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Le document analyse l'identité et la culture basques au début du XXIe siècle, en se concentrant sur la méthodologie de collecte d'informations et les résultats d'enquêtes. Il aborde divers aspects tels que le territoire, l'identité, la langue et la culture basque, ainsi que les perceptions de ces éléments sur Internet. Enfin, il propose des réflexions sur l'avenir de la culture et de l'identité basques dans un contexte de changement.

Transféré par

Andréas Fernandez
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Le document analyse l'identité et la culture basques au début du XXIe siècle, en se concentrant sur la méthodologie de collecte d'informations et les résultats d'enquêtes. Il aborde divers aspects tels que le territoire, l'identité, la langue et la culture basque, ainsi que les perceptions de ces éléments sur Internet. Enfin, il propose des réflexions sur l'avenir de la culture et de l'identité basques dans un contexte de changement.

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Identité et culture basques au début du

XXIème siècle

Page
Préface 15

1. INTRODUCTION

1.1. Pourquoi analyser l’identité basque ? 21


1.2. Structure de l’étude 22

2. MÉTHODOLOGIE ET PRÉSENTATION DE L’INFORMATION

2.1. Collecte d’information 25


2.1.1. Groupes de discussion et entretiens individuels 25
2.1.2. Enquête 27
2.1.3. Analyse des contenus d’Internet 27
2.2. Informations sur les contenus 27
2.2.1. Analyse de l’information 27
[Link]. Résultats généraux 27
[Link].1. Résultats de l’enquête 27
[Link].2. Résultats de l’analyse quali-
tative 28
[Link]. Catégorisation des habitants selon leur
vision des identités collectives 28
[Link]. Perceptions de l’identité et de la cultu-
re basques sur Internet 29
2.2.2. Conclusions et réflexions 29

3. ANALYSE DE L’INFORMATION

3.1. Résultats généraux 30


3.1.1. Le territoire 30
[Link]. Les résultats de l’enquête 30
[Link].1. Le concept territorial Pays
Basque 30
[Link].2. Les relations entre les terri-
toires 36

5
[Link].3. Le sentiment de proximité
avec les autres territoires 38
[Link].4. Les mouvements entre les
territoires du Pays Basque 40
[Link].5. La raison principale pour
aller vers d'autres territoires
du Pays Basque 41
[Link].6. Cadre de l'identification per-
sonnelle 42
[Link].7. Cadre géographique du sen-
timent d'attachement 43
[Link].8. Les souhaits concernant les
relations entre territoires 44
[Link]. Les résultats de l'analyse qualitative 47
[Link].1. La représentation territoriale
du Pays Basque 47
[Link].2. Connaissance des territoires
et relations interterritoriales 47
[Link].3. L'avenir des relations entre
territoires 48
3.1.2. L’identité 48
[Link]. Les résultats de l’enquête 48
[Link].1. Le sentiment identitaire:
basque-espagnol, basque-
français, navarrais 48
[Link].2. L'évolution du sentiment
d'identité 51
[Link].3. Les composantes de
l'identité basque 53
[Link]. Les résultats de l'analyse qualitative 55
[Link].1. La carte des sentiments
identitaires 55
[Link].2. Les composantes de
l'identité basque 56
[Link].3. L'avenir de l'identité basque 58
3.1.3. La langue 58
[Link]. Les résultats de l’enquête 58
[Link].1. Aptitudes linguistiques :
compréhension, expression
orale, lecture, écriture 58
[Link].2. La première langue 61
[Link].3. L'aptitude linguistique com-
parative 63
[Link].4. L'apprentissage de la lan-
gue basque 64
[Link].5. Les raisons pour apprendre ou
vouloir apprendre le basque 65

6
[Link].6. Les raisons pour ne pas
apprendre le basque 67
[Link].7. Le sentiment de rejet chez
les bascophones 69
[Link].8. Le sentiment de rejet chez
les non-bascophones 70
[Link].9. Les souhaits concernant les
enfants au sujet de la lan-
gue basque 71
[Link].10. Les attitudes concernant
les noms basques 72
[Link]. Les résultats de l'analyse qualitative 74
[Link].1. La présence sociale de la
langue basque 74
[Link].2. La situation de la langue basque 74
[Link].3. La langue comme union ou
comme division 74
[Link].4. L'utilisation de la langue
basque 75
3.1.4. La culture basque 76
[Link]. Les résultats de l’enquête 76
[Link].1. Le concept de culture basque 76
[Link].2. La relation entre la culture
navarraise et la culture basque 77
[Link].3. Les caractéristiques de la
culture basque 78
[Link].4. Les éléments les plus impor-
tants de la culture basque 80
[Link].5. La promotion des activités
culturelles 82
[Link].6. La culture basque et la mon-
dialisation 85
[Link]. Les résultats de l'analyse qualitative 87
[Link].1. Définition de la culture basque 87
[Link].2. Les composantes de la cul-
ture basque 89
[Link].3. La culture basque et la mon-
dialisation 90
3.1.5. Les pratiques culturelles 91
[Link]. Les résultats de l’enquête 91
[Link].1. La participation aux activités
culturelles 91
[Link].2. Consommation d'émissions
télévisées en basque 93
[Link].3. La consommation d'émissions
radiophoniques en basque 94

7
[Link].4. La consommation de périodi-
ques et de livres en basque 95
[Link].5. La consommation d'écoute
musicale en basque 95
[Link].6. Les activités sportives 96
3.1.6. La vie associative 99
[Link]. Les résultats de l’enquête 99
[Link].1. Niveau de participation aux
associations 99
3.2. Catégorisation de la population en fonction de sa vision
des identités collectives 103
3.2.1. Informations concernant l’analyse 103
3.2.2. Analyse pour le Pays Basque 103
[Link]. Situation des groupes sur les axes 103
[Link]. Les points de vue les plus remarquables 105
3.2.3. Analyse par territoire 107
[Link]. Communauté Autonome Basque 107
[Link]. Navarre 107
[Link]. Pays Basque nord 110
3.3. Perceptions de la basquitude et de la culture basque sur
Internet - Principaux résultats 113
3.3.1. Introduction 113
3.3.2. Résultats généraux 113
[Link]. Caractéristiques des opinions recuei-
llies 113
[Link]. Thèmes principaux des opinions sur
la basquitude et la culture basque sur
Internet 113
[Link]. La langue 114
[Link].1. Le statut de la langue 114
[Link].2. La transmission de la langue 115
[Link].3. L’utilisation de la langue basque 115
[Link].4. La politique linguistique 116
[Link].5. Organismes, événements et
personnages 117
[Link].6. Espace géographique 117
[Link].7. Origine et influence d’autres
langues 117
[Link]. Autres expressions culturelles 118
[Link].1. Définition de la culture 118
[Link].2. Les arts 119
[Link].3. Gastronomie 120
[Link].4. Sports 121
[Link].5. Traditions populaires 122
[Link]. L’identité et quelques autres questions
de société 122
[Link].1. L’identité sociale 122
[Link].2. L’identité territoriale 123
[Link].3. Le caractère 123
[Link].4. Structure sociale 123
[Link].5. Habitudes, coutumes, et
mode de vie 123
[Link].6. Histoire 124
3.3.3. Conclusions 125

4. RÉFLEXIONS ET CONCLUSIONS

4.1. Introduction: les conditions préalables de ces réflexions 129


4.1.1. De quelle culture et de quelle identité parle
t’on ? 129
4.1.2. Comment etudier les identités collectives ? 133
4.1.3. La confusion autour du nom et du territoire 136
4.1.4. Dans un contexte changeant 137
4.2. Où vont la culture et l’identité basques ? 138
4.2.1. Le dilemme politique interne 139
4.2.2. Débat autour de la necessité d’une culture et
d’une identité communes 142
4.2.3. La gestion du changement 145
4.2.4. Le coeur et la périphérie du fait basque 147
4.2.5. Le paradoxe de la langue 148
4.2.6. Le développement de la culture quotidienne 151
4.2.7. Le défi et l’opportunite des TIC 153
4.2.8. La participation des nouvelles générations 155
4.2.9. L’apport des basques de l’extérieur 156
4.2.10. La culture comme moteur de la société basque
du XXIème siècle 159
4.2.11. Quelle conclusion tirer ? 161
4.3. Résumé des conclusions 164

BIBLIOGRAPHIE

9
SOMMAIRE DES TABLEAUX

3.1.1. LE TERRITOIRE

• 3.1.1. Tableau-1 Selon vous, quel territoire définit au mieux


le Pays Basque ? ............................................................ 33
• 3.1.1. Tableau-2 Selon vous, quel territoire définit au mieux
le Pays Basque ? (par territoire) ....................................... 35
• 3.1.1. Tableau-3 Selon vous, quel territoire définit au mieux
le Pays Basque ? (Selon la langue de l’enquête) ............... 36
• 3.1.1. Tableau-4 Avec lequel de ces territoires limitrophes
avez-vous le plus de relations ? ....................................... 36
• 3.1.1. Tableau-5 Avec lequel de ces territoires limitrophes
avez-vous le plus de relations ? (par territoire) .................. 37
• 3.1.1. Tableau-6 Duquel de ces territoires vous sentez-vous
le plus proche ? ............................................................. 38
• 3.1.1. Tableau-7 Duquel de ces territoires vous sentez-vous
le plus proche ? (par territoire) ........................................ 39
• 3.1.1. Tableau-8 Habitude de se rendre dans les autres
territoires du Pays Basque .............................................. 40
• 3.1.1. Tableau-9 A quelles occasions y allez-vous principa-
lement ? ........................................................................ 41
• 3.1.1. Tableau-10 Avec quel territoire vous identifiez-vous le
plus ? ............................................................................ 42
• 3.1.1. Tableau-11 Avec les mêmes conditions de vie et tra-
vail, où aimeriez-vous vivre ? ........................................... 43
• 3.1.1. Tableau-12 Souhaitez-vous que les relations entre la
Communauté Autonome Basque, la Navarre et le Pays Bas-
que Nord soient … ? ...................................................... 44
• 3.1.1. Tableau-13 Dans quels domaines souhaiteriez-vous
des relations plus soutenues ? ........................................ 45

3.1.2. L'IDENTITÉ

• 3.1.2. Tableau-1 Quant au sentiment d'être basque et


français/espagnol, vous-mêmes vous sentez-vous … ? ..... 49
• 3.1.2. Tableau-2 Sentiment identitaire prédominant .......... 50
• 3.1.2. Tableau-3 En comparant avec ce que vous étiez il y a
dix ans, comment vous sentez-vous ? .............................. 51
• 3.1.2. Tableau-4 Selon vous, comment vous sentirez-vous
dans dix ans ? ............................................................... 52
• 3.1.2. Tableau-5 Selon vous, quelles sont les deux condi-
tions les plus importantes pour qu'une personne se sente
basque ? ....................................................................... 53

10
3.1.3. LA LANGUE

• 3.1.3. Tableau-1 Quelle est votre aptitude à comprendre la


langue basque ? Quelle est votre aptitude à parler en bas-
que ? Quelle est votre aptitude à lire en basque ? Quelle
est votre aptitude à écrire en basque ? ............................ 58
• 3.1.3. Tableau-2 Quelle a été votre première langue,
jusqu'à trois ans ? .......................................................... 61
• 3.1.3. Tableau-3 La connaissance de la langue basque en
fonction de la première langue ........................................ 62
• 3.1.3. Tableau-4 En quelle langue parlez-vous plus facile-
ment ? En quelle langue lisez-vous plus facilement ? ........ 63
• 3.1.3. Tableau-5 Etes-vous en train d'apprendre le bas-
que ? ............................................................................. 64
• 3.1.3. Tableau-6 Raisons pour apprendre le basque ou
vouloir l’apprendre ........................................................... 65
• 3.1.3. Tableau-7 Raisons pour ne pas vouloir apprendre le
basque .......................................................................... 67
• 3.1.3. Tableau-8 Vous êtes-vous un jour senti écarté pour
avoir voulu parler basque ? ............................................. 69
• 3.1.3. Tableau-9 Vous êtes-vous un jour senti écarté pour
ne pas savoir parler basque ? ......................................... 70
• 3.1.3. Tableau-10 Si vous avez ou aviez des enfants,
voudriez-vous qu'ils sachent le basque ? .......................... 71
• 3.1.3. Tableau-11 Seriez-vous très favorable, favorable,
opposé ou très opposé à la préservation et à la promotion
des noms basques (personnes, communes, maisons, lieux-
dits, rues …) ? ............................................................... 72

3.1.4. LA CULTURE BASQUE

• [Link]-1 Qu'entendez-vous par culture basque ? .... 76


• [Link]-2 Avec laquelle des phrases suivantes êtes-
vous le plus d'accord ? (Culture basque - culture navarrai-
se) ................................................................................ 77
• [Link]-3 Comment considérez-vous la culture bas-
que ? ............................................................................. 79
• [Link]-4 Quels sont pour vous les aspects les plus
importants qu'évoque la culture basque ? ........................ 80
• [Link]-5 Aimeriez-vous qu'il y ait davantage
d'animations et d'activités en lien avec la culture basque ? 82
• [Link]-6 Quels aspects de la culture basque
devraient être plus soutenus ? ........................................ 83
• [Link]-7 Que représente la culture mondialisée pour
la culture basque ? ......................................................... 85
• [Link]-8 Et que représente la culture basque pour
la culture mondialisée ? .................................................. 86

11
3.1.5. LES PRATIQUES CULTURELLES

• [Link]-1 Au cours des 3 derniers mois, combien de


fois avez-vous été à un spectacle ? .................................. 91
• [Link]-2 Usage des langues dans les activités cul-
turelles .......................................................................... 92
• [Link]-3 Au cours des 3 derniers mois, combien de
fois avez-vous regardé la télévision basque ? .................... 93
• [Link]-4 Au cours des 3 derniers mois, combien de
fois avez-vous écouté la radio en basque ? ....................... 94
• [Link]-5 Au cours des 3 derniers mois, combien de
fois avez-vous lu des périodiques ou des livres en basque ? 95
• [Link]-6 Au cours des 3 derniers mois, combien
de fois avez-vous écouté des disques ou des cassettes de
musique basque ? .......................................................... 95
• [Link]-7 Pratiquez-vous un sport ? ........................ 96
• [Link]-8 Suivez-vous un sport ? ............................ 97

3.1.6. LA VIE ASSOCIATIVE

• [Link]-1 Nombre d'associations auxquelles vous


participez ....................................................................... 99
• [Link]-2 Etes-vous membre ou aimeriez-vous vous
engager dans une association de ce type ? ...................... 99

12
PREFACE: PENSER LES QUESTIONS IDENTITAIRES EN CE DEBUT DE XXIème SIÈCLE :
QUELQUES HYPOTHESES DE TRAVAIL

La question identitaire est plus que jamais Il faut donc cesser de penser l’identité
d’actualité, sous une forme ou sous une autre, comme un mode d’appartenance dépassé, ainsi
dans la plupart des sociétés contemporaines, que l’avancent ceux qui pour la délégitimer
qu’il s’agisse des sociétés dites avancées du considèrent qu’elle est incompatible avec le pro-
Nord ou des sociétés dites sous-développées grès, la modernité et l’universalisme. A l’inverse
du Sud. Au-delà de la diversité des situations, de ce paradigme jacobin, je fais l’hypothèse que
et notamment des formes d’expression qu’elle les revendications identitaires, à condition qu’el-
peut prendre, cette saillance de l’identité me les soient ouvertes à l’altérité et non articulées
paraît relever d’une problématique générale dont à des idéologies tribales prônant la pureté eth-
je voudrais ici dégager les axes essentiels. J’en nique, sont une nouvelle frontière de la démo-
relèverai cinq qui me semblent en ce début du cratie. Ce que la question identitaire soulève en
21ème siècle constituer des éléments de réflexion effet c’est la question de la liberté, de l’égalité
à partir desquels on peut tenter de comprendre et de la dignité culturelles qui sont aujourd’hui
pourquoi l’identité fait sens dans nos sociétés une actualisation de la philosophie de la tolé-
contemporaines. rance que des auteurs comme Pierre Bayle,
John Locke ou Voltaire avaient revendiquée
1/ La modernité (ou la post-modernité) n’a dans l’ordre religieux ou dans l’ordre politique.
pas abouti à rendre caduques les appartenances Les nouveaux philosophes de la tolérance, tels
culturelles ou ethniques. Contrairement à ce que Michael Walzer, Charles Taylor ou Will Kymlicka,
les théories évolutionnistes avaient annoncé, affirment haut et fort qu’il n’y a pas de véritable
le besoin d’identité n’a pas été laminé par la démocratie sans traitement politique adéquat
modernisation. Les transformations économi- de la diversité culturelle. Alain Touraine indique
ques, sociales et politiques n’ont pas produit un avec raison qu’il est urgent de reconnaître que
monde dans lequel ces appartenances n’auraient « le pluralisme culturel est l’objectif principal
plus de sens, ou ne seraient que la manifesta- que doit se donner l’esprit démocratique » (Tou-
tion de secteurs ou de groupes « archaïques » raine, 1996: 319).
résistant à la modernité. Il s’agit d’un point capi-
tal si l’on veut saisir ce qui se joue sur ce ter- Bref, plutôt que de rejeter au nom d’un uni-
rain identitaire, car on a souvent tendance à versalisme abstrait les particularités culturelles
considérer que les manifestations et revendi- dans l’enfer des tribalismes rétrogrades, il est
cations identitaires sont le propre de sociétés important de les examiner comme des produits
« retardées », « féodales », « traditionnelles », ou de la modernité politique et de les traiter selon
en crise. Même dans les sociétés africaines une problématique démocratique.
qui connaissent de fortes tensions ethniques,
ces clés explicatives sont insuffisantes, comme 2/ Deuxième hypothèse, liée à la précé-
le montrent les travaux des historiens et des dente : la mondialisation est une processus
anthropologues qui expliquent que l’ethnicité y contradictoire et paradoxal qui induit certes une
est moins une résistance de la tradition ou la certaine homogénéisation des sociétés mais
manifestation d’un mal développement qu’une qui engendre aussi en même temps des formes
production historique liée à l’expérience coloniale d’indigénisation de ce processus global que des
et à la gestation de l’Etat moderne. auteurs ont nommées glocalisation.

Ce qui veut dire que la manière dont se Ce néologisme désigne les phénomènes
présente la question identitaire dans le monde d’adaptation, d’interprétation, de réappropria-
contemporain est sans doute davantage un tion, voire de cannibalisation dont sont affectées
produit de la modernité –certes plus ou moins les formes culturelles dominantes extérieures
chaotique– que l’expression d’un monde ancien dans leurs rencontres avec les formes cultu-
dont elle serait en quelque sorte le symbole. relles locales. Ces métissages ne sont pas en

15
contradiction avec le caractère hégémonique de d’analyser dans le point précédent ne sont pas
la globalisation, mais ils indiquent aussi que les nouveaux dans l’histoire de l’humanité. La colo-
cultures dominées ne sont jamais passives et nisation et plus largement toutes les conquêtes
qu’elles se réinventent même souvent dans ce ont produit de la glocalisation ; mais les migra-
genre de situations. Jean-Loup Amselle a utilisé tions et les nouvelles techniques de l’informa-
la métaphore du « branchement » pour expliquer tion et de la communication ont accéléré ces
ces articulations entre le local et le global : des mouvements. Elles ont fait éclater les territoires
signifiants planétaires, explique-t-il, sont déri- et suscité l’émergence de nouvelles formes
vés par des signifiés localisés. Le « haut » est d’identité que l’on peut appeler des identités
localement transformé par « le bas ». Et il prend intermédiaires ou composites qui sont à mon
pour exemple, le mouvement N’ko du Mali, qui sens l’un des traits les plus intéressants des
constitue la nouvelle version d’une culture eth- productions identitaires contemporaines. Me
nique, la culture manding, dans ses emprunts semble en effet révolu le temps des identités
à la culture arabo-musulmane aussi bien qu’aux d’un bloc. Que l’on le veuille ou non, on n’est
cultures européennes (Amselle, 2001). Le N’ko plus basque, zoulou ou français comme on
est bien une réinvention de la culture mandin- l’était il y a un siècle. Nous sommes tous plus
gue à l’ère de la globalisation. Ce cas n’est bien ou moins des individus « arlequins », comme le
sûr pas isolé et on pourrait multiplier les exem- dit le philosophe gascon Michel Serres (1991).
ples tant dans le champ africain que dans celui Nos identités ne sont plus limitées par des
des cultures dites minoritaires en Europe. Que terroirs ou des frontières administratives, elles
l’on songe à toutes les créations syncrétiques sont plurielles, syncrétiques, décentrées, noma-
musicales, architecturales, langagières ou reli- des. Et ne pas tenir compte de ces évolutions,
gieuses nées de ces réinterprétations. L’anthro- c’est s’interdire de penser en termes réalistes
pologue indien Arjun Appadurai a théorisé ces le devenir de nos identités et la manière de
processus de transformations localisées dans les gérer démocratiquement. Non seulement
des dynamiques globales (Appadurai, 2001). il n’existe plus vraiment de sociétés culturel-
L’identité culturelle, nous montre-t-il, est moins lement homogènes (si tant est qu’elles aient
liée à la tradition qu’à l’ancrage local des dyna- jamais existé), mais chaque individu qu’il le
miques du monde global, ce qui met en relief le reconnaisse ou non est fait d’expériences plu-
caractère labile des marqueurs culturels. A l’op- rielles. Nous vivons dans un monde désenclavé
posé des approches et langages culturalistes et éclaté. Montaigne le disait déjà d’ailleurs
classiques qui ont tendance à figer ceux-ci dans dans ses Essais : « Je ne peints pas l’estre, je
« l’éternel d’hier » il démontre que les identités peints le passage » (Livre III, chapitre 2 : « Du
culturelles se nourrissent de nouveautés et repentir »). Plus que jamais nous sommes tous
d’apports extérieurs qu’elles transforment selon dans ce « passage », donc dans le mouvement.
leurs logiques propres. L’indigénisation en Inde
d’un sport a priori éminemment britannique L’importance démographique en Europe
comme le cricket, qu’il analyse dans l’un des occidentale de communautés issues de l’im-
chapitres de son livre, constitue de ce point de migration rend encore plus tangible cette pro-
vue un exemple fort significatif. blématique du mouvement ; d’autant que ces
populations, venues notamment du Maghreb et
Retenons de tout cela que la globalisa- d’Afrique noire, tout en étant fixées en Europe
tion est aussi paradoxalement une source de gardent de liens très forts avec leurs pays d’ori-
redéfinition des identités culturelles locales. gine –grâce justement aux nouveaux moyens et
Elle met en œuvre leur imagination pour trans- technologies de l’information et de la communi-
former la « tradition » qui n’est en définitive cation. Les voyages fréquents au « pays » entre-
qu’une version à un moment donné d’un trait tiennent aussi cette culture de la connexion.
culturel. Vouloir à tout prix enfermer une cultu- Ces populations sont d’ailleurs et d’ici ; cet
re dans cette tradition, c’est nier l’histoire de ici pouvant se décliner de multiples façons, de
la production des diversités et c’est la confiner telle manière qu’un Berbère marocain ou un
dans un ghetto. Peul du Sénégal peuvent aussi s’inscrire dans
des appartenances supra ou infra étatiques :
3/ Les mouvements de populations et les européennes mais aussi basques, catalanes,
nouvelles technologies de l’information et de la occitanes, toulousaines, marseillaises. Et ces
communication qui caractérisent le monde actuel identités intermédiaires participent aussi aux
favorisent ces « branchements », ces articula- remodelages des identités nationales, ethniques
tions. En effet les phénomènes que j’ai tenté ou locales –c’est très patent dans le domaine

16
des expressions musicales, il n’est qu’à écouter disparaît tous les quinze jours (Hagège, 2000).
les Fabulous Trobadors ou les Massilia Sound L’ethnologue Pierre Clastres a développé le
System pour ce qui est du domaine occitan. Nos concept d’ethnocide pour rendre compte et
identités culturelles apparaissent donc de plus analyser ces phénomènes de disparition des
en plus métissées, ce qui vient sérieusement cultures qui semblent correspondre à un mou-
bousculer, complexifier et enrichir nos concep- vement naturel de l’histoire mais qui, nous dit-il,
tions anciennes de l’identité et de l’intégration. reposent sur un système programmé de sup-
Faire comme si ces métissages n’existaient pas pression des différences culturelles au nom du
ou les refuser au nom d’une conception conser- progrès et de l’intégration nationale (Clastres,
vatrice de la culture, c’est se réfugier dans des 1980). Il existerait aujourd’hui quelque six mille
« réserves » identitaires imperméables aux dyna- langues répertoriées ; mais les spécialistes
miques de la modernité. nous disent qu’au cours du 21ème siècle trois
mille disparaîtront sans doute et que deux mille
4/ Ces dynamiques identitaires s’inscrivent quatre cents sont en voie d’extinction. Selon
aussi dans des formes plus individualisées d’ap- Juan de Dios Luque Duran, « 90% des langues
partenance. Celles-ci ne relèvent plus simplement du monde sont en danger et donc une grande
de l’héritage, de la coutume, mais aussi, plus que partie de la richesse linguistique et culturelle
jamais du choix individuel du sujet. Les identités accumulée durant des milliers d’années va irré-
ne sont plus tant assignées que revendiquées. médiablement se perdre » (Luque Duran, 2005:
« On naît, certes, dans un groupe, une commu- 54). Les politiques étatiques, par leur refus de
nauté, une religion ; on a une origine nationale prendre en compte les diversités linguistiques
ou ethnique, mais on en fait le plus souvent le et par leur obsession de l’unité nationale, sem-
choix : on décide de s’y maintenir ou non, d’y blent être les principales responsables de cette
rester ou pas, d’y retourner, le cas échéant, réduction de la diversité et de la différence.
après une ou plusieurs générations. On prend Sans reconnaissance institutionnelle et sans
ce type de décision par refus d’être nié comme présence de ces langues dans l’espace public
sujet, pour se donner des repères, pour mani- les langues minoritaires ne peuvent que s’étein-
fester une capacité d’action, tracer sa propre dre, car dans le monde actuel elles ne peuvent
existence, maîtriser son expérience. En un mot, survivre dans le seul espace privé. Toutes les
la subjectivité devient une composante essen- politiques axées sur une promotion au forceps
tielle de la différence », explique le sociologue d’une langue commune sont porteuses d’eth-
Michel Wieviorka (2001: 142). nocide. Or, beaucoup d’Etats n’ont pas renoncé
à de telles pratiques. Le cas de la Chine qui
On a donc de plus en plus des identités « à en 2001 a promulgué une loi faisant du puton-
la carte » qui marquent l’autonomie de l’individu ghua, fondé sur le mandarin, la seule langue
et donnent une certaine plasticité aux apparte- officielle de la République populaire est un bon
nances. La « communauté » est une association exemple, peu connu, de ces façons très ethno-
de sujets autonomes et non plus un ensemble centriques de concevoir l’unité nationale. Les
culturel défini par les ancêtres et régi par la loi grandes langues africaines elles-mêmes peu-
d’airain de la tradition. On choisit d’être catalan, vent être considérées comme étant à terme en
basque ou musulman, même s’il y a des situa- péril face notamment à la toute puissance du
tions qui sont susceptibles de guider ces choix. français comme langue quasi unique de l’Admi-
Cette individualisation des identités témoigne nistration et de l’éducation dans les anciennes
de la place de l’acteur dans les dynamiques des colonies de la France. Bien que la communauté
appartenances. internationale, comme on dit, soit de nos jours
plus sensible qu’auparavant à ce patrimoine
5/ Les changements que je viens de poin- diversifiée de l’humanité, il reste qu’il faudrait
ter dans la production des identités ne doivent de fortes mobilisations pour freiner de manière
pas cependant occulter la fragilité des cultures significative ces fantasmes de l’unitarisme et
dites minoritaires. Si certaines d’entre elles de la « mêmeté », c’est-à-dire de la réduction
font preuve d’un dynamisme certain qui est un de l’autre à soi, qui bien souvent tiennent lieu
gage de survie et d’affirmation, d’autres sont d’universalisme. Insister sur le caractère moder-
dans une situation plus précaire. Les linguistes ne et dynamique de ces langues et cultures
nous alertent régulièrement sur les catastrophes minoritaires constitue d’ailleurs, à mon sens,
culturelles associées à « la mort des langues », une meilleure façon de les défendre que celle
pour reprendre le titre d’un ouvrage célèbre de qui consiste à ne les légitimer que sous l’angle
Claude Hagège qui nous indique qu’une langue du patrimoine.

17
En somme, pour mieux être à même de des anthropologues, des sociologues et des
relever ces défis, les groupes, associations et psychologues ont analysées. De ce point de vue
institutions qui s’appliquent à promouvoir les il se pourrait bien que la globalisation avec tou-
langues et cultures dites minoritaires ne doi- tes les mouvements, innovations et désenclave-
vent pas se contenter de faire de la résistance ments qu’elle permet soit aussi et malgré tout
au nom d’un passé et d’une tradition souvent l’occasion de penser autrement les identités
idéalisés, mais plutôt prendre en compte et dans notre monde moderne.
mettre en avant toutes les transformations,
métissages, branchements, que laissent à voir Christian Coulon
dans notre monde globalisé les problématiques Professeur de science politique
actuelles de l’identité que les travaux récents Institut d’études politiques de Bordeaux

18
1. Introduction
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

1.1. POURQUOI ANALYSER L’IDENTITÉ BAS- mêmes faisant l’objet de l’étude. Pénétrer dans
QUE ? les concepts de culture et d’identité, c’est s’in-
troduire sur un chemin ausi passionnant que glis-
Quelle est la situation de l’identité et de la sant. Les concepts de culture et d’identité sont
culture basques en ce début de XXIème siècle ? très étudiés –plus que jamais d’ailleurs– dans
Selon les habitants du Pays Basque, quelle est des contextes académiques, et dans le même
cette identité, comment se présente t’elle ? temps, très débattus dans diverses disciplines.
Quels contenus et quels concepts associons-
nous à la culture basque ? Quel est le degré Compte tenu des doutes et des débats qui
d’identification des habitants du Pays Basque entourent ces concepts, il est évident que la
avec cette identité et cette culture ? Le projet difficulté de se livrer à leur étude est bien réelle,
de réalisation de cette étude est né de quel- et qu’elle débute au moment même où l’on
ques-unes de ces interrogations. En effet, les envisage de donner une direction à cette recher-
composants des identités collectives, la coexis- che. Pour commencer, on ne peut oublier que la
tence entre des groupes ayant des identités culture et les identités collectives ont des liens
différentes, et les relations entre cultures sont et des relations entre elles, mais également
des concepts d’une grande actualité dans notre avec d’autres composants socio-politiques. Il est
société. Ainsi, ce travail a été impulsé par le évident que les relations entre culture et identité
désir d’analyser le rôle rempli, de l’avis des sont étroites, et leur influence sûrement récipro-
habitants eux-mêmes, par l’identité et la culture que. Tout cela, à n’en pas douter, complique
basques dans la situation identitaire changean- encore davantage notre champ d’investigation.
te, complexe et intéressante de ce début de
XXIème siècle. Dans cette étude, l’analyse a porté sur les
perceptions et les opinions au sujet du terri-
L’objectif a donc été d’analyser les percep- toire, de l’identité, la langue, la culture, les pra-
tions, opinions, et attitudes des habitants du tiques culturelles, et la vie associative. Pour la
Pays Basque1 à propos de l’identité et de la sélection des thèmes en rapport avec l’identité
culture basques. Il s’agit d’une première appro- et la culture, outre certaines recherches anté-
che du thème qui offre toutefois, par la pro- rieures, sans doute les préjugés, les supposi-
fondeur avec laquelle ont été étudiés certains tions, ou les manières concrètes de comprendre
aspects, et la diversité des points de vue à l’identité et la culture de l’équipe de chercheurs
partir desquels le thème a été abordé, un reflet ont-ils eu une influence sur le choix de ce que
relativement fidèle de la réalité. nous allions étudier et de ce sur quoi nous
allions poser des questions ; ce choix aurait pu
Il doit être clair, d’emblée, que l’objectif être complètement différent ; mais, malgré les
de cette étude n’est pas de définir ce qu’est difficultés et les limitations, et compte tenu de
l’identité basque ou ce qu’elle n’est pas, encore la richesse du champ de travail et la pluralité
moins ce qu’elle doit ou ne doit pas être, et des techniques d’investigation utilisées, nous
pas davantage de donner une définition des pensons que l’apport de cette recherche consti-
habitants du Pays Basque. L’objet de l’étude a tuera une avancée importante pour la compré-
porté sur l’ensemble des perceptions, opinions, hension de la situation actuelle des identités.
et attitudes que les habitants du Pays Basque
(ceux qui se sentent basques comme ceux qui Le fait que ce travail ait nécessité des délais
ne se définissent pas ainsi) ont au sujet de relativement longs prouve bien la complexité de
l’identité et de la culture basques, notre souhait l’analyse de ces concepts quelque peu « glis-
étant que cette étude permette de mieux com- sants », mais aussi les difficultés qu’entraîne, en
prendre notre société et qu’elle ouvre la voie à soi, une démarche de recherches sur l’ensemble
de nouveaux projets. du Pays Basque. Car l’objectif de recueillir d’une
manière appropriée les différentes réalités par
Dans cette tâche, outre nos propres limi- territoire nécessite l’adaptation de la recherche
tes et nos insuffisances, nous nous sommes à la réalité locale, et dans le même temps, la
heurtés à des difficultés tenant aux concepts recherche de résultats utilisables pour l’ensem-
ble de l’espace exige que le développement de
la recherche soit à peu près équivalent dans tous
les territoires. Même si tout cela –notamment les
1. Le champ de recherche a couvert l’ensemble du
Pays Basque, c’est-à-dire, les territoires d’Alava, Biscaye, changements survenus au cours du processus
Guipuzcoa, Navarre, Labourd, Basse-Navarre et Soule. de recherche– a prolongé le travail au-delà de ce

21
Introduction

que l’on aurait pu souhaiter, l’équipe de recher- • Catégorisation de la population en fonc-


che est convaincue que cela n’a pu qu’être profi- tion de sa vision des identités collecti-
table à la richesse de ce travail. ves : Synthèse de l’information recueillie
par le biais de l’enquête, classifiant les
Cette étude étant, à la connaissance de habitants en fonction de leurs opinions.
l’équipe de recherche, la première étude sur
l’identité et la culture basques ayant choisi • Opinions sur le fait basque et la culture
comme champ d’investigation l’ensemble du basque sur Internet : Principaux résul-
Pays Basque, nous espérons qu’elle sera le tats de l’analyse des opinions ren-
point de départ de nouveaux débats et de nou- contrées sur Internet à propos de ces
velles voies de recherche. thèmes.
4Conclusions et réflexions : Réflexion réali-
sée sur la base de l’information recueillie
1.2. STRUCTURE DE L’ÉTUDE
et autres références. Au-delà de la simple
interprétation des données, il s’agit d’une
Cette étude inclut, outre cette introduction,
réflexion sur les défis auxquels seront
les principales rubriques suivantes (pour plus
confrontées l’identité et la culture bas-
de détails sur chacune de ces rubriques, consul-
ques dans l’avenir.
ter le chapitre consacré à la méthodologie) :
Par ailleurs, dans le CD qui accompagne ce
4Méthodologie et présentation de l’infor-
livre, vous pourrez trouver les documents sui-
mation : Explication détaillée de la métho-
vants :
dologie de l’étude et de la structure du
rapport. • Les études qualitatives de la Communau-
té Autonome Basque, de la Navarre, et du
4Analyse de l’information : Présentation de Pays Basque nord.
l’information recueillie pour l’étude, orga-
nisée en diverses sous-rubriques : • Les résultats de l’enquête par territoire
(CAB, Navarre et Pays Basque Nord).
• Résultats généraux : Résultats de l’infor- • L’étude complète des opinions recueillies
mation recueillie dans l’enquête comme sur Internet au sujet de la culture basque
dans les groupes de discussion et les et du fait basque.
entretiens individuels, classifiés en six
thèmes principaux : territoire, identité, • Les questionnaires utilisés pour l’enquête.
langue, culture basque, pratiques cultu-
relles, et vie associative. • Guide pour les groupes de discussions et
les entrevues.

22
2. Méthodologie et présentation de l’information
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

2.1. COLLECTE D’INFORMATION 2.1.1. Groupes de discussion et entretiens


individuels
Pour analyser les perceptions, opinions, et
attitudes de la population basque au sujet de la La collecte d’information s’est déroulée
culture et de l’identité basques, trois collectes entre octobre 2004 et juillet 2005 ; au total, 22
d’information ont été réalisées : d’une part, des groupes de discussion, 7 entretiens et 3 brefs
réunions ont été organisées avec des groupes récits de vie ont été mis en place ou réalisés.
de discussion, ainsi que des entretiens indivi-
duels avec des personnes sélectionnées selon Les groupes de discussion ont été de deux
un certain nombre de caractéristiques précises. types, chacun ayant sa dynamique propre. Ont
D’autre part, une enquête a été menée auprès été constitués d’une part des groupes que
d’un échantillon représentatif de la population. l’on pourrait appeler généraux, d’autre part,
Enfin, une étude des opinions circulant sur des groupes dits spécifiques. Les membres
Internet au sujet de l’identité et de la culture des groupes généraux ont été choisis parmi
basques a été effectuée, en complément des des personnes n’ayant pas de connaissance
autres informations. approfondie du sujet, selon certaines données
Le travail réalisé à partir des groupes de concrètes. Six groupes de ce type ont été
discussion et des entretiens n’a pas pour objec- constitués respectivement dans la Commu-
tif une représentativité statistique, ni pour inten- nauté Autonome Basque et en Navarre, et qua-
tion de quantifier les opinions, mais il a pour tre au Pays Basque nord. Les éléments ayant
but d’étudier en profondeur les perceptions, contribué à la définition des différents groupes
opinions, et attitudes, d’analyser les idées et sont les suivants :
les images exprimées par les habitants au sujet
des thèmes étudiés, ainsi que les liens qui exis- • Localisation géographique : les groupes
tent entre elles. ont été répartis sur des zones différentes
de chacun des territoires.
Par ailleurs, l’information recueillie par le
biais de l’enquête a permis d’évaluer jusqu’à • Bascophone / Non bascophone : la
quel point certaines opinions et attitudes préci- connaissance ou pas de la langue bas-
ses sont représentées au sein de la population, que a été l’un des éléments déterminants
et de connaître les perceptions, attitudes, et lors de la configuration des différents
opinions des personnes appartenant à diffé- groupes de discussion de la Communau-
rents groupes constitués en fonction de leurs té Autonome Basque, et de quelques uns
caractéristiques socio-démographiques ou com- des groupes de Navarre.
portementales.
• Basquisant / non-basquisant : dans les
Enfin, la collecte d’information réalisée par autres groupes de Navarre et ceux du
le biais d’Internet a permis d’analyser les opi- Pays Basque nord, au lieu de la connais-
nions exprimées par les gens sans qu’ils aient sance de la langue basque, l’attache-
été questionnés à ce sujet ; ainsi, il a été pos- ment au fait basque a été utilisé comme
sible d’étudier, non pas ce que les gens disent variable pour la composition de ces grou-
sur les thèmes abordés, mais ce qu’ils évo-
pes. Ce qui veut dire que dans ces grou-
quent spontanément lorsqu’il s’agit d’identité
pes de basquisants ont été incluses les
ou de fait basque.
personnes ayant exprimé un attache-
L’utilisation simultanée des trois types de ment à la langue basque, une attitude
techniques permet une analyse élargie et com- favorable envers la culture basque, et
plète des perceptions qu’ont les basques de une proximité vis-à-vis du monde basque.
leur identité, de la langue et de la culture bas- Parmi les non-basquisants, en revanche,
ques 2. Nous expliquons en détail, dans les ont été incluses les personnes n’ayant
lignes qui suivent, le déroulement de chacune pas exprimé d’attachement à la langue
de ces collectes d’information. basque, et celles qui sont indifférentes
au monde basque et portent sur lui un
regard extérieur.
2. La collecte d’information réalisée par le biais d’In- • Age : l’âge a également constitué une varia-
ternet permet d’analyser, non pas les perceptions des
basques, mais les perceptions de ceux qui se sont exprimés ble de première importance dans la défini-
sur le fait basque (qu’ils soient basques ou pas). tion de quelques groupes. Les groupes ont

25
Méthodologie et présentation de l’information

été formés par des jeunes (20-35 ans), des du point de vue des thèmes abordés par l’étu-
adultes(36-55 ans) et des personnes d’âge de. Voici le profil des personnes interrogées :
intermédiaire (25-50 ans).
• Un programmateur culturel. Non basco-
• Milieu rural ou urbain : bien que la plu- phone.
part des groupes de discussion se situe
dans les capitales basques, des groupes • Un technicien des services culturels de la
ont également été constitués dans des ville de Biarritz. Non bascophone.
endroits que l’on peut considérer comme
ruraux. • Un acteur-chanteur qui travaille en langue
basque.
• Côte ou intérieur : cette distinction n’a été
appliquée que dans le cas du Pays Bas- • Un représentant du mouvement associatif
que nord, compte tenu de la spécificité du Pays Basque nord, qui intervient dans
observée sur ce territoire. le domaine de l’insertion professionnelle
des jeunes. Bascophone.
En outre, lors de la définition du profil des
participants aux groupes de la Communauté
• Une personnalité politique, membre du
Autonome Basque, deux autres particularités
Parti Socialiste français, qui a des respon-
ont été prises en compte, même si elles sont
sabilités politiques (ses fonctions sont en
considérées comme plus secondaires : d’une
rapport avec le monde de la culture). Bas-
part, l’origine, c’est-à-dire, le fait d’être né au
cophone.
Pays Basque ou pas, et d’autre part, le fait
d’être fils ou fille de parents nés au Pays Bas-
• Une journaliste travaillant dans les médias
que ou pas.
en langue basque.
Par ailleurs, outre les groupes généraux, une
seconde typologie de groupes a été définie : • Un représentant du mouvement asso-
ceux que l’on appelle les groupes spécifiques, ciatif du Pays Basque nord, ayant des
regroupant des personnes appartenant à cer- responsabilités depuis de nombreuses
tains secteurs sociaux déterminés ou choisies années dans l’organisation de rencontres
en fonction de caractéristiques précises, pré- culturelles entre jeunes dans le milieu le
sentant un intérêt pour la présente étude. Outre plus bascophone. Comprend la langue
leur profil plus spécifique ou spécialisé, ces basque.
groupes avaient pour particularité d’être com-
posés de personnes issues des trois territoi- Finalement, il a été considéré comme inté-
res suivants : Communauté Autonome Basque, ressant de travailler également avec trois per-
Navarre, et Pays Basque nord. sonnes ayant un profil très particulier, et qui, du
fait de leur expérience personnelle ou de leur
Des groupes ont été constitués dans les parcours professionnel, étaient susceptibles
domaines suivants : d’apporter un plus à la réflexion sur une théma-
tique aussi complexe que celle étudiée par la
• Education présente recherche. Ainsi, trois brefs récits de
vie ont été réalisés avec ces trois personnes
• Mouvements pour la langue basque dont voici le profil :
• Culture
• Une personne de la diaspora basque.
• Moyens de communication
• Mouvements sociaux • Un militant évoluant dans le monde politi-
que et les mouvements sociaux.
• Actions ou activités transfrontalières
• Une personne liée au monde de la création.
Au Pays Basque nord, les groupes ont été
moins nombreux, et pour compenser ce désé- Le travail de terrain qualitatif a été réa-
quilibre, une série d’entretiens approfondis a lisé par les entreprises Kualitate Lantaldea,
été réalisée avec des personnes significatives Stat’Adour, et Aldia.

26
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

2.1.2. Enquête nomie, ou à des données statistiques, pour ne


retenir que les textes en rapport direct avec le
La collecte d’information a été effectuée fait basque et la culture basque.
du 5 au 22 octobre 2004 dans la Communauté
Autonome Basque, du 5 octobre au 5 novembre Ensuite, une analyse de contenu a été réa-
en Navarre, et du 30 septembre au 15 novem- lisée. Même si dans certains cas concrets une
bre au Pays Basque nord, par le biais d’entre- quantification a été effectuée, le coeur de l’ana-
tiens individuels réalisés à domicile auprès d’un lyse est constitué par l’étude qualitative des
échantillon représentatif de la population de la thèmes, termes, et domaines en relation avec le
Communauté Autonome Basque, de la Navarre, fait basque et la culture basque.
et du Pays Basque nord, en se fondant sur un
questionnaire fermé et structuré. Le champ de travail correspondant à cette
analyse a été réalisé par l’entreprise Sistemas
L’échantillon était constitué d’habitants de Judo.
plus de 16 ans, répartis comme suit : 1.204
personnes dans la Communauté Autonome Bas-
que, 1.008 en Navarre, et 1.610 au Pays Bas- 2.2. INFORMATIONS SUR LES CONTENUS
que nord ; au total, 3.822 personnes ont donc
été interrogées. Dans la Communauté Autonome 2.2.1. Analyse de l’information
Basque et en Navarre, la sélection des individus
s’est faite selon un procédé à plusieurs degrés [Link]. Résultats généraux
et stratifié, en suivant des parcours aléatoires
et en choisissant les personnes par quotas de Six sujets ont été analysés : Territoire, Iden-
sexe, d’âge et de situation professionnelle. Les tité, Langue, Culture basque, Pratiques culturel-
résultats ont été pondérés par la suite sur la les, et Vie associative.
base du recensement de population de la Com-
munauté Autonome Basque et de la Navarre, Sur chacun de ces sujets deux types d’infor-
ainsi que de leurs zones internes. Au Pays Bas- mation sont proposés :
que nord, on a eu recours à un procédé stratifié
par sexe, profession, âge et lieu de résidence.
Par la suite, les données ont été pondérées en [Link].1. Résultats de l’enquête
fonction de la taille de la commune.
La présentation des principaux résultats de
L’erreur d’échantillonnage correspondant à l’enquête, classifiés par thèmes, tient compte
cet échantillon de 3.822 personnes, attribuable des réponses de tous les habitants, mais
aux échantillonnages purement aléatoires, est aussi de celles des collectifs formés à partir
de + 1,61 % pour tout le Pays Basque, avec un de critères divers. Pour réaliser cette seg-
degré de confiance de 95,5%, et p=q=0,5. mentation en collectifs, un certain nombre de
variables socio-démographiques et d’opinion
Le travail de terrain a été réalisé par les ont été utilisées :
entreprises Ikertalde et Stat’Adour.
• Territoire : Communauté Autonome Bas-
que (CAB) ; Communauté Forale de Navar-
2.1.3. Analyse des contenus d’Internet re (Navarre) ; Labourd, Basse Navarre et
Soule (Pays Basque nord).
Les contenus insérés sur Internet entre le
1er juillet 2004 et le 30 juin 2005 ont été pris • Sexe : Homme ; Femme.
comme base de recherche.
• Groupes d’âge : 16-29 ; 30-45 ; 46-64 ; >=65.
Parmi ces contenus ont été sélectionné les
textes comprenant la racine basqu- en différen- • Connaissance de la langue basque : Non
tes langues (eusk-, vasc-, basqu-, bask-…). Ont (ne parle pas du tout ou juste quelques
été éliminés des textes sélectionnés ceux qui mots) ; Un peu ; Oui (parle bien ou très
n’exprimaient pas l’opinion d’une personne (tex- bien).
tes de sites institutionnels, journalistiques…).
Ont également été éliminés des textes restants • Origine : Arrivant ; Natif d’un ou deux
ceux qui faisaient référence à la politique, l’éco- parents arrivant(s) ; Natif de parents natifs.

27
Méthodologie et présentation de l’information

• Sentiment identitaire dominant 3: Plutôt [Link]. Catégorisation des habitants selon leur
navarrais ; Basque-navarrais ; Plutôt bas- vision des identités collectives
que ; Navarrais-espagnol ; Basque-espagnol
ou Basque-français ; Plutôt espagnol ou Une analyse factorielle de correspondances
français ; Autres. binaires a été effectuée, en tenant compte des
caractéristiques socio-démographiques de la
Sauf information contraire, les résultats se population, et des réponses données à diverses
présentent en pourcentages verticaux. questions abordées dans l’enquête sur la terri-
torialité, l’identité, et la langue. En premier lieu
Quand cela est jugé digne d’intérêt, la présen- a été réalisée l’analyse pour l’ensemble du Pays
tation prend la forme de tableaux séparés pour Basque, et ensuite celle concernant chacun des
chaque territoire, par exemple lorsque, du fait de territoires. Les questions utilisées et les grou-
la nature même de la question, les possibilités de
pes analysés sont les suivants :
réponses offertes aux personnes interrogées ont
été différentes d’un territoire à l’autre.
• Age : 16-29 ans, 30-45 ans, 46-64 ans, 65
A la fin des résultats de l’enquête, est inséré ans et plus.
un tableau résumant les principales conclusions. • Territoire : Communauté Autonome Basque,
Navarre, Pays Basque nord (dans l’analyse
De plus, on peut trouver dans le CD accom- du Pays Basque dans son ensemble).
pagnant ce travail les résultats de chacune des
questions de l’enquête, par territoire, selon les • Zone : Dans la Communauté Autonome
variables suivantes : zone, sexe, âge, connais- Basque, Alava, Biscaye et Guipuzcoa ; En
sance de la langue basque, origine, et sentiment Navarre, Zone de montagne, Pampelune,
identitaire dominant. Centre et Sud ; Au Pays Basque nord, Côte
nord, Côte sud, intérieur du Labourd, et
Basse-Navarre-Soule (Dans l’analyse par
[Link].2. Résultats de l’analyse qualitative territoire).
Sont résumées ici les principales conclu- • Origine : Arrivant, Né au Pays Basque d’un
sions des réunions des groupes de discussion ou de deux parents arrivant(s), Né au Pays
et des entretiens individuels portant sur les thè- Basque de deux parents également natifs
mes du Territoire, de l’Identité, de la Langue et du Pays Basque.
la Culture basques. Aucune information qualita-
tive ne figure au sujet des Pratiques culturelles • Connaissance de la langue basque : Basco-
et de la Vie associative, car cette information phone natif (celui qui sait le basque et dont
n’a pas été collectée. c’est la première langue), Nouveau basco-
phone celui qui sait le basque mais dont
L’analyse de l’information qualitative a été ce n’est pas la première langue), Quelques
élaborée dans des rapports distincts pour cha- notions de basque, Aucune notion de basque.
que territoire (Communauté Autonome Bas-
que, Navarre, et Pays Basque nord). Toutefois, • Sentiment identitaire dominant 4: Plutôt
dans cette rubrique figurent des résultats pour navarrais, Plutôt basque, Plutôt basque
l’ensemble du Pays Basque, synthétisant les et espagnol ou basque et français, Plutôt
conclusions extraites de chaque territoire. Les espagnol ou français, Autres.
différences entre territoires sont mentionnées
lorsqu’elles sont significatives. • Territoire voisin dont la personne se sent
le plus proche : L’un des territoires du Pays
Dans le CD qui accompagne cette étude se Basque, Un autre territoire, Nsp/Nrp.
trouvent les rapports qualitatifs réalisés pour
chacun des trois territoires.
4. Deux autres groupes utilisés tout au long du rapport,
celui des basque-navarrais et des navarrais-espagnols, n’ont
pas été utilisés pour cette analyse car ils représentent de
3. Pour composer cette variable, on a demandé aux trop faibles pourcentages par rapport à l’ensemble des habi-
personnes interrogées de se situer sur l’axe basque-espa- tants, et donc ne sont pas adéquats pour l’étude factorielle.
gnol/français (elles ont eu 6 possibilités de réponses). Aux La catégorie « basque-navarrais » a été introduite dans la
habitants de la Navarre, on a en outre demandé de se situer catégorie « plutôt basque » et la catégorie « navarrais-espa-
sur l’axe navarrais-basque et sur l’axe navarrais-espagnol. gnol » dans la catégorie « plutôt espagnol/français », c’est-à-
De la combinaison de ces questions est née la variable sen- dire dans des groupes présentant des similitudes quant aux
timent identitaire dominant. opinions et aux attitudes.

28
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

• Espace avec lequel la personne s’identifie que groupe sur les deux axes. D’autre part, en
le mieux : Commune de résidence, Terri- tenant compte de ces situations, nous décrirons
toire, Pays Basque, Etat (espagnol ou fran- les principaux sous-ensembles que compte la
çais), Etranger. société basque, en fonction des divers points
de vue exprimés.
• Conditions pour considérer une personne
comme basque : Etre né au Pays Basque,
Avoir un nom ou des ancêtres basques, [Link]. Perceptions de l’identité et de la culture
Vivre et travailler au Pays Basque, Parler la basques sur Internet
langue basque, Etre un défenseur du Pays
Basque, Vouloir être basque, Pratiquer les Dans cette rubrique sont présentées, en
danses, sports ou jeux basques, Autres. tout premier lieu, quelques-unes des caracté-
• Vouloir que ses enfants apprennent la lan- ristiques des opinions rencontrées sur Internet
gue basque : Oui, Non ou Indifférent. au sujet du fait basque et de la culture basque,
notamment la langue dans laquelle ces opinions
L’objectif de cette technique est de présen- sont écrites, ou leur situation sur Internet.
ter, de manière synthétique, la relation entre les
opinions et attitudes des habitants et la situa- Ensuite, il est procédé à une analyse des
tion des différents groupes de population par opinions, classifiées par thèmes.
rapport à ces opinions. Autrement dit, il s’agit
de définir des groupes d’habitants qui ont des Pour l’interprétation des données recueillies,
opinions similaires par rapport aux thèmes ana- il faut tenir compte des éléments suivants :
lysés, et de regrouper les habitants en fonction
des attitudes qu’ils ont manifestées vis-à-vis de • Il s’agit d’opinions données spontanément
l’identité, du territoire, et de la langue. par les gens, sans qu’ils aient à répondre
à des questions.
L’utilisation de cartes factorielles facilitera
d’un point de vue graphique la compréhension • Il s’agit d’opinions émanant de personnes
de cette catégorisation. Sur les cartes ne figu- n’ayant pas nécessairement une connais-
rent que les groupes significatifs. sance spécifique de ce thème.

Sur ces cartes figurent les opinions analy- • Il s’agit d’opinions de gens qui expriment
sées, et les groupes d’habitants formés selon leurs avis sur Internet (il ne s’agit donc pas
des variables socio-démographiques et compor- d’un échantillon représentatif de la société,
tementales, situés sur deux axes. La situation mais de ce qui existe sur Internet).
sur l’axe horizontal est indiquée par un cercle,
et la situation sur l’axe vertical, par un triangle5. Sur le support papier sont présentés les
principaux résultats de cette analyse. Pour
Deux types d’explications seront présentés : consulter le rapport complet, voir le CD qui
d’une part, nous décrirons la situation de cha- accompagne cette étude.

5. La taille du symbole qui situe chaque groupe n’indi- 2.2.2. Conclusions et réflexions
que pas le nombre de personnes que comporte ce groupe,
mais l’importance qu’a ce groupe ou l’opinion de ce collectif Après avoir présenté les résultats de l’ana-
dans la définition de l’axe. Par exemple, dans la définition
de l’axe horizontal, le fait de se sentir plutôt basque, ou
lyse de l’information, nous proposons une
espagnol, ou français a beaucoup de poids, cela présente réflexion qui, en rassemblant tous ces résultats,
une grande importance au moment de composer cet axe d’autres références extérieures, ainsi que les
que nous allons utiliser pour classifier la population, et débats de l’équipe de recherche, souhaite aller
c’est pourquoi nous avons utilisé le symbole du grand cercle au-delà de la simple information.
pour marquer sa situation. Le fait de se sentir basque et
espagnol ou français a beaucoup de poids dans la définition
de l’axe vertical ; ce critère de classification des habitants, L’objectif de cette rubrique est de réflé-
entre autres variables, est très conditionné par le sentiment chir sur les défis auxquels seront désormais
identitaire, et c’est pourquoi nous avons utilisé le symbole confrontées l’identité et la culture basques, et
du grand triangle pour indiquer sa situation. En outre, les
triangles sont plus petits que les cercles, parce que le
sur les différentes voies à emprunter face à ces
deuxième facteur (vertical) a plus de poids que le premier défis, tout en impulsant le débat sur l’identité et
(horizontal) dans l’explication des opinions des gens. la culture basques.

29
3. Analyse de l’information
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

3.1. RÉSULTATS GÉNÉRAUX6

3.1.1. Le territoire

[Link]. Les résultats de l’enquête

[Link].1. Le concept territorial Pays Basque

A travers cette question on a voulu chercher Basques, avec6quel territoire ils associent le
l’image territoriale du Pays Basque qu’ont les concept de Pays Basque7.

3.1.1. Tableau-1

Selon vous, quel territoire définit au mieux le Pays Basque ?*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB 6 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu

Les sept provinces 30 30 26 35 31 29 35 35 28 17 20 35 44

CAB + Navarre 7 6 10 4 8 6 5 7 6 9 8 7 5

CAB 30 32 38 - 29 31 31 31 29 30 37 31 18

PB nord 2 1 1 10 2 2 2 2 3 2 2 3 2

Autres 23 22 14 46 23 22 21 18 24 29 22 20 25

Je ne sais pas ce que c’est 1 1 3 0 1 2 1 1 2 1 2 1 1

Le Pays Basque n’existe pas 0 0 1 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0

Nsp / nrp 7 7 7 3 6 8 5 6 7 11 9 4 6

(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

* Les choix de réponse offerts aux enquêtés n’ont pas été les mêmes dans tous les territoires. Les carreaux correspon-
dant aux choix qui n’ont pas été offerts sont restés vides. Dans le prochain tableau apparaissent tous les choix offerts
aux habitants de chaque territoire.
** On peut trouver plus d’informations sur cette variable au paragraphe Méthodologie et présentation de l’information ou
au chapitre Identité.

6. Afin d’alléger le texte, tous les termes qui renvoient à toutes les personnes n’ont sûrement pas la même significa-
des personnes sont pris au sens générique. Ils ont à la fois tion : il est possible que certains aient répondu au sujet des
valeur d’un masculin et d’un féminin. territoires qui forment le Pays Basque, sans plus de réflexion,
et que d’autres aient exprimé quels territoires réalisent prin-
7. Pour interpréter les réponses à cette question on doit cipalement, d’après eux, leur idéal du Pays Basque ou les
tenir compte que la question elle-même pourrait être com- caractéristiques qu’ils attribuent à la basquitude.
prise de différentes façons et que pour cela, les réponses de

33
Analyse de l’information: Résultats généraux

Selon vous, quel territoire définit au mieux le Pays Basque ?*

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT**

Basque- Prédom.
Natif Natif Prédomi- Bas- Pré- Navar-
espa- espa-
Arri- de de nance que- domi- rais-
gnol ou gnole Autre
vant parent(s) parents navar- navar- nance espa-
basque- ou fran-
arrivant(s) natifs raise rais basque gnol
français çaise

Les sept provinces 15 29 38 15 67 46 4 14 15 21

CAB + Navarre 5 7 8 11 12 7 8 6 3 11

CAB 41 34 22 42 6 18 62 47 30 35

PB nord 2 1 3 1 2 2 0 2 5 2

Autres 26 19 23 17 9 23 14 24 34 17

Je ne sais pas ce que c’est 2 2 1 5 2 1 3 1 1 1

Le P. Basque n’existe pas 0 0 0 0 0 0 2 0 0 1

Nsp / nrp 10 7 5 9 2 4 7 6 12 11

(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

* Les choix de réponse offerts aux enquêtés n’ont pas été les mêmes dans tous les territoires. Les carreaux correspon-
dant aux choix qui n’ont pas été offerts sont restés vides. Dans le prochain tableau apparaissent tous les choix offerts
aux habitants de chaque territoire.
** On peut trouver plus d’informations sur cette variable au paragraphe Méthodologie et présentation de l’information ou
au chapitre Identité.

