A L R P F - R D C: Pplication Des Ois Et Eglements en Olynesie Rancaise Epartition ES Ompetences
A L R P F - R D C: Pplication Des Ois Et Eglements en Olynesie Rancaise Epartition ES Ompetences
Dans cet article, l’auteur dresse un état des relations qui existent entre l’Etat et la Polynésie
française. Si la répartition des compétences organisée tant par l’article 74 de la Constitution que
par la loi statutaire de 1996 est au cœur du fonctionnement des institutions politiques en Polynésie
française (également en ce qui concerne l’organisation et la répartition de ces pouvoirs entre
l’Assemblée de la Polynésie française et le Gouvernement) elle reste aussi la principale source de
contentieux dont l’enjeu est celui d’une lutte pour l’autonomie. La manière dont les textes
métropolitains sont applicables en Polynésie française renforce, grâce à la mise en œuvre du principe
de la spécialité législative, l’autonomie du territoire.
A La spécialité législative1
1 Mention expresse
Le principe de spécialité législative a été défini pour la première fois dans les lettres
royales de 1744 et de 1746 et dans l’ordonnance royale du 18 mars 1766 qui prescrivaient
aux conseils souverains et, notamment, le Parlement de Paris dont relevaient les colonies,
de n’enregistrer les décisions du Roi que sur ordre spécial.2
En 1946, sous la pression de l’opinion publique, les quatre vieilles colonies (Martinique,
Guadeloupe, Guyane et Réunion) sont transformées en départements d’outre-mer. La règle
y est désormais inversée. Les lois et règlements y sont applicables de plein droit, sauf
mention particulière d’exclusion ou disposition spéciale d’application. Il en va ainsi des
règles de la protection sociale et de certaines règles fiscales (taxe à la valeur ajoutée, impôt
sur le revenu des personnes physiques).
Pour les autres « colonies », devenues territoires d’outre-mer, la règle subsiste. Elle se
traduit par une mention spéciale soit dans le texte lui-même, soit dans un texte ultérieur,
lequel tient généralement compte des nécessités d’adaptation.
Longtemps négligée, cette nécessité d’extension par une mention particulière connaît,
depuis quelques années, un regain d’intérêt par l’intermédiaire de textes spécialement
1 Sur la question voir P Lampue: Droit d'Outre-Mer et de la Coopération, Dalloz, 1969, p 90 et suiv.
et Les lois applicables dans les Territoires d'Outre-Mer, note Conseil Constitutionnel 25/01/1985 -
DS 1985 – 361. H. Lenoir, La promulgation des lois et décrets en Polynésie française, in Revue Juridique
Polynésienne, vol 1, n°1. Juin 1994, p 113; F Luchaire, Droit d'Outre-Mer et de la Coopération,
PUF, 1965, p 224 et suiv. du même auteur, Le statut constitutionnel de la France d'outre-mer,
Economica 1992.
3 J-Y Faberon, Le statut des Territoires d'Outre-Mer, Les Petites Affiches 09/08/1991, n° 95, p 7.
Décisions CC n° 83-160 - DC 19/07/1983 R p 43; CC n° 83-165 - DC 20/01/1984 R p 30; Conseil
d'Etat 11/03/1960 soc "Maïserie et aliments de bétail", RJP OM 1960, concl. A Bernard note
Lampue; B Genevois, "La jurisprudence du Conseil Constitutionnel: principes directeurs" Ed. STH 1988,
p 316, n° 504. D Rousseau, Droit du contentieux constitutionnel, Domat, Droit Public, 1990, p 201
et suiv.
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OLYNESIE FRANCAISE-REPARTITION DES COMPETENCES 183
édictés pour les TOM ou de codifications comportant une partie spéciale consacrée à
l’outre-mer (DOM, TOM et collectivités territoriales).4
Le principe est donc simple, tant dans le domaine législatif que dans le domaine
réglementaire, mais il souffre de nombreuses exceptions.
2 Exceptions au principe
Nous proposons de classer ces exceptions en quatre catégories: les textes ayant
vocation à s’appliquer sur l’ensemble du territoire de la République (a); les textes
spécialement pris pour un ou plusieurs territoires (b); les textes applicables de plein droit
(c); les principes généraux du droit (d).
C’est sous ce terme générique que la doctrine classe les lois qui ont vocation à
s’appliquer sur l’ensemble du territoire de la République.5 Le terme peut prêter à confusion
tant il est vrai que toute loi, émanant de la représentation du peuple, exprime la souveraineté de la
Nation.
En fait, cette notion recouvre tout ce qui, nécessairement, doit être d’application
uniforme, y compris dans les territoires d’outre-mer sans qu’il soit besoin de la préciser.
