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Introduction

Le droit commercial marocain a évolué vers un modèle de prévention des difficultés d'entreprise, notamment avec la loi n° 73-17 qui favorise des approches préventives plutôt que punitives. Cette réforme introduit des procédures telles que la prévention interne et externe, permettant aux entreprises de gérer leurs difficultés avant d'atteindre la cessation de paiement. Le système marocain s'inspire du modèle français tout en intégrant des spécificités locales pour mieux protéger le tissu économique.

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Introduction

Le droit commercial marocain a évolué vers un modèle de prévention des difficultés d'entreprise, notamment avec la loi n° 73-17 qui favorise des approches préventives plutôt que punitives. Cette réforme introduit des procédures telles que la prévention interne et externe, permettant aux entreprises de gérer leurs difficultés avant d'atteindre la cessation de paiement. Le système marocain s'inspire du modèle français tout en intégrant des spécificités locales pour mieux protéger le tissu économique.

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Le droit de l’entreprise en difficultés

Le droit commercial a longtemps été perçu comme un droit de la sanction, visant à


éliminer du marché les commerçants incapables d'honorer leurs dettes. Cependant,
l'évolution économique moderne a transformé cette discipline en un véritable droit du
sauvetage. L'objectif n'est plus seulement de punir, mais de soigner l'entreprise pour
préserver le tissu économique.

Au Maroc, cette évolution a culminé avec l'entrée en vigueur de la loi n° 73-17


(publiée au B.O. le 23 avril 2018), qui a profondément réformé le Livre V du Code de
commerce. Cette réforme marque le passage d'une approche curative (traiter la
faillite) à une approche préventive (anticiper les difficultés).

I. Définitions et Nature des Difficultés


 L’Entreprise (E/se) : Commerçant personne physique ou société commerciale.
 Les difficultés : Faits compromettant la continuité de l’exploitation.
o Juridique : (ex: Conflit d'associés, perte de licence).
o Économique : (ex: Nouveau concurrent, baisse de CA).
o Financière : (ex: Crise de trésorerie, endettement).
o Sociale : (ex: Grèves, départs de cadres).
II. Cadre Légal et Objectifs (Loi 73-17)
 Source : Loi 73-17 (B.O. du 23 avril 2018) remplaçant le livre V du Code de
commerce.
 Objectifs : 1. Maintenir l'activité, 2. Payer les créanciers, 3. Maintenir l'emploi.
III. Schéma Structurel des Procédures

Situation de l'entreprise Procédures (Maroc) Spécificités

Pas de cessation de 1. Prévention


Discrétion et négociation.
paiement (Interne/Externe)

2. Sauvegarde Anticipation volontaire.

Plan de continuation ou
Cessation de paiement 3. Redressement Judiciaire
cession.

Vente des actifs et


Situation compromise 4. Liquidation Judiciaire
fermeture.

IV. Comparaison : Droit Marocain (Loi 73-17) vs Droit Français


Le droit marocain a opéré une "mise à jour" pour s'aligner sur les standards français,
mais il existe des nuances :

Point de Droit Français (Code de


Droit Marocain (73-17)
comparaison Commerce)

Très forte inspiration du modèle


Précurseur sur les procédures de
Inspiration français (Loi de 2005 et
sauvegarde.
ordonnance de 2014).

Introduite en 2018. Elle est Existe depuis 2005. Très utilisée


La Sauvegarde volontaire et réservée aux pour geler les dettes avant la
entreprises non défaillantes. crise.

Le Président du Tribunal a un Rôle similaire, mais avec une


Rôle du
pouvoir d'alerte et de convocation présence forte du "Mandataire
Tribunal
très direct. Judiciaire".

Accent mis sur l'alerte du


Système de "Mandat ad hoc" et
Prévention Commissaire aux Comptes
"Conciliation" très sophistiqué.
(CAC).

