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Dromard

La thèse de Benjamin Dromard explore les différentes formes d'esclavage et de dépendance en Babylonie durant le premier millénaire avant J.-C., en se concentrant sur les catégories d'esclaves, de dépendants et de déportés. L'étude vise à établir des frontières théoriques de l'esclavage babylonien, en analysant les relations entre ces groupes et leur rôle dans l'économie de la région. Dromard souligne l'absence de réformes juridiques majeures concernant ces statuts au cours de cette période, malgré les bouleversements politiques.

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Dromard

La thèse de Benjamin Dromard explore les différentes formes d'esclavage et de dépendance en Babylonie durant le premier millénaire avant J.-C., en se concentrant sur les catégories d'esclaves, de dépendants et de déportés. L'étude vise à établir des frontières théoriques de l'esclavage babylonien, en analysant les relations entre ces groupes et leur rôle dans l'économie de la région. Dromard souligne l'absence de réformes juridiques majeures concernant ces statuts au cours de cette période, malgré les bouleversements politiques.

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Esclaves, dépendants, deportés : les frontières de

l’esclavage en Babylonie au premier millénaire avant


J.-C.
Benjamin Dromard

To cite this version:


Benjamin Dromard. Esclaves, dépendants, deportés : les frontières de l’esclavage en Babylonie au
premier millénaire avant J.-C.. Histoire. Université Panthéon-Sorbonne - Paris I, 2017. Français.
�NNT : 2017PA01H071�. �tel-01984602�

HAL Id: tel-01984602


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teaching and research institutions in France or recherche français ou étrangers, des laboratoires
abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne Ecole doctorale d’histoire

Thèse de doctorat de Benjamin Dromard

Sous la direction de M. le Professeur Francis


Joannès

Devant les membres du jury :


Mme. la Professeure Véronique CHANKOWSKI
(Lyon 2)
Mme. la Professeure Sophie DEMARE-LAFONT
(Paris 2 – EPHE), rapportrice
M. le Professeur Bernard LEGRAS (Paris 1)
Esclaves, dépendants, deportés M. le Professeur Francis JOANNES (Paris 1),
directeur
Les frontières de l’esclavage en M. le Directeur de Recherche Juan Carlos
Babylonie au premier millénaire avant MORENO GARCIA (CNRS), rapporteur

J.-C.

10 Novembre 2017
2
Remerciements

Je tiens à remercier chaleureusement tous les membres de l’équipe ArScAn – HAROC et


l’ensemble du personnel de la Maison d’Archéologie et d’Ethnologie René Ginouvès de Nanterre.
Je remercie tout particulièrement les doctorants, doctorantes, ou désormais docteures, docteurs et
maître de conférences qui ont pu m’accompagner depuis les années de Master et / ou pendant ces
cinq années de doctorat, pour leur aide et leurs réponses à mes questions. Ainsi, je remercie Anne-
Renée Castex, Laura Cousin, Bénédicte Cuperly, Georges Damoon, Mustapha Djabellaoui, Louise
Dorso, Bruno Gombert, Julien Monerie, Louise Neuville, Aurélie Paci, Olga Popova, Dima
Shammah, Sarood Taher, Gauthier Tolini, Cécile Verdellet, Louise Quillien, Marie Young.

Je remercie Kristin Kleber pour m’avoir transmis plusieurs de ses transcriptions de tablettes
provenant des collections de Yale et du Princeton Theological Seminary.

3
4
Remarques

Les abréviations et sigles utilisés pour la désignation de nos sources sont celles de The
Assyrian Dictionary of the Oriental Institute of the University of Chicago, publié par l’Oriental Institute de
Chicago (dont l’abréviation est CAD, Chicago Assyrian Dictionary), et au Register d’Archiv für
Orientforschung publiés par l’Université de Vienne1.

Les textes désignés par les abréviations et sigles suivants sont disponibles en translittération
sur le site web Achemenet, [Link] : BE IX, BE X (archive des Murašû de
Nippur), Cyr., Camb., Dar. (textes babyloniens d’époque achéménide), YOS VII 001 – 050
(archive de l’Eanna d’Uruk). Nous nous référons, sauf mention contraire et en plus des références
bibliographiques indiquées, à ces éditions pour ces textes.

Pour les textes désignés sous les sigles VS III, VS IV, VS V, VS VI (textes du
Vorderasiatisches Museum de Berlin), nous nous référons en général aux traductions de
M. San Nicoló et A. Ungnad, éditées dans les ouvrages Neubabylonische Rechts- und
Verwaltungsurkunden übersetz und erläutert, publiés entre 1929 et 1935 à Leipzig par J.C. Hinrich’sche
Buchhandlung.

Pour la désignation des rois néo-babyloniens et achéménides, nous utilisons les abréviations
suivantes : Npl. -> Nabopolassar ; Nbk. -> Nabuchodonosor II ; Ngl. -> Neriglissar ; AM ->
Amêl-Marduk ; Nbn. -> Nabonide ; Cyr. -> Cyrus ; Camb. -> Cambyse ; Nbk. IV ->
Nabuchodonosor IV ; Dar. -> Darius I ; Xer. -> Xerxès ; Art. -> Artaxerxès I ; Dar. II ->
Darius II ; Art. II -> Artaxerxès II ; Art. III -> Artaxerxès III.

Pour les dates, nous adoptons la désignation suivante : [Nom du roi]. [année],
[jour] / [mois]. Exemple : Nbn. 1, 01 / XII, le 1er jour du mois d’addaru de l’an 1 de Nabonide.
Pour des équivalences en calendrier julien, se référer à R. A. Parker et W. H. Dubberstein, 1956,
Babylonian Chronology, 626 B.C.-A.D. 75, Providence, Brown University Press.

Nous avons converti dans les normes contemporaines la plupart des mesures utilisées au
cours de notre période. Les désignations d’argent sont divisées en sicle (8,33 grammes), mine (500
grammes) et talent (30 kilos).

1
[Link]

5
6
7
Introduction

8
Introduction générale

L’esclavage en Mésopotamie du Sud au cours des périodes néo-babylonienne


(– 626 à – 539) et achéménide (– 539 à – 330), depuis l’étude de Muhammad A. Dandamaev2, n’a
fait que très peu l’objet d’un travail systématique suite à sa traduction anglaise en 1984. Slavery in
Babylonia constitue en effet le point de focalisation de la recherche concernant l’esclavage, mais
aussi les différentes formes de dépendance ayant existé en Babylonie durant une époque pour
laquelle les sources sont abondantes et diverses. M. A. Dandamaev traita, par un rassemblement de
la documentation alors disponible, de l’esclavage privé en détail, qui forme le gros de son œuvre,
mais y ajouta aussi une analyse plus courte de ce qu’il désigna comme un esclavage du temple ainsi
que celle de différents statuts de dépendance. Depuis, plusieurs articles ainsi que des sections
d’ouvrages ont traité du statut et des activités des esclaves 3 , dépendants du temple 4 , ou des
déportés5, toutes des catégories de population constituant une importante proportion de la main-
d’œuvre dans divers secteurs d’activités de l’économie babylonienne. Mais aucun ouvrage
produisant une synthèse des sources et de la recherche produite concernant ces personnes n’a
depuis été réalisée. Notre travail se veut être cette synthèse, tentant de bien distinguer les différentes
formes d’esclavage et de dépendance existant en Babylonie. Nous tenterons de fixer les
« frontières » théoriques de l’esclavage babylonien, catégorie qui a été appliquée pour l’étude des
groupes sociaux qui vont nous intéresser mais qui ne conviennent pas forcément pour tous.

Cadre géographique et chronologique

Notre étude se concentre sur la Babylonie, ou basse Mésopotamie, alors qu’elle est le centre
politique de l’empire néo-babylonien des règnes de Nabopolassar (– 626 à – 605) à celui de
Nabonide (– 555 à – 539), puis une province de l’empire achéménide suite à sa conquête par
Cyrus II en – 539, jusqu’à sa prise par Alexandre III de Macédoine en – 332. Après une période de
conflit entre l’empire néo-assyrien et le royaume néo-babylonien, le premier est définitivement
défait entre – 610 / – 609. Le second s’étend progressivement pour devenir la puissance politique

2
[Dandamaev, 1984].
3
[Stolper, 1985, 1989 ; Wunsch, 1993b ; Baker, 2001 ; Abraham, 2004 ; Westbrook, 2004 ; Head, 2010 ;
Magdalene et Wunsch, 2012, 2014].
4
[Jursa, 1995 ; MacGinnis, 1997, 1998, 2002a, 2003 ; Joannès, 2004 ; Ragen, 2007 ; Kleber, 2011].
5
[Joannès et Lemaire, 1996, 1999, Abraham, 2007, 2011 ; Magdalene et Wunsch, 2011 ; Pearce, 2015 ; Tolini,
2015]

9
principale de l’Asie occidentale pendant près d’un siècle. L’empire intègre les régions de Haute-
Mésopotamie (Assyrie), puis la Syrie-Palestine et la côte méditerranéenne en vassalisant, puis en
s’emparant des royaumes d’Israël et Juda. Jérusalem, capitale du royaume de Juda, est
définitivement prise en – 586 par Nabuchodonosor II. Le Nord de la Péninsule Arabique est aussi
sous contrôle de l’administration néo-babylonienne, notamment lorsque le roi Nabonide s’y installe
pendant une dizaine d’années, déléguant le pouvoir royal de Babylone au prince Bêl-šar-uṣur.

L’empire perse achéménide, en – 539, conquiert rapidement la Babylonie, avant de


s’emparer de l’ensemble des provinces (Assyrie, Syrie-Palestine, une partie de l’Asie mineure) alors
sous le contrôle du royaume néo-babylonien. Il remplace dès lors ce dernier comme puissance
principale en Asie occidentale, pour s’étendre jusqu’en Egypte et sur l’ensemble de l’Asie mineure.
Jusqu’en – 330, au moment de la chute de Suse et de Persépolis aux mains de l’expédition militaire
conduite par Alexandre III de Macédoine, l’empire achéménide maintient une présence
administrative quasi-continue sur la Babylonie, qui en constitue une des provinces les plus riches
d’un point de vue économique. Babylone devient l’une des capitales de l’empire, visitées à certains
moments par le Grand Roi.

Ce rapide résumé de l’histoire politique de notre période d’étude indique de profonds


bouleversements pour la société et l’économie de Babylonie sur près de trois siècles d’histoire. Cela
doit être relativisé, notamment pour le sujet qui nous intéresse. L’esclavage et les différentes formes
de dépendance existant alors en Babylonie ne connaissent que peu de modifications : aucune
réforme juridique des statuts en question, maintien voire apparition de nouvelles catégories de
travail forcé dans la région. L’histoire économique et sociale de ces catégories de travailleurs
possède un intérêt majeur : sa relative cohérence du point de vue des sources disponibles et du
maintien des structures économiques présentes tout le long de la période. L’organisation du travail,
les relations entre esclaves et maîtres, entre dépendants et temples, les secteurs d’activités
économiques concernés, tous ces aspects sont bien documentés jusqu’au règne de Xerxès, à partir
duquel la documentation se restreint de manière générale et tout particulièrement pour notre sujet.

Nous nous intéresserons donc avant tout aux villes de Babylonie (Babylone, Borsippa,
Nippur, Sippar, Uruk) et à leurs régions, où esclaves, dépendants et déportés sont actifs pour le
compte de leur maître, des temples ou de l’administration auxquels ils sont rattachés. A partir de
cette situation géographique, nous étudierons les secteurs d’activité dans lesquels nous les
retrouvons. Avant de préciser cela, il nous faut présenter la perspective que nous allons adopter au
cours de notre travail et préciser quels secteurs de la population babylonienne vont nous intéresser.

10
Problématique et distinction des différentes formes d’esclavage et de dépendance

Le statut d’esclave comporte plusieurs dimensions. Nous retrouvons, de manières


différentes, ces aspects dans les catégories de dépendants qui vont nous intéresser. Il existe tout
d’abord un statut juridique d’esclave. Les esclaves sont en général désignés comme qallu6 ou ardu7
d’une autre personne. La propriété d’un(e) esclave implique plusieurs choses pour son maître ou sa
maîtresse : son usufruit (la possibilité d’utiliser le travail de l’esclave sans rémunération), son
aliénation (il est possible de vendre un(e) esclave, et donc de se séparer de cette propriété), et la
conservation de la descendance d’un(e) esclave au sein de la famille du maître. Ce dernier point est
important, car il définit le statut d’esclave comme transmissible entre un parent et son enfant. De
plus, au cours de notre période d’étude et à la différence d’époques ultérieures de l’histoire de la
Mésopotamie, il n’existe pas d’esclavage pour dette, ce qui fait qu’il n’est pas possible de devenir
un(e) esclave du fait de son impossibilité de rembourser ses dettes. Le statut d’esclave est
permanent, en général acquis par l’ascendance d’une personne. Toutefois, ce statut juridique ne dit
rien des activités économiques réalisées par un(e) esclave, des représentations sociales attachées à
une telle population, ainsi que des possibilités d’émancipation de sa condition par un(e) esclave.

Au sein de la société babylonienne, d’autres statuts juridiques existent et qui désignent à


première vue des travailleurs dépendants. Ces populations, ainsi que les esclaves, vont être au cœur

6
Ce mot signifie « petit » et est utilisé pour désigner les esclaves au cours de notre période d’étude. Les
premières attestations de « qallu » (CAD Q p. 64 – 66) pour désigner un esclave apparaissent dans l’archive du
gouverneur de Nippur datant de la deuxième moitié du huitième siècle avant Jésus-Christ (fin de l’époque néo-
assyrienne), éditée par Steven W. Cole : [Cole, 1996, textes n°06, 31, 74, 79, 82, 83]. Le féminin de qallu est
qallat. D’autres termes sont utilisés pour désigner des esclaves de manière neutre et collective : amêlu (CAD A II
p. 61 – 62) et lamutânu (CAD L p. 77 – 78).
7
« Serviteur », terme désignant des personnes de statut servile tout le long de l’histoire de la Mésopotamie
antique (CAD A II p. 244 – 247).

11
de notre étude. Deux groupes sont à distinguer : les dépendants des temples (širkû8), très bien
documentés, et les dépendants-šušanû9, pour lesquels les sources sont bien plus restreintes.

Les širkû sont des personnes dépendant d’un temple. Ils réalisent différentes tâches pour
celui-ci, sans rémunération autre que la réception de rations alimentaires ou de vêtements, le strict
nécessaire pour la reproduction de leur force de travail, ce qui lie ce statut à la dépendance 10. Sans
leur rattachement au temple, ils ne peuvent vivre. Ils se distinguent des esclaves par la manière dont
ils sont acquis par les temples, ainsi que par l’impossibilité de leur vente. Leur travail fait rarement
l’objet d’une location, contrairement aux esclaves où ce phénomène est relativement courant. Nous
retrouvons des dépendants des temples dans différentes villes de Babylonie, mais seuls ceux de
l’Eanna d’Uruk et de l’Ebabbar de Sippar sont bien documentés. Contrairement aux esclaves, ils
paraissent être en nombre important pour la réalisation de différents travaux au profit de
l’institution à laquelle ils sont rattachés. Leur statut juridique est particulier. Le temple a l’usufruit
de ses oblats et ce statut se transmet de parent à enfant, tout comme la condition d’esclave.
Toutefois, il ne semble pas qu’un temple puisse aliéner la propriété d’un(e) dépendant(e). Les oblats
ne font pas l’objet de ventes ou de transmissions. La constitution historique d’une population de
travailleurs attachés à un temple est aussi assez floue et nous ne disposons qu’à de rares occasions
des indices concernant la manière dont une personne peut devenir dépendante d’un temple. Il faut
donc distinguer les oblats des esclaves sur le strict plan juridique. Concernant les fonctions des
oblats, nous les retrouvons, à différents niveaux, dans l’ensemble des activités économiques des
temples (agriculture, élevage, artisanat). A partir de l’étude de celles-ci, nous pourrons présenter les

8
Ce mot est construit à partir de la racine akkadienne ŠRK, dont la forme infinitive signifie « vouer, donner en
cadeau ». Au sens propre, un širku ou une širkatu est donc un « cadeau » ou une personne vouée au temple. Au
cours de notre travail et afin d’éviter de trop nombreuses répétitions, nous utiliserons alternativement les mots
suivants pour désigner cette population : dépendant(e)s du temples, oblat(e)s (qui conserve une connotation
religieuse et un lien avec une institution religieuse) et le terme akkadien širku. Les oblat(e)s de première
génération sont désignés comme zakû (masculin) ou zakîtu (féminin), du verbe zakû, « être / devenir purifié,
libre ». Cela concerne les personnes documentées comme étant données au temple par des membres de leur
famille ou des esclaves accordés par des particuliers à un temple. Leur lien familial ou d’esclavage est donc
supprimé pour qu’ils rejoignent les rangs des dépendants des temples. Cela désigne aussi des femmes
célibataires et dépendantes du temple, que nous retrouvons parfois mentionnées dans les tablettes issues des
archives des temples.
9
Les origines de ce mot demeurent peu claires. Il a pu être traduit comme « esclave », « personnes originaires
de Suse », « dresseurs de chevaux », « responsable d’un éléphant », « serviteur »… [Dandamaev,
1984 : 626‑627] résume les discussions philologiques à ce sujet. A l’époque néo-assyrienne et à quelques
occasions au cours de notre période d’étude, un šušanu peut être une personne chargée de l’entretien et de la
domestication des chevaux ou d’autres animaux. Il est parfois précisé de quel animal il s’agit (« šušanu ša [nom
de l’animal] ». A partir du règne de Darius I, le terme peut désigner une classe de travailleurs dépendants. C’est
cette catégorie de personnes qui nous intéresse pour notre étude.
10
[Jursa et Tost, 2014] présente les aspects généraux de la dépendance en Mésopotamie, en comparaison avec
la situation dans le monde gréco-romain. Pour une présentation de la dépendance rurale en Babylonie au
premier millénaire avant Jésus-Christ, voir [Joannès, 2004]. Il faut distinguer les corvéables, se rattachant à une
dépendance temporaire, des oblats, dont le statut est permanent et transmissible de parent à enfant.

12
hiérarchies présentes au sein de la population dépendante, la gestion et l’encadrement de cette
main-d’œuvre et son importance pour l’économie des temples.

Les dépendants désignés comme šušanû constitue un cas particulier et encore mal compris.
M. A. Dandamaev les présente comme des travailleurs dépendants dont le statut se transmet lui
aussi de parent à enfant 11 . Ils sont rattachés à l’administration royale qui les utilisent pour
l’exploitation de ses domaines agricoles, tout particulièrement dans la région de Nippur au
cinquième siècle avant notre ère, moment où les mentions de šušanû sont nombreuses. Elles se
retrouvent principalement dans l’archive des Murašû 12 et, désormais, dans les archives des
communautés de déportés judéens et ouest-sémitiques13. Leur supervision par des officiers de
l’empire achéménide ou par des personnes en lien avec l’administration est assez claire14. Toutefois,
peu de mentions individuelles de šušanu comme travailleurs dépendants existent. La polysémie du
terme pose problème, car il est utilisé dès l’époque néo-assyrienne pour désigner des personnes
prenant soin d’animaux, notamment des chevaux. Nous retrouvons des šušanû de ce type en faible
nombre au cours de notre période d’étude, mais qui n’ont alors pas grand-chose à avoir avec
l’exploitation de terres céréalières ou de palmeraies. Les diverses discussions de l’étymologie du
mot šušanu n’ont pas aidé à une meilleure compréhension de sa signification, sans lien avec une
étude systématique des activités économiques de ces travailleurs. Nous intégrons donc la question
des šušanû à notre étude afin d’en étudier le statut juridique, leur mobilisation dans la région de
Nippur et dans diverses communautés rurales ainsi que les modalités de l’organisation de leur
travail.

A tout cela s’ajoute une catégorie de personnes qui a pu être rattachée à une forme de travail
forcé. Il s’agit des descendant des déportés d’origine judéenne ou ouest-sémitique, transportés de
manière contrainte par l’empire néo-babylonien au moment des conquêtes des régions de haute
Mésopotamie, puis des royaumes d’Israël et de Juda entre – 610 et – 586. Plusieurs vagues de
déportations sont connues grâce au récit biblique et aux chroniques royales néo-babyloniennes :
– 597, – 58715 et la dernière en – 582, après le siège de Jérusalem lorsque la Palestine est alors
province administrative de l’empire néo-babylonien16.

11
[Dandamaev, 1984 : 626‑642].
12
De fait, [Cardascia, 1951 : 6] est le premier à identifier le statut particulier des šušanû dans l’archive des
Murašû. [Stolper, 1985 : 79‑82] développe l’analyse de G. Cardascia à ce sujet.
13
[Wunsch et Pearce, 2014].
14
[Wunsch et Pearce, 2014, textes n°14, 15, 18, 19, 20].
15
Rois II, 24 : 18 – 25 : 30.
16
[Liverani, 2010 : 199‑275].

13
Les conditions de ces déplacements sont mal connues, mais de nombreux Judéens et
personnes d’origine ouest-sémitique sont identifiables dans l’ensemble de la documentation
cunéiforme de notre période d’étude. Une petite partie constituée de la classe politique dominante
du royaume de Juda rejoint la cour royale babylonienne, d’autres vivent en milieu urbain 17, tandis
que le reste de ces déportés rejoignent en grande partie la région de Nippur pour y travailler des
terres alors peu exploitées, sous contrôle relatif de l’administration royale18. Suite à la conquête
achéménide de la Babylonie, les descendants des déportés se maintiennent en grande partie dans
leur lieu d’installation, tandis qu’une proportion difficilement estimable rentre dans sa région
d’origine19. Le travail agricole réalisé par les déportés conserve son organisation, avec toutefois
certains changements socio-économiques visibles sur le long terme au sein des communautés des
déportés. La lecture biblique de ces événements a constitué le portrait suivant de la vie des Judéens
en Babylonie au cours de leur exil : une existence séparée de la terre d’Israël, loin de Dieu et comme
une punition pour une faute morale collective symbolisée par la défaite face à Nabuchodonosor II.
Les déportés seraient ainsi mobilisés pour un travail forcé, voire condamnés à une forme
d’esclavage et séparés du reste la société babylonienne20. Les travaux récents à leur sujet et des
sources nouvelles amène à une reconsidération de ce récit.

Esclaves, dépendants, déportés : trois statuts, trois situations très différentes les unes des
autres mais rapprochées par une absence de rémunération pour leur travail et leur attachement à
une personne ou une institution particulière. Trois degrés plus ou moins intenses, a priori, d’une
exploitation de personnes aux seuls bénéfices d’un(e) maître(sse), d’un temple ou de la royauté. Si
les statuts juridiques particuliers de ces personnes invitent à une telle approche, la confrontation
entre une lecture juridique et une analyse à partir des conditions matérielles d’existence des esclaves,
dépendants et déportés offrent une perspective tout autre.

L’esclavage est loin d’être un phénomène étendu à l’ensemble de la société babylonienne :


seuls les plus riches peuvent se permettre l’achat et l’entretien d’esclaves, pour des usages très
divers. Pour une histoire globale de l’esclavage, il faut effectuer une distinction entre « sociétés
esclavagistes », où l’esclavage constitue la forme principale d’extraction du capital à partir du travail,
et « sociétés à esclaves », où un esclavage existe mais n’est pas la seule main-d’œuvre disponible21.

17
[Coogan, 1974 ; Bloch, 2014].
18
[Wunsch et Pearce, 2014].
19
[Tolini, 2015].
20
Livres de Jérémie, Ezéchiel et Ezra dans l’Ancien Testament.
21
[Testart, 2001 : 19‑47] constitue une bonne synthèse de la recherche historique, sociologique et
anthropologique à ce sujet. Nous reprenons cette distinction mentionnée dans cette section de son ouvrage,
souvent mobilisée dans les études comparatives consacrées à l’esclavage.

14
Plusieurs modes de production peuvent cohabiter au sein d’une même société22 et la Babylonie
durant notre période d’étude en constitue un parfait exemple.

Dès lors, il nous faut nous intéresser aux différentes fonctions remplies par des esclaves
pour bien comprendre leur situation, au-delà de leur statut juridique qui les lie fondamentalement
à leur maître(sse), sans possibilité de briser ce lien. Nous reproduirons ensuite cette méthode pour
l’étude des dépendants et des déportés, afin de percevoir quelles dynamiques sociales existent au
sein de ces ensembles. Les questions que nous aurons toujours en tête sont les suivantes : quelle
place occupe l’une de ces personnes dans les activités économiques de leur maître(sse), de leur
temple ou de l’administration royale ? Quelle relation entretient-elle avec eux ? Peut-elle développer
une certaine autonomie économique ? Et à partir de cela, pouvons-nous percevoir quelle place elle
occupe dans la société babylonienne, et comment cela se distingue de son statut juridique ? De
manière plus générale, cette étude s’attachera ainsi à s’intégrer à l’histoire du travail dans la société
babylonienne et à présenter les possibilités de mobilité sociale en son sein. En confrontant statut
juridique et position socio-économique d’un(e) esclave, dépendant(e), ou déporté(e), nous verrons
une diversité de situations qui nous permettra de mieux comprendre la place de ces travailleurs
dans l’économie et la société babyloniennes.

Présentation des sources

Notre analyse se nourrit essentiellement des sources conservées au sein des archives de
certains temples et de plusieurs archives privées de familles d’hommes d’affaires et de notables de
villes babyloniennes 23 . Il s’agit de tablettes d’argiles rédigées en akkadien (avec l’ajout
d’idéogrammes sumériens) en écriture cunéiforme. La documentation est inégalement répartie tout
le long de la période, avec une rupture nette à partir du règne de Xerxès (– 486 à – 465), du fait des
réformes administratives réalisées par le pouvoir achéménide en réponse aux révoltes menées par
certains notables babyloniens en – 484 24 . Suite à cela, plusieurs des plus riches archives
institutionnelles et privées ne conservent plus de textes. La plupart de ces archives, dont les
documents proviennent de fouilles clandestines ou dont le contexte archéologique n’est pas connu,
ont été reconstituées au cours de la recherche assyriologique. La synthèse la plus récente qui établit
une catégorisation exhaustive des archives disponibles est le livre de M. Jursa de 2005, Neo-
Babylonian Legal and Administrative Documents. Nous nous référons essentiellement à celui-ci et à sa

22
[Banaji, 2010 : 103‑130].
23
[Jursa, 2005]
24
[Waerzeggers, 2003].

15
présentation de la documentation cunéiforme du premier millénaire avant Jésus-Christ. Nous
utiliserons son classement lorsque cela est nécessaire au cours de notre étude.

Les principales archives institutionnelles que nous allons mobiliser sont celles de l’Eanna
d’Uruk25, temple des déesses Ištar et Nanaya, et de l’Ebabbar de Sippar, attaché au culte du dieu
Šamaš26. Les temples constituent des institutions économiques de grande importance pour ces
villes. Ils sont propriétaires de larges surfaces de terre, exploitées par son propre personnel ou par
des personnes engagées pour cette tâche 27 . De plus, les temples ont un grand intérêt dans
l’économie animale afin d’obtenir de la viande et des produits comme la laine ou le cuir28, ainsi que
dans des secteurs comme le commerce de matières précieuses. Celles-ci sont ensuite utilisées pour
la production d’objets ou de textiles utilisés notamment, mais pas uniquement, dans le cadre du
culte. Dès lors, ces différents secteurs d’activité ont laissé un nombre important de tablettes, triées
et archivées par les administrations des temples. L’Eanna et l’Ebabbar sont des archives riches en
textes, documentant à peu près régulièrement l’ensemble de la période qui nous intéresse.
Toutefois, nous ne retrouvons pas forcément les mêmes types de documents dans les deux
archives. Celle de l’Ebabbar est avant tout constituée de tablettes administratives : listes de rations
alimentaires attribuées à différents membres du personnel, listes d’attributions de matières
premières à des artisans, listes de personnel, reçus, letter-orders 29 . Des contrats concernant
l’exploitation des domaines agricoles du temple sont aussi présents et permettent d’analyser les
relations entre le temple et les exploitants agricoles. L’archive de l’Eanna est plus diversifiée. Nous
retrouvons ces catégories de tablettes, mais il faut y ajouter des lettres rédigées par des membres
de son administration, ainsi qu’une assez importante documentation judiciaire. Cette dernière se
compose de comptes-rendus de procès, de témoignages ou de rapports utilisés ensuite dans des
procès. Cette diversité nous permet de donner un certain relief au portrait d’une société locale, par
certains indices quant aux relations entre personnes de rang différent.

Dans le domaine institutionnel, nous ne disposons pas de la documentation des


administrations royales, néo-babylonienne ou achéménide, produites en Babylonie. Les relations
entre les temples et la royauté ne sont ainsi perceptibles qu’à travers la documentation laissée par

25
[Van Driel, 1998b].
26
[Bongenaar, 1997].
27
[Cocquerillat, 1968a ; Jursa, 2010 : 418‑436 ; Janković, 2013] pour l’Eanna. [Jursa, 1995, 2010 : 323‑359] pour
l’Ebabbar.
28
[Kozuh, 2010, 2014, 2015] pour les ovins et bovins gérés par l’Eanna. [Janković, 2004 ; Tarasewicz, 2009a]
pour l’économie liée aux oiseaux et à la volaille au sein de l’Ebabbar.
29
Il s’agit de courtes lettes qui donnent autorisation à son destinataire à recevoir une quantité indiquée de
produits entreposés dans les locaux de l’Ebabbar. Il peut présenter cette lettre aux personnes responsables de
la distribution des rations. Ces lettres se rattachent ainsi à la documentation administrative du temple.
[MacGinnis, 1995] rassemble et édite ces tablettes.

16
les premiers30. De même en ce qui concerne le domaine privé de l’économie et l’administration
royale : nous disposons des archives des différentes familles d’hommes d’affaires et de notables des
villes babyloniennes, à travers lesquelles nous voyons par moments la présence de l’administration
royale, mais la perspective de cette dernière ne nous est pas disponible.

L’autre part importante de nos sources provient des archives privées de familles vivant dans
les villes babyloniennes31. La plupart de ces familles ont des activités liées à l’exploitation de champs
et de palmeraies, documentées par des contrats ou des « reconnaissances de dette » (imittu, u’iltu)
propres à ce secteur d’activité. Dans ce type de document, une personne a la responsabilité juridique
de devoir livrer une quantité de produits (céréales, dattes) à son créditeur. De manière générale,
cela ne signifie pas que ce dernier avait livré ces biens à la personne endettée, mais est typique du
fonctionnement de l’exploitation agricole. Le débiteur est souvent la personne travaillant sur le
champ ou la palmeraie et livre une partie de sa récolte à celui ou celle qui lui alloue un capital. Celui-
ci peut prendre la forme d’argent, de semences, d’outils ou d’animaux de trait. La récolte à livrer
peut être indiquée dans une estimation forfaitaire produite quelques temps avant. De nombreuses
allocations d’argent à des exploitants agricoles sont ainsi disponibles. Une large partie de notre
documentation, que ce soit dans le domaine institutionnel ou privé, est constituée de ce type de
texte. Plusieurs familles dont nous allons étudier les activités à partir de celles de leur(s) esclave(s)
archivent des reconnaissances de dette liées à l’agriculture. En-dehors de ces tablettes, nous
retrouvons aussi des contrats d’exploitation, précisant le capital accordé par le créditeur, la récolte
à réaliser par l’exploitant et les conditions de la réalisation du travail. Nous retrouvons plusieurs
esclaves comme intermédiaires entre leur maître-créditeur et des exploitants agricoles, constituant
une classe d’esclaves-agents qui est l’une des mieux documentées parmi l’ensemble de cette
population32.

Les archives privées rassemblent aussi d’autres catégories de source propres à la vie familiale
des hommes d’affaires ou notables concernés, mais aussi aux autres domaines d’activité dans
lesquels ils peuvent avoir un intérêt. Pour ce qui concerne l’esclavage, nous retrouvons notamment
des contrats de vente d’esclaves, des accords pour une dot lors d’un mariage 33 , des divisions
d’héritage. Ces textes nous permettent de comprendre comment les esclaves font l’objet d’un
marché entre particuliers et quelle valeur d’échange peut leur être accordée. Certaines indications

30
[Kleber, 2008].
31
[Wunsch, 1993b, 2000a ; Abraham, 2004] pour la famille des Egibi. [Cardascia, 1951 ; Stolper, 1985, 2001]
pour la famille des Murašû. Nous mobiliserons plus en détail les bibliographies correspondantes au cours de
notre étude.
32
[Dandamaev, 1984 : 308‑371].
33
Cet aspect a été amplement étudié par Martha T. Roth : [Roth, 1987, 1988, 1989c, 1991].

17
peuvent d’ailleurs être données au sujet des esclaves vendus ou transférés, notamment leur
profession, leur âge, leur état de santé ou l’étendue de leur famille. Il faut à cela ajouter des contrats
d’apprentissage34, dans lesquels le maître ou la maîtresse place un de ses esclaves chez un artisan
pour lui faire apprendre un métier qui peut être utile dans la sphère domestique.

Plusieurs familles conservent ce type d’archive qui nous permettent d’étudier le domaine
privé de l’économie babylonienne depuis les débuts du royaume néo-babylonien jusqu’au quatrième
siècle avant Jésus-Christ. Nous présenterons ces différentes archives au cours de notre étude, mais
deux archives, parmi les plus riches parmi celles du premier millénaire avant Jésus-Christ, sont à
mentionner. La famille des Egibi est située à Babylone et développe son implication dans
l’agriculture locale, par le prêt de capital et l’agrandissement de ses domaines agricoles, tout le long
des septième et sixième siècle avant Jésus-Christ35. Il s’agit d’une des archives les plus étudiées pour
notre période36. Du fait de leur importance économique, les Egibi construisent leurs relations avec
l’administration royale, notamment à l’époque achéménide. Les chefs de cette famille se déplacent
à plusieurs reprises auprès de la cour du Grand Roi pour développer leurs liens avec le pouvoir
perse. Ils constituent ainsi des relais et des soutiens indispensables pour ce dernier.

L’archive de la famille Murašû de Nippur constitue l’autre archive privée de première


importance pour notre période37. Elle se distingue des autres archives par sa richesse mais aussi du
fait de sa situation chronologique : les tablettes de cette archive datent d’après le règne de Xerxès,
distribuées entre les règnes d’Artaxerxès I, Darius II et Artaxerxès II (– 464 à – 359). Il s’agit dès
lors d’une des seules archives nous permettant de travailler sur cette période d’avant la chute de
l’empire achéménide. Les Murašû ont sensiblement les mêmes activités économiques que les Egibi.
Ils prêtent du capital à des exploitants agricoles pour obtenir des céréales et des dattes, avant de
s’occuper de leur distribution. Ils servent aussi d’agents fiscaux pour le compte de l’administration
perse, en lui livrant des sommes d’argent collectées auprès d’agriculteurs. Leur archive est ainsi
constituée avant tout de contrats, de reconnaissances de dettes et de reçus d’argent documentant
ces domaines d’activité. Certains de leurs esclaves, comme pour les Egibi, leur servent
d’intermédiaires dans leurs affaires.

Le dernier lot d’archives qui va nous intéresser provient de familles de communautés de


déportés, installées et vivant près de Nippur. La publication d’une partie de ses sources est récente,

34
[Joannès, 2010 ; Jursa, 2010 : 700‑725].
35
[Wunsch, 1999].
36
[Wunsch, 1993b, 2000a ; Abraham, 2004].
37
[Cardascia, 1951 ; Stolper, 1985].

18
résultat du travail de L. Pearce et C. Wunsch38, avec plusieurs textes édités et analysés par différents
chercheurs auparavant. La composition de ces groupes de textes est la même que celle des archives
des Egibi et des Murašu : avant tout des contrats et reconnaissances de dette dans le cadre de
l’agriculture céréalière et fruitière. Plusieurs familles ayant une situation socio-économique similaire
à celles d’autres dynasties d’hommes d’affaires babyloniens s’y discernent. Trois groupes
principaux, distingués par un toponyme, se distinguent : Âl-Yâhûdu, Bît-Našar et Bît-Abi-râm. La
distribution sur une assez longue période de ces archives nous permet de percevoir l’accumulation
du capital réalisée par certains descendants de déportés. Les terres travaillées proviennent
d’attributions par l’administration néo-babylonienne à ces personnes. Nous pouvons observer la
présence d’officiers royaux, en relation avec des membres de cette communauté afin d’en extraire
des taxes en argent. Les archives des communautés de déportés d’origine judéenne ou ouest-
sémitique sont donc intéressantes pour l’étude de communautés rurales, constituées à partir de
domaines royaux et en lien avec l’administration royale.

Contexte de l’étude et tendances historiographiques

L’ouvrage de M. A. Dandamaev, Slavery in Babylonia, a constitué un jalon important de la


recherche en ce qui concerne l’esclavage et la dépendance en Babylonie. Il rassembla un large
éventail des sources, privilégiant une présentation par dossiers afin de montrer, de manière
empirique, l’ensemble des activités des esclaves. Son travail fut avant tout celui d’une collecte de
sources, traduites et analysées dans le corps du livre. Slavery in Babylonia constitue dès lors un très
bon outil pour travailler sur l’esclavage en Babylonie et fut mobilisé par la recherche dans d’autres
domaines historiques par souci comparatiste, notamment en histoire antique (romaine et
hellénistique) mais pas uniquement. Depuis Slavery in Babylonia, en-dehors de mémoires non
publiés39 et de différents articles40, il n’y a pas eu d’étude générale et problématisée consacrée à
l’esclavage en Babylonie, bien qu’il y eût de nouveaux apports en matière de sources et d’éditions
d’archives. De plus, Slavery in Babylonia dépassa le simple cadre de l’esclavage, pour produire une
synthèse consacrée l’ensemble des populations dépendantes dans cette région au cours du premier
millénaire avant Jésus-Christ. Si les sections consacrées aux dépendants du temple41, aux « esclaves

38
[Wunsch et Pearce, 2014].
39
[Head, 2010 ; Thissen, 2011].
40
[Baker, 2001 ; Dromard, 2016].
41
[Dandamaev, 1984 : 469‑557].

19
royaux »42 et aux šušanû43 sont bien moins développées que celle discutant de l’esclavage, Slavery in
Babylonia constitue de fait un catalogue de la documentation alors disponible pour traiter de la
dépendance.44

Suite à ce travail, la condition des esclaves babyloniens fut avant tout discutée soit par des
historien(ne)s du droit45 ou par une perspective d’histoire juridique46, soit intégrée à des ouvrages
dont la problématique ne se concentre pas spécifiquement sur les esclaves. Les articles de R.
Westbrook discutent des problèmes de changement de statut, entre homme libre et esclave, afin
d’en préciser les modalités. Cette question du statut juridique, afin d’en délimiter les limites, sans
forcément prendre en compte les réalités sociales et économiques des personnes, a pu s’infuser à
l’ensemble de la recherche spécifique aux esclaves. Peu de travaux, depuis le livre de M. A.
Dandamaev, se sont en effet intéressés à la place des esclaves dans l’économie et à la diversité des
situations où nous pouvons les retrouver. Le problème de l’affranchissement ou celui des limites
des statuts juridiques ont toutefois continué à être traités47. Notre travail tentera d’en effectuer une
synthèse mais cherchera à se concentrer sur la valeur des esclaves comme biens, mais aussi comme
travailleurs.

Il faut noter le relatif impact qu’eut l’ouvrage de M. A. Dandamaev en-dehors de la


recherche assyriologique. Dans le domaine de l’histoire globale de l’esclavage, il constitue en effet
l’un des seuls livres mobilisés lorsqu’il s’agit de discuter de la situation des esclaves en Babylonie et
de comparer avec d’autres sociétés. En retour, certains de ces travaux furent utilisés pour
renouveler l’approche de l’esclavage en Mésopotamie. Alain Testart l’a lu, aux côtés de discussions
sur les articles du code d’Hammurabi, pour son entreprise de définition d’un cadre sociologique et
anthropologique de l’esclavage par comparaison avec diverses sociétés (asiatiques, américaines,
africaines)48. Le livre d’Orlando Patterson, Slavery and Social Death, en discute à une reprise afin de
construire des parallèles historiques au sujet des prisonniers de guerre49. Le travail d’O. Patterson
est parfois mobilisé et critiqué dans des études d’histoire antique50, alors que son comparatisme à
partir de sources uniquement secondaires est depuis globalement ignoré par les spécialistes de
l’esclavage. Au-delà de quelques autres mentions, l’esclavage privé babylonien, dans son importance

42
[Dandamaev, 1984 : 558‑584].
43
[Dandamaev, 1984 : 626‑642].
44
[Wunsch, 1993a : 42‑50 ; Baker, 2004].
45
[Westbrook, 1995, 2004].
46
[Baker, 2001 ; Magdalene et Wunsch, 2014].
47
[Westbrook, 2004 ; Magdalene et Wunsch, 2014].
48
[Testart, 2001].
49
[Patterson, 1982 : 110].
50
[Culbertson, 2011b : 9 ; Baker, 2016 ; Lewis, 2016].

20
toute relative à l’échelle de l’ensemble de la société babylonienne, n’est que peu discutée en-dehors
de l’assyriologie. Cela est encore plus notable en ce qui concerne les autres groupes dépendants :
les dépendants du temple, les šušanû ou les déportés ne sont pas discutés au-delà du domaine
assyriologique ou des spécialistes d’histoire antique. Le faible nombre de références
bibliographiques accessibles constitue peut-être la cause de ce désintérêt.

Il convient de faire un rappel de l’historiographie disponible pour chacun des groupes qui
va nous intéresser. Nous verrons ceci plus en détail au cours de notre étude, et la plupart de ces
travaux seront mobilisés, mais cela nous permet de nous situer dans la continuité de la recherche
produite jusqu’à aujourd’hui. Pour ce qui concerne la dépendance du temple, peu d’ouvrages ou
d’articles spécifiques, depuis les débuts de l’assyriologie, ont été produits. L’étude fondatrice qui
tenta une première collecte des sources est celle de Raymond. P. Dougherty, publiée en 1923, The
Shirkutu of Babylonian Deities51. R. P. Dougherty y édite et traduit plusieurs tablettes, à partir de
l’archive de l’Eanna d’Uruk, et discute de différents aspects liés au statut juridique des dépendants
des temples. Il s’agit d’une approche avant tout empirique des sources, sans mise en rapport
systématique avec d’autres groupes dépendants ou avec l’esclavage. R. P. Dougherty définit les širkû
comme des « esclaves du temple » et présente les mécanismes juridiques liés à la gestion de cette
population par le temple, ainsi que ce qu’il perçoit comme une importance religieuse de cette
population rattachée à une divinité.

Suite à ce premier travail et en-dehors de la section de Slavery in Babylonia à ce sujet, il n’y


eut aucun travail consacré aux seuls dépendants du temple avant la thèse non-publiée d’Asher
Ragen, The Neo-Babylonian Širku : A Social History 52 , soutenue en 2007 à l’université d’Harvard.
Plusieurs études de l’Eanna d’Uruk et de l’Ebabbar de Sippar mentionnaient les oblats, présents
dans les différentes activités économiques de ces institutions. A. Ragen constitue une véritable
histoire de ce statut, en présentant ses origines possibles à partir de la constitution de domaines
fonciers par les temples, alloués par différents pouvoirs royaux sur plusieurs siècles. Une main-
d’œuvre attachée aux temples devint nécessaire pour l’exploitation de ces terres.

A. Ragen suit ensuite plusieurs perspectives : une étude spécifique pour chaque groupe de
dépendants (Ebabbar et Eanna), le statut juridique particulier des oblats, les aspects symboliques
et les religieux du statut d’oblat et, enfin, un dernier chapitre consacré aux femmes oblates.
L’ambition d’A. Ragen est de constituer une véritable définition du širku, un modèle d’analyse qui
permettrait de traiter des données nouvelles si elles apparaissaient. Il se distingue donc nettement

51
[Dougherty, 1923a].
52
[Ragen, 2007]

21
de R. P. Dougherty et de M. A. Dandamaev : le premier ne traitait que peu de l’importance
économique de cette main-d’œuvre pour les temples, se concentrant sur les aspects juridiques et
religieux de ce statut à partir des sources de l’Eanna, tandis que le second n’opérait pas
véritablement de distinction claire entre esclaves privés et ce qu’il décrit comme des « esclaves des
temples ». A. Ragen tente donc de se démarquer, en alliant les perspectives des deux chercheurs
pour les dépasser et construire ainsi une synthèse problématisée des sources dont ne disposait par
l’un et l’autre.

Pour ce qui concerne les šušanû et les déportés, la bibliographie est limitée53. Les šušanû n’ont
pas fait l’objet d’étude spécifique en-dehors du chapitre de Slavery in Babylonia à leur sujet54, qui ne
fait pas de véritable distinction entre les šušanû spécialistes des chevaux et d’autres animaux et le
groupe de travailleurs dépendants. La relative nouveauté des sources provenant des communautés
de déportés fait que peu de travaux sur les aspects sociaux et économiques de leur existence ont
encore été réalisés, si l’on n’excepte plusieurs articles55 datant d’avant le livre de L. Pearce et C.
Wunsch. Avant cela, Ran Zadok, dans de multiples articles et ouvrages 56 , effectua un travail
d’identification des personnes d’origine judéenne et ouest-sémitique au sein de la société
babylonienne. Depuis, la grande majorité de la recherche consacrée aux déportés judéens et ouest-
sémitique se concentre sur des questions de comparaison avec le texte biblique ou la
compréhension de l’identité (sociale, religieuse) de ces déportés au sein de la société babylonienne.
Très peu a encore été écrit à partir d’une perspective d’histoire économique, sociale et du travail au
sujet des descendants des déportés de Syrie-Palestine.

Notre étude se constitue en trois parties. La première traitera des origines historiques de
chacun des statuts qui nous intéressent et de leurs aspects juridiques. Comment devient-on esclave,
dépendant(e), déporté(e) ? Comment sont-ils identifiés dans la documentation, et que cela
implique-t-il ? Quelles possibilités d’action juridique sont laissées à chacun de ces groupes ? Nous
verrons comment les différents groupes dépendants sont distingués juridiquement et s’il existe des
moyens de se défaire légalement de ces statuts. Ensuite, notre deuxième partie traitera de la valeur
économique de ces personnes : l’esclave comme valeur d’échange, les conditions économiques de
sa transmission ; au contraire, l’absence d’un marché des dépendants ou des déportés. Nous nous

53
[Cardascia, 1951 : 6 ; Stolper, 1985 : 79‑82].
54
[Dandamaev, 1984 : 626‑642].
55
[Coogan, 1974 ; Joannès et Lemaire, 1996, 1999 ; Abraham, 2007 ; Bloch, 2014].
56
Parmi les plus anciennes références, citons [Zadok, 1978a, 1979b]. Pour une bibliographie plus complète des
travaux de R. Zadok à ce sujet, voir [Wunsch et Pearce, 2014 : XXVIII‑XXX].

22
concentrerons sur les différentes activités économiques réalisées par chacun de ces groupes et leur
importance dans l’économie babylonienne, pour leur maître, pour leur institution et pour
l’administration royale. Enfin, notre troisième s’attachera à certains aspects sociaux de l’esclavage,
de la dépendance et de la condition de déportés, afin d’analyser la relation particulière entretenue
entre esclave et maître, dépendant et temple ou entre déportés.

23
Première partie

24
Origines historiques et aspects juridiques des statuts
d’esclavage et de dépendance

Les différents statuts des personnes qui vont nous intéresser tout au long de notre étude
ont leurs particularités dans le cadre de l’histoire de la Mésopotamie antique dans son ensemble. Si
l’esclavage existe depuis au moins le troisième millénaire et que les temples constituent des
institutions économiques de première importance au sein des villes babyloniennes sur le long terme,
il existe un cadre juridique et socio-économique spécifique à notre période d’étude. Le peu de
sources écrites disponibles pour les siècles précédents empêchent une histoire régionale suivie qui
permettrait d’étudier l’esclavage et les différentes formes de dépendance sur l’ensemble du premier
millénaire. Il nous faut toutefois tenter une présentation du cadre historique général de ces statuts
et des normes juridiques en place au sujet des esclaves, dépendants et déportés. C’est ce que nous
allons voir dans cette première partie.

Nous étudierons en premier lieu l’esclavage privé, en tentant de déterminer les sources des
esclaves, les raisons pour lesquelles une personne peut devenir esclave. Ce sera l’occasion de
présenter les capacités des esclaves comme personnes juridiques. Nous suivrons ce même ordre
d’idée pour la dépendance attachée au temple et pour le cas des déportés d’origine judéenne et
ouest-sémitique. Les origines historiques du statut de širku, spécifique à la Babylonie de la deuxième
moitié du premier millénaire avant Jésus-Christ, méritent d’être analysées en détail, de même pour
le phénomène des déportations depuis la Syrie-Palestine au début de l’époque néo-babylonienne.
Au cours de cette première partie, nous discuterons aussi du statut des enfants trouvés et adoptés,
situation sociale qui amène la plupart du temps à l’esclavage ou à la dépendance du temple. Pour
finir, nous verrons par quels moyens est-il possible de contester le statut d’esclave et de dépendant,
que ce soit par une personne qui en dispose ou par un particulier. Cela nous amènera à discuter de
la question de l’affranchissement et de son existence en Babylonie aux périodes néo-babylonienne
et achéménide.

25
L’esclavage privé : origines et normes juridiques

Origines de l’esclavage privé

L’esclavage est documenté en Mésopotamie depuis le troisième millénaire avant Jésus-


Christ57. Ses modifications et son évolution jusqu’aux périodes néo-babylonienne et achéménide
sont toutefois difficiles à établir. Le manque de sources pour les siècles précédents, utiles pour en
faire l’histoire économique et sociale, est une raison majeure de cette difficulté. Les quelques textes
datés de la fin de l’époque néo-assyrienne dont nous disposons pour les villes comme Babylone
semblent indiquer des structures socio-économiques et des normes juridiques déjà bien en place.
Ainsi, le texte BM 9299758 (Kandalânu 15, 26 / X, Babylone) est un contrat de vente pour quatre
esclaves au prix de quatre-vingts sicles d’argent. L’écriture de ce document (formules juridiques,
organisation du contrat) correspond aux usages que l’on retrouve par la suite dans notre
documentation.

La possession d’esclave se limite largement aux classes les plus aisées de la société
babylonienne. Le prix d’achat moyen d’un esclave s’établit autour d’une mine d’argent 59 , une
somme importante dont ne peuvent disposer de nombreux Babyloniens. Un prix de vingt sicles
d’argent par esclave, comme l’exemple de BM 92997 le montre, demeure important. L’esclavage
privé, selon la documentation dont nous disposons, demeurait un phénomène limité aux familles
les plus riches. Les origines de l’existence d’esclaves demandent la formulation d’hypothèses,
parfois vérifiables dans les sources, mais qui ne nous convainquent pas complétement.

57
[Culbertson, 2011a ; Neumann, 2011].
58
[Weidner, 1952 : 41]. Cet article édite quelques textes datant des règnes de Šamaš-sum-iškun et Kandalânu,
soit les souverains de la fin du royaume néo-assyrien, et dispose aussi d’index de tablettes datées de ces rois.
Contrats ou reconnaissances de dettes, ces tablettes ne présentent pas de différences du reste de la
documentation néo-babylonienne et achéménide dans leur formulation. Voir aussi [Brinkman et Kennedy, 1983]
pour un catalogue des sources économiques babyloniennes d’époque néo-assyrienne.
59
[Jursa, 2010 : 741‑745]. Nous résumons les sources disponibles sur les valeurs en argent des esclaves au début
de notre deuxième partie.

26
M. A. Dandamaev60 posa comme sources possibles de l’esclavage, au cours de la période
qui nous intéresse, l’adoption, les prisonniers de guerre, et l’achat d’esclaves étrangers. Nous
reviendrons sur l’adoption plus tard dans notre travail, mais il s’agit effectivement de l’ensemble de
sources le plus fécond à ce sujet, bien qu’il pose de nombreuses ambiguïtés.

Concernant les prisonniers de guerre comme source importante d’esclaves pour la


Babylonie, la documentation est assez pauvre à ce sujet, au contraire de ce qu’affirme M.
Dandamaev : « Turning prisoners into slaves was also a widespread phenomenon. There was an especially large
number of such slaves in the palace and temple households. »61 Malheureusement, cette affirmation n’est
prouvée par Dandamaev que par un seul document : Camb. 334 (22 / IX / Camb. 6 (soit en – 524),
Babylone, Egibi), un contrat de vente d’une esclave et sa jeune fille, obtenues lors de la campagne
de Cambyse en Egypte en – 525 selon le texte. Cette tablette confirme la possibilité d’obtenir des
esclaves lors d’expéditions militaires, mais elle n’est pas suffisante pour pouvoir effectivement
exprimer l’idée d’une présence massive d’esclaves issue de ce type d’opération dans le domaine
privé de la société babylonienne. Les prisonniers de guerre sont ramenés par le roi et ne font pas
l’objet d’une vente.
L’achat d’esclaves en territoire étranger est quant à lui mieux documenté par Dandamaev.
Il est tout à fait possible qu’une riche famille comme celle des Egibi, dont les représentants sont
connus pour avoir parfois voyagé hors de Babylonie, ait pu accéder à des esclaves de cette manière.
Toutefois, certaines tablettes citées par Dandamaev posent aussi quelques problèmes. Ainsi
Camb. 143 (Camb. 2, 24 / XII, Opis, Egibi) documenterait selon lui la revente d’une esclave par
Itti-Marduk-balâṭu, nommée fMizâtu et qui serait d’origine élamite. Cette origine est déterminée
par une marque présente sur une de ses paumes, « en akkadien et en élamite au nom d’Itti-Marduk-
balâṭu » (akkadien : « ša rittišu akkadattu u ahlamatti ana šumi ša Itti-Marduk-balâṭu šaṭratu ») ; toutefois,
le mot « ahlamu » signifie plutôt « araméen » qu’élamite62. Dans la même archive, il mentionne la
tablette de division de l’héritage d’Itti-Marduk-balâṭu Dar. 379 (Dar. 14, 24 / XI, Babylone, Egibi),
où une certaine fNanaia-silim « de Gandara » (l. 44 : « fdna-na-a-si-lim uru ga-an-da-ru-i-tu4 ») est

60
[Dandamaev, 1984 : 103‑111].
61
[Dandamaev, 1984 : 107]. L’idée que les prisonniers de guerre seraient devenus esclaves des domaines des
temples et de la royauté peut avoir du sens, mais il s’agit plutôt des origines du širkûtu, la dépendance des
temples, ou de l’installation des personnes issues des déportations à la suite des campagnes militaires néo-
babyloniennes en Babylonie.
62
CAD, A, vol. 1, p. 192 – 3. M. A. Dandamaev traduit « ahlamatti » en « élamite » dans [Dandamaev, 1984], p.
231, n. 208. Il y indique sa préférence pour la lecture « elamatti » et sa traduction « élamite » du fait des voyages
des Egibi en Iran. Une esclave fMizâtu d’Itti-Marduk-balâṭu est documentée dans les archives des Egibi (CTMMA
III 054, Nbn. 508, Nbn. 815, Nbn. 838, Nbn. 858), et rien n’indique qu’elle a été achetée en Elam. Il nous paraît
plus probable qu’il s’agisse bien d’une marque en araméen, ce qui serait logique dans le cadre babylonien car
langue vernaculaire dans cette région, surtout s’il s’agit de prévenir la fuite d’une esclave. De plus, le mot
« elamû » n’est pas vraiment attesté à l’époque néo-babylonienne.

27
désignée. Gandara est le nom antique pour Kandahar en actuel Afghanistan et fait partie de l’empire
achéménide63 dès le règne de Cyrus II. Si cette esclave est originaire de cette ville ou de la région,
cela signifie soit un voyage personnel de cette esclave jusqu’à Babylone, soit un achat lors d’un
voyage du chef de famille des Egibi en Iran, et une certaine circulation des personnes au sein de
l’empire64. Cela se limite néanmoins à une des familles les plus riches et mieux documentées de
Babylonie.
De fait, la possibilité d’un « marché aux esclaves », lié à un commerce de longue distance,
n’est que très peu documentée65. Les quelques sources à ce sujet sont aussi problématiques. Nous
disposons des documents présentant des ventes d’esclaves au sein de la société babylonienne et,
pour la majorité, elles se font entre des Babyloniens. Très peu de personnes apparaissent plusieurs
fois comme vendeurs d’esclaves et les quelques cas présents dans l’archive des Egibi (Kalbaya, fils
de Ṣillaya, descendant de Nabaya, ou Nabû-ereš, fils de Tabnêa, descendant d’Ahu-bani), ne
vendent pas des esclaves de manière professionnelle mais pour des raisons conjoncturelles (esclaves
liés à une dot ou endettement qui nécessite la vente d’une partie du patrimoine).
Tout ceci ne constitue que les sources d’accès à des esclaves extérieures à la Babylonie, et
ne donne que peu d’éléments concernant l’apparition de l’esclavage dans cette région. Il faut
souligner que l’esclavage pour dettes n’est pas documenté dans nos sources, bien qu’il existe aux
troisième et deuxième millénaire avant Jésus-Christ dans la région 66 . Cela signifie que ce qui
constitue une des principales voies pour devenir esclave et voir ainsi son statut personnel dégradé
n’existe pas en Babylonie au premier millénaire avant Jésus-Christ. L’évolution de la stratification
sociale de la Babylonie aux siècles précédant notre période d’étude demeure une question
difficilement analysable, pourtant essentielle pour comprendre les origines de l’esclavage aux
sixième et cinquième siècle avant Jésus-Christ. Du fait de la transmission du statut d’esclave du
parent à l’enfant, il paraît logique de considérer que la majorité des esclaves que nous percevons
dans notre documentation sont issus de leur reproduction. Les apports extérieurs d’esclaves dans
la société babylonienne s’ajoutent ainsi à une population d’esclaves dont la masse démographique,
en l’absence d’une prosopographie complète des archives néo-babyloniennes et achéménides, est
difficilement évaluable. Les besoins en esclaves, limités pour la plus grande part aux couches aisées

63
[Briant, 1996 : 184‑190].
64
Sur la question des voyages des membres de la famille des Egibi en Iran durant l’époque achéménide, voir
[Tolini, 2011 : 181‑235, 258, 349‑362], ainsi que [Waerzeggers, 2010a].
65
[Jursa, 2010 : 225‑228], constitue une synthèse de la documentation concernant un possible marché aux
esclaves en Babylonie durant cette période. M. Jursa en conclut que les sources à ce sujet sont peu concluantes
et, comme nous le résumons ici, que la présence locale d’esclaves babyloniens, héritant ce statut de leur
ascendance, fait qu’il n’est pas nécessaire pour les notables d’aller acheter ailleurs des esclaves.
66
Pour une synthèse concernant cette question de l’esclavage pour dettes dans la société mésopotamienne, voir
[Chirichigno, 1993 : 30‑100].

28
de Babylonie, ne nécessitent pas d’aller s’en procurer dans des régions extérieures – ils sont remplis
par les esclaves locaux.

Normes juridiques associées à l’esclavage privé

Le caractère socio-économique particulier de l’esclave et, plus largement, de l’esclavage dans


la société babylonienne se perçoit tout d’abord par son statut de marchandise. Nous ne disposons
pas de la totalité des textes énonçant les lois en vigueur dans la Babylonie à cette période67. Dès
lors, les formulations juridiques utilisées dans la documentation économique nous permettent de
distinguer le statut de l’esclave. Nous percevons le droit babylonien par son usage, pas par l’édiction
de ses normes.
Nous disposons ainsi de nombreuses sources concernant la vente et la transmission non-
marchande des esclaves entre particuliers, ou de particuliers aux temples. C’est à partir des contrats
de vente, divisions d’héritage, dots de mariages et donations d’esclaves aux temples que le statut de
l’esclave privé peut être déterminé, distinct du reste de la population et des autres statuts de travail
forcé.
Les normes juridiques et d’écriture de ces documents, quel que soit leur type, demeurent
globalement les mêmes durant les périodes néo-babylonienne et achéménide. Du point de vue
juridique, cela indiquerait une constance du droit concernant les statuts des personnes. Vente,
héritage, dot, donation au temple : ces procédures se déroulent de la même manière et sont
transcrites sur tablette selon des normes similaires 68 . Esclaves et objets de prestige sont ainsi
transmis entre particuliers.
Demeure la question de la présence des esclaves au sein de procès, comme témoins ou
comme accusé. Existe-il une véritable distinction à faire entre esclaves et « hommes libres » dans
ce type de situation ? Nous allons nous intéresser aux occurrences des esclaves en procès et à ce
que l’on peut en dire d’un point de vue juridique.
Par l’étude d’un point de vue juridique de ces documents, nous allons présenter le statut
juridique particulier de l’esclave, dans des transactions qui forment finalement une large part de nos
sources disponibles pour ce qui concerne l’esclavage privé. Les esclaves dans le secteur privé de
l’économie sont en effet beaucoup plus présents dans ces sources comme sujets passifs plutôt

67
Quelques fragments d’époque néo-babylonienne sont disponibles, mais ne disent pas grand-chose du statut
des esclaves : [Driver et Miles, 1955].
68
Pour une description de la grammaire et des formules akkadiennes courantes de ces types de documents,
consulter [Jursa, 2005 : 9‑40].

29
qu’actifs. Ils sont vendus, hérités, donnés. Les esclaves qui travaillent, forment un patrimoine ou
contestent leur statut, sont, du moins selon ces sources, une minorité.

Normes juridiques dans les contrats de vente d’esclaves

Nous disposons, sur l’ensemble de la période qui nous intéresse, d’un nombre important
de contrats de vente d’esclaves69. Dans la documentation éditée, cela représente aisément plus d’une
centaine de contrats produits, le plus souvent, dans les grandes villes babyloniennes (Babylone,
Borsippa avant tout), entre l’an 15 de Kandalânu70 (631 av. J.-C.) et l’an 9 de Darius II71 (414 av.
J.-C.).
Les contrats de vente d’esclave sont d’une nature hybride pour l’historien. Ils documentent
la vente d’un esclave, transféré en échange d’une certaine valeur d’échange (majoritairement en
argent). Mais au-delà de cette nature économique du document, la tablette a un usage concret pour
les personnes concernées. Ce contrat sert bien à confirmer la vente effectuée et ainsi à prouver
celle-ci dans l’éventualité où elle viendrait à être contestée.
D’un point de vue purement juridique, un contrat de vente se divise en trois parties : une
partie opératoire, documentant la transaction proprement dite ; une énumération des clauses et
garanties concernant l’esclave vendu(e) et la vente ; enfin, la partie finale contenant la liste des
témoins, le lieu et la date de rédaction du contrat. Ce modèle d’écriture ne varie pas et l’on retrouve
très largement les mêmes formulations et garanties dans l’ensemble de la documentation étudiée.

69
Parmi lesquels on peut citer AnOr VIII 011, AnOr VIII 019, BM 92997, Camb. 015, Camb. 143, Camb. 189, Camb.
287, Camb. 290, Camb. 307, Camb. 309, Camb. 334, Camb. 362, Camb.377, Camb. 384, CBS 1594, CBS 12849,
Cyr. 146, Dar. 212, Dar. 340, Dar. 429, Dar.492, Dar.537, Fort. 11786, GCCI I 385, GCCI II 095, Nbk. 009, Nbk. 029,
Nbk. 061, Nbk. 062, Nbk. 067, Nbk. 094, Nbk. 097, Nbk. 100, Nbk. 117, Nbk. 175, Nbk. 201, Nbk. 203, Nbk. 207,
Nbn. 039/040, Nbn. 228, Nbn. 273, Nbn. 300, Nbn. 336, Nbn. 346, Nbn. 367, Nbn. 434, Nbn. 509, Nbn.533,
Nbn.564, Nbn.635, Nbn.648, Nbn. 665, Nbn. 671, Nbn. 680, Nbn. 756, Nbn. 765, Nbn. 801, Nbn. 806, Nbn. 829,
Nbn. 892, Nbn. 1020, Nbn.1044, Ner. 002, OIP CXXII 014, OIP CXXII 015, TCL XII 027, TCL XII 087, TCL XII 200, TuM
II/III 020, VS V 013, VS V 030, VS V 035, VS V 051, VS V 053, VS V 056, VS V 062/063, VS V 070/071, VS V 073,
VS V 085, VS V 090, VS V 093, VS V 095, VS V 111, VS V 112, VS V 114, VS V 116, VS V 118, VS V 126, VS V 127,
VS V 128, VS V 130, VS V 133, VS V 141, VS V 142, VS V 149, VS V 150, YOS VI 005, YOS VI 073, YOS VI 196, YOS
VI 197, YOS VI 201, YOS VI 207, [Wunsch, 1993b, 15-16].
70
BM 92997.
71
CBS 1594.

30
Le texte Nbn. 434 (26 / VI / Nbn. 10, Babylone) constitue un exemple typique de contrat
de vente d’esclave de cette période :

Nbn. 434. (1–6) Nabû-ereš, fils de Tabnêa, héritier d'Ahu-bani, a vendu de son plein gré Nabû-dîn-
ipuš, son esclave, pour cinquante sicles d'argent en prix complet, à Nabû-zêr-ibni, fils d'Aqara, héritier
d'Arad-Ea.
(6–9) Nabû-ereš se porte garant contre (tout procès de) protestataire et (de) plaignant et contre tout
procès (réclamant) le statut d'esclave royal ou d'homme libre au sujet de Nabû-dîn-ipuš.
(10–15) Témoins : Arad-Marduk, fils de Kittiya, héritier de Šangû-Ea. Iqišaya, fils de Bêl-zêr-ibni,
héritier de Naš-patri. Marduk-šapik-zêri, fils de Nabû-šum-iddin, héritier de Nadin-še'im. Scribe : Nabû-
balâssu-iqbi, fils de Zêriya, héritier de Banû.
(15 – 16) (Fait) à Babylone, le 26 / VI de l’an 10 de Nabonide, roi de Babylone.

La première phrase constitue la partie opératoire du contrat. Le vendeur, Nabû-ereš, vend


son esclave Nabû-dîn-ipuš à Nabû-zêr-ibni, ici pour cinquante sicles d’argent. Puis, le vendeur doit
se porter garant contre toute éventuelle procédure judiciaire de la part de quiconque contre cette
vente, ou qui annoncerait que l’esclave rendu serait en réalité un « esclave royal » ou de statut libre.
Ensuite, les témoins présents lors de cette vente sont énoncés, servant de preuve que la transaction
a eu lieu et pouvant être convoqués en cas de procès ultérieur. Enfin, le lieu et la date de rédaction
sont notés.
La partie opératoire du contrat constitue l’acte de vente lui-même. Celui-ci s’est fait en
pleine entente entre le vendeur et l’acheteur ; il est accompli « du plein gré » (ina hûd libbišu) du
propriétaire de l’esclave, formule très courante dans les actes de vente de cette période. Concernant
les ventes d’esclave, il n’est pas inutile de rappeler un phénomène qui eut lieu à Nippur lors du
siège de la ville par Nabopolassar à la fin de l’empire néo-assyrien. Plusieurs tablettes datées de la
troisième année de Sîn-šar-iškun documentent des ventes d’enfants effectuées lors de ce siège, de
la part de parents affamés. Ces ventes représentent le dernier recours de ces personnes dans une
situation d’extrême détresse72. Dès lors, indiquer le consentement à la vente du propriétaire d’un
esclave peut être un indice d’un fonctionnement usuel de l’économie, dans un contexte politique
de paix, et que le vendeur n’est de fait pas « forcé » de vendre quelqu’un du fait de sa propre détresse
économique.
La phrase concernant la vente est écrite au passé dans la plupart des contrats de vente
connus. Ces documents sont en effet écrits suite à la transaction effectuée de manière orale. Le
contrat ne représente pas une promesse de vente, mais un document qui peut ensuite être utilisé

72
Pour un plus long commentaire de ces documents et de leur contexte, voir [Oppenheim, 1955].

31
pour prouver la transaction lors d’une éventuelle contestation 73. Dans quelques cas, l’acheteur
nommé n’est pas le futur propriétaire de l’esclave vendu. Les contrats Nbk. 175, VS V 111,
VS V 118 et VS V 128 sont représentatifs de cette situation. Dans ces quatre textes, le propriétaire
final est représenté par son esclave, placé comme acheteur dans leur partie opératoire :

Nbk. 175 (Nbk. 27, 25 / VI, Sippar) : (1-6) Bêl-tuya-ukîn, fils de Nabû-eṭir-[x], a vendu de son plein
gré Nanaia-kiširrat, son esclave pour vingt sicles d'argent en prix exact à Nabû-itti-êdi-alik, l'esclave de Nabû-
balâssu-iqbi, le qîpu de l'Ebabbar.

VS V 111 (Dar. [x], 29 / II, Zabadda) : (1-6) Itti-Nabû-balâṭu, fils de Šamaš-rê'ua, héritier de Zabadda,
a vendu de son plein gré Nanaia-tuqnu, son esclave […], pour deux mines d'argent brillant à 1/8ème
d'impureté en prix complet à [x]-ua, esclave de Nabû-tattannu-uṣur.

VS V 118 (Xer. 4/8, 25 / VI, Dûr) :(1-7) Kununib, fils de Pasiria, a vendu de son plein gré fUhi[...]ta,
son esclave, marquée sur sa main au nom de Kununib, pour deux mines d'argent brillant, de qualité ordinaire
à 1/8ème d'impureté, en prix complet à Bêl-rimanni, esclave de Napsannu, fils de Tattannu. (7-12) Bêl-rimanni,
esclave de Napsannu, a payé les deux mines d'argent blanc de qualité ordinaire à 1/8ème d'impureté,
fractionné, à Kununib, fils de Pasiria pour le prix d'fUhi[...]ta.

VS V 128 (règne d'Artaxerxès) (1-5) (fAmat-Bêltiya, fille de) Nabû-aqabi a vendu fRahima', son esclave,
marquée sur sa main droite (au nom d'fAmat-Bêltiya, fille de Nabû-aqabi, pour trente sicles d'argent (en prix)
complet à Aplaya, fils de Bêl-zabaddu, (esclave de) Tannitu-Bêl, fils d'Erîba. (5-8) Aplaya, fils de Bêl-zabaddu,
esclave de Tannitu-Bêl, fils d'Erîba, a payé les trente sicles d'argent à fAmat-Bêltiya, fille de Nabû-aqabi, pour
le prix de fRahima', son esclave.

D’un point de vue juridique, rien n’empêche donc le propriétaire d’être représenté par
quelqu’un d’autre au moment de l’achat, et il n’est pas impossible pour un esclave d’être cet agent
de son maître dans une telle transaction. Le cas inverse où le vendeur est représenté par quelqu’un
est beaucoup plus rare, voire possiblement inexistant. Deux cas de contrats où le vendeur est un
esclave nous sont connus :

CBS 1594 (Dar. II 9, 22 / XII, Bît Minû-ana-Bêl-dânu) : (1-7) Nabû-dilînî, esclave de Minû-ana-Bêl-
dânu, a vendu de son plein gré fAttar-dannat, son esclave, dont la main droite est marquée au nom de son
maître Tahhûa, fils de Bêl-ušallim, ainsi que fNanaia-bulliṭininni, fille non sevrée agée d'un an (d'fAttar-

73
Nous ne connaissons qu’un seul cas où la partie opératoire mentionne un transfert dans le futur de l’esclave
vendu : Nbn. 756:6, « adannu ana muhhi iškunnu », soit « ils ont placé un terme (d’échéance pour la vente) ». La
phrase suivante confirme l’acte de vente et le contrat constitue, là encore, la preuve de la transaction.

32
dannat), pour quatre-vingts sicles d'argent purifié en prix complet74, à Marduk-šum-ukîn, fils de Bêl-erîba.
(7-10) Nabû-dilînî a reçu l'argent, quatre-vingts sicles pour le prix de ses esclaves fAttar-dannat et
fNanaia-bulliṭ-ininni, dans sa totalité, des mains de Marduk-šum-ukîn ; il a été pleinement payé. (10-13) Si une
réclamation a lieu au sujet de ces esclaves, fAttar-dannat et fNanaia-bulliṭininni, [Nabû-dilînî?] supprimera
(toute réclamation) liées à celles-ci et les donnera à Marduk-šum-ukîn.

CBS 12849 (Dar. II 5, 03 / XIIb, Suse) (1-5) Bel-ahhiani’, fils de Mušêzib-Bel75, l’esclave de Šatahma’,
a vendu de son plein gré son esclave Bel-natanu dont la main droite était inscrite au nom de son propriétaire
précédent, Huru, [fils de NP?], à Bel-ab-uṣur, fils de Bel-bullissu, pour un prix complet de cinquante-cinq
sicles d’argent raffiné.(5-8) Les cinquante-cinq sicles d’argent, prix de Bel-natanu, son [esclave], Bel-ahhiani,
fils de Mušêzib-Bel, l’esclave [de Šat]ahma’, les a reçus en paiement des mains de Bel-ab-uṣur, fils de Bel-
bullissu.(8-12) Si une réclamation concernant cet esclave apparaît, Bel-ahhiani supprimera (toute réclamation)
lié à cet esclave et le donnera à Bel-ab-uṣur. S’il ne supprime pas (la réclamation) et ne le donne pas, il
donnera 1 mine d’argent.

Dans ces deux contrats, le vendeur est un esclave et se porte garant de la vente de manière
certaine dans CBS 12849. Juridiquement, rien n’empêche ainsi un esclave de vendre un autre esclave,
et il est tout à fait possible que dans ces deux cas les esclaves vendeurs soient propriétaires attitrés
des esclaves vendus. Une différence notable par rapport aux personnes libres étant que cette
propriété n’est pas transférée à la famille de l’esclave mais au maître, à la maîtresse ou à leur famille.
Dans tous ces contrats, le statut de marchandise de l’esclave se voit pleinement affirmé. Il
s’agit d’un transfert de propriété contre une somme d’argent – cette propriété d’un bien mobilier
est aliénable, dans le sens où celui qui en dispose peut s’en séparer contre un prix établi entre les
deux parties. Ce contrat ne dit en général rien de l’éventuelle fonction de l’esclave au sein du foyer
de l’acheteur76. L’esclave est un bien qui peut être vendu, c’est ce que l’on peut déduire et que l’on
vérifie dans l’ensemble de la documentation constituée par les contrats de vente d’esclave.

74
Le prix est celui de deux esclaves féminines. Les enfants esclaves ne coûtent en général que quelques sicles
d’argent, du fait de leur incapacité à travailler et de l’incertitude concernant leur survie jusqu’à l’âge adulte. Il
est très rare de voir une mère esclave séparée de son enfant dans les contrats de vente et divers cas de
transmissions d’esclaves.
75
L’ascendance d’un esclave n’est pas mentionnée la plupart du temps. Nous observons toutefois, sur l’ensemble
de notre période, une plus grande fréquence de la mention de l’ascendance d’un esclave. Il est possible que cela
soit dû à un plus grand souci accordé à l’identification des esclaves dans la rédaction des tablettes, qui connaît
son apogée à la fin de l’époque achéménide par l’enregistrement systématique des ventes d’esclaves auprès de
l’administration royale, comme l’indique [Stolper, 1989].
76
Trois exceptions : Nbn. 336, où l’esclave Nabû-aha-rimanni est désigné comme boulanger ; VS V 051, où
l’esclave Guzanu est lui aussi boulanger ; YOS VI 005, avec Nabû-silim, esclave barbier.

33
Nbn. 434 (Nbn. 10, 26 / VI, Babylone) peut constituer un contrat-type. À ces formules
peuvent s’ajouter des caractéristiques plus précises de l’esclave, ou d’autres garanties concernant le
statut de l’esclave vendu. Les caractéristiques des esclaves vendus se limitent à l’âge, à de possibles
maladies, très rarement au métier. Les noms des esclaves peuvent aussi donner un indice sur leur
origine ethnique, mais il n’est pas rare de voir des esclaves d’origine non-babylonienne porter des
noms babyloniens77.
Il n’est pas rare non plus de voir mentionnées des marques présentes sur le corps des
esclaves vendus. Il s’agit le plus souvent du nom du maître actuel ou précédent, écrit sur une des
paumes de l’esclave78. Ceci est particulier aux esclaves, qui se retrouvent ainsi, sur leur corps même,
identifié par un statut particulier de bien mobilier, propriété d’une personne. Les mentions de ces
inscriptions sont relativement fréquentes dans les contrats d’époque achéménide, ce qui pourrait
signifier un besoin croissant d’identification précise des esclaves vendus79. Toutefois, la fonction
principale de ce type de marque répond très probablement au besoin de retrouver un esclave qui
se serait enfui afin de pouvoir le ramener auprès de son maître. De même dans le texte Camb.
29080 (Camb. 5, 11 / X, Šahrînu, Egibi), où deux esclaves vendus sont ainsi caractérisés :

Camb. 290 : (1-8) Tabannu, fils de Niqudu, a vendu de son plein gré, pour trois mines d'argent comme
prix exact, un total de deux esclaves à Itti-Marduk-balâṭu, fils de Nabû-ahhê-iddin, héritier d'Egibi : Nergalaya,
marqué, dont les oreilles sont coupées81 et ayant une tache blanche sur son œil, et Alsika-abluṭ, marqué82.

La mention de « marqué » renvoie peut-être à cette inscription au nom du maître. Le terme


akkadien utilisé est uṣṣuru (de la racine akkadienne ‘ṢR, « inciser fortement »83) souvent utilisé pour
cette formulation. Les oreilles coupées de Nergalaya indiquent aussi cette lutte contre la fuite de

77
Ainsi en Camb. 334, où deux esclaves, Nanaia-ittiya et sa fille, sont qualifiées comme étant la « part du butin
de la campagne d’Egypte » (en akkadien : mi-şir-'i-i-tu4 ina hu-bu-ut giš-ban-šú) du vendeur Iddin-Nabû. Elles sont
donc égyptiennes mais renommées avec un nom purement babylonien.
78
[Dandamaev, 1984 : 229‑234]. On retrouve ce type d’inscription sur la main d’un esclave dans les textes
suivants : Camb. 290, Dar. 492, Dar. 537, OIP CXXII 004, VS V 090, VS V 093, VS V 095, VS V 114, VS V 116, VS V
118, VS V 126, VS V 128, VS V 130, VS V 133, VS V 141, VS V 142.
79
Cela peut rejoindre les arguments développés dans [Stolper, 1989], où l’auteur, par l’exemple de contrats de
vente d’esclaves d’époque achéménide tardive, note l’importance de taxes levées sur ces ventes, mentionnées
dans ces documents. L’apparition de nouveaux besoins et de nouvelles pratiques institutionnelles pouvait ainsi
être perçue par l’identification précise des esclaves, nécessaire pour l’administration royale.
80
[Dandamaev, 1984 : 233].
81
Cela indique qu’il s’agit d’un esclave fugitif. Une des manières d’identifier les fugueurs parmi les esclaves est
l’une de ces marques sur le corps de l’esclave, directement visible par quiconque.
82 Texte akkadien : fta-ban-nu dumu-munus-su šà Ini-[qu!?-du!?] / i-na hu-ud lìb-bi-šú Idu-gur-a-[a*] / uş-şu-ru šà

igiII-meš-šú li-tu-ut-[nu] / u pu-şu i-na i-ni-šú u Idal-si*-ka*-[ab*]-luṭ*/ uş-şu-ru pap 2-ta a-me-lu-tu4 / a-na 3 ma-
na kù-babbar a-na Iki-dšú-din / a-šú šà Idnà-šeš.meš-mu a Ie-gi-bi / a-na šám gam-ru-tu ta-ad-din

83
CAD U, p.288, colonne a.

34
certains esclaves : couper une oreille est une punition parfois utilisée sur les esclaves fugitifs84. Un
autre type d’inscription connu est la marque bilingue, documentée en Camb. 143 : l’esclave
féminine fMizâtu est marquée du nom de son maître Itti-Marduk-balâṭu en akkadien et en araméen,
ce qui augmente ses possibilités d’être identifiée et ensuite ramenée à son maître en cas de fuite. Le
besoin d’identification, que ce soit sur le corps de l’esclave comme dans le contrat, paraît très
important par ces quelques exemples aux yeux des normes juridiques en vigueur dans la société
babylonienne.
Pour ce qui concerne les garanties utilisées dans les contrats de vente d’esclaves, peu de
variations sont connues. Le modèle du contrat-type est le plus souvent respecté par le scribe, et ces
garanties servent avant tout à rappeler le rôle du vendeur lors d’un procès futur et que l’esclave
vendu ne relève pas d’un autre statut juridique ou d’une autre institution.
Ces statuts se limitent à ces catégories : « esclave royal » (arad šarri), « personne libre » (mâr
bani), « oblat »85 (širku), šušanu86. Ces deux derniers statuts sont très rarement attestés dans ces
garanties, tandis que les premiers sont constamment référencés. Les cas de contestation de statut
d’esclave que nous connaissons, sur lesquels nous reviendrons plus tard, sont parfois des conflits
entre le temple de l’Eanna d’Uruk et des particuliers. Le statut de l’esclave comme oblat y est avancé
au cours de ces procédures juridiques afin que l’esclave revienne dans le giron du temple. Certaines
procédures concernent aussi le statut de mâr bani d’un ou plusieurs esclaves. Nous ne connaissons
aucun cas de contestation de statut d’un esclave où celui ou celle-ci serait présenté(e) comme
« esclave royal », alors que cette garantie est une des plus courantes. Les scribes suivaient un modèle
d’écriture normé pour ce type de document, mais les références à d’autres statuts, bien que peu
nombreuses, montrent une adaptation aux réalités sociales présentes en Babylonie.
Quelques garanties, très rares, offrent des éléments intéressants quant aux normes
juridiques présentes à cette époque. Un texte mentionne l’existence d’un document pouvant être
attaché à l’esclave et permettant, là encore, son identification.