4 Y Brard, Autonomie interne et sources du droit en Polynésie française, AJDA, septembre 1992; du
même auteur, Nouvelle Calédonie et Polynésie française : Les Lois du Pays : De la spécialité législative au
partage du pouvoir législatif, Les Petites Affiches 6 juin 2001,112,p 1-2 et RJP, Contemporary
Challenges in the Pacific : Towards a New Consensus, Numéro Hors Série, Vol 1 2001, Editors S
Levine, A Powles,Y-L Sage, p 49. Y-L Sage, De l'application des normes juridiques en Polynésie
française, in Recueil des travaux de la Seconde Table Ronde sur le Droit applicable en Polynésie
française, juin 1992. 553. Pour la Nouvelle Calédonie, voir R Fraisse, La hiérarchie des normes
applicable en Nouvelle Calédonie, Revue Française de Droit Administratif, 2000, p 82. J-Y Faberon, La
nouvelle donne institutionnelle en Nouvelle-Calédonie, Revue Française de Droit Constitutionnel.1999,
38,p 328. O Gohin, L'évolution institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie, l'Actualité juridique- Droit
administratif, 20 juin 1999,p 502.
• Les lois ratifiant les traités internationaux.8 Faute de comporter une clause
précisant le champ territorial d’application, le traité est réputé s’appliquer sur
l’ensemble du territoire de la République. L’exemple le plus connu de clause
restrictive est celui du traité de Rome instituant la Communauté Economique
Européenne qui précise que seule la quatrième partie de ce traité s’applique aux
territoires d’outre-mer. Il peut arriver que, volontairement ou non, un accord
international porte sur des matières relevant de la compétence de la Polynésie
française et donc empiète sur ces compétences, ce qui, aux termes de l’article 74 de
la Constitution, devrait normalement relever d’une loi organique, alors que la
ratification d’un traité international relève d’une loi simple (art. 53 de la
Constitution). Saisi de cette apparente contradiction, le Conseil Constitutionnel (cf.
décision n° 93-318 du 30 juin 1993) a estimé que la révision constitutionnelle de
1992 n’avait eu ni pour objet, ni pour effet de modifier l’article 53 de la
Constitution et en a conclu: « que, dès lors et sans qu’il y ait lieu d’apprécier si
l’entrée en vigueur de l’accord concerné est de nature à modifier les compétences
des institutions propres au territoire de la Polynésie française, l’autorisation
donnée à son approbation par une loi ordinaire n’a pas méconnu la Constitution. »
8 La question n'est pas réglée de manière définitive F Luchaire op cit p 226 - CE 10/12/1987 - Avis
du CE 06/04/1949 et avis du CE du 10/12/1987; D Rousseau, op cit p 201.
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OLYNESIE FRANCAISE-REPARTITION DES COMPETENCES 185
• Textes constituant le statut des personnels quel que soit leur lieu de résidence
(fonctionnaires,11 titulaires d’un ordre national …).
Il en va ainsi des lois statutaires propres à chaque territoire d’outre-mer et des lois
propres à un territoire comme le code des communes ou certaines lois électorales qui ne
comportent pas de mention spéciale d’applicabilité.
Toutefois, des interrogations commencent à se faire jour. C’est ainsi que, dans un
rapport récent13 sur l’application de la loi relative au pacte civil de solidarité, deux
parlementaires, après avoir précisé que deux dispositions concernant l’une la définition du
concubinage, l’autre le statut des fonctionnaires étaient applicables de plein droit dans les
9 Conseil d'Etat 03/07/1914, Recueil p 810 et O4/02/1944 p 95, TC 25/03/1957 Rec p 813.
11 Conseil d'Etat 08/04/1911 Rec p 456, Conseil d'Etat 29/04/1987 Rec p 159.
territoires d’outre-mer, regrettent qu’une loi de cette nature qui a trait aux droits de la
personne, ne soit pas appliquée de façon égale sur l’ensemble du territoire de la
République. Les rapporteurs concluent sur ce point en appelant le législateur à faire
preuve d’une « détermination résolue ».
