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LL2

Le passage extrait de Manon Lescaut décrit l'évasion audacieuse de des Grieux et de son père pour libérer Manon, mettant en avant la passion et le courage du héros. L'action est marquée par des tensions et des obstacles, culminant dans le meurtre d'un domestique qui représente un danger. Ce récit illustre comment l'amour pousse des Grieux à transgresser les lois et à embrasser une vie de marginalité, soulignant la tragédie de sa passion.

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Le passage extrait de Manon Lescaut décrit l'évasion audacieuse de des Grieux et de son père pour libérer Manon, mettant en avant la passion et le courage du héros. L'action est marquée par des tensions et des obstacles, culminant dans le meurtre d'un domestique qui représente un danger. Ce récit illustre comment l'amour pousse des Grieux à transgresser les lois et à embrasser une vie de marginalité, soulignant la tragédie de sa passion.

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LL 2

J’aperçus les clefs qui étaient sur sa table. Je les pris et je le priai de me suivre, en faisant le moins de
bruit qu’il pourrait. Il fut obligé de s’y résoudre. À mesure que nous avancions et qu’il ouvrait une
porte, il me répétait avec un soupir : Ah ! mon fils, ah ! qui l’aurait cru ? Point de bruit, mon Père,
répétais-je de mon côté à tout moment. Enfin nous arrivâmes à une espèce de barrière, qui est avant
la grande porte de la rue. Je me croyais déjà libre, et j’étais derrière le Père, avec ma chandelle dans
une main et mon pistolet dans l’autre. Pendant qu’il s’empressait d’ouvrir, un domestique, qui
couchait dans une petite chambre voisine, entendant le bruit de quelques verrous, se lève et met la
tête à sa porte. Le bon Père le crut apparemment capable de m’arrêter. Il lui ordonna, avec beaucoup
d’imprudence, de venir à son secours. C’était un puissant coquin, qui s’élança sur moi sans balancer.
Je ne le marchandai point ; je lui lâchai le coup au milieu de la poitrine. Voilà de quoi vous êtes cause,
mon Père, dis-je assez fièrement à mon guide. Mais que cela ne vous empêche point d’achever,
ajoutai-je en le poussant vers la dernière porte. Il n’osa refuser de l’ouvrir. Je sortis heureusement et
je trouvai, à quatre pas, Lescaut qui m’attendait avec deux amis, suivant sa promesse.

Nous nous éloignâmes. Lescaut me demanda s’il n’avait pas entendu tirer un pistolet. C’est votre
faute, lui dis-je ; pourquoi me l’apportiez-vous chargé ? Cependant je le remerciai d’avoir eu cette
précaution, sans laquelle j’étais sans doute à Saint-Lazare pour longtemps. Nous allâmes passer la
nuit chez un traiteur, où je me remis un peu de la mauvaise chère que j’avais faite depuis près de trois
mois. Je ne pus néanmoins m’y livrer au plaisir. Je souffrais mortellement dans Manon. Il faut la
délivrer, dis-je à mes trois amis. Je n’ai souhaité la liberté que dans cette vue. Je vous demande le
secours de votre adresse ; pour moi, j’y emploierai jusqu’à ma vie.
Introduction
Présentation générale de l’œuvre
Publié en 1731 en Hollande puis en 1734 en France ou il a été censuré puis corrigé et rééditer en
1754, Manon Lescaut de l’abbé Prévost, initialement intitulé Histoire du Chevalier des Grieux et de
Manon Lescaut, s’inscrit dans l’ensemble des Mémoires d’un homme de qualité et raconte, sous
forme de confession, la passion tragique entre des Grieux et Manon, rapportée par le marquis de
Renoncour, témoin puis narrateur du récit.

Situation du texte
Ce passage se situe au milieu du roman Manon Lescaut de l’abbé Prévost, lors de l’épisode où des
Grieux, aidé de son père et de Lescaut, organise la fuite de Manon détenue par les autorités.

