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BRB 19

Le document présente un appel du Conseil Mondial de la Paix en faveur d'un Pacte de Paix entre les cinq grandes puissances pour assurer la sécurité internationale et répondre aux aspirations des peuples. Il souligne l'importance d'une négociation pacifique pour éviter la guerre et la catastrophe, tout en insistant sur la nécessité d'un engagement collectif des nations. La France, en particulier, est encouragée à participer à ce processus pour retrouver sa souveraineté et éviter l'isolement face à une Allemagne réarmée.

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Le document présente un appel du Conseil Mondial de la Paix en faveur d'un Pacte de Paix entre les cinq grandes puissances pour assurer la sécurité internationale et répondre aux aspirations des peuples. Il souligne l'importance d'une négociation pacifique pour éviter la guerre et la catastrophe, tout en insistant sur la nécessité d'un engagement collectif des nations. La France, en particulier, est encouragée à participer à ce processus pour retrouver sa souveraineté et éviter l'isolement face à une Allemagne réarmée.

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Les raisons françaises

du

PACTE DE PAIX
PAR

Pierre .DEBRAY

EDITE PAR lE CONSEIl NATIONAL


DU MOUVEMENT DE LA PAIX
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Réuni à Berlin, le Conseil Mondial de la Paix adoptait à runanirriité, le
25 février 1951, 4.’Appel suivant:

Appel du Conseil Mondial pour un Pacte de Paix


N vue de répondre aux aspirations de millions d’hommes du
monde entier, quel que soit le jugement porté par eux sur les
causes qui engendrent les dangers de guerre mondiale,
Pour que la Paix soit affermie et que soit assurée la sécu­
rité internationale,
Nous réclamons la conclusion d’un pacte de Paix entre les cinq
grandes puissances : Etats-Unis d’Amérique, Union Soviétique,
République Populaire Chinoise, Grande-Bretagne, France.
Nous considérerions le refus de se rencontrer à cet effet comme
la preuve des desseins agressifs du gouvernement de n’importe la­
quelle de ces grandes puissances qui s’en rendrait responsable.
Nous appelons toutes les nations attachées à la Paix à soutenir
la revendication d’un pacte de Paix ouvert à tous les Etats.
Nous apposons nos signatures sous cet appel et nous Invitons
à signer tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté,
toutes les organisations qui aspirent à la consolidation de la Paix.

Pourquoi cet Appel ?


ET Appel est né du grand débat, à l'échelle du monde, provoqué par
l’Appel de Stockholm pour l’interdiction absolue et le contrôle inter­
national de l’arme atomique. Des millions d’hommes et de femmes dans le
monde discutèrent de cet Appel, les uns pour l’approuver, les autres pour lui
opposer leurs objections.
Ce grand débat aboutit à la réunion, à Varsovie, du Congrès Mondial de
— 3 —
îa Paix. Les délégués, venus de 8i pays, après avoir en toute liberté confronté
leurs opinions, adoptèrent une Adresse à iO.N.U. Cette Adresse réclamait
en particulier, en même temps que la mise hors la loi des armes atomiques,
la fin des conflits en cours, la réduction contrôlée, progressive et simultanée
des armements, l’intensification des échanges économiques et .culturels.
Mais ces objectifs ne sauraient être atteints que par une négociation des
cinq grandes puissances auxquelles la Charte de l’O.N.U. a confié les plus
grandes responsabilités pour la défense de la Paix.
C’est pourquoi le Conseil Mondial de la Paix, élu par le Congrès de
Varsovie, lança dans sa session de Berlin l’Appel que vous venez de lire. Ainsi,
celui-ci est le résultat d’une vaste confrontation d’idées entre des hommes de
bonne volonté appartenant à tous les pays, professant des opinions politiques,
économiques, philosophiques et religieuses différentes et parfois opposées.

Pourquoi les Cinq Grands ?