Bien que n’étant pas formalisés dans une norme législative ou réglementaire, les
principes généraux du droit qu’ils soient de niveau constitutionnel ou législatif, sont
applicables de plein droit dans les territoires d’outre-mer, sans évidemment de mention
d’applicabilité.15
Nous venons de voir dans la forme qu’une loi ou un décret n’est applicable en
Polynésie française que si ce texte comporte une mention spéciale d’applicabilité. Mais
pour que ce texte soit valablement promulgué par le Haut-Commissaire et publié au
Journal officiel de la Polynésie française, encore faut-il qu’il ait été soumis à la consultation
15 CE 27 janvier 1984, Ordre des Avocats de Polynésie française; CE Sect. 13 mai 1994, Président de
l'Assemblée territoriale de la Polynésie française, p 234, RDP 1994,p 1557, conclusions [Link]
où il est rappelé que l'administration territoriale doit se conformer « aux principes généraux du
droit et en particulier au principe de la liberté du commerce et de l'industrie". Pour la mise en
œuvre d'autres principes généraux du droit, voir notamment sur le principe du droit à la
communication de dossier aux administrés, voir B Leplat, L'article 16 de la loi du 12 juillet 1990
rendant applicable en Polynésie française les lois du 17 juillet 1978 et du 11 juillet 1979, in Recueil des
Travaux de la Première Table Ronde sur le Droit Territorial, UFP, 28 juin 1991 p 70 et suiv. Sur le
principe d'égalité devant le service public CE Ass 27/02/1970 Sieur Said Ali Tourqui Rec p 128.
16 "La circonstance qu'un principe général du droit soit repris par un décret, codifié ou devienne une
loi particulière n'a pas d'incidence dans la hiérarchie normative, puisque si le Conseil
Constitutionnel en décide ainsi, ce principe peut devenir une norme constitutionnelle à laquelle
une nouvelle loi ne pourrait déroger", P Sargos, Les principes généraux du droit privé dans la
jurisprudence de la Cour de Cassation, les gardes-fous des excès du droit, JCP, ed G, n 12-21 mars
2001, p 593. [Link], Libertés médicales, principes généraux du droit et Nouvelle-Calédonie, RFD
adm.15 (1) janv-févr 1999, p 47.
17 Sur la liste voir également, F Luchaire, Le statut constitutionnel de la France d'outre-mer, op cit p
66-70.
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OLYNESIE FRANCAISE-REPARTITION DES COMPETENCES 187
préalable des instances territoriales compétentes (1) même si ce principe comporte lui aussi
de nombreuses exceptions (2).
1 Consultation préalable
Il convient de distinguer la procédure applicable aux lois (a) de celle applicable aux
textes de nature réglementaire (b) et de voir quelle peut-être la sanction en cas de non
respect (c).
L’article 74 de la Constitution précise d’une part que les statuts des territoires d’outre-
mer sont fixés par des lois organiques après consultation de l’assemblée territoriale
intéressée et d’autre part, que les autres modalités de leur organisation particulière sont
définies par la loi toujours après consultation de l’assemblée territoriale intéressée.
La même règle vaut pour les propositions de loi déposées par un parlementaire, la
Constitution ne distinguant pas entre les projets et les propositions.
C’est l’Assemblée qui doit être saisie. Si l’article 71 du statut permet formellement à
l’Assemblée de déléguer sa compétence à la Commission permanente, laquelle peut-être
également saisie directement entre les sessions, le Conseil Constitutionnel, dans sa décision
n° 96-373 du 9 avril 1996, a précisé que cette attribution de la Commission permanente ne
saurait concerner les avis prévus par l’article 74 de la Constitution, lesquels relèvent de la
compétence exclusive de l’Assemblée.
18 Le principe est ancien, voir par exemple Circulaire du 21 avril 1988 relative à l'applicabilité des
textes législatifs et réglementaires outre-mer, à la consultation des assemblées locales de l'outre-
mer et au contreseing des ministres chargés des DOM et TOM.
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(2002)
L’article 32(6°) de la loi statutaire dispose que le Conseil des Ministres est
obligatoirement consulté sur les dispositions réglementaires prises par l’Etat dans le cadre
de sa compétence et touchant à l’organisation particulière de la Polynésie française.
Le Conseil dispose dans tous les cas d’un délai d’un mois pour émettre son avis.
Une autre question se pose concernant les ordonnances prises en application de l’article
38 de la Constitution. Ces actes qui sont de nature réglementaire, tant qu’ils n’ont pas été
validés, explicitement ou implicitement, par une loi, doivent normalement être soumis à
l’avis du Conseil des Ministres.
Saisi récemment au contentieux, le Conseil d’Etat19 a posé comme principe que les
ordonnances n’ont pas à être soumises, préalablement à leur édictions, à la consultation
La règle de la consultation préalable s’impose donc, même si, dans la pratique, les avis
rendus sont rarement pris en considération, mais cette règle connaît des exceptions.
2 Exceptions
A chaque saisine jusqu’en 1994, le Conseil Constitutionnel a apprécié, cas par cas, si la
matière traitée par la loi dont il était saisi se rapportait bien à l’organisation particulière
d’un territoire d’outre-mer. Il a ainsi classé dans cette catégorie et donc considéré que la
consultation était obligatoire, les lois relatives: Au statut des territoires d’Outre-Mer dont
le cas est expressément prévu par la Constitution; A l’organisation judiciaire ou à la
procédure pénale lorsque ces lois contenaient des dispositions spécifiques aux territoires
d’outre-mer; A la communication audiovisuelle; A l’exploration et l’exploitation des
ressources marines; Au régime électoral communal; A l’enseignement supérieur; Au code
de la santé publique; A la nationalité.