YOS VI 196 (Nbn. 8, [x] / IV, Uruk) : (6-10) Arad-Bêl, fils de Šuzubu, et Balâṭu, fils de Šuzubu, se portent
garants contre (tout procès de) plaignant et contestataire et (contre tout procès clamant) le statut d'homme libre
pouvant avoir lieu au sujet de Nabû-šulum-šukun. (10) Ils sont responsables l'un de l'autre. (11-12) Ils garantissent le
document (sipru) de Nabû-šulum-šukun pendant cent jours.

84
[Oppenheim, 1944] fait ainsi référence à l’article 265 du Code d’Hammurabi comme punition possible pour
l’esclave fugitif. Cette pratique a pu ainsi être utilisée par le maître pour sanctionner son esclave.

85
Garantie présente en VS V 114, VS V 128 et Fort. 11786.
86
Garantie présente en Dar. 212 et PBS II/I 065.

35
Ce qui est traduit par « document » est en akkadien sipru, mot d’orgine araméenne, et il
s’agirait d’un texte sur support souple comme du parchemin, très probablement en araméen. Sa
garantie n’est que temporaire, ce qui indiquerait une plus grande confiance accordée au support en
argile dans un cadre juridique, conservé par l’acheteur. Cette limite dans le temps peut se
comprendre comme une certaine méfiance envers ce parchemin comme preuve d’identification de
l’esclave.
Une autre garantie concerne la possibilité d’un « vice caché » qu’on tente de prévenir dans
le contrat en cas de procédure juridique future :

Nbk. 346 (Nbk. 38, 13 / IV, Kiš, Egibi) : (6-11) Pir'u, fGagaya et Zêriya se portent garants contre
(tout procès de) plaignant et contestataire et (contre tout procès concernant) le statut d'esclave royal et
d'homme libre au sujet de Bariki-ilî, leur esclave. Pir'u et Gagaya se portent garants (que) Bariki-ilî ne
s’enfuira pas et ne mourra pas pendant une période d'un an.

De nouveau, ce souci de la fuite de l’esclave est indiqué dans une clause juridique d’un
contrat. Ici, il s’ajoute à la possibilité du décès de l’esclave dans l’année suivant la vente. Les garants
sont deux des vendeurs et si la conséquence en cas de fuite ou de mort n’est pas indiquée, il est
fort possible qu’ils doivent rembourser la somme d’argent payée par le vendeur.
Les conséquences d’une réclamation ou d’une plainte pour les garants sont elles aussi
rarement indiquées. Quelques textes présentent toutefois l’action la plus courante suite à une
plainte : « umû paqari ina muhhi (nom de l'esclave) ittabšû (nom du vendeur) umarraqam-ma ana (nom
de l'acheteur) inamdin », ce que l’on peut traduire par « le jour où une réclamation se produira au
sujet (de l'esclave), (le vendeur) supprimera (toute réclamation) et le donnera (à l'acheteur) »87. En
cas de plainte, le vendeur se doit ainsi d’adopter un rôle actif afin de régler ce problème et s’assurer
du statut de l’esclave, afin de le remettre à son propriétaire désormais légitime. Il n’est pas fait
mention d’une punition en cas de faille à remplir cette obligation, excepté en CBS 12849 et dans
un autre contrat, TCL XII 037 :

TCL XII 037 (Nbk. 2, 29 / IV, Borsippa) : (6-9) Si une plainte ou une contestation apparaît à leur
sujet, Ilu-bani devra rendre (l'argent) et le remettre à Nabû-mukîn-zêri.

CBS 12849 (Dar. II 5, 03 / XIIb) : (8-12) Si une réclamation concernant cet esclave apparaît, Bêl-
ahhiani supprimera (toute réclamation) lié à cet esclave et le donnera à Bêl-ab-uṣur. S’il ne supprime pas (la
réclamation) et ne le donne pas, il donnera 1 mine d’argent.

87
Garantie présente dans les contrats CBS 1594, CBS 12849, Dar. 492, VS V 070/071, VS V 093, VS V 095, VS V
118, VS V 126, VS V 142.

36
Dans ces deux cas, une compensation financière de la part du vendeur doit être donnée à
l’acheteur, soit en rendant l’argent de la vente, soit par une somme établie dans une clause juridique.
Il y a là probablement un rôle de prévention de procès en faisant en sorte que le vendeur assume
son rôle de garant, et de confirmation de l’acheteur comme nouveau propriétaire de l’esclave. Tout
ceci relève d’une possibilité indiquée dans cette catégorie de sources que les sources permettent
rarement de vérifier ; si des cas de contestation du statut des esclaves existent, ceux d’une vente
sont extrêmement rares. Un document de l’archive des Egibi est lié à une telle situation :

Dar. 429 (Dar. 16, Babylone?, Egibi) : (1-8) […] fNanaia-[x] […] Madânu-bêl-uṣur, Bêl-gabbi-
[bêlumma] […] fAhassunu, fHašdayyitu, un total de [?] esclaves88 ont été vendus par fAmat-Bâba, fille de
Kalbaya, fils de Nanaya, de son plein gré pour vingt-quatre mines d'argent à 1/8ème d'impureté et de qualité
ordinaire, le vingt-huitième jour du mois d'Elûlu, la seizième année du règne du roi Darius, à Marduk-bêlšunu,
fils d'Arad-Marduk, héritier de Šangû-Ea.(8-10) Les vingt-quatre mines d'argent du prix des esclaves,
enregistrées par écrit, n'ont pas été données par Marduk-bêlšunu à fAmat-Bâba.(11-16) Le contrat de vente de
ces esclaves a été [scellé] selon le souhait d’fAmat-Bâba au nom de Marduk-bêlšunu. Le contrat de vente de
ces esclaves, Marduk-bêlšunu (a donné (?)) […] en retour à fAmat-Bâba. Quand une copie de la tablette
apparaîtra, elle (sera) à fAmat-Bâba.

Nous reviendrons plus loin sur le contexte de ce document, ce qui est intéressant ici est la
procédure juridique que l’on y décèle. La vente de plusieurs esclaves fut annulée, et plusieurs actions
sont prises pour empêcher toute procédure juridique liée à cette transaction passée. Les différents
esclaves sont nommés, et leur valeur est rappelée. La somme d’argent qui aurait dû être payée ne
l’a pas été, et dès lors le contrat de vente qui fut établi (et qui se retrouve logiquement en possession
du nouveau propriétaire pour qu’il puisse prouver son statut de maître des esclaves) est rendu à la
vendeuse fAmat-Baba. Si une autre copie de ce contrat a été établie, elle doit lui être rendue. Tout
ceci a pour but de rendre nulle et non avenue la transaction, selon le souhait de la vendeuse. Les
normes juridiques de l’époque évitent toute contestation possible d’une action par l’usage de l’écrit,
et la présence des deux parties est nécessaire pour une telle procédure.
Enfin, dans l’écriture des contrats, la mention des témoins est un usage courant. La grande
majorité de ceux-ci sont des hommes de statut libre, souvent des notables et des proches des parties
concernées. Un contrat mentionne dans ses témoins un esclave, Nbn. 892:16 : il s’agit « [d’]fIla-
gabru, esclave de Nusku-nadin-ahi ». Ceci est relativement rare par rapport à l’ensemble de la

88
Les esclaves concernés sont hérités selon la tablette Dar. 379 (Dar. 14, 24 / XI, Babylone, Egibi). Nous
reviendrons sur ce document plus loin.

37
documentation des périodes qui nous intéressent, mais indique qu’il n’était pas impossible pour un
esclave d’être témoin, et donc de servir de « preuve orale » en cas de procédure judiciaire liée à une
vente d’esclave, en ajout de la preuve écrite que constitue la tablette elle-même.

L’établissement de ces normes juridiques des contrats de vente d’esclave nous permet de
bien comprendre le statut de l’esclave au moment de l’établissement de la propriété d’un nouveau
maître. Nous ne disposons pas de la documentation des siècles précédant la période néo-
babylonienne concernant l’esclavage ; nous le percevons dans le secteur privé de la société
babylonienne par des tablettes documentant les usages courants de l’économie et du droit au cours
de cette période. La vente d’esclave est l’un des phénomènes, parmi d’autres, documentant les
particularités de la dépendance privée dans cette société.
Nous avons ici présenté les normes juridiques entourant les ventes d’esclaves, qui nous
permettent bien de percevoir l’esclave comme une marchandise. Son identité y est indiquée ainsi
que des marques plus précises lorsque cela est nécessaire, afin de bien déterminer par écrit les
caractéristiques de l’esclave, mais aussi afin de prévenir sa fuite. Les garanties concernant la vente
elle-même et le statut de l’esclave vendu sont importantes, et permettent de résoudre à l’avance
tout problème pouvant apparaître suite à la vente. Tout est fait afin que la transition du statut de
propriétaire d’un particulier à un autre soit fixée par écrit et ne puisse être contesté dans un cadre
extérieur au droit. Pour percevoir les réalités plus complexes de ce type de dépendance, notamment
d’ordre socio-économique, il faut prendre en compte une documentation plus large et insérer ces
contrats de vente dans leur contexte archivistique, lorsque ceci est possible.
Pour continuer l’étude des normes juridiques liées à l’esclavage privé, nous allons
maintenant nous intéresser aux différents cas de transmission d’esclave de particulier à particulier
ou de particulier à institution.

Normes juridiques des transmissions d’esclave

Tout comme les contrats de vente d’esclave, les divisions d’héritage, établissements de dot
pour un mariage ou donations d’esclave à une divinité correspondent le plus souvent au même
modèle d’écriture pour chacun de ces types de document. L’usage de ces tablettes, conservées dans
les archives des familles ou institutions correspondantes, est de pouvoir prouver une procédure
passée en cas de litige. C’est particulièrement le cas pour les héritages et les dots, qui peuvent être
objets de conflits entre membres d’une même famille. Il s’agit de transferts définitifs de la propriété

38
d’un ou une esclave ; nous ne mentionnerons pas ici les cas de mises en apprentissage ou en gage
d’esclaves, qui peuvent certes s’apparenter à un transfert de propriété mais qui ont vocation à être
temporaire, les termes mettant fin à cette disposition de l’esclave par une autre personne que son
maître étant en général mentionnés dans ces textes.
Plusieurs cas d’héritages comportant des esclaves nous sont connus89. Lors du décès d’une
personne de la famille, son patrimoine ou une partie de celui-ci se retrouvait divisé si plusieurs
héritiers existaient. Une tablette de division d’héritage suit le schéma suivant : présentation des
héritiers et de leur ascendant – présentation et division des biens hérités, avec diverses précisions
quant à la nature de ces biens – garanties juridiques – liste des témoins, lieu et date de rédaction.
Cyr. 168 (Cyr. 4, 29 / IV, Babylone) représente un cas typique de division d’héritage :

Cyr. 168 : (1-5) Tablette des parts (d'héritage) de Rêmût, fils de Kurbanni-Marduk, héritier d'Ur-
Nanna, et Ea-ibni, son frère, fils d'Ea-kaṣir, héritier de Šangû-Ea ; ils se sont partagés la dot de fṢiraya, leur
mère. (6-10) À l'intérieur des six cannes de maison que fṢiraya, leur mère, a achetées par de l'argent de sa dot,
Rêmût, fils de Kurbanni-Marduk, prendra trois cannes comme sa part (d'héritage), là où il le désire.(10-12) Ea-
ibni, fils d'Ea-kaṣir, héritier de Šangû-Ea, prendra trois cannes comme sa part (d'héritage), là où il le désire.(12-
17) (Concernant) Puršû et Nabû-rême-šukun, (faisant partie) de la dot de fṢiraya, leur mère : Rêmût retirera
Puršû comme sa part (d'héritage) ; Ea-ibni retirera Nabû-rême-šukun comme sa part (d'héritage).(18-19) Dans
la dot de fṢiraya, leur mère, […]-mukîn-apli sera leur propriété commune.(20-21) Afin que rien d'écrit (ici) ne
soit altéré, ils auront chacun une copie de ce document.
(22-31) Ce document a été écrit en présence d'Ea-kaṣir, père d'Ea-ibni. Témoins : Nabû-eṭir-napšâti,
fils de Šamaš-ibni, héritier de Nûr-Sîn ; Taqiš, fils de Marduk-šum-uṣur, héritier d’Isinaya ; Zababa-napšâti-
uṣur, fils de Gimil-Gula, héritier de Nâš patri ; Nabû-balassu-iqbi, fils de Dayyan-Marduk, héritier de Sîn-ili.
Scribe : Nabû-mušêtiq-ṣêti, fils de Dayyan-Marduk, héritier de Sîn-ili.
(32-33) (Fait) à Babylone, le vingt-neuvième jour du mois de Tammuzu, la quatrième année du règne
de Cyrus, roi de Babylone.

Dans cette tablette, les biens divisés sont constitués d’une maison et de trois esclaves
(Puršû, Nabû-rême-šukun et [ND]-mukîn-apli), le tout étant partagé de manière égale entre les
deux demi-frères. Le troisième esclave est considéré comme une propriété commune à Rêmût et
Ea-ibni, étant ainsi la propriété d’un foyer plutôt que d’un unique maître. Le patrimoine ici hérité
provient de la dot de leur mère, conservée ainsi tout au long de sa vie et constituée d’argent converti
en bien immobilier et d’esclaves. Ces deux biens n’ont d’un point de vue juridique aucune

89
Par exemple : [Abraham, 2007], Cyr. 168, Camb. 365, Dar. 379, [Wunsch, 1993b, 214-5], YOS VI 143.

39
distinction ; ils sont partagés de la même manière au moment de l’héritage. De même, ils reçoivent
chacun une copie de la tablette, toujours dans ce souci d’empêcher toute contestation de l’accord.
Le père d’un des héritiers est présent au moment de l’accord, tout comme divers particuliers issus
de familles importantes (Nûr-Sîn, Sîn-ili) de la ville de Babylone.
Une division d’héritage très importante est celle effectuée après la mort du chef de la famille
des Egibi de Babylone, Itti-Marduk-balâṭu, documentée en Dar. 379 (Dar. 14, 24 / XI, Babylone).
La tablette suit le modèle présenté plus haut et énumère le patrimoine partagé entre ses trois fils
Marduk-naṣir-apli, Nabû-ahhê-bulliṭ et Nergal-ušêzib, constitué d’argent, de nombreuses maisons
et d’environ une centaine d’esclaves90. Là aussi, biens immobiliers et biens mobiliers sont partagés
sans distinction juridique particulière. Marduk-naṣir-apli, fils aîné et représentant principal des
Egibi par la suite, reçoit toutefois bien davantage (une quarantaine d’esclaves, une dizaine de
maisons et de l’argent issu de la vente de maisons) que ses deux frères (qui doivent se partager
cinquante-et-un esclaves et six maisons). L’héritage obéit ainsi à des règles concernant la division
envers plusieurs fils, où le fils aîné est favorisé par rapport au reste de la descendance (les filles
d’Itti-Marduk-balâṭu, notamment, ne sont pas mentionnées dans ce texte). Là encore, les esclaves
ne représentent pas un bien de nature particulière, ils sont transmis d’un propriétaire à un autre
sans plus de détails concernant leur statut ou leurs activités pour la famille ici représentée.
Ces normes juridiques se retrouvent aussi dans un document édité pour la première fois
par Kathleen Abraham91, une division d’héritage au sein de la communauté judéenne de Babylonie :

Abraham 2007 (Dar. 18, 07 / VII, Babylone) : (1-5) (Ce sont les esclaves), part du patrimoine paternel
que Nêr-Yâma et Yâhû-azza, fils de Ahîqam, et Haggâ, Yâhû-izrî et Yâhûšu, fils de Ahîqam, ont divisés
entre eux. (5-6) fNanaia-bihî et dix […] jarres sont la part d'héritage de Nêr-Yâma et Yâhû-azza. (7 -9) Abdi-
Yâhû, l'esclave, et huit jarres sont la part d'héritage de Haggâ, Yâhû-izzrî et Yâhû-šû. (9-13) Les ustensiles de
maison […] demeurent leur propriété commune. […] que Ahîqam, leur père, leurs parts d'héritage autant
que […], ils partageront. (14-15) L'obligation due par Ahîqam, leur père, ils la paieront conjointement.
(16-23) Témoins : Nabû-zêr-[...] : Iddin-Nabû, [fils de] Sîn-ah-iddin ; Bît-il-idrâ, fils de Nabû-šum-
iddin ; Qâda-Yâma, fils d’Amuš-Yâma ; Kakâ, fils de Yâhad-il ; Barîk-Yâma, fils de Banâ-Yâma ; Hanan-
Yâma, fils de Yâhû-kullu ; Nidintu, fils de Nanaia-iddin; Zakar-Yâma, fils de Silim-Yâhû. Scribe : Ša-
Marduk-ul-inni, fils de Nabû-îpuš.

90
Au moins quarante esclaves sont transmis à Marduk-naṣir-apli et Nabû-ahhê-bulliṭ et Nergal-ušêzib en
reçoivent cinquante-et-un. Cela fait un total de quatre-vingt-onze esclaves, probablement plus important mais
les lacunes du texte ne permettent pas de donner un chiffre précis.
91
Un duplicat de cette tablette se trouve dans [Wunsch et Pearce, 2014, texte n°45]. Nous avons ajouté les
lectures de C. Wunsch et L. Pearce à notre traduction.

40
(24-28) [(Fait) à Babylone, le 07 / VII, la dix-huitième année du règne de D]ariu[s, roi de Babylone, roi]
des pays. Chacun [a p]ris (une copie du document). […]qumu, fils de Nabû-uṣalli, témoin.

Si les formulations du document différent quelque peu des deux autres tablettes, la
procédure juridique et la fonction de la tablette demeurent les mêmes. Les biens partagés sont
énumérés, deux esclaves, des jarres et des ustensiles de maison. Les origines judéennes de plusieurs
des parties concernées et de certains témoins sont perceptibles par les références au dieu Yahvé
(Yâhû) ou par des noms typiquement ouest-sémitiques92. Le document retranscrit une procédure
similaire aux divisions d’héritage ayant cours dans les familles urbaines babyloniennes, ce qui
indique une constance du droit quelle que soit la couche sociale concernée par une telle procédure.
La propriété d’esclaves indique toutefois une certaine aisance économique. De nouveau, le transfert
de propriété est établi juridiquement : l’esclave est un bien, une marchandise dans ce type de
documentation.
Les dots accompagnant les épouses au moment de leur mariage ont été très largement
étudiées par Martha T. Roth93. Ces accords entre deux familles prennent la forme d’un contrat où
sont listés les biens que reçoit le mari lorsque sa femme quitte le foyer paternel pour le rejoindre.
Le modèle le plus courant de ce type de document est le suivant : le père de la femme mariée est
nommé, avant d’énoncer les biens promis au mari. Certaines garanties juridiques peuvent être
présentes, notamment celle où il est dit que chaque partie reçoit une copie de la tablette écrite.
Plusieurs cas de dots où des esclaves sont promis pour la dot sont connus94. Citons comme exemple
Cyr. 143 (Cyr. 3, 26 / XI, Babylone, Egibi) :

Cyr. 143 : (1-8) Itti-Marduk-balâṭu, fils de Nabû-ahhê-iddin, héritier d'Egibi, a donné de son plein gré
dix mines d'argent, cinq esclaves et des ustensiles de maison avec fTašmetu-tabni, sa fille, en dot pour (son
mariage avec) Itti-Nabû-balâṭu, fils de Marduk-bani-zêri, héritier de Bêl-eṭiru.
(9-12) Témoins : Šapik-zêri, fils de Nabû-šum-iddin, héritier de Nadin-še'im ; Nabû-apla-iddin, fils de
Šamaš-zêr-ibni, héritier de Bêl-apla-uṣur. Scribe : Rêmût-Nabû, fils de Šamaš-pir'i-uṣur, héritier d'Epeš-ili
(13-15) (Fait) à Babylone, le 26 / XI de l’an 3 de Cyrus, roi de Babylone, roi des pays.

Comme l’ensemble de la dot, les esclaves proviennent du patrimoine de la famille de


l’épouse, et il n’est pas mentionné si ceux-ci sont réservés aux usages domestiques de l’épouse et
du foyer ou s’ils deviennent une partie de la main-d’œuvre de l’époux pour ses activités

92
Pour ces questions d’identification de l’onomastique ouest-sémitique et judéenne, voir les travaux de Ran
Zadok [Zadok, 1978b, 1979a, 2002, 2015].
93
[Roth, 1987, 1989a, 1989c, 1991]
94
Citons BM 30441, BM 33932, BM 33933, BM 33934, Camb. 193, Camb. 214, Camb. 215, Camb. 216, Cyr. 143,
Nbk. 265, Nbn. 760.

41
économiques. Les promesses de dot établissent le transfert de propriété de l’esclave, de la famille
de l’épouse à l’époux – les compétences des esclaves et leurs fonctions futures ne sont pas
indiquées. Les esclaves donnés le sont en même temps qu’une somme d’argent ou des ustensiles
de maison, sans différenciation entre les biens. Un tel document sert à fixer par écrit l’accord entre
les deux parties afin que celui-ci ne puisse être remis en cause aisément lors d’une possible
contestation.
Les donations d’esclave à un temple constituent le dernier type de transfert définitif d’un
esclave. Ce sont des tablettes où le propriétaire de l’esclave ou sa famille, visiblement de sa propre
initiative, déclare donner un ou plusieurs esclaves à une divinité 95 . Ce transfert implique
possiblement un changement de statut juridique et professionnel pour l’esclave, rejoignant la main-
d’œuvre des temples constituée d’oblats. Les raisons pour lesquelles ces personnes choisissent de
consacrer leur esclave au temple ne sont pas données, même si certaines formulations choisies
donnent un caractère religieux à l’acte.

YOS VII 017 (Cyr. 3, 14 / IX, Uruk) :(1-8) Nabû-ahhê-bulliṭ, fils de Nabû-šum-ukîn, héritier de
Šangû-Ninurta, et son épouse fBalṭâ, fille de Bêl-ušallim, héritier de Kûri, ont donné de leur plein gré Aha-
iddin, leur esclave, pour la préservation de leur vie à Ištar. (8-11) Tant que Nabû-ahhê-bulliṭ et Balṭâ vivront,
Aha-iddin sera à leur service. (12-14) Lorsqu'ils mourront, Aha-iddin sera un oblat d'Ištar. (15-17) Qu'Anu et Ištar
prononcent la perte de quiconque changerait (les termes) de cet accord.

La donation de l’esclave par les deux époux « pour la préservation de leur vie à Ištar » (ligne
7, akkadien : a-na tin zi-meš-šú-nu a-na d15) indique une motivation religieuse, un acte de piété envers
la divinité d’Uruk, propre à la rédaction de la tablette. Les raisons de cette piété ne sont pas précisées.
On trouve ensuite une mention courante dans ce type de texte : l’esclave demeure au service de ses
maîtres jusqu’à leur décès. On retrouve cette mention dans TCL XII 03696 ou YOS VII 06697. Ces
textes sont donc plutôt des promesses de donation, peut-être de personnes âgées qui gardent à leur
service leur esclave pour prendre soin d’eux98. Il est bien précisé qu’ensuite, cet esclave devient

95
Camb. 344, GCCI I 361, TCL XII 036, YOS VI 002, YOS VI 056, YOS VII 017, YOS VII 066.
96
TCL XII 036 : (5 – 8) Tant que fKaranâtu vivra, fNanaia-silim et ses enfants serviront dans la maison de fKaranâtu.
(8 – 16)
Le jour où fKaranâtu mourra, aucun gouverneur, commandant, officier ou rab hanše n’aura le contrôle de
f
Nanaia-silim et ses enfants. Ils seront dédiés à la Dame d’Uruk et à Nanaia. (17 – 20) Quiconque changerait ou ferait
changer cet accord, Ištar et Nanaia prononceront sa perte.
97
YOS VII 066 : (13 – 21) Anû-šar-uṣur, qipu de l’Eanna, Nabû-mukîn-apli, šatammu de l’Eanna, Nabû-ah-iddin,
officier royal de l’Eanna, et les scribes de l’Eanna ont confié fNuptaya, Šuqaya, Iddin-Nabû et Nabû-ah-ittannu à
Šamaš-zêr-ušabši. Tant que Šamaš-zêr-ušabši vit, elle le servira. Il ne la désirera pas, il ne la vendra pas, et il ne
la mariera pas à un esclave. Après sa mort, les esclaves appartiendront à Ištar d’Uruk.
98
Pour une étude générale du soin aux personnes âgées durant l’époque néo-babylonienne, voir [Van Driel,
1998a].

42
oblat. C’est aussi le cas en YOS VI 056:4 (Nbn. 4, 04 / VI, Uruk), où les cinq esclaves voués au
temple deviennent des oblats de la déesse Ištar.
Ces donations constituent donc une procédure ayant parfois eu cours par laquelle des
individus choisissent de se séparer de leur esclave pour qu’il rejoigne la main-d’œuvre du temple.
La fonction de ces esclaves n’est pas précisée : on y établit la propriété passée et le transfert
proprement dit. De nouveau, l’esclave est identifié juridiquement comme un bien dont la propriété
est aliénable, à la disposition de son maître. Ce fait juridique distingue les esclaves des personnes
de statut libre.
Si l’on veut déterminer la place sociale et les fonctions économiques de l’esclavage, il faut
néanmoins replacer cette documentation dans le contexte plus large d’une institution que
représente l’Eanna d’Uruk, ou dans les archives privées et les autres documents où l’on retrouve
des esclaves. Tout comme les contrats de vente, les héritages, dots et donations documentent
l’esclave dans une situation passive, et non dans son environnement de travail.

L’esclave comme personne juridique

Il est toutefois possible de trouver dans notre documentation des occurrences d’esclaves
en tant qu’acteurs dans des affaires juridiques ou dans des transactions. Que l’esclave (homme ou
femme) témoigne devant un juge, qu’il soit partie lors d’un procès, ou le plus souvent qu’il soit
acheteur, vendeur, débiteur, créancier dans une action commerciale ou une dette, ces exemples
présentent l’esclave comme acteur juridique et non comme personne passive. Nous étudierons ici
la présence d’esclaves comme témoins dans diverses procédures (transactions ou procès), ou
comme partie dans un procès99.
Il convient toutefois d’étudier le contexte dans lequel ces affaires ont lieu pour bien
percevoir la place de l’esclave, et les replacer dans leurs archives respectives. Nous le ferons ici afin
de comprendre les raisons de la présence d’esclaves dans les sources dont nous disposons, mais
nous verrons aussi cette question (aux conséquences profondes pour notre compréhension du
statut socio-économique de l’esclave) plus loin dans notre travail.

99
Nous verrons plus loin dans notre travail la question de l’esclave comme véritable acteur socio-économique
(et qui est donc, juridiquement, capable de se représenter dans des contrats). Disons simplement pour le
moment qu’il n’y a en soi aucune limite pour l’esclave d’acheter, vendre ou louer des biens, ou d’être créancier
ou débiteur de biens.

43
Une première instance où l’esclave peut être considéré comme acteur d’un point de vue
juridique se vérifie lorsqu’un esclave est retrouvé dans la liste de témoins d’une tablette100. Sur
l’ensemble de la documentation cunéiforme de cette période, il faut bien admettre que le nombre
d’occurrences d’esclaves témoins est infime. Il convient toutefois d’analyser ce fait pour ce qu’il a
d’intéressant dans notre conception de l’esclave privé.

La présence des témoins dans nos sources est nécessaire pour justifier de la légalité d’une
transaction ou d’une procédure juridique101. Un témoin peut être convoqué s’il y a contestation ou
plainte à propos d’un acte passé. Les témoins dans ces listes sont uniquement des hommes ; des
femmes peuvent être indiquées comme présentes lors d’une transaction par l’usage de la clause
« ina ašabi… » (« en la présence de…), mais celles-ci ne sont pas mobilisées comme témoins, et on
ne retrouve que de manière extrêmement rare des femmes comme témoins.
Il est tentant de penser une séparation juridique claire entre esclaves et hommes libres par
l’expression de certains « droits » d’ordre juridique, comme celui d’être témoin dans des contrats.
On peut voir dans cette capacité une forme de reconnaissance d’un statut socio-économique élevé,
d’activité dans les affaires courantes de la société babylonienne. Encore récemment102, une synthèse
des normes juridiques pour l’époque néo-babylonienne exprimait de manière laconique que les
esclaves n’apparaissent pas comme témoins dans les contrats, sauf ceux de personnages de haut-
rang social (le texte Nbk. 031 est ainsi mentionné, où deux esclaves du prince Neriglissar sont
témoins). Toutefois, le nombre de textes où des esclaves apparaissent comme témoins, s’il est
relativement faible par rapport à l’ensemble de la documentation, interroge quant à cette incapacité
juridique. Des esclaves apparaissent comme témoins dans une trentaine de textes publiés, sans
mention ou indication déviant du modèle d’écriture appris par les scribes. Cette incapacité est donc
relative.
Deux textes, édités par Cornelia Wunsch, présentent un cas atypique de présence d’esclaves
dans un document juridique. Il s’agit de Nbk. 439 et BM 59804103 (Nbk. 33, 23 / X, Sippar), datés
du même jour et qui concernent l’adoption d’un jeune enfant abandonné. Une femme non-mariée,
f
Ṣiraya, donne cet enfant en adoption à un homme nommé Nûr-Šamaš, en précisant qu’il a été

100
Documents où l’on retrouve des esclaves témoins : Dar. 327, Dar. 431, GCCI II 084, Nbk. 031, Nbk.175,
Nbk.438, Nbk. 439, Nbn. 270, Nbn. 892, Nbn. 996, PBS II/I 051, PBS II/I 095, PBS II/I 106, PBS II/I 109, PBS II/I
119, PBS II/I 128, PBS II/I 133, PBS II/I 172, PBS II/I 193, TuM II/3 081, TuM II/III 127, TuM II/III 148, TuM II/III
180, TuM II/III 190, VS IV 152, VS V 104, VS V 120, VS VI 184.
101
Pour une étude générale de la présence de témoins dans la documentation néo-babylonienne et achéménide
et des clauses courantes à ce sujet, voir [von Dassow, 1999].
102
[Oelsner et al., 2003 : 930], [Link]. [Dandamaev, 1984 : 398‑400], ne tire aucune conclusion d’ordre
juridique concernant cette présence d’esclaves comme témoins.
103
[Wunsch, 2003a : 219‑221].

44
retrouvé dans la rue. Dans les deux textes, on retrouve les mêmes témoins, dont deux esclaves du
šangû (administrateur de l’Ebabbar) de Sippar, alors nommé Mušallim-Marduk 104 , Arrabi et
f
Zunnaya. Les trois autres témoins sont Šamaš-ana-bitišu 105 , un travailleur du cuir, Adad-aha-
iddin106, fabricant de sceaux, et Nergal-rê’ûa, portier du temple. L’association commune de chacun
de ces témoins au temple de l’Ebabbar fait que cette affaire d’adoption devait avoir un lien avec
celui-ci, malheureusement les deux acteurs de ce texte (fṢiraya et Nûr-Šamaš) sont difficilement
identifiables par la prosopographie disponible, ce qui laisse l’association entre les deux peu claires.
Le fait le plus intéressant pour notre analyse à ce niveau est bien la présence de deux esclaves
comme témoins, dont une femme (qal-lat et présence du signe MÍ précédant un nom propre
féminin). Il s’agit toutefois d’esclaves d’un personnage de très haut rang dans la ville de Sippar, le
šangû chargé de l’administration générale du temple, de son patrimoine foncier et de ses différentes
affaires dans la région de Sippar, ce qui confirme l’analyse de J. Oelsner, B. Wells et C. Wunsch.
On retrouve des esclaves témoins dans le texte Nbk. 438 (Nbk. [x], 10 / X, lieu de rédaction
non lisible), qui retranscrit une transaction plus courante. Il s’agit d’un prêt d’orge entre Nergal-
šar-uṣur, fils de Nergal-ušêzib, le créancier, et Nabû-ušêzib, fils de Nabû-balâssu-iqbi, le débiteur.
Parmi les témoins, deux esclaves aux noms incertains sont présents dans la liste des témoins, un
homme (l. 13) et une femme (l. 16 – 17). Ils sont tous les deux désignés comme « esclave de Nabû-
balâssu-iqbi », le père du débiteur dans la reconnaissance de dette. La famille propriétaire de ces
esclaves est ainsi impliquée dans cette affaire. Comme dans le texte précédent, les esclaves-témoins
font partie des personnes ou institutions ayant un intérêt dans une transaction ou une procédure.
On peut multiplier les exemples de ce type :

• Nbk. 175 (Nbk. 27, 25 / VI, Sippar) : une vente d’esclave au qîpu de l’Ebabbar
Nabû-balâssu-iqbi, représenté par son esclave Nabû-itti-êdi-alik. Un des témoins,
Šalammu, est dit « esclave de Šamaš », et donc possiblement déjà un esclave
personnel au qîpu de l’Ebabbar.
• TuM II/III 127 (Nbk. 35, 30 / I, Babylone) : reconnaissance de dette de quinze
sicles et demi d’argent, dont le débiteur est Šulaya, fils d’Arad-Nabû, héritier d’Ea-
ilûta-bani. Ana-muhhi-Nabû-lumur, esclave de Zêr-Bâbili de la famille Ea-ilûta-bani
et oncle de Šulaya, est présent dans la liste des témoins.

104
[Bongenaar, 1997 : 28], prêtre de Sippar de l’an 22 de Nabuchodonosor à l’an 11 de Neriglissar.
105
[Bongenaar, 1997 : 414‑415].
106
[Bongenaar, 1997 : 367]. Il est selon Bongenaar le seul fabricant de sceaux documenté dans l’archive de
l’Ebabbar.

45
• TuM II/III 081 (Nbk. 42, 04 / II, Borsippa) : une reconnaissance de dette d’orge
à la charge d’Iṣṣur et son épouse Bazîtu envers Lûṣi-ana-nûr-Marduk de la famille
Ili-bani de Borsippa. Un témoin dans ce document est Nabû-uṣurinu, l’esclave de
Zêr-Bâbili, un membre important de la famille Ea-ilûta-bani, liée à la famille Ili-bani
par alliance107.
• GCCI II 084 (AM. 02, 20 / VII, Uruk) : la tablette documente un prêt de sept sicles
d’argent de la part de Bêl-na’id, esclave de Nabû-šâr-uṣur, officier royal, à Kurbanni,
fils d’Ilta. Ša-Nabû-šalim, esclave du même Nabû-šâr-uṣur, est présent comme
témoin.
• Nbn. 270 (Nbn. 7, 09 / XI, Babylone). On retrouve comme témoin Arza’, fils de
Tarrabi, esclave de Belšazzar, prince et concerné par l’affaire de ce texte.
• Nbn. 892 (Nbn. 15, 05 / VI, Babylone) : une vente d’esclave. Addu-liqin vend son
esclave Addu-lusâlim à Nabû-ittiya, le majordome de Nusku-nadin-ahi. Ili-gabri,
esclave du même Nusku-nadin-ahi, est présent comme témoin.
• PBS II/I 051 (Dar. II 2, 07 / VII, Nippur) : une livraison d’argent, de bière et de
farine à Rîmût-Ninurta des Murašû. Deux esclaves d’Arrišittu, noble achéménide,
sont présents comme témoins en la personne de Bêl-ittannu et Bêlšunu ; plusieurs
nobles achéménides sont connus comme propriétaires de terres dans la région de
Nippur et ce texte peut refléter les relations entre eux et la famille des Murašû 108.
On trouve un cas de figure similaire avec les documents PBS II/I 095,
PBS II/I 109, PBS II/I 172 et PBS II/I 193 où Bêl-ittannu, Nabû-ah-ittannu,
Nidintu-Šamaš et Bazuzu, esclaves du prince Artahšaru / Artoxares109 sont présents
comme témoins.
• PBS II/I 106 (Dar. II 5, Nippur) : une déclaration concernant des champs, du
bétail et des céréales de la part de Ribat et Rahim, esclaves de Rîmût-Ninurta, de la
famille des Murašû, à leur maître. Ce document établit le contrat de location de ces
biens envers Ribat et Rahim. On retrouve Pân-Enlil-daggal, Enlil-suppê-muhur et
Iltehri-naqî, eux aussi esclaves de Rîmût-Ninurta, dans la liste des témoins, et ils ont
apposé leurs sceaux sur la tablette110.

107
[Joannès, 1989 : 28‑58], pour la reconstitution de l’histoire des familles Ili-bâni et Ea-ilûta-bâni de Borsippa.
108
[Stolper, 1985 : 66], p. 66.
109
[Stolper, 1985 : 91], [Tolini, 2011 : 525‑526].
110
C’est l’un des rares cas où des esclaves ont des sceaux personnels.

46
• PBS II/I 133 (Dar. II 7, 21 / VI, Nippur) : paiement de l’ilku par Artambari,
responsable des porte-glaives du domaine du prince auprès de Rîmût-Ninurta. Un
de ses esclaves, Bêl-ina-Esagil-lumur, est témoin de ce texte.
• VS V 120 (Artaxerxès I 33, 27 / III, Harru ša Arad-Ea) : document concernant des
livraisons d’orge, dont certaines reçues par Zabinaya, agent de Tattannu111. Ištar-
ittiya-sâlim et Isinaya, deux esclaves de Tattannu, sont présents comme témoins.
• VS VI 184 (Artaxerxès I 39, 11 / IX, Bît-Napsannu) : il s’agit d’une donation de
sept esclaves par une certaine fHannaya à fGigitu et à son fils Bêl-ibni. Plusieurs
esclaves sont présents comme témoins de la tablette.

Ces exemples montrent un lien direct entre les personnes impliquées dans ces affaires et les
esclaves-témoins présents dans chacune de ses tablettes. C’est un phénomène assez courant dans
le reste de la documentation de cette période : les personnes répertoriées comme témoins ont
souvent une relation (familiale, économique) avec les acteurs de la transaction ou d’un procès. Mais
si l’on met en rapport le faible nombre des esclaves qui apparaissent comme témoins, ce lien devient
d’autant plus significatif ; l’incapacité juridique supposée des esclaves à apparaître comme témoin
n’est pas prouvable, mais leur présence comme témoin apparaît avant tout comme un besoin
d’avoir un individu proche du réseau familial ou économique d’un des acteurs impliqués. De plus,
plusieurs de ces esclaves que nous venons de voir sont la propriété de personnes de haut rang
social : šangû de Sippar, nobles achéménides, prince néo-babylonien, membres des familles les plus
importantes des villes de Nippur ou Borsippa 112 . Lorsqu’un esclave apparaît comme « acteur
juridique », il semble bien que ce soit la relation avec son maître et son statut socio-économique
qui prévalent.
Pour aller plus loin dans cette situation de l’esclave comme témoin, plusieurs comptes-
rendus de procès ou pièces à l’usage d’un procès rapportent des témoignages d’esclaves. Ils
représentent ainsi quelques cas où un esclave comme personne juridique se retrouve effectivement
acteur dans notre documentation. Un premier exemple est le texte VS VI 082 (Nbn. 11, 11 / VII,
Babylone), qui présente une liste de témoins devant lesquels un esclave a fait une déclaration :

111
[Jursa, 2005 : 94‑97], consacré à l’archive Tattannu de la région de Borsippa.
112
On peut aussi ajouter les textes VS IV 152, où l’esclave Bêl-eṭiranni de Tattannu, satrape de Transeuphratène,
est témoin, ou VS V 104, où l’on retrouve un esclave de Balâṭu l’abarakku (soit un officier du temple ou de
l’administration impériale), Nidintu, comme témoin. Les liens entre le satrape ou l’officier ne sont toutefois pas
clairs avec les affaires concernées.

47
(1 – 7) Ce sont les témoins devant qui Bêl-eṭir-Nabû, esclave de Marduk-erîba, en présence de Marduk-
erîba et de son fils Nabû-eṭir, a déclaré en ces termes à Ṭabiya, fils de Nabû-apla-iddin, descendant de Sîn-ilî :
« Marduk-erîba et Nabû-eṭir, lorsqu’ils moissonnaient, ont emporté tes semences d’orge. »

(7 – 15) Arad-Marduk, fils de Šapik-zêri, descendant d’Ur-Nanna ; Baniya, fils de Gimillu, descendant
d’Atkuppu ; Nergal-uballiṭ, fils de Ba’iru ; Rêmût-Marduk, fils de Bêl-ahhê-iddin, descendant de Bêlia’u ; Nabû-
ina-îl-enibi, fils de Marduk-zêr-ibni, descendant de Sîn-ilî ; Bêl-šum-ibni, fils de Rêmût, descendant d’Atkuppu ;
Arad-Gula, descendant de Rab-appari.

Il s’agit ici d’une affaire de vol de semences, où l’esclave est témoin à charge contre son
propre maître. Ce type de document, rapportant une déclaration orale en cour de justice et les
témoins qui y furent présents, est assez courant dans la documentation de cette période. Ces
tablettes constituaient des pièces d’un plus large ensemble lié à un procès précis. Elles étaient ainsi
archivées pour pouvoir documenter cette affaire, comme des pièces à conviction113.

VS VI 082 fait partie de l’archive de Sîn-ilî114, dont un protagoniste important est Ṭabiya,
fils de Nabû-apla-iddin, descendant de Sîn-ilî. L’agriculture constitue sa principale activité, et
l’affaire documentée par cette tablette rentre visiblement dans ce secteur de l’économie. Marduk-
erîba et son fils Nabû-eṭir ont pu travailler pour le compte de Ṭabiya, et des semences d’orge
semblent avoir été dérobées. Le témoignage de leur propre esclave contre eux a un poids important,
il est très rare de voir agir ainsi un esclave contre les intérêts de son maître115. Son témoignage est
enregistré comme celui de n’importe quel individu – il n’y a pas de séparation stricte de ce point de
vue entre esclave et homme libre, la décision finale étant laissée au(x) juge(s). On peut remarquer
que les témoins comportent des membres de familles connues de Babylone et Borsippa : Sîn-ilî
(Babylone), Atkuppu116 (Borsippa), Bêlia’u117 (Borsippa) ; cela indique la certaine uniformité socio-
économique des témoins appelés dans ce type de situation, et la proximité entre Babylone et
Borsippa construit des intérêts communs dans la région entre ces familles, surtout en ce qui
concerne l’agriculture et la propriété de patrimoine foncier.

Une situation assez similaire se retrouve dans YOS VII 010 (Cyr. 1, 01 / XII, Uruk, Eanna) :

(1 – 14) Nabû-rêṣûa, esclave de Lâbâši-Marduk, fils d’Arad-Bêl, descendant d’Egibi, a parlé à Nabû-mukîn-
zêri, fils de Nadin, descendant de Dabibi, šatammu de l’Eanna, et à Nabû-ah-iddin, l’officier royal responsable de

113
[Holtz, 2009 : 100‑116], pour une analyse des normes juridiques de ce type de document.
114
[Jursa, 2005 : 69‑71], présente cette archive de Babylone. Voir notamment [Dandamaev, 1986a ; Wunsch,
1988].
115
Il n’en est pas fait mention dans le texte, mais il n’est pas impossible que l’esclave ait été torturé pour obtenir
de lui cette déclaration. Voir [San Nicolò, 1933b] sur ce type de pratique.
116
[Jursa, 2005 : 80].
117
[Jursa, 2005 : 81‑82].

48
l’Eanna, en ces termes et sans avoir été torturé118 : « Dans la nuit du 28 / IX, Iddina, fils de Lâbâši-Marduk,
descendant d’Egibi, a volé un mortier à cumin (eru hašimur)119 appartenant à Ištar-ah-iddin, fils d’Ištar-šum-uṣur,
descendant de Nabû-šarhi-ili depuis les mortiers de la Dame d’Uruk. Il l’a déposée dans la maison de son
père. » Nabû-lu-dari, esclave de Baniya, fils de Taribi, en a témoigné, et Hašdaya, frère d’Iddina, a déclaré devant
l’assemblée : « Le mortier à cumin volé depuis l’entrepôt d’Ištar-ah-iddin, je l’ai vu dans la maison de Lâbâši-
Marduk, mon père. »

L’ensemble du document est ainsi constitué de deux déclarations, dont la plus longue est
celle de l’esclave Nabû-reṣûa, propriété de Lâbâši-Marduk, auprès des plus hautes autorités de
l’Eanna d’Uruk, le šatammu et l’officier royal du temple. Elles concernent le vol d’un mortier à
cumin depuis les réserves d’outils du temple par le fils du chef des prébendiers boulangers, ce qui
explique l’implication des administrateurs du temple. De nouveau, c’est l’esclave de la famille qui
apporte son témoignage à charge contre Iddina. Il est confirmé par le frère de ce dernier. Ce sont
donc des proches de la personne accusée qui se retrouvent à témoigner en cour de justice contre
lui. L’esclave se retrouve convoqué comme acteur juridique dans un cas où sa proximité avec les
personnes impliquées est avérée. Il est de plus témoin du vol, tout comme le frère du voleur
présumé indique avoir vu l’objet dérobé dans la maison de son père.

Même cas de figure impliquant un responsable de l’Eanna avec le texte YOS VII 007 (Cyr.
1, 03 / VI Uruk, Eanna), documentant les vols réalisés par Gimillu, fermier général de l’Eanna120 :

(Col. III, l. 30 – 43) (Concernant) Šamaš-ah-iddin, fils de Nabû-šum-ukîn, berger de la Dame d’Uruk, qui n’est
pas entré dans l’Eanna avec son petit bétail pendant 10 ans, et lorsque les représentants et les scribes de l’Eanna
ont écrit à Gimillu à propos de Šamaš-ah-iddin, Gimillu a vu Šamaš-ah-iddin mais ne l’a pas amené à l’Eanna.

Laqipi, l’esclave de Šamaš-ah-iddin, a déclaré : « Gimillu a pris 720 litres d’orge, 2 sicles d’argent, 1
mouton, des mains de Šamaš-ah-iddin et son fils Ṣillaya, puis après avoir enchaîné Ṣillaya, fils de Šamaš-ah-iddin,
il l’a libéré ». Gimillu a répondu ainsi : « Excepté un mouton, je ne lui ai rien pris ». Sîn-ibni, fils de Nanaia-ereš,
en présence de Gimillu, a confirmé (ceci) en ces termes : « En ma présence, Nabû-udammiqanni 2 sicles d’argent
pour Ṣillaya […] ».

Ces déclarations font partie de l’ensemble plus large de rassemblement de témoignages à


charge contre Gimillu, la plupart concernant des accusations de vol contre lui. Ce passage est le
seul où un esclave privé est convoqué. Le passage précédant la prise de parole de Laqipi est

118
Il est parfois fait mention d’un interrogatoire dans ce type de sources, qui pouvait être accompagné d’actes
de violence physique ou psychologique contre les personnes interrogées. Ici, la mention est faite afin d’indiquer
que le témoin fait cette déclaration de son plein gré. Voir [Holtz, 2009 : 288‑289] sur ce problème.
119
Eru est le terme akkadien pour mortier (CAD E p. 323 – 4). Hašimur a été interprété comme étant du cumin
ou du carvi (voir Meissner, MAOG 11/1-2, p. 41).
120
Pour une édition du texte et une analyse, voir [San Nicolò, 1933a]. Nous aurons l’occasion de revenir sur le
cas très intéressant de Gimillu à plusieurs reprises dans notre travail.

49
intéressant et concerne son maître Šamaš-ah-iddin. Ce dernier doit visiblement être amené par
Gimillu pour participer au procès, mais cela n’a pas été possible. L’esclave se retrouve à être seul à
témoigner concernant la saisie de biens de son maître (orge, argent, ovin) et la mise aux fers de son
fils. Il s’agirait ainsi d’un vol sous la menace et avec violence. Gimillu dément avoir volé ces biens,
à l’exception du mouton, mais un certain Sîn-ibni est présent et semble confirmer le vol d’argent
(le texte est toutefois cassé à cet endroit et il manque le verbe de la phrase).
Les exemples de témoignages d’esclaves au cours de procédures judiciaires et qui ne les
concernent pas directement sont très rares. Ces trois exemples sont les plus clairs dans la
documentation publiée. Ils présentent des situations où des esclaves témoignent contre leur maître
(VS VI 082 et YOS VII 010) ou en lien avec une affaire qui concerne leur maître (YOS VII 007) ;
aucun n’indique un cas où un esclave témoigne sur une situation où il n’a pas de lien de dépendance
avec une partie impliquée dans un procès.
Cette relation de maître à esclave peut même être remise en cause par les juges : deux
esclaves témoignent à charge contre leur propriétaire pour des vols. Face aux autorités judiciaires,
la prééminence sociale s’efface devant les besoins de preuves. Il faut nuancer cette analyse : de
manière générale, dans les affaires présentées aux juges et que l’on peut lire dans les sources
juridiques qui nous sont disponibles, ce sont souvent des proches qui sont amenés à témoigner, du
fait des circonstances mêmes durant lesquelles un crime ou un délit peut avoir lieu. Il n’est pas
étonnant qu’un esclave, proche de son maître et de sa famille, soit ainsi amené à témoigner pour
les besoins des institutions politiques ou religieuses des villes babyloniennes.
Si les esclaves témoins dans les procès sont assez rares, les esclaves étant parties dans une
affaire judiciaire sont plus nombreux. Qu’ils soient accusés ou qu’ils aient décidé d’en appeler à la
justice pour un problème qui les concerne, la documentation disponible présente des cas de nature
différente et les normes juridiques ne semblent pas connaître de modification lorsqu’un esclave
apparaît dans une telle situation. En voici quelques exemples :

• TCL XII 070 (Ngl. 3, 15 / XIIb, Uruk) : appel à témoins concernant un vol d’orge
réservé à la déesse Ištar par Ina-ṣilli-Ištar, esclave. Ce dernier est condamné à
rembourser l’orge trente fois si ce méfait est prouvé, sinon il est libre.
• Nbn. 1113 (Nbn. 10+, 17 / VIII, Bît-šar-Bâbili) : compte-rendu de procès suite à la
plainte de l’esclave Barik-ilî devant les juges du roi Nabonide. Il conteste son statut
d’esclave et dit être une personne libre. Après examination de différents documents
(contrats de vente, de dot, donation) le statut d’esclave de Barik-ilî est confirmé.

50
• YOS XIX 101 (Nbn. 10, 04 / XII, Babylone) : affaire concernant un vol de dattes
inscrite dans une association commerciale. Nergal-rêṣûa, alors esclave d’Iddin-
Marduk de la famille Nûr-Sîn, était chargé de la réception de dattes envoyées par
son maître par bateau. Le batelier, Amurru-natan, est accusé du vol et s’enfuit. Les
juges de Nabonide prennent la décision de condamner Amurru-natan au
remboursement des dattes.
• YOS VI 134 (Nbn. 10, 19 / V, Uruk) : demande de témoignage concernant Bêl-
tuklatûa, esclave de Nabû-bân-zêri, chargé d’aller à Temâ et qui, en revenant en
Babylonie, l’aurait vendu. Si un témoin apparaît, il doit rembourser ce chameau.
• Selon le document Nbn. 679121 (Nbn. 12, 20 / XIIa, Babylone), il est dit que si
f
Amtiya, esclave d’Itti-Marduk-balâṭu de la famille des Egibi, témoigne contre Nûr-
Sîn, fils de Šamaš-ah-iddin, descendant de Rab banê, en déclarant : « Tu as entendu
parler de ma fuite », Nûr-Sîn doit payer une compensation non-précisée au maître
d’fAmtiya. Quelques jours plus tard, Nbn. 682122 (Nbn. 12, 25 / XIIa, Babylone)
prononce l’interdiction faite à une esclave, fAmtiya, et à un certain Guzanu de se
fréquenter. Si Guzanu est vu avec elle, il devra payer 0.0.3. kur d’orge (18 litres) par
jour où elle est auprès de lui à son maître. Les relations d’fAmtiya sont donc
contrôlées par son maître et peuvent faire l’objet de telles procédures.
• BM 114524123 (Nbn. 16, 23 / IV, Uruk) : déclaration de Nabû-silim, esclave de
Nabû-šar-uṣur, concernant le meurtre de deux chiens qu’il a accompli, confirmé
par son épouse. Elle est effectuée devant les administrateurs de l’Eanna et de
plusieurs officiers du temple.
• YOS VII 066 (Cyr. 7, 23 / VII, Uruk) : une esclave, Nuptaya, déclare avoir été
consacrée à l’Eanna. Son maître Nadin-ahi est décédé et le frère de celui-ci, Šamaš-
zêr-ušabši, a emporté cette esclave, alors qu’elle aurait dû rejoindre les rangs de la
main-d’œuvre du temple. Plusieurs de ses enfants sont nés lors de son esclavage
auprès de Šamaš-zêr-ušabši. Les autorités du temple décidèrent de confier l’esclave
et ses enfants à ce dernier, mais à sa mort, Nuptaya et ses enfants deviendront des
širkû de l’Eanna.
• AnOr VIII 056 (Cyr. 7, 12 / X, Uruk) : ensemble de déclarations concernant la
propriété d’un esclave. L’esclave Abi-ul-idi déclare aux autorités de l’Eanna être la

121
[Dandamaev, 1984 : 133 ; Wunsch, 1997 : 87]
122
[Dandamaev, 1984 : 134 ; Wunsch, 1997 : 87‑88]
123
[Jursa, 2014 : 12].

51
propriété d’un certain maître. Un autre individu, Bêl-lê’u, revendique cet esclave.
Les administrateurs du temple remettent à plus tard une décision définitive à ce
sujet.
• YOS VII 189 (Camb. 6, 07 / II, Uruk) : témoignage d’un berger de l’Eanna contre
Pudiya et Ša-Nabû-taqum, esclaves de Kinaya, fils de Rahimmu. Il les accuse de
l’avoir attaqué violemment avant de lui voler des ovins appartenant à l’Eanna.
Kinaya doit apporter ses esclaves pour qu’ils témoignent, sinon il doit rembourser
ces ovins.
• Deux textes concernent l’esclave Madânu-bêl-uṣur de la famille des Egibi. Le
premier, Camb. 321124 (Camb. 6, 06 / VII, Šahrînu), concerne une agression dont
il a été la victime de la part d’une personne endettée auprès des Egibi. Le document
présente les notables devant lesquels le témoignage de Madânu-bêl-uṣur est
rapporté. Il ne contient aucune décision des juges. Le second, Camb. 329 (Camb.
6, 01 / IX, Šahrînu), contient la déposition de l’esclave auprès d’un exploitant
agricole, réclamant la récolte d’un champ. L’exploitant répond qu’il l’a donnée à
quelqu’un d’autre. Là aussi, aucune décision n’est prise mais l’acte est enregistré
devant des notables de la région.
• PBS II/I 085 (Dar. II 4, 20 / V, Nippur) : injonction à comparaître concernant
Nadina, fils de Nadiri, qui doit être amené à Ribat, esclave de Rîmût-Ninurta de la
famille des Murašû, par Iašubu, fils de Hakâ. Si cela n’est pas fait, Iašubu devra
rendre cinq bœufs que Nadina a volés auprès de Ribat. Ainsi, ce dernier représente
la partie lésée dans cette affaire.

Ces textes sont de nature différente : comptes-rendus de procès, témoignages rejoignant un


ensemble plus large de documents, injonctions à comparaître. Néanmoins ils émanent, pour
certains des textes de Babylone et d’Uruk, de ce qui représente les institutions judiciaires
importantes dans les régions de ces villes, c’est-à-dire les juges royaux et les administrateurs de
l’Eanna. Tous présentent des esclaves comme parties dans les affaires concernées. Rien ne diffère
dans leur écriture des autres textes juridiques de la période en ce qui concerne les esclaves qui y
sont identifiables.
Sur ces treize textes, trois concernent le statut des esclaves en question. L’un déclare être
libre, l’autre qu’elle est consacrée à l’Eanna, enfin le dernier se dit l’esclave d’un maître tandis qu’une

124
[Magdalene et Wunsch, 2012].

52
autre personne le réclame comme sa propriété. La question du statut pose ainsi problème dans la
société babylonienne, et peut se régler devant des instances judiciaires. Quatre textes présentent
des esclaves en situation de plaignant ou de victime (YOS XIX 101, Camb. 321, Camb. 329, PBS
II/I 085) : ils sont à l’initiative de l’affaire traitée en justice ou celle-ci s’est déclenchée lorsqu’ils
furent lésés, la justice se retrouve ainsi au service des intérêts d’un esclave. Nous verrons plus tard
comment le statut socio-économique de l’esclave, et ses liens avec des familles importantes de
Babylonie, induit une modification de sa position juridique. Les esclaves qui servent
d’intermédiaires entre leur maître et ses partenaires ou des personnes engagées par eux développent
leurs propres revenus et sont des agents indispensables aux affaires de leur maître : leur position
socio-économique peut alors impliquer une élévation de leur statut dans le cadre judiciaire. Les six
textes restant concernent des délits (vol, meurtre d’animaux), où les esclaves se retrouvent accusés,
ou des affaires plus difficilement classables (interdiction de fréquenter un homme libre ou affaire
liée à une fuite, les deux étant liés à la même esclave)
La présence de l’esclave comme acteur juridique répond donc à des objectifs différents
selon ses actes ou son statut socio-économique. L’incertitude liée au statut de l’esclave est une
question réservée aux autorités judiciaires pour être résolue ; l’esclave lié aux familles urbaines
importantes se retrouve comme personne juridique pour régler les problèmes connectés à ses
activités économiques. Enfin, l’esclave « criminel » se retrouve enregistré par la documentation
juridique ; une esclave, possible fugitive, se retrouve d’autant plus sous l’œil de la justice,
possiblement à l’instigation de son maître. Finalement, percevoir la spécificité du statut juridique
de l’esclave à travers la pratique de la justice se révèle peu concluant. On retrouve d’avantage une
multitude de situations qui ne suffisent pas pour amener à des conclusions sur ce statut et qui ne
distinguent pas les esclaves des personnes de statut libre. La nécessité d’inscrire ce type de
documentation dans le contexte de ces affaires, en étudiant la place socio-économique de chacun
des acteurs et en liant ces textes au reste de la documentation pertinente, apparaît de nouveau plus
judicieux.

Conclusion

Dans les textes que nous venons d’étudier, entre les cas de transmissions d’esclaves (vente,
dot, héritage, donation) et la documentation d’ordre judiciaire, les traits qui distinguent le statut
d’esclave de celui de personne libre d’un point de vue juridique sont assez clairs : la distinction se
situe au niveau de l’esclave comme marchandise. Un esclave peut être vendu et transmis, ce que ne
peuvent être les personnes libres. Il peut aussi être marqué afin de rendre visible sur son corps la
propriété de cet esclave par un maître. Ces marques ont un rôle juridique important, car elles

53
peuvent être vérifiées afin de régler des conflits liés au statut de l’esclave. Elles sont aussi une
manière d’agir contre les fuites d’esclaves, tout en représentant une punition.
L’esclave apparaît comme acteur juridique dans une portion limitée de notre
documentation. Ainsi comme témoin, accusé, ou partie lésée. Là aussi, peu de choses distinguent
les esclaves des personnes libres dans ces situations, si ce n’est la mention du maître à la place du
patronyme. Il faut toutefois noter que ces quelques documents présentent des situations
spécifiques : contestation du statut d’esclave, esclave comme représentant des intérêts du maître,
esclave criminel. Dans un cas, le maître se retrouve responsable des actions de ses esclaves (YOS
VII 189). De même, les esclaves peuvent être présents comme témoins mais en général, cela se
justifie par les intérêts d’un maître ou d’un proche de celui-ci auxquels ils sont liés et lisibles dans
les textes concernés. S’il n’est ainsi pas impossible à un esclave masculin d’être témoin ou d’être
acteur juridique, il ne faut pas oublier la spécificité du contexte des documents où l’on retrouve
cela et le statut socio-économique particulier des esclaves en question.

Statut de l’adoption et des enfants abandonnés en Babylonie

Présentation des sources disponibles liées à l’adoption

Les origines de l’esclavage privé dans la société babylonienne de la deuxième moitié du


premier millénaire avant Jésus-Christ demeurent peu documentées et donc difficilement
analysables. De même pour les raisons pour lesquelles une personne peut devenir esclave, en-
dehors de la transmission par les parents de ce statut. Une hypothèse souvent évoquée dans
l’historiographie existe toutefois : les enfants adoptés posséderaient un statut juridique et socio-
économique inférieur à celui des enfants naturels, proche finalement de l’esclavage. Il nous faut
étudier la documentation pertinente à ce sujet.
Les liens entre l’adoption, que ce soit d’enfants abandonnés ou de parents identifiés, avec
l’esclavage ou d’autres formes de dépendance ont été assez peu étudiés en détail. M. A.

54
Dandamaev125 ne consacre que quelques pages de son ouvrage Slavery in Babylonia à l’adoption et
au statut des enfants dans les sources originaires des archives privées. C. Wunsch126 a rassemblé ce
qui constitue l’ensemble de la documentation néo-babylonienne référençant des cas d’adoption
d’enfants et d’abandon d’enfants dans les archives privées et institutionnelles de la période qui nous
intéresse. Elle y exprime, pour certains documents, la liaison possible entre le statut d’enfant adopté
et celui d’esclave ou d’oblat. Avant de nous intéresser à ceci dans le détail, il faut présenter cette
documentation assez hétérogène.
Il faut tout d’abord séparer les procédures d’adoption, aux phrases typiques et suivant un
déroulé similaire, des mentions d’enfants adoptés ou des adoptions indirectes. Dans le premier cas,
l’adoption prend la forme d’un contrat, entre les parents adoptifs et une institution (s’il s’agit d’un
enfant trouvé par le temple) ou d’autres personnes (la mère naturelle, par exemple). Dans le second,
on peut analyser certains mécanismes juridiques liés à un contrat de mariage ou un héritage comme
une forme d’adoption, ou alors on retrouve des personnes identifiées comme adoptées dans nos
sources courantes. Il y a ainsi deux documentations concernant l’adoption : une directe et une
indirecte. Pour notre travail, nous n’allons mentionner que les cas d’adoption qui ont un lien clair
avec l’esclavage privé ou la dépendance institutionnelle. De même, nous n’allons pas étudier pour
le moment tous les cas d’affranchissement direct impliquant une adoption, documentation que
nous discuterons dans sa spécificité plus tard.
Pour ce qui concerne les adoptions directes, la procédure est souvent assez claire dans sa
formulation juridique, toutefois on ne retrouve ce type de texte que très rarement. Elle peut prendre
la forme d’un dialogue127, avec les parents adoptifs déclarant à des représentants du temple ou
d’autres particuliers leur désir d’adopter un enfant désigné dans le texte (en akkadien : ana marûtu
nadânu / leqû, donner en adoption ou prendre en adoption). L’accord de l’institution ou du
particulier est ensuite retranscrit après cette demande, et l’on énonce la nouvelle filiation de
l’enfant : le parent adoptif est désormais son parent légal. Une malédiction contre quiconque
voudrait altérer cet accord est souvent présente, avant de lister les témoins, le scribe, le lieu et la
date de rédaction.

125
[Dandamaev, 1984 : 103‑105, 439‑440, 443‑444]. Ces dernières pages s’insèrent dans un chapitre concernant
l’affranchissement et l’adoption d’esclaves. Le lien entre ces deux procédures dans certains documents est
effectivement problématique concernant le statut d’esclaves adoptés et affranchis. Nous reviendrons sur ce
problème lorsque nous traiterons des quelques sources concernant l’affranchissement.
126
[Wunsch, 2003a]. Dans cet article, Cornelia Wunsch traite des enfants trouvés et des mécanismes juridiques
associés à l’adoption. Elle y construit une typologie des adoptions documentés dans cette période de l’histoire
de la Babylonie, en éditant plusieurs textes inédits. Elle élargit son propos à la question de l’affranchissement et
au soin des personnes âgées. L’ensemble des tablettes traité par C. Wunsch totalise environ une centaine de
textes, finalement assez peu par rapport à la documentation cunéiforme babylonienne du premier millénaire
avant Jésus-Christ.
127
Un exemple typique est la tablette BM 114752, éditée par [Wunsch, 2003a].

55
Cette procédure peut être simplifiée, avec des documents mentionnant simplement que
l’adoption a eu lieu et retranscrivant la nouvelle filiation. BM 59804128, présente ainsi le cas d’une
mère, fṢiraya donnant son enfant de deux ans à un homme, Nûr-Šamaš, sans prendre la forme d’un
contrat oral. Une clause est présente pour préciser que Nûr-Šamaš allouera une somme d’argent et
un vêtement à la mère pour qu’elle assure l’allaitement et l’éducation de l’enfant. Le document a
ainsi une nature hybride : adoption et contrat de travail. Il n’y a pas de mention de père naturel, et
l’on sait par le document Nbk. 439129 que l’adopté est un enfant abandonné par la mère. Nous
reviendrons sur cette affaire, mais ce type de document forme plutôt la majorité des sources
concernant l’adoption, et non pas les contrats d’adoption sous forme de dialogue. Il ne s’agit pas
d’un manque de sources, mais plutôt de la flexibilité du droit concernant l’adoption et les formes
de recomposition familiale qui peuvent exister, en lien avec la transmission de l’héritage qui pose
problème avec l’arrivée d’un nouveau fils au sein de la famille130.
Les cas d’adoption directe qui peuvent nous intéresser pour notre propos sont les suivants :

• AnOr VIII 014131 (Nbk. 32, 08 / IV, Amatu, région d’Uruk132) : contrat d’adoption
entre Innin-šum-ibni et sa sœur fBalṭâ, prostituée, concernant le fils de celle-ci,
Dannu-ahhê-ibni, alors âgé de dix-sept jours. L’enfant est enregistré comme héritier
secondaire d’Innin-šum-ibni et il devra accomplir, comme son frère aîné, tout
devoir envers le temple et le roi s’il y a lieu. Si fBalṭâ arrête son activité et se marie,
son époux devra verser une compensation auprès d’Innin-šum-ibni, ce qui indique
qu’elle devait donner une partie de ses revenus à son frère, notamment pour
l’éducation de son enfant.
• BM 59804133 et Nbk. 439134 (Nbk. 33, 23 / X, Sippar, archive de l’Ebabbar) : ces
deux documents présentent l’affaire de fṢiraya, mère abandonnant son enfant et vue
en train de s’en séparer par plusieurs témoins, avant d’être adopté par Nûr-Šamaš.
Nbk. 439 liste les témoins de cette adoption, et BM 59804 présente les conditions
de cette adoption. Les textes sont conservés par le temple. Plusieurs travailleurs de

128
Editée par [Wunsch, 2003a].
129
[Wunsch, 2003a].
130
Lorsqu’une fille est adoptée, toutefois, cette question de l’héritage se révèle moins importante du fait de
l’exclusion des femmes adoptées au droit à l’héritage. Voir [Wunsch, 2003a : 185‑192], concernant les liens entre
adoption et héritage, et l’exclusion des filles adoptées de l’héritage, qui rejoint celle des femmes en général à
cette époque.
131
[Roth, 1988] pour une traduction et un commentaire du texte.
132
[Zadok, 1985 : 22].
133
[Wunsch, 2003a, texte n°5].
134
[Wunsch, 2003a, texte n°4].

56
l’Ebabbar sont témoins, dont une esclave du šangû de Sippar, indices
supplémentaires d’une implication du temple dans cette affaire.
• Nbn. 343135 (Nbn. 9, [x] / III, Babylone) : injonction à témoigner faite à Šum-iddin,
fils de Šamaš-šum-ukîn, descendant d’Isinaya, qu’une esclave nommée fLû-balṭat a
confié son enfant à une certaine fRamua, et que celle-ci l’a nommé Tattannu.
• CT LV 154136 (Nbn. 9, 17 / XII, Sippar, archive de l’Ebabbar) : Šamaš-ah-iddin,
enfant de trois mois d’une prostituée, fŠuzibinni, fille de Nûr-Šamaš, est confié par
les autorités de l’Ebabbar auprès de sa grand-mère maternelle Šaššarutu. Il doit être
éduqué par elle. Cela constitue ainsi une forme d’adoption.
• CTMMA III 053 (Nbn. 10, 04 / VIII, Babylone, archive des Egibi) : Šum-ukîn,
fils de Mušallimu, donne son fils Kalbaya en adoption à Nabû-ahhê-iddin, fils de
Šulaya, descendant d’Egibi. La mère (non nommée) de l’enfant est la sœur de Nabû-
ahhê-iddin et il est précisé qu’il a été éduqué et a appris à lire auprès de Nabû-ahhê-
iddin. L’oncle devient ainsi le père légal de son neveu.
• BM 63910137 (Nbn. 11 [x] / V, Sippar, archive de l’Ebabbar) : un oblat, Šamaš-
ahhê-erîba, fils de Šamaš-mukîn-apli, demande aux autorités du temple de lui
confier une enfant oblate, fInbaya, orpheline. Il promet de la marier plus tard à son
fils.
• BM 61737138 (règne de Nabonide, Sippar, archive de l’Ebabbar) : le début de ce
contrat d’adoption est brisé, mais le reste du texte correspond à la procédure
classique de l’adoption. La partie lisible concerne l’allocation de vêtement par la
mère fRâmûa à sa fille adoptive fUšša’ti, et son autre fille adoptive fSippaya doit
servir sa mère jusqu’à sa mort. Si fSippaya rejoint un mâr bani, elle doit verser une
mine d’argent à sa mère en compensation.
• BM 65950139 (Cyr. 1 2+ / [x], Sippar, archive de l’Ebabbar) : cette tablette très
cassée présente le cas d’un enfant trouvé parmi « chiens et cochons » qui a été
recueilli et éduqué par un certain Nabû-zêr-[x]. Le document officialise,
possiblement sous les auspices de l’Ebabbar, le transfert de propriété ou l’adoption
de l’enfant auprès de son fils, Nidinti-Bêl.

135
[Dandamaev, 1984 : 443].
136
[Joannès, 1997 : 124‑125].
137
[Wunsch, 2003a, texte n°7].
138
[Wunsch, 2003a].
139
[Wunsch, 2003a].

57
• BM 114752 140 (date cassée, probablement entre Nbn. 15 et Cyr. 7 selon la
prosopographie, Sippar, archive de l’Ebabbar) : un couple, Šamaš-uballiṭ et
f
Kabtaya, demandent l’adoption d’un enfant de cinq ans nommé Ša-pî-kalbi aux
officiels de l’Ebabbar. L’enfant est visiblement un enfant trouvé recueilli par le
temple, et cette adoption est accordée au couple.
• VS VI 116141 ([x] / XI / Camb. 0, Babylone, archive des Nappahu) : il s’agit d’une
liste de témoins devant lesquels fṢiraya, fille de Nabû-bân-zêri, descendant de
Nappâhu et son mari Nabû-nadin-šumi, fils de Mušêzib-Marduk, descendant de
Gahal, ont annoncé leur adoption d’une enfant nommée fŠepitaya. Il est précisé que
l’empreinte de pied de l’enfant est appliquée sur l’argile de la tablette.
• BM 26506142 (12 / I / Dar. 33, Borsippa) : fAmtiya donne en adoption sa petite-
fille de trois mois, fLilidi, dont la mère est décédée à un couple de parents, Bêl-eṭir
et fHilbunnu. En compensation, les parents donnent cinq sicles d’argent et un
vêtement à fAmtiya.

Tous ces documents indiquent ainsi une adoption et posent chacun des questions sur le
statut de l’enfant adopté au sein de la famille. Leur rédaction présente de nombreuses différences,
que ce soit d’écriture ou de normes juridiques, ce qui montre une certaine flexibilité permettant de
traiter chaque affaire dans sa spécificité, avec, nous le verrons, certaines tendances assez claires
concernant l’attention à ne pas laisser de jeunes enfants dans le dénuement économique. Quatre de
ces textes notamment présentent des cas d’enfants trouvés et ensuite recueillis, par l’Ebabbar ou
par un individu.
Avant de traiter ces questions, présentons maintenant les documents présentant des
adoptions indirectes ou s’inscrivant dans une procédure juridique a priori différente :
• BM 61176 // BM 67388143 (Nbk. 20, 04 / XII, Sippar) : contrat du mariage entre
f
Bazîtu, sœur de Rîmût et Zêrûtu, fils d’Iddin-Nergal, et Qul-dibbîya-ile’i-Nusku,
fils de Sîn-ahhê-iddin. Une clause indique l’ancien statut d’esclave du mari, en
dissuadant quiconque dans la famille de Sîn-ahhê-iddin de déclarer qu’il est un
esclave sous peine de payer six mines d’argent, ce qui indique son affranchissement ;
la somme est le même montant qu’en cas de divorce. De plus, le mari doit accomplir

140
[Wunsch, 2003a : 218‑219].
141
[Joannès, 1997 : 124‑125].
142
[Wunsch, 2003a].
143
[Roth, 1989c : 44‑45]

58
une partie du service royal de son père. Tout cela indique une procédure d’adoption
implicite de son esclave par Sîn-ahhê-iddin.
• TEBR 069144 (Dar. 13, 17 / [x], Borsippa) : il s’agit d’une reconnaissance de dette
pour un prêt d’une mine d’argent auprès de Nabû-ušallim, fils de Nabû-šum-ibni,
descendant d’Esagil-mansi, de la part d’Iddin-Maruk, fils de Nabû-mukîn-zêri,
descendant de Ša-haṭṭi-ereš. La sœur adoptive du débiteur, élevée par ses parents,
sert de gage pour l’argent et il est précisé qu’elle sert comme domestique auprès
d’Iddin-Marduk : il s’agit ainsi d’une forme de gage antichrétique.
• BM 94589 145 (Dar. 30, 10+ / [x], Borsippa?) : ce texte constitue le contrat de
mariage entre fIshunnu, et Iddin-Nabû, l’esclave de Lâbâši-Marduk de la famille
Iddin-Papsukkal146. Deux enfants sont reconnus par ce contrat au couple, et le texte
constitue ainsi l’adoption de ceux-ci : Nabû-bullissu, un enfant trouvé qu’ils ont
recueilli et éduqué, ainsi que Lâqîpu, leur enfant naturel. Le premier est transféré
comme esclave auprès de Lâbâši-Marduk, et le second est affranchi par ce dernier.
• VS VI 188147 (Art. [x], 13 / VI, Borsippa?, archive de Tattannu) : la nature de ce
texte est double. Il enregistre la prise en adoption par Bêl-šum-iddin, fils de Pattû,
de deux esclaves de Tattannu, fils de Napsannu : Zabinaya, fils d’Edarni-Bêl, et son
fils Ṭab-Uruk. Il s’agit d’un des seuls cas d’adoption d’un parent accompagné de
son enfant. Cette adoption s’accompagne d’un transfert d’un tiers de champ
céréalier. Le texte précise que les esclaves devront accomplir l’ilku du roi si
nécessaire. Sa plus grande partie est concernée par le transfert du champ, qui
constitue finalement l’élément important de la transaction, et ne s’accompagne pas
des clauses habituelles concernant l’adoption. La filiation est toutefois clairement
reconnue, Zabinaya et Ṭab-Uruk étant dit fils de Bêl-šum-iddin.

Ces documents présentent ainsi des cas d’adoption inscrits dans des procédures de mariage,
de transfert de propriété ou indiquent une adoption passée et le travail de la fille adoptive pour le
créancier de la dette de son père. Ils sont tous aussi intéressants, comme nous allons le voir, pour
comprendre le statut particulier des enfants adoptés au sein de leur famille, notamment concernant
le travail qu’ils ont à accomplir ou les circonstances sociales de leur adoption.

144
[Joannès, 1982 : 274‑275].
145
[Wunsch, 2003a].
146
[Joannès, 1989 : 375‑376] pour les références textuelles à des membres de cette famille.
147
[San Nicolò et Ungnad, 1935 : 15‑16].

59
Que l’adoption soit directe ou indirecte, la plupart des cas que nous allons étudier plus en
détail concernent en général les classes aisées de la société pour les parents adoptifs (issus de
familles connues des villes concernées) ou les autorités du temple, mais les enfants adoptés sont à
l’origine et pour la plupart dans des situations sociales assez difficiles. Le cas des enfants de
prostituées (harimtu) semble avoir eu pour conséquence une adoption par des membres proches de
la famille. De nombreux cas impliquent aussi des obligations de travail envers les parents de la part
des enfants adoptifs. C’est ce que nous allons voir dans la section suivante de notre travail.

Statut de l’enfant adopté

Pour l’étude du statut des enfants adoptés, l’origine sociale de ces enfants peut dans
plusieurs cas être déterminée dans les textes qui nous intéressent. On peut tout d’abord distinguer
trois groupes assez clairs : les enfants trouvés, les enfants de prostituée, les esclaves et enfants
d’esclave.

En ce qui concerne les enfants trouvés, il s’agit du groupe le plus facilement identifiable.
Les circonstances de l’abandon de l’enfant sont souvent précisées, ou alors il est simplement dit
que l’enfant a été trouvé. Le nom de l’enfant peut déjà être un indice : « Ša-pî-kalbi », soit « (Sauvé)
de la gueule du chien » se retrouve à plusieurs occasions148. Comme L. Oppenheim l’avait compris,
ce nom n’indique pas littéralement que l’on a retrouvé un enfant en danger d’être attaqué par un
chien, mais il s’agit plutôt d’une image littéraire symbolisant l’enfant retrouvé dans la rue, et la
précarité dans laquelle un nourrisson devait être dans ce cas-là. On retrouve parfois ce nom dans
la documentation courante (portés par des témoins, par exemple, ou par des particuliers dans une
transaction économique quelconque), et ce peut être un indice des origines sociales et familiales de
l’individu qui le porte. Nous nous intéressons ici aux adoptions des enfants portant ce nom : le
contexte de leur adoption, par notre documentation, est connu et donne quelques indices sur leur
statut au sein de leur nouvelle famille. BM 94589, BM 59804 + Nbk. 439, BM 55784, BM 114752,
VS VI 116 et BM 65950, que nous avons listés plus haut en dehors de BM 55784149, documentent
ainsi des cas d’enfants ayant été abandonnés et se retrouvant adoptés.
Le cas de BM 94589 est peut-être l’un des plus éloquents en ce qui concerne le statut de
l’adopté. Ce contrat de mariage, très classique dans sa forme dialoguée, documente le mariage entre
f
Ishunnu, une femme de statut libre (les signes indiquant sa filiation sont malheureusement brisés)

148
[Oppenheim, 1943 ; Wunsch, 2003a : 182‑183]
149
[Wunsch, 2003b : 116‑117].

