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Contribution de La Sphere Informelle A L'Economie L'Economie Formelle

Le document analyse la contribution de l'économie informelle à l'économie marocaine, soulignant son importance en tant que source d'emploi et de croissance socio-économique. Il explore également le processus de transition de l'économie informelle vers l'économie formelle, en se basant sur une étude de cas de la coopérative ATTAWAFOUK spécialisée dans le tri des déchets. Enfin, il propose un modèle contextuel pour faciliter cette transition et aborde les défis associés à l'économie informelle au Maroc.

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Contribution de La Sphere Informelle A L'Economie L'Economie Formelle

Le document analyse la contribution de l'économie informelle à l'économie marocaine, soulignant son importance en tant que source d'emploi et de croissance socio-économique. Il explore également le processus de transition de l'économie informelle vers l'économie formelle, en se basant sur une étude de cas de la coopérative ATTAWAFOUK spécialisée dans le tri des déchets. Enfin, il propose un modèle contextuel pour faciliter cette transition et aborde les défis associés à l'économie informelle au Maroc.

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CONTRIBUTION DE LA SPHERE INFORMELLE A L’ECONOMIE MAROCAINE : QUELLES

MESURES DE TRANSITION VERS L’ECONOMIE FORMELLE ?

CONTRIBUTION DE LA SPHERE INFORMELLE A L’ECONOMIE


MAROCAINE : QUELLES MESURES DE TRANSITION VERS
L’ECONOMIE FORMELLE ? (CAS DE LA COOPERATIVE ATTAWAFOUK
DE TRI DES DECHETS)

CONTRIBUTION OF THE INFORMAL SPHERE TO THE MOROCCAN


ECONOMY: WHAT TRANSITION MEASURES TO THE FORMAL
ECONOMY? (CASE OF ATTAWAFOUK COOPERATIVE WASTE
SORTING)

JAMILA EZ-ZAOUINE
Doctorante à la Faculté des Sciences Juridiques Economiques et
Sociales, Ibn Zohr, Agadir, Maroc
ezzaouinejamila@[Link]

ABDELKBIR ELOUIDANI
Enseignant chercheur à la Faculté des Sciences Juridiques
Economiques et Sociales, Ibn Zohr, Agadir, Maroc
elouidani@[Link]

Date de soumission : 05/01/2019


Date d’acceptation : 08/05/2019

DOI : [Link]

Revue Marocaine de recherche en management et marketing, N°19, Janvier-Juin 2019 Page 279
CONTRIBUTION DE LA SPHERE INFORMELLE A L’ECONOMIE MAROCAINE : QUELLES
MESURES DE TRANSITION VERS L’ECONOMIE FORMELLE ?

RESUME
On s’aperçoit de plus en plus que les acteurs informels sont à la
recherche de meilleures conditions de vie, ils développent en continu
des activités socio-économiques locales absorbant une masse
importante de main d’œuvre à la recherche d’emploi. Cette autre voie
de développement, appelée « économie informelle », constitue
aujourd’hui pour les acteurs de la classe populaire une alternative de
croissance socio-économique face à l’Etat et au marché. A partir de
l’analyse de l’état de l’art de l’économie informelle, et d’une enquête
de terrain sur la coopérative ATTAWAFOUK de tri des déchets en
provenance des villes de Rabat-Salé-Témara, cette communication a
pour objectif d’explorer le processus de transition du tri informel vers
le tri formel, et par la suite, de développer un modèle contextuel
résumant les différentes mesures pouvant être utiles pour la réussite
de cette transition.
MOTS CLES : Economie informelle, économie formelle, transition,
modèle contextuel, coopérative
ABSTRACT
It is becoming increasingly clear that informal actors are looking for
better living conditions, they are continuously developing local socio-
economic activities that absorb a large number of people looking for
work. This other path of development, called the "informal economy",
is today for the people of the popular class an alternative of socio-
economic growth facing the state and the market. Based on the
analysis of the state of the art of the informal economy, and a field
survey on the ATTAWAFOUK cooperative recycling waste from the
cities of Rabat-Salé-Témara, this communication aims to The objective
is to explore the process of transition from informal sorting to formal
sorting, and subsequently to develop a contextual model summarizing
the various measures that may be useful for the success of this
transition.
KEY WORDS: Informal economy, formal economy, transition,
contextual model, cooperative

Revue Marocaine de recherche en management et marketing, N°19, Janvier-Juin 2019 Page 280
CONTRIBUTION DE LA SPHERE INFORMELLE A L’ECONOMIE MAROCAINE : QUELLES
MESURES DE TRANSITION VERS L’ECONOMIE FORMELLE ?

INTRODUCTION

Le secteur informel est de plus en plus appelé « économie informelle » pour écarter
l'idée que l'informalité se limite à un secteur d'activité économique spécifique mais concerne
plutôt de nombreux secteurs. Le terme économie informelle désigne donc «all economic
activities by workers and economic units, that are – in law or in practice – not covered or
insufficiently covered by formal arrangements»(Becker 2004).

Contrairement aux prévisions de nombreux économistes influencés par la pensée de W.


Arthur Lewis, la sphère informelle s’est développée au cours de la dernière décennie. Un
énorme réservoir de main-d’œuvre excédentaire a donc créé son propre moyen de
subsistance pour survivre.

Au Maroc, l’économie informelle est pourvoyeuse d’emploi avec 2,4 millions, elle pèse
plus de 20% du PIB, hors secteur primaire, et génère une valeur ajoutée qui s’élève à 170
milliards de dirhams. Pourtant, cette économie est jugée déloyale par la Confédération
Générale des Entreprises du Maroc (CGEM), qui selon elle, fait perdre aux entreprises
formelles de leur rentabilité et de leur compétitivité, en limitant les investissements et
l’innovation, d’une part ; et représente un manque à gagner de 40 milliards de dirhams pour
l’État en termes de recettes fiscales et de cotisations sociales, d’autre part.

Il est donc normal que l’on s’interroge sur la contribution de la sphère informelle dans
l’économie marocaine et que l’on s’efforce de répondre à la question suivante : Comment
peut-on réussir la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle ?

On s’intéresse dans cet article au diagnostic de l’économie informelle au Maroc à travers


la détermination de la contribution de cette sphère dans l’économie nationale. Aussi, notre
propos consiste à analyser plus particulièrement à quel point le processus de transition du tri
informel vers le tri formel est réussi. Nous allons donc présenter en premier lieu les concepts,
structure et démarches de l’économie informelle, mettre l’accent sur la contribution de cette
sphère dans l’économie marocaine, avant de nous focaliser sur l’analyse des résultats de notre
enquête de terrain visant à explorer le processus de transition du tri informel vers le tri formel
au Maroc, et par la suite détailler les mesures.

Revue Marocaine de recherche en management et marketing, N°19, Janvier-Juin 2019 Page 281
CONTRIBUTION DE LA SPHERE INFORMELLE A L’ECONOMIE MAROCAINE : QUELLES
MESURES DE TRANSITION VERS L’ECONOMIE FORMELLE ?

1. DIAGNOSTIC DE L’ECONOMIE INFORMELLE : QUELLE CONTRIBUTION DE LA SPHERE


INFORMELLE DANS L’ECONOMIE MAROCAINE ?

1.1. CONCEPTS, STRUCTURE ET DEMARCHES DE L’ECONOMIE INFORMELLE

Comme l’a rappelé Charmes(1987),le concept de secteur informel est apparu dans la
théorie économique du développement. En effet, selon Becker (2004)l’économie informelle
est la partie non formelle de l’économie de marché non réglementée qui produit des biens et
des services destinés à la vente ou à d’autres formes de rémunération. Le terme «économie
informelle» désigne donc toutes les activités économiques des travailleurs et des unités
économiques qui - en droit ou en pratique - ne sont pas ou insuffisamment couvertes par des
arrangements formels. Pour William(2005), l'économie informelle est une réponse construite
de la société civile à une ingérence non souhaitée de la part de l'État. Le caractère universel
de ce phénomène reflète la capacité considérable de résistance de la plupart des sociétés à
l’exercice du pouvoir de l’État.

Cependant, la logique d’évolution de l’entreprise moderne est généralement différente


dans le cas d’une entreprise informelle où les bénéfices sont rarement investis pour son
développement technique et statutaire, mais sont plutôt investis dans d’autres activités de
types informels (Lautier 2004). La pluriactivité chez l’entrepreneur informel symbolise la
« bonne santé » de ses activités (Lognon 2010). Alors, les acteurs du secteur informel ne sont
pas forcément des pauvres ou des marginaux (Droh 2013), la société des entrepreneurs
informels n’est pas civile, mais économique du moment où elle crée des richesses (Soko 2011).

L’économie informelle n’est pas un phénomène temporaire. Elle possède un potentiel


important de création d’emplois et de revenus, et son existence contribue fortement à
répondre aux besoins des consommateurs pauvres en leurs fournissant des biens et des
services accessibles et à bas prix. L’émergence de cette sphère est donc consécutive aux
difficultés qu’éprouve l’économie moderne (formelle) à absorber un surplus toujours
croissant de main-d’œuvre.

Buehn et Schneider (2012) définissent le secteur informel comme des activités de


production fondées sur le marché qui sont délibérément dissimulées à l'autorité de l'État afin
d'éviter les taxes et les réglementations.

Revue Marocaine de recherche en management et marketing, N°19, Janvier-Juin 2019 Page 282
CONTRIBUTION DE LA SPHERE INFORMELLE A L’ECONOMIE MAROCAINE : QUELLES
MESURES DE TRANSITION VERS L’ECONOMIE FORMELLE ?

Dans le rapport de Bank Al-Maghrib (2017), le Haut-commissariat au plan (HCP) définit


le secteur informel comme « toutes les unités de production non agricoles ne disposant pas
d’une comptabilité conformément à la réglementation comptable en vigueur ».

Pour appréhender les différentes facettes de l’économie informelle, Razeto et


Calcingi(1989)proposent une grille de classification sur la base de deux critères voir tableau ci-
dessous: Dans le premier critère, les auteurs distinguent cinq types d’entrepreneurs informels,
quant au 2ème critère, trois niveaux de développement d’activités dans l’économie informelle
apparaissent ; ils sont fonction de l’importance des revenus générés, de leur stabilité et de la
valeur que leurs participants leur accordent.
Tableau 1: Structure de l’économie populaire

OrganisationsEntrepreneurs
d’Economie informels de Initiatives Stratégies Activités
Populaire types individuelles d’assistance illégales
(OEP) familiaux
Organisations
Niveau de Ateliers Ateliers Chauffeurs de Trafic de
croissance autogérés productifs de taxi revendications drogues
de logement
Bénéficiaires
Niveau de Groupes Petits Petites Vente
d’institutions
subsistance d’achat magasins réparations clandestine
de charité
Niveau de Marmites Récolte de Vendeurs de
Mendicité Petits vols
survie populaires déchets rue
Source : Razeto&Calcagni, 1989

En combinant ces deux critères, Razeto et Calcingi(1989) identifient un certain nombre


de situations différentes que l’on peut trouver au sein de l’économie populaire.