Deux idées du Pays Basque sont spécia- que c’est l’intérieur du pays qui définit le mieux
lement développées. L’une d’elles voit le Pays le Pays Basque.
Basque comme formé par les sept provinces
de la Communauté Autonome Basque (CAB), la Il est clair que selon les territoires il y a de
Navarre et le Pays Basque nord (PB nord), idée grandes différences dans l’image territoriale du
partagée par 30% de la population. L’autre idée Pays Basque.
identifie le Pays Basque avec la CAB et elle est
soutenue par un autre 30% de la population. Dans la Communauté Autonome Basque
Selon 7% des gens les territoires qui définissent prédomine la tendance générale décrite précé-
mieux le Pays Basque sont la CAB et la Navarre, demment.
et pour 2% le Pays Basque nord. Par ailleurs
23% ont donné d’autres réponses. Parmi ces En Navarre la tendance à identifier le Pays
derniers, comme nous pouvons le voir sur le Basque à la CAB est plus grande que dans les
tableau suivant, nous trouvons les divers choix autres territoires.
de réponses offerts dans chaque territoire. En
Navarre et surtout dans la CAB beaucoup consi- Au Pays Basque nord sont plus nombreux
dèrent que la Biscaye et le Guipuzcoa sont les que dans les autres territoires ceux qui disent
territoires qui définissent le mieux le Pays Bas- que le Pays Basque est formé par les 7 provin-
que (respectivement 14% et 22%) et parmi les ces et le second choix le plus fréquent est celui
habitants du Pays Basque nord 31% considèrent qui identifie le Pays Basque à l’intérieur du pays.

34
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

3.1.1. Tableau-2

Selon vous, quel territoire définit au mieux le Pays Basque ?

CAB NAVARRE PB NORD

Les sept provinces 30 Les sept provinces 26 Les sept provinces 35

PB sud (CAB +
CAB 32 CAB 38 4
Navarre)

CAB + Navarre 6 CAB + Navarre 10 PB nord 10

PB nord 1 PB nord 1 Intérieur du PB nord 31

Biscaye + Guipuzcoa 22 Biscaye + Guipuzcoa 14 Côte basque 16

Je ne sais pas ce que Je ne sais pas ce que Je ne sais pas ce que


1 3 0
c’est c’est c’est

Le Pays Basque Le Pays Basque Le Pays Basque


0 1 0
n’existe pas n’existe pas n’existe pas

Nsp / nrp 7 Nsp / nrp 7 Nsp / nrp 3

(Pourcentages verti- (Pourcentages verti- (Pourcentages verti-


100 100 100
caux) caux) caux)

Le concept le plus répandu d’Euskal Herria chaque langue : quand en basque on a posé
(incluant la CAB, la Navarre et le PB Nord) se la question pour Euskal Herria, en espagnol on
retrouve plus généralement parmi ceux qui ont l’a fait pour Pais Vasco et en français pour Pays
moins de 45 ans, ceux qui savent le basque, Basque. Les personnes qui ne savent pas le
ceux qui sont nés au Pays Basque de deux basque ont évidemment réalisé l’enquête en
parents natifs, et ceux qui se sentent plutôt espagnol ou en français, de telle sorte qu’ils
basques ou basques-navarrais. ont donné leur opinion sur le concept Pais Vasco
ou Pays Basque ; les personnes qui savent le
Au contraire, ceux qui identifient le Pays Bas- basque ont pu choisir s’ils feraient l’enquête en
que avec la CAB sont plus nombreux chez ceux basque ou en espagnol/français ; ainsi certains
qui ne savent pas le basque, les arrivants, et ont répondu en basque (et donc ont donné leur
ceux qui se sentent plutôt navarrais, navarrais avis sur le concept Euskal Herria) et d’autres ont
et espagnols, ou aussi basques qu’espagnols répondu en espagnol ou en français (et donc ont
ou français8. donné leur avis sur le concept Pais Vasco ou le
concept Pays Basque). A priori on pourrait pen-
Il faut prendre en compte que pour cette ser que le terme utilisé pour désigner le concept
question on a utilisé des termes différents dans pourrait conditionner les réponses c’est-à-dire
que les opinions des gens pourraient être dif-
férentes selon qu’ils s’expriment au sujet de
Euskal Herria ou au sujet de Pais Vasco / Pays
8. Ces tendances ne sont pas les mêmes dans tous
les territoires. Pour approfondir ces données, reportez-vous Basque. En observant les données cette possi-
au CD, Résultats de l’enquête par territoire p. 3, 31 et 61. bilité semble se confirmer.

35
Analyse de l’information: Résultats généraux

3.1.1. Tableau-3

Selon vous, quel territoire définit au mieux le Pays Basque ?

TOTAL LANGUE DE L’ENQUÊTE*


BASCOPHONES Espagnol ou français Basque
Les sept provinces 44 38 59
CAB + Navarre 5 6 4
CAB 18 20 12
PB nord 2 3 1
Autres : Biscaye + Guipuzcoa, Côte basque, Intérieur 25 27 18
Je ne sais pas ce que c’est 1 1 0
Le Pays Basque n’existe pas 0 0 0
Nsp / nrp 6 6 6
(Pourcentages verticaux) 100 100 100

Comme nous le voyons sur le tableau, le du Pays Basque. Mais il existe aussi des diffé-
fait de réaliser l’enquête dans une langue ou rences à l’intérieur du groupe des bascophones
dans une autre influence la réponse obtenue. selon qu’on utilise le terme Euskal Herria ou
En tenant compte uniquement des bascopho- País Vasco / Pays Basque. Ce qui veut dire que
nes, ceux qui ont réalisé l’enquête en basque les deux termes ne sont pas considérés comme
(ils se sont exprimés au sujet de Euskal Herria) équivalents9.
ont montré une plus grande tendance vers le
concept plus large que ceux qui se sont expri-
més sur le concept País Vasco en espagnol ou [Link].2. Les relations entre les territoires
sur le concept Pays Basque en français.
Avec la question suivante on a voulu analy-
Donc nous pouvons dire qu’il existe des dif- ser jusqu’à quel point les Basques de chaque
férences entre les bascophones et les non-bas- territoire ont des relations avec ceux des autres
cophones en ce qui concerne l’image territoriale territoires du Pays Basque.

3.1.1. Tableau-4

Avec lequel de ces territoires limitrophes avez-vous le plus de relations ?*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
TOTAL DU BASQUE
CAB Navarre PB nord Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65 Non Un peu Oui
Avec un territoire basque 43 41 58 33 45 42 45 48 43 35 34 43 60
Avec un autre territoire 39 40 31 51 38 40 39 39 38 39 45 45 25
Nsp / nrp 18 20 11 16 17 19 15 13 19 26 21 12 15
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

* Chaque personne enquêtée a été questionnée pour les territoires limitrophes à celui où elle réside, et par la suite on les
a classé comme territoires basques ou autres territoires.

9. Cela pourrait être aussi la conséquence d’un autre


fait : que les bascophones qui ont réalisé l’enquête en
espagnol ou en français ont une plus grande tendance à
identifier le Pays Basque avec la CAB que ceux qui ont réa-
lisé l’enquête en basque. L’approfondissement de ce sujet
va au-delà de l’objectif de cette étude, mais il serait intéres-
sant de l’analyser davantage.

36
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Avec lequel de ces territoires limitrophes avez-vous le plus de relations ?*

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Natif Natif Prédomi- Bas- Pré- Navar- Basque- Prédom.
Arri- de de nance que- domi- rais- espagnol espa-
Autre
vant parent(s) parents navar- navar- nance espa- ou basque- gnole ou
arrivant(s) natifs raise rais basque gnol français française
Avec un territoire basque 28 38 55 46 91 52 35 33 20 46
Avec un autre territoire 47 46 31 40 4 32 49 47 58 32
Nsp / nrp 25 15 15 13 5 16 16 20 21 22
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

* Chaque personne enquêtée a été questionnée pour les territoires limitrophes à celui où elle réside, et par la suite on les
a classé comme territoires basques ou autres territoires.

Les Basques ont un peu plus de relations laires. Au Pays Basque nord un peu plus de la
avec les territoires basques qu’avec les autres moitié des gens (51%) mentionne des territoires
territoires limitrophes. 43% mentionnent l’un non-basques.
des territoires basques quant on les interroge
sur le territoire limitrophe avec lequel ils ont une Ceux qui mentionnent un des territoires du
plus grande relation, et 39% mentionnent un ter- Pays Basque comme territoire avec lequel ils ont
ritoire qui n’appartient pas au Pays Basque. davantage de relations sont plus nombreux chez
les bascophones, chez ceux qui sont nés en Pays
Les habitants de la Navarre ont mentionné Basque de parents natifs et chez ceux qui se
plus que les autres un des territoires basques sentent plutôt basques ou basques-navarrais.
comme territoire avec lequel ils ont plus de rela-
tions. Chez les habitants de la CAB les pourcen- Dans le tableau suivant nous présentons
tages de ceux qui mentionnent un territoire du les données correspondant aux différents choix
Pays Basque ou d’autres territoires sont simi- de réponses offerts dans chaque territoire.

3.1.1. Tableau-5

Avec lequel de ces territoires limitrophes avez-vous le plus de relations ?

CAB NAVARRE PB NORD

Navarre 36 CAB 54 PB sud (CAB + Navarre) 33


PB nord 5 PB nord 4 Les Landes 20
Cantabrie 15 Aragón 14 Béarn 14
Burgos 12 La Rioja 17 Reste de l’Aquitaine 18
La Rioja 12 Nsp / nrp 11 Nsp / nrp 16
Nsp / nrp 20
(Pourcentages verticaux) 100 (Pourcentages verticaux) 100 (Pourcentages verticaux) 100

37
Analyse de l’information: Résultats généraux

En approfondissant les réponses recueillies En conséquence nous pouvons dire qu’il


dans les divers territoires, nous pouvons dire existe une grande relation entre la CAB et la
que les habitants de la CAB ont des relations Navarre et qu’au contraire, bien que les habi-
surtout avec la Navarre, alors que ceux qui men- tants du Pays Basque nord aillent beaucoup au
tionnent le Pays Basque Nord comme territoire sud, il n’en est pas de même en sens inverse
de plus grande relation sont moins nombreux puisque la Navarre et la CAB ont moins tendan-
que ceux qui mentionnent la Cantabrie, Burgos ce à fréquenter le Pays Basque nord.
ou la Rioja, seulement un 5%.

En Navarre on obtient quelque chose de [Link].3. Le sentiment de proximité avec les


semblable, la majorité (54%) a davantage de autres territoires
relations avec la CAB, et ceux qui mentionnent
le Pays Basque nord comme le territoire le plus Laissant de côté quel est le territoire avec
fréquenté sont moins nombreux que ceux qui lequel on a plus de relations, on a voulu ana-
mentionnent la Rioja ou l’Aragon. lyser aussi quel est le territoire qui génère un
plus grand sentiment subjectif de proximité (en
Au Pays Basque nord un tiers des gens dehors de celui que provoque le territoire où
(33%) disent qu’ils ont davantage de relations l’on vit, évidemment).
avec le Pays Basque sud (CAB + Navarre), 20%
avec les Landes, 14% avec le Béarn et 18%
avec le reste de l’Aquitaine.

3.1.1. Tableau-6

Duquel de ces territoires vous sentez-vous le plus proche ?*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu
Un territoire basque 46 45 57 38 50 45 50 51 47 39 36 46 68
Un autre territoire 33 33 31 39 30 35 33 31 32 35 40 37 16
Nsp / nrp 20 22 12 23 20 20 17 18 21 26 24 17 16
(Pourcentages
100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
verticaux)

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré- Basque-
Natif Natif Prédom.
domi- Basque- Prédomi- Navar- espagnol
Arri- de de espa-
nance navar- nance rais-espa- ou bas- Autre
vant parent(s) parents gnole ou
navar- rais basque gnol que-
arrivant(s) natifs française
raise français
Un territoire basque 25 41 62 46 95 59 31 33 19 40
Un autre territoire 45 40 22 39 2 23 51 43 53 34
Nsp / nrp 30 19 16 16 3 17 18 23 28 26
(Pourcentages
100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
verticaux)

* Chaque personne enquêtée a été questionnée pour les territoires limitrophes à celui où elle réside, et par la suite on les
a classés comme territoires basques ou autres territoires.

38
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

A la question de savoir quel est le territoire Il est remarquable que le sentiment de proxi-
limitrophe avec celui de sa résidence dont on mité à l’égard des territoires du Pays Basque
se sent le plus proche, ceux qui mentionnent un est moins grand que la relation réelle.
des territoires du Pays Basque sont plus nom-
breux que ceux qui mentionnent d’autres terri- Ceux qui mentionnent plutôt les territoires
toires. 46% mentionnent un territoire du Pays du Pays Basque comme les plus proches sont
Basque et 33% d’autres territoires. plus nombreux parmi les bascophones, parmi
ceux qui sont nés ici de parents également nés
Le sentiment de proximité envers le terri- au Pays Basque, et parmi ceux qui se sentent
toire du Pays Basque est moindre chez les habi- plutôt basques ou basques - navarrais.
tants du Pays Basque nord puisqu’ils ont une
plus grande tendance à mentionner d’autres ter- Sur le tableau suivant nous présentons les
ritoires limitrophes (les Landes, le Béarn etc.), données correspondant aux choix de réponse
dont ils se sentent plus proches. offerts dans chaque territoire.

3.1.1. Tableau-7

Duquel de ces territoires vous sentez-vous le plus proche ?

CAB NAVARRE PB NORD

Navarre 38 CAB 54 PB sud 38


PB nord 7 PB nord 4 Les Landes 14
Cantabrie 12 Aragón 14 Béarn 10
Burgos 10 La Rioja 16 Reste de l’Aquitaine 15
La Rioja 11 Nsp / nrp 12 Nsp / nrp 23
Nsp / nrp 22
(Pourcentages verticaux) 100 (Pourcentages verticaux) 100 (Pourcentages verticaux) 100

Les différences entre les territoires suivent autres territoires de l’Etat espagnol. Chez les
le modèle de la question antérieure, c’est-à-dire habitants du Pays Basque nord le sentiment de
que le sentiment de proximité n’est pas identi- proximité le plus répandu va vers le Sud (38%),
que dans tous les territoires. Les habitants de mais si nous totalisons ceux qui mentionnent
la CAB et de la Navarre se sentent très proches d’autres territoires de l’Etat français comme les
entre eux. Mais le sentiment de proximité avec plus proches, ils sont plus nombreux que ces
le Pays Basque nord est plus faible qu’avec les derniers (39%).

39
Analyse de l’information: Résultats généraux

[Link].4. Les mouvements entre les territoires du Pays Basque

3.1.1. Tableau-8

Habitude de se rendre dans les autres territoires du Pays Basque*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu
Oui 65 61 76 79 68 63 62 73 71 51 59 70 75
Non 33 37 24 21 30 36 37 26 28 48 40 30 24
Nsp / nrp 1 2 0 0 2 1 2 1 1 2 1 0 2
(Pourcentages
100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
verticaux)

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Basque-
Natif Natif Pré- Prédom.
Prédomi- Basque- Navar- espagnol
Arri- de de domi- espagnole
nance navar- rais-espa- ou bas- Autre
vant parent(s) parents nance ou fran-
navarraise rais gnol que-
arrivant(s) natifs basque çaise
français
Oui 53 57 76 66 97 72 67 55 56 64
Non 45 41 23 34 3 27 33 44 43 33
Nsp / nrp 2 2 1 0 0 1 0 1 1 3
(Pourcentages
100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
verticaux)

* On a interrogé chaque personne enquêtée au sujet des territoires basques sauf celui où il réside. Par exemple en Navar-
re la question précise fut : « Vous rendez-vous dans la Communauté Autonome Basque ou au Pays Basque nord ? » ; de
même dans les autres territoires.

65% des habitants du Pays Basque disent nombreux que ceux de la CAB qui vont en Navar-
qu’ils vont dans d’autres territoires basques, re ou au Pays Basque nord.
et 33% disent le contraire. La population de
Navarre et surtout celle du Pays Basque nord La tendance à aller vers d’autres territoires
montrent une plus grande tendance à aller dans du Pays Basque est plus grande chez les basco-
les autres territoires du Pays Basque que les phones, chez ceux qui sont nés au Pays Basque
habitants de la CAB c’est-à-dire que ceux du de parents natifs et chez ceux qui se sentent
nord qui vont en Navarre et à la CAB sont plus plutôt basques ou basque-navarrais.

40
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

[Link].5. La raison principale pour aller vers d’autres territoires du Pays Basque

3.1.1. Tableau-9

A quelles occasions y allez-vous principalement?*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu
Faire un tour, passer la
journée, bars ou res- 53 58 57 10 52 54 50 51 53 60 49 49 60
taurants
Pour visiter le pays, un
21 23 11 34 20 23 19 22 23 20 22 22 20
musée, une exposition
A la montagne, à la
9 7 18 0 11 6 11 10 7 6 10 8 7
plage
Pour faire des achats 8 2 6 52 6 10 9 8 7 8 11 6 6
Pour pratiquer ou voir
3 3 2 1 4 1 4 3 2 0 2 6 2
un sport
Spectacles en basque 1 1 1 1 0 1 2 0 1 0 0 1 1
Autres spectacles
1 1 2 1 1 1 1 1 2 1 1 2 1
culturels
Nsp / nrp 5 6 4 1 6 4 5 5 5 5 6 6 3
(Pourcentages verti-
100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
caux)

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré-
Pré- Basque-
Natif Natif dom.
domi- Basque- Prédomi- Navar- espagnol
Arri- de de espa-
nance navar- nance rais-espa- ou bas- Autre
vant parent(s) parents gnole
navar- rais basque gnol que-
arrivant(s) natifs ou fran-
raise français
çaise
Faire un tour, passer la
journée, bars ou res- 47 50 56 55 60 57 60 50 33 49
taurants
Pour visiter le pays, un
25 25 18 11 6 22 13 26 26 21
musée, une exposition
A la montagne, à la
7 8 10 20 16 8 17 5 3 10
plage
Pour faire des achats 14 6 7 7 4 3 3 9 31 9
Pour pratiquer ou voir
2 4 2 2 6 2 2 3 3 4
un sport
Spectacles en basque 0 1 1 1 1 1 0 0 0 0
Autres spectacles
1 1 1 2 2 1 2 0 0 1
culturels
Nsp / nrp 4 5 5 3 5 5 4 6 4 6
(Pourcentages verti-
100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
caux)

* Question posée uniquement à ceux qui, à la question précédente, ont dit qu’ils allaient dans d’autres territoires. (65%
de la population).

41
Analyse de l’information: Résultats généraux

Il y a deux motifs principaux pour se déplacer En Navarre ils sont plus nombreux qu’ailleurs
vers d’autres territoires du Pays basque : passer ceux qui vont dans d’autres territoires pour se
la journée, aller dans les bars ou les restaurants rendre à la montagne ou à la plage, tandis qu’au
(53%) et visiter le pays, les musées ou les expo- Pays Basque nord le motif principal pour aller à la
sitions (21%). 9% se rendent surtout à la monta- CAB ou en Navarre sont les achats (52%).
gne ou à la plage et 8% vont faire des achats.

[Link].6. Cadre de l’identification personnelle

3.1.1. Tableau-10

Avec quel territoire vous identifiez-vous le plus ?*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
Moyenne (0-3) TOTAL
PB 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu
Son village ou sa ville 2,4 2,6 2,2 2,0 2,3 2,5 2,4 2,3 2,4 2,5 2,4 2,4 2,5
Son territoire : CAB,
1,6 1,5 2,0 1,4 1,5 1,6 1,5 1,7 1,5 1,6 1,6 1,6 1,5
Navarre, PB nord.
Les 7 provinces du
Pays Basque ou le 0,7 0,7 0,6 0,6 0,8 0,6 0,8 0,7 0,6 0,6 0,4 0,8 1,1
Pays Basque
Espagne / France 0,6 0,6 0,6 1,2 0,6 0,7 0,6 0,6 0,7 0,7 0,9 0,5 0,3
Europe 0,2 0,2 0,2 0,4 0,3 0,2 0,2 0,2 0,3 0,2 0,3 0,3 0,2
Le monde entier 0,2 0,2 0,2 0,3 0,3 0,2 0,2 0,3 0,2 0,2 0,2 0,3 0,2
Autre lieu 0,2 0,2 0,2 0,1 0,2 0,2 0,2 0,1 0,3 0,3 0,2 0,2 0,1

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré-
Pré- Basque-
Natif Natif dom.
Moyenne (0-3) domi- Basque- Prédomi- Navar- espagnol
Arri- de de espa-
nance navar- nance rais-espa- ou bas- Autre
vant parent(s) parents gnole
navar- rais basque gnol que-
arrivant(s) natifs ou fran-
raise français
çaise
Son village ou sa ville 2,3 2,4 2,5 2,2 2,3 2,5 2,2 2,5 2,1 2,1
Son territoire : CAB,
1,4 1,6 1,7 2,3 1,9 1,5 2,0 1,6 1,2 1,4
Navarre, PB nord.
Les 7 provinces du
Pays Basque ou le 0,3 0,7 0,9 0,4 1,4 1,2 0,1 0,3 0,2 0,4
Pays Basque
Espagne / France 1,2 0,7 0,4 0,6 0,0 0,2 1,0 1,0 1,6 0,6
Europe 0,3 0,3 0,2 0,2 0,1 0,2 0,3 0,2 0,4 0,3
Le monde entier 0,3 0,3 0,2 0,2 0,2 0,2 0,1 0,2 0,3 0,5
Autre lieu 0,4 0,1 0,2 0,1 0,1 0,2 0,3 0,1 0,3 0,6

* Les personnes enquêtées ont exprimé avec lesquels des territoires offerts comme réponses elles s’identifient en pre-
mier, second et troisième choix. Afin d’établir une moyenne 3 points ont été attribués à la première option, 2 points à la
deuxième, 1 point à la troisième et 0 point à celle qui n’a pas été choisie. Pour calculer la moyenne, seules ont été prise
en compte les données de ceux qui ont répondu.

42
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Les Basques s’identifient en premier lieu au la France est notablement plus importante que
village ou à la ville où ils résident et ensuite à l’identification au Pays Basque.
leur territoire (CAB, Navarre ou PB nord). Le troi-
sième choix est à peu près identique pour tous : L’importance de l’identification au Pays Bas-
l’identification au Pays Basque et aux Etats que est semblable dans les trois territoires. Elle
espagnol ou français. est plus grande parmi les bascophones ainsi
que parmi ceux qui sont nés au Pays Basque
L’identification la plus faible se fait à l’Eu- comme leur parents et parmi ceux qui se sen-
rope, au monde entier ou autrement. tent plutôt basques ou basques navarrais.
Les habitants de la CAB ont une plus grande
tendance que les autres à s’identifier au village L’identification avec l’Etat est spécialement
ou à la ville où ils vivent, les Navarrais à leur ter- répandue au Pays Basque nord, parmi ceux qui
ritoire et ceux du Pays Basque nord à la France. savent le basque et parmi les arrivants, ainsi
Au Pays Basque nord l’ordre dans lequel ont été que chez ceux qui se sentent navarrais-espa-
choisis les cadres d’identification est différent gnols, basques-espagnols ou basques-français,
des autres territoires puisque l’identification à et plutôt espagnols ou plutôt français.

[Link].7. Cadre géographique du sentiment d’attachement

3.1.1. Tableau-11

Avec les mêmes conditions de vie et travail, où aimeriez-vous vivre ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB 16- 30- 46- ≥ Un
CAB Navarre Homme Femme Non Oui
nord 29 45 64 65 peu
Dans mon territoire :
73 76 73 48 71 74 65 72 75 80 71 73 76
CAB, Navarre, PB nord.
N’importe où dans les 7
9 7 9 18 9 8 11 9 7 8 6 9 13
provinces du Pays Basque
N’importe où en France,
5 5 4 6 5 5 6 3 6 3 6 5 2
en Espagne
Autre lieu 9 6 10 23 10 8 13 10 7 4 11 7 6
Peu m’importe 3 3 3 2 3 3 4 4 2 2 4 3 2
Nsp / nrp 2 2 1 3 2 2 2 2 2 3 3 3 1
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré-
Pré- Basque- dom.
Natifs Natifs Bas- Pré- Navar-
domi- espa- espa-
Arri- de de ques- domi- rais-
nance gnol ou gnole Autres
vants parent(s) parents navar- nance espa-
navar- basque- ou
arrivant(s) natifs rais basque gnols
raise français fran-
çaise
Dans mon territoire :
64 72 78 80 71 78 83 76 53 53
CAB, Navarre, PB nord.
N’importe où dans les 7
4 8 11 4 21 13 3 4 5 5
provinces du Pays Basque
N’importe où en France,
11 5 1 2 2 1 5 7 18 5
en Espagne
Autre lieu 14 9 6 7 6 5 8 7 16 26
Peu m’importe 4 5 2 5 0 2 1 4 4 4
Nsp / nrp 4 2 1 1 0 2 0 2 4 6
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

43
Analyse de l’information: Résultats généraux

Le plus grand nombre des Basques (73%), rité des Basques sentent un lien étroit avec
en supposant même que dans un autre pays leur territoire.
ils aient des conditions identiques de vie et
de travail qu’actuellement, n’iraient vivre nulle Les habitants du Pays Basque nord sont plus
part ailleurs, ils resteraient dans leur territoire. nombreux qu’ailleurs à affirmer que, avec les
9% affirment qu’ils vivraient n’importe où au mêmes conditions de vie et de travail, ils aime-
Pays Basque, 5% n’importe où dans l’Etat où raient vivre n’importe où au Pays Basque (18%), ou
ils vivent et 9% n’importe où dans le monde. qu’ils iraient dans n’importe quel autre territoire, en
Par conséquent nous pouvons dire que la majo- Aquitaine, en Europe, dans le monde entier (23%).

[Link].8. Les souhaits concernant les relations entre territoires

3.1.1. Tableau-12

Souhaitez-vous que les relations entre la Communauté Autonome Basque,


la Navarre et le Pays Basque Nord soient … ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu
Plus soutenues qu’à
50 54 45 32 55 46 51 52 52 44 38 57 69
présent
Aussi soutenues qu’à
18 12 31 31 16 19 17 17 18 19 22 12 13
présent
Moins soutenues qu’à
0 0 1 1 1 0 1 0 0 0 0 1 0
présent
Pas du tout soutenues 1 1 3 2 1 1 1 2 2 2 2 1 1
Peu m’importe 23 26 16 21 21 26 24 22 23 25 28 23 14
Nsp / nrp 7 7 3 13 6 8 7 6 5 10 9 7 4
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré-
Pré- Basque-
Natif Natif dom.
domi- Basque- Prédomi- Navar- espagnol
Arri- de de espa-
nance navar- nance rais-espa- ou bas- Autre
vant parent(s) parents gnole
navar- rais basque gnol que-
arrivant(s) natifs ou fran-
raise français
çaise
Plus soutenues qu’à
32 49 60 32 90 74 15 33 23 40
présent
Aussi soutenues qu’à
20 15 17 38 8 7 49 24 25 17
présent
Moins soutenues qu’à
1 0 0 2 0 0 2 0 1 1
présent
Pas du tout soutenues 2 1 2 4 0 0 8 1 3 1
Peu m’importe 34 27 16 21 1 15 22 34 36 30
Nsp / nrp 11 7 4 4 0 5 4 8 12 11
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

44
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

La moitié des habitants du Pays Basque sont nés au Pays Basque comme leurs parents
(50%) souhaiteraient qu’il y ait des relations et ceux qui se sentent plutôt basques ou bas-
plus soutenues entre la CAB, la Navarre et le ques-navarrais.
Pays Basque nord, 18% préfèreraient que les
relations se maintiennent comme à présent. Le souhait de voir les relations interrégio-
23% disent que cela leur est égal. nales se maintenir comme à présent est plus
répandu chez ceux qui se sentent plutôt navar-
C’est dans la CAB qu’il y a un plus grand rais ou navarrais-espagnols.
désir d’augmenter les relations interterritoriales,
plus qu’en Navarre et qu’en Pays Basque nord. Ceux qui manifestent leur indifférence au
C’est aussi chez les hommes que ce désir est sujet des relations plus ou moins grandes entre
plus grand, tandis que le désintérêt pour cette les territoires constituent des groupes significa-
question est plus répandu chez les femmes que tifs parmi les immigrants, ainsi que parmi ceux
chez les hommes. Ceux qui ont montré un plus qui se sentent aussi basques qu’espagnols ou
grand désir qu’il y ait davantage de relations aussi basques que français, et plutôt espagnols
interterritoriales sont les bascophones, ceux qui ou plutôt français.

3.1.1. Tableau-13

Dans quels domaines souhaiteriez-vous des relations plus soutenues ?*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
% de oui TOTAL
PB 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu
Culture 95 96 96 78 96 94 97 93 95 94 93 95 97
Education 90 91 90 67 89 90 90 89 90 90 87 88 92
Réappropriation du
90 91 92 66 88 92 91 89 89 92 86 90 94
basque
Economie 88 89 86 75 89 87 83 90 88 92 87 88 89
Tourisme 88 89 89 61 87 88 84 85 91 91 89 86 87
Aménagement du
88 90 87 64 88 88 85 86 90 91 87 87 89
territoire
Santé 85 87 83 54 84 85 81 83 87 88 83 83 87
Autre 9 8 12 12 10 7 11 9 8 7 10 10 7

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré- Basque- Prédom.
Natif Natif
% de oui domi- Basque- Prédomi- Navar- espagnol espa-
Arri- de de
nance navar- nance rais-espa- ou bas- gnole Autre
vant parent(s) parents
navar- rais basque gnol que ou fran-
arrivant(s) natifs
raise français çaise
Culture 92 98 95 93 98 96 88 95 88 92
Education 87 88 91 85 95 92 71 87 83 84
Réappropriation du
83 90 92 84 98 93 75 86 74 84
basque
Economie 88 88 88 83 89 90 73 86 86 86
Tourisme 86 88 88 86 91 89 79 87 83 86
Aménagement du
87 88 88 83 87 91 71 85 81 85
territoire
Santé 81 85 85 76 88 88 65 80 75 78
Autre 5 12 8 5 16 10 8 5 8 7

* Question posée à ceux qui, à la question précédente, ont répondu qu’ils aimeraient qu’il y ait plus de relations entre la
CAB, la Navarre et le PB nord (50% de la population). Les proportions ne totalisent pas 100, parce qu’on demandait un avis
sur chacun des domaines.

45
Analyse de l’information: Résultats généraux

A ceux qui souhaitent davantage de rela- Les habitants de la CAB et de la Navarre ont
tions interterritoriales, plusieurs domaines ont exprimé des opinions semblables, mais chez les
été présentés où cette relation plus soutenue habitants du Pays Basque nord moins nombreux
pourrait se concrétiser. Résultat, une grande sont ceux qui désirent davantage de relations
majorité s’est montrée d’accord pour qu’il y ait avec la CAB et la Navarre dans les domaines
davantage de relations sur des questions liées signalés antérieurement (en tenant compte sim-
à la culture, à l’éducation, à la normalisation du plement de ceux qui souhaitent des relations
basque, à l’économie, au tourisme, à l’aménage- interterritoriales plus soutenues). Il est spécia-
ment du territoire et à la santé. Cependant des lement significatif le pourcentage des habitants
différences sont apparues entre les habitants du Pays Basque nord qui se montrent opposés
des divers territoires en ce qui concerne le désir à ce qu’il y ait davantage de relations dans le
d’augmenter les relations dans ces domaines. domaine de la santé.

LE TERRITOIRE : PRINCIPALES CONCLUSIONS DE L’ENQUÊTE

4L’image territoriale du Pays Basque ou nord comme le territoire limitrophe dont


Euskal Herria et l’opinion sur les relations ils se sentent le plus proches, par contre
entre les territoires qui le constituent sont au nord un groupe assez nombreux consi-
en grande corrélation avec le fait de vivre dère le sud comme le territoire le plus
dans la CAB, la Navarre ou le Pays Bas- proche. La moitié des Basques souhaite-
que nord, avec le sentiment identitaire, raient que les relations entre les territoi-
avec la connaissance du basque, avec res soient plus soutenues, et ce souhait
son origine personnelle et celle de ses est plus répandu dans la CAB, bien que
parents. Il existe principalement deux ima- l’indifférence sur les relations interterrito-
ges territoriales du Pays Basque : celle riales soit assez importante.
qui identifie le Pays Basque avec la CAB
et celle qui l’identifie avec les sept pro- 4Le sentiment de proximité à l’égard des
vinces. De plus dans la CAB la tendance autres territoires du Pays Basque est un
est très répandue de considérer que les peu plus important que la relation réelle.
territoires qui définissent le mieux le Pays
Basque sont la Biscaye et le Gipuzkoa ; et 4Les Basques s’identifient en premier lieu
au Pays Basque nord la tendance à croire à leur ville ou village et en second lieu
que la meilleure définition c’est l’intérieur avec leur propre territoire. En troisième
du pays. Il semble que l’idée de Pays Bas- lieu, les habitants de la CAB s’identifient
que est liée à certaines caractéristiques au Pays Basque, et ceux du Pays Basque
de ces zones. nord à la France, lorsque l’identification
au Pays Basque et à l’Espagne sont sem-
4Il existe une grande relation et un grand blables parmi les navarrais. Plus que dans
sentiment de proximité entre la CAB et la les autres territoires, dans la CAB prédo-
Navarre ; les liens entre le Pays Basque mine l’identification à sa propre localité,
nord et sud sont plus faibles et asymétri- en Navarre l’identification à son territoire
ques : très peu d’habitants de la CAB et et au Pays Basque nord l’identification à
de la Navarre mentionnent le Pays Basque la France.

46
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

[Link]. Les résultats de l’analyse qualitative tion du Pays Basque n’est même pas prise en
considération.
[Link].1. La représentation territoriale du Pays
Basque De plus parmi ceux qui s’identifient avec
l’idée de Pays Basque, les commentaires sont
L’idée de l’existence du Pays Basque est davantage liés au sentiment qu’à la politique,
reconnue dans les trois territoires analysés, c’est-à-dire que le Pays Basque est le lieu de
même si, à vrai dire, des éléments concrets font tous les Basques, ou l’espace dans lequel la
défaut pour fixer clairement les limites physi- langue basque devient un point de référence.
ques de la carte du Pays Basque. Cette mise à l’écart du plan politique est beau-
coup plus évidente en Navarre et au Pays Bas-
De la même manière la recherche a pu que nord où la possibilité de compter sur un
démontrer que dans la CAB, la Navarre et le espace administratif est vue comme quelque
Pays Basque nord il existe différentes opinions chose d’utopique, surtout que les deux territoi-
au sujet des territoires qui composent le Pays res sont encore immergés dans la lutte pour la
Basque. Ainsi il semble qu’au Pays Basque nord reconnaissance de leurs droits linguistiques.
la carte représentant les sept provinces soit la
plus nette dans l’imaginaire collectif, aussi bien
chez les basquisants que chez les non basqui- [Link].2. Connaissance des territoires et rela-
sants. Cependant, au sud, les non-bascophones tions interterritoriales
tendent à associer le concept de Pays Basque
exclusivement avec les provinces du sud, et Le niveau de connaissance qui existe au
ils arrivent même à restreindre davantage le Pays Basque nord au sujet du sud est beaucoup
concept en le faisant coïncider avec les provin- plus grand que celui qui existe au sud par rap-
ces de la CAB, oubliant souvent les provinces port au nord, bien que cette connaissance soit
du nord. En outre, au sud, surtout en Navarre, souvent médiatisée par des clichés comme celui
l’image territoriale du Pays Basque est très liée qui consiste à affirmer qu’au sud tous parlent la
à l’idéologie, ce qui n’est pas le cas au nord. langue basque. Le caractère référentiel que pos-
sède le sud par rapport au nord attire l’attention
Les bascophones et les basquisants mon- surtout chez les jeunes. D’autre part au sud
trent en général une plus grande identification on admet une méconnaissance de la réalité du
au concept de Pays Basque, tandis que les non- Pays Basque nord et le caractère limité des rela-
bascophones et les non basquisants s’en éloi- tions avec les voisins du nord. Pour certains les
gnent davantage et ont plus de difficultés pour relations entre nord et sud n’ont pas lieu entre
attribuer un contenu à ce concept. Basques mais entre Français et Espagnols.

Des difficultés apparaissent souvent pour Déjà à l’intérieur de la Navarre nous trou-
matérialiser par des éléments concrets l’idée de vons les méfiances que provoque, dans ce ter-
Pays Basque. Il semble que le Pays Basque est ritoire, l’identification du noyau dur du Pays
plus une idée qu’une réalité concrète. Quand il Basque à la Biscaye et au Guipuzcoa. En tout
s’agit d’expliquer ce qu’est le Pays Basque, la cas la Biscaye est ressentie comme une provin-
langue basque est un élément important, sur- ce éloignée, tandis que le Guipuzcoa est perçu
tout en Navarre et au Pays Basque nord. Dans comme une province proche, tant géographi-
la CAB on mentionne aussi d’autres éléments quement qu’affectivement. C’est un peu ce qui
de la vie quotidienne : le groupe d’amis, les cou- arrive aussi bien au Pays Basque nord que dans
tumes comme la tournée des bars et le travail une partie de la Navarre : nombreux sont les
de voisinage … Navarrais qui passent les vacances d’été sur
la côte Guipuzcoane et qui visitent ce territoire
Le concept de Pays Basque est vu plus historique et qui y établissent des relations de
comme un symbole que comme un projet à toutes sortes.
réaliser sous l’autorité d’une même structure
administrative. L’idée de l’institutionnalisation La Biscaye est perçue depuis la Navarre
politique du Pays Basque suscite souvent des comme le noyau central de l’identité basque,
réactions négatives en Navarre, puisqu’on la lie mais cette centralité biscayenne se comprend
à la perte de la particularité de la Navarre et à comme un éloignement et avec une certaine
l’imposition du nationalisme basque. Au Pays connotation de négativité. La Biscaye est le
Basque nord la possibilité de l’institutionnalisa- centre de l’identité basque et du nationa-

47
Analyse de l’information: Résultats généraux

lisme qui a prétendu réaliser l’uniformisation • le développement d’une offre touristique


et qui, assurent certaines voix, a essayé d’in- et culturelle commune ;
tervenir en Navarre sans en respecter la sin-
gularité. C’est vu comme un territoire distant • des projets économiques privés à réaliser
(dans certains cas plus proche que le Pays ensemble ;
Basque nord), et la personnalité du Biscayen
est souvent vue sous une série de stéréoty- • des instruments juridiques pour faciliter
pes négatifs : fanfaronnade, toute-puissance, l’association d’entités situées sur des ter-
désinvolture … ritoires appartenant aux deux Etats ;

Malgré qu’il puisse exister une certaine • le développement de la conscience socia-


distanciation entre les territoires, il est vrai le et de l’engagement politique ;
aussi que, d’une certaine manière, la majorité
des habitants du Pays Basque sentent entre • le développement du travail des médias.
eux une plus grande proximité et affirment
l’existence de relations plus étroites que celles Dans ces groupes, on insiste également sur
qui pourraient exister avec les résidents des l’importance que possède la diffusion d’informa-
autres provinces à la marge du Pays Basque. tions et la communication entre les différents
Ainsi par exemple au Pays Basque nord et en territoires, de manière à générer une image plus
Navarre, les personnes sont nombreuses qui nette du Pays Basque, puisque, affirme-t-on,
se sentent comme chez soi quand elles se aujourd’hui l’idée de Pays Basque paraît diluée
promènent à travers les différentes municipa- et gravement dénuée de structure politique et
lités et zones de la Biscaye ou du Guipuzcoa. administrative.
Les éléments qui, outre la langue, font que
les habitants du Pays Basque se sentent plus Au Pays Basque nord on attire l’attention
proches entre eux devraient être le motif d’une sur la fonction des médias comme moyens de
investigation et d’un approfondissement dans connaissance mutuelle et de relation réciproque
des recherches ultérieures. avec le sud. L’intensification des flux d’informa-
tions entre les territoires et les provinces appa-
raît également comme un autre défi significatif
[Link].3. L’avenir des relations entre territoires pour l’avenir.

La valeur accordée à la langue basque ne


paraît pas être un élément suffisant pour rom- 3.1.2. L’identité
pre la barrière entre le nord et le sud. Ainsi les
discussions de groupes en sont venues à souli- [Link]. Les résultats de l’enquête
gner les différences de style de vie, des horaires
de repas et de travail, etc. Il faudrait pourtant [Link].1. Le sentiment identitaire : basque-espa-
rechercher en quoi d’autres éléments peuvent gnol, basque-français, navarrais
contribuer à donner un sens commun à l’idée et
à l’image du Pays Basque. Comment les Basques se définissent-
ils principalement quant à leur identité ? Ce
De fait, les groupes qui se montrent favora- questionnement a été réalisé d’une manière
bles à dépasser cette barrière font remarquer la identique dans la CAB et au Pays Basque
nécessité de développer des projets communs nord et d’une manière différente en Navarre,
comme par exemple : pour pouvoir y inclure le sentiment d’identité
navarraise10. Tout de suite nous présentons
• la création et l’amélioration des infrastruc- les principales données de la CAB et du Pays
tures de transport, de communication et Basque nord :
de relation ;

• le développement de la langue basque ;


10. Cette information a été recueillie en Navarre en
• le développement d’événements qui ren- utilisant trois questions. Ainsi donc les données que nous
dent possible la relation transfronta- montrons découlent de la combinaison des réponses obte-
lière ; nues par ces trois questions.

48
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

3.1.2. Tableau-1

Quant au sentiment d’être basque et français/espagnol, vous-mêmes vous sentez-vous … ?

CAB PB NORD

Basque 40 Basque 11

Plus basque qu’espagnol 15 Plus basque que français 5

Aussi basque qu’espagnol 28 Aussi basque que français 24

Plus espagnol que basque 3 Plus français que basque 16

Espagnol 6 Français 36

Autre 5 Autre 7

Nsp / nrp 4 Nsp / nrp 1

(Pourcentages verticaux) 100 (Pourcentages verticaux) 100

DOUBLE IDENTITÉ* 46 DOUBLE IDENTITÉ* 45

* Plus basque qu’espagnol + aussi basque qu’espagnol + plus espagnol que basque ou plus basque que français + aussi
basque que français + plus français que basque.

40% des habitants de la CAB se considè- Si nous totalisons toutes les identités dou-
rent comme uniquement basques et 15% plus bles, c’est-à-dire ceux qui à divers degrés se
basques qu’espagnols. 28% se sentent aussi sentent basques-espagnols ou basques - fran-
basques qu’espagnols. 6% se considèrent espa- çais, ils sont 46% dans la CAB et 45% au Pays
gnols et 3% plus espagnols que basques. Basque nord. Cela constitue donc deux groupes
de taille similaire. La grande différence se situe
Au Pays Basque nord le groupe le plus dans les identités uniques, puisque dans la CAB
nombreux est constitué de ceux qui se sen- 40% se sentent uniquement basques alors qu’au
tent uniquement français (36%), 16% se sen- Pays Basque nord 36% se sentent uniquement
tent plus français que basques et 24% aussi français.
basques que français. 11% disent se sentir
uniquement basques et 5% plus basques que Pour pouvoir analyser les données de l’en-
français. semble du Pays Basque en incluant la Navarre
on a créé une nouvelle variable11.

11. Dans la CAB et au Pays Basque nord on a opéré les


regroupements suivants : ceux qui se sentent basques, plus
basques qu’espagnols ou plus basques que français ont
été considérés comme plutôt basques ; ceux qui se sentent
espagnols/français ou plus espagnols/français que bas-
ques ont été considérés comme plutôt espagnols/français ;
de plus on a éliminé ceux qui n’ont pas répondu à cette
question pour simplifier l’analyse.

49
Analyse de l’information: Résultats généraux

3.1.2. Tableau-2

Sentiment identitaire prédominant

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu
Prédominance basque 44 57 10 17 44 43 51 46 40 38 23 55 75
Basque-espagnol ou
23 29 0 24 22 23 21 22 23 25 25 27 16
basque-français
Prédom. espagnole ou
12 9 5 53 12 13 7 10 15 18 20 5 3
française
Prédominance navarraise 7 - 38 - 8 7 8 8 7 7 13 3 1
Navarrais-espagnol 4 - 19 - 4 4 3 3 4 6 7 0 0
Basque-navarrais 3 - 15 - 3 3 3 3 3 1 2 5 3
Autres 7 5 13 7 7 6 7 8 7 5 9 6 3
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE
Natif de parent(s) Natif de parents
Arrivant
arrivant(s) natifs
Prédominance basque 12 49 58
Basque-espagnol ou basque-français 30 31 15
Prédom. espagnole ou française 33 7 4
Prédominance navarraise 6 6 9
Navarrais-espagnol 4 2 5
Basque-navarrais 1 2 5
Autres 15 4 4
(Pourcentages verticaux) 100 100 100

Le groupe le plus nombreux est constitué de raise12. De fait en Navarre le groupe le plus
ceux qui se sentent plutôt basques (44%) et nombreux (38%) est constitué de ceux qui se
en second lieu de ceux qui se sentent aussi sentent plutôt navarrais mais il existe aussi
basques qu’espagnols ou aussi basques trois autres groupes significatifs : ceux qui se
que français (23%). 12% se sentent plutôt considèrent comme navarrais et espagnols
espagnols ou plutôt français. Cependant le (19%), ceux qui se considèrent comme bas-
positionnement par rapport à l’identité varie ques et navarrais (15%) et ceux qui se sen-
beaucoup selon les territoires. tent plutôt basques (10%).

Dans la CAB c’est la tendance décrite pré-


cédemment qui prédomine puisque plus de la
moitié des gens (57%) disent se sentir plutôt 12. Puisqu’en Navarre nous trouvons quelques facteurs
basques. liés à l’identité qui ne se rencontrent ni dans la CAB ni
au PBN, dans ce territoire quelques questions différentes
ont été posées dans le but de mesurer aussi le sentiment
En Navarre, en plus des identités bas- identitaire navarrais en plus des sentiments basque et
que et espagnole, apparaît l’identité navar- espagnol.

50
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Au Pays Basque nord plus de la moitié des Ainsi le sentiment d’être basque est plus
habitants (53%) se considèrent comme plutôt répandu chez les bascophones et parmi ceux
français, presque un quart (24%) aussi basques qui sont nés au Pays Basque comme leurs
que français et 17% plutôt basques. parents ; le sentiment d’être espagnol ou fran-
çais est plus courant chez ceux qui ne savent
Il y a aussi des différences selon l’âge : à pas le basque et chez les immigrants.
mesure qu’on avance en âge, ceux qui se sen-
tent plutôt basques sont de moins en moins Cependant il faut préciser que l’influence de
nombreux (en tout cas ils constituent le grou- l’âge et de l’origine est moindre parmi les habi-
pe le plus important dans toutes les classes tants de Navarre et du Pays Basque nord que
d’âge), et plus nombreux sont ceux qui se sen- parmi les habitants de la CAB. En Navarre et au
tent aussi basques qu’espagnols ou aussi bas- Pays Basque nord le sentiment identitaire est
ques que français et surtout ceux qui se sentent davantage lié à la connaissance ou non de la lan-
plutôt espagnols ou plutôt français. gue basque qu’aux facteurs d’âge et d’origine13.

[Link].2. L’évolution du sentiment d’identité

3.1.2. Tableau-3

En comparant avec ce que vous étiez il y a dix ans, comment vous sentez-vous ?*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB 16- 30- 46- ≥ Un
CAB Navarre Homme Femme Non Oui
nord 29 45 64 65 peu
Plus français ou espagnol
3 3 1 6 3 3 4 3 3 1 4 2 1
qu’il y a 10 ans
Pareil 78 79 70 76 78 79 73 76 82 82 76 77 82
Plus basque qu’il y a 10 ans 12 11 18 15 12 12 12 13 11 12 12 13 11
Nsp / nrp 7 7 11 3 7 7 11 8 4 4 8 8 5
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré- Basque- Prédom.
Natif Natif Pré- Navar-
domi- Basque- espa- espa-
Arri- de de domi- rais-
nance navar- gnol ou gnole Autre
vant parent(s) parents nance espa-
navar- rais basque ou fran-
arrivant(s) natifs basque gnol
raise français çaise
Plus français ou espagnol
4 4 2 9 0 2 0 4 7 2
qu’il y a 10 ans
Pareil 76 76 80 46 65 78 38 84 81 69
Plus basque qu’il y a 10 ans 12 11 13 18 23 15 0 9 8 8
Nsp / nrp 7 9 5 26 12 5 62 3 4 21
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
* La question a été posée à tous dans la CAB et au PBN. En Navarre seulement à ceux qui disent se sentir basque à un degré
quelconque.

La majorité des habitants du Pays Basque disent se sentir plus basques maintenant (12%)
(78%) disent qu’ils ne se sentent ni plus bas- que ceux qui disent se sentir plus espagnols ou
ques, ni plus espagnols ou plus français qu’il français (3%).
y a dix ans. Ils sont plus nombreux ceux qui

13. Pour approfondir ces données, reportez-vous au CD,


Résultats de l’enquête par territoire p. 8, 9, 37 et 67.

51
Analyse de l’information: Résultats généraux

3.1.2. Tableau-4

Selon vous, comment vous sentirez-vous dans dix ans ?*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB 16- 30- 46- ≥ Un
CAB Navarre Homme Femme Non Oui
nord 29 45 64 65 peu
Plus français ou espa-
1 0 1 3 0 1 1 1 1 0 1 0 0
gnol qu’à présent
Pareil 78 80 72 71 78 78 78 77 78 79 76 78 82
Plus basque qu’à présent 8 7 11 9 9 6 9 8 8 6 7 9 7
Nsp / nrp 13 13 15 16 12 14 13 15 12 14 15 13 11
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré- Basque- Prédom.
Natif Natif Pré- Navar-
domi- Basque- espa- espa-
Arri- de de domi- rais-
nance navar- gnol ou gnole Autre
vant parent(s) parents nance espa-
navar- rais basque- ou fran-
arrivant(s) natifs basque gnol
raise français çaise
Plus français ou espa-
2 0 0 3 1 0 23 1 3 1
gnol qu’à présent
Pareil 75 79 79 55 68 78 38 83 81 70
Plus basque qu’à présent 6 6 9 11 15 11 0 4 3 3
Nsp / nrp 17 14 11 31 16 10 38 12 13 25
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

* La question a été posée à tous dans la CAB et au PBN. En Navarre seulement à ceux qui disent se sentir basque à un
degré quelconque.

En ce qui concerne l’avenir, la majorité des français qu’auparavant (6%), ainsi que ceux qui
gens disent qu’ils auront le même sentiment iden- pensent qu’ils se sentiront plus français dans
titaire (78%), mais 8% pensent qu’ils se sentiront l’avenir (3%).
plus basques qu’à présent, et seulement 1% qu’ils
se sentiront plus espagnols ou plus français. Bien qu’elle soit minoritaire dans tous les
groupes de Navarre et du Pays Basque nord,
Le sentiment identitaire paraît être un peu cette évolution vers l’identité basque des dix
plus stable dans la CAB que dans les autres dernières années peut se vérifier surtout chez
territoires ; dans ce territoire, ils sont moins nom- les jeunes et chez ceux qui savent le basque, et
breux qu’ailleurs ceux qui prévoient ou qui atten- la prévision que dans dix ans ils seront davan-
dent un changement. En Navarre, ils sont un peu tage basques se vérifie surtout chez ceux qui
plus nombreux que dans les autres territoires savent un peu de basque14.
(18%) ceux qui se sentent plus basques qu’il y a
dix ans et aussi ceux qui pensent que dans dix
ans ils se sentiront plus basques (11%). 14. De même il faut souligner qu’au Pays Basque nord,
il semble que, plutôt que la capacité à parler la langue bas-
Au Pays Basque nord 15% se sentent plus que, c’est le sentiment identitaire basque qui est en train
basques qu’il y a dix ans, mais ils sont un peu de se développer. Pour approfondir les différences concer-
nant la tendance vers une identité basque plus soutenue
plus nombreux dans les autres territoires (bien dans les divers territoires, reportez-vous au CD, Résultats de
que très minoritaires) ceux qui se sentent plus l’enquête par territoire p. 9, 10, 37, 38 et 68.

52
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

[Link].3. Les composantes de l’identité basque sente basque, on a voulu rechercher sur quel
type d’éléments est fondée l’identité basque
En demandant quelles sont les conditions d’après les habitants du Pays Basque.
les plus importantes pour que quelqu’un se

3.1.2. Tableau-5

Selon vous, quelles sont les deux conditions les plus importantes pour qu’une personne se sente basque ?*

CONNAIS-
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE SANCE
TOTAL DU BASQUE
PB 16- 30- 46- ≥ Un
CAB Navarre Homme Femme Non Oui
nord 29 45 64 65 peu
Vouloir être basque 42 46 41 14 42 42 44 47 41 35 35 46 51
Vie et travail au Pays Basque 41 46 31 24 41 41 35 42 45 41 43 45 35
Etre né au Pays Basque 39 36 42 53 38 39 47 36 35 39 44 37 30
Parler basque 17 16 10 40 17 17 22 14 17 17 11 8 34
Etre défenseur du Pays Basque 16 17 13 13 16 15 15 15 16 17 14 16 18
Avoir des ancêtres basques 9 5 16 31 9 9 11 8 9 10 12 7 5
Avoir un nom basque 4 3 7 6 4 4 4 3 4 6 5 4 2
Pratiquer des arts basques
1 1 1 2 1 1 1 1 1 1 1 1 0
(danse, musique …)
Pratiquer ou suivre un sport
1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 0
ou un jeu basque
Autre condition 3 3 5 3 4 2 4 3 3 2 2 6 3
Nsp / nrp 4 4 8 3 4 5 2 5 4 7 6 3 1

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Natif Prédomi- Bas- Pré- Navar- Basque- Prédom.
Natif
Arri- de nance que- domi- rais- espagnol ou espagnole
de parent(s) Autre
vant parents navar- navar- nance espa- basque- ou fran-
arrivant(s)
natifs raise rais basque gnol français çaise
Vouloir être basque 33 40 48 33 58 51 39 38 24 40
Vie et travail au Pays Basque 49 43 35 26 32 37 32 58 39 37
Etre né au Pays Basque 32 46 38 50 25 34 48 43 45 36
Parler basque 15 12 22 8 17 23 8 10 22 14
Etre défenseur du Pays Basque 12 16 17 13 19 21 4 11 10 13
Avoir des ancêtres basques 11 9 8 17 11 5 17 8 18 12
Avoir un nom basque 4 4 5 11 3 3 4 3 5 7
Pratiquer des arts basques
1 1 1 1 2 1 2 1 1 1
(danse, musique …)
Pratiquer ou suivre un sport ou
un jeu basque Pratiquer ou sui- 1 1 1 1 0 1 1 1 1 2
vre un sport ou un jeu basque
Autre condition 2 3 4 3 12 4 1 2 1 3
Nsp / nrp 8 3 3 9 1 1 12 3 6 8

* Les proportions ne totalisent pas 100 parce qu’on pouvait choisir deux conditions.

53
Analyse de l’information: Résultats généraux

Selon les habitants la condition la plus Eux aussi considèrent comme important le
importante pour qu’une personne puisse se désir d’être basque mais dans une moindre
considérer comme basque c’est qu’elle veuille mesure que les autres.
l’être (42% la mentionnent parmi les deux condi-
tions les plus importantes), ensuite qu’elle vive Par contre, ceux qui ont un sentiment identi-
et qu’elle travaille au Pays Basque (41%) et taire basque plus accentué accordent une plus
qu’elle soit née au Pays Basque (39%). Les grande importance à la volonté d’être basque, de
autres conditions ont été mentionnées par défendre le Pays Basque et de parler en basque.
moins de personnes, comme par exemple parler
basque (17%), être un défenseur du Pays Bas- Ceux qui croient que vivre et travailler au
que (16%), avoir des ancêtres basques (9%) ou Pays Basque est une condition importante pour
avoir un nom basque (4%). qu’une personne se sente basque sont nom-
breux dans tous les groupes, mais apparaissent
Il existe des différences notables entre spécialement chez ceux qui se sentent aussi
les territoires par rapport aux opinions sur les basques qu’espagnols ou basques-français.
conditions pour qu’une personne se sente bas-
que. La CAB donne une plus grande importance Cependant il existe des différences en ce
que les autres territoires au désir d’être basque qui concerne ces tendances générales15.
et au fait de vivre et de travailler en Pays Bas-
que. En Navarre on mentionne un peu moins Les immigrants, parmi les conditions pour
ces conditions et au contraire on donne plus qu’une personne se considère basque, donnent
d’importance au fait d’être né en Pays Basque. une importance spéciale au fait de vivre et de
Au Pays Basque nord c’est cette dernière condi- travailler au Pays Basque, alors qu’au contraire
tion qui est le plus souvent mentionnée comme ceux qui sont nés au Pays Basque de parents
importante pour que quelqu’un se considère natifs du pays donnent plus d’importance que
basque, conjointement avec l’aptitude à parler les autres groupes au désir d’être basque et
basque et le fait d’avoir des ancêtres basques. au fait de parler basque. Il est remarquable que
Il faut souligner qu’au nord la condition de vou- ceux qui sont nés au Pays Basque de parents
loir être basque est moins souvent mentionnée immigrants mentionnent plus souvent comme
que dans les autres territoires. condition pour qu’une personne se sente bas-
que le fait d’être née au Pays Basque.
Il est remarquable aussi que ceux qui ne se
considèrent pas basques, c’est-à-dire ceux qui Comme on pouvait s’y attendre, pour
se sentent plutôt espagnols, plutôt français, les bascophones l’une des conditions plus
plutôt navarrais ou navarrais-espagnols relient, importantes pour que quelqu’un se considère
en plus grand nombre qu’ailleurs, l’identité basque c’est qu’il parle basque, tandis que
basque avec l’origine (être né au Pays Basque) pour le reste des gens c’est une condition de
et avec le fait d’avoir des ancêtres basques. second niveau.

15. Pour approfondir ces données, reportez-vous au CD,


Résultats de l’enquête par territoire p. 10, 11, 39 et 69.

54
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

L’IDENTITE : CONCLUSIONS PRINCIPALES DE L’ENQUÊTE

4Sur le thème de l’identité il y a des diffé- l’identité basque spécialement avec le


rences notables entre les territoires : lieu de naissance au Pays Basque, avec
le fait de parler basque et avec l’origine
• Dans la CAB, ceux qui se sentent plu- basque des ancêtres.
tôt basques sont majoritaires, et cette
identité semble être assez stable. L’im- 4Ceux qui ont un sentiment basque plus
mense majorité de la population pense accentué tendent plus que les autres à
que ce sentiment n’a pas changé ces mentionner le désir d’être basque comme
dix dernières années et prévoit qu’el- condition pour qu’une personne se consi-
le ne changera pas les dix prochaines dère basque. Et ceux qui se sentent plutôt
années. Les habitants de la CAB fonde espagnols ou plutôt français mentionnent
l’identité basque surtout sur la volonté plus que les autres les conditions reliées
d’être basque et sur le fait de vivre et au lieu de naissance ou à l’origine des
de travailler en Pays Basque. ancêtres. Cependant ces tendances géné-
rales varient notablement d’un territoire
• En Navarre, les identités basque et espa- à l’autre. Nous pouvons dire que les opi-
gnole se conjuguent avec une autre iden- nions sur les composantes de l’identité
tité forte : l’identité navarraise. Ainsi le basque paraissent dépendre plus du terri-
groupe le plus nombreux comprend ceux toire auxquels on appartient que d’autres
qui se sentent plutôt navarrais, suivi du facteurs comme le sentiment identitaire.
groupe de ceux qui se sentent aussi
navarrais qu’espagnols et celui de ceux 4Il semble qu’en Navarre et surtout au
qui se considèrent navarrais et basques. Pays Basque nord la condition d’être bas-
Le sentiment d’appartenance basque que est prise comme quelque chose de
paraît être en augmentation ces dernières personnel, quelque chose qu’on possède
années. Les Navarrais relient l’identité de naissance, tandis que dans la CAB,
basque surtout avec le fait d’être nés au au contraire, la condition d’être basque
Pays Basque, et de vouloir être basques. est fondée davantage sur des facteurs
acquis. L’exception serait la condition de
• Au Pays Basque nord, la majorité de la parler basque et qui, bien qu’elle soit une
population se considère comme plutôt condition que quelqu’un peut acquérir,
française, bien que là aussi le sentiment possède une importance plus grande au
basque semble être en légère croissan- Pays Basque nord et en Navarre, comme
ce. Les habitants du nord associent condition pour se sentir basque16.

