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LL1

Le passage décrit la rencontre entre des Grieux et Manon Lescaut, marquée par un coup de foudre tragique, alors qu'il s'apprête à quitter Amiens. Des Grieux, épris d'une passion soudaine, tente de convaincre Manon, promise à une vie religieuse, de ne pas se soumettre à la volonté de ses parents. Cette scène, racontée avec un regard rétrospectif, illustre la fatalité de leur amour et annonce les malheurs à venir.

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Le passage décrit la rencontre entre des Grieux et Manon Lescaut, marquée par un coup de foudre tragique, alors qu'il s'apprête à quitter Amiens. Des Grieux, épris d'une passion soudaine, tente de convaincre Manon, promise à une vie religieuse, de ne pas se soumettre à la volonté de ses parents. Cette scène, racontée avec un regard rétrospectif, illustre la fatalité de leur amour et annonce les malheurs à venir.

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LL 1

J’avais marqué le temps de mon départ d’Amiens. Hélas ! que ne le marquais-je un jour plus tôt !
J’aurais porté chez mon père toute mon innocence. La veille même de celui que je devais quitter cette
ville, étant à me promener avec mon ami, qui s’appelait Tiberge, nous vîmes arriver le coche d’Arras,
et nous le suivîmes jusqu’à l’hôtellerie où ces voitures descendent. Nous n’avions pas d’autre motif
que la curiosité. Il en sortit quelques femmes, qui se retirèrent aussitôt. Maisil en resta une, fort
jeune, qui s’arrêta seule dans la cour, pendant qu’un homme d’un âge avancé, qui paraissait lui servir
de conducteur, s’empressait de faire tirer son équipage des paniers. Elle me parut si charmante que
moi, qui n’avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention,
moi, dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue, je me trouvai enflammé tout d’un
coup jusqu’au transport. J’avais le défaut d’être excessivement timide et facile à déconcerter ; mais
loin d’être arrêté alors par cette faiblesse, je m’avançai vers la maîtresse de mon cœur. Quoiqu’elle fût
encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans paraître embarrassée. Je lui demandai ce
qui l’amenait à Amiens et si elle y avait quelques personnes de connaissance. Elle me répondit
ingénument qu’elle y était envoyée par ses parents pour être religieuse. L’amour me rendait déjà si
éclairé, depuis un moment qu’il était dans mon cœur, que je regardai ce dessein comme un coup
mortel pour mes désirs. Je lui parlai d’une manière qui lui fit comprendre mes sentiments, car elle
était bien plus expérimentée que moi. C’était malgré elle qu’on l’envoyait au couvent, pour arrêter
sans doute son penchant au plaisir, qui s’était déjà déclaré et qui a causé, dans la suite, tous ses
malheurs et les miens. Je combattis la cruelle intention de ses parents par toutes les raisons que mon
amour naissant et mon éloquence scolastique6 purent me suggérer. Elle n’affecta ni rigueur ni
dédain. Elle me dit, après un moment de silence, qu’elle ne prévoyait que trop qu’elle allait être
malheureuse, mais que c’était apparemment la volonté du Ciel, puisqu’il ne lui laissait nul moyen de
l’éviter.
Introduction
Présentation générale de l’œuvre
Publié en 1731 en Hollande puis en 1734 en France ou il a été censuré puis corrigé et rééditer en
1754, Manon Lescaut de l’abbé Prévost, initialement intitulé Histoire du Chevalier des Grieux et de
Manon Lescaut, s’inscrit dans l’ensemble des Mémoires d’un homme de qualité et raconte, sous
forme de confession, la passion tragique entre des Grieux et Manon, rapportée par le marquis de
Renoncour, témoin puis narrateur du récit.

Situation du texte
Le passage étudié se situe au début du récit autobiographique que des Grieux fait au marquis par
reconnaissance, après que celui-ci l’a rencontré à deux reprises : d’abord lorsqu’il suivait le convoi de
Manon condamnée à la déportation, puis deux ans plus tard, seul et brisé par le malheur, moment où
il décide de revenir sur son passé.

Présentation du passage
Des Grieux évoque alors son retour en arrière à l’âge de dix-sept ans, juste après ses études à Amiens,
et raconte la rencontre fondatrice avec Manon Lescaut, scène typique du roman marquée par le
hasard et le coup de foudre, dont la narration apparemment simple est enrichie par le regard
rétrospectif d’un narrateur mûri et conscient de la portée tragique de cet instant.

Problématique

Comment le récit de la première rencontre entre des Grieux et Manon transforme-t-il un événement
apparemment banal, gouverné par le hasard, en une scène fondatrice où le coup de foudre
amoureux scelle une destinée tragique ?

