes (moins de carbonates, pH et Eh dits « naturels » (mise en
solution du sol dans de l’eau déminéralisée) plus acide et plus oxydant, respectivement,
dans le cas du sol S6n). Cette observation laisse supposer que le mode de fixation des
éléments étudiés sur les particules de sol a connu peu de variations au cours des trois
années. Par contre, il convient de remarquer que le vieillissement naturel subi par le sol
S6n, avec vraisemblablement des lessivages superficiels par des eaux acides (de type
DMA), a entraîné une nette diminution des teneurs totales dans le sol, notamment en fer, en
cuivre, et en arsenic, ainsi qu’une diminution du pouvoir tampon du sol (du fait de la
disparition des carbonates). De plus, une mobilisation significative de l’arsenic a été
observée à la fois en conditions très acides et en conditions très basiques, confirmant ainsi
le risque de mobilisation de l’arsenic présent dans ces sols à plus ou moins long terme.
III.1. Préambule
Au regard des résultats obtenus dans la partie II et des éléments bibliographiques
concernant l’arsenic (Cf. Partie I.3), il est apparu important tout d’abord d’essayer de
préciser le « fractionnement opérationnel » de l’arsenic dans les sols d’études en lien avec
les investigations minéralogiques précédemment réalisées, par la mise en œuvre de
procédures d’extractions séquentielles adaptées à ce métalloïde. Des tests complémentaires
d’extraction simple en batch ont également été conduits afin de vérifier l’hypothèse selon
laquelle l’adsorption sur les (oxy)hydroxydes de fer est le mécanisme principal de liaison
entre l’arsenic et les composants du sol S6, comme le montre le BRGM (Clozel et al.,
2002), dans le cadre du programme ADEME : « Traitabilité des sols pollués – Guide
méthodologique pour la sélection des techniques et l’évaluation de leurs performances »
(ADEME, 2003).
Il a également été souligné dans la partie bibliographique que, les conditions de pH et
d’oxydo-réduction de la solution de sol gouvernent l’état d’oxydation de l’arsenic et, par
conséquent, influent fortement sur sa mobilisation (Carbonell-Barrachina et al., 1999;
Masscheleyn et al., 1991). L’influence du pH a été étudiée précédemment en conditions
oxydantes (air ambiant) (Chatain et al., 2003a) (Cf. paragraphe II.3.2.5.), il a donc semblé
utile de mettre en œuvre d’autres tests de lixiviation permettant d’appréhender son effet en
conditions réductrices, induites chimiquement ou biologiquement, sur la mobilisation de
l’arsenic et du fer. Pour cela, une étude de la mobilisation de l’arsenic a été menée en
conditions réductrices sur le sol d’études, par addition d’agents chimiques réducteurs
(Chatain et al., 2005b). Afin de prendre en compte l’influence de l’activité bactérienne
endogène en conditions anaérobies (absence d’O2) sur la mobilité potentielle de ces
éléments, des essais de bio-réduction ont également été réalisés (Chatain et al., 2003b;
2005a).
Tableau 23 : Protocole d’extractions séquentielles (sur la base des travaux de Tessier et al.,
1979 et Shuman, 1985; modifié par Matera, 2001).
Mode opératoire (Volume,
Fractions extraites Réactif(s)
Durée, Température)
F1 : soluble dans MgCl2
(métaux cationiques MgCl2 (1 mol.L-1), pH = 7 8 mL, 1 h, température ambiante
échangeables)
F2 : Fraction acido-
CH3COONa (1 mol.L-1) /
soluble (liée aux 8 mL, 1 h, température ambiante
CH3COOH pur, pH = 5
carbonates)
F3 : Fraction facilement [Link] (0,04 mol.L-1)
réductible (oxydes de dans CH3COOH 25 %, 20 mL, 1 h, bain-marie à 96±2°C
manganèse) pH = 2
F3-Fe,a : Fraction (NH4)2C2O4.H2O
40 ml, 4 h dans le noir,
moyennement réductible (0,2 mol.L-1) / H2C2O4
température ambiante
(oxydes de fer amorphes) (0,2 mol.L-1), pH = 2
F3-Fe,c : Fraction (NH4)2C2O4.H2O
40 ml, 30 min, bain-marie à
difficilement réductible (0,2 mol.L-1) / H2C2O4
(oxydes de fer (0,2 mol.L-1) / C6 H8O6 100±2°C
-1
cristallisés) (0,1 mol.L ), pH = 2
HNO3 (0,02 mol.L-1) /
3 mL HNO3 + 5 mL H2O2, 2 h,
H2O2 (30 %, pH = 2 avec
F4 : Fraction oxydable bain-marie à 85±2°C
HNO3)
(sulfures, matières
H2O2 (30 %, pH = 2) 3 mL, 3 h, bain-marie à 85±2°C
organiques) -1
CH3COONH4 (3,2 mol.L ) 5 mL + eau distillée pour volume
dans HNO3 20 % final de 20 mL
Estimation ou séchage à l’étuve
F5 : Fraction résiduelle - (30±2ºC) pendant 48 h, puis
attaques acides ou fusion alcaline.
Une autre procédure spécifique à l’arsenic et adaptée aux particularités des sols d’études
(fortes teneurs en fer et associations arsenic / fer) a également été testée. Il s’agit du schéma
développé par Wenzel et al. (2001) modifiant la procédure de Zeien et Brümmer (1989) afin
de prendre en compte la nature anionique des différentes espèces d’arsenic présentes dans le
sol. Ce schéma, réalisé également sur 1 g de sol sec, (Tableau 24) doit permettre à partir de
six extractions chimiques, avec les limites inhérentes à celles-ci, de distinguer dans les sols
cinq fractions d’arsenic inorganique plus une résiduelle.
Des extractions simples au NaOH (1 mol.L-1) et au K2HPO4 (0,1 mol.L-1) ont ainsi été
conduites, avec un ratio L/S de 10 mL/g et un temps de contact de 48 heures, suivant le
protocole développé par le BRGM (Clozel et al., 2002).
Ainsi, trois échantillons de sol (triplicats, 10 g de matière sèche avec une granulométrie
inférieure à 2 mm) sont placés dans des flacons de 250 mL en polyéthylène et mis en
suspension dans 100 mL de solution (humidité résiduelle de l’échantillon de sol calculée
selon l’équation (II.1), complétée par la solution de NaOH (1 mol.L-1) ou celle de K2HPO4
(0,1 mol.L-1)).
Après 48 heures d’agitation à température ambiante (20±2°C) à l’aide d’un dispositif
d’agitation par retournement (10 ± 2 rpm), les lixiviats sont clarifiés par centrifugation
(4000 ± 100 G pendant 10 ± 2 minutes). Un faible volume du surnageant clarifié est alors
prélevé afin de pouvoir mesurer le pH et le Eh de la solution.
Ensuite, la phase liquide est séparée de la phase solide par filtration à 0,45 µm sur des
membranes d’acétate de cellulose (Whatman®). Le filtrat des extractions au K2HPO4 est
séparé en deux : une partie est destinée à l'analyse de l’arsenic et du fer par ICP-AES et la
seconde est utilisée pour le dosage des ions phosphates par chromatographie ionique. Dans
le cas des extractions au NaOH, le filtrat est directement recueilli pour l’analyse de l’arsenic
et du fer par ICP-AES.
