0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
12 vues48 pages

Verger

Le document présente la dixième édition de 'L'Arboriculture fruitière' par Gressent, qui aborde la culture des arbres fruitiers, les soins à apporter et les défis rencontrés dans l'enseignement de l'arboriculture. L'auteur exprime sa gratitude envers ses lecteurs et souligne l'importance d'une approche éclairée et pratique pour réussir en arboriculture. Il met en avant la nécessité d'une implication personnelle dans le jardinage tout en critiquant l'état actuel de l'arboriculture en France, où le manque de formation et de direction nuit à la production fruitière.

Transféré par

nathnov
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
12 vues48 pages

Verger

Le document présente la dixième édition de 'L'Arboriculture fruitière' par Gressent, qui aborde la culture des arbres fruitiers, les soins à apporter et les défis rencontrés dans l'enseignement de l'arboriculture. L'auteur exprime sa gratitude envers ses lecteurs et souligne l'importance d'une approche éclairée et pratique pour réussir en arboriculture. Il met en avant la nécessité d'une implication personnelle dans le jardinage tout en critiquant l'état actuel de l'arboriculture en France, où le manque de formation et de direction nuit à la production fruitière.

Transféré par

nathnov
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Les classiques du jardin

L'Arboriculture
fruitière
Traité complet
de la

Culture des arbres


La culture intensive et extensive et forcée des
fruits de table (jardins fruitiers et vergers) celle
de la pépinière et du vignoble ; plantations
urbaines et d'alignement : soins à donner aux
arbres des villes, des avenues, des routes et des
forêts.

par Gressent
Professeur d'arboriculture et d'horticulture

Dixième édition
1894
À mes lecteurs
Je commence aujourd'hui la dixième édition de l’Arboriculture fruitière.
Ce chiffre : Dix éditions dispense de commentaires et répond à toutes les objections.
Les suffrages du public comme les services rendus par ce livre l'ont placé au premier rang ; en
faisant ma dixième édition, j'ai un double devoir à remplir :
Témoigner d'abord ma profonde reconnaissance à mes auditeurs et à mes lecteurs d’avoir donné
la place d'honneur à ce livre, et ensuite de le perfectionner encore, afin d’en rendre les enseignements
faciles pour tous.
La vieillesse est venue, et je ne vois personne pour continuer les expériences auxquelles j'ai
consacré la majeure partie de ma longue existence ; j'ai fait quelques bons élèves ; la France hésitait
à les rémunérer ; l’Étranger les a tous pris.
L'enseignement, qui avait porté de si féconds résultats en province, lorsqu'il était confié à des
professeurs érudits, est en pleine décadence, tombé qu'il est entre les mains des marchands ou des
jardiniers ; les questions d'économie politique, de patriotisme et de richesse publique ont fait place
à l'intérêt personnel et à l’insuffisance ; il recule au lieu d'avancer.
Dans ces conditions, j'apporte un soin tout particulier à la dixième édition de l'Arboriculture
fruitière ; c'est probablement la dernière que je ferai ; je m'y prends d'avance et y apporte tous
mes soins dans le but de ne rien laisser inachevé. J'augmente tout ce qui m'a été signalé comme
incomplet, et j'ajoute plusieurs chapitres, traitant des questions nouvelles, etc. Je m'étends lon­
guement sur les maladies de la vigne, des arbres, et indique les meilleurs moyens curatifs, pas assez
connus et trop négligés dans les campagnes. Tout le monde, faute des connaissances nécessaires,
s’est trouvé désarmé en présence de nombreuses catastrophes ; des récoltes pouvant être sauvées
ont été perdues, et des milliers d'arbres qu'il était facile de restaurer ont été arrachés ; d'autres
atteints de maladies faciles à guérir, ou ravagés par les insectes, ont péri faute de soins. La dixième
édition de l'arboriculture fruitière préservera mes adeptes des erreurs de l'ignorance et de bien
des accidents,
Je fais tout ce qui est possible pour rendre ce livre aussi lucide que pratique pour tous ceux
qui veulent étudier : propriétaires, horticulteurs, comme jardiniers. Cette nouvelle édition est un
testament dans lequel je lègue de grand cœur à la postérité tout ce que j'ai acquis en un demi-siècle.
Pendant près de quarante ans, j'ai fait visiter mes jardins à toutes les personnes qui se sont
présentées, aux environs de Paris, à mon jardin d'expériences d'Orléans, et enfin à mes jardins
écoles de Sannois. N’étant plus d'âge à conduire le personnel jardinier d’aujourd’hui et ne pouvant
être uniquement occupé à recevoir des visites, j'ai fermé les jardins-écoles au public pour continuer
mes expériences jusqu’au bout, dans un champ uniquement consacré aux essais.
Si j'ai le regret de ne plus vous montrer de jardins, chers lecteurs, j'ai la satisfaction de vous
donner dans la dixième édition de l'Arboriculture fruitière un livre des plus complets et des
plus pratiques, soigneusement revu dans le silence du cabinet, ce qui ne m'avait pas été possible
pour les éditions précédentes, qu'il fallait mener de front avec des cultures très étendues et une
administration importante à conduire.
Ce que vous perdez de la visite des jardins, . chers lecteurs, sera largement compensé par la
lecture de ce livre qui vous restera entre les mains et que vous pourrez toujours consulter. En
outre, j'aurai toujours le plus grand plaisir à vous éclairer de mes conseils pour tout ce qui vous
paraîtra obscur. Un mot jeté à la poste deux ou trois jours à l'avance, et je vous donnerai réponse
par la poste, ou rendez-vous chez moi.
Sannois, 15 Avril 1893.
1 Première partie :

Droit au but
CHAPITRE 1
Voulez-vous réussir ?
« Assurément ! C'est pour cela que j'ouvre votre livre, » me répondrez-vous.
Rien n'est plus facile que de réussir en arboriculture sans en avoir la moindre notion, mais à
trois conditions :

1. De lire attentivement et même d'étudier, sans exception, toutes les pages de ce livre :
il ne contient pas un mot inutile ;
2. De suivre toutes mes indications à la lettre, en restant sourd aux avis comme aux
récriminations de l'ignorance, des préjugés et de la routine. Mon enseignement, basé sur
les lois naturelles, est le fruit de près d'un demi-siècle de travail assidu et d'incessantes expérimen­
tations pratiques des méthodes anciennes et de tous les systèmes modernes.
Si, mû par une influence quelconque, vous modifiez dans l'application une méthode née de l'étude
et de l'expérience, basée sur des principes vrais, vous échouerez infailliblement. Dans ce cas, vous
reculerez au lieu d'avancer, et vous rendrez toute marche impossible, en enlevant à une machine
neuve et en bon état une pièce indispensable, pour la remplacer par un engrenage vicieux, qui
détraquera tout ;
3. De mettre la main à l'œuvre et d'appliquer vous même ce que vous aurez appris. Que
cette dernière condition ne vous effraye pas, cher lecteur : je n'ai pas la prétention de vous faire
prendre une fourche pour labourer votre jardin fruitier, mais de vous rendre le chirurgien de vos
arbres. Ce n'est ni difficile ni fatigant ; des dames du meilleur monde s'en acquittent à merveille et
obtiennent les plus brillants résultats.

Il est urgent que vous vous appliquiez vous-même, parce que chaque opération sera raisonnée et
efficace par conséquent. En outre, soyez bien convaincu de ceci :
Quand bien même vous vous tromperiez souvent dans l'application (ce qui ne sera pas), vos
opérations même imparfaites, basées sur des principes vrais, donneront encore un résultat bien
supérieur à celui qui serait obtenu à l'aide d'opérations purement machinales.
Un mot encore pour dissiper vos appréhensions sur les opérations de taille et de pincement, les
seules auxquelles vous aurez à vous livrer.
On se figure généralement, à tort, que l'entretien d'un jardin fruitier produisant de beaux et bons
fruits exige un travail énorme. Erreur profonde ! Le moyen le plus sûr d'annihiler la production et
d'atrophier les arbres et les fruits est de tourmenter sans cesse les arbres, en leur appliquant des
opérations inutiles, ne faisant qu'abréger leur existence en les empêchant de végéter et de fructifier.
Laissez pousser ; ne faites que les mutilations indispensables pour assurer la fructification, vous
aurez des arbres aussi fertiles que vigoureux et des fruits splendides.
Un fait dans toute sa brutalité, pour éloigner tous vos doutes : Mon ancien jardin fruitier école
avait une étendue de 23 ares ; il demandait trois jours pour la taille d'hiver, et deux heures par
semaine, en moyenne, de mai à octobre, pour les opérations de : palissage, de pincement, rappro­
chement, etc.
Voilà tout le travail, et chaque opération était faite en temps voulu.
Disons encore que cette taille, demandant trois jours de travail, pouvait être faite de novembre
à mars, en cinq mois. Ce n'est plus du travail, mais une distraction, et encore une grande partie de
ce travail peut être exécutée par un homme intelligent et de bonne volonté, qui, après avoir étudié
ce livre, sera dressé assez promptement par le propriétaire, pour faire bientôt presque tout sous sa
surveillance.
Si vous voulez bien, cher lecteur, accepter les conditions indiquées, n'hésitez pas à créer un jardin
fruitier : je vous aiderai, s'il le faut, de mes conseils dans la création, pour vous éviter travail et
dépenses inutiles.
Partie 1, Chap. 1 6

L'entretien n'est rien ; vous élèverez vos arbres, les formerez promptement, les soignerez, avec la
plus grande facilité, et obtiendrez vite des résultats qui vous surprendront par leur fécondité, en
suivant ce livre à la lettre.
Dans ce cas, marchez, marchez hardiment ; le succès est certain, et bientôt vous n'aurez qu'un
regret : celui de ne pas vous être occupé plus tôt d'arboriculture.
Mais si vous voulez regarder superficiellement les choses, en confier l'exécution à un homme
inexpérimenté, et vous contenter de donner simplement un ordre, fermez ce volume, et ne créez
rien à nouveau.
La création sera exécutée, sans aucun doute, d'après les indications que je donnerai ; mais que
deviendra cette création livrée aux soins de gens ignorants en arboriculture.
Les arbres plus ou moins bien plantés, paralysés par l'abus des liens, resteront infertiles et
souffreteux sous les mutilations réitérées du sécateur.
En moins de trois ou quatre années, vous verrez périr une plantation qui serait devenue magni­
fique et productive, si elle eût été soignée d'une manière intelligente.
Pour faire, il faut savoir, et bien que l'arboriculture soit une science facile, il faut encore la
posséder pour arriver à un bon résultat.
Les jardiniers ne savent pas ; il ne faut pas leur en vouloir, la majeure partie ne demande qu'à
apprendre ; mais ils n'ont pas eu la possibilité de s'instruire ; ils n'ont pour conseils que les jardiniers
dits professeurs et les pépiniéristes, aussi ignorants qu'eux, et pour étudier, que les petits livres de
15 à 25 sous, écrits par des culoteurs de pipes, dans les mansardes de Paris.
C'est au propriétaire ayant l'intelligence et le savoir à diriger son jardinier souvent intelligent et
rempli de bonne volonté, mais ignorant les premiers principes de l'arboriculture.
Que le propriétaire communique au jardinier ce qu'il sait, le lui fasse comprendre d'abord et
exécuter ensuite, il obtiendra bien vite un résultat sérieux.
Rien de possible sans l'œil du maître, et quand le maître sait, et sait faire au besoin, tout devient
facile.
CHAPITRE 2
État actuel de l'arboriculture
Depuis nombre d'années, la passion de l'arboriculture a envahi toutes les classes de la société. Tout
le monde veut tailler et soigner ses arbres : les uns pour avoir les fruits promis par chaque nouveau
jardinier et qui n'ont existé qu'en espérance, les autres pour se créer une distraction, et d'autres
enfin pour augmenter des revenus insuffisants.
Tout le monde fait de l'arboriculture ; peu de personnes opèrent sérieusement. Ni le zèle ni
l'intelligence ne font défaut, au contraire ; mais il manque à cette activité et à ce bon vouloir une
direction éclairée, aussi sage que désintéressée, pour tirer bon parti de ces forces vives au profit de
ceux qui les possèdent et à celui de la richesse publique.
Examinons l'état des jardins dans toute la France, au point de vue de la production fruitière.
Dans les potagers des châteaux, de beaux espaliers, conduits par de vieux serviteurs nés sur
le domaine et espérant bien y mourir. Ces espaliers, souvent traités d'après les vieilles méthodes,
donnent de beaux et bons fruits, des fruits qui coûtent cher, il est vrai, mais le propriétaire en a
abondamment,
C'est l'application de l'école ancienne, produisant sans s'inquiéter du prix de revient. Cette école
a sa raison d'être au château, où l'on ne compte pas. On veut des produits, coûte que coûte, et on
les obtient.
C'est de cette école que sortent presque tous les jardiniers professeurs.
Dans la plupart des maisons de campagne, habitées par des propriétaires de fortune moyenne, la
production fruitière se soutient encore. Elle est due tantôt à un jardinier habile, largement rétribué,
tantôt à l'initiative du propriétaire, dirigeant lui-même ses cultures fruitières, après avoir suivi les
cours de Paris et s'être inspiré de bons livres. Dans Le premier cas, les fruits coûtent largement
ce qu'ils valent ; dans le second, le produit indemnise amplement des dépenses de création et
d'entretien.
Une quantité de personnes ayant leurs affaires à Paris et leur domicile dans les environs, suivant
les cours, sans cesse à la piste des innovations, et opérant elles-mêmes, autant par besoin de se
distraire que par goût pour la culture, obtiennent souvent les plus brillants résultats : une quantité
de fruits superbes et excellents, sur les espaces les plus restreints et avec peu de dépenses.
C'est de la culture intelligente et productive dans toute l'acception du mot, celle qui devrait être
faite partout. Malheureusement, ces petits chefs d'œuvre d'arboriculture ne se rencontrent guère
que dans un petit rayon autour de Paris, où l'on trouve l'enseignement.
Voilà pour les cultures d'amateurs. À la spéculation fruitière maintenant.
C'est encore aux environs de Paris que la spéculation fruitière se fait sur une certaine échelle.
(J'excepte Montreuil et Thomery, où de véritables artistes cultivent avec assez de talent pour
fournir des pêches et des raisins au monde entier.)
La spéculation fruitière est presque entièrement du domaine des paysans des environs de Paris.
Leurs cultures sont loin d'être parfaites, mais elles sont conduites avec une certaine intelligence.
Ils plantent des champs d'arbres fruitiers dans la plaine. La forme adoptée est le plus souvent
celle que l'arbre se donne lui-même ; on se garde bien de le contrarier quand il pousse. Quant à la
taille, elle se réduit à un rognage annuel, fait le plus souvent sans le moindre raisonnement. Aussi,
ne cultive-t-on pour la spéculation que les variétés de poires se mettant à fruit toutes seules et
produisant quand même : les duchesse, louise bonne, beurré d'amanlis, william, de curé,
et dans les clos et les jardins, à l'abri des murs et des maisons, quelques doyenné d'hiver.
Pour rien au monde, le paysan ne sortira de ces variétés, et il a raison ; elles donnent des fruits,
même sous ses coups de sécateur. Il sait bien qu'il y à des poires valant le triple de celles qu'il
cultive ; mais il n'ignore pas que les arbres qui les produisent exigent une taille raisonnée et ne
se mettraient jamais à fruit sous son sécateur. IL ne veut même pas les essayer, tant il est sûr de
l'échec.
Partie 1, Chap. 2 8