Par contre, il n’a pas classé dans l’organisation particulière les lois relatives à: L’état
d’urgence; Les nationalisations.
Conscient que cette énumération « à la Prévert » n’était pas très satisfaisante sur le plan
juridique et, vraisemblablement, pour tenir compte de la réforme constitutionnelle de 1992,
le Conseil Constitutionnel a adopté 20 une définition plus générale.
Dans sa décision du 7 juillet 1994 relative à l’examen d’une loi sur les pouvoirs de
contrôle en mer, le Conseil Constitutionnel « considérant que la loi déférée porte sur des
matières relevant de la compétence de l’Etat, qu’elle n’introduit, ne modifie ou ne
supprime aucune disposition spécifique au Territoire touchant à l’organisation
particulière, que dès lors elle pouvait lui être rendue applicable sans consultation de
l’assemblée territoriale. »
On ne peut toutefois que s’interroger sur la pertinence de cette position lorsque dans la
décision rendue sur la loi relative à l’interruption volontaire de grossesse et à la
contraception, le Conseil reprend la même formule après avoir constaté que « la mise en
œuvre de ces dispositions dans le domaine de la santé publique relève de la compétence
du Territoire».21
Il existe donc bien, au cas particulier, des dispositions spécifiques qui auraient dû
conduire le Conseil à classer cette loi dans l’organisation particulière.
Pour sa part, le Conseil d’Etat retient la même notion, bien que formulée différemment.
Dans son arrêt cité du 24 octobre 2001, le Conseil d’Etat écarte le défaut de consultation
du Conseil des Ministres dans un recours dirigé contre une ordonnance au motif que
« l’ordonnance attaquée se borne, dans sa partie concernant effectivement la Polynésie
française, à une codification à droit constant de dispositions législatives applicables à ce
territoire et qu’elle ne saurait ainsi être regardée comme touchant à l’organisation
particulière de la Polynésie française. »
La répartition des compétences entre l’Etat et la Polynésie française (A) est la principale
source de contentieux et l’enjeu d’une véritable lutte pour l’autonomie. D’un autre côté, les
compétences des institutions territoriales se partagent entre le Gouvernement et
l’Assemblée (B).
A Répartition Etat-Territoire
Le mécanisme s’inverse en 1977. Depuis cette date, c’est la Polynésie française qui est
dotée de la compétence de droit commun et l’Etat de la compétence d’attribution. La
rédaction du statut a même été durcie en 1996, l’article 6 de la loi statutaire actuelle
précisant que les autorités de l’Etat sont compétentes dans les « seules » matières
suivantes.
Le principe paraît donc simple, mais l’examen détaillé auquel nous allons procéder
montre bien que la rédaction adoptée par le législateur n’est pas exempte d’ambiguïtés et
ne supprime pas les contentieux.22
Les compétences de l’Etat étant d’exception, nous les examinerons en détail selon un
plan qui peut paraître arbitraire.
Tout d’abord, celles qui se rattachent au pouvoir régalien de l’Etat (1), puis les autres
compétences (2) et enfin les compétences partagées (3). Nous terminerons ce chapitre par
un examen du contentieux (4) et par les perspectives d’avenir (5).
1 Compétences régaliennes
22 Voir par exemple R Calinaud, Des difficultés liées a la répartition des compétences Etat-Territoire, in
Recueil des Travaux de la Première Table ronde sur le Droit Territorial, Centre universitaire de la
Polynésie Française, UFP, 28 juin 1991, p 10. P Michaux, Les limites de la compétence des autorités
territoriales en matière pénale, ibidem, p 15.
192 192 33 VUWLR
(2002)
En matière de titres délivrés aux étrangers désirant exercer une activité salariée ou
lucrative, la compétence de l’Etat est subordonnée à la délivrance par le Territoire d’un
permis de travail ou d’une carte professionnelle d’étranger.
L’Etat ayant voulu se réserver le droit de contrôler les programmes et les thèmes des
émissions de timbres-postes et de valeurs fiduciaires, le Conseil d’Etat, statuant au
contentieux,24 a estimé que la compétence générale de la Polynésie française en matière de
postes et télécommunications ne saurait être restreint par un contrôle a priori des autorités
de l’Etat. Il a en conséquence annulé la disposition réglementaire litigieuse.
En matière de Trésor, notion qu’il ne faut pas confondre avec celle de comptabilité
publique (services du Trésor), l’Etat a la responsabilité de la gestion quotidienne des fonds
publics, que ces fonds appartiennent à l’Etat ou aux collectivités publiques. Toutefois, le
statut donne la possibilité au Territoire de placer ses fonds disponibles en valeurs d’Etat ou
en valeurs garanties par l’Etat.
En ce qui concerne le crédit, c’est l’Etat qui réglemente la profession bancaire, les taux
de réescompte, les règles d’encadrement et le taux de l’usure.
Enfin, en ce qui concerne les changes, depuis la suppression du contrôle des changes,
l’Etat n’exerce plus sa compétence que pour réglementer la profession de changeur.
(d) Défense
Cette rubrique recouvre non seulement tout ce qui concerne la défense nationale, mais
aussi le commerce, l’importation et l’exportation de matériels militaires, d’armes et de
munitions de toutes catégories.
La liste de ces matières est peu importante. Elle a été fixée par décision du 14 avril 1959
du Président de la Communauté (organisme qui regroupait les ex-territoires d’outre-mer
ayant opté pour l’indépendance en 1958) et comporte: Les minerais ou produits miniers
utiles aux recherches ou réalisations applicables à l’énergie atomique; Les hydrocarbures
liquides ou gazeux.
Cette disposition prêterait plutôt à sourire si le Conseil d’Etat25 n’en avait déduit que
toute réglementation en matière d’approvisionnement de la Polynésie française en
hydrocarbures ne pouvait relever que de la compétence de l’Etat. Cette décision, dans sa
sécheresse, paraît inquiétante au regard des attributions actuellement exercées par le
(g) Justice
Le Conseil d’Etat ayant rappelé, dans son avis d’assemblée générale,26 que tout ce qui
touche à l’aide juridique était de la compétence exclusive de l’Etat, la situation sur le
terrain est actuellement la suivante: L’aide juridictionnelle en matière pénale, telle qu’elle
découle des dispositions de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, a été étendue aux territoires
d’outre-mer par l’ordonnance n° 92-1147 du 12 octobre 1992; L’aide juridictionnelle en
matière civile et administrative ne peut être mise en œuvre faute de dispositions
particulières prises par l’Etat, ce que l’on ne peut que regretter.
2 Autres compétences
(a) Desserte
L’Etat n’a gardé compétence que pour ce qui concerne la desserte maritime et aérienne
entre la Polynésie française d’une part et un autre point du territoire de la République
d’autre part, le Conseil des Ministres devant être préalablement consulté.
(b) Communications
Saisi d’une question de régularité d’un arrêté pris en Conseil des Ministres fixant la
procédure d’attestation de conformité et de marquage des équipements terminaux de
télécommunications, le tribunal administratif a annulé cet arrêté, malgré l’avis contraire
rendu par le Conseil d’Etat,27 au motif que, malgré la compétence générale reconnue aux
autorités de la Polynésie française en cette matière, les autorités de l’Etat conservent
également le pouvoir d’assurer la gestion du domaine public des fréquences
radioélectriques.
Cette décision se fonde sur les motifs suivants: La Polynésie française a reçu une
compétence générale en matière de télécommunications; L’Etat reste compétent en matière
de réglementation des fréquence radioélectriques, mais la gestion opérationnelle des sites
revient aux autorités de la Polynésie française; Le Haut-Commissaire peut toujours
déférer, au titre du contrôle de légalité, les décisions des autorités territoriales qui seraient
contraires aux règles fixées par l’Agence nationale des fréquences.
(c) Sécurité
En matière de sécurité, l’Etat reste compétent dans les domaines suivants: Police et
sécurité en matière de circulation aérienne et maritime, sauf en ce qui concerne les règles
Cette notion n’est pas juridiquement définie. Afin de mieux la cerner, le législateur de
1996 avait utilisé l’expression, tirée de l’article 34 de la Constitution, de « garanties
fondamentales des libertés publiques », ce qui impliquait la compétence de la Polynésie
française pour les garanties qui relèvent en métropole du domaine réglementaire.
Ce flou nuit à la sécurité juridique des réglementations territoriales tant il est évident
que toute réglementation comporte peu ou prou une limitation des libertés publiques, ce
qui donne aux juridictions administratives la faculté de censurer pour incompétence et
ceci, même après l’expiration du délai de recours en annulation, par le moyen de
l’exception d’illégalité.
L’Etat n’est compétent que pour fixer les principes fondamentaux des obligations
commerciales, ce qui, par rapprochement avec les termes de l’article 34 de la Constitution,
30 Y-L Sage, Le droit de la concurrence en Polynésie française – Quelques remarques à la lumière des contrats
de concessions exclusives. Droit 21, 2001, ER 056.
APPLICATION DES LOIS ET REGLEMENTS EN P197
OLYNESIE FRANCAISE-REPARTITION DES COMPETENCES 197
L’Etat n’est compétent que pour fixer les principes généraux du droit du travail. Cette
rédaction étant différente de celle de l’article 34 de la Constitution qui traite des principes
fondamentaux, le champ d’application n’est pas le même. Il a longtemps été admis que ces
principes généraux avaient été fixés par la loi du 17 juillet 1986 et que tout ce qui n’y
figurait pas relevait de la compétence de la Polynésie française. En fait, d’autres lois, voire
des ordonnances, sont venues compléter les matières qui n’étaient pas traitées dans la loi
de 1986 et le Conseil d’Etat vient de préciser (cf. avis n° 234611 du 16 novembre 2001) que
l’obligation faite aux employeurs de verser une partie de la rémunération aux salariés
bénéficiant d’une suspension de leur contrat de travail faisait partie de ces principes
généraux.
Par dérogation à cette règle, la Polynésie française reste compétente pour réglementer
la liberté surveillée des mineurs.
Pour tout le reste, l’Etat est seul compétent, ce qui pose de sérieux problèmes pour
l’application des réglementations territoriales. En effet, celles-ci peuvent définir les
infractions et les sanctions, mais sont impuissantes pour préciser les conditions dans
lesquelles ces infractions peuvent être constatées (saisies, prélèvement d’échantillons,
analyses, validité des procès-verbaux, etc…).
Le législateur de 1996, conscient de cette nécessité, avait bien prévu que la Polynésie
française pourrait fixer les règles afférentes à la recherche des preuves et à la constatation
des infractions aux réglementations territoriales, mais le Conseil Constitutionnel, dans sa
décision précité du 9 avril 1996, a annulé cette disposition en considérant que ces mesures,
qui sont de nature à affecter la liberté individuelle, devaient être les mêmes sur l’ensemble
du territoire de la République.
Afin de disposer d’un outil complet, il faut donc renvoyer à une loi spécifique toute la
partie qui relève de la procédure pénale. C’est ce qui a été fait pour le code des douanes
dont la partie relative à la constatation des infractions a, dans un premier temps, été
validée par une loi en 1977 puis, dans un deuxième temps, entièrement refondue dans une
ordonnance.
L’Etat n’est compétent que pour la profession d’avocat, y compris les règles applicables
aux commissions d’office.
3 Compétences partagées
prive pas l’Etat de la possibilité d’attribuer ces bourses et subventions selon ses propres
critères.
La Polynésie française se voit également reconnaître le droit de créer ses propres filières
de recherche. Tel est le cas de l’Institut de Recherches Louis Malardé.
Il convient en premier lieu de préciser que cette compétence de l’Etat doit s’exercer
dans le respect de l’identité culturelle polynésienne.
Concurremment avec l’Etat, la Polynésie française peut créer une société de production
et de diffusion d’émissions à caractère social, culturel et éducatif. Cette possibilité a été
mise en œuvre avec la création de l’Institut de la Communication Audiovisuelle pour la
production et de Tahiti Nui Télévision pour la diffusion.
(d) Météorologie
Dans une décision du 11 mars 1994, le Conseil d’Etat a reconnu le droit à l’Etat et au
Territoire de créer chacun leur propre service de prévisions météorologiques. Il reste à
espérer que ces prévisions sont concordantes.
(e) Contentieux
La frontière entre les compétences de l’Etat et celles du Territoire n’est pas toujours
clairement délimitée et les contentieux ne sont pas l’exception.
B Perspectives d’avenir
1 Compétences régaliennes
Sous réserve des attributions déjà exercées par les instances territoriales, les
compétences suivantes ne peuvent être transférées à la Polynésie française; Nationalité;
Garanties des libertés publiques avec les problèmes d’application signalés ci-dessus; droits
civiques, notion plus restrictive que celle de droit civil, actuellement utilisée, mais qui
risque de soulever quelques difficultés dans son application; Droit électoral; Organisation
de la Justice, notion qui semble recouvrir l’organisation judiciaire, les juridictions
administratives et les juridictions financières; Droit pénal, à l’exclusion des compétences
déjà dévolues au Territoire; Défense; Maintien de l’ordre; Monnaie; Crédit et changes.
2 Valeur législative
35 Sur la notion de lois de pays, voir Y Brard Nouvelle Calédonie et Polynésie française : Les Lois du Pays :
De la spécialité législative au partage du pouvoir législatif, Les Petites Affiches 6 juin 2001,112,p 1-2 et
RJP, Contemporary Challenges in the Pacific: Towards a New Consensus, Numéro Hors Série, Vol 1
2001, Editors S Levine, A Powles,Y-L Sage, p 49. Voir également Laure Bausinger-Garnier, La loi
du pays en Nouvelle-Calédonie. Véritable norme législative à caractère régional, L'Harmattan 2001.