60
et Iddin-Nabû, l’esclave d’un membre d’une famille connue de Borsippa, celle d’Iddin-Papsukkal.
Dans la demande de mariage, opérée par fIshunnu elle-même, sans représentant (ce qui est rare),
celle-ci précise qu’elle et son mari ont recueilli de la rue leur enfant Nabû-bullissu et qu’ils l’ont
éduqué (l. 6 – 7 : « Nabû-bullissu tarbû ultu pî kalbi kî niššâ nuštebi », « Nabû-bullissu, un enfant adopté,
que nous avons tiré de la gueule du chien et que nous avons élevé »). Leur autre fils, Lâqîpu, a été
enfanté par fIshunnu.
La formulation utilisée par Ishunnu indique que l’union entre elle et Iddin-Nabû n’est pas
nouvelle. Ils vivent peut-être en situation de concubinage, et cette relation se trouve officialisée par
un mariage, avec l’accord du maître de l’esclave, Lâbâši-Marduk. Dès lors, la filiation des deux
enfants est elle aussi retranscrite dans ce contrat de mariage, qui lui donne ainsi une légitimité
juridique. Toutefois, il est précisé à la suite de la déclaration d’Ishunnu qu’elle a :

(9 – 15) (…) donné de son plein gré Nabû-bullissu, fils adoptif qu’ils ont tiré de la gueule du chien et qu’ils
ont élevé, comme esclave auprès de Lâbâši-Marduk, et celui-ci a, de son plein gré, libéré Lâqîpu en faveur de
fIshunnu (…)

Le mariage a donc pour conséquence l’affranchissement de Lâqîpu par Lâbâši-Marduk, qui


implique en échange le transfert de Nabû-bullissu qui devient son esclave. Le maître perd une partie
de sa main-d’œuvre disponible par ce mariage, perte qui est tout de suite compensée par l’obtention
d’un esclave, certainement plus jeune. Lâqîpu est affranchi – cela indique la levée d’une ambiguïté
quant à son statut qui aurait pu être posée plus tard. Le document devient la preuve juridique des
statuts des deux enfants. Nous pensons qu’il est tout à fait possible que cet accord de mariage ait
pu avoir lieu seulement par cet accord concernant le statut des enfants ; le maître accorde ainsi
l’existence de cette union entre une femme libre et un ancien esclave, qui devait exister
officieusement depuis quelque temps. Comme cette relation peut poser problème d’un point de
vue juridique concernant le statut des enfants (libre car fils d’une femme libre, ou esclave car fils
d’un esclave ?), notamment à la mort des parents, la solution choisie est celle d’un mariage dans les
formes et d’une explicitation du statut des enfants. On perçoit aussi la facilité juridique du passage
du statut d’enfant trouvé et adopté, au statut juridique incertain et dont les parents naturels sont
inconnus, à celui d’esclave.
Le dossier constitué par les deux tablettes BM 59804 + Nbk. 439 concerne lui aussi le cas
d’un enfant abandonné, dans des circonstances mieux documentées. Nbk. 439 liste les témoins
devant lesquels Nûr-Šamaš, fils d’Idraya adopte le fils que fṢiraya a abandonné et qui n’est pas
nommé. Il est dit qu’il est chargé de son éducation. BM 59804 apporte des précisions : l’enfant a
deux ans, et Nûr-Šamaš donne huit sicles d’argent et un vêtement à fṢiraya en échange de quoi elle

61
s’occupe de l’alimentation et de l’éducation de son fils. La prosopographie ne donne pas d’éléments
concluants concernant Nûr-Šamaš et fṢiraya, on ne peut donc que proposer des hypothèses sur
leur statut socio-économique. Le fait que la femme ait abandonné son enfant donne un indice :
contrainte à des difficultés économiques, elle ne peut se permettre de conserver son enfant. Il n’est
pas mentionné de père naturel, celui-ci est donc absent ou décédé, ni d’autre membre de la famille
de fṢiraya. On perçoit donc quelqu’un d’assez isolé socialement, ce qui signifie possiblement une
situation de forte précarité économique.
L’abandon de l’enfant paraîtrait donc logique. Toutefois, l’enfant a visiblement été pris en
charge, peut-être par quelqu’un du temple de l’Ebabbar (ce qui expliquerait la présence de plusieurs
témoins liés au temple : un artisan du cuir, un graveur de sceaux, deux esclaves du šangû de Sippar
(l’administrateur principal du temple) et un portier). La mère identifiée, une procédure est
enclenchée, représentée par ces deux documents. On ne sait qui en est à l’initiative : on sent
toutefois une volonté de régler la situation socio-économique de la mère et de son fils. Légalement,
Nûr-Šamaš devient son père, et charge la mère de son éducation en lui donnant un revenu ainsi
qu’un vêtement (pour être utilisé, ou revendu, difficile à dire). Que le temple se soit chargé de cette
affaire est une possibilité. En effet, on retrouve peut-être ici le rôle social d’une telle institution
dans les villes babyloniennes à cette période150, comme lieu d’accueil pour les personnes en situation
de précarité extrême (ce que nous verrons notamment avec le statut de širku). On compense ainsi
la pauvreté de la mère, et on donne au fils la possibilité d’avoir une vie meilleure auprès de Nûr-
Šamaš, qui dispose des revenus adéquats pour son éducation ; le lien avec la mère n’est pas
immédiatement brisé, là aussi une autre constante que l’on retrouve dans la société babylonienne151.
C’est aussi une possibilité pour le père de disposer plus tard d’une force de main-d’œuvre,
domestique ou non.
Un cas assez similaire se discerne dans la tablette BM 114752, elle aussi issue des archives
de l’Ebabbar et rédigée à Sippar. Sous la forme d’une demande orale, un couple, Šamaš-uballiṭ et
f
Kabtaya, exprime le souhait d’adopter un enfant auprès du šangû et de trois scribes de l’Ebabbar.
L’enfant est dénommé Ša-pî-kalbi, il est âgé de cinq ans et a le statut d’oblat du dieu Šamaš. Ses
parents naturels sont connus : il est désigné comme fils d’Ina-ṣilli-Aya, très certainement un oblat,
et sa mère fBusasa est indiquée présente à la rédaction du document. Les autorités du temple
accordent cette adoption, et la nouvelle filiation de l’enfant est précisée : il est fils de Šamaš-uballiṭ
et fKabtaya.

150
[Van Driel, 1998a : 178‑179].
151
En effet, il semblerait que dans les ventes d’esclaves ou les cas de transmissions, il paraissait important de ne
pas séparer les membres d’une même famille, notamment les enfants de leur mère.

62
Là aussi, le document invite à proposer des hypothèses sur la situation sociale des personnes
impliquées dans cette affaire. La procédure juridique, elle, ne pose visiblement pas de problème. Le
nom de l’enfant, Ša-pî-kalbi, indique toutefois l’abandon passé de l’enfant par sa mère. En effet, si
le père naturel de l’enfant est connu, il n’est pas présent à la rédaction de la tablette. Il est soit
disparu, soit décédé, en tout cas il n’est pas disponible pour assurer l’éducation de son fils. Sa mère
est présente, mais n’est pas impliquée non plus dans l’affaire. Il nous semble que la situation est
assez similaire à celle des deux documents précédents. La mère, se retrouvant seule pour l’éducation
de son enfant, a pu abandonner son fils. Le statut des parents naturels justifie l’implication du
temple : l’enfant est désigné comme širku, statut transmis par son ascendance. Ils sont donc oblats
eux-mêmes. Le statut des parents adoptant l’enfant n’est pas mentionné, mais il est possible qu’ils
soient eux aussi des oblats. Ša-pî-kalbi retrouvé, le temple accepte de l’attribuer à ce couple, ce qui
libère fBusasa de ce poids économique et permet ainsi à l’Ebabbar de ne pas avoir à la soutenir
davantage dans l’éducation de son enfant. Il est précisé que si le couple adoptant conçoit un fils
dans l’avenir, Ša-pî-kalbi aura le statut de « fils cadet » (akkadien : « marû tardinni », ligne 15), lui
retirant ses droits à l’héritage ou en tout cas à une partie importante de celui-ci152. L’enfant posséde
ainsi, par son adoption et d’un point de vue juridique, un statut social inférieur à un enfant naturel.
De même qu’étant oblat, le temple conserve un possible droit à disposer de l’enfant pour sa main-
d’œuvre. Le texte est peu disert à ce sujet, mais les temples à cette période se séparent difficilement
de leurs oblats. Il nous semble que, parce qu’il s’agit d’un enfant sans véritable moyen d’être éduqué
dans des conditions correctes, le temple ait accordé cette adoption.
Le court texte VS VI 116 présente le cas d’une fillette abandonnée et recueillie par un
couple, Nabû-nadin-šumi, fils de Mušêzib-Marduk, descendant de Gahal, et son épouse fṢiraya,
fille de Nabû-bân-zêri, descendant de Nappâhu. Il s’agit, à notre connaissance, d’un texte unique
en son genre : on énonce les témoins devant lesquels les parents adoptifs reconnaissent la filiation,
en enregistrant celle-ci par l’apposition du pied de l’enfant sur l’argile de la tablette. Le nom de la
fille, Šêpitaya, dérivée de šêpu, « le pied », est en lien direct avec cette manière d’identifier un enfant
dont on ne sait rien (aucun parent naturel nommé). Nulle institution présente lors de cette
procédure, seulement des particuliers issus de familles connues de Babylone : les Nappâhu, les Rab
banê dans les témoins... Il est indiqué que c’est la mère qui a trouvé l’enfant, « tirée de la rue » (l. 7
– 8 : « ultu suqû tašam »), et qu’elle l’a éduquée. Contrairement à la ville de Sippar, où le temple est
présent d’une manière ou d’une autre dans les deux affaires précédentes, il est intéressant de noter
que dans ce cas, une totale latence est laissée aux individus pour s’occuper des enfants trouvés ; il

152
[Wunsch, 2003a : 195‑197].

63
est toutefois nécessaire de produire une preuve de cette adoption, d’inscrire par le droit une filiation
en prévision de toute procédure juridique future.
BM 55784 (Dar. 30, 10 / [x], Sippar, archive de l’Ebabbar) documente un cas possible
d’enfant trouvé, toujours en lien avec le temple de l’Ebabbar. Il s’agit de l’établissement d’un
testament par Nergal-ušallim, de la famille Eppeš-ilî. Il est encore vivant à la rédaction de cette
tablette, qui recense ses possessions à partager entre ses deux fils et ses deux filles : deux maisons,
des dattes, de la cuscute, des récipients. Dans la deuxième partie du document, un de ses enfants,
non nommé, est dit avoir été élevé par lui, avant d’avoir été consacré au temple de Bêl et séparé de
cette famille. Nergal-ušallim et son épouse demeurent ses parents tant qu’ils vivent, mais à leur
mort, il rejoint les rangs des oblats de Bêl. Il n’est pas certain que ce fils ait été un enfant trouvé,
toutefois, en parallèle avec les trois autres cas précédents, il s’agit d’une forte possibilité :
abandonné, il a pu être recueilli par le temple avant d’être attribué à un couple. A la fin de sa vie, le
père adoptif consacra son enfant à un temple, il s’assura par un document juridique de son statut
et disposa ainsi de quelqu’un pour prendre soin de lui jusqu’à son décès.
Enfin, BM 65950, bien que très cassé, indique aussi les circonstances dans lesquelles un
enfant pouvait être trouvé. La tablette semble faire partie de l’archive de l’Ebabbar de Sippar, et
présente le cas d’un enfant masculin qui a été retrouvé « parmi les chiens et les cochons » (en
akkadien : « kalbi u šahû »), puis adopté par un certain Nabû-zêr-[x]. Il l’a nommé Nidinti-Bêl et l’a
éduqué, et si l’on peut interpréter correctement à partir de la partie lisible de cette tablette, l’Ebabbar
a pris en charge l’enregistrement de cette adoption, lui donnant ainsi une valeur légale. Difficile
toutefois de préciser le statut de l’enfant comme du père adoptif, et si l’on peut les désigner comme
oblats. La présence du temple nous permettrait de proposer cette hypothèse, notamment grâce à
la documentation présentée auparavant.
Ces six cas d’adoption d’enfants trouvés présentent des caractéristiques communes. Tout
d’abord, il semble exister un souci de ne pas laisser les enfants abandonnés à la mort ou à la précarité
absolue, qu’il soit exprimé par une institution comme l’Ebabbar ou par des particuliers. On observe
aussi le maintien d’obligations particulières envers un particulier ou le temple : BM 94589 montre
que le fils d’un esclave, qui avait été abandonné et recueilli par un couple, devient finalement
l’esclave du maître de son père ; BM 114752 indique le statut d’oblat de l’enfant trouvé et adopté,
de même dans BM 55784. Selon les circonstances, les enfants trouvés ayant un lien de dépendance
le conservent, même s’ils ont vécu auprès de familles de statut libre. Les deux autres affaires ne
disent rien du statut futur de l’enfant adopté, mais il nous paraît possible de dire que Šêpitaya (VS
VI 116) ou le fils non-nommé de fṢiraya (BM 59804 + Nbk. 439) ont pu devoir certaines

64
obligations de travail particulières auprès de leur famille dans le premier cas, ou du temple dans le
second.

Deux cas d’adoption d’enfants de prostituée (harimtu) sont connus dans notre
documentation et présentent des situations similaires. On les retrouve dans les textes CT LV 154
et AnOr VIII 014. Le premier texte est assez court :

CT LV 154 : Šamaš-ah-iddin, enfant de 3 mois, que fŠûzibinni, fille de Nûr-Šamaš, a enfanté alors
qu'elle est prostituée, Bêl-ahhê-iqîša, le qîpu de l'Ebabbar, et Mušêzib-Marduk, le šangu de Sippar, l'ont confié
à fŠaššarutu, sa grand-mère maternelle : il grandira chez elle.
Le 17 / XII de l'an 9 de Nabonide, roi de Babylone.

Là aussi, on retrouve l’implication du temple dans une affaire familiale. Le jeune enfant est
séparé de sa mère pour être confié, pour son éducation, à sa grand-mère. Rien n’est dit de
l’allaitement : est-ce que la mère en est chargée ? Présentons le deuxième texte, qui permettra de
proposer une analyse plus conséquente.
Dans AnOr VIII 014, l’adoption prend la forme d’une déclaration d’Innin-šum-ibni, fils de
Nabû-ahhê-šullim, le frère de fBalṭaia, mère de l’enfant, à celle-ci. Son fils, Dannu-ahhê-ibni, est lui
aussi très jeune, âgé de quinze jours. Les causes de cette adoption et les clauses juridiques qui lui
sont associées sont ensuite précisées. L’activité de prostitution de la mère est indiquée et tant qu’elle
la pratique, son fils demeure chez son père adoptif, qui est chargé de son éducation. Si fBalṭaia
« rejoint la maison d’un mar banê153 », Innin-šum-ibni doit assurer une partie de ses revenus (vingt
sicles d’argent) ainsi que sa nourriture (pain, bière, sel, cresson et huile) et son habillement, ce qui
en soi se rapproche beaucoup d’une situation de dépendance de la sœur envers le frère. Cela indique
aussi que ce dernier doit toucher une part des bénéfices de la prostitution de sa sœur, grâce à
laquelle il peut assurer les besoins de son enfant ; lorsque cette activité s’arrête du fait de son lien
avec un mar banê, le père s’assure que l’entretien et l’éducation de l’enfant soient maintenus après
son transfert de son foyer à celui du mari hypothétique de fBalṭaia154.

153
Dans ce contexte, il s’agit d’un homme libre, sans statut d’esclave ou de dépendance quelconque, capable
d’offrir une protection juridique à une personne dans la situation de transition sociale et juridique que connaît
f
Balṭaia. Voir [Roth, 1988] sur cette question.
154
Nous suivons ici l’interprétation du texte développée par C. Wunsch [Wunsch, 2003a : 195‑196] et F. Joannès
[Joannès, 1997 : 125] plutôt que celle de M. Roth [Roth, 1988 : 133] et G. van Driel [Van Driel, 1998a : 176‑177]
sur ce point. Il paraît plus logique que ce soit le frère qui est indiqué ici comme étant chargé d’allouer argent,
nourriture et vêtements auprès de sa sœur, et non un hypothétique mâr banî (l’akkadien, dans cette partie du
texte, conserve une ambiguïté), car il est plus courant de voir un parent adoptif chargé dans des documents de
cette nature d’assurer les soins de l’enfant lorsque celui-ci quitte son foyer. C. Wunsch présente une annexe
composée des contrats de ce type (« Ammenverträge », littéralement « contrats d’allaitement » ou « contrats

65
Si cette situation advient, se poserait dès lors la question de l’héritage : qui serait le père de
Dannu-ahhê-ibni, et de qui toucherait-il l’héritage ? La procédure prévoit ce problème et y apporte
une solution : il est précisé que Dannu-ahhê-ibni est le « cadet de Lâbâši », l’autre fils d’Innin-šum-
ibni. Cela indique qu’il ne touche pas d’héritage à la mort d’Innin-šum-ibni, ou en tout cas qu’il ne
peut avoir droit qu’à une part inférieure par rapport à son frère. Les deux enfants doivent enfin
accomplir, s’il y a besoin, un service auprès de Dame d’Uruk ou du roi, ce qui correspond à des
obligations pouvant exister en termes de corvée ou de fiscalité ; cela peut aussi être un indice que
les personnes présentes dans ce texte sont aussi des dépendants de l’Eanna. Enfin, Innin-šum-ibni
promet ne pas donner son fils adoptif à son frère Nabû-zêr-lišir, ou à son autre sœur fEširtu, et
ainsi briser la filiation établie dans ce document (fBalṭaia demeure la mère légale de l’enfant, et
Innin-šum-ibni est le père légal, ce qui crée de fait un couple frère-sœur comme parents d’un
enfant).
Les deux cas présentent donc une situation quelque peu similaire, bien que les conséquences
juridiques d’une telle forme d’adoption soit beaucoup plus développée dans le deuxième texte. Une
mère, exerçant le métier de prostituée, se voit retirer son enfant en très bas âge (trois mois pour
l’un, quinze jours pour l’autre), qui est ensuite confié auprès d’un membre de la famille. Dans CT
LV 154, il est fort possible que fŠuzibinni n’ait pas d’autre proche que sa propre mère, et les
autorités du temple interviennent dans cette situation pour que fŠaššarutu soit chargée de
l’éducation de l’enfant. Pour AnOr VIII 014, c’est le frère qui en a la responsabilité. Cela indique
en tout cas que les deux femmes ne sont pas mariées et qu’il n’est visiblement pas possible, d’un
point de vue social, pour une prostituée de s’occuper elle-même de son enfant. Cette séparation
s’opére tôt dans la vie de l’enfant, mais il est tout à fait possible pour la mère de retrouver son
enfant, si celle-ci abandonnr son travail. Au-delà de ces questions, intéressons-nous au statut de
l’enfant adopté.
Celui-ci se discerne peut-être par l’intervention des autorités des temples, visible très
clairement dans le premier texte, devinable dans le second. Ce sont les deux administrateurs
principaux de l’Ebabbar (qîpu et šangû) qui prennent l’initiative de retirer l’enfant de sa mère pour
le confier à sa grand-mère. L’obligation envers « la Dame d’Uruk155 et le roi » est précisée pour les
deux enfants d’Innin-šum-ibni. Il est fort possible que nous ayons ici affaire à des dépendants du
temple, des oblats, ce qui expliquerait l’intervention des temples dans ce type d’affaire qui touchent

de nourrice »), où l’on retrouve ce type de situation. De même, il semble plus logique de voir précisés les devoirs
d’une personne nommée (Innin-šum-ibni) dans le contrat que constitue AnOr VIII 014, qui établit son statut de
père adoptif et donc sa responsabilité envers l’enfant, que celui d’une personne hypothétique. Ce contrat
concerne avant tout Innin-šum-ibni et ses relations avec sa sœur, son fils naturel et son fils adoptif.
155
Cela désigne le temple d’Ištar à Uruk.

66
à l’intime et aux relations familiales (avec un possible héritage à la clé) pour les personnes
concernées, et à la disponibilité de la main-d’œuvre pour les temples.
Ce dernier point est très clair dans le deuxième texte, avec une clause spécifique rappelant
les services dont sont redevables Lâbâši et Dannu-ahhê-ibni. Si ce sont effectivement des
dépendants de l’Ebabbar qui sont présents dans le premier texte, cette main-d’œuvre potentielle
représentée par Šamaš-ah-iddin est d’une grande importance pour le temple (les administrateurs
sont effectivement présents, si l’on en croit la formulation du texte). En conséquence, Šamaš-ah-
iddin et Dannu-ahhê-ibni seraient deux oblats qui, plus tard, peuvent travailler pour le temple. On
retrouve, comme pour certains cas d’adoptions d’enfants trouvés, une volonté de prise en charge
de l’enfant par quelqu’un ou par un couple qui en a la capacité : il faut que l’enfant survive et soit
éduqué, pour enfin être disponible comme force de travail pour le temple. Cela placerait ces enfants
adoptés dans une relation de dépendance envers une institution, tout en s’assurant que les enfants
issus de situations de précarité soient assurés de recevoir une éducation et une alimentation.

Dépendance que l’on retrouve dans les adoptions d’esclaves / d’oblats ou d’enfants
d’esclaves156. Quatre documents appartiennent à cette catégorie : YOS VI 002, Nbn. 343, BM
63910 et VS VI 188.
Le premier texte, YOS VI 002, présente une situation a priori assez atypique. Il s’agit d’un
contrat d’adoption où Ištar-šum-lišir, fils d’Ekur-zakir, donne en adoption « deux tiers de Nabû-
ina-kâri-lumur, son esclave égyptien » à Ištar-ab-uṣur, esclave d’Ištar-šum-lišir, mais qui est aussi
dit oblat d’Ištar, et donc dépendant de l’Eanna. Tous les ans, l’esclave adopté doit donner cinq
sicles d’argent à son père adoptif, Ištar-ab-uṣur, et lorsque ce dernier meurt, Nabû-ina-kâri-lumur
devient oblat d’Ištar. Il faut tout d’abord expliquer les « deux tiers » de l’esclave ; il semble qu’il
s’agisse plutôt de sa force de travail qui soit divisée, ainsi partagée entre Ištar-šum-lišir et son esclave
Ištar-ab-uṣur. Les « deux tiers » d’une personne ne font pas sens, mais ceux d’un temps de travail
partagé entre deux personnes paraît plus logique. Malheureusement, nous ne disposons pas d’autres
tablettes documentant les personnes présentes dans ce texte, qui nous permettraient de comprendre
leurs activités économiques.
Toutefois, la procédure juridique, si elle n’est pas courante, nous semble assimilable à une
forme d’adoption qui contient aussi un « contrat de travail », impliquant aussi l’apprentissage d’un
savoir-faire ; le fait que l’adopté et le père adoptif sont tous les deux esclaves expliquent peut-être
pourquoi l’adoption ait été choisie pour établir cette relation de travail. Le maître perd une partie

156
Nous excluons ici les procédures d’affranchissement-adoption, que nous traiterons dans leur spécificité plus
tard.

67
du travail d’un de ses esclaves, pour la confier à un autre, ayant possiblement ses propres intérêts
économiques nécessitant un agent qui lui soit confié. La clause indiquant qu’à la mort du père
adoptif, l’esclave adopté devient « oblat d’Ištar » se rattache peut-être aux besoins d’une personne
âgée ainsi remplis par un fils présent auprès de lui. Cela remplit aussi la promesse d’une donation
future d’un esclave auprès de l’Eanna de la part d’Ištar-šum-lišir, si celle-ci a eu lieu : cela
expliquerait pourquoi Ištar-ab-uṣur est défini en même temps comme esclave et oblat. Il a pu être
promis et la relation de dépendance entre l’oblat et l’institution, transmise par la filiation, l’emporte
dans ce cas présent sur celle entre l’esclave et le maître. Cette explication demeure toutefois
hypothétique, ce document étant assez unique et les individus présents ne sont pas, à notre
connaissance, référencés dans d’autres tablettes. L’identité égyptienne de l’esclave adopté a pu aussi
jouer un rôle, qui nous paraît toutefois peu clair.
VS VI 188 est, de même, une adoption liée à une autre procédure. Nous avons présenté le
document plus haut : Bêl-šum-iddin, fils de Pattû, adopte Zabinaya, fils d’Edarni-Bêl, esclave de
Tattannu, fils de Napsannu157, et le fils de cet esclave, Ṭab-Uruk. Cette adoption s’accompagne du
transfert permanent d’un tiers d’un champ cultivé, part de leur domaine d’arc (bît qašti), au profit
de Bêl-šum-iddin. Malheureusement, nous ne disposons pas, à notre connaissance, d’autres
tablettes permettant de comprendre la relation entre ce dernier et le maître des esclaves en question,
Tattannu. Toutefois, Edarni-Bêl, le père de Zabinaya, est connu comme étant le « majordome » de
cette famille, chargé du travail de leurs esclaves et domestiques. Son fils et petit-fils sont ainsi
adoptés par un particulier, qui reçoit une partie du patrimoine foncier de la famille Tattannu. La
transaction principale de cette tablette est bien cette transmission du champ, dont on indique la
localisation et son inscription dans un « domaine d’arc », et donc dans le système d’obligations
fiscales construit à l’époque néo-babylonienne et systématisé sous les Achéménides. Il est d’ailleurs
bien précisé que les esclaves en question doivent accomplir la corvée (ilku) royale sur cette terre.
Les revenus de cette terre, « part de Zabinaya, fils d’Edarni-Bêl, et Ṭab-Uruk, (tous les deux) enfants
de Bêl-šum-iddin » (l. 15 – 8) sont le bien de Bêl-šum-iddin. Le document reconnaît la filiation
naturelle des esclaves adoptés, mais aussi la filiation juridique ici établie. La procédure est donc de
nature hybride, adoption / transmission de patrimoine, avec l’établissement clair d’un droit aux
revenus d’une terre au profit du père adoptif. Du fait du caractère inaliénable des domaines d’arc
établis par l’administration achéménide, la personne qui désire l’obtenir doit aussi adopter son ou
ses titulaire(s).

157
Pour une présentation de cette famille et de son archive, voir [Jursa, 2005 : 94‑96]. Tattannu, fils de Napsannu
/ Nabû-šar-uṣur, est le petit-fils de Tattannu, l’ancêtre de cette dynastie d’entrepreneurs présents dans la région
de Borsippa.

68
Dès lors, en l’absence de documents explicitant la relation entre Bêl-šum-iddin et Tattannu,
on peut poser l’hypothèse suivante : cette adoption établit un lien de dépendance particulier entre
Bêl-šum-iddin et les deux esclaves, propriétaires d’un bien foncier. Il pourrait s’agir d’une donation
de la part de Tattannu, ou d’une vente (une autre tablette énoncerait alors ce contre quoi ces biens
sont échangés). L’appropriation au profit de Bêl-šum-iddin prend la forme juridique de l’adoption.
La procédure maintient un lien de dépendance entre les esclaves et le pouvoir royal, à travers l’ilku
sur ce domaine d’arc.
Contrairement à cette procédure, très peu courante dans la documentation de notre période
d’étude, BM 63910 concerne une forme d’adoption plus proche du sens que nous accordons à ce
mot. Šamaš-ahhê-erîba, un oblat de l’Ebabbar, demande aux autorités du temple de se voir accorder
la parenté sur une jeune fille, fInbaya, fille de Bunene-ibni, oblat de Šamaš. Elle est décrite comme
orpheline, ce qui indique probablement le décès récent des parents, en tout cas du père, la mère
n’étant pas mentionnée. Il promettait de l’éduquer et, lorsqu’elle serait adulte, de la marier à son
propre fils. La tablette est assez claire, bien que les lignes de la fin de la procédure soient brisées.
Comme il s’agit d’oblats, il est fort probable qu’fInbaya conserve ce statut et demeure une
dépendante du temple ; comme Šamaš-ahhê-erîba est dit oblat de Šamaš, son fils auquel elle est
promise l’est aussi. On a donc ici l’exemple d’une adoption, fixée par écrit, au sein de la population
dépendante du temple, ce dernier tenant à ce que les enfants dont il a la responsabilité soient
éduqués et que leur avenir soit assuré, probablement dans un souci de reproduction d’une main-
d’œuvre dont il est le gestionnaire.
Nbn. 343 rapporte l’injonction à témoigner de Šum-iddin, fils de Šamaš-šum-ukîn,
descendant d’Isinaya, que l’esclave fLû-balṭat, appartenant à fBurašu, fille de Gimillu, descendant
d’Eppeš-ilî, a fait naître un enfant et qu’une certaine fRamûa l’a adopté et l’a nommé Tattannu.
Nous ne sommes donc pas face à une procédure d’adoption mais plutôt à un document enregistrant
par écrit une adoption ayant eu lieu, devant témoins, pour attester légalement de la nouvelle filiation
de l’enfant. La tablette ne contient pas plus de détails, notamment concernant le statut du fils
adoptif de fRamûa, ni même concernant le statut de cette dernière. Sa filiation n’est d’ailleurs pas
donnée, et l’on ne sait pas qui serait le père adoptif, ni même qui est le père naturel. Qu’un homme
ait été appelé pour pouvoir témoigner de cette procédure indique peut-être du faible statut social
de Ramûa. Il est envisageable que Tattannu ait ainsi été adoptée par une autre esclave et conserve
ce statut pour le reste de sa vie, ce qui exclut cette tablette des affranchissements.
Un cas très intéressant d’adoption d’enfant d’esclave est documenté par la tablette
VS VI 184 (Art. 39, 11 / IX, Bît-Napsannu). Bien qu’elle soit très cassée, on y discerne la donation
de sept esclaves par une femme, fHannaya, au fils de fGigitu et d’Amurru-natan, esclave de Ṣihâ,

69
nommé Bêl-ibni. La situation est assez particulière : il est bien précisé que Bêl-ibni est le fils
biologique de fGigitu, mais qu’elle l’a donné en adoption à Hannaya. Le statut d’esclave de fGigitu
n’est pas indiqué, ce qui signifierait que Bêl-ibni est issu de l’union d’une femme libre et d’un
esclave. Nous disposons de peu d’exemples d’enfants de ce type de mariage, et la question de leur
statut pose problème158. Ici, nous n’avons aucun indice de l’esclavage de Bêl-ibni, et il reçoit des
esclaves en commun avec sa mère biologique. Il est ainsi possible qu’il ait bénéficié d’une forme
d’affranchissement par l’adoption. Toutefois, la fonction du texte invite à proposer une hypothèse :
f
Hannaya donne ses esclaves, ceux-ci demeurant à son service tant qu’elle vit ; « plus tard » (arkat),
les esclaves sont transférés à fGigitu et Bêl-ibni. fHannaya est peut-être âgée et désire transférer une
partie de ses biens à des personnes qui lui sont proches, son fils adoptif et sa famille biologique,
avant sa mort. Le transfert de patrimoine est bien ce sur quoi il est mis l’accent dans ce document.
Sa date, tardive pour notre période d’étude, indique peut-être des changements quant aux statuts
des personnes et à la place sociale des esclaves et dépendants.
Un document aussi tardif, datant de l’an 2 d’Artaxerxès II, mentionne aussi l’adoption
d’enfants (une fille et un fils) d’un esclave et d’une femme libre : UET IV 001 – 002 (Art. II 2, 26
/ IX, Ur, Gallâbu159). L’esclave, Labašu-Sîn, fils de Bêl-ittannu, a eu ses enfants d’un précédent
mariage et est l’esclave de l’officier royal perse Mitridata. Son épouse adopte ses enfants, Nidintu
et fŠanitu, qui doivent accomplir des travaux envers les dieux et le roi pour le compte de leurs
parents, de même pour les enfants qui pourraient naître plus tard (akkadien, l. 8 – 9 : « ilî u šarri adi
ûmu ṣâta itti aplêni ša ibbaššû ana muhhini liplahû »). Ici, l’adoption inclut des obligations de travail
auprès des institutions, une forme de dépendance. Par contre, les possessions des parents
deviennent, à leur décès, celles de leurs enfants. On s’assure ainsi de la filiation entre la mère
adoptive et ses enfants, suite à un mariage entre elle et Labašu-Sîn : s’attachent à cette procédure
une garantie de la transmission de l’héritage et des obligations de travail auprès du temple et du roi.
Par ces six exemples d’adoptions d’esclaves, d’oblats ou d’enfants d’esclaves ou d’oblats,
nous pouvons dire que ces adoptions maintiennent les personnes adoptées dans un statut de
dépendance envers une institution ou un individu. Chacune de ses tablettes présente une procédure
différente, mais leur contexte social est similaire : soit au sein d’un temple (YOS VI 002, BM
63910), soit au sein d’archives privées (Nbn. 343, VS VI 188, UET IV 001 – 002). Les
conséquences sont donc, pour les adoptés, assez proches, par la préservation du statut d’esclave ou
d’oblat, voire d’obligations de travail (VS VI 188, UET IV 001 – 002).

158
[Dandamaev, 1984 : 411‑414].
159
Cette archive fait l’objet d’une thèse en cours, conduite par Olga Popova (Paris 1 – Panthéon Sorbonne).
Qu’elle soit ici remerciée pour la transmission de l’édition de ces textes.

70
Ces trois types d’adoptions (adoption d’enfant trouvé, adoption d’enfant de prostituée,
adoption d’esclave ou d’oblat / d’enfant d’esclave ou d’oblat) rassemblent des situations sociales
de précarité ou de dépendance pour les enfants adoptés en question. Les temples, à plusieurs
reprises, assurent un rôle d’accueil de ces enfants et font en sorte de leur trouver un foyer et une
famille, avec toutefois un intérêt, celui de disposer plus tard de leur force de travail. Visiblement, le
travail d’une prostituée n’est pas compatible avec l’allaitement et l’éducation d’un enfant : on fait
en sorte de trouver une solution pour que cet enfant puisse être pris en charge. Enfin, on adopte
des esclaves, des oblats ou leurs enfants, avec un maintien plus ou moins clair de leur dépendance
auprès d’un maître, d’un temple ou du pouvoir royal. D’autres cas d’adoptions, qui ne
correspondent pas à ces trois situations sociales, sont aussi intéressants à étudier pour notre propos.
L’adoption implique, dans certains cas, la prise en charge du parent adoptif par l’enfant
adopté. C’est cette situation que l’on perçoit dans les documents BM 26506 et BM 61737. Dans le
premier, une femme, Amtiya, fille de Kalbaya, descendant de Bâ’iru, donne fLilidi, sa petite-fille de
trois mois, en adoption auprès de Bêl-eṭir, fils de Nabû-uballiṭ de la famille Itinnu, et son épouse
f
Hilbunnu, fille de Paṭi-Esu. Il est ensuite indiqué que fLilidi doit servir ses parents adoptifs jusqu’à
leur mort, en échange de quoi ils lui allouent un vêtement et cinq sicles d’argent blanc. De même
dans la seconde tablette, où les premières lignes ne sont pas lisibles : elle concerne la relation de
f
Râmûa avec ses deux filles fUššâ’ti et fSippaya. Elle alloue à la première un vêtement et dix sicles
d’argent (du fait des lignes manquantes, il est difficile de comprendre cette allocation). La seconde
doit s’occuper de sa mère jusqu’à sa mort. Si elle décide d’aller « dans la maison d’un mâr banê »
(l. 6’ – 7’), elle doit donner une mine d’argent à fRâmûa, pour son éducation (l. 8’ – 9’ : kûmu
rabutišu). Cela indique très probablement le statut d’enfant adopté de fSippaya, cette clause n’aurait
pas été écrite s’il s’agissait d’une enfant naturelle.
Dans les deux cas, l’adoption implique un travail de la fille adoptée auprès des parents
adoptifs. Si on peut supposer que le soin des parents âgés est le devoir de chaque enfant dans la
société babylonienne dans son ensemble, il est intéressant de constater que cette relation, lorsqu’il
s’agit d’enfants adoptés, est contractualisée. On retrouve ce même type de situation pour les
esclaves donnés au temple, qui demeurent auprès de leur(s) maître(s) jusqu’à sa / leur mort, avec
des formulations assez proches.
Si ces documents créent des relations de travail particulières entre parent et enfant, un
contrat de mariage produit un lien familial et de dépendance distinctif : il s’agit de BM 61776 //
BM 67388160. En soi, comme nous l’avons présenté plus haut, le contrat est assez typique de la
plupart des procédures de mariage que l’on retrouve pour cette période. Un père, Sîn-ahhê-iddin,

160
[Roth, 1989c, texte n°5].

71
demande aux frères de fBazîtu de la donner en mariage à son fils, Qul-dibbiya-ile’i-Nusku. On
retrouve ensuite des clauses classiques de ce type de contrat : l’interdiction de l’adultère pour
f
Bazîtu, les conditions pour le divorce. Toutefois, on précise ensuite que si Sîn-ahhê-iddin ou
quelqu’un de sa famille énonce le statut d’esclave de Qul-dibbiya-ile’i-Nusku, celui / celle-ci doit
payer six mines d’argent à fBazîtu et ses enfants ; la forte somme à payer pourrait avoir une valeur
dissuasive, et indiquerait ainsi l’affranchissement de Qul-dibbiya-ile’i-Nusku. Ce dernier serait ainsi
l’esclave adopté de Sîn-ahhê-iddin. Il doit d’ailleurs réaliser quatre mois par an du service de son
père auprès du roi. Cela maintient l’esclave, désormais affranchi, dans une situation sociale
d’infériorité auprès de son père.
TEBR 069 est un autre exemple d’un cas d’enfant adopté servant de force de travail,
mobilisable si besoin est par ses parents adoptifs. Il s’agit d’une reconnaissance de dette d’une mine
d’argent, prêtée par Iddin-Marduk, fils de Nabû-mukîn-zêri, descendant de Ša-haṭṭi-ereš, à Nabû-
ušallim, fils de Nabû-šum-ibni de la famille Esagil-mansi. En gage de cette reconnaissance de dette,
Nabû-ušallim confie sa soeur adoptive fAmtiya, élevée par sa mère fMizâtu et son père Nabû-šum-
ibni, à son créancier. Il est bien indiqué qu’elle doit travailler pour lui, et qu’elle ne reçoit pas de
salaire pour ce travail. La force de travail d’un enfant adopté peut donc se voir confier de cette
manière, et on perçoit ainsi une forme de dépendance particulière : si ce n’est pas précisé dans le
contrat, il est fort possible que le créancier doive toutefois entretenir fAmtiya, en nourriture et
autres besoins liés au travail (la nature de celui-ci n’est pas précisée).
Un autre document peut être présenté qui permet de comprendre le statut juridique comme
socio-économique de l’enfant adopté. OIP CXXII 001161 (15, 15 / XII, Sumundanaš) constitue à
première vue une procédure d’adoption très classique. Certaines clauses sont toutefois très
atypiques, tout comme le contexte géographique et social. Le document a en effet été rédigé dans
une ville du royaume d’Elam, Sumundanaš, et daté selon le nom du roi élamite Hallušu. Le contrat
d’adoption s’opère avec le couple Šamaš-uṣur, descendant de Ṣillaya et fKidinnîti, son épouse,
demandant la fille de Ninurta-iddin et Lû-bêlti, Akkadîti. Le couple adoptif donne deux vêtements
aux parents naturels. On a donc une procédure d’adoption entre Babyloniens dans un pays qui leur
est étranger. Il s’agit probablement de personnes en déplacement au pays d’Elam, pour des raisons
qui nous échappent ; le niveau social des deux couples est peut-être assez élevé, rares étant ceux
voyageant en-dehors de la Babylonie pour des logiques autres que commerciales. Il est aussi précisé
que la fille « où qu’elle aille, est (de statut) libre » (l. 10 : « fAkkaditi ašar taliki marât banê šî »), et que

161
A l’édition du texte par David Weisberg, il faut ajouter les collations et corrections effectuées par [Jursa,
2006], et [Wunsch, 2010] .

72
quiconque la réclame (comme servante, comme esclave) doit payer une amende, car elle est
« originaire de Nippur » (l. 15 : « marât Nippur »).
L’hypothèse que l’on peut proposer au sujet de ce texte suit donc celle proposée par
C. Wunsch : on a affaire ici à une adoption fictive, servant à protéger le statut libre de la fille
adoptée. Les parents naturels confient leur fille à un couple de confiance et doivent s’absenter. Tant
qu’fAkkadîti n’est pas rentrée à Nippur, elle pourrait être réclamée par quiconque en Elam, en tout
cas on craint que cela puisse arriver, notamment de la part des plus proches des parents naturels
d’fAkkadîti si les parents adoptifs venaient à mourir. Dès lors, on introduit dans ce texte des clauses
prohibitives (interdiction de réclamer fAkkadîti sous peine de payer une somme d’argent) et
protectrices (mentions du statut de femme libre, originaire de Nippur).
Ce texte est ainsi intéressant par ce qu’il sous-entend du statut de l’enfant adopté. On tient
dans cette tablette à empêcher de créer une situation de dépendance dans laquelle pourrait se
retrouver fAkkadîti, ce qui pourrait être le statut usuel d’un enfant adopté. Comme on l’a vu dans
plusieurs exemples, l’enfant adopté peut prendre soin de ses parents adoptifs avant leur mort, dans
un souci de prise en charge des personnes âgées au sein de la société babylonienne. Il est attendu
aussi qu’une fille naturelle puisse être mariée, et que le choix du mari est de la responsabilité des
parents. Les clauses de ce texte indiquent peut-être un souci de préserver fAkkadîti du mariage tant
qu’elle n’a pas atteint l’âge adéquat, ni regagné la ville de Nippur. La proximité entre statut de
dépendance et statut d’enfant adopté est donc réelle dans certains cas.
Il faut toutefois nuancer quelque peu ce propos. Nous avons présenté une documentation
montrant les liens entre dépendance et adoption. De nombreuses procédures d’adoption
concernent toutefois les classes aisées de la société babylonienne, liées à des stratégies de
transmission de l’héritage particulières en cas d’absence d’héritier162. Une dernière tablette nous
permet de discuter toute l’ambiguïté à parler d’adoption pour les sources et la période qui nous
intéressent. CTMMA III 053, de l’archive des Egibi, est le contrat d’adoption de Kalbaya par
Nabû-ahhê-iddin, son oncle. D’autres tablettes, plus anciennes, mentionnent déjà cette filiation ; il
semble que celle-ci régularise l’adoption de Kalbaya. Toutefois, la relation entre Kalbaya et Nabû-
ahhê-iddin n’implique aucun droit à l’héritage à son profit, car Kalbaya n’est pas mentionné dans
la division du patrimoine de son père adoptif163 au contraire des trois fils biologiques de Nabû-
ahhê-iddin (Itti-Marduk-balâṭu, Nergal-eṭir et Iddin-Nabû).

162
[Wunsch, 2003a], de nouveau, constitue la synthèse de cette documentation et les nuances à prendre en
compte lorsque l’on étudie des tablettes aux normes juridiques a priori comprises mais qui dissimulent parfois
des procédures de division d’héritage ou de ventes.
163
[Wunsch, 2000b].

73
Kalbaya a toutefois profité des affaires commerciales de sa famille, en s’associant
commercialement avec ses frères adoptifs 164 ou en développant des revenus agricoles 165 . Si
l’adoption implique des droits juridiques moindres à l’héritage, elle a des avantages d’un point de
vue économique. Kalbaya constitue ainsi un des rares cas où un adopté est perçu dans notre
documentation au-delà des procédures ou des mentions d’adoption elles-mêmes. Kalbaya a appris
à lire et écrire auprès de Nabû-ahhê-iddin et il est effectivement scribe de plusieurs tablettes166.
Cette trajectoire sociale d’un adopté est donc en fort contraste des cas que nous avons présentés
jusqu’ici : les enfants adoptés que nous avons vus ne sont pour la plupart pas documentés par
d’autres tablettes à notre connaissance, et sont souvent en situation de dépendance auprès de leurs
parents adoptifs ou d’une institution.

Conclusion

Ce panorama des sources liées à l’adoption permet de conclure plusieurs points concernant
cette procédure. Tout d’abord, la documentation rassemble des tablettes de nature différente, des
normes juridiques qui s’adaptent à la spécificité de chaque situation sociale. S’il existe une forme
de « contrat d’adoption » typique, des clauses annexes se rajoutent si besoin est. Certaines adoptions
dissimulent d’autres transactions, qui trouvent dans cette procédure la forme adaptée pour les
individus concernés. Comme on l’a vu, il y a des cas d’adoption directe, où l’on retranscrit
directement le changement de filiation ou la prise en charge d’un enfant trouvé, et d’adoption
indirecte, concernant des procédures plus compliquées ou alors lorsque l’adoption s’accompagne
d’autre chose (mariage, reconnaissance de dette…). Il y a une véritable flexibilité du droit
babylonien, toutefois les situations sociales rassemblées dans notre propos conservent certaines
constantes.
La plupart des enfants adoptés sont socialement en situation de précarité ou de
dépendance : enfants trouvés, enfants de prostituée, enfants d’esclaves ou de dépendants, voire
déjà esclaves / dépendants. L’adoption les place auprès de familles qui pourront les nourrir, vêtir,
éduquer. En échange, il semble qu’une relation de dépendance et d’obligations s’établisse envers
les parents adoptifs pour ces adoptés. Des obligations de travail sont parfois clairement indiquées,
notamment concernant les soins à prodiguer aux parents lorsqu’ils vieillissent. D’autres sont à
effectuer auprès des temples : pour les enfants trouvés ou de prostituées, d’oblats, le temple

164
Nbn. 966 et Nbn. 967.
165
Dar. 114, une reconnaissance de dette en dattes due à Kalbaya.
166
Cyr. 315, Dar. 035, Dar. 123, Dar. 129, Dar. 171, Dar. 353.

74
intervient assez régulièrement au cours de la procédure juridique, ce qui indique tout aussi bien un
rôle d’institution locale, chargée de responsabilités politiques et sociales, qu’un intérêt économique
pour une main-d’œuvre qui doit être maintenue, voire doit obtenir un certain savoir-faire afin de
lui être utile. Dans quelques cas, une obligation de corvée est indiquée, parfois en remplacement
de celle du parent adoptif. Un enfant adopté, pour les parents, les temples ou la royauté, c’est un
futur travailleur, une main-d’œuvre qui, par des obligations familiales ou sociales, travaille pour eux,
sans percevoir un revenu autre que ce qui lui permet de vivre. Cela se rapproche beaucoup de
l’esclavage ou de la dépendance institutionnelle tels qu’ils sont documentés pour notre période.
L’adoption règle-t-elle la question de la relation entre famille et esclavage / dépendance ?
Le statut d’adopté est-il une forme de dépendance ? Difficile de pleinement l’affirmer même si des
liens directs existent. Il semble assez clair que, dans la société babylonienne pour notre période
d’étude, l’adoption peut conduire à la réduction en esclavage ou en dépendance, notamment
concernant les enfants trouvés. C’est ainsi une manière d’insérer dans la société des enfants qui
n’auraient pu survivre. De même que pour les enfants de prostituée, le possible stigmate social
associé à cette profession peut être réglé par une adoption par un membre de la famille de la mère
biologique ; des obligations de travail semblaient exister pour l’enfant adopté. La documentation à
ce sujet demeure toutefois assez pauvre.
L’ambiguïté qui semble exister à ce sujet se résout avant tout par la diversité sociale qui se
maintient concernant l’adoption. Si les cas que nous avons présentés indiquent une tendance à la
mise en dépendance, d’autres formes d’adoption, concernant d’avantage les membres des familles
des classes aisées de la société babylonienne, existent, et ont davantage à voir avec des modifications
de la transmission de l’héritage. Pour les enfants en position sociale déjà difficile, l’adoption paraît
plutôt être une confirmation de ce statut, avec en échange une certaine forme de sécurité assurée
par la famille ou le temple. L’adoption constitue, dans certains cas, une forme de mise en
dépendance. Dire qu’il s’agit d’une des origines de l’esclavage ou des autres formes de travail forcé,
face à l’absence de sources pour les quelques siècles qui précèdent notre période, est une hypothèse
pour le moment encore invérifiable, mais qui a certains mérites et montre les liens entre les relations
de dépendance et les relations familiales qui peuvent se construire au sein de la société
babylonienne, lisibles à travers ces procédures juridiques.

75
La dépendance institutionnelle : origines historiques et statut

Après nous être intéressé aux origines et au statut juridique des esclaves présents dans
l’économie privée, il nous faut maintenant présenter les formes de dépendance permanente
perceptibles dans l’économie institutionnelle, avant tout documentée par les archives des temples.
Nous allons tenter ici, avec toutes les difficultés que représente la documentation à ce sujet, de
discerner les origines historiques de ces statuts de dépendants institutionnels, avant d’analyser leur
statut juridique. Dans un premier temps, nous allons nous intéresser aux širkû, aux dépendants
rattachés aux temples, avant tout ceux de l’Ebabbar de Sippar et de l’Eanna d’Uruk du fait de la
disponibilité des sources, puis aux šušânû, bien que peu de choses puissent être dites à leur sujet à
ce moment de notre étude. Ensuite, nous présenterons la question de la déportation subie par les
populations judéennes et ouest-sémitiques au moment des conquêtes par l’empire néo-babylonien
de l’ouest mésopotamien et de la Palestine, avant de discuter du statut de ces déportés dans la
société babylonienne, aux époques néo-babylonienne puis achéménide.

Origines historiques de la širkûtu

Tout comme pour l’esclavage privé, les origines historiques des formes de dépendance que
l’on retrouve dans les archives des temples ou les archives privées sont difficiles à établir. Toutefois,
l’ensemble des indices que l’on peut rassembler à ce sujet est plus important que pour l’esclavage
et permet d’énoncer quelques hypothèses à ce sujet.
La thèse d’A. Ragen concernant le statut de širku aux époques néo-babylonienne et
achéménide propose plusieurs éléments tirés de la documentation des siècles précédant celles-ci
pour expliquer la présence de ces dépendants dans les archives de l’Ebabbar de Sippar et l’Eanna
d’Uruk. Il a été jusqu’à présent le seul à tenter d’historiciser sur le long terme le statut de širku, et
son analyse constitue l’un des points les plus convaincants, à notre avis, de sa thèse de doctorat.
M. A. Dandamaev 167 présentait l’idée que les oblats, les dépendants des temples,
provenaient avant tout des donations de prisonniers de guerre effectuées par les souverains néo-
babyloniens aux temples, idée que l’on retrouve ensuite dans le travail de K. Kleber 168 . Les
références à ce type de donations sont toutefois très rares dans l’état actuel de la documentation.
Ainsi, 2850 prisonniers provenant de Cilicie sont alloués aux dieux Bêl, Nabû et Nergal169. Ils sont

167
[Dandamaev, 1984 : 472].
168
[Kleber, 2008 : 260‑264], présentant les donations de Puqudéens à l’époque néo-assyrienne (BIN II 132) et
de 2850 Ciliciens sous Nabonide (Stèle de Nabonide d’Istanbul) à des temples de Babylonie.
169
Stèle de Nabonide d’Istanbul, présentée par [Beaulieu, 1989 : 20‑22], éditée par [Scheil, 1896].

76
désignés comme « ummanê ana zabâl tupšikki » (travailleurs pour le panier de corvée), et le verbe
pour qualifier la donation est « šarâku », signifiant « donner / présenter en cadeau ». De plus,
comme le mentionne A. Ragen, on retrouve cette expression pour désigner les oblats de l’Eanna
dans une tablette éditée par D Arnaud170 : « ummanê zabil tupšikku ša Eanna ». Pour ce qui concerne
l’Ebabbar, des listes de rations datées du règne de Nabuchodonosor II mentionnent plusieurs
dizaines d’oblats d’origine égyptienne171.
La nature du document tend toutefois à relativiser l’importance de cet acte – en tout cas, il
s’inscrit dans une certaine forme rhétorique de présentation du pouvoir royal. Paul-Alain
Beaulieu172 date cette inscription du début du règne de Nabonide, ce qui conviendrait avec une
campagne militaire en Cilicie, accomplie durant la troisième année du règne de Neriglissar et la
première année de celui de Nabonide173.
L’ensemble de la stèle présente la fin de l’empire néo-assyrien, les origines de la royauté
néo-babylonienne, les actes de piété des rois néo-babyloniens et enfin ceux de Nabonide
(restauration et visites des temples de Babylonie). La donation des prisonniers de guerre d’une
campagne récente a pu tout à fait avoir lieu ; le nombre total des nouveaux dépendants de différents
temples peut toutefois être mis en question, plus important qu’en réalité afin de valoriser un tel
acte de piété dans le contexte d’une inscription monumentale propre à la rhétorique royale. Ce
qu’indique clairement ce texte, néanmoins, c’est la donation de prisonniers à un temple comme
pratique possible de la part d’un roi – ceci donne ainsi du poids à une origine des dépendants à
partir des donations royales auprès des institutions religieuses de Babylonie. La reproduction
naturelle de ces dépendants, utilisés et entretenus, maintiendrait une population d’oblats plus ou
moins constante en leur sein.
YOS I 045174 (26 septembre 554 av. J.-C., Ur) mentionne le don par Nabonide au temple
de Sîn d’Ur de champs, de bétail (ovins et bovins), ainsi que d’esclaves (l. 11 : [Link]é.ìr,
aštapîrû175). La tablette correspond aussi à un type de texte très particulier, voué à démontrer la piété
du roi auprès du temple. Il y consacre sa fille En-nigaldi-Nanna comme prêtresse-entu, reconstruit
l’Egipar, où elle a résidé, ainsi que diverses allocations de personnel religieux et des privilèges
(exemptions de l’ilku et autres taxes) au temple. Les esclaves voués au temple ne sont pas décrits
comme prisonniers de guerre, toutefois l’acte correspond aux diverses vocations d’esclaves au

170
[Arnaud, 1973 : 150].
171
[Bongenaar et Haring, 1994].
172
[Beaulieu, 1989 : 20‑22].
173
[Grayson, 1975 : 103]
174
[Schaudig, 2001 : 373‑377].
175
Il s’agit d’une des seules attestations de ce terme qui désigne des esclaves de manière collective pour l’époque
néo-babylonienne. Le caractère très formel du texte explique l’usage de ce terme archaïsant. Nous le retrouvons
à partir de l’époque paléo-babylonienne dans la documentation cunéiforme : CAD A II, p. 473 – 4.

77
temple faites par des particuliers présentes dans notre documentation. Les détails de cet acte de
donation d’esclaves ne sont pas donnés, alors que les différents membres du clergé et prébendiers
alloués au temple voient leurs fonctions précisées. Il est ainsi difficile de percevoir dans ce texte
une autre allocation de prisonniers de guerre, comme semble l’entendre Dandamaev 176 . Elle
s’inscrit toutefois dans un plus large ensemble de transferts d’esclaves aux institutions religieuses,
possiblement comme acte de piété.
Pour ce texte, A. Ragen s’intéresse d’avantage, aux privilèges et exemptions fiscales
accordés au temple de Sîn d’Ur et l’incorpore au plus large dossier des relations entre la royauté,
néo-assyrienne puis néo-babylonienne, et les temples babyloniens177. Il est vrai que si l’on remonte
plus haut dans le temps, différents documents permettent de comprendre le lien politique
particulier entre royauté et clergé babylonien. Au-delà des donations directes de personnel auprès
des temples, finalement très rares dans la documentation disponible, la compréhension du rôle des
temples comme institutions économiques de première importance, ayant besoin d’une main-
d’œuvre disponible pour leurs diverses activités, nécessite une analyse de ces sources. Il s’agit avant
tout de donations de terres et d’exemptions de taxes, qui conduisent à l’agrandissement du
patrimoine foncier des temples babyloniens. A. Ragen présente ainsi plusieurs inscriptions du
deuxième et premier millénaire comme pertinentes pour son propos :
• Un document, présentant des caractéristiques d’écriture de la fin du troisième
millénaire mais qui fut produit à l’époque néo-babylonienne est le Monument
cruciforme de Maništušu178. Il s’agit d’un faux, visiblement produit par l’Ebabbar
de Sippar. Les inscriptions sur cet objet présentent les donations en terre, animaux
et autres biens faites au temple de la part du roi Maništušu ; les personnes vivant
dans les villages alloués au temple sont exemptées de l’ilku à accomplir pour la
royauté et leur travail est ainsi réservé à l’Ebabbar. S’il fut effectivement créé par le
temple pour justifier de certaines de ses propriétés foncières, d’autant plus légitime
par son aspect monumental et son écriture archaïsante, cela en ferait un document
d’autant plus intéressant. Il indiquerait ainsi une volonté de la part de membres
éminents du clergé de l’Ebabbar de justifier de possessions foncières et de droits au

176
[Dandamaev, 1984 : 472].
177
[Ragen, 2007 : 44]. On trouvera une analyse des liens politiques entre la royauté néo-assyrienne et les
temples, assyriens comme babyloniens ou autres, ainsi que leur évolution et l’ensemble de leur signification dans
le travail de Steven W. Holloway, [Holloway, 2002]. Une partie de ce travail est ainsi consacrée aux offrandes de
différents biens, visites, expressions de piété aux temples, mais aussi aux reconstructions des structures de ceux-
ci par les rois néo-assyriens. L’ensemble de ces actes s’inscrit dans les relations compliquées entre ces derniers
et la Babylonie, entre mise en vassalité, répression ou au contraire propagande auprès de certaines classes de la
société babylonienne, dont les membres du clergé.
178
[Gelb, 1949 ; Sollberger, 1968 ; Longman, 1991 : 79‑83 ; Ragen, 2007 : 24‑27].

78
travail de populations de la région au Sippar au bénéfice du temple, avec ce
monument pouvant être montré auprès des représentants de la royauté pour s’en
assurer. Un article récent d’I. Finkel et A. Fletcher179 présente des arguments en
faveur de cette hypothèse et date ce monument de la deuxième année du règne de
Nabonide : en effet, il a été retrouvé en compagnie de deux cylindres au nom du
roi Nabonide, traitant de sa restauration du temple de Sippar, qui débuta au mois
VI de cette année selon la Chronique royale de Nabonide 180 . Ces cylindres, le
monument cruciforme et la Sun-God Tablet (BM 91000181) ont ensuite été enfouis
ensemble, dans un souci de préservation des documents prouvant la propriété de
biens pour le temple. Pour les auteurs, le contexte particulier du règne de Nabonide
et sa préférence pour le dieu Sîn a pu alerter le clergé de l’Ebabbar quant aux besoins
de préserver leurs intérêts économiques, dans un rapport de force opéré face à la
royauté. Le monument cruciforme aurait ainsi été produit en secret par quelques
prêtres et artisans complices, en adoptant des formes d’écriture archaïsante et
quelques formules issues d’anciennes tablettes à leur portée. Le matériau du
monument est similaire à celui des kudurrû, une pierre noire et lisse. Les auteurs
présentent même les indices matériels concernant le découpage du document à
partir d’un kudurru existant – ses dimensions, plus petites que certains kudurrû,
rendent l’hypothèse tout à fait possible. Il était nécessaire pour ces membres du
clergé de disposer d’un document qui permettrait d’affirmer des droits éternels sur
un patrimoine, foncier comme mobilier. Le mystère autour du nom de Maništušu,
roi méconnu du troisième millénaire, ainsi que l’écriture archaïsante, formeraient
les outils adéquats pour un tel objectif ; le capital culturel propre au clergé, son
savoir quant à la littérature cunéiforme, seraient suffisants pour que le charme
fonctionne sur le roi et ses proches et camoufleraient ainsi les quelques
anachronismes présents dans le texte, notamment concernant les noms de mois. La
démonstration présentée par les auteurs est assez convaincante et donne au
monument cruciforme ce statut de faux produit par le clergé de l’Ebabbar, depuis

179
[Finkel et Fletcher, 2016]
180
[Beaulieu, 1989 : 8‑9].
181
[Woods, 2004]. Il s’agit ici d’une autre tablette, retrouvée dans le même contexte archéologique présenté en
détail dans [Finkel et Fletcher, 2016]. Datée du règne de Nabû-apla-iddina (règnant de – 887 à – 855), elle
présente le contexte historique du culte de Šamaš effectué auprès d’un disque solaire, symbolisant le dieu, dans
l’Ebabbar, alors que la statue du culte aurait disparu du fait des pillages des Sutéens dans la région de Sippar. La
tablette narre ainsi le rétablissement du culte et des offrandes régulières au sein du temple par le roi Nabû-apla-
iddina. Elle énonce aussi la réception par le šangû de terres et d’offrandes, enregistrées ainsi par cette tablette,
qui possède dès lors un statut similaire à un kudurru.

79
longtemps supposé. La présentation en détail du contexte archéologique des
documents concernés permet de bien comprendre leur nature.
• Le kudurru de Meli-šipak (MDP X 087)182, roi kassite ayant régné de - 1186 à -
1172 accordant des terres à sa fille fHunnubat-Nanaya peut être interprétée comme
une donation royale à une prêtresse de Nanaya. C’est en tout cas l’analyse du
premier éditeur du texte Jean-Vincent Scheil 183 . Le kudurru fait partie des
monuments et textes retrouvés à Suse par la mission archéologique française en
Iran. Plusieurs colonnes ne sont plus lisibles, mais les cent cinquante lignes
déchiffrables énoncent la donation de terres par le roi à sa fille. Ce type de
documentation adopte une rhétorique et des formules typiques et a pour fonction
de justifier d’un point de vue juridique de la possession de terres. L’inscription
contient les phrases de malédiction d’usage pour quiconque l’altérerait ou agirait à
l’encontre de la donation retranscrite. A. Ragen met aussi au conditionnel l’idée que
f
Hunnubat-Nanaya soit une prêtresse de Nanaya et que ce kudurru soit une donation
à un temple, mais cette hypothèse peut se maintenir, notamment par le rôle joué
par Nanaya dans l’inscription. Le kudurru dispose aussi d’une représentation, où l’on
voit figurés le roi, sa fille et la déesse, sous les trois symboles divins d’Ištar (déesse
parèdre de Nanaya), Sîn et Šamaš : l’étoile, le croissant de lune et le soleil. Le texte
ne précise pas toutefois les spécificités des terres accordées à fHunnubat-Nanaya,
ce qui nous intéresserait pour une analyse d’ordre économique de cette donation.
• L’inscription d’Agum-Kakrime184 n’est connue que par des copies produites au
premier millénaire, dont l’original aurait été rédigé au début de la période kassite.
Le roi Agum II y présente le retour des statues de Marduk et de Ṣarpanitu auprès
de l’Esagil de Babylone, suite au pillage de la ville par les Hittites en – 1531. Le texte
adopte là aussi une rhétorique royale, supposément énoncée par le roi lui-même.
Après le retour de ces statues, le roi passe commande pour l’Esagil à différents
artisans (forgerons, orfèvres, graveurs) afin de réaliser divers objets d’art, et accord
des champs et autres propriétés foncières attachées à ces artisans. On percevrait
ainsi dans ce document l’exemple d’une allocation de travailleurs et de domaine
foncier par la royauté pour un temple. C’est ainsi qu’A. Ragen présente cette
inscription et l’utilise comme un indice de la constitution du patrimoine des temples

182
[Slanski, 2003 : 42‑48].
183
[Scheil, 1908 : 87 ; Ragen, 2007 : 27‑28].
184
[Stein, 2000 : 150‑165 ; Ragen, 2007 : 28‑31].

80
grâce à la royauté. L’utilisation du verbe zukku, « libérer, exempter » (infinitif du
système II du verbe zakû, typique du premier millénaire), est aussi commentée par
lui comme une exemption de taxes et corvée accordée aux artisans du fait de leur
transfert et leur dépendance nouvelle auprès de l’Esagil. Cet usage de ce verbe ne
se retrouve pas au deuxième millénaire, en tout cas pas pour la période d’écriture
supposée de ce texte, et décrirait ainsi une réalité socio-économique du premier
millénaire.
• BbST 24185 est un autre kudurru datant du règne de Nabuchodonosor I, régnant de
– 1125 à – 1104 sur la Babylonie. Après sa victoire sur le pays d’Elam et avoir
ramené la statue de Marduk à Babylone, il accorde des champs à deux prêtres
élamites, Šamûa et son fils Šamaya, réfugiés en Babylonie et alliés de Nabuchonosor
I. Ces champs sont tous nommés et leur localisation est précisée dans le document,
servant ainsi de preuve juridique de leur propriété sur ces terres accordées par le
roi. La formulation de l’inscription présente la donation des terres auprès de la
divinité Eriya, représentés par les deux prêtres, et non directement à eux, ce qui
indiquerait ainsi une donation au temple par la royauté. De plus, ces terres sont
exemptées de prélèvements fiscaux ou d’obligations de corvée ; ces exemptions
fiscales peuvent concerner les habitants de ces terres ou le personnel du temple, la
formulation à ce sujet demeurant obscure.
• Enfin, A. Ragen présente BM 62908186 comme un autre exemple de cette pratique
de donation de terre de la part de la royauté à des temples en Babylonie. Cette
tablette date du règne de Marduk-zâkir-šumi, régnant en Babylonie à la fin du
neuvième siècle avant Jésus-Christ. Nous disposons de très peu de documents pour
le règne de ce roi, mais celui-ci est particulièrement intéressant car, bien qu’assez
abîmé, il présente le rétablissement d’une exemption fiscale accordée à Babylone et
Borsippa. Après divers conflits ayant eu lieu sur le territoire babylonien, ces
privilèges sont rétablis par Marduk-zâkir-šumi. Une partie de la tablette est ainsi
consacrée aux exemptions accordées à différents membres des personnels du
temple. A. Ragen ne mentionne pas un autre document pourtant particulièrement
intéressant à ce sujet et datant de ce règne : il s’agit du kudurru de Marduk-zâkir-
šumi, édité par F. Thureau-Dangin en 1919187. En effet, le roi dans ce kudurru

185
[King, 1912 ; Brinkman, 1976 : 108‑109 ; Slanski, 2003 : 173‑174 ; Ragen, 2007 : 31‑34].
186
[Grayson et Frame, 1988 ; Ragen, 2007 : 33].
187
[Thureau-Dangin, 1919]

81
donne un terrain de 12 kur, huit maisons, deux cours avec des annexes (situées près
de l’Eanna), ainsi que des droits prébendiers attachés à diverses offrandes religieuses
à Ibni-Ištar, fils de Hunzû, un membre du clergé de la déesse Ištar d’Uruk. Les
formules de malédiction interdisent expressément à tout membre de la royauté
future, ou quelque autre personne que ce soit, de remettre en cause cette donation
auprès d’un membre du clergé. La donation est faite auprès d’un individu, et non
du temple ; toutefois, elle démontre clairement quelle forme pouvait prendre
l’acquisition d’un patrimoine foncier, sans obligation fiscale attachée à celui-ci, par
le clergé d’une ville comme Uruk. Ce type de donation pourrait avoir permis à ce
clergé de se constituer de larges revenus sur le long terme, s’il disposait de la main-
d’œuvre adéquate pour l’exploitation des terres qui lui furent allouées.

Ainsi, A. Ragen présentait dans sa thèse un faisceau d’indices pour le deuxième millénaire
et le début du premier concernant des donations de terres, parfois de travailleurs spécialisés, auprès
des temples de la part de la royauté. Celles-ci s’accompagnaient en général d’exemptions fiscales :
les temples n’avaient pas à payer certaines taxes auprès des rois, ni à partager leur main-d’œuvre
pour les services de corvée. Ces quelques sources sont toutefois problématiques, de par leur nature
et documentant des contextes historiques très différents. Le monument cruciforme de Maništušu
peut difficilement être mobilisé sans quelque doute : nous ne sommes pas certains de son ou ses
auteurs, ni de sa date de rédaction. L’hypothèse d’un document falsifié afin de justifier de la
propriété de terres et de privilèges fiscaux au profit du clergé de l’Ebabbar présente toutefois un
certain attrait – en tout cas, on comprend assez bien quel intérêt auraient des membres du clergé
de Sippar à avoir produit un tel objet afin qu’il serve de preuve auprès d’un acteur extérieur
(probablement un roi) qui n’aurait pas les mêmes capacités à lire l’écriture cunéiforme qu’eux. Son
aspect particulier d’objet précieux permettrait aussi d’appuyer cette idée.
Il est peut-être intéressant de remonter un peu plus dans le temps en mentionnant les listes
de travailleurs, achats de personnes et autres documents issues des archives du šandabakku de
Nippur au quatorzième et treizième siècles avant Jésus-Christ étudiées par Jonathan S. Tenney dans
sa thèse de doctorat188. Les quelques cinq cent tablettes qu’il analyse documentent la vie d’environ
5000 dépendants institutionnels, rattachés à diverses terres ou institutions entre – 1359 et – 1224.
Ces textes sont particulièrement pour l’étude des relations familiales de ces travailleurs, mais aussi
car ils mentionnent leur état de santé et leur aptitude au travail. Nous retrouvons des listes similaires

188
[Tenney, 2009].

82
dans l’archive de l’Ebabbar de Sippar, que nous aurons l’occasion de mobiliser plus loin dans notre
travail. L’étude de J. S. Tenney montre bien qu’il existe des réserves importantes de main-d’œuvre.
Les dépendants de cette archive ne sont pas en soi rattachés à un temple précis, mais les
obligations religieuses du gouverneur de Nippur et le rôle prééminent de cette ville dans la
mythologie babylonienne (ville du dieu Enlil), et surtout le nombre important de personnes
recensées dans cette documentation comme travailleurs invitent à quelques parallèles intéressants
pour discuter des origines de la širkûtu au premier millénaire avant Jésus-Christ. Les listes de
travailleurs, avec souvent la mention de rations, forment la grande majorité de cette archive. Le
reste est constitué d’achats de personnes, ainsi que de quelques lettres et des documents juridiques
et administratifs concernant des fuites de travailleurs. Les problématiques de gestion de cette main-
d’œuvre, de leur maintien au travail et de leurs conditions de vie, centrales dans le travail de J. S.
Tenney, se retrouvent dans la thèse d’A. Ragen et dans la plupart des études consacrées aux oblats
néo-babyloniens et achéménides.
Les autres documents présentés par A. Ragen sont toutefois plus facilement exploitables
d’un point de vue historique, et rentrent dans le cadre d’une des obligations premières des rois
mésopotamiens : l’entretien des temples, que ce soit par des reconstructions, des offrandes
religieuses ou des donations. Les deux kudurrû présentent ainsi des donations précises de terres de
la part de rois (Nabuchodonosor I et Marduk-zâkir-šumi) à des individus rattachés à des temples.
L’étude de Steven W. Holloway est d’autant plus intéressante car, en ayant ces sources en tête, elle
permet de comprendre la relation entre la royauté néo-assyrienne et les temples babyloniens,
beaucoup mieux documentée. On retrouve ainsi sur le long terme une pratique de donations et de
privilèges accordés aux temples par les rois, dans le contexte politique de l’évolution du statut de
la Babylonie au sein de l’empire néo-assyrien. Les temples babyloniens constituent des acteurs
importants dans ce conflit. Leur relation avec la royauté assyrienne connaît des évolutions : elle est
tantôt hostile, tantôt bienveillante, bien mise en valeur par S. W. Holloway. Nous n’allons pas
reprendre en détail cette étude, qui va bien au-delà de notre propos. Toutefois, certains éléments
sont intéressants pour appuyer cette idée selon laquelle la royauté aurait accordé la main-d’œuvre
nécessaire aux temples, qui constituerait les origines des širkus retrouvés en grand nombre dans la
documentation qui nous intéresse.
BIN II 132 (règne d’Assurbanipal) liste ainsi quarante Puqudéens accordés par Sargon II
et Esarhaddon aux temples d’Uruk189. Il est bien précisé qu’ils deviennent širkû d’Ištar d’Uruk et
de Nanaya : « annutu Puqadaia ša abišunu ana Ištar (ša) Uruk u Nanaya ana širkûtu ittadin šunutu », « ce
sont les Puqudéens dont il (Sargon II) a accordé les pères à Ištar d’Uruk et Nanaya en tant

189
[Frame, 1992 : 46, 201].

83
qu’oblats ». Le terme de « puqudéen » désigne l’une des confédérations araméennes présentes sur
le territoire babylonien, parfois en conflit avec les rois néo-assyriens : des prisonniers faits par ces
derniers lors de la répression d’une population araméenne ont pu ainsi être donnés aux temples
d’Uruk190. Le document, écrit sous Assurbanipal, confirme une donation passée de Sargon II auprès
des temples, déjà réaffirmée sous Sennacherib, et fut rédigé au moment d’un conflit à leur sujet
contre le gouverneur de la ville, Kudurru. Ce dernier point est peut-être important : la tablette a été
rédigée pour confirmer ces donations, non pour les enregistrer au moment où elles eurent lieu. Elle
s’appuie ainsi sur d’autres documents, très certainement archivés par l’Eanna. Ainsi, il est possible
que des donations de prisonniers de guerre ont pu avoir lieu au profit des temples sans que celles-
ci soient enregistrées par la rédaction d’une tablette.
Cette donation de personnes pour devenir oblats s’inscrit dans un plus large ensemble de
donations et offrandes accordées aux temples, mais aussi de reconstructions et entretien des
temples, participations aux rituels par le roi en personne, inscriptions royales sur des objets offerts
au temple, exemptions fiscales, que ce soit en faveur des temples d’Assyrie ou de Babylonie191. C’est
un élément majeur de la diplomatie entre temples babyloniens (et, au-delà, villes et territoire
babyloniens) et rois néo-assyriens qui est constitué par ces diverses actions. La donation de
personnel, en lien avec le développement du patrimoine foncier des temples, constituerait ainsi ce
que l’on retrouve plus tard dans les archives des temples de Sippar, d’Uruk et de Babylone :
présence de dépendants et de champs, propriété des temples, à exploiter. Toutefois, il nous faut
bien insister sur le caractère particulier de ces actions bienveillantes auprès des temples : la donation
de personnel, si l’on s’en tient à notre documentation actuelle, est exceptionnelle. Elle s’inscrit dans
un plus large ensemble d’offrandes par des rois néo-assyriens auprès des temples, mais elle n’est
pas quelque chose de systématique ou d’organisé à intervalles réguliers. Ce type d’action s’ancre
dans un contexte historique particulier, propre à évoluer selon les circonstances : rébellions de
certaines régions babyloniennes, changements dans la politique néo-assyrienne consacrée à la
Babylonie… Uruk conserve une relation particulière avec Aššur tout au long de l’existence de la
royauté néo-assyrienne, relation qui a toutefois connu des évolutions 192 . Son éloignement de
Babylone, sa proximité avec l’Elam lui donne une importance géopolitique toute particulière aux
yeux de celle-ci. L’attribution de Puqudéens voués à travailler aux temples indiquerait ainsi une

190
[Frame, 1992 : 43‑45].
191
[Holloway, 2002 : 217‑320] pour un catalogue et une analyse de la documentation en rapport avec ces actions
réalisées par la royauté envers les temples à l’époque néo-assyrienne ; p. 338 – 87 pour une analyse du
clientélisme entre royauté néo-assyrienne et les temples babyloniens.
192
[Frame, 1992 : 157‑162, 201‑203 ; Jursa, 2007a].

84
certaine préférence exprimée par les rois néo-assyriens pour Uruk et son clergé, en échange de sa
loyauté politique.
Malheureusement, il s’agit de la seule attestation directe d’une donation de širkû aux temples
d’Uruk pour l’époque néo-assyrienne. Comme nous l’avons indiqué un peu plus haut, il est possible
que les allocations de personnel dépendant aux temples n’aient pas forcément eu besoin d’être
enregistrées. On retrouve ce type de pratique sous Nabonide, avec la donation de 2850 Ciliciens à
différents temples de Babylonie. Quelques attestations du terme « širku » pour désigner des
dépendants des temples en Babylonie se retrouvent toutefois à l’époque néo-assyrienne, et sont
intéressantes de ce fait pour indiquer l’existence de cette forme de dépendance avant notre période
d’étude.
SAA XIX 125193 est la plus ancienne référence d’oblats attachés à un temple pour l’époque
néo-assyrienne. Cette lettre assez cassée, qui date du règne de Tiglath-phalazar III (règne de – 745
à – 727), lui est adressée et son rédacteur, un officier néo-assyrien, n’est pas connu car les lignes
donnant son nom sont brisées. Elle rapporte plusieurs événements du conflit entre Aššur et le roi
babylonien Nabû-mukîn-zêri : des négociations avec des Araméens pour qu’ils s’allient contre
Nabû-mukîn-zêri, une attaque de ce dernier contre la ville de Larak, la contre-attaque de cette
dernière, et enfin la demande par le roi Nabû-mukîn-zêri aux Babyloniens de couper les palmiers-
dattiers de Dilbat194. Selon le rapport effectué dans cette lettre, peu de Babyloniens ont obéi, sauf
quelques « širki ša Bêl » (l. 15’), des oblats du dieu Marduk qui ont ainsi accompagné Nabû-mukîn-
zêri dans cette expédition contre la ville de Dilbat, proche de Babylone et visiblement pro-
assyrienne dans ce conflit195.
Une lettre plus courte et au contexte plus obscur documente elle aussi des oblats de
Babylone, ainsi que de la ville de Cutha. Il s’agit de SAA XIX 142, datée du règne de Sargon II
(– 722 à – 705) 196 . Un certain Iqipi écrit au grand vizir (sukkallu) Sîn-ahu-uṣur. L’auteur est
probablement babylonien et la lettre a dû être envoyée depuis la Babylonie, si l’on en croit l’analyse
paléographique de Natalie Naomi May. Iqipi mentionne un officier royal chargé du travail de la
route, retournant ensuite auprès de lui ; suite à cela, des « širkû ša Kutha u Babilî » sont arrivés dans
une forteresse, sous la protection d’Iqipi. Il est tentant d’attribuer une participation aux travaux
routiers de la part de ces oblats provenant des temples de Babylone et Cutha, mais le contexte de

193
[Saggs, 1955 : 26‑29].
194
Il s’agit là d’un acte assez courant dans les pratiques de guerre à l’époque néo-assyrienne, notamment de la
part des rois assyriens, voir [Cole, 1997] sur ce sujet.
195
[Fales, 2011].
196
[May, 2014 : 482, 2015 : 91].

85
la lettre demeure assez incertain. De même, nous ne connaissons pas cet Iqipi, cette lettre étant le
seul document où il est mentionné.
Une autre lettre, plus récente, donne un indice de l’existence d’une širkûtu au sein des
temples babyloniens et de leur organisation. SAA XIII 178197, écrite par Šum-iddin, un prêtre de
l’Esagil de Babylone sous le règne du roi Esarhaddon, après avoir discuté de statues divines données
par le roi pour le temple, dit que deux officiers royaux assyriens se sont enfuis d’Assyrie et ont été
vus à Borsippa. N’ayant pas de pouvoir de juridiction sur Borsippa, Šum-iddin dit ne pouvoir agir
par lui-même pour ramener ces officiers. Il avait reçu cette information de la part de quatre
personnes : Aha-iddin, « rab širki », Balâṭu, un « ikkaru ša Bêl » (ikkaru signifiant « laboureur »), ainsi
que Bêl-ušallim et Nabû-erîba, officiers du qîpu de Borsippa (l. 26 – 29). Šum-iddin les a envoyés
auprès du roi pour présenter ces faits, et il dit attendre de la part d’Esarhaddon d’autres instructions
pour agir. Par ailleurs, il dit avoir capturé un autre officier royal assyrien que le roi avait mentionné
à Šum-iddin, probablement dans une autre lettre. Le texte est ainsi intéressant car il documente la
coopération entre certains notables babyloniens et l’administration assyrienne, suite à la
reconstruction de la ville de Babylone, détruite sous Sennacherib. Plus proche de notre propos, on
voit ainsi mentionné un responsable des oblats, Aha-iddin, et un fermier du dieu Marduk, Balâṭu,
peut-être lui-même un oblat. L’organisation de cette forme de dépendance liée au temple serait
donc déjà bien en place sous Esarhaddon, dans une ville où, à l’époque néo-babylonienne, on
retrouve des oblats. Le « rab širki », nous le verrons, est aussi une fonction bien attestée pour
l’Ebabbar de Sippar et l’Eanna d’Uruk comme responsable de travailleurs agricoles ou d’oblats en
déplacement.
Enfin, la lettre SAA X 364, datant du règne d’Assurbanipal (– 668 à – 627), fut rédigée par
Mar-Issar, lettré assyrien présent en Babylonie et bien documenté, pour être ensuite envoyée au roi.
Le document présente la situation visiblement assez compliquée de la ville de Borsippa au moment
de sa rédaction : le cours de l’Euphrate avait beaucoup monté, jusqu’au « mur de l’Ezida » (l. 12 –
13). Certaines constructions sont nécessaires, dont le « mur du quai » du temple. Mar-Issar propose
au roi une solution : des oblats du dieu Išum sont disponibles pour accomplir la fabrication de
briques. S’il le désire, le roi pourrait autoriser Mar-Issar d’inscrire quelques lignes au nom du roi
Assurbanipal. Ainsi, la construction du mur de briques permettrait de protéger le temple et ses
structures de l’eau. Le temple de l’Ezida est consacré au dieu Nabû et non à Išum ; ces oblats
seraient ainsi extérieurs à la ville de Borsippa. Cela indiquerait cette capacité des oblats de pouvoir
être alloués à des travaux extérieurs aux temples dont ils sont dépendants, ce que l’on retrouve aussi
plus tard aux époques néo-babylonienne et achéménide.