Le débat sur l’économie informelle, vaste et hétérogène, s’est concrétisé en quatre


courants de pensée présentant quatre approches dominantes sur les origines et les causes de
l’informalité (Roubaud 2000 ; Bacchetta, Ernst, et Bustamante 2009) :

✓ L’approche « dualiste » s’inscrit dans le prolongement des travaux de Lewis(1954) et


de Harris et Todaro(1970) ; cette approche est basée sur un modèle de marché du travail
dual ou segmenté où la sphère informelle de l'économie comprend des activités marginales
- distinctes de la sphère formelle et non liées à celle-ci - qui procurent un revenu aux pauvres

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CONTRIBUTION DE LA SPHERE INFORMELLE A L’ECONOMIE MAROCAINE : QUELLES
MESURES DE TRANSITION VERS L’ECONOMIE FORMELLE ?

et un filet de sécurité en temps de crise ; c’est une économie de subsistance qui n’existe que
parce que l’économie formelle est incapable d’offrir des emplois en nombre suffisant ;
✓ l’approche « structuraliste » voit dans l'économie informelle des unités économiques
subordonnées (micro-entreprises) et des travailleurs qui permettent de réduire les coûts des
intrants et de la main-d'œuvre et, partant, d'accroître la compétitivité des grandes
entreprises capitalistes(Moser 1978; Portes, Castells, et Benton 1989) ; selon une relation de
subordination, l’économie informelle accroît la flexibilité et la compétitivité de l’économie
en fournissant du travail et des produits à bon marché aux entreprises formelles;
✓ L’approche « légaliste » considère que le secteur informel est constitué de micro
entrepreneurs courageux qui choisissent d'opérer de manière informelle afin d'éviter les
coûts, le temps et les efforts d'un enregistrement formel (Soto 1994, 2003) ;
✓ Enfin, l’approche « volontariste » pour laquelle les entrepreneurs informels cherchent
intentionnellement à échapper aux réglementations et aux coûts de productions formels, se
rejoignant ainsi sur ce point à l’approche légaliste, mais ne reproche pas la lourdeur des
procédures et règles d'enregistrement formelles.

Ainsi, le point commun entre les quatre approches de l’informalité citées en haut réside
dans le fait que les entreprises informelles devraient être soumises à l'environnement
réglementaire formel afin d'accroître l'assiette fiscale et de réduire la concurrence déloyale
aux entreprises formelles.

1.2. CONTRIBUTION DE LA SPHERE INFORMELLE DANS L’ECONOMIE MAROCAINE

Peu d’études statistiques sur l’économie informelle, donc difficulté de compréhension


du phénomène. Ceci constitue une vraie entrave pour les pouvoirs publics, ne pouvant ainsi
pas agir et élaborer les politiques socio-économiques les plus adaptées. Cela revient à
plusieurs facteurs (Cling et al. 2012) :

- Flou des définitions en dehors de la communauté statistique ;


- Manque d’intérêt de la part des autorités envers un secteur opérant à la marge de
l’économie et ne payant pas d’impôts ;
- Difficultés de mesure, compte tenu précisément du fait que ce secteur est à la marge ;

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CONTRIBUTION DE LA SPHERE INFORMELLE A L’ECONOMIE MAROCAINE : QUELLES
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- Enfin, idée préconçue selon laquelle le secteur informel est une marque de sous-
développement et est appelé à progressivement disparaître au fur et à mesure du
développement des pays.

En effet, l’insuffisance de la crédibilité des données limite la pertinence des analyses


présentées dans les rapports internationaux sur ce sujet (Bacchetta, Ernst, et Bustamante
2009 ; Jütting et de Laiglesia 2009). De plus, le manque d’adéquation des données ne permet
pas aux études économiques d’adopter une définition ad hoc (les petites et moyennes
entreprises par exemple) et sont très approximatives (Guha-Khasnobis et Kanbur 2006).

L'informalité pose de sérieux problèmes économiques à travers le monde. Selon l’étude


de Medina et Schneider (2017) faite sur un échantillon de 158 pays entre 1991 et 2015,
l’informel représente en moyenne 31,9 % des économies des pays étudiés, les trois pays en
tête du classement sont : la Géorgie (64,9 %), la Bolivie (62,3 %) et le Zimbabwe (60,6 %),
tandis que les trois pays les plus transparents sont : la Suisse (9%), les Etats Unis (9,4%) et
l’Autriche (9,9%). En Afrique, la part du formel dans l’économie est passée de 42,36% entre
1991 et 1999 à 39,99% entre 2000 et 2009, et à 36,16% entre 2010 et2015. Ce qui confirme
l’importance de la croissance pour la réduire. Ceci dit, plus une économie est développée, plus
faible est sa part informelle. Ce constat a été démontré dans l’étude de Bacchetta, Ernst, et
Bustamante(2009), selon ces auteurs, les pays dont l'économie informelle est de taille
supérieure à la moyenne risquent trois fois plus de subir les effets néfastes d'une crise que
ceux où le taux d'informalité est plus faible.

Ainsi, l’étude de Medina et Schneider (2017) positionne le Maroc au 91ème rang, avec
un taux de 34%, devant des pays comme l’Egypte (34,2%) ou la Tunisie (35,3%), mais se situant
derrière d’autres économies comme la Malaisie (31,5%) ou la Turquie (31,3%).

« Concurrence déloyale » ou « chaîne destructrice de valeurs », telles étaient les


jugements de la CGEM, suite à l’étude faite par le cabinet Roland Berger pour son compte, et
qui portait sur « l’économie informelle : impact sur la compétitivité des entreprises et
propositions de mesures d’intégration ».