Parlez de progrès à ces paysans ; ils vous répondront en haussant les épaules : « Ah bien ! je
connais ça ; le système Du Breuil, à 40483.50 fr (161934.0 €) de frais par hectare, pour planter
des bâtons qui crèvent tout de suite. J'aime mieux acheter pour 40000 fr (160000 €) de bien ; c'est
plus sûr ! » Mettez donc le livre aux 40000 fr (160000 €) par hectare avec celui qui promet 3000 fr
(12000 €), de rente en élevant des lapins, ils seront bien ensemble.
Et, sur ce raisonnement, que nous sommes loin de blâmer au fond, car il est profondément juste,
le paysan continue à inonder la halle de Paris de fruits d'été et de l'unique poire de Curé pour
l'hiver.
Voilà pour les environs de Paris, où convergent toutes les lumières.
Examinons maintenant l'état des cultures dans la France entière.
Partout, tous les jardins dits de produits se ressemblent : un immense potager dont les murs sont
garnis d'arbres sans formes, couverts de têtes de saule, et donnant par hasard quelques fruits.
Tous les carrés du potager bordés de quenouilles, pyramides ou chandelles (c'est toujours la même
chose) ; le nom seul change suivant les contrées. Ces arbres, mal formés ou plutôt sans formes, rognés
à outrance et couverts de mutilations et de nodosités, donnent quelques fruits pierreux et fendus
tous les quatre ou cinq ans.
Au milieu de ces misères fruitières, quelques jardins fruitiers, créés et soignés' par les propriétaires
eux mêmes, donnant en quantité de superbes fruits. Heureuses les contrées où des jardins fruitiers
sont créés, et où le propriétaire applique la taille qu'il est venu apprendre à mes cours de Paris où
dans ce livre ! Ces jardins sont la vie au milieu de la mort ; ils servent vite de modèle, et bientôt le
pays marche : il imite plus ou moins parfaitement, et retire promptement des bénéfices importants
de ce qu'il a vu et imité.
C'est dans ces conditions que de nombreuses cultures fruitières ont été créées, depuis quelques
années, en province, d'après l'initiative des propriétaires, sur les indications de mes livres, et ont
donné les plus brillants résultats.
C'est le commencement d'une révolution dans l'arboriculture : révolution des plus pacifiques,
apportant à ses adeptes travail et prospérité.
N'oublions pas que l'Angleterre, la Russie et tout le Nord de l'Allemagne ne peuvent obtenir
qu'en serre les fruits que le sol et le climat privilégiés de la France nous prodiguent. Rappelons-nous
encore que les acheteurs étrangers parcourent nos marchés et y enlèvent, à des prix élevés, tous
nos fruits et une grande partie de nos légumes,
Cette vente, si la production était ce qu'elle peut devenir, donnerait un chiffre de plusieurs
milliards par an. Cette énorme richesse serait obtenue sur des terrains abandonnés à l'ignorance
et à l'incurie, ne rapportant rien ou presque rien, et ne demandant qu'une culture raisonnée, pour
donner au propriétaire comme à ses aides : richesse et aisance.
En présence du phylloxera, du mildew (mildiou) et autres calamités menaçant nos vignobles
de destruction, et de la détresse actuelle de l'agriculture, c'est le moment ou jamais de penser
sérieusement à la production des fruits à cidre, pouvant remplacer le vin, et à la culture en grand
des fruits de table, dont l'exportation est assurée d'avance et dont les bénéfices peuvent contre-
balancer les pertes que ‘nous donnent les céréales. À l'œuvre donc tous ceux qui veulent enrichir
leur pays et attacher les habitants des villages à leur clocher. Ils émigrent, parce qu'ils ne peuvent
vivre chez eux. Créez-leur des richesses : ils vous béniront et ne viendront plus dans les grandes
villes, où, mus par des ambitions insensées, ils viennent presque toujours chercher la misère et
souvent finir à l'hôpital.
CHAPITRE 3
Le remède
J'ai signalé le mal pour lui opposer un remède énergique : ce remède infaillible, source de prospérité
comme de gloire pour notre malheureux pays, est :
Le travail !
J'entends, par travail, le travail intelligent et consciencieux. S'agiter dans le vide, même en se
donnant beaucoup de peine, n'est pas travailler. Ceux qui opèrent ainsi n'acquièrent rien pour eux
ni pour leur pays.
Loin de ma pensée de décourager qui que ce soit ; je veux, au contraire, le concours de tous à
l'œuvre que j'ai commencée depuis plus de quarante ans : moralisation des masses et bien-être
pour tous par le travail intelligent !
Ce programme est facile à remplir ; il s'accomplira un jour, je n'en doute pas, par l'extension
des cultures productives ; mais il faut les faire connaître et les enseigner partout, plus encore dans
les villages que dans les villes.
Le progrès horticole a fait du chemin depuis trente ans, cela est incontestable. Des sociétés
d'horliculture ont été créées ; des cours ont été donnés dans bien des localités ; c'est un bon com­
mencement, mais tout est à perfectionner.
Malgré tout le zèle des sociétés d'horticulture, leur action est concentrée dans un cercle trop
restreint ; toujours tout pour les villes, rien pour les campagnes !
L'enseignement est tout entier pour les villes ; l'enseignement nomade lui-même, qui a déterminé
le mouvement progressif actuel, ne pénétrait pas dans les campagnes, ou s'il y parvenait, c'était
par l'intermédiaire de jardiniers s'intitulant professeurs, n'ayant pas les connaissances nécessaires
pour enseigner et pour faire avancer les populations rurales.
Je ne veux pas faire la guerre aux jardiniers dits professeurs ; qu'ils ne prennent pas en mauvaise
part ce que je viens de dire. de les considère comme appelés à rendre les plus grands services, et
mon but est de les placer à la hauteur de leur mission.
Leur éloignement de Paris et le manque de bons livres ne leur ont pas permis de faire même les
études élémentaires, indispensables pour le professorat. Dans la plupart des localités, ils enseignent
la culture des châteaux, la seule qu'ils ont apprise et pratiquée. Cette culture, tout utile qu'elle est
pour les grandes fortunes, ne peut être appropriée ni à la bourse ni au coin de terre du paysan.
Le jardinier-professeur à besoin de travailler pour apprendre d'abord son enseignement et le
rendre ensuite fructueux pour tous. Il faut qu'il le divise et l'approprie aux besoins de chacun,
exigeant une culture différente.
La culture du jardin fruitier du propriétaire ne peut pas être appliquée à celui du spéculateur,
pas plus que celle de ce dernier ne convient au petit cultivateur.
Que les jardiniers-professeurs, après avoir étudié ce livre, adoptent demain la classification que
je vais leur indiquer ; en moins de trois ans ils créeront plus de richesse dans les campagnes que
l'enseignement nomade en un siècle. Avec un peu de travail, ils y arriveront vite et, pour ma part,
je leur en donnerai tous les moyens.
Si j'ai conseillé aux jardiniers-professeurs de travailler pour être à la hauteur de leur mission, je
donnerai le même conseil à ceux qui les dirigent, comme à ceux qui les entourent.
Que tout le monde se mette à l'œuvre, dignitaires des sociétés de progrès, propriétaires, particu­
liers, etc. Que chacun dirige et aide le jardinier-professeur, non seulement de conseils, mais encore
de bons livres. Que tous l'encouragent dans sa mission, stimulent son dévouement, et bientôt les
résultats se produiront.
Lorsque j'ai débuté dans l'enseignement, les difficultés étaient grandes : J'apportais des idées
neuves qui blessaient les usages reçus. L' opposition, ardente alors, n'existe plus aujourd'hui, ou
si elle se manifeste, c'est toujours en faveur d'un intérêt particulier ou d'une idée politique : deux
choses qui n'ont rien à voir dans l'enseignement.
Partie 1, Chap. 3 10

La tâche de l'enseignement est plus facile aujourd'hui ; mais, pour s'y faire apprécier, il faut
avoir d'abord une valeur réelle et savoir ensuite se rendre utile : créer des cultures productives et
bientôt des richesses au milieu des populations ignorantes et pauvres en leur donnant l'exemple,
C'est ce que beaucoup d'instituteurs primaires ont tenté de faire, et fait avec succès d'après
mes cours et mes livres. Le jardin de l'instituteur primaire est l'école pratique d'horticulture de la
commune ; si l'instituteur n'enseigne pas, il cultive son jardin avec profit, et le jardinier-professeur
y trouve tous les sujets nécessaires à ses démonstrations pratiques.
Que l'instituteur primaire et le jardinier-professeur unissent leurs efforts ; que les communes et
les particuliers les aident un peu ; leur action aura une puissance énorme.
Si, pendant les longues soirées d'hiver, l'instituteur a fait des lectures de bons ouvrages aux
habitants de sa commune, la moitié du travail du jardinier-professeur est accomplie, en ce qu'il se
trouvera devant un public possédant la théorie.
J'émets cette idée, déjà adoptée par bon nombre de propriétaires, d'instituteurs primaires et
quelques jardiniers-professeurs, remplis de zèle, mais n'ayant pas toujours la possibilité de faire
tout ce que leur dévouement leur inspire, et je leur trace ce programme :
Division des cultures, afin de les approprier aux besoins de tous ;
Propagation des bonnes variétés de fruits et de légumes dans toutes les communes ;
Classification des cultures générales et spéciales pour mettre l'enseignement à la portée de tous
les besoins. Là seulement est l'instruction profitable pour les campagnes et pour le pays, et de
l'exécution de ce programme dépend leur richesse.
Que tout le monde enseigne, mais que chacun soit logique, clair, précis, fasse bien saisir sa pensée
et n'enseigne surtout que ce qu'il sait, et les choses applicables par son auditoire.
Pour ma part, j'introduis dans ce livre une classification qui rendra les choses saisissables pour
tous et aidera efficacement ceux qui enseignent. Un peu de travail de la part de chacun, avec le
concours de tous à mon œuvre, et bientôt le sol français sera le plus productif du monde.
CHAPITRE 4
classification des cultures fruitières
Disons tout d'abord, pour les personnes qui n'appartiennent pas à l'agriculture, ce que c'est que
la culture intensive et la culture extensive.
La culture intensive est celle qui, à l'aide d'un capital élevé et d'un travail suffisant, donne sur
un très petit espace de terrain une récolte abondante et régulière des plus beaux produits.
La culture extensive, au contraire, donne moins de produits, et des produits moins assurés, sur
un plus grand espace de terrain ; mais on les obtient avec peu de mise de fonds et avec un travail
moindre.
Cette division dans l'arboriculture est indispensable pour donner aux propriétaires des fruits
dignes d'être servis sur leur table, pour permettre à la spéculation fruitière de prendre le rang
qui lui est assigné dans la production du sol et donner à ces deux divisions les soins de culture si
différents que chacune d'elle exige.
Le jardin fruitier du propriétaire appartient entièrement au domaine de la culture intensive.
Le but du propriétaire n'est pas de produire pour le marché, mais pour sa table, d'obtenir les
plus beaux et les meilleurs fruits pour lui et pour sa famille et d'en prolonger la récolte le plus
longtemps possible.
Ce jardin, souvent encadré dans une partie du pare, devra être joli, afin de ne pas choquer la
vue dans le paysage. Il devra être créé dans les meilleures conditions d'exposition, afin d'être très
fertile, et, en outre, il devra contenir une grande quantité de variétés, habilement choisies, pour
fournir de tous les fruits en quantité et pendant le plus de temps possible.
Rien ne sera négligé dans le jardin fruitier du propriétaire pour obtenir ce résultat : élégance,
fertilité et production de tous les fruits hors ligne. Le prix de création sera plus élevé que dans le
jardin fruitier destiné à la spéculation, et la somme de travail sera aussi plus grande.
Le jardin du propriétaire est de la culture intensive dans toute l'acception du mot.
Je classe aussi dans la culture intensive, mais à un degré moindre, le jardin fruitier pour la
spéculation. Ce jardin n'aura sa raison d'être que très près de Paris ou d'une grande ville, sur une
ligne de chemin de fer ou près d'un port d'embarquement pour l'Angleterre.
On n'y cultivera que des fruits de table d'élite, se vendant cher et ayant un débouché assuré. La
création sera faite avec la plus grande économie ; le travail sera aussi moins minutieux.
Ces deux jardins fruitiers forment à eux deux le bilan de la culture fruitière intensive, celle
demandant un certain capital et des soins assidus.
La culture extensive comprendra presque toutes les cultures de spéculation, celles destinées à
enrichir la France, pouvant être faites par tous, et dont jusqu'à présent aucun professeur ne s'est
occupé.

1. Le verger Gressent, créé presque sans capital, produisant des fruits marchands d'une grande
valeur, planté avec des arbres en touffes, n'exigeant pas de supports, et soumis à la taille simplifiée,
pouvant être exécutée par des manœuvres, des femmes ou des adolescents.
Le verger Gressent donne en même temps des asperges et des artichauts, suivant la nature du
sol, et des légumes non arrosés, dont la vente produit, dès la première année, plus du double des
frais de création.
La culture et la taille du verger Gressent diffèrent entièrement de celles des jardins fruitiers ;
2. Le verger d'arbres à haute tige, dans trois conditions : Avec arbrisseaux fruitiers, avec légumes et
avec fourrage ;
3. La pépinière d'arbres fruitiers ;
4. Le vignoble.

Ajoutons à cela les divisions suivantes de ce livre :


Première partie. — Droit au but. — Voulez-vous réussir ? — État actuel de l'arboriculture. — Le
remède. — Classification des cultures fruitières.
Partie 1, Chap. 4 12

Deuxième partie. — Études préliminaires : anatomie et physiologie végétales. — Études du sol et


des engrais. — Influence de l'eau, de l'air, de la lumière et de la chaleur sur la végétation.
Troisième partie. — Notions générales. Greffes. — Choix des arbres à planter. — Formes à donner
aux arbres. — Taille. — Instruments à employer. — Coupe du bois.— Principes généraux de la
taille. Quatrième partie. — Culture intensive. — Création des jardins fruitiers du propriétaire et
du spéculateur .— Sol. — Murs. —Palissages. —Plantations, etc.
Cinquième partie. — Cultures spéciales. — Culture, formation, taille et restauration de toutes les
espèces fruitières.
Sixième partie. — Culture forcée des fruits.
Septième partie. — Récolte et conservation des fruits. — Construction du fruitier. — Entretien du
jardin fruitier. — Soins à lui donner chaque mois.
Huitième partie. — Verger Gressent. — Verger d'abres à haute tige. — Pépinière d'arbres frui­
tiers. — Vignoble, maladies de la vigne et moyens curatifs.
Neuvième partie. — Traitement des arbres fruitiers et des vignobles ravagés par la grêle.— Res­
tauration des arbres gelés.
Dixième partie. — Plantations urbaines et d'alignement. — Formation des avenues. — Élagage.
— Entretien des forêts. — Élagage des chênes, etc. etc.
Chaque chose est classée distinctement et de manière à empêcher toute confusion des différentes
cultures.
Cette classification guidera sûrement les amateurs et permettra aux instituteurs, comme aux
jardiniers professeurs, de commencer un cours avec certitude de le terminer avec succès, en obser­
vant l'ordre que j'ai suivi, sans même avoir lu tout le volume, et en l'étudiant, au fur et à mesure,
chapitre par chapitre.
2 Deuxième partie :

Études préliminaires
CHAPITRE 1
Anatomie végétale
Posons tout d'abord ceci en principe :
L'homme ne connaissant pas l'anatomie des arbres, ignorant les fonctions de chacun de leurs
organes, ne sachant pas comment un arbre se nourrit, croît et fructifie, est incapable de planter
et d'élever un arbre, et plus incapable encore de lui appliquer une taille juste.
Cela dit, je commence.
Les principaux organes qui constituent les arbres sont :
Les organes élémentaires : le tissu cellulaire et le tissu vasculaire.
Le tissu cellulaire, formation primitive et primordiale de tout végétal organisé, est composé par
la réunion de petites vésicules contiguës, à parois communes, percées d'ouvertures par lesquelles
elles communiquent entre elles.

a b
Figure 1 : Tissus cellulaires.

Ces petites vésicules, ovales d'abord (a, fig. 1), prennent ensuite la forme hexagone (b, fig. 1) : vues
au microscope, elles simulent les alvéoles des abeilles.
Le tissu cellulaire forme toutes les parties molles des végétaux. Les parois des cellules, d'abord
très minces, s'épaississent par la formation intérieure de nouvelles parois ; les matières minérales,
sans cesse introduites dans les cellules, contribuent à les obstruer ; avec le temps elles s'oblitèrent
entièrement et acquièrent la dureté du bois.

a b
Figure 2 : a : tissus vasculaire ; b : tissus vasculaire et cellulaire.
15 Anatomie végétale

Le tissu vasculaire (a, fig. 2) est formé par la réunion de longs tubes ou vaisseaux se joignant
d'intervalle en intervalle, et présentant l'aspect des mailles allongées d'un filet. Ces vaisseaux sont
percés d'ouvertures latérales par lesquelles ils communiquent entre eux. Dans la formation ligneuse,
les mailles du tissu vasculaire sont remplies de tissu cellulaire.
L'élément vasculaire apparaît toujours après la formation cellulaire : il vient envelopper ce dernier
tissu et le solidifier (b, fig. 2).
Le tissu vasculaire forme toutes les parties solides des végétaux.

Figure 3 : Racine provenant de semis.

Les organes conservateurs sont : la racine, la tige, les boutons, les feuilles et les stomates. La
racine se compose :
Du collet, point intermédiaire où la tige et la racine prennent naissance pour se développer en
sens inverse (A, fig. 3 et 4) ;
Du corps ou pivot, formation première de la racine s'enfonçant verticalement en terre et se
ramifiant comme la tige (B, fig. 5 et 6) ;

Figure 4 : Racine provenant de marcotte.

Des radicelles, ramifications du pivot, donnant naissance à une foule de petites ramifications ap­
pelées chevelu (C, fig. 3 et 4), et enfin des spongioles, amas de tissu cellulaire formant l'extrémité
de toutes les radicelles (fig. 5).

Figure 5 : Spongiole.
Partie 2, Chap. 1 16

Les spongioles figure 5 sont les seuls organes absorbants des racines, c'est-à-dire les seuls possédant
la faculté d'absorber les substances nutritives contenues dans le sol.
Parmi les arbres fruitiers, il y a des racines de deux espèces : celles provenant des semis (fig. 3),
pourvues d'un pivot, premier développement de la racine, et celles provenant des marcottes (fig. 4),
multipliées artificiellement (par marcotte), et n'ayant par conséquent pas de pivot, mais un talon.
Souvent le talon, mal coupé à la déplantation, présente une plaie non cicatrisée, quelquefois cariée ;
alors il faut l'enlever, à l'habillage, jusqu'à la partie saine. Pour les racines de semis ayant un
pivot (fig. 3), on coupe l'extrémité du pivot pour le faire ramifier. Toutes les radicelles des racines
provenant de semis ou de marcottes sont terminées par des spongioles (fig. 5).
La tige est composée d'organes extérieurs et d'organes intérieurs.
Les organes extérieurs sont : les bourgeons, les rameaux, les branches et le tronc.

a b c d
Figure 6 : a : bourgeon ; b : rameau ; c : branche ; d : tronc.