[Link]. Résultats de l’analyse qualitative pas remis en question, laissant à la marge de


cette identité centrale d’autres identifications
[Link].1. La carte des sentiments identitaires de caractère plus régional : celles des person-
nes qui ont émigré des autres zones de l’Etat et
Concernant la question identitaire, une pre- qui gardent une forte identification avec leur lieu
mière réflexion nous oblige à faire référence d’origine, Andalousie, Castille, Galicie…
aux divers niveaux de conflit pour résoudre la
coexistence entre les identités dans les diffé- En Navarre nous trouvons une identité majo-
rents territoires. Ainsi on peut constater com- ritaire définie par la particularité navarraise
ment, dans chacun des trois territoires, il existe
la reconnaissance d’une identité partagée par
la majorité de la population, mais cette identité 16. Cependant, comme nous le verrons dans le pro-
n’est pas la même dans tous les territoires. chain chapitre, parler basque est au Pays Basque nord, plus
que nulle part ailleurs, une caractéristique originelle, qui se
reçoit en famille, puisque pratiquement la totalité des basco-
Dans la Communauté Autonome Basque, phones de ce territoire l’ont reçu à la maison ; les nouveaux
par exemple, le fait de se sentir basque n’est bascophones sont très peu nombreux sur ce territoire.

55
Analyse de l’information: Résultats généraux

toutes les personnes se sentent navarraises. toire qu’elles partagent avec d’autres zones du
Alors que dans le Pays Basque nord peu de per- Pays Basque. Parce que, bien que leurs parents
sonnes renoncent à l’identité française, vivant soient nés ailleurs, ces personnes sont nées et
avec l’identité basque et l’identité française de ont été socialisées ici et se sentent basques.
manière très normale. De fait il se peut que le Ou bien parce qu’elles ont appris la langue bas-
Pays Basque nord soit le territoire qui assume que et se sont intégrées dans un environnement
de manière la plus naturelle l’appartenance bascophone.
simultanée à deux identités, tandis que dans
les autres territoires un pourcentage plus grand
de personnes sentent la nécessité d’opposer [Link].2. Les composantes de l’identité basque
une identité à l’autre : plus basques qu’espa-
gnols, navarrais avant tout … Une caractéristique qui a pu se trouver de
manière transversale dans les groupes de dis-
En Navarre et en Pays Basque nord, il y a cussion des différents territoires est la perte
des groupes qui parlent au sujet de l’identité de l’importance des éléments identitaires plus
comme de l’extérieur, sans se sentir partie pre- essentialistes : l’aspect physique, le sang, les
nante, ce qui n’existe pratiquement pas dans la noms … Ces caractéristiques continuent à exis-
CAB. Dans ces deux territoires il est commode, ter, mais leur importance perd de l’importance.
normal, de vivre en dehors de l’identité basque. Cette manière de voir se confirme surtout dans
Dans la CAB ils sont très peu nombreux ceux la perspective et le discours des plus jeunes qui
qui ne se sentent pas basques au moins dans donnent une place à une identité basque plus
une certaine mesure. En Navarre, de fait, ne hétérodoxe et plus souple.
pas être ou ne pas se sentir basques arrive à
être pour certains groupes un de leurs éléments Il n’y a pas de consensus sur la place qu’oc-
de différenciation des plus importants, comme cupe ou que doit occuper la langue dans l’iden-
si c’était une photocopie négative de l’autre. tité basque. La langue basque apparaît, de
Leur identité paraît être davantage marquée par manière assez générale, comme un élément
le fait de n’être pas basque plutôt que par les fondamental de l’identité basque, mais il existe
spécificités navarraises. aussi de nouvelles tendances. De fait, ce lien
entre la langue et l’identité basque est plus
La géographie identitaire se complète sou- clair chez les bascophones et chez les person-
vent avec l’émergence d’autres identités de nes plus âgées, ainsi que dans les endroits
caractère plus local, le phénomène qui se mani- où la situation du basque est plus faible et où
feste avec une force particulière en Navarre, où les bascophones et les basquisants doivent
la récente institutionnalisation de l’idée d’iden- s’accrocher à des valeurs plus traditionnelles
tité navarraise semble donner l’occasion à pour survivre et pour faire face à la crainte que
d’autres types d’identités locales (de la Ribera, la culture basque ne disparaisse. C’est logique
roncalais …) de recouvrer un plus grand prota- que les personnes qui ont peur pour l’avenir de
gonisme. C’est précisément en Navarre qu’il est la culture et de l’identité basques s’accrochent
possible de trouver une plus grande flexibilité à des valeurs plus solides et, en plus, autour
quand il s’agit de définir l’identité de chaque desquelles il est habituellement plus simple
personne. La perte de la langue et des tradi- d’obtenir un certain consensus.
tions basques dans de nombreuses zones du
territoire, comme c’est le cas dans les Pyrénées La tendance à considérer la langue basque
navarraises, fait que l’attribution définitive de comme élément indispensable à l’identité bas-
l’une ou l’autre identité est une décision per- que et au sentiment basque est faible chez les
sonnelle où la volonté propre prend, dans beau- jeunes générations, surtout dans le cas des
coup de cas, plus d’importance que les autres non-bascophones vivant dans la Communauté
facteurs comme la famille ou l’entourage. Autonome Basque, qui, à la différence de leurs
parents souvent venus des autres régions de
Ainsi il est possible de rencontrer des l’Etat espagnol, déclarent de manière catégori-
familles où les anciens parlaient en basque que se sentir basques et participer à la culture
mais où les enfants ne se reconnaissent pas basque même sans connaître la langue bas-
comme basques, mais aussi d’autres per- que. Les parents de ces jeunes établissent un
sonnes qui décident de se rapprocher de la lien direct entre la culture et la langue et c’est
culture basque par pure affinité personnelle, pour cela qu’il leur est plus difficile de se sen-
parce qu’elles pensent faire partie d’une his- tir impliqués dans la culture basque. Pour eux,

56
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

être basque et savoir le basque c’est la même la connotion négative qu’on lui attribue dans
chose, et comme ils ne connaissent pas la la CAB. En Pays Basque nord, au contraire,
langue, ils ont tendance à parler de la culture cette attitude s’interprête comme une méthode
et de l’identité basque comme de l’extérieur. adéquate pour résister à l’uniformisation cultu-
Ce sont les nouvelles générations qui semblent relle. Tant il est vrai que dans ce territoire se
avoir introduit des changements notables dans présente un phénomène qu’on ne trouve pas au
ce genre de perception et de discours. Ce n’est sud, à savoir que la culture basque représente
plus indispensable de savoir le basque pour se dans l’Etat français l’un des rares exemples
considérer soi-même comme basque : la volonté de résistance au processus d’institutionnali-
personnelle, être né et travailler au Pays Bas- sation française, qui a pratiquement rasé la
que, ou, à un autre niveau, l’utilisation de cer- majorité des cultures locales, laissant comme
tains symboles, l’identification à telle musique résultat un énorme vide culturel. Au Pays Bas-
ou telle esthétique … sont les composantes de que nord la culture basque devient un exemple
leur identité basque. de résistance et possède un important pouvoir
de séduction pour les autres habitants de l’Etat
Dans le même sens, il serait plus correct de français. Ce phénomène ne se produit pas dans
parler d’identités basques plurielles que d’une l’Etat espagnol où semblent avoir résisté avec
identité basque unique, puisqu’il est évident beaucoup de force d’autres types d’identités
que se sentir basque ne signifie pas la même locales ou nationales comme l’identité catalane,
chose pour tous ceux qui ont ce sentiment, galicienne, andalouse…
et puisque cette identité n’a pas les mêmes
composantes ni les mêmes implications pour D’autre part, si nous faisons attention au
les bascophones et pour les non-bascophones, monde bascophone, il est possible de perce-
pour les vieux et pour les jeunes, pour ceux voir dans tous les territoires un sentiment de
qui vivent à Tudela, à Guernica, à Baïgorry ou à tristesse pour le manque généralisé de sensibi-
Vitoria-Gasteiz, pour ceux qui sont nés au Pays lité envers la langue et la culture basques. Une
Basque et pour les immigrants. fois de plus le Pays Basque nord semble faire
exception, où les non bascophones se montrent
Ainsi certaines critiques apparaissent, sur- plus réceptifs à l’égard de la langue basque. Ce
tout dans la CAB, contre l’étroitesse d’esprit malaise est visiblement aggravé dans les zones
du groupe bascophone qui, affirment certaines où la langue basque connaît une situation plus
voix, montrent beaucoup de difficulté et de difficile : l’exemple évident serait la Navarre.
réticence quand il s’agit d’intégrer d’autres Le sentiment d’appartenance à une commu-
groupes. On critique le manque de volonté nauté minorisée rend nécessaire de constituer
de rapprochement vers les non-bascophones : des petits groupes de gens pour que la langue
avec le désir de renforcer l’identité et la culture basque puisse y trouver aide et soutien. Ce
basques, on a oublié d’essayer d’attirer, de sentiment de communauté minorisée est très
séduire cette partie de la population qui se présent en Navarre, où le fait de paraître, de se
sent en dehors de cet univers, et on réclame reconnaître comme basque constitue un handi-
un effort dans ce sens. Concrètement, certains cap dans de nombreuses circonstances de la
groupes perçoivent une tendance à considérer vie : c’est préjudiciable au moment de trouver
comme basques de second niveau, ou même du travail ; le monde basque est immédiatement
comme extérieures à l’identité basque certai- associé à un comportement revendicatif proche
nes personnes telles que celles qui sont nées du radicalisme.
à l’extérieur, celles qui n’ont pas un nom bas-
que, celles qui ne savent pas le basque ou qui Le Pays Basque nord semble réaliser un
parlent le basque unifié… On accuse les basco- changement, encore que très lentement. Après
phones d’utiliser une définition trop étroite de de nombreuses années où on pouvait parfaite-
l’identité basque qui laisse en dehors de nom- ment vivre en marge de la culture et de l’identi-
breuses gens qui se sentent basques. té basques, il semble que les attitudes sont en
train de changer peu à peu, et actuellement tout
Ces critiques s’entendent de manière nette ce qui est basque prend une valeur de modernité
dans la CAB, mais cela n’arrive pas au Pays qui fait que, de plus en plus fréquemment, les
Basque nord où de nombreux habitants se jeunes se connectent avec son univers culturel
sentent confortables en vivant en marge de ou identitaire. En tenant compte des discours
l’identité basque et où la tendance du monde recueillis tout au long de la recherche, on pour-
bascophone à s’enfermer sur soi-même n’a pas rait dire que, dans une certaine mesure, le

57
Analyse de l’information: Résultats généraux

monde basque est à la mode parmi la jeunesse par les personnes qui travaillent en faveur de la
du nord : parfois c’est uniquement dans l’as- culture basque et malgré le taux de scolarisation
pect le plus symbolique ; de plus en plus de en basque qui s’améliore petit à petit, si les ins-
jeunes portent des ikurriña sur leurs vêtements titutions ne modifient pas leur attitude, la langue,
ou leurs effets personnels, ou bien ils essaient la culture et l’identité basques auront de sérieux
de dire quelques mots en basque, même s’ils problèmes avec la future globalisation. En ce
ne connaissent pas bien cette langue. sens un changement d’attitude de la part des ins-
titutions est considéré absolument indispensable.

[Link].3. L’avenir de l’identité basque Une des préoccupations qui apparaît dans
l’analyse des groupes fait référence aux diffi-
Face à l’avenir, il faut mentionner l’impor- cultés pour résoudre la cohabitation entre les
tance que les bascophones et les basquisants différentes identités. Tout cela à un moment
attribuent en Navarre et au Pays Basque nord au où en plus se présente un nouveau problème :
rôle que peuvent remplir les institutions pour le comment répondre à la réalité qui se dessine
soutien à la culture basque. On pense dans les à partir de phénomènes de grande envergure
deux territoires que, malgré les efforts accomplis comme la nouvelle immigration.

3.1.3. La langue

[Link]. Les résultats de l’enquête

[Link].1. Aptitudes linguistiques : compréhension, expression orale, lecture, écriture

3.1.3. Tableau-1

Quelle est votre aptitude à COMPRENDRE la langue basque ?

TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE


TOTAL
CAB Navarre PB nord Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65
Rien + quelques mots 46 37 73 59 45 47 27 42 53 62
Un peu 20 24 12 10 21 20 25 21 20 14
Assez bien + bien 34 40 16 31 35 34 49 37 28 23
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Natif Natif Prédomi- Bas- Pré- Navar- Basque- Prédom.
Arri- de de nance que- domi- rais- espagnol espa-
Autre
vant parent(s) parents navar- navar- nance espa- ou basque- gnole ou
arrivant(s) natifs raise rais basque gnol français française
Rien + quelques mots 80 39 31 87 33 17 95 52 83 68
Un peu 14 30 18 8 27 25 3 24 9 17
Assez bien + bien 6 31 51 4 40 57 2 24 8 15
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

58
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Quelle est votre aptitude à PARLER en basque ?

TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE


TOTAL
CAB Navarre PB nord Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65
Rien + quelques mots 53 44 77 65 53 53 33 48 62 69
Un peu 18 22 10 8 18 18 25 22 15 9
Assez bien + bien 29 34 13 27 30 29 42 29 24 23
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Natif Natif Prédomi- Bas- Pré- Navar- Basque- Prédom.
Arri- de de nance que- domi- rais- espagnol espa-
Autre
vant parent(s) parents navar- navar- nance espa- ou basque- gnole ou
arrivant(s) natifs raise rais basque gnol français française
Rien + quelques mots 86 46 38 90 41 27 96 59 86 74
Un peu 10 31 16 6 27 23 2 21 7 15
Assez bien + bien 4 23 46 3 32 50 2 20 7 11
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

Quelle est votre aptitude à LIRE en basque ?

TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE


TOTAL
CAB Navarre PB nord Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65
Rien + quelques mots 54 46 78 71 53 55 33 50 65 68
Un peu 17 19 9 8 17 16 22 19 13 12
Assez bien + bien 29 35 13 20 30 29 45 31 21 20
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Natif Prédomi- Bas- Pré- Navar- Basque- Prédom.
Natif de
Arri- de nance que- domi- rais- espagnol espa-
parent(s) Autre
vant parents navar- navar- nance espa- ou basque- gnole ou
arrivant(s)
natifs raise rais basque gnol français française
Rien + quelques mots 88 49 39 92 42 28 97 61 88 77
Un peu 7 27 16 4 26 21 2 19 6 13
Assez bien + bien 5 25 45 3 32 50 2 21 7 10
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

Quelle est votre aptitude à ECRIRE en basque ?

TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE


TOTAL
CAB Navarre PB nord Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65
Rien + quelques mots 57 48 80 78 56 57 35 54 67 72
Un peu 17 20 9 8 16 17 23 18 14 11
Assez bien + bien 27 32 12 14 28 26 42 28 19 16
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

59
Analyse de l’information: Résultats généraux

Quelle est votre aptitude à ECRIRE en basque ?

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT

Natif Natif Prédomi- Bas- Pré- Navar- Basque- Prédom.


Arri- de de nance que- domi- rais- espagnol espagnole
Autre
vant parent(s) parents navar- navar- nance espa- ou basque- ou fran-
arrivant(s) natifs raise rais basque gnol français çaise

Rien + quelques mots 89 51 43 94 48 32 97 64 90 78

Un peu 7 26 16 3 25 22 2 19 6 11

Assez bien + bien 3 23 41 3 27 46 2 17 5 10

(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

Tous les habitants de la CAB et de la Navar- dance décroissante semble s’être arrêtée chez
re savent bien l’espagnol et tous ceux du Pays les moins de 45 ans17.
Basque nord savent bien le français.
La majorité des immigrants (86%) ne savent
Quant à la connaissance de la langue pas le basque, 10% savent un peu et seulement
basque, 34% la comprennent bien, 29% la 4% le parlent bien. Parmi les personnes nées au
parlent bien, 29% la lisent bien et 27% l’écri- Pays Basque de père et/ou de mère immigrants
vent bien. La majorité de la population (53%) 23% sont bascophones et 31% savent un peu de
ne sait pas du tout parler en basque ou sim- basque. Et parmi les personnes nées au Pays
plement quelques mots et 18% savent un peu Basque comme leurs parents, ils sont plus nom-
de basque. breux que dans les autres groupes ceux qui par-
lent bien le basque (46%), puis viennent assez
Dans la CAB 34% parlent bien le basque, nombreux (38%) ceux qui ne le savent pas.
13% en Navarre et 27% en Pays Basque nord. Le sentiment identitaire et la connaissan-
ce linguistique sont très liés. Chez ceux qui se
Plus on est jeune, plus nombreux sont ceux sentent plutôt navarrais, navarrais et espagnols,
qui parlent bien le basque ; le plus grand pour- plutôt espagnols ou plutôt français une grande
centage de bascophones se trouvent dans le majorité (plus de 86%) ne savent pas le basque.
groupe des 16 - 29 ans (42%) et la moitié des Au contraire chez ceux qui se sentent plutôt bas-
jeunes de ce groupe (49%) comprennent bien ou ques, la moitié des gens (50%) savent le basque,
assez bien le basque. et chez ceux qui se sentent basques et navarrais
32%. Ceux qui se sentent aussi basques qu’espa-
Cependant l’influence de l’âge n’est pas gnols ou aussi basques que français se trouvent
identique dans tous les territoires. Cette ten- dans une position intermédiaire, la majorité d’en-
dance est nette aussi bien dans la CAB qu’en tre eux (59%) ne savent pas le basque et 20% la
Navarre, quoique à des degrés divers, plus on savent.
est jeune et plus nombreux sont les bascopho-
nes. Au contraire au Pays Basque nord le plus
grand pourcentage de bascophones se trouvent
17. Pour approfondir l’analyse de la connaissance du
chez les plus de 65 ans, et le plus petit pour- basque en fonction de l’âge dans chaque territoire, reportez-
centage chez les jeunes, encore que cette ten- vous au CD, Résultats de l’enquête par territoire p. 12, 40 et
70.

60
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

[Link].2. La première langue

3.1.3. Tableau-2

Quelle a été votre première langue, jusqu’à trois ans ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu
Le basque 19 21 6 23 19 19 20 15 19 23 1 7 57
L’espagnol ou le français 74 72 89 63 74 74 71 77 77 71 93 86 33
Les deux (be ou bf) 4 4 3 5 4 4 7 4 2 2 1 5 8
Autre 3 3 2 9 3 3 2 4 3 4 5 1 1
Nsp / nrp 0 0 0 0 0 0 1 0 0 0 0 0 1
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré- Basque- Prédom.
Natif Natif Pré- Navar-
domi- Basque- espagnol espa-
Arri- de de domi- rais-
nance navar- ou bas- gnole Autre
vant parent(s) parents nance espa-
navar- rais que- ou fran-
arrivant(s) natifs basque gnol
raise français çaise
Le basque 1 5 36 2 16 35 1 9 4 4
L’espagnol ou le français 88 90 58 95 78 58 98 83 91 77
Les deux (be ou bf) 1 4 5 2 5 6 0 3 1 2
Autre 11 0 0 1 1 1 1 4 4 17
Nsp / nrp 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

74% des habitants ont eu comme première suivants (46 à 64 ans) et (30 à 45 ans) le
langue l’espagnol ou le français, 19% le basque pourcentage de ceux qui ont appris seulement
et 4% les deux langues (le basque et l’espagnol l’espagnol ou le français est élevé, et chez les
ou le basque et le français). 3% ont appris une jeunes le pourcentage de ceux qui ont eu le
autre langue à la maison avant les 3 ans. basque comme première langue redevient un
peu plus élevé. Chez les jeunes le pourcentage
Au Pays Basque nord et dans la CAB, ils de ceux qui ont acquis comme premières lan-
sont plus nombreux qu’en Navarre ceux qui ont gues aussi bien le basque que l’espagnol ou
eu le basque comme première langue, puis- le français est remarquable, encore que ce soit
que dans ce dernier territoire la majorité de la un phénomène minoritaire (7%). Compte tenu
population a reçu l’espagnol comme première de tout cela, nous pouvons dire que 27% des
langue. Dans tous les groupes d’âge ceux qui jeunes ont reçu à la maison comme première
ont eu comme première langue l’espagnol ou langue le basque seul ou avec une autre langue.
le français sont majoritaires, bien qu’il y ait des
différences : chez les plus anciens (plus de Ceux qui aujourd’hui ne savent pas le bas-
65 ans) ils sont plus nombreux que dans les que ont eu pratiquement tous (93%) comme
autres groupes ceux qui ont appris uniquement première langue uniquement l’espagnol ou le
le basque à la maison ; dans les groupes d’âge français ; de même chez ceux qui savent un peu

61
Analyse de l’information: Résultats généraux

de basque, 86% ont appris seulement l’espa- l’espagnol ou le français. Chez les bascophones
gnol ou le français à la maison. de la CAB et de Navarre beaucoup ont appris l’es-
pagnol à la maison et ultérieurement le basque,
Parmi ceux qui parlent bien le basque, nous ce sont les nouveaux bascophones. Au contraire
rencontrons toutes sortes de situations ; la majo- presque tous les bascophones du Pays Basque
rité des locuteurs (57%) ont eu uniquement le nord savent le basque depuis leur enfance. Dans
basque comme première langue, et un tiers (33%) ce territoire il y a un groupe significatif de person-
ont appris à la maison l’espagnol ou le français nes qui dans leur enfance ont appris le basque
et donc ont appris le basque ultérieurement. 8% seul ou avec le français et qui aujourd’hui savent
ont appris à la maison aussi bien le basque que un peu de basque seulement18.

3.1.3. Tableau-3

La connaissance de la langue basque en fonction de la première langue

PREMIÈRE LANGUE
TOTAL
Espagnol/
Basque Les deux Autre
français

Oui 29 90 13 64 9

Un peu 18 7 21 23 8

Non 53 3 66 13 83

(Pourcentages
100 100 100 100 100
verticaux)

En ce qui concerne les pertes et les profits été la première langue, 13% ont appris la lan-
de la langue basque, on peut dire que parmi gue basque et 21% en ont quelques notions.
ceux pour lesquels le basque a été la premiè- Parmi ceux qui, avant l’âge de 3 ans, ont
re langue, la plupart (90%) savent la langue appris la langue basque et l’espagnol ou le
basque aujourd’hui, 7% n’en ont que quelques français, 64% savent le basque aujourd’hui,
notions, et 3% en ont perdu l’usage19. Parmi 23% en ont quelques notions, et 13% ne le
ceux pour lesquels l’espagnol ou le français a savent pas du tout.

19. Au Pays Basque nord, ces pertes sont plus impor-


18. Pour analyser la corrélation entre la première lan- tantes que dans les autres territoires, surtout parmi ceux
gue et la connaissance actuelle du basque dans chaque qui ont eu comme première langue la langue basque en
territoire, reportez-vous au CD, Résultats de l’enquête par même temps que le français. Cf. Résultats de l’enquête par
territoire p. 13, 42 et 72. territoire p. 47, 42 et 72.

62
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

[Link].3. L’aptitude linguistique comparative

3.1.3. Tableau-4

En quelle langue parlez-vous plus facilement ?*

TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE PREMIÈRE LANGUE


TOTAL PB 16- 30- 46- Bas- Esp. Les Au-
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65
nord 29 45 64 que franç. deux tre
Le basque 23 25 14 13 22 23 16 13 33 42 38 2 8 5
L’espagnol ou le
44 44 43 46 47 42 49 54 36 28 24 79 45 63
français
Les deux (be ou bf) 32 31 42 38 30 35 34 33 29 29 38 17 47 21
Autre 0 0 0 3 0 0 0 0 0 1 0 0 0 11
Nsp / nrp 0 0 1 0 1 0 0 0 1 0 0 1 0 0
(Pourcentages
100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
verticaux)

* Question posée uniquement à ceux qui disent parler bien ou très bien le basque (29% de la population).

En quelle langue lisez-vous plus facilement ?*

TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE PREMIÈRE LANGUE


TOTAL PB 16- 30- 46- Bas- Esp. Les Au-
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65
nord 29 45 64 que franç. deux tre
Le basque 13 15 5 4 14 13 15 5 17 20 23 2 3 1
L’espagnol ou le
58 58 57 62 60 56 48 68 60 59 46 73 63 70
français
Les deux (be ou bf) 26 25 36 29 23 30 35 24 20 19 30 20 34 18
Autre 0 0 0 3 0 0 0 0 0 1 0 0 0 6
Nsp / nrp 2 2 2 2 3 1 2 2 3 2 0 6 0 4
(Pourcentages
100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
verticaux)

* Question posée uniquement à ceux qui disent lire bien ou très bien le basque (29% de la population).

44% de ceux qui savent bien la langue bas- Chez les bascophones de la CAB, ils sont
que parlent mieux en espagnol ou en français, proportionnellement plus nombreux qu’en Navar-
32% parlent avec la même facilité le basque et re et qu’au Pays Basque nord ceux qui ont plus
l’espagnol ou le français et 23% parlent plus de facilité à parler en basque qu’en une autre
facilement en basque. langue20.

Quant à la facilité de lecture, la majorité de Chez ceux qui ont moins de 46 ans, le pour-
ceux qui lisent bien en basque lisent avec plus centage des bascophones qui ont plus de faci-
de facilité en espagnol ou en français, 26% avec
une égale facilitée entre le basque et l’autre lan-
gue et 13% plus facilement en basque. 20. Résultats de l’enquête par territoire, dans le CD.

63
Analyse de l’information: Résultats généraux

lité à parler en espagnol ou en français est plus re 38% parlent les deux langues avec la même
élevé que dans les autres groupes d’âge. Chez facilité. Au contraire chez les bascophones dont
ceux qui ont plus de 65 ans, beaucoup (42%) la première langue a été l’espagnol ou le fran-
disent parler plus facilement en basque qu’en çais, 79% disent parler plus facilement dans
espagnol ou en français. cette langue qu’en basque.

Le fait d’avoir appris le basque à la maison Chez ceux qui ont reçu les deux langues à
est aussi en corrélation avec la langue qu’on la maison, 47% disent qu’ils les parlent avec la
parle plus facilement. Chez ceux qui ont appris même facilité, mais beaucoup plus nombreux
le basque à la maison, 38% parlent le basque sont ceux qui ont plus de facilité en espagnol
avec plus de facilité que l’autre langue et enco- ou en français (45%) qu’en basque (8%).

[Link].4. L’apprentissage de la langue basque

3.1.3. Tableau-5

Etes-vous en train d’apprendre le basque ?*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL*
PB 16- 30- 46- ≥
CAB Navarre Homme Femme Non Un peu
nord 29 45 64 65
Oui 5 6 2 4 4 5 11 6 2 1 1 13
Non, mais autrefois j’ai
23 28 15 8 23 22 32 30 20 8 15 45
essayé
Non, mais j’aimerais
l’apprendre si les condi- 23 25 22 20 25 22 26 30 21 17 24 21
tions le permettaient
Non, et je n’ai pas l’in-
46 40 56 61 45 47 26 33 53 71 57 14
tention de l’apprendre
Nsp / nrp 3 2 6 8 3 4 5 3 3 3 2 7
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré- Basque- Prédom.
Natif Natif Pré- Navar-
domi- Basque- espa- espa-
Arri- de de domi- rais-
nance navar- gnol ou gnole Autre
vant parent(s) parents nance espa-
navar- rais basque- ou fran-
arrivant(s) natifs basque gnol
raise français çaise
Oui 2 8 5 1 9 8 0 4 1 5
Non, mais autrefois j’ai
11 34 25 9 43 37 5 24 7 14
essayé
Non, mais j’aimerais
l’apprendre si les condi- 23 24 24 20 31 30 14 22 16 28
tions le permettaient
Non, et je n’ai pas l’in-
63 31 42 63 7 22 78 47 74 52
tention de l’apprendre
Nsp / nrp 2 3 5 8 10 3 2 3 2 2
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

* Question posée uniquement à ceux qui disent parler un peu, quelques mots ou rien en basque (71% de la population).

64
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Parmi ceux qui ne savent pas le basque ou le ceux que ne parlent pas bien la langue basque,
parlent un peu (soit 71% de la population), pres- 71% des plus de 65 ans n’ont jamais eu l’inten-
que la moitié (46%) disent qu’ils n’ont jamais tion d’apprendre le basque et au contraire chez
appris le basque et qu’ils n’ont pas l’intention ceux qui ont entre 16 et 29 ans, 11% sont en
de le faire, 5% sont en train de l’apprendre, 23% train d’apprendre le basque et 32% l’ont essayé
ne l’apprennent pas à présent mais ont essayé antérieurement.
autrefois et 23% aimeraient l’apprendre si des
conditions adéquates le permettaient. 57% de ceux qui ne savent rien en basque
n’ont pas l’intention de l’apprendre, 24% aime-
Dans la CAB ils sont plus nombreux que raient apprendre et 15% disent avoir eu l’inten-
dans les autres territoires ceux qui ont appris le tion de l’apprendre antérieurement. Parmi ceux
basque à un moment donné (28%) et ceux qui qui savent un peu de basque, 45% disent avoir
sont en train de l’apprendre (6%). Au contraire essayé de l’apprendre et 13% sont en train de
au Pays Basque nord le pourcentage de ceux l’apprendre.
qui n’ont jamais appris le basque et qui n’ont
pas l’intention de le faire est particulièrement Ceux qui sont en train d’apprendre le basque
élevé (61%). ou qui ont essayé autrefois constituent un pour-
centage considérable chez ceux qui se sentent
Plus on est jeune et plus l’apprentissage basques-navarrais, plutôt basques, aussi basques
actuel ou antérieur du basque est courant. Entre qu’espagnols ou aussi basques que français.

[Link].5. Les raisons pour apprendre ou vouloir apprendre le basque

3.1.3. Tableau-6

Raisons pour apprendre le basque ou vouloir l’apprendre*

CONNAIS-
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE SANCE
TOTAL* DU BASQUE
CAB Navarre PB nord Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65 Non Un peu
Parce que c’est la
41 42 38 34 39 43 34 40 48 42 42 39
langue du pays
Pour pouvoir commu-
niquer avec les basco- 34 30 50 46 32 36 29 35 40 30 37 30
phones
Parce que je me sens
19 20 16 14 20 18 13 17 23 30 15 25
basque
Pour trouver du travail
ou parce que mon 17 20 10 5 16 18 30 19 6 4 12 25
travail l’exige
Parce que mes
enfants sont en train 17 18 14 6 14 19 8 21 18 18 17 16
de l’apprendre
Pour m’intégrer au
pays et ne pas me 10 11 6 11 8 12 10 9 12 9 12 8
sentir rejeté
Pour retrouver mes
10 9 10 16 10 10 6 10 8 20 10 10
racines
Pour faire mes études 6 6 5 0 6 5 14 4 1 2 4 8
Autres raisons 19 18 27 9 22 16 19 18 23 12 20 17
Nsp / nrp 6 6 5 12 5 7 5 5 6 13 7 4

* Question posée uniquement à ceux qui essaient, ont essayé ou essaieraient d’apprendre le basque (51% de ceux qui ne
parlent pas bien la langue basque ou 36% de la population). Les proportions ne totalisent pas 100 parce qu’il y avait la
possibilité de choisir trois raisons.

65
Analyse de l’information: Résultats généraux

Raisons pour apprendre le basque ou vouloir l’apprendre*

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré- Pré- Basque- Prédom.
Natif Natif Bas- Navar-
domi- domi- espa- espa-
Arri- de de que- rais-
nance nance gnol ou gnole Autre
vant parent(s) parents navar- espa-
navar- bas- basque- ou fran-
arrivant(s) natifs rais gnol
raise que français çaise
Parce que c’est la langue du
36 40 44 28 61 50 8 35 27 30
pays
Pour pouvoir communiquer
43 26 36 39 52 32 44 29 40 48
avec les bascophones
Parce que je me sens basque 5 18 29 1 32 33 0 8 1 7
Pour trouver du travail ou
16 25 9 15 3 14 12 24 16 20
parce que mon travail l’exige
Parce que mes enfants sont
19 17 14 7 29 18 6 17 14 13
en train de l’apprendre
Pour m’intégrer au pays et ne
21 6 7 6 4 8 8 13 17 17
pas me sentir rejeté
Pour retrouver mes racines 4 6 17 8 15 13 3 8 3 4
Pour faire mes études 1 10 4 6 5 3 8 12 3 1
Autres raisons 23 17 18 36 21 16 40 17 23 23
Nsp / nrp 6 5 7 10 0 4 8 7 9 4

* Question posée uniquement à ceux qui essaient, ont essayé ou essaieraient d’apprendre le basque (51% de ceux qui ne
parlent pas bien la langue basque ou 36% de la population). Les proportions ne totalisent pas 100 parce qu’il y avait la
possibilité de choisir trois raisons.

Ceux qui apprennent le basque, qui ont pour apprendre le basque que c’est la langue
essayé de l’apprendre ou qui aimeraient l’appren- du pays, la nécessité de savoir le basque pour
dre si les conditions étaient favorables (36% de le travail, pour se sentir basque et parce que
la population) ont été interrogés sur leurs motifs. les enfants l’apprennent. Par contre en Navarre
et au Pays Basque nord on mentionne plus
Ainsi les raisons les plus importantes pour souvent la possibilité de communiquer avec les
apprendre le basque seraient parce que c’est bascophones. Au Pays Basque nord on mention-
la langue du pays ou pour pouvoir communiquer ne plus souvent que dans les autres territoires
avec les bascophones. Ensuite viennent d’autres retrouver ses racines.
motifs : parce qu’on se sent basque, parce que
les enfants sont en train de l’apprendre, pour Dans tous les groupes d’âge la raison prin-
trouver un travail ou parce que le travail l’exige. cipale pour apprendre le basque ou pour vou-
D’autres motifs ont été mentionnés moins sou- loir le faire est l’idée que c’est la langue de ce
vent comme : pour s’intégrer au pays et ne pas pays. Mais il existe aussi des différences selon
se sentir rejeté, pour retrouver ses racines et l’âge : les plus jeunes donnent de l’importance
pour étudier. 19% mentionnent autres motifs. à la motivation professionnelle et scolaire pour
apprendre le basque, et chez les plus âgés on a
Dans la CAB on mentionne plus souvent tendance à citer la recherche de ses racines ou
que dans les autres territoires comme motifs le sentiment basque.

66
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

[Link].6. Les raisons pour ne pas apprendre le basque

3.1.3. Tableau-7

Raisons pour ne pas vouloir apprendre le basque*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL*
PB 16- 30- 46-
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Un peu
nord 29 45 64

Je n’ai pas besoin pour


communiquer car ici
31 28 42 17 30 32 39 38 31 23 31 22
tous parlent espagnol ou
français

Je préfère passer mon


28 26 31 32 31 26 42 37 28 19 28 26
temps à faire autre chose

A cause de mon âge 19 27 7 11 17 22 0 2 19 37 19 21

Je me débrouille avec ce
16 17 20 4 16 16 17 13 16 17 14 40
que je sais

Je n’ai pas besoin pour


mon travail ou pour trouver 11 12 14 6 14 9 14 21 13 3 11 18
du travail

Parce que c’est difficile 9 13 1 9 8 10 4 11 11 8 9 9

La langue basque est très


5 5 6 3 7 4 4 8 5 4 5 3
liée à la politique

Je ne me sens pas basque 5 4 6 8 6 5 9 6 6 3 6 1

La culture basque ne
3 2 6 3 2 4 9 1 3 3 3 3
m’intéresse pas

Je n’ai aucune raison


d’apprendre le basque ; ni 3 1 4 6 4 2 3 5 1 2 3 1
intérêt, ni besoin

La langue basque a été


dans le passé un obstacle 1 1 1 1 1 0 0 0 1 0 1 0
pour moi

Autres raisons 3 3 3 3 3 4 3 3 3 3 3 3

Nsp / nrp 9 6 14 9 8 9 12 6 7 10 9 1

* Question posée uniquement à ceux qui n’ont pas appris le basque et n’ont pas l’intention de le faire (46% de ceux qui
ne parlent pas bien la langue basque ou 33% de la population). Les proportions ne totalisent pas 100, parce qu’il y avait la
possibilité de choisir trois raisons.

67
Analyse de l’information: Résultats généraux

Raisons pour ne pas vouloir apprendre le basque*

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Natif Natif Prédomi- Bas- Pré- Navar- Basque- Prédom.
Arri- de de nance que- domi- rais- espagnol espa-
Autre
vant parent(s) parents navar- navar- nance espa- ou basque- gnole ou
arrivant(s) natifs raise rais basque gnol français française
Je n’ai pas besoin pour
communiquer car ici
28 34 33 32 17 20 56 29 29 32
tous parlent espagnol ou
français
Je préfère passer mon
26 35 28 31 62 20 25 32 27 32
temps à faire autre chose
A cause de mon âge 21 14 21 8 0 39 9 27 16 9
Je me débrouille avec ce
13 18 19 28 38 23 13 13 12 10
que je sais
Je n’ai pas besoin pour
mon travail ou pour trou- 12 16 8 13 34 8 11 11 9 19
ver du travail
Parce que c’est difficile 12 8 6 2 0 12 1 13 9 12
La langue basque est
4 7 6 5 0 1 9 5 5 6
très liée à la politique
Je ne me sens pas bas-
8 4 3 7 0 2 4 2 9 12
que
La culture basque ne
2 3 5 5 0 0 9 2 4 0
m’intéresse pas
Je n’ai aucune raison
d’apprendre le basque ; 3 4 2 2 0 0 4 1 4 7
ni intérêt, ni besoin
La langue basque a été
dans le passé un obsta- 1 0 0 1 0 0 0 1 0 0
cle pour moi
Autres raisons 4 3 2 2 0 3 3 3 4 4
Nsp / nrp 10 7 8 19 28 2 6 5 8 12

* Question posée uniquement à ceux qui n’ont pas appris le basque et n’ont pas l’intention de le faire (46% de ceux qui
ne parlent pas bien la langue basque ou 33% de la population). Les proportions ne totalisent pas 100, parce qu’il y avait la
possibilité de choisir trois raisons.

Ceux qui n’ont jamais appris le basque et intéresse pas (3%), qu’ils n’ont aucune raison
qui n’ont pas l’intention de le faire (33% de la ni intérêt pour apprendre le basque (3%), que
population) ont été questionnés sur les motifs le basque a été un obstacle pour eux (1%) ou
de cette attitude. Les raisons principales sont d’autres raisons (3%).
qu’ils n’en ont pas besoin pour communiquer
(31%), qu’ils préfèrent utiliser leur temps libre Plus on est jeune et plus on a tendance à
à autre chose (28%), l’âge (19%) et qu’ils se mentionner comme motif pour ne pas appren-
débrouillent avec ce qu’ils savent (16%). Moins dre le basque qu’on n’en a pas besoin pour
nombreux sont ceux qui ont mentionné qu’ils communiquer puisque tout le monde sait l’es-
n’avaient pas besoin du basque pour leur tra- pagnol ou le français, et qu’on préfère utiliser
vail ou pour trouver du travail (11%), que cette son temps libre à autre chose. A mesure qu’on
langue est difficile (9%), qu’elle est très liée avance en âge c’est justement l’âge qui est
à la politique (5%), qu’ils ne se sentent pas mentionné comme raison pour ne pas vouloir
basques (5%), que la culture basque ne les apprendre le basque.

68
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

[Link].7. Le sentiment de rejet chez les bascophones

3.1.3. Tableau-8

Vous êtes-vous un jour senti écarté pour avoir voulu parler basque ?*

TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE


TOTAL*
CAB Navarre PB nord Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65

Oui 25 25 31 19 22 28 23 26 25 29

Non, jamais 72 71 66 78 75 68 75 71 69 69

Nsp / nrp 3 3 3 2 3 4 3 3 5 2

(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT

Basque- Prédom.
Natif Natif Prédomi- Bas- Pré- Navar-
espa- espa-
Arri- de de nance que- domi- rais-
gnol ou gnole Autre
vant parent(s) parents navar- navar- nance espa-
basque- ou fran-
arrivant(s) natifs raise rais basque gnol
français çaise

Oui 16 14 29 22 39 29 0 10 15 5

Non, jamais 77 84 68 63 57 67 100 87 83 95

Nsp / nrp 7 2 3 15 4 3 0 3 2 0

(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

* Question posée uniquement à ceux qui parlent bien ou assez bien le basque (29% de la population).

La majorité des bascophones (72%) ne se parmi ceux qui se sentent plutôt basques ou
sont jamais sentis écartés pour avoir voulu basques-navarrais.
parler en basque. Au contraire, 25% affirment
s’être parfois sentis écartés pour cette même Dans la CAB ce sont surtout les aînés qui
raison. En Navarre ils sont plus nombreux que se sont davantage sentis écartés pour avoir
dans les autres territoires ceux qui se sont sen- voulu parler en basque. Par contre, au Pays Bas-
tis écartés, par contre ils sont moins nombreux que nord et en Navarre ceux sont les jeunes21.
au Pays Basque nord.

Le pourcentage de ceux qui se sont sentis 21. Pour approfondir l’analyse du sentiment de discri-
mination des différents groupes catégoriels dans chaque
écartés est plus élevé parmi ceux qui sont nés territoire, reportez-vous au CD, Résultats de l’enquête par
au Pays Basque comme leurs parents, ainsi que territoire p. 17, 46 et 76.

69
Analyse de l’information: Résultats généraux

[Link].8. Le sentiment de rejet chez les non-bascophones

3.1.3. Tableau-9

Vous êtes-vous un jour senti écarté pour ne pas savoir parler basque ?*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL*
PB 16- 30- 46- ≥
CAB Navarre Homme Femme Non Un peu
nord 29 45 64 65

Oui 20 21 11 34 20 20 22 26 21 9 19 24

Non, jamais 74 76 77 58 74 74 69 69 74 87 76 69

Nsp / nrp 6 3 12 8 6 5 9 5 5 4 5 8

(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT

Pré- Basque- Prédom.


Natif Natif Pré- Navar-
domi- Basque- espa- espa-
Arri- de de domi- rais-
nance navar- gnol ou gnole Autre
vant parent(s) parents nance espa-
navar- rais basque- ou fran-
arrivant(s) natifs basque gnol
raise français çaise

Oui 21 23 17 11 21 19 6 23 25 27

Non, jamais 75 71 76 77 64 77 80 75 69 70

Nsp / nrp 4 6 7 12 15 4 14 2 6 3

(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

* Question posée uniquement à ceux qui savent un peu de basque, seulement quelques mots ou pas du tout (71% de la
population).

La majorité de ceux qui savent un peu de En Navarre et au Pays Basque nord les plus
basque ou pas du tout (74%) disent qu’ils ne gros pourcentages de ceux qui se sont sentis
se sont jamais sentis écartés pour n’avoir pas écartés pour n’avoir pas su le basque se trou-
su le basque mais un sur cinq (20%) s’est senti vent chez ceux qui se sentent plutôt basques ou
parfois écarté. Au Pays Basque nord ils sont basques-navarrais. Dans la CAB cela arrive chez
plus nombreux que dans les autres territoires ceux qui se sentent plutôt espagnols22.
ceux qui se sont sentis écartés (34%).

22. Pour approfondir les données sur le sentiment de


discrimination des non-bascophones dans chaque territoire,
reportez-vous au CD, Résultats de l’enquête par territoire p.
18, 46 et 76.

70
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

[Link].9. Les souhaits concernant les enfants au sujet de la langue basque

3.1.3. Tableau-10

Si vous avez ou aviez des enfants, voudriez-vous qu’ils sachent le basque ?

CONNAIS-
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE SANCE
TOTAL DU BASQUE
PB 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu
Ils le connaissent déjà 36 43 19 18 34 38 7 35 57 43 30 36 47
Oui, je voudrais qu’ils le
51 53 48 45 53 50 80 55 30 40 48 59 52
sachent
Peu m’importe 8 3 22 20 9 8 8 6 10 10 14 4 1
Non, je ne le voudrais pas 3 1 7 12 3 3 3 3 2 3 5 0 0
Nsp / nrp 2 1 4 6 2 2 1 1 1 4 3 1 0
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Basque-
Natif Natif Prédomi- Bas- Pré- Navar- Prédom.
espa-
Arri- de de nance que- domi- rais- espa-
gnol ou Autre
vant parent(s) parents navar- navar- nance espa- gnole ou
basque-
arrivant(s) natifs raise rais basque gnol française
français
Ils le connaissent déjà 38 26 41 12 43 46 9 35 29 26
Oui, je voudrais qu’ils le
43 64 48 51 56 53 28 58 38 53
sachent
Peu m’importe 12 7 7 26 1 1 42 6 18 13
Non, je ne le voudrais pas 5 2 2 7 0 0 14 0 10 5
Nsp / nrp 2 1 2 3 1 1 7 1 4 4
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

36% des habitants du Pays Basque affirment enfants sachent le basque. Dans la CAB cette
que leurs enfants savent déjà le basque et 51% attitude est très répandue parmi ceux qui
veulent que leurs enfants le sachent (ou le vou- savent un peu de basque ou ceux qui ne le
draient s’ils avaient des enfants). Dans la CAB ils savent pas, mais en Navarre et au Pays Basque
sont plus nombreux que dans les autres territoi- nord cette attitude est minoritaire parmi ceux
res ceux qui affirment que leurs enfants savent qui ne savent pas le basque. Tant en Navarre
le basque. En Navarre ou en Pays Basque nord qu’au Pays Basque nord, plus d’un quart de
l’indifférence sur cette question est assez répan- ceux qui ne savent pas le basque disent qu’il
due : pour 22% et 20% respectivement il leur leur est égal que leurs enfants sachent le bas-
est égal que leurs enfants sachent le basque ou que ou non23.
non. 12% des habitants du Pays Basque nord ne
veulent pas que leurs enfants sachent le basque.
23. Pour approfondir ces données dans chaque territoi-
Pratiquement la totalité des bascopho- re, reportez-vous au CD, Résultats de l’enquête par territoire
nes ont une attitude favorable à ce que leurs p. 18, 47 et 77.

71
Analyse de l’information: Résultats généraux

Cette indifférence concernant la connaissan- En général nous pouvons dire que dans la
ce du basque chez les enfants est également CAB l’attitude favorable à la connaissance du
évidente parmi ceux qui se sentent navarrais et basque par les enfants est très répandue dans
espagnols (42%), plutôt navarrais (26%), plutôt toutes les catégories ; par contre en Navarre et
espagnols ou français (18%). 10% de ce dernier au Pays Basque nord cette attitude est davan-
groupe et 14% de ceux qui se sentent navarrais tage liée à la connaissance du basque par les
et espagnols ne veulent pas que leurs enfants parents et à la position identitaire.
sachent le basque.

[Link].10. Les attitudes concernant les noms basques

3.1.3. Tableau-11

Seriez-vous très favorable, favorable, opposé ou très opposé à la préservation et


à la promotion des noms basques (personnes, communes, maisons, lieux-dits, rues …) ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB 16- 30- 46- ≥ Un
CAB Navarre Homme Femme Non Oui
nord 29 45 64 65 peu
Très favorable + favorable 82 84 72 77 82 81 85 85 79 72 73 87 93
Indifférent 15 14 21 16 15 16 13 12 16 22 22 11 7
Opposé + très opposé 1 1 3 1 1 1 0 0 2 3 2 0 0
Nsp / nrp 2 2 3 6 2 2 1 2 3 3 3 2 1
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré-
Pré- Basque- dom.
Natif Natif Pré- Navar-
domi- Basque- espa- espa-
Arri- de de domi- rais-
nance navar- gnol ou gnole Autre
vant parent(s) parents nance espa-
navar- rais basque- ou
arrivant(s) natifs basque gnol
raise français fran-
çaise
Très favorable + favorable 70 84 86 74 99 94 42 76 66 72
Indifférent 25 13 11 19 0 6 46 20 27 21
Opposé + très opposé 2 0 1 3 0 0 9 0 3 2
Nsp / nrp 3 2 2 5 1 0 3 2 5 5
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

L’attitude favorable à la préservation des noms basques. Ceux qui ne sont ni pour ni
noms basques des villages, des lieux-dits, des contre sont 20% chez les Navarrais, chez les
maisons etc. est très répandue dans la popula- plus de 65 ans, chez ceux qui ne savent pas le
tion basque : 82% sont favorables ou très favo- basque, chez les immigrants, chez ceux qui se
rables. Seulement 1% des gens se montrent considèrent plutôt espagnols ou français, aussi
opposés et 15% ne sont ni pour ni contre. basques qu’espagnols, aussi basques que fran-
çais, et surtout chez ceux qui se sentent navar-
Dans toutes les catégories une grande majo- rais et espagnols.
rité se montre favorable à la préservation des

72
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

LA LANGUE : CONCLUSIONS PRINCIPALES DE LA L’ENQUÊTE

429% des habitants du Pays Basque par- parce que c’est la langue du pays et pour
lent bien le basque. Dans la CAB les bas- pouvoir communiquer avec les bascopho-
cophones sont 34%, au Pays Basque nord nes. Ceux qui n’ont aucune intention d’ap-
27% et en Navarre 13%. prendre le basque signalent comme raison
pour cela qu’ils n’en ont pas besoin pour
4Dans la CAB et en Navarre le plus grand communiquer, car tout le monde sait l’espa-
pourcentage de bascophones se trouve gnol ou le français et qu’ils préfèrent passer
chez les jeunes, et par contre au Pays le temps à faire autre chose.
Basque nord chez ceux qui ont plus de 65
ans. Cependant les bascophones plus jeu- 4Concernant les enfants, le désir qu’ils
nes ont une moindre aptitude comparative apprennent le basque est très généralisé,
en basque, c’est-à-dire que chez les jeunes surtout dans la CAB. En Navarre et au Pays
qui savent le basque la moitié parle plus Basque nord ce désir est très répandu chez
facilement en espagnol ou en français, les bascophones et chez ceux qui se sen-
et chez les bascophones plus âgés il est tent basques. Mais dans les autres catégo-
plus courant de parler avec davantage de ries l’indifférence est très courante24.
facilité en basque qu’en espagnol ou en
français. En général, 23% de bascophones 425% des bascophones se sont sentis écar-
ont une plus grande facilité pour parler en tés pour avoir voulu parler en basque et
basque et 32% ont la même facilité pour 20% des non-bascophones pour n’avoir pas
parler dans les deux langues (basque et su parler en basque. Les non-bascophones
espagnol ou basque et français). qui se sont sentis écartés pour n’avoir pas
su parler le basque semblent faire par-
474% des Basques ont eu comme première tie de deux catégories. Beaucoup de ceux
langue uniquement l’espagnol ou le fran- qui se sont sentis écartés en Navarre et
çais, 13% le basque, 4% les deux langues au Pays basque nord se considèrent bas-
et 3% une autre langue. Parmi ceux qui ques et se montrent favorables à ce que
ont eu le basque comme première langue, leurs enfants apprennent le basque. Nous
uniquement ou avec une autre langue, la pouvons penser que ceux-ci vivent leur
majorité parle bien le basque ; nous pou- ignorance du basque et le sentiment discri-
vons affirmer que les pertes de la langue minatoire que cela provoque, comme une
basque sont globalement faibles. Ils sont limitation personnelle et qu’ils perçoivent
plus nombreux ceux qui ont appris à la mai- cette marginalisation spécialement dans le
son seulement l’espagnol ou le français. cadre de leurs relations personnelles. Au
contraire, dans la CAB le sentiment d’être
458% de ceux qui savent un peu de basque écarté pour n’avoir pas su parler en basque
et 16% de ceux qui ne savent rien sont en est plus répandu chez ceux qui se sentent
train d’apprendre le basque ou ont essayé plutôt espagnols et qui n’ont pas l’intention
de le faire. d’apprendre le basque ; ceux-là ressenti-
ront sans doute, dans les situations liées
4Ceux qui ont essayé, essaient ou essaie- au travail, que le préjudice créé par l’igno-
raient d’apprendre le basque advenant des rance de la langue basque n’est pas juste,
conditions favorables, signalent deux rai- ou bien le soutien à la langue basque n’ira
sons principales pour apprendre le basque : pas de pair avec leur idéologie.

24. Il est remarquable de constater que tandis que ceux


qui souhaitent que leurs enfants apprennent la langue bas-
que composent une grande majorité (y compris parmi les non-
bascophones), nombre de ceux qui ne montrent aucun intérêt
pour l’apprentissage de la langue basque n’en voient pas la
nécessité. Le souhait que les enfants apprennent le basque
n’est pas fondé, semble-t-il, sur la perception d’une néces-
sité, pour le moment du moins ; il se peut que cette attitude
soit fondée sur la perception d’une nécessité future.

73
Analyse de l’information: Résultats généraux

[Link]. Résultats de l’analyse qualitative le passé, dans le cas des bascophones, ou sur
une attitude d’une plus grande indifférence à
[Link].1. La présence sociale de la langue basque l’égard de la langue basque, de la part des non-
bascophones.
La présence de la langue basque dans la
vie de la population est très inégale selon le ter- Dans le milieu rural la langue est vécue
ritoire : dans la CAB, qu’on sache la langue bas- comme un élément intimement lié à la dyna-
que ou non, cette langue apparaît de quelques mique de la communauté. Par contre dans le
manières dans la vie des gens ; elle tient sa milieu urbain la langue apparaît comme un
place d’une manière ou d’une autre, elle a de élément plus diffus, ayant un caractère quasi
l’importance dans les relations des gens avec exceptionnel dans la vie quotidienne.
leur entourage. En Navarre et au Pays Basque
nord c’est beaucoup plus variable selon la zone
et il y est plus facile de vivre même si on n’a [Link].2. La situation de la langue basque
aucun lien avec la langue basque.
D’accord avec ce qui s’est dit dans les
De toute manière il est clair que la langue groupes de discussion, bien que la langue ait
basque est l’un des axes du discours, qu’on fait des progrès notables, elle n’a pas encore
soit pour ou contre, c’est-à-dire que les diverses atteint les espaces qui lui sont indispensa-
identités considèrent la langue basque comme bles ; les bascophones sont une minorité et la
référence et, qu’on soit pour ou contre, les grou- situation sociolinguistique varie beaucoup d’un
pes de discussion sont d’accord que la langue territoire à l’autre. Dans tous les territoires la
a une grande importance dans la société et la perception générale est que la situation du bas-
culture basque. que s’améliore, bien qu’à des niveaux très dif-
férents. Ce progrès de la langue basque est vu
Pour commencer, on peut dire que les dis- avec optimiste par certains, et avec résignation
cours concernant la langue sont plus élaborés ou méfiance par d’autres.
dans la CAB et en Navarre. Durant des années
il y a eu un débat public autour de la langue
et il s’est développé une politique linguistique [Link].3. La langue comme union ou comme
de telle sorte que les gens ont pris position à division
l’égard de la langue basque. Au Pays Basque
On admet généralement que la langue est
nord, au contraire, quand on discute de la lan-
un instrument de communication, mais on met
gue basque, on tend à se référer davantage aux
en évidence qu’elle peut faire obstacle à la
expériences personnelles, à ses sentiments ou
communication. Les bascophones et les basqui-
ses émotions, et pas tellement à une mise en sants, surtout en Navarre, soulignent comme un
valeur de type social, et de plus les commentai- élément positif le cercle de solidarité, la com-
res (qu’ils soient favorables ou défavorables) ne plicité et le lien affectif qui se crée entre ceux
sont pas tellement passionnés. Au Pays Basque qui utilisent la langue basque ou entre ceux qui,
nord, les discours plus élaborés sont centrés sans la connaître, ont une attitude favorable à
sur l’officialité et sur l’enseignement bilingue, son égard. Mais la langue basque est vue aussi
surtout de la part des basquisants et de ceux comme une barrière entre les catégories et,
qui militent dans les associations en faveur de à l’occasion, elle continue à être vue comme
la langue basque. D’après les personnes qui créatrice de division entre nationalistes et non-
ont participé à la recherche, on voit venir une nationalistes. Les aspects qui alimentent cette
évolution dans les opinions, le thème de la perception sont entre autres :
langue basque est plus présent qu’auparavant
au Pays Basque nord et presque personne ne • la perception qu’il existe un lien entre la
se montre ouvertement contre, encore qu’il soit langue et la politique ;
très facile de vivre sans avoir aucun lien avec la
langue basque. • ce que certains groupes définissent comme
l’imposition de l’apprentissage de la langue ;
Tout au long de la recherche on a pu obser-
ver comment chez les jeunes la langue se vit • le sentiment de dédain que les nouveaux
plus naturellement. Par contre la catégorie des bascophones perçoivent quand ils utili-
aînés tend à se positionner sur une perspec- sent la langue unifiée en présence des
tive nostalgique et sentimentale tournée vers bascophones natifs.