NE question immédiatement se pose: Pourquoi les Cinq Grands? Cer­
tains désireraient que leur soient adjoints l’Inde, la Suède, voire certains
pays arabes en raison de leur position « neutraliste » qui ferait d’eux des
médiateurs tout désignés.
D’abord, parce que si les Cinq Grands (Chine, France, Grande-Bretagne,
U.R.S.S., U.S.A.) parviennent à régler pacifiquement leurs différends, aucune
guerre ne sera possible. Par ailleurs, comme l’Appel Mondial le souligne, un
authentique Pacte de Paix devrait » être ouvert à tous les Etats », donc être
acceptable par eux et ne sacrifier aucun de leurs légitimes intérêts. Ainsi, en
s’adressant aux cinq grandes puissances, le Gonseil Mondial n’écarte aucun
Etat, mais rappelle les responsabilités des Cinq Grands.
La Paix est une création continue. De ce fait, elle est l’affaire de tous les
peuples. Elle ne peut être édifiée que par tous les peuples, unis dans un ,
même effort.
II est apparu au Conseil Mondial que l’un des Cinq Grands, la Chine, ne
saurait être valablement représentée dans une telle négociation que par le
gouvernement de Mao Tsé Toung. En effet, quelle que soit l’opinion que l’on
professe sur la politique de ce gouvernement, on ne saurait contester qu’il
contrôle la quasi-totalité de la population de la Chine. De ce fait, c’est lui qui
a la plus grande responsabilité dans les problèmes relatifs à la Paix. La sagesse
commande donc que ce soit avec ce gouvernement, qui est le plus représen­
tatif, le seul capable d'engager la parole, que l’on discute.
Les problèmes d’Extrême-Orient, en particulier, ne peuvent être réglés
qu’avec la participation de la Chine populaire.

Ni Directoire des grandes puissances


ni équilibre des forces
n aucun cas, il ne saurait d’ailleurs s’agir de constituer une sorte de
E Directoire des grandes puissances gui imposerait sa loi au reste du monde,
Il ne faudrait pas davantage s’en tenir à ce partage du globe en zones d’in­
fluence que suggérait, il y a peu de temps, le journaliste américain Walter
— 4 —
Lippman. Outre qu’elle est parfaitement immorale, la politique des zones
d’influence a définitivement fait faillite, parce qu’elle engendre nécessairement
de nouvelles difficultés.
Pas davantage une négociation entre les Cinq Grands ne saurait attendre
qu’un équilibre d'os forces militaires ait été réalisé, comme certains le suggèrent
actuellement.
En effet, l’équilibre des forces militaires suppose qu’on soit toujours prêt
à s’en servir, ce qui est contraire à l’esprit même de négociation nécessaire
à la réalisation d'un véritable Pacte de Paix.
Par ailleurs, un tel équilibre des forces serait pratiquement illusoire, sans
cesse remis en question par de nouvelles inventions techniques, en particulier
dans le domaine des armes de destruction massive -des populations civiles.
Dans ces conditions, un accord fondé sur l’équilibre des forces serait menacé
si celui-ci venait à être rompu. Les peuples continueraient donc à supporter
l’effroyable fardeau des armements. Les dangers de guerre subsisteraient. Nous,
n’aurions qu’une simple trêve.
Mas surtout, comment savoir si l’équilibre des forces est obtenu ou non?
En fait, prétendre ne négocier qu’une fois un tel équilibre atteint, c’est
s’enfermer dans la course aux armements dont on sait trop qu’elle n’a jamais
mené à la Paix, mais seulement à la guerre. C’est un peu comme deux voitures
qui se poursuivent. Chacune d’entre elles accélère. Jusqu’au moment où elles
capotent

Il ne s’agit nullement de revenir


au Pacte Briand^^Kellog
jONC, un Pacte <10 Paix, en aucun cas, ne devrait se ramener au partage
du monde en zones d’influence, ni à un « marchandage » qui ne serait
que l’expression d’un équilibre momentané des forces. De même, ce serait le
rendre d’avance vain que de le borner à l’énoncé de principes généraux et
vagues. 11 n’est pas question d’en revenir à un défunt Pacte Briand-Keltog.
Avant toute chose, il faudrait que les Cinq Grands règlent les conflits en
cours. Il ne serait, certes, pas possible de prétendre bâtir la Paix cepend'ant
qu’on laisserait le sang couler en Corée ou au Viêt-Nam. En même temps,
il conviendrait de mettre un terme à la course aux armements et à la menace
atomique. D’où la nécessité de l’interdiction absolue des armes de destruction
massive et la réduction progressive et simultanée des forces armées et des
armements « classiques ». Ces mesures devraient être contrôlées très stricte­
ment par une Commission où les diverses puissances seraient équitablement
représentées et qui jouirait des droits d’investigation les plus étendus. Le
rétablissement des échanges économiques et culturels devrait être également
décidé.
Mais en même temps, un Pacte de Paix permettrait de restaurer l’O.N.U'.
dans sa véritable mission. Conformément à sa Charte, celle-ci pourrait devenir
le terrain de ren<x)ntres où s’élaborent les nécessaires compromis entre les
pays qu’opposent leur système économique ainsi que leurs institutions poli­
tiques. De ce fait, l’O.N.U. ne risquerait plus de se transformer en instrument
docile d’une des grandes puissances, assurée d’une majorité grâce aux voix de
ses satellites, ni de devenir une grande machine juridique rigoureusement
impuissante.
— 5 —
La résolution adoptée à sa réunion d’Helsinki par le Bureau du Conseil
Mondial le souligne : « C’est parce que l’Organisation des Nations Unies n’a
pas été capable de maintenir la Paix par des procédures pacifiques qu’une
négociation entre les Cinq Grands est aujourd’hui le seul moyen de régler les
différends en cours. Le premier effet du Pacte de Paix entre les Cinq Grands
sera donc de restituer à l’Organisation des Nations Unies sa mission, d’assurer
son fonctionnement normal et de permettre ainsi la coopération de tous les
pays. >1