Le bourgeon est le premier développement de la végétation (a, fig. 6) ; il prend le nom de rameau à
la chute des feuilles, quand il a acquis la consistance ligneuse (b, fig. 6) ; le rameau devient branche
lorsqu'il se ramifie à son tour (c, fig. 6) ; le tronc est la partie de l'arbre qui s'élève du sol à une
certaine hauteur sans se ramifier (d, fig. 6). ;
Les organes intérieurs sont : la moelle, le corps ligneux et l'écorce.
La moelle est entièrement formée de tissu cellulaire. Elle est enveloppée par une couche de tissu
vasculaire. Ces vaisseaux prennent le nom de vaisseaux du canal médullaire ; la déviation naturelle
de ces vaisseaux offre l'aspect d'un petit axe, au sommet duquel se forment les boutons à l'aisselle
des feuilles.
Le corps ligneux est la partie qui occupe le centre de la tige, depuis la moelle jusqu'à l'écorce. Si
nous coupons un arbre transversalement, le corps ligneux nous apparaitra sous la forme de couches
concentriques ; chaque couche est le produit de la végétation d'une année (a, fig. 7). Ces couches
sont reliées entre elles par des faisceaux de vaisseaux horizontaux, appelés les rayons médullaires
(b, fig. 7).

Figure 7 : Coupe transversale d'un arbre.


17 Anatomie végétale

Si, au contraire, nous coupons un arbre verticalement, nous reconnaîtrons que les filets ligneux,
formant les couches dont nous venons de parler, sont formés d'une réunion de vaisseaux prenant
naissance à la base d'une feuille et se prolongeant jusqu'à l'extrémité des racines. Nous reconnai­
trons encore que les filets ligneux produits par les feuilles supérieures recouvrent ceux produits par
les inférieures. Il résulte de ce mode de construction que les couches ligneuses les plus jeunes sont
toujours les plus extérieures. Les mailles des vaisseaux ligneux sont remplies, comme tout le tissu
vasculaire, de tissu cellulaire,
Le corps ligneux se divise en deux parties : en bois parfait et en aubier.
Le bois parfait, plus dur et d'une couleur plus foncée, occupe le centre de la tige. Il est formé des
couches ligneuses les plus anciennes, de celles dont les cellules et les vaisseaux sont complètement
obstrués ; il ne sert plus que de support à l'arbre (c, fig. 7).
L'aubier (d, fig. 7), moins coloré, est formé des couches ligneuses les plus récentes ; les couches
les plus extérieures contiennent les vaisseaux séveux (e, fig. 7) ; ces vaisseaux fonctionnent avec
d'autant plus d'énergie que les couches sont plus jeunes. Ceux formés pendant l'année donnent
passage à un quart de la sève, ceux de l'année précédente à la moitié, ceux de la troisième et
de la quatrième année au dernier quart. Dans la majeure partie des espèces l'aubier se convertit
en bois parfait la cinquième ou la sixième année.
L'écorce comprend : le liber, les couches corticales, le tissu sous-épidermoïde et l'épiderme.
Le liber est la partie la plus intérieure de l'écorce, celle qui recouvre l'aubier (a, fig. 8) ; le liber est
formé d'un grand nombre de couches minces et flexibles, composées de vaisseaux naissant également
à la base d'une feuille et se prolongeant jusqu'à l'extrémité des racines. Nous remarquerons que la
formation des couches du liber se fait en sens inverse de celle du corps ligneux.

Figure 8 : Coupe transversale de l'écorce.

Dans le corps ligneux les couches les plus nouvelles sont les plus extérieures ; les couches du liber
les plus récentes sont, au contraire, les plus intérieures.
Une couche de liber est également formée chaque année,
Le liber est le siège de la vie de l'arbre.
Les couches corticales sont formées des plus anciennes couches du liber, de celles que le temps
a complètement desséchées. Ce sont les losanges rugueux que l'on remarque sur le tronc des vieux
arbres (b, fig. 8). Dans les jeunes tiges seulement, le liber est recouvert d'une couche de tissu
cellulaire. C'est le tissu sous-épidermoïde (a, fig. 9). Ce dernier tissu est recouvert d'une pellicule
mince et incolore : c'est l'épiderme (b, fig. 9).

Figure 9 : Coupe transversale de l'écorce d'un bourgeon.

Le bouton placé à l'aisselle des feuilles est le rudiment du bourgeon ; il doit sa formation à la
déviation des vaisseaux du canal médullaire. Les vaisseaux déviés forment d'abord un petit axe au
sommet duquel est placé le bouton. Lorsque la végétation est accomplie, le bouton prend le nom
d'œil. On appelle mérithalle l'espace qui sépare les yeux. Les feuilles se composent du pétiole et
du disque.
Le pétiole ou queue de la feuille (A, fig. 10) est formé des vaisseaux déviés du canal médullaire ;
ces vaisseaux, en s'allongeant et se ramifiant à l'infini dans le disque, donnent naissance aux nervures
de la feuille (B, fig. 10).
Partie 2, Chap. 1 18

Figure 10 : Feuille de poirier.

Le disque est la lame de feuille (C, fig. 10). Elle est composée de tissu cellulaire recouvert d'une
membrane incolore appelée épiderme ; cette membrane, surtout celle de la face inférieure, est percée
de petites ouvertures : ce sont les stomates (A, fig. 11).

Figure 11 : Stomates.

Toutes les parties vertes des végétaux, les feuilles, les bourgeons et Les fruits, sont recouvertes de
stomates.

1 2 3
Figure 12 : 1 : Fleur de l'amandier ; 2 : Étamine de l'amandier ; 3 : Pistil de l'amandier.

Les organes reproducteurs sont : les fleurs et les fruits.


Les fleurs sont composées des enveloppes florales et des organes sexuels.
Les enveloppes florales sont : le calice et la corolle. Les divisions du calice prennent le nom de
folioles calicinales ; celles de la corolle, celui de pétales (C, 1 de fig. 12).
Les organes sexuels sont : les étamines (b, 1 et 2 de fig. 12) et le pistil (a, 1 et 3 de fig. 12).
Les étamines sont les organes mâles des plantes ; elles se composent du filet, de l'anthère et du
pollen.
Le filet portant l'anthère à son sommet a, 2 de fig. 12) ; l'anthère, pelite poche renfermant le
pollen, poussière fécondante des végétaux (b, 2 de fig. 12).
19 Anatomie végétale

Le pistil (3 de fig. 12) est l'organe femelle des plantes ; il se compose de l'ovaire (a, 3 de fig. 12),
renfermant le rudiment des semences à féconder ; du style b, portant le stigmate (c, 3 de fig. 12, corps
glanduleux et humide, présentant à sa surface l'ouverture de vaisseaux communiquant directement
avec les loges de l'ovaire.

Figure 13 : Coupe d'une poire.

Le fruit est composé du péricarpe et des semences.


Le péricarpe comprend toute la partie charnue du fruit ; il est formé de tissu cellulaire (A,
fig. 13).
Les semences (B, fig. 13) renferment le rudiment d'une plante semblable à celle qui leur a donné
naissance ; elles sont attachées et enveloppées par un réseau de vaisseaux appelé cordon ombilical ;
il prend naissance au pédoncule du fruit et se prolonge jusqu'à son extrémité. Une partie de ces
vaisseaux a servi à la fécondation ; leur fonction est d'introduire les substances nutritives pendant
tout l'accroissement du fruit.
On appelle tunique l'enveloppe du fruit.
L'embryon contient la radicule, rudiment de la racine ; la plumule, rudiment de la tige, et les
cotylédons, partie charnue de la graine.
CHAPITRE 2
Physiologie : germination et nutrition
Après avoir examiné les principaux organes qui constituent les arbres, occupons-nous des fonctions
qu'ils remplissent, afin de connaître les causes déterminant les principaux phénomènes de la vé­
gétation : la germination, la nutrition, l'accroissement, la reproduction et la mort, seuls moyens
d'opérer à coup sûr dans la plantation, la formation, la culture, la taille et la restauration des
arbres.
Pour suivre la végétation dans toutes ses phases, commençons par la germination.
Lorsqu'une graine est confiée à la terre, voici ce qui se produit : elle absorbe de l’eau, qui l'amollit
et la gonfle ; la tunique (c,fig. 14)se déchire ; la radicule b s'enfonce dans le sol ; la plumule d se
redresse, s’allonge et sort bientôt de terre, portant les cotylédons a, à sa base ; ceux-ci fournissent
à la jeune plante la nourriture première, et tombent dès que les feuilles apparaissent.
La germination ne peut s'effectuer sans le concours de l’eau, de l'air et de la chaleur.
L’eau amollit la graine, la gonfle et fait déchirer la tunique.
L’air est indispensable à la germination ; le gaz oxygène qu'il contient modifie la substance des
cotylédons et la rend propre à nourrir la plante. La graine soustraite au contact de l'air ne germe
pas ; elle pourrit.

Figure 14 : Gland germé.

La chaleur active la germination ; plus elle est élevée, plus celle-ci est prompte. Cependant elle ne
doit jamais dépasser 45 degrés. Le sol se desséchant trop vite à cette température, la germination
n’a plus lieu.
Il résulte de ce que nous venons de dire que les semis, pour être faits avec succès, doivent l'être
dans des conditions spéciales : dans un sol plutôt léger que compact afin d’être très perméable à
l'air ; labouré très profondément, pour conserver l'humidité, et de plus copieusement fumé avec des
engrais très consommés, assimilables par conséquent, afin de fournir immédiatement une nourriture
abondante à la plante qui naît.
Les semis d'arbres doivent être faits en ligne et non à la volée. Dans les semis en lignes, les plantes
sont également espacées, par conséquent également éclairées ; chaque racine ayant le même espace
21 Physiologie : germination et nutrition

à occuper, tous les sujets sont d’égale vigueur ; en outre, les semis en ligne permettent d’enterrer
toutes les graines à la même profondeur, opération importante pour qu'elles reçoivent toutes la
même somme d'air et d'humidité.
Les graines doivent être enfouies plus ou moins profondément, suivant leur grosseur. Il faudra
choisir une moyenne entre ces deux extrêmes : la graine du bouleau, la plus petite des semences,
veut être enterrée à deux millimètres, et le marron d'Inde, la plus grosse, à cinq centimètres, dans
un sol de consistance moyenne.
Ajoutons que les graines doivent être enterrées plus profondément dans un sol léger, et plus
superficiellement dans une terre compacte. Il faut, en outre, entretenir l'humidité à l’aide d’arro­
sements fréquents, et pailler les planches, afin d'empêcher la dessiccation du sol, qui mettrait les
jeunes plants en danger.
Les graines les plus nouvelles sont les meilleures ; elles doivent surtout avoir été récoltées très
mûres. Les vieilles graines ne germent pas toujours et produisent des sujets moins vigoureux. Il est
bon de stimuler leur énergie en les mettant tremper deux ou trois heures dans de l’eau salée. Il ne
faut pas mettre plus de 25 grammes de sel par litre d'eau.

Nutrition
La nutrition est l'acte capital de la végétation, celui qu’il importe le plus de bien connaître : c’est
la clef de toutes les cultures.
Les substances nutritives sont d'abord introduites dans les végétaux pour y être modifiées de
plusieurs manières avant de pouvoir servir à leur accroissement.
Fidèle au principe qui sert de base à la culture savante, nous allons d'abord rechercher quelles
sont les substances nutritives nécessaires au développement des arbres, afin de les introduire dans le
sol, s’il en est dépourvu ; ensuite nous verrons comment ces substances sont introduites et modifiées.
L'analyse des végétaux ligneux donne : du carbone en grande quantité, de l’eau, du phosphore,
du soufre, des oxydes métalliques unis aux acides phosphoriques, sulfuriques et siliciques ; des chlo­
rures, des bases alcalines (potasse, soude, chaux et magnésie) combinées avec des acides végétaux.
Si les arbres ne peuvent absorber continuellement de l'eau (hydrogène et oxygène), de l'air
(oxygène et azote), de l'acide carbonique et certaines matières minérales, ils dépériront comme
l'animal auquel on refuse une nourriture suffisante.
Toutes ces substances nutritives sont tirées du sol et de l'atmosphère, et sont absorbées par les
racines et par les feuilles.
Les racines puisent dans le sol les matières minérales et salines, les agents calcaires, la silice
soluble, etc., le carbone et l'azote, abondamment fournis par les engrais.
Les feuilles puisent dans l'air du gaz acide carbonique, de l’ammoniaque et de l'hydrogène sulfuré.
Les organes absorbants des arbres sont donc : les racines et les feuilles.
Posons en principe que toutes ces substances ne peuvent être introduites dans les végétaux, soit
par les racines, soit par les feuilles, qu'à l’état liquide ou gazeux.
Les spongioles, seuls organes absorbants des racines, sont dépourvues d'ouvertures : par consé­
quent, les substances nutritives, comme les matières minérales, ne peuvent y être introduites
qu'après avoir été dissoutes par l'eau contenue dans le sol. L'eau est donc le premier élément,
l'élément indispensable à la nutrition.
Lorsque l’eau du sol, chargée de substances nutritives, a pénétré dans les racines par les spon­
gioles, elle fait partie intégrante du végétal et prend le nom de sève. La sève dont les praticiens
parlent sans cesse, et à laquelle ils attribuent tous les effets de la végétation, n’est autre chose
que l’eau du sol chargée de substances nutritives. L'unique fonction de la sève est d'introduire
dans le végétal et de porter dans les cellules des feuilles les substances nutritives fournies par le
sol. C'est dans les cellules des feuilles que s’opèrent les diverses modifications de la sève ; et c'est
seulement lorsqu'elle « a été modifiée par les feuilles qu'elle peut concourir à l'accroissement et à
la fructification.
Partie 2, Chap. 2 22

L'action de la sève est certes pour beaucoup dans la végétation ; c’est à la fois l'agent qui puise les
substances nutritives dans le sol, et le véhicule qui les transporte à l’alambic qui doit les distiller ;
mais les matières premières fournies par la sève seraient de aul effet sur la végétation et sur la
fructification, sans le concours des feuilles.
Donc, les pincements exagérés, comme les rognages de bourgeons, faits sous le prétexte de mettre
les arbres à fruit, n’ont d'autre résultat que d'arrêter leur accroissement et de suspendre la fructi­
fication.
Nous insistons sur ce point, autant dans cet ouvrage que dans nos leçons, parce que l'expérience
nous prouve, chaque jour, que la majeure partie des erreurs qui se commettent dans la taille des
arbres ne proviennent que de l'ignorance absolue de l’organisation des végétaux.
Nous concluons donc de ce qui précède que les feuilles sont aussi indispensables à la végétation
que les racines, et que non seulement sans feuilles, mais encore avec des feuilles placées dans
l’obscurité, l'action de la sève sera de nul effet et ne produira ni accroissement, ni fructification.
Les feuilles ne fonctionnent que sous l'influence des rayons solaires.
La sève monte, comme nous l'avons dit déjà, depuis l'extrémité des racines jusqu'aux cellules
des feuilles, par les couches les plus extérieures de l’aubier. Cette ascension a lieu pendant le jour.
Nous avons dit que les feuilles absorbent, dans l'atmosphère, par les stomates dont elles sont
couvertes, de l’air et de la vapeur d’eau.
Lorsque la sève est montée jusqu'au pétiole de la feuille, elle y pénètre, s'étend dans les nervures
et des nervures passe dans les cellules des feuilles. Lorsque la sève est logée dans les cellules du
disque de la feuille, la première modification s’accomplit sous l'action des rayons solaires seulement :
l'eau surabondante s’évapore et est renversée dans l'air sous forme de vapeur d’eau, les substances
nutritives restent accumulées dans les cellules. Alors commence la seconde modification, l’accom­
plissement du phénomène le plus admirable de la végétation.
L'oxygène de l'air, absorbé par les feuilles, vient s'unir aux matières carbonées fournies par les
engrais, et forme du gaz acide carbonique. Le gaz acide carbonique est décomposé dans les cellules
des feuilles, le carbone est fixé dans le végétal, et l'oxygène reversé dans l'air.
Le gaz acide carbonique, puisé dans l'atmosphère par les feuilles, subit la même décomposition
et concourt aussi à l'accroissement.
Lorsque la sève a subi, dans les cellules des feuilles, les modifications que nous venons d'indiquer,
elle prend le nom de cambium. Alors, complètement modifiée, épaissie, convertie en cambium, elle
suit une nouvelle route pour concourir à l'accroissement de l'arbre et à sa reproduction.
La sève monte par les couches les plus extérieures de l'aubier jusqu'au pétiole, pour se répandre
dans les nervures et dans les cellules des feuilles, et cela pendant le jour. Le cambium passe des
cellules dans les nervures, des nervures dans les pétioles des feuilles, et redescend, pendant la
nuit, du pétiole de la feuille à l'extrémité des radicelles, par les couches les plus intérieures et, par
conséquent, les plus récentes du liber.
Le cambium détermine sur tout son passage la formation d’une couche de filets ligneux et d’une
nouvelle couche de liber ; alors commence l’accroissement.
Constatons de nouveau, avant d'étudier ce phénomène, que l'accroissement de l'arbre, non plus
que sa reproduction, ne peuvent s'effectuer sans le concours des feuilles ; constatons encore que la
transformation de la sève en cambium, transformation qui a lieu dans les cellules des feuilles, ne
peut s’opérer que sous l'action des rayons solaires.
En conséquence, l’évaporation de la surabondance d’eau et la conversion de la sève en cambium
ne pouvant s'accomplir que sous l'influence des rayons solaires, toutes les branches des arbres
fruitiers devront être assez espacées pour ne pas porter d'ombre sur leurs voisines. Toute branche
ou toute partie de branche soustraite à l'action des rayons solaires ne croîtra pas et restera toujours
infertile.
CHAPITRE 3
Physiologie : accroissement
Lorsque la sève est convertie en cambium, et que la descension s'opère, l'accroissement commence.
Il a lieu de deux manières différentes : en longueur par l'ascension de la sève, et en diamètre par la
descension du cambium.
Lorsque la végétation s’éveille au printemps, la sève en montant exerce une pression continue
sur l'axe des yeux : cette pression détermine l’élongation du bourgeon : c'est le commencement de
l'accroissement en longueur.
Les seuls organes dus à l'accroissement en longueur, c’est-à- dire formés de bas en haut par
l'effet de l'ascension de la sève, et sans le concours des feuilles, sont : la moelle, les vaisseaux du
canal médullaire, une couche très mince de liber, le tissu sous-épidermoïde et l’épiderme ; toutes
les autres parties : Le corps ligneux, l'écorce, etc., sont formées de haut en bas par l’effet de
l'accroissement en diamètre, opéré par la descension du cambium. Il ne peut avoir lieu sans les
feuilles : il commence lorsqu'elles apparaissent. Quand les opérateurs seront bien convaincus de
cette vérité, ils cesseront de rogner constamment les arbres et de leur supprimer les trois quarts de
leurs feuilles ; ils comprendront alors qu'ils les tuent et les empêchent de produire des fruits.
L'accroissement en longueur et en diamètre a lieu simultanément. La sève tend toujours à allonger
les bourgeons par sa pression ascensionnelle ; le cambium vient, dans son mouvement, de descension,
modérer l’élongation et solidifier le bourgeon à l’aide des filets ligneux et corticaux qu'il dépose sur
son passage.
Nous avons dit que la conversion de la sève en cambium ne pouvait s’opérer que sous l’action des
rayons solaires. En voici la preuve : les bourgeons qui naissent au centre des arbres sont privés de
lumière : ils s’allongent démesurément et ne grossissent pas ; la moelle est très abondante et à peine
recouverte d’une couche de bois mou et spongieux. Les feuilles de ces bourgeons ayant été privées
de lumière, l'élaboration du cambium n'a pas eu lieu ; l’accroissement en longueur a été continuel,
celui en diamètre presque nul. Les bourgeons qui naissent en dehors de l'arbre et ont été vivement
éclairés présentent des résultats opposés : l'accroissement en diamètre est considérable, et celui en
longueur très modéré. Ces bourgeons sont courts, très gros ; leur bois est dur et bien constitué.
Ceux-ci seront d’une fertilité remarquable, tandis que les premiers ne produiront ni fleurs ni fruits.
Sans lumière, pas de fructification possible.
L’accroissement en longueur ne dure qu'un été ; il s’opère l’année suivante par le développement
d’un nouveau bourgeon. L'accroissement en diamètre est continu : il a lieu pendant toute l'existence
de l'arbre.
Dès que les premières feuilles d’un bourgeon se déploient, elles recoivent la sève dans leurs cellules,
et la transforment en cambium. Le cambium passe des cellules dans les nervures, des nervures dans
le pétiole de la feuille, et descend par Les couches les plus intérieures du liber jusqu'à l'extrémité
des racines ; le cambium en descendant détermine sur son passage la formation des filets ligneux
qui viennent recouvrir l’étui médullaire (a, fig. 22), et la formation de nouveaux vaisseaux du liber
(9, fig. 22).
Les filets ligneux et corticaux formés par les feuilles supérieures viennent toujours recouvrir
ceux qui ont été précédemment formés par les feuilles inférieures, mais avec cette différence que
les couches ligneuses sont formées du centre à la circonférence ; les plus nouvelles sont les plus
extérieures (c, fig. 15), tandis que les couches de liber les plus récentes sont les plus intérieures (d,
fig. 15). L’accroissement du liber a lieu de la circonférence au centre.
Les filets ligneux et corticaux, marqués des chiffres 1, 2, 3, 4 et 5, à la base de la figure 15, sont
placés dans l’ordre de leur formation par les feuilles 4, 2, 3, et 5.
Ce mode d'accroissement nous explique le danger qu'il y à à laisser de vieilles écorces sur les
arbres. L’accroissement en diamètre s'opère intérieure ment entre l'aubier et l'écorce ; il faut donc,
pour permettre à l'arbre de grossir, que les vieilles écorces éclatent. Si ces écorces sont trop épaisses
et trop dures pour céder, il y a étranglement des filets ligneux, et par conséquent des vaisseaux
Partie 2, Chap. 3 24