74
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

En Navarre la langue basque devient un élé- Comme nous l’avons déjà dit, la langue bas-
ment central et presque unique de l’identité et que bénéficie d’un grand degré d’acceptation
du sentiment basque, tant pour sa valeur réelle comme une valeur : elle est vue comme une
que pour la signification symbolique. Cepen- richesse, ce qui justifie les efforts faits pour
dant, la tension politique déforme gravement les son développement. Mais le débat surgit quand
positions concernant la langue basque, de telle on passe à la concrétisation, à la définition des
sorte que cela finit par devenir un facteur clé de limites que doit garder la politique linguistique.
la lutte politique, en renvoyant vers le domaine
culturel les autres éléments présents. Les par- La question sur l’obligation de l’enseigne-
tis politiques de la CAB, dans leurs affronte- ment et l’officialité de la langue est un point
ments habituels, transfèrent leur scénario de essentiel de désaccord entre bascophones et
bataille en Navarre sur le terrain de la lutte non-bascophones, et le degré de susceptibilité
pour les modèles de pédagogie linguistique. De varie en fonction du territoire ou de la réalité
fait, dans les groupes de discussions ce sujet administrative ambiante. Dans la CAB, le carac-
devient parfois un thème tabou, les membres tère obligatoire de la langue basque soulève
sachant que le débat au sujet de la langue finit moins de méfiance qu’en Navarre ou en Pays
par générer de graves tensions. Basque nord. Dans la CAB on accepte tout
naturellement l’importance de l’apprentissage
Dans ces groupes, on valorise positivement de la langue, surtout pour l’apprentissage des
le développement de la langue basque, on enfants, même chez les non-bascophones. En
accepte généralement comme quelque chose Navarre et au Pays Basque nord les différences
de remarquable qui doit se maintenir, mais entre les basquisants et les non basquisants
chez les non-bascophones cette vision opti- par rapport à ce sujet sont plus prononcées.
miste est freinée quand le débat est centré sur
un domaine plus restreint et plus individuel,
quand la personne sent le progrès de la langue [Link].4. L’utilisation de la langue basque
qui l’affecte personnellement mais de manière
négative. Ainsi plusieurs arguments sont souli- Les considérations sur l’usage du basque
gnés pour se positionner sur un discours plus et sur les obstacles que rencontre la normali-
critique : sation se formulent de manière très similaires
dans l’ensemble du territoire du Pays Basque.
• le manque d’utilité de la langue basque ; Les jeunes, dans beaucoup de cas, en restrei-
gnent l’usage aux horaires de classe et il leur
• les tentatives de normalisation perçues en coûte de l’utiliser dans la rue. En plus, ils
comme des contraintes ; affirment rencontrer des problèmes au moment
de l’utiliser quand ils se sentent observés par
• la langue basque de plus en plus exigée un bascophone natif. Ils expriment le sentiment
dans certains milieux avec comme consé- d’être évalués par les personnes qui connais-
quence d’écarter ceux qui ne la connais- sent la langue mieux qu’eux. Dans tous les terri-
sent pas. toires apparaissent des critiques à l’encontre de
l’attitude des bascophones natifs qui, disent-ils,
Aussi bien les opinions plus pessimistes au lieu de soutenir l’effort de la personne qui
des bascophones ont leur fondement à un essaie de s’exprimer en basque, ont tendance à
niveau plus quotidien : développer une attitude critique et peu compré-
hensive à son égard.
• la langue basque s’utilise peu ;
Les bascophones réclament plus d’espaces
• les comportements des administrations publics pour le développement de la langue bas-
sont contradictoires ; que. La nécessité de devoir chercher ces espa-
ces devient une constante tant au Pays Basque
• la langue basque n’arrive pas à sortir du sud qu’au nord. De plus, au Pays Basque nord
milieu familial et scolaire ; apparaît la difficulté supplémentaire d’une rup-
ture générationnelle avec le basque, du fait que
• il y a une grande préoccupation, surtout la génération intermédiaire entre les plus jeu-
en Navarre, au sujet du niveau d’aptitude nes et les plus anciens n’a pas été socialisée
linguistique des jeunes dans les zones en basque. Les grands parents ont cessé de
moins bascophones. parler basque à leurs enfants parce que cette

75
Analyse de l’information: Résultats généraux

langue était associée au milieu rural déprécié. marche. On comprend que cette baisse de mili-
Voilà pourquoi, à mesure que cette génération tantisme est liée aux temps nouveaux et à la
disparaît, elle laisse un très grand vide difficile à lente mais progressive normalisation. Mais pour
remplir : les jeunes auront des problèmes pour beaucoup de personnes c’est là une donnée
rencontrer des personnes avec qui converser préoccupante.
et qui auraient un niveau suffisant en langue
basque.
3.1.4. La culture basque
Ce sentiment de perte générationnelle appa-
raît aussi avec force en Navarre, où, pour des [Link]. Les résultats de l’enquête
motifs similaires, une génération a cessé de
communiquer en basque avec la suivante. Mal- [Link].1. Le concept de culture basque
gré cela dans les deux territoires on observe
une prédisposition positive à l’égard de la réap- Qu’entendez-vous par culture basque ? Au
propriation de la langue perdue. Ce sentiment moyen de cette question on a cherché à analy-
contraste en Navarre avec le discours qui regret- ser ce qu’est la culture basque pour les habi-
te le manque de motivation et d’implication des tants du Pays Basque : si la culture basque doit
nouvelles générations quand il s’agit de la perte être produite en une langue donnée, si elle doit
de la langue basque ; générations qui, assure-t- être réalisée dans un lieu concret ou par des
on, ont trouvé un chemin beaucoup plus facile personnes déterminées, si elle doit être liée à
et de nombreuses initiatives qui sont déjà en des thèmes précis.

3.1.4. Tableau-1

Qu’entendez-vous par culture basque ?*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
% d’accord avec la DU BASQUE
TOTAL
définition PB 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu
Toute création qui a
71 71 68 70 70 71 70 71 71 69 70 77 69
trait au Pays Basque
Toute création d’un
70 74 64 54 70 70 70 70 71 68 67 75 72
artiste basque
Toute création produi-
60 63 52 51 60 60 55 60 65 58 60 62 57
te au Pays Basque
Toute création en
47 48 43 56 48 47 48 43 47 54 44 49 52
langue basque

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré- Prédom.
% d’accord avec la Natif Natif Pré- Navar- Basque-
domi- Basque- espa-
définition Arri- de de domi- rais- espagnol
nance navar- gnole Autre
vant parent(s) parents nance espa- ou basque-
navar- rais ou fran-
arrivant(s) natifs basque gnol français
raise çaise
Toute création qui a
67 74 71 64 81 72 63 74 64 68
trait au Pays Basque
Toute création d’un
66 72 71 58 80 74 58 70 63 72
artiste basque
Toute création produi-
63 59 58 48 59 58 52 63 61 66
te au Pays Basque
Toute création en
48 44 49 43 54 54 34 39 46 43
langue basque

* Les proportions ne totalisent pas 100, parce qu’on demandait un avis sur chacune des définitions ; il n’était pas néces-
saire d’en choisir une seule d’entre elles.

76
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

71% des habitants du Pays Basque consi- déterminé et assez peu avec la langue basque.
dèrent comme culture basque toute création De toute manière, le pourcentage significatif de
ayant trait au Pays Basque, quelle que soit la ceux qui n’ont pas répondu (entre 11% et 17%
langue utilisée, et 70% considèrent comme dans chaque définition)25 reflète la difficulté de
culture basque toute création produite par définir la culture basque.
un artiste basque, qu’elle soit produite ici ou
ailleurs. Ils sont moins nombreux (60%) ceux Les habitants de la CAB ont tendance plus
qui pensent que la culture basque est toute qu’ailleurs à identifier la culture basque avec les
création produite au Pays Basque quel qu’en personnes et le territoire du Pays Basque, et par
soit le thème, la langue ou l’auteur ; et moins contre les habitants du Pays Basque nord, dans
de la moitié des gens (47%) pensent que la une plus grande mesure qu’ailleurs, identifient
culture basque est toute création en langue la culture basque à toute création qui se fait en
basque. langue basque.

Par conséquent il semble que les Basques Les bascophones, ainsi que les aînés de 65
lient le concept de culture basque surtout avec ans et plus, considèrent dans une plus grande
les thèmes traités et les personnes concrètes, mesure que les autres que la culture basque
un peu moins avec un milieu géographique est celle qui se réalise en langue basque.

[Link].2. La relation entre la culture navarraise et la culture basque

3.1.4. Tableau-2

Avec laquelle des phrases suivantes êtes-vous le plus d’accord ?*

CONNAISSANCE
SEXE GROUPES D’ÂGE
TOTAL DU BASQUE
Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65 Non Un peu Oui
La culture navarraise
fait partie de la culture 42 43 40 45 43 44 32 32 68 76
basque
La culture navarraise
et la culture basque
sont des cultures dif- 29 29 30 28 32 27 29 34 18 10
férentes qui coexistent
en Navarre
Le propre de la Navarre
est la culture navar-
12 11 13 10 10 13 16 15 2 1
raise, la culture basque
lui est étrangère
Nsp / nrp 17 17 17 16 15 16 24 18 12 14
(Pourcentages verti-
100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
caux)

* Question posée uniquement aux habitants de la Navarre.

25. Dans le tableau, seuls sont mentionnés les chiffres


de ceux qui ont répondu par l’affirmative à chaque option.

77
Analyse de l’information: Résultats généraux

Avec laquelle des phrases suivantes êtes-vous le plus d’accord ?*

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré- Pré- Basque- Prédom.
Natif Natif Bas- Navar-
domi- domi- espa- espa-
Arri- de de que- rais-
nance nance gnol ou gnole Autre
vant parent(s) parents navar- espa-
navar- bas- basque- ou fran-
arrivant(s) natifs rais gnol
raise que français çaise
La culture navarraise fait par-
28 42 47 33 76 79 20 100 17 38
tie de la culture basque
La culture navarraise et la
culture basque sont des cultu-
32 32 27 33 12 14 39 0 30 35
res différentes qui coexistent
en Navarre
Le propre de la Navarre est la
culture navarraise, la culture 12 15 11 13 0 0 29 0 24 4
basque lui est étrangère
Nsp / nrp 28 11 15 21 12 8 13 0 30 23
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

* Question posée uniquement aux habitants de la Navarre.

Le point de vue le plus courant chez les Navar- Parmi ceux qui se considèrent plutôt bas-
rais au sujet de la culture navarraise situe celle-ci ques ou basques navarrais, la majorité (respec-
à l’intérieur de la culture basque et considère tivement 79% et 76%) pensent que la culture
qu’elle en fait partie. 42% des Navarrais sont de navarraise fait partie de la culture basque. Au
cet avis. 29% considèrent que les cultures bas- contraire, parmi ceux qui se sentent navarrais et
que et navarraise sont deux cultures différentes espagnols ou plutôt espagnols, des catégories
qui coexistent en Navarre et 12% pensent que significatives pensent que la culture navarraise
la culture navarraise est spécifique à la Navarre et la culture basque sont des cultures différen-
tandis que la culture basque est celle d’un autre tes qui coexistent ou que la culture navarraise
territoire. 17% ne donnent pas de réponse. et spécifique à la Navarre et que la culture bas-
que est celle d’un autre territoire. Parmi ceux
Les opinions concernant la relation entre qui se sentent plutôt navarrais les opinions sont
les cultures basque et navarraise sont très liées très divisées.
à la connaissance du basque et au sentiment
identitaire. Chez ceux qui parlent bien le basque
et, dans une moindre mesure, chez ceux qui [Link].3. Les caractéristiques de la culture basque
le parlent un peu, une grande majorité voit la
culture navarraise comme faisant partie de la Six paires d’adjectifs ont été présentées
culture basque (respectivement 76% et 68%). Au aux enquêtés de telle sorte que chaque adjectif
contraire chez ceux qui ne savent pas le basque, est situé de part et d’autre d’une échelle à cinq
les opinions sont plus divisées : environ un tiers points, de manière à placer la culture basque
place la culture navarraise dans la culture basque à l’intérieur de cette échelle. Les paires d’ad-
et un autre tiers pense que ce sont deux cultures jectifs sont : Inhospitalière (1) – Hospitalière
différentes qui coexistent en Navarre. 15% des (5), Individualiste (1) – Conviviale (5), Fermée
bascophones croient que la culture navarraise (1) – Ouverte (5), Passéiste (1) – Futuriste (5),
est spécifique à leur territoire et que la culture Rurale (1) – Urbaine (5), Confessionnelle (1)
basque est celle d’un autre territoire. – Laïque (5).

78
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

3.1.4. Tableau-3

Comment considérez-vous la culture basque ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
Moyenne (1-5) TOTAL
PB 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu

Inhospitalière - Hospitalière 4,4 4,4 4,4 4,4 4,4 4,4 4,4 4,3 4,5 4,5 4,4 4,4 4,5

Individualiste - Conviviale 4,1 4,1 4,0 4,3 4,1 4,1 4,0 4,1 4,1 4,3 4,0 4,1 4,2

Fermée - Ouverte 3,8 3,9 3,7 3,9 3,8 3,9 3,8 3,8 3,8 4,1 3,8 3,8 4,0

Passéiste - Futuriste 3,6 3,6 3,7 3,7 3,6 3,7 3,6 3,6 3,7 3,8 3,6 3,6 3,7

Confessionnelle - Laïque 3,2 3,1 3,4 3,8 3,2 3,3 3,6 3,3 3,0 2.9 3,3 3,1 3,2

Rurale - Urbaine 3,1 3,2 3,1 3,0 3,0 3,2 3,1 3,2 3,0 3,3 3,2 3,2 3,1

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT

Pré-
Pré- Basque-
Natif Natif Pré- Navar- dom.
Moyenne (1-5) domi- Basque- espa-
Arri- de de domi- rais- espa-
nance navar- gnol ou Autre
vant parent(s) parents nance espa- gnole
navar- rais basque-
arrivant(s) natifs basque gnol ou fran-
raise français
çaise

Inhospitalière - Hospitalière 4,4 4,3 4,5 4,4 4,6 4,5 4,3 4,3 4,3 4,3

Individualiste - Conviviale 4,0 4,0 4,2 3,9 4,4 4,3 3,8 3,9 3,9 4,0

Fermée - Ouverte 3,8 3,7 3,9 3,7 3,9 4,1 3,5 3,6 3,7 3,5

Passéiste - Futuriste 3,7 3,5 3,7 3,7 3,9 3,8 3,6 3,5 3,4 3,6

Confessionnelle - Laïque 3,2 3,4 3,2 3,4 3,3 3,1 3,5 3,1 3,5 3,3

Rurale - Urbaine 3,3 3,1 3,1 3,1 3,0 3,1 3,1 3,2 3,0 3,2

D’après les Basques, la culture basque est Les jeunes de 16 à 29 ans voient la cultu-
assez hospitalière (4,4 sur une échelle de 1 à re basque plus laïque que les autres habi-
5), ainsi que conviviale (4,1), ouverte (3,8) et tants et les aînés de 65 ans la voient plus
futuriste (3,6). Dans une moindre mesure, ils conviviale, plus ouverte, plus futuriste et plus
considèrent la culture basque plus laïque que urbaine.
confessionnelle (3,2) et plus urbaine que rural
(3,1), puisque ces évaluations se trouvent près Plus que les autres habitants, ceux qui se
du point au milieu de l’échelle. sentent plutôt navarrais, navarrais et espagnols,
aussi basques qu’espagnols ou aussi basques
Les habitants du Pays Basque nord, dans que français, plutôt espagnols ou plutôt français
une plus grande mesure qu’ailleurs, considèrent considèrent la culture basque comme individua-
la culture basque comme conviviale et laïque. liste et fermée. De plus ceux qui se sentent plu-
Par contre ceux de la CAB, plus qu’ailleurs, la tôt espagnols ou français la considèrent comme
voient plutôt urbaine. plutôt passéiste.

79
Analyse de l’information: Résultats généraux

Dans la CAB il n’existe pas de grandes dif- [Link].4. Les éléments les plus importants de la
férences entre les bascophones et ceux qui ne culture basque
le sont pas, en ce qui concerne ces opinions.
Par contre en Navarre et au Pays Basque nord Dans le but de poursuivre l’analyse de ce
il y a des différences : les bascophones voient qu’est la culture basque pour les Basques, il
la culture basque plus conviviale, plus ouverte leur a été demandé d’identifier les éléments
et plus rurale que les non-bascophones ; et au qu’ils relient davantage à la culture basque.
Pays Basque nord plus futuriste aussi 26.

3.1.4. Tableau-4

Quels sont pour vous les aspects les plus importants qu’évoque la culture basque ?*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB Un
CAB Navarre Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65 Non Oui
nord peu
La langue basque 53 55 52 43 55 51 61 61 46 42 47 57 62
Les danses 34 33 35 38 26 41 36 32 34 33 37 34 28
La pelote 31 30 34 32 34 28 31 25 32 38 36 25 26
La force basque 30 33 30 9 34 27 30 30 32 28 29 31 32
Les coutumes du pays 24 25 22 27 25 24 23 29 26 16 21 26 29
La gastronomie 22 24 17 19 21 24 25 23 20 21 23 25 19
La musique 15 16 11 19 14 16 14 16 16 16 15 20 13
Les fêtes 9 9 6 18 9 10 14 8 8 9 9 7 12
La littérature écrite 7 8 4 2 7 7 6 8 9 6 6 6 10
Les symboles bas-
ques (ikurriña, mytho- 7 7 7 6 8 7 9 9 6 5 7 8 7
logie…)
Le chant 6 3 3 39 6 6 5 5 7 9 6 3 8
La littérature orale
(conteurs, improvisa- 6 7 3 3 5 7 7 6 8 3 3 6 13
teurs…)
L’architecture, les
3 2 2 10 3 3 1 4 4 3 3 4 2
monuments
Le théâtre basque,
pastorales, masca- 2 2 2 4 2 2 2 2 2 3 2 1 3
rades
Le cinéma en basque 1 1 1 0 1 1 0 2 1 1 1 2 1
Les arts plastiques 1 2 1 1 1 1 1 2 1 1 1 2 2
Autre 9 9 13 7 11 7 8 13 8 7 9 12 8
Je suis indifférent à la
1 0 2 0 0 1 1 0 1 1 1 0 1
culture basque
Nsp / nrp 3 3 5 2 3 4 2 1 3 7 5 1 1

* Les proportions ne totalisent pas 100, parce qu’on pouvait mentionner jusqu’à 3 éléments.

26. Pour analyser les différences dans les groupes


catégoriels de chaque territoire, reportez-vous au CD, Résul-
tats de l’enquête par territoire p. 20, 49 et 78.

80
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Quels sont pour vous les aspects les plus importants qu’évoque la culture basque ?*

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré- Pré- Basque- Prédom.
Natif Natif Bas- Navar-
domi- domi- espa- espa-
Arri- de de que- rais-
nance nance gnols ou gnole Autre
vant parent(s) parents navar- espa-
navar- bas- basque ou fran-
arrivant(s) natifs rais gnol
raise que français çaise
La langue basque 43 59 55 51 67 61 41 47 34 59
Les danses 36 36 32 36 37 33 32 38 36 28
La pelote 33 31 30 31 26 28 43 31 37 37
La force basque 26 33 31 30 37 35 30 30 20 27
Les coutumes du pays 22 23 27 22 34 25 15 26 22 23
La gastronomie 24 23 21 19 12 20 14 29 27 24
La musique 15 17 15 11 14 17 8 16 16 16
Les fêtes 10 9 9 6 9 10 2 9 12 9
La littérature écrite 5 9 8 4 9 8 2 9 3 5
Les symboles basques (ikur-
5 10 7 8 8 9 7 5 6 8
riña, mythologie…)
Le chant 7 4 7 3 3 4 4 6 18 5
La littérature orale (conteurs,
3 6 8 3 7 10 0 3 3 2
improvisateurs…)
L’architecture, les monuments 5 3 2 2 2 2 1 3 6 4
Le théâtre basque, pastorales,
1 2 2 1 2 2 3 2 3 1
mascarades
Le cinéma en basque 1 1 1 1 2 1 1 1 0 0
Les arts plastiques 1 2 1 1 1 1 1 2 0 3
Autres aspects 9 8 10 13 13 9 13 8 7 11
Je suis indifférent à la culture
1 0 1 3 0 1 2 0 1 0
basque
Nsp / nrp 6 2 3 6 0 1 10 2 8 3

* Les proportions ne totalisent pas 100, parce qu’on pouvait mentionner jusqu’à 3 éléments.

L’élément que les Basques relient le plus à Les bascophones, ceux qui ont moins de
la culture basque est la langue basque, suivie 46 ans et ceux qui se considèrent plutôt bas-
des danses, la pelote et la force basque. On a ques ou basques-navarrais ont mentionné la
mentionné moins souvent les coutumes et la langue basque dans une plus grande mesure
gastronomie, et encore moins souvent la musi- que les autres groupes. En tout cas, la langue
que, les fêtes, les symboles basques, la littéra- basque est l’élément le plus souvent cité par
ture écrite, le chant et la littérature orale. toutes les catégories, à l’exception de ceux qui
se sentent plutôt espagnols ou plutôt français
Au Pays Basque nord, on a mentionné plus (ils citent plus souvent la danse et la pelote) ;
souvent que dans les autres territoires le chant, à l’exception également de ceux qui se sen-
les fêtes et l’architecture et les monuments tent à la fois navarrais et espagnols (eux aussi
comme des éléments reliés à la culture basque mentionnent la pelote légèrement plus que le
et on a mentionné moins souvent que dans les basque).
autres territoires la langue basque, la force bas-
que et la littérature.

81
Analyse de l’information: Résultats généraux

[Link].5. La promotion des activités culturelles

3.1.4. Tableau-5

Aimeriez-vous qu’il y ait davantage d’animations et d’activités en lien avec la culture basque ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB 16- 30- 46- ≥ Un
CAB Navarre Homme Femme Non Oui
nord 29 45 64 65 peu
Oui, j’aimerais bien 55 60 46 39 56 55 61 58 53 49 44 62 71
Peu m’importe 25 23 36 24 25 26 25 24 26 28 35 20 12
Non, je n’en sens pas le
16 14 15 32 16 15 11 14 19 18 17 14 14
besoin
Nsp / nrp 4 4 3 5 4 4 3 4 3 6 4 4 3
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré- Basque- Prédom.
Natif Natif Pré- Navar-
domi- Basque- espa- espa-
Arri- de de domi- rais-
nance navar- gnol ou gnole Autre
vant parent(s) parents nance espa-
navar- rais basque- ou fran-
arrivant(s) natifs basque gnol
raise français çaise
Oui, j’aimerais bien 40 57 62 35 90 75 18 44 29 51
Peu m’importe 36 26 20 45 3 11 55 34 40 32
Non, je n’en sens pas le
18 13 16 15 6 12 25 19 22 14
besoin
Nsp / nrp 6 4 2 4 1 2 3 3 8 4
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

La majorité des gens (55%) voudraient qu’il indifférence a été exprimée par ces deux der-
y ait davantage d’activités en lien avec la culture niers groupes, ainsi que par ceux qui se sentent
basque, 25% disent que cela leur est indifférent plutôt navarrais.
et 16% n’en ressentent pas le besoin. Ceux qui
se sont montrés les plus favorables à ce qu’il Dans la CAB et en Navarre, plus on est jeune
y ait plus d’activités en relation avec la culture et plus l’attitude est favorable à la promotion de
basque sont les habitants de la CAB. Presque ce genre d’activités. Aussi bien en Navarre qu’au
un tiers (32%) des habitants du Pays Basque Pays Basque nord, il est remarquable que ceux
nord n’en voient pas la nécessité. qui sont les plus favorables à ce qu’il y ait des
activités reliées à la culture basque sont ceux qui
Les jeunes, les bascophones, ceux qui sont savent un peu de basque27.
nés au Pays Basque et ceux qui se sentent plu-
tôt basques ou basques-navarrais ont exprimé
une attitude plus favorable à la promotion de
ces activités. L’attitude inverse correspond à 27. Pour analyser les données dans les groupes caté-
ceux qui se sentent navarrais et espagnols, plu- goriels par territoire, reportez-vous au CD, Résultats de l’en-
tôt espagnols ou plutôt français ; la plus grande quête par territoire p. 21, 51 et 80.

82
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

3.1.4. Tableau-6

Quels aspects de la culture basque devraient être plus soutenus ?*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
CAB Navarre PB nord Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65 Non Un peu Oui

La langue basque 27 26 34 24 27 27 29 27 27 22 23 24 33

Les danses 26 24 35 31 22 30 25 21 28 32 35 20 18

Le cinéma en
23 26 13 12 24 22 25 29 22 11 13 20 35
basque

La musique 22 21 25 25 19 25 26 19 22 21 23 25 20

Le théâtre en bas-
que, pastorales, 19 19 18 16 15 23 22 22 18 10 12 21 26
mascarades

La force basque 19 19 20 7 21 17 17 16 23 20 24 21 12

La littérature
15 16 12 8 13 17 17 15 12 15 12 11 20
écrite

Les coutumes du
15 14 15 21 13 17 15 17 14 14 15 21 11
pays

Les fêtes 13 13 8 21 15 11 19 12 9 9 14 15 10

La pelote 9 8 13 15 13 6 6 7 11 15 13 8 6

La littérature orale
(conteurs, improvi- 9 9 5 12 7 10 6 9 10 9 6 10 10
sateurs)

Le chant 7 5 6 33 5 8 4 5 8 11 8 4 7

La gastronomie 6 5 9 13 8 5 8 6 5 7 9 5 4

Les arts plasti-


5 5 4 4 6 3 4 5 5 4 4 6 4
ques

L’architecture, les
4 4 2 8 5 3 5 5 3 2 5 5 2
monuments

Les symboles
basques (ikurriña, 4 3 4 6 4 3 5 3 4 1 3 3 5
mythologie…)

Autres aspects 10 10 12 8 11 9 10 13 9 7 8 12 12

Nsp / nrp 5 5 5 3 5 4 3 5 5 8 6 5 4

* Question posée uniquement à ceux qui aimeraient qu’il y ait davantage d’activités en lien avec la culture basque. (55% de
la population). Les proportions ne totalisent pas 100 parce qu’on pouvait mentionner jusqu’à 3 éléments.

83
Analyse de l’information: Résultats généraux

Quels aspects de la culture basque devraient être plus soutenus ?*

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Natif Natif Prédomi- Bas- Pré- Navar- Basque- Prédom.
Arri- de de nance que- domi- rais- espagnol espa-
Autre
vant parent(s) parents navar- navar- nance espa- ou basque- gnole ou
arrivant(s) natifs raise rais basque gnol français française
La langue basque 19 24 31 29 42 31 14 17 15 22
Les danses 33 22 25 34 35 21 56 31 32 26
Le cinéma en basque 13 24 25 4 23 29 3 18 12 12
La musique 25 23 20 21 21 22 21 19 26 29
Le théâtre en basque
12 19 21 10 20 22 9 16 12 16
(pastorales, mascarades)
La force basque 20 22 17 22 17 18 30 23 15 19
La littérature écrite 8 17 16 5 16 17 0 13 6 13
Les coutumes du pays 16 15 14 17 16 16 6 10 14 13
Les fêtes 13 14 12 6 11 13 3 11 15 19
La pelote 13 8 9 23 7 6 29 12 18 8
La littérature orale
6 9 9 3 5 10 3 6 6 5
(conteurs, improvisateurs)
Le chant 9 4 7 7 5 6 3 4 24 6
La gastronomie 11 5 6 12 6 5 13 6 11 12
Les arts plastiques 3 6 4 3 4 5 3 4 1 4
L’architecture, les monu-
3 6 3 2 1 3 3 5 4 3
ments
Les symboles basques
3 4 4 3 5 4 3 2 2 1
(ikurriña, mythologie…)
Autres aspects 11 9 11 12 13 11 10 9 9 10
Nsp / nrp 6 4 5 9 2 3 10 8 8 2

* Question posée uniquement à ceux qui aimeraient qu’il y ait davantage d’activités en lien avec la culture basque. (55% de
la population). Les proportions ne totalisent pas 100 parce qu’on pouvait mentionner jusqu’à 3 éléments.

Selon les personnes qui se sont montrées Pays Basque nord le chant et les danses et dans
favorables à ce qu’il y ait plus d’activités avec la la CAB la langue basque, le cinéma en basque et
culture basque, les éléments qui devraient être les danses. Les femmes mentionnent plus sou-
plus soutenus seraient la langue basque, les vent que les hommes les danses, le théâtre et
danses, le cinéma en basque et la musique. la musique et les hommes la force basque et la
pelote. Les bascophones mentionnent plus sou-
En Navarre, on a mentionné comme éléments vent que les autres la langue basque, le cinéma
à soutenir la langue basque et les danses, au et le théâtre en basque et la littérature écrite.

84
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

[Link].6. La culture basque et la mondialisation

3.1.4. Tableau-7

Que représente la culture mondialisée pour la culture basque ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu
Un réel obstacle + plutôt
26 29 24 18 31 23 33 31 25 16 20 35 34
un obstacle
Sans influence 17 15 19 30 18 17 16 18 18 16 21 13 13
Un réel enrichissement +
26 28 18 34 27 25 23 32 28 21 26 27 25
plutôt un enrichissement
Nsp / nrp 30 28 39 19 25 35 28 20 29 47 33 25 27
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré-
Pré- Basque-
Natif Natif Pré- Navar- dom.
domi- Basque- espa-
Arri- de de domi- rais- espa-
nance navar- gnols ou Autre
vant parent(s) parents nance espa- gnole
navar- rais basque
arrivant(s) natifs basque gnol ou fran-
raise français
çaise
Un réel obstacle + plutôt
18 29 30 19 47 35 9 21 16 27
un obstacle
Sans influence 21 17 15 21 13 13 24 20 26 20
Un réel enrichissement +
26 28 25 18 22 28 15 29 24 30
plutôt un enrichissement
Nsp / nrp 34 25 30 44 18 25 52 30 34 23
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

Beaucoup de personnes enquêtées (30%) Au Pays Basque nord, il existe une opinion
n’ont exprimé aucune opinion au sujet de l’in- plus positive qu’au sud au sujet de l’influence
fluence de la culture mondialisée sur la culture de la culture mondialisée sur la culture basque ;
basque. 26 % pensent que la culture mondiali- 34% pensent qu’il s’agit plutôt d’un enrichisse-
sée est un réel obstacle ou plutôt un obstacle ment ou d’un réel enrichissement. De plus au
pour la culture basque et dans la même propor- Pays Basque nord ceux qui n’ont pas exprimé
tion on pense qu’il s’agit plutôt d’un enrichisse- leur opinion sont moins nombreux que dans les
ment ou d’un réel enrichissement. Selon 17% la autres territoires. Chez les jeunes, chez ceux qui
culture mondialisée n’a pas d’influence sur la savent le basque bien ou un peu et chez ceux qui
culture basque. se sentent plutôt basques ou basque-navarrais la
tendance à voir la culture mondialisée comme un
obstacle pour la culture basque est plus grande
que dans les autres groupes.

85
Analyse de l’information: Résultats généraux

3.1.4. Tableau-8

Et que représente la culture basque pour la culture mondialisée ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu
Un réel obstacle +
5 5 6 4 7 5 7 8 4 3 4 8 7
plutôt un obstacle
Sans influence 30 29 27 43 33 27 30 32 32 24 31 31 28
Un réel enrichisse-
ment + plutôt un 35 38 28 33 38 34 36 41 36 26 32 39 40
enrichissement
Nsp / nrp 29 27 39 19 23 35 27 19 28 47 33 22 25
(Pourcentages verti-
100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
caux)

ORIGINE SENTIMENT IDENTITAIRE PREDOMINANT


Pré- Basque- Prédom.
Natif Natif
domi- Basque- Prédomi- Navar- espagnol espa-
Arri- de de
nance navar- nance rais-espa- ou bas- gnole Autre
vant parent(s) parents
navar- rais basque gnol que- ou fran-
arrivant(s) natifs
raise français çaise
Un réel obstacle +
3 7 7 7 11 7 3 3 4 5
plutôt un obstacle
Sans influence 33 31 28 27 29 28 26 30 39 33
Un réel enrichisse-
ment + plutôt un 30 38 37 23 42 40 19 39 24 38
enrichissement
Nsp / nrp 34 24 29 44 18 24 53 28 33 24
(Pourcentages verti-
100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
caux)

29% n’ont pas exprimé leur opinion au sujet aucune influence. Dans ce cas les 30-45 ans, les
de l’influence de la culture basque sur la culture bascophones et ceux qui se sentent basques,
mondialisée, mais dans ce cas 5% disent que basques-navarrais, ou basques autant qu’espa-
la culture basque est un obstacle à la culture gnols ou français sont ceux qui ont le plus forte-
mondialisée et au contraire 35% pensent que ment exprimé que la culture basque représente
c’est un enrichissement. 30% pensent qu’il n’y a une richesse pour la culture globalisée.

86
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

LA CULTURE BASQUE : CONCLUSIONS PRINCIPALES DE L’ENQUÊTE

4La majorité des gens relient le concept de 4La majorité des Basques aimeraient qu’il
culture basque à des thèmes et des groupes y ait davantage d’activités en lien avec la
concrets ; ils sont moins nombreux ceux qui culture basque ; et, d’après eux, les élé-
l’identifient à un cadre géographique déter- ments qu’il faudrait soutenir en priorité sont
miné, et encore moins nombreux ceux qui la langue basque, la danse, le cinéma en
pensent que la culture basque est celle qui basque et la musique.
se fait en langue basque. C’est dire que la
majorité des gens pensent que la culture 4Beaucoup de doutes ont apparus au sujet
basque est celle qui traite du Pays Basque de l’influence réciproque qui pourrait exis-
ou bien celle qui est produite par des artis- ter entre la culture basque et la culture
tes du Pays Basque ; ils sont moins nom- mondialisée ; ils sont aussi nombreux ceux
breux ceux qui pensent que c’est quelque qui pensent que la culture mondialisée est
chose qui se fait au Pays Basque ou quelque un obstacle pour la culture basque que
chose qui se fait en langue basque. ceux qui pensent que c’est un enrichis-
sement. Par contre, la culture basque est
4L’opinion la plus répandue parmi les Navar- considérée plus souvent comme un enri-
rais est que la culture navarraise fait par- chissement que comme une obstacle pour
tie de la culture basque. Une opinion tout la culture mondialisée.
aussi répandue soutient que les cultures
basque et navarraise sont des cultures dif- 4Nous voyons une contradiction apparente
férentes qui coexistent en Navarre. Mais ils en ce qui concerne la place donnée à la
sont moins nombreux ceux qui disent que la langue basque à l’intérieur de la culture
culture navarraise est spécifique à la Navarre basque : d’une part on nie que le bas-
et que la culture basque est quelque chose que soit une condition indispensable pour
d’étranger venant d’un autre territoire. qu’une création puisse être considérée
comme culture basque et d’autre part on
4Les Basques considèrent la culture bas- considère la langue basque comme un
que comme assez hospitalière, conviviale, élément très important dans la culture
ouverte et futuriste. Entre les extrêmes basque. Il semble qu’on s’interroge sur
confessionnelle - laïque et rurale - urbaine la le rapport de la langue et de la culture
culture basque se situe sur la médiane. basque, mais des problèmes apparaissent
quand il s’agit d’exclure de la culture bas-
4L’élément qui est le plus relié à la culture que tout ce qui ne se fait pas en basque.
basque est la langue basque, suivie des Cela peut être un thème de recherche à
danses, la pelote et la force basque. approfondir dans l’avenir.

[Link]. Résultats de l’analyse qualitative basque. Cette interprétation s’appuie sur


la centralité de la langue comme étant la
[Link].1. Définition de la culture basque meilleure expression pour définir la culture
basque et, dans ce cas, les protagonistes
La première conclusion qu’on peut tirer des de la culture basque seraient surtout les
discussions de l’ensemble des groupes réunis bascophones. De ce point de vue, préten-
dans les différentes zones géographiques, c’est dre incorporer un autre élément au même
le constat d’un manque de définition claire de la niveau et avec la même importance que la
culture basque. On a rencontré plusieurs points langue mettrait en péril la singularité de la
de vue sur ce qu’est ou n’est pas la culture bas- culture basque.
que. Nous en mentionnons ici les principaux.
• D’autre part on trouve ceux qui font allu-
• D’une part des voix se font entendre qui sion au cadre géographique comme la
situent la langue basque comme l’élé- meilleure formule pour définir ce qui est
ment caractéristique de l’espace culturel ou n’est pas la culture basque : La cultu-

87
Analyse de l’information: Résultats généraux

re basque c’est tout ce qui est produit de vue qui restreint la culture basque à ce qui a
dans l’espace culturel basque, assurent-ils. trait à la langue basque est moins présent que
Dans cette acception, la langue basque chez les bascophones. De fait, dans le cas des
serait reléguée au second plan et la défini- personnes non-bascophones, il semble possible
tion donnerait de l’importance à l’espace d’établir une différence entre la réalité et ce qui
et aux personnes liées aux territoires. De devrait être selon leur critère : ils aimeraient
ce dernier point de vue, réduire la culture que la définition de la culture basque soit plus
à la langue est interprétée comme un acte large, mais ils admettent que la société puisse
d’exclusion d’un secteur de la population opter pour une définition plus restrictive qui lie
qui, parce qu’il ne connaît pas la langue, ce qui est basque à l’univers de la langue bas-
ne pourrait pas assurer sa participation à que, et voilà pourquoi ils se sentent en marge
l’univers culturel basque. de la culture basque.

• Entre ces deux points de vue se situent L’amalgame des points de vue que l’on peut
d’autres opinions qui ne restreignent pas rencontrer dans la CAB ne se manifeste pas
les limites de la culture basque à ce qui avec les mêmes paramètres en Navarre, où les
se fait exclusivement en basque, mais qui limites de la culture basque sont plus claire-
n’accepte pas non plus que tout ce qui ment définies par la langue : pour la majorité
se fait sur tout le territoire du Pays Bas- de la population la culture basque c’est ce qui
que soit forcément de la culture basque. se fait en langue basque. De plus la Navarre
Des caractéristiques propres, comme la compte sur la particularité d’une identité forte
thématique abordée dans les œuvres ou en marge de l’identité basque et sur la capacité
les produits culturels, des traits comme le qu’a l’identité navarraise de rivaliser avec l’iden-
caractère revendicatif, etc. peuvent faire tité basque.
qu’une expression culturelle soit considé-
rée comme basque, indépendamment de A mesure que s’approfondissent les dis-
la langue utilisée. On donne comme exem- cussions des groupes en Navarre, la définition
ple le rock radical basque. Autrement dit, va en s’élargissant à tel point qu’on conçoit
si l’on suit ce point de vue, il semble que comme basque tout ce qui peut se référer à
pour qu’une chose faite au Pays Basque Euskadi, même si ce n’est pas une création en
soit considérée comme faisant partie de langue basque : ainsi on cite comme exemples
la culture basque, il faut qu’elle ait une une série de thématiques ou d’attitudes qui,
référence basque, mais le fait qu’elle soit dans la plupart des cas, ont quelque chose à
faite en basque ne serait pas une condi- voir avec le caractère revendicatif qui caracté-
tion indispensable. Cela inclut l’impos- rise habituellement les Basques.
sibilité de dire que tout ce qui se fait en
basque puisse être de la culture basque. Dans le cas de la Navarre, on peut dire qu’à
mesure que s’accroît l’importance de la culture
Ces types d’interprétation mettent en évi- non-basque, la définition de la culture basque
dence les difficultés et les doutes au moment devient plus restrictive. C’est dire que dans la
de concrétiser les limites de la culture basque. région de Sakana la culture en basque a un
De fait, tout au long de la recherche, on a pu poids important et, de fait, des éléments de la
démontrer dans beaucoup d’occasions qu’il vie quotidienne sont considérés comme faisant
n’existait pas un discours prédéfini à ce sujet, partie de la culture basque : les groupes d’amis,
et vue la facilité avec laquelle ceux qui ont par- la tournée des bars, les fêtes … Cependant à
ticipé aux groupes changeaient d’opinion en mesure que la recherche se déplace vers des
cours de réunion, on pourrait arriver à la conclu- zones moins bascophones, l’espace accordé
sion qu’il n’existe pas une réflexion préétablie à la culture basque se réduit également et les
sur cette question. éléments de la vie quotidienne ne sont plus
associés à la culture basque.
Les divers points de vue sur les limites de
la culture basque revêtent une importance dif- Au Pays Basque nord également on trouve
férente dans chacun des territoires. Ainsi dans une situation similaire, bien que dans ce cas, de
la CAB on peut trouver toutes les définitions l’avis des gens, la relation entre langue basque
sans qu’aucune ne prédomine d’une manière et culture basque soit plus étroite. La culture
significative sur les autres. Parmi les non-bas- basque, assure-t-on, est seulement celle qui a
cophones, comme cela paraît logique, le point quelque chose à voir avec le monde bascopho-

88
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

ne, mais malgré cela il s’agirait d’une définition La valeur de la tradition suscite une esti-
d’une culture qui paraît comme perméable aussi me très différente de la part des uns et des
aux non-bascophones, surtout à partir des expé- autres. Vue par les bascophones et les basqui-
riences de la vie quotidienne. Dans ce territoire, sants, la tradition apparaît comme un élément
les discours des basquisants et des non bas- très apprécié à l’intérieur de la culture basque ;
quisants se ressemblent beaucoup quand ils se ils se félicitent même de sa capacité à survivre
réfèrent à la culture basque. La principale dif- dans l’adversité. D’un autre côté ce même
férence réside en ce que pour les basquisants groupe souligne la nécessité de développer la
la culture est une expression vivante, alors que tradition pour l’incorporer aux temps nouveaux
les non basquisants la conçoivent et en parlent et contribuer à l’ouverture de l’ensemble de la
forcément de l’extérieur. culture. Vue par quelques non-bascophones et
quelques non basquisants, la tradition apparaît
Il semble qu’au Pays Basque nord, une comme ancrée dans le passé et dévalorisée.
vision commence à apparaître qui associe la Ce problème est aggravé, affirme-t-on, par l’at-
culture basque à la modernité et à la résistance titude de tel secteur bascophone qui ferait
face à la mondialisation, et en ce sens certains preuve d’une position monolithique et d’un
éléments qui rendent possible l’expression de rejet de toute sorte de critique ou d’interroga-
l’identité basque prennent de l’importance pour tion au sujet de la tradition.
ceux qui ne possèdent pas l’élément principal,
la langue basque. Cependant il s’agit de très S’agissant de la tradition, le groupe des
petits pas, puisque surtout en milieu urbain, la adultes est en général celui qui montre un plus
langue basque est associée à la tradition, au grand attachement à l’égard des coutumes et
milieu rural et au passé. des expressions culturelles plus traditionnelles
et folkloriques. Les jeunes apparaissent cepen-
Une autre variable importante qui a des dant comme plus en retrait.
incidences sur ces définitions est celle de l’âge,
puisque, en fonction de ce qui a été détecté Dans le milieu urbain la culture comme
dans l’étude qualitative, les jeunes seraient les tradition est vue comme quelque chose d’exté-
plus enclins à défendre une culture basque plus rieur et d’étranger à la vie quotidienne des per-
détachée de la langue ; les jeunes, y compris sonnes. En milieu rural, au contraire, la culture
les bascophones ou basquisants, ont une plus traditionnelle paraît être plus en relation avec
grande facilité à élargir la culture basque. l’expérience de vie des personnes, dans leur
environnement physique et humain. Au Pays
Basque nord cette différenciation entre l’urbain
[Link].2. Les composantes de la culture basque et le rural se traduit par les différences entre
la côte et l’intérieur. Alors qu’à l’intérieur la
A travers les analyses des divers points de tradition est une réalité vivante, sur la côte
vue sur la délimitation de la culture basque, un elle se transforme plutôt en publicité pour les
autre centre d’intérêt concerne les éléments qui touristes ; dans ce cas la tradition acquiert
composent la culture basque. On peut dire que une connotation plus négative en devenant un
dans les trois territoires on trouve des représen- spectacle folklorique. Voilà pourquoi, au Pays
tations de la culture comprise comme tradition, Basque nord, c’est précisément à partir de
comme création et comme vie quotidienne. la côte qu’apparaissent des demandes plus
insistantes d’évolution de la culture vers des
Quant à la culture comprise comme tradi- paramètres de modernité.
tion, les groupes donnent de l’importance à
cette tradition au moment de définir les compo- Quant à la culture comprise comme créa-
santes de la culture basque. tion, le premier point qu’il convient de souligner
est le fait que c’est le sujet pour lequel on a pu
La tradition engendre des corrélations confu- recueillir le moins de discours. C’est seulement
ses et problématiques. D’une part on fait allusion dans la CAB et à de rares occasions qu’on a pu
à la fréquente capitalisation de la tradition par le recueillir des réflexions ou des références qui
discours politique. D’autre part on signale la diffi- fassent allusion à cette question. En Navarre le
culté de situer la tradition dans le contexte actuel thème de la création est traité superficiellement.
et de lui attribuer un caractère plus contempo- Au Pays Basque nord le discours est centré sur
rain. Mais aussi on note la richesse, la singula- le manque des moyens et des appuis institu-
rité et la diversité de la tradition basque. tionnels des artistes qui essaient de développer

89
Analyse de l’information: Résultats généraux

tout type d’initiative : la majorité des références tification quotidienne comme culture basque
sont centrées sur le théâtre qui y acquiert ainsi partagée par tous n’est pas aussi claire.
un plus grand degré de protagonisme que dans
les autres territoires. Chez les jeunes, les espaces de loisirs
acquièrent une importance particulière car ils
Il semble que le seul domaine qui provo- rendent possible que diverses catégories (bas-
que un discours quelque peu élaboré soit la cophones, non-bascophones, etc.) se rencon-
musique, activité qui devient un espace d’ex- trent dans le cadre d’événements qui pourraient
périmentation où la culture basque est capable paraître destinés à un public bascophone. De
de s’articuler et de se mélanger avec d’autres cette manière on peut démontrer comment des
cultures. Au Pays Basque nord la musique est manifestations comme les fêtes d’ikastola sont
aussi utilisée pour rapprocher le collectif des capables d’attirer des groupes très divers. Au
jeunes de la culture basque à travers la réalisa- Pays Basque nord la rebasquisation progres-
tion de festivals de rock. Ces fêtes deviennent sive des fêtes prend une signification particu-
dans de nombreux cas un espace où les jeunes lière : ce sont des espaces et des moments où,
entrent en contact pour la première fois avec un comme dans le cas de la musique, les jeunes
environnement bascophone, par le biais d’un sont entrés en contact avec le monde basco-
langage qui, de plus, coïncide avec leur goût et phone d’une manière naturelle.
leur désir.
Pour tout cela il paraît également néces-
A l’exception de la musique, on ne voit pas saire de travailler à la recherche d’éléments qui
de référence commune répartie dans tous les permettent l’ouverture de la culture à partir de
territoires. Il n’y a pas de figures capables de nouvelles références, ainsi que la rencontre de
devenir des symboles ou d’images qui traverse- catégories et de personnalités totalement déta-
raient les frontières politico-administratives. chées de la politique, nullement identifiées à une
quelconque idéologie et qui soient capables de
Quant à la culture comprise comme vie quo- rapprocher de la culture basque des personnes
tidienne, on peut signaler qu’elle devient un qui n’y sont pas immergées. Pour les non-basco-
espace qui gagne un poids notable au moment phones et les non basquisants il est très positif
de définir les contours de la culture basque. de trouver des expériences de coopération qui,
Ceux qui accordent moins d’importance à la à partir du monde de la langue basque, vont
langue basque lorsqu’il s’agit de définir le fait à la rencontre des autres cultures. Egalement
basque attachent davantage d’importance aux tous semblent accepter de recourir à la tradition,
relations, aux comportements, aux façons de toujours quand il s’agit d’avancer et d’ouvrir le
travailler et de se rassembler. concept de culture à de nouvelles dimensions.

Ce sont les groupes non-bascophones qui Dans les réflexions des groupes, il convient
réalisent un plus grand développement de cette de souligner que beaucoup expriment leur
notion de quotidienneté et de ces différentes mal-être d’être restés en dehors de certaines
expressions. Face à la langue qu’ils ne domi- activités culturelles, à cause des obstacles lin-
nent pas, ou face aux traditions avec lesquel- guistiques. Ils éprouvent de la curiosité pour les
les ils ne s’identifient pas toujours, la culture improvisations, les danses … mais ils disent
vivante est celle qui leur permet de définir leur qu’ils ne peuvent pas accéder à ces expres-
identité comme Basques : la capacité de s’or- sions propres à la culture basque ; ils vivent la
ganiser collectivement, la solidarité, le caractère langue comme une limitation pour leur vie cultu-
revendicatif, les manières de communiquer, les relle. Ouvrir des ponts vers la culture bascopho-
sociétés gastronomiques, la tournée des bars, ne peut être une voie efficace pour diminuer la
le travail de voisinage. frustration que ressentent ces personnes.

Pour quelques groupes, la culture quoti-


dienne s’érige en synonyme de notre culture. La [Link].3. La culture basque et la mondialisation
culture vivante, autrement dit la culture quoti-
dienne génère un espace où se localise la cultu- Le phénomène de la mondialisation recen-
re basque partagée par tous. Cette réflexion, tre le débat sur l’avenir de la culture basque.
comme nous l’avons mentionné auparavant, Ainsi, les groupes de discussion ont signalé
correspond mieux à ce qui se passe dans la les aspects positifs et négatifs que présente le
CAB, alors que dans les autres territoires l’iden- développement de ce phénomène.

90
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Parmi les aspect positifs on signale : • les liens entre la mondialisation, l’écono-
mie et la consommation ;
• l’élargissement des moyens de connais-
sance et de communication ; • l’uniformisation culturelle ;

• les possibilités de contact et de mélange • la dissolution des différents styles de vie,


entre les cultures ; de la culture vivante.

• les possibilités d’ouverture et de diffusion C’est dans les discours du Pays Basque
vers l’extérieur. nord qu’on sent le plus la poussée de la globa-
lisation : les groupes affirment qu’ils se sentent
Parmi les aspects négatifs on signale : immergés dans le processus de mondialisation
et d’uniformisation, et qu’ils en vivent déjà les
• la méfiance au vu des résultats ; conséquences.

3.1.5. Les pratiques culturelles

[Link]. Les résultats de l’enquête

[Link].1. La participation aux activités culturelles

3.1.5. Tableau-1

Au cours des 3 derniers mois, combien de fois avez-vous été à un spectacle ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
% de ceux qui sont DU BASQUE
TOTAL
allés au moins 1 fois PB Un
CAB Navarre Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65 Non Oui
nord peu
Cinéma 45 46 44 40 47 43 73 54 37 10 37 57 52
Concert 28 29 27 23 30 27 57 26 17 13 22 36 35
Musées ou expositions 26 28 24 19 28 25 24 33 28 17 25 33 25
Danses basques 24 26 20 20 25 23 19 28 29 17 22 27 26
Visites de monuments 23 24 22 16 24 21 21 30 23 13 23 31 18
Théâtre 14 15 14 12 11 17 13 14 18 11 14 14 15
Conférences 9 9 9 4 9 8 9 8 10 7 7 12 11
Joutes d’improvisation 9 11 4 7 9 10 9 8 10 11 6 10 15
Pastorale ou mascarade 3 2 1 14 3 3 3 2 4 2 2 3 4
Danses contemporaines
3 3 3 8 3 4 3 3 5 3 3 4 3
ou classiques

Parmi les activités culturelles au sujet des- une exposition, 24% ont assisté à un spectacle
quelles la question de la fréquentation a été de danses basques et 23% ont visité un monu-
posée, la plus pratiquée par les habitants du ment. Ils sont moins nombreux ceux qui ont été
Pays Basque est d’aller au cinéma : 45% y sont au théâtre (14%), à une conférence (9%), à un
allés au moins une fois les 3 derniers mois. Par spectacle d’improvisation (9%) de pastorale ou
ailleurs 28% des gens sont allés au moins une mascarade (3%) ou de danses classiques ou
fois au concert, 26% ont visité un musée ou contemporaines (3%).

91
Analyse de l’information: Résultats généraux

Sur le second tableau nous avons analysé petit nombre de cas, on ne peut pas garantir la
la langue qui a été utilisée pour ces activités fiabilité des données.
culturelles. On n’a pas recueilli d’informations
au sujet de la langue dans les spectacles d’im- C’est évident qu’il est difficile d’évaluer
provisation, les pastorales et les mascarades, exactement l’usage linguistique sans analyser
puisqu’ils ont lieu toujours en basque. Nous l’offre culturelle qui existe pour chaque langue.
ne montrons pas non plus les données sur les Voilà pourquoi nous avons considéré qu’il était
langues utilisées dans la danse classique ou intéressant d’analyser en quelle langue ont eu
contemporaine ou classique, puisque, du fait du lieu ces activités.

3.1.5. Tableau-2

Usage des langues dans les activités culturelles*

CONNAIS-
% de fréquence de cha- TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE SANCE
que langue sur l’ensem- TOTAL DU BASQUE
ble des événements PB 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu
CINEMA
Princip. en espagnol, en
94 94 98 88 94 94 96 93 92 94 98 93 91
français
Principalement en basque 2 2 1 2 1 3 1 2 4 2 0 4 2
En bilingue, autre langue
4 4 1 10 4 3 3 4 4 4 2 3 6
ou pas de langue
CONCERTS
Princip. en espagnol, en
51 49 67 34 48 56 48 56 52 58 65 50 40
français
Principalement en basque 24 26 16 24 25 22 31 18 12 12 7 17 43
En bilingue, autre langue
25 25 17 42 26 22 21 26 36 30 28 33 16
ou pas de langue
MUSEES OU EXPOSITIONS
Princip. en espagnol, en
44 35 71 55 45 42 45 38 48 47 52 31 37
français
Principalement en basque 4 4 1 7 5 2 2 5 4 4 2 1 10
En bilingue, autre langue
53 60 28 38 50 55 53 57 48 49 46 68 53
ou pas de langue
DANSES BASQUES
Princip. en espagnol, en
9 5 30 20 10 9 9 6 13 8 15 3 5
français
Principalement en basque 77 86 41 55 74 79 75 85 71 75 69 84 84
En bilingue, autre langue
14 10 29 25 16 12 16 9 16 16 16 13 11
ou pas de langue
MONUMENTS
Princip. en espagnol, en
52 54 45 49 53 51 43 60 60 27 58 43 47
français
Principalement en basque 3 2 4 6 3 2 2 4 2 1 2 3 3
En bilingue, autre langue
45 44 51 46 43 47 55 36 38 72 39 54 49
ou pas de langue
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
* L’information contenue dans ces tableaux indique, pour l’ensemble des habitants, le pourcentage de fois où une activité a
été réalisée dans telle ou telle langue. Pour les activités qui n’utilisent aucune langue, par exemple les spectacles de danse,
les visites de monuments sans explication verbale, on a tenu compte de la langue de présentation ou de signalisation.

92
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Usage des langues dans les activités culturelles*

CONNAIS-
% de fréquence de cha- TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE SANCE
que langue sur l’ensem- TOTAL DU BASQUE
ble des événements PB 16- 30- 46- Un
CAB Navarre Homme Femme ≥ 65 Non Oui
nord 29 45 64 peu
THEATRE
Princip. en espagnol, en
86 85 92 81 89 84 87 83 86 93 98 81 68
français
Principalement en basque 11 14 5 10 9 13 12 15 12 0 1 14 30
En bilingue, autre langue
2 1 3 10 2 2 1 1 2 7 1 6 2
ou pas de langue
CONFERENCES
Princip. en espagnol, en
82 78 98 77 76 87 78 80 89 75 93 86 59
français
Principalement en basque 6 7 1 0 6 6 8 3 7 5 0 0 21
En bilingue, autre langue
12 15 1 23 18 7 14 17 4 19 7 14 21
ou pas de langue
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
* L’information contenue dans ces tableaux indique, pour l’ensemble des habitants, le pourcentage de fois où une activité a
été réalisée dans telle ou telle langue. Pour les activités qui n’utilisent aucune langue, par exemple les spectacles de danse,
les visites de monuments sans explication verbale, on a tenu compte de la langue de présentation ou de signalisation.

Au sujet de la langue utilisée dans ces acti- cinéma (2%), comme nous l’avons mentionné
vités, nous pouvons dire que la situation est très auparavant. Par conséquent, dans la majorité
déséquilibrée. Dans l’activité la plus pratiquée, des activités culturelles, et surtout dans celles
le cinéma, la présence du basque est minime : qui sont les plus fréquentées, la langue prédo-
seulement 2% de l’ensemble des habitants ont minante est l’espagnol ou le français.
été à un film basque. La présence la plus forte
du basque se trouve dans le milieu de la danse Dans la CAB on pratique plus d’activités
basque (77% principalement en basque). Dans culturelles en basque que dans les autres ter-
24% des cas les concerts ont été écoutés en ritoires, encore que les cas où on arrive à un
basque. La présence du basque est plus faible pourcentage significatif soient très peu nom-
au théâtre (11%), dans les conférences (6%), breux. Les bascophones, comme on pouvait s’y
dans les visites de musées ou d’expositions attendre, ont une plus grande tendance à fré-
(4%), dans les visites de monuments (3%) et au quenter les activités culturelles en basque.

[Link].2. Consommation d’émissions télévisées en basque

3.1.5. Tableau-3

Au cours des 3 derniers mois, combien de fois avez-vous regardé la télévision basque ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
TOTAL DU BASQUE
CAB Navarre PB nord Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65 Non Un peu Oui
Tous les jours 22 26 14 13 23 22 25 24 20 20 6 20 54
Une ou plusieurs fois la
21 24 13 15 23 18 23 21 19 20 15 25 27
semaine
De temps en temps 25 25 24 21 26 24 23 24 27 25 30 29 13
Jamais 32 25 49 51 28 36 29 31 33 36 49 25 6
Nsp / nrp 0 0 0 1 0 0 0 0 0 0 0 0 0
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

93
Analyse de l’information: Résultats généraux

22% des Basques disent qu’ils voient la télé- autres groupes d’âge à voir la télévision en
vision en basque chaque jour, 21% une ou autre basque. On attire l’attention que 6% des non-
fois par semaine et 25% moins fréquemment. bascophones disent voir la télévision en bas-
32% ne voient jamais la télévision en basque. que tous les jours et 15% une ou autre fois par
semaine. 54% des bascophones voient la télé-
Les habitants de la CAB sont ceux qui vision en basque tous les jours et 27% une ou
voient le plus souvent la télévision en basque, autre fois par semaine. Parmi ceux qui savent
environ la moitié des gens de Navarre et du un peu de basque 20% voient la télévision en
Pays Basque nord ne la voient jamais en bas- basque tous les jours et un autre 25% une ou
que. Les jeunes sont plus nombreux que les autre fois par semaine.

[Link].3. La consommation d’émissions radiophoniques en basque

3.1.5. Tableau-4

Au cours des 3 derniers mois, combien de fois avez-vous écouté la radio en basque ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB Un
CAB Navarre Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65 Non Oui
nord peu
Tous les jours 15 17 8 15 15 14 20 13 14 12 2 11 39
Une ou plusieurs fois la
8 9 4 10 9 7 9 10 6 7 3 9 17
semaine
De temps en temps 12 13 6 14 13 11 14 13 13 9 7 18 18
Jamais 65 61 81 60 62 67 57 64 67 71 87 61 26
Nsp / nrp 0 0 1 1 0 0 0 0 0 0 0 0 0
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

15% des Basques écoutent chaque jour la Dans la CAB et au Pays Basque nord on
radio basque, 8% une ou autre fois par semaine écoute la radio en basque plus qu’en Navarre.
et 12% moins fréquemment. 65% n’écoutent Les jeunes de moins de 30 ans sont ceux qui
jamais la radio en basque. écoutent le plus. 39% des bascophones écou-
tent la radio en basque chaque jour et 17% une
ou autre fois par semaine.

94
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

[Link].4. La consommation de périodiques et de livres en basque

3.1.5. Tableau-5

Au cours des 3 derniers mois, combien de fois avez-vous lu des périodiques ou des livres en basque ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB Un
CAB Navarre Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65 Non Oui
nord peu
Tous les jours 8 9 5 3 8 7 9 7 9 5 1 5 22
Une ou plusieurs fois la
9 10 5 5 9 8 15 9 6 6 0 7 24
semaine
De temps en temps 12 13 6 12 11 13 15 15 8 10 3 16 26
Jamais 71 67 83 78 70 72 61 69 77 79 95 71 28
Nsp / nrp 1 0 1 1 1 0 1 1 0 1 1 1 0
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

8% des habitants disent qu’ils lisent chaque 22% des bascophones lisent en basque cha-
jour un périodique ou un livre en basque, 9% que jour et 24% une ou autre fois par semaine.
le font une ou autre fois par semaine et 12% 28% ne lisent jamais en basque.
moins fréquemment. 71% ne lisent jamais ce
genre de texte.

[Link].5. La consommation d’écoute musicale en basque

3.1.5. Tableau-6

Au cours des 3 derniers mois, combien de fois avez-vous écouté des disques ou des cassettes de musique
basque ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB Un
CAB Navarra Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65 Non Oui
nord peu
Tous les jours 10 11 8 10 10 10 16 10 9 5 2 10 24
Une ou plusieurs fois la
17 18 11 17 18 16 21 19 16 10 9 20 30
semaine
De temps en temps 22 24 16 27 24 20 20 24 24 19 19 26 26
Jamais 50 47 65 45 47 53 41 46 52 66 69 43 20
Nsp / nrp 0 0 1 1 0 0 0 1 0 1 0 1 0
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

95
Analyse de l’information: Résultats généraux

10% des habitants disent écouter des dis- Les jeunes et les bascophones sont ceux
ques de musique basque chaque jour et 17% le qui écoutent le plus de musique basque.
font une ou autre fois par semaine. 22% le font
moins fréquemment et 50% jamais.