La dernière étude qui a été faite sur l’économie informelle est celle du cabinet Roland
Berger en 2014, afin d’évaluer la contribution de la sphère informelle dans l’économie
marocaine. Les résultats de l’étude sont choquants, et méritent une grande réflexion. En effet,

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CONTRIBUTION DE LA SPHERE INFORMELLE A L’ECONOMIE MAROCAINE : QUELLES
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l’économie informelle est évaluée à 170 Mds MAD (figure 1), dont 68% est concentré dans le
commerce – réparation (54 Mds MAD), talonné par l’industrie du textile et du cuir qui
représente 54%, soit 11 Mds MAD, suivi du transport routier avec 32% (3 Mds MAD).

Figure 1: Décomposition du PIB de l’économie informelle par secteur d’activité (2014 ;


Hors secteur primaire ; Mds MAD)
Poids de l’ économie informelle par secteur2

1) Le poids de la contrefaçon est comptabilisé dans la contrebande et les UPs


2) En fonction du pourcentage du PIB sectoriel i.e valeur ajoutée du secteur + impôts
nets des subventions du secteur
3) Restauration, hôtellerie, services personnels, autres services
4) Travail de bois et fabrication d’articles en bois, fabrication de produits minéraux non
métalliques et travail des métaux, industrie du papier et du carton, édition,
imprimerie et reproduction, industrie du caoutchouc et du plastique, métallurgie,
industrie chimique,…
5) Transport international routier, transport de personnes, messagerie,….

Source : HCP, entretiens, analyse Roland Berger

Ainsi, l’informel pèse très lourd dans l’économie marocaine (figure 2), sa valeur ajoutée
s’élève, selon l’étude Roland Berger, à 140 Mds MAD, et représente plus de 20% du PIB hors
secteur primaire. Cette économie recèle un gisement annuel estimé à 40 Mds MAD, soit 10%
des importations formelles, dont la grande partie (36 Mds MAD) est due à la sous-facturation
à l’import, et les 4 Mds MAD restantes représentent la valeur de la contrebande.

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CONTRIBUTION DE LA SPHERE INFORMELLE A L’ECONOMIE MAROCAINE : QUELLES
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Figure 2: Poids de l’économie informelle dans le PIB hors secteur primaire, et dans les
importations

1) Composé de la VA UPIs liée à la sous déclaration de CA et la VA liée à la substitution


de 83% de la contrebande par de la production locale (90% pour IAA, 80% pour
l’industrie du textile et du cuir et des autres industries)
2) Composé du manque à gagner sur les droits de douane (contrebande et sous-
facturation à l’import) et de TVA (UPIs : contrebande, sous-déclaration de CA, sous-
facturation à l’import)
3) Composé de la TVA hors secteur primaire et des impôts sur les produits nets de
subventions
4) Composé de la quotepart de la contrebande substituée par des importations (17%)
Source : Etude CGEM sur l’informel

Un autre point marquant dans l’étude menée par le cabinet Roland Berger est celui de
la valeur très significative que coûte l’économie informelle à l’Etat (figure 3) qui s’élève à 40
Mds MAD, dont 34 Mds MAD des recettes fiscales échappées à l’Etat, le restant de 6 Mds MAD
échappe en cotisations sociales. C’est donc un manque à gagner pour l’Etat.

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CONTRIBUTION DE LA SPHERE INFORMELLE A L’ECONOMIE MAROCAINE : QUELLES
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Figure 3: le manque à gagner pour l’Etat en termes de recettes fiscales et de cotisations


sociales

Finalement, il en ressort de l’étude CGEM que l’économie informelle est un vrai réservoir en
main-d’œuvre, les données analysées recensent plus de 2,65 millions d’emplois informels.

Dès lors, on constate bien que la prolifération de la sphère informelle menace le tissu
économique du pays ainsi que sa compétitivité. L’existence d’un secteur informel important
est susceptible de décourager les promoteurs qui voudraient créer des entreprises formelles,
et limite l’investissement et l’innovation chez ces dernières. En effet, la concurrence dans
l’informel jugée déloyale par la CGEM conduit les entreprises formelles à basculer vers
l’informel ; Ceci revient en premier lieu au non-paiement des impôts et charges par les acteurs
dans la sphère informelle, leur permettant ainsi de créer des leviers de rentabilité supérieurs,
et donc d’avoir des gaps de compétitivité prix très important, autrement-dit, les gaps de
compétitivité prix observés entre les produits de l’économie formelle et ceux de l’économie
informelle génèrent une pression négative sur les prix du marché, c’est-à-dire que les prix de
référence sont fixés par l’économie informelle, ce qui fait perdre les acteurs du formel une
part de marché significative.

Ainsi, si le pouvoir d’achat des consommateurs finaux est impacté positivement par
l’économie informelle, les règles d’hygiène et la qualité des produits laissent vraiment à
désirer. De même, l’emploi dans la sphère informelle est précaire, instable, avec un salaire
moyen faible, et sans avantages sociaux. Selon Florence Bonnet (OIT 2018) : « Il y a urgence à

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CONTRIBUTION DE LA SPHERE INFORMELLE A L’ECONOMIE MAROCAINE : QUELLES
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s’attaquer à l’informalité. Pour des centaines de millions de travailleurs, l’informalité implique


un manque de protection sociale, de droits au travail et de conditions de travail décentes ;
pour les employeurs, elle s’accompagne d’une faible productivité et de difficultés d’accès au
crédit. Nous avons absolument besoin de données sur ces sujets pour concevoir des politiques
intégrées et appropriées qui s’adaptent à la diversité des situations et des besoins ».

2. LE CENTRE DE TRI D’OUM AZZA : MODELE PROMETTEUR DE LA TRANSITION DU TRI


INFORMEL VERS LE TRI FORMEL

Notre étude tente d’explorer le degré de réussite de la transition d’une économie


informelle vers une économie formelle, notamment dans le cas de la coopérative
ATTAWAFOUK, unique en son genre en matière de recyclage (voir encadré 1 : fiche technique
de la coopérative).