Figure 15 : Coupe verticale d’un bourgeon.

séveux et paralysie des vaisseaux du liber. L'un entrave l'ascension de la sève ; l’autre empêche la
descension du cambium. Alors la végétation se ralentit, reste suspendue, et si cet état se prolonge,
l'arbre meurt asphyxié.
Il faut donc, lorsque la végétation d'un arbre s'arrête sans cause apparente, examiner soigneuse­
ment les écorces et faire, sur toutes les parties où elles sont trop dures pour se fendre naturellement,
des incisions longitudinales. Ces incisions peuvent être faites avec la pointe de la serpette ; elles
doivent pénétrer jusqu’au corps ligneux, et être placées du côté du nord ou de l'ouest. Quelques
jours après cette opération, l'arbre reprend toute sa vigueur.
L'accroissement en longueur cesse vers la fin de l'été avec l'ascension de la sève ; l'accroissement
en diamètre s'arrête à la chute des feuilles.
Chaque année, une nouvelle couche d'aubier vient recouvrir les anciennes ; lorsque les cellules et
les vaisseaux sont complètement obstrués, l'aubier acquiert plus de dureté el une coloration plus
foncée : c'est la formation du bois parfait, Le bois parfait ne sert plus que de support à l'arbre ; il
est complètement inerte et ne concourt en rien à son existence. Chaque année aussi, une nouvelle
couche de liber est formée, elle rejette à l'extérieur les anciennes couches desséchées, ne fonctionnant
plus et converties en couches corticales,
Lorsque l'accroissement en diamètre vient à cesser à la chute des feuilles, une partie du cambium
élaboré par les dernières feuilles ne descend pas jusqu’à l'extrémité des racines ; il s’extravase par
les ouvertures latérales des vaisseaux, et se répand dans le tissu cellulaire qui remplit les mailles du
tissu vasculaire, où il reste en réserve. Ce cambium de réserve sert à alimenter les jeunes bourgeons
avant l'apparition des feuilles ; il sert aussi à déterminer la formation de nouvelles spongioles ; c’est
encore lui qui donne naissance aux racines sur les boutures. Le tissu sous-épidermoïde qui recouvre
le liber des bourgeons est aussi formé à l’aide du cambium de réserve.
L'accroissement des racines est dû à la descension du cambium ; il ajoute chaque jour un peu
de tissu cellulaire à l'extrémité des spongioles, et les allonge ainsi pendant tout le cours de la
25 Physiologie : accroissement

végétation ; toutes les fois qu’une nouvelle ramification naît sur la tige, elle détermine la formation
d’une nouvelle racine.
Nous avons dit que le liber était le siège de la vie de l'arbre ; nous allons le prouver : si nous
enlevons circulairement l'écorce d’un arbre sur tout le périmètre du tronc, et sur une hauteur de
15 centimètres seulement, l'arbre mourra. Voici pourquoi : la sève montera bien par les couches de
l’aubier, et alimentera les feuilles pendant quelques mois ; mais les vaisseaux du liber par lesquels
le cambium descend étant supprimés, le cambium formera bourrelet au bord supérieur de la plaie,
où il restera amassé sans pouvoir descendre plus loin ; alors l'accroissement des racines n’aura plus
lieu.
Les spongioles, nous le savons, puisent dans le sol les matières minérales et salines : elles s’obs­
truent en quelques mois et cessent par conséquent de fonctionner. Dès l'instant où le cambium ne
vient plus les allonger et les renouveler, leurs fonctions sont de courte durée. Le jour où les racines
n’envoient plus de sève aux feuilles, l'arbre est mort.
CHAPITRE 4
Physiologie : reproduction et mort
Le premier acte de la reproduction est la floraison ; constatons que chez les arbres non soumis à la
taille les fleurs n'apparaissent qu’au bout d'un certain temps, alors seulement que l'arbre a acquis
un grand développement, et que la sève circule avec lenteur dans ses nombreuses ramifications ;
constatons encore que les fleurs ne se rencontrent jamais que sur les rameaux faibles.
La taille nous fournira les moyens d'obtenir des fleurs beaucoup plus tôt, non pas à l'extrémité des
rameaux, comme chez les arbres abandonnés à eux-mêmes, mais à leur base, c’est-à-dire attachées
la plupart du temps à la branche mère, ou au moins sur un onglet très court, condition indispensable
pour obtenir de beaux fruits. Le développement des fruits est subordonné à la quantité de sève
qu'ils reçoivent ; plus l'issue ouverte à la sève est large et courte, plus le fruit devient volumineux.
Après la floraison, vient un acte de la plus haute importance : la fécondation. Lorsque la fleur est
épanouie, les anthères s'ouvrent pour laisser échapper le pollen. Dés qu'un grain de pollen tombe
sur le stigmate, il pénètre par les vaisseaux placés à son orifice, il y subit une pression assez forte
pour le déchirer et permettre à la liqueur fécondante qu’il contient de descendre jusqu'aux loges de
l'ovaire. Alors la fécondation est accomplie : la fleur fane ; la corolle et les organes sexuels tombent,
l'ovaire seul grossit : c’est le fruit, son accroissement commence.
La fécondation ne peut s’accomplir que par une température douce et sous une atmosphère sèche.
Lorsque les fleurs subissent l'influence de la gelée, les organes sexuels, désorganisés, déchirés, ne
fonctionnent pas ; quand elles sont mouillées, le pollen se délaye ; la fécondation est impossible.
Alors on dit que les fleurs ont coulé. De cette loi, la nécessité des abris naturels ou artificiels.
Chaque fois que les fleurs des arbres seront garanties de la gelée, de la pluie et des brouillards,
les quatre-vingt-dix centièmes de fleurs noueront.
L'accroissement du fruit est très prompt ; voici comment il a lieu. Le fruit, nous l'avons dit,
est composé de tissu cellulaire ; son épiderme est couvert de stomates. Le parenchyme des fruits
fonctionne comme celui des feuilles ; il attire à lui la sève des racines ; la surabondance d’eau
s'évapore par les stomates dont ils sont couverts ; les substances nutritives puisées dans le sol,
par la sève, restent accumulées dans les cellules, et ces matières, décomposées par l'oxygène, sont
converties en cambium comme chez les feuilles, mais avec cette différence que le cambium élaboré
par les feuilles concourt à l'accroissement et à la fructification de l'arbre, tandis que celui élaboré
par les fruits ne sert qu’à leur propre accroissement.
Le mode d’accroissement des fruits explique l'intermittence de production que l’on observe sur
les arbres abandonnés à eux-mêmes. Les pommiers à cidre donnent régulièrement une abondante
récolte tous les deux ans ; voici pourquoi : la quantité de fruits qui existe sur ces arbres pendant
les années d'abondance est telle qu’elle atténue les fonctions des feuilles. Les fruits absorbent la
majeure partie de la sève ; ils la transforment bien en cambium, mais le cambium élaboré par les
fruits ne concourant qu'à leur propre accroissement, celui de l’arbre est suspendu, et la fructification
ne s’établit pas pour l'année suivante. Donc l'année qui suit celle de la bonne récolte est stérile :
l'arbre l'emploie à former de nouveaux boutons à fruits, et l’année d’après l'abondance revient,
pour faire encore place à la disette l'année suivante.
Il résulte clairement de cet enseignement, donné par la nature, que les arbres ne doivent produire
qu'une quantité de fruits limitée pour les récolter beaux et obtenir une production égale tous les
ans. En effet, les arbres cultivés avec soin et taillés rationnellement produisent chaque année une
quantité de fruits égale à un dixième près.
On obtient facilement ce résultat en ne laissant pour les fruits à pépins qu'un fruit par quatre
rameaux a fruit, mais un seul fruit, et non des bouquets de trois ou quatre, comme on le fait à
tort. Pour les espèces à noyau, la proportion est d'un fruit tous les 10 centimètreS.
Les personnes peu habituées à voir des arbres bien tenus penseront peut-être qu’à l’aide de ce
procédé nous réduisons considérablement le produit : c’est une erreur, en voici la preuve.
27 Physiologie : reproduction et mort

Nous n’admettons, comme on le verra plus loin, pour l’espalier comme pour le plein vent, que
des formes d'arbres garnissant le mur ou le palissage de la base au sommet, sans jamais y laisser
de vide, et cela dans un laps de temps variant entre cinq et sept années, suivant les formes. Les
branches sont placées à un intervalle de 30 à 35 centimètres et ne présentent jamais de lacunes ;
elles sont garnies de rameaux à fruits dans toute leur étendue.
Comptons nos fruits sur un mètre de surface. Dans les espèces à pépins, quatre rameaux à fruits
occupent à peine une longueur de 45 centimètres. Nous avons trois branches dans ce mètre ; elles
nous donnent 3 mètres linéaires, portent quatre-vingts rameaux à fruits, qui nous permettent de
conserver vingt fruits par mètre de surface pour les espèces à pépins, et trente pour celles à noyaux.
Supposons un mur de 20 mètres de longueur et 3 mètres d'élévation : il nous donnera 60 mètres
de surface, et il produira annuellement :
En espèces à pépins, 1 200 fruits ;
En espèces à noyaux, 1 800 fruits ;
Admettons que la moitié des fruits tombe, faute des soins nécessaires ; nous aurons encore, sur
20 mètres de mur, 600 fruits à pépins et 900 fruits à noyaux. De plus, tous ces fruits seront de
premier choix et de première qualité, résultat impossible à obtenir lorsque la production n’est pas
réglée.
Cette production de fruits paraîtra fabuleuse aux personnes qui n’ont que de mauvais arbres,
aux branches dénudées, et soumis à des formes, quand ils ont des formes, couvrant le tiers ou le
quart des murs après quinze ou vingt années de plantation. Si ces personnes veulent bien essayer la
culture que leur enseigne ce livre, elles seront vite convaincues que mes estimations sont au-dessous
de la réalité.
Pendant tout le temps de leur accroissement, les fruits remplissent les mêmes fonctions que
les feuilles : ils attirent la sève, et la transforment en cambium : ils absorbent par conséquent
l'acide carbonique et exhalent l'oxygène. Le contraire a lieu lorsque les fruits ont atteint tout
leur développement. Dès que la maturation commence, ils absorbent l'oxygène et exhalent l’acide
carbonique ; lorsque tout l'acide carbonique est exhalé et remplacé par l'oxygène, la maturation est
accomplie : le fruit, d'acide qu'il était, devient sucré, et la décomposition suit bientôt la maturité
complète.
Ce nouveau phénomène nous explique pourquoi les fruits verts sont si dangereux pour la santé ;
l'acide carbonique dont ils sont saturés porte le trouble dans tous nos organes. C’est également
une erreur de croire les fruits meilleurs lorsqu'on les mange aussitôt cueillis ; les fruits ne sont
jamais parfaitement mûrs tant qu'ils restent sur l'arbre ; ils finissent sans doute par mûrir, mais
incomplètement, et encore perdent-ils beaucoup de leur qualité. Quand les fruits mûrissent sur les
arbres, ils exhalent bien une grande partie de l’acide carbonique qu'ils contiennent, mais ils en
reçoivent chaque jour une nouvelle quantité par le pédoncule ; la maturation est donc plus longue
et toujours imparfaite. Il faut bien se garder aussi de cueillir les fruits trop tôt ; alors ils se rident
et ne mûrissent pas. Ils doivent être cueillis dès que la peau devient transparente.
Le phénomène de la maturation nous donne aussi la clef de la conservation des fruits. Dès l'instant
où nous priverons d'air et de lumière l'endroit où ils sont renfermés, la maturité sera retardée, le
dégagement de l'acide carbonique étant imparfait, et l'absorption de l'oxygène difficile. Joignons
à ces conditions une température toujours égale de 4 à 5 degrés centigrades, et la maturation ne
s’opérera que très lentement.
La coloration des fruits est due à l’action de la lumière ; il suffit de les découvrir six à sept jours
avant de les cueillir pour leur faire acquérir une coloration complète.
Il est facile de colorer en rouge très vif des variétés naturellement incolores, en mouillant trois
ou quatre fois par jour avec de l'eau fraîche le côté du fruit exposé à la lumière.
Avant d'aborder l'étude des agents naturels et artificiels de la végétation, il nous reste à rechercher
la cause de la mort des arbres.
La plupart des arbres fruitiers soumis à la taille meurent des suites des amputations brutales et
maladroites que l'on exerce sans cesse sur eux, sous le prétexte de Les former et de les mettre à
fruit.
Si les arbres fruitiers n'étaient pas constamment mutilés, celui qui les plante les verrait rarement
mourir ; leur existence serait plus longue que celle de l'homme, même en donnant d'abondantes
Partie 2, Chap. 4 28