[Link].6. Les activités sportives

3.1.5. Tableau-7

Pratiquez-vous un sport ?*

TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE


% de ceux qui pratiquent
TOTAL
chaque sport
CAB Navarra PB nord Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65

Marche à pied 36 33 47 35 27 45 18 31 43 55

Montagne 13 13 10 12 18 7 13 15 14 7

Natation 12 12 13 8 10 13 13 15 10 7

Gymnastique, aérobic 9 9 10 7 5 12 12 9 8 5

Cyclisme 8 8 8 13 12 5 10 11 9 2

Football 7 8 8 3 14 1 20 8 1 0

Pelote 5 4 5 9 9 1 6 7 4 1

Course, athlétisme 5 6 4 4 8 2 6 10 3 0

Ski, sports d’hiver 4 3 4 6 4 3 8 4 2 1

Volley-ball, handball, basket-ball 3 3 3 2 4 2 8 3 1 0

Chasse, pêche 3 3 4 3 6 0 3 4 4 1

Tennis, paddle, squash 3 3 3 3 5 2 6 5 1 1

Sports nautiques 2 2 1 3 3 1 3 4 1 0

Rugby 1 0 0 3 1 0 2 1 0 0

Force basque 1 1 1 1 1 0 0 1 1 0

Autre sport 5 5 5 10 5 5 9 6 4 1

* Les proportions ne totalisent pas 100, car la question portait sur chacun des sports.

96
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

3.1.5. Tableau-8

Suivez-vous un sport?*

TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE


% de ceux qui suivent
TOTAL
chaque sport
CAB Navarre PB nord Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65

Football 30 31 26 32 42 18 24 26 34 39

Pelote 19 20 20 15 24 14 11 14 23 31

Volley-ball, handball, basket-ball 13 13 11 9 17 8 13 13 14 10

Cyclisme 13 14 11 13 19 7 9 15 13 13

Tennis, paddle, squash 10 9 9 13 12 7 10 11 8 9

Rugby 6 4 2 38 9 4 6 7 6 5

Natation 6 6 7 5 6 6 5 8 7 4

Course, athlétisme 6 6 6 8 8 4 6 8 6 5

Montagne 5 5 8 3 6 5 4 6 7 4

Force basque 5 6 5 5 8 3 5 7 5 5

Gymnastique, aérobic 5 5 5 5 5 5 5 7 4 2

Sports nautiques 4 4 3 4 6 3 4 5 5 3

Ski, sports d’hiver 4 5 3 5 5 3 5 5 5 3

Marche à pied 3 3 2 2 4 1 2 3 3 2

Chasse, pêche 3 3 3 3 5 1 4 3 3 2

Autre sport 5 5 5 8 7 4 7 6 6 3

* Pour chaque sport, les données concernent ceux qui ne le pratiquent pas.
Les proportions ne totalisent pas 100, car la question portait sur chacun des sports.

Le sport le plus pratiqué par les Basques ball (30%), la pelote (19%), le volley-ball, le han-
est la marche à pied, soit par 36%. Suivent dball ou le basket-ball (13%), le cyclisme (13%),
la randonnée en montagne (13%), la natation le tennis, le paddle ou le squash (10°), le rugby
(12%), la gymnastique (9%), le cyclisme (7%), le (6%), la natation (6%), la course à pied (6%), la
football (7%), la pelote (45%), la course à pied randonnée en montagne (5%), la force basque
(5%), le ski et les autres sports d’hiver (4%), la (5%), la gymnastique (5%), les sports nautiques
chasse et la pêche (3%), le volley-ball, le bas- (4%), le ski et les autres sports d’hiver (4%), la
ket-ball ou le handball (3%), le tennis, le paddle chasse et la pêche (3%), la marche à pied (3%)
ou le squash (3%), les sports nautiques (2%), et d’autres sports (3%).
le rugby (1%), la force basque (1%) et d’autres
sports (5%). En général à mesure qu’on avance en âge,
ceux qui pratiquent un sport sont moins nom-
Dans la plupart des cas, (exception faite breux (exception faite pour la marche à pied,
pour la marche à pied, la montagne, la natation qui est plus pratiquée á mesure qu’on avance
et les sports nautiques) ils sont plus nombreux en âge). Au contraire, le fait de suivre les
à suivre les sports qu’à les pratiquer : le foot- sports ne dépend pas de l’âge, exception faite

97
Analyse de l’information: Résultats généraux

pour la pelote et le football puisque dans ces nord (38%) alors qu’il est très petit dans la
cas ce sont les plus âgés qui sont les plus CAB et en Navarre. Il faut aussi souligner que
intéressés. 47% des Navarrais pratiquent la marche à pied
comme sport.
Il n’y a pas de grandes différences entre
les habitants des différents territoires en ce qui Chez les hommes ceux qui pratiquent des
concerne la pratique et l’intérêt pour le sport. sports sont plus nombreux que ceux qui les
L’unique différence significative est le grand suivent, sauf dans trois cas : la gymnastique, la
intérêt pour le rugby qui existe au Pays Basque marche à pied et la natation.

LES PRATIQUES CULTURELLES : CONCLUSIONS PRINCIPALES DE L’ENQUÊTE

4La pratique culturelle qui attire le plus de étendue dans la CAB. Au Pays Basque
gens est le cinéma, suivi par les concerts, nord ceux qui écoutent la radio en basque
les musées et expositions, les danses chaque jour sont plus nombreux que ceux
basques et les visites de monuments. La qui voient la télévision basque avec la
majorité des activités se réalise en espa- même fréquence.
gnol ou en français.
4Au contraire la consommation de la radio
4L’utilisation du basque se réduit aux pra- et de la lecture en basque est plus forte
tiques liées à la culture basque tradition- chez les personnes bascophones. Chaque
nelle (improvisation, pastorale, danses jour 39% d’entre elles écoutent la radio
…). Dans les pratiques plus universelles en basque et 22% lisent un périodique ou
(cinéma, concerts …), les autres langues un livre en basque.
prédominent. Cependant il serait néces-
saire de prendre aussi en compte quelle 4Chez les bascophones, 28% ne lisent
est l’offre culturelle existante dans cha- jamais un périodique ou un livre en bas-
que langue. que, 26% n’écoutent jamais la radio en
basque et 20% n’écoutent pas la musi-
422% des habitants disent voir la télévi- que basque. Ceux qui ne voient jamais la
sion en basque chaque jour. C’est la plus télévision en basque sont 6%.
forte consommation des médias et des
productions culturelles analysées. Plus de 4La pratique sportive la plus généralisée est
la moitié des bascophones voient la télé- la marche à pied, suivi de la randonnée en
vision basque chaque jour et la consom- montagne et la natation. Pour la majorité
mation est considérable même chez ceux des sports ceux qui les suivent sont plus
qui ne savent pas le basque. La consom- nombreux que ceux qui les pratiquent, sur-
mation de télévision en basque est plus tout pour le football et la pelote.

98
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

3.1.6. La vie associative

[Link]. Les résultats de l’enquête

[Link].1. Niveau de participation aux associations

3.1.6. Tableau-1

Nombre d’associations auxquelles vous participez*

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB Un
CAB Navarre Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65 Non Oui
nord peu
Aucune 70 73 58 67 66 74 79 65 71 66 70 68 70
Une 22 20 29 20 24 20 18 24 20 26 22 24 21
Deux 6 5 9 7 7 4 3 7 6 7 6 7 5
Trois et plus 3 2 3 6 3 2 1 5 3 1 2 2 3
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

* On n’a pas directement posé la question du nombre d’associations auxquelles on appartient, mais si on n’appartient ou
non à tel ou tel type d’associations.

Comme on l’observe dans ce tableau, 70% que nord 6% des habitants participent à trois
des Basques ne participent à aucune associa- associations ou plus.
tion. Par contre 22% sont membres d’une asso-
ciation, 6% de deux associations et 3% de trois Chez les hommes il y a beaucoup plus de
associations ou plus. membres d’associations que chez les femmes.
Le plus haut niveau de vie associative se situe
Chez les Navarrais ils sont plus nombreux chez les personnes de 30 à 45 ans et chez les
que dans le reste de la population à être mem- aînés de 65 ans et plus. Un quart (24%) de ceux
bres d’associations, suivent ceux du Pays Bas- qui ont entre 30 et 45 ans sont membres d’une
que nord et, en dernier, ceux de la CAB. Il est association, 7% de deux associations et 5% de
remarquable qu’en Navarre 9% des habitants trois associations ou plus.
participent à deux associations et au Pays Bas-

3.1.6. Tableau-2

Etes-vous membre ou aimeriez-vous vous engager dans une association de ce type ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB Un
CAB Navarre Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65 Non Oui
nord peu
ASSOCIATION DE PARENTS D’ELEVES
Non, et je n’aimerais pas 94 95 94 92 96 93 98 89 94 99 95 94 94
Non, mais j’aimerais 1 1 1 3 1 2 1 2 1 0 1 2 1
Oui, je suis adhérent, mem-
3 3 4 4 2 4 1 9 3 0 3 3 4
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 1 1 0 0 1 1 1 0 1 1 1 1 0
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

99
Analyse de l’information: Résultats généraux

Etes-vous membre ou aimeriez-vous vous engager dans une association de ce type ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB Un
CAB Navarre Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65 Non Oui
nord peu
SYNDICAT OU ASSOCIATION PROFESSIONELLE
Non, et je n’aimerais pas 93 93 93 95 92 95 96 89 92 98 93 91 95
Non, mais j’aimerais 1 1 1 2 1 1 1 2 0 0 1 1 1
Oui, je suis adhérent, mem-
5 5 7 4 7 3 2 8 5 0 3 7 4
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 1 1 0 0 1 1 1 0 1 1 1 1 0
ASSOCIATION HUMANITAIRE
Non, et je n’aimerais pas 92 92 94 88 93 91 91 90 92 96 92 87 94
Non, mais j’aimerais 4 5 2 6 4 5 7 5 4 1 3 7 4
Oui, je suis adhérent, mem-
3 2 5 5 3 4 0 5 4 2 3 5 1
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 1 1 0 0 1 1 1 0 2 1 1 1 0
ASSOCIATION RELIGIEUSE OU PAROISSIALE
Non, et je n’aimerais pas 97 96 97 97 97 96 98 97 96 95 96 97 98
Non, mais j’aimerais 1 1 0 2 1 1 0 2 1 0 1 0 0
Oui, je suis adhérent, mem-
2 2 2 1 1 2 1 1 2 3 1 2 2
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 1 1 0 0 1 1 1 0 2 1 1 1 0
ASSOCIATION CULTURELLE
Non, et je n’aimerais pas 90 91 88 86 90 91 89 91 89 93 91 88 91
Non, mais j’aimerais 3 3 2 4 3 3 5 3 2 0 2 4 2
Oui, je suis adhérent, mem-
6 4 9 9 7 5 5 5 7 6 5 8 6
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 1 1 1 0 1 1 1 0 2 1 1 1 0
GROUPE SPORTIF
Non, et je n’aimerais pas 88 89 86 85 84 92 86 85 90 95 90 87 87
Non, mais j’aimerais 3 3 1 4 4 2 4 4 2 0 2 5 2
Oui, je suis adhérent, mem-
8 6 13 10 11 5 9 12 6 4 6 8 10
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 1 1 1 0 1 1 1 0 2 1 1 1 0
ASSOCIATION POUR LA DEFENSE DE L’ENVIRONNEMENT
Non, et je n’aimerais pas 96 95 97 93 96 95 95 94 95 98 96 93 97
Non, mais j’aimerais 3 3 1 4 3 2 4 4 2 1 2 5 2
Oui, je suis adhérent, mem-
1 0 1 3 0 1 1 1 1 0 0 1 1
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 1 1 0 0 1 1 1 0 2 1 1 1 0
ASSOCIATION POUR LA DEFENSE DU BASQUE
Non, et je n’aimerais pas 96 96 98 94 97 96 97 96 96 97 97 95 96
Non, mais j’aimerais 2 2 1 3 2 2 2 3 1 1 1 4 2
Oui, je suis adhérent, mem-
0 0 1 2 0 0 0 1 0 0 0 0 1
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 1 1 0 0 1 1 1 0 2 1 1 1 0
ASSOCIATION DE RETRAITES
Non, et je n’aimerais pas 94 95 92 95 94 94 99 99 95 80 92 97 96
Non, mais j’aimerais 1 1 0 2 1 1 0 1 1 0 1 0 1
Oui, je suis adhérent, mem-
5 3 8 4 4 5 0 0 2 18 6 1 2
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 1 1 0 0 1 1 1 0 2 1 1 1 0
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

100
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Etes-vous membre ou aimeriez-vous vous engager dans une association de ce type ?

CONNAISSANCE
TERRITOIRE SEXE GROUPES D’ÂGE
DU BASQUE
TOTAL
PB Un
CAB Navarre Homme Femme 16-29 30-45 46-64 ≥ 65 Non Oui
nord peu
ASSOCIATION DE QUARTIER OU LOCALE
Non, et je n’aimerais pas 96 97 96 94 96 96 97 96 95 97 95 97 98
Non, mais j’aimerais 1 1 1 3 1 1 1 2 1 0 2 1 0
Oui, je suis adhérent, mem-
1 1 3 4 2 1 1 1 2 1 2 1 1
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 1 1 0 0 1 1 1 0 2 1 1 1 0
ASSOCIATION DE CHASSEURS OU DE PÊCHEURS
Non, et je n’aimerais pas 98 97 98 97 97 99 98 98 97 99 97 97 99
Non, mais j’aimerais 1 1 0 2 1 0 1 1 0 0 1 1 0
Oui, je suis adhérent, mem-
1 1 1 0 2 0 1 1 1 0 1 2 0
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 1 1 0 0 1 1 1 0 2 1 1 1 0
GROUPE, MOUVEMENT OU PARTI POLITIQUE
Non, et je n’aimerais pas 97 97 98 96 97 98 98 98 96 98 97 98 97
Non, mais j’aimerais 0 0 0 1 0 0 0 1 1 0 0 0 0
Oui, je suis adhérent, mem-
1 1 1 2 2 0 1 1 1 1 1 0 2
bre actif ou responsable
Nsp/nrp 1 1 0 0 1 1 1 0 2 1 1 1 0
ASSOCIATION DE JEUNES
Non, et je n’aimerais pas 98 98 98 95 98 98 97 98 98 99 98 97 98
Non, mais j’aimerais 1 0 0 3 1 1 1 1 0 0 1 2 0
Oui, je suis adhérent, mem-
0 0 0 2 0 1 1 0 0 0 0 0 1
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 1 1 0 0 1 1 1 0 2 1 1 1 0
ASSOCIATION DE PROPRIETAIRES OU DE LOCATAIRES
Non, et je n’aimerais pas 98 98 99 97 98 98 99 97 98 98 97 98 99
Non, mais j’aimerais 0 0 0 2 0 0 0 1 0 0 0 0 0
Oui, je suis adhérent, mem-
1 1 0 1 1 0 0 2 0 0 1 1 0
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 1 1 0 0 1 1 1 0 2 1 1 1 0
ASSOCIATION PATRIMONIALE
Non, et je n’aimerais pas 98 98 99 98 98 98 98 99 98 98 98 98 99
Non, mais j’aimerais 1 1 0 2 1 1 2 1 1 1 1 1 1
Oui, je suis adhérent, mem-
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 1 1 0 0 1 1 1 0 2 1 1 1 0
ASSOCIATION D’ANCIENS COMBATTANTS
Non, et je n’aimerais pas 99 99 99 97 99 98 99 99 98 98 98 99 100
Non, mais j’aimerais 0 0 0 2 0 0 0 1 0 0 1 0 0
Oui, je suis adhérent, mem-
0 0 0 1 0 0 0 0 0 0 0 0 0
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 1 1 1 0 1 1 1 0 2 1 1 1 0
AUTRE TYPE D’ASSOCIATION
Non, et je n’aimerais pas 91 91 90 95 91 92 92 92 89 93 90 91 93
Non, mais j’aimerais 0 0 0 1 0 1 1 0 0 0 0 1 0
Oui, je suis adhérent, mem-
2 2 3 4 3 2 1 3 3 3 3 3 2
bre actif ou responsable
Nsp / nrp 5 6 6 0 6 5 6 5 6 4 6 6 5
(Pourcentages verticaux) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

101
Analyse de l’information: Résultats généraux

La grande majorité des habitants du Pays Un petit nombre d’habitants disent qu’ils ne
Basque ne sont membres d’aucune associa- sont membres d’aucune association mais qu’ils
tion et 90% de ceux qui ont été interrogés ne aimeraient l’être : associations humanitaires
présentent aucun intérêt à y participer. Les (4%), culturelles (3%), sportives (3%) et associa-
types d’associations qui ont le plus de mem- tions de défense de l’environnement (3%).
bres sont les groupes sportifs (8%), les asso-
ciations culturelles (6%), les associations de
retraités (5%), les syndicats et les associations
professionnelles (5%).

LA VIE ASSOCIATIVE : CONCLUSIONS PRINCIPALES

430% des habitants du Pays Basque sont 4Les groupes sportifs, les associations
membres ou responsables d’une asso- culturelles, les associations de retraités,
ciation. La grande majorité des gens n’ap- les syndicats et les associations profes-
partient à aucune association et n’en sionnelles sont celles qui attirent le plus
éprouve aucun intérêt. de membres.

4En Navarre il y a plus de gens que dans 4Bien qu’elles soient une minorité, il y
les autres territoires à être membres a des personnes qui sont membres de
d’une association. deux, trois associations ou plus, surtout
chez les personnes de 30 à 45 ans et
parmi les habitants du Pays Basque nord
et de Navarre.

102
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

3.2. CATÉGORISATION DE LA POPULA- Deux types d’explications seront présentés :


TION EN FONCTION DE SA VISION d’une part, nous décrirons la situation de cha-
que groupe sur les deux axes. D’autre part, en
DES IDENTITÉS COLLECTIVES tenant compte de ces situations, nous décrirons
3.2.1. Informations concernant l’analyse les principaux sous-ensembles que compte la
société basque, en fonction des divers points
L’objectif de ce chapitre est de classifier les de vue exprimés.
habitants du Pays Basque selon leurs points de
vue sur l’identité, le territoire et la langue, en nous 3.2.2. Analyse pour le Pays Basque
basant sur l’information recueillie par le biais de
Comme on peut le voir sur cette carte, lors-
l’enquête. Pour cela, un traitement ad hoc de cer-
qu’il s’agit de leurs opinions sur les questions de
taines des données recueillies a été réalisé. Les
l’identité, de la langue et de la territorialité, les
détails concernant cette analyse se trouvent dans
habitants du Pays Basque se situent autour de
la rubrique consacrée à la méthodologie.
deux facteurs essentiels. Le premier facteur est
L’analyse est présentée en deux parties exprimé par l’axe horizontal et constitue le facteur
distinctes : la première concernant l’ensemble le plus déterminant dans la description des com-
du Pays Basque, et la seconde portant sur la portements. Nous pourrions appeler ce facteur
Communauté Autonome Basque, la Navarre et basquitude - non-basquitude29. Le second (axe
le Pays Basque nord. vertical) a moins de poids lorsqu’il s’agit d’expli-
quer les opinions des citoyens, et nous pourrions
L’objectif de cette technique est de présen- l’appeler identité forte - identité souple30.
ter, de manière synthétique, la relation entre les
opinions et attitudes des habitants et la situa-
tion des différents groupes de population par [Link]. Situation des groupes sur les axes
rapport à ces opinions. Autrement dit, il s’agit
de définir des groupes d’habitants qui ont des Dans le premier facteur, celui défini par
opinions similaires par rapport aux thèmes ana- le binôme basquitude - non-basquitude, sont
lysés, et de regrouper les habitants en fonction situés à l’extrême de la plus forte basquitude
des attitudes qu’ils ont manifestées vis-à-vis de
ceux qui se considèrent plutôt basques, ceux
l’identité, du territoire, et de la langue.
qui mentionnent l’un des territoires du Pays
L’utilisation de cartes factorielles facilitera Basque comme territoire voisin dont ils se sen-
d’un point de vue graphique la compréhension tent le plus proches, ceux qui s’identifient sur-
de cette catégorisation. Sur les cartes ne figu- tout avec le Pays Basque, les bascophones (les
rent que les groupes significatifs. bascophones natifs étant plus à l’extrême que
les nouveaux bascophones), ceux qui sont nés
Sur ces cartes figurent les opinions analy- au Pays Basque tout comme leurs géniteurs,
sées, et les groupes d’habitants formés selon et ceux qui considèrent que les conditions les
des variables socio-démographiques et compor- plus importantes pour considérer une personne
tementales, situés sur deux axes. La situation comme basque sont le fait de parler la langue
sur l’axe horizontal est indiquée par un cercle, et basque, de défendre le Pays Basque, et de vou-
la situation sur l’axe vertical, par un triangle. 28 loir être basque. Dans ce même facteur du côté
de la basquitude se trouvent également, bien
que moins à l’extrême, les habitants de la Com-
28. La taille du symbole qui situe chaque groupe n’indi-
que pas le nombre de personnes que comporte ce groupe,
munauté Autonome Basque, ceux qui souhaitent
mais l’importance qu’a ce groupe ou l’opinion de ce collectif
dans la définition de l’axe. Par exemple, dans la définition
de l’axe horizontal, le fait de se sentir plutôt basque, ou
espagnol, ou français a beaucoup de poids, cela présente 29. Les termes de basquitude et de non-basquitude
une grande importance au moment de composer cet axe doivent être compris au sens large, pas seulement en
que nous allons utiliser pour classifier la population, et liaison avec la langue.
c’est pourquoi nous avons utilisé le symbole du grand cercle
pour marquer sa situation. Le fait de se sentir basque et 30. Les concepts d’identité forte - identité souple ont
espagnol ou français a beaucoup de poids dans la définition été empruntés à Gatti et dans le chapitre Réflexions et
de l’axe vertical ; ce critère de classification des habitants, Résultats, ils sont approfondis au point 4.2.6. Ici nous nous
entre autres variables, est très conditionné par le sentiment contenterons d’une évocation basique, en expliquant que
identitaire, et c’est pourquoi nous avons utilisé le symbole le concept d’identité souple s’oppose aux traditionnelles
du grand triangle pour indiquer sa situation. En outre, les identités fortes. Les identités fortes ont des bases plus idéo-
triangles sont plus petits que les cercles, parce que le logiques, tandis qu’à la base de ces identités souples il n’y a
deuxième facteur (vertical) a plus de poids que le premier pas de référent idéologique ou structurel, mais des identifi-
(horizontal) dans l’explication des opinions des gens. cations et des référents issus de la quotidienneté.

103
Analyse de l’information: Catégorisation de la population en fonction de sa vision des identités collectives

104
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

que leurs enfants apprennent le basque, ceux A l’extrémité de l’identité forte se trouvent
qui ont quelques notions de basque, et ceux qui les habitants de la Navarre et du Pays Basque
s’identifient plutôt avec leur commune (ville ou nord, ceux qui ne souhaitent pas que leurs
village) de résidence. enfants apprennent la langue basque ou pour
qui cela est indifférent, et ceux qui estiment
Dans ce premier facteur, sont situés à l’ex- que les conditions essentielles pour considérer
trême de la non-basquitude ceux qui se considè- une personne comme basque sont de parler la
rent plutôt comme espagnols ou français, ceux langue basque, d’avoir un nom ou des ancêtres
qui ne veulent pas ou pour lesquels il est indif- basques, ou de pratiquer des danses, sports ou
férent que leurs enfants apprennent le basque, jeux basques, les bascophones natifs, ceux qui
ceux qui s’identifient plutôt avec l’Etat espagnol s’identifient plutôt avec le Pays Basque, ceux
ou français, les habitants de la Navarre et du qui mentionnent comme territoire voisin dont ils
Pays Basque nord, ceux qui se sentent plutôt se sentent le plus proches l’un des territoires
navarrais, les arrivants, ceux qui citent comme du Pays Basque, et ceux qui sont nés au Pays
territoire voisin dont ils se sentent le plus proche Basque de parents natifs.
un territoire extérieur au Pays Basque ou qui n’en De même, du côté de l’identité forte, bien
ont cité aucun, ceux qui n’ont aucune notion de que moins à l’extrême, ceux qui se sentent
basque, et ceux qui estiment que les conditions plutôt basques, ainsi que ceux qui se sentent
les plus importantes pour considérer une person- plutôt espagnols ou français, et les jeunes de
ne comme basque sont le fait qu’elle ait un nom 16 à 29 ans.
ou des ancêtres basques et qu’elle soit née au
Pays Basque. Pourraient également être intégrés De l’autre côté de cet axe, parmi ceux qui
dans ce groupe ceux qui s’identifient plutôt avec ont une identité souple, nous trouvons ceux
le territoire sur lequel ils vivent, ou avec l’Europe, qui se sentent autant basques qu’espagnols
ou le monde entier, et ceux qui, du fait de leur ou autant basques que français, les habitants
sentiment identitaire, ne se situent pas dans les de la Communauté Autonome Basque, ceux qui
catégories basque - espagnol - français - navar- ont quelques notions de basque, les arrivants,
rais, mais se considèrent comme autres. ceux qui sont nés au Pays Basque d’un ou de
parent(s) arrivant(s), ceux qui citent comme ter-
Les groupes suivants sont également situés ritoire voisin dont ils se sentent le plus proches
du côté de la non-basquitude, mais plus éloi- un territoire extérieur au Pays Basque, ou qui
gnés de l’extrême : ceux qui se sentent autant n’en citent aucun, ceux qui s’identifient plutôt
basques qu’espagnols ou autant basques que avec l’Europe ou le monde, et ceux qui estiment
français, et ceux qui sont nés au Pays Basque que la condition essentielle pour considérer une
d’un ou de deux parents arrivants. personne comme basque est de vivre ou de tra-
vailler au Pays Basque.
En ce qui concerne les conditions permet-
tant de considérer une personne comme bas- Du côté le plus modéré de ce point de vue,
que, il est à noter que les habitants situés du nous trouvons ceux qui n’ont aucune notion de
côté de la plus forte basquitude ont tendance basque, ceux qui ont d’autres sentiments iden-
à mentionner davantage les conditions qui peu- titaires, ceux qui s’identifient plutôt avec les
vent être acquises par la personne, c’est-à- Etats espagnol ou français, ou avec leur com-
dire parler le basque, vouloir être basque, être mune de résidence, ceux qui veulent que leurs
défenseur du Pays Basque. Au contraire, ceux enfants apprennent la langue basque et ceux
qui se trouvent du côté de la non-basquitude ont qui ont plus de 45 ans.
tendance à évoquer davantage des conditions
en rapport avec l’origine, comme le fait d’être
[Link]. Les points de vue les plus remarquables
né au Pays Basque ou d’avoir un nom ou des
ancêtres basques. Une autre condition visant à
En opérant une synthèse, il est possible de
considérer qu’une personne est basque, le fait
résumer les regroupements de collectifs men-
de vivre et de travailler au Pays Basque, se situe
tionnés en trois catégories, en fonction de leur
dans la partie intermédiaire de l’axe basquitude
vision des identités31:
- non-basquitude, c’est-à-dire qu’elle ne caracté-
rise aucun groupe.

Le second facteur est marqué par le terri- 31. Ces groupes doivent être compris de manière
ouverte ; ils indiquent les caractéristiques les plus saillan-
toire de résidence et le fait d’avoir une identité tes de chaque point de vue, ce qui ne signifie pas que ce
forte ou souple. sont des groupes fermés et clairement délimités, ni que
chaque citoyen se situe dans l’un de ces groupes.

105
Analyse de l’information: Catégorisation de la population en fonction de sa vision des identités collectives

106
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

1. Sous-ensemble basquisant : ils s’identifient [Link]. Communauté Autonome Basque


avec le Pays Basque et se sentent basques,
parlent bien ou très bien la langue basque, le Comme cela a déjà été souligné, le facteur
basque ayant été leur première langue, sont nés le plus efficace pour expliquer les opinions des
au Pays Basque tout comme leurs parents, et habitants de la Communauté Autonome Basque
considèrent qu’une condition importante pour est le suivant : basquitude - non-basquitude.
considérer une personne comme basque est Selon ce facteur, on trouverait à une extrémité de
qu’elle parle le basque. En outre, ils mentionnent l’axe ceux qui s’identifient avec le Pays Basque,
comme territoire voisin dont ils se sentent le plus les bascophones natifs, ceux qui estiment que la
proches l’un des territoires du Pays Basque. condition la plus importante permettant de consi-
dérer une personne comme basque est le fait
2. Sous-ensemble non-basquisant : Il s’agit qu’elle parle le basque, ceux qui citent comme
surtout d’habitants du Pays Basque nord et de territoire voisin dont ils se sentent le plus pro-
la Navarre, qui se sentent plutôt espagnols ou ches la Navarre ou le Pays Basque nord, ceux
français. Ils ne veulent pas que leurs enfants qui sont nés au Pays Basque tout comme leurs
apprennent le basque ou cela leur est indiffé- parents, et ceux qui se sentent plutôt basques.
rent, et ils mettent en relation le fait d’être bas-
que avec des caractéristiques liées à l’origine, A l’autre extrême, se trouvent ceux qui se
aux ancêtres et aux noms de famille. Ils s’iden- considèrent plutôt espagnols ou autant basques
tifient surtout avec le territoire où ils résident qu’espagnols, ceux qui s’identifient avec l’Espa-
(Communauté Autonome Basque, Navarre ou gne, ceux qui ne veulent pas que leurs enfants
Pays Basque nord). apprennent la langue basque ou pour qui cela
est indifférent, les arrivants, ceux qui citent la
3. Sous-ensemble mixte : Ils résident surtout Cantabrie, Burgos ou la Rioja comme territoire
dans la Communauté Autonome Basque, se voisin dont ils se sentent les plus proches, ceux
sentent autant basques qu’espagnols ou autant qui n’ont aucune notion de basque ou qui ne
basques que français, ils ont quelques notions connaissent que quelques mots, et ceux qui esti-
ment que la condition la plus importante permet-
ou aucune notion de basque, eux-mêmes ou
tant de considérer une personne comme basque
leurs parents sont arrivants, ils s’identifient
est qu’elle vive et travaille au Pays Basque.
avec leur commune de résidence ou avec l’Eu-
rope et le monde, ils veulent que leurs enfants
Les habitants du Gipuzkoa se situent du
apprennent la langue basque, et considèrent
côté de la basquitude, ceux de la province d’Ala-
que la raison la plus importante permettant de va du côté de la non-basquitude, et ceux de Bis-
considérer une personne comme basque est le caye dans la zone intermédiaire.
fait qu’elle vive et travaille au Pays Basque. Le
territoire voisin qui leur paraît le plus proche se
situe à l’extérieur du Pays Basque. [Link]. Navarre

L’axe basquitude - non-basquitude est égale-


3.2.3. Analyse par territoire ment éclairant lorsqu’il s’agit de comprendre les
opinions des habitants de la Navarre. Dans ce
Outre l’analyse pour l’ensemble du Pays territoire, on trouve à l’extrémité de la basquitude
Basque, une analyse factorielle a également ceux qui s’identifient avec le Pays Basque, ceux
été effectuée pour chaque territoire, bien que qui se considèrent plutôt basques ou basques
dans ce cas, un seul facteur ait été utilisé dans - navarrais, ceux qui parlent bien le basque, qu’ils
la description, car il a été impossible de trouver soient bascophones natifs ou nouveaux basco-
un autre facteur ayant un pouvoir d’explication phones, ainsi que ceux qui ont quelques notions
significatif. Dans les trois territoires, le même de basque. Se situent également de ce côté
axe définit les opinions des habitants : l’axe ceux qui citent la Communauté Autonome Bas-
basquitude - non-basquitude32. que ou le Pays Basque nord comme le territoire
voisin dont ils se sentent le plus proches, ceux
qui estiment que la condition la plus importante
permettant de considérer une personne comme
32. Dans l’analyse par territoire, une nouvelle variable basque est le fait de parler basque, de pratiquer
a été introduite : la zone. Cependant cette variable n’a pas
été utilisée pour définir les axes, mais elle a pour seul objec- les danses, jeux ou sports basques, et de vou-
tif de représenter la situation des résidents dans chacune loir être basque, et ceux qui veulent que leurs
des zones sur les axes définis par les opinions analysées. enfants apprennent la langue basque.

107
Analyse de l’information: Catégorisation de la population en fonction de sa vision des identités collectives

108
Identité et culture basques au début du XXIème siècle
109
Analyse de l’information: Catégorisation de la population en fonction de sa vision des identités collectives

A l’extrême de la non-basquitude, se situent tifient surtout avec le Pays Basque, les basco-
ceux qui se considèrent plutôt espagnols, ou phones natifs, et ceux qui citent le Pays Basque
navarrais et espagnols, qui s’identifient avec l’Es- sud (Communauté Autonome Basque + Navarre)
pagne, qui se sentent particulièrement proches de comme le territoire voisin dont ils se sentent le
l’Aragon ou de la Rioja ou qui n’ont cité aucun ter- plus proches. Sont également du côté de la bas-
ritoire, ceux qui ne veulent pas que leurs enfants quitude les nouveaux bascophones, ceux qui ont
apprennent la langue basque ou pour qui cela est quelques notions de basque, ceux qui veulent
indifférent, les arrivants, ceux qui n’ont aucune que leurs enfants apprennent la langue basque,
notion de basque, ceux qui estiment que la condi- ceux qui se considèrent autant basques que fran-
tion la plus importante permettant de considérer çais, ceux qui sont nés au Pays Basque et ceux
une personne comme basque est qu’elle soit née qui estiment que la condition la plus importante
au Pays Basque ou qu’elle ait des ancêtres ou permettant de considérer une personne comme
un nom basques, les personnes de plus de 65 basque est qu’elle veuille être basque.
ans, et ceux qui se considèrent plutôt navarrais et
s’identifient plutôt avec la Navarre. A l’extrême de la non-basquitude, nous trou-
vons ceux qui ne veulent pas que leurs enfants
La population du nord de la Navarre se situe apprennent la langue basque ou pour qui cela
du côté de la basquitude, celle de la zone de est indifférent, ceux qui se considèrent plutôt
Pampelune et du Centre sur des positions inter- français, ceux qui s’identifient plutôt avec la
médiaires, et celle du sud, du côté de la non- France, l’Europe ou le monde, les arrivants,
basquitude. ceux qui n’ont aucune notion de basque et ceux
qui citent le Béarn, les Landes ou le reste de
l’Aquitaine comme le territoire voisin dont ils se
[Link]. Pays Basque nord sentent le plus proches.

Dans la description des opinions de la popu- La population de la Basse-Navarre et de la


lation du Pays Basque nord également, l’axe bas- Soule est située du côté de la basquitude, celle
quitude - non-basquitude est effectif. Dans ce cas du Labourd intérieur et de la côte sud dans une
se trouvent à l’extrémité de la basquitude ceux position intermédiaire, et celle de la côte nord,
qui se considèrent plutôt basques, qui s’iden- du côté de la non-basquitude.

CATÉGORISATION DES HABITANTS EN FONCTION DE LEUR VISION DES IDENTITÉS


COLLECTIVES : PRINCIPAUX RESULTATS

4Les opinions des basques sur la territoria- 4De même, il est à noter le peu d’impor-
lité, la langue et l’identité sont en grande tance de variables comme le sexe ou
partie conditionnées par ce que nous avons l’âge. Compte tenu du fait qu’il s’agit de
appelé l’axe basquitude - non-basquitude, variables importantes qui déterminent
et dans une grande mesure par l’axe iden- les opinions et les attitudes sur d’autres
tité : identité forte - identité souple. thèmes sociaux, on est interpellé par le
peu de poids qu’elles représentent lors-
4Dans la population basque trois points qu’il est question de thèmes en relation
de vue se détachent sur les thèmes de avec le territoire, la langue et l’identité, en
la territorialité, de la langue et de l’iden- comparaison avec d’autres variables.
tité : le sous-ensemble basquisant, le
sous-ensemble non-basquisant et le sous- 4Les différences entre les territoires appa-
ensemble mixte. Chacun de ces groupes raissent essentiellement sur les ques-
fait preuve d’attitudes différentes sur les tions relatives à la langue basque :
thèmes analysés. Il sera important de
tenir compte de cette classification dans • Concernant la connaissance de la langue
le travail à développer désormais concer- basque, dans la Communauté Autonome
nant l’identité et la culture. Basque, ceux qui ont quelques notions
de basque se situent du côté de la non-

110
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

CATÉGORISATION DES HABITANTS EN FONCTION DE LEUR VISION DES IDENTITÉS


COLLECTIVES : PRINCIPAUX RESULTATS

basquitude, tandis qu’en Navarre et au également dans la partie médiane de


Pays Basque nord, ils sont du côté de la l’axe dans la Communauté Autonome
basquitude, c’est-à-dire que, dans ces Basque, c’est-à-dire qu’ils ne se situent
deux derniers territoires, les opinions de pas du tout aux extrêmes de l’axe bas-
ceux qui ont quelques notions de basque quitude - non-basquitude, car la postu-
sont plus proches de celles des person- re favorable à l’apprentissage par les
nes qui parlent bien la langue basque et enfants de la langue basque est très
s’identifient avec le Pays Basque, que de répandue parmi les personnes d’opinions
celles des personnes qui ne la parlent très différentes. En Navarre et au Pays
pas du tout et s’identifient avec l’état ; Basque nord en revanche, ceux qui sou-
dans la Communauté Autonome Basque, haitent que leurs enfants apprennent la
c’est le contraire qui se produit. langue basque se situent du côté de la
basquitude ; il existe une relation forte
• Les nouveaux bascophones de Navarre entre l’identification avec le Pays Bas-
et du Pays Basque nord se trouvent à que et le fait de vouloir que les enfants
l’extrême sur l’axe de la basquitude, apprennent la langue basque.
comme les bascophones natifs, ou enco-
re plus à l’extrême. En revanche, dans
4En outre, on remarque des différences entre
la Communauté Autonome Basque ils
territoires concernant le sentiment identi-
se situent à mi-chemin entre les basco-
taire : au Pays Basque nord, les opinions
phones natifs et ceux qui ont quelques
de ceux qui se sentent autant basques que
notions de basque. Les nouveaux bas-
français sont plus proches de celles des
cophones de Navarre et du Pays Basque
personnes qui se sentent plutôt basques,
nord sont plus proches, dans leurs opi-
que de celles des personnes qui se sentent
nions, des bascophones natifs, tandis
plutôt françaises. Au contraire dans la Com-
que ceux de la Communauté Autonome
munauté Autonome Basque, les opinions
Basque sont plus proches de ceux qui
de ceux qui se sentent autant basques
ont quelques notions de basque.
qu’espagnols se rapprochent davantage de
• Ceux qui souhaitent que leurs enfants celles des personnes qui se sentent plutôt
apprennent la langue basque se situent espagnoles.

111
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

3.3. PERCEPTIONS DE LA BASQUITUDE 3.3.2. Résultats généraux


ET DE LA CULTURE BASQUE SUR
[Link]. Caractéristiques des opinions recueillies
INTERNET - PRINCIPAUX RÉSULTATS
La plupart des opinions recueillies l’ont été
3.3.1. Introduction sur des blogs personnels (40%).
Dans ce chapitre sont analysées les opi- Les opinions recueillies l’ont été dans les
nions recueillies par le biais d’un support inno- langues suivantes :
vant dans le domaine des sciences sociales. En
effet, nous allons analyser les opinions et per- • Espagnol : 39,4%
ceptions qui circulent sur Internet au sujet de la
basquitude et de la culture basque. • Basque : 33,3%
• Anglais : 20,0%
Les contenus insérés sur Internet entre le
• Français : 5,6%
1er juillet 2004 et le 30 juin 2005 ont été pris
comme base de recherche. • Autres langues : 1,7%

Parmi ces contenus ont été sélectionné les Par conséquent, nous pouvons affirmer que
textes comprenant la racine basqu- en diffé- les opinions sur la basquitude et la culture bas-
rentes langues (eusk-, vasc-, basqu-, bask-…). que exprimées sur Internet entre le 1er juillet
Ont été éliminés des textes sélectionnés ceux 2004 et le 30 juin 2005 ont été écrites princi-
qui n’exprimaient pas l’opinion d’une personne palement sur des blogs personnels, et surtout
(textes de sites institutionnels, journalistiques, en espagnol ou en langue basque.
données statistiques …). Ont également été
éliminés des textes restants ceux qui faisaient Il faut également signaler que les résultats
référence à la politique, l’économie, ou à des suivants montrent avec évidence un déséquili-
données historiques, pour ne retenir que les bre significatif entre la présence des référents
textes en rapport direct avec le fait basque et la propres au Pays Basque sud (CAB et Navarre)
culture basque. au regard de ceux du nord, quand on mentionne
les institutions, les organisations, les modèles
éducatifs, les langues etc. Disons que, quand
Les détails concernant l’analyse réalisée se
on parle du monde basque ou de la culture bas-
trouvent dans la rubrique Méthodologie. que sur Internet, les références faites aux réa-
lités du Pays Basque sud sont beaucoup plus
Pour l’interprétation des données recueillies, nombreuses que celles qui concernent le Pays
il faut tenir compte des éléments suivants : Basque nord.

• Il s’agit d’opinions données spontanément


par les gens, sans qu’ils aient à répondre [Link]. Thèmes principaux des opinions sur
à des questions. la basquitude et la culture basque sur
Internet
• Il s’agit d’opinions émanant de personnes
n’ayant pas nécessairement une connais- Les thèmes les plus récurrents dans les
sance spécifique de ce thème. opinions exprimées sur Internet en relation avec
la basquitude ou le fait basque et la culture
• Il s’agit d’opinions de gens qui expri- basque sont au nombre de trois : la langue, les
ment leurs avis sur Internet (il ne s’agit autres expressions culturelles telles que la gas-
donc pas d’un échantillon représentatif tronomie, l’art et le sport, et enfin, l’identité et
de la société, mais de ce qui existe sur autres questions de société.
Internet).
Comme cela a déjà été mentionné, à partir
Puis sont présentés les principaux résul- d’une même opinion peuvent surgir des référen-
tats de cette analyse. L’étude complète peut ces à différents thèmes. Ainsi, la quantification
être consultée sur le CD qui accompagne ce postérieure fait référence au nombre de textes
travail. associés à chaque thème (indépendamment du
fait qu’un même texte peut être en relation avec

113
Analyse de l’information: Perceptions de la basquitude et de la culture basque sur Internet

plus d’un thème ; c’est pour cette raison que la ble d’établir un parcours historique permettant
somme des pourcentages de textes liés à cha- d’aider à comprendre le statut ou la situation
que thème est supérieure à 100): actuelle de la langue basque.

• La langue est le thème le plus souvent En tout premier lieu, il est fait mention du
cité par les personnes exprimant leur opi- risque de disparition de la langue basque, vécu
nion : de fait, la moitié des textes (51,7%) durant de nombreuses années. Quoi qu’il en
sont en rapport avec ce thème. soit, les efforts menés pour la réappropriation
et la promotion de cette langue sont reconnus.
• D’autres expressions culturelles comme De l’avis des internautes, ces efforts doivent
la gastronomie, les arts, ou le sport, sont être poursuivis et développés, et un soutien
abordées par 31,6% des textes. plus important est demandé.

• L’identité et quelques autres sujets de L’autre aspect qui se détache est la différen-
société sont présents dans 30,3% des ce perçue entre la langue basque enseignée (à
opinions exprimées. l’école, dans les centres d’apprentissage pour
adultes,…) et celle qui est parlée dans la rue.
Ensuite, il s’agira d’analyser à quels termes
ou sous-thèmes est relié chacun des thèmes En liaison avec ce constat, sont également
généraux mentionnés. évoquées les différences entre la langue bas-
que unifiée et les différents dialectes. En effet,
Il faut rappeler qu’en analysant chacun de depuis le processus de basquisation, tant dans
ces thèmes, ce sont les opinions circulant sur l’enseignement relevant du système éducatif,
Internet que nous décrivons, et non celles des que dans celui proposé par les différents cen-
auteurs de cette enquête. En effet, ces derniers tres d’apprentissage pour adultes (sans oublier
n’ont d’autre objectif que de transmettre le cli- la standardisation répercutée par les différents
mat social constaté sur Internet. médias), la langue basque unifiée s’est répan-
due au détriment des différents dialectes.

[Link]. La langue Dans les textes mentionnant cette question,


il est dit qu’au départ, la langue basque unifiée,
Les références à la langue, c’est-à-dire à comme son nom l’indique, avait une fonction de
la langue basque, sont principalement liées base unificatrice et uniformatrice, dont l’objectif
au statut de cette langue, à sa transmission, était de promouvoir une langue compréhensible
son usage, la politique linguistique, le domaine par tous, partagée par tous, dotée d’une gram-
géographique qu’elle recouvre, les institutions, maire réglementée, etc. Il est également signalé
les événements ou les personnages en rapport qu’elle a accentué une certaine tendance à la
avec la langue, ainsi que (d’un point de vue plus dévalorisation et à la perte des dialectes. La
historique) son origine, les influences qu’elle a plupart des critiques émanent des locuteurs bis-
subies et ses particularités. cayens, dont le dialecte se distingue beaucoup
plus du basque unifié que le guipuzcoan, par
Il faut souligner que parmi les textes liés à exemple. D’où l’émergence d’une revendication
ce thème, le pourcentage de textes rédigés en de reconnaissance sociale et de statut pour ces
euskara (49%) est plus élevé que la moyenne dialectes, statut que l’on estime perdu au profit
générale (33%). de la langue basque unifiée.

Généralement, cette demande de prise en


[Link].1. Le statut de la langue compte sociale de la langue basque (non seu-
lement de certaines dialectes, mais de la lan-
Dans cette catégorie sont recensées des opi- gue dans son ensemble) s’accompagne d’une
nions exprimant une certaine préoccupation vis-à- demande de reconnaissance de plein droit, d’un
vis de la situation de la langue, sa connaissance, statut d’égalité avec les autres langues, ainsi
le risque de disparition, sa réappropriation, son que du respect de la langue basque. Au-delà
évolution, sa prise en compte par la société, etc. de la reconnaissance et de l’égalité des droits
pour cette langue, il est demandé que soient
Sur la base des différentes thématiques reconnues également les actions et les activités
recueillies dans cette rubrique, il est possi- réalisées en langue basque.

114
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Certains ne lui accordent pourtant qu’une S’agissant des moyens de transmission,


reconnaissance folklorique. Ceux-là la qua- outre l’école sont également cités les centres
lifient de langue imposée, ou estiment qu’il d’apprentissage pour adultes. Ils sont désignés
s’agit d’un instrument politique entre les mains comme des acteurs importants du processus de
des nationalistes. basquisation, et leur travail fait l’objet d’éloges.
Dans le même temps, certaines critiques visent
Il faut souligner que dans cette rubrique d’une part les résultats obtenus, d’autre part la
relative au statut de la langue basque, la plu- pédagogie utilisée.
part des mentions écrites dans cette langue
mettent à jour une certaine dénonciation de En ce qui concerne la transmission de la
la situation actuelle faite à la langue basque langue par l’école (en laissant donc de côté la
(absence de soutien et de défense de cette transmission familiale), une mention qui, pour
langue, etc.), tout en se montrant clairement être unique, n’en est pas moins digne d’intérêt,
favorables à son usage et à sa promotion. relève la différence entre bascophones natifs
Dans les textes écrits dans d’autres langues, (dont la première langue est la langue basque
les opinions sont plus variées. apprise par transmission familiale) et nouveaux
bascophones (ayant appris la langue basque
comme deuxième langue). Cette distinction est
[Link].2. La transmission de la langue souvent faite, alors que l’important, selon la
personne qui s’exprime, est d’utiliser la langue
Les évocations liées à la transmission de basque, quel que soit l’endroit où on l’ait appris
la langue sont fortement présentes dans les et quel que soit le basque que l’on parle (unifié
discours. Tandis que l’on constate qu’avant ou dialectal).
(jusqu’à une date assez récente), la transmis-
sion était essentiellement familiale, actuelle-
ment c’est le système éducatif qui assure en [Link].3. L’utilisation de la langue basque
grande partie cette transmission en enseignant
la langue basque tant aux enfants de parents Nombre de textes analysés critiquent ou
bascophones, qu’à ceux issus de familles non- dénoncent le fait que, malgré l’expansion qu’a
bascophones. connue la connaissance de la langue basque
(grâce, en grande partie, à l’implantation de
Toutefois, certains mettent en doute la com- systèmes éducatifs bilingues ou d’immersion),
pétence linguistique obtenue par le biais de cer- l’utilisation de la langue basque n’a pas connu
taines filières du système éducatif. la même progression, pour deux raisons en
particulier : d’une part, parce qu’il existe des
Dans tous les cas, il est rappelé que l’on ne obstacles à l’utilisation de la langue basque,
doit pas tomber dans le travers qui consiste à car nombreux sont les interlocuteurs qui ne
déléguer l’ensemble de la mission éducative à connaissent pas la langue (ou qui ne souhai-
l’école, étant donné que les enfants et les jeu- tent pas l’utiliser), et d’autre part, parce que
nes évoluent également dans d’autres secteurs ceux qui connaissent la langue ne l’utilisent
extérieurs à l’école. pas (parce qu’il leur est plus facile de parler en
espagnol33, par manque de motivation, etc.). Il
Bien que l’école assure, dans certains ter- s’agit là de la situation la plus critiquée.
ritoires, un apprentissage et un certain niveau
de connaissance de la langue basque, la trans- Ces critiques s’adressent tout particulière-
mission n’est pas garantie si les enfants et les ment aux jeunes. Car, comme nous l’avons déjà
jeunes ayant bénéficié de cet apprentissage mentionné, c’est dans ce groupe que l’on trouve
n’utilisent pas la langue dans leur vie quoti- le pourcentage le plus élevé de bascophones,
dienne, comme cela a été dénoncé dans bon grâce à l’enseignement de la langue basque
nombre d’opinions analysées (aspect que nous proposé par les modèles éducatifs.
analyserons dans la rubrique suivante).

Quoi qu’il en soit, et malgré ces points de


vue pessimistes, certains estiment que grâce à 33. Comme nous l’avons mentionné au début de
cette politique éducative (le renforcement des ce chapitre, la plupart des opinions font référence à la
situation du Pays Basque sud, et donc on cite l’espagnol
modèles B et D est mentionné) l’avenir, tout au comme langue coexistant avec le basque, et non pas le
moins proche, de la langue basque est assuré. français.

115
Analyse de l’information: Perceptions de la basquitude et de la culture basque sur Internet

Chez ceux qui se sentent visés par ces du nationalisme basque ou à une recherche de
critiques, c’est-à-dire au sein du groupe bas- rupture avec l’Espagne34.
cophone parlant davantage en espagnol qu’en
basque, on trouve cer taines réactions de Parmi les critiques faites au processus de
défense face à ces accusations. Les person- normalisation et à la politique linguistique par
nes concernées prétendent qu’elles utilisent des personnes hispanophones, certaines font
l’espagnol par respect vis-à-vis de ceux qui ne état d’une imposition de la langue basque.
savent pas le basque ou parce qu’elles ont pris
l’habitude de parler en espagnol avec certains Il faut souligner que même dans ce groupe
groupes. on ne perçoit pas un rejet de la langue basque
en tant que telle, mais plutôt du fait d’être
Dans tous les cas, face à cette situation obligé de connaître cette langue pour accéder
de non utilisation de la langue, la principale à différents secteurs, notamment pour entrer
préoccupation est la suivante : quel avenir a dans le monde du travail.
la langue basque si ceux qui la connaissent ne
l’utilisent pas? Un autre point de vue, en revanche, justi-
fie l’obligation de connaître la langue basque,
Concernant l’usage de la langue dans les d’une part pour répondre à la demande de la
différents secteurs, on constate une augmenta- société, pour appliquer la loi, et pour que que la
tion sans cesse croissante de l’utilisation de la langue basque fonctionne véritablement en tant
langue basque sur Internet. En effet, les gens que langue officielle.
qui ont recours à Internet sont majoritairement
jeunes et ont un niveau d’études plutôt élevé. Ainsi, il est question de la nécessité d’une
Nous pouvons donc supposer que le pourcen- politique linguistique qui accorde une pleine
tage de personnes connaissant la langue bas- reconnaissance à la langue basque afin qu’elle
que au sein de ce groupe est plus élevé que la jouisse d’une parité totale avec l’espagnol.
moyenne de la population.
En ce sens, nombreuses sont les critiques
De même, une critique vise la faible uti- dénonçant le caractère insuffisant ou inefficace
lisation de la langue basque dans d’autres de la politique linguistique du Gouvernement
secteurs, particulièrement dans les secteurs Basque ; inefficace parce qu’elle n’a pas obtenu
institutionnels (politique et administratif) ou les résultats escomptés en matière de basqui-
dans les secteurs économiques. sation et parce qu’elle se fonde sur l’obtention
de diplômes attestant de la connaissance de
Il faut enfin signaler que les deux tiers des la langue, sur la base d’un système d’examens
opinions originales d’où sont tirées ces référen- rejeté par certains secteurs (non seulement par
ces sont rédigées en langue basque. ceux qui ne savent pas le basque, mais par les
bascophones eux-mêmes), et insuffisante parce
qu’elle ne met pas en place tous les moyens
[Link].4. La politique linguistique indispensables pour mener à bien le plan de
basquisation.
Lorsque l’on évoque la politique linguis-
tique, les références aux modèles éducatifs En outre, l’idée d’étendre cette politique lin-
(encore une fois), à la normalisation, la promo- guistique à différents domaines est également
tion, le financement et la politique de subven- évoqueé.
tionnement, la co-officialité ou le bilinguisme,
les systèmes de certification des niveaux de Particulièrement évidentes sont les critiques
connaissance de la langue, les gouvernements faites à la politique linguistique du Gouverne-
et les autorités publiques, et avec une nuance ment de Navarre.
quelque peu négative, l’obligation à connaître la
langue basque sont clairement exprimées. La moitié des opinions originales d’où ont été
extraites ces références à la politique linguistique
En premier lieu, il y a une reconnaissance sont écrites en langue basque. Il est à noter que
de l’objectif de la politique linguistique, qui est
la basquisation de la plupart des habitants.
Certains ne manquent pas de lui donner un 34. De nouveau les opinions trouvées sur Internet font
sens plus politique, en la reliant aux objectifs référence au Pays Basque sud.

116
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

les textes en langue basque et les textes en monde culturel, et les négatives visent essen-
espagnol comportent des nuances : la plupart tiellement des personnes évoluant et travaillant
des textes en espagnol critiquent généralement dans la sphère politique.
l’obligation de connaître la langue basque ; les
textes en langue basque, en revanche, dénon-
cent le peu de soutien à la langue basque ou le [Link].6. Espace géographique
fait que les politiques de normalisation linguisti-
que ne sont pas adaptées. Les textes provenant Dans cette rubrique, il est fait référence à
de Navarre constituent une exception, car les l’usage de la langue basque dans différents
critiques faites à la politique linguistique de la points géographiques. Dans les petites et
Communauté Forale sont rédigées en espagnol. moyennes communes, ou dans les communes
à tradition rurale, il est notable que l’usage de
la langue basque est plus fréquent. On note
[Link].5. Organismes, événements et personnages également des disparités entre les territoires
historiques.
Dans les textes analysés pour l’étude des
thèmes ou questions associés à la langue, Quoi qu’il en soit, il est à souligner qu’au
apparaissent également des références ponc- cours des dernières années, l’usage de la lan-
tuelles à différents organismes, événements, ou gue basque a augmenté dans les villes.
personnages ayant un quelconque lien avec la
langue basque. Dans cette rubrique, les citations en espa-
gnol sont plus nombreuses que celles en langue
Dans les mentions relatives à différents basque, tandis que de nombreux textes sont
organismes, le traitement de ces entités est lié rédigés en anglais, essentiellement par des
à leur fonction en tant que sujets actifs de la personnes résidant à l’extérieur du Pays Basque
promotion (ou de la non-promotion) de la langue qui expriment ce qu’elles ont ressenti en venant
basque. Dans certains cas, ces références sont au Pays Basque.
porteuses de nuances positives, mais la plupart
d’entre elles critiquent le fait que ces organis-
mes fassent peu de cas et se consacrent peu [Link].7. Origine et influence d’autres langues
à la langue basque. Certains secteurs sont
évoqués de façon globale (particulièrement les Concernant l’origine de la langue basque,
médias), et certains organismes sont cités nom- tous s’accordent à reconnaître que l’origine de
mément (ETB-Télévision Basque, Diario Vasco, cette langue est ancienne et inconnue.
Vocento, Université du Pays Basque, Université
de Deusto, Université de Navarre, Osakidetza, Il est curieux d’observer que la plupart des
ELA, [Link]…). textes relatifs à l’origine de la langue basque ont
été écrits par des personnes résidant à l’extérieur
Certains événements sont également cités du Pays Basque, et que lorsque ces personnes
ponctuellement (Korrika, Foire de Durango, écrivent à ce sujet, c’est sur un mode anecdo-
Cérémonie de distribution des Certificats Bai tique, comme s’il s’agissait d’une connaissan-
Euskarari, concours Blog&Roll…). Là encore, ce historico-folklorique récemment acquise lors
on retrouve des commentaires positifs, plutôt d’une immersion dans la culture basque.
favorables, et des mentions négatives, visant à
critiquer davantage le mode d’organisation ou A propos de l’influence d’autres langues,
certains aspects concrets des événements que il n’existe pas d’opinion claire. Cependant,
les événements eux-mêmes. nombreux sont ceux qui pensent que la langue
basque a été influencée par les langues géo-
Cependant, certaines critiques font état du graphiquement proches (vocabulaire, structures,
fait que l’objectif de quelques uns de ces évé- etc.). De même, il est reconnu que la langue
nements n’est plus ce qu’il était à l’origine, au basque a également exporté des termes bas-
préjudice du soutien à la langue basque. ques vers d’autres langues.

Les références à des personnes publiques Là encore, les bascophones qui s’expriment
sont de trois ordres : positives, neutres et (ou, pour être plus précis, les personnes qui
négatives ; les positives (et neutres) concer- écrivent leurs opinions en langue basque) sem-
nent pour la plupart des personnes liées au blent éprouver peu d’intérêt pour ce sujet. En

117
Analyse de l’information: Perceptions de la basquitude et de la culture basque sur Internet

effet, il semble que ces personnes sont davan- (selon les commentaires recueillis) qu’il s’agit
tage intéressées par le débat sur la situation de personnes qui ne connaissent pas la langue
actuelle de la langue, que par une discussion basque, mais qui reconnaissent sa valeur cultu-
autour de son origine. relle, et qui, soit ne résident pas au Pays Bas-
que, soit ne sont pas touchées par l’exigence
d’apprendre la langue (pour une recherche de
EN RÉSUMÉ travail…).