197
[Dubovsky, 2012 : 456, 2014 : 281 ; Eph’al-Jaruzelska, 2016 : 137]

86
Ces quelques références directes au terme de « širku », « oblat », si elles sont effectivement
assez éparses par rapport au reste de la documentation néo-assyrienne, demeurent toutefois très
intéressantes et semblent indiquer l’existence d’un statut de dépendance, attaché au personnel de
certains temples, peut-être similaire à celui que l’on observe dans les sources de notre période
d’étude, beaucoup plus nombreuses en ce qui le concerne. On recense ainsi des oblats de Marduk
à Babylone (SAA XIX 125, SAA XIX 142, SAA XIII 178), de Nergal à Cutha (SAA XIII 178),
d’Ištar et Nanaya à Uruk (BIN II 132) ou d’Išum à Borsippa (SAA X 364).
Il faut aussi rajouter une possible référence indirecte à la population d’oblats attachée à la
déesse Nanaya, avec le document OIP CXIV 082. Il s’agit d’une lettre de Nippur d’époque néo-
assyrienne, envoyée à Kabtiya198 par Kudurru. L’affaire discutée dans cette lettre est assez obscure,
faisant référence à une correspondance passée entre les deux personnes. Elle concerne des esclaves,
dont une en particulier, non nommée. Kudurru l’a accompagnée depuis la ville de Parak-mâri. La
propriété de cette esclave par Kabtiya est annoncée, puis l’esclave dit être une « affranchie de
Nanaya » (l. 23 – 24 : « muššurti ša Nanaya anaku »). Elle dit aussi valoir une mine d’argent. Il s’agirait
donc d’une oblate de la déesse Nanaya199, qui aurait été affranchie par une procédure qui ne nous
est pas renseignée dans la lettre. On perçoit un problème de statut, entre esclavage,
affranchissement et oblation que l’on perçoit dans quelques documents que nous verrons plus loin
dans notre étude.

La détermination des origines précises du širkûtu tel qu’elle est documentée dans les archives
de l’Ebabbar de Sippar, de l’Eanna d’Uruk ou de l’Esagil de Babylone est, comme pour l’esclavage
privée, assez incertaine. Nous disposons de peu de références à des nombres importants de
personnes allouées aux temples, et leur fonction auprès d’eux n’est en rien assurée si ce n’est dans
quelques cas. Toutefois, les documents et lettres d’époque kassite ou néo-assyrienne permettent de
comprendre quelque peu la constitution d’un patrimoine foncier et de revenus bénéficiant aux
temples, qui nécessiteraient ainsi une main-d’œuvre pour l’exploitation de champs et qui pourrait
être nourrie et logée. Les kudurrû et autres monuments de diverses périodes montrent bien
comment un temple pouvait justifier de possessions dans sa région, souvent le fait d’une donation
par la royauté enregistrée juridiquement dans une telle documentation. De même, quelques
références sont faites à des donations directes de personnes, d’origine araméenne ou prisonniers
de guerre, par des rois néo-assyriens ou néo-babyloniens.

198
[Jursa, 1997 : 423].
199
S’agit-il de la Nanaia d’Uruk ? Difficile à dire. Les références géographiques présentes dans le texte, et l’origine
de l’archive, ancrent le contexte du document autour de Nippur.

87
Les lettres néo-assyriennes, quant à elles, montrent plusieurs références au terme de širku,
qui apparaît bien dans ces cas comme le statut d’une personne attachée à une divinité. Le contexte
historique de chacune de ces références est à prendre en compte, documentant d’avantage les
rapports de force entre royauté néo-assyrienne, villes babyloniennes et différents prétendants à la
souveraineté sur la Babylonie. On y perçoit moins le travail de ces oblats, leurs travaux agricoles
ou artisanaux tels que nous les verrons documentés plus tard dans notre étude.
Enfin, si l’on pense aux archives du šandabakku de Nippur datant des quatorzième et
treizième siècles, on peut voir de quelle manière une forme de dépendance pouvait concerner des
centaines de personnes, produisant ainsi une documentation administrative nécessaire pour le
recensement et la gestion d’une telle main-d’œuvre. Le statut de rattachement de ces personnes,
non pas auprès d’un temple mais plutôt auprès d’une autorité politique, invite à supposer l’évolution
historique du statut d’une classe sociale de dépendants, pouvant être disponible localement, faisant
l’objet d’une transmission suivant quelle institution ou quels notables devinrent prééminents au
sein d’une ville. L’état de la documentation ne nous permet pas, actuellement, de faire cette histoire,
mais nous présentons cette hypothèse qui nous permettra, plus loin, de proposer certains parallèles
dans le long terme concernant la gestion d’une population dépendante.

Origines historiques de la condition de šušanu

S’il est plutôt aisé de proposer des hypothèses concernant les origines historiques du statut
d’oblat dans notre période d’étude, et de les vérifier grâce à des sources, cela est beaucoup plus
compliqué, voire impossible, pour ce qui concerne la šušanûtu. Selon M. A. Dandamaev200, il faut
comprendre ce statut comme celui d’une dépendance institutionnelle. Les šušânû sont, à première
vue, des travailleurs agricoles, organisés de manière collective sous un toponyme « šušanu ša [nom
de métier, d’origine ethnique ou de lieu] », que l’on voit travailler sur des terres de propriété royale.
Ce terme et cette façon de désigner des personnes apparaît de façon étendue dans les archives des
Murašû et dans celles d’Al-Yâhûdu, auxquelles il faut ajouter des textes d’Uruk201, de Babylone202
et de Suse203. Il est extrêmement rare de voir le terme de šušânu désigner une personne à titre
individuel, la plupart des mentions sont à titre collectif. La quasi-totalité des textes sont d’époque
achéménide, à partir du règne de Darius I (il s’agit des textes issus des archives d’Al-Yâhûdu).

200
[Dandamaev, 1984 : 626].
201
GCCI I 134, PTS 2185, YOS VII 106, YOS VII 114.
202
TEBR 120.
203
VS VI 155

88
Notre incapacité à déterminer l’histoire du statut de šušânu tient aussi dans le changement
sémantique qui eut lieu pour ce mot. Il est en effet attesté dans des documents d’époque néo-
assyrienne et néo-babylonienne, pour désigner un dresseur de chevaux ou d’autres animaux204. Les
attestations du terme qui nous intéressent pour notre étude n’ont que peu à voir avec un contexte
animalier, mais bien agricole. C’est G. Cardascia qui présenta ce sens de statut social et juridique
particulier que l’on retrouve dans les textes de l’archive des Murašû205. La modification sémantique
de ce terme demeure obscure. Pour comprendre ce statut, il faut dès lors étudier les circonstances
sociales et économiques dans lesquelles on l’aperçoit. Il est ainsi intéressant de noter son attestation
dans les archives d’Al-Yâhûdu, avec des mentions de « champs de šušanû » : dans le contexte de ces
archives, fortement liée à l’impulsion par la royauté de l’exploitation agricole de terres inexploitées
et la mobilisation d’une main-d’œuvre dépendante pour ce faire (déportés judéens et ouest-
sémitiques). Deux seules attestation d’une clause de garantie au sujet du statut de šušanu dans les
contrats de vente nous est connue : les contrats Dar. 212 (Dar. 6, 26 / IX, Hahhuru-ša-Kalbaya,
archive des Egibi) et PBS II/I 065 (Dar. II 3, 19 /VI, Nippur). Dans le premier, l’esclave Nabû-
silim est vendu à Marduk-naṣir-apli de la famile des Egibi par trois frères, Bêl-nadin-apli, Nabû-
šumu et Nâ’id-Bêl, fils de Bêl-ubâlliṭ et descendants de Pahâru. Dans le second, quatre esclaves
sont vendus par Bêl-ittannu, un administrateur achéménide, à Rîmût-Ninurta de la famille des
Murašû. Parmi les clauses de garantie habituelle (l’esclave ne doit pas être esclave royal(e) ou
personne libre), il est mentionné qu’il ou elle ne doit pas être šušanu.
Les dates sont importantes, car les mentions des « champs de šušanû » datent du règne de
Darius I. Le statut de šušanûtu pourrait ainsi être lié à ce rattachement à des terres royales de
dépendants et de déportés. C’est ce que nous tenterons de voir lorsque nous aborderons l’étude
précise de la documentation relative aux šušanû.

Les donations privées : la principale forme d’obtention de dépendants par les temples

Après ce bref interlude concernant les origines historiques de la šušanûtu, il nous faut revenir
à la principale population de dépendants présente dans les archives des temples de notre période
d’étude, dont nous avons tenté de présenter les origines historiques. Si l’on ne peut que présenter
des hypothèses à partir d’un ensemble de sources disparates à ce sujet, l’obtention par les temples

204
Voir, pour ces références, le CAD Š III, p. 378 – 9.
205
[Cardascia, 1951 : 7].

89
de dépendants est quant à elle bien connue et documentée pour les sixièmes et cinquième siècles
avant Jésus-Christ.
Nous avons ainsi mentionné plus tôt les donations individuelles d’esclaves à un temple. Il
nous faut maintenant présenter cette documentation en détail et proposer des analyses à ce sujet.
Nous avons regroupé celle-ci en plusieurs groupes :
• Les textes présentant des donations directes au temple206.
• Les procédures juridiques concernant des donations passées remises en cause207.
• Les références au « registre des oblats », recensant les dépendants dont le temple a
la responsabilité208.
• Les injonctions par les autorités du temple de livrer un ou une oblat(e)209.
• Les obtentions d’esclaves par le temple grâce à des dettes qui lui sont dues par des
particuliers210.

Le parallèle avec les mentions de donation de prisonniers de guerre / Araméens par


Nabonide ou les rois néo-assyriens peut être fait : la différence se fait en termes d’échelle, les
donations individuelles concernent rarement plus d’un ou deux esclaves donnés au temple211. Les
raisons de ces donations sont toutefois hypothétiques. On comprend bien pourquoi les rois néo-
assyriens ou néo-babyloniens pouvaient donner des personnes en dépendance, ou toute autre
offrande, auprès des temples. Ces donations s’inscrivaient dans le contexte des relations entre
royauté et temples (expression d’une piété, d’un rôle royal traditionnel s’assurant de l’entretien des
temples), dans les conflits entre l’Assyrie et la Babylonie (il s’agissait de créer la loyauté des notables
de certaines villes, ou de la récompenser). Les donations individuelles aux époques néo-
babylonienne et achéménide sont toutefois à déterminer.
Il faut aussi prendre en compte le fait que la très grande majorité de nos sources sur les
donations d’esclaves ou de personnes aux temples provient des archives de l’Eanna d’Uruk. Dans
l’état actuel de la documentation, nous ne connaissons que deux cas de donation auprès de
l’Ebabbar de Sippar, autre grande archive institutionnelle de cette période 212 . Seul un texte
documente à Borsippa l’enregistrement d’un esclave comme dépendant du temple, et son

206
GCCI I 361, TCL XII 036, YOS VI 002, YOS VI 056, YOS VI 154, YOS VI 017, YOS XIX 116.
207
YOS VI 057, YOS VI 079/080, YOS VI 129, YOS VI 224, YOS VII 066, YOS XIX 091.
208
JCS 28 n°32, NCBT 019, TCL XIII 179, YOS III 059, YOS VI 116.
209
YOS VII 059, YOS VII 060.
210
YOS VI 221, YOS VII 059, YOS VII 130, YOS VII 164.
211
[Ragen, 2007 : 45] exprime un sentiment similaire.
212
Cyr. 313 : il s’agit d’un contrat d’apprentissage du travail de blanchisseur pour un esclave, Nidintu. L’esclave
est à la disposition de l’artisan, et il est ensuite indiqué qu’il le donnera à Šamaš. Camb 344 : Šamaš-re’ûa,
l’esclave d’Ahi-lumur, le scribe-sepiru du gouverneur d’Egypte, est ainsi dédié au dieu Šamaš.

90
attachement à du bétail lié à une prébende213. Il faut donc bien prendre en compte cet aspect localisé
d’une documentation, certes relativement riche, mais ancrée au contexte urukéen.
Les contrats de donation d’un esclave à un temple ont une structure assez typique : ils
présentent les donateurs, l’esclave ou les esclaves donnés, puis une clause de malédiction contre
quiconque voudrait altérer l’accord entre ces particuliers et le temple. On retrouve ensuite une liste
de témoins, le nom du scribe et la date et le lieu de rédaction. Certains textes sont plus brefs,
d’autres prennent la forme d’un dialogue, typique des documents produits par les cours de justice
lors d’une affaire judiciaire.
YOS VII 017 (Cyr. 3, 14 / IX, Uruk, Eanna) représente ainsi un modèle de ce type de
donation :
Nabû-ahhê-bulliṭ, fils de Nabû-šum-ukîn, héritier de Šangû-Ninurta, et son épouse Balṭâ, fille
(1-8)

de Bêl-ušallim, héritier de Kûri, ont donné de leur plein gré Aha-iddin, leur esclave, pour la préservation de
leur vie à Ištar.(8-11) Tant que Nabû-ahhê-bulliṭ et Balṭâ vivront, Aha-iddin sera à leur service.(12-14) Lorsqu'ils
mourront, Aha-iddin sera un oblat d'Ištar.(15-17) Qu'Anu et Ištar prononcent la perte de quiconque changerait
(les termes) de cet accord.
(18-26) Au scellement de ce document, les témoins : Nabû-zêr-lišir, fils de Bêlšunu, héritier de Kûri ;

Innina-zêr-iqiša, fils de Nabû-ereš, héritier de Kûri ; Anu-mukîn-apli, fils de Šamaš-zêr-ibni, héritier de Kûri.
Scribe : Nadin, fils de Bêl-šum-iškun, héritier de Kûri. (Fait) à Uruk, le quatorzième jour du mois de
Kislimmu, la troisième année du règne de Cyrus, roi des pays.

Un couple, issu de deux familles bien connues de la ville d’Uruk, donne ainsi un esclave à
la déesse Ištar. La formulation invite à voir dans cette donation un acte de piété, afin de recevoir la
grâce de la déesse en leur faveur (« pour la préservation de leur vie », « ana TIN [Link]Š-šunu » en
akkadien), de même pour la mention directe à la divinité et non au temple ou à des responsables
de l’institution. Il s’agit d’une formule traditionnelle dans le cadre des offrandes à une divinité que
nous retrouvons depuis le troisième millénaire avant Jésus-Christ. Mais si le texte prend cette forme,
et s’il est possible que la motivation de ce couple puisse être de ce registre, c’est bien le temple et
ses besoins en main-d’œuvre qui bénéficieront de cette donation à terme. Car il est précisé que ce
transfert aura lieu après la mort du couple.
Ce n’est en effet pas le seul document qui mentionne ce maintien d’un esclave donné à
l’Eanna auprès de ces maîtres jusqu’à leur mort. On retrouve ce même type de situation dans les
textes suivants :

• TCL XII 036214 (19 / IX / Nbk. 17, Uruk, Eanna) : le texte présente une procédure
assez différente de celle lisible dans YOS VII 017. Un homme, Iqišaya, fils de Šum-
iddin, donne son esclave fNanaia-silim et ses enfants (non nommés) à son épouse

213
BE VIII 106.
214
[Ragen, 2007 : 692‑694]

91
f
Karanâtu comme douaire. Personne d’autre ne peut réclamer ces esclaves, sauf le
temple, qui en bénéficie à la mort de fKaranâtu.
• OIP CXXII 002215 (01 / V / Nbk. 21, Madakalšu, Eanna) : de même, on retrouve
ici un transfert d’esclaves d’un mari à son épouse. Le nom du mari n’est plus lisible :
il alloue Nabû-remanni et fNanaia-silim, ainsi que leurs deux enfants fIna-ayabi-alšis
et Ina-ṣilli-Ištar à fBu’îtu, sa femme. Les esclaves demeurent à son service, et doivent
prendre soin d’elle jusqu’à sa mort, avant de devenir des oblats de la déesse Ištar.
• YOS VI 002216 (Nbn. 0, 10 / VI, Uruk, Eanna) : la tablette constitue un contrat de
location du travail d’un esclave. Nous avons déjà présenté ce texte plus tôt. Il y est
dit qu’à la mort d’Ištar-ab-uṣur, l’esclave qui loue le travail, Nabû-ina-kâri-lumur
devient un oblat d’Ištar. Cela sous-entend probablement qu’il demeure au service
de son « maître » avant de rejoindre les rangs des dépendants de l’Eanna.

Ces donations différées dans le temps s’attachent aux besoins des donateurs, notamment à
mesure qu’ils approchent de leur mort. On s’assure des soins que pourraient prodiguer leurs
esclaves domestiques, notamment auprès d’une épouse qui pourrait devenir veuve et se retrouvant
sans revenus. De même, il peut être aussi question de prendre en charge des esclaves vieillissants
par le temple : nous avons déjà mentionné le rôle social de l’Ebabbar en ce qui concerne les enfants
abandonnés. Les esclaves se retrouvant sans maître, et donc possiblement sans moyens de
subsistance, pourraient être accueillis par le temple, les prenant en charge et bénéficiant de cette
manière d’une potentielle main-d’œuvre217. Des enfants étant parfois présents dans ce type de
transfert, il est possible aussi d’y voir un maintien, sur le plus long terme, d’une population
dépendante sous administration du temple, les enfants d’oblats conservant le statut de leurs parents.
Au-delà de ces textes présentant une donation avec un maintien du service des esclaves
auprès de leur(s) maître(s) jusqu’à leur mort, d’autres « contrats de donation » prennent une forme
beaucoup plus simple et se contentent de prendre acte de la donation accomplie. Tel est le cas dans
GCCI I 361218 (Nbn. 7, 08 / XII, Uruk, Eanna), recensant en quelques lignes le transfert de l’esclave

215
Voir [Jursa, 2006 ; Wunsch, 2010] pour les corrections et collations apportées à l’édition de David Weisberg
de ce texte. C. Wunsch propose une possible forme du verbe puqqu à la ligne 9, signifiant « être attentif à quelque
chose », ici désignant l’action des esclaves auprès de fBu’itu.
216
[Ragen, 2007 : 344‑345]
217
[Dandamaev, 1984 : 472‑487], [Van Driel, 1998a : 178‑179], [Magdalene et Wunsch, 2014 : 339], [Jursa,
2005 : 15, n. 80], présentent cette idée du temple comme lieu avec cette fonction sociale d’accueil des personnes
de bas statut social ou en situation de précarité.
218
[Ragen, 2007 : 326].

92
Lâqipi depuis la propriété d’Ardiya, descendant de Nergal-uṣur, auprès de la Dame d’Uruk. Aucun
témoin n’est listé, ni une autre clause juridique au sujet de Lâqipi n’est-elle indiquée. On peut se
demander si ce document n’était pas à usage interne au temple, servant comme acte
d’enregistrement administratif d’une telle donation et d’aide-mémoire à ses agents. Il pourrait sinon
s’agir d’une pièce s’inscrivant dans un plus large ensemble, une affaire juridique par exemple, et
mobilisée à ce sujet pour témoigner de cette donation. Ni témoins, ni scribe n’étant indiqués, cela
donne peu de valeur juridique à un tel document.
Un texte distant de quelques années de GCCI I 361 présente une situation intéressante.
Dans YOS XIX 116 (Nbn. 14, 18 / V, Uruk, Eanna), trois personnes, fItti-Nanaia-bunûya, Ša-pî-
kalbi, fils d’Iššar-uballiṭ, et Lâbâši, fils de Nabû-ah-iddin, donnent leur père, Nabû-ah-iddin, au
šatammu de l’Eanna, Kurbanni-Marduk. Là aussi, il n’est mentionné aucun témoin, ni scribe, seule
la déclaration orale des trois enfants de Nabû-ah-iddin annonçant leur donation à la Dame d’Uruk
et à Nanaya est retranscrite. Notons tout d’abord qu’un de ses fils est nommé Ša-pî-kalbi, nom qui,
nous l’avons vu plus tôt, désigne souvent des enfants trouvés et adoptés. Le nom de son père,
adoptif ou naturel, est indiqué, ce qui nous laisse penser que celui-ci est décédé et que Ša-pî-kalbi a
pu être adopté ensuite par Nabû-ah-iddin. Une autre possibilité, tout aussi valable : il s’agit de son
gendre219, peut-être l’époux d’fItti-Nanaia-bunûya.
Pourquoi ses enfants le donnent-ils au temple ? Il semblerait que cela concerne là encore la
fonction sociale du temple dans une ville comme Uruk, celle d’accueil des personnes faibles, âgées
ou sans possibilité de recevoir une aide familiale ou de proches. Ici, la personne donnée dispose de
sa famille pour l’aider, et ne semble pas être un esclave. Personne âgée, ses enfants n’ont peut-être
pas les moyens de le soutenir au quotidien. Nous ne savons pas s’ils disposent du droit juridique
d’effectuer un tel acte : nous nous trouvons peut-être au cours d’une crise économique face à
laquelle certaines personnes doivent trouver des solutions en urgence pour leur survie. Il est
possible que l’on ait affaire ici à des personnes de bas statut social : le nom de Ša-pî-kalbi est un
premier indice. De plus, le document n’indique aucun témoin ni scribe, il n’y a aucune clause
particulière, ce qui donne une valeur juridique à la tablette assez faible, sous-entendant qu’il est fort
peu probable qu’elle soit mobilisée dans une procédure ultérieure. Ce texte a, comme le précédent,
un possible usage administratif interne au temple. Les deux montrent en tout cas comment le
temple pouvait recevoir de nouveaux dépendants en son sein, et ces donations ne concernent pas
seulement des esclaves.

219
C’est ce qu’indique Paul-Alain Beaulieu dans son introduction, [Beaulieu, 2000 : 5].

93
On retrouve ce rôle d’accueil de personnes en situation de précarité assez clairement dans
le texte YOS VI 154220 (Nbn. 11, 28 / XII, Uruk, Eanna). Cette procédure de donation prend une
forme plus clairement juridique, en forme de dialogue entre les donateurs et les officiers de l’Eanna,
ce qui a sans doute à voir avec la situation décrite. fBanat-Ištar, fille de Nergal-iddin, déclare aux
administrateurs et à l’officier royal chargé de l’Eanna la mort de son mari, Nabû-zêr-ukîn. Du fait
de « la famine dans le pays » (lignes 6 – 7 : « sunqa ina mâta šâkin »), elle doit donner ses enfants au
temple, ce qu’elle fait en les marquant d’une étoile. Ses deux fils, Šamaš-erîba et Šamaš-lê’i,
deviennent ainsi des oblats d’Ištar, et le document officialise cette situation. Cet enregistrement
s’accompagne d’un don de rations auprès des deux nouveaux dépendants.
La mention d’une forte difficulté économique n’est peut-être pas à prendre au sens aussi
large que la formulation le laisse entendre. La mort du père laisse fBanat-Ištar dans une situation
de grande précarité. Il est très rare qu’une femme veuve, sûrement âgée, puisse trouver un nouveau
mari dans le contexte babylonien de cette époque. Comme on l’a vu plus tôt, les femmes qui
abandonnent leur(s) enfant(s) le font en général lorsqu’elles sont veuves, et ne peuvent assurer
seules leur éducation et leurs soins. Dans une ville comme Uruk, où l’Eanna représente l’institution
principale dans sa région, il paraît logique pour une femme de confier ainsi ses enfants auprès du
temple, ce qui leur assure leur survie, avec nourriture, habits, logement. La mention d’une famine
peut ainsi être prise plutôt au figuré, comme une formule typique symbolisant la précarité d’une
situation individuelle221.
Cette donation est-elle immédiate ? Le texte indique bien le nouveau statut des enfants de
f
Banat-Ištar. Des témoins sont listés et la procédure est accomplie devant les membres les plus
importants de la société urukéenne : les administrateurs du temple, mais aussi le gouverneur de la
ville d’Uruk, Ṭabiya, fils de Nabû-nadin-šumi, descendant de Hunzû. La valeur juridique de ce
document est donc a priori inattaquable, et le changement de statut de Šamaš-erîba et Šamaš-lê’i,
permanent. A. Ragen perçoit toutefois dans la réception des rations par ces derniers l’indice de leur
maintien dans le foyer familial : ces rations serviraient à nourrir la famille, en échange de quoi le

220
[Ragen, 2007 : 348‑351]
221
[Ragen, 2007 : 351‑353] l’entend aussi de cette manière, en appuyant toutefois sur la rupture des liens
familiaux qu’indique ce document, nécessaire selon lui pour accomplir une telle donation. L’acte est
certainement exceptionnel, mais l’on retrouve ainsi la possibilité, dans la société babylonienne, de remédier à la
misère : une institution comme l’Eanna permet ainsi le maintien de liens sociaux, perdus lors de la perte d’un ou
plusieurs membres de sa famille. Elle accomplit aussi l’accueil de possibles « marginaux » en son sein, rôle qu’il
accomplit aussi en recueillant les enfants trouvés, avant toutefois de les confier à des familles désireuses d’une
descendance. Le parallèle avec les documents de Nippur du huitième siècle avant J.-C. et les contrats de vente
d’enfants du fait du siège de la ville et de la famine est intéressant à faire (voir [Oppenheim, 1955]), et permet
de comprendre une forme de transfert différente selon le contexte : auprès de l’Eanna à Uruk, auprès d’agents
extérieurs à Nippur où même les institutions ne pouvaient probablement pas offrir de structures d’accueil pour
les plus démunis.

94
temple recevrait à terme deux dépendants utiles pour sa main-d’œuvre. Difficile de démontrer avec
certitude cette hypothèse, mais elle permettrait de comprendre comment la mère pourrait survivre
après la perte de ses enfants auprès du temple. Le temple se voit de toute façon assurée la réception
de deux oblats, toujours utiles alors que la question de l’accès à une force du travail pour une telle
institution est toujours problématique, comme nous le verrons plus loin dans notre étude.
Ces donations pouvaient concerner un nombre plus large d’esclaves, comme en témoigne
YOS VI 056 (Nbn. 4, 04 / VI, Uruk, Eanna), où en tout cinq esclaves sont confiés à l’Eanna par
Ninurta-ahhê-iddin, officier (« lú sag », ligne 5). Le groupe d’esclaves est constitué d’une mère et sa
fille (fNanaia-kiširat et fŠahundu), de Tudanu, fils de Šumu, et enfin de fNuptaya et Burašu, cette
dernière qualifiée de « non-sevrée », les deux étant peut-être aussi mère et fille. Tous deviennent
oblats de la Dame d’Uruk. Il est intéressant de constatant que le verbe utilisé pour ce transfert n’est
pas nadânu (donner) mais zukkû (libérer) – cela se retrouve parfois222 et peut indiquer une précision
juridique concernant le changement de statut, d’esclave à oblat, ce qui se rattache à la question de
l’affranchissement des esclaves durant notre période d’étude, que nous étudierons plus tard. D’un
point de vue juridique, il est important dans certains cas d’indiquer cette rupture du lien d’esclavage
entre maître et esclave, pour devenir lien de dépendance, entre temple et oblat, et de s’assurer qu’il
ne puisse pas y avoir de contestation concernant ce changement de statut.

Tous ces documents présentent ainsi des cas de donations directes, pour diverses raisons,
d’esclaves (dans la majorité des cas) auprès de l’Eanna. Il est intéressant de noter que selon le
contexte social, la précision juridique du document tend à varier. Ainsi, lorsqu’il s’agit d’un couple,
parfois issu de familles aisées d’Uruk, l’obligation de service de l’esclave jusqu’à la mort de son
maître ou sa maîtresse est indiquée. Lorsque les origines sociales des donateurs sont plus modestes
ou moins facilement connaissables, nos sources sont elles aussi plus succinctes et ont une valeur
juridique moins importante. Une situation de forte précarité, nécessitant l’accueil d’enfants par le
temple, présente toutefois une procédure juridique élaborée, devant les membres les plus connus
de la société d’Uruk.
Si la forme de l’écrit est adoptée dans certains cas, il est possible que de nombreuses
donations aient pu être accomplies de manière orale. La possession d’esclaves étant toutefois
réservée aux classes les plus riches de la société babylonienne, le faible nombre de donations
documentées n’est peut-être pas si étonnant ; vu le capital, économique et social, que représente un
esclave, il est rare que les personnes qui puissent en disposer s’en séparent. D’autant plus qu’il n’est
pas rare de voir assurer le maintien de l’esclave dans le foyer tant que les maîtres vivent : ces

222
Notamment dans les textes de Nippur étudiés par A. L. Oppenheim, [Oppenheim, 1955].

95
documents pourraient d’avantage servir à assurer la situation de l’esclave donné après leur mort.
En ce qui concerne les cas de pauvreté ou de précarité, l’accueil par le temple nécessite peut-être
moins l’usage de l’écrit : nous avions vu plus tôt les cas de réception d’enfants abandonnés par
l’Ebabbar. L’écriture d’une tablette avait alors lieu lorsqu’une adoption se faisait, et que l’enfant
était transféré auprès d’une famille. Ici, nous avons vu le cas de la donation d’un père, probablement
âgé et dont les enfants n’avaient possiblement pas les moyens d’assurer les soins, et celui de deux
enfants après la mort de leur père. Ces tablettes sont rédigées lorsqu’il y a rupture de liens familiaux
et qu’il faut enregistrer, par le biais du droit, des liens de dépendance.

Les donations d’esclaves au temple sont aussi documentées par des références à ce type
d’acte dans des procédures juridiques. Il s’agit souvent de vérifications du statut d’un(e) esclave,
qui a pu être donné(e) au temple mais qui, pour une raison ou une autre, n’a pas rejoint la population
dépendante de l’Eanna. Le temple cherchait à récupérer ces personnes qui lui avaient été dédiées,
et un procès s’engageait alors devant l’assemblée de l’Eanna et divers notables. Cette
réappropriation pouvait aussi être le résultat d’un conflit entre particuliers au sujet du statut d’un
esclave donné au temple, réglé par ce dernier ainsi informé de la situation.
On retrouve ainsi à plusieurs occasions une vérification du statut d’un esclave lorsqu’une
vente se révèle frauduleuse du fait d’une donation passée. L’esclave étant légalement oblat, il ne
pouvait être vendu et devait se retrouver sous la responsabilité du temple. Une procédure de
vérification avait donc lieu. Ce type de document prend la plupart du temps la forme suivante :
l’énonciation des témoins présents dans l’assemblée (très souvent des membres de l’institution
religieuse : prêtres, scribes, etc.), écoutant les dépositions des différentes parties (officiers du
temple, particuliers responsables de la vente ou de l’achat, parties indépendantes utiles à la
résolution du conflit), avant que la décision du temple, véritable juridiction, soit présentée. Enfin,
le scribe, le lieu et la date de rédaction sont indiqués.
Si on lit YOS XIX 091223 (Nbn. 2, Uruk, Eanna), la procédure semble être à l’initiative du
temple. L’officier royal chargé de l’administration au sein de l’Eanna, Nabû-šar-uṣur, amène devant
une assemblée de seize témoins fIna-Esagil-bêlet, fille de Nabû-zêr-ušabši, pour l’interroger et
qu’elle s’exprime au sujet de son ancienne esclave fBânîtu-râmat, qu’elle avait donnée au temple. Il
se trouve que cette širkâtu a donné naissance à trois enfants, dont fGâmiltu, que le demi-frère d’fIna-
Esagil-bêlet, Baniya, a vendue à un certain Nabû-mušêtiq-ṣêti, fils d’Umašu. L’Eanna demande à
f
Ina-Esagil-bêlet les preuves de l’esclavage passé de fBânîtu-râmat : elle déclare alors qu’elle lui a été
donnée comme part de sa dot pour son mariage en l’an 13 de Nabuchodonosor II (soit près de

223
[Holtz, 2009 : 297‑298] avec corrections dans [Sandowicz, 2012 : 187].

96
quarante ans plus tôt), puis qu’elle l’a donnée au temple. Elle déclare ensuite la naissance des trois
enfants de fBânîtu-râmat, puis la vente illégale224 de fGâmiltu par son demi-frère. La décision de
l’Eanna est immédiate : Nabû-mušêtiq-ṣêti n’est pas le maître de fGâmiltu, qui est bien dépendante
du temple.
Le texte est tout d’abord intéressant car il montre, à première vue, que le temple serait
incapable de conserver sous sa responsabilité certains de ses dépendants : si la donation de la mère
date d’il y a quarante ans, les enfants semblent être nés et la vente de fGâmiltu a eu lieu lorsque
f
Bânîtu-râmat était déjà dépendante de l’Eanna. Si le demi-frère de l’ancienne maîtresse de fBânîtu-
râmat a pu vendre la fille de cette dernière, c’est que les liens entre les deux groupes de personnes
ne devaient pas être totalement rompus. Il est ainsi possible que cette donation passée, comme
certaines étudiées plus tôt, comporte une obligation de service de fBânîtu-râmat auprès de sa
maîtresse jusqu’à son décès. Quarante ans plus tard, fIna-Esagil-bêlêt n’est pas morte, mais son
demi-frère a vendu la fille de son esclave vouée au temple, attentif au destin de dépendants qui
doivent lui revenir. La vente frauduleuse a été repérée, qu’elle ait été dénoncée par fIna-Esagil-bêlêt
ou remarquée par le temple lui-même. On peut aussi se demander qui est le père de ces enfants :
leur père pourrait-il être Baniya lui-même ? Rien n’est indiqué en ce sens dans la tablette, mais cette
hypothèse pourrait expliquer la proximité entre Baniya et les enfants de fBânîtu-râmat, et comment
celui-ci a pu se permettre de vendre fGâmiltu.
YOS VI 079 / 080225 (Nbn. 5, 08 / XII, Uruk, Eanna) concerne aussi une affaire d’esclave
consacré au temple mais vendu de manière illégale. Ici, la déclaration n’est pas en premier lieu celle
d’un officier du temple mais d’un particulier : Bêl-uballiṭ, fils de Mušallim-Marduk, descendant de
Gamil-Nanaya. Celui-ci s’exprime devant sept témoins, dont Nabû-šar-uṣur, l’officier royal chargé
de l’Eanna, et Gabbi-ilî-šar-uṣur, le trésorier de l’Eanna. Il présente les faits suivants : son frère,
Ina-teši-eṭir, dispose d’une esclave nommée fHazaziti, qu’il a marquée d’une étoile ainsi que des
marques sur son poignet avant de la consacrer à l’Eanna pour qu’elle devienne širkâtu du temple.
Sauf qu’elle a été vendue après avoir reçu ces marques indiquant la dépendance envers l’Eanna. Il
n’est pas indiqué qui a vendu fHazaziti. De plus, aucune décision n’est indiquée après la déclaration
de Bêl- uballiṭ, mais il est tout à fait possible que fHazaziti se soit vue confirmée dans son statut de
dépendance226.

224
L’illégalité de la vente est décrite comme telle par fIna-Esagil-bêlêt dans le texte akkadien : « ina šurqu ana
Nabû-mušêtiq-ṣêti ana kaspi ittadin », « il les a vendus de manière frauduleuse à Nabû-mušêtiq-ṣêti », lignes 32
à 33.
225
[Ragen, 2007 : 326, 698‑699].
226
Détail qui a peut-être son importance, mais qu’il est difficile d’analyser plus en profondeur : Bêl-uballiṭ est
présent comme témoin dans plusieurs affaires juridiques qui concernent des possessions du temple, ainsi en YOS
VI 071, YOS VI 072, YOS VI 077, YOS VI 131.

97
Une autre dépendante du temple a été vendue selon YOS VII 091227 (Cyr. 6, 13 / IV, Uruk,
Eanna). Il ne s’agit pas ici de la même procédure opérée dans les deux documents précédents. Cette
tablette énonce simplement que l’assemblée de l’Eanna a examiné le contrat de vente de fTabluṭu,
ancienne esclave de Nergal-ah-iddin, vendue en l’an 10 de Nabonide par fAkkadu-rišat, fille de
Rîmût (soit treize ans auparavant). La tablette en question a été apportée par le frère de cette
dernière, Bêl-ahhê-erîba, auprès du temple. Le statut de ce texte est à interroger pour le
comprendre : il n’évoque pas de décision à ce sujet, mais les témoins de l’assemblée sont ensuite
nommés. Il pourrait s’agir d’une procédure en cours, dont cette tablette témoigne du déroulement.
Il concerne en tout cas une esclave, devenue dépendante du temple, très certainement par donation
à l’Eanna mais qui a pu être vendue de manière illégale.
Un dernier document concernant une vente illégale d’une oblate de l’Eanna est un texte du
musée du Louvre, AO 19536, édité par D. Arnaud228. Il est particulièrement intéressant car s’il
concerne des personnes liées à l’Eanna, il fut rédigé à Babylone devant la juridiction royale, le
24 / X de l’an 17 de Nabonide. Le personnel de l’Eanna, quelques temps avant l’invasion perse en
Babylonie, accompagne alors la statue d’Ištar, réfugiée à Babylone. L’édition et l’analyse de D.
Arnaud, corrigée par F. Joannès229, demeurent tout à fait pertinentes, mais cette affaire mérite d’être
étudiée en relation avec notre documentation.
Contrairement aux textes précédents, il n’y a pas de témoins indiqués sur la tablette, mais
les six juges et trois scribes de la cour royale, avec les sceaux de certains des juges, sont présents.
L’affaire est ensuite relatée selon la forme typique des procès, dans un dialogue où les différentes
parties peuvent s’exprimer, avant d’énoncer la décision des juges royaux. Deux responsables de
l’Eanna se présentent devant eux : Madânu-ahhê-iddin, fils de Gimillu, descendant de Šigûa, chef
des brasseurs de l’Eanna, et Balâṭu, fils de Sîn-ibni, scribe de l’Eanna. Ils amènent devant la cour
de justice royale une dépendante du temple, fNanaia-hussinni, son fils Taddannu, et Nûrea, fils de
Kabtiya. Ils accusent ce dernier de s’être approprié fNanaia-hussinni alors qu’elle dépend du temple.
Nûrea se défend en disant qu’elle lui appartient, l’ayant achetée sous le règne d’Amêl-Marduk mais
qu’elle s’est enfuie de chez lui, soit il y a au moins vingt-et-un ans de cela. Selon Nûrea, son esclave
se serait marquée d’une étoile et d’une inscription « Pour Nanaya » afin de rejoindre les rangs de
l’Eanna et ne plus être l’esclave de Nûrea.
Pour déterminer la véracité des propos de chacun, les juges décident d’interroger fNanaia-
hussinni. Celle-ci déclare avoir été l’esclave, avant Nûrea, d’un certain Mâr-Esagila-lûmur, qui
l’aurait vouée auparavant à l’Eanna d’Uruk, en faisant ainsi inscrire une étoile et les marques

227
[Dougherty, 1923b : 45].
228
[Arnaud, 1973].
229
[Joannès, 2000 : 223‑225].

98
correspondantes témoignant du statut d’oblate. Alors, les juges font appel à un scribe-sêpiru, qui
confirme qu’il y a inscrit sur l’une des mains de fNanaia-hussinni l’inscription « Pour Nanaya », ainsi
que « Pour Ištar d’Uruk ». Ces marques sont qualifiées d’anciennes, ce qui est probable si elles
furent effectivement inscrites plus de vingt ans auparavant et qu’il soit nécessaire de faire appel à
un scribe assermenté pour les lire. Enfin, les juges font une déclaration finale auprès de Nûrea, qui
a tout l’air d’une réprimande : il n’aurait pas dû acheter une esclave marquée par le symbole de la
déesse Ištar ou des marques indiquant la donation auprès de l’Eanna, ou alors il aurait dû amener
f
Nanaia-hussinni auprès d’une quelconque juridiction pour régler cette affaire, car il paraît conscient
de ces marques sur son corps. Il lui est alors déclaré qu’il n’a aucun droit sur ces deux oblats.
La décision finale des juges de Nabonide est la suivante : fNanaia-hussinni et son fils
Taddannu sont confirmés comme dépendants de l’Eanna, et Nûrea peut attaquer en justice la
personne qui lui a vendu fNanaia-hussinni. Si Nûrea a une responsabilité dans cette affaire,
l’infraction est celle de la personne qui a vendu l’esclave alors qu’elle était déjà širkâtu.
Daniel Arnaud propose la raison suivante selon laquelle cette affaire est jugée à Babylone
devant la cour de justice royale, et non à Uruk : le premier propriétaire de fNanaia-hussinni se
nomme Mâr-Esagil-lûmur ; la référence au temple du dieu Marduk indique plutôt un habitant de la
ville de Babylone que celle d’Uruk, où l’onomastique fait d’avantage référence aux divinités Ištar et
Nanaya. Il était donc nécessaire de régler cette affaire auprès de la juridiction compétente, et non à
Uruk, dont la partie plaignante est originaire. C’est au moment de la présence du personnel de
l’Eanna à Babylone du fait de la préparation avant l’invasion perse que cette affaire est finalement
réglée. Mais qui était à l’initiative du déclenchement de cette procédure ?
Si l’on suit l’analyse de D. Arnaud, elle est du fait de la dépendante. Il faut bien se rendre
compte qu’il s’agit ici d’une personne certainement assez âgée pour la société babylonienne, sa
vente illégale auprès de Nûrea datant d’il y a au moins vingt-et-uns ans. Si elle s’est enfuie de Nûrea
pour rejoindre l’Eanna, c’est qu’elle suppose que sa situation au sein des dépendants du temple
serait meilleure pour elle et son enfant. Si l’on se souvient du texte YOS VI 154 et de nos remarques
concernant le rôle social du temple à Uruk, il est possible que celui-ci peut lui assurer une certaine
sécurité, surtout si Nûrea se révèle être un maître difficile. Dès lors, elle veut assurer son statut ainsi
que celui de son fils, et demander aux autorités du temple de régler cette situation d’incertitude
juridique face à Nûrea qui peut les réclamer ; le corps de fNanaia-hussinni étant la seule preuve de
cette vocation au temple, il peut se révéler urgent d’agir de cette manière. Cette perspective est tout
à fait intéressante, et n’est pas en conflit avec une autre qui se vérifie assez souvent : le souci qu’a
l’Eanna de maintenir en son sein une population de dépendants qui lui est attachée. C’est au

99
moment de la présence d’administrateurs du temple à Babylone que la procédure judiciaire a lieu.
L’initiative de cette procédure peut ainsi être partagée entre fNanaia-husinni et l’Eanna.
Quelle que soit la juridiction sous laquelle se déroule une telle affaire, le temple se retrouve
gagnant face à un particulier. Nous ne disposons que des sources provenant de l’Eanna. Pour notre
dernier exemple, bien que son lieu de rédaction soit Babylone, elle est conservée par l’Eanna
comme preuve juridique d’une telle décision, assurant ainsi le statut de la dépendante ainsi que de
son enfant, ou bien par Nûrea, les deux parties recevant une copie. Dès lors, il est rare que l’on
perçoive, par les sources qui nous sont disponibles, des situations où le temple se retrouve perdant.
Il s’agit soit d’un effet de source, soit d’une démonstration du pouvoir institutionnel dont dispose
le temple, amené à juger lui-même la plupart de ces affaires et donc déjà bien avantagé face à
d’autres acteurs.
D’autres circonstances nous permettent de documenter des donations passées à travers des
procédures juridiques. YOS VII 066 (Cyr. 7, 23 / III, Uruk, Eanna) présente le cas d’une donation
qui n’a pas été respectée par le proche d’une personne décédée. La tablette adopte là aussi la forme
d’un dialogue entre la partie concernée et des officiers du temple. fNuptaya, dite « esclave de Nadin-
ahi, fils de Nabû-ahhê-ukîn » annonce que son maître l’avait marquée de l’étoile d’Ištar et consacrée
au temple, le transfert devant avoir lieu après sa mort. Son frère, Šamaš-zêr-ušabši, reçut son
héritage, et ne donna pas fNuptaya à l’Eanna. Son maintien, illégal, dans le foyer de Šamaš-zêr-
ušabši semble avoir duré quelques temps car elle y eut plusieurs enfants : Suqaya, Iddin-Nabû et
Nabû-ah-ittannu.
Le temple, représenté par les deux administrateurs (šatammu et qîpu), en plus de l’officier
royal chargé de l’administration et des scribes, a bien vu l’étoile inscrite sur la main de fNuptaya, ce
qui confirme son statut de širkâtu et par extension celui de ses fils. La décision prise diffère quelque
peu des précédentes : le temple confia les esclaves à Šamaš-zêr-ušabši, mais il ne pouvait avoir de
relations sexuelles avec fNuptaya, ni la vendre, ni la marier avec un autre esclave, et lors de son
décès, les esclaves furent transférés au temple. La possession de fNuptaya et ses enfants par Šamaš-
zêr-ušabši, bien que frauduleuse, fut donc temporairement reconnue, mais leur statut de
dépendance envers le temple se trouva affirmé.
Il s’agit donc d’une donation au temple avec maintien du service de l’esclave donné auprès
du temple jusqu’à sa mort. La naissance d’enfants, dont le père est inconnu (mais peut-être s’agit-
il de Šamaš-zêr-ušabši ?), a pu être la raison de cette reconnaissance temporaire du statut de maître
par le frère de Nadin-ahi. Leur âge ne nous est pas connu, s’il s’agit de jeunes enfants, il est possible
que le temple préfère qu’ils soient maintenus dans un foyer où leur éducation et soins sont assurés,
avant de les récupérer plus âgés comme dépendants aptes à travailler.

100
On retrouve dans YOS VI 224230 (Nbn. 15, 03 / XIIb, Uruk, Eanna) un autre exemple de
cette incapacité de la part du temple, pour certains cas, de retrouver des dépendants qui lui étaient
dus. Dans ce texte, Kurbanni-Marduk, alors šatammu de l’Eanna, et Ilî-remanni, officier royal chargé
de l’Eanna, ont convoqué un certain Šamaš-šum-iddin devant neuf témoins (dont au moins deux
officiers importants du temple). Ils lui déclarent que puisqu’il est fils de fSilim-Ištar, elle-même fille
de fHaršinana, connue comme širkâtu de l’Eanna, dès lors, Šamaš-šum-iddin doit être dépendant
du temple, ce qui n’est visiblement pas le cas. Il ne semble pas au courant et demande au temple
d’interroger fBabunu, fille d’Iddin-Marduk, plus à même selon lui d’avoir des informations à ce
sujet. fBabunu est amenée devant l’assemblée du temple et confirme que fHaršinana était bien
oblate de l’Eanna, car son oncle, Nadin-ahi, maître de l’esclave fHaršinana, l’a donnée au temple en
inscrivant sur sa main l’étoile d’Ištar et une marque (probablement une inscription « Pour Nanaya »
ou « Pour Ištar d’Uruk »)231. Nulle décision finale n’est donnée dans le texte, mais le temple dispose
ainsi des bases juridiques pour pouvoir intégrer Šamaš-šum-iddin comme oblat de l’Eanna.
Comme on vient de le voir, à de très nombreuses reprises, les marques présentes sur le
corps des dépendants du temple se révèlent d’une grande importance afin de les identifier. Il s’agit
de la preuve décisive du statut d’une personne disputée entre particuliers et autorités du temple.
Ajoutons à notre analyse d’autres cas d’identification par les signes et inscriptions tracées sur les
mains d’oblat(e)s. YOS VI 129 (Nbn. 8, 09 / IV, Uruk, Eanna) est un autre cas de tentative
d’appropriation frauduleuse d’oblats de l’Eanna, mais ici il n’est pas question de donation passée.
Le temple, devant une assemblée de plusieurs témoins, fait ainsi procéder à la vérification du statut
de fHanna’ et de ses filles, fIna-Nanaia-ultarah et fIna-qatê-Nanaia-šakin. Une personne nommée
f
Bu’itu, fille de Ša-pî-Bêl et épouse de Šum-ukîn, le fermier général de l’Eanna (et donc responsable
de la gestion des récoltes des champs du temple), a fait inscrire son nom sur fHanna’, fIna-Nanaia-
ultarah et fIna-qatê-Nanaia-šakin. Elle s’est ainsi appropriée des dépendantes du temple qui ne lui
reviennent en aucune manière. L’examen des inscriptions montre qu’une des deux filles est
marquée au nom de fBu’itu, l’autre au nom d’une certaine fLi’udu-Nanaya (qui est peut-être la fille
de Šum-ukîn, l’époux de fBu’itu).
L’affaire ici présentée s’inscrit dans le cadre plus général des fraudes réalisées par Šum-ukîn,
bien résumées dans une note brève de G. Tolini 232. Il profite de sa position sociale et de ses
responsabilités pour s’approprier différents biens du temple. C’est ici le cas, bien que la principale

230
[Ragen, 2007 : 341‑343, 699‑702].
231
Elle l’exprime ainsi : « Que je sois maudite si je n’ai pas vue l’étoile et la marque sur la main d’Haršinana,
esclave de Nadin-ahi, mon oncle, (qui est) la grand-mère de Šamaš-šum-iddin, que mon oncle Nadin-ahi a dédiée
comme širkâtu à la Dame d’Uruk avant qu’elle soit née. » La donation est donc prévue avant même la naissance
de l’esclave, qui au cours de sa vie, doit se faire inscrire les signes de la vocation auprès du temple.
232
[Tolini, 2002].

101
coupable soit visiblement son épouse fBu’itu. Remarquons les noms des filles de fHanna’, qui
laissent peu de doute sur leur statut : « En Nanaya je fus glorifiée » et « Placé auprès de Nanaya ».
Difficile de dissimuler leur dépendance auprès de l’Eanna avec de tels noms symbolisant la piété
envers la divinité, d’autant plus que l’étoile d’Ištar sur la main de leur mère est bien visible après
vérification devant l’assemblée du temple.
Enfin, YOS VI 057 233 (13 / XII / Nbn. 4, Uruk, Eanna) énumère les témoins d’une
déclaration de Nabû-mušêtiq-ṣêti, fils de Bêlšunu. Il y dit avoir vu l’étoile d’Ištar sur la main d’une
esclave234 d’un autre Nabû-mušêtiq-ṣêti, et ce en l’an 35 de Nabuchodonosor II, c’est-à-dire dix-
huit ans plus tôt. Nous avons ici affaire, a priori, à une donation passée, accomplie lorsque le maître
de l’esclave a inscrit sur elle l’étoile d’Ištar.

Ces différentes procédures nous permettent de bien percevoir l’importance des donations
d’esclaves auprès du temple. Il s’agit de la seule manière qu’a l’Eanna de recevoir des dépendants,
en-dehors de la reproduction naturelle des oblats dont il dispose déjà. Ces procès et déclarations
devant témoins nous montrent le souci qu’a le temple de récupérer des dépendants qui lui sont
dus : les ventes ou appropriations frauduleuses forment la majorité des cas, qui amènent alors à la
vérification du statut des esclaves ou des oblats en cause.
Dans plusieurs situations, le temple semble avoir oublié ou ne pas avoir connaissance qu’il
dispose d’oblats, qui demeurent dans un foyer privé : ainsi en YOS VI 057 (dix-huit ans de décalage
entre la donation et la vérification du statut), AO 19536 (au moins vingt-et-un ans), YOS XIX 091
(quarante ans !), YOS VII 091 (treize ans). Ces cas concernent en général des situations où la
donation peut impliquer un service jusqu’à la mort de la maîtresse ou du maître ; c’est dans cet
intervalle qu’une vente frauduleuse ou une appropriation par un proche peut avoir lieu. Il y a
visiblement un problème pour le temple de garder trace de ces donations et pour être capable de
réclamer ces dépendants qui lui reviennent légalement. Une procédure juridique se déroule pour
régler le problème, ce qui se conclue en général au bénéfice du temple235. Il s’agit aussi, de manière
quasi générale, de dépendantes, et non d’oblats masculins (sauf parmi les enfants d’esclaves vouées
au temple). La proximité domestique des esclaves féminines, le maintien du service auprès de

233
[Ragen, 2007 : 428‑429]
234
Le nom de l’esclave en question n’est malheureusement pas entièrement restituable.
235
On peut tempérer cette affirmation en consultant le texte AnOr VIII 056 (12 / X / Cyr. 7, Uruk, Eanna), que
nous avons déjà mentionné, où Abi-ul-tidi se déclare devant des officiers du temple comme l’esclave d’Abu-yâdi,
berger endetté auprès de l’Eanna. Une autre personne, Bêl-lê’u, déclare qu’il s’agit de son esclave. Le temple
décide de livrer l’esclave à Bêl-lê’u alors qu’il est possible, du fait de la dette de son maître, qu’il ait été donné à
l’Eanna. Le temple accepte cette affectation le temps qu’une décision soit prise. Ce type de procédure peut donc
se faire en plusieurs temps, notamment si le temple n’était visiblement pas en droit de réclamer l’esclave en
question.

102
personnes âgées ; ainsi que la possibilité dans certains cas que les pères des enfants nés d’elles sont
ceux qui se sont appropriés frauduleusement ces esclaves : tout ceci explique peut-être pourquoi
ces procédures ne concernent que des širkâtû, revenant ensuite sous la responsabilité du temple.
Dans la totalité des procès examinés, le temple l’emporte. La juridiction principale à Uruk
est le temple, le pouvoir royal s’implique peu d’un point de vue juridique dans cette région. Un seul
cas (AO 19523) se déroule devant la cour de justice royale de Babylone, et donne raison à l’Eanna.
Si le temple peut avoir quelques soucis à tracer sa population dépendante, il dispose des moyens
juridiques et du pouvoir social et politique nécessaires pour faire asseoir ses droits.

L’Eanna dispose d’un autre moyen pour tracer les donations passées d’esclaves à son
compte, qui est toutefois très peu documenté dans nos sources : le registre des oblats236. Deux
affaires, proches dans leur déroulement des procès que nous venons d’étudier, indiquent ce registre
et sa possible utilisation par les officiers du temple.
JCS 28 n°32237 (Cyr. 3, 12 / XIIb, Uruk, Eanna) est une injonction faite par le temple à un
particulier, Gimillu, fils d’Innin-šum-uṣur, de rendre une oblate nommée fAlakšu. Celle-ci a été
inscrite dans le registre des oblats de la Dame d’Uruk après que le père de Gimillu l’eut donnée au
temple contre l’effacement d’une dette qu’il devait auprès de l’Eanna, et plus spécifiquement à
Nidinti-Bêl, l’administrateur (šatammu) de l’Eanna. La donation n’a donc pas été faite pour les
mêmes raisons que celles que nous avons vues jusqu’ici : du fait d’une dette qu’Innin-šum-uṣur ne
pouvait pas payer, il décida de se séparer d’une partie de ses biens, représentée par son esclave
f
Alakšu. Elle a alors été enregistrée sur le registre de l’Eanna. Gimillu a une semaine pour rendre
cette esclave, sinon il doit payer une compensation (mandattu) pour chaque jour que l’esclave a passé
chez lui depuis son enregistrement sur le registre. Malheureusement, nous ne connaissons pas cette
date, mais il est fort possible que cette compensation puisse être assez élevée238.
On peut observer un dysfonctionnement de l’enregistrement administratif sur le registre
des oblats dans la tablette TCL XIII 179 239 (règne de Cambyse, Uruk, Eanna). La procédure
juridique concerne ici un esclave nommé Dannu-ahhêšu-ibni, fils de fNanaia-pâni, esclave de
Nanaia-ah-iddin, fils de Nergal-ina-têši-eṭir. Nanaia-ah-iddin est endetté auprès de l’Eanna, lui

236
Il est indiqué de la manière suivante dans nos sources pour l’Eanna : « gišlê’i ša bêlti ša Uruk », « la tablette de
la Dame d’Uruk », mais le signe utilisé pour désigner la tablette n’est pas celui utilisé pour un support en argile.
De même, le déterminatif sumérien giš est utilisé pour les objets en bois. Il s’agissait donc certainement des
tablettes de bois recouvertes de cire, qui pouvaient être effacées et mises à jour plus facilement que les tablettes
en argile. Voir à ce sujet [Jursa, 2004b : 170‑178].
237
[Stigers, 1976 ; Ragen, 2007 : 366‑368].
238
Nous discuterons plus loin dans notre étude de ces compensations (mandattu) dont le montant est établi sur
le coût du travail journalier d’un(e) esclave ou un(e) dépendant(e).
239
[Ragen, 2007 : 711‑714]

103
devant des ovins. Le temple, durant la première année du règne de Cambyse, a donc pris son esclave
Dannu-ahhêšu-ibni auprès de sa fille fUbartu, mais ne le marqua pas de l’étoile d’Ištar ni ne
l’enregistra sur le registre des oblats. fUbartu l’avait reçu comme dot lors de son mariage, et l’avait
déclaré auprès du temple.
Au cours de l’an 3 de Cambyse, fUbartu vient auprès du temple pour réclamer son esclave.
L’Eanna lui demande de prouver qu’il fait partie de sa dot. Elle jure alors sur Ištar et Nanaya qu’elle
a reçu Dannu-ahhêšu-ibni lors de son mariage avec Ištar-mukîn-apli, et que le document le
prouvant est chez elle. Nulle décision finale n’est indiquée sur la tablette, nous ne savons donc si
f
Ubartu récupére son esclave, mais l’absence de marque sur le corps de Dannu-ahhêšu-ibni ou
d’inscription sur le registre des oblats peut ne pas jouer en faveur de l’Eanna, ne disposant ainsi pas
des preuves nécessaires pour montrer le lien de dépendance entre l’esclave et l’institution. Nabû-
ah-iddin, l’officier royal chargé de l’administration pour l’Eanna et son représentant dans cette
affaire, dit d’ailleurs qu’il rendrait l’esclave si fUbartu peut prouver cela, et le serment présent dans
le texte indique l’amorce de la procédure de libération de Dannu-ahhêšu-ibni.
Le registre des oblats de l’Eanna est présent dans une plus large documentation, qui n’est
pas utile à notre propos pour le moment240. Ces deux occurrences nous permettent toutefois de
voir comment le temple utilise ce registre au quotidien pour tenir compte des donations qui lui
sont faites. Toutefois, des dysfonctionnements peuvent avoir lieu : le registre peut ne pas être tenu
à jour de manière scrupuleuse. De même que plusieurs des procédures devant l’assemblée que nous
avons vues l’indiquent, le temple « oublie » certaines oblates qui lui sont dues et demeuraient alors
dans un foyer différent. Il ne peut ainsi bénéficier de cette main-d’œuvre lui appartenant. Si les
donations d’esclaves auprès de l’Eanna sont la source principale, dans notre documentation, de
réception de dépendants par le temple, cette documentation est aussi intéressante car elle montre
quels manquements administratifs existent et la manière dont l’Eanna récupére ces donations.
Dès lors, le faible nombre de références aux donations passées n’illustre pas une absence
hypothétique de sources qui nous permettraient de montrer une plus large réception de dépendants
grâce aux donations. Il nous faut peut-être comprendre ces actes de donations comme quelque
chose d’exceptionnel : la possession d’esclaves est limitée à certaines classes sociales de la société
babylonienne, il serait logique que leur transfert auprès du temple soit aussi peu important en
quantité. Le recours à l’écrit se fait lors de cas particuliers, afin de bien situer le terme de ces
donations et les obligations de service des esclaves auprès de leur maîtresse ou maître. De même,

240
Ainsi NCBT 019, édité par [Beaulieu, 2003 : 314‑315], lettre où est demandée la vérification du registre des
oblats concernant fBâbu-aqrat ; YOS VI 116 est une vérification du statut d’oblats de plusieurs archers grâce au
registre devant une assemblée de témoins. Pour d’autres références sur le registre des oblats : CRRAI 47 115,
GCCI II 142, TCL IX 103, TCL IX 129, UCP IX 099, YOS III 017, YOS III 059, YOS VII 167.

104
les procédures, opérées par l’Eanna, de récupération d’esclaves donnés se limitent ainsi aux erreurs
ponctuelles, mais probablement pas systématiques, qui se voient ainsi résolues.

Les obligations à livrer des esclaves au temple

Plusieurs cas d’injonctions faites de livrer un(e) esclave à l’Eanna à des particuliers,
similaires à la tablette JCS 28 n°32, nous sont connus. Certains de ces cas concernent des
mécanismes de remboursement d’une dette, qui est une autre manière pour le temple de recevoir
des travailleurs dépendants. Nous allons séparer, pour ce type de sources, les tablettes où aucune
dette n’est mentionnée et celles qui concernent très clairement un paiement de dette.
Le premier groupe est constitué par les documents YOS VII 060241 (Cyr. 6, 10 / VIII,
Uruk, Eanna), BIN I 106242 (Cyr. 7, 05 / X, Uruk, Eanna) et YOS VII 155243 (Camb. 3, 25 / XIIb,
Uruk, Eanna). Les deux premiers concernent visiblement les relations familiales des dépendants au
sein de l’Eanna. Dans YOS VII 060, les officiers du temple demandent à Dayyân-Marduk, fils de
Nabû-bani-uṣur, descendant de Balâṭu à livrer avant deux mois l’oblate fLa-tubašinni et ses enfants
à l’Eanna. fLa-tubašinni est l’épouse de Bêl-ab-uṣur, esclave de Dayyân-Marduk. S’il ne les livre pas,
il s’ajoute une compensation à payer pour chaque jour en plus durant lequel les oblats n’ont pas
rejoint le temple. En ce qui concerne BIN I 106, c’est fEmuqtu, épouse de l’oblat Nâdinu, qui
devait livrer sous deux semaines ses fils Rîmût et Nanaia-ah-iddin au temple. Le statut d’fEmuqtu
n’est pas indiqué, mais il se peut que ce soit une personne libre. Les deux cas concernent ainsi des
donations forcées par le temple. Nous ne savons pas où vivent Bêl-ab-uṣur et fEmuqtu, mais rien
n’indique qu’ils dépendent du temple. Dès lors, le temple chercherait à séparer des familles afin de
disposer de dépendants dont il a la responsabilité.
Pour ce qui concerne YOS VII 155, l’Eanna demande à Nabû-ahhê-uballiṭ, fils de Nabû-
zêr-ukîn, de lui apporter Attan-ana-Marduk sous sept mois. Il n’est pas indiqué le statut de ce
dernier, mais si Nabû-ahhê-uballiṭ ne le fait pas, il doit donner fIštar-šemittu, une esclave qui est
marquée de l’étoile d’Ištar et de la marque-arratu244. On peut donc supposer qu’Atkal-ana-Marduk
est aussi un esclave qui doit revenir à l’Eanna. Les raisons de cette injonction sont peu claires –

241
(Dougherty 1930, 77‑8).
242
[Ragen, 2007 : 705‑707].
243
[Ragen, 2007 : 718‑719].
244
CAD A II p. 305. Cette marque particulière n’apparaît que dans quelques documents provenant des archives
de l’Eanna au cours de notre période d’étude (YOS VI 079, YOS VI 224, UCP IX 037). Il s’agit d’une marque inscrite
sur les mains de certains oblats des divinités d’Uruk, [Dougherty, 1923b : 82 ; Stol, 2016 : 328‑329].

105
s’agirait-il, comme pour les textes que nous allons voir, d’une donation pour le remboursement
d’une dette ?
On observe en effet plusieurs documents présentant une dette due auprès de l’Eanna qui
doit lui être remboursée. Les endettés peuvent être contraints à le faire en transférant un ou
plusieurs de leurs esclaves à l’Eanna.
BIN I 120245 (Nbn. 3, 21 / II, Uruk, Eanna) est un cas à part dans cette documentation. Il
présente douze esclaves qui sontt « vendus » au temple par Nabû-ahhê-bulliṭ, fils de Ša-Nabû-šu,
en l’an 33 de Nabuchodonosor II. Sauf qu’il n’a pas livré les esclaves en question et se retrouve
ainsi endetté auprès de l’Eanna de douze esclaves. Il faut bien comprendre son statut et le contexte
de ce texte : il s’agit d’un scribe de l’Eanna qui voit sa charge supprimée dans la réorganisation du
temple. C’est le roi Nabonide lui-même qui fait peser sur lui cette dette et l’oblige à livrer les
esclaves, afin de régler certains abus qui devaient avoir eu lieu dans l’administration précédente de
l’Eanna. Nabû-ahhê-bulliṭ s’était ainsi attribué le service de nombreux esclaves qui étaient dus au
temple. La vente n’était qu’une falsification. Il ne s’agit donc pas ici à proprement parler d’une
dette, mais cette injonction est intéressante pour montrer par quels mécanismes l’Eanna peut se
voir retirer, ou réattribuer, des dépendants.
Mais au-delà de ce cas bien particulier, nous connaissons quatre donations d’esclaves du
fait de dettes : YOS VI 221246 (Nbn. 16, 07 / XII, Uruk, Eanna), YOS VII 059247 (Cyr. 6, 01 / XII,
Uruk, Eanna), YOS VII 130248 (Camb. 2, 03 / VI, Uruk, Eanna) et YOS VII 164249 (Camb. 4, 22
/ IV, Uruk, Eanna). Les procédures retranscrites dans ces documents sont sensiblement les
mêmes : soit des contrats de vente, qui sont en réalité des transferts de dette, soit des injonctions à
livrer des esclaves avec la mention de dette.
YOS VII 130 et YOS VII 164 correspondent au premier cas. Des particuliers (Bunânu, fils
de Marêšaya dans le premier, deux frères fils d’Ahiya-lidu nommés Nabû-mukîn-apli et Bêl-šar-
uṣur dans le second) ont vendu un ou des esclaves auprès de l’Eanna. Il s’agit soit d’un esclave isolé
nommé Mari’-lihi, soit de deux jeunes enfants, Ki-Šamaš et Ištar-ah-iddina. Si les documents
prennent la forme de contrats de vente, il est ensuite bien précisé en quoi les esclaves représentent
l’équivalence d’une dette due par les « vendeurs » auprès de l’Eanna. Mari’-lihi est ainsi échangé
pour une dette d’une mine et demie d’argent que doivent Marêšaya et son frère Kalbaya. Ki-Šamaš
et Ištar-ah-iddina sont l’équivalent de reliquats de dettes composées de laine et d’ovins en assez

245
[Joannès, 1991a].
246
[Dougherty, 1930 : 77].
247
[Ragen, 2007 : 703‑705].
248
[Dandamaev, 1984 : 695].
249
[San Nicolò, 1932 : 182].

106
large quantité. On a donc ici affaire à des ventes fictionnelles, permettant la conversion de dette en
esclaves devenant ainsi dépendants de l’Eanna. Il s’agit ici d’un esclave masculin et de deux jeunes
enfants, force de travail nécessaire pour le temple, ce qui se distingue de la plupart des cas de
donations que nous avons vus et qui concernent très majoritairement des esclaves féminines,
parfois avec des enfants.
YOS VI 221 et YOS VII 059 sont quant à elles des injonctions faites par des officiers du
temple de livrer des esclaves, situations similaires à celle que nous avons analysée dans
YOS VII 060. Dans la première tablette, Nabû-iddin et Ardaššu, fils de Šuzia, doivent livrer d’ici
trois jours l’esclave fNanaia-šiminni, propriété de Nabû-mušêtiq-ṣêti, fils de Nabû-šum-iddin et
berger d’Ištar, qui est endetté envers l’Eanna pour des bovins et des ovins. Nabû-iddin et Ardaššu
ont acheté l’esclave à Innin-lîpi-uṣur, qui se retrouve héritier des dettes de son père. Comme
l’esclave avait été vendu, ce sont ses nouveaux propriétaires qui doivent rendre l’esclave qui sert
d’équivalent à la dette envers le temple. Nabû-iddin et Ardaššu se retrouvent ainsi lésés pour des
raisons qui ne les concernent pas, mais les intérêts de l’Eanna prévalent sur la légalité de leur achat.
Innin-lîpi-uṣur ne devait pas avoir beaucoup de biens propres pour qu’une autre solution de
remboursement de la dette puisse être établie. Cela montre bien aussi à quel point l’importance de
l’Eanna comme institution à l’échelle d’Uruk. Les intérêts économiques du temple se révèlent
prioritaires aux intérêts privés et peuvent briser des liens juridiques entre maître et esclave si des
dettes envers l’Eanna sont en jeu.
YOS VII 059 décrit une situation similaire. Ibnaya, fils d’Iddin-Nabû, descendant de Kidin-
Marduk, doit délivrer avant dix jours fHallapnâtu-alsiš, esclave de Kalbaya, fils d’Iqiša. Ce dernier
est endetté auprès de l’Eanna, mais il n’est pas indiqué de quoi est composée cette dette. Kalbaya
et sa fille fBissaya ont donné leur esclave à Nanaia-iddin, fils d’Ibnaya, comme part de sa dot
(fBissaya et Nanaia-iddin sont donc probablement mariés). Ibnaya a donc la responsabilité de
rendre l’esclave à l’Eanna car la dette contractée par le précédent propriétaire n’avait pas été réglée.
S’il ne l’apporte pas, il doit payer une compensation au temple.
Dans les deux cas, ce ne sont donc pas les anciens propriétaires endettés qui doivent livrer
un esclave, mais les propriétaires légitimes de l’esclave ; ceux-ci n’étaient peut-être pas au courant
de ces dettes, mais ils se retrouvent spoliés de leur possession. L’autorité sociale, politique et
juridique de l’Eanna à Uruk lui permet d’agir pour récupérer ces esclaves et en faire ainsi des
dépendants, une partie de sa main-d’œuvre250.

250
Un autre document, AnOr VIII 074 (Camb. 4, 07 / IV, Uruk, Eanna, voir [Ragen, 2007 : 535‑536]) montre
comment le temple peut user d’intermédiaires pour récupérer des esclaves qui lui ont été donnés mais qui ont
été accaparés de manière frauduleuse. Dans cette tablette, la fille d’un oblat, fNuptaya, est vendue par son père
à « un Arabe » à Babylone, après avoir marqué sur sa main droite une inscription araméenne. Elle est ensuite

107
Ces obligations de livrer des esclaves sont ainsi très intéressantes : elles permettent de bien
comprendre comment l’Eanna, grâce à son pouvoir économique, à ses capacités de crédit à Uruk
et dans sa région, peut disposer de nouveaux oblats qui lui servent comme force de travail. On
retrouve ainsi les intérêts économiques bien documentés de l’Eanna en matière de laine, de bétail,
et des mécanismes de thésaurisation qui y sont attachés. Ces injonctions nous montrent aussi
comment l’Eanna récupère les dépendants qui lui sont dus mais qui, du fait du mariage d’un(e)
oblat(e) avec une personne libre ou un esclave, se sont éloignés de leur dépendance auprès du
temple. Ces procédures juridiques lui permettent de réaffirmer ses droits sur une population qui
parfois lui échappe ou dont il n’arrive pas à garder la trace sur le moyen et long terme.

L’oblat comme personne juridique

Après avoir tenté de discerner les origines historiques de la dépendance attachée aux
temples babyloniens, et d’étudier la principale source d’accès à de nouveaux dépendants pour
l’Eanna, il nous faut essayer, comme pour l’esclavage privé, de discerner le statut juridique des
oblats à partir des droits qui leur sont reconnus dans les contrats. La documentation disponible à
ce sujet est toutefois bien plus limitée que celle qui concerne les esclaves251. Nous allons voir tout
d’abord la question des oblats comme témoins dans nos sources économiques, avant d’étudier les
oblats comme parties juridiques lors des procès.

récupérée par un certain Anu-ahhê-iddin qui la livre à Bêl-gimilanni, identifié par A. Ragen comme oblat « chargé
de la cassette » (ša muhhi quppi), c’est-à-dire un comptable de l’Eanna chargé spécifiquement de la collecte des
reliquats de dette dus au temple. Il est ainsi possible pour le temple d’agir en-dehors d’Uruk pour récupérer ses
dépendants.
251
De même que pour les esclaves, nous ne traiterons pas ici en détail la documentation concernant les
transactions économiques (achat, vente, location) opérées par des oblats. Là aussi, nos sources sont moins
importantes en quantité que pour l’esclavage privé. Il est toutefois possible pour des oblats de prêter ou
d’emprunter de l’argent (BE VIII 024, Nbn. 945, VS IV 168), des dattes (NBDMich. 065), de faire louer ou louer
des maisons qui leur sont fournies par le temple ou des champs (AnOr IX 017, BE VIII 104, CT XLIV 076, Dar. 080,
Dar. 265, Dar. 427, TuM II/III 024, TuM II/III 030, TuM II/III 045, TuM II/III 161-162, TuM II/III 182, VS IV 154, VS
V 091, YOS VII 002). Nous aborderons ces documents lors de l’étude des aspects sociaux et économiques de ce
statut de dépendance envers les temples. Notons toutefois qu’il ne semble pas qu’il y ait de véritable interdiction
juridique de réaliser ces transactions pour les oblats, mais cela demeure insuffisant pour bien comprendre le
statut de ces personnes au sein de la société babylonienne.

108
Nous disposons de très peu d’attestations d’oblats comme témoins dans des contrats. Nous
avons repéré en tout, dans la documentation publiée, dix cas d’oblats témoins. Ces textes furent
rédigés à Borsippa (quatre documents252), Babylone (trois253), Sippar (deux254) et Ur (un255).
Les textes de Borsippa sont pour trois d’entre eux rattachés à l’archive de la famille bien
connue des Ea-ilûta-bani256 :
• TuM II/III 084 (Nbn. 2, 04 / III, Borsippa), une reconnaissance de dette pour
deux kur de dattes au profit de Bêl-šuzibanni, esclave de Zêr-Bâbili (erib bîti de
l’Ezida et probablement orfèvre rattaché à ce temple257), à la charge de Nadinu, fils
de Luṣi-ana-nûr-Marduk, descendant d’Ilî-bani, à rendre dans les six mois. Dans les
témoins, l’oblat de Nabû Nûr-Šamaš est mentionné.
• TuM II/III 119 (Camb. 07, 16 / XI, Borsippa), là encore une reconnaissance de
dette mais pour un peu plus d’un kur d’orge au profit d’fUbartu, fille de Nabûnaya,
à la charge de fBêliltu, fille de Nabû-ereš, frère de Mušêzib-Bêl de la famille Ea-
ilûta-bani. Ina-ṣilli-Bêl, fils de Nabû-ušallim, oblat de Marduk, est témoin.
• TuM II/III 095 (Dar. I 12, 08 / VI, Borsippa), une reconnaissance de dette pour
cinq kur de dattes au profit de Bêl-ahhê-iddin, fils de Rimanni-Il, à la charge de
Mušêzib-Bêl, fils de Zêr-Bâbili. Gabriya, fils de Nabû-dalû, oblat de Nabû est
témoin de ce document.

Il s’agit de reconnaissances de dettes pour des dattes et de l’orge qui concernent des
membres de la famille Ea-ilûta-bani. Zêr-Bâbili et son fils Mušêzib-Bêl sont connus comme étant
liés à l’Ezida : le premier est prêtre du temple, et son fils en est orfèvre ; par liens héréditaires, il est
possible que Zêr-Bâbili soit aussi orfèvre, mais ses activités en tant qu’artisan ne sont pas connues.
Nabû-ereš, le père de fBêliltu, fait lui aussi partie du personnel de l’Ezida : il doit des obligations de
surveillance pour le temple258. La présence des oblats comme témoins dans ces textes pourrait ainsi
s’expliquer par les liens entre des membres d’une famille importante de Borsippa et le temple
principal de la ville ; des intérêts économiques du temple seraient en jeu259. Malheureusement, nous

252
TuM II/III 084, TuM II/III 095, TuM II/III 119, VS VI 181.
253
Cyr. 291, Cyr. 345, TCL XII 060.
254
Dar. 046, VS VI 037.
255
UET IV 095.
256
[Joannès, 1989].
257
[Joannès, 1989 : 36 ; Waerzeggers, 2010b : 75].
258
[Joannès, 1989 : 40].
259
Cela se vérifie peut-être avec le texte VS VI 181 (14 / III / Xer. 2, Bâb-surri), une liste de comptes pour des
rations d’orge. La prosopographie ne permet pas de situer la situation socio-économique des acteurs présents

109
ne connaissons pas ces oblats en-dehors de ces textes, il est donc impossible pour le moment de
pouvoir en dire davantage sur leurs occupations, ce qui aurait permis de mieux comprendre les
raisons de ce statut de témoin pour des oblats.
On retrouve des oblats comme témoins dans deux textes issus de l’archive des Egibi.
Cyr. 291 (Cyr. 8, 08 / I, Šahrînu, Egibi) est une reconnaissance de dette d’orge appartenant à Itti-
Marduk-balâṭu pesant sur Šum-ukîn, son esclave. Ce dernier est seulement attesté dans ce texte.
Bêl-eṭir-Nabû est témoin du contrat et est identifié comme oblat ; le nom du dieu auquel il est voué
est brisé sur la tablette, mais étant ici situé près de Babylone, il est possible qu’il soit oblat de
Marduk. Peu d’indices nous permettent de comprendre pourquoi un oblat est témoin de ce contrat.
Dans Cyr. 345 (Cyr. 6, 13 / VIII, Babylone, Egibi), Šuzubu, fils de Nabû-nadin-ipri, vend une
maison du quartier de Šuanna dans Babylone à Itti-Marduk-balâṭu des Egibi. L’argent obtenu par
cette vente (un peu moins de neuf mines) permet à Šuzubu de rembourser une dette qu’il a
contractée auprès de l’Esagil, le temple de Marduk. Dans les témoins, on retrouve un oblat de ce
temple, nommé Arad-Bêl, fils de Bêl-ubâlliṭ. Deux scribes sont de l’administration de l’Esagil. La
présence d’Arad-Bêl s’explique donc peut-être par cette dette de l’Esagil réglée par une vente de
bien immobilier.
Un autre document vient confirmer cette idée du lien entre intérêts du temple et présence
d’un oblat comme témoin. TCL XII 060 (AM. 1, 09 / I, Babylone, Eanna) concerne le vol d’une
ânesse et une demande de témoignage à ce sujet. L’ânesse appartient à Sîn-iddin, un des
administrateurs de l’Eanna (qîpu) et est mise à la disposition de Nabû-eṭir, fils de Bêlšunu. Si
quelqu’un l’a emportée, il s’agit d’un vol des biens de Sîn-iddin, et donc du temple. Parmi les
témoins, le rab širki Ištar-alik-pâni est présent, et l’on sait qu’il s’agit d’un oblat devenu responsable
des oblats260. Les intérêts économiques de l’Eanna étant en jeu, un administrateur dépendant du
temple est ainsi présent261.
Les textes de Sippar peuvent aussi donner plus de poids à notre démonstration. Dans VS
VI 037 (Nbk. 33, 13 / IX, Sippar, archive d’Atkuppu), la responsabilité du travail et de l’inspection
liée à des jours de prébende de vannerie du temple de Nabû est attribuée à un certain Marduk-zêr-
ibni, fils de Nabû-eṭir, descendant d’Atkuppu. Il perçoit ainsi une partie de la prébende de son père.

dans la tablette. Un oblat, Bêl-epuš, fils d’Aplaya, est présent comme témoin. S’agit-il de rations à destination du
personnel du temple ? Bab-surri est placée près de Borsippa par [Zadok, 1985 : 61].
260
Voir [Ragen, 2007 : 81‑85] pour un résumé de la carrière d’Ištar-âlik-pâni.
261
Une question demeure : pourquoi ce texte fut-il rédigé à Babylone ? S’agit-il d’une erreur du copiste ? Le titre
de « rab širki » est surtout présent lors de voyages de travailleurs dépendants de l’Eanna pour aller accomplir
divers travaux hors de la ville d’Uruk. Cette ânesse fut-elle perdue par une telle équipe d’oblats en déplacement
dans la région de Babylone ? Tout cela demeure hypothétique et la tablette ne nous donne pas assez de détails
pour nous permettre d’aller plus loin.

110
L’un des témoins présents à la rédaction du texte s’appelle Arad-Nabû, fils de Nabû-ittišu-iballuṭ,
et il est oblat de Nabû. Sa présence comme témoin semble liée à cette prébende du temple de Nabû.
Enfin, la tablette Dar. 046 (Dar. 2, 25 / VII, Sippar, Ebabbar) documente la livraison par le temple
de dix kur de dattes (1800 litres) au profit d’Arad-Bunene pour son équipement militaire (rikis qabli).
Le même Arad-Bunene est ensuite présent comme témoin et est identifié comme oblat de Šamaš.
Les quelques occurrences où nous retrouvons des oblats comme témoins à la rédaction de
tablettes, et donc comme acteurs juridiques, concernent pour la plupart des intérêts assez clairs du
temple dont ils sont les dépendants. Certains des documents que nous venons de voir ne nous
permettent pas de percevoir les raisons pour lesquelles le temple serait impliqué, mais les autres
exemples nous semblent suffisamment éloquents à ce sujet pour que nous puissions élargir cette
idée à l’ensemble de la documentation étudiée. Les oblats pouvaient ainsi être présents pour
représenter leur temple. Malheureusement, les oblats mentionnés nous sont pour la plupart
inconnus, et nous ne pouvons dire quels étaient leur métier, à l’exception d’Ištar-âlik-pâni (TCL
XII 060), présent dans d’autres tablettes et dont la fonction de responsable de širkus en
déplacement nous est connue.

On retrouve aussi quelques cas où des oblats témoignent lors d’une procédure juridique,
lorsque leur parole devient importante pour la prise de décision du temple dans une affaire. De
même pour le faible nombre de serments prêtés par des oblats engageant leur responsabilité
juridique. Ces textes sont toutefois intéressants si l’on veut comprendre le statut de l’oblat : à quelle
occasion des oblats témoignent-ils ? Quels intérêts sont alors en jeu ? Nous avons vu plus haut la
place des esclaves privés comme acteurs juridiques : la documentation est alors assez diverse,
présentant des situations différentes et ne permettant pas vraiment d’apporter d’avantage
d’éléments sur le statut juridique de l’esclave. Les sources plus limitées concernant les oblats
présentent, de notre point de vue, une perspective assez différente.
Il faut remarquer que la plupart des témoignages oraux d’oblats, retranscrits dans quelques
comptes-rendus de procès, concernent avant tout les biens de l’Eanna :
• YOS VII 128 (Camb. 2, 13 / VII, Uruk, Eanna) : Ištar-âlik-pâni, oblat d’Ištar,
connu comme rab širki et ici présenté comme pasteur, témoigne devant l’assemblée
du temple du vol d’une brebis par Bêlšunu, un autre oblat, qui la tua. Ištar-âlik-pâni
tenta de le réprimander à ce sujet, Bêlšunu l’agressa et tenta de l’étouffer avec le
cordon de son pendentif, déclarant au même moment : « C’est ainsi que Gubaru et
Parnaka [les gouverneurs de l’administration achéménide en Babylonie et

111
Transeuphratène] font plier l’échine aux gens ! »262. L’assemblée interroge ensuite
Bêlšunu, mais sa déclaration est assez cassée, tout comme la décision du temple. Il
semblerait toutefois qu’il ait été condamné.
• YOS VII 158 (Camb. 3, [x] / VI, Uruk, Eanna) : témoignage de Dannu-ahhêšu-
ibni, oblat d’Ištar et paysan, déclarant à l’administration de l’Eanna une vente
frauduleuse de bovins par Šapik-zêri, fils d’Ištar-šum-uṣur, descendant de Sîn-leqe-
unninni. Le texte est aussi assez cassé et ne permet pas de percevoir en détail
l’affaire, ni les décisions du temple.
• YOS VII 152 (Camb. 3, 22 / X, Uruk, Eanna) : le document débute par le rappel
d’un serment prononcé par Ištar-zêr-ibni, fils d’Ina-têši-eṭir, oblat d’Ištar, auprès
des officiers de l’Eanna. Il jure sur Bêl, Nabû et le roi qu’il ne volera pas l’argent ou
les biens d’oblats fugitifs, ni ne les laissera s’enfuir. Le serment fait sans doute
référence à une affaire dont les détails ne sont pas précisés : des oblats se sont enfuis
et il faut les retrouver. Or, deux oblats, Suqaya, fils d’Arrabi, et Nanaia-inîya,
témoignent qu’Ištar-zêr-ibni et Balâṭu, fils de Šulaya, ont pris de l’argent et de la
bière à Iqišaya, un šušanu (ici, une personne chargée d’animaux), et à Šamšaya, un
paysan sous la responsabilité d’une personne nommée Nadin. Puis, ils les ont laissé
s’enfuir263.
• TCL XIII 170 (14 / [x] / Camb. 5, Uruk, Eanna) : l’affaire concerne les vols depuis
le bît karê, l’entrepôt de l’Eanna, par un de ses officiers, Anû-šar-uṣur. Plusieurs
oblats servaient de gardiens de cette structure et témoignent devant les officiers du
temple des vols qui y eurent lieu sous leur responsabilité. Ibni-Nabû, oblat, est le
premier à faire une déclaration, avant que le temple n’interroge Ardiya, Nabû-kâr-
lê’i et Luṣ-ana-nûr, qui jurent avoir vu les vols et qu’Anû-šâr-uṣur en est coupable.
Le texte est cassé à certains endroits qui ne permettent de discerner les décisions de
l’Eanna à ce sujet.

Ces quatre audiences présentent des témoignages d’oblats devant l’administration de


l’Eanna. Elles concernent toutes des biens de l’Eanna : des ovins et des bovins, des oblats enfuis,
des objets volés à l’entrepôt du temple. Il s’agit d’apporter des preuves concernant ces vols, parfois

262
[Briant, 1996 : 831]
263
L’affaire est intéressante en soi et nous aurons l’occasion d’y revenir plus en détail. Elle constitue, avec TCL
XIII 154 et YOS VII 146, un petit dossier concernant Ištar-zêr-ibni et ses actions délictueuses, étudié dans [Kleber,
2007].

112
accompagnés d’actes violents contre ceux qui étaient responsables d’animaux, parfois le fait de
personnes qui avaient une responsabilité au sein du temple. Des oblats sont convoqués comme
témoins dans ces affaires du fait de leur proximité avec les biens en question. Ainsi, Ištar-âlik-pâni
est témoin d’un vol d’ovin, mais aussi victime dans le même temps d’une agression contre sa
personne, qui est le fait d’un autre oblat. Dannû-ahhêšu-ibni semble avoir été responsable des
bovins vendus de manière frauduleuse. Enfin, les oblats qui témoignent contre Anû-šar-uṣur
avaient une responsabilité directe dans la surveillance des biens volés.
On peut rajouter deux documents retranscrivant des serments prononcés par des oblats
dans le cadre de leur travail auprès de l’administration de l’Eanna. YOS VII 179 (Camb. 5, 17 / IV,
Uruk, Eanna) présente le serment de quatre oblats envers l’administrateur du temple, envoyés par
lui pour inspecter de l’orge récolté dans un endroit nommé Angillu. Ils jurent de ne pas distribuer
cette orge sans l’autorisation du temple. Celui-ci s’assure ainsi, lors du déplacement de ces oblats,
de la responsabilité juridique de ces dépendants en cas de délit ou de malversation ; il est possible
que l’inspection de l’orge laisse des traces écrites, et le temple pourrait ainsi vérifier la réception
complète de l’orge qui lui est dûe264. AnOr VIII 061 (23 / IV / Cyr. 8, Uruk) constitue quant à lui
le serment de cinq oblats par Bêl, Nabû et Cyrus envers les officiers du temple, mais aussi deux
envoyés de Gubaru, le gouverneur perse de la Babylonie. Ces oblats ont été envoyés pour
l’inspection d’ovins et de bovins de l’Eanna, et ils jurent n’avoir commis aucune faute concernant
cette inspection. Là aussi, l’administration prend garde de s’assurer de la responsabilité juridique de
ses dépendants lors d’un déplacement de l’inspection de bétail, dont la gestion est assurée par le
temple de manière directe et indirecte265. D’autant plus que des membres de l’administration royale
sont ici présents, et les oblats jurent par les dieux comme par le roi d’absence de malversation266.

264
Le contexte de ce document est peut-être significatif : il est daté de la cinquième année du règne de Cambyse.
On sait, notamment par l’étude de Kristin Kleber dans [Kleber, 2013], que les premières années du règne de
Cambyse furent marquées par une forte inflation des prix des céréales dans la région d’Uruk, lisibles dans les
textes administratifs et les lettres produites par l’Eanna à ce moment. YOS VII 179 se situe un peu après le
moment le plus fort de cette « famine ». Les oblats de l’Eanna étaient particulièrement impliqués dans divers
travaux dans la région d’Uruk et ailleurs : de nombreuses lettres témoignent alors du manque de rations pour
les travailleurs, et des fuites de ceux-ci de ce fait. Les raisons de cette crise agricole ne nous sont pas connues,
mais elle eut des conséquences dans l’administration de l’Eanna. Il est possible qu’un tel texte témoigne d’une
attention plus ferme envers la gestion des récoltes à l’extérieur d’Uruk de la part du temple. Lors de cette crise,
l’Eanna s’est en effet retrouvé à puiser dans ses réserves pour nourrir les équipes de dépendants en
déplacement, jusqu’à ne plus pouvoir en fournir.
265
La question de la gestion du bétail par l’Eanna est encore très débattue. Les travaux récents de Michael Kozuh
témoignent des questionnements actuels qui ont lieu concernant les moyens à la disposition du temple pour la
gestion des ovins et bovins, élevés par des populations nomades et semi-nomades : [Kozuh, 2006, 2010, 2015].
Nous reviendrons sur l’implication des oblats dans ce système plus loin dans notre travail.
266
De même plus haut en ce qui concerne le texte YOS VII 152, où Ištar-zêr-ibni jure par Cambyse. Mais les
intérêts de la royauté sont moins perceptibles, alors qu’il semblerait que la royauté s’implique dans le domaine
pastoral pour ce qui concerne l’Eanna ; voir par exemple [Kozuh, 2006 : 261‑270] sur les intérêts de la royauté,
tant néo-babylonienne qu’achéménide, dans les troupeaux du temple.

113
Ces quelques textes nous montrent des oblats en tant que personnes juridiques, comme
acteurs qui assument une responsabilité lors d’un procès ou prêtant serment afin d’affirmer cette
responsabilité juridique. Nous ne disposons pas de beaucoup plus de sources à ce sujet. Il faut ainsi
remarquer que les oblats témoignent dans des affaires qui concernent les biens de l’Eanna et ont
souvent un lien avec ces derniers. Cela montre bien le lien institutionnel entre oblats et temple qui
se retrouve dès lors dans nos sources juridiques. L’Eanna dispose des moyens juridiques pour agir
lui-même contre les délits d’atteinte à sa propriété, de sa propre juridiction. Il peut aussi mobiliser
des témoins d’autant plus facilement qu’ils sont dépendants envers le temple. On perçoit dès lors
une certaine forme de contrôle opéré au sein du temple, notamment en ce qui concerne les
domaines économiques où son administration est la plus relâchée ou repose sur des intermédiaires.
De même, le temple fait attention à bien enregistrer la responsabilité juridique de certains de ses
dépendants lorsque ceux-ci sont en déplacement pour accomplir une tâche précise. Ils entrent dans
le cadre d’une gestion administrative, sous la forme de serments pour s’assurer de son bon
fonctionnement ; il est possible que nous ne disposions que de quelques exemples d’une pratique
écrite plus vaste.

Il nous faut maintenant analyser les sources juridiques concernant des oblats comme parties
d’un procès. Aucune parmi les procédures que nous allons étudier n’est à l’initiative d’un oblat. La
mise en cause d’oblats lors de procès reflète assez bien l’une des obsessions majeures du temple
concernant sa population dépendante, s’il est possible de tirer telle conclusion d’une documentation
assez faible en quantité : la fuite des travailleurs. Cela indique comment l’Eanna pouvait percevoir
ses oblats et ainsi donner une idée de leur statut juridique au sein de cette institution.
En effet, plusieurs textes sont concernés par la fuite d’un oblat. Certains sont rédigés après
que l’oblat a été rattrapé, ce qui présente les conséquences de cette fuite et quelle décision le temple
prend dans ce cas. C’est le cas avec BM 114671267 (Camb. 2, 07 / II, Uruk, Eanna) : Ša-Ištar-lišlim
s’est enfui de son poste de garde, situé sur l’une des rives du Tigre. Il a été rattrapé et n’a pas payé
une compensation à la hauteur du travail perdu pour le temple. Il est alors amené devant l’assemblée
du temple et déclare devant Nabû-ahhê-iddin, l’officier royal chargé de l’Eanna : « Si je m’enfuis de
nouveau par la route (kî harrânu šanitu ahteliq), je recevrai (une marque) sur le côté droit du nez et le
côté droit des oreilles […] » (lignes 6 à 11). Nous percevons ainsi comment est traité un oblat
fugitif : le temple attend de lui un remboursement (mulê) du travail qu’il devait accomplir. Il reçoit
un dernier avertissement avant d’être puni en étant marqué sur son corps, possiblement
douloureuse et visible, ce qui permet à quiconque de savoir qu’il est réputé comme fugitif. Le

267
[Kleber, 2012 : 221‑223]

114
temple dispose de ses dépendants et peut restreindre leurs déplacements ; il dispose aussi d’un
pouvoir juridique sur eux, pouvant les marquer si cela est nécessaire.
YOS VII 088 (Cyr. 5, 21 / [x], Uruk, Eanna) rassemble des témoignages contre un oblat
fugitif nommé Basiya devant l’assemblée du temple. Trois personnes, Ana-Eanna-turru, portier de
l’entrepôt du roi, Rîmût, portier à la porte Šulmu (la Porte du Salut) d’Uruk, et Lâ-qîpu, artisan du
roseau, expliquent ainsi devant les officiers de l’Eanna comment Basiya s’est enfui depuis l’entrepôt
du roi. Ils tentèrent de le rattraper, mais il les agressa à l’aide d’un poignard en fer. Ensuite, ils
purent le rattraper près de la porte Šulmu de la ville. Le poignard est ensuite montré devant
l’assemblée, attaché, scéllé puis déposé dans le temple. Aucune décision n’est prise par les officiers
du temple concernant Basiya : notons qu’il s’agissait d’un oblat enfermé dans un entrepôt du roi268.
Il a visiblement déjà été incriminé pour des faits qui ne nous sont pas connus, et sous juridiction
royale. C’est peut-être à cause de cela que le temple ne prend pas de décision, ne souhaitant pas
empiéter sur le pouvoir royal au sujet d’un de ces oblats. La procédure juridique enregistre toutefois
les actes violents réalisés par un dépendant du temple et met sous scellés les preuves liés à cette
agression, peut-être en vue d’une procédure future.
Un texte donne des indications concernant les mesures mises en œuvre par le temple pour
récupérer des oblats en fuite. YOS VII 044 (15 / VII / Cyr. 5, Uruk, Eanna) est une injonction
faite à Guzanu, fils de Nabû-dânu, de ramener l’oblat Šamaš-nadin-šumi, fils d’Eribšu. Guzanu a
apparemment aidé l’oblat à s’enfuir : il l’a emmené de chez un certain Širikti-Kusu. Au cas où
Guzanu ne ramène pas l’oblat, il doit payer une compensation (mandattu) en fonction des jours où
il a été à sa disposition. La plupart des mentions d’oblats enfuis, en-dehors de ces quelques textes,
se retrouvent dans les lettres d’officiers du temple à l’administration. Il y a un enregistrement
juridique de ces oblats enfuis lorsqu’ils sont rattrapés, ou lorsqu’une personne, de statut libre, est
responsable de cette fuite.
D’autres cas où l’on retrouve des oblats comme parties juridiques concernent des délits,
notamment des vols. Nous avons déjà mentionné YOS VII 152, où Ištar-zêr-ibni est mis en cause
pour avoir volé des biens de dépendants et les avoir laissés s’échapper. On retrouve une autre
condamnation du même oblat dans YOS VII 146269 (Camb. 3, 22 / X, Uruk, Eanna) : il était chargé
de bovins royaux pour le compte de l’Eanna, mais ceux-ci se sont échappés et Ištar-zêr-ibni s’est
lui-même enfui à la suite de cela. Le temple lui reproche aussi d’avoir détenu Anû-šar-uṣur, un
berger de l’Eanna lui aussi mis en cause dans ce texte, car fugitif, et de lui avoir soutiré de l’argent

268
Nous aurons l’occasion de traiter en détail de la question de l’enfermement des oblats par le temple avec
l’étude des textes concernant le bît kîli, la prison du temple, que l’on retrouve pour l’Ebabbar et l’Eanna.
269
La tablette fut rédigée le même jour que YOS VII 152, ce qui témoigne du règlement des affaires qui
concernent le même oblat.

115
puis de l’avoir laissé partir plutôt que de le ramener auprès du temple. De même, nous avons cité
YOS VII 128, où Bêlšunu, oblat d’Ištar, est accusé du vol d’une brebis et de l’agression du gardien
de cet animal.
On retrouve un cas de vol avec violence dans le texte YOS VI 108 (Nbn. 15, 22 / IX,
Uruk). Il ne s’agit pas à proprement parler d’un procès, mais d’un document établissant des faits
pour lesquels un certain Baniya, fils d’Iddin-Nabû, descendant de Kidin-Marduk, doit fournir des
témoignages. Six oblats ont résidé chez lui, pour des raisons peu claires. Ces dépendants ont aidé
Ibni-Ištar, un autre oblat d’Ištar, à pénétrer dans la maison. Ibni-Ištar est alors accusé d’avoir volé
des biens, tuant deux animaux au passage. Il est précisé que si Baniya ne produit pas de témoins, il
doit recevoir le châtiment du roi : dès lors, il semble incriminé ici. En effet, il dispose d’oblats chez
lui sans que les raisons de leur présence ne soient expliquées. Il s’est peut-être approprié ces oblats
pour ses propres besoins, à l’insu du temple. Le document peut être alors le résultat d’un accord
entre l’Eanna et Baniya, qui accepte de reconnaître ces faits plutôt que de subir un procès où il
pourrait être condamné à une peine. Dans tous les cas, un oblat est ici accusé de vol par effraction
et de meurtres d’animaux270.
L’étude de cette documentation nous permet de voir que lorsque les oblats apparaissent
dans les sources judiciaires, que ce soit comme témoins, accusés, très rarement victimes, c’est que
les intérêts du temple sont en jeu. Tout comme pour l’esclavage privé, où il n’est pas rare que les
intérêts du maître soient en cause dans les procès concernant des esclaves, le lien avec le « maître »,
ici l’institution du temple, est primordial pour comprendre pourquoi les oblats apparaissent dans
ces procès. L’oblat n’apparaît pas dans ces sources comme acteur indépendant, mais parce qu’il a
été convoqué, arrêté car criminel, rattrapé dans sa fuite. Il témoigne pour s’assurer de la
préservation des biens de l’institution dont il est le dépendant. L’autonomie juridique de l’oblat est
fortement limitée, telle que cette documentation semble le montrer.

Conclusion

Nous avons, par cette première approche de la dépendance institutionnelle, analysé ses
origines historiques et donné quelques pistes concernant le statut juridique et social des oblats dans

270
Nous aurons l’occasion de revenir plus en détail sur cette affaire dans notre troisième partie. Cette accusation
peut être collective, comme le montre AnOr VIII 021 (Nbn. 14, 17 / V, Uruk), la déclaration d’un esclave de Rimût-
Bêl nommé Isinnaya énoncant toutes les personnes qui, avec lui, ont commis un vol. Parmi de nombreux noms,
celui de Lâbaši, oblat boulanger, apparaît – il est possible que d’autres voleurs soient eux ici oblats. Il faut
consulter le texte JCS 28 n°39 pour savoir ce qui a pu être volé : plusieurs des noms y réapparaissent, déclarant
être entrés dans la maison de Balâṭu, fils d’Innin-šum-ereš, pour y voler de la viande.

116
la société babylonienne. La question de la šušanûtu demeure encore problématique, mais nous
aurons l’occasion d’y revenir plus loin.
La documentation que nous avons ici utilisée n’est pas suffisante pour déterminer avec
précision la place de ces dépendants dans l’économie des temples et, plus largement, l’utilisation de
leur force de travail par les institutions religieuses ou royales. Elle permet toutefois de montrer
comment les temples obtenaient des oblats : donations collectives de la part du pouvoir royal aux
temples, ou individuelles du fait de particuliers. Le gros de la population dépendante devait être
issue de la transmission filiale du statut d’oblat des parents aux enfants, fait social qui n’avait pas
besoin d’être explicité dans les sources. Le rôle social du temple dans la société babylonienne,
comme lieu d’accueil d’enfants abandonnés ou de personnes âgées, se vérifie plusieurs fois ; pour
ce qui concerne les enfants, il est possible qu’ils deviennent dépendants et que se maintienne une
relation particulière entre l’institution et ces individus, matérialisée par le travail de ces derniers
pour le temple.
Au-delà de la question des origines de la dépendance institutionnelle, nous avons essayé
d’analyser le statut juridique des oblats, grâce aux sources judiciaires et à l’apparition d’oblats
comme acteurs juridiques dans des procès. Cette documentation est limitée et montre un lien
constant entre l’apparition d’un oblat comme partie dans une affaire et les intérêts du temple.
Apparaissent ainsi des problèmes concernant la gestion des donations à l’Eanna d’esclaves pour
devenir oblats : plusieurs procédures eurent lieu, à l’initiative du temple, pour récupérer des esclaves
qui lui étaient dûs et qui furent, de manière frauduleuse, accaparés par des particuliers.
Le décalage temporel entre l’appropriation illégale et l’engagement d’une action judiciaire
par le temple peut indiquer un dysfonctionnement administratif, mais le faible nombre de cas en
rapport avec ce qui devait constituer l’ensemble de la population dépendante rattachée au temple
tend aussi à relativiser cette analyse. Le temple est, en tout cas, attaché au recouvrement de ces
dépendants, tandis que la question de la fuite des oblats depuis le lieu de travail apparaît déjà comme
un problème, sur lequel nous reviendrons bien plus en détail dans notre étude.
Une autre forme de mobilisation par la royauté néo-babylonienne d’une population pour
utiliser sa force de travail sur les terres agricoles babyloniennes existait. Il s’agit des populations
déportées, issues de Syrie et de Palestine, amenées en Babylonie suite aux campagnes militaires de
Nabopolassar et Nabuchodonosor II. Elles sont de mieux en mieux documentées et leur statut
(juridique, socio-économique) pose problème. Ce sont ces déportés que nous allons présenter
désormais.

117
La déportation : origines et statut des déportés dans la société
babylonienne

Histoire des déportations à l’époque néo-babylonienne

Si les origines historiques de l’esclavage privé et des statuts de dépendance au sein des
temples demeurent encore hypothétiques, l’histoire des déportations des communautés judéennes
et ouest-sémitiques est, quant à elle, bien mieux connue, notamment du fait de leur importance
dans le récit de l’Ancien Testament.
Nous ne reviendrons pas ici sur l’histoire précise des campagnes néo-babyloniennes en
ancienne Assyrie ni en Palestine, ni du contexte plus général de leur inscription dans des stratégies
impériales qui remontent à l’empire assyrien. Cette histoire a été très bien écrite par Mario Liverani
dans La Bible et l’invention de l’histoire, confrontant archéologie et sources écrites 271 . Rappelons
toutefois quelques points utiles à notre propos.
De premières déportations depuis la Palestine ont lieu sous l’empire néo-assyrien. Elles
s’inscrivent alors dans la stratégie typique de ce dernier lui permettant de dissocier les populations
locales de leurs classes dirigeantes, afin d’empêcher toute révolte future contre le pouvoir impérial.
Il s’agit de déportations croisées, c’est-à-dire qu’une population déplacée est remplacée par celle
d’une autre région272. C’est Tiglath-phalazar III (règnant de – 744 à – 727) qui déclenche une
politique d’annexions des territoires de la Syrie, puis de la Palestine. Une vassalisation d’une partie
du royaume d’Israël a lieu, sous le règne du roi Osée, le reste étant incorporé à l’empire assyrien.
Ainsi, une première déportation a lieu, les inscriptions de Tiglath-phalazar donnant un total de
13 520 personnes déportées273. Salmanazar V (– 727 à – 722), avant de mourir, annexe le reste du
territoire d’Israël en destituant Osée ; selon le récit de son demi-frère Sargon II (– 722 à – 705), il
déporta alors 27 290 personnes de Samarie274.
Ces déportations ont pour logique d’asservir une population dont les dirigeants ont pu se
rebeller face à l’autorité d’Aššur, mais intègrent aussi une volonté de reconstruction des territoires
ainsi bouleversés sous direction assyrienne. Elles concernent des gens d’origine sociale différente :
cour royale et dirigeants, mais aussi population rurale et surtout travailleurs disposant de savoirs-
faire, utiles pour le pouvoir assyrien. Malheureusement, ces populations sont difficilement
discernables dans les sources de la pratique d’époque néo-assyrienne.

271
[Liverani, 2010 : 199‑272].
272
[Liverani, 2010 : 204‑209].
273
[Tadmor et al., 2011 : 82‑83].
274
Pour une étude des déportations à l’époque néo-assyrienne et ce que l’on peut percevoir de la vie des
déportés, voir [Oded, 1979].

118
Après la victoire contre l’empire néo-assyrien de la nouvelle dynastie néo-babylonienne en
– 616, et les conquêtes successives des capitales assyriennes (Aššur en – 614, Ninive en – 612, puis
Harran en – 610), l’empire néo-babylonien part à la conquête des territoires syro-palestiniens.
L’Egypte sous le règne de Nékao II s’était emparée de certaines de ces régions : ceci conduit à deux
batailles entre elle et la Babylonie de Nabopolassar, à Karkémish et à Hamat en – 609. Ces victoires
babyloniennes débouchent sur une série de campagnes en Syrie-Palestine, amenant à des stratégies
de vassalisation puis d’annexion des entités politiques qui y sont présentes sous le règne de
Nabuchodonosor II. En – 597 se conclut le premier siège de Jérusalem, et la royauté judéenne se
soumet pour neuf ans comme vassal de la Babylonie. Après une tentative de révolte du roi Sédécias
de Juda, accompagnée d’une alliance entre lui et l’Egypte, un deuxième siège de Jérusalem a lieu
pour se conclure en – 586 par l’annexion totale de la région sous contrôle babylonien275.
Suite à ces campagnes en Syrie-Palestine ont lieu plusieurs déportations, si l’on en croit le
texte biblique : en tout, après trois déportations en – 598, – 587 et – 582, 4600 personnes auraient
été déportées depuis le royaume de Juda276. D’autres chiffres donnent 10 000 notables déportés,
ou 7000 notables et 1000 artisans277. Les chiffres donnés par l’Ancien Testament indiquent ainsi
une focalisation du pouvoir néo-babylonien sur les classes dirigeantes et les trava illeurs
spécialisés de Jérusalem. Ces déportations n’ont pas le même but que celles opérées sous l’empire
néo-assyrien. Tout d’abord, elles ne sont pas croisées : aucune population n’est conduite en
Palestine pour remplacer les déportés.
On perçoit ainsi un abandon du territoire nouvellement conquis, pour le laisser à son sort.
Cet abandon se vérifie du point de vue de l’archéologie, en ce qui concerne les espaces urbanisés.
Peu de sources épigraphiques, de traces d’artisanat, ou de constructions importantes. Des
populations se maintiennent toutefois dans les espaces ruraux du nord du royaume de Juda ainsi
que dans la région de Benjamin. La Palestine, devenue province babylonienne, n’est pas
entièrement dépeuplée : elle se maintient et évolue comme espace rural particulier, jusqu’au retour
d’une partie des déportés à l’époque perse 278 . Elle voit toutefois son paysage culturel et sa
composition sociale assez largement modifiés : la croissance démographique et urbaine de Juda
(centré autour de Jérusalem) est arrêtée, pour laisser plus d’importance à d’autres centres urbains
et aux terroirs ruraux.
Ces déportations, a priori limitées en termes numériques, servent à l’empire néo-babylonien
au repeuplement de régions de Babylonie auparavant dévastées du fait des conflits successifs avec

275
[Liverani, 2010 : 254‑266].
276
Selon les chiffres de Jérémie 52, 28 – 30.
277
Rois II 24, 14 – 16.
278
[Lipschits, 2015], réévaluant quelque peu le portrait de la région fait par [Liverani, 2010 : 267].

119
l’Assyrie. Des sources contemporaines permettent de documenter la présence de populations
judéennes et ouest-sémitiques en Babylonie : que ce soit par l’onomastique, notamment dans
l’archive des Murašû279, par des archives produites par les communautés de déportés (Neirab280,
Al-Yâhudu 281 ), par la présence plus générale des Judéens à différents niveaux de la société
babylonienne 282 . Après la conquête de la Babylonie par l’empire achéménide, les populations
judéennes ont été libérées de leur joug par un édit de Cyrus II, leur permettant le retour en Palestine.
Le livre d’Ezra mentionne cette déclaration de l’empereur perse, autorisant les Judéens à revenir à
Jérusalem pour y reconstruire le temple de Yahvé, détruit par Nabuchodonosor II. De même, Cyrus
restitue au culte de Yahvé les biens du temple volés par la dynastie chaldéenne. La pénitence divine
du peuple judéen, symbolisée par la défaite et l’exil, trouve ainsi sa conclusion283.
Ce récit est contredit par le maintien de populations d’origine judéenne et ouest-sémitique
sur le territoire babylonien au cours de l’époque achéménide, comme l’attestent les archives de
Neirab et d’Al-Yâhûdu. Le retour d’une partie de ces populations vers leur territoire d’origine eut
bien lieu : l’archive de Neirab, en effet, fut retrouvée en Syrie mais rédigée en Babylonie – les
personnes documentées dans cette archive avaient pris avec elles leurs documents, attestant de leur
statut socio-économique important au sein de leur communauté, et ce afin de maintenir leur
prééminence politique après leur retour en Syrie 284 . Néanmoins, l’ensemble de la population
déportée ne choisit pas le retour, d’autant plus qu’aucune source, hors du texte biblique, n’atteste
de l’édit de libération de Cyrus.
Comment comprendre le statut des déportés en Babylonie et savoir s’il faut le considérer
comme une forme de dépendance ? La mobilisation de cette force de travail en Babylonie n’est pas
le fait des déportés, mais bien d’une impulsion lancée par la royauté néo-babylonienne elle-même.
Le déplacement de ces Judéens et personnes d’origine ouest-sémitique est forcé afin de servir des
objectifs politiques et économiques précis. Toutefois, la relation de dépendance entre ces déportés
et la royauté, telle que nous le verrons au cours de notre étude, est en soi assez lâche. La vie des
communautés de déportés n’est pas rythmée par les ordres de l’administration, qu’elle soit néo-
babylonienne et ensuite achéménide. La vie des communautés des déportés est assez autonome et
seulement quelques officiers royaux, en charge de la perception de taxes, sont présents dans nos

279
[Coogan, 1976 ; Stolper, 1985].
280
[Dhorme, 1928 ; Tolini, 2015].
281
[Joannès et Lemaire, 1999 ; Abraham, 2007, 2011 ; Wunsch et Pearce, 2014].
282
[Bloch, 2014].
283
Ezra 1, 1 – 4. Par la suite, Ezra liste celles et ceux retournés en Palestine : le total des déportés est de 42 360
personnes, auxquels s’ajoutent environ 8000 esclaves (Ezra 2).
284
[Tolini, 2015 : 91‑93].

120
sources. Le gros de l’activité agricole sert aux descendants des déportés eux-mêmes et à la vie
économique locale.
En effet, des officiers royaux sont présents dans l’archive d’Âl-Yâhûdu et maintiennent
une relation entre déportés et royauté. Face au récit biblique faisant de la déportation une punition
pour le peuple judéen et de la Babylonie une terre d’esclavage et de souffrance, la réévaluation des
réalités de la vie des déportés est désormais bien entamée. L’étude du statut de ces personnes
déplacées nous intéresse afin de montrer la diversité des situations sociales dans lesquelles se
retrouvèrent les déportés, à travers la vie de communautés rurales mais aussi les indices d’une
présence judéenne et ouest-sémitique dans les centres urbains, et ce depuis leur implantation en
Babylonie pour un travail forcé.
Nous n’aborderons pas, à ce niveau de notre étude, les aspects proprement économiques
(organisation du travail, mode de production, hiérarchies au sein des communautés) de la
déportation. Nous allons voir ce que l’on peut dire du statut social et juridique des déportés, de
leur vie dans la société babylonienne dans une perspective générale, ou de la présence de déportés
à différents niveaux de la société babylonienne. La documentation à ce sujet est assez faible, par
rapport à ce que les archives d’Âl-Yâhûdu ou de Neirab peuvent offrir. Mais elle donne à voir un
portrait de la vie des déportés assez diversifié et une adaptation à la société babylonienne.

Les déportés dans la société babylonienne

Comme nous l’avons dit, la présence de Judéens et de déportés d’origine ouest-sémitique


se vérifie bien après leur libération supposée par le pouvoir achéménide. Elle se perçoit aussi assez
tôt après leur déportation. Le premier document issu des archives d’Âl-Yâhudu date de l’an 33 de
Nabuchodonosor II, soit en calendrier grégorien – 572285. Il s’agit d’une obligation de livraison
d’un produit (le texte est cassé et ne permet pas de savoir ce dont il s’agit). Si les individus concernés
ne semblent pas être judéens, deux témoins peuvent l’être (Ṭâb-šalam, fils d’Ahu-abî et Azar-Yâma,
fils de Yâhû-kullu) et le document est rédigé à « âl ša Yâhûdaya », la « Ville des Judéens », qui devient
par la suite Âl-Yâhûdu.
On se situe ainsi, chronologiquement, vingt-cinq ans après la première vague de
déportations, dix ans après la dernière. L’installation des déportés s’est donc faite relativement tôt
et dans des endroits précis. La relative rapidité de l’apparition d’un tel toponyme pourrait indiquer
une « ville nouvelle », un lieu auparavant non habité crée pour l’occasion plutôt que la réutilisation

285
CUSAS XXVIII 001.

121
de structures abandonnées ; sans données archéologiques, il est toutefois difficile d’affirmer cela
avec certitude. Deux autres toponymes sont connus dans les archives éditées par L. Pearce et C.
Wunsch : Bît-Našar / Âlu-ša-Našar, et Bît-Abî-râm. Ces lieux pourraient s’être situés près de
Nippur, dans un triangle topographique dont les trois côtés auraient été Nippur, Kiš et Karkara :
quelques toponymes sont communs à l’archive des Murašû et à celles d’Âl-Yâhûdu, des structures
d’exploitation de la terre se retrouvent dans les deux archives. De plus, ce sont les deux principales
archives identifiant des personnes d’origine judéenne et ouest-sémitique en Babylonie. Tout ceci
permet de proposer cette localisation286. Ces populations s’inscrivent ainsi dans le système de terres
de service présent à Nippur, débuté sous l’empire néo-babylonien et développé sous les
Achéménides287.
La dernière attestation, pour la période qui nous intéresse, de Judéens dans les archives
d’Âl-Yâhûdu date de l’an 9 de Xerxès, soit en – 477288. Les archives des Murašû trouvent leur
conclusion sous le règne d’Artaxerxès III (– 358 à – 338), mais documentent des Judéens surtout
comme témoins ou comme débiteurs des Murašû. Dans les archives d’Âl-Yâhûdu, les personnes
d’origine judéenne ou ouest-sémitique sont de véritables acteurs des transactions et affaires
documentées. Dans tous les cas, la présence de Judéens est attestée bien après le retour de l’exil qui
aurait eu lieu suite au décret de Cyrus au moment de la conquête de Babylonie en – 539. Une partie
de la population déportée a pu retourner en Palestine, tandis que nombreux furent ceux restant en
Babylonie.
Le contexte d’installation des déportés serait donc avant tout rural, dans le sud de la
Mésopotamie, dans une région qui fut particulièrement importante dans les divers conflits entre la
Babylonie et le pouvoir impérial assyrien au cours des siècles précédents. Des déportés sont
toutefois visibles en contexte urbain, même si les sources à ce sujet sont assez limitées. C’est le cas
à Sippar avec l’archive de la famille Arih289, que nous allons présenter sous peu.
Il est possible que des Judéens soient des résidents de la ville de Babylone : le texte que
nous avons déjà mentionné, Abraham 2007 / CUSAS XXVIII 045 (Dar. 16, 07 / VII, Babylone),
présente une division d’une partie d’héritage parmi les fils d’Ahîqam (vivant à Âl-Yâhûdu) rédigée

286
[Pearce, 2016 : 235‑236].
287
Nous reviendrons plus loin sur cet ancrage des populations déportées dans ce système d’exploitation agricole
et les structures, présentes dans nos sources, qui l’encadrent. Pour une étude de la famille des Murâšû et de leur
implication dans l’agriculture de la région de Nippur, où des Judéens et autres personnes déportées furent
identifiés, voir [Cardascia, 1951 ; Stolper, 1985]. Notons aussi le portrait de la région fait par [Adams,
1981 : 185‑190] qui perçoit un investissement particulier du pouvoir royal, néo-babylonien comme achéménide,
dans l’hinterland de Nippur.
288
CUSAS XXVIII 053.
289
[Bloch, 2014] édite les textes de cette archive et propose une analyse avant tout intéressée par la question
de l’identité des déportés et la disparition des noms yahwistiques à mesure que le temps passe et suite à l’union
matrimoniale de certains membres de cette famille avec des Babyloniens.

122
à Babylone, présente plusieurs témoins d’origine ouest-sémitique ou judéenne : Qada-Yâma, fils
d’Amuš-Yama, Kakka, fils de Yâhad-il, Barik-Yama, fils de Banâ-Yama, Hanan-Yâma, fils de Yâhu-
kullu, et Zakar-Yama, fils de Šilim-Yâma. Les enfants d’Ahîqam doivent se déplacer à Babylone
pour régler cette affaire, concernant un débit de boissons géré depuis Âl-Yâhûdu par leur père et
le partage de ses revenus suite à son décès. Deux esclaves, des jarres et du matériel sont ainsi divisés
entre les frères, indices de la gestion d’un « cabaret »290. Soit amènent-ils des proches avec eux pour
témoigner de la rédaction de la tablette, soit des descendants de déportés vivant à Babylone sont
présents à ce moment-là.
Il est difficile de trancher à ce sujet et les deux possibilités ont leurs mérites : il est logique
que des proches fassent le trajet pour attester d’une transaction ayant lieu à Babylone, néanmoins
ces personnes sont seulement attestées dans ce document. Dans tous les cas, des Judéens, parmi
les plus aisés de leur communauté rurale, ont développé des intérêts économiques au-delà de leur
région d’implantation, ce qui indique que leurs communautés ne sont pas en vase clos et
maintiennent des relations avec la capitale babylonienne. Cette division d’héritage est rédigée près
de deux siècles après les déportations néo-babyloniennes et trente-cinq ans après le début de la
domination achéménide en Babylonie : la situation des descendants des déportés a évolué entre
temps.
A tout cela, nous pouvons ajouter les listes de rations retrouvées dans le palais royal
documentant des officiers et des membres de la cour royale judéenne déportée en Babylonie291.
Ainsi, le roi de Juda Jehoiachin et cinq de ses fils y sont documentés et reçoivent des rations d’huile
de la part de l’administration royale. Ces documents permettent ainsi de proposer une distinction
sociale entre déportés, des destins différents selon la situation sociale des déportés à l’origine en
Judée. Les membres de la cour royale judéenne se retrouvèrent à Babylone, à proximité de la
royauté babylonienne et séparée du gros de la population déportée. On peut sans doute y voir une
volonté d’empêcher toute communication entre les dirigeants du royaume de Juda et une
population judéenne d’origine plus modeste (quoique le texte biblique, si l’on peut s’y fier, indique
plutôt que la masse des déportés était constituée de notables et d’artisans, donc des personnes a
priori assez aisées ou en tout cas disposant de certains savoirs-faire).
La plupart des déportés a pu ainsi se retrouver dans un contexte rural, bien que non éloigné
de centres urbains importants (Nippur). Pour l’exploitation agricole de ces territoires, le pouvoir

290
Un exemple célèbre de ce type d’établissement pour notre période est celui géré par l’esclave fIshunnatu à
Babylone, dans lequel des membres de la famille des Egibi de Babylone avaient investi. Nous aurons l’occasion
de revenir sur ce cabaret, repéré tout d’abord dans [Joannès, 1992a, 1992b], puis présenté en détail par [Tolini,
2013] dans le cadre du projet Rôle Economique des Femmes en Mésopotamie Ancienne (REFEMA).
291
[Weidner, 1939]

123
babylonien a besoin de personnes capables de travailler la terre, même si l’exploitation agricole
babylonienne devait différer des cultures de Palestine. Dans les archives d’Âl-Yâhûdu, comme pour
celles de Neirab, ce sont les personnes les plus aisées qui sont les mieux documentées : elles sont
les actrices principales de ces archives. Une partie moins connue de cette population, ou en tout
cas en situation passive dans notre documentation, forme les travailleurs ruraux de ces territoires
nouvellement exploités.
Après ce rapide aperçu de l’histoire et de la composition sociale des déportés, que pouvons-
nous dire concernant leur statut juridique ? Dispose-t-on des mêmes sources qui nous permettent
d’analyser des déportés comme personnes et acteurs juridiques ? Malheureusement, la
documentation ne nous permet pas d’offrir le même portrait que nous avons pu faire pour les
esclaves privés et les oblats. Aucune source judiciaire (procès, injonctions produites par juridictions,
etc…) n’est disponible pour ce faire. Toutefois, les archives d’Âl-Yâhûdu et de Neirab ne diffèrent
pas dans leurs normes d’écriture (clauses juridiques, disposition des tablettes) du reste des textes
cunéiformes de la même période. Pour l’enregistrement d’héritages, de reconnaissances de dette,
de locations, de ventes, etc., pour tout ce qui constitue la documentation économique, les déportés
adoptèrent l’akkadien comme langue juridique, de la même manière qu’il était utilisé dans le reste
de la société babylonienne.
Pour déterminer le statut de ces déportés, la prise en compte de cette documentation de la
pratique est donc nécessaire, si possible dans différents contextes (urbain, rural). Le travail de ces
déportés est une forme de travail forcé : leur déplacement ne fut pas leur décision, leur installation
dans des régions particulières non plus. Celle-ci a été décidée par le pouvoir royal babylonien, qui
en avait besoin pour ses besoins agricoles et ses grands travaux de construction. Après cette
installation, l’encadrement de ce travail par l’administration royale est toutefois fort lâche, bien plus
que pour ce qui concerne les oblats des temples. Il s’agit plus ici de laisser les déportés exploiter
d’eux-mêmes les terres qu’ils se sont vus confier, et de ces activités économiques la royauté
ponctionne des taxes et ce qu’il lui faut de ressources. Nous aurons l’occasion de revenir en détail
sur ces questions.
La place des déportés à différents niveaux de la société babylonienne est toutefois
intéressante à mentionner à ce niveau de notre étude afin de faire apparaître des éléments
concernant leur statut. Tout d’abord, le cas de la famille Arih à ce sujet est très intéressant. Cette
archive est composée de six textes en tout, quatre du règne de Nabonide, deux de celui de Cyrus,
documentant deux générations de descendants de déportés, si l’on exclut la génération formée par
l’ancêtre Arih.

124
La première génération est composée des fils d’Arih : Basiya, Mardukâ, Ahu-Yâma et
Amuše. Ils sont probablement des fils de déportés et non des déportés eux-mêmes (ils auraient été
très jeunes à ce moment-là). Deux d’entre eux portent des noms babyloniens (Basiya et Mardukâ),
tandis que les deux autres des noms judéens (Ahu-Yâma, « Yahvé est un frère », et Amuše, venant
de l’hébreu Hoše’, « Sauvé »). La deuxième génération de cette archive est composée par les enfants
du mariage d’Amuše avec fGudaddaditu, elle aussi judéenne ou ouest-sémitique : fKaššaya, Bêl-
uballiṭ, Šamaš-iddin, Nabû-ittannu et Bêl-iddin. Tous ont des noms babyloniens, faisant référence
à des dieux babyloniens pour les fils. Leur fille fKaššaya a le même nom qu’une des filles de
Nabuchodonosor II, faisant référence à un des dieux des Kassites, Kaššu ; c’est là aussi un nom
tout à fait babylonien.
f
Kaššaya a été donnée en mariage à Guzânu, fils de Kiribtu, selon les contrats de mariage
édités par Y. Bloch292. Une famille judéenne se retrouve ainsi liée à une famille babylonienne de
Sippar. Cela témoigne d’une dynamique sociale qu’il faut analyser pour comprendre l’intégration
des déportés à la société urbaine babylonienne. Elle peut s’étudier à partir du statut social de certains
membres de cette famille et de leurs liens avec les institutions de la ville. En effet, Ahu-Yâma et
Basiya sont identifiés comme « marchands royaux ». Basiya l’est dans le texte BM 75434293, un prêt
d’une demi-mine d’argent de la part de Marduk, fils de Bêl-ipuš, à Basiya. Le créancier est connu
comme étant un officier du temple de Sippar, l’Ebabbar, chargé de la collecte des dîmes dûes au
temple294. Ahu-Yâma est quant à lui désigné comme marchand royal dans la liste des témoins des
contrats de mariage (BM 65149 et BM 68921295) de sa nièce.
Les liens entre la famille Arih et l’Ebabbar sont perceptibles dans les autres documents de
cette archive. Mardukâ reçoit ainsi de l’argent provenant du loyer d’une maison, qu’il est chargé de
convertir en or pour le compte du temple (BM 64820 296 ; les quantités précises sont
malheureusement cassées sur la tablette). Amuše doit accomplir la même tâche (BM 74411) pour
l’Ebabbar, ayant reçu 336 sicles d’argent et les ayant échangés pour 42 sicles d’or. Par ces quelques
exemples, nous pouvons voir que certains descendants d’Arih sont chargés de convertir une partie
des revenus du temple, une tâche importante pour l’obtention de l’or.
L’identification de Basiya et Ahu-Yâma comme « marchands royaux » indique peut-être les
liens commerciaux importants de cette famille dont la royauté, puis l’Ebabbar, tentent de profiter.
Il est possible que cette famille ait été, en Palestine, d’un niveau social plus aisé que le reste de la

292
[Bloch, 2014 : 142‑152]. Première identification de cette famille de Judéens par [Jursa, 2007b].
293
[Bloch, 2014 : 152‑153]
294
[Bongenaar, 1997 : 431‑432]
295
[Bloch, 2014 : 142‑152]
296
[Bloch, 2014 : 154‑156]

125
population grâce à leurs activités de commerçants. Cela demeure hypothétique (nous ne disposons
d’aucune source concernant les activités économiques passées d’Arih dans le royaume de Juda),
mais permettrait d’expliquer la présence dans un contexte urbain de déportés judéens, puis leurs
liens développés avec l’Ebabbar. Par la suite, le développement de ces liens avec la société urbaine
sippariote se concrétise avec le mariage de fKaššaya avec un membre d’une famille babylonienne.
Cette proximité avec la principale institution de Sippar, l’Ebabbar, et la royauté néo-
babylonienne, puis achéménide, pourrait aussi expliquer l’adoption de noms babyloniens par des
membres de cette famille, notamment par tous ceux de la deuxième génération. Si la première
génération conserve en partie des marqueurs culturels judéens, Amušê et fGudaddaditu, bien que
judéens, donnent à leurs enfants des noms babyloniens, dont des noms théophores et qui ne font
pas référence au dieu Yahvé. Par mimétisme social et culturel, du moins dans la présentation
adoptée dans l’enregistrement de procédures ou de transactions en akkadien cunéiforme, ils
adoptèrent des noms babyloniens. Cela ne dit rien sur les pratiques culturelles et religieuses de ces
descendants de déportés, et tirer des conclusions à ce sujet par la simple onomastique est hautement
spéculatif.
On retrouve d’autres « marchands royaux » d’origine judéenne ou ouest-sémitique dans la
liste de témoins des contrats de mariage de fKaššaya : Arad-Gula, fils de Šamri-Yâma, Niqûdu, fils
de Mušallammu, et Šamaš-apla-uṣur, fils de Rapê. Les deux derniers patronymes sont d’origine
hébreue (pour Mušallammu, qui correspond à Mešullam, « Sauvé, Racheté ») ou
hébreue / araméenne (Rapê, « Soigné »297). Cela pourrait confirmer cette idée d’une catégorie de
déportés installés à Sippar qui disposerait de relations commerciales, mises au service d’institutions.
Les sources disponibles ne nous permettent pas d’aller plus loin.
Deux cas de Judéens officiers royaux achéménides sont attestés dans des documents rédigés
à Suse : OECT X 152 et VS VI 155298. Le premier est un prêt d’argent conclu entre Babyloniens
lors d’un séjour dans la capitale royale achéménide. Les protagonistes sont issus des familles Ea-
eppeš-ili et Egibi, deux « dynasties » importantes de Babylone. Dans la liste des témoins de ce prêt
se trouve Yahû-šar-uṣur, fils de Šamaš-iddin. Les noms en [Nom de divinité]-šar-uṣur sont connus
comme étant réservés à ceux ayant une fonction d’officier royal299. Ici, la divinité représentée est le
dieu Yahvé, fait unique dans la documentation cunéiforme – d’autant plus étonant que son
patronyme est babylonien et fait référence au dieu Šamaš. Il est fort possible qu’on ait affaire ici à
un descendant de déporté dont le nom d’ancêtre, si nous le connaissions, serait culturellement
judéen.

297
[Bloch, 2014 : 133].
298
[Bloch, 2014 : 161‑167].
299
[Stamm, 1939 : 118, 315‑317].

126
Ce type de nom est en général adopté lors de la prise de fonction d’officier royal. On
retrouve une situation quelque peu similaire dans le second texte, aussi un prêt d’argent, entre
Iddin-Bêl, fils de Nûrea, descendant d’Ilîya, et Ša-Nabû-idûšu, un responsable des archers du bît
narkabti (« domaine de char ») de Nergal-naṣir, administrateur de l’Ezida de Borsippa. La
transaction se fait devant l’administrateur de l’Esagil de Babylone, Hašadaya, ce qui démontre une
certaine importance du prêt conclu. Dans la liste des témoins, Šabbataya, fils de Nabû-šar-bulliṭ est
présent. Il est le fils d’un officier royal, et son nom hébreu signifie « Né le septième jour »300. Nabû-
šar-bulliṭ peut donc être d’origine judéenne et aurait nommé son fils en référence à sa religion et
son identité culturelle. Nous ne savons pas si ces deux personnes, Yahû-šar-uṣur et Šabbataya,
résidaient à Suse ou se trouvaient en déplacement comme les protagonistes des prêts documentés,
et il est difficile d’en savoir plus sur leurs origines et leur statut socio-économique au-delà de cette
interprétation à partir de l’onomastique personnelle. Si ces origines judéennes supposées demeurent
spéculatives, il est intéressant de constater qu’il n’y avait aucune impossibilité pour un descendant
de déporté de recevoir une fonction d’officier royal.
Plus largement, les cas de la famille Arih et de ces deux individus et leurs pères démontrent
des possibilités sociales pour des déportés et leur descendance. Cela semble avoir été déterminé
avant tout par leurs origines sociales lors de leur vie en Palestine et de leur inscription dans un
contexte urbain plutôt que rural. Mais, d’un point de vue juridique, il n’y a aucune impossibilité
pour des Judéens de se marier avec des Babyloniens, de réaliser certaines transactions importantes
pour le temple ou assumer des fonctions administratives importantes. Ainsi, il ne semble pas qu’il
y ait eu de statut juridique particulier accordé aux déportés, quelle que soit leur origine : si leur
situation sociale et économique implique des limites (assez relatives) quant à leurs déplacements en
Babylonie ou à leurs possibilités économiques, celles-ci ne sont pas fixées par le droit et ne diffèrent
pas de celles des autres membres de la société babylonienne. Cela diffère notamment du portrait
fait par le prophète Ezekiel de la vie des Judéens en Babylonie.

Conclusion

Le cas des déportations se distingue sensiblement de l’esclavage privé et de la dépendance


institutionnelle. Au contraire de ces deux derniers phénomènes, nous connaissons l’histoire des
déportations au sein de l’empire néo-babylonien, les populations touchées par elles et, désormais,
nous pouvons analyser les réalités de l’existence des déportés judéens et ouest-sémitiques en

300
[Wunsch et Pearce, 2014 : 81].

127
Babylonie. Toutefois, nous ne disposons que de peu d’éléments qui, comme nous avons pu le faire
pour les esclaves et les oblats, nous permettraient de discuter du statut juridique des déportés. Pour
les sources dont nous disposons, notamment des archives de Neirab et d’Al-Yâhûdu, les scribes
reproduisaient les mêmes normes d’écriture et clauses juridiques lisibles dans l’ensemble de la
documentation cunéiforme de cette période. Quelques sources permettent de discerner des profils
sociaux différents de ceux que l’on pouvait discerner dans les communautés rurales de déportés :
des Judéens en milieu urbain pouvaient connaître une certaine ascension sociale, du fait de leur
fonction de commercant et d’accumulation de capital, au sein d’une ville comme Sippar. Des
Judéens ont pu aussi devenir officiers royaux. Mais il semblerait qu’il s’agisse d’avantage
d’exceptions par rapport à ce qui devait constituer le quotidien des déportés de Syrie et de
Palestine : la vie dans un milieu rural, discernable dans les archives précédemment mentionnées et
que nous étudierons plus loin dans notre travail.

Contestations des statuts d’esclavage, de dépendance, et


affranchissement

Nous avons présenté les origines et, autant que cela est possible, tenté de présenter le cadre
juridique des statuts d’esclavage et de dépendance et les possibilités d’action juridique disponibles
pour les personnes attachées à ces statuts. Il convient maintenant de présenter et d’analyser les
sources concernant les cas de contestation et d’affranchissement de ces liens d’esclavage et de
dépendance. La documentation éditée à ce sujet est très limitée et souvent problématique, ce qui
n’a pas empêché qu’elle soit assez commentée par des spécialistes d’histoire juridique, qui tentèrent
des analyses de ces plaintes et procédures afin d’en retirer une meilleure compréhension du droit
babylonien des personnes appliqué à cette période.

Procédures de contestation de statut

Sept textes peuvent être compris comme faisant part d’une contestation du statut d’un(e)
esclave. Ils émanent de trois juridictions : la cour de justice royale, l’Ebabbar de Sippar et l’Eanna
d’Uruk. Tous documentent des cas d’esclaves qui contestent ou voient contesté leur statut par un
tiers ; cette contestation a pour but de rattacher l’esclave (ou les esclaves) à un autre statut : celui
de mâr banî (personne libre) ou celui d’oblat du temple. Nous allons étudier ces tablettes en les

128
regroupant par juridiction, impliquant en effet des procédures juridiques assez différentes dans leur
forme et dans leurs conséquences.
Nbn. 1113 (Nbn. 10+, 17 / VIII, Bît-šar-Bâbili) est un procès à la cour de justice du roi
Nabonide :
(1 – 8)[Bariki-i]lî, l’esclave libéré (contre de) l’argent de fGagaya, fille de [Bêl-naṣir] qui, en l’an 35 de
Nabuchodonosor, fut transmis pour 28 sicles d’argent par Ahu-nûri, fils de Nabû-nadin-ahi, a à présent porté
plainte en ces termes : « Je suis un mar-bani retenu par Bêl-remanni, le tiers-charriste de Šamaš-mudammiq, fils de
Nabû-nadin-ahi, et fQudašu, fille d’Ahu-nûri. » Devant le sukkallu, les « Grands » et les juges de Nabonide, roi de
Babylone, ils ont discuté leur affaire et ont écouté leurs arguments. (8 – 14)Ils ont lu les contrats d’esclavage de
Bariki-ilî datant de Nbk. 35 jusqu’à Nbn. 7 ; il a été vendu, donné en gage, donné en dot à fNuptaya fille de
fGagaya et, plus tard, fNuptaya a scellé un document et a donné Bariki-ilî, avec une prébende, une maison, et des

esclaves à Zababa-iddin, son fils, et Iddinaya, son mari.


(15 - 26)Puis ils ont dit à Bariki-ilî en ces termes : « Tu as porté plainte en maintenant « Je suis un mar-bani ».

Montre-nous (le document concernant) ton statut de mar-bani. » Bariki-ilî répondit en ces termes à ceci : « J’ai
réussi à m’enfuir de la maison de mon maître deux fois et je n’ai pas été découvert pendant plusieurs jours. J’avais
peur et j’ai dit : « Je suis un mar-bani. ». Je n’ai pas le statut de mar-bani. Je suis un esclave qui fut libéré contre de
l’argent appartenant à fGagaya. Elle m’a donné à sa fille fNuptaya. Nuptaya m’a légalement transféré à son fils
Zababa-iddin et son mari Iddina. Après les morts de fGagaya et fNuptaya, j’ai été vendu à Itti-Marduk-balâṭu, fils
de Nabû-ahhê-iddin, descendant d’Egibi. Je suis un esclave. Je viendrai et chacun […] ». Le sukkallu, les
« Grands » et les juges ont entendu le témoignage et ont renvoyé Bariki-ilî à l’esclavage.
(26 – 30)En la présence de Šamaš-[mudammiq, fils de Nabû-nadin-ahi] et de fQudašu, fille d’Ahu-nûri, qui

avait donné (Bariki-ilî comme) dot. Amurru-šezib, le scribe […] Nergal-ah-ibni et Šum-ukin, les juges, [étaient
présents] à l’écriture de ce [document].(30 – 34)Scribe : Epeš-ili. Bît-šar-Babili, le 17 / VIII / Nbn. 10+, roi de
Babylone. Sceau du juge Nergal-ah-ibni, sceau du juge Šum-ukîn, sceau du kizu Kiribtu.

L’affaire se déroule, si l’on en croit la retranscription écrite de cette procédure, en deux


temps. Un esclave, Bariki-ilî, porte plainte en assurant être un mâr banî, une personne sans lien de
dépendance ou d’esclavage, et qu’il est retenu sans raison par un couple, Bêl-remanni et fQudašu.
Il s’est visiblement enfui de chez eux et a pu porter plainte en affirmant ne pas être un esclave. Son
cas est ensuite étudié par une juridicition composé d’un juge royal (sukkallu), d’autres juges (dayyânû)
de Nabonide et des « Grands », autres fonctionnaires attachés aux affaires judiciaires301. Ceux-ci
rassemblent les tablettes concernant Bariki-ilî, datant d’une période donnée302. Elles référençent ses

301
Il s’agit d’un terme générique, permettant peut-être au scribe d’économiser de la place sur la tablette afin de
pouvoir en donner d’avantage au récit de l’esclave et à la procédure proprement dite, voir [Sandowicz et
Tarasewicz, 2014 : 81].
302
Une partie de cette documentation nous est connue et confirme ce qui est présenté dans cette tablette :
Bariki-ilî fut vendu une première fois dans Nbk. 346 (Nbk. 38, 13 / IV) par fGagaya, son mari Pir’u et un cousin de
ce dernier, Zêriya. Il est précisé qu’ils garantissent auprès de l’acheteur que l’esclave ne doit pas s’enfuir ou
mourir pendant un an, ce qui indique qu’ils auraient assumé une compensation dans ce cas. L’esclave a dû tenter
de s’enfuir, car il est retrouvé en possession de fGagaya et son mari dans la tablette Nbk. 408 (Nbk. 42, 14 / XII,
Kiš) et servit d’hypothèque, en compagnie de sa mère Ahat-abišu, pour une dette de vingt sicles d’argent à la
charge de leurs maîtres. Enfin, BA II 017 (Nbn. 4, 10 / XII, lieu de rédaction inconnu) présente un transfert de
biens de la part de fGagaya à sa fille fNuptaya, que l’on retrouve dans Nbn. 1113. Cette dernière reçut de l’orge,
de la bière, une part de prébende et des esclaves, dont Bariki-ilî. Notons que dans le contrat de vente daté de

129
différents transferts : d’abord vendu, hypothéqué lors d’une dette, enfin transmis comme part de
dot de fNuptaya avec d’autres bien par sa maîtresse fGagaya. Enfin, fNuptaya transmet son esclave
à son mari Iddinaya et son fils Zababa-iddin. Après cet examen, les juges remettent en question les
propos de Bariki-ilî et lui demandent de prouver son statut de mar banî par un document (« mar
banûtka kullimannâšu » : « Montre-nous (le document concernant) ton statut de mar banî ! »)303. Il ne
peut le faire et avoue sa tentative de fuite depuis son maître auprès de la cour de justice royale. Ses
anciennes maîtresses sont toutes deux décédées, et le mari et le fils de fNuptaya décidérent de
vendre leur esclave à Itti-Marduk-balâṭû de la famille des Egibi de Babylone. Il reconnaît être un
esclave et son statut est confirmé par les juges de Nabonide.
La contestation du statut d’esclave, ici, n’est pas faite « de bonne foi », mais est une stratégie
adoptée par un esclave pour essayer de quitter son esclavage auprès d’Itti-Marduk-balâṭû, avec deux
tentatives de fuite. Le statut de mâr banî pour Bariki-ilî est envisagé comme une possibilité par les
juges, mais ils demandent une preuve pour cela. L’éventualité qu’il ait été affranchi est ainsi
rapidement évacuée pour réaffirmer son statut d’esclave, ce qui régle en même temps la question
de sa fuite depuis « la maison de son maître » (peut-être pas au sens littéral, mais depuis une
propriété d’Itti-Marduk-balâṭû à laquelle il était attaché). La remise en cause du statut de Bariki-ilî
ne pose ainsi pas vraiment question au sens juridique, étant donné qu’en l’absence de document
permettant de contester son propre esclavage, l’affaire ne peut pas aller plus loin.
Une affaire un peu plus complexe est lisible avec la tablette TCL XII 122304 (Nbn. 12, 21
/ X, Babylone), retranscrivant la déclaration d’un certain Bêl-remanni devant les juges du roi
Nabonide :

(1 - 20)Bêl-remanni, fils de Lâ[ba]ši-Marduk, descendant d’Ašgandu, a [fait la déclarati]on suivante aux


juges de Nabonide, roi de Babylone : « En l’an 8 de Nabonide, roi de Babylone, Nabû-šum-uk[în, fils] d’Ibnaya,
descendant de Šangu-Nanaya, a accordé un prêt de 140 sicles d’argent à A[rad-Gu]la, fils de Nabû-lê’i, descendant
de Bâ’iru, qui s’est déclaré avec sa femme fDamqaya comme débiteurs. Il a placé en gage fAna-Tašmetu-atkal, ses
enfants fAmtiya, fNanaia-bîtîšu et Zababa-iddin, leurs esclaves, ainsi que tout ce qu’il possède en ville et à la
campagne ; ils étaient garants l’un de l’autre et j’étais garant du paiement. Arad-Gula n’a pas remboursé l’argent.

l’an 38 de Nabuchodonosor II, Bariki-ilî fut vendu pour 20 sicles d’argent, un prix assez faible comparé à la
moyenne observée en Babylonie à cette époque. Il est fort possible qu’il ait eu une réputation de fugueur, ce qui
expliquerait ce prix minime, confirmée dans ce texte et qui aurait pu être la raison de son retour chez ses
premiers maîtres après sa vente. Notons aussi la possible origine ouest-sémitique de Bariki-ilî (voir [Wunsch et
Pearce, 2014 : 43].
303
Les juges s’attendent à une preuve écrite de son changement de statut, que l’esclave aurait conservé. Il est
rare qu’un esclave possède sa propre archive, mais cela arrive : voir notamment l’archive de Balâṭu, que nous
étudierons dans notre deuxième partie. S’il est effectivement devenu un affranchi, il aurait certainement
conservé sa tablette d’affranchissement, le document juridique le plus important pour lui.
304
[Moore, 1935 : 118‑121 ; Wunsch, 1997 : 84‑85 ; Testen, 1999 ; Holtz, 2009 : 70].

130
Lui et sa femme moururent, puis Nabû-šum-ukîn m’a amené devant vous, vous avez vu les contrats :
140 sicles d’argent, sans compter l’argent précédent que je lui ai donné, vous lui avez laissé avoir un droit (à
l’argent) à ma charge et vous me renvoyiez à la maison d’Arad-Gula. Cet argent, je l’ai payé à Nabû-šum-ukîn et
il m’a donné la reconnaissance de dette et un double de la tablette du jugement. Depuis, j’ai amené Nergal-uballiṭ,
l’héritier d’Arad-Gula, et Riminni-Ištar, la sœur de fDamqaya, épouse d’Arad-Gula, devant vous ; vous avez
examiné mes [con]trats et Nergal-uballiṭ et Riminni-Ištar [vous ont dit] ainsi : « Nous n’exercerons pas le droit à
l’héritage d’Arad-Gula […] selon la tablette d’Arad-Gula, les esclaves mis en gage sont ses [esc]laves, qu’il soit
ainsi satisfait », puis vous avez établi une tablette (à ce sujet). »
(21 - 31)Trois mines et cinquante sicles d’argent, de (dettes) anciennes et récentes […] [Arad-Gul]a et

Damqâya, son épouse, sur toutes leurs possessions […] depuis, cette tablette, fTašmetu-atkal et ses enfants
fAmtiya, fNanaia-ana-bîtîšu et Zababa-iddin, […] j’ai emporté et ils sont à ma disposition […] « […] la tablette de

mâr-banûtu est scellée […] j’amènerai les témoins et […] Nergal-uballiṭ [et Rîmût-Bêl, les enfants de Bêl]-nâṣir, le
neveu d’Arad-Gula […] ont amené et un serment sur les dieux et [le roi (ils ont juré ?) […] et ils ont dit ainsi : […]
(1’ – 3’) Les juges ont (entendu?) les témoins / le témoignage et […] [ils ont donné] à Bêl-remanni fAna-
Tašmetu-atkal, mère d’fAmtiya, et les esclaves […] Amtiya, selon ses contrats […].
(4’ – 22’) A la décision étaient présents les juges suivants : Nergal-ušallim, descendant de [Šig]ûa, Nergal-
bânûnu, descendant de Rab-banê, Nabû-ahhê-iddin, descendant d’Egibi, Nabû-šum-ukîn, descendant d’Iranni,
Bêl-ahhê-iddin, descendant de Nûr-Sîn, Bêl-eṭir, descendant de Sîn-tabni, Nabû-balâssu-iqbi, descendant
d’Amêlû. Scribe : Nâdin, descendant de Pahâru, Nabû-šum-iskun, descendant de R[ab-banê]. Babylone, le 21 /
X / Nbn. 12. Liste des sceaux.

L’affaire se résume ainsi : un couple, Arad-Gula et fDamqaya, a contracté un prêt de 140


sicles d’argent auprès de Nabû-šum-ukîn. Ce prêt n’a jamais été remboursé et les deux débiteurs
sont décédés, laissant Nabû-šum-ukîn sans argent. Toutefois, le couple avait mis en gage plusieurs
de ses esclaves, une mère et ses trois enfants, auprès de leur créancier ; Bêl-remanni était le garant
du remboursement de l’argent. Nabû-šum-ukîn est donc allé chercher Bêl-remanni afin de régler
l’affaire, ce qui fut fait. Il a remboursé Nabû-šum-ukîn de ses 140 sicles d’argent. L’affaire pouvait
en rester là, mais la question de l’héritage des esclaves demeure. Les héritiers auparavant déclarés
par le couple, Nergal-uballiṭ, petit-neveu d’Arad-Gula, et fRiminni-Ištar, sœur de fDamqaya, se
retractent alors de leur droit à l’héritage pour l’accorder à Bêl-remanni. Celui-ci se compose de trois
mines et cinquante sicles d’argent, ainsi que des esclaves mis en gage dans la dette auprès de Nabû-
šum-ukîn305.
Les lignes 21 à 3’ sont celles les plus utiles à notre propos, malheureusement ce sont aussi
les plus cassées et il est difficile de retracer entièrement ce qui y est dit, d’avantage encore d’en

305
Toute la documentation constituant ce dossier est rassemblée dans [Wunsch, 1997 : 68‑70] et éditée (textes
n°10 à n°19). Le mariage d’Arad-Gula et fDamqaya a lieu en l’an 28 du règne de Nabuchodonosor II, comme
l’indique Nbk. 359 (Nbk. 40, 22 / III, Kiš). Dans ce texte est également indiqué qu’ils n’ont pas d’enfants, ce qui
semble avoir toujours été le cas jusqu’à leur mort un peu avant TCL XII 122. Cela explique le problème de
l’héritage de leur patrimoine, accordé à un neveu d’Arad-Gula et à la sœur de fDamqaya. La reconnaissance de
dette de 140 sicles d’argent, où les esclaves en question sont mis en gage, constitue la tablette Nbn. 314 (Nbn.
8, 22 / XII, Babylone).

131
proposer une analyse pleinement assurée. Il semblerait que fTašmetu-atkal conteste son statut
d’esclave ainsi que celui de ses enfants après cette affaire. Il est mentionné une « tablette de mâr-
banûtu », ce qui implique un affranchissement de ces esclaves qui aurait eu lieu avant la mort d’Arad-
Gula et fDamqaya. Ces lignes cassées seraient consacrées à la procédure de vérification de la
documentation à ce sujet. Il en est conclu finalement que les esclaves demeurent la propriété de
Bêl-remanni.
Si cette compréhension de l’affaire demeure spéculative du fait de l’état de la tablette, des
tablettes datant d’avant et d’après ce procès nous permettent d’assurer cette analyse. Nbn. 626
(Nbn. 12, 01 / VII, Kiš) retranscrit l’affranchissement par fDamqaya de deux de ses esclaves, fŠala-
enqet (non mentionnée dans l’affaire précédente, ne faisant probablement pas partie de la famille
des esclaves mentionnés) et Zababa-iddin, le fils de fTašmetu-atkal. La mort de fDamqaya semble
avoir eu lieu seulement trois mois avant l’affaire, ce qui explique les circonstances de l’affaire. Si
tous les esclaves auparavant mis en gage ne sont pas affranchis, au moins l’un d’entre eux le fut.
La décision des juges de Nabonide d’accorder ces esclaves à Bêl-remanni est confirmée par
le contrat de vente d’esclave Nbn. 665 (Nbn. 12, 13 / XI, Kiš), rédigé environ trois semaines après
le procès. Bêl-remanni vendit fAmtiya, fille de fTašmetu-atkal, à Suqaya, fils de Balâssu, descendant
de Pahâru, pour soixante-dix sicles d’argent. De même, le renoncement par Nergal-uballiṭ et
f
Riminni-Ištar à leurs droits au patrimoine d’Arad-Gula et fDamqaya est retranscrit par Nbn. 668
(Nbn. 12, 26 / XI, Babylone), qui reprend très largement les termes utilisés dans TCL XII 122.
Les esclaves sont donc bien transmis à Bêl-remanni, et il se sépare au moins de l’une d’entre elles
très peu de temps après cette acquisition.
La contestation du statut d’esclave, au moins pour Zababa-iddin, semble avoir quelques
fondements juridiques et elle est ainsi étudiée lors de cette affaire. Celle-ci est en effet déclenchée
à cause de cela : toute la première partie de la tablette est un rappel des circonstances de ce nouveau
procès, où il est d’ailleurs bien indiqué que Nabû-šum-iškun amene Bêl-remanni devant les juges
pour le règlement de la dette de fDamqaya et Arad-Gula. On trouve la confirmation de cette
première procédure dans AfO 44 / 45 n°13 (Nbn. 12, 25 / IX, Babylone), où Bêl-remanni fait une
première déclaration devant les juges à l’initiative de Nabû-šum-iškun pour qu’il rembourse l’argent
que devait le couple. La contestation par fTašmetu-atkal, en mémoire d’un affranchissement qui
eut lieu au moins pour un de ses enfants en Nbn. 626, indique peut-être d’autres affranchissements
qui concernent les autres esclaves. Le caractère fragmentaire de la tablette ne nous permet pas de
dire si cette contestation concerne seulement Zababa-iddin ou tous les esclaves. Cela pose
néanmoins un problème juridique : si Zababa-iddin est affranchi, il ne peut être transmis comme
esclave à Bêl-remanni. Nbn. 626 a pu être consulté par les juges, ainsi que d’autres documents qui

132
attestent de ces affranchissements. Nous ne disposons pas de leur raisonnement derrière leur
décision : s’agit-il de ne pas séparer les enfants de leur mère, notamment les plus jeunes, et donc
l’affranchissement a-t-il été outrepassé par les juges ? La vente d’fAmtiya très peu de temps après
peut mettre en doute cette hypothèse, mais elle pouvait être plus âgée306…
Une autre affaire, plus tardive de quelques années, concerne un ancien esclave devenu oblat
qui conteste son statut devant les juges royaux. Il s’agit de la tablette A 32117 (Cyr. 9, 16 / IV,
Uruk)307 :

(1 – 12) Ištar-ab-uṣur, dédié à la Dame d’Uruk, a déclaré aux juges de Cyrus, roi de Babylone, roi des pays :
« En XII / Cyr. 0, roi de Babylone, roi des pays, Arrabi, fils de Šamaš-uballiṭ, et fInnin-eṭirat, son épouse, ont dit
en ces termes à Nergal-šum-ibni, fils de Marduka : « Donne ta sœur fInnin-eṭirat, fille de Marduka, en mariage à
Ištar-ab-uṣur, notre esclave ». En accord avec la demande d’Arrabi et d’fInnin-eṭirat, son épouse, Nergal-šum-
ibni me donna sa sœur fInnin-eṭirat en mariage.
(12 – 20) De plus, Arrabi et fInnin-eṭirat, son épouse, ont scellé une tablette de mon mâr-banûtu et y ont

écrit en ces termes : « Ištar-ab-usur et les enfants qu’Innin-eṭirat lui donneront sont des mâr-bânê dédiés à la Dame
d’Uruk ». En plus […] Arrabi et fInnin-eṭirat, son épouse […] ont écrit la tablette de mon mâr-banûtu avec la
malédiction d’Anu et de la Dame d’Uruk.
(20 – 28) Maintenant, en l’an 9 (de Cyrus), après qu’fInnin-etirat m’a donné trois enfants, fInnin-eṭirat,

l’épouse d’Arrabi, celle qui scella ma tablette de mâr-banûtu, après la mort de son mari, me vendit à Anu-ah-iddin,
fils de Ṣillaya, et il marqua ma main. Rendez un jugement contre fInnin-eṭirat ! »
(28 – 42) Les juges écoutèrent le témoignage, ils lurent la tablette de mâr-banûtu et convoquèrent fInnin-

eṭirat pour témoigner. Devant Nabû-mukîn-apli, le šatammu de l’Eanna, Nabû-ah-iddin, l’officier royal chargé de
l’Eanna, et Nâdin, le scribe de l’Eanna, elle a déclaré : « Mon mari Arrabi scella et donna à Ištar-ab-usur une
tablette concernant son statut de mâr-bani et que, selon cette tablette que nous avons scellée, lui et ses enfants
avec Innin-etirat seront des mâr-banê dédiés à la Dame d’Uruk. (Mais ensuite) Anu-ah-iddin me força, sans
l’autorité d’un officier ou d’un juge, à conclure un accord (afin de maintenir) dans l’esclavage Ištar-ab-usur, en
disant : « Je suis le créancier de ton mari ». »
(42 – 45) Les juges délibérèrent et (décidèrent qu’ils) n’altéreraient pas la tablette la donation d’Ištar-ab-usur

(à la Dame d’Uruk), ni ne contreviendraient à la malédiction des grands dieux, et confirmèrent Ištar-ab-usur et


ses enfants dans leur statut d’oblats dans une tablette.
(46 – 51) Cette tablette fut rédigée en la présence de : Bau-eriš, juge, […], Ile’i-Marduk, scribe, fils d’Epeš-

ilî, et de Bau-êriš, le scribe-sepîru, les […] de Gubâru, gouverneur de Babylone et de Transeuphratèene. Uruk, le
16 / IV de l’an 9 de Cyrus, roi de Babylone

Un ancien esclave, Ištar-ab-uṣur, est devenu oblat de l’Eanna suite à sa donation par ses
maîtres au temple qui s’accompagne de son mariage à une femme libre, fInnin-eṭirat, sœur de

306
Un indice concernant ces affranchissements se trouvait peut-être dans AfO 44 / 45 n°19, mais la tablette est
bien trop cassée (pas de date, ni de lieu de rédaction connus ; l’analyse du sceau par C. Wunsch fait dater le
document du règne de Nabonide). Il est mentionné le statut de mâr-banûtu et une déclaration y est faite, mais
trop peu d’éléments sont disponibles pour pouvoir pleinement analyser ce texte.
307
[Roth, 1989b], aussi éditée comme OIP CXXII 038 par David Weisberg, avec collations proposées par [Jursa,
2006]. L’édition de Weisberg a posé problème notamment concernant la ligne 45, où il lisait « ina [Link] pi-ir-
qú-ti-šú-nu uš-zi-zu », soit « ils réaffirmèrent l’affranchissement d’Ištar-ab-uṣur et ses enfants », ce qui met en
cause le statut leur statut d’oblat. La collation de M. Jursa donne bien « ina [Link] ši-ir-ku-ti-šú-nu », « dans une
tablette de statut d’oblat », en accord avec l’interprétation de M. Roth dans l’article cité.

133
Nergal-šum-ibni. Ses maîtres, pour accomplir cette donation, rédigent une tablette de mâr-banûtu,
une forme d’affranchissement qui supprime ses liens d’esclavage avec fInnin-eṭirat et Arrabi. Cet
« affranchissement » est nécessaire pour permettre la donation au temple, mais aussi pour que les
enfants d’Ištar-ab-uṣur et fInnin-eṭirat reçoivent un statut, celui d’oblats. Il s’agit d’une fiction
juridique qui ne donne pas un statut de « citoyen » ou « d’homme libre »308, mais qui permet au
transfert de statut d’être enregistré afin qu’aucune contestation ultèrieure de cette procédure ne
puisse avoir lieu, face au temple ou face aux anciens maîtres. C’est pourtant ce qui va se passer.
En effet, suite à la mort d’Arrabi, un ancien créancier, Anu-ah-iddin, réclame son dû, acte
courant suite au décès d’une personne lorsque des dettes n’ont pas été réglées (l’affaire précédente
en est un autre exemple). Dès lors, sa veuve, devant l’insistance d’Anû-ah-iddin, doit transférer son
esclave, sur lequel elle n’av pourtant plus aucun droit. fInnin-eṭirat reconnaît devant les juges que
son acte est illégal, mais elle ne pouvait pas faire autrement. Cet acte ne s’est fait devant aucune
juridiction, ce qui rendit la chose facile à contester pour Ištar-ab-uṣur, ce que l’on voit dans la
tablette. Il est intéressant de constater que cette procédure se fait tout d’abord devant les juges
royaux, non pas face à l’Eanna, mais ce dernier apparaît rapidement grâce aux juges et officiers
royaux qui décident de porter l’affaire au temple. Les limites entre la justice opérée par le pouvoir
achéménide et l’Eanna semblent ici peu claires, toutefois cela ne semble pas avoir amené à un
conflit entre les deux institutions, et les intérêts du temple sont rapidement repris en compte.
Après la plainte de l’oblat, les juges royaux examinent la documentation disponible et
notamment la tablette de mâr-banûtu qui a été rédigée par ses anciens maîtres. Suite au témoignage
d’fInnin-eṭirat et à la délibération, les juges confirment l’oblat ainsi que ses enfants dans leur statut
de dépendants du temple. Anu-ah-iddin n’a ainsi aucun droit sur l’ancien esclave – il n’est d’ailleurs
pas présent durant la procédure.
L’affaire ici présentée fut assez largement commentée dans une perspective d’histoire
juridique, percevant un paradoxe entre esclavage, mâr-banûtu et širkûtu. M. Roth, D. Weisberg, R.
Westbrook proposent des analyses différentes afin de discerner ce qui concernerait une forme
d’affranchissement et l’impossibilité de voir coexister plusieurs statuts personnels en même temps.
Mais comme pour les affaires précédentes, le droit personnel de l’ancien esclave, ses droits
supposés, sa liberté, n’ont ici pas lieu d’être. Une remise en cause de la dépendance envers le temple
eut lieu du fait d’une dette non payée (dont, malheureusement, nous ne disposons pas pour attester
de sa réalité), par un ancien créancier de la famille d’fInnin-eṭirat, survivante d’Arrabi. Nous avons

308
Ils sont maintenus sous une autorité le temps de la transition de leur statut : celle de leur ancien maître, puis
sont sous celle du temple lorsqu’ils deviennt oblats.

134
vu plusieurs affaires où le temple semble avoir « oublié » des donations qui lui sont dûes, peut-être
par dysfonctionnement administratif.
Il n’est pas impossible que la donation au temple implique un maintien d’Ištar-ab-uṣur
auprès de ses maîtres jusqu’à leur mort. Il est, de plus, marié et a eu des enfants. Aucun enfant n’est
attesté pour Arrabi et fInnin-eṭirat, qui ont pu être les héritiers de ces esclaves. Ces anciens maîtres,
sans descendance, ont pu décider, comme nous l’avons vu plus tôt dans d’autres cas, d’allouer Ištar-
ab-uṣur à l’Eanna. On s’assure, dans cette tablette hybride mêlant affranchissement et donation au
temple, du statut des enfants issus de l’union entre fInnin-eṭirat et Ištar-ab-usur. Le rôle social du
temple lié à l’accueil de personnes qui, du fait de leur statut ou de leur situation personnelle,
pourraient se retrouver en difficulté, notamment lorsque des enfants sont présents, serait en jeu ici.
Sans trace juridique de cette récupération par Anû-ah-iddin de l’esclave, il eut été difficile pour le
temple de repérer cet acte illégal. L’initiative de l’ancien esclave qui décide de porter cette affaire
devant une cour de justice royale amène, là encore, à un respect à Uruk des prérogatives et des
intérêts de l’Eanna, surtout en ce qui concerne l’accès et le maintien sur le long terme d’une main-
d’œuvre difficile à obtenir. Il nous paraît nécessaire de prendre en compte le point de vue des
institutions et de leurs pratiques, qui se perçoivent dans d’autres documents de même nature que
cette tablette, pour tenter de comprendre ce qui se passe dans cette affaire. Se vérifie ainsi de
nouveau la récupération légitime par l’Eanna de dépendants qui furent appropriés de manière
illégale.
Une autre affaire concerne le statut des enfants d’un couple esclave / personne « libre »,
lisible dans la tablette AfO 44 / 45 n°5 (Ngl. 0, 10 / VIII, Babylone) :
(1 – 7) [fLâ-t]ubâšinni,épouse de Dâgil-ilî, [et NP…] sont allés vers [Nabû-mu]kîn-apli, sukkallu, et les
juges de Ner[iglissar, roi de Babylone], et ont intenté une procédure judiciaire contre Bêl-ahhê-iddin, [fils d’Esagil-
šum-ibni, descendant de] Sîn-damaqu ; fLâ-tubâši[nni a fait la déclaration suivante : « Nabû]-êda-uṣur, Bêl-aha-
uṣur, Esagil-rêṣûa, [fKišrinni et fGi]milinni sont mes enfants, nés chez vous (Bêl-ahhê-iddin) depuis l’écriture [de
ma tablette de mâr-banûtu]. »
(7 – 12) Le sukkallu et les juges ont étudié leur affaire [et Bêl-ahhê-iddin a apporté] son document statuant

qu’alors que la tablette de mâr-banûtu de fLâ-t[ubâšinni] n’avait pas été écrite, Nabû-êda-uṣur, Bêl-aha-uṣur, Esagil-
[rêṣûa], fKišrinni et fGimilinni sont nés et un document […] [Nabû]-êda-uṣur et Bêl-aha-uṣur pour une
compensation et […], et l’a confiée au sukkallu et aux juges.
(13 – 23) [Esa]gil-šum-ibni, père de Bêl-a[hhê]-id[din] […] les a vo[ués] au dieu Bêl […] ils ont vus et [ont

écouté leurs arguments?]. [Nabû-êda-uṣur], Bêl-aha-uṣur, fKišri[nni et fGimilinni, qui sont nés avant] la tablette
de mâr-banûtu de fLâ-t[ubâšinni], ils ont confié à [B]êl-ahhê-iddin, et Ardiya [qui est né après l’écriture de la tablette
de] fLâ-tubašinni, ils l’ont confié à [fLâ-tubâšinni]. A l’avenir, fLâ-tubâšinni et son fils Ardiya ne peuvent [porter
plainte au sujet de Nabû-êda-uṣur], Bêl-aha-uṣur, fKišrinni et fGimilinni. Le sukkallu et les juges ont écrit une
tablette, l’ont scellé [de leurs sceaux] et l’ont do[nnée] à Bêl-ahhê-iddin.
(24 – 28) Etaient présents à la rédaction de cette tablette : Nabû-mukîn-apli (le sukkallu), Marduk-šakin-

šumi, descendant d’Urudu-mansum, Nabû-iddin, descendant de Mudammiq-Adad, (les juges). Scribe : Nabû-
mutîr-gimilli, descendant de Gahul-Marduk.

135
Ici, c’est une mère d’esclaves qui apportent devant les juges royaux une contestation du
statut de ces enfants. Lâ-tubâšinni est mariée à Dâgil-ilî309, dont le statut juridique est incertain. Ils
sont tous deux allés porter plainte envers la justice royale de Neriglissar à Babylone, face à Bêl-
ahhê-iddin, fils d’Esagil-šum-ibni, de la famille Sîn-damaqu. C’est Lâ-tubâšinni qui s’exprime,
déclarant être la mère de cinq enfants nés après que sa tablette de mâr-banûtu eut été rédigée ; aucun
d’entre eux ne devrait donc être esclave chez les Sîn-damaqu. L’affaire est donc étudiée par la cour
de justice. Malheureusement, de nombreux passages cruciaux du texte sont cassés, mais C. Wunsch
a pu faire une reconstruction de la procédure dans son édition du texte. Bêl-ahhê-iddin réfute
l’affirmation de Lâ-tubâšinni, et amene la documentation nécessaire pour prouver le statut d’esclave
de ses enfants auprès des juges. C’est très certainement les tablettes documentant le paiement d’une
compensation pour le travail de Nabû-êda-usur (Nbk. 193) et deux contrats de vente (Ngl. 002 et
AfO 44 / 45 n°3, ayant peut-être été annulés, la date du dernier texte est incertaine et ne permet
pas de proposer une chronologie assurée) qui firent l’objet de l’examen par les juges, avec très
certainement d’autres documents dont nous ne disposons pas.
Suite à cela, le père de Bêl-ahhê-iddin intervient. Nous avons traduit la ligne 14 au pluriel,
mais il est impossible de savoir quelle forme du verbe zakû, à peu près assurée ici, apparaissait sur
la tablette complète. En tout cas il semble bien qu’il a voué à l’Esagil un ou des esclaves ; il est
possible aussi qu’il s’agisse de Dagil-ilî, qui serait ainsi devenu « affranchi » et lié au temple de Bêl,
ce qui poserait problème pour le statut des enfants du couple. Lorsqu’une mère est esclave, puis
« affranchie », et que le père est soit libre, soit oblat, quel est le statut des enfants ? C’est là tout le
problème que doivent régler les juges de Neriglissar. Il semble bien qu’une tablette de mâr-banûtu a
été rédigée, sa date de rédaction supposée par la cour de justice va produire un jugement de
Salomon en séparant la responsabilité juridique des enfants en deux. La plupart des enfants
nommés dans la tablette sont nés avant cette rédaction, et donc avant l’affranchissement : ils sont

309
Le contrat de mariage de ces deux personnes est Nbk. 101 (Nbk. 13, 09 / VIII, Babylone) édité par [Wunsch,
1997 : 73]. Le maître de Lâ-tubâšinni n’est pas mentionné, mais seulement sa mère fHammaya, qui accepte
l’union. Dâgil-îli offre à cette dernière, peut-être assez âgée, un esclave qui remplace Lâ-tubâšinni, ainsi qu’une
compensation financière. L’absence de père, de frère et les circonstances de ce mariage semblent indiquer que
Lâ-tubâšinni était une enfant trouvée et recueillie par fHammaya. Concernant Dagil-ilî, pour [Wunsch, 1997 : 66]
il peut s’agir d’un homme libre, mais aussi d’un oblat qui aurait été, d’une manière ou d’une autre, [Link]
membre de la famille Sîn-damaqu est présent durant la conclusion du mariage, ce qui indique peut-être qu’à ce
moment-là, Lâ-tubâšinni est déjà esclave de cette famille. Les tablettes Nbk. 193 (Nbk. 28, 06 / X, Babylone), Ngl.
002 (16 / VI / Ngl. 0, Babylone) et AfO 44 / 45 n°3 (Ngl. 1, 10 / XI), toutes éditées par Wunsch, donnent des
éléments du contexte du procès commenté ici. Le premier établit la compensation à payer pour le travail Nabû-
êda-usur, indiqué comme esclave d’(Ina-)Esagil-šum-ibni, le père de Bêl-ahhê-iddin. Il est vendu dans le deuxième
texte avec sa femme fBanîtumma et ses sœurs fKišrinni et fGimilinni par Bêl-ahhê-iddin, son frère Nabû-ahhê-
bullit et leur mère fRešat pour deux mines d’argent à Nabû-ahhê-iddin des Egibi. Il est de nouveau vendu, mais
seul, par les mêmes personnes dans le troisième texte, pour cinquante-huit sicles d’argent à un certain Šapik-
zêri. Il est difficile de concilier logiquement ces deux textes, l’une des deux ventes a pu être annulée.

136
confirmés comme esclaves de Bêl-ahhê-iddin. Ardiya, non nommé jusqu’à présent, fut confié à Lâ-
tubâšinni. Cette décision était irrévocable et aucune possibilité d’appel n’est laissée à Lâ-tubâšinni.
De nouveau, ce n’est pas le statut personnel de l’esclave qui pose problème, mais bien la
question du transfert de ce statut à sa descendance. La seule documentation que nous avons
analysée jusqu’à présent porte sur des cas très problématiques, suite à des mariages entre des
personnes de statuts différents, mais qui impliquent des acteurs aux intérêts très différents. Dans
ce dernier cas, on peut supposer que le temple de Babylone avait aussi son mot à dire ; nous ne
connaissons pas le destin de chacun des enfants présents, mais il est possible que cette
reconfirmation du statut d’esclave pouvait impliquer, pour certains d’entre eux, la confirmation de
leur statut d’oblat si Esagil-šum-ibni avait bien voué un de ses esclaves. Dagil-ilî demeure toutefois
le meilleur candidat, et l’absence de tout acteur de l’Esagil dans cette affaire tend à relativiser cette
hypothèse ; l’intervention du temple, on l’a vu pour Uruk, n’est toutefois pas de l’ordre de
l’impossible.

Nous avons étudié, jusqu’à présent, des documents issus des juridictions royales,
concernant aussi bien l’esclavage privé que la dépendance au temple. Dans la plupart des cas, les
juges de Neriglissar, Nabonide ou Cyrus décident de confirmer le statut d’esclave des personnes
concernées. La remise en cause de ce statut, que ce soit par l’esclave ou par une autre partie, est
possible et est étudiée par la juridiction, qui décidait de régler ce problème grâce à la consultation
de tablettes qui pouvaient enregistrer ce changement de statut. Il pouvait être une transition du
statut d’esclave à celui de dépendant du temple (A 32117) ou « d’affranchi » (Nbn. 1113, TCL XII
122, AfO 44 / 45 n°5). Dans le premier cas, la transition vers ce statut est confirmée par la cour de
justice ; dans le second cas, elle n’est acceptée que dans un seul cas (AfO 44 / 45 n°5) et seulement
de manière partielle. Si la procédure est possible, elle maintient de manière générale les liens de
dépendance qui favorisent une institution (l’Eanna) ou ceux d’esclavage, face à des maîtres qui
disposent des preuves écrites pour ce faire.

Il nous faut maintenant analyser les tablettes émanant des temples recevant eux-mêmes des
contestations de statut. Cette documentation est elle aussi assez limitée. De plus, nous avons déjà
présenté certains des textes pertinents à ce sujet plus tôt, concernant la récupération d’oblats par le
temple qui sont accaparés par des particuliers ; nous les mentionnerons ici plus brièvement.

137
Une tablette provenant de l’Ebabbar de Sippar présente une procédure de contestation
d’une vente d’un esclave, qui amène à celle du statut de cet esclave. Il s’agit de Cyr. 332310 (Cyr. 8,
Sippar) :
(1 - 17)[Iddin-Nabû, fils de [x],] s'est exprimé ainsi envers Bêl-uballiṭ, prêtre de Sippar : « [En la [x]
année] du règne Nabonide, roi de Babylone, [Hašdaya, fils de [x], héritier de [x]], et fAiartu, son épouse, ont
vendu [leur esclave] Mušêzib-Šamaš [pour [x] sicles d'argent en prix] complet à Nûr-Šamaš [fils de [x], héritier
de [x]]. Nûr-Šamaš écrivit en son nom propre le document (concernant) Mušêzib- Šamaš et, au cours de la
septième année du règne de Nabonide, roi de Babylone, en échange d'une demi-mine [d'argent] de la dot de
fBurašu, son épouse, il le scella et lui transféra. Nûr-Šamaš mourut. Après sa mort, fBurašu et Tabbaneya,

son second époux, placèrent en gage (l'esclave) chez Appanu, fils d'Abu-nur contre une demi-mine d'argent.
Puis, lors de la sixième année de Cyrus, roi de Babylone et des pays, fBurašu et son époux Tabbaneya, me
vendirent leur esclave Mušêzib-Šamaš pour une mine et cinquante sicles d'argent en prix complet ; dans le
document, ils notèrent la chose suivante : « Au sein (de cette somme) cinquante sicles d'argent sont donnés
en payement à Appanu. » Maintenant, en la huitième année de Cyrus, roi de Babylone, fAiartu, épouse de
Hašdaya, a porté plainte contre moi au sujet de Mušêzib-Šamaš, disant ainsi : « C'est un oblat de Šamaš. » Je
suis venu devant toi avec fAiartu. Prononce une décision ! »
(17 – 24) [Bêl-uballiṭ], prêtre de Sippar, a [rassemblé?] les gens du temple de Šamaš. Il a amené fAiartu

et la fait comparaître devant eux. Ils l’ont interrogée et elle n'a pu prouver le statut d'oblat ou d'homme libre
de Mušêzib-Šamaš. Bêl-uballiṭ, prêtre de Sippar, un homme du temple de Šamaš et les anciens de la ville ont
lu les contrats concernant l'esclavage de Mušêzib-Šamaš qu'Iddin-Nabû avait apportés devant eux, depuis
celui de la sixième année du règne de Nabonide, roi de Babylone, jusqu'à celui de la huitième année du règne
de Cyrus, roi de Babylone, roi des pays ; et fAiartu n'a pu prouver le statut d'oblat comme le statut d'homme
libre de Mušêzib-Šamaš.
(24 – 27) Ils ont discuté entre eux et ont décidé d'une amende à la charge d' fAiartu de cent-dix sicles

d'argent, qu'ils ont donnés à Iddin-Nabû. (Cela) en répercussion contre la plainte concernant le statut
d'homme libre de Mušêzib-Šamaš envers Iddin-Nabû qu'elle a prononcé.
(27 – 34) Étaient présents à la résolution de ce jugement : Bêl-uballiṭ, prêtre de Sippar ; Ahhê-nadin-

Marduk, fils d'Erîba-Sîn, héritier du prêtre d'Ištar de Babylone ; [x]-gia, héritier du prêtre de Sippar ; Bêl-
iddin, fils de [Nabû-šum-lišir, héritier du prêtre d'Ištar de Babylone] ; Nabû-ahhê-ušallim, fils de Mušêzib-
Bêl, [héritier du prêtre d'Ištar de Babylone] ; [x], fils de Šamaš-šum-iddin. Scribe : Arad-Bêl, fils de [Bêl-
ušallim, héritier d'Adad-šammê]. [(Fait) à Sippar, le [x] jour du mois de [x]], la huitième année du règne de
[Cyrus, roi de Babylone et des pays]. […], Bêl-uballiṭ […] à […].

L’affaire concerne donc un conflit de propriété sur l’esclave Mušêzib-Šamaš entre deux
couples. Il était auparavant la propriété de Hašdaya et fAiartu, qui l’ont vendu à Nûr-Šamaš. Celui-
ci l’a transmis à son épouse fBurâšu avant sa mort, en convertissant une partie de sa dot constituée
par cinquante sicles d’argent. Après la mort de Nûr-Šamaš, fBurâšu s’était remariée avec Tabbaneya.
Elle a contracté une dette auprès d’Appanu, qui reçut en gage Mušêzib-Šamaš. Le couple a dû
vendre son esclave à Iddin-Nabû, et une partie de l’argent de la vente sert à rembourser la mise en
gage de l’esclave. fAiartu porte plainte contre Iddin-Nabû, qui engage une procédure judiciaire
devant le temple de Šamaš de Sippar, l’Ebabbar. Elle déclare en effet que Mušêzib-Šamaš est un
oblat de Šamaš. Cette déclaration justifie l’intervention du temple.
On perçoit donc une contestation du statut de l’esclave, mais qui ne se fait pas au profit de
la personne plaignante ; fAiartu désire que l’esclave rejoigne les rangs des dépendants du temple.

310
[Dandamaev, 1984 : 192‑194 ; Roth, 1989b : 487 ; Holtz, 2009 : 65]

138
La procédure, suite à cela, est assez simple. fAiartu ne dispose d’aucune preuve écrite de son
affirmation concernant le statut de Mušêzib-Šamaš. La juridiction n’a qu’à vérifier les contrats de
vente, ainsi que probablement la reconnaissance de dette où il est mis en gage, la tablette où il est
transféré par Nûr-Šamaš à fBurâšu, etc. La décision est toutefois intéressante : le temple décide de
faire payer fAiartu une amende à la hauteur du prix de vente de l’esclave pour déposition d’une
plainte illégitime. Le temple peut recevoir, du fait de celle-ci, un dépendant, mais ne le fait pas et
reconnaît l’esclavage de Mušêzib-Šamaš envers Iddin-Nabû. La documentation dont il dispose ne
permet pas de remettre en cause le statut de l’esclave.
Si l’on regarde vers les archives de l’Eanna, un texte que nous avons déjà commenté peut
être compris comme une contestation de statut qui confirme une donation au temple d’un esclave.
Ainsi avec YOS VII 066 (Cyr. 7, 25 / VII, Uruk), où une esclave, fNuptaya, déclare avoir été
consacrée à l’Eanna devant l’assemblée du temple. Elle a été accaparée par le frère de son maître
décédé, Šamaš-zêr-ušabši, et elle a eu des enfants durant sa vie comme son esclave. L’Eanna
reconnaît la possession de ces esclaves à Šamaš-zêr-ušabši, mais instaure des limites claires sur ses
droits envers fNuptaya et ses enfants : il ne peut ni la vendre, ni la marier à un autre esclave ou
avoir des relations sexuelles avec elle. La contestation de cette situation par fNuptaya amene ainsi
à une confirmation de la donation au temple.
Nous avions vu plus tôt des procédures juridiques concernant des donations au temple
reconfirmées par la juridiction de l’Eanna. Elles sont intéressantes pour comprendre le statut des
esclaves voués à devenir des oblats et ce qui constitue « l’entre-deux » juridique dans cette transition
vers un autre statut. Toutefois, excepté YOS VII 066, ils ne peuvent être véritablement compris
comme des constestations de statut. Ils concernent d’avantage des « vols » d’oblats ou des
appropriations illégales, du fait de liens familiaux entre ancien(ne)s maître(sse)s, qui ont nécessité
l’engagement d’une procédure juridique pour que le temple puisse récupérer des esclaves qui lui
avaient été donnés.

Ces quelques procédures de contestation de statut permettent de percevoir la manière dont,


par le biais du droit, la société babylonienne conçoit le passage d’un statut juridique à un autre.
Dans ces procès, le contexte implique souvent des ventes, des mises en gage liées à des dettes et
des transferts d’esclaves entre particuliers qui, bien qu’ayant produit des tablettes et donc des
preuves pouvant être utilisées en cour de justice, ont pu amener une personne à remettre en cause
le transfert de propriété passé. Peu de cas impliquent la contestation d’un statut par un(e) esclave
ou un(e) oblat(e) (A 32117, TCL XII 122, Nbn. 113). Dans ces situations, le statut de ses enfants
peut poser problème et la juridiction tente de le résoudre. Les enfants d’esclaves ou de dépendants
reçoivent le statut de leurs parents, mais la date du changement de statut est aussi prise en compte

139
pour pouvoir prendre une décision à ce sujet. Un de ces procès (Nbn. 1113) implique un esclave
qui, visiblement de mauvaise foi et s’étant enfui à plusieurs reprises, tente de s’affranchir de son
esclavage, sans succès.
Si les différentes juridictions acceptent effectivement de traiter ces affaires, ce qui sous-
entendrait la possibilité d’un affranchissement « total » pour ce qui concerne l’esclavage privé, la
plupart de ces affaires indiquent dans la plupart des cas le maintien des liens de dépendance et
d’esclavage pour la plupart des détenteurs de ces statuts. La production de preuves écrites
conservées est ici primordiale dans la procédure juridique : ce sont elles qui amènent à la cour de
justice de prendre une décision. Les institutions sont les plus à même de pouvoir archiver ces
preuves, du fait des pratiques habituelles pour l’administration des temples. De même pour des
personnes privées liées à des familles pouvant avoir des intérêts économiques nécessitant une
conservation de l’écrit : ces individus issus des classes aisées de la société babylonienne sont les
plus disposés à avoir des esclaves. Dès lors, il est plus difficile pour des esclaves ou des dépendants
du temple d’utiliser les outils nécessaires pour contester avec succés leur situation juridique. C’est
ce qui se vérifie notamment en TCL XII 122, où fLâ-tubašinni se voit séparée de ses enfants car
ne disposant pas des preuves demandées pour affirmer son affranchissement passé, qui aurait eu
pour conséquence celui de ses enfants. Pourtant, nous disposons d’une tablette qui prouve
l’affranchissement de son fils Zababa-iddin ; mais la cour de justice préfére privilégier les intérêts
de Bêl-remanni, dont l’héritage des esclaves est maintenu grâce à une présentation de preuves plus
conséquente. Face à de telles juridictions, les intérêts des classes aisées sont ainsi préservés.

L’affranchissement

Il ne semble pas qu’il ait existé, durant notre période d’étude, d’affranchissement complet
des esclaves qui impliquerait une rupture absolue des liens entre l’esclave affranchi et sa maîtresse
ou son maître. Les quelques tablettes nous permettant d’analyser ces procédures d’affranchissement
proviennent du secteur privé de la société babylonienne et présentent certaines caractéristiques
communes311. Par contre, aucun document dans les archives des temples ne présente de situation

311
Nous avons déjà mentionné l’affranchissement des esclaves fŠala-enqet et Zababa-iddin par Damqaya en Nbn.
626. Pour Zababa-iddin, cela ne signifia pas la fin de son esclavage, car le procès lisible en TCL XII 122 indique
bien que lui et ses sœurs étaient bien les esclaves de Bêl-remanni. Cet affranchissement, par l’écriture d’une

140
où un(e) oblat(e) serait affranchi(e) de ses liens de dépendance avec son temple, à notre
connaissance.
L’affranchissement est compris comme l’émission d’une ṭuppi mâr banûti, d’une tablette
donnant le statut de mâr banê. Comme nous l’avons plus haut, ce terme est polysémique et présente
certaines ambiguités, du moins lorsqu’il apparaît dans ces sources. Dans les tablettes que nous
allons présenter, il semble bien que ce statut implique une reconfiguration du lien d’esclavage entre
l’esclave et son maître. Certains cas présentent des adoptions d’esclaves qui, pour avoir lieu,
nécessitent la production d’un tel document. Cette documentation a été abondamment
commentée312 dans ses aspects juridiques et nous allons globalement reprendre les conclusions des
différents chercheurs qui l’ont analysée. Une présentation globale de tous ces documents n’avait
toutefois pas été faite et mérite d’être accomplie afin de percevoir les différences qui existent entre
ces procédures.
Une des tablettes les mieux conservées présentant une procédure d’affranchissement et ces
conditions est Nbn. 697 (Nbn. 13, 09 / II, Babylone, Egibi) :

(1 - 11) Iqîšaya, fils de Kudurru, descendant de Nûr-Sîn, a scellé pour son esclave Rêmanni-Bêl, surnommé
Rîmût, sa tablette de mâr-banûtu, il devait pourvoir à son entretien. Dès que sa tablette de mâr-banûtu fut scellée
Rêmanni-Bêl, surnommé Rîmût, s’est enfui et ne lui a donné ni rations, ni vêtements. Puis fEsagil-ramât, fille de
Zêriya, descendant de Nabaya, épouse d’Iddin-Marduk, fils d’Iqîšaya, descendant de Nûr-Sîn, s’est chargée de lui
(Iqišaya=, a été respectueuse envers lui et a pris soin de lui, lui a donné rations et vêtements.
(12 - 18) Iqîšaya, fils de Kudurru, descendant de Nûr-Sîn, a brisé de son plein gré la tablette de mâr-banûtu
de Remanni-Bêl et l’a placé, après avoir scellé un document, à la disposition d’fEsagil-râmat et de sa fille fNuptaya,
fille d’Iddin-Marduk, descendant de Nûr-Sîn. fEsagil-râmat et sa fille fNuptaya veilleront sur lui. Après fEsagil-
râmat, il appartiendra à fNuptaya, sa fille.
(19 – 21) Quiconque altérera cette décision détruira le contrat qu’Iqîšaya a constitué et a donné à fEsagil-
râmat et sa fille fNuptaya, Marduk et Ṣarpanîtu prononcera sa perte.
(22 – 25) Témoins : Bêl-iddin, fils de Bêl-šum-iškun, descendant de Sîn-tabni ; Nabû-šum-uṣur, fils de
Šâpik-zêri, descendant de Ṣâhit-ginê ; […], descendant de Šangû-Gula ; Nergal-ušêzib, fils d’Aplaya, descendant
de Gahal. En la présence de Bissaya, fils d’Iqîšaya, descendant de Nûr-Sîn. Scribe : Nergal-ušêzib, fils de Kabtiya,
descendant de Suhaya.

La procédure ici retranscrite se joue en deux temps. En premier lieu, Iqîsaya avait établi
l’affranchissement de son esclave Remanni-Bêl, sous conditions qu’il lui assure rations et

ṭuppi mâr banûti, ne fut pas pris en compte par les juges royaux dans cette affaire. Elle n’était peut-être pas
considérée comme recevable du fait de la mise en gage en lien avec la dette d’argent de Nbn. 314.
312
[Dandamaev, 1984 : 438‑455 ; Baker, 2001 ; Westbrook, 2004 ; Magdalene et Wunsch, 2014]

141
vêtements. Il devait prendre soin de son ancien maître, jusqu’à sa mort ; suite à cela, on peut
supposer qu’il serait effectivement affranchi de tout lien d’esclavage avec qui que ce soit. Mais après
cet affranchissement, Remanni-Bêl a fait défaut et n’a pas pris soin d’Iqîšaya. Iqišaya s’est retrouvé
chez sa bru, f(Ina)-Esagil-râmat, l’épouse d’Iddin-Marduk, le fils d’Iqîšaya. Elle prit soin de son
beau-père, et suite à cela, Iqîšaya décide de lui confier son esclave fugitif. Sa tablette
d’affranchissement est donc annulée et il en rédige une autre qui établit juridiquement le transfert
de l’esclave, à f(Ina)-Esagil-râmat ainsi qu’à sa fille fNuptaya. En échange, elles doivent accomplir
ce dont l’esclave était chargé : prendre soin de lui. A la mort d’f(Ina)-Esagil-râmat, la propriété de
Remanni-Bêl revient à fNuptaya – il n’est donc plus question d’affranchissement par la suite.
Ce texte permet de bien voir ce que pouvait sous-entendre un affranchissement : une
contractualisation des liens entre le maître et l’affranchi. Cette procédure souligne ainsi la prise en
charge de son maître jusqu’à son décès ; on peut supposer qu’il s’agit d’une personne âgée, qui
s’assure ainsi de son avenir proche. Après sa mort, l’esclave serait effectivement devenu une
personne libre. On peut toutefois supposer que, d’un point de vue social, les liens avec la famille
de l’ancien maître pouvaient être assez forts. Iqîšaya perd les services de son esclave, mais ceux-ci
furent remplacés par ceux de membres de sa famille par alliance. On ne sait pourquoi Remanni-
Bêl avait décidé de s’enfuir, perdant ainsi sa possibilité d’être totalement affranchi… L’esclave est
en fuite, f(Ina)-Esagil-râmat et fNuptaya peuvent en disposer si elles le retrouvent.
Une tablette assez cassée permet de comprendre les conséquences si le service à l’ancien
maître, compris dans le contrat d’affranchissement, n’était pas assuré. Il s’agit de Cyr. 339 (Cyr. 9,
17 / III, Sippar, Ebabbar) :

(1 - 5) fHibtaya,[épouse de] Bazuzu, a fait la déclaration suivante à Bêl-uballiṭ [prêtre de Sippar :] « Bazuzu,
mon m[ari … je l’ai affran]chi, la tablette pour […] il n’a pas donné les rati[ons] et les vête[men]ts ».
(6 - 16) Bêl-uballit, prêtre de Sippar, a [inscrit?] d’[fHi]btaya à la charge de Bazuzu, son esclave : par jour, 1

qa de pain, 1 qa de bière fine […] 1 qa de cresson, et par an […] un talent de laine, 3 moutons […] Bazuzu
donnera à son ép[ouse fHibtaya]. […] vêtement […] fHibtaya donnera à [Bazuzu], son mari.
(17 – 24) Témoins : Bêl-apla-iddin, l’erib bîti de Šamas, [descendant de Šangû]-Sippar ; Iqîša-Marduk, fils

d’Etelpi-Šamaš [descendant de] Šangû-Sippar ; Marduk-šum-ibni, fils de Mušêzib-Marduk, descendant de Šangû-


Ištar-Babîli ; Iddin-Marduk, fils de Kalbaya, descendant d’Epeš-ili. Scribe : Arad-Bêl, fils de Bêl-ušallim,
descendant d’Adad-šammê. (Fait à) Sippar, le 17 / III de l’an 9 de Cyrus, roi de Babylone, roi des pays.

La relation entre fHibtaya et Bazuzu semble assez particulière : juridiquement, Bazuzu est
l’esclave de fHibtaya, mais ils sont aussi mariés. Le passage qui concerne l’affranchissement est
assez cassé, mais la mention des rations et des vêtements (« ipri piššati lubušti », rations de nourriture,

142
d’huile et vêtements) correspond aux formules que l’on retrouve dans ce genre de situation 313.
Bazuzu ne semble pas avoir respecté sa part du contrat d’affranchissement, et l’affaire fut amenée
devant la juridiction du temple, apte à Sippar à régler ce type d’affaire. Le prêtre de Sippar prend la
décision de préciser les devoirs de Bazuzu envers son épouse / maîtresse, en détaillant les rations
qu’il doit lui accorder, mais il semblerait qu’en retour fHibtaya doit aussi quelques ressources à
Bazuzu. Comme pour le texte précédent, « l’affranchissement » se situe dans un cadre
contractualisé de prise en charge d’une personne par une autre, intégré à un lien d’esclavage. A la
mort d’fHibtaya, il est possible que Bazuzu soit affranchi de tout lien d’esclavage avec qui que ce
soit.
OIP CXXII 037 (AM. 2, 08 / III, Hubat) constitue un contrat d’affranchissement, mais
qui présente des conditions différentes de la situation tout juste évoquée :

(1 - 11) Šamaš-zêr-ibni, fils de Balâṭu, descendant d’Adad-rabi, de son plein gré, a écrit un document
donnant le statut de mâr banê à fLaqiptu et ses fils, de manière irrévocable. fLaqiptu et ses fils sont des mâr banê.
fLaqiptu et ses fils sont libérés du service-ilku à la charge de Šamaš-zêr-ibni. Si elle le veut, fLaqiptu peut envoyer

ses fils dans une famille de mâr banê.


(12 – 21) Quiconque altère cette décision, qu’Anu, Enlil et Ea le maudissent. Que Marduk et Ṣarpanitu

prononcent sa destruction. Que Nabû, chargé des cieux et de la terre, racourcisse la durée de ses jours. Que Sîn
et Šamaš ne le soutiennent pas durant son procès. Que Dilbat et Ištar, mâitresse des pays, lui fassent contracter
la lèpre.
(21 – 25) Invoquant la vie d’Amêl-Marduk, leur roi, ils prononcèrent un serment. fLaqiptu et ses fils ont

juré par la Dame d’Uruk et Nanaya : « Tant que nous vivons, nous ne ferons aucune action malfaisante contre
Šamaš-zêr-ibni [traduction de D. Weisberg] // (Nous serons maudits) si, tant que nous vivons, nous avons des
relations sexuelles avec Šamaš-zêr-ibni [traduction de C. Wunsch]314. »
(26 – 34) A la rédaction de cette tablette (étaient présents) : Šamaš-iddin, fils de Mušêzib-Bêl, descendant

de Babutu ; Bêl-ahhê-iddin, fils d’Ubar, descendant de Nappahu ; Anum-ahhê-uṣur, fils de Šamaš-zêr-ibni,


descendant d’Adad-rabi. Scribe : Nabû-bani-ah, fils d’Eriši, descendant de Bâ’iru. Hubat, le 08 / I de l’an 2
d’Amêl-Marduk, roi de Babylone.

L’affranchissement concerne ici une esclave, fLaqiptu, et ses enfants non-nommés,


probablement car ils sont très jeunes. Là encore, la procédure consiste en la rédaction d’une ṭuppi
mâr banûti, qui atteste de la rupture des liens d’esclavage entre Šamaš-zêr-ibni et fLaqiptu et ses

313
[Greenfield, 1982] et [Van Driel, 1998a] constituent des synthèses des formules similaires dans la
documentation consacrée aux soins des personnes âgées et leur contractualisation.
314
La lecture de ce passage par D. Weisberg dans son édition du texte est contestée par [Wunsch, 2010 : 574].
Il lit, pour les lignes 24 et 25 du texte : « kî ûmu mala balṭanu <ana muhhi> Šamaš-zêr-ibni nitteq », « Tant que
nous vivons, nous ne ferons aucune action malfaisante contre Šamaš-ẑer-ibni », avec le verbe etêqu, « dépasser,
transgresser ». Pour faire sens, il faut rajouter « ana muhhi », « contre », qui n’est pas lisible sur la tablette. C.
Wunsch présente l’argument suivant : la formulation d’un serment promissoire négatif attend une forme verbale
au parfait, absente de la lecture de D. Weisberg. Elle propose une lecture des mêmes signes avec la racine N’K,
donnant le verbe niâku, « avoir des relations sexuelles ». La lecture de ce passage demeure problématique et les
deux propositions font de ce serment un cas unique dans la documentation de notre période.

143
enfants. Le contrat est très bref et comporte de nombreuses malédictions ; le contexte (il ne s’agit
pas d’une grande ville) indique peut-être des normes d’écriture juridique différentes.
L’affranchissement a toutefois des conséquences claires : fLaqiptu ne doit aucun travail de corvée
(ilku) pesant sur son maître, il ne peut donc plus l’utiliser pour cela. De plus, fLaqiptu peut confier
ses enfants à qui elle désire, ce qui signifie qu’elle a l’entière responsabilité parentale sur eux. Enfin,
un serment est prêté soit pour empêcher toute action de fLaqiptu et ses enfants contre Šamaš-zêr-
ibni, soit pour empêcher toute relation sexuelle entre fLaqiptu et Šamaš-zêr-ibni.
Il est possible que cet affranchissement soit une rupture de tout lien entre eux pour la raison
suivante : empêcher le concubinage de Šamaš-zêr-ibni et fLaqiptu. Nous ne savons s’il est marié,
mais cela pourrait expliquer cette procédure. Pour empêcher cela, fLaqiptu est donc affranchie de
son esclavage. Demeure la question suivante : comment une mère avec des enfants, apparemment
célibataire, peut-elle survivre au quotidien sans la nourriture et le logement qu’assurait, a priori, son
esclavage ? Il est probable qu’elle doit aller chercher à se marier, devenir oblate ou faire devenir
oblats ses enfants. Son avenir est probablement rendu bien plus difficile du fait de cet
« affranchissement ».
Ce dernier exemple montre comment ce qui est compris comme un affranchissement
impliquait une recomposition des liens entre l’esclave et son maître. Il peut aussi construire des
liens familiaux nouveaux et nécessitait la rédaction d’une ṭuppi mâr banûti pour ce faire. Plusieurs
documents présentent ainsi des cas d’affranchissement accompagnés d’adoption. Un premier
exemple est discernable dans un contrat de mariage que nous avons déjà présenté, BM 61176 //
BM 67388. L’époux, Qul-dibbîya-ile’i-Nusku, était en effet un ancien esclave qui fut adopté par
son maître Sîn-ahhê-iddin, désormais devenu son père. Il est mentionné qu’il doit réaliser une partie
du service royal de la corvée pour son père, clause qui rappelle OIP CXXII 037 où fLaqiptu, du
fait de la rupture de ses liens avec son maître, en était expressément dispensée. Ici, l’adoption,
nécessitant un affranchissement, maintient une obligation de l’esclave-fils envers son maître-père.
Mais la rupture des liens d’esclavage est bien représentée par la clause indiquant que si Sîn-ahhê-
iddin, ou quiconque parmi sa famille, réinstitue cet esclavage, il doit payer six mines d’argent. Cette
mention a un effet juridique dissuasif du fait de l’importance de la somme demandée.
Plusieurs procédures similaires d’affranchissement-adoption se retrouvent dans des
tablettes éditées par Cornelia Wunsch. AfO 50 n°16 (Nbn. 10, Babylone?), AfO 50 n°17 (AM. 1, 01
/ I, Sippar) et AfO 50 n°18 (Cyr. 8, 25 / I, Sippar) présentent des formulaires très similaires qui,
après avoir mentionné l’affranchissement, établissent la nouvelle relation filiale et ses conditions :

AfO 50 n°17 : (1 – 14) fUruk-šarrat, fille d’Arrabi, a scellé la tablette de Habil-kîni (lui donnant) le statut de
mâr-banê pour toujours. Tant qu’fUruk-šarrat vivra, Habil-kîni lui donnera rations et vêtements comme s’il était

144
son fils. Tant qu’fUruk-šarrat vivra, Habil-kîni, comme s’il était son fils, [la servira]. Lorsque fUruk-šarrat mourra
[…].
(16 – 22) [Quiconque] altérera [cette décisi]on, [Mardu]k et Ṣarpanîtu prononceront sa perte. Nabû, scribe

de l’Esagil, raccourcira ses jours. Bêlet-ilî, mère des divinités, ruinera [son nom] et sa descendance. [Un serment
sur] Marduk et [le roi] fut juré. [Un serment sur …] fut juré.
(23 – 35) [(Furent présents) à la rédaction de] cette [tablet]te : […] [x-zê]r-ukîn, fils de […] ; [… Lûṣi]-ana-

nûri […]. Scribe : N[abû-zêr-lîšir] fils d[e Nabû-zê]r-ukîn, descendant de Dannêa. Sippar, le 01 / I / AM. 1. Les
traces d’ongle d’fUruk-šarrat lui servent de sceau.

AfO 50 n°16 : (1 – 4’)[Bêl-ahhê-erîba, fils de Bêl-u]šêzib, descendant de Dabibi et son épouse fKaššaya,
fille d[e Bêl-iqîša, fils de …] ont scellé la tablette de mâr-banû[ti de NP] leur [esc]lave. Ils l’ont [pris] comme fils.
[Tant qu’ils vivront il leur donnera] rations et vêtements [et il les ser]vira, comme [s’ils étaient] son père et sa
mère. […] (5’ – 8’)[Quiconque altérera] cette [décision, Nabû] scribe de l’[Esag]il [raccourcira] ses jours [futurs]. Ils
ont juré ensemble sur Marduk, leur dieu, [et Nabonide, leur roi].
(8’ – 14’)Témoins : [NP fils de [x]]-Marduk, descendant d’Eṭeru ; [NP fils de [x]]-ušallim, descendant
d’Eṭeru ; [NP fils de [x]]-a, descendant d’Arad-Nergal. [Scribe : NP] fils de Bêl-naṣir, descendant de Bib[ûa].
[Babylone?, le [x] / [x]] / Nbn. 10.

Dans le premier document, une femme, fUruk-šarrat, affranchit son esclave Habil-kîni. Il
doit toutefois continuer à la servir, en lui fournissant rations (de nourriture et d’huile) et vêtement.
Ce service doit avoir lieu jusqu’à la mort d’fUruk-šarrat. Le passage indiquant ce qui doit se passer
après sa mort est malheureusement cassé : quel aurait été l’avenir d’Habil-kîni ? Aurait-il été
pleinement affranchi, sans être transféré à un autre membre de la famille d’fUruk-šarrat ou à un de
ses proches ? La deuxième ne nous donne pas plus d’indices, étant elle très cassée. Un couple, Bêl-
ahhê-erîba et fKaššaya, affranchit et adopte un esclave dont le nom est perdu315. Là aussi, il est
précisé que jusqu’à leur mort, leur nouveau fils doit demeurer à leur service. Dans les deux cas, il
est fort possible qu’il s’agisse ici de personnes âgées qui avaient besoin de soins spécifiques pour la
fin de leur vie.
La question de l’héritage peut aussi se poser, ce que l’on perçoit dans AfO 50 n°18 :

(1 - 12) Šamaš-iddin, fils de Šamaš-pir’u-uṣur, descendant de Rê’i-sîsi, a scellé de son plein gré la tablette
de mâr banûti et d’adoption de Nabû-ûtirri, pour toujours. Nabû-ûtirri est [le fils] de Šamaš-iddin, fils de [Šamaš]-
pir’u-uṣur, descendant de Rê’i-sîsi. Nabû-ûtirri [fils de] Šamaš-iddin, descendant de Rê’i-sîsi, jouira comme un fils
cadet d’une part du patrimoine de son père Šamaš-iddin avec A[…], Nergal-eṭir et Šamaš-eṭir, ses frères. Il servira
avec eux les dieux et le roi.

315
Il est possible qu’il s’agisse de Nabû-utirri, visible dans plusieurs documents commentés dans [Wunsch,
1997 : 67‑68], issus de l’archive des Egibi.

145
(13 - 22) Quiconque altérera cette décision, Marduk et Sarpanitu prononceront sa perte. Nabû, scribe de
l’Esagil, raccourcira ses jours. Il détr[uira] son nom. Ne[rgal], le plus fort parmi les dieux, ne l’épargnera pas avec
la maladie-di’u, l’épidémie et la mort. Ils ont juré [un serment] sur les dieux et le roi.

(23 – 34) (Etaient présents) au scellement de cette tablette : Šamaš-šum-lîšir, fils de Rimût, descendant
de Ri[…]na ; [Ha]baṣiru, fils de Nabû-šum-iddin, descendant de [x] ; [Tab]nê’a, fils de Mukîn-zêri, descendant de
Šum-libši ; Adad-bêl-sihhi, fils de Na’id-ilî ; Šamaš-ah-iddin, fils de Marduk-šum-uṣur, descendant de Rê’i-sîsi ;
Iqîša, fils de Libluṭ ; Adad-ludari, fils de Adad-ia-ullu. Scribe : Šamaš-zêr-iddin, fils de Bêl-ahhê-iddin, descendant
de Šum-libši. Sippar, le 25 / I / Cyr. 8, roi de Babylone, roi des pays.

La procédure suit assez fidèlement celle que l’on perçoit dans les deux autres documents.
Šamaš-iddin « affranchit » et adopte l’enfant trouvé ou son esclave Nabû-ûtirri316, et cette nouvelle
filiation est ensuite indiquée. Les soins ou le travail à accorder à son père adoptif ne sont pas
indiqués mais sont probablement implicites. Šamaš-iddin a trois autres fils : un dont le nom est
cassé, Nergal-êtir et Šamaš-etir. Nabû-ûtirri n’est pas exclu de l’héritage familial, au contraire : il est
prévu qu’il reçoive une part, bien qu’elle soit moindre que celle de ses trois frères, ce qui correspond
à la pratique générale de l’adoption. Dans les trois cas, l’acte est accompagné d’un ensemble de
malédictions qui soulignent l’importance de cette transition de statut.
Ces trois derniers cas se rapproche le plus du sens que l’on attache à la notion
d’affranchissement. Les liens d’esclavage entre le maître et l’esclave sont abolis, mais se maintient
une relation, qui prend la forme d’une adoption. Cette relation est celle d’un père sur ses enfants.
Le service auprès de l’ancien maître est maintenu, mais il prend d’avantage la forme d’un travail
contractualisé, qui peut poser des limites à ce que le maître peut demander (comme par exemple la
part de la corvée à réaliser pour le compte du parent adoptif). Il pose aussi un terme d’ordre
temporel : après la mort du ou des parent(s) adoptif(s), l’esclave n’est pas transmis à la famille, n’est
plus la propriété de qui que ce soit. Par contre, des liens familiaux peuvent se construire, avec un
réseau de personnes différentes317. Mais nous nous situons là dans l’angle mort de nos sources, ne
permettant pas réellement de percevoir comment pouvait être perçu l’esclave devenu frère adoptif.
Dans le cadre de l’héritage, il est inférieur à ses frères, mais AfO 50 n°16 et AfO 50 n°17 montrent
une relation filiale similaire à d’autres, comme en Nbn. 697, où une bru et sa fille prennent soin du

316
Aucun patronyme autre que celui de son père adoptif n’est indiqué. Nous n’avons pas d’autres informations
concernant les origines sociales de Nabû-utirri : il peu ainsi s’agit d’un enfant trouvé, devenu esclave.
317
La notion de paramonê issue du droit grec a été souvent utilisée, par comparatisme, afin de caractériser ces
affranchissements avec maintien d’un service auprès du maître / de la maîtresse jusqu’à sa mort. Elle fut
mentionnée une première fois par [Koschaker, 1931], puis [Dandamaev, 1984 : 449], [Westbrook, 2004],
[Magdalene et Wunsch, 2014 : 340‑344]. Pour la période hellénistique, voir [Monerie, 2015 : 422‑425]. Le
contexte et la quantité des sources grecques est toutefois assez différent : environ 1200 affranchissements sont
connus à Delphes, plusieurs centaines sur d’autres sites. Un tiers environ de ces textes comporte une clause
assimilable à l’achat par l’esclave de son affranchissement par le maintien d’un service auprès de son maître,
formalisée par une clause de paramonê ( [Sosin, 2015]).

146
beau-père. Derrière l’affranchissement, se perçoit d’avantage une recomposition de liens familiaux
effaçant l’esclavage passé, du fait de relations personnelles particulières et de besoins associés à la
vieillesse. L’absence de descendance peut nécessiter dans certains cas de produire un document
écrit permettant de s’assurer du service de l’esclave – proximité d’autant mieux maintenue par le
biais du droit s’il elle se transforme en lien familial et en une promesse de fin d’esclavage.
L’affranchissement pour notre période d’étude est donc assez différent de la manière dont
cette notion peut être comprise pour les sociétés grecque et romaine. Il n’est pas question ici pour
l’esclave d’acheter sa liberté auprès de son maître. Les quelques situations que nous venons
d’étudier, assimilables à de l’affranchissement, présentent des conditions différentes. S’il y a
disparation du lien entre maître et esclave, cela peut impliquer une exclusion d’une esclave dûe à
une situation conjugale particulière (OIP CXXII 037), une adoption avec un maintien d’un service
de corvée (BMA n°5), des affranchissements finalement annulés (Nbn. 697, Nbn. 626), enfin une
forme de transition juridique vers la création de liens familiaux nouveaux (AfO 50 n°16, 17, 18). Si
le service n’est pas assuré tel qu’il a pu être établi dans un contrat, une procédure juridique pouvait
avoir lieu qui réaffirme ce travail et les ressources à fournir auprès de la maîtresse (Cyr. 339). La
production de sources écrites attachées à l’affranchissement avait ainsi lieu dans des situations très
particulières. Ce phénomène de l’affranchissement pour la société babylonienne à notre période
d’étude est donc, selon nous, à fortement relativiser. Le passage au statut de mâr banê établit un
changement dans la relation du maître et de l’esclave, mais les cas que nous venons d’étudier
montrent des situations finales assez différentes, qui doivent être analysées dans leur contexte
lorsque cela est possible. La transition vers une forme de « liberté » est ainsi très conditionnelle, et
elle peut parfois révéler un passage à une situation sociale bien plus difficile (OIP CXXII 037).

Conclusion

Que ce soit lors de procès présentant la contestation du statut d’un(e) esclave ou dans les
documents liés à la question de l’affranchissement, il nous paraît difficile de percevoir, à travers le
droit, des possibilités d’émancipation du statut d’esclavage ou de dépendance liée aux temples. Les
quelques contestations portées par des esclaves ou des oblats amènent à un maintien de leurs liens
et de leur subordination avec leur maître(sse) ou le temple concerné. De même, il existe très peu
de cas où un affranchissement est effectivement reconnu par une juridiction qui examine la
situation juridique de l’esclave et de ses enfants. La question du statut de ces derniers est souvent
primordiale : la transmission naturelle de l’esclavage ou de l’oblation peut-elle être remise en cause ?

147
Nos sources sont ici assez claires. Devant l’absence de tablettes prouvant l’affranchissement de
l’esclave, ou du fait d’une date de rédaction postérieure à la naissance des enfants, l’esclavage est
maintenu par la cour de justice. Ces procès se révèlent ainsi l’inscription définitive du statut
d’esclave et la fin d’un « entre-deux » juridique qui pouvait poser problème lors du décès d’un(e)
maître(sse) et que son patrimoine devait être transmis.
Si l’émancipation de la situation d’esclavage ou de dépendance peut être perçue, il nous
semble plus intéressant d’aller voir les sources de la pratique documentant des esclaves et des oblats
en situation socio-économique plus favorable que pourrait laisser entendre leur statut. Les
personnes qui en étaient détentrices avaient peu d’outils juridiques leur permettant d’abolir leur
condition. L’affranchissement par l’initiative du maître ou de la maîtresse semble d’avantage
indiquer une recomposition de liens familiaux, parfois une exclusion du foyer d’une esclave, mais
jamais vraiment l’effacement total des liens entre l’esclave et le maître. Certaines de ces procédures
indiquent aussi une contractualisation du travail réalisé par l’esclave, qui pouvait signifier, à la mort
du maître, l’affranchissement effectif. L’esclave, bien familial, n’aurait pas été ainsi transmis à un
autre membre de la famille – la suite de son existence demeurant dans l’angle mort de nos sources,
mais l’on peut supposer le maintien d’une certaine proximité avec celle-ci.

Bilan

Dans cette première partie de notre étude, nous avons essayé de discerner ce qui constitue
les origines historiques de l’esclavage privé et des divers statuts de dépendance (širkûtu, šušanûtu,
déportés) existant au sein de la société babylonienne aux époques néo-babylonienne et achéménide.
Ensuite, nous nous sommes attachés à déterminer le cadre juridique de ces statuts, les possibilités
laissées aux esclaves et oblats d’être de véritables acteurs juridiques, avant de nous intéresser à la
contestation de ces statuts par le droit. Nous avons aussi présenté ce qui peut être dit concernant
le statut des déportés dans la société babylonienne.
Concernant l’esclavage privé, il est difficile de discerner des origines claires à ce statut. La
possession d’esclave est limitée aux classes les plus aisées de la société babylonienne et ne se lit le
plus souvent que dans les sources issues des archives privées de familles d’entrepreneurs ou dans
les tablettes produites par des cours de justice. Il n’existe plus d’esclavage pour dette. Des esclaves
sont d’anciens prisonniers de guerre, obtenus d’Egypte, mais les sources à ce sujet sont très peu
nombreuses. L’adoption peut créer une relation de dépendance entre l’enfant et ses parents
adoptifs, et le statut des enfants adoptés dépend aussi de la situation sociale de leurs parents

148
adoptifs : certains devaient travailler pour leurs parents ou pour le temple. Il existait aussi une
certaine infériorité des adoptés par rapport aux enfants naturels, maintenue par le droit notamment
concernant la transmission de l’héritage. Les liens entre esclavage / dépendance et adoption
existaient certainement, mais il convient de garder une certaine souplesse à ce sujet.
Les origines historiques du statut d’oblat, bien que difficiles à tracer, semblent toutefois être
liées aux relations entre la royauté et les temples babyloniens depuis plusieurs siècles avant notre
période d’étude. Les donations de terres, de privilèges et, parfois, de travailleurs sont lisibles dans
nos sources, de la part de plusieurs souverains (néo-)babyloniens comme néo-assyriens. Les
donations de prisonniers de guerre ou de populations en conflit avec la royauté néo-assyrienne
auprès des temples demeurent rares. Toutefois, il semblerait bien que les temples babyloniens aient
pu obtenir de larges domaines nécessitant une main-d’œuvre importante pour être travaillés. La
pratique de donation se retrouve à une échelle moins importante par les transferts d’esclave par des
particuliers auprès des temples (notamment l’Eanna). La reproduction naturelle d’une population
dépendante attachée à ces institutions paraît avoir été la principale source d’obtention de ces oblats,
ce qui a pu poser des problèmes structurels du fait de leurs fuites. La donation d’esclave pour qu’il
ou elle devienne oblat(e) pouvait se faire à la mort du maître / de la maîtresse. Ce décalage créait
parfois des difficultés pour le temple d’obtenir les dépendants qui lui étaient dus, du fait de
l’appropriation illégale de ceux-ci, en général par des proches de l’ancien(ne) maître(sse). Par son
rôle économique majeur pour la ville d’Uruk, l’Eanna obtenait aussi des esclaves en compensation
de dettes non payées par des particuliers.
En ce qui concerne les déportés, l’histoire des déportations est bien connue grâce au récit
biblique, vérifiable dans ses grandes lignes dans les sources babyloniennes. Du fait de ses besoins
en main-d’œuvre en Babylonie, la royauté néo-babylonienne, à la suite de ses campagnes en Syrie-
Palestine, a déporté ce qui semble avoir été des milliers de personnes de ces régions. Cela impliqua
la création de communautés rurales, désormais connues grâce à des tablettes récemment éditées.
L’étude des sources judiciaires et juridiques concernant le statut des esclaves et oblats, les
possibilités de leur contestation ou la capacité pour ces populations d’être de véritables acteurs
juridiques montrent, nous l’avons vu, certaines constantes. De manière générale, nous retrouvons
des esclaves ou des oblats dans des procès ou diverses procédures juridiques lorsque les intérêts de
leur maître ou de leur temple étaient en jeu. Nous ne percevons que rarement ces personnes
agissant pour leur propre compte. La contestation du statut d’esclave n’amène qu’à certaines
occasions un véritable affranchissement. De même, l’affranchissement, tel que nous le comprenons
pour d’autres sociétés antiques, ne semblait pas vraiment exister ; il y a toujours un maintien de
liens avec l’ancien maître ou sa famille, pour les quelques rares cas où il y avait affranchissement.

149
Celui-ci semblait plutôt constituer une composition de liens familiaux nouveaux ou, au contraire,
la suppression totale des liens entre l’esclave et le maître.
Pour notre compréhension de l’esclavage et des différents statuts de dépendance dans la
société babylonienne, ce que nous avons étudié jusqu’à présent ne nous donne qu’un portrait très
partiel de ce qui constituait les réalités de ces statuts personnels. Il faut, pour approfondir notre
étude, désormais nous intéresser aux activités des esclaves, oblats et déportés afin de bien
comprendre leur importance pour l’économie et le travail en Babylonie de la deuxième moitié du
premier millénaire avant Jésus-Christ.

150
Deuxième partie

151
Aspects économiques de l’esclavage, de la
dépendance et des communautés de déportés

Après avoir posé le cadre historique et juridique des statuts d’esclavage, de dépendance, et
de la situation des déportés d’origine judéenne et ouest-sémitique au sein de la société babylonienne
des époques néo-babylonienne et achéménide, il nous faut maintenant nous intéresser à la place
des esclaves, dépendants et déportés dans l’économie de la Babylonie. Dans quelles strates socio-
professionnelles retrouvons-nous ces personnes et qu’y accomplissent-elles ? Comment s’organise
leur travail, et que cela dit-il sur leur situation au sein de la société babylonienne ? Ce seront les
questions qui vont nous intéresser au cours de notre deuxième partie, pour laquelle les sources
disponibles sont les plus importantes et les plus précises.

Dans un premier temps, nous allons nous intéresser au statut des esclaves comme valeur
d’échange, afin de bien distinguer ces personnes des dépendants des temples et des déportés. Les
esclaves et leur force de travail connaissent une évaluation à l’échelle de la société babylonienne.
C’est cette valeur et la manière dont elle est déterminée que nous allons tout d’abord étudier. Puis,
nous analyserons la place des esclaves comme acteurs économiques. Nous retrouvons des esclaves
comme travailleurs domestiques, artisans et enfin comme agents de leur maître. La situation
professionnelle d’un esclave influence grandement son statut social : les dynamiques sociales en
place auront l’occasion d’être étudiées au cas par cas à ce sujet.

Ensuite, nous étudierons les activités des dépendants du temple. Nous les retrouvons dans
tous les secteurs dans lesquels les temples ont un intérêt, mais à des échelles différentes. Les
dépendants sont aussi bien mobilisés dans l’agriculture des domaines des temples, dans la gestion
de leurs troupeaux d’ovins, de bovins et de volaille, dans l’artisanat, mais aussi comme main-
d’œuvre mobilisable à tout moment pour différentes tâches. Là aussi, la situation d’un oblat dans
chacun de ces domaines joue beaucoup sur son statut au sein de la société babylonienne et ses
possibilités de mobilité sociale.

Enfin, nous présenterons le cadre économique des communautés des déportés d’origine
judéenne et ouest-sémitiques installés dans la région de Nippur. Les sources disponibles en
provenant présentent sur le moyen terme des trajectoires socio-économiques assez différentes. La
manière dont certaines familles de déportés se sont constitués comme des acteurs majeurs de
l’économie locale et leurs relations avec l’administration royale constituerons un des points d’intérêt
principaux de notre étude. Ce sera aussi l’occasion d’étudier la place des dépendants-šušanû dans ce
système économique, notamment concernant la mobilisation de leur force de travail.

152
Esclavage privé : domesticité, artisanat, gestion du patrimoine foncier et
commercial

L’esclave comme bien et marchandise : vente, transmission, location

Achat et vente d’esclaves privés

Avant d’étudier les activités économiques des esclaves dans leur diversité, il nous faut
présenter le statut de l’esclave comme marchandise dans les relations économiques entre individus
dans la société babylonienne. L’esclave fait l’objet de plusieurs types de transactions, dont nous
avons pu voir les caractères juridiques (normes d’écriture, intérêt pour l’identification des esclaves,
nécessité de l’enregistrement d’un acte de vente ou de transmission par dot ou héritage). Nous nous
intéresserons désormais à la valeur économique de l’esclave. Pour cela, nous allons tout d’abord
présenter les données liées à l’achat et à la vente d’esclaves entre particuliers, issues des archives de
l’économie privée.

Coût des esclaves selon les contrats de vente et attestations de prix318


Texte Date Lieu Archive Esclave Prix Acheteur Vendeur
fIsinnâtiet ses
enfants Šamaš-
nibi-ana-ilî, Arad- 80 sicles Dabibi / Arad-
BM 92997319 Kand. 15 26 / X Babylone ? Bunene et Burašu d'argent Ebabbar320 ? Gula
Nabû-mukîn-
TCL XII Dunanu et Nabû- 140 sicles apli / Aplaya Ilu-bani / Nabû-
027321 Nbk. 2 29 / IV Borsippa Ea-ilûta-bani kullimanni d'argent // Ilu-bani ilê'i // Ilu-ibniya
30 sicles
Nbk. 029 Nbk. 3 [x] / IV Babylone Nûr-Sîn fNinlil-abni d'argent [cassé] Iddin-Marduk
Sahritu-ša-
Mušallim- 68 sicles Šulaya / Zêr- Kibaya / Nabû-
Nbk. 061 Nbk. 7 23 / VI Marduk Egibi Nabû-silim d'argent ukîn ilê'i
Sahritu-ša-
Mušallim- 45 sicles Mušêzib-Bêl / Šamaš-uballiṭ /
Nbk. 062 Nbk. 7 15 / VIII Marduk Egibi fIbnaya d'argent Marduka Ṣillaya
fNanaia-adirat et 19 sicles Kaṣir et Iddin- Šamaš-uballiṭ et
Nbk. 067 Nbk. 7 19 / IX Babylone Nûr-Sîn son fils d'argent Marduk / Ubartu / Zapiš,

318
Une partie de nos références provient de deux tableaux issus de [Jursa, 2010] : le premier, p. 233, rassemble
16 références à des prix d’esclaves de tablettes inédites de Borsippa préservées au British Museum, le second,
p. 741, référencie 90 mentions de prix d’esclaves masculins.
319
[Weidner, 1952 : 41]
320
Aucun nom d'acheteur indiqué, seulement le dieu Šamaš (ce qui indique peut-être la vente de ses esclaves au
temple de Sippar).
321
[Joannès, 1989 : 139]

153
Iqišaya // héritier d'Amêl-
Nûr-Sîn Isin

50 sicles
BM 82786322 Nbk. 9 23 / IX Borsippa ? Un esclave d’argent ? ?
Kudurru /
Un esclave non 27 sicles Marduk-[x] //
OECT X 050 Nbk. 10 17 / XI Kiš ? nommé. d’argent Šangû-[x] Bêl-ibni
Huṣṣutu-
ša-Ba'u- 54 sicles Šulaya / Zēr-
Nbk. 094 Nbk. 12 26 / II ereš Egibi Nabû-rihtu-uṣur d'argent ukîn Šakin / Iqišaya
[x]-eṭir /
59 sicles Nadnaya // Nabû-ereš /
Nbk. 096 Nbk. 12 10 / IX Babylone Egibi Bêl-lišši d’argent Egibi Aplaya // Nûr-Sîn
Gimillu / Bêl-eṭir /
34 sicles Šubaya // Dumuqqu // Sîn-
Nbk. 097 Nbk. 12 12 / IX Babylone ? fNanaia-daṣunu d'argent Šangû-[x] mudammiq-unnišu
Šamaš-dannu
fŠahnaya et fŠa- / Mušezib-
Nbk. 13 02 / Nanaia-bani, sa 35 sicles Marduk //
Nbk. 100 VII Babylone ? jeune fille de 3 ans d'argent Šangû-Agade Ibnaya / Šum-ukîn
Nabû-zêr-
ušabši / Bêl-
šum-iškun,
Un esclave non 65 sicles Nabû-nilik-šari
Nbk. 103 Nbk. 14 13 / I Babylone ? nommé. d’argent / Bêl-iqiša Šulaya
20 sicles
Nbk. 110 Nbk. 17 27 / VI Babylone ? [x]šû d’argent (nom cassé) Haharu / Nadnaya
[x] / Bêl- Têšî-eṭir /
62 sicles uballiṭ // Dinnaya //
Nbk. 117 Nbk. 19 16 / VI Babylone ? Ša-Bêl-ušabši d'argent Amêl-[x] Sagdidi
Nbk. 23 22 / 30 sicles
PTS 2823323 XII Uruk ? Un esclave. d’argent ? ?
Cinq esclaves :
[x]-Anunnitu, Zêr-
ukîn et son épouse
OIP CXXII f[x], Adunu, 34 sicles
015 Nbk. 24 17 / XI Biratatu ? fLamagištu d'argent Šadilu [x]
Nabû-ahhê- Nabû-mušêtiq-ṣeti
45 sicles iddin / Šulaya / Rimût-Bêl //
Nbk. 166 Nbk. 26 11 / VI Babylone Egibi fNanaia-kiširrat d'argent // Egibi Egibi
Nabû-itti-ēdi-
alik, l'esclave
de Nabû-
balāṭu-ereš, le
20 sicles qîpu de Bêl-tuya-ukîn /
Nbk. 175 Nbk. 27 25 / VI Sippar Ebabbar fNanaia-kiširrat d'argent l'Ebabbar Nabû-eṭir-[x]
Nbk. 27 16 / 20 sicles
FLP 1541324 VII Uruk ? Un esclave. d’argent ? ?
Nabû-ahhē-
fSilim-Ištar
et ses bulliṭ / Ša-
enfants (non Nabû-šū, fGuzummaya /
AnOr VIII Nabû-ahhê- nommés, nombre 20 sicles prêtre de Nabû-ahhê-
011 Nbk. 28 20 / II Uruk bulliṭ non précisé) d'argent l'Eanna mušallim
Ištar-šum-uṣur
/ Bêl-ahhê-
iddin, Iddin-
Nergal / Bêl-
ah-iddin, Nabû-ahhē-bulliṭ /
AnOr VIII 37,5 sicles Nabû-mukîn- Ša-Nabû-šū, prêtre
013 Nbk. 28 30 / IX Uruk ? Šamaš-ahhê-uṣur d’argent zêri / Bêl-ibni, de l'Eanna

322
[Jursa, 2010 : 233]
323
[Jursa, 2010 : 741]
324
[Jursa, 2010 : 741]

154
Iqišaya / Nûr-
Ea, Nabû-
mukîn-apli /
Nabû-zêr-ibni,
Gimillu /
Šum-ukîn,
Ištar-šum-
uballiṭ / Ša-
Nabû-šû
Nabû-ahhê-
46 sicles iddin / Šulaya
Nbk. 195 Nbk. 28 20 / XI Babylone Egibi d’argent // Egibi Arrabi
fBâba-eṭirat
et Itti- Nabû-eṭir-
Nabû-înîya / 30 sicles napšâti / fGuzummu / fŠa-
Nbk. 201 Nbk. 29 16 / V Borsippa Nûr-Sîn Ubartu d'argent Mandidi pullatu
Bêl-uballiṭ /
51 sicles Šumaya // Bêl-ušallim / Bêl-
Nbk. 203 Nbk. 29 13 / VI Babylone ? Ša-bêl-ikanši d'argent Irani uballiṭ // Išparu
Kabtiya / Nabû-
na'id // Mandidi,
fUbartu, Nabû- 55 sicles Kaṣir / Iqiša et sa mère
Nbk. 207 Nbk. 29 11 / XI Babylone Nûr-Sîn êda-uṣur d'argent // Nūr-Sîn fGuzumma

47 sicles
d'argent + une
quantité d'orge
d'une [x], esclave de Nabû-zêr-ukîn /
Šamaš-šulum- reconnaissance Mušallim- Marduk-šum-ukîn
Nbk. 228 Nbk. 30 27 / XI Sippar ? šubarah de dette Marduk // Dannêa
Nabû-ušallim Nabû-šum-iškun /
TuM II/III fKinûnîti et sa fille [x] mine(s) / Šamaš- Kudurru // Ili-
020 Nbk. 31 28 / Via Borsippa Ea-ilûta-bani fSilim-Ištar d'argent mudammiq bani
Six esclaves : Bêl-
eṭiranni, fŠidada-
lumur, son épouse,
Nabû-kîni-uṣur,
Nabû-kal-lumur,
Nabû-buniya, un
Wunsch, enfant de deux fIna-Esagil- Mušezib-Marduk /
Iddin- ans, fMammitu- 140 sicles ramat / Zēriya Marduk-eṭir //
Marduk n°16 Nbk. 34 26 / XI Babylone Nûr-Sîn silim, leurs enfants. d'argent // Nabaya Nappahu
Nabû-šullimanni, 70 sicles
VS VI 043 Nbk. 36 03 / V Babylone Sîn-ilî Ša-Bêl-udu d’argent Ṭabiya Bêl-ẑer-ibni ?
Pir'u / Marduk-
ušallim // Ahhē'u,
son épouse
Nabû-zêr-ukîn Gagaya, et Zēriya
20 sicles / Bêl-iddin // / Labāši //
Nbk. 346 Nbk. 38 13 / IV Kiš Egibi Bariki-ilî d'argent Šangû-Ea Ahhē'u
Bulṭaya / Sîn-
leqe-unnini //
Nbk. 38 13 / [x]-dumki-ilî et 35 sicles Iddin- Nabû-ile'i / Nabû-
VS V 013 XII Babylone Sîn-ilî fIna-šâr-abluṭ d'argent Papsukkal šum-iškun
Nbk. 40 13 / 30 sicles
YBC 3722325 VII Uruk ? Un esclave. d’argent ? ?
Nabû-eṭir /
Šangû- 23 sicles Iqišaya // Rišat / Nabû-šum-
Nbk. 386 Nbk. 41 11 / XI Babylone Ninurta fBānîtu-tuklatu d'argent326 Šangû-Ninurta iddin // Sîn-tabni
Šamaš-šar-
fAna-makanni et uṣur /
Ina-Nanaia-u[...]a, 44 sicles Humhum-aha- Nergal-uṣur /
GCCI II 095 AM. 1 17 / [x] Kabbartu ? sa fille non-sevrée d'argent iddin Nanaia-ibni

325
[Jursa, 2010 : 741]
326
Il est précisé que l'argent du paiement provient de la dot de l'épouse de l'acheteur, fBêlessunnu, fille de Nabû-
zêr-ukîn.

155
Bêl-ahhē-iddin et
Quatre esclaves : Nabû-ahhē-bulliṭ /
Nabû-edā-uṣur, Esagil-šum-ibni //
fBānîtu-umma son Sîn-damaqu, et
épouse, fKišrinni Nabû-ahhē- leur mère fRešat /
et fGimilinni, ses 120 sicles iddin / Šulaya Šuzubu // Šangû-
Ner. 002 Ner. 0 16 / VI Babylone Egibi sœurs. d'argent // Egibi parakki
25 sicles
Ner. 007 Ner. 0 23 / X Babylone ? Un esclave d’argent ? ?
35 sicles
Ner. 023 Ner. 1 03 / V Babylone ? Un esclave d’argent ? ?
Nûr-Bêl-lumur et Nabû-ahhē- fBeletlitu / Bêl-

son épouse 90 sicles iddin / Šulaya ušêzib // Ša-


TCL XII 065 Ner. 1 23 / IX Babylone Egibi fNanaia-remanni d'argent // Egibi našišu
Un esclave, peut- 6 sicles
BM 82623327 Ner. 2 18 / VI Borsippa ? être un enfant d’argent ? ?
Šamaš-zêr-ibni /
Nabû-šum-uṣur //
Nabû-mukîn- Asû, et son épouse
Kî-Šamaš et 40 sicles apli / Arad-Bêl fIštar-šarrat /

YOS XIX 006 Nbn. 0 25 / IV Uruk ? fMulter'iti d'argent // Kurû Kidinnu


Quatre esclaves :
fHadūbaya et Ana-
Bitqa-ša- Nabû-buniya, Bêl-
Bêl-eṭir- e-NE-Šamaš, ses
šîhu-ša- fils, et sa fille non- Šum-ukîn /
AnOr VIII Bêlti-ša- sevrée fNanaia- 110 sicles Bêl-zēri // Ahhē-iddin / Bêl-
019 Nbn. 0 15 / VI Uruk Basiya hidinni. d'argent328 Basiya eṭir
67, 5 sicles
Liverpool 13 Nbn. 0 20 / VI Babylone ? Un esclave d’argent ? ?
Nabû-ahhê-
35 sicles iddin / Šulaya fBelilitu
/ Bêl-
Nbn. 013 Nbn. 0 12 / XI Babylone Egibi Bazuzu d’argent // Egibi ušêzib // Šipri
Šum-ukîn /
58 sicles Bêl-zēri // Nabû-mukin-apli /
YOS VI 005 Nbn. 0 26 / XII Babylone Basiya Nabû-silim329 d'argent Basiya Šuzubu
Mušêzib-
Marduk /
Marduk-eṭir
// Nappahu et
Marduk-šum-
iddin / Nabû-
Nbn. 039 / Bît-Ṭāb- fDidinnatu et 50 sicles ahhê-iddin // Nabû-kaṣir /
040330 Nbn. 1 15 / VIII Bêl Nûr-Sîn fAlakšu-lumur d'argent Nappahu Nabû-zêr-lišir
Wunsch, Iddin-Marduk
Iddin- fDidinnatu et 54 sicles / Iqiša // Nabû-kaṣir /
Marduk n°99 Nbn. 1 15 / IX Šahrinu Nûr-Sîn fAlakšu-lumur d'argent Nūr-Sîn Nabû-zêr-lišir
Ṭabiya /
Nabû-apla- Nergal-ina-teši-eṭir
34 sicles iddin // / Marduk-šapik-
VS V 022 Nbn. 2 28 / XII Babylone Eppešilî Nabû-remanni d’argent Eppešilî zêri // Eppešilî
Bêl-ušallim / Eriba
// Eppešilî et son
60 sicles Ibni-Ištar / épouse Ilsunu /
GCCI I 385 Nbn. 3 11 / XII Uruk Eanna ? Šamaš-ittiya d'argent Marduka Šulaya
Nabû-ahhê-
50 sicles iddin / Šulaya fIna-Esagil-batlit /
Nbn. 147 Nbn. 4 23 / II Babylone ? d’argent // Egibi Nabû-ibnâ //

327
[Jursa, 2010 : 233]
328
L'argent est présenté comme l'équivalent du prix de mille gur d'orge.
329
L'esclave vendu est barbier.
330
Cette vente a probablement été annulée, les esclaves furent vendues un mois plus tard comme le montre
Wunsch, Iddin-Marduk, n°99.

156
Nabû-eṭir /
35 sicles Nergal-šum-
Nbn. 176 Nbn. 4 25 / XI Babylone ? d’argent ibni / Êṭiru
fApatu-ereš /

Kurṣaya,
épouse de
Humhum-aha-
Uštahudâ fIna-dannatu-alšiš iddin, et ses
(région et fHabaṣiru, sa 65 sicles fils Arrab et
YOS VI 073 Nbn. 5 23 / I d'Uruk) Eanna ? fille d'argent Niqudu /
Nabû-bân-zêri /
Nabû-ahhê- Marduk-zêr-ibni
65 sicles iddin / Šulaya // Uballissu-
Nbn. 194 Nbn. 5 25 / VI Babylone Egibi Uqupu d’argent // Egibi Marduk
60 sicles fNinlil-[x] / Nabû-šum-iqiša /
Nbn. 212 Nbn. 5 25 / XI Babylone Ina-ṣilli-bît-akîtu d’argent Labâši // [x] [x] // Isinnaya
60 sicles Silim-Bêl /
TCL XII 087 Nbn. 6 06 / XI Šahrinu Nûr-Sîn fHabaṣitu d'argent Marduk Iddina / Erebšu
Bêlšunu / Bêl-
Nbn. 6 14 / 40 sicles ahhê-iddin // Nabû-ahhê-iddin /
Nbn. 244 XIIa Babylone Ina-qâtê-Bêl d’argent Sîn-()lu Šulaya // Egibi
Bibbanni / Raṣipa
52 sicles Nabû-uballiṭ / et Marduk /
FLP 1574331 Nbn. 01 / IX Elammu ? Mušêzib-Nabû d’argent Nabû-iqbi Nabû-zêr-ukîn
fUmmu-ana-āli, Madānu-šum-
fGudaditu et 180 sicles iddin / Nergal- Iddin-Marduk /
Nbn. 273 Nbn. 7 13 / XI Babylone Nûr-Sîn fRe'indu d'argent332 zēr-ibni Iqišaya // Nûr-Sîn
Nabû-ahhê- Labâši-Marduk /
52 sicles iddin / Šulaya Nadin // Šangû-
Nbn. 274 Nbn. 7 20 / XI Babylone Egibi Bêl-ṣullê-šeme d’argent // Egibi Ea
Nabû-bani-[x]
Nabû-šulum- 60 sicles / Silim-[x] //
YOS VI 196 Nbn. 8 [x] / IV Uruk ? šukun d'argent Arad-Ea Arad-Bêl / Šuzubu
Bêlšunu / Bêl- Esagil-zēr-ibni /
Ša-Bêl-ušabši , vieil 22 sicles ahhē-iddin // Bêl-uballiṭ //
Nbn. 300 Nbn. 8 15 / V Babylone ? homme d'argent Sîn-imitti Niani
Nabû-ereš et
fṬābatu / Nabû-šum-šakin /
Nabû-ah- 55 sicles Lâbâši // Tabnêa // Ahu-
Nbn. 336 Nbn. 9 24 / II Babylone ? rimanni333 d'argent Nabaya bani
CTMMA III Nûr-Šamaš et 130 sicles Iddin-Marduk Nidintu / Nabû-
077 Nbn. 9 10 / VII Babylone Nûr-Sîn Mušêzib-Nabû d’argent / Iqišaya šarri-uṣur
Nabû-ereš /
50 sicles Tabnêa // Bêl-šunu / Bêl-eṭir
Nbn. 367 Nbn. 9 05 / IX Babylone Egibi Nabû-dîni-epuš d'argent Ahu-bani / Buraqu
Šapik-zêri /
14 sicles Nabû-zêr- Nabû-ereš / Ahu-
Nbn. 388 Nbn. 9 08 / XII Babylone ? fLi’itu d’argent iddin bani
Nabû-zēr-ibni Nabû-ereš /
50 sicles / Akara // Tabnêa // Ahu-
Nbn. 434 Nbn. 10 26 / VI Babylone Egibi Nabû-dîn-ipuš d'argent Arad-Ea bani
Šamaš-aha-
Sîn-leqe- 37 sicles iddin / Nergal- Nabû-zēr-ukîn /
YOS VI 197 Nbn. 10 25 / X Uruk unninnî fNanaia-rammat d'argent dān Manna-damū
65 sicles
BM 27864334 Nbn. 11 19 / II Borsippa ? Un esclave d’argent ? ?
Lumur-dumqi-Bêl, Itti-Marduk-
Nbn. 509 fSinunu, son balāṭu / Nabû- Nabû-ereš /
(duplicat de épouse, et fIna- 120 sicles ahhē-iddin // Tabnêa // Ahu-
Nbn. 400) Nbn. 11 02 / III Babylone Egibi bāb-magari-alsiš, d'argent Egibi bani

331
[Jursa, 2010 : 742]
332
Une partie de l'argent (125 sicles) sert à rembourser des moutons de l'Esagil que le vendeur doit au temple.
333
L'esclave vendu est boulanger.
334
[Jursa, 2010 : 233]

157
leur fille de cinq
ans
Bêl-iddin / Itti-Marduk-balāṭu
50 sicles Baniya // / Nabû-ahhē-iddin
TCL XII 099 Nbn. 11 12 / III Babylone Egibi Nabû-kullatu-alsi d'argent Arrabtu // Egibi
65 sicles
Nbn. 518 Nbn. 11 23 / IV Babylone ? Un esclave d’argent ? Nabû-ušêzib
Itti-Nabû-
Nabû-utirru et 80 sicles balāṭu / Bêl- fBa'u-bêl-bîti
/
Nbn. 533 Nbn. 11 21 / VI Babylone Egibi Nabû-alseṣur-abaš d'argent iddin // Egibi Arad-Bêl // Egibi
Kinaya / Kiṣir-
Nabû, et fHipaya /
fAššur-ka'itu-
15 sicles Ištar-ah-iddin Šamaš-iddin, son
YOS VI 201 Nbn. 11 18 / IX Kakkabtu ? ṭabat335 d'argent / Arad-Nabû épouse
Iddin-Marduk
60 sicles / Iqiša // Arrabi / Addu-
Nbn. 564 Nbn. 11 22 / X Babylone Nûr-Sîn Nabû-natannu d'argent Nūr-Sîn ahhē-ušallim
Nabû-zēr-ukîn /
Itti-Marduk- Šulaya //
balāṭu / Nabû- Luṣṣunab-Marduk,
32 sicles ahhē-iddin // et fHigatu, son
Nbn. 635 Nbn. 12 17 / III Babylone Egibi fAna-âlišu d'argent Egibi épouse
45 sicles
BM 94693336 Nbn. 12 16 / V Borsippa ? Un esclave d’argent ? ?
Bêl-iddin /
Šapik-zēri //
35 sicles Mudammiq- Labāši / Zēriya //
Nbn. 648 Nbn. 12 16 / IX Babylone Nûr-Sîn fLâ-qiptu d'argent Addu Nabaya
Suqaya / Bêl-rimanni /
70 sicles Badinsu // Labāši-Marduk //
Nbn. 665 Nbn. 12 13 / XI Kiš ? fAmtiya d'argent Paharu Ašgandu
Nabû-rem-
50 sicles iškun, esclave Nabû-eṭir / Tabni-
Nbn. 666 Nbn. 12 21 / XI Babylone ? Nabû-lu-salim d’argent de Silim-Bêl Ea // Ša-našišu
Nabû-ahhê- fHabašinnatu /

Nbn. 12 09 / 37 sicles iddin / Šulaya Nabû-šum-iškun


Nbn. 671 XII Babylone Egibi fŠêpîtaya d'argent // Egibi // Kaṣir
Arad-Nabû / Rigi
Nabû-ahhê- // Nagāru, et son
Nbn. 12 20 / 31 sicles iddin / Šulaya épouse fBabu-uṣur
Nbn. 680 XII Babylone Egibi fKalbatu d'argent // Egibi / Nabû-ile'i
Šuzubu / Minū-Bêl-dāni /
VS V 030 / Lugalmaradda- 63 sicles Rimut // Rimut //
031 Nbn. 12 25 / XI Babylone Nappahu tukultu d'argent Kānik-bābi Mukallim
Ahiya-likin /
Marduk-šum- Nabû-ayalu et
fNanaia-silim, âgée 17 sicles iddin / Zêriya Kuddiya / Karrik-
Nbn. 693 Nbn. 13 21 / I Babylone ? de six ans. d'argent // Šangu-Gula šarrussu
Itti-Nabû-balāṭu /
Tēši-eṭir / Zēriya, et son
50 sicles Nabû-ile'i // épouse Eṭirtu /
Nbn. 756 Nbn. 14 22 / I Šahrinu Nûr-Sîn Nabû-matūa d'argent Šamaš-abari Ahhē-iddin
fHabaṣirtu avec ses

deux enfants,
fBanitu-taddini, Itti-Marduk-
âgée de treize ans, balāṭu / Nabû-
Bît-šâr- et son frère de six 65 sicles ahhē-iddin //
Nbn. 765 Nbn. 14 04 / III Bâbili Egibi [ans / mois ?] d'argent Egibi Bêl-iddin
Nabû-uṣuršu / Nabû-zēr-ukîn /
Nbn. 14 04 / 60 sicles Balāṭu // Nabû-mūlu //
Nbn. 801 VIII Babylone Egibi Rimut-Ba'u d'argent Lummušaya Ašlaku

335
L'esclave vendue faisait partie de la dot lors du mariage des vendeurs.
336
[Jursa, 2010 : 233]

158
Šulaya / Nabû-bani-zēri /
Nbn. 14 22 / Bît-šâr- 70 sicles Gimillu // Ea- Nabû-bani-apli //
Nbn. 806 VIII Bâbili Ea-eppêš-ilî Šapî-Nabû d'argent eppēš-ilî Ile'i-Marduk
Itti-Marduk- Marduk-šum-ibni
balāṭu / Nabû- / Marduk-šum-
80 sicles ahhē-iddin // ukîn // Ilî-[x]-
Nbn. 829 Nbn. 15 12 / I Borsippa Egibi fŠidattu d'argent Egibi maṭu-Marduk
fHabaṣirtu,sa fille Itti-Marduk-
fBanîtu-taddinu et balāṭu / Nabû-
un enfant non- 60 sicles ahhē-iddin // Bêl-iddin / Silim-
Nbn. 832 Nbn. 15 21 / I Babylone Egibi sevré d'argent Egibi Bêl // Damqu
Nabû-ittiya, le
majordome de
45 sicles Nusku-ina- Addu-liqinam /
Nbn. 892 Nbn. 15 05 / VI Babylone ? Addu-lūsalim d'argent uṣur Šapūa
Nbn. 15 11 / 43 sicles
BM 82673337 XII Borsippa ? Un esclave d’argent ? ?
Mušêzib-
Marduk /
Nabû-[x], Mannu- 180 sicles Marduk-
TCL XII 116 Nbn. 16 11 / IV Babylone ? kî-Bêl et son fils d’argent ušallim [x] / Nabû-iddin
Iddin-Marduk,
Nbn. 16 [x] / 50 sicles / Iqiša // fEṭirtu / Ahhē-
Nbn. 1020 XII Babylone Nûr-Sîn Nabû-mattūa d’argent Nūr-Sîn iddin
YOS VI Kalbaya / Nadin / Ištar-zēr-
207338 Nbn. 17 01 / IV Maškanu Basiya Ana-Ištar-taklak 40 kur d'orge Iqiša // Basiya ibni
Iddin-Marduk, Bêlšunu / Bêl-
48 sicles / Iqiša // ahhê-eriba // Rê’i-
Nbn. 1039 Nbn. 17 07 / IV Babylone Nûr-Sîn Nabû-kiššunu d’argent Nūr-Sîn sisi
Itti-Nabû-
balāṭu /
Marduk-bani- Nabû-usallim /
Bît-šâr- 53 sicles zēri // Bêl- Kinaya // Ile'i-
Nbn. 1044 Nbn. 17 21 / V Bâbili ? Bêl-suppê-muhur d'argent eṭiru Marduk
Wunsch,
Iddin- Iddin-Marduk
Marduk 51 sicles / Iqiša // Nabû-eṭir /
n°267 Camb. 1 15 / IX Šahrinu Nûr-Sîn Ila-ikṣur d'argent Nūr-Sîn Nergal-šum-ibni
fIna-Esagil-

72 sicles ramat / Balāṭu Nuptaya / Na'id-


VS V 035 Cyr. 1 28 / XI Babylone Egibi fNanaia-bêl-uṣur d'argent // Egibi Marduk // Babutu
Un esclave 90 sicles
BM 96412339 Cyr. 2 08 / IX Borsippa ? boulanger d’argent ? ?
Itti-Marduk-
balāṭu / Nabû- Remût-Bêl /
Un esclave non 152 sicles ahhē-iddin // Nabû-mušêtiq-ṣeti
Cyr. 120 Cyr. 3 26 / V Babylone Egibi nommé. d'argent Egibi //
Rêmut-Nabû /
Šamaš-pir'i- Mušêzib-Marduk /
60 sicles uṣur // Marduk-šakin-
Cyr. 146 Cyr. 3 22 / XII Babylone Eppešilî Madânu-šar-uṣur d'argent Eppešili šumi // Eṭêru
110 sicles
Cyr. 332 Cyr. 6 [x] Sippar ? Mušezib-Šamaš d’argent Nûr-Šamaš fAyartu

Nadin /
Nabû-šum-
fSikkû
et son fils 50 sicles uṣur // Bêl-iddin / Nabû-
TEBR 082 Cyr. 6 24 / II Borsippa ? Nabû-rihtu-uṣur d'argent Huṣâbi apal-iddin // Illiya
ROMCT II 20 sicles
004340 Cyr. 7 25 / XI Babylone ? Un esclave d’argent ? ?

337
[Jursa, 2010 : 234]
338
La vente sert à payer ce qui était à la charge du vendeur envers l'Eanna d'Uruk. L'acheteur est chargé du
fermage de l'Eanna.
339
[Jursa, 2010 : 234]
340
[Jursa, 2010 : 742]

159
Dummuqu / Arad-Marduk /
51 sicles Bêl-ahhê-iddin Šamaš-pir'i-uṣur
Cyr. 362 Cyr. [x] 21 / XII Babylone Nûr-Sîn Madânu-bêl-uṣur d'argent341 // Egibi // Eppešilî
Iddin-Marduk fKaššaia / Nabû-

60 sicles / Iqiša // šum-iškun //


Camb. 015 Camb. 0 21 / XI Babylone Nûr-Sîn fKabtaya d'argent Nūr-Sîn Mandidi
Nabû-bêl-uṣur ; ce
dernier est Bêl-na'id, le
remplacé par Ṭabiya / responsable des
Šamaš-iddin, 60 sicles Nabû-šum- oblats d'Ištar
YOS VII 114 Camb. 1 05 / V Uruk Eanna tanneur. d’argent iškun d'Uruk
90 sicles Bunânu /
YOS VII 130 Camb. 2 03 / VI Uruk Eanna Mari’lih d’argent Eanna Marêšaya
Asalluhi-aha- Itti-Marduk-balāṭu
Camb. 2 24 / 80 sicles uṣur / Šilaia- / Nabû-ahhē-iddin
Camb. 143 XII Opis Egibi fMizâtu d'argent [...] // Egibi
Bêl-iqîša /
Šellibi //
d'Atkuppu, et
Bêl-kêšir / Itti-Marduk-balāṭu
Camb. 3 19 / fŠikû, Libluṭtu et 210 sicles Šulaya // / Nabû-ahhē-iddin
Camb. 189 VII Babylone Egibi Nabû-ittannu d'argent Egibi // Egibi
Kî-Šamaš, enfant
de cinq ans, et Nabû-mukîn-apli
Ištar-ah-iddina, 150 sicles et Bêl-šar-uṣur /
YOS VII 164 Camb. 4 22 / IV Uruk Eanna quatre ans d’argent Eanna Ahiya-lidu
Iddin-Nabû /
Camb. 4 10 / 120 sicles Remut // Iddin-Nabû /
VS V 051 VII Borsippa ? Guzanu342 d'argent Kidinnu Nabû-šum-uṣur
Kalbaya /
125 sicles Ṣilaya // Innibaya / Šum-
Camb. 287 Camb. 5 30 / VI Babylone ? fKišaya d'argent Nabaya Bêl // Šangû-Gula
Itti-Marduk-balâṭu
AJSL 27, p. Libluṭ, Nabû- 210 sicles Nabû-ikiša et / Bêl-ahhê-iddin
226 Camb. 5 21 / IX Babylone Egibi ittannu, Sikkû d’argent Bêl-kišir // Egibi
Itti-Marduk-
Nergal-apla?-[x]343 balāṭu / Nabû-
et Nabû-alqa- 180 sicles ahhē-iddin //
Camb. 290 Camb. 5 11 / X Šahrinu Egibi [x]bibi d'argent Egibi Tabannu / Niqudu
Ina-Esagil- Marduk-šapik-zēri
fBānîtu-gûzu et 180 sicles râmat / Zēriya / Bêl-uballiṭ //
Camb. 307 Camb. 6 04 / II Babylone Egibi Mulissu-silim d'argent // Nabaya Nagiri
fMizâtu et ses deux Itti-Marduk-
filles non-sevrées, balāṭu / Nabû-
fNanaia-bêl-uṣur et 160 sicles ahhē-iddin // Habaṣiru /
Camb. 309 Camb. 6 15 / II Humadêšu Egibi fŠepet-Ninlil-aṣbat d'argent Egibi Niqudu
Itti-Marduk-
fNanaia-ittiya et sa balāṭu / Nabû-
fille âgée de trois 120 sicles ahhē-iddin // Iddin-Nabû /
Camb. 334 Camb. 6 22 / IX Babylone Egibi mois344 d'argent Egibi Mušezib-Bêl
Quatre esclaves :
fŠalam-dîni-inni,

deux filles de cette Nabû-zēr-iqiši Nabû-šum-iddin /


dernière et 510 sicles / Aplaya // Marduk-šum-uṣur
VS V 053 Camb. 6 05 / X Babylone Egibi fMannu-idassu-idi d'argent Egibi // Nūr-Papsukkal
50 sicles
BM 82628345 Camb. 6 15 / X Borsippa ? Un esclave d’argent ? ?

341
L'argent sert comme remboursement d'une dette d'Arad-Marduk auprès d'Iddin-Marduk / Iqišaya // Nûr-Sîn.
342
L'esclave vendu est boulanger.
343
Nergal-apla-[x] est décrit comme ayant les oreilles coupées, une tache blanche sur l'œil et comme étant
marqué.
344
Les esclaves vendues sont des prisonnières de guerre, obtenues lors de la campagne de Cambyse en Egypte.
345
[Jursa, 2010 : 234]

160
Nadin / Iddin-
ahhē // Isinaya, et
fŠa-Ninlil-uddu,
son épouse
fNanaia-ittiya et fInṣabtu /
fNanaia-kilili-
476 sicles Bêl-[x] / Marduk-šum-uṣur
Camb. 362 Camb. 7 [x] / I Babylone Egibi uṣur346 d'argent Iddin-Marduk // Arad-Nergal
Itti-Marduk- Razam-arma /
balāṭu / Nabû- Razam-umarga' et
160 sicles ahhē-iddin // Aspume-tana' /
Camb. 384 Camb. 7 02 / IX Humadêšu Egibi fKardara' et fPatiza' d'argent Egibi Asputatika
Baga’-pada /
Hebraica 8, 160 sicles Nabû-zêr-
p. 134 Camb. 7 17 / X Babylone ? Ratakka d’argent iddin Tumma’ / Barzu
Iddin-Nabû /
80 sicles Nabû-bani-zēri Na'id-Bêl / Arad-
VS V 149 Camb. [x] Babylone Nappahu Atkal-ana-Bêl d'argent // Nappahu Bêl // Etillu
Iddin-Nabû /
fŠa-pî-kalbi / Nabû-zēr-[x] //
fMannu-idassu-idi Marduk- Šamaš-abari, et son
Camb. [x] 24 / et son fils Ša-pî- 210 sicles remanni // épouse fNinlil-erat
VS V 056 VIII Babylone Nappahu ? kalbi d'argent Sippē / Nabû-šum-ibni
420 sicles
BM 102007347 Bar. 1 Borsippa ? 4 esclaves hommes d’argent ? ?
Iddin-Nabû /
VS IV 087 / 135 sicles Habaṣiru / Nabû-bân-zêri //
088 Dar. 1 04 / II Babylone ? Nabû-ittannu d’argent Tabnêa Nappahu
VS V 062 / 120 sicles Iddin-Nabû // Iddin-Nabû /
063 Dar. 3 XII? Sippar ? fUbartu d'argent Šangu-Agade? Kalbaya // Išparu
Itti-Marduk-
balāṭu / Nabû- Nabû-kaṣir / Nûr-
50 sicles ahhē-iddin // Sîn // Iddin-
Dar. 070 Dar. 5 02 / V Babylone Egibi Nabû-silim348 d'argent Egibi Papsukkal
60 sicles
NBC 6240 Dar. 5 26 / II Sippar ? Un esclave d’argent ? ?
95 sicles
BM 96175 Dar. 6 09 / V Borsippa ? Une esclave d’argent ? ?
Marduk-naṣir- Bêl-nadin-apli,
apli / Itti- Nabû-šumu et
Hahhuru- 250 sicles Marduk-balāṭu Nâ'id-Bêl / Bêl-
Dar. 212349 Dar. 6 26 / IX ša-Kalbaya Egibi Nabû-šillim d'argent // Egibi uballiṭ // Paharu
240 sicles
BM 26639350 Dar. 8 03 / [x] Borsippa ? Un esclave d’argent ? ?
Marduk-naṣir-
apli / Itti-
120 sicles Marduk-balāṭu Šum-iddin /
BRM I, 072 Dar. 8 21 / IV Babylone Egibi Nabû-ittiya d’argent // Egibi Nabû-ah-uṣur
Nidintu-Bêl /
Niqudu // Addu-
Itti-Nabû- šum-ereš, et sa
balâṭu / Nabû- mère fKabtaya /
VS V 070 / 155 sicles bân-zêri // Takiš // Sîn-tabni-
071 Dar. 8 28 / VIII Babylone Nûr-Sîn fŠa-Ninlil-uddu d'argent Eṭeru uṣur
fIna-Esagil- Itti-Nabû-balāṭu /
172 sicles ramat / Balāṭu Nabû-mukîn-zēri
VS V 073 Dar. 10 14 / XI Babylone Egibi fŠa-Ninlil-uddu d'argent // Egibi // Eṭeru
Itti-Bêl-abni et 240 sicles
fŠikkuttu, son d'argent Nabû-ahhē- Kalbaya / Ṣilaya
Dar. 430 Dar. 12 6 / [x] ? Egibi épouse brillant bulliṭ / Itti- // Nabaya

346
Les esclaves ont été obtenues en échange d'une maison à Kiš de la part d'Itti-Marduk-balâṭu de la famille des
Egibi.
347
[Jursa, 2010 : 234]
348
L'esclave vendu est boulanger.
349
La vente sert en partie à rembourser une dette ; l'esclave était mise en gage chez le créditeur de cette dette.
350
[Jursa, 2010 : 234]

161
Marduk-balāṭu
// Egibi
60 sicles Nabû-takiš-
Dar. (1)2 27 / d'argent uṣur / Nabû- fNubattatu /
VS V 114 XII Dûr Tattannu fTapparašra brillant zēr-ibni Nabû[...]ri-ibni
Bêl-ittannu /
60 sicles Šamaš-uballiṭ Bêl-ušallim /
Iraq 59, 44 Dar. 14 22 / IX Sippar ? [nom cassé] d’argent // Ša-našišu Šamaš-iddin
60 sicles
BM 29025351 Dar. 16 23 / IV Borsippa ? ? d’argent ? ?
Au moins 5
esclaves : Nanaia-
[x], Madānu-bêl-
uṣur, Bêl-gabbi- Marduk-
[bêlumma], bêlšunu /
Après Dar. 16 28 fAhassunu, 1440 sicles Arad-Marduk fAmat-Baba /
Dar. 429352 / VI ? Egibi fHašdayyitu d'argent // Šangû-Ea Kalbaia // Nanaia
Šaddinni /
120 sicles Balassu // Kidinni-Marduk /
VS V 085 Dar. 18 01 / XII Borsippa Bêliya'u Kî-Šamaš d'argent Bēliya'u Nabû-uballiṭ
193 sicles
Deux esclaves, une d’argent pour
femme et un la femme, 210
BM 26576353 Dar. 18 10 / XII Borsippa ? homme pour l’homme ? ?
28 sicles
BM 25638354 Dar. 18 22 / [x] Borsippa ? Une esclave d’argent ? ?
140 sicles fTabluṭu / fKusippitu /

d'argent Iddin-Nabû // Šamaš-zēr-ibni //


VS V 090 Dar. 19 02 / V Babylone Nappahu Banîtu-rê'ûtu brillant Nappahu Rê'î-sisî
30 sicles Bêl-ittannu /
d'argent Qi'âš-Marduk Nabû-bêl-napšāti /
Dar. 492 Dar. 19 21 / XI Babylone Egibi Ubar brillant // Ur-Nanna Mušêzib-Marduk
80 sicles Iddin-Nabû /
d'argent Nabû-bani-zēri Šum-iddin / Šulaya
VS V 093 Dar. 20 16 / XII Babylone Nappahu Itti-bêl-gūzu brillant // Nappahu // Šangû-Gula
Marduk-naṣir-
apli / Itti- Mušêzib-Marduk /
53 sicles Marduk-balāṭu Marduk-šum-uṣur
Dar. 537 Dar. 22 09 / II Babylone Egibi Arad-Madānu355 d'argent // Egibi // Rab-banê
fŠulum-ahattu

50 sicles / Basiya, Šulumua et son


d'argent épouse de épouse fIqupuata /
VS V 095356 Dar. 23 28 / XII ? ? fBazitu brillant Nanaia-ereš Nabû-natikil
50 sicles
BM 21978357 Dar. 24 03 / VII Borsippa ? Un homme d’argent ? ?
fLurindu /
fNanaia-ittiyaet 120 sicles Mušezib-Bêl Ahušunu / Nabû-
son fils Mār-bîti- d'argent // Ea-ilûta- mušêtiq-ṣētî //
TCL XIII 200 Dar. 30 01 / IV Borsippa Ea-ilûta-bani iddin brillant bani Nanâhu
80 sicles
NBC 6152358 Dar. 30 20 / II Sippar ? ? d’argent ? ?
Fortification 145 sicles
s de d'argent Marduk- Bêl-iddin /
Fort. 11786359 Dar. [x] Persépolis Persépolis Ṭab-pašir-Bel brillant bêlšunu Niqudu

351
[Jursa, 2010 : 234]
352
Cette tablette rappelle les conditions de vente avant de déclarer son annulation.
353
[Jursa, 2010 : 234]
354
[Jursa, 2010 : 234]
355
Il est précisé que l'esclave est malade, peut-être touché par la lèpre (garabanu).
356
La vente s'inscrit dans une dot constituée pour fLurindu. C'est la mère de cette dernière qui paye la somme
d'argent.
357
[Jursa, 2010 : 234]
358
[Jursa, 2010 : 743]
359
[Tolini, 2011 : 807]

162
140 sicles
d'argent Iddin-Bêl / fBinunu/ Murašû
VS V 126 Dar. 30 25 / [x] Borsippa Iliya fItti-Nanaia-gûzu brillant Nûrêa // Iliya // Marduk-abišu
Un esclave
120 sicles (nom cassé) de Itti-Nabû-balāṭu /
d'argent Nabû- Šamaš-rê'ua //
VS V 111 Dar. [x] 25 / XI Zabadda Tattannu fNanaia-tuqnu brillant tattannu-uṣur Zabadda
80 sicles Marduk-šum- Nabû-apla-iddin /
VS V 112 Dar. [x] [x] / XII Babylone ? fDinayyatu d'argent iddin / Šulaya Nabû-zēr-iqiša
fKumepitu /

240 sicles Šamaš-zēr-ibni fTabluṭu / Bêl-


VS V 127 Dar. [x] [x] / II Babylone Nappahu fBanitu-rê'ua d'argent // Rê'i-sisi iddin // Rê'î-sisū
132 sicles
BM 28877360 Xer. 1 08 / II Borsippa ? Un esclave d’argent ? ?
Bêl-rimanni,
120 sicles esclave de
d'argent Napsannu /
VS V 118 Xer. 4/8 25 / VI Dûr Tattannu fŠamhita brillant Tattannu Kununib / Pasiria
fAna-muhhi- 180 sicles
CUSAS Bît Nanaia-taklak et sa d'argent fŠalammu /
XXVIII 052 Xer. 7 20 / I Hamma[x] Âl-Yahûdû fille marqué Hannan Iqišaya / Barîk-il
40 sicles
Nûr- d'argent Bêl-ušallim /
VS V 116 ŠEr. 0 21 / VII Borsippa Papsukkal ? Rikis-kali-Bêl brillant Kuṣura Arad-Marduk
Quatre esclaves :
Bêl-silim361, Šišûa,
Hurru et fHannat- 300 sicles Rimût-Ninurta Bêl-ittannu, officier
PBS II/I 065 Dar. II 3 19 / VI Nippur Murašû Esi d'argent purifié // Murašu royal
Bel-ahhiani’ /
Dar. II 5 03 / 55 sicles Bel-ab-uṣur / Mušezib-Bel,
PBS II/I 113 XIIb Suse Murašû Bel-natanu d'argent purifié Bel-bullissu esclave de Šatahma
fAttar-dannat et sa Marduk-šum-
Bît Minû- fille non-sevrée ukîn / Bêl- Nabû-dilînî,
Dar. II 9 22 / ana-Bêl- fNanaia- 80 sicles erîba // esclave de Minû-
CBS 1594362 XII dānu Murašû bulliṭininni d'argent purifié Murašû ana-Bêl-dānu
Mamiya /
fAška'itu-ṭâbat, Tahtamû,
fNidintu, fAmat- 180 sicles esclave de
BM 30126363 Art. 35 21 / XI? Gummânu ? bêltiya d'argent purifié Tattannu Ubarri / Balâṭu
Epoque
achéménide, pré- Tidanu et 240 sicles Šam-mahtini' /
VS V 141 Darius II ? ? Hanantani d'argent purifié Ṣihia Ninurta-eṭir
Un membre de
Un esclave (nom 120 sicles la famille Bariki-iltammeš /
VS V 142 ? Borsippa Tattannu cassé) d'argent Tattannu Ilum-laya
Gimillu /
Marduk-šum-
Egibi d'Uruk Une esclave (nom 40 sicles ibni // Arad-Marduk /
VS V 150 ? Uruk ? ? cassé) d'argent Nappahu Zēriya // Egibi
Aplaya / Bêl-
zabaddu,
esclave de
30 sicles Tannitu-Bêl / fAmat-Bêltiya /
VS V 128 Art. [x] ? ? fRahima' d'argent Eriba Nabû-aqabi

360
[Jursa, 2010 : 234]
361
Bêl-silim est boulanger.
362
[Stolper, 2001 : 103‑111]
363
[Stolper, 1989 : 94‑95]

163
Ce tableau rassemble des données issues de contrats de vente d’esclaves et de reçus d’argent
suite à la vente d’esclaves, permettant d’établir une valeur précise associée à un ou une esclave sur
l’ensemble de la période qui nous intéresse.
La vente d’esclave se fait dans la très grande majorité des cas contre de l’argent. Nous ne
connaissons qu’un seul cas où un esclave, Ana-Ištar-taklak, est vendu contre 40 kur d’orge (7200
litres), dans la tablette issue des archives de l’Eanna YOS VI 207. Il est précisé que le paiement se
fait à Kalbaya, fils d’Iqiša, descendant de Basiya, qui est à l’époque chargé du fermage du temple,
et que l’orge provenait des réserves du temple. Il est possible que le vendeur ait pu, de cette manière,
solder le reliquat d’une dette en orge en échange d’un esclave dont il disposait. Le reste des
transactions dont nous disposons se faisait en argent, avec des précisions quant à sa qualité qui
apparaissent (degré de pureté, présence de marques, type d’argent…), comme dans le reste de la
documentation cunéiforme de cette période.
La vente d’esclave ne se distingue pas, comme acte économique, des ventes de tout autre
bien mobilier (animaux, orge, dattes), toutefois l’usage qui est fait des esclaves en est bien différent.
La valeur en argent moyenne d’un esclave évolue et connaît une forte inflation ; de manière
générale, le fort coût en argent d’esclaves limite leur accès aux classes les plus riches de la société
babylonienne. Les 167 ventes connues pour environ deux siècles d’histoire invitent aussi à
relativiser la fréquence de ce type de transaction. La possession d’esclave et l’importance de
l’esclavage dans l’économie privée doivent être comprises par le statut des archives que nous
possédons : celles de la notabilité urbaine babylonienne, constituée de familles commerciales, de
notables, d’officiers royaux. Il s’agit ainsi d’un phénomène limité aux usages de cette classe socio-
économique.
En effet, très peu de ventes d’esclaves sont présentes dans les archives des temples
(Ebabbar, Eanna). Seules cinq cas nous sont connus documentant directement l’achat d’esclave
soit par le temple (ce qui indiquerait une acquisition pour l’institution elle-même), soit par un
administrateur du temple (ce qui peut signifier un usage personnel de l’esclave acheté) : BM 92997
(le dieu Šamaš est présenté comme l’acheteur des quatre esclaves), Nbk. 175 (achat d’une esclave
par l’administrateur de l’Ebabbar), AnOr VIII 011 (achat par le prêtre de l’Eanna d’une esclave et
de ses enfants), YOS VII 130 (achat pour le trésor de l’Eanna), YOS VII 164 (idem). Dans le sens
inverse, un seul cas présente la vente d’esclave par un administrateur du temple : AnOr VIII 013
(le même prêtre achetant des esclaves en AnOr VIII 011). Comme nous l’avons vu, l’accès par les
temples à des dépendants pouvant travailler pour eux se fait principalement par d’autres manières
que l’achat direct d’esclaves, qui est ainsi assez marginal pour ces institutions. De même, les
transactions économiques privées des responsables des temples nous sont moins connues que

164
celles dans le cadre de leur travail. L’esclavage concerne majoritairement, dans l’état actuel des
sources, le secteur privé de l’économie babylonienne.
L’étude des prix des esclaves permet de percevoir une certaine variation à deux échelles :
une inflation générale des prix du début à la fin de notre période d’étude, mais aussi des différences
de prix qui s’expliquent par différents critères quant aux caractéristiques des esclaves vendus.
L’inflation fut déjà remarquée par M. A. Dandamaev dans son étude de l’esclavage, percevant à
l’époque néo-babylonienne un prix moyen autour de cinquante sicles d’argent pour un esclave
adulte masculin, moindre pour une femme, et une multiplication par un facteur 1,5 à 2 de ce prix
moyen sous les Achéménides, pour atteindre dans certains cas des valeurs extrêmement élevées364.
La hauteur de ce prix moyen réserve l’accès à l’achat d’un esclave aux plus riches de la société
babylonienne : peu de personnes peuvent rassembler de telles sommes d’une marchandise comme
l’argent, qui avait un circuit de circulation circonscrit à certains secteurs de l’économie.
L’inflation du prix des esclaves suit une tendance générale de l’inflation des prix de
nombreux biens à partir de l’époque achéménide (orge, dattes, sésame…). Toutefois, contrairement
à ces biens, les esclaves constituent un produit de luxe, demandé par une part assez précise de la
société (entrepreneurs et leur famille, officiers des temples, divers membres de la société
urbaine…), avec une offre très limitée et pour des usages bien différents. Si cette inflation s’explique
par un accès à de plus larges sources d’argent qui se diffusent au sein de la Babylonie dès l’époque
néo-babylonienne, pour s’accentuer à l’époque achéménide365, les prix des esclaves connaissent des
variations propres à la nature des personnes vendues. Plusieurs critères nous semblent en effet
jouer pour expliquer ces différences : l’âge de l’esclave, son sexe, son état de santé et son métier. Il
est aussi possible qu’il y ait pu y avoir négociation entre vendeur et acheteur, néanmoins ceci est
difficile à vérifier étant donné que les étapes intermédiaires menant à la vente ne nous sont pas
connues.
Différents critères permettent de comprendre les variations des prix entre esclaves : l’âge,
le sexe, le métier, l’état de santé. Nous allons déterminer à partir de chacun de ses critères les
différences de valeur qui peuvent ainsi exister. Certaines des variations que nous observons lorsque
l’on considère l’ensemble de la documentation paraissent difficiles à expliquer. Il est tout à fait
possible que la vente ait pu faire l’objet d’une négociation, ou que certains éléments permettant
d’évaluer le prix de l’esclave et la valeur de sa force de travail ne sont pas retranscrits dans nos
sources. Toutefois, les critères que nous proposons de prendre en compte sont parfois lisibles et,

364
[Dandamaev, 1984 : 204].
365
[Jursa, 2010 : 741‑753].

165
par la comparaison des contrats de vente entre eux, nous pouvons montrer certaines tendances
générales quant au prix des esclaves.
L’âge des esclaves est très rarement indiqué dans les contrats de vente. Les mentions d’âge
se limitent aux enfants, la plupart du temps vendus accompagnés d’un ou des deux parents. Très
peu d’enfants sont vendus seuls, mais il existe quelques cas. YOS VII 164 (Camb. 4, 22 / IV, Uruk,
Eanna) est un contrat de vente, assez particulier, entre deux frères et l’Eanna : ils vendent pour 150
sicles d’argent deux enfants nommés Kî-Šamaš et Ištar-ah-iddin, respectivement de cinq et quatre
ans. Les deux frères doivent de larges quantités de laine et d’ovins au temple. Cette dette a été
convertie en esclaves, estimée selon une valeur d’argent indiquée dans le contrat. Chaque enfant,
désigné comme esclave dans le texte, vaut ainsi 75 sicles d’argent, une valeur un peu moins élevée
que celle d’esclaves hommes adultes que l’on retrouve autour de la même année. Comme cette
vente s’inscrit dans la conversion d’une dette due au trésor de l’Eanna, il est possible que ce prix
soit évalué différemment par rapport à ce qui doit être remboursé à l’origine par le couple. Ceci est
ainsi réglé par la vente des esclaves, en réalité une forme de saisie liquidataire des biens des deux
frères. Aucune mention d’un paiement effectif de l’argent par le temple n’est faite, ce qui en soi
n’est pas inhabituel mais les équivalences d’argent avec la laine et les ovins dus au temple indiquent
que le couple n’a pas reçu d’argent pour cette vente. Il est dès lors difficile d’utiliser ce texte pour
évaluer le prix d’un enfant esclave du fait de son contexte particulier.
Une autre mention d’une fillette vendue seule apparaît dans le texte Nbn. 693
(Nbn. 13, 21 / I, Babylone). La date correspond à la fin d’une période de famine en Babylonie, qui
explique peut-être les raisons de cette vente d’une enfant366. fNanaia-silim, âgée de six ans, est
vendue pour dix-sept sicles d’argent. Le contrat de vente ne diffère pas de la majorité des contrats
de vente que nous connaissons, contrairement au texte précédent. Ce faible prix pour une esclave
s’explique donc peut-être par son âge. Un autre cas possible d’une vente d’enfant esclave pourrait
être la tablette BM 82623 (Ner. 2, 18 / VI, Borsippa), mais cela n’est pas du tout certain : le prix
est de six sicles d’argent, le plus bas observé pour une vente d’esclave durant notre période d’étude.
Michael Jursa propose cette hypothèse d’un enfant vendu pour expliquer cette valeur, mais cela est
invérifiable en l’état367.
De même, nous ne disposons que de deux mentions d’esclave vendus alors qu’ils sont très
âgés. Tout d’abord, Nbn. 300 (Nbn. 8, 15 / V, Babylone), où Ša-Bêl-ušabši est vendu pour vingt-
deux sicles d’argent alors qu’il était « vieux » (akkadien, ligne 3 : šibû)368. Cela paraît être la seule

366
[Beaulieu, 1989 : 202‑203].
367
[Jursa, 2010 : 234].
368
Un autre esclave nommé Ša-Bêl-ušabši fut vendu pour soixante-deux sicles d’argent dans le contrat Nbk. 117,
daté trente-cinq ans plus tôt et rédigé lui aussi à Babylone. Malheureusement, le nom de l’acheteur dans ce

166
raison de ce faible prix. Dans la même ville, à quelques mois près, un esclave homme adulte peut
coûter plus cher : cinquante-deux (Nbn. 274), cinquante-cinq (Nbn. 336) ou soixante-cinq sicles
d’argent (CTMMA III 077). Il paraît logique qu’un esclave plus âgé coûte moins cher, car sa force
de travail serait ainsi disponible moins longtemps. Ša-Bêl-ušabši semble être célibataire et sans
enfants, l’acheteur de l’esclave ne dispose ainsi pas d’autres esclaves grâce à cet achat. L’autre
mention d’une esclave vendue âgée est Nbn. 388 (Nbn. 9, 08 / XII, Babylone), où fLi’itu, « vieille »
elle aussi (šibtu), est vendue pour quatorze sicles d’argent.
Si les enfants esclaves vendus seuls sont extrêmement rares, les ventes de familles d’esclaves
(monoparentales ou non) sont bien plus fréquentes369. Lorsqu’il n’y a qu’un seul parent esclave avec
son ou ses enfants370, il s’agit avant tout de la mère qui est vendue. Plusieurs cas de couples vendus
avec leur(s) enfant(s) sont disponibles : AnOr VIII 019 (un couple et deux enfants, 110 sicles
d’argent), Nbn. 509 (un couple et un enfant, 120 sicles d’argent), Wunsch Iddin-Marduk n°16
(un couple et quatre enfants, 140 sicles d’argent), PBS II/I 065 (un couple et deux enfants, 300
sicles). Les familles avec la mère comme seul parent sont donc majoritaires dans les contrats de
vente, et si l’on tient compte qu’il était rare que les familles d’esclaves soient séparées, cela indique
soit la mort des pères des enfants en question, soit des naissances extra-conjugales (avec le maître
comme père, mais sans reconnaissance légale des enfants). Les sources ne nous permettent
toutefois pas d’aller plus loin concernant cette question.
Le prix d’une mère et de ses enfants atteint souvent des tarifs inférieurs à celui d’un esclave
masculin vendu seul. Si une femme esclave est considérée comme moins chère qu’un homme, le
prix d’un enfant, notamment très jeune, peut être très faible : ainsi, comparons les textes rédigés à
Babylone Nbk. 096 (Nbk. 12, 10 / IX), Nbk. 097 (Nbk. 12, 12 / IX) et Nbk. 100 (Nbk. 13, 02 /
VII). Sur une période courte de moins d’une année, on peut observer la vente, respectivement, d’un
esclave homme pour cinquante-neuf sicles, d’une femme pour trente-quatre sicles, et d’une femme
et sa fille de trois ans pour trente-cinq sicles d’argent. Si l’enfant est effectivement la raison de
l’augmentation du prix d’un sicle, celle-ci n’est pas très importante. Les deux ventes de femmes
restent d’une valeur inférieure de presque la moitié du prix de l’esclave masculin. La raison peut
être la suivante : un enfant jeune n’est pas certain de survivre dans une société où la mortalité
infantile est importante, dès lors sa valeur en termes de force de travail n’est pas assurée. L’enfant

dernier texte est cassé, mais il est fils de Bêl-uballiṭ, comme Esagil-zêr-ibni dans Nbn. 300. S’il s’agit bien du même
esclave, il aurait été vendu adulte en Nbk. 117 et assez âgé, selon l’espérance de vie à l’époque, en Nbn. 300.
369
AnOr VIII 011, AnOr VIII 019, BM 92997, Camb. 309, Camb.334, CBS 1594, CUSAS XXVIII 052, GCCI II 095,
Nbk. 067, Nbk. 100, Nbn. 509, Nbn.765, Nbn. 832, PBS II/I 065, TCL XIII 200, TEBR 082, TuM II/III 020, VS V 053,
VS V 056, YOS VI 073, Wunsch Iddin-Marduk n°16.
370
Comme on le voit dans les textes AnOr VIII 011, BM 92997, Camb. 309, Camb. 334, CBS 1594, CUSAS XXVIII
052, GCCI II 095, Nbk. 067, Nbk. 100, Nbn. 765, Nbn. 832, PBS II/I 065, TCL XIII 200, TEBR 082, TuM II/III 020, VS
V 053, VS V 056, YOS VI 073.

167
est un coût pour le maître ou la maîtresse et ne travaille pas, a priori. L’investissement peut se révéler
plus important que son produit final. La valeur de la femme esclave forme ainsi le gros du prix en
argent dans Nbk. 100.
Cela nous amène à considérer le sexe de l’esclave comme critère important pour déterminer
son prix. Les comparaisons entre textes proches dans l’espace et le temps peuvent apporter des
éléments de réponse, comme nous venons tout juste de le faire. Ainsi, prenons quelques exemples :
• Nbk. 061 (Nbk. 7, 23 / VI) et Nbk. 062 (Nbk. 7, 15 / VIII) : les deux textes ont
été rédigés à Šahritu-ša-Marduk, dans la région de Babylone371, à moins de deux
mois d’intervalle. Il s’agit de deux contrats de vente, le premier pour Nabû-silim en
échange de soixante-huit sicles d’argent, le second pour fIbnaya et quarante-cinq
sicles.
• Nbn. 564 (Nbn. 11, 22 / X) et Nbn. 635 (Nbn. 12, 17 / III) : deux textes de
Babylone. Dans le premier, un homme esclave, Nabû-natannu, est vendu pour
soixante sicles d’argent. Dans le second, une femme, Ana-ališu, l’est pour trente-
deux sicles d’argent.
• BM 26576372 (Dar. 18, 10 / XII, Borsippa) : ce document présente la vente de deux
esclaves, un homme et une femme. La femme est vendue pour 193 sicles d’argent,
l’homme pour 210.

Sur des intervalles de temps assez courts, par ces quelques exemples les variations de prix
indiquent ainsi un prix moindre pour les esclaves femmes. Si l’on raisonne en termes de prix moyen
sur une période plus longue, on peut faire la même observation. Ainsi, si l’on prend toutes les
attestations de prix d’esclaves femmes vendues seules ou avec une autre femme (avec le prix divisé
ainsi selon le nombre d’esclaves vendues) entre l’an 3 de Nabuchodonosor II et l’an 15 de
Nabonide 373 , on obtient un prix moyen de 39,22 sicles d’argent pour une esclave. Cela est à
comparer avec le prix moyen pour un esclave homme de 49,62 sicles d’argent obtenu par Michael
Jursa pour une période entre l’an 36 de Nabuchodonosor II et l’an 17 de Nabonide 374. Pour cette
période, et avec les limites inhérentes à ce type de calcul, une esclave était en général moins chère
qu’un esclave d’environ 20 %.

371
[Zadok, 1985 : 264‑265].
372
[Jursa, 2010 : 234].
373
Période incluant les textes suivants : Nbk. 029, Nbk. 062, Nbk. 097, Nbk. 166, Nbk. 175, Nbk. 386, Nbn. 039 /
040, Wunsch Iddin-Marduk 099, TCL XII 087, Nbn. 273, YOS VI 197, YOS VI 201, Nbn. 635, Nbn.648, Nbn.665,
Nbn.671, Nbn.680, Nbn.829.
374
[Jursa, 2010 : 744]

168
Pour la période achéménide, toutefois, le prix d’une esclave semble être plus cher si l’on
s’en tient au prix moyen. Il existait toutefois de fortes variations entre les prix et les attestations de
femmes vendues seules sont moins nombreuses que pour les hommes. Si l’on calcule à partir des
textes entre l’an 1 de Cyrus et l’an 9 de Darius II375, on obtient un prix moyen de 119,1 sicles
d’argent, plus élevé que la valeur observée par Michael Jursa entre l’an 1 de Cyrus et l’année
d’accession de Šamaš-eriba de 89,6 sicles pour un esclave. L’inflation générale des prix, de fortes
variations et l’échantillon moindre en ce qui concerne les attestations de prix pour des femmes
esclaves rendent toutefois difficiles l’exploitation de telles données.
Si l’on tente d’expliquer une variation des prix à partir du genre des esclaves vendus, la seule
observation des contrats de vente ne suffisent pas. Que pourrait expliquer la valeur moindre ou
plus élevée d’une esclave si l’on ne tient compte que de ce critère ? Il faut observer les tâches
réalisées par les esclaves femmes et les comparer avec celles des hommes si l’on tente une
explication à partir du travail réalisé. Celui-ci, pour ce qui concerne les femmes, est très rare dans
nos sources, comme nous le verrons plus tard dans notre travail. Les esclaves femmes semblaient
avant tout réaliser des travaux domestiques, au-sein du foyer de la famille qui les possédaient. Nous
ne connaissons que peu d’esclaves femmes ayant un savoir-faire particulier, lié à l’artisanat, au
contraire des hommes, où les données sont plus importantes à ce sujet : nous connaissons des
hommes esclaves boulangers, barbiers, tanneurs, agents commerciaux. Le travail des hommes
esclaves pouvait aussi être loué, estimables par des redevances payées auprès du maître ou de la
maîtresse (mandattu). Ceci est rarement le cas pour les femmes esclaves. La diversité des tâches
réalisée par les hommes esclaves, si l’on s’en tient à nos sources écrites, pourrait expliquer cette
plus grande valeur en argent qui leur est accordée.
Un autre critère pouvant expliquer un prix plus important pour un esclave serait son métier,
la possession d’un savoir-faire particulier. Le métier le plus fréquemment cité dans les contrats de
vente est celui de boulanger376 (nuhatimmu), comme dans les textes Nbn. 336 (55 sicles), BM 96412
(Cyr. 2, 90 sicles), VS V 051 (Camb., 120 sicles), Dar. 070 (50 sicles), PBS II/I 065 (Dar. II, 75
sicles). Comparés aux prix observés pour d’autres esclaves pour des textes proches dans le temps,
ces prix demeurent dans la moyenne observée, voire sont moins élevés pour ce qui concerne Dar.
070. Un esclave barbier est vendu pour 58 sicles dans le contrat YOS VI 005 (Nbn. 0, 26 / XII,
Babylone), là aussi un prix dans la moyenne des autres observés durant le règne de Nabonide.
Enfin, un esclave tanneur, Šamaš-iddin, est livré en échange d’un autre esclave auparavant vendu

375
Camb. 015, Camb.143, Camb. 287, Camb.362, Camb.384, BM 26576, VS V 035, VS V 062 / 063, VS V 070 /
071, VS V 073, VS V 095, VS V 111, VS V 112, VS V 114, VS V 118, VS V 126, VS V 127.
376
Chargé de la préparation du pain et des pâtisseries, mais il peut aussi de la cuisine en général au sein de la
sphère domestique.

169
dans YOS VII 114 (Camb. 1, 05 / V, Uruk), pour le prix de soixante sicles d’argent, moins élevé
que d’autres prix pour un esclave sous Cambyse (comme dans YOS VII 130, écrit peu après aussi
à Uruk, où un esclave a été vendu pour quatre-vingt-dix sicles). Les variations de prix observées
pour des esclaves artisans sont donc peu signifiantes par rapport aux données rassemblées par
l’ensemble des contrats de vente. Si l’on peut penser a priori qu’un esclave capable de réaliser un
travail qualifié pouvait coûter plus cher, cela ne paraît pas être réellement le cas.
Deux autres critères pouvaient jouer sur le prix des esclaves, mais sont très peu
documentés : l’état de santé de l’esclave, et son passif en tant que fugitif. Un seul cas d’un esclave
est connu pouvant avoir été affectée d’une maladie : Dar. 537 (Dar. 22, 09 / II, Babylone, Egibi),
où Arad-Madânu est dit être « garabanu », ce qui a pu être traduit comme « lépreux »377. Son prix,
cinquante-trois sicles d’argent, est effectivement inférieur aux valeurs observées pour d’autres
hommes esclaves vendus à la même période. De même, l’esclave tanneur Šamaš-iddin
précédemment cité est décrit comme « hummuru », c’est-à-dire « estropié »378, sans que ce handicap
soit précisé. Son prix de soixante sicles d’argent avait été déterminé par l’esclave qui devait être livré
à l’origine par le vendeur, ce qui limite peut-être la signification de cette valeur appliquée pour
Šamaš-iddin (aucun complément en argent n’est demandé).
Enfin, en ce qui concerne la possibilité qu’un esclave soit fugitif, cette mention n’apparaît
jamais dans un contrat de vente. Toutefois, l’esclave Bariki-ilî, vendu en Nbk. 346 (Nbk. 38, 13 /
IV, Kiš), est connu pour avoir été fugueur à plusieurs reprises, comme nous l’avons vu plus tôt
dans notre travail en analysant le compte-rendu de procès Nbn. 1113. Il s’agit bien du même
esclave, car sa maîtresse fGagaya est mentionnée dans les deux textes, le dernier permettant de
connaître un peu mieux la vie de Bariki-ilî. Il semblerait que le contrat Nbk. 346 ait été annulé :
contrairement à ce qu’il laisse entendre, Bariki-ilî n’est pas devenu l’esclave de Nabû-zêr-ukîn, son
acheteur, mais est resté auprès de fGagaya avant d’être transféré en dot à sa fille fNuptaya. Son prix
de vente était peu élevé, vingt sicles d’argent. Il est précisé dans le contrat que les vendeurs, Pir’u
et fGagaya, se portèrent garants au cas où Bariki-ilî s’enfuit ou meurt pendant une période d’un an.
Si cela devait arriver, ils auraient dû amener une compensation à l’acheteur, ou la vente pouvait
s’annuler. C’est peut-être ce qu’il s’est passé étant donné que Bariki-ilî n’est pas mentionné comme
l’esclave de Nabû-zêr-ukîn dans Nbn. 1113. Il admet ainsi avoir fui à plusieurs reprises de chez son
dernier maître, Itti-Marduk-balâṭu de la famille des Egibi. Dès lors, cette réputation d’esclave fugitif
pouvait être déjà établie lors de la rédaction de Nbk. 346, et l’esclave a pu tenter de s’enfuir de
chez Nabû-zêr-ukîn, ce qui expliquerait qu’on le retrouve ensuite chez sa première maîtresse

377
CAD G, p. 49 – 50.
378
CAD H, p. 235.

170
f
Gagaya. Ceci serait la raison de son faible prix de vente et de la présence d’une garantie contre sa
fuite.
Nous avons tenté d’expliquer les variations des prix des esclaves observables dans notre
tableau. S’il existe une inflation générale des prix sur le long terme, un esclave ne semblait pas valoir
un autre esclave : il existait des critères permettant d’établir un prix de vente. Ce que nous venons
de présenter n’est pas entièrement satisfaisant. L’âge de l’esclave pouvait assez clairement expliquer
son prix. Un jeune esclave coûtait peu cher du fait de la nécessité d’un investissement pour qu’il
atteigne l’âge adulte, sans qu’il puisse travailler à plein rendement pour son ou sa propriétaire. Un
vieil esclave valait moins que d’autres esclaves adultes car sa vie touchait à sa fin, sa force de travail
ne pouvait être disponible très longtemps. Les faibles prix observés dans ces deux cas, malgré le
peu d’occurrences, démontrent que l’âge était pris en compte au moment de la vente. En ce qui
concerne le genre de l’esclave, des tendances contradictoires sont visibles et de nombreuses
oscillations assez importantes sont présentes. Il paraît toutefois assez clair qu’une esclave valait
moins cher qu’un homme, mais le prix de femmes esclaves pouvait atteindre de fortes sommes,
notamment au cours de la période achéménide. Le métier ne semble pas être réellement pris en
compte lors de la vente : un esclave artisan valait sensiblement autant qu’un autre a priori non-
qualifié, bien qu’il soit tout à fait possible que le savoir-faire de l’esclave ne fût pas toujours indiqué.
Enfin, l’état de santé et la réputation de l’esclave comme fugueur jouait un rôle, les esclaves
concernés étant moins cher que la moyenne.
Si nos sources ne sont pas toujours précises quant à ces critères (très peu de mentions d’âge,
d’état de santé, de métier…), il faut aussi prendre en compte le caractère particulier de nos sources.
Ces contrats de vente ne rendent pas compte de la négociation qui avait lieu entre le vendeur et
l’acheteur, mais inscrivait dans le cadre du droit la transaction acceptée entre les deux. Tout un
processus d’accord entre eux nous reste invisible, étant du domaine de l’oral, de la sociabilité, du
raisonnement économique, ce qui n’avait pas vocation à être écrit. Le prix des esclaves répondait
certainement à des tendances générales à l’échelle des villes, voire de la région, mais les variations
pouvaient aussi être le résultat d’une négociation, du niveau social des acteurs, d’autant qu’il s’agit
ici de biens « de luxe », réservé à une classe sociale assez limitée. Du fait de la plus grande diffusion
de l’argent à l’époque achéménide, on perçoit une tendance générale à l’inflation des prix, retrouvée
en ce qui concerne les esclaves. L’esclave pouvait être l’objet d’un certain prestige social au-delà de
sa force de travail, malheureusement, si ces considérations sont extrêmement intéressantes et
peuvent être étudiées pour d’autres périodes historiques, elles demeurent en général dans l’angle
mort de nos sources. En tous les cas, les contrats de vente ne suffisent pas pour répondre à ces

171
questions et la valeur de l’esclave, qu’elle soit économique ou sociale, demande à être étudiée à
partir d’autres sources qui nous permettent de mieux comprendre son statut comme marchandise.

Transmission d’esclave par dot et par héritage

Les esclaves pouvaient être vendus, ils pouvaient aussi être transmis dans le cadre des dots
allouées aux épouses lors de leur mariage, ou des divisions d’héritages entre membres d’une famille
à la mort d’un des leurs. Ces textes sont intéressants car ils permettent de voir l’étendue du
patrimoine économique de certaines familles et dans quel contexte des esclaves pouvaient se voir
transmis sans qu’une valeur fiduciaire leur soit attachée.

Divisions d’héritage mentionnant des esclaves


Texte Date Lieu Archive Héritage
YOS XVII 348 // Nbk. 13, Uruk ? Division de l’héritage de Nabû-šum-
VS XX 086379 25 / XI ukîn entre ses deux fils, Remût-Nabû et
Nabû-šum-iddin. Le premier reçoit 3
femmes esclaves 380 et des terres, le
second 7 esclaves 381 (4 femmes, 3
hommes), 2 maisons et un champ.
TCL XII 043382 Nbk. 20, Babylone ? Division d’héritage entre deux cousins,
24 / IX Mušêzib-Marduk et Marduk-šum-
iddin : 31 esclaves, adultes et enfants,
dont certains sont fugitifs ou donnés en
hypothèque ; deux maisons, 43 mines
d’argent, 300 ovins, 41 vaches, des
ânes, des outils, de l’ail, un champ.
YOS VI 143 Nbn. 10, Uruk Damiqu Division de l’héritage d’Ištar-zêr-ušabši
03 / X entre son frère Nabû-mušêtiq-ṣêti et
son fils Ištar-mukîn-apli. Le premier
reçoit 2 esclaves (Nabû-ṣabit-qâtê et
son fils Kalbaya) attachés à une maison
ainsi que 2 autres esclaves. Le second

379
[Joannès, 1987b]
380 f
Ša-Nanaia-udu, fTuqnaia, fŠa-Nanaia-bani.
381 f
Nanaia-keširat, fŠa-šapirti, fNanaia-šubahûa, fIna-Eanna-lumuršu, Linuh-libbi-Ištar, Tukulti-Ištar, Ištar-reṣûa.
382
[Dandamaev, 1984 : 216]

172
reçoit un esclave, Eanna-ibni, le
deuxième fils de Nabû-ṣabit-qâtê.
Wunsch, Iddin- Cyr. 0, 12 Borsippa Egibi Etablissement de l’héritage d’Itti-
Marduk n°260 /X Marduk-balâṭu, transmission à sa
femme Nuptaia. Elle dispose des biens
transmis avec son fils Marduk-naṣir-
apli. Etablissement d’une dot pour le
mariage de sa fille Tašmetu-tabni
composée de deux champs et cinq
esclaves. Don d’un champ et de trois
esclaves à sa fille Esagila-bêlet. Les
esclaves ne sont pas nommés.
Cyr. 168 Cyr. 4, 29 Babylone ? Division de l’héritage de fṢiraya entre
/ IV ses fils Remût et Ea-ibni, issus de deux
mariages. Ils reçoivent chacun une
même part d’héritage : la moitié d’une
maison et un esclave (Puršû et Nabû-
rême-šukun). Un autre esclave est
propriété commune : [x]-mukîn-apli.
Camb. 365 Camb. 7, Babylone Egibi Tablette qui établit la part d’héritage de
06 / II Nergal-naṣir de la famille des Egibi :
parmi 6 esclaves, il reçoit Bêl-pitnanni,
ainsi que 30 sicles d’argent.
Dar. 379 Dar. 14, Babylone Egibi Division de l’héritage d’Itti-Marduk-
24 / XI balâṭu entre ses fils Marduk-naṣir-apli,
Nabû-ahhê-bulliṭ et Nergal-ušêzib.
Cette tablette concerne les maisons et
les esclaves partagés. Marduk-naṣir-
apli, fils aîné, reçoit au moins 40
esclaves, les deux autres fils se
partagent 51 esclaves.
CUSAS XXVIII Dar. 18, Babylone Âl-Yahûdû Division de l’héritage d’Ahiqam entre
045 // Abraham 07 / VII ses fils issus de deux mariages : Nîr-
2007 Yâma et Yâhû-azza, Haggâ, Yâhû-izri
et Yâhûšu. Le premier groupe reçoit
une esclave, Nanâ-bihi, ainsi que dix
jarres. Le second reçoit l’esclave Abdi-

173
Yâhû et huit jarres. Ils se partagent de
l’équipement domestique, lié à une
propriété foncière à Babylone.
TCL XIII 223 Art. I [x] Uruk Bâbaya Texte fragmentaire. Division de
l’héritage entre les deux fils de Bêl-
uṣuršu et fAmât-Bêltiya. Le fils cadet
reçoit plusieurs maisons et terrains
agricoles et 118 esclaves, le fils aîné
reçoit une double part de cet héritage.
Le texte étant cassé, nous ne
connaissons pas le détail de l’héritage.

Dots
Texte Date Lieu Archive Dot
Nbk. 198 Nbk. 29, Babylone ? Constitution de la dot de fRamûa comportant
01 / III une esclave, fAna-nûrišu.
Nbk. 265 Nbk. 34, Babylone Nûr-Sîn Accord concernant la dot d’fIna-Esagil-ramat,
13 / V fille de Zêriya / Nabû-ibni // Nabaya. pour
son mariage avec Iddin-Marduk, de la famille
Nûr-Sîn. Sept mines d’argent, trois esclaves et
des ustensiles de maison ont été transférés.
Les sept mines sont converties en esclaves :
fUbartu et trois enfants, fNanaia-keširat et
deux enfants.
BM 33092 Nbk. 41, ? ? Don pour une dot future accordée à fAmât-
26 / VIII Bêlet par son père Tabnêa / Balâssu // Ah-
bani comportant de l’argent, un champ et 14
esclaves : Bêl-šuzibanni et sa femme, fNanaia-
kilîli-uṣur, son mari et ses deux enfants, fBau-
bêl-bîti et sa sœur fŠiddatu, fBanîtu-šulliminni
et son mari, Lûmur-dumqu-Bêl et sa femme
fSinunu et leurs deux filles.

174
AnOr VIII Nbk. 43, Uruk ? Constitution de la dot de fBissaya, comportant
018 14 / VI une esclave nommée fNanaia-šumahû’a.
Ner. 025 Ner. 1, 06 Babylone ? Dot établie pour fHiptaya par son père
/ VI Marduk-šar-uṣur pour son mariage avec
Nabû-bân-zêri / Bêl-uballiṭ // Dannêa,
comportant 3 esclaves, 5 mines d’argent et 30
ovins.
BM Nbn. 5, [x] Babylone Egibi Versement d’une dot établie pour fNuptaya
33114383 / XI par son père Iddin-Marduk pour son mariage
avec Itti-Marduk-balâṭu des Egibi, avec 10
esclaves (non nommés), 18 mines d’argent et
des ustensiles de maison.
TuM Nbn. 6, 24 Borsippa Ea-ilûta- Dot de fKabtaya donnée par son père Nabû-
II/III / II bani šum-iškun pour son mariage avec Nâdin /
001384 Lûṣi-ana-nûr-Marduk comportant 3 femmes
esclaves : fInbaya, fIštar-šiminni, fBânîtu-

šarrat. Elle comporte aussi une palmeraie et du


matériel de maison.
Nbn. 243 Nbn. 6, 10 Babylone ? Etablissement du contrat de mariage entre
/ XII Uballissu-Gula, fils de Nabû-nadin-ahi / Bêl-
ahhê-iddin // Arad-Nergal et fIna-Esagil-
banat, fille de Šum-ukîn / Mušallimu. La dot
est composée d’une mine d’argent, de trois
femmes esclaves (fLa-tubašinni, fIna-ṣilli-

Esabad, fTaslimu) et d’ustensiles domestiques.


Une partie de l’argent est convertie en une
esclave, fNanaia-keširat (40 sicles).
Nbn. 348385 Nbn. 9, 01 Šapiya Ekur-zaqir ? Etablissement de la dot de fSuqâ’itu, avec 2
/V (région esclaves (1 homme, Nabû-eri, et 1 femme,
d’Uruk) fSilim-Ištar) et une maison à Babylone, par son
père pour son mariage avec Nabû-eṭir.
YOS VI 124 Nbn. 9, 06 Larsa ? Don d’une esclave, fAya-riš, comme dot
/ VII d’fAya-hipat pour son mariage avec Arad-

383
[Roth, 1991 : 21‑22].
384
[Roth, 1989c : 52‑54].
385
[Roth, 1989c : 58‑60].

175
Šamaš par son frère Šamaš-bani-ahi et sa mère
fAplaya.

BM 61434 Nbn. 12, Babylone ? fQudašu s’accorde pour elle-même sa dot qui
+ 62729386 20+ / XI comporte au-moins 3 esclaves : Silim-Bau et
sa fille, f[x]nitu.
Nbn. 760387 Nbn. 14, Babylone Egibi Accord concernant la dot de fQibî-dumqi-ilat
01 / II promise par son père Nabû-ahhê-iddin des
Egibi lors de son mariage avec Dummuqu.
Dot composée d’un champ, de cinq esclaves
(fAmtiya, fŠepetaya, fBanitu-tuklatu,

fGimilinni et fLâ-tubašinni) et d’ustensiles de


maison.
Nbn. 990388 Nbn. 16 Babylone Nappahu Accord de mariage pour fṢirâ avec Nabû-
13 / VIII nadin-šumi / Mušeẑib-Marduk. Ses frères
accordent pour sa dot un champ, deux
esclaves (dont une nommée fŠepitaya) et des
ustensiles et meubles. Paiement effectué en
VS V 040 (Cyr. 7, 19 / I, Babylone).
Nbn. Nbn. 10+, Bît-šar- ? Procès. Mention du transfert de l’esclave
1113389 17 / VIII Babili Bariki-ilî par son ancienne maîtresse fGagaya à
sa fille fNuptaya comme dot lors de son
mariage avec Iddinaya. A la mort de fNuptaya,
il fut transféré avec une prébende, une maison
et d’autres esclaves non nommés.
Cyr. 111 Cyr. 3, 11 Babylone Eppeš-ilî Versement de la dot de [x]enqit par son père
/ III et sa tante à son époux Nabû-taqbi-lišir. La
dot comporte un champ, trois esclaves non
nommés et des ustensiles domestiques.
Cyr. 143390 Cyr. 3, 26 Babylone Nûr-Sîn / Versement de la dot de fTašmetu-tabni par
/ XI Egibi son père Itti-Marduk-balâṭu à son époux Itti-
Nabû-balâṭu. La dot comporte 10 mines
d’argent, 5 esclaves non nommés et des
ustensiles domestiques.

386
[Roth, 1989c : 64‑67].
387
[Roth, 1991 : 24‑25].
388
[Roth, 1989c : 71‑73].
389
[Holtz, 2009 : 235‑237].
390
[Wunsch, 1993b : 236].

176
Cyr. 361 Cyr. [x], 07 Babylone ? Versement de la dot de fMullissu-gû[x] par ses
/ XII parents. La dot comporte une maison à
Babylone, des esclaves (montant cassé, non
nommés) et des ustensiles de maison.
VS VI 108 Camb. 1, Babylone Nappahu Versement d’une partie de la dot d’fAmat-
19 / V Ninlil par son père Balâṭu des Egibi : il lui
donne un champ et une esclave nommée
fMušêzibtu.

Camb. 193 Camb. 3, Babylone Egibi Versement de la dot d’fAmat-Nanaia par son
13 / VIII père Itti-Marduk-balâṭu des Egibi à son mari
Marduk-šum-ibni. La dot se compose de 10
mines d’argent, quatre esclaves (fBanîtu-kilili-
uṣur, fŠâr-fBanîtu-Ṭab, fBanîtu-silmi et fNinlil-
silmu) et des ustensiles de maison.
Camb. 214 Camb. 3, Babylone Egibi 214 : rappel du versement de la dot conclue
/ Camb. 22 / XI dans Cyr. 143, qui n’a pas encore été
215 / transférée. 215 : versement d’une partie de la
Camb. 216 dot à Itti-Nabû-balâṭu, composée d’une
palmeraie, de trois esclaves et d’ustensiles.
fTašmetu-tabni est apparemment décédée, et
la dot est attachée à une autre fille d’Itti-
Marduk-balâṭu, fIna-Esagil-bêlet. 216 :
versement d’une dot pour un autre mariage
d’une fille d’Itti-Marduk-balâṭu, fNanaia-

eṭirat, avec Kurbanni-Marduk. La dot se


compose d’une palmeraie, de trois esclaves et
d’ustensiles de maison.
BM Dar. 1, 19 Borsippa Rê’i-alpi Dot d’fAhatu allouée par son père Nabû-zêr-
82609391 / IX ukîn pour son mariage avec Rîmût-Nabû des
Rê’i-alpî, comportant 2 esclaves (fŠelibûtu et
son fils Ṭab-ṣulê-Bêl), 3 palmeraies et un
champ, ainsi que des ustensiles domestiques.
Dar. 530392 Dar. 21, Babylone Nappâhu Détail de la dot allouée à fTablutu par son père
10 / XI Iddin-Nabû : 8 mines d’argent, 2 esclaves et

391
[Roth, 1989c : 79‑81].
392
[Roth, 1989a : 52].

177
des meubles et ustensiles domestiques. Une
partie de la dot se retrouve dans Dar. 522
(Dar. 21, 05 / III, Babylone).
Dar. 568 Dar. 23, Babylone Eppeš-ilî ? Détails de la dot allouée à fŠidatu par son
26 / VII grand-père pour son mariage avec Marduk-
naṣir : de l’argent, deux esclaves (fŠanitu-
lumur, une autre non nommée) et des
ustensiles de maison.
BM Dar. 25, Babylone Egibi Dot constituée par Marduk-naṣir-apli des
30441 393 01 / III Egibi pour sa fille Erištu pour son mariage
avec Marduk-iqišanni : des champs, 5 mines
d’argent brillant, 2 esclaves (non nommés) et
des ustensiles de maison.
BM Dar. 29, Uruk Šangû- Dot d’fAmat-Bêltiya donnée par son père
74596394 26 / II Šamaš Marduk-naṣir / Madânu-ahhê-iddin // Šigûa
comportant 4 femmes esclaves (fAdad-banîtu-
ṭâbi et ses filles fBanîtu-ittiya, fŠinnini-Ištar,
fBanîtu-ṣulie-tašme), 4 mines d’argent, 5 sicles
d’or, des meubles et des ustensiles de maison.
BM Dar. 32, Babylone Egibi Dot constituée par Rimût-Bêl pour sa fille
33932395 22 / VIII fŠušanni lors de son mariage avec Nidinti-Bêl :
2 champs, 2 esclaves (Itti-Nabû-îniya et
fBanîtû-taddinu) et des ustensiles de maison.
BM Dar. 33, Babylone Egibi Accord concernant le mariage conclu dans
33933396 26 / VI BM 33932. Nidintu-Bêl échange 26 mines et
50 sicles d’argent, valeur d’un champ donné en
dot à fŠušanni, contre 11 esclaves 397 , des
terrains, une hutte et une maison.
BM Dar. 34, Babylone Egibi Accord concernant la dot d’Erištu constituée
33934398 23 / IX en BM 30441. Les deux esclaves promis sont

393
[Roth, 1991 : 29‑30].
394
[Roth, 1989a : 51].
395
[Roth, 1991 : 32‑33].
396
[Roth, 1991 : 33‑34].
397 f
Mušēzibtu (et) ses fils Balāţu, [...]ia, et Bēl-ēdu-limîda ; fŠēpēt-Bēlet-aşbat (dont le deuxième nom est
Baltammu), (et) ses filles f[...]natu et fBanîtu-ēţirinni ; [...]akalu, fNūr-Mār-bîti-ṣît, fAllutti, et Šamaš-rimanni
398
[Roth, 1991 : 30‑32].

178
échangés contre une esclave, fMalakâlu, et 140
sicles d’argent.
OECT X Dar. [x], Babylone Egibi Don d’esclaves par fIna-Esagil-ramât, la
161 13+ / V grand-mère de fNanaia-eṭirat : 3 esclaves (non
nommés), 4 mines d’argent.
BM Art. I / II ? ? Dot de fLurindu, comportant des esclaves
76029399 32, [x] / II (montant cassé), ainsi que plus de 20 mines
d’argent, 50 vêtements, 1 talent d’ustensiles en
bronze, divers meubles, des bijoux.
BM Art. [x], 22 Kutha ? fGuzasigu reçoit 1 esclave de ses frères pour
82597400 / II sa dot, ainsi que plusieurs terrains, 60 sicles
d’argent raffiné, des meubles, des ustensiles
domestiques en métal.

Les tablettes que nous venons d’énumérer constituent une grande partie de la
documentation éditée concernant des dots et des transmissions d’héritage comportant des esclaves.
Elles répondent aux normes habituelles de ces types de transactions observées pour notre période
d’étude401.
A la mort du chef de famille, les héritiers divisent entre eux ce qui formait tout ou partie de
son patrimoine. Cette division suit la règle générale en Babylonie au premier millénaire avant Jésus-
Christ selon laquelle le fils aîné reçoit la double part par rapport à celle de ses frères. La transmission
peut aussi se faire entre cousins. Dans les textes que nous avons référencés, il n’y a aucun cas où
une femme reçoit une part d’héritage, par contre le patrimoine d’une femme, fṢiraya, est partagé
entre ses fils dans Cyr. 168. La division peut se faire du vivant de la personne, comme Wunsch,
Iddin-Marduk 260 le montre : en l’absence d’un héritier adulte, Itti-Marduk-balâṭu prévoit la
transmission d’une partie de ses biens. La plupart des héritages ne font probablement pas recours
à l’écrit et les textes dont nous disposons font plutôt figure d’exception. On y observe quelques
patrimoines particulièrement importants, et la plupart se limite à la division de certains
biens mobiliers et immobiliers : terrains ou maisons, argent, esclaves. C’est en général ces biens qui
peuvent faire l’objet de contestations judiciaires, l’argent pouvant être réclamé par des créditeurs,

399
[Roth, 1989c : 105‑108].
400
[Roth, 1989c : 101‑105].
401
Pour des études exhaustives et précises sur les dots, il faut se référer aux travaux de Martha T. Roth qui
rassemblent le gros de la documentation et en exposent les mécanismes et les significations socio-économiques :
[Roth, 1989a, 1989c, 1991]. Les transmissions et divisions d’héritage forment, quant à elles, un corpus moins
important, et leur étude s’inscrit de manière générale dans des travaux concernant les familles concernées.
[Oelsner et al., 2003 : 938‑944] présente les caractéristiques juridiques générales des dots et héritages.

179
les esclaves et les maisons mis en hypothèque… Il est ainsi nécessaire d’établir cette division du
patrimoine en vue de possibles problèmes juridiques, et, pour les plus riches, seulement une partie
de l’héritage était ainsi concernée par le recours à l’écrit. Ces textes demeurent toutefois
extrêmement intéressants pour déterminer les possessions de certaines familles.
Pour ce qui concerne notre sujet, nous voyons comment les esclaves sont transmis au sein
d’une même famille. Ceci permet de conserver sur le long terme une force de travail utile pour ses
intérêts économiques et dans la sphére domestiques. Si certains des textes qui nous intéressent
contiennent des patrimoines tout à fait exceptionnels, d’autres sont d’un ordre plus modeste, même
si la possession d’esclave se limite aux personnes les plus privilégiées socialement. Ainsi, les
tablettes TCL XII 043, Dar. 379 et TCL XIII 223 sont certainement issues des familles les plus
aisées de Babylonie au moment de leur rédaction. Elles contiennent aussi bien esclaves que terrains
agricoles, maisons, argent et, pour la première, des animaux (pouvant aussi bien être force de travail
agricole que troupeaux à exploiter) et quelques denrées agricoles. TCL XII 043 divise 30 esclaves
entre deux cousins, Dar. 379 au moins 91 esclaves entre trois frères et TCL XIII 223 au moins
118 esclaves entre deux frères (ce dernier exemple est toutefois très fragmentaire). En plus de cela,
de grosses sommes d’argent s’ajoutent, plusieurs maisons et d’autres biens fonciers. Ces quantités
sont ainsi tout à fait exceptionnelles. Le contexte social et économique de TCL XII 043 et
TCL XIII 223 est moins connu que celui de Dar. 379 concernant le patrimoine de la famille Egibi
de Babylone, fort bien documentée. Mais si l’on s’en tient à de tels héritages, ces familles étaient
certainement très riches.
Les autres héritages, bien que plus modestes, permettent de reconstituer des circonstances
économiques précises. Si seulement quelques esclaves sont reçus par un héritier, ils sont souvent
attachés à un bien immobilier : une maison (entière ou partagée avec un autre membre de la famille),
des terrains agricoles. Il est ainsi fort possible que l’esclave reçu serve pour les usages domestiques
de la maison ou de la personne. Certains esclaves deviennent d’ailleurs propriété commune des
héritiers, comme en Cyr. 168 où [x]-mukîn-apli est partagé entre deux demi-frères, qui reçoivent
aussi chacun une part de maison et un autre esclave. Ici, c’est le patrimoine de leur mère qui est
partagé entre eux, selon une règle de stricte égalité (il ne semble pas que le caractère d’aîné de l’un
ou l’autre fils soit reconnu, car la double-part d’un héritage au profit de l’aîné concerne les biens
paternels).
De même pour CUSAS XXVIII 045 // Abraham 2007, où deux groupes de fils d’Ahiya-
qâm issus de deux mariages différents reçoivent un esclave et des jarres, ainsi que du matériel
domestique. Rédigé à Babylone et faisant partie des archives de la communauté de déportés judéens
d’Âl-Yâhûdu, ce texte était ainsi probablement attaché à un bien immobilier d’Ahiya-qâm (un débit

180
de boissons ?), partagé à sa mort entre ses fils de manière assez égalitaire. Une reconnaissance de
dette liée à cette propriété fut aussi désignée comme la responsabilité commune de ces deux
groupes. Cette division d’héritage ne concerne pas l’ensemble du patrimoine d’Ahiya-qâm, mais ce
qui est lié avec l’affaire commerciale qu’il entretenait. Les fils partagent ainsi biens, revenus mais
aussi dettes : les esclaves sont résidents et gérants de ce bien, tandis que les jarres et le matériel sont
attachés à la production de boisson ; la dette en cours s’inscrit dans sa comptabilité courante.
Cette nécessité d’insérer chaque texte dans son contexte archivistique se retrouve lorsque
nous connaissons les activités des individus concernés. Cela se vérifie aussi avec YOS VI 143, issu
de l’archive des Damîqu, une famille de scribes d’Uruk en lien avec l’Eanna pour laquelle nous
disposons de quelques textes402. Nabû-mušêtiq-ṣêtî est le mieux connu de cette famille : scribe de
l’Eanna, il pourrait avoir aussi été bouvier. La famille est propriétaire de maisons, champs et vergers.
Les esclaves partagés dans ce texte entre Nabû-mušêtiq-ṣêtî et son neveu Ištar-mukîn-apli,
auparavant propriété d’Ištar-zêr-ušabši (frère du premier et père du deuxième), sont attachés pour
certains à une maison précise et semblent y avoir travaillé. Une phrase précise que d’autres maisons
attendent d’être partagés entre eux deux. Nabû-mušêtiq-ṣêtî se porte garant contre toute plainte
pouvant avoir lieu au sujet du domaine attaché à l’esclave Nabû-ṣabit-qâtê, reçu par son neveu. Les
liens familiaux demeurent importants dans la gestion du patrimoine et des revenus qu’il pouvait
apporter.
Les activités précises de ces esclaves nous sont inconnues, mais cette gestion familiale d’un
patrimoine foncier et agricole, générant des revenus, nécessite l’usage d’intermédiaires : quelques
esclaves attachés à une partie du domaine remplissent cette fonction. Ils semblent qu’ils sont
alphabétisés, comme le cas de Madânu-bêl-uṣur, esclave des Egibi et rédacteur de plusieurs lettres,
l’indique. C’est probablement aussi ce que l’on retrouve à une échelle beaucoup plus grande dans
Dar. 379, avec la division d’au moins 91 esclaves et du patrimoine foncier d’Itti-Marduk-balâṭu
entre ses fils. Les esclaves en question remplissent des fonctions de personnel domestique et / ou
d’intermédiaires utiles à la gestion de tels biens. TCL XIII 223 ou YOS XVII 348 // VS XX 086
nous sont plus difficilement compréhensibles, car nous disposons de moins de données concernant
les familles concernées mais peuvent aussi rentrer dans ce cadre. YOS XVII 348 // VS XX 086
dispose de peu de formules juridiques et semble plutôt être la retranscription d’un accord familial
à usage interne. Le premier fils, Nabû-šum-lišir, reçoit 7 esclaves, 2 maisons et un champ, soit
environ la part double de ce que reçoit son frère Remût-Nabû (3 esclaves et des terres). Là encore,

402
[Jursa, 2005 : 142] pour un résumé de l’archive des Damiqu et de leurs activités économiques.

181
la réception en parallèle d’esclaves, de maisons et de terres peut laisser entendre une gestion par les
esclaves en question de ces domaines, ou en tout cas d’un travail attaché à ces biens immobiliers.
Tout ceci concerne une classe sociale bien précise et le recours à l’écrit pour la transmission
d’héritage s’inscrit dans cette nécessité de poser les bases juridiques pour la continuité de
l’administration des affaires de familles aisées. Des esclaves, pouvant parfois représenter la totalité
des esclaves possédés par une famille, se retrouvent ainsi dans ce type de documentation : la
modification des liens de propriété nécessite un passage par l’écrit afin de prévenir toute
contestation possible et d’établir la responsabilité juridique de chacun.

Si les transmissions d’héritage constituent une documentation assez limitée, les dots et
autres documents qui leur sont liés sont plus nombreux. Nous ne reviendrons en détail pas sur la
manière dont celles-ci sont constituées, bien étudiée par Martha T. Roth. Les dots sont rassemblées
par des membres de la famille de l’épouse, en général au moment de son mariage, parfois en
préparation d’un mariage futur. Le père est le plus souvent le membre de la famille présent pour
sceller l’accord de dot avec la famille de l’époux, mais le(s) frère(s) et / ou la mère, si le père est
décédé ou absent, peut remplir ce rôle de transmission d’une partie du patrimoine familial au
moment d’une union avec une autre famille. Les textes qui nous intéressent ne concerent pas
l’accord pour le mariage, qui est déjà réalisé, mais bien la dot attachée à celui-ci : il ne s’agit pas de
contrats de mariage au sens propre du terme, mais des accords de dot. Ils prennent en général la
forme d’un dialogue entre les représentants des deux familles et précisent ce qui constitue la dot.
Toutefois, les détails concernant ces biens peuvent être fort succincts, notamment concernant les
esclaves : il n’est pas rare que les noms des esclaves donnés n’apparaissent pas, seulement le nombre
des esclaves à livrer peut apparaître. Les dots listées dans ces tablettes peuvent aussi ne pas être
complètes, ou connaître des modifications ultérieurement. De plus, on peut rajouter à ces
documents ceux faisant mention d’une partie d’une dot, précisant que tel bien appartenait la dot de
l’épouse, etc…
Comme pour les héritages, les dots comportent avant tout de l’argent, des esclaves, du
matériel domestique et parfois des biens immobiliers (maison, terrain agricole)403. Si l’on s’en tient
aux quantités présentes dans ces documents, certaines dots proviennent de familles aisées, d’autres
plus modestes. Certaines familles, comme les Egibi, reçoivent ou allouent des dots tout à fait
conséquentes qui s’inscrivent dans des stratégies de constitution d’un patrimoine important.
En effet, de larges sommes d’argent sont attachées aux dots des femmes qui se marient

403
Dans 15 cas, un bien immobilier est présent dans une dot : BM 33092, TuM II/III 001, Nbn. 348, Nbn. 760,
Nbn. 990, Cyr. 111, Cyr. 361, VS VI 108, Camb. 215, Camb. 216, BM 82609, BM 30441, BM 33932, BM 33933,
BM 82597.

182
avec des membres de la famille Egibi : ainsi en BM 33114, où Itti-Marduk-balâṭu reçoit par la dot
de son épouse fNuptâya des Nûr-Sîn quinze mines d’argent, en plus de l’argent reçu auparavant à
la place d’esclaves qui avaient été promis (Nbn. 755, Nbn. 14, 20 / I, Babylone)404. L’argent peut
effectivement servir de remplacement pour des esclaves, comme on peut le voir en BM 33934, où
deux esclaves promis auparavant pour une dot sont remplacés par 140 sicles d’argent et une autre
esclave. De même, un bien foncier peut servir de moyen d’échange pour des esclaves promis en
dot : ainsi en BM 33932, qui documente l’échange d’une palmeraie à la place de quatre esclaves.
Les mariages et les dots permettent l’accès à des propriétés créatrices de revenu, que ce soit des
terrains agricoles, ou à du capital lui-même. Les esclaves servent avant tout à la « transition
domestique », accompagnant l’épouse dans son changement de foyer et l’aidant dans ses besoins,
tout en participant probablement aux tâches de la maison. Ce travail domestique ne laissant aucune
trace écrite, il constitue un angle mort de nos recherches bien qu’il doit occuper la majorité du
temps de ces esclaves. Mais comme on le voit avec ce jeu d’échange entre argent / esclave / bien
foncier, les esclaves peuvent aussi constituer des réserves de valeur, un moyen d’accès à du capital
par leur revente. L’annulation d’une vente d’esclaves faute de versement d’argent, Dar. 429 (Dar.
16, lieu de rédaction inconnu), montre comment cela pouvait avoir lieu : fAmat-Baba, femme de
Marduk-naṣir-apli, a voulu vendre les esclaves dont elle dispose. Si cette conversion d’esclaves en
argent n’a pas eu lieu, elle montre que cela était possible. On trouve le procédé inverse dans Nbn.
243, où quarante sicles d’argent auparavant promis sont convertis en une esclave, fNanaia-keširat.

Location d’esclave

Au-delà de la transmission de l’esclave par héritage et par dot, s’inscrivant dans certaines
stratégies familiales et visant à l’obtention de biens de valeur et à la création de liens entre familles
riches de Babylonie, l’esclave peut voir sa force de travail évaluée, louée, rétribuée auprès de son
maître. De nombreuses attestations de paiement pour le travail d’un esclave, dans des contextes
différents, nous permettent de documenter ce coût du travail de l’esclave.

404
[Roth, 1991 : 35] résume cette accession à l’argent par la famille Egibi grâce à ces mariages : le père d’Itti-
Marduk-balâṭu, Nabû-ahhê-iddin, reçut 24 mines d’argent du fait de ce mariage avec fNuptâya. BOR II 003 (Dar.
16, 05 / III, Babylone) documente une partie de la dot d’ fAmat-Baba reçue par Marduk-naṣir-apli des Egibi lors
de son mariage avec elle : 30 mines d’argent, 2 mines d’or, des bijoux. A l’inverse, les dots des femmes de la
famille Egibi mariées à d’autres familles comportent des sommes d’argent moins importantes, voire inexistantes.

183
Coût du travail de l’esclave
Texte Date, lieu, archive Paiement Echéance Remarques
YOS VI 163 Nbk. 11 20 / V, Uruk, ? 9 litres d’orge Mensuelle Mise en gage
antichrétique d’une
esclave pour une
reconnaissance de dette.
Paiement d’une mandattu
si l’esclave va travailler
ailleurs.
? Unique Achat d'un esclave,
établissement du terme
du paiement. Si le
paiement n'est pas
effectué, obligation de
donner l’esclave et
Nbk. 14 13 / I, paiement d'une mandattu à
Nbk. 103 Babylone, ? partir d'un jour donné.
12 litres d’orge Journalière Etablissement d'une
mandattu pour travail d'un
Nbk. 28 06 / X, esclave, payée à son
Nbk. 193 Babylone, ? maître.
6 litres d’orge Journalière Contrat d’apprentissage
d’un artisanat pour un
esclave. Paiement d’une
Nbk. 28 10 / X, mandattu si l’artisanat n’est
BM 29472405 Borsippa pas appris.
6 litres d’orge Journalière Mise en gage
antichrétique d’un esclave
pour une reconnaissance
de dette. Paiement d’une
Nbk. 30 [x] / IX, mandattu si l’esclave va
VS V 009 Babylone, ? travailler ailleurs.
? Unique Paiement d'une mandattu,
Nbk. 33 28 / VII, type de paiement non
VS VI 036 Sippar, Ebabbar précisé.
2 sicles d’argent Mensuelle Etablissement d’une
échéance pour la livraison
d’esclaves. Paiement
Nbk. 34 10 / IX, d’une mandattu si cela
VS VI 041 Babylone, Sîn-ilî n’est pas effectué.
3 sicles d’argent Mensuelle Contrat de travail d'un
Nbk. 39 22 / XII, esclave, paiement
VS V 014 Babylone, Sîn-ilî conditionnel.
6 litres d’orge Journalière Paiement d'une mandattu
si un esclave est aperçu
Nbk. 41 6 / [x], chez quelqu'un d’autre
Nbk. 390 Bît-Bêl-remanni, Egibi que son maître.
? Journalière Interdiction pour une
esclave de travailler chez
Kalbaya. Paiement d'une
Nbk. 42 XII, mandattu dans le cas où
Nbk. 409406 Babylone, Egibi cela arriverait.

405
[Jursa, 2010 : 716‑717]. L’artisanat appris est indéterminable car illisible sur la tablette.
406
[Dandamaev, 1984 : 134].

184
3 sicles d’argent, 1
vêtement valant Contrat de travail d'un
un demi sicle esclave, une partie du
Nbk. 43 25 / V, d’argent paiement se fait au début
VS V 016 Alu-ša-Nûrêa, Sîn-ilî Annuelle de l'année.
De l’orge ? Prêt d'orge, dont une
Evetts EM AM. 02, 12 / I, partie constituait la
17 Babylone, Egibi Unique mandattu d’un esclave.
6 litres d’orge Contrat d'apprentissage
(boulangerie) d’un esclave
chez un artisan esclave.
TuM II/III Nbn. [x] 19 / VI, Paiement s'il n'a pas
214407 Borsippa, Ea-ilûta-bani Journalière appris le métier.
4 sicles d’argent Prêt d'argent remboursé,
Nbn. 04 26 / VII, dont une partie sert à
Nbn. 169 Šahrinu, Egibi Unique payer une mandattu.
De l’argent Injonction à livrer une
(montant cassé) esclave. Paiement d'une
Nbn. 06 16 / II, mandattu si l'esclave n'est
VS VI 069 Sippar, ? 3 ans pas amenée.
6 sicles d’argent Location par Ṣidqi-Yâma
de son esclave Puhullaya
auprès de Šikin-Yâma, fils
de Hinnamu. Šikin-Yâma
doit nourrir et vêtir
Puhullaya. Cette location
s’inscrit dans une dette
d’orge due par Ṣidqi-
CUSAS Nbn. 08, 23 / IV, Âl- Yâma à Šikin-Yâma, et
XXVIII 005 Yâhûdu 1 mois sert à couvrir l’intérêt.
9 sicles d’argent Contrat ? Paiement par
Nbn. 08 14 / V, esclave des Egibi à un
Nbn. 299 Babylone, Egibi Annuelle autre esclave.
? Contrat d'apprentissage
(boulangerie) d’un esclave
chez un artisan esclave.
Nbn. 10 20 / XI, Paiement peut-être
Nbn. 475408 Babylone, Egibi ? conditionné.
4 litres d’orge Mise en gage
antichrétique d’un esclave
pour la reconnaissance
d’une dette. Paiement
TuM II/III Nbn. 11 19 / VII, d’une mandattu si l’esclave
116409 Borsippa, Ea-ilûta-bani Journalière tombe malade ou s’enfuit.
2 litres d’orge Mise en gage
antichrétique d’une
esclave pour une
reconnaissance de dette.
YOS XIX Nbn. 11 28 / XI, Paiement d’une mandattu
023 Sippar, ? Journalière si l’esclave s’enfuit.

407
[Joannès, 1989 : 141].
408
[Jursa, 2010 : 718‑719].
409
[Joannès, 1989 : 143].

185
? Esclave vendu, ancien
Nbn. 11 08 / XII, propriétaire le garde et
Nbn. 573 Babylone, Egibi ? doit payer mandattu.
Nbn. 12 22 / IV, 330 litres d’orge
Nbn. 610 Babylone, ? Unique Paiement d'une mandattu.
? Prévention de la fuite
d’fAmtiya, esclave d’Itti-
Marduk-balâṭu. Si elle
Nbn. 12 20 / XII, tente de s’enfuir, Nûr-Sîn
Nbn. 679410 Babylone, Egibi Unique ? doit payer une mandattu.
3 litres d’orge Interdiction pour fAmtiya
d’être vue avec Guzânu,
Nbn. 12 25 / XII, sinon il doit payer une
Nbn. 682 411
Babylone, Egibi Journalière mandattu.
De l’orge, montant Esclave en antichrèse,
inconnu paiement mandattu d'orge
Nbn. 14 05 / VIII, si elle travaille ailleurs que
Nbn. 803 Babylone, ? Journalière chez le créditeur.
12 sicles d’argent Mandattu payée par Nabû-
utirri pour sa femme
Nbn. 15 24 / III, esclave fMizâtu (lié à
Nbn. 858 Babylone, Egibi Unique Nbn. 838).
3,25 sicles d’argent Paiement d'une mandattu
Nbn. 16 01 / III, par esclave pour son
Nbn. 959 Sippar, ? Unique maître.
5 litres d’orge Mise en gage
antichrétique d’un esclave
artisan (chapelier) pour
une reconnaissance de
dette. Paiement d’une
mandattu par le maître de
Nbn. [x] 12 / IX, l’esclave si l’esclave va
Nbn. 1116412 Babylone Journalière travailler ailleurs.
3 litres d’orge. Pain Contrat d’apprentissage
et vêtements (menuiserie) pour 8 ans
annuels payés par pour un esclave.
le maître de Paiement d’une mandattu
Nbn. 16 01 / VI, l’esclave. si l’apprentissage n’est pas
SIL 006413 Babylone, ? Journalière accompli.
6 litres d’orge Contrat d'apprentissage
(tissage) pour Atkal-ana-
Marduk, esclave, pour
une durée de cinq ans.
Paiement d’une mandattu
Cyr. 02 20 / VII, si l’apprentissage n’est pas
Cyr. 064414 Babylone, Egibi Journalière accompli
3 litres d’orge Mise en gage
antichrétique d’un esclave
Cyr. 3 11 / III, pour une reconnaissance
VS IV 060 Babylone, ? Journalière dette. Paiement d’une

410
[Dandamaev, 1984 : 133 ; Wunsch, 1997 : 87].
411
[Dandamaev, 1984 : 134 ; Wunsch, 1997 : 87‑88].
412
[Dandamaev, 1984 : 150‑151].
413
[Jursa, 2010 : 718‑719].
414
[Jursa, 2010 : 718‑719].

186
mandattu par le maître si
l’esclave va travailler
ailleurs.
Produit du travail Esclave en antichrèse,
de l’esclave (nature paiement d’une mandattu
de ce travail non d'argent si le délai de
Cyr. 03 04 / V, Sippar, précisée). remboursement est
Cyr. 119 Marduk-remanni Unique dépassé.
6 litres d’orge Contrat d'apprentissage
(boulangerie) d’un esclave
chez un artisan esclave.
Cyr. 07 19 / I, Paiement s'il n'a pas
Cyr. 248415 Babylone Journalière appris le métier.
3 litres d’orge pour
l’esclave-apprenti,
un vêtement à Contrat d'apprentissage
l’échéance de (blanchisserie). Paiement
l’apprentissage à partir de la troisième
pour l’esclave- année si le métier n'est pas
Cyr. 313416 Cyr. 08 25 / V, Sippar artisan Journalière appris.
5 sicles d’argent Paiement d'une mandattu
Cyr. 08 30 / V, pour l’esclave Atkal-ana-
Cyr. 315 Babylone Unique Marduk.
Un vêtement et 20 Contrat d'apprentissage
sicles d’argent (tailleur de pierre).
Cyr. 08 06 / XII, Paiement de l'argent si le
Cyr. 325417 Babylone Unique métier n'est pas appris.
Un sicle d’argent Contrat de travail pour un
esclave blanchisseur. Il a
BM Cyr. 30 06 / XIIb, déjà reçu un demi sicle
102345418 Borsippa, ? Annuelle d’argent.
6 litres d’orge Mise en gage
antichrétique d’une
esclave pour une
reconnaissance de dette.
Paiement d’une mandattu
Camb. 6 19 / IV, si l’esclave va travailler
Camb. 315 Babylone, Egibi ? Journalière ailleurs.
6 litres d’orge Mise en gage
antichrétique d’un esclave
artisan (boulangerie) pour
une reconnaissance de
dette. Paiement d’une
Camb. 7 18 / V, mandattu si l’esclave va
Camb. 379 Babylone, ? Journalière travailler ailleurs.
138 litres d’orge Unique Paiement d’une mandattu
Camb. 06 27 / d’un esclave.
VS III 081 VIII, ?, ?
[x] jarres de bière Paiement de jarres de
Dar. I 05 3 / VI, bière comme salaire et
Dar. 168 Babylone, Egibi Unique mandattu.

415
[Jursa, 2010 : 720‑721].
416
[Jursa, 2010 : 720‑721].
417
[Jursa, 2010 : 720‑721].
418
[Waerzeggers, 2006 : 84‑85].

187
? Contrat d’apprentissage
(boulangerie) pour 15
mois. Mention d’une
mandattu à payer en cas
Dar. I 08 18 / X, d’apprentissage
BM 114717419 Sippar, ? ? insuffisant.
4 mines d’argent Procès concernant la
mort d'un esclave,
Dar. I 09 25 / VIII, remboursement de celui-
Dar. 260 Šahrinu, Egibi Unique ci.
Un demi sicle Mise en gage
d’argent brillant antichrétique d’une
esclave pour une
reconnaissance de dette.
Paiement d’une mandattu
Dar. I 16 07 / VI, si l’esclave va travailler
Dar. 431 Babylone Unique ailleurs.
10 paires de Annuelle Contrat d'apprentissage
chaussures (travail du cuir). L'esclave
travaille pour l'artisan,
celui-ci doit payer au
maître de l’esclave les
chaussures si
Dar. I 17 16 / XI, l’apprentissage est
Dar. 457420 Babylone, Egibi insuffisant.
3 litres d’orge Journalière Esclave en antichrèse,
Dar I 23 15 / X, paiement d’une mandattu
Dar. 575 Babylone, Egibi d'orge.
3 litres d’orge Journalière Contrat d’apprentissage
(boulangerie) pour 15
mois. Paiement d’une
Dar. I 26 15 / XII, mandattu si l’apprentissage
BOR I 083421 Babylone, ? n’est pas suffisant.
3 litres d’orge Journalière Mise en gage
antichrétique d’un esclave
pour une reconnaissance
de dette d’argent.
Paiement d’une mandattu
Dar. I 36 28 / IV, si l’esclave va travailler
BM 79074422 Borsippa, Inṣabtu ailleurs.
Xer. 01 23 / I, 60 litres d’orge Mensuelle Location d’un esclave
BE VIII Babylone, Ea-eppeš-ilî pour un travail de
119423 blanchissage.
Un an de service Unique Contrat d’apprentissage
de l’apprenti (travail du cuir) pour un
homme libre. Le maître-
Xer. 4 05 / XI, artisan est un esclave qui
BM 40743424 Babylone reçoit comme paiement

419
[Jursa, 2010 : 722‑723].
420
[Jursa, 2010 : 722‑723].
421
[Jursa, 2010 : 722‑723].
422
[Waerzeggers, 1999 : 189‑190].
423
[Waerzeggers, 2006 : 91‑92].
424
[Jursa, 2010 : 722‑723].

188
supplémentaire un an de
service de l’apprenti.
60 sicles d’argent. Unique Contrat d’apprentissage
Orge et vêtements (menuiserie) pour 6 ans.
à la charge du Paiement d’une mandattu
Dar. II 17 12 / III, maître de l’esclave si l’apprentissage est
Bellino E425 Babylone la première année. insuffisant.
4 sicles d’argent Unique Contrat d’apprentissage
(travail du textile) d’un
homme libre. Le maître-
artisan est un esclave qui
Jursa 2006 reçoit un paiement
n°9 Art. II / III ?, ? supplémentaire.
4 litres d’orge Journalière Mise en gage
antichrétique d’une
esclave pour une
reconnaissance de dette.
Paiement d’une mandattu
[NR] 3 23 / [x], (si l’esclave va travailler
A 165426 Borsippa, Ea-ilûta-bani ailleurs ?).

Ce tableau rassemble différents types de document qui permettent de déterminer le coût


du travail des esclaves :
• Des reconnaissances de dette427, en général pour de l’argent, où un(e) esclave est
mis(e) en gage auprès du créditeur. Dans les cas que nous avons insérés dans notre
tableau, ces mises en gage sont « antichrétiques », c’est-à-dire que l’esclave mis en
gage est à la disposition du créditeur le temps que la dette soit remboursée par le
débiteur. Les produits du travail de l’esclave remplacent les intérêts de la dette. Une
garantie concernant la mandattu (un paiement compensant le travail d’un esclave)
peut être présente dans le texte, et selon les conditions du paiement, le montant qui
est remboursé au créditeur par l’endetté est précisé. Dans la grande majorité des
cas, cette mandattu se fait en orge, parfois en argent. Elle n’est pas à payer par le
maître de l’esclave que dans le cas où l’esclave va travailler ailleurs, s’enfuit ou tombe
malade. Cela est considéré comme du travail perdu pour le créditeur qui bénéficie
temporairement de l’esclave et peut donc réclamer cette compensation.
• Des paiements effectifs de mandattu d’esclaves 428 , probablement liés à leur
établissement dans les reconnaissances de dette précédentes. Là aussi, on trouve
des paiements aussi bien en orge qu’en argent.

425
[Stolper, 2004 : 523].
426
[Joannès, 1989 : 141].
427
YOS VI 163, VS V 009, TuM II/III 116, YOS XIX 023, Nbn. 803, Nbn. 1116, VS IV 060, Cyr. 119, Camb. 315,
Camb. 379, Dar. 431, Dar. 575, A 165.
428
VS VI 036, VS VI 041, Nbk. 390, Nbn. 610, Nbn. 858, Nbn. 959, Cyr. 309, Cyr. 315, VS III 081, Dar. 168.

189
• Des contrats d’apprentissage d’un artisanat429. Dans ces textes, des esclaves sont
envoyés par leur maître auprès d’un artisan (pouvant lui aussi être un esclave) pour
y apprendre un artisanat (boulangerie, menuiserie, métier textile, coiffure…) lors
d’une période donnée. Ces contrats établissent parfois des conditions de paiement
du travail de l’artisan comme celui de l’esclave-apprenti : souvent, si l’esclave n’a
pas appris l’artisanat en question à la fin de la période, une mandattu doit être payée
selon un tarif journalier auprès du maître de l’esclave. De plus, la nourriture et les
vêtements de l’esclave-apprenti peuvent tomber sous la responsabilité soit du
maître, soit de l’artisan, ou partagée entre les deux. Le contrat précise aussi si
l’esclave travaille pour l’artisan et si les revenus issus de ce travail sont au bénéfice
de ce dernier.
• Des contrats de travail ou des paiements pour des esclaves430, forme de location de
ces esclaves. Là aussi, une mandattu peut être établie qui sert de paiement pour le
maître de l’esclave.
• Des textes juridiques 431 mentionnant des mandattû à payer, pour des raisons
différentes (fuite de l’esclave, esclave vendu demeurant auprès de son ancien
propriétaire, mort de l’esclave…).

En ce qui concerne les reconnaissances de dette, le calcul du montant de la mandattu se


faisait très généralement au jour par jour pour l’orge, entre 2 et 12 litres d’orge par jour. On observe
quelques variations dans ce tarif, parfois quand il s’agit d’esclaves féminines432. Des mandattû en
argent sont assez rarement mentionnées : le seul cas est Dar. 431 pour une esclave mise en gage, si
elle va travailler ailleurs que chez le créditeur de la dette, celui-ci devait recevoir un demi-sicle
d’argent brillant.
Toutefois, dans les documents recensant des paiements de mandattu, l’argent est plus
souvent mentionné : ainsi en VS V 014 (3 sicles d’argent par mois), VS V 016 (3 sicles par an), BM
102345 (1 sicle par an), VS VI 041 (2 sicles d’argent par mois), Nbn. 858 (12 sicles en un paiement),
Nbn. 959 (3,25 sicles en un paiement), Cyr. 309 (montant cassé), Cyr. 315 (5 sicles en un paiement).
Les circonstances de ces paiements ne sont malheureusement pas connues : pour quel travail ? Ces

429
BM 29472, TuM II/III 214, Nbn. 475, SIL 006, Cyr. 064, Cyr. 248, Cyr. 313, Cyr. 325, BM 114717, Dar. 457, BOR
I 083, Bellino E, Jursa 2006 n°10.
430
Nbk. 193, VS V 014, VS V 016, BM 102345, BE VIII 119.
431
Nbk. 103, Nbk. 409, VS VI 069, Nbn. 573, Nbn. 679, Dar. 260.
432
Ainsi en YOS VI 163 où l’esclave fManunaya recevrait une mandattu de 9 litres d’orge par mois, ou en YOS XIX
023, où une esclave (non-nommée) pourrait recevoir 2 litres d’orge par jour ; des tarifs moindres que ce que l’on
observe en général.

190
esclaves sont-ils/elles mis(es) en gage ? Ces paiements en argent s’inscrivent ainsi dans la diffusion
de ce type de paiement, en parallèle du paiement en orge, durant notre période d’étude433. En ce
qui concerne ceux effectivement réalisés, nous pouvons supposer qu’il s’agit du résultat d’une
évaluation de la compensation selon un contrat précédent : le paiement unique est établi selon ce
tarif et symbolise cette durée de travail de l’esclave concerné(e). Cela se retrouve aussi pour les
paiements en orge, parfois assez conséquents : Nbn. 610 documente le paiement d’une mandattu
de 330 litres d’orge (55 jours de travail si l’on s’en tient au taux de 6 litres d’orge par jour), VS III
081 celui de 138 litres d’orge (23 jours de travail). La clause présente dans les reconnaissances de
dette ou dans les contrats d’apprentissage, en cas de travail de l’esclave chez quelqu’un d’autre, de
fuite ou autre raison, semble bien avoir été appliquée.
Cela se retrouve aussi dans les contrats d’apprentissage, bien que la présence de paiements
en argent y soit bien moindre. Une mandattu peut être payée si, à la fin du délai d’apprentissage,
l’esclave n’a pas appris la compétence artisanale qu’il était censé obtenir. Cela doit être perçu
comme un contrat non réalisé de la part du maître-artisan, et comme du travail perdu par le maître
de l’esclave. Dès lors, selon un taux en général journalier, l’artisan a à payer une mandattu. Ce tarif
s’établit autour de 6 litres d’orge par jour, avec quelques variations (3 litres d’orge -> SIL 006, Cyr.
313, BOR I 083, 2 litres d’orge -> Jursa 2006 n°10). Deux cas présentent une mandattu en argent :
Cyr. 325 (20 sicles d’argent en paiement unique) et Bellino E (60 sicles d’argent en paiement
unique). Enfin, Dar. 457 présente le cas original où le maître-artisan doit payer, qu’il ait bien
enseigné l’artisanat ou non, dix paires de chaussures au maître de l’esclave. Nous ne disposons
toutefois pas de texte faisant le lien clair entre ces clauses et le paiement effectif d’une compensation
pour mauvais apprentissage de l’artisanat.
Au-delà de la compensation du travail perdu de l’esclave-apprenti, quelques maîtres artisans
esclaves voient leur travail recevoir un paiement. On peut supposer que le travail de l’apprenti chez
le maître-artisan pouvait participer aux bénéfices de ce dernier, l’aidant au quotidien tout en
apprenant un savoir-faire. Ce travail n’a laissé toutefois aucune trace écrite. Par contre, dans les
contrats d’apprentissage, des paiements accordés au maître-artisan esclave sont mentionnés pour
l’éducation de l’apprenti : 1 sicle d’argent (TuM II/III 214), 4 sicles d’argent (Jursa 2006 n°9), un
an de service supplémentaire de la part de l’apprenti (BM 40743). Ce dernier exemple indique
certainement des revenus supplémentaires pour le maître-artisan grâce à une force de travail d’une
personne désormais qualifiée et disponible pour un temps donné.
Plusieurs autres cas documentent le paiement du travail d’un esclave, pour son maître, pour
l’esclave lui-même ou pour la personne qui le loue ; ce sont les textes que nous avons rassemblés

433
[Jursa, 2010 : 660‑734].

191
sous la catégorie des « contrats de travail », bien que l’expression soit trop forte pour plusieurs de
ces textes. En ce qui concerne VS V 014 et VS V 016, ces deux textes présentent les conditions de
la mise au service de deux esclaves auprès d’une personne autre que leur maître et pour une période
donnée. Il n’est rien dit de la nature du travail qu’ils doivent effectuer.
Dans le premier cas, l’esclave Nabû-bâku-pitnu est placé par son maître Labâši auprès de
Ṭabiya de la famille des Sîn-ilî de Babylone. Une compensation (mandattu) de trois sicles d’argent
par mois doit être payée par Labâši dans le cas où l’esclave n’a pas accompli pas le travail demandé.
Ṭabiya paye en avance une compensation pour les six mois de location. Si cet esclave, pour une
raison ou une autre, ne travaille plus, le travail perdu doit toutefois être remboursé à Ṭabiya.
Malheureusement, nous ne disposons d’aucune autre information concernant les relations entre
Ṭabiya et Labâši, ni concernant Nabû-bâku-pitnu, qui nous permettrait de comprendre les raisons
de ce contrat. Ṭabiya dispose de nombreux intérêts économiques, notamment agricoles, dans la
région de Babylone et de Sippar et peut être créancier d’argent ou autres ressources 434. Il peut
combler ses besoins en main-d’œuvre par la location d’esclaves de particuliers.
En ce qui concerne VS V 016, une femme nommée fSasa plaça son esclave Nabû-šêp-šuzzu
auprès de Bulṭaya, connu pour avoir été un partenaire commercial de Ṭabiya435. Les conditions de
cette location de son esclave sont les suivantes : Bulṭaya doit payer trois sicles d’argent par an (un
sicle et demi à deux échéances dans l’année) pour cet esclave et lui donner un vêtement d’une valeur
d’un demi-sicle d’argent. Là aussi, aucune précision n’est donnée concernant le travail que doit
effectuer l’esclave auprès de Bulṭaya, mais cette tablette documente une forme de location
d’esclave, situation que l’on retrouve dans deux cas étudiés par Caroline Waerzeggers 436 : BM
102345 et BE VIII 119. Ces deux tablettes concernent la location du travail d’un esclave spécialisé
dans le travail de blanchisserie textile. Dans le premier cas, l’esclave Kuṣuraya doit laver le linge de
Nabû-šum-ukîn pour une période établie de manière orale mais non précisée dans la tablette ; le
paiement, lui, est notifié : un sicle d’argent par an, dont une moitié a déjà été payée. Dans le second,
c’est Nabû-ina-Esaggila-lummir, esclave de Mušêzib-Marduk, qui est engagé par fKalubuttu, la
mère de ce dernier, pour laver les vêtements de Mušêzib-Marduk et de Nabû-lû-silim, un autre
esclave. Ceci doit être fait au tarif de 60 litres d’orge par mois. Ces deux contrats s’inscrivent dans
un ensemble plus large de contractualisation du travail de blanchisserie dans lequel s’impliquent
aussi des travailleurs de statut libre437. BE VIII 119 indique toutefois que l’esclave, durant la période

434
[Dandamaev, 1986b ; Wunsch, 1988].
435
[Jursa, 2005 : 70‑71].
436
[Waerzeggers, 2006 : 84‑85, 91‑92].
437
[Waerzeggers, 2006].

192
concernée, demeure à la disposition de Nabû-lû-silim, mais ce travail ne doit probablement pas être
à plein temps, tout comme pour BM 102345. Il s’agit d’une manière qu’ont les maîtres de
rentabiliser la force de travail de leurs esclaves-artisans.
Enfin, pour ce qui concerne les textes juridiques, ceux-ci concernent pour plusieurs d’entre
eux un remboursement lié à une vente ou à une appropriation frauduleuse d’esclaves, pour d’autres
une prévention de la fuite ou de l’appropriation d’une esclave. Nbk. 103, Nbn. 573 et Dar. 260
sont liés à la première catégorie. Nbk. 103 établit que, suite à la vente d’un esclave, ses acheteurs,
s’ils ne donnent pas l’argent de la vente, doivent rendre l’esclave et payer une mandattu au vendeur
et ancien maître de l’esclave. Nbn. 573, de même, a été écrit suite à la vente de Nabû-nadannu,
esclave d’Arrabi, auprès d’Iddin-Marduk des Nûr-Sîn. Toutefois, l’esclave est resté auprès de son
ancien maître et cette tablette établit la compensation que celui-ci doit payer, dont le montant n’est
toutefois pas précisé. Dar. 260 constitue le procès d’un certain Nergal-ah-iddin à l’initiative de
Karêa et sa mère fNuptaya au sujet d’esclaves. L’un de ces esclaves, Nabû-uṣuršu, est décédé et
Nergal-ah-iddin a dû le rembourser à hauteur de quatre mines d’argent, tandis qu’il doit payer
plusieurs mandattû concernant les autres esclaves en question. Le détail de l’affaire n’est
malheureusement pas donné, mais il semblerait que Nergal-ah-iddin soit responsable de la mort
d’un de ces esclaves et de l’appropriation des autres ; peut-être en est-il le détenteur légitime mais
il a dépassé les conditions de cette mise à disponibilité des esclaves de Karêa et fNuptaya. Il doit
donc rembourser cette force de travail perdue. Enfin, dans Nbk. 409, il est précisé que l’homme
en question, Kalbaya est allé « là où l’on sait que l’esclave se trouve » (ašar amata idû). On accuse
ainsi Kalbaya du rapt de l’esclave et il doit rembourser son appopriation à Nabû-ah-iddin, le maître.
Ces quatre exemples montrent comment le paiement d’une mandattu s’inscrit dans le cadre de la
propriété de l’esclave et de son transfert : si l’on dépasse la légalité de cette propriété (après avoir
vendu ou acheté un esclave), une compensation doit être payée. C’est d’autant plus clair lorsqu’une
esclave est appropriée de manière illégale.
Nbn. 679 / Nbn. 682 concernent la prévention de l’appropriation d’une esclave par des
hommes nommés dans les textes, sinon ces derniers doivent payer une mandattu. Dans Nbn. 679,
si l’esclave fAmtiya déclare : « Tu as entendu parler de ma fuite », un certain Nûr-Sîn doit payer une
compensation à son maître, Itti-Marduk-Balâṭu de la famille des Egibi. Elle est aussi défendue de
fréquenter un certain Guzanu en Nbn. 682. Dans ce dernier cas, la mandattu est précisée à hauteur
de 3 litres d’orge par jour. Dans ces deux cas, il était bien compris que la mandattu sert à rembourser
le travail perdu par les maîtres de l’esclave concernée en cas d’appropriation par les deux hommes
mentionnés. Il est possible que cette esclave ait été récemment achetée par Itti-Marduk-balâṭu, qui

193
tente ainsi de prévenir sa perte pour rejoindre des personnes qu’elle connaît et qui peuvent l’aider438.
Comme ces hommes sont identifiés à l’avance par son maître, ces contrats sont rédigés afin de
prévenir toute appropriation de cette esclave par des suspects connus.
Enfin, un dernier texte mentionne une mandattu à payer. Il s’agit de VS VI 069, qui est une
injonction faite à deux personnes à livrer sous neuf jours une esclave nommée fBazîtu, propriété
de Nabû-šum-iškun, fils de Nabû-epuš, descendant de Kutimmu. Ils doivent la livrer depuis Sippar
à Babylone à Nabû-šum-iškun, sinon ils ont à payer une mandattu en argent (dont le montant n’est
plus lisible sur la tablette) s’établissant sur une durée de trois ans et établie précédemment,
probablement dans un document dont nous ne disposons pas. Les raisons de cette appropriation
d’une esclave nous sont inconnues, mais ce texte a une valeur juridique incitant ces deux personnes
à rendre l’esclave, sous peine d’avoir à rembourser une compensation à la hauteur du travail perdu
pour son maître.

Après nous être intéressés à la documentation présentant un paiement potentiel ou effectué


du travail d’un esclave, quelques remarques sur l’ensemble de ces tablettes peuvent être faites. Ces
paiements ne se font que très rarement au profit de l’esclave concerné(e). Excepté les cas où un
esclave artisan reçoit un paiement (en argent, en orge ou en bien artisanal) pour son travail, comme
dans les contrats d’apprentissage où ils enseignent un savoir-faire ou dans les contrats de travail
pour de l’entretien textile, la plupart des mandattû doivent être payées soit au maître de l’esclave,
soit à la personne qui dispose temporairement de l’esclave, et ce en compensation d’un travail
perdu. Ce travail est ainsi évalué, en respectant souvent ce qui semble être une certaine norme
(autour de 6 litres d’orge par jour), et peut effectivement être remboursé lorsque les conditions
établies dans le contrat sont observées (enseignement incomplet de l’artisanat, travail de l’esclave
chez une autre personne, fuite ou mort de l’esclave). Il ne s’agit donc que très rarement d’une forme
de salaire pour le travail de l’esclave, qui se limite à quelques cas pour ce qui concerne des esclaves
artisans, étant des travailleurs qualifiés. La rareté des mentions de ce type de paiement en faveur de
l’esclave indique d’avantage une entente entre les personnes concernées, retranscrite par écrit dans
un contrat, qu’une tendance plus générale qui s’observerait à l’échelle de la société babylonienne
vers un paiement du travail de l’esclave.
De plus, on observe la coexistence de plusieurs types de paiement : argent (15 cas), orge
(24 cas), bière dans un cas (Dar. 168), travail d’un apprenti (Cyr. 119, BM 40743). Le paiement
d’une mandattu en orge est majoritaire avec une forte présence du paiement en argent. Cela ne
distingue pas le paiement des travailleurs libres de celui des esclaves, une même diversité des

438
[Wunsch, 1997 : 70].

194
ressources utilisées comme salaire se retrouvant pour les personnes de statut libre439 ; toutefois une
différence bien réelle existe entre les deux étant donné que les esclaves ne reçoivent pas de paiement
pour leur travail. La mandattu sert de compensation au maître pour le travail de son esclave. Ce
dernier est considéré, d’un point de vue économique, comme une force de travail comparable à
celle d’un animal de labeur. La personne propriétaire tient à l’entretien de cette main-d’œuvre et
donne une valeur à son travail. Son équivalent est donné et pré-déterminé principalement en orge
ou en argent dans les textes que nous venons de voir.
L’orge comme l’argent sert de moyen d’échange et les mandattû d’orge ne doivent
probablement pas être utiséees pour des rations allouées ensuite aux esclaves. En effet, la question
de l’approvisionnement de l’esclave-apprenti, ainsi que de ses vêtements, est parfois mentionnée
dans les contrats d’apprentissage afin de préciser à qui, du maître de l’esclave ou du maître-artisan
en revient la responsabilité (avec certaines variations quant à la durée de cet approvisionnement).
Cette responsabilité peut d’ailleurs être commune aux deux personnes. Au-delà de ces mentions, il
est probable que le problème de l’alimentation de l’esclave est implicite au contrat et lors de la
location du travail d’un esclave, cela ne doit nécessiter un recours à l’écrit que lorsque des conditions
précises sont demandées par une des parties440.
Dès lors, il y a cohabitation de ces différents types de paiement, établi selon les préférences
des personnes présentes dans le contrat ainsi que de leur accès à ces ressources. La mandattu, d’orge
ou d’argent, en produit d’un travail artisanal ou en bière, a insi plusieurs usages pour celui qui la
reçoit. Moyen d’échange pour l’obtention d’autres biens, bien consommable, dans tous les cas elle
sert comme compensation d’un travail perdu pour celui qui dispose du travail de l’esclave ou pour
le maître de ce dernier. Elle n’est donc probablement pas une manière de subvenir aux besoins
alimentaires de l’esclave.

Conclusion

L’esclave et son travail constituent bien une forme de marchandise : l’esclave peut être
acheté, transmis au sein d’une famille ou au moment d’un mariage, ou loué pour certaines tâches
spécialisées. Le coût de l’esclave, masculin comme féminin, a connu des variations qui suivent
l’évolution générale des prix dans l’économie babylonienne de notre période d’étude ; toutefois, il
existe des variations de prix entre esclaves selon certains critères (âge, sexe, état de santé, esclave
réputé fugueur). Elles peuvent être assez importantes, notamment en ce qui concerne l’âge de

439
[Jursa, 2010 : 674‑676].
440
[Jursa, 2010 : 704].

195
l’esclave acheté : un enfant esclave représente un investissement à la charge de son acheteur dans
une société où la mortalité infantile est importante, de même qu’un(e) esclave âgé(e) a peu de valeur
car peu susceptible de vivre longtemps après son achat. En ce qui concerne le sexe des esclaves, il
y a une tendance générale à payer un peu plus cher les esclaves masculins, mais l’on trouve des
femmes esclaves à des prix élevés. L’esclave adulte, masculin comme féminin, est un produit de
luxe, d’un prix très élevé et réservé à certaines classes sociales de Babylonie.

Héritages et dots constituent les principales formes de transmission d’esclave sans transfert
d’argent. Les esclaves changent de propriétaire aux côtés de biens fonciers, comme des champs et
des maisons, comme mobiliers, tels des sommes d’argent, des ustensiles utiles au travail
domestique, des meubles. Ces procédures donnent peu d’indices sur l’identité ou le travail des
esclaves transmis : ils ont dans ces textes pour seule valeur celle de biens, que l’on sait avoir, par le
reste de notre documentation, une forte valeur en argent. Ils constituent des réserves de valeur
pouvant être revendues tout comme ils sont des travailleurs domestiques, parfois attachés à une
maison spécifique dont la propriété est celle de la famille. La plupart des esclaves transmises dans
une dot sont des femmes et pouvaient être utiles à la « transition domestique » des jeunes épouses
passant du foyer familial à celui de leur mari. Les dots, transférées légalement à l’époux, sont aussi
gérées par les épouses qui gardent un droit de regard dessus. La conversion d’esclaves en argent,
assez rare, s’observe toutefois, ce qui permet aux épouses un accès à un nouveau capital en plus de
celui dont elles disposent par la dot de leur mariage.

Enfin, différentes formes de « location d’esclave » existent. L’esclave mis en gage au cours
d’une reconnaissance de dette peut devenir l’usufruit du créancier. Il peut être placé auprès d’un
maître-artisan qui est chargé de lui enseigner un savoir-faire ; cet artisan, pendant parfois de longues
périodes de plusieurs années, dispose ainsi du travail de cet esclave. Enfin, des contrats de travail
existent prévoyant une rémunération pour le travail d’un esclave, en plus des mentions de
compensation (mandattu) dans différent cas. Le travail de l’esclave peut ainsi être l’objet d’une
évaluation selon différents ressources (argent, orge notamment), et si l’esclave est rarement payé
pour son labeur, son maître ou la personne qui en dispose temporairement peut recevoir une
mandattu pour le travail perdu de l’esclave dans certaines conditions.

L’esclave comme bien économique est une marchandise, possédant une valeur et pouvant
faire l’objet d’échange, de vente, de location. Si l’esclave en tant que tel peut être vendu, c’est parfois
sa force de travail, tout comme les travailleurs de statut libre, qui se voit évaluée et vendue, au
bénéfice de son maître mais, à quelques rares occasions, aussi à son propre profit.

196
Usages de la domesticité : esclaves domestiques, usages privés de
l’artisanat

Après nous être intéressés à l’esclave comme objet, comme bien achetable et échangeable
ou dont la force de travail peut être louée, il nous faut maintenant nous intéresser aux activités
économiques des esclaves eux-mêmes, selon ce que nos sources peuvent révéler à ce sujet. En ce
qui concerne l’esclavage privé, les esclaves peuvent être domestiques, artisans ou agents
commerciaux au service de leur maître. Ces trois activités sont très inégalement documentées, du
fait de la nature des métiers en question : le recours à l’écrit est loin d’être toujours nécessaire. Cette
répartition des sources pourrait donner un tableau imparfait et trompeur quant à la question de
l’esclave comme acteur. Nous tenterons toutefois de bien conserver cet effet de sources en tête
dans notre étude.

Esclaves domestiques

Le travail domestique, propre à l’espace des maisons privées, n’a laissé pratiquement aucune
trace dans la documentation de notre période. L’usage des esclaves comme serviteurs au sein des
maisons est donc une hypothèse qui ne trouve aucune source pour être prouvée. Cela paraît assez
logique : l’économie domestique privée (gestion et utilisation des stocks de nourriture, entretien
des maisons au quotidien, hygiène, etc.) n’avait aucun recours à l’écrit à cette échelle, tandis que
pour des institutions de plus grande dimension comme les temples, nous disposons de plus de
sources du fait de plus grands besoins en termes de nourriture (pour des usages rituels, par
exemple). Le quotidien des maisons babyloniennes, leur économie interne et, par conséquent,
l’usage des esclaves pour des tâches domestiques, nous est dès lors pratiquement inconnu si l’on
s’en tient à la documentation écrite.

Toutefois, certains documents que nous avons pu déjà étudier laissent supposer que le
travail de nombreux esclaves est de nature domestique. Les dots constituées lors de mariages et
comportant des esclaves en sont une première indication. Il est courant de voir des esclaves
présent(e)s au sein de ces dots et la plupart sont des femmes. Cela a pu être analysé par M. T. Roth
comme faisant partie de la « transition domestique » des épouses lors de leur changement de
foyer441. La ou les esclaves présentes dans ces dots ont ainsi un usage direct à la suite du mariage.
Elles peuvent faciliter la vie dans une nouvelle maison pour la jeune épouse, disposant ainsi d’une

441
[Roth, 1989a : 15].

197
ou de plusieurs esclaves qu’elle a pu connaître depuis sa naissance dans le foyer familial et qui se
maintient à sa disposition par la suite442. De plus, certains esclaves, dans des divisions d’héritage,
sont directement attachés à une maison précise ou à des champs443. Cela peut indiquer l’entretien
de ce domaine par les esclaves transférés, mais une limite assez floue peut s’établir entre travail
proprement domestique (entretien de la maison, cuisine, nettoyage, services à la personne, etc…)
et travail agricole (entretien des champs, récolte, travaux d’irrigation, etc…). On ne peut
véritablement distinguer entre les deux, les sources ne donnant aucun détail à ce sujet et
documentant simplement la présence d’esclaves attaché(e)s à une maison.

Nous pouvons rajouter à cette dimenstion domestique du travail des esclaves la question
du soin des personnes âgées, dont nous avons déjà discutée dans notre première partie. Les
donations d’esclaves aux temples ou les procédures d’adoption comportent souvent le maintien
d’un service auprès des maîtres. Les membres de la famille d’une personne âgée remplissent ce rôle,
tout comme les esclaves444. Les mentions d’un service à la personne indiquent ainsi ce qui est
attendu du travail domestique d’un(e) esclave, bien que les sources ne nous permettent pas d’aller
beaucoup plus loin à ce sujet.

Cette absence de sources concernant les travaux domestiques des esclaves possédés par les
familles des notables urbains babyloniens est trompeuse. Elle ne doit pas faire oublier qu’il est très
probable qu’une large proportion des tâches attachées à l’esclavage dans la société babylonienne du
premier millénaire avant Jésus-Christ relèvent du travail domestique. Comme nous l’avons dit, et
comme d’autres l’ont dit avant nous445, ce travail ne nécessite aucun recours à l’écrit. Toutefois, il
est possible que certaines tâches relevant de l’artisanat sont réalisées dans le cadre domestique par
des esclaves, ce que nous allons voir en étudiant plus largement le cas des esclaves artisans.

442
Très peu d’esclaves masculins sont présents dans les dots, bien qu’il faille garder en tête que de nombreux
accords de dots ne nommaient pas les esclaves promis. Lorsque des esclaves masculins sont nommés et
transférés dans une dot, ils le sont avec les membres de leur famille : BM 33092 (plusieurs couples avec leurs
enfants), BM 61434+62729 (Silim-Bau et sa fille), BM 82609 (une esclave et son fils), BM 33932 (Itti-Nabû-iniya
et fBanîtu-taddinu, probablement un couple). On retrouve ainsi ce souci de ne pas séparer les familles d’esclaves
lors de leur transmission. Cette prééminence des esclaves féminines dans les dots indiquerait une séparation
genrée du travail domestique, si celui-ci était effectivement effectué auprès de leur maîtresse par les esclaves
reçus en dot au sein du foyer conjugal. Toutefois, ne disposant d’aucune source sur ce travail domestique, il s’agit
ici d’un argument par le silence des sources.
443
Ainsi dans les textes suivants : YOS XVII 348 // VS XX 086 (part du fils aîné : sept esclaves, une grande maison,
un champ ; part du fils cadet : trois esclaves et deux champs), YOS VI 143 (le fils du défunt reçoit l’esclave Nabû-
ṣabit-qâtê et « sa maison et ses possessions » (bîssu u ša nikkassu)), Wunsch Iddin-Marduk n°260 (le fils reçoit
cinq esclaves et un champ, la fille reçoit en dot un champ et trois esclaves), Cyr. 168 (deux demi-frères se
partagent l’héritage de leur mère : ils reçoivent chacun une part de maison et un esclave, avec un autre esclave
mis en commun), TCL XII 043 (deux cousins se partagent, parmi d’autres biens, deux maisons et 31 esclaves).
444
[Van Driel, 1998a].
445
[Dandamaev, 1984 : 249 ; Roth, 1989a : 15].

198
Esclaves artisans

Si le travail domestique des esclaves demeure peu documenté, le travail artisanal est quant
à lui sensiblement mieux connu. Il faut toutefois indiquer de sérieuses limites quant à nos
connaissances à ce sujet : si l’existence d’esclaves artisans est bien attestée, avec une certaine
diversité concernant les savoir-faire qu’ils pratiquent, leurs activités économiques et les possibilités
d’un travail indépendant de leur maître sont assez mal connues. A l’exception de quelques esclaves
ayant un fort lien avec l’économie institutionnelle (comme pour l’Ebabbar de Sippar), du fait du
statut de prébendier de leur maître, peu d’esclaves artisans sont documentés comme pratiquant
effectivement leur artisanat grâce à une documentation qui nous permettrait de percevoir le
quotidien du travail d’un artisan. Nous allons néanmoins nous intéresser à la documentation
disponible.

Les contrats d’apprentissage, que nous avons référencés plus tôt dans notre étude, ainsi que
les diverses mentions du métier d’un esclave (que ce soit dans des contrats de vente ou tablettes
relevant de la documentation économique courante), permettent de montrer la diversité des
artisanats pratiqués par des esclaves. Les mieux documentés sont celui de la boulangerie446 et des
travaux liés au textile447. D’autres artisanats pratiqués par des esclaves sont ensuite documentés par

446
Des esclaves boulangers sont ainsi documentés dans les textes suivants : TuM II/III 214 (contrat
d’apprentissage pour l’esclave Linuh-ša-ilî, engagé pour cinq ans auprès d’un maître-artisan lui aussi de statut
servile, Nabû-rêm-šukun), Nbn. 336 (contrat de vente de l’esclave boulanger Nabû-ah-rimanni), Nbn. 475
(contrat d’apprentissage pour un esclave au nom illisible auprès d’un maître-artisan esclave), Cyr. 248 (contrat
d’apprentisage pour l’esclave Ina-qâtê-Nabû-bulṭu auprès de Rehêti, maître-artisan esclave), Camb. 379
(reconnaissance de dette où Nabû-silim, esclave boulanger, est mis en gage), BOR I 083 (contrat d’apprentissage
pour l’esclave Itti-Uraš-pâniya), BM 114717 (contrat d’apprentissage pour l’esclave Habaṣîru), BM 16656 (contrat
d’apprentissage pour l’esclave Bêl-êdu-uṣur auprès de Bêl-ah-ittannu, maître-artisan esclave), BM 37939+37947
(contrat d’apprentissage pour un esclave), VS V 051 (contrat de vente de Guzanu, esclave boulanger), Dar. 070
(paiement de l’argent de la vente de Nabû-silim, esclave boulanger), PBS II/I 065 (contrat de vente de Bêl-silim,
esclave boulanger).
447
Différents artisanats textiles étaient pratiqués par des esclaves : Nbn. 340 (reconnaissance de dette où
l’esclave blanchisseuse (puṣaitu) fŠalmu-dîninni est mise en gage), Nbn ? 1116 (reconnaissance de dette où
l’esclave chapelier (rab kaṣir kubšê) Nabû-rêm-šukun est mis en gage), Cyr. 064 (contrat d’apprentissage pour
l’esclave Atkal-ana-Marduk pour apprendre le tissage (išparûtu)), Cyr. 313 (contrat d’apprentissage pour l’esclave
Nidintu pour apprendre la blanchisserie (puṣammûtu)), BM 102345 (contrat de travail pour blanchisserie pour
l’esclave Kuṣuraya), Dar. 457 (contrat de travail pour l’esclave Ultu-pâni-Bêl-lû-šulum pour de la confection de
chaussures et travail du cuir auprès de l’esclave Nabû-bulliṭanni), BE VIII 119 (contrat de travail pour blanchisserie
pour l’esclave Nabû-ina-Esaggila-lummir), BM 40743 (contrat d’apprentissage d’un homme libre auprès d’un
maître artisan esclave, Paṭemun, spécialiste du cuir (aškapûtu)), Jursa 2006 n°9 (contrat d’apprentissage de
confection textile (dulli suhatti birmi) pour l’esclave Libluṭ auprès du maître-artisan esclave Muballissu-Bêl),
Camb. 245 (contrat d’apprentissage de confection textile (kaṣir lamhuššûtu) pour un esclave), YOS VII 114

199
quelques textes : métier de barbier 448 (gallabûtu), construction et menuiserie 449 (arad ekallûtu et
naggarûtu), taille de sceaux-cylindres450 (purkullûtu), forge451 (nappahûtu), production de bière452.

La nature de la plupart de la documentation référencée pose néanmoins le problème que


nous rencontrons pour parler du travail des esclaves artisans : en grande majorité, ce sont des
contrats d’apprentissage ou des contrats de vente. Quelques textes mentionnent effectivement un
travail devant être effectué, mais au-delà, nous disposons de peu de données sur les conditions du
travail artisanal de ces esclaves. Pour qui travaillent-ils ? Disposent-ils d’une certaine indépendance
qui leur permettraient de gagner un revenu, sans rendre de comptes à leur maître ? D’où
proviennent les matières premières qu’ils sont amenés à transformer par leur savoir-faire ? La
plupart des esclaves artisans vendus ou apprentis ne sont pas connus dans d’autres documents,
limitant ainsi notre capacité à résoudre ces problèmes. Si le portrait du travail artisanal des esclaves
que nous pouvons esquisser est plus riche que celui du travail domestique, certaines questions
demeurrent sans réponse. Nous pouvons espérer des données encore inédites, dans des textes non
publiés par exemple. Mais si l’on compare nos sources pour ce domaine des activités de ces esclaves
à celles documentant les esclaves agents commerciaux de leur maître, que nous étudierons plus
tard, il faut peut-être admettre là encore qu’une large part de leurs travaux n’ont pas eu recours à
l’écrit.

Des remarques peuvent toutefois être faites sur la documentation que nous avons
mentionnée. Très peu de femmes sont visibles dans ces textes : aucune femme esclave boulangère,
barbière, menuisière ou forgeronne. Une esclave blanchisseuse est connue, fŠalmu-dininni (Nbn.
340), et fIshunnatu, esclave des Egibi, gérante de cabaret et productrice de bière, est un cas
célèbre 453 . Cela pourrait indiquer une séparation genrée assez claire quant aux savoir-faire
artisanaux.

(remplacement d’un esclave vendu par un autre esclave spécialiste du cuir, Šamaš-iddin), VS V 024 (contrat de
travail pour l’entretien d’une palmeraie à la charge d’Arrabi, esclave, qui reçoit aussi cinq mines de laie pour la
confection d’étoffes-gulênu), CT XXII 201 (lettre concernant la vente d’une esclave tisserande).
448
OECT XI 126 (contrat d’apprentissage pour l’esclave Bêl-uṣranni, voir [Jursa, 2010 : 724]), YOS VI 005 (contrat
de vente de l’esclave Nabû-silim, barbier).
449
SIL 006 (contrat d’apprentissage pour l’esclave Ina-Nabû-ultarrah), Bellino E (contrat d’apprentissage pour
menuiserie de l’esclave Nabû-uballiṭanni).
450
Cyr. 325 (contrat d’apprentissage pour l’esclave Guzu-ina-Bêl-aṣbat auprès du maître-artisan esclave
Hašdâya).
451
Nbn. 960 (livraison d’outils en fer (un cercle en fer pour une porte, dix-sept ciseaux de taille) par Suqaya,
esclave).
452
TuM II/III 216 / BE X 004 (contrat pour la production de bière à partir de 5825 kur de dattes, à la charge d’un
esclave et de dix autres personnes libres), Camb. 330, Camb. 331 et OECT X 239 (trois inventaires de biens
(argent, meubles, outils à la production de bière) confiés à fIshunnatu, esclave de la famille des Egibi).
453
[Joannès, 1992a, 1992b ; Tolini, 2013].

200
De nombreux textes parmi ceux mentionnés proviennent des archives de familles connues
de la société babylonienne urbaine : avant tout des Egibi454, mais aussi des Sîn-ilî455, Ea-ilûtâ-bani456,
Basiya457 et Murašû458. Par exemple, les Egibi ont pu envoyer plusieurs de leurs esclaves apprendre
des artisanats spécialisés, comme en Cyr. 248 (Ina-qâtê-Nabû-bulṭu apprend la boulangerie), Cyr.
064 (Atkal-ana-Marduk devient tisserand), Cyr. 325 (Gûzu-ina-Bêl-aṣbat devient faiseur de sceaux-
cylindres), Dar. 457 (Ultu-pani-Bêl-lû-šulum apprend le travail du cuir), BOR I 083 (Itti-Uraš-
pâniya devient boulanger). Se pose alors la question suivante : comment les Egibi utilisent-ils ces
travailleurs qualifiés ? Peu d’éléments de réponse peuvent être apportés à cette interrogation459.

Pour Atkal-ana-Marduk, après son apprentissage, nous disposons d’un autre texte
documentant son existence : le paiement d’une compensation (mandattu) de cinq sicles d’argent de
la part de Bêl-eṭir auprès de son maître Itti-Marduk-balâṭu, et quatre autres sicles d’argent sont
mentionnés, issus d’une reconnaissance de dette précédente dont nous ne disposons pas (Cyr. 315,
Cyr. 8, 30 / V, Babylone). Le contrat d’apprentissage d’Atkal-ana-Marduk, daté du 20 / VII de l’an
2 de Cyrus, précise qu’il doit durer cinq ans. Le paiement de la compensation se fait donc autour
de dix mois après la fin prévue de l’enseignement du métier de tisserand par Bêl-eṭir. Il est dès lors
possible qu’Atkal-ana-Marduk soit resté auprès de son maître-artisan pour y travailler, et une
compensation en argent est donc établie pour remédier à ce travail perdu par Itti-Marduk-balâṭu.
Avec neuf sicles d’argent reçus, on atteint presque un sicle d’argent par mois resté chez Bêl-eṭir ;
de plus, le contrat d’apprentissage mentionne une compensation à payer en orge si l’artisanat n’a
pas été correctement enseigné, il s’agirait donc bien d’un autre problème réglé par ce paiement. Le
maintien de l’esclave chez Bêl-eṭir rapporte ainsi de l’argent à son maître, et les frais à lui payer
pourraient avoir été planifiés par Bêl-eṭir. Le travail de boulangerie d’Atkal-ana-Marduk n’est
probablement pas réalisé dans le foyer d’un(e) membre des Egibi, mais à l’extérieur.

Quelques autres cas nous sont connus d’esclaves artisans travaillant hors du foyer de leur
maître. Nbn. 960 (Nbn. 16, 04 / III, Sippar, Ebabbar) est un reçu pour la livraison d’un anneau en
fer et de dix-sept ciseaux de taille de la part de Suqaya, esclave, et de Rimût. Deux contrats de travail
pour de la blanchisserie sont bien connus et nous les avons déjà mentionnés plus tôt : BM 102345

454
BOR I 083, Camb. 245, Cyr. 064, Cyr. 248, Cyr. 325, Dar. 070, Dar. 457, Nbn. 340, et les textes du dossier de
l’esclave fIshunnatu.
455
BE VIII 119, VS V 024.
456
TuM II/III 214.
457
YOS VI 005.
458
PBS II/I 065.
459
On peut toutefois comparer cela avec la situation des marchands babyloniens résidant à Larsa, propriétaires
de grandes maisons avec un personnel aux tâches spécialisées, symbôle de richesse et de prestige social, voir
[Charpin, 2003b].

201
(Cyr. 30, 06 / XIIb, Borsippa) et BE VIII 119 (Xer. 23, 01 / I, Babylone, Eppeš-ilî) mentionnent
des esclaves effectuant des travaux de lessive pour des personnes autres que leur propre maître 460.
Dans le premier, Kuṣuraya, esclave de Libluṭ, fils de Bêlšunu, descendant de Buraqu, est engagé
pour un sicle d’argent par an afin de faire la lessive de Nabû-šum-ukîn, fils de Šamaš-šum-lišir,
descendant d’Esagila-massi. Dans le second, c’est Nabû-ina-Esagila-lummir, esclave de Mušêzib-
Marduk, fils de Bêl-ibni, qui est loué par la mère de ce dernier, fKalubuttu, auprès de Nabû-lû-silim,
esclave d’Arad-Marduk, fils de Šellibi, descendant d’Eppeš-ilî, pour 60 litres d’orge par mois.
Toutefois, ces travaux ne nécessitent pas pour les esclaves concernés de vivre chez les personnes
qui les ont engagés. Il doit s’agir de tâches réalisées de manière régulière par les esclaves, parmi
d’autres travaux. Cela se distingue du cas d’Atkal-ana-Marduk, qui semble être resté auprès de son
maître-artisan.

Deux autres tablettes peuvent être mentionnées. VS V 024 (Nbn. 5, [x] / II, Babylone, Sîn-
ilî) est un contrat pour l’entretien sur dix ans d’une palmeraie, propriété de Ṭabiya, fils de Nabû-
apla-iddin, descendant de Sîn-ilî. Il confie cette palmeraie à son esclave Arrabi. Le contrat contient
les dispositions classiques pour un tel type de travail, mais comporte aussi une tâche de production
textile à la charge d’Arrabi. Il doit recevoir cinq mines de laine de la part de son maître en échange
de quoi il livre des étoffes-gulênu. Deux possibilités : soit Arrabi est un esclave qualifié, ayant été
formé à l’artisanat textile de production de gulênu, soit quelqu’un (peut-être son épouse) possède un
tel savoir-faire. Dans ce dernier cas, Arrabi est le représentant du foyer et donc celui chargé de
livrer la production demandée. Cela montre aussi que les esclaves n’étaient pas attachés à une tâche
unique : ici, Arrabi était le gestionnaire d’une palmeraie, responsable de sa production et des
travailleurs qui y sont attachés, et peut-être en même temps artisan, dont le produit peut être
revendu par son maître au bénéfice de ce dernier. Le texte ne laisse toutefois rien entendre
concernant l’avenir des étoffes en question ; il s’agissait d’un vêtement de bonne qualité, parfois
produit en grande quantité sans être tout à fait commun461.

BE X 004 / TuM II/III 216 (Dar. II 41, 14 / XII, Nippur, Murašû) concerne quant à elle
la production de 5825 jarres de bière à partir de 5825 kur de dattes (soit 1 048 500 litres de dattes).
Onze brasseurs sont engagés par ce contrat auprès d’Enlil-šum-iddin de la famille des Murašû pour
ce qui est une très grande quantité de bière. Un de ses esclaves, Enlil-suppê-šime, fait partie de ces
brasseurs. Le brassage de bière de qualité normale est certainement un travail moins qualifié que
les autres artisanats que nous avons pu mentionner, mais l’on distingue ici comment un esclave

460
[Waerzeggers, 2006].
461
[Quillien, 2016b : 523‑525].

202
peut être engagé pour la réalisation d’un tel type de travail, au même titre que des personnes de
statut libre.

Dès lors, du fait du peu de sources concernant les esclaves-apprentis artisans, en dehors de
leurs contrats d’apprentissage, et que les mentions d’esclaves artisans connues concernent soit des
esclaves en situation passive (vendus ou mis en gage), soit en situation active (comme les esclaves
maîtres artisans) mais peu connus hors de ces textes, que pouvons-nous supposer sur le travail de
ces esclaves ? La contractualisation et la mise par écrit des activités de ces personnes existent, mais
seulement lorsqu’ils ont à travailler hors du foyer des personnes qui en sont propriétaires462. Chez
les Egibi, la famille la mieux documentée à ce sujet, nous ne retrouvons aucun des esclaves devenus
artisans dans des contrats de vente, dots ou divisions d’héritage. La famille conserve ces esclaves,
sans chercher à s’en séparer (comme nous l’avons vu, un esclave qualifié ne vaut pas forcément
plus cher qu’un autre). De notre point de vue, il y a donc deux possibilités qui expliqueraient notre
absence de renseignements :

• Le travail des esclaves artisans avait un usage purement interne, et lorsque l’esclave artisan
travaille pour quelqu’un d’autre, on a recours à l’écrit pour savoir chez qui travaille l’esclave,
depuis combien de temps… et ainsi calculer la compensation à payer par celui qui exploite
le travail de l’esclave-artisan en question. Le cas d’Atkal-ana-Marduk, ainsi que celui des
esclaves blanchisseurs (BE VIII 119 et BM 102345), par exemple, illustrent bien comment
peut fonctionner ce système. Les activités des esclaves artisans sont donc avant tout d’ordre
domestique, ne produisant pas des sources écrites pour notre période d’étude.
• Les esclaves artisans disposeraient d’activités économiques indépendantes, produisant sa
propre documentation non encore éditée ou n’ayant pas encore été retrouvée. Ce n’est pas
à exclure, toutefois, comme nous le verrons avec le cas des esclaves agents commerciaux
de leur maître, ces activités plus ou moins indépendantes pouvaient laisser des sources,
ensuite archivées par leur maître. Un cas comme l’esclave Atkal-ana-Marduk peut donner
une explication : son travail produit des revenus pour Bêl-eṭir, et Itti-Marduk-balâṭu en
reçoit une compensation en argent. Si documentation il devait y avoir, ce serait donc plutôt
chez Bêl-eṭir qu’elle devait exister.

En soi, la première hypothèse nous paraît la plus probable, mais un travail plus approfondi
sur une documentation inédite inviterait peut-être, à l’avenir, à relativiser notre propos. De plus, et

462
Ceci est à relativiser par la situation documentée par le texte BE VIII 119, qui mentionne aussi le travail de
Nabû-ina-Esaggila-lummir chez son maître ; on y perçoit en même temps un travail hors du foyer de son maître,
qui constituait certainement la raison de la rédaction de ce contrat.

203
c’est ce dont nous allons parler désormais, nous disposons de sources documentant plus largement
le travail d’esclaves artisans. A Sippar, dans les archives de l’Ebabbar apparaissent plusieurs esclaves
tisserands, possédés par le tisserand prébendier de l’Ebabbar Nabû-bêl-šumâti, qui travaillent pour
le temple, en lien avec les prébendes administrées par Nabû-bêl-šumâti.

Nabû-bêl-šumâti et sa famille, tous tisserands prébendiers de l’Ebabbar (išparû ša Šamaš),


font partie des artisans du temple de Sippar parmi les mieux connus. De même, leurs esclaves,
collaborateurs effectifs dans leur travail de production textile, sont les esclaves-artisans les mieux
documentés aux époques néo-babylonienne et achéménide. La documentation concernant cette
famille et leurs esclaves a été largement étudiée, grâce au travail prosopographique d’A. C. V. M.
Bongenaar463 et par les études récentes de S. Zawadski464 et L. Quillien465. Nous n’allons rappeler
que dans les grandes lignes ce qui constitue le travail de cet ensemble de tisserands, connu par un
grand nombre de tablettes.

Le père de Nabû-bêl-šumâti, Dummuqu, est attesté pour la première fois en l’an 15 de


Kandalanu466 et pour la dernière en l’an 17 de Nabopolassar467 (soit de – 633 à – 609). Les tablettes
le concernant documentent les différentes livraisons de vêtements et textiles qu’il effectue pour
l’Ebabbar, notamment pour les vêtements des statues divines (Šamaš, Bunene, Aya, les Filles de
l’Ebabbar et Šarrat Sippar468). Son fils, Nabû-bêl-šumâti (attesté de Nbp. 18 à Nbn. 11), hérite de
cette prébende, pour la transmettre ensuite à sa mort, après un partage des tâches entre les deux, à
son propre fils Balâṭu (attesté de Nbk. 42 à Nbn. 3). Nabû-naṣir-apli (attesté de Nbn. 5 à Cyr. 8),
le fils de ce dernier, est enfin le dernier héritier de cette prébende. Si l’on s’en tient aux références
des membres de cette famille dans la documentation cunéiforme, leur prébende peut ainsi être
datée entre – 633 et – 531, soit un peu plus de cent ans, avec toutefois de larges variations quant à
la précision de nos connaissances quant à leurs activités. Les attestions de leurs esclaves permettent
de bien percevoir ces différences concernant l’étendue de nos sources. En effet, les esclaves-artisans
les mieux connus de cette famille sont Ana-Nabû-upnîya469 (documenté de Nbn. 01 à Nbn. 10),

463
Pour Nabû-bêl-šumâti et sa famille, voir le tableau généalogique et la description du travail de cette famille
de tisserands dans [Bongenaar, 1997 : 310‑312]. Pour les attestations de Nabû-bêl-šumâti : [Bongenaar,
1997 : 332‑334]. Pour celles de ses esclaves : Bakûa en [Bongenaar, 1997 : 317‑319], en rajoutant [Zawadzki,
2006 : 210‑212] ; Ana-Nabû-upnîya en [Bongenaar, 1997 : 315‑316] et [Zawadzki, 2006 : 208‑209] ; et pour
Nabû-nâṣir, voir [Bongenaar, 1997 : 335‑336] et [Zawadzki, 2006 : 222].
464
[Zawadzki, 2006 : 67‑79].
465
[Quillien, 2016b : 327‑333].
466
BM 50209 + BM 50031.
467
BM 49268.
468
[Zawadzki, 2006 : 75]
469
Documenté dans les textes suivants : BM 59368, BM 59423, BM 60394, BM 60445, BM 62099, BM 62178, BM
76963, BM 79134, BM 79793+, BM 83511, BM 84214, BM 84470, BM 100960, CT LV 833, CT LV 836, CT LV 861,
CT LV 869, CT LVI 001, CT LVI 005, CT LVI 605, CT LVI 611, CT LVI 616, CT LVI 668, CT LVII 378, CT LVII 429, CT LVII

204
Bakûa470 (de Ner. 03 à Cyr. 08) et Nabû-naṣir471 (de Nbn. 01 à Nbn. 15) : leurs activités nous sont
ainsi renseignées sur une trentaine d’années (de – 557 à – 531) et par de nombreux textes472.

La grande majorité de nos sources concernant ces esclaves est constituée en premier lieu
de listes de livraison de matière première (avant tout de la laine de différents types, colorée ou non,
très rarement du lin) servant à la confection de vêtements ou d’accessoires textiles qui servent à des
cérémonies religieuses particulières. L’autre type de document très souvent présent dans cette
archive est la livraison de rations d’orge ou de dattes par le temple à ces esclaves, permettant à
ceux-ci de se nourrir le temps du travail concerné ou servant de rémunération en nature, ce qui
rapproche ces esclaves du statut des travailleurs dépendants des temples, du moins de manière
temporaire. Parfois, lorsque le temple ne dispose pas de matière première, il confie de l’argent à
l’un ou plusieurs de ses esclaves, alors chargé(s) d’obtenir la matière textile utile à la confection des
vêtements. Au-delà de cette documentation du travail textile, nous ne trouvons pas d’autres types
de tablettes pour ces esclaves. Il est très rare que l’un d’entre eux livre un produit fini au temple,
ceci étant plutôt la prérogative de leur maître.

Les esclaves-tisserands reçoivent souvent de très larges quantités de laine pour la confection
des vêtements de l’Ebabbar : Bakûa et Ana-Nabû-upniya, par exemple, peuvent aussi bien se voir
confier 35 sicles de laine pourpre destinées à la broderie (Nbn. 217, Nbn. 5, 29 / XII) que plusieurs
talents de laine pour du tissage (BM 76590+79793+99874, Nbn. 8). Dans ce dernier exemple, les
trois esclaves ont touché au moins sept talents et 41 mines de laine (soit 200.5 kilos de laine) pour

486, CT LVII 491, CT LVII 719, CT LVII 753, Nbn. 174, Nbn. 217, Nbn. 242, Nbn. 284, Nbn. 361, Ner. 065, VS IV
041. Dans la plupart de ces textes, il est indiqué comme « qallu ša Nabû-bêl-šumâti », puis « qallu ša Balâṭu », et
enfin « qallu ša Nabû-naṣir-apli », soit « esclave de Nabû-bêl-šumâti », « esclave de Balâṭu » et « esclave de
Nabû-naṣir-apli ». La désignation peut être collective lorsqu’il travaille avec Bakûa et Nabû-naṣir, « lamutânu ša
Nabû-bêl-šumâti », « ša Balâṭu » et « ša Nabû-naṣir-apli ».
470
BM 59423, BM 59834 + 58028, BM 60933, BM 61216, BM 61749, BM 62065, BM 62178, BM 62582, BM
62962, BM 64025, BM 64920, BM 64937, BM 65047, BM 65341, BM 65913, BM 66810, BM 67252, BM 67525,
BM 67934, BM 71878, BM 72315, BM 76129, BM 76393, BM 79134, BM 79793+, BM 83281, BM 83511, BM
83668, BM 84470, BM 99937, BM 100960, BM 101215, BM 101301, BM 101416, BM 101428, BM 101687, CT LV
859, CT LVII 491, CT LVII 510, Cyr. 232, Nbn. 174, Nbn. 217, Nbn. 242, Nbn. 302, Nbn. 349, Nbn. 361, Nbn. 465,
Nbn. 492, Nbn.494, Nbn. 532, Nbn. 544, Nbn. 547, Nbn. 723, Nbn. 751, Nbn. 783, Nbn. 788, Nbn. 789, Nbn. 826,
Nbn. 880, Nbn. 885, Nbn.908, Nbn.948, Nbn.952, Nbn. 979, Ner. 065. Tout comme Ana-Nabû-upnîya, il est
identifié à plusieurs reprises « qallu ša Nabû-bêl-šumâti », puis « qallu ša Balâṭu », et enfin « qallu ša Nabû-naṣir-
apli », en plus d’une désignation collective lors d’un travail commun.
471
BM 59423, BM 59834 + 58028, BM 60394, BM 60445, BM 62065, BM 67934, BM 79134, BM 79793+, BM
83511, BM 101428, CT LV 799, CT LV 833, CT LV 836, CT LV 848, CT LV 859, CT LV 865, CT LVI 001, CT LVI 184, CT
LVI 310, CT LVI 323, CT LVI 363, CT LVII 131, CT LVII 314, CT LVII 429, CT LVII 491, CT LVII 510, CT LVII 719, CT LVII
753, Nbn. 174, Nbn. 217, Nbn. 242, Nbn. 284, Nbn. 349, Nbn. 361, Nbn. 676, Nbn. 766, Nbn. 908, VS IV 041, VS
VI 071. Tout comme Ana-Nabû-upnîya et Bakûa, il est identifié à plusieurs reprises « qallu ša Nabû-bêl-šumâti »,
puis « qallu ša Balâṭu », et enfin « qallu ša Nabû-naṣir-apli », en plus d’une désignation collective lors d’un travail
commun.
472
Un autre esclave de ces tisserands-prébendiers apparaît dans un seul texte, Šamaš-rêṣû’a : BM 37394. Il y
reçoit une somme d’argent en même temps que son maître et les trois autres esclaves.

205
différents travaux, notamment liés à la cérémonie lubuštu473 ; le texte est assez cassé, il est possible
que le total de laine reçue soit plus important. La tablette mentionne aussi le détail des vêtements
que doivent produire les esclaves, dont plusieurs pour le dieu Šamaš, la déesse Aya, mais aussi
Anunîtu ou Bunene. Leur travail est donc pleinement inscrit dans le fonctionnement du culte de
l’Ebabbar.

Ils ne livrent que très rarement les produits finis au temple : BM 58028+59834474 (Nbn. 1,
10 / VIII) documente la livraison de différents vêtements divins par Bakûa et Nabû-naṣir (en tout,
un peu moins de 40 kilos de textile furent livrés, constitués de vêtements pour Šamaš, Adad, Šala,
Bunene, Gula) ; dans le fragment BM 62065475 (date cassée), ce sont les trois esclaves qui livrent
environ 21 kilos de vêtements divins. Bakûa accomplit plusieurs fois seul des livraisons de
vêtements : ainsi en BM 62582+65419476 (Nbn. 10, 04 / VII), BM 74440477 (Nbn. 10, 12 / XII) et
Cyr. 232478 (Cyr. 6, 04 / VII), où il livra respectivement 21, 20, 20 kilos de vêtements. S’il est
possible pour ces esclaves de livrer les produits de leur artisanat, il semble que cela ne soit qu’une
tâche marginale parmi leurs occupations. Bakûa se démarque de ce groupe d’esclaves, présent dans
ces cinq tablettes. Il faut remarquer que dans les tablettes où seul Bakûa livre des vêtements, ce
n’est plus Nabû-bêl-šumâti qui est le tisserand prébendier en charge mais son petit-fils Nabû-nâṣir-
apli. L’inexpérience relative de ce dernier face à un esclave-tisserand actif depuis l’an 3 de
Neriglissar, soit cinq ans avant la première attestation de Nabû-nâṣir-apli comme tisserand
prébendier, explique peut-être cette présence plus affirmée de Bakûa dans la livraison des
vêtements divins479.

Il se distingue aussi de Nabû-naṣir et Ana-Nabû-upnîya en recevant à plusieurs reprises des


sommes d’argent ne servant visiblement pas à l’acquisition de matière première lorsque le temple
n’en disposait pas dans ses réserves. Ces sommes d’argent pourraient avoir ainsi été une forme de
rémunération pour le travail de cet esclave tisserand : il reçut ainsi un (Nbn. 544), deux (Nbn.
302), trois (Nbn. 465), quatre (Nbn. 532) sicles d’argent à différentes occasions. Ces petites
quantités provenaient du pappassu de son maître, c’est-à-dire des revenus prébendiers alloués par le

473
Il s’agissait de la cérémonie de l’habillement des statues des divinités au sein des temples, très bien
documentées pour les villes de Sippar et d’Uruk aux époques néo-babylonienne et achéménide. Cette cérémonie
avait lieu plusieurs fois par an et requérait des vêtements neufs à chaque occasion. Voir [Zawadzki,
2006 : 153‑155 ; Quillien, 2016b : 614‑615] pour une présentation générale de cette cérémonie importante.
474
[Zawadzki, 2013a : 60‑62].
475
[Zawadzki, 2013a : 60].
476
[Zawadzki, 2013a : 100‑102].
477
[Zawadzki, 2013a : 113‑114].
478
[Zawadzki, 2013a : 281‑284].
479
[Quillien, 2016b : 332‑333]

206
temple à ce dernier. A une occasion, il reçoit trois sicles d’argent en même temps que ses collègues
Nabû-naṣir, Nabû-upnîya, Šamaš-rêṣû’a et leur maître Nabû-bêl-šumâti. Il est donc assez rare pour
ces esclaves de recevoir une rémunération en argent pour leur travail, mais cela arrive relativement
fréquemment pour Bakûa.

Celui-ci, en effet, se distingue d’autant plus par les tâches artisanales différentes qu’il peut
réaliser. Il semblerait ainsi qu’il soit un artisan plus spécialisé que peuvent l’être Nabû-naṣir et Ana-
Nabû-upnîya : il est capable de réparer des vêtements abîmés (Nbn. 492), confectionner des
vêtements divins à partir de lin utilisé de manières différentes (Ner. 065, CT LVI 005), les
ornementer (Nbn. 349) et même teindre de la matière textile (CT LV 865, BM 63912). Si l’on
retrouve les autres esclaves tisserands dans plusieurs de ces tâches, seul Bakûa les remplit toutes et
il est visiblement le seul à savoir teindre de la laine, tâche en général reservée aux tisserands de la
laine colorée (išpar birmi) 480 . Cette polyvalence dans l’artisanat textile explique peut-être cette
rémunération en argent, contrairement aux deux autres esclaves qui reçoivent avant tout, parfois
avec Bakûa, des rations en orge et en dattes481.

Le cas des ces esclaves tisserands de l’Ebabbar, travaillant pour leur(s) maître(s)
prébendiers, constitue ainsi une situation assez unique dans notre documentation. Du fait du
caractère et de la diversité de l’archive institutionnelle du temple de Šamaš de Sippar, nous
disposons ainsi de sources présentant le quotidien du travail d’esclaves-artisans, possédés à titre
privé par un prébendier et ne relevant donc pas des dépendants du temple. Contrairement aux
archives privées, qui ne présentent que très peu d’activités effectives des esclaves-artisans pourtant
documentés, l’ensemble des tablettes issues de l’Ebabbar autour de la famille de Nabû-bêl-šumâti
et de leur groupe d’esclaves Bakûa – Nabû-naṣir – Ana-Nabû-upnîya offre une perspective
différente quant à ce qui constitue le travail d’esclaves privés. Ceux-ci réalisent une large part de la
confection des vêtements divins ensuite alloués pour diverses cérémonies religieuses et pour les
statues des divinités, sans être toutefois les seuls artisans liés à cette tâche (l’Ebabbar, en effet,
posséde un plus large réseau de tisserands prébendiers et non-prébendiers, hors de notre propos à
ce niveau de notre étude).

Pour ce travail, ils reçoivent des sommes conséquentes de laine de différents types,
rarement de lin. Par moments, ces esclaves livrent les vêtements en question, mais c’est surtout
Bakûa, en remplacement ponctuel de son maître, qui réalise cette tâche. Nos sources documentent

480
[Zawadzki, 2006 : 58‑61 ; Quillien, 2016b : 339‑345].
481
Par exemple dans les textes suivants : BM 60394, BM 62099, BM 101428, CT LVI 605, CT LVI 611, CT LVI 668,
CT LVII 378, CT LVII 429, CT LVII 486, Nbn 361, Nbn. 783, Nbn. 885, Nbn. 908.

207
aussi leur réception de rations en orge et en dattes, comme forme de rémunération mais aussi
comme produits utiles à leur alimentation le temps de la réalisation d’un vêtement. Très rarement,
ils reçoivent des sommes d’argent de la part du temple lorsque celui-ci ne dispose pas de matières
premières. Ils sont alors responsables de l’achat de matière textile pour la production de vêtements.
De plus, ils peuvent recevoir de l’argent comme rémunération de leur travail, mais c’est surtout
Bakûa qui en est bénéficiaire.

Pour ce qui concerne l’artisanat des esclaves, deux conclusions peuvent ainsi être énoncées.
Tout d’abord, il existe effectivement des esclaves-artisans au sein des familles aisées des villes
babyloniennes. Ces esclaves apprennent un savoir-faire précis, en étant confié à un maître-artisan
(souvent un esclave lui-même) le temps de son apprentissage. Le travail de cet apprenti est effectué
au bénéfice de ce maître-artisan, avec néanmoins la nécessité du paiement d’une compensation si
l’apprentissage ne paraît pas avoir été accompli après la période donnée dans le contrat. Dans
certains cas, l’esclave-apprenti demeure auprès de son maître-artisan et son travail se voit alors loué
auprès de ce dernier. De plus, il est possible, notamment pour des esclaves-artisans du textile
(blanchisserie), que leur travail soit loué auprès d’autres personnes, pour des tâches qui ne
nécessitent pas forcément pour ces esclaves de demeurer chez la personne ayant besoin de ce
travail. Les activités économiques des esclaves privés comme artisans, à titre indépendant,
demeurent toutefois très mal connues. Il est fort possible qu’une large part de leur travail soit
demeurée dans la sphère domestique ou familiale des propriétaires de ces esclaves. L’existence de
maîtres-artisans esclaves laisse toutefois supposer la possibilité d’un artisanat indépendant
d’esclaves, avec paiement d’une compensation.

Dans un second et dernier temps, l’archive institutionnelle de l’Ebabbar nous donne


beaucoup plus d’indications sur le travail d’esclaves-tisserands, possédés par une famille de
tisserands prébendiers du temple. Leurs activités documentées ne sont pas indépendantes et
s’inscrivent uniquement dans le circuit de production des vêtements divins, et en ce sens elles ne
se distinguent pas de celles d’autres artisans prébendiers du temple. Il est toutefois intéressant de
constater, sur un temps assez long, le maintien de ce travail pour l’Ebabbar, avec de larges quantités
de textile allouées à ces esclaves.

Une certaine autonomie peut s’observer pour ce qui concerne l’esclave Bakûa, artisan
sensiblement plus qualifié que les autres esclaves-tisserands et attesté sur une plus longue période.
Son caractère de travailleur qualifié est peut-être la raison pour laquelle il a pu remplacer son maître
lors de livraisons de vêtements divins, activités avant tout réservée aux actuels prébendiers. Enfin,

208
il semblerait qu’il ait, grâce à son travail, touché une forme de rémunération en argent, recevant
ainsi des revenus qui lui sont propres et non ceux de son maître.

Les activités des esclaves-artisans nous sont donc mieux connues que celles des
domestiques. Il s’agit avant tout d’hommes, très peu de femmes étant attestées à ce niveau. Mais
leurs activités demeurent encore assez mal connues, notamment pour ce qui doit constituer le
quotidien de leur artisanat et s’il leur est possible de développer des activités indépendantes. Un
autre secteur économique, impliquant les esclaves, nous est bien mieux connu : celui des esclaves
agents de leur maître, dans des affaires agricoles ou commerciales.

Esclaves agents et gestionnaires

Après avoir vu le travail des esclaves comme domestiques et comme artisans, il nous faut
maintenant étudier l’une des dimensions les mieux connues des activités des esclaves pour leur
maître : celles d’agent commercial et / ou de gestionnaire de patrimoine agricole. En effet, dans
plusieurs archives, nous retrouvons des esclaves en position intermédiaire entre leur maître et une
autre personne, dans le cadre d’affaires commerciales, ou agissant comme administrateur de
champs ou palmeraies, recevant ou livrant diverses ressources agricoles… Ces activités nous sont
plus ou moins bien renseignées selon les archives, mais ont une nature similaire. Les esclaves
comme agents ont une relation particulière avec leur maître et disposent d’une certaine autonomie
pour développer son patrimoine. L’ensemble de la documentation disponible mérite dès lors une
étude au cas par cas, afin de déterminer précisément les responsabilités et fonctions des esclaves-
agents selon les secteurs d’activité où nous les retrouvons et où sont engagés leurs maîtres. Cela
permet ainsi de présenter une classe d’esclaves-agents, présente sur le long terme dans le domaine
privé de l’économie. Quelques changements dans l’organisation de leur travail apparaissent, mais
leur situation reste globalement la même sur l’ensemble de notre période d’étude.

Nous présenterons les différents cas d’esclaves qui nous intéressent dans l’ordre
chronologique de nos sources, archive par archive.

209
Archive Sîn-ilî (Babylone)

Cette archive482, dont la plupart des textes proviennent de Babylone ou de sites de sa région,
concerne les membres de la famille Sîn-ilî et notamment un individu dénommé Ṭabiya, fils de
Nabû-apla-iddin, descendant de Sîn-ilî. Ce sont les activités de ce dernier et l’implication de
plusieurs de ces esclaves qui sont particulièrement intéressantes pour notre étude, documentées par
un peu moins d’une vingtaine de textes. Peu d’esclaves de Ṭabiya se retrouvent sur plusieurs de nos
sources, mais ils conservent des fonctions assez similaires. Nous allons tout d’abord présenter la
partie de notre documentation concernant les activités directes des esclaves pour Ṭabiya dans le
tableau suivant :

Activités des esclaves de Ