Cours 16 A
Cours 16 A
Regardons PGL2 pkq d’un peu plus près. Considérons pour cela l’ensemble P1 pkq
des droites vectorielles du plan vectoriel k 2 (droite projective sur k). Posons
ž
k “ k
p t8u.
k Ñ P1 pkq par
(pas de confusion possible avec un dual ici !). On définit β : p
ˆ ˙ ˆ ˙
x 1
βpxq “ k @ x P k, et βp8q “ k .
1 0
Comme toute les droites vectorielles de k 2 sont de cette forme de manière unique,
on a montré :
„
Lemme 4.1. L’application β est une bijection p k Ñ P1 pkq.
Comme on l’a déjà dit, le groupe GL2 pkq agit naturellement, et transitivement,
sur P1 pkq. Cette action n’est pas fidèle : par la Proposition 3.8, son noyau est le sous-
groupe k ˆ des homothéties, de sorte que le groupe PGL2 pkq agit fidèlement sur P1 pkq.
´1
´ β il agit
Par transport de structure via ¯ donc sur k (formule : g.x “ β pgβpxqq). Pour
p
a b
cette action, l’élément g “ c d de GL2 pkq envoie le point x P p k sur l’élément
ax ` b p
Pk
g.x “
cx ` d
avec l’interprétation
´ ¯ usuelle de ce quotient quand cx ` d est nul ou x “ 8. En effet,
a b
soit g “ c d dans GL2 pkq. Pour x P k et cx ` d ‰ 0, on a
ˆ ˙ ˆ ˙ ˆ ax`b ˙
x ax ` b
(44) g “ “ pcx ` dq cx`d ,
1 cx ` d 1
ˆ ˙ ˆ ˙
0 a
ainsi que g.p´c{dq “ 8. De même, on a g “ , donc g. 8 “ a{c pour
1 c
c ‰ 0 et g. 8 “ 8 pour c “ 0.
k de la forme x ÞÑ ax`b
Définition 4.2. Les bijections de p cx`d
avec ad ´ bc ‰ 0 sont
appelées homographies. Elles forment un sous-groupe de Skp isomorphe à PGL2 pkq.
ˆ ˙
a b
Par exemple 0 1
correspond à l’homographie affine x ÞÑ ax ` b sur k (fixant
ˆ ˙
0 1
8), et 1 0
à l’inversion x ÞÑ 1{x. On a déjà vu au cours précédent que PGLn pkq
agit 2-transitivement sur Ppk n q pour n ě 2. Pour n “ 3 il y a mieux : le groupe
PGL2 pkq agit exactement 3 fois transitivement sur l’ensemble P1 pkq.
Proposition 4.3. Pour tout triplet pα, β, γq de points distincts dans p
k, il existe
une et une seule homographie g P PGL2 pkq telle que pgpαq, gpβq, gpγqq “ p0, 1, 8q.
Cette proposition conduit naturellement à la notion de birapport, qui sera abordée
en TD.
Démonstration — En effet, PGL2 pkq agit manifestement transitivement sur p
k,
donc on peut supposer γ “ 8. Le stabilisateur de 8 dans PGL2 pkq est exactement
l’ensemble des homographies affines, de la forme x ÞÑ ax ` b avec a ‰ 0. L’unique
telle transformation envoyant pα, βq sur p0, 1q est x ÞÑ px ´ αq{pβ ´ αq. l
152 5. GROUPES ET SYMÉTRIES
Pour p premier, l’action fidèle de PGL2 pZ{pZq sur l’ensemble P1 pZ{pZq » Z{pZ
z
à p ` 1 éléments définit donc un morphisme injectif
(45) PGL2 pZ{pZq ãÑ Sp`1 .
Il est particulièrement intéressant pour les petites valeurs de p. En effet, on a l’égalité
pp ` 1q! “ pp ` 1qppp ´ 1qpp ´ 2q!, de sorte que (miracle !) :
Corollaire 4.5. Pour p “ 2 et p “ 3, le morphisme (45) induit des isomor-
phismes PGL2 pZ{2Zq » S3 et PGL2 pZ{3Zq » S4 .
Démonstration — Observons que l’élément t2 est d’ordre p dans PSL2 pZ{pZq (car
p ‰ 2). Ainsi, si on a un isomorphisme An » PSL2 pZ{pZq alors An possède un
élément d’ordre p. Mais un élément d’ordre p dans Sn est un produit d’un certain
nombre de p-cycles à supports disjoints. On a donc n ě p. Comme pour p ě 5 on a
3 ď pp ` 1q{2 ď p ´ 2 pour p ě 5, on a aussi les inégalités immédiates
|An | “ n!{2 ě p!{2 ě ppp ´ 1qpp ` 1q{2 “ |PSL2 pZ{pZq|
Ces sont des égalités si, et seulement si, on a n “ p (pour la première) et p “ 5
(pour la seconde !). l
Les miracles ne s’arrêtent en fait pas là. Les groupes PSL2 pZ{pZq avec p “ 7 et 11
ont également des comportements inhabituels, comme l’avait expliqué Galois dans sa
fameuse lettre à son ami Chevalier, écrite le jour avant le duel qui causa sa mort. Le
groupe PSL2 pZ{pZq agit transitivement sur P1 pZ{pZq, qui a p ` 1 éléments. Galois
se demande s’il agit aussi transitivement sur un ensemble à 1 ă n ď p éléments
(nécessairement fidèlement pour p ě 5). Une condition nécessaire, comme ci-dessus,
est p | n!, et donc p “ n.
Théorème 4.10. (Galois) Le groupe PSL2 pZ{pZq agit transitivement sur un
ensemble à p éléments si, et seulement si, on a p ď 11. Pour p “ 5, 7, 11 les stabi-
lisateurs de ces actions exceptionnelles sont respectivement isomorphes aux groupes
platoniciens A4 , S4 et A5 .
Nous renvoyons à cette note de votre serviteur pour une démonstration élé-
mentaire de cet énoncé. Nous nous contenterons d’observer ici que la question est
équivalente à savoir si PSL2 pZ{pZq possède un sous-groupe d’indice p, i.e. d’ordre
p2 ´1
2
, et de constater la coïncidence numérique
p2 ´ 1
“ 12, 24 et 60, pour p “ 5, 7 et 11,
2
qui sont les cardinaux respectifs des groupes A4 , S4 et A5 . Pour p “ 2 et 3, les actions
transitives en question se déduisent de celles de PSL2 pZ{2Zq » S3 et PSL2 pZ{3Zq »
A4 sur 2 et 3 éléments respectivement (lesquelles ?). Pour p “ 5, on vu PSL2 pZ{5Zq »
A5 , qui agit bien transitivement sur 5 éléments. Ces comportement inhabituels pour
p “ 7 et 11 se sont avérés être aussi la clé de la construction de plusieurs des
groupes sporadiques, comme les groupes de Mathieu : voir l’article Three lectures on
exceptional groups, par J. Conway.