Priorité forte au maintien de


Équilibre entre sauvegarde de
Objectif Social l'emploi (contexte économique
l'emploi et désendettement.
national).

Ce qu'il faut retenir :


Le Maroc a "importé" la procédure de sauvegarde de la France pour permettre aux
chefs d'entreprise de ne plus attendre la catastrophe (la cessation de paiement) avant
d'aller voir le juge. C'est le passage d'un droit de la sanction à un droit de la
prévention.
I. LA PRÉVENTION INTERNE : Le "Droit d'Alerte"
C'est la phase extra-judiciaire. Elle repose sur la vigilance des partenaires de
l'entreprise.
1. Le fondement juridique
 Articles concernés : Art. 546 et suivants du Code de Commerce.
 Le principe : Le Commissaire aux Comptes (CAC) a une obligation de
surveillance permanente, non seulement sur les comptes, mais sur la pérennité
de l'entreprise.
2. La Procédure en 4 étapes (Le Chronomètre)
 Étape 1 : La découverte des faits (Art. 546)
o Le CAC relève des faits "de nature à compromettre la continuité de
l'exploitation" (ex: perte d'un marché vital, rupture de crédit, conflit
social grave).
o Action : Il en informe le chef d'entreprise par lettre recommandée avec
accusé de réception (LRAR).
 Délai : Dans les 8 jours de la découverte des faits.
 Étape 2 : La réponse du dirigeant
o Le chef d'entreprise doit répondre et proposer des solutions concrètes
pour redresser la situation.
o Délai : Il a 15 jours pour répondre après réception de la lettre.
 Étape 3 : Le Conseil d'Administration (En cas d'échec)
o Si le dirigeant ne répond pas, ou si sa réponse est jugée insuffisante par
le CAC, ce dernier demande la réunion du Conseil d'Administration (ou
Conseil de Surveillance).
o Délai : La réunion doit se tenir dans les 15 jours.
 Étape 4 : L'Assemblée Générale (L'ultime recours interne)
o Si le blocage persiste malgré le CA, le CAC convoque une Assemblée
Générale pour informer les actionnaires.
o Sanction finale : Si l'AG ne permet pas de sauver la situation, le CAC
doit informer le Président du Tribunal (passage à la prévention externe).
💡 Note : cette procédure est souvent théorique dans les PME marocaines (SARL) car
elles n'ont pas l'obligation d'avoir un CAC si leur chiffre d'affaires est inférieur à 50
millions de DH. C'est la grande faiblesse du système.

II. LA PRÉVENTION EXTERNE : L'intervention du Juge


Ici, l'entreprise sort de l'ombre pour demander la protection du Tribunal, mais sans être
en faillite.
1. L'entretien avec le Président du Tribunal (Art. 548)
C'est souvent le point de départ.
 Le Président du Tribunal peut convoquer le dirigeant s'il détecte des problèmes
(via les greffes, les impôts, etc.).
 C'est un dialogue, pas un jugement. Le Président dresse un état des lieux.
2. Le Mandataire Spécial (Art. 549)
 La mission : Elle est définie "sur mesure" par le juge.
 L'utilité majeure : C'est l'arme anti-blocage.
o Exemple concret : Deux associés à 50/50 ne se parlent plus et refusent de
signer les chèques. L'entreprise est paralysée. Le Président nomme un
Mandataire Spécial juste pour signer les salaires ou convoquer une AG
pour élire un nouveau gérant.
 Fin de mission : Dès que le blocage est levé, le mandataire s'en va. Il ne gère
pas l'entreprise.
3. La Conciliation (Art. 550 et suivants)
C'est le mécanisme le plus puissant avant la faillite.
 Condition sine qua non : L'entreprise ne doit pas être en cessation de paiement.
Elle doit juste éprouver des difficultés qu'elle ne peut pas surmonter seule.
 Le "Deal" (L'Accord Amiable) :
o Le conciliateur réunit les principaux créanciers (Banques, État,
Fournisseurs clés).
o Il négocie : "Si vous acceptez de réduire la dette de 20% ou d'attendre 2
ans pour être payé, l'entreprise survit et vous paiere. Sinon, elle coule et
vous n'aurez rien."
 L'Homologation (Art. 556) :
o Si un accord est trouvé, le Président du Tribunal le valide
(homologation).
o Effet juridique puissant : Pendant la durée de l'accord, les créanciers
signataires ne peuvent plus poursuivre l'entreprise en justice pour ces
dettes. C'est une "bulle de protection".

III. Synthèse
1. La Prévention Interne est un système d'alerte précoce (comme un détecteur de
fumée).
2. Si le feu prend quand même, on passe à la Prévention Externe (on appelle les
pompiers, mais c'est encore maîtrisable).
3. Si la Prévention Externe échoue (l'accord n'est pas respecté ou impossible),
l'entreprise tombe en cessation de paiement et bascule dans le Traitement des
difficultés (Redressement ou Liquidation Judiciaire), ce qui est hors du cadre de
la "prévention".

PRÉVENTION EXTERNE
PRÉVENTION INTERNE (Le
CRITÈRES (Mandataire Spécial &
Droit d'Alerte)
Conciliation)

Philosophie & "L'Auto-correction". Pousser "L'Assistance


Objectif le dirigeant à réagir seul face Judiciaire". Obtenir l'aide
aux premiers signes de du Tribunal pour
faiblesse pour éviter surmonter des difficultés
PRÉVENTION EXTERNE
PRÉVENTION INTERNE (Le
CRITÈRES (Mandataire Spécial &
Droit d'Alerte)
Conciliation)

que l'entreprise ne peut


l'intervention judiciaire. plus gérer seule (blocage
ou dettes).

Articles 548
(Convocation), 549
Fondement Articles 546 et suivants du
(Mandataire) et 550
Juridique Code de Commerce.
(Conciliation) du Code de
Commerce.

Difficultés juridiques,
économiques ou
Existence de faits de nature à
financières avérées, mais
compromettre la continuité
l'entreprise ne doit pas
Condition Clé de l'exploitation (ex: perte de
être en cessation de
marché, crise sociale), sans
paiement (ou l'être depuis
être en cessation de paiement.
très peu de temps pour la
conciliation).

• Le Chef d'entreprise
• Le Commissaire aux
(Requête au tribunal).
Comptes (CAC) (Obligation
légale).
L'Initiateur
(Déclencheur) • Le Président du
Tribunal (Droit d'auto-
• Les Associés/Actionnaires
saisine pour convoquer le
(Droit d'information).
dirigeant).

Central. Le Président du
Aucun. Le tribunal n'est pas Tribunal ouvre la
informé à ce stade (sauf en procédure, nomme les
Rôle du Juge
cas d'échec final de la intervenants, fixe leurs
procédure). missions et valide les
accords.

Déroulement & Procédure graduée en 4 Deux mécanismes au


Délais étapes : choix :

1. Lettre au dirigeant (sous 8 • Mandataire Spécial :


jours après découverte des Mission courte et précise
faits). pour débloquer une
situation (ex: conflit
d'associés).
2. Réponse du dirigeant (sous
PRÉVENTION EXTERNE
PRÉVENTION INTERNE (Le
CRITÈRES (Mandataire Spécial &
Droit d'Alerte)
Conciliation)

15 jours).

3. Réunion du Conseil
• Conciliation :
d'Administration (si réponse
Négociation avec les
insuffisante).
créanciers pour 3 mois (+
1 mois prorogeable).
4. Assemblée Générale (ultime
recours interne).

• Président du Tribunal.

• Mandataire Spécial
(Expert).
Dirigeants, Commissaires aux
Les Comptes, Actionnaires,
Intervenants Comités d'entreprise (si
• Conciliateur
existants).
(Négociateur).