récoltes. Les arbres doivent finir par mourir naturellement, comme tous les êtres organisés ; mais
l'énergie vitale est douée d’une force telle qu’elle peut résister aux lois des affinités chimiques
pendant de bien longues années.
Les arbres soumis à la taille ne vivent pas cinq ans en moyenne ; les amputations réitérées faites
avec de mauvais instruments arrêtent leur accroissement, font développer une forêt de bourgeons
qui, coupés à leur tour, produisent une quantité de nodosités sur toutes les branches. Au bout de
quelques années, l'arbre, tout tortu, couvert de cicatrices, de chancres et de carie, et ne pouvant
faire de nouvelles racines, est totalement épuisé ; alors il se couvre de fleurs, mais les fruits tombent
avant d'avoir atteint le quart de leur volume ; cette abondante floraison est le chant du cygne : la
mort la suit de près, et les insectes qui attaquent de préférence tous les sujets faibles, la précipitent.
L'observation exempte de toute théorie a amené ces déplorables résultats. Les anciens praticiens
ont remarqué que les fleurs n’apparaissaient que sur les rameaux faibles ; ils ont affaibli les arbres
jusqu'à ce que la mort s'ensuive, pour leur faire produire des fleurs. C'est le principe qui régit encore
les opérations de taille des trois quarts des praticiens, dans les localités où l’enseignement n’a pas
pénétré. Si ceux qui ont perpétué une pareille hérésie avaient pris la peine d’étudier les lois de la
végétation, loin de mutiler l'arbre, ils auraient favorisé son développement, et, en se contentant
d’affaiblir les bourgeons à l’état herbacé ou semi-ligneux, ce qui ne nuit en rien à la végétation,
ils eussent obtenu ce que nous avons obtenu constamment : des arbres vigoureux bien portants,
couverts de boutons à fleurs, donnant de magnifiques fruits, parce qu'ils ont pour les nourrir toute
la sève d’un arbre en parfaite santé.
La mort prématurée des arbres soumis à la taille, nous ne saurions trop le répéter et nous
le prouverons surabondamment plus loin, est due, quatre-vingt-dix fois sur cent, aux rognages
incessants qu'on leur applique depuis si longtemps pour les mettre à fruits. On les tue sûrement
avec ce système, rien de moins.
CHAPITRE 5
Des agents naturels et artificiels de la végéta­
tion : du sol
Nous venons d'étudier sommairement l'organisation des arbres et les principaux phénomènes de la
végétation ; il nous reste à savoir comment et dans quelles conditions la nutrition, l’accroissement et
la reproduction peuvent être augmentés et accélérés. La taille avance la fructification, elle favorise
même l’accroissement dans certains cas ; mais les résultats de la taille seront presque nuls si la
nutrition s'opère mal.
Mon but est, dans cet ouvrage comme dans mes leçons, d'éviter les déceptions à mes lecteurs et
à mes auditeurs ; je ne saurais trop insister sur l'importance des soins de culture, et répéter à la
majorité des propriétaires et même des praticiens, toujours portés à attribuer uniquement à la taille
les résultats que nous obtenons, qu'un arbre parfaitement taillé donnera des résultats négatifs, s’il a
été mal planté, si le sol ne convient pas à son espèce, ou s'il est dépourvu des substances nutritives
qui lui sont indispensables. Un arbre bien planté, bien taillé et convenablement fumé ne donnera
encore que des demi-résultats s'il est placé à une exposition contraire à sa nature. Ceci posé,
recherchons les causes susceptibles de déterminer à la fois une bonne nutrition, un accroissement
rapide et une fructification abondante.
Les agents naturels de la végétation : le sol, l'eau, l'air, la lumière et la chaleur, sont les causes
déterminantes des principaux phénomènes de la végétation ; mais, pour que ces phénomènes s’ac­
complissent à notre satisfaction, il faut que chacun des agents dont nous parlons intervienne en
temps voulu et dans une proportion donnée. Prenons pour exemple l’eau : si le sol est trop humide,
les arbres seront infertiles ; s’il est trop sec, les fruits tomberont avant maturité.
La nature nous donne toujours trop ou pas assez. C'est donc à l'homme de remédier à sa pro­
digalité ou à son insuffisance par l'étude, par l'observation et par le travail ; Les agents artificiels
de la végétation, les amendements, les engrais, les abris, les labours, les binages, les paillis, les
arrosements, les aspersions,etc., employés avec discernement, lui en fournissent tous les moyens.
Parmi les agents naturels de la végétation nous placerons le sol en première ligne. Les sols de
bonne qualité ont une valeur inappréciable, en ce que tout y vient facilement, et qu’on y obtient
d'excellents produits avec moins de travail et peu de dépense ; mais les sols d'élite sont rares. Il
faut donc, à l'aide des amendements, des engrais et d’une culture raisonnée, obtenir des résultats
satisfaisants dans les sols médiocres : c’est la science de la culture.
Posons d'abord en principe qu’il n'existe pas de sol, quelque ingrat qu'il paraisse, sur lequel on ne
puisse obtenir presque toutes les espèces fruitières. C'est une question de travail et de savoir, rien
de plus. Chaque plate-bande devra souvent recevoir un amendement différent, et quelquefois des
engrais différents, suivant les besoins des espèces qui y seront plantées. Que le lecteur ne s’effraye
pas de cette combinaison d'amendements et d'engrais ; elle n’est ni difficile ni dispendieuse. Presque
tous les éléments se trouvent sous la main, dans la majorité des cas ; il faut seulement les connaître,
se donner la peine de les recueillir, et savoir les utiliser.
J'ai voulu donner une preuve incontestable de ce que j'avance, en choisissant des terrains plus
que médiocres pour créer mon ancien jardin fruitier de Sannois, et de la pire espèce pour le verger
Gressent. La majeure partie des personnes qui ont visité ces jardins-écoles admiraient les résultats
obtenus, mais en disant, comme toujours : « C’est superbe ! mais aussi vous avez un terrain de
qualité parfaite. » J'avais créé avec intention, je ne saurai strop le répéter, mes jardins-écoles dans
un sol pitoyable, parce que ces jardins étaient destinés à prouver matériellement, et ils l'ont fait
pendant les douze années où j'ai laissé le public les visiter, ce que j’avance, dans mes leçons et dans
mes écrits.
Disons aussi qu’un choix judicieux de sujets nous évitera souvent de grandes dépenses de ter­
rassements et d'amendements. Prenons le poirier pour exemple il peut être greffé sur cognassier,
sur poirier franc sur Cormier et sur épine blanche. Le cognassier veut un sol substantiel : le poirier
Partie 2, Chap. 5 30

franc le remplace dans les sols plus légers ; on à recours au cormier dans les sols siliceux, où le poi­
rier franc ne vient pas ; enfin dans les sols essentiellement calcaires, où toutes les espèces à pépins
périssent, l’épine blanche nous fournit de bons poiriers. C’est incontestablement un peu plus long
que dans un bon sol ; mais un propriétaire privé de fruits n'hésite jamais devant un retard de trois
ou quatre ans, lorsqu'il a la certitude de récolter de magnifiques et d'excellentes poires dans un sol,
qui, disait-on, n’en produirait jamais.
Presque toutes les espèces nous offrent les mêmes ressources que le poirier ; je traiterai des sujets
à employer à la culture de chacune d'elles. Mon but est de prouver que la production de tous les
fruits est possible dans tous les sols, et cela avec une dépense en harmonie avec la valeur de la
récolte. J'ai planté plus de cent jardins dans des sols, qui avaient refusé toute production fruitière,
et les propriétaires qui doutaient des résultats ont aujourd’hui la satisfaction de cueillir chaque
année d’abondantes récoltes.
Le cadre de cet ouvrage ne me permet pas de traiter de géologie ; je veux seulement éclairer le
propriétaire et le jardinier sur la valeur des sols, et leur fournir le moyen d'en tirer, à peu de frais,
le meilleur parti pour la culture des arbres fruitiers.
Examinons d’abord les trois natures de terres qui servent de base à la fertilité et entrent, en plus
ou moins grande quantité, dans la composition de tous les sols.

1. L’argile, desséchée naturellement, est composée de 52 parties de silice, 33 d’alumine et 15 d’eau ;


elle est plastique, tenace, difficile à diviser, retient une quantité d’eau considérable, 70 % de son
poids environ, et possède la faculté de s'emparer des gaz ammoniacaux et de les retenir entre ses
particules. L'argile mouillée forme une pâte molle, adhérente aux outils ; sèche, elle acquiert la
dureté de la pierre. Dans ces deux cas, elle est imperméable à l'air. De plus, il faut que l'argile soit
complètement saturée d'engrais pour que les végétaux se ressentent de l'effet des fumures.
Les sols argileux sont toujours humides : leur imperméabilité s'oppose à l’évaporation. Les arbres
y poussent d'abord assez vigoureusement ; mais leur bois mou, mal constitué, donne peu de fleurs.
Les fruits deviennent gros ; mais ils sont sans saveur et ne se conservent pas. Les hivers rigoureux
causent de véritables désastres dans les sols argileux ; leur humidité surabondante donne facilement
prise à la gelée. Les grandes chaleurs n’y sont pas moins à craindre : la terre, en se fendant, brise les
racines et les laisse à découvert ; puis enfin l’imperméabilité du sol jointe à son humidité naturelle,
fait pourrir les racines. L'arbre, qui avait d’abord produit des scions vigoureux, se couvre de mousse,
languit et meurt bientôt, après avoir péniblement donné quelques mauvais fruits.
Faut-il devant ces graves inconvénients abandonner la culture des arbres fruitiers dans les sols
argileux ? Évidemment non, car ce sont les plus fertiles quand ils sont bien amendés et cultivés avec
intelligence. Avant d'appliquer le remède, constatons aussi que l'argile brulée ne redevient jamais
plastique ; que dans cet état elle possède la faculté d’absorber avec avidité les gaz de l'atmosphère,
et qu'en principe une forte addition de calcaire produit toujours une grande fertilité dans ces sols.
Je traite ici des amendements pour les jardins fruitiers seulement, où nous aurons à opérer sur
des : espaces très restreints, de 5 ares (500 m²) à 20 ares (2000 m²), au plus. Si le sol est très argileux,
formé en entier de terre à brique ou à poterie, ce qui est très rare, le moyen le plus sûr et le plus
énergique est le brûlis, quand on peut toutefois se procurer un combustible quelconque à bon
marché : bois, épines, ronces, genêts, bruyères, roseaux, ajoncs, coke, tourbes, débris de tannerie,
etc., tout est bon ; le préférable est celui qui coûte le moins cher.
On ouvre la terre pour en former des billons de 60 à 80 centimètres d’élévation ; le combustible
est placé au fond de ces billons, en quantité suffisante pour faire un feu susceptible de durer deux
heures ; on le recouvre avec de grosses mottes de terre, de manière à former une espèce de fourneau
et à permettre aux flammes de pénétrer entre les mottes ; on met le feu, puis on a soin de boucher
les trous avec de nouvelles mottes de terre, partout où la flamme se fait jour.
Lorsque les fourneaux sont refroidis, on brise les mottes avec une masse ou avec là tête d’une
pioche ; lorsqu'elles ont été suffisamment chauffées, un seul coup les réduit en poussière. Il suffit
de mélanger le brûlis avec le sol, d'y ajouter un bon marnage ou des plâtras concassés et une
copieuse fumure, pour obtenir instantanément une terre amenée au plus haut degré de puissance
et de fertilité.
L'opération du brûlis n’est applicable qu'aux sols réputés impossibles, et cette opération, com­
pliquée il est vrai, peut se faire sans une grande dépense. Rien n’est impossible en culture pour qui
31 Des agents naturels et artificiels de la végétation : du sol

veut faire et se donner la peine de chercher. Le remède se trouve bien souvent à côté du mal ; la
plupart du temps, l’écobuage suffit dans des terres à briques ; dans ce cas, le sol à amender fournit
lui-même le combustible. Voici comment on opère :
On enlève par plaques la superficie du sol à une profondeur de 6 à 8 centimètres, c’est-à-dire toute
la couche de terre pénétrée par les racines des herbes et des gazons : on les laisse sécher pendant
quelques jours, et l'on construit, avec les herbes et les plaques de terre remplies de racines, des
fourneaux de distance en distance ; on y met le feu, en ayant soin de boucher avec de la terre
neuve toutes les issues ouvertes par les flammes ; on répand ensuite également les cendres et la
terre pulvérisée, pour les mélanger avec le sol.
Pour les sols moins argileux, ceux qu'on désigne généralement sous le nom de terres fortes, un
drainage suffit souvent pour les assainir. Le plus souvent un mélange de sable, de cendres ou de
plâtras amène le résultat demandé.
Le point capital est d'éviter l'humidité surabondante, de rendre la terre perméable à l'air, et
assez meuble pour l'empêcher de se fendre. Lorsque l’eau est stagnante dans les couches inférieures
du sol, les arbres ne peuvent pas y vivre ; alors il faut drainer. Mais si, comme dans la majorité des
cas, la terre n'est que compacte, il est facile de la rendre perméable avec un simple amendement.
Je place en première ligne les plâtras et les mortiers de chaux provenant de la démolition des
maisons ; ils ne coûtent guère que la peine de les enlever quand les maçons, qui souvent ne savent
qu’en faire, ne vous les portent pas ; les cendres de bois, de tourbes et celles de houilles, qui
encombrent presque toutes nos gares de chemin de fer, et dont les chefs de gare sont toujours
heureux de se débarrasser ; les cendres de forges, d'usines, de fours à plâtre et à chaux sont aussi
de précieux amendements pour les terres fortes.
S'il est impossible de se procurer des démolitions ou des cendres, il faut avoir recours au sable ;
mais le sable demande une addition de calcaire pour donner de bons résultats. Il est urgent de
donner un chaulage énergique ou un bon marnage après avoir mélangé le sable avec la terre.
La chaux ou la marne doivent être répandues sur le sol et enfouies en faisant le défoncement.
J'indiquerai la manière d'appliquer les chaulages et les marnages, lorsque le sol est défoncé, en
traitant de la fabrication des fumiers et des composts.
Disons encore, avant de terminer, ce qui est relatif aux sols argileux : que ce sont les plus fertiles
quand ils sont bien cultivés, et qu’ils récompenseront toujours amplement, par la richesse de leurs
produits, le propriétaire et le cultivateur de leurs avances et de leur travail. Mais le propriétaire ne
doit pas oublier que les terres fortes demandent plus d'engrais que les autres, et le cultivateur doit
toujours se souvenir que ces terres veulent être constamment ameublies par de bons labours et par
des binages profonds et réitérés.
2. La silice ou sable entre en quantité plus ou moins grande dans la constitution de tous les sols. On
l'y rencontre en plusieurs états : sous forme de cristal de roche, insoluble dans l’eau et les acides ;
sous forme de poudre blanche très fine, soluble dans l’eau et les acides ; enfin en combinaison avec
d’autres substances, formant des sels où elle joue le rôle d'acide, tels que l'alumine, la potasse, etc.
La silice est un des éléments qui donnent aux végétaux leur solidité.
Les sols siliceux variant du blanc au rouge, suivant la quantité d'oxyde de fer qu'ils contiennent,
offrent des caractères diamétralement opposés à l'argile : ils sont friables, faciles à travailler, très
perméables à l'air, mais toujours exposés à la sécheresse. Les sols siliceux ne retiennent que 25 %
d’eau environ.
Les arbres poussent peu dans les terres siliceuses ; ils produisent beaucoup de fleurs ; mais les
fruits, toujours savoureux, restent petits.
Les sols siliceux s’amendent par une addition d'argile et de calcaire. Voici comment il faut opérer :
Le plus expéditif et le plus économique, quand on habite un pays où il y a des constructions
en terre, est de se procurer des démolitions de murs ou de maisons en argile, de les pulvériser, de
répandre également cette poudre sur le sol, et de l'enfouir à l’aide d'un bon labour, par un temps
très sec.
Si l'on opère avec de l'argile humide, il faut la faire sécher complètement au soleil, et la pulvériser
avant de l'employer. L'argile mouillée reste en mottes et ne s'amalgame jamais avec le sable.
Lorsqu'elle est réduite en poudre et enfouie par un temps bien sec, le mélange est parfait, et les
résultats sont toujours des plus profitables.
Partie 2, Chap. 5 32

L’addition de calcaire par chaulage ou marnage se fait après le mélange de l'argile ; quand on
emploie des cendres, on les mêle avec l'argile réduite en poudre afin que le mélange de l'argile soit
plus complet encore.
On ne doit rien négliger pour donner de la consistance aux sols siliceux, et surtout pour y main­
tenir de la fraicheur. Les vases de mares et d'étangs, les cures de fossé mélangées avec des cendres
ou avec les engrais, après avoir été desséchées et pulvérisées, produisent d'excellents résultats. La
tannée, quand on peut s'en procurer en quantité, est précieuse pour amender les sols siliceux. On
peut l'enfouir ou l’employer en couverture indistinctement, mais après l'avoir préparée ainsi :
On fait un tas carré ou rond, et en Le construisant on place un lit de chaux tous les 30 centimètres
environ. Huit jours après, lorsque la chaux est bien délitée, on démonte le tas verticalement afin
d'opérer un mélange parfait de la chaux avec la tannée ; on arrose trois ou quatre fois avec de
l’engrais liquide, et l’on peut enfouir et mettre en couverture quatre ou cinq semaines après.
Quand il est possible de se procurer des eaux ammoniacales ayant servi à la fabrication du gaz,
il suffit d'arroser la l'année avec ces eaux pour la désagréger en quelques heures et lui enlever son
acidité, toujours dangereuse pour les plantes.
Les fumures en vert doivent être souvent employées dans les sables ; les roseaux, les varechs, les
herbes de toute nature, grossièrement hachées et enfouies fraiches, produisent le meilleur effet. On
recouvre ensuite le sol avec un paillis épais, et la fraicheur se maintient pendant très longtemps.
Si les sols essentiellement siliceux sont presque improductifs, il en est de très fertiles, ceux
fortement colorés en rouge et dont le sable est très fin. Cette fertilité s'explique par la présence de
l'oxyde de fer, qui attire et fixe, sous forme d'ammoniaque, l'azote de l'atmosphère.
3. Les sols calcaires, formés de chaux à l’état de carbonate, contenant en quantité plus ou moins
grande de l’argile et de la silice, sont les moins favorables à la culture des arbres fruitiers. Leur
couleur blanche repousse l’action des rayons solaires ; ils absorbent une quantité d'eau considérable
et se dessèchent aussi très promptement.,
La matière calcaire, presque infertile seule, est indispensable dans tous les sols, surtout pour la
culture des fruits à noyaux, où elle doit entrer en assez grande quantité. Les noyaux étant formés
en partie de carbonate de chaux, les fruits tombent lorsque le calcaire manque, et deviennent amers
lorsqu'il est en quantité insuffisante.
Toutes les espèces à pépins périssent dans les sols essentiellement calcaires ; presque toutes celles
à noyaux y souffrent : le cerisier seul y prospère.
Les sols calcaires s’amendent avec du sable et de l'argile. La quantité de sable et d'argile est
déterminée par la consistance de la terre à amender ; mais dans tous les cas il faut toujours choisir,
pour mêler aux sols calcaires des matières fortement colorées, afin de donner prise à l’action des
rayons solaires, en faisant disparaître autant que possible leur couleur blanche ; les fraisiers de forge
remplissent parfaitement ce but.
La tourbe est un précieux amendement pour les sols calcaires ; elle agit comme amendement
et comme engrais. On peut l'enfouir sans préparation : l'excès de calcaire corrige son acidité. La
tannée peut également être enfouie sans préparation, mais dans les sols très calcaires seulement ;
dans tous les autres, il y aurait danger pour les arbres.
Il résulte de l'examen que nous venons de faire des trois principaux éléments constituant la
majorité des sols : argile, silice et calcaire, que chacun de ces éléments, séparé, donne un sol impropre
à la culture ; que deux de ces éléments réunis forment une terre médiocre ; il faut le concours des
trois pour obtenir la fertilité.
4. La terre modèle est le loam, appelé terre franche dans certains pays. Les loams contiennent 33 %
d'argile, 33 % de silice et 33 % de calcaire. Toutes les cultures sont possibles dans ces sols ; tout y
prospère et y donne d’abondantes récoltes. Mais, ne l’oublions pas, cette terre type se rencontre
rarement ; c’est au cultivateur à chercher à en approcher le plus possible à l’aide des amendements.