1.1. METHODOLOGIE DE L’ENQUETE

L’enquête a porté sur la coopérative ATTAWAFOUK des agents de tri (ou trieurs formels)
du centre d’Oum Azza, qui compte 151 personnes au total, mais qu’il ne nous a été possible
d’enquêter que 34 personnes uniquement (dont 1 président de la coopérative, 3 chefs
d’équipe, et 30 agents de tri), vu leurs conditions de travail. Il s’agit d’une coopérative de
recyclage travaillant sur le tri des déchets provenant des villes de Rabat-Salé et Témara. En
effet, le choix de cette coopérative a été basé sur le critère d’unicité, du moment où elle
représente le seul centre de tri au Maroc qui a réussi à intégrer des anciens trieurs informels
dans une unité formelle. La population étudiée est composée des membres de la coopérative
(président, chefs d’équipes et agents de tri).

Dans ce cadre, nous avons opté pour différentes techniques afin de procéder à la
collecte des données nécessaires. D’une part, l’utilisation d’un guide d’entretien semi-directif
composé de questions fermées et d’autres semi-ouvertes, or, vu le niveau d’instruction des
agents de tri, nous avons mené nos entretiens avec eux en dialecte marocaine ; et d’autre
part, des entretiens libres qui ont été menés avec le président de la coopérative.

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CONTRIBUTION DE LA SPHERE INFORMELLE A L’ECONOMIE MAROCAINE : QUELLES
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Encadré 1: Fiche technique de la coopérative ATTAWAFOUK du centre de tri d’Oum-


Azza

Dans le cadre de la mise à niveau du secteur de recyclage des déchets en milieu urbain, le
Maroc a entrepris plusieurs actions stratégiques, notamment le Programme National des
Déchets Ménagers (PNDM), dont le principal objectif était le développement de la filière
« tri-recyclage-valorisation » pour permettre d’atteindre un taux de 20% de recyclage dans
l’horizon 2020. C’est dans ce cadre qu’un contrat de 20 ans a été signé avec le groupe
Pizzorno Environnement, suite à un appel d’offre lancé par la Wilaya de Rabat-Salé-
Zemmour-Zaers.
Ainsi, suite à la signature d’une convention en Mai 2007 entre Teodem (filiale du groupe
Pizzorno au Maroc) et l’autorité de tutelle des 13 communes de la région de Rabat-Salé-
Skhirat (selon l’ancienne organisation territoriale du Maroc), le nouveau centre de tri
d’Oum-Azza a vu le jour en substitution de l’ancienne décharge d’Akrach. Il constitue le
centre d’enfouissement et de tri moderne le plus important du maghreb. C’est dans ce
centre de tri que la coopérative ATTAWAFOUK s’est installée.
✓ Nom de la coopérative : ATTAWAFOUK
✓ Date de création : 3 JANVIER 2010
✓ Date d’agrégation : 19 JUILLET 2010
✓ Etablissement d’agrégation : Office de Développement de la Coopération (ODCO)
✓ Date de démarrage : 2011
✓ Capital : 16.700 MAD
✓ Secteur d’activité : Recyclage des déchets
✓ Effectif : 151 trieurs (27 femmes et 124 hommes)
✓ Objectifs : - Amélioration des conditions de travail et de vie des agents de tri
(anciens trieurs informels) ;
- Reconnaissance de l’activité de tri ;
- Valorisation des déchets à travers le réemploi et le recyclage ;
- Participation à la préservation de l’environnement et la diminution
du volume des déchets destinés à l’enfouissement

Source : Elaboré par l’auteur sur la base de l’enquête

1.2. PRESENTATION DES RESULTATS DE L’ENQUETE

• Caractéristiques démographiques et socio-économiques des coopérants

L’échantillon étudié de la coopérative comporte 24% des femmes (dont 37% mariées,
13% divorcées, et 50% veuves), contre 76% d’hommes (dont 15% célibataires, et 85% mariés),
âgés de 28 ans à 58 ans, et ayant de 1 à 7 enfants.

En effet, toutes les femmes enquêtées assument les charges financières de leur foyer,
ceci est dû à la perception positive de leur travail par leurs maris avant et après l’intégration
de la coopérative d’une part ; et à l’obligation de partager les charges vu le coût élevé de la

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CONTRIBUTION DE LA SPHERE INFORMELLE A L’ECONOMIE MAROCAINE : QUELLES
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vie, d’autre part. Dans l’ensemble, l’intégration de la coopérative était très bénéfique pour
l’ensemble des enquêtés sur le point de l’éducation des enfants et de la contribution ou la
prise des charges de la famille.

Selon les résultats de notre enquête, la transition du tri informel vers le tri formel a des
effets économiques très positifs pour tous les agents enquêtés. Ils ont tous un même salaire
mensuel fixe de 2500 MAD (en cas d’absence non justifiée, ce salaire peut être touché en
fonction des heures de travail manqués), en plus d’une indemnité pouvant augmenter leur
revenu mensuel jusqu’à 2700 MAD. Sans oublier le transport du personnel assuré par les
propres moyens de la coopérative. De plus, tous les agents de la coopérative sont affiliés à la
Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) et donc ont une retraite, ce qui n’était pas le cas
avant la transition, chose qui leur est très bénéfique si on considère les avantages
économiques de l’affiliation à la CNSS au Maroc. Un autre point marquant dans cette étude
concerne le degré d’amélioration de la qualité de vie et du travail des enquêtés et de leurs
familles après la transition.50% des enquêtés trouvent que leur vie et leurs conditions de
travail se sont grandement améliorées, tandis que les autres enquêtés ont signalé
l’amélioration remarquable de leurs conditions de travail, alors qu’ils trouvent (avec grande
hésitation dans la réponse) leur vie sans amélioration même après la transition. Cette
deuxième catégorie a pris notre attention, et donc en faisant avec eux un petit calcul de ce
qu’ils avaient et ce qu’ils n’avaient pas avant d’intégrer la coopérative –tout en restant très
objective-, ils ont finalement avoué que cette transition vers le tri formel a un impact vraiment
positif. Il en résulte que la transition du tri informel vers le tri formel a amélioré la vie et les
conditions de travail de l’ensemble de la population enquêtée.