Cette étude a été conduite sur le sol S6 au Civil Environmental Engineering Department
de Vanderbilt University (Nashville, TN, USA) dans le cadre d’un programme EURODOC
de la région Rhône-Alpes. Elle a fait l’objet d’une publication intitulée : « Effect of
reducing conditions on the potential mobility of arsenic from a mining soil », par Vincent
Chatain, Florence Sanchez, Rémy Bayard, Pierre Moszkowicz, et Rémy Gourdon, sous
presse dans la revue : « Journal of hazardous materials ».
Les objectifs de cette étude ont été d’évaluer pour le sol S6, d’une part les possibilités
offertes par des agents chimiques réducteurs d’atteindre différents niveaux de conditions
réductrices au sein de la solution de sol et, d’autre part, d’étudier l’impact de ces conditions
induites chimiquement sur la mobilité potentielle de l’arsenic présent dans le sol d’études.
Dans ce but, des tests de lixiviation à différents pH ont été mis en œuvre en présence
d’agents chimiques réducteurs. En plus de l’arsenic, les teneurs en fer en solution ont
également été suivies en raison des associations arsenic / fer précédemment mises en
évidence.
Cette étude a été conduite sur le sol S6, et a fait l’objet d’une publication intitulée :
« Effect of indigenous bacterial activity on arsenic mobilization under anaerobic
conditions », par Vincent Chatain, Rémy Bayard, Florence Sanchez, Pierre Moszkowicz, et
Rémy Gourdon, parue dans la revue : « Environment International ».
biolixiviation constitue en effet une alternative moins onéreuse aux méthodes chimiques
d’extraction classiquement employées (utilisant principalement des solutions acides,
chélatantes, ou oxydantes) (Alloway, 1995) et serait applicable pour certains cas de
pollutions inorganiques (Hutchins et al., 1986). Par ailleurs, cette technique biologique est
couramment utilisée à l’échelle industrielle dans le domaine de la métallurgie extractive
pour le traitement des minerais appauvris (c'est-à-dire les minerais contenant moins de
0,5 % d’or, de cuivre, ou d’uranium) (Bosecker, 1997). Elle peut s’effectuer soit en
conditions anaérobies (bio-réduction), soit en conditions aérobies (bio-oxydation) suivant
des métabolismes microbiens distincts (Couillard & Zhu, 1992; Gourdon & Funtowicz,
1998). Dans cette étude, seules les conditions anaérobies ont été examinées. Dans ces
conditions et du fait du contexte géochimique des sols d’études, les principaux
métabolismes microbiens considérés sont d’une part la respiration de As (V), Fe (III), et
Mn (IV) (Lovley, 1993; Dowdle et al., 1996; Ahmann et al., 1997; Ahmann, 2001; Stolz et
al., 2002) entraînant la solubilisation de l’arsenic et conduisant à sa mobilisation
directement ou indirectement et, d’autre part, la respiration des sulfates pouvant conduire à
la précipitation d’un grand nombre de métaux et métalloïdes sous forme d’espèces sulfurées
insolubles (Ledin & Pedersen, 1996; Moore et al., 1988; Ahmann, 2001).
Les essais batch de bio-réduction en conditions anaérobies ont été conduits pendant
une durée d’incubation de 3 mois dans des flacons en verre étanches aux gaz (Schott
Duran®) de 500 mL. L’agitation a été réalisée sur une table d’agitation orbitale à
110 ± 10 rpm, placée dans une chambre noire thermostatée à 30±2°C. Toutes les
manipulations ont été réalisées en boîte à gants pressurisée sous flux d’azote.
Pour chaque essai en batch, trois échantillons de sol (triplicats, 20 g de sol sec avec une
granulométrie inférieure à 2 mm) ont été mis en suspension, selon un ratio L/S de 10 mL/g,
avec 200 mL de solutions de compositions différentes : milieu nutritif, préparé selon la
norme européenne EN ISO 11734 (CEN, 1998b) (composé de KH2PO4 270 mg.L-1, NH4Cl
400 mg.L-1, MgCl2.12H2O 100 mg.L-1, Na2HPO4.12H2O 1120 mg.L-1, et Na2S.9H2O
100 mg.L-1), ou eau déminéralisée, avec 0 ou 1 % (v/v) de sources de carbone organique
(glucose ou lactose). Les différents essais réalisés sont présentés dans le Tableau 25. Les
essais ont été purgés à l’azote pendant, au minimum, 10 minutes avant la fermeture des
flacons afin de chasser l’oxygène dissous.
Deux paramètres susceptibles de stimuler l’activité bactérienne endogène et donc
d’accélérer la bio-réduction directe ou indirecte de l’arsenic ont été testés. Il s’agit d’une
part de l’apport d’un milieu nutritif et, d’autre part, de l’ajout d’une source de carbone
organique facilement assimilable et nécessaire au développement des bactéries
hétérotrophes endogènes. Les essais à l’eau déminéralisée, sans apport de milieu nutritif
constituent des essais nommés : « blancs ».
Périodiquement les flacons ont été ouverts dans la boîte à gants. 3 mL de la suspension
ont alors été prélevés après décantation et remplacés par un volume d’eau déminéralisée
équivalent. 8 aliquotes de solution ont ainsi été récoltés aux temps cumulés suivants de : 1,
2, 7, 14, 28, 42, 56, et 84 jours. L’évaporation de l’eau a également été contrôlée par pesée
et rééquilibrée avant et après chaque prélèvement d’échantillon. Lors de chaque
prélèvement dans la boîte à gants, le pH et le potentiel d’oxydo-réduction ont été mesurés,
avant filtration à 0,45 µm sur des filtres seringues en acétate de cellulose Rotilabo®. Le
filtrat est ensuite récupéré, complété jusqu’à 50 mL dans une fiole jaugée, et conservé dans
un flacon en polypropylène en chambre froide à 4°C jusqu’à analyses chimiques.
100 100
80 80
60 60
% %
40 40
20 20
0 0
As Fe Al As Fe Al
F1 F2 F3 - Mn F1 F2 F3 - Mn
F3 - Fe(a) F3 - Fe(c) F4 F3 - Fe(a) F3 - Fe(c) F4
F5 F5
S6 S6n
Figure 27 : Répartition de l’As, du Fe, et de l’Al (en % du contenu total) dans les différentes
fractions du protocole d’extractions séquentielles (adapté de Tessier et al., 1979 et Shuman,
1985, modifié par Matera, 2001) dans les sols S6 et S6n.
Avec: F1 : Fraction soluble dans MgCl2 (métaux cationiques échangeables) ; F2 : Fraction
acido-soluble (liée aux carbonates) ; F3 – Mn : Fraction facilement réductible (liée aux
oxydes de Mn) ; F3 – Fe(a) : Fraction moyennement réductible (liée aux oxydes de fer
amorphes) ; F3 – Fe(c) : Fraction difficilement réductible (oxydes de fer cristallisés) ;
F4 : Fraction oxydable (liée à la matière organique et/ou aux sulfures) ; F5 : Fraction
résiduelle estimée (non extraite - liée aux composés siliceux).