Très souvent l'amendement se trouve sur le sol lui-même : le sous-sol le fournit. Ainsi, il n’est
pas rare de trouver une couche de sable sous une couche d'argile, et une de calcaire à une certaine
profondeur. Dans ce cas, le mélange du sol avec le sous sol produit le meilleur effet, et cette
opération se fait sans difficulté et sans dépense, en défonçant.
Disons, avant de terminer ce qui est relatif au sol, que les meilleures terres, même les loams,
seront moins productives, si elles ne contiennent une certaine quantité d'humus.
33 Des agents naturels et artificiels de la végétation : du sol

L'humus est la cause première de la fertilité du sol ; il provient de la décomposition des végétaux
et des matières animales. L’humus fournit aux plantes l’azote provenant des végétaux dont il est
formé ; il leur fournit du gaz acide carbonique qui imprègne l'eau du sol et forme au pied de la
plante, et sous l'abri de ses feuilles, une atmosphère surchargée de cet acide. (Les plantes, comme le
savons, absorbent l'acide carbonique par les racines et par les feuilles.) L'humus est d'autant plus
efficace pour la végétation qu'il possède, comme les corps poreux, la faculté de s'emparer des gaz
qui l'entourent et de les condenser. Ces gaz sont restitués par l'élévation de la température ou par
l'humidité qui les chasse des pores. L’humus est donc en quelque sorte un réservoir de substances
nutritives placé au pied de la plante.
Il nous est essentiellement facultatif d'introduire une plus ou moins grande quantité d'humus
ou terreau dans le sol, et par conséquent d'activer la végétation de nos arbres à notre gré, si nous
savons bien composer et bien employer nos engrais.
CHAPITRE 6
Des engrais
Avant de m'occuper des engrais propres au jardin fruitier, il est urgent de m'efforcer de détruire un
fatal préjugé : celui de refuser des engrais aux arbres à fruits. Beaucoup de propriétaires et même
de cultivateurs prétendent que les fumures font mourir les arbres. Ils ont raison, s'ils fument mal
ou plutôt avec des engrais en pleine fermentation. Chaque fois que l’on mettra du fumier d’écurie
on d’étable tout frais au pied des arbres, la fermentation du fumier, surtout si l’été est chaud,
produira souvent le blanc des racines, maladie qui tue un arbre en quelques heures. Est-ce une
raison, si l’on a fait une mauvaise application, pour laisser périr les arbres d'inanition ?
Que se passe-t-il habituellement dans la pratique ? On fume avec excès et avec du fumier frais :
le fumier appliqué au pied de l'arbre, qui n’absorbe rien par le haut des racines, donne naissance,
par sa fermentation, au blanc des racines ; la moitié des arbres périt dans l’année ; alors on ne
fume plus du tout, sous prétexte de conserver les arbres ; ils se chargent bien de fruits ; mais, ne
trouvant plus dans le sol les substances indispensables à leur nutrition, les fruits tombent lorsqu'ils
ont atteint à peine la moitié de leur développement, et l'arbre épuisé meurt bientôt d’inanition à
son tour.
Devant ces désastres, on a employé un moyen vicieux, s’il en fut jamais, celui de fumer abondam­
ment tous les trois ans. Qu’arrive-t-il dans ce cas ? L'année où l’on enfouit la fumure, on obtient
d'assez bons résultats, quand les arbres sont chargés de fruits ; s'il n'y a pas de fruits, il se développe
une quantité de gourmands, une forêt de bourgeons vigoureux difficiles à maîtriser, qui empêchent
les boutons à fruits de se former. Chez les espèces à noyaux, c’est pis encore : la gomme apparaît
presque toujours après la fumure.
Les fumures triennales causent une profonde perturbation dans la végétation, dans le produit,
et sont pernicieuses pour là santé des arbres, en ce qu’elles nécessitent une quantité d’amputations
et de mutilations. Il faut fumer peu et souvent, donner une fumure moyenne chaque année. En
opérant ainsi la nutrition se fait sans trouble ; la végétation et la fructification sont réglées ; le
produit est égal chaque année, et il n’y a jamais d'accidents à redouter.
Disons aussi qu'une fois les arbres plantés on n’enfouit plus de grandes fumures. Chaque année
on paille en entier les plates-bandes, soit avec du fumier, soit avec des composts ; l’année suivante,
lorsque la taille est faite, on enfouit le paillis en labourant, et l'on en replace un nouveau aussitôt
après. En opérant ainsi, les arbres ont une nourriture suffisante, et l'on n’a jamais d'accidents à
craindre.
Voyons maintenant quels engrais nous devons employer pour les arbres, tant pour enfouir à la
plantation que comme couverture.
En principe, les engrais à décomposition lente donnent les meilleurs résultats ; les déchets de
laine, les chiffons de laine et de soie, les bourres, les crins, les poils, les plumes, les râpures de
corne, les os concassés, les sabots de chevaux, les ergots de moutons et de porc, les nerfs, les
tendons, la chair desséchée, le noir animal, enfin toutes les matières qui se décomposent lentement,
cèdent leurs substances nutritives en petite quantité, mais d’une manière continue.
Les arbres végètent pendant un grand nombre d’années, et chaque année ils végètent sans in­
terruption de février à décembre, pendant dix mois. Si nous enfouissons au printemps des engrais
animaux, se décomposant entièrement en trois ou quatre mois, nos arbres auront une nourriture
trop abondante jusqu'au mois de juin, et ils en manqueront à partir de cette époque jusqu'à la fin
de l’année, au moment où les fruits acquièrent tout leur développement, où les arbres ont le plus
grand besoin de substances nutritives pour mûrir leurs fruits, et former des boutons à fruits pour
l’année suivante. Cet inconvénient est évité avec la fumure en couverture, c’est-à-dire le paillis posé
au printemps et laissé sur le sol jusqu’à l’année suivante.
Dans le cas où le propriétaire serait obligé d’acheter des engrais pour la plantation, il devra
choisir de préférence ceux que je viens d'indiquer ; mais, s’il a à sa disposition des engrais qui
ne lui coûtent rien, il pourra les employer pour le même objet, en les préparant convenablement.
35 Des engrais

Les fumiers d'écurie et d'étable peuvent être utilisés pour la plantation, mais à la condition de
les employer très consommés, après les avoir maniés plusieurs fois, et seulement lorsque la paille
est entièrement décomposée. Dans cet état, les fumiers animaux ne présentent qu’un inconvénient,
celui de ne pas avoir une action assez soutenue.
Il est un engrais qu’il est toujours facile de se procurer à peu de frais et en grande quantité,
avec un jardin un peu étendu, et excellent pour être enfoui ou employé en couverture ou paillis :
c’est un compost formé avec tous les détritus du parc, du potager et de la maison. Cet engrais est
préférable, pour le jardin fruitier comme pour le potager, au meilleur fumier d’écurie et d’étable ;
il faut se donner la peine de le fabriquer convenablement, voilà tout. :
On choisit une place ombragée par des arbres ou au moins au nord ; on y dresse une plate-forme
assez étendue pour permettre de manier facilement deux tas de fumier de chaque côté : cette plate-
forme doit être élevée de 25 centimètres au-dessus du sol et inclinée de façon que les jus de fumier
tombent dans un réservoir ou même dans une barrique enterrée à cet effet (fig. 16).
On forme un premier lit avec des herbes provenant des sarclages et des binages du jardin, avec
tous Les détritus du potager : tiges de pommes de terre, d'artichauts, d’asperges, trognons de
choux, etc. etc. ; Les tontures de haies, de bordures, les mousses, les roseaux, les bruyères, les
genêts, les ajoncs, toutes les matières herbacées que l'on peut se procurer sont bonnes, à la

Figure 16 : Fabrique de fumier.

condition de les employer fraiches. On recouvre ce premier lit avec du fumier, afin d'empêcher les
herbes de se dessécher, ou avec un peu de terre à défaut de fumier ; on ajoute chaque jour sur le
tas tous les débris de la cuisine épluchures de légumes, détritus de viande, les plumes et le sang des
volailles, les balayures de la maison et des cours. Puis on répand sur le tas les eaux de vaisselle, les
eaux de savon, de lessive, les urines, enfin toutes les eaux ménagères ; lorsque le réservoir est plein,
on arrose le fumier avec son contenu. Quand on manque de fumier, on peut ajouter aux herbes de
la poudrette, des matières fécales ou du crottin de cheval ramassé sur les routes.
Il faut avoir soin de défaire le tas de fumier, au bout de quinze jours, de bien le mélanger et de
l’arroser trois ou quatre fois avec de l’engrais liquide ou les eaux ménagères. On peut y ajouter
aussi les cendres du foyer et la suie.
Il est toujours utile de faire dissoudre dans l’eau pure d’abord quelques kilogrammes de sulfate
de fer, que l’on verse aussitôt fondu dans la fosse à engrais liquide ou le tonneau la remplaçant.
Non seulement Le sulfate de fer enlève instantanément toutes mauvaises odeurs, mais encore son
action augmente la valeur des engrais, et contribue puissamment à la destruction des parasites des
végétaux.
La tannée et la tourbe peuvent être employées avec profit dans les composts, en les additionnant
d'un dixième de chaux.
Si Le sol auquel ces composts sont destinés est argileux où manque de calcaire, on peut ajouter
aux détritus de toute espèce : des plâtras concassés, de la chaux, de la marne ou du plâtre suivant
le prix de revient, et les mélanger au fumier : plus le mélange sera complet mieux cela vaudra.
Les boues de villes bien consommées forment un engrais excellent, d'autant meilleur qu'il ren­
ferme des matières animales et végétales, des détritus de poissons, des cendres, des suies, etc.
Chaque fois qu'il sera possible de s’en procurer à bon compte, ce sera une précieuse acquisition
Partie 2, Chap. 6 36

pour le jardin fruitier et pour le potager. Les boues de villes forment une excellente couverture
pour les plates-bandes du jardin fruitier.
Les composts que je viens d'indiquer ont beaucoup d’analogie avec les boues de ville et ne coûtent
rien, que la peine de réunir toutes les substances fertilisantes que l'on jette habituellement dans
la rue. Si la fabrique de fumier est près des bâtiments, il est facile d’en neutraliser l'odeur avec
quelques kilogrammes de sulfate de fer dissous dans le liquide avec lequel on arrose le fumier. (Voir
le chapitre Engrais au Potager moderne, où la fabrication du fumier est traitée à fond.)

Engrais chimiques
Malgré toutes les recommandations que j'ai pu faire pour établir la fabrication, si facile, des
engrais solides et liquides chez tous les propriétaires, il est rare de voir ces deux services bien
établis lorsque le maître ne les surveille pas lui-même.
Presque tous les jardiniers négligent la confection des composts, et très peu consentent à employer
les engrais liquides que je viens d'indiquer, malgré leurs incontestables avantages. Presque toujours
le propriétaire, manquant d'engrais, est livré à la rapacité des paysans, qui quintuplent le prix du
fumier quand le bourgeois en a besoin.
Le manque d'engrais autant que le prix exorbitant auquel ils étaient cotés, ont fait renoncer à la
culture une quantité de personnes remplies de bon vouloir et dont les essais eussent été une source
de richesse pour leur pays.
Devant cet état de choses, j'ai dû expérimenter les engrais chimiques. Le résultat n'est pas
douteux pour moi ; il suffit d’avoir vu les expériences de M. Georges Ville, faites dans du sable
pur, pour ne conserver aucun doute sur l’action des engrais chimiques, et être bien convaincu
qu'avec leur emploi on peut se passer temporairement de fumier.
Je dis temporairement, et pour la plantation seulement. Les engrais chimiques, surtout l’engrais
complet, préférable pour la plantation des arbres, donnent lieu à une végétation vigoureuse ; mais
leur action serait nuisible à la qualité des fruits, si on les employait d’une manière continue pour
des arbres en plein rapport.
La végétation serait très active, et la mise à fruits difficile. En outre, les fruits seraient très gros,
mais sans saveur, comme les légumes obtenus avec les engrais chimiques.
Pour la plantation et lorsqu'on manquera d'’engrais naturels, on pourra employer l’engrais chi­
mique complet, mais additionné de terreau, de feuilles ou de gazons décomposés, et surtout éviter
de l'appliquer sur les racines.
En cas de disette d'engrais, on pourrait encore enfouir de l'engrais chimique complet en labourant
le jardin fruitier, mais recouvrir le sol d’un épais paillis et l’enfouir aussitôt que la sécheresse ne
sera plus à redouter.
Si l’on veut se donner la peine de faire des composts on aura toujours plus de fumier qu’il
n'en faut pour bien pailler le jardin fruitier, et cela est bien préférable aux engrais chimiques, qui
apportent toujours à la longue une certaine perturbation dans la végétation des arbres.
Lorsque nous aurons des terres argileuses à chauler, il faudra d'abord mélanger la chaux ou la
marne avec cinq ou six fois son volume de terre, laisser fuser pendant quelques jours ; bien mêler
le tout ensemble, et manier ce mélange avec le fumier, avant de le répandre sur le sol. En opérant
ainsi, on double l’action de la chaux ou de la marne. Quand on fera des composts pour des arbres
à fruits à noyaux, il sera toujours bon d'y ajouter un peu de chaux ou de marne pour tous les sols.
J'ai dit précédemment que l'effet des engrais animaux ne se faisait plus sentir quand les arbres
avaient le plus grand besoin de nourriture ; les composts, tout en ayant plus de durée, présentent
le même inconvénient. Il est facile d'y remédier avec le secours des engrais liquides, engrais des
plus précieux, en ce que leur effet est instantané. Ainsi, lorsque, par suite d'une longue sécheresse,
la végétation est suspendue, que les arbres sont très chargés, et que les fruits tombent faute de
nourriture et d'humidité, un seul arrosement à l’engrais liquide, donné au moment où la végétation
languit, non seulement empêche les fruits de tomber, mais amène encore une recrudescence de
végétation au profit de l'arbre, du volume et de la qualité des fruits. Cela s'explique par le mode
37 Des engrais

de nutrition des arbres. Les spongioles (extrémités des racines) absorbent les substances nutritives
à l'état liquide ou gazeux ; ces substances, à l’état de dissolution dans l’eau, sont immédiatement
absorbées par les racines.
L'engrais liquide, malheureusement trop peu employé en France, est la clef de la végétation :
rien n’est impossible avec lui. Une plante est-elle malade ou languit-elle faute de nourriture : un
arrosement d'engrais liquide lui rend en quelques jours la vigueur et la santé. On objecte l’odeur
désagréable de cet engrais ; il est facile de le désinfecter complètement en deux minutes avec une
dépense de quelques centimes, et, dans cet état, l’engrais liquide n'est pas plus répugnant à employer
que l’eau claire.
Il est facile de fabriquer de grandes quantités d’engrais liquide presque pour rien. Il suffit pour
cela d’avoir un réservoir bien étanche, ou simplement quelques tonneaux affectés à cet usage, et
d'employer une des recettes suivantes :

1. Le guano, le plus énergique des engrais connus, dissous dans trente fois son volume d’eau, et
désinfecter avec 2 kilogrammes de sulfate de fer par hectolitre ;
2. La colombine, curure de pigeonnier et de poulailler, étendue dans trente fois son volume d'eau, et
désinfectée avec 2 kilogrammes de sulfate de fer par hectolitre de liquide ;
3. Les matières fécales, dissoutes dans quarante fois leur volume d'eau et désinfectées avec 3 kilo­
grammes de sulfate de fer par hectolitre ; ne les employer que lorsqu'elles commencent à fermenter ;
4. Les urines étendues de cinq fois leur volume d’eau, avec 1 kilog. 500 grammes de sulfate de fer par
hectolitre ;
5. Les purins ou jus de fumier, étendus de quatre fois leur volume d'eau, avec 1 kilog. 500 grammes
de sulfate de fer par hectolitre ;
6. Le sang des abattoirs, étendu de dix fois son volume d’eau, avec 3 kilogrammes de sulfate de fer
par hectolitre ;
7. Les eaux dans lesquelles les chiffonniers dégraissent leurs os ; les étendre de quinze fois leur volume
d’eau, avec 3 kilogrammes de sulfate de fer par hectolitre ;
8. Mélange des urines de la maison avec les eaux de vaisselle, de savon, de lessives, etc., et 1 kilog.
300 grammes de sulfate de fer par hectolitre.

Enfin, si l’on n'a pas eu la précaution de fabriquer une certaine quantité d'engrais liquide, et
que l’on manque des matières que j'ai indiquées, on peut encore en faire d’excellent avec du crottin
de cheval pur. On prend une futaille dans laquelle on met un tiers de crottin de cheval et deux
tiers d'eau ; on abandonne le mélange pendant quelques jours, et on l’emploie quand il commence
à fermenter. Lorsqu'on arrose à l’engrais liquide, il faut préalablement avoir le soin de former au
pied de l'arbre un bassin circulaire de 0,70 m à 1,50 m de diamètre, suivant la force de l’arbre afin
que l’engrais s’infiltre à l'extrémité des racines et non au collet. Deux arrosoirs d'engrais liquide
suffisent pour un grand arbre. Il faut toujours faire ces arrosements le soir, après le coucher du
soleil, et mettre ensuite du paillis sur la partie arrosée, afin d'empêcher l’évaporation. Lorsqu'on
arrose des fleurs ou des légumes à l’engrais liquide, il faut éviter d'en répandre sur les feuilles.
En terminant ce qui est relatif aux engrais, je ne saurais trop recommander aux propriétaires et
aux jardiniers de ne rien laisser perdre. Il faut avoir fabriqué des engrais soi-même, pour se figurer
combien une maison, quelque peu importante qu’elle soit offre de ressources, et fournit d'éléments
précieux pour activer la végétation. La fertilité du potager et du jardin fruitier est subordonnée à la
quantité des engrais dont on dispose. Chaque fois qu'on se donnera la peine de tout utiliser pour la
fabrication des fumiers, on aura toujours en abondance des engrais et des paillis ; les sols médiocres
deviendront bons, et souvent on obtiendra en quelques années d’excellents et d'abondants produits,
sur les sols les plus ingrats, quand on les aura enrichis d’humus.
CHAPITRE 7
De l'eau, de l'air, de la lumière et de la chaleur

De l'eau
L'eau est un élément indispensable à l'existence des plantes ; elle joue le rôle le plus important
dans la végétation partout où on la rencontre : dans le sol, à l’état liquide ; dans le corps des arbres,
dont elle fait partie, et dans l’atmosphère à l’état de vapeur.
Dans le sol, l’eau dissout les substances propres à la nutrition, s'empare de l'acide carbonique
de l'humus, et permet aux substances qu’il contient de pénétrer dans le corps des végétaux par sa
seule action.
Dans le corps des arbres, sous le nom de sève, l’eau introduit tous les éléments de nutrition et
leur sert de véhicule jusque dans les cellules des feuilles, où la sève modifiée, convertie en cambium,
vient concourir à l'accroissement et à la reproduction.
Dans l'atmosphère, à l'état de vapeur, l’eau produit ces bienfaisantes rosées qui remédient,
pendant les grandes chaleurs, à la sécheresse du sol.
Sans eau il n'y a pas de nutrition, et par conséquent pas de végétation possible. Mais, malgré
l’utilité de cet élément, il faut le rencontrer dans le sol et dans l'atmosphère dans une proportion
voulue. Si le sol est trop humide, il produira du bois mal constitué et pas de fleurs ; s’il est trop
sec, les arbres se couvriront de fleurs, se chargeront de fruits, sans produire de bois, et arriveront
bien vite à la décrépitude. Il faut combattre l'humidité surabondante par les amendements et par
le drainage ; la sécheresse, par des paillis épais appliqués au printemps, par des aspersions sur les
feuilles et par des arrosements à l’engrais liquide, afin de placer les arbres dans des conditions
d'humidité moyenne qui leur permettent de végéter et de fructifier convenablement.
L'aspersion sur les feuilles est un des moyens les plus énergiques de combattre la sécheresse ;
elle est des plus utiles, surtout à proximité des routes, où les arbres sont couverts de poussière qui
bouche les stomates et empêche les feuilles de fonctionner. Il faut bien se garder d'employer de
l'eau plus froide que la température de l'atmosphère pour asperger les feuilles : on s’exposerait à
les faire tomber. Les aspersions doivent être faites avec de l’eau tirée vingt quatre heures au moins
à l'avance et bien chauffée au soleil. En cas de presse, il vaut mieux y verser une casserole d’eau
bouillante que de l’employer trop froide.
La trop grande humidité dans l’atmosphère n'est pas moins à redouter. Les arbres fleurissent
bien, mais ne produisent pas de fruits. Dans les localités exposées aux brouillards fréquents, ces
brouillards mouillent les fleurs et rendent la fécondation impossible en délayant le pollen. Alors il
faut avoir recours aux abris naturels ou artificiels pour préserver les fleurs. Un simple chaperon
mobile de 30 centimètres de saillie, ou une toile posée pendant floraison suffisent pour assurer la
fécondation.

De l'air
L'air est indispensable à la végétation ; sans le concours de l'oxygène qu'il contient, la sève
ne pourrait être décomposée et convertie en cambium. La germination, nous l'avons dit, ne peut
s’accomplir sans le secours de l'air ; les racines pourrissent, comme les graines, quand elles sont
soustraites à son influence.
Quand l'air ne circule pas suffisamment dans un jardin, les arbres y meurent et ne fructifient pas.
Nous en avons vu de fréquents exemples dans les jardins où les murailles sont très élevées et très
rapprochées, l'air ne circulant plus, les arbres périssent, même ceux qui exigent le plus de chaleur.
Dans ceux où les arbres sont trop rapprochés, la fructification ne s’établit pas. Le gaz oxygène, en
39 De l'eau, de l'air, de la lumière et de la chaleur

outre, concourt puissamment à la décomposition des engrais. Il faut donc, pour obtenir le maximum
de végétation, que le sol soit constamment perméable à l’air. On obtient ce résultat par les labours
profonds et des binages réitérés. Plus le sol est compact, plus il doit être fouillé profondément et
remué souvent, Les bonnes façons données au sol, ne l’oublions pas, comptent pour beaucoup dans
les succès de culture, en accélérant la décomposition des engrais.

De la lumière
La lumière est un des agents les plus puissants de la végétation ; sans elle, la nutrition ne saurait
s’opérer, et les arbres resteraient infertiles. Non seulement la lumière participe à tous les actes de
la végétation, mais encore elle les détermine et les accélère.
La seule action de la lumière produit l'évaporation de la surabondance d'eau de la sève dans
les cellules des feuilles, Par le fait de cette évaporation, l’ascension de la sève est activée, l'absorp­
tion des racines est augmentée en raison de l’activité de celle-ci, et l’accroissement est augmenté en
conséquence. Donc, la quantité de substances nutritives puisées dans le sol par les racines est subor­
donnée à l'évaporation des feuilles, c'est-à-dire à l’action de la lumière. En outre, l'acide carbonique
accumulé dans les cellules des feuilles ne peut être décomposé, pour concourir à l’accroissement et
à la fructification, que sous l'influence d’une lumière très vive.
Si un arbre fruitier est ombragé en entier, il poussera des rameaux longs et grêles, donnera
rarement des fleurs, et ces fleurs ne produiront jamais de fruits.
Si l’arbre est éclairé en partie, les fruits ne se montreront que sur la partie éclairée. A-t-on jamais
vu des fruits sur les quenouilles plantées sous de grands arbres, à la base des gobelets pointus que
l’on trouve encore dans les vieux jardins, à l’intérieur de ces grandes pyramides fourrées, dont
l'unique résultat est d'ombrager et d’épuiser le sol, pour produire un fagot chaque année ? Le jour
où les propriétaires et les cultivateurs seront convaincus des effets de la lumière, ces productions
anormales disparaitront pour faire place à des arbres soumis à des formes rationnelles,
On doit encore à l’action de la lumière la saveur des fruits, leur coloration et celle des feuilles. Les
cellules des fruits fonctionnent exactement comme celles des feuilles ; elles élaborent le cambium
de la même manière. Donc, lorsque le fruit reste dans l’obscurité, l'élaboration étant incomplète,
la maturation ne peut s'accomplir, attendu que le manque de lumière s'oppose au dégagement de
l'acide carbonique Les fruits d’espalier, notamment les abricots et les pêches, ne muriraient jamais
également ni parfaitement, si l’on n'avait le soin de les découvrir entière ment et de les exposer à
l'influence des rayons solaires lorsqu'ils ont atteint tout leur volume.
Sans cette précaution, le côté du fruit qui regarde le mur reste acide, tandis que celui exposé à
la lumière est savoureux el sucré.
La coloration est entièrement due à l’action de la lumière ; de là, la double nécessité de découvrir
les fruits quelques jours avant de les cueillir, pour leur donner à la fois la saveur et le coloris.

De la chaleur
La chaleur encore est un agent puissant de la végétation. Elle concourt à la nutrition, comme
la lumière, en augmentant l'évaporation. En principe, la chaleur stimule l’énergie des plantes ; elle
accélère toutes les fonctions de la vie végétale ; mais encore faut-il la rencontrer dans certaines
limites, et combinée avec une humidité suffisante.
Si la chaleur est de longue durée et le sol très sec, la végétation sera suspendue, et les arbres se
couvriront de fleurs ; si la sécheresse du sol augmente encore, les fruits tomberont, et l'arbre finirait
par mourir s’il manquait totalement d'humidité. Si, au contraire, la température est très élevée
et le sol très humide, la végétation sera fort active, les arbres produiront une foule de bourgeons
vigoureux et pas de fleurs.
Il faut combattre la sécheresse et l’excès de la chaleur :
Partie 2, Chap. 7 40

1. Par des couvertures de fumier ou de compost épaisses de 8 à 40 centimètres, appliquées sur le


sol pendant qu’il est humide, c'est-à-dire en mars, aussitôt après le labour de printemps et non
en juillet, quand il est desséché. On peut utiliser, quand on manque de fumier : pailles de colza,
bruyères, roseaux, ajoncs, genêts, mousse, herbes marines, etc. ; le point capital est de soustraire
le sol à l'évaporation. Les objets que l’on peut se procurer le plus facilement et au meilleur marché
sont les préférables ;
2. Par des arrosements à l’engrais liquide ; ils sont d’un grand secours, non seulement pour empêcher
la chute des fruits, mais encore pour augmenter leur volume et leur qualité ;

1 2 3
Figure 17 : 1 : Pompe à main Dudon ; 2 : Tonneau arroseur Dudon ; 3 : Arrosoir à engrais
liquide pour les arbres.

3. Par des aspersions données sur les feuilles, le soir après le coucher du soleil ; la pompe à main
Dudon (1, fig. 17) est l'instrument le plus commode et le plus expéditif pour cette opération.
Cette excellente petite pompe lance l’eau à une grande distance : on la divise à volonté en mettant
le pouce sur la lance.
La pompe à main Dudon peut se mettre dans un seau où un arrosoir que l’on transporte faci­
lement ; mais, quand on a une certaine quantité d'arbres à asperger, le tonneau arroseur Dudon
(2, fig. 17) rend de grands services. Ce tonneau, tout en fer, est d’une solidité à toute épreuve ;
il contient 60 litres d’eau, et est facile à rouler quand il est plein. Au fond du tonneau se trouve
un cercle en fer dans lequel s'adapte le bas de la pompe, et de chaque côté, à l'ouverture du haut,
une entaille dans laquelle la monture entre juste. La pompe, ainsi tenue, est aussi solide que si elle
était rivée sur le tonneau. Le tonneau est peint en noir ; grâce à sa coloration après l'avoir rempli,
une heure d'exposition au soleil suffit pour échauffer l'eau suffisamment.
Je ne saurais trop recommander l’aspersion sur les feuilles ; elle produit les meilleurs résultats,
surtout pour les arbres exposés au midi ; elle dispense quelquefois des arrosages à engrais liquide
et empêche toujours les feuilles de se dessécher. En employant les deux moyens : aspersion sur les
feuilles et arrosage à l'engrais liquide, on peut braver les sécheresses les plus désastreuses ;
4. Par des binages souvent renouvelés, la terre remuée se dessèche moins, et de plus elle est ouverte
à l'influence des rosées. On bine sans déranger le paillis.

Il faut bien se garder de répandre des arrosoirs d’eau au pied des arbres, ainsi qu'on le fait souvent
pendant les grandes chaleurs. C'est d’abord les exposer à être attaqués par le blanc des racines,
qui naît toujours au collet et à la naissance des grosses racines, et les décompose en vingt-quatre
heures ; ensuite ces arrosements copieux sont nuisibles à la qualité des fruits, à la santé des arbres
et à la fructification pour l’année suivante. Excepté pendant la première année de la plantation,
41 De l'eau, de l'air, de la lumière et de la chaleur

et encore en cas seulement de sécheresse extraordinaire, les arbres ne doivent être arrosés qu’à
l'engrais liquide, et cela deux ou trois fois au plus pendant les plus fortes chaleurs.
L'arrosoir à engrais liquide pour les arbres (3, fig. 17) est l'instrument le plus commode et le plus
expéditif pour arroser les arbres sans les exposer au moindre accident. Cet arrosoir, muni d'une
anse pour le porter facilement, est monté sur trois pieds a, qui entrent en terre ; le goulot b, par
lequel s'échappe l’engrais liquide, entre également dans le sol.
La broche est garnie d’un bouchon c, entrant dans le goulot b, et empêchant le liquide de
s'échapper quand on transporte l’arrosoir. On le place au-dessus des racines que l’on veut arroser ;
on fait entrer les pieds a et le goulot b dans le sol ; on retire la broche que l’on retourne et avec
la pointe d que l'on fait entrer dans le goulot, on perce le sol à la profondeur où l’on veut faire
pénétrer l’engrais. On retire la broche pour laisser infiltrer l’engrais liquide dans le sol, et quand il
y en a une quantité suffisante, on opère à un autre endroit.
Un arrosoir d'engrais liquide est suffisant pour un gros arbre. Pour les arbres d’espaliers placés
contre les murs, on fait trois trous afin de laisser échapper dans chacun le tiers du liquide : un en
avant de l'arbre, et un de chaque côté, à 30 ou 35 centimètres du mur. La distance des trous au
tronc de l'arbre doit varier entre 50 et 90 centimètres, suivant la grosseur de l'arbre et la longueur
des racines.
Pour les arbres en plein vent, autour desquels on peut tourner, on fait quatre trous qui reçoivent
chacun un quart du liquide de l’arrosoir : un en avant et en arrière, et un de chaque côté, à la
distance du tronc que j'ai indiquée plus haut.
Grâce à cet ingénieux instrument, dû à M. Médéric Rose, on peut employer les engrais les plus
infects sans qu'ils laissent la moindre émanation dans le jardin, et ces engrais, ne subissant aucune
évaporation, ont une action double. En outre, l'infiltration souterraine n'offre aucun danger, pour
le blanc des racines, qui se produit toujours pendant les grandes chaleurs, après les pluies d’orages
abondantes ou les arrosements copieux donnés au collet de la racine.
La chaleur est presque toujours un bienfait sous le climat privilégié de la France, du moins
dans toute la région de la vigne. Il y a quelques modifications de culture et de taille à apporter
pour la région de l'olivier. Je les indiquerai en traitant du jardin fruitier, de la culture et de la
taille de chaque espèce. Mais, depuis le nord jusqu’à la région de l'olivier, il est plus facile de
se défendre de la chaleur que du froid. La chaleur, toujours attendue avec impatience, ne nous
apporte qu'un inconvénient : un peu de sécheresse passagère, en échange de sa généreuse influence
sur la végétation. Les palliatifs contre la chaleur ne demandent ni dépense, ni grand travail ; les
préservatifs contre le, froid sont dispendieux ; ils exigent un travail incessant, un certain matériel
et encore ne sont-ils applicables que sur des espaces très restreints.
La nature, dans son admirable organisation, apporte elle-même le remède le plus puissant contre
la chaleur et contre le froid : quand l’homme la seconde un peu, elle le récompense au centuple de ses
soins et de ses peines. Pendant les chaleurs les plus intenses, alors que les bourgeons sont exposés
à griller contre les murs, la sève, plus active que jamais, monte abondamment vers les feuilles,
stimulée par l'évaporation de celles-ci. La sève apporte dans le corps de l'arbre la température
fraiche du sol pour mitiger celle de l'atmosphère. Aidez la nature de quelques aspersions sur les
feuilles, et vous n'aurez jamais d'accidents à déplorer.
Pendant les gelées, la nature vient encore nous apporter le préservatif le plus énergique. Le
mouvement de la sève existe toujours pendant l'hiver, mais il est presque nul comparativement à
celui qui s'opère pendant l'été. En conséquence, des arbres obéissant à cette loi physique qui fait
qu’un liquide en repos gèle moins que s'il était agité, sont d'autant moins exposés à l’action du froid.
En outre, l'ascension de la sève, toute lente qu'elle est, existant toujours, même pendant le repos de
la végétation, la sève apporte encore dans le corps de l'arbre la température du sol, bien plus élevée
que celle de l’atmosphère, pour contre-balancer son action. Empêchez le sol de se refroidir, la sève
conservera une température assez élevée pour préserver les arbres de tout accident. Une couche de
fumier frais, répandue sur le sol à l'approche des gelées, est suffisante pour les soustraire à leur
atteinte et y maintenir une température de plusieurs degrés au-dessus de zéro, excepté cependant
par des gelées aussi fortes et d'aussi longue durée que celles de 1879-1880, de désastreuse mémoire,
mais heureusement très rares, malgré l’abaissement du climat de la France.
Partie 2, Chap. 7 42

Les plus puissants préservatifs des gelées et des neiges tardives, désorganisant les fleurs, des
pluies et des brouillards délayant le pollen, et empêchant la fécondation, sont les abris. Devant
l'inclémence constante de la température de nos derniers printemps, je crois devoir consacrer un
chapitre spécial aux abris, afin de donner aux propriétaires des moyens certains de sauver leur
production de fruits de toutes les intempéries.