APPLICATION DES LOIS ET REGLEMENTS EN P201
OLYNESIE FRANCAISE-REPARTITION DES COMPETENCES 201
A Assemblée/Gouvernement
L’Assemblée de la Polynésie française règle tout ce qui n’est pas expressément attribué
au Gouvernement, au Président du Gouvernement ou au Président de l’Assemblée.
1 Décisions36
Le Conseil des Ministres possède un pouvoir réglementaire propre dans les matières
suivantes: Organisation des services administratifs et des établissements publics;
Enseignement dans les établissements primaires et secondaires, y compris l’enseignement
des langues locales et les bourses; Prix, tarifs et organisation du commerce intérieur; Tarifs,
règles d’assiette et de recouvrement des taxes pour services rendus (par exemple taxes de
péage); Conditions d’agrément des aérodromes privés; Concours d’accès à la fonction
publique territoriale; Sécurité de la navigation et de la circulation dans les eaux
territoriales; En cas d’urgence, réduction ou suspension des droits et taxes à l’importation.
Ces décisions, applicables immédiatement, doivent être validées par l’Assemblée de la
Polynésie française lors de sa plus prochaine session; sanctions administratives et peines
contraventionnelles sanctionnant les infractions aux règlements relevant de la compétence
Cette compétence s’exerce d’une manière restrictive et le Conseil d’Etat38 en a exclu les
dispositions relatives à la responsabilité contractuelle ou délictuelle du transporteur ainsi
que celles relatives à l’obligation d’assurance; Dans les conditions et limites fixées par
délibération de l’Assemblée, prend tous les actes d’administration et de disposition des
intérêts patrimoniaux et domaniaux; Accepte ou refuse les dons et legs au profit du
Territoire; Intente les actions en justice ou décide de défendre, y compris en ce qui
concerne les délibérations de l’Assemblée; Transige sur les litiges dans le cadre de la
réglementation adoptée par l’Assemblée; Prend les arrêtés de déclaration d’utilité publique
et de cessibilité des immeubles lorsque l’expropriation est poursuivie pour le compte du
Territoire. Il a été jugé par le Tribunal administratif que le Territoire ne pouvait se
substituer à une commune lorsque les travaux entrepris entraient dans le champ de
compétences de cette commune et l’arrêté de DUP a été annulé; Créé les charges et nomme
les officiers publics et ministériels (notaire, huissier, commissaire-priseur); Délivre les
permis de travail et les cartes professionnelles d’étranger. En ce qui concerne ces dernières,
le Conseil des Ministres n’a pas le pouvoir de s’y opposer en ce qui concerne les citoyens
européens, en raison des dispositions du Traité de Rome sur le droit de libre établissement;
Habilite le Président du Gouvernement ou un Ministre spécialement désigné à conclure les
conventions de prêt ou d’aval dans la limite des dotations budgétaires votées par
l’Assemblée; Approuve les tarifs des taxes et redevances appliquées par l’Office des Postes
et Télécommunications; assure le placement des fonds libres du Territoire en valeurs d’Etat
ou en valeurs garanties par l’Etat. Appliquant strictement cette disposition, la juridiction
administrative a dénié au Conseil des Ministres le pouvoir de prendre des décisions en
matière de placement des fonds libres des établissements publics; Autorise l’émission des
emprunts effectués par le Territoire; Autorise les investissements étrangers dans le cadre
de la réglementation adoptée par l’Assemblée; Autorise l’ouverture des cercles et des
casinos dans les conditions fixées par la loi et les règlements (décret et délibération de
l’Assemblée); Autorise les concessions d’exploration et d’exploitation des ressources
maritimes naturelles se situant dans le domaine public maritime du Territoire (eaux
territoriales et zone économique exclusive); Détermine les servitudes administratives au
profit du domaine et des ouvrages publics territoriaux dans les conditions fixées par
délibération de l’Assemblée.
Nomme et révoque les chefs des services territoriaux, les directeurs d’établissement
public et les commissaires de gouvernement auprès de ces établissements. Ces décisions
sont discrétionnaires sauf à assurer le respect des droits de la défense en cas de sanctions;
Nomme les représentants du Territoire au Conseil de surveillance de l’Institut d’Emission
d’Outre-mer, organisme qui assure dans les territoires d’outre-mer des fonctions
équivalentes à celles de la Banque de France; Nomme le directeur et l’agent comptable de
la Caisse de prévoyance sociale; nomme les receveurs particuliers (comptables)
n’appartenant pas au réseau du Trésor public.
2 Compétences consultatives
Le Conseil des Ministres est obligatoirement consulté par l’Etat sur les questions
suivantes: Implantation des établissements d’enseignement relevant de l’Etat, des
formations qui y sont assurées et de l’adaptation de leurs programmes pédagogiques;
Préparation des plans opérationnels de secours nécessaires pour faire face aux risques
majeurs et aux catastrophes et coordination des moyens concourant à la sécurité civile;
Desserte aérienne entre la Polynésie française et un autre point du territoire de la
République; Délivrance des visas d’entrée et des permis de séjour supérieurs à trois mois,
après consultation d’une commission paritaire comprenant des représentants de l’Etat et
204 204 33 VUWLR
(2002)
Le Conseil des Ministres dispose d’un délai d’un mois pour donner son avis. Ce délai
expiré, l’avis est réputé être donné.
B Président du Gouvernement
1 Compétences propres
2 Compétences déléguées
39 Sur ces pouvoirs, voir Valérie Goesel-Le Bihan, Sur quelques aspects récents du droit constitutionnel
français des relations extérieures, Aspects du droit international français des relations extérieures,
AFDI (CNRS) 1997, p 58-81; La Nouvelle-Calédonie et l'accord de Nouméa, un processus inédit de
décolonisation, AFDI (CNRS) 1998, p 24-75; Les relations internationales : le dispositif juridique, La loi
d'orientation pour l'outre-mer du 13 décembre 2000: Quelles singularités dans la France et
l'Europe?, (Dir M. Elfort et al), P UAM 2001, p 527-547.
APPLICATION DES LOIS ET REGLEMENTS EN P205
OLYNESIE FRANCAISE-REPARTITION DES COMPETENCES 205
Dans les mêmes conditions de délégation et dans le respect des accords internationaux,
le Président du Gouvernement négocie et signe les arrangements administratifs, dans des
domaines de la compétence du Territoire, avec des administrations des Etats ou des
organismes régionaux du Pacifique. Le Conseil Constitutionnel, dans sa décision précitée
du 9 avril 1996, limite cette possibilité à la conclusion d’accord de portée limitée et de
nature technique rendus nécessaires pour la mise en œuvre d’accords internationaux.
L’Assemblée de la Polynésie française est compétente dans toutes les matières qui ne
sont pas réservées à l’Etat, aux communes ou au Gouvernement (1). Son Président dispose
de quelques compétences propres (2).
1 Organe délibérant
Elle fixe les pénalités applicables aux infractions à ses réglementations: Peines
d’amende et peines complémentaires dans la limite de celles qui sont prévues par les textes
métropolitains pour des infractions similaires; Sanctions administratives; Peines
d’emprisonnement sous réserve d’une homologation législative.
206 206 33 VUWLR
(2002)
L’Assemblée réglemente le droit de transaction dans toutes matières. Elle fixe les règles
applicables aux jeux de hasard. Elle crée les sociétés d’économie mixte dans lesquelles sont
associés le Territoire et ses établissements publics. Elle arrête les statuts-type de ces
sociétés.
Dans le délai de huit jours suivant sa transmission, le Conseil des Ministres peut
demander une seconde lecture d’une délibération adoptée par l’Assemblée ou sa
commission permanente. Cette demande suspend l’exécution de la délibération.
Dans le domaine de la compétence générale qui lui est reconnue, il est utile de signaler
certaines matières qui, en Métropole, relèvent du domaine législatif: Règles d’assiette, de
taux et de modalités de recouvrement des impositions de toute nature; Règles applicables à
la protection sociale: assurance-maladie, prestations familiales, accidents du travail,
retraite; Règles de procédure civile; Règles relatives à l’urbanisme, à l’occupation des sols
et à l’environnement.
2 Compétence consultative
L’Assemblée est obligatoirement consultée (cf. article 68 de la loi statutaire) sur les
projets de loi autorisant la ratification ou l’approbation de conventions internationales
traitant de matières ressortissant à la compétence territoriale.
Elle est également consultée40 sur tout projet ou proposition de loi touchant à
l’organisation particulière de la Polynésie française.41
L’Assemblée peut émettre des vœux sur toute question relative à l’extension,
l’abrogation ou la modification des lois et règlements métropolitains. Elle dispose d’un
délai de deux mois pour émettre son avis. Ce délai est réduit à un mois lorsque l’Etat
invoque l’urgence. Passé ce délai, l’avis est réputé donné.
D Présidence de l’Assemblée
40 Article 74 de la Constitution.
41 Voir I supra.
42 Pour une illustration de ces pouvoir, voir A Moyrand & Y-L Sage, Compulsory Resignation Regime
for the Members of the Territorial Assembly of French Polynesia, RJP, Vol 2, 1996, p 420.
APPLICATION DES LOIS ET REGLEMENTS EN P207
OLYNESIE FRANCAISE-REPARTITION DES COMPETENCES 207
faire appel à la force publique. Il nomme les agents des services de l’Assemblée. Il décide
d’intenter les actions en justice ou de défendre sans habilitation particulière.