La volonté de paix de tous les peuples

a conclusion d’un tel Pacte de Paix dépend — et nous le montrerons plus


LPacte
loin — de l’action unie des peuples. II en est de même du respect du
de Paix une fois signé. Aucun gouvernement ne pourrait prendre à la
face d’une opinion publique mondiale consciente la responsabilité de le traiter
en « vulgaire chiffon de papier » sans s attirer immédiatement une universelle
réprobation. Les efforts que font les divers gouvernements pour se concilier
3’opinion publique mondiale prouvent assez l'importance qu'ils lui accordent.
On peut donc être assuré qu'ils n’oseraient pas encourir sa condamnation.
Un tel Pacte éviterait au monde la catastrophe dont il est aujourd’hui
menacé. La volonté de paix de tous les peuples du globe trouve en lui une
réponse parfaitement adactée à la situation internationale actuelle.

Les chances de la France

ES Français, en plus des raisons qu'a tout homme au monde à désirer une
négociation entre les Cinq Grands et la conclusion d'un Pacte de Paix,
ont leurs raisons particulières, leurs raisons françaises. Ainsi que le souli­
gnait, au cours du Conseil National du Mouvement de la Paix des 20 et
21 octobre, le président de ce Mouvement, M. Yves Farge, seul un Pacte de
Paix rend à la France ses chances.
a La chance de redevenir souveraine, car le Pacte de Paix tel que nous
l’avons conçu n’avantage aucune grande puissance; il est appelé à mettre fin
à la politique des blocs, des alliances et des ligues qui enchaîne le destin de
notre pays à des intérêts qui ne sont pas les siens.
(1 La chance d’être partie prenante d’un accord international qui, étant
voulu par les peuples, plébiscité par les peuples, imposé par les peuples, sera
garanti par les peuples : le premier Pacte des peuples.
ti La seule chance de ne pas se trouver encore une fois isolée devant
une Allemagne réarmée.
« La dernière chance de demeurer une grande puissance, car en revenant
à la Charte de San-Francisco, qui a investi de façon collective et particulière
pour gérer le bien de ;a Paix les Etats-Unis, l’Union Soviétique, la Chine, la
Grande-Bretagne et la France, nous replaçons notre pays dans la position qui
assure le mieux son rayonnement et son indépendance dans le monde.
Dans une perspective de guerre la France a tout à perdre, dans la perspective
de paix que nous lui offrons elle a tout à gagner.
« Nous offrons enfin à la France, plus simplement, la chance de
survivre. »
— G —
La catastrophe ou la négociation
OTRE pays, en effet, est placé devant un choix très simple : la négociation
ou la catastrophe.
On sait trop ce que serait la guerre pour notre pays. Aussi n’est-il pas
besoin d'insister beaucoup sur ce point. Elle serait transformée en champ de
bataille, balayée par les armées, écrasée, dévastée par les bombes au napalm,
ies bombes atomiques. Nous connaîtrions des horreurs sans commune mesure
avec celles provoquées par la seconde guerre mondiale dont nous n'avons pas
encore achevé de panser les blessures qu’elle a laissées. Quelle que soit i’issue
d'une nouvelle guerre, c’en serait fini de notre patrie.
Mais la préparation même de cette guerre nous entraîne également à la
catastrophe. Un effort de réa-rmement dont le sénateur Jean Berthoin a pu
dire, devant le Congrès du parti radical-socialiste, qu’il était n insupportable )>,
nous mène tout droit à l’effondrement économique.
Selon le Monde du 25 octobre [Link], » les militaires évaluent à 1.150 mil­
liards les crédits qui leur seraient strictement indispensables l’an prochain ».
Encore s’aj’outera-t-il à ce chiffre déjà énorme les dépenses de police, les frais
provoqués par la présence sur notre territoire de troupes étrangères, etc.
Il faudra donc trouver « des ressources nouvelles ». Ce qui signifie de
nouveaux impôts. Or, d’ores et déjà les charges fiscales écrasent l’ensemble de
la population. Elles ruinent ies petits commerçants, les petits industriels. Les
impôts indirects viennent d’être considérablement augmentés, le prix de l’es­
sence, puis celui du tabac, celui des timbres ont été « relevés ». Depuis le
22 octobre, le litre d’essence est passé à Paris de 53 fr. 60 à 64 francs.