La langue basque paraît être au coeur de


ce que les gens entendent par basquitude et [Link]. Autres expressions culturelles
culture basque, si l’on s’en tient au nombre de
mentions faites autour de cette question. Les références contenues dans cette rubri-
que correspondent à la définition même de la
Dans les textes, deux positions contradic- culture, ainsi qu’à des expressions culturelles
toires se détachent nettement : d’une part, concrètes, expressions que l’on peut regrouper
la position de ceux qui exigent un plus grand au sein de quatre ensembles (compte tenu du
soutien et une implication plus importante des nombre de mentions circulant sur Internet): les
acteurs politiques et sociaux en faveur de la lan- arts, la gastronomie, les sports et les traditions
gue basque. Ceux-ci, pour la plupart, expriment populaires.
leurs opinions en langue basque. En outre, ils
critiquent le fait qu’il y ait peu d’initiatives (ou Parmi les textes qui font référence aux
des initiatives de peu d’envergure) en faveur expressions culturelles, plus nombreux sont
de la normalisation de la langue basque et de ceux rédigés en espagnol (33%) et en anglais
la parité (pas officielle, mais réelle) avec l’es- (34%), que ceux écrits en langue basque (24%).
pagnol. D’autre part, la position de ceux qui 7% des textes sont écrits en français et 1% sont
perçoivent la langue basque comme une langue rédigés dans d’autres langues.
étrangère, imposée, et qui critiquent également
la politique linguistique, mais pour des raisons
très différentes, à savoir le caractère obligatoire [Link].1. Définition de la culture
de l’apprentissage ou de la connaissance de
la langue basque (en particulier lorsque cette Parmi les opinions recueillies sur Internet,
obligation est une condition d’accès au monde nous n’avons trouvé aucune définition ou des-
du travail). cription claire et concise de ce que l’on entend
par culture basque (cette définition devra être
Dans les deux cas, les personnes reconnais- tirée des citations mentionnées tout au long du
sent que la situation de la langue basque est dossier).
celle d’une langue minoritaire ou minorée, selon
l’interprétation qu’en fait la personne qui s’ex- Certains lient la culture basque au folk-
prime. Ceux qui demandent davantage d’aides lore et aux traditions ; d’autres, en revanche,
en faveur de la langue basque la considèrent rejettent cette vision car ils considèrent que
comme minorée et ils affirment qu’il faut appor- la culture représente bien plus que cela, et ils
ter un règlement à cette situation. En revanche, défendent le fait qu’il s’agit de quelque chose
ceux qui estiment que la langue basque leur de dynamique et en perpétuelle évolution.
est étrangère et imposée la considèrent comme
langue minoritaire, ou d’une minorité, et ils utili- On relève également des critiques sur ce
sent cette situation pour justifier leurs revendi- point. En effet, certains estiment qu’à force de
cations, considérant que la langue basque n’est vouloir à tout prix démontrer que la culture bas-
nullement nécessaire dans la vie quotidienne. que n’est pas une culture figée mais moderne,
on a tendance à rejeter tout ce qui est suscepti-
Il existe un troisième groupe, même si celui- ble de rappeler la tradition.
ci a moins de poids et d’influence dans les
débats ayant lieu sur Internet. Les personnes Par ailleurs, certains affirment qu’il n’exis-
relevant de ce groupe font l’éloge de la langue te pas de culture basque à proprement par-
basque et valorisent de manière positive sa ler. Selon eux, la culture basque n’est qu’une
promotion. Mais ils ne s’impliquent pas dans le variante de la culture européenne occidentale,
sujet et donnent l’impression qu’ils ne le perçoi- qui ne se différencie du reste que par sa langue
vent pas comme une menace. On peut penser (l’euskara).

118
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

De même, il y a ceux qui accusent la culture jours l’objet de soupçons, notamment quant à
basque d’être trop liée à la politique. leurs idées politiques.

Quoi qu’il en soit, les références à la culture Quant aux événements ou entités liés à
basque sont très nombreuses. Et parmi toutes la musique, outre la Foire aux Livres-Disques
ces mentions, celles qui en font l’éloge sont de Durango, sont également cités le festival
prédominantes. de musique expérimentale Ertz et le centre de
documentation de musique basque Eresbil.

[Link].2. Les arts


Littérature
47% des textes concernant les expressions
culturelles font référence aux arts. En ce qui concerne la littérature, on relève
la même tendance déjà observée concernant la
Dans cette rubrique sur les arts, la plupart musique : les références à des artistes précis ou
des textes sont écrits en langue basque (44%). à des oeuvres concrètes sont très nombreuses.
Moins nombreux sont ceux rédigés en espagnol Parmi les artistes contemporains les plus cités,
(38%), puis viennent ceux écrits dans d’autres Bernardo Atxaga dans le domaine du roman, et
langues (anglais 15% et français 3%). Kirmen Uribe dans celui de la poésie. Parmi les
auteurs que nous pourrions qualifier de classi-
ques dans la littérature basque, les noms de
Musique Lauaxeta et Gabriel Aresti sont évoqués.

Dans cet alinéa, prédominent les référen- Quoi qu’il en soit, le fait qu’il n’y ait pas de
ces aux musiciens ou groupes de musique tradition littéraire ancienne concernant la pro-
(y compris à des chants ou des disques en duction en langue basque est souligné par cer-
particulier). En ce sens, il est fait mention de tains, opinion critiquée par d’autres personnes
certains auteurs-compositeurs traditionnels s’exprimant sur Internet. Il est toutefois admis
comme Mikel Laboa ou Imanol, ou à des plus que jamais le niveau de production n’a été
modernes comme Mikel Urdangarin, à des grou- aussi élevé qu’aujourd’hui.
pes de rock basque radical comme Eskorbuto,
La Polla Records, à d’autres groupes novateurs Les bertsolaris (improvisateurs) sont égale-
qui ont exploré de nouveaux styles de musique ment évoqués, du fait qu’il s’agit d’une tradition
comme Fermin Muguruza avec Kortatu et Negu de littérature orale très enracinée.
Gorriak, ou à des artistes liés à la musique
folk comme Kepa Junkera ou Oreka TX. Il est souligné que la littérature en langue
basque ne fait pas l’objet d’une consommation
Aucune référence n’est faite à la musique importante.
classique, ni à d’autres styles musicaux. Il n’est
pas non plus fait mention d’instruments de Deux rendez-vous sont très souvent cités
musique basques, à l’exception de la txala- lorsqu’il est question de vente de littérature en
parta. Les fanfares sont évoquées en tant que langue basque : la Journée du Livre et la Foire
musique traditionnelle basque. aux Livres-Disques de Durango, et il est signalé
que les maisons d’édition travaillent dans la
D’autre part, certaines critiques visent l’ab- perspective de ces deux rendez-vous.
sence d’exportation ou d’influence à l’extérieur de
notre territoire géographique de la musique qui se La Foire aux Livres-Disques de Durango se
fait ici, encore accentuée lorsque cette musique détache tout particulièrement, non seulement en
s’accompagne de paroles en langue basque. tant que point de vente de livres et de disques
en langue basque, mais en tant que principale
Et même quand la production en langue vitrine de la production et de la consommation
basque est reconnue à l’extérieur, c’est à peine culturelles basques.
si ce succès est répercuté par les médias tra-
vaillant (plus ou moins) en langue basque, souli-
gnent certaines critiques. Danse

Certaines dénoncent également le fait que En ce qui concerne la danse, les rares tex-
les artistes qui chantent en basque sont tou- tes qui y font référence évoquent les danses

119
Analyse de l’information: Perceptions de la basquitude et de la culture basque sur Internet

traditionnelles et le processus de modernisation La plupart des opinions exprimées regrettent


qu’elles connaissent aujourd’hui. Cette réno- la faiblesse de la production cinématographique
vation est d’ailleurs considérée comme néces- en langue basque, et le fait qu’il y ait peu de
saire dans la situation actuelle. Une polémique possibilités de critique politique au cinéma.
est même engagée à propos de la signification
et de la portée de cette rénovation. D’autre part, il est dit également que le Gou-
vernement Basque aide le secteur de l’audio-
Dans ce paragraphe apparaissent quelques visuel basque.
noms propres : Juan Antonio Urbeltz, Mikel Sar-
riegi ou Jon Maia. En outre, comme personnage
lié aux danses traditionnelles (en tant que spé- [Link].3. Gastronomie
cialiste, et non comme danseur) est évoquée la
figure de Etxebarria (alias Camarón). 36% des opinions évoquées dans ce para-
graphe sur les expressions culturelles font réfé-
rence à la gastronomie.
Arts plastiques : peinture, sculpture,…
S’il est un aspect qui se détache particulière-
Concernant les arts plastiques, les réfé- ment en tant qu’expression de la culture basque,
rences aux sculpteurs Jorge Oteiza, Eduardo il s’agit bien de la gastronomie. Il est question
Chillida et Nestor Basterretxea sont les plus des coutumes culinaires du Pays Basque, des
nombreuses. On peut y ajouter les noms de restaurants, des chefs cuisiniers et des plats ou
José Alberdi, Remigio Mendiburu, Vicente Lar- produits typiques. Des propos toujours positifs et
rea, Ricardo Ugarte, également cités. Tous ces s’accompagnant d’un grand nombre d’éloges en
artistes sont évoqués soit individuellement, soit faveur de la cuisine basque.
au titre d’une génération.
Il est à noter que les deux tiers des textes
Concernant la peinture, il est question d’ex- faisant référence à cette question (66%) sont
positions présentées dans les musées, mais rédigés en anglais, tandis que 7% le sont en
français, et 3% dans d’autres langues. En effet,
rares sont les références à des artistes bas-
la majorité des références proviennent de visi-
ques, à l’exception d’Aurelio Arteta.
teurs qui viennent au Pays Basque et sont tota-
lement stupéfaits par notre cuisine.
Quelques petites mentions font également
référence à l’architecture.
Globalement, ils font l’éloge de notre gas-
tronomie et évoquent également la place impor-
En revanche, nombreuses sont les citations tante qu’elle occupe dans la culture basque.
concernant les musées : Musée Guggenheim,
Musée des Beaux-Arts de Bilbao, ou Chillida-Leku. Concernant les coutumes ou particularités
culinaires propres au pays, il faut en distinguer
Les textes mentionnent que le Musée Gug- trois qui retiennent tout particulièrement l’atten-
genheim rassemble des oeuvres de qualité et tion de ceux qui viennent séjourner chez nous :
reconnaissent également sa valeur architectoni- les tapas, les sociétés gastronomiques, et les
que. Mais une autre vertu lui est reconnue : sa cidreries.
capacité à donner une nouvelle vie à Bilbao.
A propos des tapas, il est question de leur
De temps à autre, il est fait mention présence dans de nombreux bars, de leur qua-
d’autres lieux ou espaces ouverts consacrés à lité, et de cette coutume qui veut qu’on les
l’art. Notamment le bois d’Oma, en Biscaye, ou consomme de bar en bar.
encore les rues de Bilbao.
Ce qui retient l’attention dans le phénomène
des sociétés gastronomiques, c’est le fait que
Cinéma ce sont les hommes qui y font la cuisine.

Parmi les avis sur le cinéma, on distingue En ce qui concerne les cidreries, il est sou-
les références faites à des films précis : Obaba, ligné que l’on s’y rend à une période précise
Aupa Etxebeste!, pour les fictions, et La pelote de l’année, que le menu y est typique, et il est
basque : la peau contre la pierre pour les docu- également question de la manière de servir et
mentaires. de boire le cidre.

120
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Parmi les produits typiques, outre ceux qui Dans cette rubrique consacrée aux sports,
composent le menu traditionnel de la cidrerie, pratiquement la moitié des textes (46%) sont
les poissons sont très souvent évoqués : la écrits en espagnol. En outre, les textes rédigés
morue (et les multiples façons de la préparer), en anglais (29%) et en français (17%) sont plus
les civelles, etc. nombreux que ceux écrits en langue basque (8%).

Quant aux boissons, voici celles qui sont Les sports le plus souvent cités sont : le
le plus souvent citées : le txakoli (très souvent football, le cyclisme et la pelote. Les sports tra-
mentionné), le cidre, le patxaran et le vin (de ditionnels (sports basques), le rugby et le surf
Rioja), sans oublier le kalimotxo. sont moins souvent mentionnés.

A propos de restaurants et de cuisiniers, la En football, l’Athletic de Bilbao est le plus


première chose qui est soulignée est la bonne souvent cité, en particulier le fait que ne figu-
qualité de la nourriture quel que soit l’établis- rent dans l’équipe que des joueurs basques, ce
sement, qu’il s’agisse d’un petit restaurant tout qui a pu susciter quelques polémiques. Il est
simple ou d’un restaurant de grand standing. également question des supporters de ce club,
dont l’attitude est saluée, y compris par des
La nouvelle cuisine basque est considérée personnes qui n’ont rien à voir avec le club.
comme un mélange de cuisine maison tradition-
nelle et d’innovation, surtout caractérisée par Il est également fait mention des derbys
l’utilisation de produits frais et de qualité, en entre clubs de football basques.
plus de l’imagination nécessaire à la réussite
de la composition. La principale référence en Enfin, certains réclament l’officialisation de
matière de nouvelle cuisine basque est Juan la Sélection Basque de Football.
Mari Arzak, même s’il n’est pas le seul.
Dans le domaine du cyclisme, les mentions
Globalement, les noms de chefs cuisiniers qui reviennent le plus souvent sont celles qui
qui reviennent le plus fréquemment dans les concernent l’équipe Euskaltel Euskadi et ses
écrits sont les suivants : Arzak, Arguiñano, Bera- supporters. Il est également question de l’atta-
sategi et Subijana. Quant aux restaurants les chement à ce sport.
plus cités, ce sont ceux où travaillent ces chefs,
ainsi que quelques autres comme Beltz the L’équipe Euskaltel aussi (de la même maniè-
Black (Bilbao), Zortziko (Bilbao), Mugaritz (Erren- re que l’Athletic de Bilbao pour le football) sus-
teria), Arbolagaña (Musée des Beaux-Arts de cite un certain sentiment identitaire basque,
Bilbao), Etxanobe (Palais Euskalduna de Bilbao), parce qu’elle n’est composée que de cyclistes
le restaurant du Musée Guggenheim, etc. Dans basques.
tous les cas, il est question de la bonne qualité
de la nourriture. Dans ce domaine du cyclisme, contraire-
ment au football, certains noms propres sont
Mais la référence gastronomique principale cités. Les plus souvent mentionnés sont les
reste, sans aucun doute, Donostia-San Sebas- suivants : Joseba Beloki, Aimar Zubeldia, Iban
tian, non seulement du fait de ses restaurants, Mayo… en revanche, les figures historiques du
mais aussi en raison de la réputation des tapas cyclisme basque ne sont pratiquement pas évo-
que l’on trouve dans les bars du vieux quartier, quées. Une seule femme cycliste est nommée :
étape obligatoire si l’en croit les commentaires Joane Somarriba. Elle est non seulement la
de ceux qui viennent séjourner au Pays Basque. seule femme dont il est question dans le domai-
ne sportif, mais également la seule et unique
Enfin, il faut signaler qu’il n’est pas fait seu- femme citée pour l’ensemble des expressions
lement référence aux restaurants et aux chefs culturelles basques.
cuisiniers du Pays Basque, mais également aux
restaurants basques d’Amérique. Concernant la pelote, il n’est question ni de
championnat, ni d’entreprise. Deux noms seule-
ment sont cités. Parler de pelote signifie forcé-
[Link].4. Sports ment parler de pelote basque, c’est-à-dire d’un
sport né, développé et vécu au Pays Basque.
21% des opinions s’exprimant au sujet de la C’est ainsi que le ressentent surtout les étran-
culture évoquent les sports. gers venus séjourner au Pays Basque.

121
Analyse de l’information: Perceptions de la basquitude et de la culture basque sur Internet

A propos de la pelote, les commentaires Concernant les sports, deux d’entre eux
portent sur les différentes variétés de jeu et seulement sont cités comme véritablement
surtout, sur la dureté de ce sport. Cependant, basques : la pelote et les sports traditionnels
il est admis qu’il s’agit là d’un jeu plein de viva- (sports basques). Même s’il est davantage
cité et divertissant. question de football ou de cyclisme, ces opi-
nions sont surtout liées à des noms de person-
Il est parfois fait allusion à d’autres sports, nes ou à l’attachement que l’on trouve au Pays
notamment les sports traditionnels basques, le basque pour ces deux sports.
rugby et le surf.
A propos des arts, il n’y a pas de concept
de l’art proprement basque, malgré l’idiosyncra-
[Link].5. Traditions populaires sie reconnue de la sculpture. Le caractère pro-
prement basque n’est reconnu qu’aux danses
2% des opinions de cette rubrique concer- traditionnelles et aux improvisateurs (qui, par
nant les expressions culturelles font mention ailleurs, sont à peine cités).
des traditions populaires, du folklore, de la reli-
gion ou de la mythologie. Enfin, les rares mentions concernant les
traditions populaires sont surtout relatives à la
Selon les personnes qui s’expriment, ces transmission de ces traditions.
traditions ont perduré au fil des années parce
qu’elles ont été défendues avec fermeté. Dans
cette transmission des traditions, il faut souli- [Link]. L’identité et quelques autres questions
gner le rôle des enfants, en tant que récepteurs de société
de ces mêmes traditions.
Les références à l’identité et à d’autres
De même, on reconnaît le travail mené par questions de société sont liées à des thè-
les Euskal Etxeak (Maisons des Basques) de mes tournant autour de la basquitude et de
l’extérieur ou de l’étranger, pour maintenir le la culture basque comme l’identité sociale et
folklore et les traditions basques au sein de la territoriale, le caractère attribué aux basques,
diaspora (il est dit également qu’elles permet- la structure sociale, le mode de vie et les habi-
tent à d’autres gens de les découvrir). tudes ou coutumes sociales, la perception de
la société basque que l’on peut avoir de l’exté-
Enfin, quelques écrits, mais très peu, men- rieur (y compris la comparaison avec d’autres
tionnent des éléments précis de la mythologie sociétés), sans oublier la politique, l’histoire
basque. ou la symbolique.

Il faut souligner la faible quantité de textes


EN RÉSUMÉ en langue basque traitant de ce thème (à peine
9%), face à une forte présence de textes en
Parmi les opinions recueillies sur Internet, il espagnol (50%) et en anglais (32%), tandis que
n’existe pas de définition précise de ce qu’est 7% sont rédigés en français, et les 2% restants
la culture basque, même si l’on évoque sa dans d’autres langues.
singularité. Cependant, nous avons trouvé des
références à diverses expressions culturelles
basques, que nous avons classifiées en quatre [Link].1. L’identité sociale
domaines : la gastronomie, les arts (musique,
littérature, arts plastiques, etc), les sports (foot- Le premier aspect qui se détache, dans
ball, cyclisme et pelote, essentiellement) et les cette catégorie, est l’idée répandue que les
traditions populaires. basques sont différents, ce qui ne signifie
pas pour autant qu’ils soient supérieurs aux
La gastronomie se détache particulièrement autres. La fierté d’être basque, d’appartenir à
comme élément spécifique, avec ses produits la communauté basque est mise en évidence.
typiques et de renommée internationale. Les Cette fierté est plus évidente encore parmi les
références à des personnes précises (chefs membres de la diaspora, qui vivent leur senti-
cuisiniers) y sont nombreuses. Ce thème est ment basque à des milliers de kilomètres de
spécialement abordé par les personnes qui ont distance, et pour certains sans jamais avoir
séjourné au Pays Basque. foulé le sol du Pays Basque.

122
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

La caractéristique principale pour définir des perceptions différentes de la part de ceux


l’identité basque, selon les opinions recueillies, qui considèrent que le Pays Basque est compo-
est la langue, bien que certains fondent plutôt sé de sept provinces ou de ceux qui considèrent
cette identité sur les racines historiques, l’héri- qu’il est composé de territoires situés au sein
tage génétique, la culture ou un sentiment d’ap- de l’Etat espagnol.
partenance commun à un même groupe, à une
même communauté, à une même nation. Le débat est plus profond encore sur l’inté-
gration ou pas de la Navarre au Pays Basque.
Ce sentiment est partagé à la fois par les Dans ce débat se mêlent la question territoriale
personnes nées au Pays Basque, et par celles et celle de l’identité. Les internautes n’étendent
qui sont originaires d’autres pays mais se sont à aucun moment ce débat au Pays Basque nord.
intégrées dans la culture basque ou à la façon de
vivre du Pays Basque. Ce sentiment ou cette iden- Quoi qu’il en soit, les références à cette
tité basque s’affirme parfois par opposition avec question (l’identité territoriale ou espace géo-
le sentiment d’être espagnol ou français, même graphique/territorial attribué au Pays Basque)
s’il arrive qu’aucune contradiction ne soit perçue sont assez peu nombreuses.
de la part de ceux qui vivent plutôt cela comme
une addition des deux sentiments ou identités. Et
l’on trouve également ceux qui, se plaçant au-des- [Link].3. Le caractère
sus des identités étatiques, conjuguent l’identité
basque avec l’identité européenne. Dans ce paragraphe sont rassemblés les
qualificatifs attribués aux basques en général.
Il y a aussi ceux qui rejettent l’identité basque. Il s’agit principalement de l’image que les gens
Ceux-là affirment que les habitants du Pays Bas- extérieurs au Pays Basque ont du peuple bas-
que sont, selon le cas, espagnols ou français. que, image positive dans la majorité des cas,
même si certains font état d’un comportement
Le conflit interne à la Navarre, relatif à l’ad- critiquable vis-à-vis des gens de l’extérieur.
dition ou l’opposition des identités basque et
navarraise ressort particulièrement des opi- Certains reconnaissent aussi qu’au Pays
nions exprimées. Dans certaines zones du ter- Basque il y a toutes sortes de gens, et qu’il ne
ritoire foral, en particulier, on relève la présence faut donc pas généraliser.
d’un sentiment essentiellement basque, tandis
que par ailleurs, s’affirme fortement (peut-être
davantage encore que le précédent) un senti- [Link].4. Structure sociale
ment navarrais qui dans certains cas exclut, et
dans d’autres cas intègre le sentiment basque. Peu de textes évoquent la structure de la
Quoi qu’il en soit, plus nombreux sont ceux qui société basque. Il est très peu question de la
estiment que le lieu de naissance ou de rési- situation démographique et du faible taux de
dence déterminent l’identité. natalité, ainsi que du phénomène d’immigra-
tion étrangère, qui a fait irruption avec force
Cette complexité paraît moins extrême au dans la société basque au cours des dernières
Pays Basque nord, même s’il est également ques- années.
tion de combinaison d’identités non exclusives.

Certains évoquent l’ikurriña (drapeau bas- [Link].5. Habitudes, coutumes, et mode de vie
que) comme symbole de cette identité, mais
d’autres critiquent le fait qu’il s’agisse d’une Globalement, les opinions expriment une
invention récente qui n’est pas propre à l’en- certaine perception des changements qui sont
semble du territoire, bien qu’il ait acquis avec en train de se produire dnas le mode de vie tra-
le temps ce symbolisme par extension. Certains ditionnel et dans certaines coutumes. Même si
vont jusqu’à se moquer de l’ikurriña. l’on perçoit un certain désarroi face à ces chan-
gements, l’optimisme prédomine, grâce à un
sentiment de dynamisme et de renouveau. Il est
[Link].2. L’identité territoriale dit que la société basque est en train de s’occi-
dentaliser et devient de plus en plus semblable,
Concernant l’identité territoriale, ce qui dans son mode de vie et ses usages, aux socié-
retient le plus l’attention est le fait qu’il y ait tés environnantes.

123
Analyse de l’information: Perceptions de la basquitude et de la culture basque sur Internet

A noter la perception que peuvent avoir les par le peuple basque et dénoncée par les natio-
gens de l’extérieur de notre mode de vie et de nalistes basques. Dans cette dernière rubrique
nos traditions. Nombreuses sont les personnes historique, les références faites à Sabino Arana
étrangères qui s’expriment à ce sujet. Qu’elles sont nombreuses, et toutes critiques.
aient séjourné au Pays Basque ou qu’elles aient
obtenu leurs références de l’extérieur, elles font
état en tout premier lieu de la fascination que EN RÉSUMÉ
leur inspirent tant le Pays Basque que le peuple
basque. Dans l’image que peuvent avoir de la En guise de conclusion, on peut affirmer
société basque les touristes venus de l’exté- qu’il existe un fort sentiment identitaire basé
rieur du Pays Basque, la gastronomie et la cou- sur la sensation d’être différents en raison,
tume qui veut que l’on aille de bar en bar, déjà notamment, du caractère non défini des origines
citées dans la précédente rubrique, se déta- historiques du peuple basque, de la langue, de
chent nettement. De même, l’image politique, la culture ou d’un sentiment d’appartenance à
liée à l’indépendantisme, et parfois au terroris- une communauté, la communauté basque, qui
me, est particulièrement mise en évidence. Les dans de nombreux cas est contradictoire avec
images liées au passé ou à des événements le sentiment d’appartenance à la communauté
historiques (fiables ou pas, prouvés ou pas) ne espagnole ou française. Le cas de la Navarre
manquent pas non plus. reste curieux. Sur ce territoire cohabitent de
multiples identités, desquelles se détache net-
Dans certains cas, l’image stéréotypée don- tement l’identité navarraise.
née de nous à l’étranger est critiquée au Pays
Basque. De plus, dans cette rubrique consacrée aux
questions d’identité et de société, la perception
que peuvent avoir de la société basque ceux qui
[Link].6. Histoire ne vivent pas au Pays Basque mérite une men-
tion particulière. En général, le Pays Basque tout
Outre tout ce qui a été dit précédemment, comme le peuple basque suscitent une certaine
nous avons trouvé sur Internet quelques référen- fascination, à cause du halo de mystère qui
ces à l’histoire du peuple basque. Globalement, entoure ses origines et sa langue (l’euskara).
nous pouvons classifier ces mentions en trois D’autre part, l’appréciation positive du caractère
groupes. D’une part, celles qui évoquent les des basques et la sensation que ceux-ci sont
théories au sujet de l’origine du peuple basque, porteurs d’un fort sentiment indépendantiste
d’autre part, celles qui font état de la participa- ressortent également des opinions exprimées.
tion active du peuple basque dans la construc- De même, les commentaires concernant la tra-
tion de l’Espagne, et qui affirment donc son lien dition gastronomique sont notables (ces tradi-
avec l’Espagne ; et enfin, celles qui réfutent la tions attirent tout particulièrement l’attention
situation d’imposition et d’oppression vécue des gens de l’extérieur).

124
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

3.3.3 CONCLUSIONS

4Après avoir étudié les opinions relatives à la qui se détache nettement, liée à différents
basquitude et la culture basque recueillies concepts comme la langue, la culture, les
sur Internet pendant une période d’un an (de expressions culturelles (gastronomie, sports
juin 2004 à juin 2005), il faut souligner que, autochtones…), les racines historiques, l’hé-
même si l’on n’a pas trouvé dans les textes ritage, et surtout le sentiment d’appartenan-
concernés de définition précise de ce qu’est ce (la plupart sont fiers de ce sentiment) à
ou de ce que l’on entend par culture basque, une même communauté ou nation (y compris
la prééminence de la langue (l’euskara) sur chez ceux de la diaspora). Ce sentiment iden-
tout autre aspect culturel est tout à fait indé- titaire est parfois unique (et même exclusif,
niable. Autrement dit, lorsque les personnes ou s’affirmant par opposition à d’autres),
qui ont donné leur opinion parlent de la bas- mais il peut aussi être partagé avec d’autres
quitude ou du fait basque elles parlent avant sentiments comme le fait de se sentir espa-
tout de la langue basque (rappelons que les gnol, français, européen ou navarrais.
références à la politique, qui étaient les plus
nombreuses, ont été éliminées). 4Particulièrement curieuse est la perception
qu’ont les étrangers de la basquitude ou du
4Les thèmes liés à la langue sont nombreux fait basque. Dans leur vision se distinguent
dans l’ensemble du rapport. Mais deux surtout l’origine mystérieuse des basques,
points de vue contradictoires émergent plus leur langue à nulle autre pareille et sans
particulièrement de la multitude d’opinions parenté aucune avec les autres langues, les
exprimées, concernant la connaissance, l’utili- paysages de leur territoire, leur excellente
sation et la la promotion de la langue : d’une gastronomie, et la capacité de leur diaspora
part, l’opinion de ceux qui demandent un à conserver leur identité et leurs traditions à
soutien et un développement de la langue des milliers de kilomètres du Pays Basque.
basque et, dans le même temps, critiquent le
fait que son usage ne soit pas aussi répandu 4Quoi qu’il en soit, des changements sont per-
que sa connaissance. Ceux-là sollicitent un ceptibles dans les coutumes, le mode de vie,
soutien plus important de la part des institu- y compris dans la structure sociale du Pays
tions, et une plus grande implication de tous Basque. Ce qui laisse supposer que l’avenir
les acteurs sociaux (y compris les citoyens). sera porteur d’évolutions significatives, tant
D’autre part, la vision de ceux qui, sans reje- sur le plan des expressions culturelles que
ter expressément la langue basque, la perçoi- du point de vue du sentiment identitaire.
vent comme quelque chose d’imposé et de 4Nous devons encore signaler le déséqui-
superflu, qui obéit à des intérêts politiques. libre perçu entre le Pays Basque sud et
Ceux-là critiquent le caractère obligatoire de le Pays Basque nord en ce qui concerne
sa connaissance, surtout lorsque cette obliga- les opinions recueillies. Y compris pour les
tion est liée à l’accès au monde du travail. opinions qui ne mentionnent aucun terri-
4Outre la langue, on trouve sur Internet des toire ; quand elles citent concrètement les
opinions concernant d’autres domaines liés institutions, les modèles éducatifs, les lan-
à la basquitude, notamment la gastronomie gues et autres, dans la plupart des cas,
qui tient une place importante (surtout citée elles font référence au sud. Par conséquent
par des visiteurs venus de l’extérieur). Les nous pouvons dire que, d’après ce qu’expri-
expressions artistiques sont également men- ment les opinions présentes sur Internet,
tionnées : musique, littérature, danse, arts le monde basque et la culture basque sont
plastiques…, ainsi que les sports (football, des concepts liés au Pays Basque sud.
cyclisme, pelote…) et les traditions popu- 4Enfin, il ne faut pas oublier que ce rapport
laires. Parmi les très nombreux messages n’est pas un travail définitif, mais qu’il s’agit
recueillis sur Internet figurent également des
bien d’une analyse pilote, correspondant
mentions concernant l’identité (sociale et
à une période donnée, qui pourra connaî-
territoriale), ainsi que d’autres questions de
tre un développement ultérieur, confirmant
société comme le caractère des basques, leur
ainsi les changements constatés dans les
mode de vie et leurs coutumes, sans oublier
opinions et les références au sujet de la
quelques références à leur origine historique.
basquitude et de la culture basque. En effet,
4Parmi tous les aspects mentionnés précé- les opinions sont des éléments vivants et
demment, l’identité basque est un thème en perpétuelle transformation.

125
4. Réflexions et conclusions
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

4.1. INTRODUCTION : LES CONDITIONS PRÉA- lui-même. D’une part, nous nous trouvons face
LABLES DE CES RÉFLEXIONS à différentes interprétations de la culture, car
tous les points de vue ne lui attribuent pas –loin
Dans ce dernier chapitre, nous proposons s’en faut– le même contenu. En outre, nous
une réflexion finale sur les résultats issus des nous trouvons face aux distinctions introduites
diverses informations recueillies –tant qualitati- par divers auteurs entre les différentes signifi-
ves que quantitatives– et qui ont permis d’appro- cations de la culture. Par ailleurs, il existe égale-
fondir l’idée que la population du Pays Basque ment différentes manières de comprendre le fait
se fait de la culture et de l’identité basques en basque. Ainsi, un vaste éventail de possibilités
ce début de XXIème siècle. Il est temps de faire s’offre à celui qui souhaite étudier la culture et
passer au second plan les affirmations lancées l’identité basques.
par les personnes ayant participé aux groupes de
discussion, aux entretiens, et aux enquêtes réali- Par conséquent, dès l’instant où la recher-
sées, ou tout autre type de sources, pour mettre che a été envisagée, une autre difficulté s’est
en valeur les impressions et les réflexions de présentée, au moment de délimiter le sujet, lors-
ceux qui ont conduit la recherche. que l’équipe de chercheurs a dû opter pour une
conception précise de la culture et de l’identité
En premier lieu, il nous faut mentionner basques comme point de départ. Quelle culture
quelques-unes des difficultés que supposent basque voulons-nous étudier ? La culture popu-
le thème même de la recherche et sa mise en laire ou la culture élitiste ? S’agissant de la
oeuvre. première, de quel type de culture populaire
voulons-nous parler ? Qu’est-ce qui donnera un
caractère basque à ce que nous allons étudier ?
4.1.1. De quelle culture et de quelle identité Parmi les différentes manières de concevoir
parle t’on ? la culture basque, l’équipe de recherche a fait
son choix, elle a eu recours à certains contenus
L’étude de l’identité et de la culture basques culturels précis pour réaliser une recherche d’in-
rencontre diverses difficultés liées au concept formation sur la culture basque.

La récupération de l’auteur : F. Dumont et la polysémie de la culture


Les distinctions binaires établies par l’historien et théologien québecois Fernand Dumont permettent à la fois,
par le biais d’une série de distinctions élémentaires, d’éviter l’éloge démesuré de la culture et d’envisager une
réduction de sa complexité.
1. Culture première et culture seconde : La distinction par la stylisation
La culture première désigne l’ensemble des perceptions immédiates de la personne. La culture seconde se
distingue de la culture première au moyen de procédés que Dumont englobe dans le concept de stylisation :
« Par rapport à la perception et à l’action spontanées, le livre, le poème, le tableau représentent évidemment des
décrochages et des reconstructions ». Plus précisément, Dumont distingue la stylisation et la connaissance,
concepts dont l’antinomie…
…est manifeste à notre époque où nous opposons la science à l’art et où nous sommes même tentés d’exclure de la
culture toute connaissance un peu technique. Le monde est d’abord, pour l’homme, un ensemble de significations avant
d’être une nature que peuvent appréhender les stratégies objectives de la connaissance. Si le dédoublement de la culture
suppose une ouverture des configurations premières de la perception, la stylisation est toujours reconquête d’un sens
du monde, tandis que la connaissance est la réduction de ce sens à des procédés de rationalisation et de calcul. La
connaissance est donc un processus second par rapport à la stylisation. (Dumont, 1994: 65)
C’est l’affirmation de l’autonomie de l’objet culturel qui doit exprimer en premier l’idée de stylisation qui, loin de
se limiter à l’oeuvre d’art, peut inclure des élaborations qui témoignent d’une intentionnalité différente, comme
les discours religieux ou mythiques. (Dumont, 1994: 91)

129
Réflexions et conclusions

La récupération de l’auteur : F. Dumont et la polysémie de la culture


2. Culture dispersée et culture institutionnalisée
Un tel effort de formalisation est un appel à l’institution (au sens restreint du terme). La distinction entre
culture dispersée et culture institutionnalisée, exposée par F. Dumont en 1982, suppose une continuité avec
celle soulignée plus haut entre culture première et culture seconde :
La disjonction entre culture première et seconde se retrouve dans toutes les civilisations. (…) elle permet, dans nos
sociétés, la disjonction entre culture dispersée et culture institutionnalisée, sans s’y identifier. (Dumont, 1995: 132)
(La culture dispersée est la) culture éparse de la vie quotidienne. Les rencontres, les communications les plus diverses
produisent et reproduisent un nombre infini de messages et de signes. Nous mettons en œuvre constamment des savoir-
faire qui relèvent de bricolages étrangers à la science. (Dumont, 1995: 106)
De tels bricolages peuvent être soumis à des normes sans que, pour autant, ils expriment une intention globale
explicite dans leur planification. C’est en quelque sorte la tâche de l’anthropologue classique de révéler l’unité
existante de ce qui nous apparaît dispersé.
On oppose à la culture dispersée la culture institutionnalisée, c’est-à-dire un ensemble de communications
produites en fonction de projets globaux :
Un nombre considérable de pratiques ont quitté le terrain empirique du bricolage pour dépendre désormais de professions,
de spécialisations aux compétences et aux techniques réglementées. La science, la littérature, les arts ont délimité leur
terrain d’exercice ; leur exercice repose sur la critique des savoirs habituels. (Dumont, 1995: 107)
Cette opposition est schématique : il y a des normes dans la culture dispersée, et la culture institutionnalisée n’est
jamais aussi organisée qu’on le prétend officiellement. L’institutionnalisation a des effets pervers : elle provoque
une réaction de rejet qui finalement renforce d’autres types d’institutions. Les cultures parallèles, par exemple,
ont différents objectifs : augmenter la qualité de vie, défendre une identité collective, etc. Par conséquent, leur
action est dirigée contre l’institution. Tout se passe comme si, face à l’objectif croissant de l’institutionnalisation,
la culture dispersée se transformait à son tour en culture créative. Mais, pour parvenir à comprendre les exigences
de la culture dispersée, pour proclamer les nécessités et les valeurs de la vie quotidienne, pour rendre le pouvoir
aux personnes et aux groupes contraints par l’environnement, il est nécessaire de s’organiser. De nouvelles
institutions sont créées dans le but de s’opposer à celles qui existent déjà.

L’identité basque ne se limite pas à être la L’attribution de sens qui en a découlé, a permis
culture première des individus, parce qu’elle a de réveiller et de mettre en oeuvre une capacité
eu également un développement relevant de la de mobilisation depuis longtemps disparue.
culture seconde, que ce soit au niveau stylis-
tique ou sur le plan de la connaissance. Sur- De même, l’objectivation de la culture et de
monter une telle rupture est réellement difficile, l’identité basques n’échappe pas à la tendance
d’autant qu’elle s’exprime sous couvert d’une à institutionnaliser, car pour agir en faveur des
continuité réaffirmée par des représentations identités collectives différenciées, pour que
primaires : les mythes en particulier, ou mieux la culture dispersée quotidienne ait sa propre
encore, les vestiges de mythes recueillis par le voix et sa propre place dans l’avenir, il faut
biais de la tradition orale, ont fait l’objet d’un irrémédiablement créer (ou continuer à créer)
traitement à la fois artistique et scientifique un réseau d’organismes et d’institutions qui lui
de la part de l’anthropologie classique basque. soit propre.

130
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Culture élitiste, culture populaire et culture institutionnalisée


1. Culture élitiste et culture populaire
D’une part, la culture populaire est constituée d’un ensemble de croyances collectives sans doctrine, de
pratiques collectives sans théorie. D’autre part, la culture élitiste ne cohabite pas avec les autres cultures ;
comme elle possède ses propres fondements qui débouchent sur le savoir, elle considère les autres
cultures comme objets. Croyance doctrinaire, pratique associée aux théories, cette culture occupe le terrain
correspondant aux autres cultures :
Pour affirmer son originalité et sa prédominance, la culture savante imagine un processus qui va de la culture vécue (sans
doctrine et sans théorie, dont la culture traditionnelle est le prototype) à la culture représentée, consciente d’elle-même,
dont la culture savante affirme l’autonomie. A un bout, la culture est singulière, à l’autre, elle est universelle. (Dumont,
1995: 148)
Les catégories de culture populaire et de culture élitiste suscitent, cependant, bien des réserves. La distinction
même est objet de controverse : une telle classification est-elle abordée selon des critères sociaux (culture
d’élites vs culture populaire) ou selon des critères ethno-linguistiques ? Pour résoudre pareil dilemne, Gérard
Bouchard propose, dans une étude sur les nouvelles collectivités du Canada et du Québec, de distinguer le
culturel, qui renvoie essentiellement à une opposition de catégories sociales, et l’identitaire, pour désigner les
divisions ethniques, linguistiques, résultant en particulier de l’immigration. (Bouchard, 1998: 219-248)
Les analyses de C. Grignon et J.-C. Passeron, pour leur part, évoquent les deux écueils auxquels se heurtent les
sociologues de la culture : celui du populisme, c’est-à-dire de la fascination idéalisée pour la culture des classes
populaires, et celui du légitimisme, ou de la réutilisation comme catégorie d’analyse, de certaines définitions de la
culture proposées par les formes dominantes et socialement légitimes. (Grignon, Passeron, 1989)
2. De la culture populaire à la culture institutionnalisée, selon Michel de Certeau
Les observations de Michel de Certeau sur l’introduction et la mise en perspective des problèmes culturels
dans la sphère de la planification méritent d’être prises en considération. La triple révolution qui, selon Certeau,
accompagne la reclassification technocratique de la culture concerne les points suivants :
• En premier lieu, l’abandon progressif des recours à une origine ou une norme sociale –la culture populaire–, et la priorité
donnée à la gestion du présent et à la prévision de l’avenir.
• Deuxièmement, les institutions, autrefois privées et militantes, s’inscrivent toujours davantage dans l’administration de
structures étatiques et d’une gestion de la planification.
• Troisièmement, les objectifs de la culture, initialement destinés à un rééquilibrage social, se dirigent à présent vers
l’organisation de techniques, d’organismes et de professions (animateurs, architectes culturels, etc.) dans le but de
faciliter la participation à une politique définie d’en haut. (Certeau, 1980: 169-173)

La classification culture populaire/culture Par ailleurs, l’autonomisation de la culture


élitiste suscite également des réserves dans basque reproduit en grande partie les obser-
le milieu basque, y compris dans les nuan- vations de Michel de Certeau, mentionnées
ces qui lui sont propres. Il aurait pu être inté- plus haut, sur les caractéristiques actuelles
ressant dans notre recherche de distinguer, de la gestion culturelle. En effet, l’espace bas-
comme le fait Dumont, critères sociaux et cri- que n’échappe pas à la triple révolution qui
tères ethno-linguistiques, séparant ainsi les accompagne la reclassification technocratique
aspects culturels et les aspects identitaires ; de la culture, à savoir : a) sans abandonner ni
mais il est vrai qu’ici nous avons utilisé à de renoncer à la culture populaire, la culture bas-
très nombreuses reprises, et délibérément, le que actuelle est perçue et s’élabore selon des
vaste concept (ambigu ?) de culture et d’identité développements contemporains et d’avenir ; b)
basques. Cependant, cette proposition peut être la responsabilité de la culture basque a évolué
utile pour de futurs travaux. du militantisme et du volontarisme vers la tech-

131
Réflexions et conclusions

nocratisation entre les mains de l’administration ques et quelles sont leurs pratiques en rapport
publique, comme le montrent, par exemple, les avec cette culture et cette identité. En effet, les
revendications de normalisation de la langue et habitants du Pays Basque ont sans doute un
de la culture ; c) la culture basque se technicise certain nombre de pratiques culturelles qu’ils ne
et se professionnalise entre les mains d’orga- considèrent pas comme relevant de la culture et
nismes et de professionnels qui la planifient de l’identité basques, parce qu’elles n’entrent
et la définissent d’en-haut. Il en résulte qu’en pas dans leur conception de la culture basque,
rationnalisant la langue, en faisant passer les bien qu’elles soient usuelles au Pays Basque
sciences sociales avant la théologie, les experts depuis longtemps, ou bien parce qu’il s’agit de
accentuent une division entre une culture qui se nouvelles pratiques amenées par les récents
veut professionnalisée et autonome et une iden- « arrivants ». Ces pratiques n’ont pas été étu-
tité collective qui s’exprime dans tous les sec- diées ici. Ce qui a été analysé, c’est ce que les
teurs de la vie sociale. L’objectif correspondrait habitants considèrent comme culture basque, ce
à ce que M. de Certeau désigne comme l’émer- qu’ils incluent dans ce concept et quelles sont
gence d’un neutre, le fait (cf. sur ce thème : leurs attitudes vis-à-vis de cette culture.
Itcaina, 2000: chap.7).
A présent que les résultats sont connus,
De même, il pourrait également être inté- il nous faut souligner que la sélection a été
ressant –à partir de C. Grignon et J.-C. Pas- quelque peu restrictive dans toutes les appro-
seron– d’analyser jusqu’à quel point le travail ches méthodologiques que nous avons utili-
d’élaboration culturelle mené par ceux qui sées, car lorsqu’on a interrogé, sur un mode
oeuvrent en faveur de l’identité basque, oscille ouvert, les personnes participant aux groupes
entre les pôles du populisme et du légitimisme, sur la culture et l’identité basques, c’est un
mais ceci ne fait pas l’objet de cette étude. Les concept plus large que celui utilisé par l’équipe
personnes qui –au nom de la société basque– de chercheurs qui est apparu. Autrement dit,
nous ont fait connaître leurs opinions manient les concepts de culture et d’identité basques
un concept de culture basque qui couvre autant utilisés dans certaines des questions posées
les conceptions extrêmes, que l’espace inter- tout au long de l’enquête, font référence à des
médiaire qui les sépare : du savoir traditionnel composants de la culture et l’identité basques,
populaire à l’élaboration sophistiquée des créa- touchant tout particulièrement à la tradition et à
teurs recensés comme artistes. la création culturelle, et à des éléments que l’on
peut situer dans la basquitude d’un point de vue
En ce sens, nous devons rappeler que l’objet ethnographique ; en revanche, l’idée de la cultu-
de l’étude n’était pas les cultures et les identités re basque exprimée librement par les habitants
des habitants du Pays Basque, mais ce que ces comporte d’autres éléments occupant une place
derniers entendent par culture et identité bas- plus importante dans leur vie quotidienne.

132
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

De quelle culture s’agit-il ?


Nombreux sont ceux qui se sont penchés sur la signification de la culture du Pays Basque, tant du point de vue du
travail culturel des secteurs populaires, que du point de vue de la recherche scientifique. Et si l’on se réfère aux
dires du philosophe Joxe Azurmendi, il n’est pas étonnant que notre culture génère tant de préoccupation :
Euskal kultura ez da txikia bakarrik. Urratua da, puskatua. Katea-kateaturik bizi da. Luzaro zanpatu dute. (Azurmendi,
1992: 569)
Un autre point de vue s’exprime dans une thèse de doctorat lue en 1994, dans laquelle plusieurs questions
étaient posées au sujet de la signification du concept de culture basque :
…nola mintza gaitezke, egungo Euskal Herrian, herri kulturaz? Nola mahaigaineratu herri kulturari buruzko eztabaida, herri
honen eguneroko errealitatean baino gehiago oroimenean irauten duten ereduetara mugatu gabe, baina aldi berean euskal
herri bezala orainean eta etorkizunean geure burua garatzeko premia aintzat hartuz? (…)
…erabili ditugun ardatz edo hipotesiei nolabait atxikiz: batetik, euskal kultura kultura popular gisa azter daitekeela, hots, klase
popularraren kultura gisa. Bestetik, euskal herriaren errealitatean, euskal klase popularren bizitzan zehazki, bestelako kultur
agerpenak ere aurki daitezkeela (…) Hirugarrenik, euskal kultura, kultura popularra den aldetik, bestelako kultur agerpen
popularrekiko harremanean egoteaz gain, eragin handia izan dezake haietan, erreferentzi-gune garrantzitsua bihurtuz.
(Amezaga, 1995: 269)
Après avoir exprimé ses doutes, ses propositions sur la nature de la culture basque, l’auteur note que dans
les principales formulations faites au cours du XXème siècle sur ce thème, on insiste souvent sur l’existence
d’éléments différentiels dans la culture basque par rapport aux autres cultures alentour :
…bereizgarritasunaren inguruan eginak direla. (…) ...euskal herria zer den definitzeko, bera besteengandik bereizten duena
bilatu beharra ez da nahikeria hutsa izan, bere izaera bera mehatxaturik ikusi duen gizatalde baten autotopaketa logikoa
baizik. (Amezaga, 1995: 270)
Et, en fonction de l’auteur, différents éléments sont privilégiés comme axe de la culture basque : pour Sabino
Arana, la race ; pour Arturo Campión et Txillardegi, la langue basque ; pour Federico Krutwig, l’ethnie : pour Jose
Miguel de Barandiaran, « la continuité culturelle à travers l’histoire ». (Amezaga, 1995: 270)

Pour terminer ce chapitre, nous tenons 4.1.2. Comment étudier les identités collectives ?
à dire que cette recherche n’apporte pas de
solutions quant aux relations entre cultures et Outre les difficultés que suppose la délimi-
identités du Pays Basque et culture et identité tation du terme culture basque, cette étude a
basques, si ce n’est qu’il ne fait aucun doute également mis en évidence la difficulté à définir
que ces termes ne sont pas synonymes, et le terme d’identité basque. Le thème de l’iden-
que leur délimitation est une tâche ardue. En tité collective est très présent dans la société
définitive, les opinions de la société basque qui et les sciences sociales. L’immigration qu’a
ont été recueillies dans ce travail recouvrent un connue l’Europe occidentale au cours des der-
spectre extrêmement large. nières décennies a provoqué des discussions
enflammées sur l’identité culturelle et nationale,
sur les relations entre les diverses identités, sur
leur convergence et leur coexistence.

133
Réflexions et conclusions

A la recherche d’identités et de référents culturels


Le concept d’identité est très présent dans les discussions théoriques et philosophiques, et compte tenu de
l’extension de ces dernières et de leurs motivations, ces débats semblent être assez généralisés :
La question identitaire est plus que jamais d’actualité, sous une forme ou sous une autre, dans la plupart des sociétés
contemporaines, qu’il s’agisse des sociétés dites avancées du Nord ou des sociétés dites sous-développées du Sud. Au-delà
de la diversité des situations, et notamment des formes d’expression qu’elle peut prendre, cette saillance de l’identité me
paraît relever d’une problématique générale… (Coulon, 2005: 1)
Savoir qui l’on est, ce que l’on fait dans la vie, vers quoi l’on va… semble être une nécessité fondamentale
partout, pour toute personne ou toute communauté…
El mundo como desierto impone vivir la vida como peregrinaje. Pero como la vida es un peregrinaje, el mundo ante nuestras
puertas es semejante a un desierto, sin marcas, ya que aún resta darle su sentido por medio del vagabundeo que lo
transformará en el camino hacia meta donde se encuentra el sentido. Esa “introducción” del sentido ha sido llamada
“construcción de la identidad”. (Bauman, 2003: 46)
C’est encore plus vrai dans les périodes de crise, à savoir, quand la nécessité de définir sa propre personnalité et
ses propres référents est plus forte que jamais. Ainsi, dans les sociétés complexes et techniquement développées,
l’identité en tant que support fondamental et orientation claire devient une référence essentielle :
…la tendencia social y política característica de la década de 1990 fue la construcción de la acción social y la política en
torno a “identidades primarias”, ya estuvieran adscritas o arraigadas en la historia y la geografía o de génesis reciente en una
ansiosa búsqueda de significado y espiritualidad. Los primeros pasos históricos de las sociedades informacionales parecen
caracterizarse por la preeminencia de la identidad como principio organizador. (Castells, 2001: 52)

S’agissant d’un thème qui revêt une telle élaborés par des auteurs issus de différentes
importance dans la société, nul ne s’étonnera branches des sciences sociales, dans le but
que l’identité obtienne également un écho aussi d’apporter à la réflexion davantage de rigu-
remarquable dans le domaine scientifique. eur, de profondeur, et une plus grande portée
Néanmoins, comme cela se produit souvent en scientifique. En effet, il faut tenir compte du
sciences sociales, les interprétations et analy- fait que le thème de l’identité a connu une
ses d’un concept très exploité peuvent être mul- transformation profonde au cours des der-
tiples et différentes, ce qui complique encore nières décennies, et qu’il génère aujourd’hui
son utilisation appliquée. des opinions diverses et contraires, d’où la
nécessité de tout mettre en oeuvre pour porter
Pour l’étude des identités collectives, on a une attention toute particulière à ces référents
eu recours à quelques référents historiques théoriques.

134
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

L’identité, transition de la modernité à la post-modernité


L’une des discussions théoriques sur l’identité réside dans les différences existant entre deux points de vue
fondamentaux, comme l’expliquent de nombreux auteurs : d’une part, le primordialisme ou essentialisme propre
à la modernité, d’autre part, le constructivisme, correspondant à la pensée de la post-modernité :
Distinguiremos entre dos formas de formulación teórica y de movilización política de las identidades colectivas, que
denominaremos una visión esencial y una visión constructiva. (Revilla & Carmona, 2002: 396)
Dans la formulation du primordialisme ou essentialisme, l’identité est considérée consolidée et organique, c’est-
à-dire attribuée d’avance, privilégiée, ou assumée comme quelque chose de naturel. (Croucher, 2004: 36). On
trouve une conception similaire chez de nombreux auteurs :
El primer modelo supone que cualquier identidad tiene cierto contenido intrínseco y esencial definido por un origen común,
una estructura común de experiencia o ambas cosas. (…) En lo fundamental, la lucha en torno de las representaciones
identitarias se conforma aquí como la propuesta de una identidad plenamente constituida, independiente y distintiva en lugar
de otra. (Grossberg, 2003: 152)
En la visión esencial de la identidad colectiva, ésta se sustenta en rasgos de origen de las personas y formula una unidad
a priori de la identidad y del conflicto: la condición de ser mujer, de un grupo étnico, religioso o cultural, gay o lesbiana, se
constituye como requisito de pertenencia a alguna identidad colectiva. (Revilla & Carmona, 2002: 396)
Lors de la transition du primordialisme au constructivisme s’est développé le point de vue instrumentaliste qui a
insisté sur l’importance de la conception identitaire comme principal élément au service de calculs rationnels
entre moyens et objectifs, avec une finalité politique ou économique, comme l’indique Sheila L. Croucher. Il faudra
attendre jusqu’en 1992 pour surmonter une telle dichotomie, lorsque Katheen Concen et ses collaborateurs
élaborent une formulation constructiviste de l’ethnicité. La nouvelle définition de ce concept, qui rencontra un
certain succès, réunissait en son sein le point de vue primordialiste et la vision instrumentaliste :
…ethnicity itself is to be understood as a cultural construction accomplished over historical time. Ethnic groups in modern
settings are constantly recreating themselves, and ethnicity is continuously being reinvented in response to changing realities
both within the group and the host society. Ethnic group boundaries, for example, must be renegotiated, while the expressive
symbols of ethnicity (ethnic traditions) must be repeatedly reinterpreted. (Conzen et at., 1992. In Croucher, 2004: 128)
Ainsi, le constructivisme (constructivist ou social constructionist) se développa en opposition à la faiblesse et
l’inconséquence du primordialisme, et à la réponse extrême donnée par l’instrumentalisme à ce dernier point de vue :
El segundo modelo (constructivismo) subraya la imposibilidad de esas identidades plenamente constituidas, independientes
y distintivas. Niega la existencia de identidades auténticas y originarias basadas en un origen o experiencia universalmente
compartidos. Las identidades son siempre relacionales e incompletas, están siempre en proceso. (…) La identidad es siempre
un efecto temporario e inestable de relaciones que definen identidades marcando las diferencias. De tal modo, aquí se hace
hincapié en la multiplicidad de las identidades y las diferencias antes que en una identidad singular y en las conexiones o
articulaciones entre los fragmentos o diferencias. (Grossberg, 2003: 152)
En la visión constructivista, no hay condición esencial para la pertenencia a la identidad… (…). En el primer caso, las
identidades se construyen de una vez y para siempre: se es musulmán, vasco, gay o mujer. En el segundo caso, la identidad
se construye en un proceso que requiere la movilización de valores. (Revilla & Carmona, 2002: 396)
Aujourd’hui, le point de vue constructiviste est prédominant dans la communauté scientifique, qui considère
primordialisme ou essentialisme et instrumentalisme comme des modes de compréhension appartenant à une
époque révolue.

Cette évolution conceptuelle devra être évident, à simplifier une réalité complexe, et
prise en compte, sans aucun doute, dans les peut-être même, dans une certaine mesure, à la
réflexions que nous aborderons par la suite, transfigurer.
quand il sera temps d’étudier quelles sont les
options qui priment ou coexistent chez les habi- C’est pourquoi une partie de l’information
tants du Pays Basque. recueillie a été basée sur des catégories dicho-
tomiques, par exemple lorsqu’il s’est agi de
D’autre part, dans le cas du Pays Basque, il classifier la population selon l’axe basquitud/
existe une grande confusion dans la population non-basquitud. De cette manière nous avons
quant au concept d’identité, et les chercheurs voulu nous approprier et comprendre un phéno-
ont ici choisi de délimiter les concepts et d’en mène plus confus et complexe dans la réalité.
faire des objets d’analyse au moyen des métho- Cependant, tout en étant conscients des limites
dologies utilisées. Ceci nous a conduit, c’est que cela suppose, il nous a paru que l’informa-

135
Réflexions et conclusions

tion ainsi recueillie était utilisable, surtout par le meilleure variable pour l’analyse. Cela étant, pour
fait que la recherche qualitative permettait une que le fait de se baser sur les territoires admi-
étude plus approfondie et davantage d’appro- nistratifs ne dissimule pas les aspects internes
ches de la complexité de ces concepts. de chacun d’eux, il a été également important de
prendre en considération les résultats en fonction
des zones de chaque territoire.
4.1.3. La confusion autour du nom et du territoire
D’autre part, le thème territorial génère une
Sachant que la division administrative influe autre difficulté du point de vue linguistique, due
sur un certain nombre de réalités, la manière à l’utilisation confuse des termes Euskal Herria,
d’aborder le travail de recherche, son organi- Euskadi, País Vasco, Communauté Autonome
sation, et la rédaction de certaines questions Basque… En effet, il y a plusieurs interpréta-
figurant dans l’enquête ont pris pour base la tions possibles de ces termes, et si certains
Communauté Autonome Basque, la Navarre, et le d’entre eux sont équivalents pour les uns, ils ne
Pays Basque nord ; autrement dit, le découpage le sont pas forcément pour les autres.
principal a été fait en fonction de ces trois territoi-
res, bien que, par la suite, l’analyse postérieure La confusion s’accentue encore lorsque
ait pris pour référence l’ensemble du Pays Bas- certains territoires s’approprient des termes
que. Toutefois, dans certains cas, il est possible comme « euskal », « vasco » et « basque » (Eus-
que les opinions et attitudes à propos de l’iden- kal Autonomia Erkidegoa, Comunidad Autónoma
tité et de la culture basques soient davantage del País Vasco, Pays Basque), car le contenu
liées à d’autres types de facteurs –la densité de attribué à ce terme « euskal-vasco-basque »
personnes bascophones de la zone, par exemple– conduit davantage à l’identifier avec des terri-
qu’avec le territoire administratif. Par conséquent, toires précis qu’avec la culture, la langue, ou
ce découpage n’a sans doute pas toujours été la d’autres caractéristiques.

Basque Country, Pays Basque, País Vasco, Vasconia, Euskadi, Euskal Herria…
La confusion est courante, surtout au Pays Basque sud, entre les concepts de Euskal Herria, Pays Basque
et Euskadi, et cette confusion s’est encore accrue à partir de 1979, lorsque pour désigner en espagnol la
Communauté Autonome du Pays Basque (Euskadiko Autonomia Erkidegoa), le Statut d’Autonomie de Gernika
a institutionnalisé les termes de Pays Basque (País Vasco) et Euskadi. Jusqu’alors, surtout dans le milieu
nationaliste basque, on employait Euskadi (ou Euzkadi) comme synonyme de Euskal Herria (Pays Basque), mais à
compter du moment où cette institutionnalisation est intervenue, le terme d’Euskadi a été perçu en Navarre avec
une certaine distanciation, voir comme étranger.
Par ailleurs, le terme de Vasconie bénéficie d’une tradition solide, tant au Pays Basque nord qu’au Pays Basque
sud, même si aujourd’hui il est totalement désuet. Ainsi, en 1637 fut publié à Paris l’ouvrage Notitia utriusque
Vasconiae du juriste souletin Arnaud d’Oihenart (1592-1668). Celui-ci fut le premier auteur à concevoir d’un point
de vue historique la Vasconie comme un tout englobant l’ensemble des territoires basques.
Ce terme a été utilisé dans le pays mais aussi à l’extérieur, dans la mesure où il existait un consensus de la
communauté scientifique autour de la notion de Vasconie ou de Pays Basque, et de son histoire, ainsi que le
montrent les grandes Encyclopédies. Ainsi, l’Encyclopédie Universelle illustrée américano-européenne (Enciclopedia
Universal ilustrada europeo-americana) de Espasa-Calpe définit ainsi le terme en 1958 :
Llámase hoy VASCONIA al territorio que comprende las provincias Españolas de Navarra, Álava, Guipúzcoa y Vizcaya y los
antiguos países de Labourd, la Soule y la Baja Navarra, en el departamento de los Bajos Pirineos de Francia. Prescindiendo
de otros aspectos: político, económico, estadístico, etc., (…) nos ocuparemos aquí en el nombre y extensión del concepto de
VASCONIA, en su historia, en su derecho y, en fin, en su idioma.