Annonce du plan

Premier mouvement les circonstances de la rencontre 1/5

Deuxième mouvement le coup de foudre 5/11

Troisième mouvement premier échange entre Des Grieux et Manon 12/17

Quatrième mouvement Tentative de séduction et fatalité 17/23


MOUVEMENTS
Premier mouvement – Les circonstances de la rencontre (l.1 à 5)
• « J’avais marqué le jour de mon départ d’Amiens »
→ Le plus-que-parfait souligne l’antériorité de la décision : un simple décalage temporel
aurait pu empêcher la rencontre. Installe l’idée du hasard tragique.

• « Hélas ! »
→ Interjection et Rupture du récit par un commentaire du narrateur adulte. Exprime le regret
rétrospectif et annonce une issue malheureuse.

• « J’aurais porté chez mon père toute mon innocence »


→ Conditionnel passé = irréel du passé. Opposition entre l’innocence familiale et la ville
corruptrice. Marque la perte irréversible de l’innocence.

• « La veille même de celui que je devais quitter cette ville»


→ Incitation sur l’extrême proximité temporelle : la rencontre se joue à presque rien.
Accentue la fatalité.

• « Nous vîmes arriver le coche »


→ Passé simple : arrivée soudaine de l’élément perturbateur. Le coche agit comme un
élément déclencheur.

Deuxième mouvement – Le coup de foudre (l.5 à 11)


• « Il en sortit quelques femmes »
→ déterminant indéfini : Apparition banale et indistincte. Crée une attente déçue avant la
révélation de Manon.

• « Mais il en resta une »


→ La conjonction « mais » marque une rupture. L’indéfini devient singulier : mise en valeur
immédiate de Manon.

• « Qui s’arrêta seule dans la cour »


→ Proposition subordonne relative isolement du personnage : Manon se détache du groupe.
Elle devient un objet de fascination.

• « Elle me parut si charmante que… »


→ Point de vue interne (« me parut »). Construction « si… que » : lien direct
cause/conséquence, Manon exerce un pouvoir quasi magique.

• « Je me trouvai enflammé tout d’un coup »


→ Métaphore traditionnelle du feu. « Tout d’un coup » insiste sur la brutalité et
l’irréversibilité du coup de foudre.
Troisième mouvement – Premier échange entre des Grieux et Manon (l.12 à 17)

• « Elle reçut mes politesses »


→ Discours narrativisé : retenue et bienséance. Des Grieux se montre encore respectueux et
socialement codé.

• « Quoique fort jeune »


→ Concession : opposition entre l’âge et l’assurance de Manon. Elle n’est pas une ingénue
passive.

• « Elle reçut mes politesses sans paraître embarrassée »


→ Modalisation par « paraitre » : point de vue de DG. Manon semble déjà expérimentée et
sûre d’elle.

• « Je lui demandai ce qui l’amenait à Amiens »


→ Interrogation indirecte : curiosité mêlée d’audace. Premier pas vers la séduction.

• « Elle y était envoyée par ses parents »


→ Forme passive : Manon subit une décision. Apparence de jeune fille soumise, qui sera
ensuite démentie par le narrateur.

Quatrième mouvement – Tentative de séduction et fatalité (l.17 à 23)

• « C’était malgré elle qu’on l’envoyait au couvent »


→ Discours indirect libre : laisse entendre la voix de Manon. Absence de vocation religieuse.

• « Pour arrêter sans doute son penchant au plaisir »


→ Prolepse et jugement moral du narrateur. Révélation du libertinage précoce de Manon.

• « Je combattis une autorité cruelle »


→ Métaphore guerrière : amour conçu comme un combat. Des Grieux se pose en victime
héroïque.

• « Elle n’affecta ni rigueur ni dédain »


→ Double négation : Manon ne résiste pas. Elle se laisse séduire sans s’opposer clairement.

• « La volonté du Ciel ne lui laissait nulle espérance »


→ Fatalité absolue. Personnification du Ciel : aucune échappatoire possible. Annonce
explicite de la tragédie finale.

Conclusion

Cette scène, racontée rétrospectivement par des Grieux, mêle amour et malheur, montrant qu’il se
sent dominé par la fatalité et par sa passion. La manière dont il évoque Manon souligne son pouvoir
de séduction et le charme irrésistible qui la distingue d’une héroïne traditionnelle, indépendamment
du prestige social ou de la perfection morale. On assiste moins à la rencontre de deux personnages
qu’à l’apparition de l’allégorie de l’amour, déjà teintée d’une ombre tragique qui annonce les
malheurs à venir.

Ouverture possible : on retrouve ce type de rencontre tragique dans d’autres romans classiques,
comme entre le Duc de Nemours et la princesse de Clèves ou entre Mme de Clèves et Julien dans Le
Rouge et le Noir.

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