100 100
80 80
60 60
% %
40 40
20 20
0 0
As Fe Al As Fe Al
W1 W2 W3 W4 F5 W1 W2 W3 W4 F5
S6 S6n
Figure 28 : Répartition de l’As, du Fe, et de l’Al (en % du contenu total) dans les différentes
fractions du protocole d’extractions séquentielles (adapté de Zeien et Brümmer (1989) et
modifié par Wenzel et al. (2001)) dans les sols S6 et S6n.
Avec: W1 : Fraction d’As facilement échangeable ; W2 : Fraction d’As échangeable ;
W3 : Fraction moyennement réductible (As lié aux (hydr)oxydes de Fe et Al amorphes et
faiblement cristallisés); W4 : Fraction difficilement réductible (As lié aux (hydr)oxydes de
Fe et Al bien cristallisés) ; F5 : Fraction résiduelle estimée (non extraite).
En ce qui concerne l’arsenic, les quantités totales solubilisées laissent supposer que ce
métalloïde semble relativement mobilisable dans les deux sols d’études. La majeure partie
de la fraction extraite se trouve ainsi dans le compartiment réductible des sols d’études
(environ 73 et 66 % de l’arsenic total pour les sols S6 et S6n, respectivement, selon la
procédure développée par Matera (2001); et 46 et 31 % de l’arsenic total pour ces deux sols,
respectivement, selon la procédure développée par Wenzel et al. (2001)) (Figures 27 et 28).
Si l’on privilégie les résultats fournis par la procédure développée par Matera (2001), on
constate que l’arsenic est majoritairement extrait dans la fraction liée aux oxydes de fer
amorphes (F3 – Fe(a), respectivement 67 et 56 % de l’arsenic total pour les sols S6 et S6n)
(Figure 27). Cette observation est en accord avec les analyses minéralogiques, au cours
desquelles l’association entre le fer et l’arsenic avait été mise en évidence.
Une fraction importante d’arsenic est également estimée dans la fraction résiduelle, non
extraite, quel que soit le protocole employé (respectivement, 27 et 33 % de l’arsenic total
pour les sols S6 et S6n, selon la procédure développée par Matera (2001), 47 et 62 % selon
la procédure développée par Wenzel et al. (2001)) (Figures 27 et 28). Cette importante
fraction résiduelle peut être due à une limitation cinétique, à l’efficacité limitée des
extractants choisis, ainsi qu’à la présence de « phases arséniées résistantes » à ces
différentes attaques que sont potentiellement les arséniates de fer ou les sulfures (Clozel et
al., 2002).
En ce qui concerne l’extraction simple au NaOH (1 mol.L-1) (Tableau 26), il est tout
d’abord intéressant de souligner que, quel que soit le sol considéré, la valeur de pH final
d’extraction se situe bien dans la gamme souhaitée (environ 14). Dans ces conditions
extrêmes de pH, la quantité d’arsenic dissoute atteint environ 2037 et 770 mg.L-1 pour les
sols S6 et S6n, respectivement, soit environ 72 et 52 % de l’arsenic total. Comme l’indique
l’étude de la solubilisation de ces éléments en fonction du pH (Cf. paragraphe II.[Link].) et
comme le souligne le BRGM (Clozel et al., 2002), cette libération d’arsenic correspond
essentiellement à un mécanisme de désorption par compétition des ions OH- à la surface des
(oxy)hydroxydes de fer (Carbonell-Barrachina et al., 1999; Matera, 2001).
En revanche, le fer n’est pratiquement pas solubilisé (seulement 0,2 et 0,01 % du fer total
pour les sols S6 et S6n, respectivement), ce qui est dû à une précipitation sous forme
d’hydroxydes ferriques.
Cet essai d’extraction simple au NaOH (1 mol.L-1) suggère que respectivement 72 et
52 % de l’arsenic total présents dans les sols S6 et S6n sont adsorbés sur les
(oxy)hydroxydes de fer. Ces résultats sont en accord avec ceux obtenus par le BRGM, qui
estimait pour sa part que 64 % de l’arsenic total du sol S6 étaient adsorbés sur ces phases
(oxy)hydroxydes (Clozel et al., 2002). La petite différence observée, entre nos valeurs et
celles du BRGM, résulte probablement de différences opératoires et d’un effet cinétique (le
BRGM a en effet mené son expérience sous la forme d’extractions successives sur une
fraction de sol tamisée à 4 mm, alors que cet essai a été conduit sous la forme d’une
extraction simple sur une fraction tamisée à 2 mm).
Les 28 et 48 % de l’arsenic total restants dans les sols S6 et S6n correspondent à la
fraction d’arsenic coprécipitée avec le fer et à des phases arséniées résistantes de faible
solubilité (telles que des arséniates de fer et/ou des sulfures).
En ajoutant une étape à son expérience (ajout d’une extraction successive avec une
solution tampon oxalate/acide acétique à pH = 3), le BRGM estime à 9 % la fraction
d’arsenic du sol S6 coprécipitée avec le fer (Clozel et al., 2002). Ils attribuent les 27 %
restants aux « formes résistantes ».
Concernant l’essai visant à extraire l’arsenic adsorbé par ajout d’anions compétiteurs en
large excès (K2HPO4 à 0,1 mol.L-1) (Tableau 27), il est tout d’abord intéressant de souligner
que cette extraction s’est produite dans des conditions finales de pH et de Eh relativement
proches de celles obtenues lorsque le sol évolue naturellement en présence d’eau
déminéralisée pour le sol S6.
Dans le cas du sol S6n, l’extraction s’est déroulée dans des conditions de pH et de Eh,
plus basiques et moins oxydantes, que celles obtenues lors d’une extraction à l’eau
déminéralisée. Afin d’appréhender seulement l’influence des phosphates sur la mise en
solution de l’arsenic, et écarter ainsi les effets du pH et du Eh, nous avons ainsi utilisé
comme valeurs de comparaison les valeurs de solubilisation de l’arsenic et du fer en
fonction du pH déterminées précédemment (Cf. paragraphe II.[Link]. - utilisation du point
correspondant à -0,05 meq H+/g de sol sec, pour lequel les conditions de pH et de Eh étaient
le plus proches possibles de celles obtenues lors de l’extraction au K2HPO4) (Tableau 27).
Tableau 27 : Extraction simple au K2HPO4 (0,1 mol.L-1) sur les sols S6 et S6n : teneurs en
solution et principales caractéristiques chimiques (ratio L/S : 10 mL/g, temps de contact :
48 h).
Conditions d’extraction As Fe PO4 3- pH Eh
solution % solution % solution % en (mV
(mg.L-1 ) extrait (mg.L-1 ) extrait (mg.L-1 ) solution vs.
ENH)
S6 – Eau déminéralisée 0,34 0,0124 0,04 0,0001 na na 6,66 +410
S6 – K 2 HPO 4 135,50 4,89 0,13 0,0034 3040 33,74 7,54 +429
(0,1 mol.L -1 )
S6n – Eau déminéralisée 3,74 0,26 1,52 0,03 na na 4,03 +541
S6n – K 2 HPO 4 48,35 3,24 0,26 0,0043 6083 67,51 7,74 +367
(0,1 mol.L -1 )
S6n – Test d’influence 0,64 0,04 0,01 0,0001 na na 6,93 +356
au pH
(-0,05 meq H + /g sol sec)
na : non analysé.