136
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Basque Country, Pays Basque, País Vasco, Vasconia, Euskadi, Euskal Herria…
La Nouvelle Encyclopédie Britannique (The New Encyclopedia Britannica - 1974) décrit ainsi le concept Basque :
People who live in both Spain and France in areas bordering the Bay of Biscay and encompassing the western foothills of the
Pyrenees Mountains.
En outre, cette encyclopédie évoque les différentes provinces, décrit leur géographie, leur culture, mais ne donne
que peu de détails sur l’histoire, se contentant de ne faire référence qu’aux quatre provinces du Pays Basque
sud. Ensuite, elle décrit séparément les trois territoires : Basque Country-French Pays Basque, Basque Country-
Spanish País Vasco [Basque Euskardi (sic)] et Navarre. En revanche, lorsqu’elle aborde le concept de « Basque
Language » (langue basque), elle revient à la notion de territoire dans son ensemble.
En français, Encyclopaedia Universalis (1990) souligne, en évoquant le terme Basques, qu’ils ont toujours été
répartis sur plusieurs états. Les provinces basques de France, explique t’elle, n’ont jamais été rassemblées
sous la domination d’un seul et même pouvoir, de même pour les provinces d’Espagne : « les provinces basques
espagnoles n'ont pas été, dans le passé, réunies par un pouvoir commun. »
Consciente de l’usage confus des concepts, et après analyse de leur évolution historique, l’Académie de la
Langue Basque-Euskaltzaindia a recommandé en 2003 l’utilisation du terme Euskal Herria pour désigner les sept
provinces historiques basques :
Araba, Bizkaia, Gipuzkoa, Lapurdi, Nafarroa (Beherea eta Garaia) eta Zuberoa batera izendatzeko erabil bedi "Euskal Herria”
izena. (Euskaltzaindia, 2003)

Afin d’éviter la confusion terminologique et peu de sécurités et de concepts inamovibles,


les discussions stériles sur de tels concepts, dans un environnement en perpétuel mouve-
il a été décidé, dans le présent travail, de se ment et développement. L’idée de crise naît
référer à la norme de l’Académie de la Langue de la sensation de cassure avec le passé.
Basque - Euskaltzaindia, et d’utiliser les termes Les images, représentations, discours, idées,
de « Euskal Herria - País Vasco - Pays Basque » concepts, et savoirs liés à la culture et à l’iden-
pour désigner les sept provinces historiques. tité basques qui jusqu’à des époques récentes
nous semblaient solides et enracinés, sont
aujourd’hui remis en question. Non seulement
4.1.4. Dans un contexte changeant dans leur validité, mais aussi et surtout dans
leur vocation d’univocité. On n’accepte plus
La société basque s’inscrit, actuellement, aujourd’hui un concept unique de culture et
dans un environnement changeant qui offre d’identité basques.

137
Réflexions et conclusions

Un environnement systémique changeant


En dehors du fait que cela constitue un cliché, il y a également du vrai dans le fait de prétendre que les sociétés actuelles
sont plurielles et évolutives est, en dehors du cliché, une réalité ; c’est également ce qui arrive avec l’affirmation selon
laquelle nous nous trouvons plongés dans une transformations sociale profonde. Tous ceux qui écrivent sur la culture
et l’identité collectives partent, pour leur analyse, d’une division et d’une complexité sociale. Bien que connue, cette
situation particulière n’est pas commune et influe de manière évidente sur l’édification des identités :
L’hypothèse selon laquelle la mondialisation, processus séculaire continu, induit un peu partout un mouvement de
transformation des catégories d’identification collectives n'est pas nouvelle. Ce qui est nouveau, c'est que nous assistons à
une nouvelle phase de ce processus, décelable dans l'accroissement du volume d'échanges marchands au niveau mondial
lié à l'évolution technologique et à la chute du socialisme réel qui représentait un frein a leur expansion. Ces phénomènes
conjugués bousculent les catégories d'identification collectives les plus visibles. (Dressler, 1999: 111-112)
Ces conditions spécifiques peuvent être résumées, si l’on se réfère à Tezanos, par exemple, comme suit : 1) cycle
de grandes mutations culturelles, avec un passage du modèle des sociétés industrielles au nouveau paradigme
des sociétés technologiques avancées ; 2) développement de nouvelles identités diversifiées et scindées,
comme conséquence de la crise des référents sociaux et identitaires classiques, remplacés, pour le moment, par
des schémas plus souples et pluriels ; 3) changements politiques qui se situent dans le cadre d’une évolution
des Etats-Nations classiques vers un nouvel ordre global ; 4) problèmes liés à des transculturations singulières
qui suscitent de sérieuses interrogations (que se passe t’il quand on introduit l’ American way of life dans des
sociétés non-développées ?) ; 5) conflits culturels, normatifs et difficultés d’intégration des sociétés, résultant de
la globalisation et de la pluriculturalité croissante. (Tezanos, 2004: 37-42)
Et il semble que ce changement qui touche tous les domaines sociaux se produit très rapidement et en profondeur :
…en el actual ciclo histórico la transición se está produciendo a tal ritmo y con tanta intensidad que a veces apenas
hay tiempo para que se realicen los procesos adaptativos necesarios…(…). Lo cual puede producir mayores desacoples,
disfunciones y, sobre todo, incertidumbres y ambivalencias en un campo crucial como es el de las identidades, los valores y
las creencias. (Tezanos, 2004: 8)

Il est clair que l’on vit un moment d’efferves- tout en prenant les précautions d’usage, nous
cence sociale, culturelle, et politique à l’échelle souhaitons mettre ici en valeur une idée cen-
mondiale. Nous n’assistons pas seulement à un trale : la culture et l’identité basques vivent un
changement de paradigme en termes économi- moment critique de mutation. Le terme de crise
ques, technologiques, ou culturels. Nous nous connote généralement une situation négative,
trouvons face à des transformations profondes, mais permet également d’autres interprétations.
et surtout, très rapides. Les normes, les outils, On peut faire référence à la crise, notamment,
et les conditions de vie sont en train de changer, comme un moment de changement et de renou-
ce qui exige souplesse et agilité pour s’adapter veau, un aiguillon, et même un moment de
aux nouvelles exigences. La société basque, catharsis qui peut nous conduire d’une période
elle aussi, doit faire face à tout cela, car elle douloureuse vers une amélioration. La crise
participe inévitablement à l’évolution sociale et suppose également des interrogations, des dou-
culturelle qui se produit à l’échelle planétaire. tes, des débats, et des conflits.

Tout au long de la présente recherche, ce Que l’on choisisse l’une ou l’autre des signi-
manque d’assurance de la part des personnes fications, il apparaît clairement, du point de vue
participantes, cette sensation d’une absence de du chercheur, que la sensation de crise qui se
concepts clairement définis, y compris au sein dégage de cette étude conduit à la conclusion
de l’équipe de chercheurs, nous sont apparus que culture et identité –tout au moins au Pays
à maintes reprises, comme en témoignent les Basque– offrent des possibilités nombreuses et
différentes acceptions et interprétations de tous diverses pour l’avenir. Un potentiel qui pourrait
ces concepts mises en relief dans ce chapitre. ouvrir la voie à une interprétation positive de
cette période de transition qui semble caracté-
riser la société basque dans son ensemble. Il
4.2. OÙ VONT LA CULTURE ET L’IDENTITÉ BAS- est clair que la transition n’est pas seulement
QUES ? une attente du monde basque. Ce terme est
également présent dans différents secteurs de
Si nous nous en tenons aux informations la société, et dans de nombreux endroits dans le
et résultats de cette recherche approfondie, monde. On recherche souvent les réponses ayant

138
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

trait à l’identité dans la culture, mais dans le cas aisé de comprendre pourquoi les idées qu’ont
du Pays Basque, c’est la culture même qui se les habitants sur l’identité et la culture basques
trouve à la croisée des chemins ; ainsi, il faudra ne coïncident pas toujours.
non seulement répondre aux questions sur l’iden-
tité, mais aussi affronter les défis générés par Dans les pages qui suivent, nous mettrons en
les difficultés que traverse notre culture. relief certains points de tension qui reflètent cette
période de crise traversée par la culture et l’iden-
Dans cette perspective, le flou et la confu- tité basques, notre intention étant davantage
sion qui règnent autour du substantif Euskal d’ouvrir le débat sur les principaux défis qu’elles
Herria-Pays Basque –comme cela a déjà été auront à affronter, que d’apporter des réponses.
exposé précédemment– reflètent on ne peut
mieux la situation d’une culture et d’une identité
basques plongées dans le doute. 4.2.1. Le dilemme politique interne

En effet, comme l’explique la présente recher- Tout en faisant des efforts pour s’adapter aux
che, même en partant de l’idée même de Euskal nouveaux rites et défis mondiaux, le Pays Basque
Herria-Pays Basque, dans la société il n’existe doit résoudre de graves questions. Parmi ces
pas de conception ou de représentation qui soit questions, celle qui semble le plus intimement
unique et commune à tous ; ni du point de vue liée au débat culturel et identitaire est, sans
de la territorialité, ni d’un point de vue ethno- aucun doute, la question politique. La politique,
graphique. Lorsqu’on explique le terme d’Euskal sous ses multiples formes et expressions, est la
Herria à partir de la territorialité, chez certaines grande absente de cette recherche. Des efforts
personnes interrogées apparaît l’idée contenue ont été faits pour que la politique passe inaper-
dans la formulation Zazpiak Bat (Sept en un), à çue ou soit invisible au cours des débats, mais
laquelle d’autres opposent les espaces Com- la plupart du temps ce non-dit la rendait encore
munauté Autonome Basque ou Pays Basque. plus présente. Ne pas parler de politique, l’éviter,
D’autre part, du point de vue ethnographique, l’esquiver ou l’ignorer n’a pas été tâche facile
l’axe Biscaye/Guipuzcoa est celui qui représente pour la plupart des personnes participant aux
le mieux Euskal Herria, pour certains secteurs de dynamiques de groupes ou aux entretiens, bien
Navarre et de la Communauté Autonome Basque, qu’elles s’y soient appliquées avec beaucoup
alors qu’il s’agirait plutôt de l’intérieur du Pays de bonne volonté. C’est justement la dimension
Basque Nord pour de nombreuses personnes de cet effort qui montre jusqu’à quel point la
vivant sur ce territoire. Ainsi, en assumant la plu- politique pèse sur le domaine de la culture et de
ralité et la différence existant dans les représen- l’identité basques, en particulier dans la Commu-
tations sociales d’Euskal Herria, il nous sera plus nauté Autonome Basque, et en Navarre.

139
Réflexions et conclusions

L’influence des Etats-nations sur la culture et l’identité


Croucher note l’importance de l’Etat lorsqu’il s’agit de comprendre l’appartenance ou l’identité collective
(citoyenneté, nationalité…), quelle incidence est également celle de l’Etat à travers le rôle qu’il joue dans les
réalités politique, économique, sociale, et culturelle. (Croucher, 2004: 41-42)
For some individuals, citizenship or state membership in now and always has been nothing more than a legal arrangement,
a formal category, or a response to a blank space on a customs form. For others, membership in a state provides a powerful
source of identity and belonging and evokes emotions of pride, loyalty, and devotion. (Croucher, 2004: 187)
Cependant, il est possible que la capacité d’édification d’une identité commune soit davantage liée au concept
d’Etat-nation qu’à celui de simple Etat :
La nation ou le nationalisme, qu'ils soient centraux ou périphériques, exemples privilégiés de l'identité collective moderne, se
constituent à la source des institutions dont tout semble dépendre. (Gatti, 1999: 206)
Des chercheurs venus de l’extérieur ont également observé les liens que la culture et l’identité basques
entretiennent avec la politique et les institutions politiques. Ce que Zoe Bray affirme, par exemple, sur la réalité
de Bidasoa-Txingudi peut être étendu, selon nous, à tout le Pays Basque –ou du moins à bon nombre de zones– ;
autrement dit, bien que l’analyse soit centrée sur trois villes situées autour de la frontière entre la France et
l’Espagne, ses résultats peuvent être, dans une large mesure, généralisés à tout le Pays Basque :
The French and the Spanish states have left their imprint on the political, cultural and linguistic landscapes and on economic
and social development. (…) At the same time, however, all three towns have in common a visible Basque heritage, reflecting
their location in the Basque Country. The result is an intermingling of cultural influences that is a source of both stimulation
and tension. (Bray, 2004: 19-20)
Toutefois, en ces temps de changement, la capacité des Etats à influer sur la culture et l’identité se transforme
et s’affaiblit d’une certaine manière, et fait l’objet d’une redistribution vers de nouveaux lieux de pouvoir qui se
créent :
En dépit du fait que ces États-nations continuent à être (…) la référence forte de ce que le terme « identité » veut dire, ces
formes de l'être social passent aujord'hui par une sérieuse recomposition. (Dressler, Gatti & Pérez-Agote, 1999: 9)

Dans la présente recherche, les personnes paru, ni n’ont perdu de leur importance, parce
interrogées se sont efforcées de ne pas citer de qu’ils ont été tus, car toute personne vivant ou
noms, de sigles ou de partis politiques ; elles ont connaissant la réalité basque connaît le poids
également évité d’évoquer la violence et le conflit. de cette question sur la vie quotidienne, depuis
Elles ont souhaité parler de culture et d’identité plusieurs décennies. La question politique a
basques en n’abordant pas ces éléments, et les imprégné une multitude d’images, de repré-
chercheurs ont suivi ce même critère. sentations, d’expressions, de discours et de
concepts, et tout cela, qu’on le veuille ou non,
Pourtant le problème, le conflit, les difficul- compose le contexte de crise ou de transition
tés sont évidemment présents. Ils n’ont pas dis- que vit la culture basque.

140
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Nation, culture et identité


Comme l’affirme Barker, la culture nationale est une expression de l’identité culturelle (Barker, 2003: 25).
Cela étant, les relations du trio politique / culture / identité sont souvent conflictuelles, car ces concepts sont
généralement au service des idéologies.
…la identidad cultural vigente en los debates políticos constituye un mito ideológico, donde tanto los rasgos de origen,
identidad esencial, como los rasgos adquiridos, identidad construida, se configuran en cada momento histórico particular,
en instrumentos ideológicos que soportan la acción colectiva. Derivado de ello, la idea de identidad cultural es tratada de
manera sintética y estática,… (Revilla & Carmona, 2002: 405)
Du moment que la nation constitue une communauté, elle se place au coeur des relations de ce trio, devient son
référent on ne peut plus clair, car elle réunit en son sein tous ces éléments : politiques, culturels et identitaires.
La idea de nación, para poder cumplir con la mencionada función simbólica de carácter político (legitimar el Estado existente
o legitimar la demanda social de un Estado por el momento inexistente) necesita caracterizarse, paradójicamente, como algo
no político. la nación, en el campo simbólico, funciona como la idea de una comunidad social, civil, que existe desde tiempo
inmemorial”. (Pérez Agote, 1995: 124)
La combinaison d’éléments aussi disparates dans la notion de nation (les composants politico-idéologiques avec
les référents culturo-identitaires) a produit à travers l’histoire de nombreuses tensions fortes et dangereuses, et
ce risque semble difficilement évitable :
…el hecho característico de la conformación de la nación como identidad colectiva primordial de la modernidad lo constituye
esa “identidad dual”: la diferenciación de la ciudadanía como pertenencia a una comunidad política y como miembro de una
comunidad cultural, y de ahí, la problematización de la relación entre ambas. (Revilla & Carmona, 2002: 407)
El problema es patente y ha dado lugar a auténticos desafíos cuando a las personas se les impide tener identidades
múltiples, combinadas, que son inherentes a la vida social y que son naturales para la mayoría de la gente. (Revilla &
Carmona, 2002: 406)
El estado moderno hispánico se montó sobre el “fanatismo de la unidad” y buscó su afirmación por exclusión de los demás,
por la negación de la identidad de los demás (las minorías); llenó ese vacío con el espacio que le negó a los “otros”.
(Henríquez Salido, 2001: 79)

Cette recherche met en évidence la grande territoires extérieurs. En définitive, lorsque dans
capacité qu’ont les Etats d’agir sur la culture et cette étude nous avons travaillé sur les attache-
la politique, en prenant le pas sur une origine et ments nationaux et identitaires, les tendances,
un passé commun, par exemple. On peut en voir que l’on ne connaît que trop, induites par l’Etat
un exemple dans les relations avec les territoi- nous ont été confirmées : au Pays Basque sud,
res voisins : les habitants de la Navarre et de la l’attachement à l’Espagne est très présent, et il
Communauté Autonome Basque entretiennent en est de même au Pays Basque nord, quant à
davantage de relations avec les territoires voi- l’attachement à la France.
sins de l’Etat espagnol qu’avec les habitants du
Pays Basque nord ; de même, les habitants du En ces temps de communication et de glo-
Pays Basque nord ont davantage de relations balisation, l’influence des Etats –qui demeure
avec les territoires français voisins –en général– toujours très puissante– est en train de s’es-
qu’avec les habitants du Pays Basque sud. tomper d’une certaine manière, et dans le
même temps, d’autres facteurs, internationaux
Au-delà de cette quotidienneté, l’étude mon- ou issus des minorités internes aux Etats, ont
tre clairement que le même phénomène se commencé à prendre le dessus. C’est pour-
produit concernant la distance symbolique –et quoi les opportunités actuelles pour impulser la
non la distance spatiale ou physique– avec culture et l’identité basques peuvent être enco-
les territoires voisins ou environnants ; autre- re plus nombreuses et diverses que celles que
ment dit, ceux qui manifestent un sentiment l’on a connues au cours des deux siècles précé-
d’identité dominant en faveur de l’Etat (qu’il dents. Et il semble que cela pourrait se produire
soit français ou espagnol), sont ceux qui se dans deux domaines : par-delà la frontière entre
sentent plus proches de territoires autres que les Etats, et également au sein de la diaspora
ceux du Pays Basque ; au contraire, ceux qui se qui participe du sentiment basque.
considèrent comme navarrais, basque-navarrais
ou plutôt basques, se sentent plus proches de Ce rapport ne fera pas davantage de com-
l’un ou l’autre des territoires basques que de mentaire sur la relation entre culture et identité

141
Réflexions et conclusions

basques d’une part, et politique d’autre part, ments : la société, le mode de vie, les goûts,
car les personnes interrogées –comme cela a les désirs, et les manières d’être et de vivre
été précisé auparavant– ont souhaité un autre au Pays Basque ou en dehors du Pays Basque.
type de réflexion. Quoi qu’il en soit, il était Chacun pourrait ainsi choisir, à la carte, dans
nécessaire d’évoquer cette absence-présence cet ensemble d’éléments, ses supports d’iden-
de la politique, et de souligner le rôle majeur tité et ses particularités.
qu’elle jouera dans l’évolution de la culture et
de l’identité basques du XXIème siècle, quelle Dans cet espace commun du Pays Basque,
que soit la tournure que prenne cette évolution. chaque personne pourrait construire son propre
En effet, la culture et l’identité basques auront menu dans lequel sélectionner tels plats et tels
des difficultés à affronter les défis qui les atten- condiments qui pourraient l’aider à s’identifier
dent si la tension existant dans le secteur poli- comme basque et à se sentir partie prenante
tique ne s’apaise pas. Peut-être n’existe t’il pas de sa culture. Il est évident que tous les élé-
de consensus sur la succession des événe- ments n’ont pas la même valeur symbolique, et
ments (que faut-il résoudre en priorité ?) mais il même à partir de cette interprétation plus large
est clair que tous sont étroitement liés et s’in- de l’identité et de la culture, la langue basque
fluencent mutuellement. et quelques autres éléments se révèlent être
fondamentaux dans la définition du fait basque ;
cependant, la possibilité d’accéder à d’autres
4.2.2. Débat autour de la nécessité d’une icones et surtout, celle de confectionner une
culture et d’une identité communes identité « sur mesure » apparaît comme une
option très attractive que le XXIème siècle, qui
Nombreux sont ceux qui se posent les vient de débuter, semble réclamer.
questions suivantes : pourquoi est-il néces-
saire d’avoir recours à une identité ? Le consen- De ce point de vue, la crise de l’identité et
sus est-il nécessaire autour d’une identité ? de la culture basques que nous venons d’évo-
Ou encore, n’est-il pas possible de rechercher quer, présente un lien direct avec le modèle
d’autres stratégies qui nous permettent de d’édification de cette culture et de cette iden-
vivre et de cohabiter en communauté ? Ainsi, tité : ce modèle devrait-il rechercher un seul
le dilemne posé est le suivant : pour certains, et même symbole de l’identité et de la culture
une identité univoque rassemblant le plus grand basques ? Autrement dit, pour être, ou ne pas
nombre possible de personnes est indispen- être, partie prenante de l’identité et la culture
sable, tous ceux qui partagent cette identité basques, faut-il définir d’abord les caractéris-
présentant certaines caractéristiques précises ; tiques du fait basque et, en fonction de ces
d’autres, en revanche, préféreront un espace dernières, classifier les habitants ? Ou bien, au
délimité par les mêmes objectifs et les mêmes contraire, faut-il miser sur un espace identitaire
buts, avec, pour y parvenir, la possibilité d’em- qui définisse seulement certains attributs, et il
prunter des voies différentes. Selon ce dernier appartiendrait à chacun de faire son choix parmi
point de vue, l’identité basque serait un espace ces attributs et d’ériger sa propre définition du
vaste et souple, composé de multiples élé- fait d’être et de se sentir basque ?

142
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Identité héritée et identité acquise


Nous avons déjà montré comment le primordialisme ou essentialisme cultivait une vision rigide et étatique
de l’identité et de la culture et comment, en revanche, le constructivisme défend un point de vue dynamique,
pluriel, et ouvert de ces mêmes concepts. Cependant, dans cette édification de l’identité et de la culture, le
constructivisme ne renie pas le poids que représentent la tradition et l’histoire. Au contraire, il prend en compte
ces deux éléments :
In spite of the emphasis on multiplicity and malleability, constructivists do not, however, portray identity as arbitrary. Rather,
they seek to explain the emergence, variation in, and reconfiguration of different identity/belonging formations by reference
to political, economic, and sociocultural conditions. (Croucher, 2004: 38)
La clé de la question réside actuellement dans la définition par nous-mêmes de ce que nous voulons devenir, en
partant des éléments d’origine et des éléments actuels ; comment on nous perçoit et comment nous percevons
notre propre futur :
…las identidades tienen que ver con las cuestiones referidas al uso de los recursos de la historia, la lengua y la cultura en
el proceso de devenir y no de ser; no “quiénes somos” o “de dónde venimos” sino en qué podríamos convertirnos, cómo nos
han representado y cómo atañe todo ello al modo como podríamos representarnos. Las identidades, en consecuencia, se
constituyen dentro de la representación y no fuera de ella. (Hall, 2003: 17-18)
Prenant comme point de départ les opportunités offertes tant par l’histoire que par les conditions sociales
actuelles, il semble que la clé de l’identité consiste dans le fait que chaque personne construise comme elle le
désire son propre projet ou sa propre représentation d’elle-même et de son identité collective.

Il s’agit bien là, sans aucun doute, de l’une elles et parvenir à ce qu’elles entrent en rela-
des interrogations centrales que cette recherche tion afin que chacun incorpore, de manière
laisse ouverte. Envisagée de différentes maniè- naturelle, des éléments provenant des autres.
res, cette question a été au coeur d’une grande Peut-être faudrait-il en tout premier lieu tra-
partie des débats qui se sont déroulés dans les vailler à une définition nouvelle ou adaptée de
groupes de discussion, renvoyant continuellement l’identité basque, en recherchant un concept
à une question d’une grande actualité et qui plus ouvert. Souvent est apparue dans les
dépasse les frontières du Pays Basque : sur quoi groupes la nécessité de s’adapter à la réalité
fondons-nous aujourd’hui l’édification de notre ou sociale, de façon à accepter, intégrer, et struc-
nos identité(s) en tant que personnes ? Comment turer avec les autres les différentes façons
nous définissons-nous ? Qu’est-ce qui nous diffé- d’être basque. Le modèle ne serait pas, par
rencie ? A la lumière des résultats de ce travail, il conséquent, une seule identité de type mono-
semble que nous nous dirigeons vers une défini- lithique, mais plutôt des identités en dialogue
tion de plus en plus diffuse du fait basque, qu’il permanent. Ainsi, peut-être pourrions-nous par-
est de plus en plus difficile de parvenir à une idée venir à une identité susceptible de les englober
unique de la basquitude, commune à tous ceux toutes. Dans cette perspective s’inscrit un
qui se considèrent comme basques –mais peut- travail qui sera, à n’en pas douter, indispensa-
être ne voulons-nous pas non plus en arriver là–. ble dans l’avenir, et qui consiste à pointer les
éléments qui font obstacle à une éventuelle
En tout premier lieu, il faudrait étudier com- identité commune, et à définir un concept plus
ment rapprocher les différentes identités entre large et mieux partagé.

143
Réflexions et conclusions

Un sentiment basque par-delà les frontières


A propos de rapprochement des identités entre elles, il nous paraît important de mentionner que les frères
Oiarzabal –suivant en cela des auteurs comme Totoricagüena, White ou Zulaika– revendiquent la reconnaissance
de la culture et de l’identité basques au-delà des limites territoriales historiques ou culturelles habituelles,
l’étendant ainsi à toute personne se sentant basque, où qu’elle soit dans le monde :
Progresivamente, se están empezando a dar los primeros pasos para entender la cultura vasca desde una conceptualización
desterritorializada, fluida y dinámica, la cual incluye representaciones y valores identitarios que son producidos y reproducidos,
tanto en Euskal Herria como en la diáspora, aunque de forma más tímida. (…)
Así, los vascos proyectan y conforman un atlas identitario cultural que ocupa múltiples lugares geográficos, reconstruyen
diferentes discursos culturales, hablan diversos idiomas y dialectos, y representan diferentes grados de asimilación y de
resistencia en sus diferentes países de residencia. (Oiarzabal et Oiarzabal, 2005: 132)
Une approche adéquate en ces temps de globalisation où les nouvelles technologies de l’information et de la
communication ont réduit –et pratiquement éliminé– la distance physique et les difficultés de relations. Ainsi, cet
élargissement conceptuel pourrait avoir pour conséquence, sans aucun doute, l’extension de la communauté basque.

L’un des défis auxquels la culture et l’identité basques du XXIème siècle auront pour référen-
basques devront faire face est la diversité. Une ces des réalités, des désirs, des revendications,
idée qui suppose d’aller au-delà de certaines et des besoins de plus en plus complexes. Les
dichotomies encore bien enracinées dans l’ima- expériences qui marquent la vie de chacun seront
ginaire basque, comme celle des « basques / de plus en plus diverses, et par conséquent,
non - basques », et de s’approprier les multiples engendrent une identité fragmentée habituée
différences et divergences qui convergent dans à coexister avec différentes dimensions : nous
la société basque. On pourrait en dire autant des pouvons être ou nous sentir basques, mais il est
différences entre territoires, générations, pays et très probable qu’en même temps, nous défen-
cultures d’origine, classes sociales… Il est néces- drons l’appartenance à beaucoup d’autres façons
saire d’avoir à l’esprit que l’identité et la culture d’être, de se sentir ou de se comporter.

Une identité érigée à partir de l’interculturalité


L’identité et la culture homogènes et les relations limitées en leur sein sont très loin derrière nous, dans le
temps. Aujourd’hui, au contraire, le pluralisme est l’une des caractéristiques les plus remarquables des sociétés
occidentales :
La fragmentación del mundo convierte en una quimera la representación de la identidad como una totalidad armónica y sin
disonancias, con una territorialidad compacta y unas tradiciones aseguradas. (Innerarity, 2003: 69)
El mundo de hoy se caracteriza por la paradoja de que una creciente globalización va acompañada de nuevas diferenciaciones,
de que hay mayores relaciones entre un número mayor de elementos. El cosmopolitismo y la particularidad no son opuestos,
sino que más bien se complementan y se refuerzan mutuamente. Al desvanecerse el espejismo de una clasificación simple
del mundo (…) nos encontramos de nuevo en una era de diferencias entrelazadas. Todo lo que pueda surgir en términos de
unidad e identidad lo hará a partir de la diferencia y producido por ella. (Innerarity, 2003: 71)
Face à la tendance qui consistait à percevoir le pluralisme et le mélange imposés comme un danger pour les
identités et cultures existantes, certains auteurs affirment que les nouvelles conditions ne doivent pas être
perçues comme des menaces, mais plutôt comme des opportunités :
No se trata de prescindir de las identidades, sino de conferirles una nueva viabilidad. A nadie debería pedírsele que deje de
ser lo que es; únicamente, que no entienda su identidad de manera exclusivista, ni la haga valer en contra del pluralismo que
caracteriza nuestras sociedades. (Innerarity, 2003: 78)
Malgré de tels dangers, il paraît inévitable que les cultures et les identités minoritaires aient à affronter l’édification
de leur futur à partir de l’interculturalité. Surtout celles qui sont situées sur le territoire de l’Union Européenne,
étant donné que ce projet se trouve immergé dans un processus de « diversification de la diversité » :
In the EU, the diversification of diversity has three main aspects. First, the process of European enlargement will increase the
diversity of national identities within the UE. Second, in several member states, subnational political mobilizations promote
ethno-regional identities as groups demand recognition as national minorities or as ethnic groups, (…) Third, Europe is and
will remain a continent of immigration. (Martinello, 2005: 13)

144
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Diversité des identités, pluralité culturelle, lement des relations avec d’autres territoires du
ceux qui vivent au Pays Basque et ceux de la Pays Basque et, de même, ceux qui –dans les
diaspora, la langue basque et les autres, les mêmes proportions– font la même chose avec
natifs et les arrivants… La culture et l’identité des territoires voisins extérieurs au Pays Bas-
basques du futur doivent assumer cette réalité que. Ou bien, en passant à un niveau symboli-
et se débarrasser des dynamiques dichotomi- que, il y a ceux qui optent pour l’identification
ques qui appartiennent à des temps et des identitaire avec le Pays Basque plutôt que pour
imaginaires révolus, déjà largement dépassés, celle avec la France ou l’Espagne et, à l’inverse,
tout au moins dans la vie quotidienne. Nous ceux qui privilégient l’identification avec l’Etat,
proposons une réflexion plus approfondie sur ces deux groupes ayant une importance à peu
quelques uns de ces cas. près similaire.

Nombre de ceux qui ont participé aux grou-


4.2.3. La gestion du changement pes de discussion ont insisté sur la nécessité
d’une attitude ouverte et souple pour la culture
L’image hégémonique et univoque de la et l’identité basques, afin qu’elles s’ouvrent aux
culture et de l’identité basques, aujourd’hui en cultures, identités, langues, coutumes, et points
crise, connaît un autre point de tension : les de vue différents et qu’elles s’approprient leurs
sentiments ou opinions contradictoires générés modes d’expression. Cela ouvrirait une possi-
par la dichotomie ouvert/replié sur soi. L’idée bilité d’échange et d’enrichissement mutuel.
selon laquelle la culture et l’identité basques En outre, cet échange qui a lieu au jour le jour,
seraient fermées et auraient tendance à se est considéré comme inéluctable, car la culture
replier sur elles-mêmes est récurrente dans les basque se trouve en contact permanent avec
groupes de discussion. Une sensation qui provo- d’autres cultures : d’une part, le Pays Basque
que des sentiments contradictoires et confus. reçoit principalement l’influence sociale, cultu-
relle et politique de deux états ; d’autre part,
L’information fournie par la recherche quan- les différentes immigrations de ces dernières
titative sur le dilemne s’ouvrir/se replier sur décennies ont apporté avec elles leurs cultu-
soi-même de l’identité et de la culture basques res, leurs langues, notamment ; enfin, à l’heure
offre diverses options que ce soit du point de actuelle les moyens technologiques et de com-
vue de la pratique culturelle quotidienne, que munication nous entraînent vers ce croisement
d’un point de vue symbolique. Par exemple, il y de messages et de cultures, et aucune commu-
a ceux qui maintiennent davantage ou essentiel- nauté ne restera en marge de cette tendance.

L’identité, de l’adhérence à la fluidité


Bien que le constructivisme fasse également siens les composants traditionnels de l’identité, ce point de vue
considère comme éculé et à éviter l’acception d’adhérence, de stabilité, et de permanence que lui attribuait le
primordialisme ou essentialisme. L’acception actuelle de l’identité part de la tradition, certes, mais tout en étant
dynamique, souple et fluide :
…si el “problema moderno de la identidad” era cómo construirla y mantenerla sólida y estable, el “problema posmoderno de
la identidad” es en lo fundamental cómo evitar la fijación y mantener vigentes las opciones. (Bauman, 2003: 40)
Donc, la signification rigide et étatique que distillait le concept d’identité suggéré par la modernité serait dépassé
dans la post-modernité ; ainsi, ce concept s’adapte mieux aux dynamiques plurielles, fragmentées, ouvertes, et
complémentaires –ou opposées– qui correspondent au monde actuel :
On observe un certain rejet des valeurs - refuge traditionnelles (morale, famille, fidélité), emblématiques de la dimension
de liens solides et durables. C’ est sans doute l'engagement à long terme qui est tout d'abord rejeté: le caractère de
permanence et de projection dans l'avenir constituant toujours un frein important. (Joffrin, 2003: 164)

145
Réflexions et conclusions

Le débat entre le repli et l’ouverture a carac- inquiétude chez les personnes interrogées : la
térisé le déroulement de la recherche et la gra- culture basque étant minoritaire ou minorée,
vité des arguments exprimés laisse à penser à cet afflux de cultures sera t’il préjudiciable ? la
nouveau que culture et identité basques sont société basque sera t’elle capable de conser-
arrivées à la croisée des chemins –comme cela ver, de renouveler et de renforcer ses valeurs
a déjà été souligné–. La nécessité de choisir le culturelles et ses caractéristiques identitaires ?
repli ou l’ouverture donne à comprendre, comme Autrement dit, comment s’ouvrir sans perdre
d’autres indicateurs, que la culture et l’identité sa singularité ? Certains pensent que cela est
basques vivent une période de transition. possible, mais d’autres sont plus méfiants et
craintifs, se demandant si cette culture, qui n’a
Les conséquences que pourrait avoir cette survécu qu’au prix d’énormes efforts, ne va pas
ouverture font apparaître des doutes et une disparaître.

L’ouverture, condition indispensable


Entre autre évolution, la prolifération de mouvements et d’organisations internationaux témoignent de l’émergence
d’une société civile globale, selon Croucher, et une telle prolifération est également la démonstration du désir
et de la capacité, des individus comme des collectifs, de cultiver de nouvelles formes d’appartenance. Par
ailleurs, ces nouvelles identifications n’ont pas de relation avec des liens territoriaux, géographiques ou politiques
jusqu’ici plus connus. (Croucher, 2004: 35-36)
Les nouvelles identifications qui émergent sont des caractéristiques et des pratiques culturelles de différents
types, qui dépassent les frontières. Les exemples sont multiples : altermondialisme, sports comme le football ou
le tennis, culture pop… En définitive, outre les identifications accolées aux référents traditionnels, les ancrages
identitaires qui transcendent inévitablement les limites physiques et spatiales sont de plus en plus fréquents :
Unas (identidades) siguen recurriendo como argumentos a pretendidas afiliaciones vinculadas al territorio, la religión o la raza.
Otras aprovechan distintos elementos, pero se apoyan en formas no territoriales de concebir la identidad. En cualquier caso,
los procesos de desterritorialización de la cultura y de la identidad parecen aumentar de forma incontestable. (Fernández de
Rota, 2002: 52-53)
Ainsi, actuellement, les cultures et identités collectives qui répondent aux réalités complexes et changeantes ont
besoin d’agir ouvertement, en adoptant de nouvelles références, tout en ne reniant pas les traditionnelles.
Si l’on observe l’expérience historique, pourtant, d’autres auteurs n’ont aucun doute sur la menace que les
nouveaux courants supposent pour les identités et les cultures des communautés minoritaires. Selon ces voix,
il faudrait désormais ajouter la nouvelle menace de la culture globalisée à la persistante culture omnivore des
Etats. Et cela, tout en reconnaissant les bienfaits du contact et de l’influence interculturels :
Zer gertatu da orain arte Estatu-nazioaren sistema asimilatzailearekin? Eta zer gertatzen ari da orain globalizazioaren sistema
orobat irenslearekin? Arazoa ez da kulturen arteko elkarrekintza eta mestizajea; hau onuragarria eta beharrezkoa baita
berez. Arazoa beste kontu hau da: elkarrekintza hori norabide bakarrekoa dela, eta sistema hegemoniko asimilatzailearen
erakarpen-indarrak beste gainerako azpi-sistemak (batik bat, estaturik gabeko herri-nortasunaren kultura-sistemak) irentsi
egiten dituela. Azken hauek ez baitaukate defentsa-mekanismorik haiei buru emateko. Hementxe dago auziaren gakoa. Eta
gako honen argitan herri-identitatearen borrokak gutxieneko eskakizun bat dakar oinarritzat: bere nortasunaren garapenak
herrian herriko gizarte eta kultura-baliabideak bertako gizarte-eragileen esku egotea eskatzen du, nortasun-elementuen
berritze-jarduna barruko indarren arabera eratua izan dadin. Honek ez du esan nahi, noski, kanpoko eraginik ez dagoenik; are
gehiago, kanpoko eragin horien premia beharrezkoa izango du dena delako herri-komunitate horrek, aldian aldiko aldakuntzen
bilakaeran murgilduko bada. (Odriozola, 2000: 194)
Pour que la culture minoritaire ne soit pas perdante dans cette ouverture inévitable, la clé réside, semble t’il,
dans le contrôle d’un tel processus : que le peuple lui-même et ses acteurs culturels aient eux-mêmes à conduire
cette ouverture.

Ainsi émerge un mélange complexe de sen- synonyme de progrès et d’adaptation, tandis que
timents : d’une part, la fierté d’avoir maintenu le repli suppose le vieillissement et l’affaiblis-
en vie une culture, une langue, et des coutumes sement. Pourtant, on ne voit pas clairement ce
face à l’adversité ; d’autre part, la conscience que devrait apporter cette ouverture : considérer
toujours plus forte d’une ouverture devenue inévi- comme faisant partie de la culture et de l’identité
table. Au fond, tous estiment que l’ouverture est basques ce qui jusqu’ici était considéré comme

146
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

étranger ? rechercher la confluence des différen- tradition, de la réinterpréter selon des paramè-
tes cultures qui cohabitent au Pays Basque ? Le tres actuels, sans la renier.
temps dira comment va se dérouler ce processus
d’ouverture et ce qu’auront à y gagner ou à y per- On a souvent la sensation que toute tenta-
dre la culture et l’identité basques. tive de changement, l’ouverture à de nouveaux
éléments, conduisent immanquablement à trahir
A ce point d’évolution, la culture basque doit le passé. Pourtant, le changement est indispen-
faire face à une exigence de modernisation et sable à la survie de la culture basque, et dans
d’évolution. Quelles sont les options offertes tous les cas, pour certains, il est incontourna-
à la culture basque pour envisager l’avenir et ble. Les circonstances l’imposent et, comme
rechercher de nouvelles expressions ? Jusqu’à l’affirment de nombreuses personnes, étudier la
quel point peut-elle progresser et expérimenter ? situation du moment et l’environnement entraîne
Tout au long de cette recherche, il est apparu forcément l’analyse des possibilités de transfor-
évident qu’il n’est guère facile de transformer la mation de la culture.

Un pont entre la tradition et l’avenir


Si à une époque les sciences sociales ont pris le risque, dans leur tentative de dépasser le primordialisme et
l’essentialisme, d’exclure les éléments du passé, aujourd’hui ce point de vue n’est plus défendu. En réalité, les
éléments de la tradition sont considérés comme un point de départ iincontournable pour le constructivisme,
comme cela a été dit plus haut :
Ethnicity is a constructed identity, but its construction relies on appeals to primordial sentiments of belonging. It is constructed,
in other words, with reference to kinship, blood ties, shared origins, and common ancestry. (Croucher, 2004: 129)
Crawford Young is correct that primordialism and instrumentalism needed to be turned on their heads, but it is also correct
that understanding the existence of ethnic groups and the relations between them must incorporate elements of both views.
(…) identities are invented, but the invention process is not arbitrary, it does not make ethnicity or any other identity out of
thin air, and is far from inconsequential. (Croucher, 2004: 133-134)

De cette manière, si le dilemne ouverture/ le. Les nombreuses informations dont nous dis-
repli sur soi auquel sont confrontées la culture posons nous montrent clairement qu’au Pays
et l’identité basques tend inéluctablement vers Basque nord, en Navarre, et dans la Communau-
l’ouverture, divers éléments de la culture tra- té Autonome Basque, les situations, les circons-
ditionnelle basque doivent être les bornes qui tances et les rythmes d’évolution de la culture
vont aider à délimiter le chemin vers l’avenir et de l’identité basques sont très différents. De
et à avancer dans cette voie. Autrement dit, plus, il existe une hiérarchisation des images,
l’avenir doit s’édifier sur les fondations de la des discours et des interprétations concernant
tradition, et non pas en partant de rien. Les cou- la culture et l’identité basques dans les per-
tumes, l’ensemble des traditions doivent être ceptions des habitants du Pays Basque sud.
conservés et entretenus, mais parallèlement Sur ce plan, la Communauté Autonome Basque
il est nécessaire de maintenir en permanence serait au sommet, et constituerait la référence
éveillé le désir de connaissance et d’innovation, indiscutable dans l’élaboration de ces images et
afin de pouvoir l’alimenter en moyens d’expres- de ces normes. En effet, une distinction subtile
sion culturelle immédiats. S’il n’en était pas mais efficace apparaît entre le noyau culturel et
ainsi, la communication pourrait être rompue identitaire (Communauté Autonome Basque et,
avec tout un pan de la société –la jeune généra- surtout, Biscaye et Guipuzcoa) et la périphérie
tion, notamment–, ce qui mettrait en danger la (Navarre, Pays Basque nord et, dans une certaine
survie de la culture et de l’identité basques. mesure, Alava). D’une certaine manière, le noyau
de la basquitude est attribué aux territoires men-
tionnés en premier lieu, et leurs caractéristiques
4.2.4. Le coeur et la périphérie du fait basque et expressions sont considérées comme la vérita-
ble culture basque. Nous rencontrons également
Dans chaque territoire du Pays Basque émer- ce même phénomène au Pays Basque nord, où
gent des réalités différentes sur le plan de la l’intérieur apparaît comme le symbole du fait bas-
culture et de l’identité basques, phénomène qui que, surtout lorsque cette image est confrontée
n’a jamais été aussi évident qu’à l’heure actuel- aux caractéristiques différentes de la côte.

147
Réflexions et conclusions

Centre et périphérie socio-politiques


Toute identité collective se débat entre deux stratégies élémentaires, l’une exclusive et l’autre inclusive, ou bien
essaie, dans une plus ou moins grande mesure, de combiner les deux, comme le décrit Pérez-Agote en se référant
à l’identité politique :
La logique inclusive provoque l'uniformisation culturelle inclusive d'autres et désactive les identités périphériques.
La logique exclusive tend à superposer la particularité culturelle et la territorialité politique.
Ces deux logiques cohabitent dans chaque identité collective et, selon leur degré d'objectivation politique, l'une ou l'autre sera
plus visible. (Pérez-Agote, 1999: 32)
Selon la dynamique qui prévaut, dans une communauté apparaîtra, ou pas, une tendance centrifuge de certains
secteurs. En suivant cette logique, on peut recourir à la signification socio-politique que le norvégien Stein Rokkan
donne au binôme centre-périphérie, au-delà de son sens géo-spatial. Ainsi Juan Linz évalue t’il l’utilisation du
concept faite par l’auteur norvégien :
Ha sido mérito del gran sociólogo y politólogo noruego subrayar que en la vida política existen no sólo las tensiones, conflictos y
alienaciones partidistas basadas en los conflictos de clase, en las diferencias de intereses y estilo de vida urbano y rural, y los
derivados de la división religiosa o de religiosidad-secularismo, sino los derivados de la tensión centro-periferia. Tensiones entre
un centro de poder político, económico, cultural, lingüístico con ambición hegemónica y regiones, etnias, culturas, en la periferia
que han escapado o resistido la plena dominación e integración por el centro “constructor” del Estado. (Linz, 1986: 369)
Et s’appropriant ce sens de centre-périphérie, conçu pour étudier le cas des Etats-Unis, Linz l’applique aussi aux
nationalismes périphériques :
…las periferias nacionalistas (…) se encuentran con el mismo problema que el Estado central, también ellas tienen sus
periferias de difícil integración y dominación por su propio centro. (Linz, 1986: 370)
Certains auteurs nous alertent sur le danger que suppose le recours au binôme centre-périphérie pour une
définition de l’identité, concrètement, celle de la diaspora basque. La raison de ce rejet est que ce binôme
génère des catégories hiérarchisées de ceux qui se sentent basques, distinguant ceux qui ont un certain pédigrée
culturel de ceux qui n’en ont pas :
…carece de sentido el modelo al que denominamos “centro-periferia”. Este modelo está sujeto a un criterio de localización
geográfica (jus loci), que concibe que la identidad vasca se crea y conforma desde Euskal Herria, mediante la expansión
posterior de valores, símbolos y significados a otros países y lugares de la diáspora, los cuales asumirían un relegado estatus
de receptores y meros manipuladores o reproductores imperfectos (a medida que la distancia temporal se agudiza) de esa
identidad primigenia, originaria y por tanto “auténtica”. (Oiarzabal et Oiarzabal, 2005: 58-59)

Actuellement, ces différences ne sont pas local (zone ou territoire). Réinterpréter le local
seulement constatées d’une manière évidente peut être une manière de calmer les tensions et
par ceux qui les ressentent, mais elles sont de trouver des manières plus ressenties, plus
également revendiquées et défendues (de façon profondes de vivre ce que signifie être basque.
plus implicite qu’explicite). Cette attitude met
en évidence la nécessité de faire émerger et Cette façon d’envisager la question oblige
de valoriser d’autres visions ou expressions de à comprendre que l’avenir ne doit pas forcé-
l’identité et de la culture basques, comme fruits ment passer par l’évolution de la Communauté
de l’idiosyncrasie de leur environnement et de Autonome Basque, mais qu’il dépendra de celle
leurs propres fluctuations ; c’est une possibilité de l’ensemble des territoires du Pays Basque,
qu’il faudrait approfondir. La tâche est difficile alimentée par les nouveaux développements qui
et requiert une grande imagination, mais dans se produiront dans chacun d’eux.
le fond, elle apparaît comme la seule possibi-
lité de promouvoir un type d’identité ressentie
comme proche, réelle, et palpable ; une identité 4.2.5. Le paradoxe de la langue
qui parle de ce que les gens sont et ressentent
à partir de leur expérience vécue et quotidienne. Dans les chapitres précédents, il a été fait
En ce sens, peut-être serait-il intéressant de mention du débat autour d’une définition hégé-
penser que l’identité et la culture basques doi- monique ou non de la culture basque, et égale-
vent appliquer certaines doses de délocalisa- ment du rôle des éléments traditionnels dans
tion ou s’appliquer à elles-mêmes la maxime l’élaboration des nouvelles orientations culturel-
suivante : penser global (Euskal Herria), agir les et identitaires basques. Dans ces débats, la

148
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

langue, l’euskara, occupe une place particulière. basque quand on leur a demandé –au cours
De fait, on rencontre un paradoxe autour de la de l’enquête– de choisir, parmi une série d’élé-
langue basque : la plupart des gens la considè- ments, ceux qui étaient le plus en rapport avec la
rent comme le fondement de l’identité et de la culture basque : elles ont placé la langue basque
culture basques, certains allant même jusqu’à en première position (devant la danse, la pelote,
mettre en doute le fait que puisse exister une les sports populaires, les coutumes, la gastrono-
identité ou une culture basque sans la langue, mie, etc.). Ainsi, la langue basque est l’élément
mais en même temps, de nombreuses person- le plus souvent mentionné, aussi sur Internet,
nes ne parlant pas la langue basque demandent quand il est question de culture basque.
qu’on reconnaisse leur identité basque et leur
appartenance à la culture basque, niant ainsi Par conséquent, pourquoi la langue basque
que la connaissance de la langue basque soit n’apparaît-elle pas parmi les premières condi-
une condition indispensable à cette identité et tions permettant de se sentir basque ? Comme
cette culture, et donnant davantage de valeur à cela a déjà été souligné, il semble que nous
d’autres éléments qui constituent l’identité. nous trouvions face à une contradiction quant
à la place attribuée à la langue basque au sein
On donne à la langue basque une forte de la culture basque : on refuse le fait que la
valeur symbolique dans la définition de la cultu- langue basque soit une condition indispensable
re basque, mais dans la réalité quotidienne, le pour se sentir basque, ou considérer quelque
fait d’exclure du monde basque les personnes chose comme basque ; mais on situe la langue
qui ne parlent pas la langue basque ou les basque comme la caractéristique la plus saillan-
activités culturelles n’ayant pas recours à cette te de la culture basque. Pour procéder à une
langue, pose problème. lecture plus cohérente de l’information recueillie
–apparemment contradictoire–, on peut avancer
Les avis sont loin d’être unanimes lorsqu’il plusieurs hypothèses.
s’agit de définir clairement les éléments consti-
tuant le fait d’être basque : la langue ? les tra- La première hypothèse serait d’adopter une
ditions et les coutumes ? le mode de vie ? le posture souple quant à la culture et l’identité
simple désir d’être basque ? La langue, l’euska- basques : bien que l’on considère que la langue
ra, est sans doute l’élément le plus fort dans ce basque est un des éléments les plus impor-
travail complexe de délimitation, mais le consen- tants, il est possible que l’on attribue à l’identité
sus n’est pas total, parce que –cela est reconnu– basque une signification ouverte (constructiviste
de nombreuses personnes, qui ne savent pas et instrumentaliste, et non essentialiste ou pri-
la langue basque, revendiquent leur droit à se mordialiste). Autrement dit, quand on affirme
définir comme basques et à inclure leur culture que la condition pour être basque est de se sen-
comme appartenant à la culture basque. tir comme tel ou de vivre et travailler ici, il ne fait
aucun doute que l’on dote le concept d’une cer-
Quand on a demandé de citer les deux taine souplesse ; c’est une manière de laisser
conditions pour pouvoir être basque, la langue la possibilité à la population autochtone qui ne
basque n’a pas figuré parmi les priorités (ni connaît pas la langue basque, et aux arrivants,
chez les non-bascophones, ni chez les basco- de devenir membres de la société basque ; en
phones). Les deux conditions qui ont prédo- revanche, quand on positionne la langue basque
miné sont les suivantes : vouloir l’être –claire comme élément prioritaire pour être basque, on
conception constructiviste– et vivre et travailler exclut de grands pans de la société.
ici –qui peut être considérée comme instrumen-
taliste–, à l’exception du Pays Basque nord où La seconde hypothèse pour comprendre
la connaissance de la langue basque apparaît en l’apparente contradiction, serait celle de l’ac-
deuxième position. culturation. Ceux qui sont nés et vivent ici se
considèrent basques (exclusivement ou en se
Pourtant, l’information qualitative souligne sentant en même temps espagnols/français),
clairement l’importance de la langue basque, mais ils n’ont pas appris la langue basque, ils
car tous les types de groupes l’ont mention- ne ressentent pas la nécessité de situer la lan-
née, que ce soit pour exprimer des attitudes gue basque comme condition impérative. Cette
ou des opinions favorables, ou pour manifester croyance selon laquelle le sentiment basque
leur désintérêt et leur distance vis-à-vis de la peut être vécu en espagnol ou en français aurait
langue. De même, les personnes interrogées pour conséquence la négation de l’importance
ont attribué une grande importance à la langue de l’une des langues d’ici dans la culture et la

149
Réflexions et conclusions

construction de l’identité. La perte d’une partie puisque tous savent l’espagnol/le français, et
importante de la culture collective ; en définitive, ils préfèrent consacrer leur temps à d’autres
une sorte d’acculturation. activités. L’essence de cette hypothèse est, en
définitive, la condition de langue minoritaire et
La troisième hypothèse part du statut social marginale dont souffre la langue basque.
qu’a la langue basque ; c’est-à-dire qu’elle s’édi-
fie sur l’absence de besoin impérieux de la lan- On ne peut pas omettre d’autres explica-
gue basque pour vivre au Pays Basque (bien tions hypothétiques à l’apparente contradiction
que, selon les zones, les conditions changent qui existe autour de la langue basque, comme
fortement). Il est possible que le rôle symbo- celle qui auto-justifie sa propre méconnaissan-
lique que la population attribue à la langue ce de cette langue, bien que l’on en ressente
basque dans la culture et l’identité soit plus la nécessité. Cette manière d’aborder les cho-
important que le rôle concédé à cette langue ses, cependant, pourrait relever de la psycho-
par les conditions sociales quotidiennes (niveau logie motivationnelle, et ne fait pas l’objet du
de compétence, contexte social et réseaux pour présent travail.
son utilisation…). Certains optent effectivement
pour la langue basque, mais l’environnement Malgré les contradictions, quatre personnes
social ne favorise guère cette direction. Dans interrogées sur cinq souhaiteraient que leurs
cette recherche, nous avons un exemple clair : enfants apprennent la langue basque : soit
ceux qui n’étudient pas la langue basque n’ont parce qu’ils la connaissent déjà, ou parce que
pas l’intention de le faire, ils justifient cette atti- –interrogés sur une situation hypothétique– ils
tude par le fait qu’ils n’ont pas besoin de la lan- affirment souhaiter qu’ils la connaissent. Scéna-
gue basque pour communiquer avec les autres rio paradoxal, s’il en est.

Le double paradoxe de la langue


« Le double paradoxe de la langue » : c’est ainsi que Pérez-Agote désigne la situation qui se produit dans certaines
communautés minoritaires –plus fréquemment qu’on ne l’imagine– autour de cet aspect de l’identité :
« Le double paradoxe de la langue ». …il peut arriver, comme c'est le cas pour l'irlandais et le basque, que nous nous trouvions
face à une conscience traumatique de la perte de la langue, qui est revendiquée comme trait différentiel à un moment
historique, un trait qui disparaît. Il s'agit du paradoxe du trait. Mais le caractère double du paradoxe provient du fait que si
la langue différentielle perd de sa vigueur communicative, une autre langue surgit comme véhicule de communication. Le
gaélique est revendiqué en anglais et l'euskera en espagnol. (Pérez-Agote, 1999: 27)
Bien que la situation, comme le décrit l’auteur cité, soit totalement paradoxale, cela ne paraît pas être un
obstacle suffisant face aux aspirations déterminées d’un peuple à récupérer sa langue ; toutefois, il faut être bien
conscient des nombreuses difficultés qui vont survenir en chemin :
Cette revendication peut donner lieu à un processus de récupération linguistique de la langue perdue. Le chemin pour
atteindre le seuil minimum de reproduction sera rempli de difficultés. (Pérez-Agote, 1999: 27)

D’autre part, dans le débat sur le rôle de la il nous a paru intéressant d’attirer l’attention
langue basque en tant qu’icone identitaire et sur la nécessité de réfléchir sérieusement à la
culturel, il faut tenir compte du débat déjà men- place que l’on souhaitera accorder à la langue
tionné –au point précédent– sur la nécessité ou dans l’avenir. En ce sens, il faut insister sur l’im-
pas de considérer certains éléments communs portance d’un accord (auquel puisse participer
à tous les membres de la communauté, ce qui l’ensemble de la société basque) sur la langue.
apporte de nouveaux éléments d’incertitude Il ne s’agit pas là d’une revendication nouvelle,
également au sujet de la langue. mais d’une idée qui est envisagée par différents
secteurs. Cependant, il est nécessaire d’insister
Donc, l’un des principaux défis que la société sur son importance. La société basque doit déci-
basque aura à affronter est le fait de décider la der quel poids ou quelle importance elle accorde
place réservée à la langue basque, d’éclaircir le à la langue dans la définition de sa culture et de
rôle qu’elle lui assigne. Nous n’allons pas exposer son identité : la culture et l’identité basques doi-
ici les points de vue, opinions, sentiments et argu- vent-elles dépendre exclusivement de la langue ?
ments concernant la langue basque qui, comme Accepterait-on une culture et une identité basques
en témoigne cette étude, sont innombrables, mais qui placeraient la langue au second plan ?

150
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

La place de la langue dans l’identité et la culture


Il y a coïncidence entre les différentes positions idéologiques et les divers courants académiques à considérer
que la langue est un élément d’une grande importance pour les communautés à identité et culture différenciées.
Grâce au revival des cultures minoritaires qui prend actuellement une ampleur considérable à travers le monde,
la langue est devenue un élément de vie ou de mort pour ces communautés, même si ce n’est pas vrai dans tous
les cas. Il peut arriver que l’unanimité qui se fait autour de son importance se brise quand s’agit de décider si
priorité doit être donnée à la langue sur les autres éléments culturels et identitaires :
As regards their own language, there are two extremes of the range: either the community loses its language and possibly its
separate identity, or maintains its separate existence, together, most usually, with a sense of pride, of innate difference from
its neighbours and often with a degree of antagonism towards these and particularly towards the language of the powerful
majority. (…)
So at one extreme, the powerless group (…) can integrate or assimilate with another community, usually the powerful, host
or majority one. In the process it loses its own identity and language. Such compromise is not necessarily to be condemned,
although the most usual reaction is to deplore it as at the very least a loss of human diversity, and at most a crime against
humanity. (…)
At the other extreme the powerless community has the objective of retaining its own identity. If they do not wish or are not
forced to assimilate, minority communities can either openly defend their distinctiveness, entering into political conflict with
their neighbours, or do so covertly, avoiding the extremes of conflict. (Ager, 2001: 160-161)
Cependant, de nombreux auteurs estiment que l’on ne reconnaît pas à la langue l’importance qu’elle devrait avoir
en tant qu’élément vital de l’essence d’une communauté. Dans certains cas, les communautés elles-mêmes
ne prennent pas en considération leur langue et cherchent dans d’autres éléments les racines de l’identité
commune :
Almost inevitably, (…), the motives of powerless language communities must be first and foremost those concerned with
their own identity. This is itself that of the language, as for our purposes the community is linked because it finds its own
identity in and through the language. This can paradoxically have the effect that the link becomes transparent: the language
community does not recognise that it is the language that forms its only link, and is constantly in search of other links such
as the political, managing its own affairs and controlling its own territory, or the social such as kinship, neighbourhood or
religion. (Ager, 2001: 164)
Parmi les penseurs basques également, il y a ceux qui avertissent du danger que représente le fait de ne pas
accorder suffisamment d’attention à la langue. La source de ce soupçon se trouve dans la faiblesse politique et
culturelle actuelle de la communauté basque, résultat de l’érosion et de l’assimilation de la culture basque par
des cultures étatiques vigoureuses.
Euskal kulturaren eta atxikimenduaren egoera gizarte-bizitzako hartu-emanetan ahula baldin bada, nolakoa izango da
euskararen erropena gizarte-sare horretan bertan? Euskal historiaren aldetikako sentipen-iturririk jorratu ez den belaunaldi
batean nolakoa izango da euskararekiko leialtasun-maila? Euskal Herriaren geografiaz tutik ez dakien eskola-ume batek zer
sentituko du nortasun nazionalaren esparruan? Hedabide nagusienen ildoan nazio- eta kultura-erreferentzien adierazleetan
euskaltasunik sumatzen ez duen gazteak zer-nolako nortasun kolektiboa eraikiko du bere izaeran? Eskolako ikasliburu eta
curriculumetan (…) euskal izatearen sentipenak landu beharrean, beste batzuk baldin badira nortasun-harrobi, zer-nolakoak
izango dira bihar-etziko euskal gazteen identitate-jarrerak? (Odriozola, 2000: 191)

Dans le prolongement de cette question, la le dépendent, dans une large mesure, la culture
langue basque pose d’autres dilemnes fonda- et l’identité basques du XXIème siècle.
mentaux pour la résolution de son propre avenir,
et du devenir, en général, de la culture basque.
Parmi ces dilemnes, celui concernant l’usage 4.2.6. Le développement de la culture quoti-
de la langue. Il n’est pas seulement urgent de dienne
décider de la place plus ou moins symbolique
que l’on veut accorder à la langue basque. Il est Parmi les thèmes qui ressortent de cette
également fondamental de garantir que sa pré- étude, un élément émerge avec une force et une
sence soit réelle, palpable, visible. Autrement importance particulières : la culture quotidien-
dit, le débat conduira la discussion vers les élé- ne. Face à des notions comme la tradition ou
ments les plus idéologiques, dans lesquels le la création, les personnes qui ont exprimé leurs
présent et l’avenir de la langue sont enchevêtrés expériences en matière de culture et d’iden-
dans un écheveau qui semble n’avoir ni début ni tité basques ont préféré, dans bien des cas,
fin. Avant tout, la langue basque a besoin d’un les replacer dans un contexte quotidien. Cette
consensus et d’une possibilité d’avenir, car d’el- vision est encore plus forte dans le cas de la

151
Réflexions et conclusions

Communauté Autonome Basque, où face à une de la culture beaucoup plus estompée, peut-être
culture identifiée à l’art, la musique, ou les dan- du fait de son caractère moins structuré, moins
ses, est apparue une définition de la culture à institutionnel. Cependant, il s’agit d’un espace
partir de ce que la personne vit, crée, et recrée dans lequel la culture et l’identité trouvent place,
dans son environnement le plus immédiat : la et mieux encore, dans lequel elles s’articulent
gastronomie, le caractère ou la façon d’être, les de manière à aider les personnes à donner du
amis, le salut, et bien d’autres choses. contenu à leur propre conception de la culture et
de l’identité basques. Il pourrait s’agir –comme
Cette façon de comprendre, de vivre la cultu- nous le disions auparavant en citant Dumont– de
re, et de s’identifier avec elle dessine un nou- la culture première face à la culture seconde, de
vel espace d’investigation et d’intervention. Un la culture dispersée face à la culture institution-
espace qui cohabite avec la tradition et la créa- nalisée… Et les premières options de ces deux
tion, mais qui jusqu’à présent avait tendance à concepts sont apparues avec une force toute par-
demeurer au second plan, comme une définition ticulière dans la Communauté Autonome Basque.