• Niveau d’instruction et formation des enquêtés en pré et post transition

La coopérative ATTAWAFOUK qui est composée de 151 personnes au total compte 23


analphabètes. Dans notre échantillon étudié, le taux d’analphabétisme atteint 35%, ce qui
reste tout à fait normal au Maroc où ce taux est de 32% selon la note d’information de (HCP
2017). Malheureusement, la coopérative n’arrive pas à leur offrir un lieu d’apprentissage et
de formation, et les agents ne peuvent pas avoir accès à des sessions d’alphabétisation en
dehors du lieu de travail. Sur ce point-là, ils souhaitent tous en bénéficier. Notre échantillon
compte également 35% d’agents qui ont suivis un enseignement primaire, 21% dans

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MESURES DE TRANSITION VERS L’ECONOMIE FORMELLE ?

l’enseignement collégial, et 6% dans l’enseignement secondaire supérieur (lycée).


Malheureusement, la coopérative ne compte qu’une seule et unique personne qui a suivi un
enseignement supérieur avant la transition, c’est son président ayant obtenu une licence.
(Voir graphique ci-dessous).

Figure 4: Niveau d'instruction des agents de tri enquêtés

secondaire
primaire collégial
supérieur
35% 21%
6%

analphabèt supérieur
e 3%
35%

Source : Elaboré par l’auteur sur la base de l’enquête

En intégrant la coopérative ATTAWAFOUK, les agents de tri ont bénéficié de séances de


sensibilisation à l’importance du regroupement dans le cadre d’une structure (coopérative),
qui ont été organisées par l’Office Du Développement De La Coopération (O.D.C.O.) à hauteur
de 4 heures au total, et une séance de sensibilisation aux règles d’hygiène, qui reste très peu
suffisante pour des gens travaillant sur le tri de déchets non seulement ménagers, mais aussi
industriels et médicaux, ce qui aura certainement des impacts sanitaires négatifs pour les
travailleurs sur le long terme.

D’un autre côté, la transition du tri informel vers le tri formel par le biais du
regroupement dans une coopérative n’a pas eu d’effets vraiment significatifs sur le plan
personnel en termes de formation et d’apprentissage. Notre enquête a révélé que le
développement du personnel dans ce sens n’a concerné que le président de la coopérative
qui a fait une formation de 2 ans en gestion des entreprises et a eu son diplôme de technicien
spécialisé lui permettant de bien prendre en charge la gestion de la coopérative, et 3 agents
de tri qui ont pu obtenir leurs diplômes de technicien en électricité de maintenance
industrielle, afin qu’ils puissent assurer l’installation, l’entretien et la maintenance des
équipements acquis par la coopérative.

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• Compétences acquises en post-transition et communication avec les enquêtés

L’expérience des agents de tri, acquise avant leur intégration dans la coopérative, a un
impact positif, ils sont tous compétents dans leur travail. Au départ, cette expérience ne leur
avait pas donné la capacité de régler eux-mêmes les problèmes techniques qui les entravaient,
mais, par la suite, ils ont pu l’améliorer grâce à leur sens d’écoute développé au fil du temps
après la transition.

• Organisation du travail et continuité

Avec le démarrage effectif de la coopérative, il y avait 157 trieurs ; par la suite, 6


personnes ont quitté le travail dans le centre d’Oum Azza. D’après le président de la
coopérative, ces personnes n’étaient pas assez convaincues de l’idée de travailler ensemble
dans une seule entité qui est la coopérative, elles ne croyaient même pas à sa réussite dans le
long terme. Mais il y a l’intention de la part du président de la coopérative d’intégrer d’autres
trieurs informels dans le futur.

A présent, le président de la coopérative se charge uniquement des affaires


administratives et ne fait pas le tri avec le groupe. Une personne est chargée du transport des
agents, 3 personnes se chargent de la maintenance chaque dimanche, et faisant le tri du lundi
au vendredi, 2 personnes assurent le contrôle et la supervision sur place, et le reste de la
population travaille en rotation dans le sens horaire, c’est-à-dire que l’équipe du matin (de
6H30 jusqu’à 12H30) est suivie par l’équipe d’après-midi (de 12H30 jusqu’à 18h30), elle-même
suivie par l’équipe du soir (de 18h30 jusqu’à 00h30 ou des fois jusqu’à 1h), à raison de 6h de
travail par jour pour chaque équipe, et 6j/7j. En effet, cette organisation était impossible avant
de se regrouper dans le cadre de la coopérative, « chaque jour on devrait aller à la décharge
à 19h, on change nos vêtements, on attend jusqu’à 21h l’arrivée des déchets, on commence
notre travail qui ne s’arrête qu’à 6h du matin. C’est donc 9H de travail continu sans inclure les
2 heures d’attente. Ce n’était pas une chose aisée, le travail n’était ni organisé, ni sécurisé, on
s’attendait à tout à n’importe quel moment. C’était un travail sauvage », a affirmé le président
de la coopérative, qui a bien réussi à créer le désir d’engagement chez les agents de tri. Ceux-
ci cherchent, d’après les résultats de notre enquête, à s’adapter en permanence aux exigences
du travail dans la coopérative.

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• Accompagnement, autonomie et implication dans la prise de décision

Lors de la journée d’étude sur l’entrepreneuriat social qui s’est tenue à Marrakech le 8
Janvier, tous les représentants des coopératives ont mis l’accent sur leur besoin en
accompagnement. La problématique se voit cruciale également pour la coopérative qui juge
très important l’accompagnement de développement surtout en périodes de difficultés, car
dans les premières années de son activité, elle avait des difficultés pour écouler la matière
triée, ce qui a causé des retards de payement de salaires pour les agents, de même, en
l’absence d’accords commerciaux dans les premières années pour achat régulier des matières,
ATTAWAFOUK en subissait pleinement conséquence.

Selon le président de la coopérative, « l’appui ne s’attend pas, c’est à nous de le chercher


là où il nous sera possible de l’avoir ». La coopérative est autonome du groupe Pizzorno
environnement, et son jeune président est le seul impliqué dans la prise de décision. Sa forte
motivation ainsi que son grand attachement à l’équipe lui ont permis de gagner la confiance
sur le marché. Depuis 3 ans presque, elle a pu acquérir 2 camions lui permettant de
transporter les matières triées au moyen de ses bénéfices réalisés et accumulés depuis son
démarrage (seuls 40% des bénéfices ont été répartis en 2015 sur les agents selon le nombre
d’heure de travail de chacun), donc sans aucun appui financier de l’Etat. De même,
ATTAWAFOUK a pu signer 4 accords commerciaux avec4 sociétés au Maroc (Aya recyclage de
Kamouni, Sumilon de Tanger, Famacolor et NTN SNR de Casablanca). Dans cette optique,
l’encadrement de l’ODCO était important pour la coopérative, car grâce à lui, elle a trouvé sa
place sur le marché, surtout après l’acquisition d’une machine de compression des bouteilles
d’eau en plastiques qui, avec sa force de compactage, permet à la coopérative de gagner en
temps et en quantités transportées. Cet achat résulte de l’implication de la coopérative dans
un projet dans le cadre de l’Initiative Nationale Pour le Développement Humain (INDH). La
valeur de la machine s’élève à 1680000 MAD, dont 600000 MAD de la part de l’INDH.

• Effets du coopératisme sur l’environnement

A travers cette étude, nous avons pu déceler le rôle très remarquable de la coopérative
ATTAWAFOUK dans la conservation de l’environnement :

✓ Grâce aux agents de tri, la coopérative ATTAWAFOUK arrive à extraire chaque année plus
de 50000 tonnes de matières valorisables ;

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✓ Réduction du volume des déchets destinés à l’enfouissement (la grande partie sous forme
de matières triées est destinée aux sociétés industrielles, une partie importante du refus
du centre d’Oum Azza est transférée au groupe LAFARGE HOLCIM, le peu de déchets
restants est transporté pour l’enfouissement ;
✓ Valorisation énergétique des déchets : Plus de 90000 tonnes de déchets par an sont
destinés au groupe LAFARGE HOLCIM afin d’être utilisés comme Combustibles Solides de
Récupération (CSR), alimentant plusieurs cimenteries au Maroc ;
✓ Chaque année, 80000 tonnes de déchets verts sont utilisées dans le compostage après
leur valorisation.
• Contraintes de développement de la coopérative

La coopérative constitue une voie de valorisation du secteur de recyclage pour les


trieurs, qui participent grandement au développement durable. Nonobstant, plusieurs
entraves restent à surmonter dans le futur. Dont on cite notamment :

✓ L’analphabétisme d’un bon nombre des coopérants, et leur fort besoin de formation en
langues (français ou même anglais).
✓ L’âge avancé de plus en plus des agents de tri (hommes et femmes) empêche leur
dynamisme et par la suite la croissance de la coopérative.
✓ Contrairement à ce qui se dit, la coopérative ne peut pas bénéficier de crédit à un taux
faible, du moment où elle est comptabilisée pour les banques comme étant une
entreprise.
✓ Des carences d’encadrement et d’accompagnement qui ne permettent pas un accès
facile de la coopérative au marché.
✓ Local instable (bureau de la coopérative en construction modulaire). Dans cette
situation, la coopérative se voit menacée d’être déplacée à tout moment.

3. MESURES DE TRANSITION VERS L’ECONOMIE FORMELLE : PROPOSITION D’UN


MODELE CONTEXTUEL

L’objectif de cette étude est de déterminer les mesures de transition de l’économie


informelle vers l’économie formelle, nous allons donc étudier cette transition comme étant
un changement. Sous cet angle, l’approche la plus appropriée pour contourner notre étude
est « l’approche contextualiste » de (Pettigrew 1987) (voir schéma ci-dessous).

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Figure 5: Le modèle contextuel de Pettigrew


Contexte

Contenu Processus

Dans le modèle de PETTIGREW, analyser un changement implique d’envisager : le


contenu, le contexte, et le processus du changement. Dans notre modèle contextuel de la
transition de l’économie informelle vers l’économie formelle, on est bien en présence d’autres
éléments, à savoir : la communication stratégique, les comportements des différents acteurs
concernés par le changement, les résultats attendus, les actions modernisatrices, et le
développement collectif.

• Contenu (quoi changer) :

La sphère informelle est comprise comme un ensemble cohérent d’activités avec sa


propre dynamique de fonctionnement. Cependant, face à une hétérogénéité et une multitude
des formes organisationnelles économiques de cette sphère, il est nécessaire de bien préciser
le contenu du changement, qui est l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis de cette économie
informelle.

• Contexte (pourquoi changer) :

On cherche la réhabilitation des acteurs informels. Par le changement de l’attitude de


l’Etat à l’égard de cette économie, on veut intégrer ces acteurs dans un cadre organisé visant
l’amélioration de leurs conditions de travail et de vie.

• Processus (comment changer) :

Pour réussir la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle, les pouvoirs
publics doivent nécessairement savoir et pouvoir adapter les acteurs de l’informel aux
développements et aux évolutions de leur environnement : d’une part, en connaissant dans
le détail l’ensemble des composantes et des mécanismes de fonctionnement de la sphère
informelle au niveau local et régional ; et d’autre part, en inventant de nouvelles formes
d’intervention répondant au mieux aux besoins de la classe populaire.

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Le processus de changement consiste à relier la réflexion des acteurs de la sphère


informelle et les actions entreprises par les pouvoirs publics. Les choix stratégiques ne sont
pas toujours trop pertinents, du coup, les pouvoirs publics doivent pouvoir conserver la
cohérence entre leurs actions et les choix des acteurs informels, en définissant des objectifs
très clairs pouvant être bien compris par l’ensemble des acteurs.

• Communication stratégique et comportements :

Un certain changement de comportement peut se traduire consciemment ou


inconsciemment par ce que l’on appelle « la résistance au changement ». Donc c’est là où on
voit très clairement l’importance « de la communication stratégique ».

La communication stratégique permet de revoir le comportement des acteurs en actions


susceptibles d’aboutir au meilleur résultat. Elle constitue la déclinaison de la stratégie de
communication de l’organisation en objectifs et actions planifiés. Donc du moment où la
sphère informelle change pour se développer afin de se positionner de manière formelle et
cohérente dans l’environnement, la communication stratégique va lui permettre de maintenir
et de maîtriser cette cohérence ou cette harmonie.

• Actions modernisatrices

Le processus de transition de l’économie informelle demande de mettre en place une


séquence d’actions modernisatrices, et de mesurer les résultats. Dans ce sens, on propose de :

✓ Mettre sur scène des facilitateurs de changement qui puissent étudier les
comportements des acteurs informels, poser un cadre de confiance, questionner et travailler
à partir des réponses de ces acteurs, c’est donc faire l’analyse sur terrain, et ensuite, être
proactif dans le développement de solutions ;
✓ Améliorer les techniques utilisées dans chaque secteur en post-transition pour
augmenter la productivité et faciliter les opérations ;
✓ Formuler des stratégies étatiques à long terme pour que les coopératives restent
pérennes et concurrentielles sur le marché ;
✓ Avancer la commercialisation et le marketing en faveur des coopératives ;
✓ Faire avancer les connaissances set partager les expériences réussies ;

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✓ Assurer l’égalité entre lauréats d’écoles nationales et des universités (la grande partie
des jeunes travaillant dans l’informel sont issus des universités) ;
✓ Offrir des services attractifs aux petites entreprises et aux coopératives, tels que les
services de formation, la facilitation des procédures administratives et de l’accès au
financement (beaucoup de jeunes se trouvent dans l’incapacité de disposer des garanties
exigées par les institutions financières);
✓ Favoriser la création des coopératives en faisant une étude préalable, une étude
économique, et une étude de faisabilité ;
✓ Améliorer la connaissance de la sphère informelle pour mettre en œuvre des politiques
adaptées. Pour ce faire, les pouvoirs publics doivent nécessairement revoir leur méthode de
calcul du poids de cette sphère, qui n’inclut pas les activités informelles non patentées (non
inscrites dans les registres commerciaux).
• Résultats

Chaque étape du processus de transition doit conduire à un résultat précis. C’est comme
cela que l’on augmentera progressivement l’adhésion de chaque acteur de l’informel.

• Développement collectif

Par la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle, on doit


impérativement :

✓ Chercher à mettre en place des conditions favorables, tout ce qui permet de faire
naître du développement collectif, comme les politiques publiques, la reconnaissance et le
financement ;
✓ Adopter une nouvelle stratégie managériale qui s’oriente vers le collaboratif pour
créer de l’intelligence collaboratif ;
✓ Finalement, on propose de faire une conduite de changement, l’objectif principal
consiste à maintenir une adéquation constante entre les caractéristiques de l’environnement
externe et les capacités des acteurs de la sphère informelle.

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Figure 6: Modèle contextuel de transition de l’économie informelle vers l’économie


formelle

Résultats

Contenu Contexte

Développement
collectif
Actions
modernisatrices Communication stratégique

Comportements Processus

Pré-transition Transition Post-transition

Economie informelle Economie formelle

Durée variable selon l’activité

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CONCLUSION

Pour développer la dynamique socio-économique des agents de tri des villes de Rabat-
Salé-Témara objet de l’étude, il faut relever les défis dont souffrent le système coopératif en
termes de commercialisation et d’accompagnement. En outre, il est très judicieux d’assurer
un suivi et un encadrement régulier de la part des pouvoirs publics afin de réussir la transition
vers l’économie formelle, et d’améliorer la productivité et la compétitivité du système.

L’enquête de terrain que nous avons réalisé dans les villes susmentionnées dévoile un
impact positif du coopératisme sur la situation socio-économique des agents de tri (ex trieurs
informels) et montre en même temps les contraintes du développement de ce système en
termes de formation et de gestion des ressources humaines, de financement, de stabilité, et
d’accompagnement.

Il ne s’agit pas d’une simple préoccupation en termes d’équité sociale, réussir la


transition de la sphère informelle vers la sphère formelle permettra certainement d’améliorer
l’efficacité dynamique de notre pays, de générer davantage de recettes fiscales, et d’améliorer
sa capacité à stabiliser son économie. Sous cet angle, une approche politique réussie nécessite
une compréhension adéquate de la problématique de l’informalité. Contraindre les acteurs
informels à institutionnaliser leur présence dans l’économie nationale et à payer des impôts
n’est pas une tâche aisée, vaudra mieux les aider dans un premier temps à se consolider.

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