Il est intéressant de noter que, lors de ces deux extractions simples et des extractions
séquentielles précédentes, nous observons des différences concernant l’intensité de fixation
de l’arsenic sur les composants du sol entre les sols S6 et S6n. Dans le sol S6n, l’arsenic
apparaît en effet plus fortement lié aux composants du sol, même s’il reste majoritairement
associé au fer. L’arsenic est davantage présent dans les fractions dites « résistantes » ou
« résiduelles » et plus difficilement désorbable comme le montre l’extraction aux
phosphates. Ces constatations sont en accord avec les résultats du chapitre II selon lesquels
le sol S6n a subi un vieillissement naturel, avec vraisemblablement des lessivages
superficiels par des eaux acides (de type DMA). Ce vieillissement naturel a entraîné une
nette diminution des teneurs totales dans le sol en arsenic, par mise en solution des fractions
d’arsenic facilement désorbables. Ce lessivage a donc conduit à une augmentation des
phases arséniées résistantes de faible solubilité dans ce sol par rapport au contenu total. En
effet, comme l’indique l’extraction aux phosphates sur le sol S6 et comme l’ont montré
d’autres auteurs sur des échantillons de sites miniers (Bowell, 1994; Bowell & Bruce, 1995;
Savage et al., 2000; Donahue & Hendry, 2003; Matera et al., 2003), la stabilisation de
l’arsenic par adsorption sur les (oxy)hydroxydes de fer dans les conditions physico-
chimiques du sol n’est pas irréversible et de nombreux paramètres, tels que des variations
des conditions de pH ou de Eh, peuvent être à l’origine d’une remobilisation de l’arsenic
dans ces sols.
Des échantillons de sol S6 ont été mis en suspension dans des solutions d'ascorbate de
sodium à quatre concentrations différentes (0,0075, 0,01, 0,025, et 0,046 mol.L-1), et mis en
agitation dans l’obscurité pendant 10 jours afin d’atteindre différentes valeurs de potentiel
d’oxydo-réduction. L’influence de ces ajouts sur le pH et le Eh de la solution de sol est
présentée dans la Figure 29.
Il peut tout d’abord être noté que, quelle que soit la concentration de la solution
d’ascorbate de sodium employée, le pH final de la solution de sol reste globalement le
même : une légère diminution d’environ une demie unité pH a été mesurée entre l’ajout
d’une solution à 0,0075 mol.L-1 d’ascorbate de sodium et celle à 0,046 mol.L-1. En
revanche, une nette diminution du potentiel d’oxydo-réduction a été observée. La baisse la
plus forte a été notée entre l’ajout d’une solution à 0,01 mol.L-1 d’ascorbate de sodium
(avec une valeur de Eh d’environ +350 mV vs. ENH) et celle à 0,025 mol.L-1 (Eh d’environ
+5 mV vs. ENH).
10 500
410
9 400
7 200
6,6
6 100
5 0
4 -100
0,00 0,01 0,02 0,03 0,04 0,05 0,00 0,01 0,02 0,03 0,04 0,05
-1
[Ascorbate Na mol.L ] -1
[Ascorbate Na mol.L ]
A B
1000 1000
(5)
(4)
100 (3)
100 (2)
(5)
(4) 10
As [mg.L-1]
Fe [mg.L-1]
10 1
(3)
0,1
(2) 0,04
1 (1)
0,01
(1)
0,1 0,001
6,6 6,6
0 2 4 6 8 10 12 14 0 2 4 6 8 10 12 14
pH pH
--- LD = 0,3 mg.L-1 A --- LD = 0,006 mg.L-1 B
Pour les ajouts d’ascorbate de sodium ayant entraîné une importante baisse du potentiel
d’oxydo-réduction avec des valeurs proches de 0 mV vs. ENH (c’est-à-dire, ceux à
0,025 mol.L-1), l’augmentation de la solubilisation de l’arsenic et du fer peut être attribuée à
la réduction partielle des arséniates As (V) en arsénites As (III) plus solubles, en plus de la
dissolution réductive des (oxy)hydroxydes de fer (Sadiq, 1997). Ces observations sont en
accord avec les travaux de Masscheleyn et al. (1991) et ceux de Sadiq (1997), indiquant
que, dans des conditions de sol modérément réduites (c'est-à-dire, pour des valeurs de Eh
comprises entre 0 et +150 mV vs. ENH), la mobilité de l’arsenic est majoritairement
contrôlée par la dissolution réductive des (oxy)hydroxydes de fer. L’utilisation d’une
solution d’ascorbate de sodium plus concentrée (0,046 mol.L-1) ne permet ni d’obtenir des
valeurs de Eh plus faibles dans la solution de sol, ni d’entraîner une nouvelle augmentation
de la solubilisation de l’arsenic et du fer. Ce résultat semble indiquer une possible saturation
de la surface des (oxy)hydroxydes de fer par l’ascorbate de sodium. En effet, au-delà d’une
certaine concentration, le taux de réduction dissolutive devient alors indépendant de la
concentration en ascorbate de sodium, comme l’ont déjà observé d’autres auteurs lors de la
réduction d’hématite (Banwart et al., 1989) ou de ferrihydrite (Postma, 1993) par de fortes
concentrations d’acide ascorbique.
1000 1000
(2)
(3) (4)
100
(2)
100
(3) 10
As [mg.L-1]
Fe [mg.L-1]
(4)
10 1
0,1
1 0,04 (1)
0,01
(1)
0,1 0,001
6,6 6,6
0 2 4 6 8 10 12 14 0 2 4 6 8 10 12 14
pH pH
--- LD = 0.3 mg.L-1 --- LD = 0.006 mg.L-1
Sans Ascorbate Na Sans Ascobate Na
Ascorbate Na - 0,046 M Ascorbate Na - 0,046 M
Ascorbate Na - 0,025 M Ascorbate Na - 0,025 M
A B
La gamme de pH étudiée est comprise entre 6,0 et 10,5 avec des valeurs de Eh comprises
entre +10 mV vs. ENH (pH de 6,0) et -160 mV vs. ENH (pH de 10,5) pour les deux
concentrations d’ascorbate de sodium employées. De plus faibles valeurs de Eh n’ont pas pu
être obtenues en conditions acides, du fait de l’utilisation de l’acide nitrique, qui possède
des propriétés oxydantes.
Il peut tout d’abord être remarqué que, sur toute la gamme de pH testée, l’ajout
d’ascorbate de sodium a entraîné une augmentation de la solubilisation de l’arsenic et du fer
(Figure 31). Comme ce qui a été observé précédemment, l’utilisation de l’une ou l’autre des
concentrations d’ascorbate de sodium n’a pas eu d’effets significatifs sur les valeurs de Eh
mesurées ou sur la solubilisation de l’arsenic et du fer.
Des échantillons de sol S6 ont été mis en suspension dans des solutions de borohydrure
de sodium à cinq concentrations différentes (0,0075, 0,01, 0,025, 0,046, et 0,075 mol.L-1) et
agités à l’obscurité pendant 48 heures afin d’atteindre différentes valeurs de potentiel
d’oxydo-réduction. La Figure 32 montre l’effet de l’ajout de ces différentes solutions sur le
pH et le Eh de la solution de sol.