Identité et culture à partir de la quotidienneté


Nous avons dit précédemment que le constructivisme est apparu pour dépasser les limites tant de l’essentialisme
(ou primordialisme) que de l’instrumentalisme, prenant en considération et combinant des idées issues des deux
points de vue. De même, pour Croucher, la valeur du constructivisme réside dans le fait que cette vision souligne
la dimension de proximité, de contexte, et de quotidien :
…the construction of ethnic identities and ethnic group relations takes place under specific circumstances and can only be
understood through a careful examination of those circumstances-for example, who has access to political, economic, and
cultural resources, who does not, who lives where, who works where and with whom? (Croucher, 2004: 128-129)
Cette idée prédominante dans le constructivisme n’est pas totalement nouvelle. Au bout du compte, certaines
manifestations de la culture dans son versant artistique, comme le pop art, par exemple, avaient déjà réalisé à
partir des années 50 du XXème siècle, l’importance du populaire et du quotidien en tant qu’élément culturel.
L’importance actuelle de la dimension quotidienne dans la création d’une conscience collective basque est si
essentielle que certains spécialistes de la société basque (Communauté Autonome Basque) attribuent à cette
dimension un poids fondamental dans son édification :
…la conciencia del Nosotros penetra desde los mecanismos sociales gestados en la vida cotidiana y sobre el humus estructural
del imaginario que representa el “somos porque estamos”. La consecuencia más importante es que la institucionalización de
lo que representa la vida inmediata aparece como el universo que representa mejor que ningún otro los mínimos comunes
con los que la sociedad vasca crea y busca su cohesión. Son, de esta manera, los vínculos sociales de la sociabilidad
inmediata –pueblo, barrio, familia, amigos, trabajo, vivienda, etc.– los que generan la definición fuerte de la vivencia identitaria
de quiénes somos en la sociedad vasca. No ocurre lo mismo con todos aquellos signos que, siendo significativos, son
la representación de alguna de las realidades que coexisten en la sociedad vasca; por ejemplo, la lengua o la política.
(Gurrutxaga, 2005: 200)

Cependant, bien que le quotidien occupe l’empêchera pas de figurer dans l’avenir, du fait
une place prépondérante dans le discours des de son énorme potentiel, parmi les domaines
gens, cela reste, comme nous l’avons dit préa- prioritaires.
lablement, un domaine peu exploré. Ce qui ne

152
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Le quotidien et les identités souples


En faisant place à la quotidienneté sur les chemins de l’exploration théorique, une nouvelle conception de l’identité
est en train de se forger, plus ample et plus flexible, plus adaptée également à une meilleure compréhension des
changements et des situations nouvelles qui sont en train de se produire dans le domaine identitaire. L’objectif
est, en définitive, de rechercher et de situer les situations identitaires que l’on ne pouvait appréhender à partir
des points de vue utilisés jusqu’ici. Dans cette perspective de travail s’inscrit, par exemple, le concept d’identités
souples opposé à celui d’identités fortes, et basé, entre autres, sur les idées de centre/périphérie sociale, de
formes visibiles et invisibles et de limites de la société :
…nous sommes devant des formes d'identité nous montrant que, plutôt que dans un des deux pôles de l'opposition nous/
eux, c’est dans l'indétermination des relations sociales que de nombreux sujets procèdent à la fabrication de leurs identités,
cette indéfinition étant le trait où s'affirment leurs stratégies de socialisation. (Joseph, 1988: 11-33. In Gatti, 1999: 214)
…les modalités souples de l'identité sont, fondamentalement, ce que les fortes ne sont pas. C'est-à-dire : invisibles, transfigurant
le centre, oscillant et jouant avec les limites, se déployant dans des cadres spatialement et temporellement très restreintes.
Dépourvues de durée et d'unité, difficilement localisables, elles possèdent, néanmoins, une forme d'être caractéristique. Deux
traits mineurs (la quête des frontières, le double courant d'implication dans le collectif) et deux traits majeurs (l'invisibilité
sociale, la réappropriation des limites) configurent leur singulière axiomatique. (Gatti, 1999: 217-222)
Ces identités souples qui s’édifient aux limites des identités fortes sont déjà évidentes dans la société basque
–ou du moins dans la Communauté Autonome Basque– de l’avis de certains auteurs :
La cultura del presente, la que nos permite interpretar en nuestro caso la producción de la conciencia del Nosotros en el
presente vasco, es (…) una cultura de frontera; significa expresado de otra manera, ser conscientes de que habitamos
escenarios abiertos, híbridos, donde lo único sólido es la “frontera” (…). La frontera es el territorio donde se vive o por
elección o por necesidad, a ella le acompañan la confusión, la incertidumbre, la ambivalencia, lo que demuestra que no es
un espacio fácil, sino complejo y difícil, un escenario de sobreoferta identitaria, de sobreoferta de valores, de supermercado
del sentido. (Gurrutxaga, 2005: 103)
Las identidades aparecen dentro de un escenario del que emerge la diversidad de posiciones ante los mismos hechos. No
podía ser de otra manera si pensamos en algo que ya hemos señalado, el pluralismo como matriz simbólica y como referente
estructural del territorio de la diversidad vasca. De esta forma, es como no deben extrañarnos definiciones identitarias
fuertes coexistiendo con otras más débiles, ni tampoco las identidades duales que emergen como la respuesta de posiciones
intermedias ante el mismo hecho, que a algunos les lleva a pronunciarse “tajantemente” y a otros a huir de la respuesta.
(Gurrutxaga, 2005: 200)

L’accent est mis à l’heure actuelle sur 4.2.7. Le défi et l’opportunité des TIC
les cultures premières et les cultures disper-
sées, sur les identités souples et doubles qui Tandis que nous avançons dans notre
correspondent au quotidien… Reste à voir réflexion, nous ne pouvons omettre d’évoquer les
comment les discours et l’imaginaire issus de nouveaux scénarios qui s’ouvrent à la culture et
cette quotidienneté (discours beaucoup plus à l’identité basques à partir des Technologies de
hybrides, diffus, déstructurés) s’intégreront, l’Information et de la Communication (TIC).
simultanément à d’autres éléments, dans la
définition de la culture et de l’identité basques Toutes les sociétés évoluent et se voient
du XXIème siècle. Nous estimons qu’il existe affectées par des changements qui altèrent sans
des opportunités et qu’il faut les saisir, sur- cesse leur physionomie. Ceci n’est pas nouveau
tout si l’on tient compte de la capacité de cet et le Pays Basque ne fait pas exception à la
espace quotidien à générer des synergies et règle. Le XXème siècle a été particulièrement
des niches de consensus entre points de vue, fécond en transformations profondes, mais les
sensibilités, opinions et options différents et, propositions de changement qui sont entrées en
dans certains cas, contraires. Il s’agit d’un force en ce début de XXIème siècle comporteront
espace propice à l’apaisement des tensions et des caractéristiques particulières. Parmi elles, la
des crispations habituelles dans le débat sur la crise dans l’espace et le temps ouverte par les
culture et l’identité basques. Ne serait-ce que TIC est d’ores et déjà évidente. Comme cela arri-
pour cela, nous pensons qu’il est essentiel que ve couramment avec tout ce qui est nouveau, ce
l’on travaille et que l’on explore ce domaine de champ d’innovation amène avec lui de nouveaux
la quotidienneté, comme source d’idées pour défis, de nouvelles opportunités, élargissant ainsi
affronter l’avenir qui est déjà là. les règles du jeu jusqu’ici en vigueur.

153
Réflexions et conclusions

Identité et culture, à travers l’espace et le temps


De nombreux modes de relations, valeurs et références de la société moderne sont en train d’être dépassés
dans la société contemporaine, tout particulièrement depuis que s’est accéléré et étendu le développement des
Technologies de l’Information. De la même manière, des références traditionnelles comme l’espace et le temps
n’ont plus la même valeur que celle qu’ils avaient jusqu’ici :
Este tiempo lineal, irreversible, medible y predecible se está hacienda pedazos en la sociedad red, en un movimiento de
significado histórico extraordinario. (Castells, 2001A: 511)
Los cambios en las relaciones de producción, poder y experiencia convergen hacia “la transformación de los cimientos
materiales de la vida social, el espacio y el tiempo”. El espacio de los flujos de la era de la información domina al espacio de
los lugares de las culturas de los pueblos. El tiempo atemporal como la tendencia social a la superación del tiempo por la
tecnología desbanca la lógica del tiempo de reloj de la era industrial. (…)
A lo largo de la historia, las culturas han sido generadas por gentes que compartían espacio y tiempo, en las condiciones
determinadas por las relaciones de producción, poder y experiencia, y modificadas por sus proyectos, luchando entre sí para
imponer a la sociedad sus valores y objetivos. Así, las configuraciones espaciotemporales fueron decisivas para el significado
de cada cultura y para su evolución diferencial. En el paradigma informacional, ha surgido una nueva cultura de la sustitución
de los lugares por el espacio de los flujos y la aniquilación del tiempo por el tiempo atemporal: “la cultura de la virtualidad
real” (…) Esta virtualidad es nuestra realidad porque es dentro de la estructura de esos sistemas simbólicos atemporales y
sin lugar donde construimos las categorías y evocamos las imágenes que determinan la conducta, inducen la política, nutren
los sueños y alimentan las pesadillas. (Castells, 2001B: 419-420)
Esta es la nueva estructura social de la era de la información, que denomino la “sociedad red” porque está compuesta por
redes de producción, poder y experiencia, que construyen una cultura de la virtualidad en los flujos globales que transcienden
al espacio y al tiempo. (Castells, 2001B: 421)
Ainsi, il est logique de penser que ces changements vont influencer profondément les pratiques culturelles et
l’identité collective de la société basque, surtout chez les jeunes, compte tenu de leur plus grande réceptivité
comparée à celle de leurs aînés.
The Internet, as a transvernacular form of communication, can assist Basques to survive as an identity and culture –as
a People– precisely in this era of globalization and of the information society. (…) we urge certain reflection, and even
compromise, among the Basque cybergroups and servers in the common effort of creating a shared Basque vernacular
community. (Alonso & Arzoz, 1999: 305-306)

La manière dont le mouvement en faveur de lité-virtuelle, comme le montre la partie de cette


la langue basque, et plus généralement la com- recherche consacrée à l’exploration d’Internet.
munauté de la langue basque a intégré certains En effet, la géographie, l’origine, la langue, la
domaines des TIC (forums, blogs…) est tout à gastronomie, les institutions, les personna-
fait remarquable, surtout lorsqu’on fait la com- ges, etc., du Pays Basque sont, par le biais de
paraison avec la faible présence de la langue ce support de communication, mentionnés et
basque sur d’autres terrains plus convention- débattus à l’échelle du monde et dans diverses
nels, comme les moyens de communication langues. Nous devons garder à l’esprit qu’une
ou les loisirs. S’agit-il du pari de la dernière culture et une identité collectives s’édifient à
chance, une sorte de réponse à la crise que travers l’opinion que les autres ont de nous,
traversent actuellement la culture et l’identité et ce miroir extérieur n’a jamais eu une telle
basques? dimension universelle, grâce aux TIC ; tel est le
nouveau cadre de références extérieures qu’il
La culture et l’identité basques possèdent faut prendre en compte pour construire désor-
également un espace propre dans cette réa- mais le monde culturel et identitaire basque.

154
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

L’influence de la télévision globale


Nous ne connaissons que trop la capacité de la télévision à transmettre des valeurs et des opinions, et à
influer sur l’acculturation et la socialisation. Avec l’apparition de la télévision globale, cette capacité s’accentue
encore davantage, rendant la situation encore plus complexe, avec l’introduction de nouveaux éléments culturels
étrangers et lointains qui perturbent un processus déjà complexe en soi :
…la globalización de las instituciones de la televisión plantea varias cuestiones cruciales sobre la cultura y las identidades
culturales, de modo que la globalización de la televisión constituye un recurso proliferador tanto para la deconstrucción como
para la reconstrucción de las identidades culturales. Es decir, que la televisión se ha convertido en un recurso de primer orden
para la construcción de los proyectos identitarios. (Barker, 2003: 20)
Mais l’influence de la télévision globale ne tend pas vers une culture et une identité uniques, elle agit également,
dit-on, en faveur de leur diversité :
…la televisión global no produce simplemente una cultura dominante o hegemónica con sus identidades asociadas de una
manera clara y tajante. Antes bien, la relación entre globalización, televisión e identidades culturales es una relación compleja,
en la que entran en liza toda una serie de identidades diversas… (Barker, 2003: 278)
On trouvera un excellent exemple de cette promotion par les TIC de la diversité culturelle et identitaire dans les
effets exercés sur la diaspora basque par les émissions de la chaîne de télévision par satellite Canal Vasco,
comme le souligne Amezaga :
Canal Vascoren erabilerak bi motatako esperientzian izan dezake eragina. Lehenari, Euskal Herriaren inguruko diskurtso
orokortzaile eta sinbolikoa osatzea ahalbidetzen dio, euskal komunitatea ordezkatzen duten ikurrak eta komunitate abstraktu
gisa irudikatzen duten diskurtsoak hedatzen dituen neurrian. Bigarrenari, aurrez aurreko harremanetan oinarritutako
komunitatearen lilura eskain diezaioke, aipatu dugun esperientzia digitalaren bitartez. (Amezaga, 2004: 194)

Les nouvelles technologies vont jouer un sante des jeunes générations –en comparaison,
rôle important dans la construction et la consoli- surtout, avec les générations précédentes–.
dation de la culture et de l’identité basques des
personnes vivant sur place et de celles apparte- Nous devons être conscients que pour ces
nant à la diaspora basque, du moins si l’on sou- jeunes, les catégories d’espace et de temps ont
haite entrer avec dignité et avoir une garantie de acquis une dimension différente, et de nouvelles
survie dans le nouveau marché de la pluralité caractéristiques. Plus encore, à leurs yeux, ces
culturelle et identitaire. catégories sont en train de s’affaiblir et de se
transformer. Les progrès des nouvelles technolo-
gies et le développement des moyens de commu-
4.2.8. La participation des nouvelles générations nication offrent de nouveaux modes de relation
avec l’entourage. Aujourd’hui, il n’existe plus de
Dans le prolongement de ce qui a été expo- frontière à la communication avec n’importe quel
sé au point précédent, l’un des défis les plus endroit sur la planète, et le temps nécessaire pour
urgents à relever pour la culture et l’identité se transporter vers d’autres réalités a été consi-
basques du XXIème siècle est la pleine partici- dérablement réduit. On le sait, ce phénomène est
pation des jeunes à leur évolution. l’un des aspects de l’ère de la globalisation dans
laquelle les jeunes sont en train de se socialiser ;
Il a déjà été mentionné à plusieurs reprises nous commençons d’ailleurs à en voir clairement
que la culture et l’identité basques se trouvent les conséquences : les jeunes se déplacent davan-
à la croisée des chemins, les motifs de doutes tage que les autres et voyagent vers plus de desti-
et de difficultés étant nombreux : le choix et nations. Par le biais des nouvelles technologies, ils
l’équilibre entre passé et futur, la confrontation ont facilement accès à l’information, aux images
local-global, l’ouverture opposée au repli sur soi, et aux textes. Ils peuvent entretenir des relations
la charge pesante de la politique, la place des virtuelles avec des personnes à l’autre bout de la
langues, l’apparition des identités souples aux planète et aussi être partie prenante de l’industrie
côtés des fortes identités traditionnelles… Tout culturelle globale. Quelles conséquences aura tout
cela affecte, dans une large mesure, le mode de cela sur l’édification de leur identité ? Vers quels
vie, les projets, et les espoirs des plus jeunes. changements s’oriente l’identité des jeunes bas-
Pourtant, les TIC pourraient bien être l’élément ques ? Dans cette ère de globalisation, comment
qui influe le plus sur la culture et l’identité nais- définissent-ils la culture basque ?

155
Réflexions et conclusions

Les nouveaux espaces des TIC


Il est évident aujourd’hui qu’Internet ouvre de nouvelles voies à la communication et aux relations en général,
opportunité à laquelle ont recours toutes sortes d’usagers, des entreprises multinationales au mouvement social
altermondialiste, malgré le fait que ces nouveaux outils puissent avoir des usages et des objectifs totalement
opposés. Ce sont les jeunes qui ont réservé le meilleur accueil à ce nouvel outil, et qui l’utilisent pour rechercher
de nouveaux type de communautés, radicalement différentes :
…il n'est pas étonnant de constater la multiplication de « tribus » et autres communautés médiatiques sur Internet. (…) des
lieux virtuels de cyber-rencontres entre inconnus autour de thèmes agglutinants. (Jauréguiberry, 1999: 177)
Ainsi, il faut souligner l’opportunité sans équivalent donnée aux collectifs à identité souple –cités plus haut– pour
accroître leurs relations et accentuer leur présence sociale, même sous forme virtuelle :
Dans bien des cas, c'est moins un souci de débat et d'ouverture qui anime leurs participants qu'un désir de communion
et d'échange entre égaux. Ce qui est alors recherché, ce n'est pas la contradiction mais la fusion, ce n'est pas la remise en
question, mais la valorisation de soi. (Jauréguiberry, 1999: 178)
Jusqu’à quel point ces TIC influeront-elles sur la culture et l’identité : telle est la question que se posent aujourd’hui
les experts, y compris au Pays Basque :
…zer gerta daiteke aurrerantzean talde nortasunaren arloan, komunikabideak “estatu-nazionalak” ez diren bestelako eremuak
eraikitzen hasiak diren honetan? Horixe baita, hain zuzen ere, egungo globalizazio ekonomiko, politiko eta kulturalerako joerek
zein teknikaren aurrerakuntzak dakarten errealitatea, Interneten edo satelite bidezko telebistaren hedapenak erakusten duen
legez. (Amezaga, 2004: 191)

Ces questions sont au coeur de l’actualité, deux types de cas. D’une part, les personnes qui
et les réponses sont en train de se faire jour. Les résident en dehors des territoires historiques du
jeunes répondent avec leurs propres outils, leurs Pays Basque, à la condition que ces personnes
références, leurs conceptions, à partir du senti- ou leurs ancêtres soient d’origine basque ; donc,
ment qu’ils ont d’être plus ou moins basques, la diaspora basque. D’autre part, les personnes
de leur manière de se définir comme tels, de leur ayant participé à la recherche ont insisté à plu-
connaissance plus ou moins approfondie de la sieurs reprises sur le nouveau courant d’immi-
langue basque, de leur contact plus ou moins gration arrivé au Pays Basque : essentiellement,
direct avec les traditions ou la culture basque. mais pas exclusivement, des personnes venues
Et, comme dans un cercle vicieux, la culture et de pays extérieurs à l’Union Européenne. Cette
l’identité basques se trouvent ici, à nouveau, face immigration est progressive, mais sa présence
au point de tension ouverture/repli sur soi. est constatée dans toutes les villes et communes
du Pays Basque. Et avec ces personnes, ce sont
Cependant, comme nous le soulignions plus d’autres langues, modes de vie, coutumes, tradi-
avant, une culture et une identité qui pensent tions et manières de se vêtir qui ont pénétré dans
en terme d’avenir ne peuvent laisser leurs jeu- notre pays. Ce sont les personnes qui se situent
nes les mains vides. Elles ne peuvent courir le dans l’un de ces deux groupes –la diaspora ou les
risque de se contenter de reproduire la culture nouveaux arrivants– que nous avons désignées
qui leur a été transmise. Au contraire, elles comme basques de l’extérieur.
devraient miser sur la création d’outils réels et
conceptuels qui facilitent les moments de tran- Pourquoi consacrer une mention spéciale à
sition et de négociation, comme cela est le cas ces deux collectifs dans cette réflexion? Parce
en ce début de XXIème siècle. Et surtout venir que nous croyons que, dans cette période où la
en aide à cette génération, véritable chaîne de culture et l’identité basques doivent être renou-
transmission entre le passé et le présent, entre velées et orientées vers l’avenir, la meilleure
l’hier et l’aujourd’hui. façon de procéder pour aborder cette tâche est
d’avoir un point de vue ouvert ; autrement dit,
d’accepter comme basques ceux qui se considè-
4.2.9. L’apport des basques de l’extérieur rent eux-mêmes comme tels ou ceux qui vivent
et travaillent ici, indépendamment du fait qu’ils
Tout d’abord, il nous faut expliquer clairement soient nés ailleurs. Il ne fait aucun doute que la
qui sont ceux que l’on désigne comme basques de diaspora basque et les arrivants entrent dans
l’extérieur, car dans cette catégorie nous intégrons ces cas de figure.

156
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Aujourd’hui, grâce à l’influence des nouvel- proche que jamais du Pays Basque, et ressent
les Technologies de l’Information et de la Com- davantage le besoin de vivre et de renforcer
munication (TIC) comme Internet et la télévision le sentiment basque de son identité - souvent
par satellite, la diaspora basque se sent plus double.

Que dire de la diaspora basque ?


Comme certains auteurs nous en font la remarque, bon nombre de travaux traitant de la culture et de l’identité
basques ne tiennent compte que du Pays Basque nord, de la Navarre et de la Communauté Autonome Basque,
oubliant ainsi les basques qui émigrèrent et leurs descendants ; en deux mots : la diaspora basque :
…definimos diásporas como poblaciones étnicas dispersadas y desterritorializadas que conforman una identidad colectiva
distintiva en referencia a la cultura dominante de sus países de residencia, y donde han constituido identidades, instituciones,
y redes sociales específicas a lo largo del tiempo, y a través de diversos espacios geográficos. Según esta breve definición,
las comunidades vascas del exterior constituyen diásporas, y más aún diásporas históricas (…) Consideramos las diásporas
vascas realidades culturales plurales, lejos de ser comunidades homogéneas y monolíticas, las cuales integran y acomodan
emigrantes de diversas regiones, épocas, y generaciones (…) Estos emigrantes aportan sus propios sentidos de vasquidad, y
consecuentemente, ayudan a modificar previos significados de identidad vasca que existen dentro de las nuevas comunidades
vascas que les acogen… (Oiarzabal & Oiarzabal, 2005: 24)
Au moment de recueillir l’information, cette recherche s’est également limitée aux territoires historiques du Pays
Basque, omettant par la force des choses, la diaspora basque. Cependant, il y a aussi, dans cette diaspora,
des personnes qui éprouvent un sentiment basque, et elles sont d’ailleurs nombreuses ; souvent avec une
expression essentialiste de la culture et de l’identité basques qui leur est vraiment propre :
Mientras en el nacionalismo en Euskal Herria se ha restado importancia a la raza, a la lengua y a la religión a la hora de
definir y categorizar el “ser vasco”, y se ha desarrollado un nacionalismo más integrador y cívico en el que la identidad viene
determinada por la residencia y el trabajo en Euskal Herria y por el deseo de trabajar por la cultura vasca, la información
(…) nos muestra a la diáspora un tanto anclada en las definiciones aranistas de quién y qué es vasco. La percepción de los
vascos de su historia y de su identidad idealiza a los antepasados y a la tierra, creando una fuerte conciencia de grupo étnico
y una gran solidaridad entre los vascos. (Totoricagüena, 2003: 104)

A l’heure où nous voulons édifier des cultu- Le phénomène actuel d’immigration nous
res et des identités basques souples, ouvertes, oblige à mener une autre réflexion vis-à-vis de
actualisées, et en définitive nouvelles, qui som- l’avenir : comment amener ces personnes qui
mes-nous, nous qui sommes nés et vivons au sont venues améliorer leur mode de vie à la
Pays Basque, pour refuser l’identité basque à culture et à l’identité basques ? Il nous faut tenir
quiconque ? Bien au contraire, toute ouverture compte du fait que pour ces personnes l’intégra-
culturelle et identitaire devra être, sans aucun tion culturelle n’est généralement pas la préoc-
doute, beaucoup plus intégratrice qu’exclusive. cupation prioritaire. Actuellement, ces groupes
La diaspora basque, dans sa double condition commencent à apparaître comme des pôles iden-
d’acteur intérieur/extérieur, peut parvenir à jouer titaires et il faut rechercher les outils permettant
un rôle important dans la rénovation culturelle de donner envie à la société basque d’aller vers
et identitaire du Pays Basque. eux, afin de trouver des accords sur de futures
identités et de nouvelles expressions culturelles,
et que les deux parties, dans ce contexte, puis-
sent recevoir et participer activement.

157
Réflexions et conclusions

Identité et culture face aux nouvelles migrations


Les migrations sont de plus en plus habituelles aujourd’hui dans les sociétés développées occidentales. L’une de
leurs caractéristiques les plus flagrantes est la distance de ces immigrants vis-à-vis de la culture des pays d’accueil.
Par conséquent, on parle parfois de choc des cultures entre la culture des immigrants et la culture d’accueil, du
fait que les interprétations négatives sont très présentes. Pourtant, il existe une autre lecture possible de ces
migrations, à faire à partir des pays d’accueil ; une lecture qui observe le côté plein de la bouteille :
Las migraciones contribuyen de un modo esencial al enriquecimiento y a la progresiva modernización de las sociedades de
acogida. Se trata de un fenómeno que conduce a la diversidad cultural, un fenómeno que transforma identidades y desdibuja
las fronteras tradicionales.
Las migraciones juegan un papel clave en las transformaciones sociales contemporáneas. (…) Su impacto se manifiesta tanto
en el ámbito económico como en el de las relaciones sociales, en la cultura y en la política. (Oke, 2004: 9)
L’influence qu’exercent les immigrants sur la culture locale est un phénomène connu, mais il faut également
considérer un autre type d’influence qui agit en sens contraire : l’aide que peut représenter pour le nouvel arrivant
le fait de s’approprier la culture du pays dans lequel il arrive :
“…la realización de las prácticas culturales de la cultura anfitriona aporta bienestar emocional”. Las personas que integran
en su vida diaria las costumbres, las celebraciones o formas de conducta propias de la sociedad vasca están mejor
psicológicamente. (Basabe, Zlobina et Páez, 2004: 136)

La culture et l’identité basques sont vouées cle leur apportent : des cultures, des langues et
à vivre avec ce phénomène, c’est pourquoi il est des coutumes. Autrement dit, ce sera l’une des
indispensable de faire des efforts pour que la tâches que devra accomplir la société basque,
culture et l’identité basques tirent profit de ce le plus rapidement possible, y compris du point
que les immigrants ou arrivants du XXIème siè- de vue linguistique.

Le « miracle » de la loi 101 au Québec


Le Parti Quebecois souverainiste gagna les élections de 1976 au Québec, conduit par René Lévesque (1922
- 1987). En 1977, la Loi 101 (Charte de la langue française) fut approuvée, qui établissait le français comme
langue officielle, le fonctionnement en français de l’administration publique et des entreprises, tout le système
de signalisation uniquement en français, l’obligation de scolariser les enfants d’immigrants en français, etc. Ce
fut un combat juridique difficile, et les tribunaux annulèrent de nombreux articles, mais la Loi 101 demeure en
vigueur. Il est évident qu’il s’agit d’une loi qui suscita de nombreux doutes et débats, notamment à propos de son
efficacité quant à l’intégration des immigrants :
Mais une question s’impose. Est-ce que la loi 101, en obligeant aux allophones (immigrants qui parlent une langue autre
que le français ou l’anglais) d’envoyer leurs enfants à l’école française assurerait une meilleure intégration à la société
francophone du Québec? Difficile d’y répondre, puisque « l’anglais peut tout de même être parlé à la maison et dans la rue.
La mesure fait néanmoins en sorte que, devenus adultes, ces enfants pourront travailler dans un univers francophone ». Mais
si de nos jours plusieurs allophones semblent bien parler le français et intégrés à la culture francophone, c’est également le
fruit de la politique d’immigration québécoise. (Immigrant voices, 2001)
25 ans après sa promulgation, une vaste étude a été réalisée afin d’évaluer cette loi sur la langue. Depuis on
parle de miracle de la loi 101 (Plourde, 2000) (Larose, 2001):
• les francophones (80%) ont mené à son terme une révolution tranquille et sont entrés dans la modernité sans perdre
leur âme : actuellement, le travail, l’administration publique, l’enseignement, etc., se font en français. Conséquence :
• les anglophones (11%) et les amérindiens (1%) ont conservé leurs droits historiques mais pratiquement tous les jeunes
ont appris le français, puisque la société fonctionne dans cette langue ;
• les immigrants (8 % sont allophones, c’est-à-dire locuteurs d’une langue autre que le français ou l’anglais) ont scolarisé
leurs enfants en français.
En définitive, le miracle dont il est question est une acculturation tranquille, en faveur du français. Surprenant, si
l’on tient compte du fait qu’il arrive de plus en plus d’immigrants au Québec et de la très forte pression qu’exerce
l’anglais.

158
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

Au fond, tout changement comporte des tion des différents points de vue, opinions et
zones d’ombre et de lumière, des avantages et expériences, ainsi que la communication et la
des inconvénients ; c’est pourquoi il convient ici collaboration entre eux.
de souligner l’importance du nouveau défi cultu-
rel et identitaire que suppose l’immigration, tant Selon les participants aux groupes de dis-
pour les pays d’accueil que pour les immigrants cussion, il est nécessaire de réinterpréter la
eux-mêmes, tout en évoquant les possibilités culture basque, de définir son espace et ses
susceptibles de faciliter la recherche de solu- choix d’évolution, à partir de nouveaux paramè-
tions adaptées. tres qui permettent au plus grand nombre de
se sentir partie prenante. Il est indispensable
d’encourager le rapprochement entre basques
4.2.10. La culture comme moteur de la société et non-basques par le biais d’ espaces culturels
basque du XXIème siècle communs. Espaces où l’on devra adopter des
accords minimaux quant à la place qu’occupera
Tandis que nous nous approchons de la la langue. Dans le cas de la Communauté Auto-
conclusion de ces réflexions et hypothèses pour nome Basque, il semble clair que c’est dans la
le futur, nous abordons un thème qui peut-être vie quotidienne qu’un grand nombre de person-
sera l’un des défis les plus fascinants pour nes se sentent reconnues. Jusqu’ici dans le
l’avenir de la culture et de l’identité basques. discours, il semblait que des aspects comme la
Défi qui part du constat –à travers cette étude– langue basque ou la tradition pouvaient peser
que la culture peut-être stimulante, peut consti- davantage que d’autres facteurs, mais la réalité
tuer une sorte d’aiguillon, pour l’identité basque, montre clairement que le lien social est dans
et pour la société basque elle-même. Selon les le quotidien et que l’on devrait lui concéder la
conclusions de l’étude, la culture propose des valeur de référence qu’il occupe dans la prati-
fondations et de nouvelles voies, grâce aux- que. Quoi qu’il en soit, demeure le doute selon
quelles la société basque peut surmonter des lequel ce choix pourrait répondre à une intention
dynamiques qui ont limité son développement, d’éviter la mention d’autres éléments culturels
car elles ont empêché une meilleure structura- qui pourraient être plus polémiques.

Une politique culturelle autour de l’identité


Si la culture doit être le moteur de l’identité, elle devra s’appuyer sur un discours tissé à partir de nouveaux
fils. Autrement dit, dans cette période où la globalisation règne en maître, et dans laquelle cultures et identités
collectives –surtout celles des groupes minoritaires– se trouvent à la croisée des chemins, une profonde réflexion
sur ces sujets est indispensable, afin de rechercher les réponses permettant des solutions adaptées à la
situation. Toutefois ces réponses devront être élaborées à partir de la tradition et de la quotidienneté actuelle, en
s’appuyant, encore et toujours, sur un discours neuf basé sur la pluralité et la souplesse :
…dado que las identidades son fundamentalmente descripciones hechas en el lenguaje con que nos identificamos, la política
cultural de la identidad se puede concebir en términos de redescripciones del mundo social. Es decir, el desarrollo de “nuevos
lenguajes” como guías para la acción tiene unas consecuencias pragmáticas deseables. (Barker, 2003: 279)

Le discours politico-idéologique, le poids biais de la création et de la production culturel-


de certaines images et conceptions élaborées les, à partir d’une nouvelle lecture de la tradi-
autour de l’histoire, la tradition, la culture et tion, ou d’une incorporation des manifestations
l’identité basques ont fait obstacle à certaines culturelles les plus quotidiennes. Cette évolu-
manifestations de l’être, du sentiment et de tion, qui est déjà en oeuvre et bien visible, va
l’expression basque, quand elles n’ont pas donner naissance à de nouvelles expressions,
empêché l’émergence de ces modes d’expres- de nouvelles images et surtout, de nouvelles
sion. En conséquence, comme dans d’autres références. C’est ce dont aura besoin la société
domaines, l’espace culturel –dans son accep- basque au XXIème siècle.
tion la plus large– a été contraint et restreint,
et n’a pu s’épanouir. Aujourd’hui, en revanche, En outre, à partir du moment où la situa-
de nouvelles opportunités se présentent, par le tion politique conflictuelle, omniprésente au

159
Réflexions et conclusions

Pays Basque, sera canalisée et surmontée, il bétisés, il n’est pas imprudent de penser que
ne serait pas étonnant que la culture basque la langue basque, en devenant l’axe central
acquière une direction plus notoire que celle de la culture et de l’identité basques, pourrait
qu’elle a eue jusqu’ici. En effet, comme cela a être l’un des outils les plus adéquats dans
été souligné dans cette recherche, le conflit poli- cette tâche. Ainsi il faut aller au delà et enta-
tique a totalement conditionné et limité le débat mer une réflexion approfondie sur les motifs
et l’initiative culturelle et identitaire. Donc, une qui conduisent une partie de la population
fois dénoué le conflit, on peut penser que des à se positionner contre la langue ou, ce qui
opportunités nouvelles et attractives s’offriront est plus courant, à demeurer à l’extérieur de
au travail culturel et à la volonté de renouvelle- cette langue, en la laissant totalement de côté.
ment de l’identité basque. Insister à maintes reprises sur l’importance du
rôle que pourrait jouer la langue basque dans
Maintenant que l’intérêt pour la langue le renouveau et la renaissance de la culture et
basque s’est ravivé dans certains territoires, et l’identité basques n’est pas vain : ce n’est rien
que, dans d’autres territoires, il en est résulté moins que le résultat d’une lecture objective
un nombre plus important de locuteurs alpha- de la réalité.

La langue, la culture et l’identité dans le tourbillon du changement social


Robert L. Cooper évoque les liens existant entre les positions d’une communauté à propos de la langue –la
politique linguistique, par exemple– et les fluctuations socio-culturelles et politiques de ce même groupe, laissant
clairement entendre que pour comprendre les premières il faut bien connaître les secondes, et savoir que les
premières influent sur les deuxièmes :
La planificación lingüística no puede entenderse fuera de su contexto social o de la historia que dio origen a ese contexto. (…)
La planificación lingüística que se ocupa de la gestión del cambio, es en sí misma un ejemplo de cambio social. (…)
La planificación lingüística contribuye al cambio promoviendo nuevas asignaciones funcionales de las variedades lingüísticas,
cambios estructurales en esas variedades y la adquisición de esas variedades por las nuevas poblaciones. (Cooper, 1997:
216, 218)
Si l’on entend l’actuelle transition de la culture et de l’identité basques comme une forme de changement social,
les efforts menés actuellement pour la normalisation de la langue basque pourraient être considérés comme
éléments de ce changement :
No es de extrañar que el cambio social acompañe a la planificación formal de la lengua, pues la planificación formal,
relacionada con la gestión del cambio, es en sí misma un ejemplo de cambio social. En un mundo estable, de completo
equilibrio, en el cual cada día se parece al día anterior y al día siguiente, y en el cual todos los integrantes de la sociedad
están satisfechos con esa situación, es poco probable que surja la planificación lingüística. (Cooper, 1997: 194)
Comme le fit Campion dans le passé, et Txillardegi plus récemment, nombreux sont les auteurs aujourd’hui
préoccupés –sur le plan social ou scientifique– par ce thème, et qui considèrent que la langue basque peut être
un pilier de cette reconstruction ; voyons ce qu’en dit l’un d’entre eux :
Hizkuntza bezalako hedapen handiko sistema egituratu eta egituratzaile sendo bat edukitzeak, jakina, garrantzia handia du,
kultura batek bere batasunari eta iraupenari eutsi ahal izateko. Bereziki, Lotmanek dioen legez, kultura bat autobaieztapen
unean aurkitzen delarik. Izan ere, hizkuntzak –bestelako sistema batzuek bezalaxe, hala nola sistema politikoak, erlijiosoak,
e.a.– kultura hori eremu askotara hedatzen duelarik, kulturaren batasuna bera hedatzen du, errealitatea ezagutzeko eta
haren aurrean jokatzeko erizpide bateratuak, eremu ezberdinetara hedatuz. (Amezaga, 1995: 276)

Il faudrait également mener une autre la langue, d’acquérir des comportements diffé-
réflexion : l’intégration par la société basque rents, et de concentrer tous les efforts vers cet
de l’idée que la langue est un patrimoine com- objectif afin que, dans l’avenir, la langue basque
mun, et non celui de quelques uns, n’est elle soit utilisée le plus normalement du monde
pas aussi importante –et même plus importan- dans tous les secteurs.
te– que la basquisation elle-même ? Tant que
cette idée ne sera pas répandue, tout ce qui Il faudrait analyser quels types de change-
sera fait pour normaliser la langue basque le ments supposerait cette nouvelle orientation
sera en vain. Le moment est peut-être venu de dans la stratégie linguistique, et quelle serait la
commencer à modifier les attitudes vis-à-vis de manière la plus adéquate de se tourner vers les

160
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

non-basques et de toucher leur sensibilité. Per- La répartition sociale de ces supports si dif-
sonne ne remet en question l’importance que férents de l’identité basque est très édifiante, et
revêt la langue basque en tant que référence, dans une certaine mesure, également paradoxa-
mais dans le même temps, l’étude a montré le. En effet, les conceptions les plus ouvertes à
que l’une des clés pour l’avenir peut résider l’intégration dans la culture et l’identité basques
dans l’attitude avec laquelle on aborde la rela- (vouloir être basque) sont celles qui prédominent
tion avec la langue et la culture basques. dans le sous-ensemble du monde basque ; autre-
ment dit, c’est comme si ceux qui appartenaient
à ce sous-ensemble tendaient la main à ceux qui
4.2.11. Quelle conclusion tirer ? n’en font pas partie. D’autre part, ce sont ceux
qui appartiennent au sous-ensemble non-basque
Du point de vue de la culture et de l’iden- qui, paradoxalement, mentionnent les conditions
tité collectives, qu’est-ce que le Pays Bas- qu’eux-mêmes ne peuvent pas remplir (celles
que ? Existe t’il dans ces territoires une culture qui sont données mais impossibles à remplir
et une identité basques différenciées ? Et par eux-mêmes) ; autrement dit, ils vivent loin du
si c’est le cas, quel est ou quels sont le(s) monde basque et ne trouvent pas d’opportunités
fondement(s) de cette manière d’être, de notre pour pénétrer dans ce sous-ensemble.
personnalité ? Les résultats de cette recherche
nous ont montré très clairement les différentes Il est tout à fait compréhensible que la
acceptions qui existent dans la société quant à conception instrumentaliste (vivre et travailler
ce qui compose et ce qui permet d’élaborer la au Pays Basque) notamment, soit dominante
culture et l’identité basques. Conceptions non chez les immigrants résidant dans la Commu-
seulement différentes, mais dans certains cas nauté Autonome Basque, elle leur permet de
contradictoires. se sentir membres de cette société, sans être
tenus de s’identifier avec le monde basque.
Dans cette diversité, les idées qui donnent Ainsi, ils sont homologués au même titre que
foi aux conceptions primordialistes de la culture le reste des habitants de ce que l’on considère
basque sont des croyances comme celle qui comme l’espace géographique et administratif
consiste à penser que les conditions principales du monde basque (la Communauté Autonome
pour qu’une personne puisse se définir comme Basque), et ils peuvent se sentir intégrés dans
basque sont le fait d’être née au Pays Basque, cette société.
avoir des parents basques ou avoir un nom bas-
que. Les plus nombreux à afficher cette concep- D’autre part, à la lumière des résultats de
tion se trouvent au Pays Basque nord, mais ce ce travail de recherche, il existe une majorité
relent primordialiste est prédominant en Navarre attachée, de manière plus ou moins intense, au
–même si c’est dans une moindre mesure– chez sentiment identitaire basque, au Pays Basque
ceux qui ne savent pas la langue basque ou qui nord et dans la Communauté Autonome Basque
ne se sentent pas basques. (malgré le fait que l’identité ethnique/nationale
exprimée par la population soit unique, double
L’idée selon laquelle pour être basque, il est ou triple) : une majorité qui se sent effective-
indispensable de vivre et travailler au Pays Bas- ment uniquement basque, ou bien, dans des
que peut être considérée comme instrumenta- proportions identiques ou différentes –mais
liste. Cette acception est surtout prédominante simultanément–, basque et espagnole/fran-
dans la Communauté Autonome Basque, chez çaise. En Navarre, en revanche, seul un habitant
les immigrants ou ceux qui déclarent avoir une sur quatre partage cette identité basque (bas-
double identité (basque et espagnole). que ou, simultanément, navarrais et basque).

La conception constructiviste de l’identité Si nous approfondissons les caractéristiques


basque apparaît dans la croyance suivante : la de ceux qui partagent l’identité basque et de
principale condition pour être basque réside ceux qui ont d’autres identités (espagnole/fran-
dans le fait de vouloir l’être. Cette idée construc- çaise, navarraise, ou simultanément navarraise-
tiviste est dominante dans la Communauté espagnole), nous ne pouvons en aucune manière
Autonome Basque, en Navarre, parmi ceux qui affirmer qu’elles présentent une similitude, ni
savent la langue basque, ceux qui sont nés au quant au lieu de naissance, ni par rapport à la
Pays Basque et dont les familles le sont aussi, famille ou à la langue. En résumé, ceux qui d’une
ou ceux qui se sentent basques-navarrais ou part construisent leur identité ethnique/culturelle
plutôt basques. en référence à la basquitude et d’autre part, ceux

161
Réflexions et conclusions

qui le font en fonction de la non basquitude, com- les territoires et les habitants du Pays Basque
posent deux sous-ensembles assez différents. –un même statut de citoyen pour tous, par
Les deux constituent des cultures et des identi- exemple– contrairement à ce qui se passe dans
tés fortes, d’une certaine manière. le cas des états ; c’est-à-dire que le Pays Bas-
que souffre du manque de lien que représente
Nous serions dans l’erreur cependant si nous la nationalité (officielle, symbolique, culturelle,
transmettions dans ces lignes l’idée de deux identitaire…) que donne un Etat à une commu-
sous-ensembles ou –en ayant recours au concept nauté de personnes. C’est la grande différence
de Berger et Luckman– deux univers symboliques avec les réalités étatiques, sans doute la plus
complètement séparés et isolés. En fait, l’identité importante, qui se pose lorsqu’on veut assem-
la plus répandue au Pays Basque nord et dans bler les pièces du puzzle Pays Basque.
la Communauté Autonome Basque est l’identité
double (basque à laquelle s’ajoute celle de l’Etat), D’autre part, les différences entre les ter-
c’est-à-dire celle qui se situe entre les deux extrê- ritoires du Pays Basque (Pays Basque nord,
mes. Ce troisième sous-ensemble s’approprie Navarre, Communauté Autonome Basque) étant
pratiquement toutes les expressions et carac- évidentes, nous ne pouvons oublier le fait que
téristiques des deux autres sous-ensembles, la diversité interne de ces trois territoires n’est
dans des proportions différentes, et en formant pas moindre. En effet, qu’ont en commun cer-
un continuum long et confus ; il s’agirait là des taines zones d’Alava avec Aramaio ou certaines
cultures et des identités souples. D’autre part, zones du Guipuzcoa, la Ribera de Navarre avec
en Navarre, bien que la distance entre l’identité Malerreka, ou la côte du Pays Basque nord avec
basque et l’identité espagnole risque de se trans- l’intérieur ? Ce qu’elles partagent essentielle-
former en fissure, il existe également un autre ment, c’est leur situation dans un même espace
sentiment d’appartenance qui rassemble ces politico-administratif ; et cette influence d’une
deux sous-ensembles : la navarrité. En effet, l’ad- structure officielle commune s’accroît encore
hésion à la Navarre est présente chez ceux qui se quand il s’agit d’un Etat. C’est-à-dire, comparati-
sentent seulement navarrais, navarrais-espagnols vement, ce qui fait défaut au Pays Basque.
ou basque-navarrais, même si elle se présente,
chez les uns et les autres, sous forme d’interpré- Il existe cependant certaines composantes
tations assez distanciées au sujet de la Navarre. et caractéristiques culturelles et identitaires
répandues dans tous les territoires du Pays Bas-
Donc, malgré le fait que les cultures et les que : en particulier celles qui demeurent atta-
identités polarisées, distinctes et –dans une chées au fait basque (le sentiment et la volonté
large mesure– contraires, soient répandues, d’être basque, la langue, les coutumes…). Elles
dans tous les territoires du Pays Basque existe apparaissent dans des proportions démographi-
également une vaste masse critique qui encou- ques différentes, mais existent au Pays Basque
rage la cohabitation et l’intégration culturelles et nord, en Navarre, et dans la Communauté Auto-
identitaires entre tous, et qui rassemble d’une nome Basque, et partout à l’intérieur de ces
certaine manière ces extrêmes. territoires. Il y a des éléments transmis par les
ancêtres, toujours valables aujourd’hui et qui,
L’une des conclusions que l’on pourrait tirer en s’adaptant aux temps nouveaux, peuvent
de cette recherche est qu’il n’existe rien d’autre permettre de recréer, construire, et maintenir en
qui unisse tous les habitants et tous les territoi- vie la culture et l’identité basques.
res du Pays Basque, mais cette interprétation
doit être manipulée avec précaution. En effet, Dans tous les cas, qu’il s’agisse des pra-
dans toutes les sociétés modernes et contem- tiques quotidiennes des habitants et de leurs
poraines, les valeurs et points de vue contradic- tendances symboliques centrifuges ou centri-
toires, la pluralité, le désaccord, etc., abondent, pètes, ceux qui souhaitent que les relations
des éléments les plus quotidiens aux concep- entre le Pays Basque nord, la Navarre et la
tions les plus abstraites et transcendantes. Communauté Autonome Basque soient plus
Vu sous cet angle, le Pays Basque n’est pas importantes qu’elles ne le sont actuellement
une exception, puisqu’il tend vers une situation sont majoritaires. Il semble qu’il existe un inté-
culturelle et identitaire plurielle, que l’on retrou- rêt commun par-delà les différences, même
ve dans n’importe quelle société occidentale. s’il s’agit d’un lien mince et fragile. En outre,
les nouvelles conditions pour l’intensification
Mais, ce travail met en évidence l’absence des relations transfrontalières encouragées par
de fil solide qui assemble les différences entre l’Union Européenne peuvent créer une conjonc-

162
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

ture propice au renforcement des relations entre Navarre en revanche, ils apparaissent au coeur
ces trois territoires. même du monde basque. Le cas des nouveaux
bascophones doit également être pris en consi-
Cette étude nous montre que, profitant de dération : en effet, tandis qu’en Navarre et au
cette conjoncture, la culture et l’identité bas- Pays Basque nord, les nouveaux bascophones
ques bougent dans plusieurs directions. Parmi sont au coeur du monde basque, dans la Com-
ces changements, il faut souligner que l’on munauté Autonome Basque ils tendent vers
perçoit dans ce travail un renouveau de certains le sous-ensemble mixte ou le sous-ensemble
éléments que nous pouvons situer au coeur du non basque. L’interprétation de ces différen-
fait basque, en particulier –mais pas unique- ces, dans le prolongement de ce qui a déjà été
ment– de la langue basque. évoqué, peut être la suivante : en Navarre et
au Pays Basque nord, le fait d’avoir quelques
L’apparition simultanée de traits comme notions de basque ou d’être nouveau basco-
l’origine basque, l’apprentissage de la langue phone peut découler de la basquitude et de
basque dans l’environnement familial, le senti- l’effort effectué en son nom ; dans la Commu-
ment basque, l’identification avec les territoires nauté Autonome Basque en revanche, le fait de
du Pays Basque, le fait de considérer la langue trouver une présence de la langue basque dans
basque comme un élément identitaire important les sous-ensembles n’ayant pas une grande
ou de montrer d’autres caractéristiques similai- conscience du fait basque pourrait témoigner de
res liées entre elles, délimite l’appartenance au l’extension de la basquitude.
point de vue basque spécifique –univers symbo-
lique– ou sous-ensemble basque, non pas d’une Il est donc clair qu’il existe des voies de
manière fermée et déterministe, mais comme passage et des flux entre les sous-ensembles
une tendance sociale forte en vigueur. Et l’ap- basque, non-basque et mixte, autour du point
parition de certains des éléments de ce sous- de tension de détérioration /récupération du
ensemble dans d’autres –en particulier dans fait basque. Comme nous l’avons déjà souligné,
le sous-ensemble mixte– n’est pas une simple d’une part, les composants basques de certains
exception géographique. de ceux qui se joignent au sous-ensemble basque
–connaissance de la langue basque, par exem-
En effet, l’apparition d’une grande quantité ple– apparaissent affaiblis (ils ne savent pas le
de caractéristiques d’un milieu non-basque dans basque) ; d’autre part pourtant, de nombreuses
le sous-ensemble basque doit être interprétée personnes se situant en dehors du sous-ensem-
comme la conséquence de la culturisation pro- ble basque –en particulier dans la Communauté
duite par l’influence des sociétés et cultures Autonome Basque, mais pas seulement– ont
dominantes dans les Etats français et espagnol, commencé à s’approprier certaines caractéristi-
l’apparition (comme l’a montré la présente recher- ques du monde basque. Cette dernière tendance,
che) d’éléments caractéristiques du fait basque évidente dans la population de la Communauté
dans les sous-ensembles mixte et non-basque doit Autonome Basque, n’est pas aussi visible au
être interprétée comme une résurgence et une Pays Basque nord et en Navarre ; quoi qu’il en
extension du sous-ensemble basque. Par exem- soit, dans ces deux derniers territoires, les pour-
ple, ne faut-il pas voir dans le fait qu’un individu centages de ceux qui se sentent de plus en plus
non-basque souhaite que ses enfants apprennent basques sont en augmentation ; cette donnée au
la langue basque ou qu’une personne née à l’ex- Pays Basque nord, si l’on fait cas de ce que nous
térieur du Pays Basque estime que la condition ont déclaré nombre des personnes interrogées,
principale pour être considérée comme basque indique une inversion de direction du point de
–en dehors des autres caractéristiques transmi- tension détérioration/récupération.
ses par la famille ou liées à l’origine– est de vivre
et de travailler sur place, le reflet d’une tendance Pour terminer, il nous faut mentionner que
dominante qui révèle un rapprochement en direc- ce travail de recherche a montré clairement que
tion du monde basque ? dans tous les coins du Pays Basque, cohabitent
les composants du monde basque et d’autres
En ce sens, pour ce qui est de la connais- contenus culturels et identitaires différents. Nous
sance de la langue basque, les données nous ne doutons absolument pas du fait que la coha-
montrent que, tandis que dans la Communau- bitation soit possible entre tous les sous-ensem-
té Autonome Basque, ceux qui ont quelques bles culturels et identitaires, dans le respect des
notions de basque se situent dans l’espace du conditions nécessaires à la préservation et à la
monde non-basque, au Pays Basque nord et en survie d’une identité propre au Pays Basque.

163
Réflexions et conclusions

4.3. RÉSUMÉ DES CONCLUSIONS

RÉSUMÉ DES CONCLUSIONS

Après avoir recueilli et analysé les opi- c’est-à-dire dans le fait de ne pas dis-
nions des milliers d’habitants interrogés, poser de structure formelle ou officielle
et après les avoir passées au filtre des commune réunissant tous les territoires
référents théoriques et des chercheurs afin basques, les sous-groupes et les sous-
de les interpréter, les conclusions obtenues cultures, ni de l’indispensable influence
peuvent être résumées comme suit : culturelle et identitaire que pourraient
apporter ces derniers.
4Les interprétations des termes de cultu-
re et d’identité basques actuellement en 4Ce que tous les territoires ont en com-
cours au Pays Basque sont très différen- mun, c’est la basquitude, puisque l’on
tes, tant dans le contenu que dans leurs trouve en n’importe quel endroit du Pays
significations. Ces différences sont influen- Basque, même si c’est dans des propor-
cées par les particularités territoriales, tions différentes, divers éléments que
les traditions, les univers symboliques, tous considèrent comme relevant de ce
les acculturations/culturisations induites monde basque.
par les Etats, les choix des individus et le
mélange de tous ces éléments. Confirmant 4En outre, comparés aux pratiques et sen-
que dans ce cas « nom » et « être » vont de timents vis-à-vis des territoires voisins, le
pair, les différences commencent avec la flux de relations quotidiennes et la proxi-
définition même du Pays Basque. mité symbolique entre les territoires du
Pays Basque sont prédominants chez une
4Les interprétations que l’on peut faire de majorité d’habitants ; bien que faibles et
la culture et de l’identité basques sont fragiles, ces liens sont réels.
également fondées sur des points de vue
conceptuels très différents : le primordia- 4Toutefois, parmi les éléments relevant du
lisme (ou essentialisme), l’instrumenta- monde basque, la langue basque est l’élé-
lisme et le constructivisme. La répartition ment et la référence incontournable. En
sociale différente de ces points de vue effet, qu’elle soit louée, réprouvée –dans
contradictoires est notoire, et surtout éla- très peu de cas– ou qu’on lui témoigne
borée en fonction de la territorialité, de de l’indifférence, cette langue a été pré-
l’origine, et du sentiment d’être basque/ sente dans tous les types de discours.
non-basque des personnes interrogées. Il est donc indispensable d’impulser une
réflexion autour de la langue basque et de
4Parallèlement aux traditions séculaires du rechercher un consensus afin de faciliter
monde basque, on trouve actuellement, la coexistence entre tous ceux qui ont des
totalement enracinés dans la culture et points de vue différents : si l’on veut que
l’identité du Pays Basque, de nombreux la langue se maintienne en vie, toutes les
éléments culturels et identitaires étran- postures –des projets idéaux à l’exposé
gers à ce monde basque, qui ont été « brut » de la situation de la langue, du
intégrés il y a longtemps ou importés plus soutien fervent à l’indifférence– doivent
récemment. être intégrées dans un nouveau discours.

4Ce pluralisme n’est pas seulement une 4Dans le diagnostic sur la culture et l’iden-
caractéristique propre à la société bas- tité basques, les avis coïncident pour dire
que, puisqu’on la retrouve dans toutes que cette culture et cette identité traversent
les sociétés contemporaines. Ce qui dis- une période de crise, de transition et, au
tingue, du point de vue culturel et identi- regard de l’avenir, se trouvent à la croisée
taire, le Pays Basque des autres sociétés des chemins. Le conflit politique basque
ou communautés contemporaines réside a constitué un obstacle face aux efforts
dans l’absence de structuration juridique, menés pour surmonter cette crise, pour
administrative et politique commune ; développer, édifier et adapter aux nouvelles

164
Identité et culture basques au début du XXIème siècle

exigences une nouvelle culture et une nou- tournables. La solution réside dans le
velle identité basques ; la résolution défini- fait de parvenir à les incorporer à notre
tive de cette situation offrira de nouvelles idiosyncrasie avec un style qui nous soit
opportunités pour aller de l’avant. propre, car se fermer à ces influences
signerait notre fin.
4Pour que la culture et l’identité basques
aillent de l’avant, il est nécessaire d’agir 4Les nouvelles Technologies de l’Infor-
avec souplesse vis-à-vis des différentes mation et de la Communication (TIC) ont
façons d’être et des diverses interpréta- déjà secoué l’espace culturel et iden-
tions internes au Pays Basque ; c’est-à- titaire basque, offrant dans le même
dire en assouplissant l’idée de culture temps de nouveaux défis et de nouvelles
et d’identité basques et en élargissant opportunités. Ces avancées doivent for-
ses limites, afin qu’elle incluet également cément être utilisées pour moderniser
les particularités de chaque lieu. Ainsi et développer l’espace culturel et identi-
pourrait-on parvenir à dépasser l’actuelle taire basque.
dichotomie centre/périphérie de la culture
et de l’identité basques. Dans ce pluralis- 4Si la société basque doit aborder ce pro-
me qui doit être accepté, les basques de cessus d’ouverture sans préjudice pour
l’extérieur (diaspora basque et arrivants) son idiosyncrasie, ce processus devra
ont également leur mot à dire. être conduit essentiellement à partir de la
basquitude, tout en assumant de bonne
4En conséquence, le métissage culturel grâce que d’autres expressions culturel-
et les identités doubles (ou multiples) les et identitaires puissent occuper leur
seront de plus en plus répandus dans propre place. En définitive, ce sera sur la
notre pays, enrichissant ainsi nos cultures base de la tradition qu’il faudra construire
et nos identités. C’est pourquoi l’attitude le futur, pas seulement à partir des carac-
de souplesse, l’attitude de la main tendue téristiques venues de l’extérieur, ou en
qui apparaît déjà dans la sous-culture du partant de zéro.
monde basque doit être renforcée et éten-
due pour intégrer à la culture et l’identité 4Ce travail de recherche a mis en évidence
basques les solides formes d’identité tra- le fait que la culture peut être stimulante,
ditionnelles, les formes souples qui émer- et jouer le rôle d’aiguillon pour l’identité
gent aujourd’hui, ainsi que les références et la société basques. Comme le conclut
culturelles quotidiennes. la recherche, la culture offre des bases
et de nouvelles voies grâce auxquelles la
4En cette période de globalisation, les société basque peut surmonter les dyna-
influences internationales sont incon- miques qui ont limité son développement.

165
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Identité et culture basques au début du XXIème siècle

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