Présentation du passage
Le texte décrit avec suspense et tension les obstacles rencontrés et les risques pris par des Grieux,
armé de son pistolet et prêt à tout pour atteindre son objectif. Il met en avant la passion et le
courage du héros, qui agit guidé par l’amour, mais aussi l’ingéniosité et la loyauté de ses alliés.

Problématique

Comment le récit de l’évasion de Manon par des Grieux transforme-t-il un acte dangereux et marginal
en une démonstration de passion amoureuse et de loyauté, mêlant suspense, audace et tragique ?

Annonce du plan

Premier mouvement le récit d’une libération 1/6

Deuxième mouvement meurtre d’un domestique 7/15

Troisième mouvement d’une évasion a l’autre 16/23


MOUVEMENTS
Premier mouvement – récit d’une libération (l.1 à 6)
• « J’aperçus les clefs qui étaient sur sa table »
→ Le pronom personnel « je » omniprésent souligne la prise en charge de l’action par
des Grieux et son initiative personnelle.
• « Je les pris et je le priai de me suivre »
→ Verbes d’action rapides au passé simple : montre la détermination et la
simultanéité des actions.
• « En faisant le moins de bruit qu’il pourrait »
→ Répétition du mot « bruit » et superlatif : accentue le suspense et le danger de
l’évasion.
• « Il fut obligé de s’y résoudre »
→ Passif : le Père n’a pas le choix, il est relégué au second plan.
• « Je me croyais déjà libre »
→ Modalisateur « me croyais » : naïveté du narrateur et tension dramatique,
anticipation de l’action à venir.

Deuxième mouvement – meurtre d’un domestique (l.7 à 15)


• « Pendant qu’il s’empressait d’ouvrir, un domestique… se lève »
→ Suspense intense grâce à la simultanéité des actions et au présent de narration.
• « C’était un puissant coquin »
→ Justification morale implicite : le domestique est présenté comme un obstacle à
éliminer.
• « Je ne le marchandai point ; je lui lâchai le coup au milieu de la poitrine »
→ Verbes au passé simple et négation : violence immédiate et détermination totale
de des Grieux.
• « Voilà de quoi vous êtes cause, mon Père »
→ Discours direct : des Grieux rend le Père complice et déplace la responsabilité,
montrant son audace.
• « Il n’osa refuser de l’ouvrir »
→ Soumission du Père : le narrateur est désormais maître de la situation,
renversement de l’autorité.
Troisième mouvement – d’une évasion à l’autre (l.16 à 23)

• « Nous nous éloignâmes »


→ Le pronom « nous » : union et fraternité dans la nouvelle « famille » de marginaux.

• « C’est votre faute »


→ Discourt directe qui déresponsabilisation et justification de ses actes, tension entre
culpabilité et nécessité.

• « Il faut la délivrer »
→ Tournure impersonnelle : obligation morale et détermination absolue, action guidée par la
passion.

• « Je n’ai souhaité la liberté que dans cette vue »


→ Négation restrictive : la liberté n’a de sens que pour sauver Manon, amour passionnel
central.

• « J’y emploierai jusqu’à ma vie »


→ Hyperbole : amour dévorant et engagement total, caractère tragique de la passion.

Conclusion

Cet extrait montre comment le récit de l’évasion de Saint-Lazare dépasse le simple épisode d’aventure
pour devenir l’expression d’une passion amoureuse absolue, qui pousse des Grieux à transgresser les
lois et à entrer durablement dans la marginalité. L’action, marquée par le suspense et la violence,
révèle que l’amour pour Manon justifie tous les risques et transforme le héros en hors-la-loi, prêt à
sacrifier jusqu’à sa vie. Ainsi, si l’évasion lui rend une liberté immédiate, elle confirme surtout son
aliénation passionnelle, des Grieux demeurant prisonnier de son amour et engagé dans une destinée
tragique.

Ouverture possible : on peut rapprocher ce récit subjectif de transgression de celui de Meursault


dans L’Étranger de Camus, où le crime est également raconté de l’intérieur et révèle l’isolement
irréversible du personnage face à la société.

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