La réduction des crédits civils


AR ailleurs il sera nécessaire, nous dit-on, de diminuer les crédits accordés
Pprogramme
à la reconstruction et aux investissements. Déjà, en 1948, le début du
de réarmement avait réduit à ce point les crédits affectés à l’équi­
pement hydro-électrique de notre pays que l’étonnant effort dépensé depuis la
LibératiO'U pour la construction de grands barrages était complètement brisé.
De nouvelles compressions budgétaires dans ce domaine arrêteraient d’une
façon totale toute modernisation des structures industrielles de la France.
De plus, alors que nous sommes déjà fort loin d’édifier les 20.000 maisons par
mois dont la France aurait besoin, c’est toute la reconstruction qui va se
trouver stoppée, alors que les sinistrés, les jeunes ménages sont logés trop
souvent dans des conditions déplorables.
De même, la Sécurité Sociale sera atteinte de telle façon que c’est l’en­
fance, espoir et avenir de la patrie, qui se verra sacrifiée. On prétend, en effet,
supprimer le remboursement du u petit risque », c’est-à-dire des maladies
bénignes. Or les statistiques prouvent qu’il s’agit de maladies infantiles dans
la plupart des cas. Dans les foyers modestes, il ne sera plus possible de faire
soigner les rougeoles, ies coqueluches, toutes ces maladies qui, prises à
temps, sont inoffensives, mais qui, si elles « traînent », lèsent gravement la
santé de l’enfanr.
Bien entendu, les crédits affectés aux dépenses civiles seront de leur côté,
une fois de plus, rognés. Pourtant, le budget de l’Education nationale, pour ne
prendre que lui, a déjà été à ce point réduit que c’est tout l’équipement sco­
laire de la France qui menace ruine. Nous manquons d’écoles. Les enfants
s’entassent à 6o, et parfo’s plus, dans des classes qui n’en pourraient contenir
qu'une trentaine. Autant dire qu en dépit de l'eftort des maîtres et de !a
qualité de leur enseignement, la plupart des enfants sont dans des conditions
telles qu’ils ne peuvent pas apprendre. Les centres d’apprentissage, les écoles
professionnelles ferment ou réduisent leurs effectifs. Les bâtiments scolaires
insuffisants sont, par ailleurs, souvent vétustes. I! faudrait d'urgence en bâtir
de nouveaux et restaurer ceux qui existent. C’était déjà devenu très diffi-
cüe; étant donné le manque d’argent, cela va devenir strictement impossib.e.

Les échanges économiques


I Aïs notre économie souffre encore, d'une autre manière, de la présente
tension internationale. La guerre de Corée a provoqué, sur le marché
mondial, une hausse massive des matières premières qui a eu ses répercussions
immédiates sur le marché national Les prix ont monté en flèche, cependant
que les salaires étaient fort loin de suivre le même rvthme. D’où la misère
croissante de nombreux travailleurs, des retraités, des petits rentiers.
En même temps, les échanges économiques avec la Chine et les pays de
l’Est européen se ralentissaient. Or, ces pays qui bâtissent leur jeune industrie
constitueraient, pour la i-rance, un marché aux immenses possibilités: Nrus
pourrions leur vendre des machines, des tracteurs, des camions, des produits
pharmaceutiques, etc. En échange, ils pourraient nous fournir les matières
premières et les produits agricoles qui nous manquent.
Ainsi, une négociation entre les Cinq Grands, entre autres, aurait pour
double effet de permettre d'affecter aux dépenses civiles les sommes indispen­
sables et d’intensifier avec tous les pays les échanges économiques. Notre pavs
pourrait reprendre l’effort d’équipement commencé au lendemain de la Libé­
ration, édifier les maisons, les écoles qui lui font si cruellement défaut. Ainsi,
nous échapperions à la catastrophe économique.

Un Pacte de Paix rendrait à la France


les conditions de son indépendance
N même temps, un Pacte de Paix rendrait à la France les conditions de son
indépendance. Et d’abord il permettrait à notre défense de redevenir natio­
nale. Il a été décidé, à la dernière Conférence d’Ottawa, que nos troupes
seraient intégrées, sous forme d’unités inférieures à la "division, dans une
« armée européenne ». Les conséquences de cette opération ne sont que trop
claires. Des contingents français et allemands vont se trouver « agglomérés ».
Des soldats, des officiers français seront, le cas échéant, placés directement
sous les ordres de généraux nazis Revêtus de l’uniforme européen, des Alle­
mands pourront tenir garnison à Metz ou à Verdun. Mais surtout les unités de
l’armée française doivent échapper à l'autorité nationale.
Nul Français ne saurait se résoudre d'un cœur léger à voir nos soldats aux
ordres de l’étranger. Certains, assurément, estiment que l’abandon de notre
souveraineté, pour être pénible, n’est pas moins nécessaire si l’on veut, en
cas de guerre, protéger contre une invasion éventuelle le sol de la patrie.
Mais il apparaît de plus en plus clairement que la sécurité de notre pays et sa
défense nationale ne sont pas effectivement garanties par une armée européenne
à prédominance allemande. Bien au contraire, si les peuples imposent un Pactj
. de Paix, les risques d’un nouveau conflit mondial disparaîtront. On pourra
, , , . : -8- ^
s’engager dans la voie d’une réduction progressive et simultanée des armements
ainsi que des effectifs. En tout état de cause, on ne pourra plus parler d’une
armée européenne. En attendant qu’on en vienne au désarmement général,
l’armée de la France redeviendra l’expression de son indépendance.

Les bases militaires étrangères


e même, il ne saurait se trouver un Français pour se réjouir de l’instal­
Dmêmes
lation sur le territoire de la patrie de bases militaires étrangères. Ceux
qui la considèrent comme indispensable y voient une pénible nécessité.
Un moindre mal.
La seule présence de troupes étrangères sur son sol pèse sur l’orientation
de la politique d’un pays. C’est ce que vient de faire remarquer aux diplomates
français, américains, anglais et turcs l’Egypte qui refuse de discuter d’une
K défense commune du Moyen-Orient » avant l’évacuation par les Anglais de la
zone du canal de Suez.
En outre, le gouvernement français s’est lié au gouvernement américain
par un traité appelé Pacte Atlantique, qui engage la France dans une politique
qui n’est pas déterminée par elle.
Le 27 octobre 1951, le général Eisenhower, répondant à deux envoyés de
l’hebdomadaire Paris-Match, constatait que dans les mois à venir son pays
pouvait commettre une faute qui provoquerait une « crise très grave ».
En cas de guerre, des avions américains s’envoleraient de nos aérodro'mes.
La France serait automatiquement aux côtés d'une puissance à laquelle elle
a fourni des bases et lié à l’avance son destin.
Il y a là un danger que ne sauraient sous-estimer les Français les plus
convaincus de la volonté pacifique des Etats-Unis.
Dans son interview, le chef des armées « atlantiques » souligne qu’il
désire que les journaux répètent « que dès que la France redeviendra en
mesure de se protéger elle-même, ses contingents retourneront, et volontiers,
dans leur pays ».
Mais tant que subsistera la course aux armements, on voudrait no.n être
fort, mais de plus en plus fort. Donc, les causes mêmes de la présence de
troupes et de bases étrangères persisteront. Là encore, c'est seulement la négo­
ciation d’un Pacte de Paix qui, supprimant la course aux armements, enlè­
verait à leur présence toute justification

Le danger du réarmement allemand


Il L en irait de même du réarmement allemand. Nul, en France, ne songe à
Il nier les périls qu’il fait courir tant à la paix du monde qu’à la sécurité
de notre pays. Les déclarations des leaders politiques de l’Allemagne de l’Ouest
ne laissent aucun doute à cet égard : une armée allemande poursuivrait des
objectifs allemands. Le président du parti social-démocrate, M. Schumacher,
déclarait le 23 août 1950 : (c Sans l’idée d’une reconquête des territoires alle­
mands de l’Est occupés par les Soviets et leurs satellites, un réarmement de
l’Allemagne occidentale est moralement impossible et psychologiquement
irréalisable. »
■ 11 ne s’agit pas là seulement de l’opinion d’un leader de l’opposition. L’un
des membres du gouvernement Adenauer, M. Seebohm, le 8 octobre 1930,
s’écriait à Berlin : a Jamais la zone orientale de l’Allemagne n’a été l’est de
— 9 —
ce pays ; c’est la partie centrale. Prague est une plus vieille ville alleîWinde
impériale que Berlin. »
Au reste, M. Adenauer lui-même, au cours de dialogues qu'il poursuit avec
la République Démocratique Allemande, n’a-t-il pas réclamé les territoires situés
au (delà de la frontière Oder-Neisse, ces territoires arrachés jadis à la Pologne
par la Prusse et que lui ont rendus les accords de Potsdam? L’un de ses
ministres, M. Jacob Kayser, avait été plus loin encore, parlant de Strasbourg
comme d’une ville allemande.
Donc, reconstituer la Wehrmacht, c’est voir les éléments les plus mili­
taristes de l’Allemagne tenter de réaliser leur rêve de revanche. Ce qui
plongerait le monde dans un conflit terrible, pour permettre aux généraux de
Hitler de tenter de reconstituer, aux dépens de la Pologne, de la Tchécoslo­
vaquie et aussi de la France, la (c Grande Allemagne ».
Un débat s’est ouvert entre le gouvernement de la République Démocra­
tique Allemande et celui de l’Allemagne Occidentale pour des élections libres
dans tout le pays, destinées à créer une Allemagne unifiée et pacifique. Il
est bien évident qu’une négociation entre les Cinq Grands permettrait de
démilitariser toute l’Allemagne et de couper court à tous les rêves de revanche
des généraux de Hitler.
Accepter le réarmement de l’Allemagne, c’est accepter délibérément la
guerre, car c’est rendre à ceux qui ont déjà mis le feu au monde, aux généraux
nazis, des armées.
On nous dira : « On ne peut pas faire autrement. » Allons donc ! Nous
savons bien qu’il y a d’autres moyens de résoudre les problèmes internatio­
naux que celui-là, qui est désespéré.

Vers la fin de la guerre au Viet=Nani


IC NFIN, la France ne saurait oublier que le sang de ses fils coule au Viet-
IC Nam. On se bat toujours dans ce malheureux pays. Certes, tous les
Français ne sont pas d’accord sur le point de savoir qui a commencé les,
hostilités. Ils ne s’accordent pas davantage sur les solutions les meilleures
pour mettre fin à ce conflit douloureux. Un point pourtant est acquis pour
tout le monde ; il faut faire cesser cette guerre.
Elle nous coûte des milliards. Bien plus cher que tous les investissements
que des Français ont pu consentir. Et, surtout, des milliers de jeunes
Français sont tombés. Plus de 40.000, annonçait déjà M. Paul Reynaud depuis
plusieurs mois. Depuis, les pertes ont continué, toujours aussi lourdes, sans
qu’aient été obtenus de résultats militaires.
Or, à Washington, puis à Londres, le général de Lattre de Tassigny l’a
souligné, cette guerre s’inscrit dans la stratégie mondiale des pays « atlanti­
ques ». Dans ces conditions, une négociation des Cinq Grands, en entraînant
une détente internationale, rendrait impossible toute poursuite de la guerre
du Viêt-Nam. '
La seule issue
elles sont les raisons françaises d’un Pacte de Paix. Telles sont les
T raisons que la France a de participer à la campagne engagée par le
« Conseil Mondial de la Paix ».
Elles sont impérieuses.
— 10 —
Elles exigent que notre peuple fasse un immense effort. II en va de son
avenir. Sa situation dans le monde lui crée des devoirs. Il est évident que
notre pays peut peser très lourd sur l’avenir du monde s’il affirme clairement
sa volonté pacifique.
Le Mouvement de la Paix a lancé une grande campagne d’opinion publique
pour que les Cinq Grands concluent un Pacte de Paix.
Chaque signature su bas de l’Appel du Conseil Mondial représente une
adhésion réfléchie à l’action poursuivie dans tous les pays. S’ajoutant aux
millions d’autres signatures recueillies, elle exprime l’unanimité nationale en
marche.
Il est bien évident que dans la mesure où des centaines de millions
d’hommes et de femmes dans le monde prennent conscience que, comme le dit
l’Appel du Conseil Mondial, le refus de se rencontrer pour négocier un Pacte
de Paix serait « la preuve des desseins agressifs » de celle des grandes puis­
sances qui s’en rendrait responsable, aucune d’entre elles ne saurait s’y
refuser. Il n’est pas possible d'aller à l'encontre de la volonté clairement
exprimée des peuples.

Le MouYcment de la Paix est ouvert à tous


INSl. le Mouvement de la Paix ne défend ni une <c paix américaine » ni
une <1 paix soviétique a, mais la Paix tout court, qui ne peut être obtenue
que par la négociation.
Il est donc ouvert à tous ceux, quelle que soit leur opinion sur les causes
de la tension internationale, qui travaillent à des solutions pacifiques.
Dans les Assises locales de la Paix qui se tiennent le ii novembre ou
autour de cette date, dans les Assises départementales, dans les Assises
nationales (fin décembre ig.ïi), .il invite tous les Français à discuter des
solutions proposées par lui et des meilleurs moyens de les faire aboutir.

— 11 —
LETTRE AUX DEPUTES
JkT OUS vous écrivons en raison de l’exceptionnelle gravité de
/V la situation. L’Assemblée Nationale doit ouvrir à la rentrée
^ * un grand débat de politique extérieure et, au même moment,
l’Assemblée des Nations Unies siégera à Paris.
Des.décisions lourdes de conséquences sont à la veille d’être prises
dans notre capitale.
Vous n’ignorez pas qu’il existe un profond sentiment d’inquiétude
dans toutes les couches de la population française:
— d’une part, le réarmement dans lequel notre pays est engagé
porte déjà atteinte au niveau de vie des Français, les accable de charges
fiscales, risque de ruiner notre économie à bref délai et ne donne pas
les garanties nécessaires à notre sécurité et à notre défense nationale;
— d’autre part, une agitation militariste, allant même jusqu’à des
revendications territoriales, se développe outre-Rhin, sous la direction
d’anciens généraux hitlériens, et donne déjà la mesure du danger que
représente le réarmement de l’Allemagne;
— enfin, la course aux armements prépare les voies à une troi­
sième guerre mondiale dont notre pays, quelle que soit l’issue du
conflit, serait l’une des principales victimes.
Les Français cherchent anxieusement la voie qui sauvegarderait
l’indépendance de notre pays et le préserverait de la ruine et de la
guerre.
Le Mouvement de la Paix pense être l’interprète des aspirations
pacifiques des peuples lorsqu’il demande que les gouvernements renon­
cent aux illusions de la paix par la force.
Nous pensons que la clé du problème de la paix réside dans une
volonté de discussion et dans une négociation en vue de la conclusion
d’un Pacte de Paix entre les cinq grandes puissances.
Pourquoi les Cinq Grands?
Parce que la Charte des Nations Unies leur a collectivement
confié une responsabilité particulière dans le maintien de la paix mon-
— 12 -
diale. Cet accord serait le fondement d’une coopération continue et sur
un pied d’égalité entre tous les Etats.
Il permettrait:
— de revenir au fonctionnement normal de l’O.N.U. et d’arrêter

les guerres en cours;


— de créer un climat de confiance, les conditions de désarme­
ment général, progressif, simultané et contrôlé, et de conclure notam­
ment un accord sur l’interdiction contrôlée des armes atomiques et
autres engins de destruction massive;
— de régler pacifiquement le problème allemand sur la base de

la démilitarisation de toute l’Allemagne.


Cet accord offrirait à la France les avantages suivants:
— celui de sauvegarder sa souveraineté en mettant fin à la poli­

tique des blocs et des coalitions qui enchainent le destin d’un pays à
d’autres intérêts que les siens;
— celui de ne pas se trouver encore une fois devant une Alle­
magne réarmée;
— celui d’être partie prenante dans un accord international qui,

en écartant la guerre, répondra à une profonde aspiration populaire et


apportera cette nouvelle garantie des peuples qui avait fait défaut à
'trop d’actes diplomatiques;
— celui de demeurer une grande nation en retrouvant, aux côtés
de la Grande-BretCmine, de la Chine, des Etats-Unis et de l’Union
Soviétique, sa position propre, celle qui assure le mieux son rayon­
nement, son indépendance et sa sécurité.
Nous nous adressons à vous, en votre qualité d’élu, de représen­
tant de la souveraineté nationale. Au delà des luttes politiques quoti­
diennes, nous faisons appel à votre conscience. Vous reconnaitrez avec
nous que, pour écarter la guerre, l’unité nationale doit se réaliser pour
la [Link] la paix.

(Texte adopté par le Conseil National du Mouvement de


la Paix dans sa session des 20 et 21 octobre 1951.)

— 13 —
ŒQO’EST LE MOUVEMENT DE LA PM
Résolution du Conseil National
du Mouvement de la Paix (20-21 octobre)
I. CE QU’EST LE MOUVEMENT DE LA PAIX
Le Mouvement de la Paix est ouvert à tous ceux qui, ayant pris
conscience de la gravité de la situation, entendent travailler ensemble
à sauver la paix et à mettre leur pays à P abri d'une catastrophe.
Il groupe des femmes et des hommes de toutes opinions, de
toutes confessions et de toutes philosophies. Dans le Mouvement de la
Paix peuvent et doivent se rencontrer des citoyens qui professent sur
les origines des guerres, sur les responsabilités de la tension inter­
nationale, des opinions différentes et même opposées.
Le Mouvement de la Paix est ainsi en mesure de faire entendre
avec autorité la voix de la France au Conseil Mondial de la Paix. Il
travaille dans le respect de toutes les opinions à définir une action
commune appelée à écarter le danger de guerre.

IL — BASE D'ACCORD ET EFFICACITE DE LA CAMPAGNE


DE SIGNATURES
Dans une lettre adressée aux députés français, le Conseil Natio­
nal du Mouvement de la Paix, réuni à Paris les 20 et 21 octobre, a
exprimé le profond .sentiment d'inquiétude que partagent aujourd’hui
tous les Français.
Dans cette lettre, le Mouvement de la Paix définit les chances
qui seraient celles de la France grâce à la conclusion d’un Pacte de
Paix entre les cinq grandes puissances. Il précise les raisons fran­
çaises de ce pacte, qui constitue l’objectif vers lequel doivent tendre
tous ceux qui veulent opposer l’esprit de négociation à la volonté de
force.
Le Conseil National considère que l’Appel du Conseil Mondial
pour le Pacte de Paix doit être partout discuté dans la libre confronta­
tion des opinions. Il affirme que c’est en signant cet Appel que les
Français exprimeront leur sentiment et joindront leur volonté à celle
de tous les peuples unis dans le même combat. Cette détermination
universelle assurera la valeur et l’efficacité de cette action.

III. _ ORGANISATION DES ASSISES


ET STRUCTURE DU MOUVEMENT
Pour permettre les débats qui précèdent l’action et recueillir les
signatures qui expriment une volonté d’action, le Conseil National
décide :
— 14 —
1° que le 11 novembre courant, ou autour de cette date anniver-
%alre. les Assises locales de la Paix devront siéger dans toutes les
communes de France. Ces /Assises locales auront été préparées par un
vaste débat, par des assemblées de discussion, par des contacts per­
sonnels permettant aux citoyens de prendre connaissance et de discuter
de notre lettre aux députés;
2° que ces Assises locales auront à désigner des délégués appelés
â participer aux Assises départementales. Là. seront désignés les
nouveaux Conseils de la Paix départementaux et élus des délégués aux
Assises nationales de la Paix gui se tiendront à Paris les 22 et 23 dé­
cembre 1951.
Le Conseil National de la Paix estime que les débats qui se dérou­
leront dans les assemblées de discussion, comme dans les Assises
locales et départementales, devront mettre en présence tous ceux qui
ont signé nos appels comme ceux qui ne les ont pas signés.
Les Assises locales renouvelleront et proclameront les Conseils
communaux ou Conseils de la Paix. Dans ces Conseils de la Paix se
retrouveront les représentants des Comités de la Paix, les personna­
lités représentatives de tous les courants sociaux, politiques, religieux
et philosophiques, les personnes influentes par l'action qu’elles mènent
dans quelque organisation ou collectivité que ce soit. Les Comités de
la Paix qui existent déjà, ceux qui vont se créer à la faveur de la pré­
paration des <4ssise.s et ceux qui se créeront dans l’élan continu pour
la paix assureront la permanence et le développement de l’action et
de l’information dans les quartiers, les immeubles, les hameaux, les
entreprises, les collectivités sociales.
L’existence de multiples comités et conseils ainsi formés donne
au Mouvement de la Paix sa structure autonome.

!V. — LE MOUVEMENT DE LA PAIX EST A TOUS


Le Mouvement est donc ouvert à tous ceux qui veulent rechercher
des solutions pacifiques et travailler à la compréhension des peuples.
Il salue toutes les initiatives qui vont dans le même sens.
Autour des problèmes de la paix, contre, les armes atomiques',
contre le réarmement de l’Allemagne, pour le désarmement général,
pour restaurer l’O.N.U. dans sa mission, pour permettre les explica­
tions. les confrontations et la compréhension dans des rencontres natio­
nales et internationales, pour définir les moyens propres à mettre fin
à la tension internationale et aux guerres en cours, le Mouvement de
la Paix fait appel à fous.
Il doit être capable de promouvoir un profond courant d’unité
nationale qui 'imposera la paix par l’accord des grandes puissances.

— 15 —
POUR LA PAIX
SOUSCRIPTION NATIONALE
a conclusion d'un Pacte de paix entre les cinq grandes puis­
L sances (Etats-Unis, Chine Populaire, France, Grande-Bre­
tagne, U.R.S.S.) ouvert à tous les Etats aurait pour consé­
quence la fin des menaces de guerre mondiale, la détente inter­
nationale, le désarmement général.
C'est notre seul espoir, enfin débarrassés des menaces de
guerre, de la préparation à la guerre, des budgets de guerre, de
pouvoir bâtir, équiper, enseigner, soigner, en un mot de pouvoir
vivre.
C'est par l'action de l'immense masse de ceux qui veulent
la Paix que l'on peut imposer un tel règlement pacifique.
Pour nous permeftre d'atteindre ces objectifs, pour nous
permettre d'agir, d'expliquer, de discuter, de lutter contre les
propagandes de guerre, il nous faut de l'argent, beaucoup
d'argent. C'est pourquoi il faut que vous nous aidiez

EN SOUSCRIVANT
POUR SAUVER LA PAIX,
POUR SAUVER LA FRANCE !
LE CONSEIL NATIONAL
DU MOUVEMENT DE LA PAIX.

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A M. EMILE LABEYRIE
Gouverneur honoraire de la Banque de France
3, rue des Pyramides, PARIS (l"")
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s. E. D I G. (S A R L.)
18. rue üu Croissaiu — Paris (2«) Prix ; 15 francs

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