Les abris
IL est incontestable que notre climat change et devient chaque année plus rigoureux.
Les intempéries que nous subissons depuis quelques années, et qu'il est à craindre de voir se
renouveler, me font un devoir d'attirer l'attention de mes adeptes sur la nécessité des abris pour
les arbres fruitiers, afin de les défendre des gelées, des neiges et des pluies pendant leur floraison,
sous le climat de Paris et sous ceux du nord, nord-est et nord-ouest de la France.
La pluie et les brouillards empêchent la fécondation et détruisent les récoltes ; il suffit d’un simple
auvent pour l’assurer : les gelées et les neiges désorganisent les fleurs et les fruits nouvellement
formés ; on évite leurs ravages à l’aide d’un obstacle empêchant le rayonnement vers les espaces
célestes. Voilà les résultats obtenus avec les abris.
Les abris ne sont possibles que dans les jardins ; mais ils y rendent d'immenses services quand,
comme en 1888, les neiges tardives ont désorganisé les boutons à fruits déjà en végétation et fait
tomber tous les fruits. Le jardin abrité est alors une précieuse ressource.
Les abris ne sont ni très coûteux ni difficiles à établir ; ils demandent un peu de travail et de
soin, rien de plus.
Procédons par ordre, afin de protéger les arbres de nos jardins, et assurer notre récolte annuelle
le mieux possible et aussi le plus économiquement possible.
Les arbres plantés en espalier sont les plus faciles à abriter, et ceux aussi demandant le moins
de dépenses pour sauvegarder leur récolte.
Il suffit d’un simple auvent ou chaperon en paille de 40 à 50 centimètres de largeur, pour les
murs de 2,50 m à 3 m de hauteur, posé, incliné en haut du mur, depuis le 20 février, époque où
la végétation commence à se manifester, jusqu’au 20 mai, où l'on n'a plus rien à craindre des
intempéries.
Un simple auvent ou chaperon suffit pour tous les arbres en espalier, excepté pour le pêcher et
l’abricotier demandant des abris spéciaux.

1 2
Figure 18 : 1 : Console ; 2 : Chaperon.

Ce chaperon, en simples paillassons, doit être posé incliné, pour faciliter l'écoulement des eaux (a,
fig. 18, 2) et placé sur des consoles en fer scellées dans le mur (b, même figure), ou sur des supports
mobiles en bois ou en fer.
Les consoles en fer plat doivent être scellées dans le mur à une distance de 1,50 m ou 2 mètres ; le
modèle représenté par la 1, figure 18 est le meilleur et le plus économique. (Se garder des consoles à
mécanique ; elles ne sont bonnes qu’à remplir la bourse de l’industriel qui les débite.) Les chaperons
les plus solides et les plus faciles à établir (2, fig. 18) se font avec quatre baguettes de châtaignier
fendues en deux et de la paille de seigle ; on place la paille bien égalementsur deux baguettes fendues
43 De l'eau, de l'air, de la lumière et de la chaleur

(a, fig. ? ?, 2) ; on met deux autres baguettes, également fendues, à, par-dessus les premières, et on
cloue le tout ensemble.
La paille a l'inconvénient d’être un peu lourde, surtout quand elle est mouillée, mais c’est encore
ce qu'il y a de plus économique.
Dans les localités où la paille de seigle est rare et chère, on aura recours aux abris en carton
bitumé, très solides et très économiques.
La paille de blé n’est pas solide ; celle d'avoine, trop courte, se brise en un instant. Il faut donc
choisir la paille de seigle ou le carton bitumé.
Je dois la recette du carton bitumé à un officier supérieur de la marine, plus qu'expert en
constructions, et lui envoie de tout cœur mes sincères remerciements pour le service qu'il rend à
tous les amateurs d'arboriculture.
Je publie la note qu'il a eu l’obligeance de m'’envoyer afin d'éviter d’en altérer la précision.

Abris mobiles pour espaliers couverts en carton bitumé


Le manque de paille convenable dans la région que j'habite m'a conduit à confectionner pour
mes espaliers des abris en carton bitumé cloué sur châssis légers en bois.
Je donne à chaque panneau composant ces abris 3 mètres de longueur et 50 centimètres de
largeur.
Les rouleaux de carton bitumé ont 12 mètres de longueur avec des largeurs variables ; en choisis­
sant celle de 1 mètre, je tire du rouleau 8 feuilles de 3 mètres sur 50 centimètres qui me permettent
de confectionner 8 panneaux garnissant 24 mètres de muraille.

Figure 19 : Chaperon de carton bitumé.

Les châssis sont fermés au moyen de lattes en bois de sapin ayant 30 millimètres de hauteur et 24
millimètres environ de largeur.
Les angles A, B, G,D (fig. 19), sont assemblés à mi-bois et maintenus chacun par 2 pointes. Les
deux traverses E, F (même figure) sont simplement introduites à frottement entre les tringles AC,
BD, et fixées au moyen d'une pointe enfoncée par bout (même figure).
Pour faire les tringles, on prend 3 planches de Norvège ayant 3 mètres de long, et on débite
chacune en 7 tringles. Les planches du commerce ayant 20 centimètres de largeur et 3 centimètres
d'épaisseur on obtient ainsi 21 lattes de 3 mètres de long, 3 centimètres de haut et 95 millimètres
environ de large.
16 de ces lattes forment les tringles longitudinales sur 8 châssis. Les 5 autres lattes fournissent
d'abord 16 bouts de 50 centimètres pour faire les tringles des extrémités des châssis, puis 14 bouts
pour les entretoises intermédiaires. Il ne manque que 2 bouts de 45 centimètres, faciles à trouver
dans quelques débris.
Une fois les châssis assemblés, on cloue dessus la feuille de carton bitumé au moyen de clous de
tapissier espacés d'environ 12 centimètres.
Un panneau tout assemblé pèse 7 kilog. 700.
La dépense occasionnée par la confection des 8 panneaux est de 13 fr (52 €).
Le prix par mètre courant abrité est donc de 0.54 fr (2.16 €).
On relie les panneaux entre eux et aux supports avec du fil de fer n° 8, passé dans les trous
percés dans les lattes.
Partie 2, Chap. 7 44

Figure 20 : Abris pour le pêcher.

Les chaperons que je viens de désigner seraient à la rigueur les seuls abris nécessaires pour le
pêcher : ce sont les seuls usités à Montreuil ; mais les murs assez rapprochés y forment déjà un abri
naturel. Il n'en est pas de même dans les jardins fruitiers des propriétaires, où il n’y a que les murs
de clôture, par conséquent fort éloignés les uns des autres. Dans ce cas, le chaperon mobile n’est
pas un abri suffisant pour le pêcher et l’abricotier ; il est nécessaire d’y ajouter une toile très claire,
(On en fabrique exprès pour cet usage chez M. Ridard, rue de Bailleul, n° 9, à Paris ; demander
des toiles de M. Gressent) On attache ces toiles d’un bord sur la tringle qui relie les consoles (c,
fig. 20), et on les fixe de l’autre, avec une ficelle, à un fil de fer tendu sur des piquets placés au
milieu de l'allée (4, même figure).
Les pêchers enfermés dans une espèce de serre peuvent braver toutes les intempéries et même
des gelées de 2 à 3 degrés ; presque toutes les fleurs nouent par tous les temps. En outre, un abri
ainsi installé permet de placer au hord de la plate-bande un double cordon de fruits hâtifs (e, même
figure), qui est abrité sans dépense aucune et donne des fruits très précoces, grâce à cet abri. Une
toile de 4 mètre de hauteur suffit pour un mur de 2,50 m.

1 2
Figure 21 : 1 : Contre-espalier de Versailles ; 2 : Vase.
45 De l'eau, de l'air, de la lumière et de la chaleur

On peut enlever les toiles dès les premiers jours de mai, quand le temps est doux, mais en les tenant
toujours à portée pour les replacer si le temps menaçait de gelée. Les chaperons ne sont retirés que
vers le 20 mai, quand il n’y a plus de gelée à redouter.
Avec bien peu de chose, comme vous le voyez, cher lecteur, il est facile d'assurer sa récolte des
fruits d’espalier par les saisons les plus inclémentes.
Les abris pour les formes en plein vent sont plus coûteux et aussi plus difficiles à établir. Ceux
des contre-espaliers de Versailles, donnant les deux tiers de la récolte de poires du jardin (1, fig. 21),
demandent des abris qu'il est prudent de ne pas leur refuser.

Figure 22 : Palmelles alternes Gressent.

Les vases d'abricotiers (2, fig. 21) exigent l'abri pour donner une récolte assurée. Les pruniers et
les cerisiers peuvent s'en passer à la rigueur.
Les palmettes alternes (fig. 22), presque toujours composées de cerisiers, peuvent se passer
d’abris, à moins que le propriétaire ait réuni une collection de cerises de toutes saisons, à laquelle
il tient beaucoup.
Les cordons peuvent tous se passer d’abris, dans mes jardins fruitiers en gradins (fig. 23), où ils
sont abrités naturellement par les autres formes, beaucoup plus élevées.
Les contre-espaliers hauts de 3 mètres et les vases élevés de 2 abritent naturellement tout le
centre du jardin (a, fig. 23), et les parties b, même figure, sont doublement abritées naturellement
par les contre-espaliers et les murs qui terminent le jardin.
Les abris des contre-espaliers sont les plus indispensables pour assurer la récolte du jardin fruitier,
mais ils sont aussi les plus dispendieux, en ce qu'ils exigent une addition de charpente en fer.

Figure 23 : Élévation du jardin fruitier en gradin.

Depuis plusieurs années, j'abrite les contre-espaliers naturellement avec les bourgeons des arbres
(en ne pratiquant les pincements qu'après le 20 mai). Ce mode m'a réussi parfaitement depuis
plus de seize ans sous le climat du Centre, et sous ceux de Paris et du Nord, dans les années peu
rigoureuses, mais il n’est pas aussi efficace et aussi certain, par les printemps rigoureux, que les
abris artificiels : les toiles posées au-dessus des arbres.
Les toiles sont incontestablement le meilleur abri ; elles étaient préconisées avec raison par l’arbo­
riculture moderne ; mais le plus difficile était de maintenir une toile au sommet d'un contre-espalier
de 3 mètres de hauteur sans que la toile fût déchirée ou emportée par le vent ; quelquefois le contre-
espalier était renversé par les tempêtes et les arbres brisés.
J'ai essayé tous les modes de pose de toile indiqués par l’inventeur des contre-espaliers, et j'avoue
à ma confusion que je n'ai jamais réussi.
Partie 2, Chap. 7 46

Il n’est possible de maintenir les toiles et de les empêcher de faire voile sur les contre-espaliers
qu’en les collant, pour ainsi dire, sur une charpente consolidant encore le contre-espalier et offrant
l'aspect d’un toit pointu, afin de ne donner aucune prise au vent ni en dessus ni en dessous.

1 2
Figure 24 : 1 : Piquet pour les abris Gressent ; 2 : Piquets d'abri ajustés sur un montant.

Fatigué des écoles buissonnières et après avoir longtemps cherché un moyen de maintenir les toiles
voici à quoi je me suis arrêté :
On enfonce de chaque côté du contre-espalier des montants et des supports intermédiaires, des
piquets coudés en fer à T (1, fig. 24). Le piquet a, enfoncé verticalement dans la terre et coudé
rez le sol, en b, a une grande force de résistance. Un boulon passé à l'extrémité, dans le trou c,
fixe les deux piquets au montant. Pour plus de solidité encore, une barre de fer à T, reliant tous
les supports ensemble et sur laquelle la toile sera placée à cheval, est boulonnée au sommet, avec
les deux piquets c (2, fig. 24). Deux boulons seront également passés au bout de la première barre
d'écartement (b, même figure). Avec la résistance opposée par la courbure des piquets à (1, fig. 24),
les boulons aux endroits b et e, et la barre de fer prenant le tout dans l'entière longueur du contre-
espalier, aucun mouvement d'oscillation n’est possible. Trois fils de fer seront passés de c en c, sur
tous les supports intermédiaires de chaque côté (2, fig. 24), et serviront à y attacher de mètre en
mètre la toile assez solidement pour qu'elle ne ballotte pas.
Lorsque la toile est posée, le contre-espalier présente l'aspect de la figure 25 ; la toile a, très
solidement fixée et plaquée sur les fils de fer, ne peut laisser aucune prise au vent.
Je ne donne pas mon invention pour une merveille. J'ai cru l’idée praticable : je l'ai essayée, et
c'est la seule qui ait réussi.
Je sais que cette addition de fer augmente le prix des contre-espaliers ; mais il est matériellement
impossible de les abriter autrement avec des toiles.
Les contre-espaliers avec abris pour porter des toiles ne seront utiles que dans l'extrême nord,
et dans les maisons où, ne regardant pas à une dépense additionnelle, on voudra avoir une sécurité
entière pour la récolte des fruits.
Les arbres en vases s'abritent également avec un capuchon de toile taillé en rond, posé sur un
cercle mobile d’un diamètre excédant de 40 centimètres celui du vase (a, fig. 26, 1) et supporté par
quatre piquets b, dont la hauteur excède celle du vase de 40 centimètres. On laisse pendre tout
autour une largeur de toile de 80 centimètres environ c, que l’on attache avec des ficelles d sur les
piquets e (1, fig. 26) enfoncés dans le sol.
Les capuchons de toile qui auront servi à abriter les abricotiers en vase seront des plus utiles
pour préserver les cerisiers en vase de la voracité des moineaux. Aussitôt que les cerises rougiront,
on placera un capuchon sur les cerisiers en y ajoutant une longueur de toile descendant jusqu’au
47 De l'eau, de l'air, de la lumière et de la chaleur

Figure 25 : Contre-espalier abrité avec des toiles.

sol, et que l'on y fixera avec des piquets. Les cerises mûrissent parfaitement sous la toile, et ne
peuvent être mangées par les oiseaux.

1 2
Figure 26 : 1 : Vase abrité ; 2 : Palmette alterne, abritée avec des béquilles et des toiles.

Rappelons encore que les toiles à abris sont fabriquées spécialement pour cet usage ; elles sont
solides, mais assez claires pour laisser pénétrer la lumière.
Quand on emploie des toiles trop épaisses, tous les fruits tombent, et l'arbre s’étiole faute de
lumière. Les arbres en palmettes alternes s’abritent avec une toile large de 1,50 m environ, mise
à cheval au-dessus du palissage et supportée par des béquilles arrondies (2, fig. 26). Ces béquilles
sont adhérentes et plus élevées que le dernier rang d'arbres, a ; on les relie ensemble par trois fils de
fer ; on jette la toile dessus b, et on l’attache avec des ficelles c aux fils de fer des cordons bordant
la plate-bande.
Les palmettes alternes sont presque toujours consacrées au cerisier, dans les jardins fruitiers
réguliers. Dans ce cas, les abris sont inutiles, les cerisiers supportent les intempéries sans grand
dommage.
Si ces palmettes sont plantées avec des abricotiers, l'abri est indispensable ; il est facultatif pour
les poiriers qui, à la rigueur, peuvent s’en passer.
Voilà, chers lecteurs, les moyens d'assurer votre récolte de fruits, par les plus mauvaises années,
avec une dépense qui sera largement compensée par le produit, dans une année où personne n'aura
de fruits. Tous ceux qui abriteront n'auront qu'à s’en féliciter, et me remercieront de leur avoir
donné la possibilité de lutter contre une température qui chaque année ne fait que s’empirer.
Je termine ici les études préliminaires qui servent de base à toute culture raisonnée. Quelques
propriétaires seront peut-être effrayés des soins qu'il faut apporter à la culture des arbres fruitiers ;
certains praticiens diront : « Nous savons tout cela ; » d’autres penseront que l'étude est inutile.
Je répondrai aux premiers : « La terre est une emprunteuse généreuse ; donnez-lui une bonne
culture et les engrais nécessaires, elle vous payera avec usure les intérêts du capital avancé, et vous
récompensera largement des soins que vous lui aurez donnés. » Je dirai aux seconds : « Laissez de
côté tout faux orgueil ; c'est toujours un mauvais conseiller. Méditez sur les causes ; cherchez à
les approfondir ; c’est le seul moyen de produire facilement les effets ; étudiez ce grand livre de la
nature, sans cesse ouvert devant vous, dès que vous commencerez à y épeler, vous remercierez cent
Partie 2, Chap. 7 48

fois la Providence de vous avoir donné, dans sa bonté infinie, tant de moyens d'action par l'étude
et par le travail. »
Je dirai à tous : « La culture en général, et celle des arbres fruitiers en particulier, est plus difficile
qu’on ne le pense, en ce qu’elle demande la réunion d'une foule de connaissances que beaucoup de
praticiens ne possèdent pas, un tact et une sûreté d’appréciation que des études consciencieuses et
une certaine pratique peuvent seules donner. » Loin de moi la pensée de décourager mes lecteurs
et mes adeptes ; mais l'expérience de l’enseignement m'oblige à arrêter l'élan de ceux qui veulent
faire trop vite, et croient savoir avant d’avoir étudié.
La science est généreuse ; elle donne beaucoup ; mais il faut prendre le temps et la peine de
l’acquérir pour agir sûrement, ne rien abandonner au hasard, et éviter les mécomptes, si fréquents
dans la pratique, quand elle n’est pas éclairée par une saine et prudente théorie.

Vous aimerez peut-être aussi