Contrairement à ce qui a été observé précédemment avec l’ascorbate de sodium, l’ajout
de borohydrure de sodium a eu un effet plus fort sur le pH de la solution de sol : une
augmentation d’environ 2 unités pH a même été mesurée entre l’ajout d’une solution à
0,0075 mol.L-1 d’ascorbate de sodium et celle à 0,075 mol.L-1. De plus, le borohydrure de
sodium a permis de balayer une gamme plus large de valeurs de Eh, conduisant à
l’obtention de conditions très réductrices au sein de la solution de sol (de +140 à
-500 mV vs. ENH), par rapport à celles obtenues avec l’ascorbate de sodium (de +345 à
-7 mV vs. ENH).
La plus nette diminution du potentiel d’oxydo-réduction a ainsi été observée entre l’ajout
d’une solution à 0,01 mol.L-1 d’ascorbate de sodium (avec une valeur de Eh d’environ
+150 mV vs. ENH) et celle à 0,025 mol.L-1 (Eh d’environ –440 mV vs. ENH). L’utilisation
de solutions de borohydrure de sodium plus concentrées (0,046 et 0,075 mol.L-1) n’a pas
entraîné de changements significatifs des conditions de Eh ou de pH au sein de la solution
de sol, par rapport à celles obtenues avec la solution à 0,025 mol.L-1. Ce résultat est
similaire à celui obtenu précédemment avec l’ascorbate de sodium, suggérant une probable
saturation de la surface des (oxy)hydroxydes de fer par le borohydrure de sodium au-delà
d’une certaine concentration (Banwart et al., 1989; Postma, 1993).
10 600
410
9 400
Eh (mV vs ENH)
8 200
pH
7 0
6,6
6 -200
5 -400
4 -600
0,00 0,02 0,04 0,06 0,08 0,00 0,02 0,04 0,06 0,08
-1 -1
[Borohydrure Na mol.L ] [Borohydrure Na mol.L ]
A B
1000 1000
100
100
10
As [mg.L-1]
Fe [mg.L-1]
(6) (5) (6)
(5)
10 1 (4)
(4)
Contrairement à l’arsenic, la solubilisation du fer n’est pas affectée par les conditions
réductrices sur la gamme de pH testée (Figure 33B). Ce résultat pourrait être lié à une
possible reprécipitation du fer sous forme de sulfures dans ce système sol / solution très
réducteur. En effet, le sol étudié contient du gypse dont la lixiviation conduit à la
mobilisation d’environ 1,5 g.L-1 de sulfates dans la solution de sol. Du fait des conditions
induites par le borohydrure de sodium (c'est-à-dire, alcalines et très réductrices), une
réduction des sulfates en sulfures pourrait avoir eu lieu, entraînant l’immobilisation du fer
sous la forme de composés solides sulfurés. Sur la base de calculs thermodynamiques, Sadiq
(1997) a d’ailleurs montré que la concentration en fer dans les sols en conditions très
réductrices est majoritairement contrôlée par l’équilibre de précipitation/dissolution de la
pyrite [FeS2].
1000 1000
100
100 (4)
(3)
10
As [mg.L-1]
Fe [mg.L-1]
(2)
(3)
10 (2) (4) 1
0,1
0,04
1
(1)
0,01
(1)
0,1 0,001
6,6 6,6
0 2 4 6 8 10 12 14 0 2 4 6 8 10 12 14
pH pH
--- LD = 0,3 mg/L --- LD = 0,006 mg/L
III.[Link]. Conclusion
Les possibilités offertes par des agents chimiques réducteurs d’atteindre différents
niveaux de conditions réductrices au sein de la solution de sol ont été évaluées.
L’ajout d’ascorbate de sodium a permis d’accroître significativement à la fois la
mobilisation de l’arsenic ainsi que celle du fer, bien que les conditions réductrices obtenues
au sein de la solution de sol n’étaient que modérées. Cet effet est apparu plus prononcé en
contexte légèrement acide (valeurs de pH aux environs de 6). Cette augmentation de la
mobilisation peut être attribuée à la fois à un effet direct de réduction partielle des
arséniates en arsénites plus solubles, et à un effet indirect de dissolution réductive des
(oxy)hydroxydes de fer, entraînant une importante mobilisation d’ions Fe (II) très solubles
et accompagnée d’une mise en solution simultanée des arséniates adsorbés.
Les conditions très réductrices obtenues avec l’ajout de borohydrure de sodium ont
également conduit à accroître la mobilisation d’arsenic. Toutefois comparativement aux
conditions obtenues en présence d’ascorbate de sodium, les conditions alcalines et très
réductrices induites par l’ajout de borohydrure de sodium, ont conduit a un effet moindre
sur la mobilisation d’arsenic et aucun effet sur celle du fer.
Différents essais de bio-réduction en conditions anaérobies (Tableau 25) ont été effectués
sur le sol S6 pendant une durée d’incubation de trois mois à 30±2°C. L’évolution des
conditions de pH et de Eh de la solution de sol pendant la durée d’incubation est
présentée dans la Figure 35. Les concentrations d’arsenic et de fer mises en solution au
cours des 84 jours d’incubation sont présentées dans la Figure 36. Le Tableau 28 récapitule
les teneurs finales (84 jours) en solution des éléments étudiés, ainsi que les principales
caractéristiques chimiques des solutions de sol dans les différents essais.
Pendant les trois mois d’incubation en conditions anaérobies, une légère augmentation du
pH a été observée pour tous les essais. En conditions dites « naturelles » (contact avec de
l’eau déminéralisée), le pH final de la solution de sol (pH environ de 7,4) est ainsi supérieur
d’environ une unité pH à la valeur obtenue lors d’une extraction simple en batch avec de
l’eau déminéralisée pendant 48 heures (pH environ de 6,6). En ce qui concerne les essais
pour lesquels une source de carbone organique a été ajoutée (glucose ou lactose), le pH final
(pH environ de 6,9) est légèrement inférieur à celui obtenu avec les « blancs » (essais sans
ajout de sources de carbone organique) (Tableau 28).
La Figure 35B montre également que, pour les blancs sans ajout de sources de carbone,
le Eh diminue linéairement au cours du temps pour atteindre une valeur d’environ
+300 mV vs. ENH après 84 jours d’incubation ( Tableau 28). Au contraire, pour les essais
avec ajout d’une source de carbone, une importante diminution du Eh a été observée
entre le début (environ +350 mV vs. ENH) et la fin (environ +20 mV vs. ENH)
d’incubation. La diminution significative du Eh, avec des valeurs inférieures à
+140 mV vs. ENH, a surtout été observée au cours des 7 premiers jours (pour les essais
dans lesquels un milieu nutritif a été apporté) et au cours des 28 premiers jours (pour les
essais sans apport de milieu nutritif), alors que les conditions de pH sont restées
constantes au cours du temps (Figure 35A et Tableau 28).
10 500
9
400
Eh (mV vs. ENH)
8
300
pH
7
200
6
5 100
4 0
0 20 40 60 80 100 0 20 40 60 80 100
Nombre de jours Nombre de jours
S ol/Milieu nutritif S ol/Milieu nutritif
S ol/Mil. nut./Lactose S ol/Mil. nut./Lactose
S ol/Mil. nut./Glucose S ol/Mil. nut./Glucose
S ol/Eau S ol/Eau
S ol/Eau/Glucose S ol/Eau/Glucose
A B
En ce qui concerne les essais avec ajout d’une source de carbone organique, une
importante mobilisation de l’arsenic et du fer est observée après 7 jours d’incubation (essais
avec apport d’un milieu nutritif) ou après 28 jours (essais sans apport de milieu nutritif),
avec atteinte d’un palier à une concentration d’environ 110 mg.L-1 et 45 mg.L-1,
respectivement. Une saturation de la phase liquide explique probablement les
concentrations constantes en solution après 7 et 28 jours ( Figure 36).
1000 100
10
100
[As mg.L-1]
[Fe mg.L-1]
1
10
0,1
1
0,01
0,1 0,001
0 20 40 60 80 100 0 20 40 60 80 100
--- LD = 0,004 mg.L-1 Nombre de jours --- LD = 0,001 mg.L-1 Nombre de jours
S ol/Milieu nutritif S ol/Milieu nutrtif
S ol/Mil. nut./Lactose S ol/Mil. nut./Lactose
S ol/Mil. nut./Glucose S ol/Mil. nut./Glucose
S ol/Eau S ol/Eau
S ol/Eau/Glucose S ol/Eau/Glucose
A B
Pour les blancs sans ajout de sources de carbone, les concentrations d’arsenic et de fer
sont faibles et relativement constantes (c’est-à-dire, inférieures à 4 mg.L-1 et 0,03 mg.L-1,
respectivement) (Figure 36).
Des analyses permettant la spéciation de l’arsenic en solution, par un couplage HPLC-
ICP-MS, ont également été réalisées sur tous les essais en fin de période d’incubation
(84 jours). Les analyses ont montré que les formes arsénites et arséniates sont toutes les
deux présentes en solution. L’arsénite devient prédominant seulement dans les essais pour
lesquels une source de carbone organique a été ajoutée. Dans le cas des essais sans ajout de
sources de carbone, l’arsenic reste majoritairement présent en solution sous sa forme oxydée
initiale As (V).
Pour les essais avec ajout d’une source de carbone organique, l’augmentation de la
mobilisation de l’arsenic et du fer s’explique par la respiration de As (V) et de Fe (III)
(Lovley, 1993; Cummings et al., 1999; Zobrist et al., 2000). En effet, certains micro-
organismes en conditions anaérobies se développent par couplage de l’oxydation de sources
de carbone organique à la réduction de l’arséniate en arsénite (Dowdle et al., 1996; Lovley
& Coates, 1997; Newman et al., 1997; Stolz & Oremland, 1999; Ahmann, 2001). Les
(oxy)hydroxydes de fer peuvent également être facilement dissous par réduction
microbienne qui s’accompagne de la mise en solution des arséniates adsorbés à leur surface
(Lovley, 1993; Dowdle et al., 1996; Lovley & Coates, 1997; Ahmann, 2001).
Concernant la source de carbone organique utilisée, aucune différence significative entre
le glucose et le lactose n’a été observée dans ces essais. Quant au milieu nutritif, son apport
dans les essais semble avoir facilité le développement de la microflore anaérobie.
Les essais ont été menés pendant une durée d’incubation de 84 jours à 30±2°C afin
d’appréhender une éventuelle bio-réduction des sulfates du fait du contexte géologique du
sol d’études. Les conditions de Eh n’ont pas été assez réductrices au cours des trois mois
d’incubation, en atteignant seulement, pour les essais avec ajout d’une source de carbone,
une valeur modérément réductrice d’environ +20 mV vs. ENH (Tableau 28). De plus, la
concentration des sulfates en solution n’a pas évolué au cours de la période d’incubation
(concentration constante au cours du temps d’environ 1850 mg.L-1 de sulfates pour les
essais avec apport d’un milieu nutritif, et 1600 mg.L-1 pour les essais sans apport de milieu
nutritif) (Tableau 28). Ainsi, comme l’arsenic et le fer sont également restés présents en
solution au cours du temps, sans reprécipitation sous forme de sulfures, il peut être conclu
que les conditions expérimentales, dans lesquelles ces essais ont été réalisés, n’ont pas
permis la sulfato-réduction.
III.4. Conclusion
Malgré les limites inhérentes à ce type de méthode, les résultats des procédures
d’extractions séquentielles adaptées à l’arsenic confirment la mobilité potentielle de ce
métalloïde présent dans les deux sols d’études. Les quantités totales d’arsenic mobilisées
avec ces deux protocoles sont en effet relativement importantes (environ 73 et 66 % de
l’arsenic total pour les sols S6 et S6n, respectivement, selon la procédure développée par
Matera (2001); et environ 54 et 38 % de l’arsenic total pour les sols S6 et S6n,
respectivement, selon la procédure développée par Wenzel et al. (2001)). En accord avec les
résultats obtenus dans la partie précédente, et comme le confirment les extractions
séquentielles et les extractions simples complémentaires au NaOH (1 mol.L-1) et au K2HPO4
(0,1 mol.L-1), l’arsenic apparaît ainsi majoritairement adsorbé sur les (oxy)hydroxydes de
fer dans les sols d’études. Mais comme l’indiquent d’autres auteurs (Bowell, 1994; Bowell
& Bruce, 1995; Savage et al., 2000; Donahue & Hendry, 2003; Matera et al., 2003) et le
confirment l’extraction aux phosphates ainsi que la nette diminution des teneurs totales en
arsenic entre le sol S6 et S6n du fait d’un vieillissement naturel (vraisemblablement
lessivages superficiels par des eaux acides), la stabilisation de l’arsenic par adsorption sur
les (oxy)hydroxydes de fer dans les conditions physico-chimiques du sol n’est pas
irréversible. De nombreux facteurs tels que des variations des conditions de pH ou de Eh
peuvent ainsi être à l’origine d’une remobilisation significative de l’arsenic dans ces sols.
L’étude de l’influence de conditions réductrices, induites chimiquement ou biologiquement,
a également confirmé l’importance de ces facteurs sur la mobilisation potentielle de
l’arsenic présent dans le sol S6.
L’ajout d’ascorbate de sodium a notamment permis d’accroître significativement à la fois
la mobilisation de l’arsenic ainsi que celle du fer, malgré les conditions modérément
réductrices obtenues au sein de la solution de sol (valeurs de Eh comprises entre 0 et
+150 mV vs. ENH). Cet effet est apparu plus prononcé en contexte légèrement acide
(valeurs de pH aux environs de 6). Cette augmentation de la mobilisation a été attribuée, à
une réduction partielle des arséniates en arsénites plus solubles, ainsi qu’à la dissolution
réductive des (oxy)hydroxydes de fer, entraînant une importante solubilisation d’ions Fe (II)
très solubles accompagnée d’une mise en solution simultanée des arséniates adsorbés. Les
conditions très réductrices obtenues avec l’ajout de borohydrure de sodium (valeurs de Eh
comprises entre +140 à –500 mV vs. ENH) ont également conduit à accroître la mobilisation
de l’arsenic. En revanche, comparativement aux conditions obtenues en présence
d’ascorbate de sodium, les conditions alcalines et très réductrices induites par l’ajout de
borohydrure de sodium ont conduit a un effet moindre sur l’arsenic et aucun effet sur le fer.
Les essais de biolixiviation anaérobie en présence de bactéries endogènes et d’une source
de carbone organique ont par ailleurs confirmé l’influence de conditions réductrices induites
biologiquement sur la mobilisation potentielle de l’arsenic. L’ajout d’une source de carbone
organique dans ces essais a en effet entraîné une mobilisation accrue d’arsenic d’un
facteur 28. Cette mobilisation importante peut s’expliquer à la fois par un mécanisme direct
de respiration de l’As (V) (réduction dissimilatrice), mais aussi indirectement par celle du
Fe (III). En outre, il est intéressant de remarquer que les conditions expérimentales, dans
lesquelles ces essais ont été réalisés, n’ont pas permis la mise en place d’une sulfato-
réduction pendant les trois mois d’incubation. La reprécipitation de l’arsenic sous forme
d’espèces sulfurées insolubles n’a donc pas été mise en évidence.
Conclusion générale
Au cours de ces travaux de recherche, deux sols (S6 et S6n) prélevés à trois années
d’intervalle sur un même site minier aurifère (site d’extraction minière mais également de
traitement et de purification des minerais d’or) ont été étudiés. Ces deux sols, qui ne sont
pas de véritables sols au sens pédologique du terme, mais plutôt un ensemble de remblais et
de résidus miniers mêlés à une terre moyennement fine sablo-argileuse, présentent des
teneurs très élevées en arsenic (environ 3 % et 1,5 %, respectivement). Du plomb et du
cuivre sont aussi présents dans les deux matrices à des concentrations plus faibles par
rapport à celle d’arsenic. Des accompagnateurs géochimiques et minéralogiques de l’arsenic
tels que le fer, l’aluminium et le soufre sont également présents à des teneurs importantes.
Les objectifs étaient d’identifier les principales phases porteuses d’arsenic et de
déterminer les conditions environnementales bio-physico-chimiques susceptibles de
provoquer une mobilisation de ce polluant.
Des tests de lixiviation standards ont été mis en œuvre pour une meilleure
compréhension des processus mis en jeu dans la rétention et la mobilisation de l’arsenic et
d’autres constituants inorganiques présents dans ces sols. La procédure méthodologique
suivie comporte quatre étapes principales (Chatain & Moszkowicz, 2002) :
− fractionnement opérationnel de l’arsenic et d’autres constituants inorganiques
présents dans les sols d’études selon une procédure d’extractions séquentielles,
− détermination quantitative des fractions soluble, mobile et mobilisable,
− détermination de la capacité de neutralisation acido-basique des sols étudiés, et de
l'influence du pH sur la solubilisation des espèces inorganiques étudiées,
− étude de la dynamique de mobilisation en contexte non percolant.
Les résultats obtenus ont mis en évidence la faible mobilité de l’arsenic lors d’un contact
des échantillons de sol avec l’eau (test de lixiviation NF X31-210, test de percolation en
colonne CEN/TC292/WG6, extraction simple en batch, Compact Granular Leach Test),
principalement du fait de la stabilité de son immobilisation sur les particules du sol
(principalement sur les (oxy)hydroxydes de fer d’après les éléments d’analyses
minéralogiques). Un risque de mobilisation à plus ou moins long terme existe toutefois dans
des conditions de lixiviation particulières (complexantes ou acido-basiques). Les essais de
caractérisation de l’influence du pH ont notamment mis en évidence que, pour ces deux sols
à pouvoir tampon relativement faible, la mobilité de l’arsenic augmente fortement dans des
conditions très acides et très basiques. Pour les valeurs de pH inférieures à 2, il s’agit
vraisemblablement d’un phénomène de dissolution des (oxy)hydroxydes de fer, entraînant
une forte libération du fer couplée à une importante mobilisation de l’arsenic lié. Quant aux
valeurs de pH supérieures à 12, cette libération d’arsenic correspond principalement à un
mécanisme de désorption par compétition des ions OH- à la surface des (oxy)hydroxydes de
fer (Carbonell-Barrachina et al., 1999; Matera, 2001; Clozel et al., 2002).
Cette procédure méthodologique a ensuite été complétée par la mise en œuvre de deux
schémas d’extractions séquentielles spécifiques à l’arsenic (Matera, 2001 et Wenzel et al.,
2001) et d’extractions simples en batch au NaOH (1 mol.L-1) et au K2HPO4 (0,1 mol.L-1),
afin de préciser la nature des mécanismes de fixation de l’arsenic sur les composants des
sols.
Les possibilités offertes par des agents chimiques réducteurs (ascorbate de sodium et
borohydrure de sodium) d’atteindre différents niveaux de conditions réductrices au sein de
la solution de sol ont été évaluées. Si l’utilisation du borohydrure de sodium a eu un effet
plus important sur le pH, elle a également permis d’obtenir des conditions beaucoup plus
réductrices que dans le cas des essais effectués en présence d’ascorbate de sodium. Ces
conditions réductrices ont favorisé la mobilisation de l’arsenic, directement par réduction
partielle des As (V) en As (III) plus solubles, et indirectement par dissolution réductive des
(oxy)hydroxydes de fer accompagnée d’une mise en solution simultanée des arséniates
adsorbés. Toutefois, comparativement aux conditions obtenues en présence d’ascorbate de
sodium, les conditions alcalines et très réductrices induites par l’ajout de borohydrure de
sodium, ont conduit a un effet moindre sur la mobilisation d’arsenic (hypothèse de
reprécipitation de l’arsenic et du fer sous la forme de solides sulfurés du fait du contexte
géochimique du site et des conditions obtenues).
Les essais de bio-réduction en conditions anaérobies en présence de bactéries endogènes
et d’une source de carbone organique ont par ailleurs confirmé l’influence de conditions
réductrices induites biologiquement sur la mobilisation de l’arsenic. L’ajout d’une source de
carbone organique dans ces essais a en effet entraîné une mobilisation accrue d’arsenic d’un
facteur 28. Cette mobilisation importante peut s’expliquer à la fois par un mécanisme direct
de respiration de l’As (V) (réduction dissimilatrice), ainsi que par celle du Fe (III) à la
surface des (oxy)hydroxydes entraînant une mobilisation indirecte de l’arsenic initialement
adsorbé sur ces composants.
Ainsi, ces travaux de recherche s’inscrivent comme une contribution pour une
méthodologie globale d’évaluation des risques environnementaux induits par la présence de
polluants inorganiques dans les sols de sites industriels. La connaissance de la spéciation et
du comportement des polluants apparaît en effet comme un paramètre majeur de cette
évaluation.
Dans le cadre de la gestion des sites pollués, ces travaux contribuent par ailleurs à fournir
des informations utiles pour juger de la pertinence des critères relatifs à la caractérisation
des « terres traitées ou non traitées » en vue de leur élimination en installation de stockage
des déchets. En effet, au regard de la faible mobilité de l’arsenic observée lors du test de
lixiviation (NF X31-210) et du test de percolation en colonne (CEN/TC292/WG6), une mise
en décharge de classe III est pratiquement préconisée sans traitement préalable. D’où la
nécessité de déterminer les conditions qui risquent cependant de mobiliser les polluants,
pour juger d’une part du besoin de traiter le site pollué et d’autre part d’envisager les
conditions de stockage les mieux adaptées si une élimination des terres est envisagée.
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Annexes
Plomb plombémie possible groupe reins, poumons, Clastogène Fertilité (H) Neurotox. (H, A)
Pb phanères IIB (Pb & prostate, cerveau, Néphrotox. (H, A)
ALA urinaire inorganiques) surrénales Hématotox. (H)
protoporphyrine- [Link].
Zn sanguine (H, A)
Ostéotox. (H)
Mercure & mercurémie non cancérogène reins, poumons, Clastogène MeHg fertilité Neurotox. (H, A)
Méthyl-mercure Hg phanères goupe III (Hg & prostate [Link]. Tératogène Néphrotox. (H?,
Hg urinaire inorganiques) Anti-miotique HgII : anomalies A)
du développement
Nickel Ni plasmatique allergies cutanées cancérogène* poumons, Mutagène Embryotox. (A) Néphrotox. (H, A)
Ni urinaire goupe I sarcomes [Link]. Tératogène (A) [Link]
rhabdomyosarc., (H, A)
méningiomes, [Link]ée
mésothéliomes
respiratoire) (d’après Bourrelier & Berthelin, 1998)
Chrome Cr sanguin allergies cancérogène* bronches Clastogène (CrVI) Fertilité (A) Lésions cutanées
Cr urinaire respiratoires goupe I (CrVI) (chromate Zn, Ca, Mutagène (CrVI) (H)
Sn) Hépatotox. (A)
Zinc Zincémie due à la carence en Non Non Non due à la carence en Neurotox. (H) :?
Zn leucocytaire Zn Zn Cardiotox. (H) :?
Métallothionéine
érythrocytaire
184
carence (H A)
Annexes
Précisio
Elément Limite Elément Limite Précision
n
SiO2 0,20 % > 0,5 % Pb 3,00 ppm B
Al203 0,10 % > 0,5 % Pr 0,03 ppm B
Fe2O3 0,10 % > 0,5 % Rb 1,00 ppm B
MnO 0,01 % > 0,5 % Sb 0,50 ppm B
MgO 0,05 % > 0,5 % Sm 0,10 ppm B
CaO 0,05 % > 0,5 % Sn 0,50 ppm B
Na2O 0,05 % > 0,5 % Sr 5,00 ppm B
K2O 0,05 % > 0,5 % Ta 0,10 ppm B
TiO2 0,01 % > 0,5 % Tb 0,03 ppm B
P2O5 0,05 % > 0,5 % Th 0,50 ppm B
As 1,00 ppm B Tm 0,03 ppm B
Ba 1,00 ppm B U 0,50 ppm B
Be 0,50 ppm B V 5,00 ppm B
Bi 0,50 ppm B W 0,50 ppm B
Cd 1,00 ppm B Y 0,10 ppm B
Ce 0,10 ppm B Yb 0,10 ppm B
Co 3,00 ppm B Zn 5,00 ppm B
Cr 3,00 ppm B Zr 5,00 ppm B
Cs 1,00 ppm B
Cu 3,00 ppm B
Dy 0,10 ppm B
Er 0,10 ppm B
Eu 0,01 ppm B
Ga 1,00 ppm B
Gd 0,01 ppm B
Ge 0,01 ppm B
Hf 0,01 ppm B
Ho 0,03 ppm B
In 0,10 ppm B
La 0,01 ppm B
Lu 0,01 ppm B
Mo 1,00 ppm B
Nb 0,50 ppm B
Nd 0,10 ppm B
Ni 3,00 ppm B
Prénoms : Vincent
TITRE : Caractérisation de la mobilisation potentielle de l’arsenic et d’autres constituants inorganiques présents dans les sols
issus d’un site minier aurifère
Characterization of arsenic and other inorganic constituents potential mobilization from soils collected from a gold mining site
RESUME : Initiés par la Thèse de Doctorat de Claire Blanchard soutenue en 2000 et par un programme de recherche contractuel «
sols et sites pollués » liant l’association RECORD et le LAEPSI, différents outils méthodologiques complémentaires basés sur
l’utilisation de tests de lixiviation ont été développés et mis en œuvre afin de caractériser la mobilisation potentielle de l’arsenic et
d’autres constituants inorganiques présents dans les sols issus d’un site minier aurifère.
Les principaux résultats obtenus montrent que le risque de mobilisation lors d’un contact avec de l’eau est limité par la très faible
solubilité de l’arsenic dans la solution interstitielle et par la stabilité de son immobilisation sur les constituants des sols
(principalement sur les (oxy)hydroxydes de fer). Un risque de mobilisation à plus ou moins long terme existe cependant dans des
conditions de lixiviation particulières (acido-basiques, oxydo-réductrices induites chimiquement ou biologiquement, …) qui
peuvent survenir dans le cadre de scénarios prévus pour la gestion d’un site pollué.
Une forte augmentation de la mobilisation de l’arsenic a notamment été mise en évidence dans des conditions très acides ou très
basiques pour les sols sélectionnés, dont le pouvoir tampon est relativement faible. Des conditions réductrices induites
chimiquement (par l’ajout d’ascorbate de sodium ou de borohydrure de sodium), ou biologiquement (par stimulation de l’activité
microbienne endogène en conditions anaérobies), révèlent également la possibilité de la mobilisation partielle de l’arsenic.
ABSTRACT : Initiated by the doctoral thesis of Claire Blanchard defended in 2000 and by a contractual research program within
the framework "polluted soils and sites" between the Association [Link].R.D. (Waste Research Cooperative Network, France),
and the the L.A.E.P.S.I. (Laboratory of Environmental Evaluation of Industrial Systems and Processes), various complementary
methodological tools, based on the use of leaching tests, were developed and carried out, in order to characterize the potential
mobilization of arsenic and other inorganic constituents from soils, collected from a gold mining site.
Main results shown in this study indicate that arsenic release during contact with deionized water is limited by its very low
solubility in the interstitial solution and by the stability of the amorphous solid phases present (mainly arsenate iron
(oxy)hydroxides). However, a potential mobilization risk exists over the long term under specific leaching conditions (i.e., pH or
redox gradient …) which can arise in given management scenarios of a contaminated site.
Indeed, a significant increase in arsenic mobilization was observed in extremely acidic and alkaline conditions for the selected
soils, wich have shown a low buffering capacity. Reductive conditions, either chemically (with the addition of sodium ascorbate
or sodium borhydride) or biologically (using appropriate stimulation of the indigenous bacterial activity under anaerobic
conditions) induced; also reveal the possibility of a partial arsenic mobilization.
MOTS-CLES : arsenic – mobilisation potentielle - sol minier – site industriel pollué – (oxy)hydroxyde de fer – (bio)lixiviation –
conditions réductrices.
KEYWORDS : arsenic – potential mobilization - mining soil – industrial polluted site – iron (oxy)hydroxide – (bio)leaching –
reducing conditions.
Laboratoire(s) de recherches : Laboratoire d’Analyse Environnementale des Procédés et des Systèmes Industriels (LAEPSI)