• Créanciers (Banques,
fournisseurs, État).

• Succès : Signature d'un


Accord Amiable
• Succès : Continuité assurée,
(rééchelonnement des
fin de l'alerte.
dettes) homologué par le
juge.
Issue (Résultat)
• Échec : Le CAC doit informer
le Tribunal $\rightarrow$
• Échec : Ouverture d'une
Basculement vers la
procédure de
Prévention Externe.
Redressement ou
Liquidation Judiciaire.

Très forte. Les


procédures se déroulent
Absolue. Tout reste au sein en chambre du conseil
Confidentialité des organes de gestion de (huis clos). Seule
l'entreprise. l'homologation de l'accord
peut faire l'objet d'une
publicité restreinte.
PRÉVENTION EXTERNE
PRÉVENTION INTERNE (Le
CRITÈRES (Mandataire Spécial &
Droit d'Alerte)
Conciliation)

Protection juridique de
l'entreprise (suspension
Avantage Rapidité et discrétion. Pas de des poursuites provisoire
Majeur coût de procédure judiciaire. possible) et force
exécutoire de l'accord
négocié.

A quel moment on passe a la sauvegarde


L’articulation entre la prévention externe et la procédure de sauvegarde est régie par la
distinction fondamentale entre la difficulté prévisible et la difficulté avérée. Le passage
à la sauvegarde s'opère selon les critères cumulatifs suivants :
1. Le critère de la cessation des paiements
À l'instar de la prévention externe, la sauvegarde ne peut être ouverte que si
l'entreprise n'est pas en cessation des paiements. Si cet état est déjà consommé, le
tribunal doit obligatoirement s'orienter vers un redressement ou une liquidation
judiciaire.
2. La nature des difficultés (Art. 561 du Code de commerce)
On passe à la sauvegarde lorsque l'entreprise fait face à des difficultés qu'elle n'est pas
en mesure de surmonter seule, mais qui ne sont pas encore parvenues à un arrêt des
paiements. La loi 73-17 précise que cette procédure est destinée au débiteur qui «
éprouve des difficultés qu’il n'est pas en mesure de surmonter et qui sont de nature à
entraîner, dans un délai proche, une cessation des paiements ».
3. L'échec ou l'insuffisance de la prévention
Le passage à la sauvegarde intervient généralement dans deux scénarios :
 Insuffisance de la négociation amiable : Lorsque le mandat spécial ou la
conciliation ne suffisent pas car l'accord nécessite d'imposer des mesures à des
créanciers récalcitrants. La prévention est contractuelle (on ne peut obliger un
créancier à signer), tandis que la sauvegarde est judiciaire (le plan arrêté par le
tribunal s'impose à tous).
 Gravité accrue : Lorsque les difficultés, bien que ne constituant pas une
cessation des paiements, sont trop structurelles pour être réglées par un simple
aménagement de dettes et nécessitent une réorganisation profonde de
l'entreprise sous protection judiciaire.
4. L'initiative exclusive du chef d'entreprise
Le passage à la sauvegarde ne peut jamais être imposé par les créanciers ou par le
tribunal d'office. C'est une procédure volontaire. Le chef d'entreprise décide de quitter
le cadre confidentiel de la prévention pour solliciter la protection du tribunal afin de
bénéficier du gel automatique des poursuites et de la préparation d'un plan de
sauvegarde.
Synthèse du basculement

Critère Prévention Externe Sauvegarde

État Difficultés avérées, pas de Difficultés insurmontables, cessation des


financier cessation des paiements. paiements prévisible à court terme.

Méthode Négociation amiable et Plan de sauvegarde imposé par jugement.


contractuelle.

Contrainte Seuls les signataires de S'impose à tous les créanciers (délais et


l'accord sont engagés. remises).

Publicité Confidentiel. Public (jugement d'ouverture).

En résumé, on passe à la sauvegarde lorsque la conciliation amiable est impossible ou


insuffisante pour garantir la pérennité de l'exploitation, et que seule une intervention
judiciaire contraignante peut éviter une cessation des paiements imminente.

La procédure de sauvegarde
Voici la structuration rigoureuse du contenu relatif à la procédure de sauvegarde,
complétée par des exemples illustratifs pour chaque point, conformément aux articles
560 à 574 du Code de commerce marocain (Loi n° 73-17).
Partie I : Conditions de déclenchement et Acteurs de la procédure
Cette phase initiale définit le cadre d'accès à la procédure et l'organisation de la
gouvernance judiciaire.
1. Les Conditions de fond (Le seuil d'ouverture)
 L'absence de cessation de paiement : C'est le critère de démarcation.
L'entreprise doit être "in bonis" au moment de la demande (Art. 561)1.
 La nature des difficultés : Le débiteur doit justifier de difficultés qu'il n'est
pas en mesure de surmonter seul et qui sont susceptibles d'entraîner, dans un
délai proche, la cessation de paiement. 2
 Le caractère volontaire : Seul le chef d'entreprise a qualité pour solliciter
l'ouverture de la sauvegarde.
2. Le formalisme de la saisine
 Le dossier documentaire : Le chef d'entreprise doit déposer une demande
accompagnée des documents prévus à l'article 577 (bilans, inventaire, liste des
créanciers, etc.). 3
 Le projet de plan de sauvegarde (Art. 562) : C'est une condition de
recevabilité impérative. Le dirigeant doit soumettre, dès le dépôt, ses
engagements pour assurer la pérennité de l'activité et l'apurement du passif. 4
3. Les Acteurs clés (Droit marocain)
 Le Tribunal : Il statue dans les 15 jours après audition du dirigeant. Il a le
pouvoir de convertir la sauvegarde en redressement si la cessation de paiement
est avérée (Art. 564). 5
 Le Juge-commissaire : un magistrat du tribunal de commerce désigné par le
jugement d’ouverture de la procédure de sauvegarde. Il agit comme le pivot de

1
Exemple : Une société de transport dispose encore de la trésorerie nécessaire pour payer ses charges actuelles,
mais prévoit une rupture de caisse insurmontable dans deux mois suite à la perte d'un contrat majeur.
2
Exemple : Une entreprise industrielle subit une hausse brutale des prix des matières premières qu'elle ne peut
pas répercuter sur ses clients, menaçant sa rentabilité à très court terme.
3
L'exigence du dossier documentaire prévu par l'article 577 répond à trois objectifs
juridiques :
1. Justification de l'éligibilité : Apporter la preuve comptable que l'entreprise
n'est pas encore en cessation de paiements, condition impérative de la
sauvegarde.
2. Évaluation de la viabilité : Permettre au juge et au syndic de mesurer l'ampleur
du passif et la pertinence du projet de plan pour garantir le redressement.
3. Transparence et opposabilité : Recenser l'exhaustivité des créanciers et des
sûretés pour organiser le gel des dettes et sécuriser les droits des tiers.
4
Exemple : Le dirigeant propose d'emblée de fermer une branche d'activité déficitaire et de demander un
rééchelonnement de ses dettes bancaires sur 48 mois.
5
Exemple : Si lors de l'audience, les juges constatent que les salaires ne sont plus payés
depuis trois mois, ils basculeront automatiquement le dossier en redressement judiciaire.
la procédure judiciaire6. Organe central de contrôle, il autorise les actes de
disposition et veille au bon déroulement de la procédure. 7
 Le Syndic (Organe unique) : Contrairement au droit français, le syndic
cumule les fonctions. Son rôle en sauvegarde est de surveiller la gestion du
dirigeant, de dresser le bilan financier, économique et social, et de donner son
avis sur le plan (Art. 566 et 569). 8

Partie II : L'impact de la sauvegarde (Gestion et Issue)


Cette seconde phase analyse les effets du jugement d'ouverture sur l'entreprise et la
conclusion de la procédure.
1. L'impact sur la gestion et le patrimoine
 Maintien de la gestion : Le chef d'entreprise conserve la direction des
opérations courantes (Art. 566). 9
 Limitation des pouvoirs (Actes de disposition) : Les actes sortant de la
gestion courante (vente d'actifs, constitution de sûretés) sont soumis au contrôle
du syndic et au rapport adressé au juge-commissaire.10
 L'inventaire obligatoire (Art. 567) : Dès l'ouverture, le dirigeant doit recenser
le patrimoine et les garanties qui le grèvent pour protéger les droits des tiers11.
2. L'impact sur les créanciers et les tiers
 Le gel du passif antérieur : Interdiction de payer les dettes nées avant le
jugement d'ouverture. 12

6
Le Juge-commissaire autorise par ordonnance les actes de disposition et les sûretés
sortant de la gestion courante. Il surveille le bon déroulement de la procédure ainsi que le
respect des délais légaux. Il statue sur les créances en décidant de leur admission ou de
leur rejet. Il contrôle le syndic en examinant ses rapports et en informant le tribunal de
l'état de l'entreprise. Enfin, il tranche les litiges et contestations survenant durant la
phase de préparation du plan de sauvegarde.
7
Exemple : Si le dirigeant veut vendre un véhicule de fonction pour renflouer la caisse, il
doit obtenir l'ordonnance d'autorisation signée par le Juge-commissaire.
8
Exemple : Le syndic vérifie que le dirigeant n'augmente pas son propre salaire durant la
procédure et valide la sincérité du passif déclaré auprès des créanciers.
9
Exemple : Le restaurateur en sauvegarde continue de commander ses fournitures
alimentaires et de payer ses serveurs quotidiennement sans intervention du syndic.
10
Exemple : La mise en hypothèque d'un local commercial au profit d'un nouveau prêteur
doit obligatoirement être validée par le syndic et autorisée par le juge.
11
Exemple : Le dirigeant liste précisément les machines-outils détenues en leasing pour
éviter qu'elles ne soient confondues avec le patrimoine propre de la société.
12
Exemple : Une facture de fournisseur datant du mois précédent le jugement ne peut
pas être payée par chèque, même si la trésorerie le permettrait, sous peine de nullité.
 Le privilège de la procédure (Art. 565) : Les créances nées régulièrement après
le jugement et indispensables à l'activité bénéficient d'un paiement prioritaire. 13
 Protection des cautions (Art. 572) : Les cautions personnes physiques
bénéficient des dispositions du plan (délais, remises) et de l'arrêt du cours des
intérêts. 14
3. L'issue de la procédure : Le Plan de Sauvegarde
 Adoption du plan : Le tribunal décide de l'adoption sur rapport du syndic si des
possibilités sérieuses de sauvegarde existent (Ex : réduction des coûts fixes
proposée par le syndic permet effectivement de dégager un bénéfice futur).(Art.
570).
 Durée de l'exécution (Art. 571) : Le plan ne peut excéder une durée de 5 ans.
 Sanction de l'inexécution (Art. 573) : Si les engagements ne sont pas respectés,
le tribunal prononce la résolution du plan, ce qui entraîne la conversion
immédiate en redressement ou liquidation judiciaire. 15

13
Exemple : Une livraison de matières premières effectuée après le jugement d'ouverture
doit être payée à son échéance exacte ; à défaut, ce fournisseur sera remboursé avant
les anciennes banques.
14
Exemple : Si le gérant s'est porté caution du prêt bancaire de sa société, la banque ne
peut pas le poursuivre sur ses biens personnels tant que l'entreprise respecte le plan de
sauvegarde.
15
Exemple : L'entreprise ne parvient pas à payer la première annuité promise au plan ; le
tribunal annule le plan et prononce la liquidation judiciaire pour protéger les créanciers.

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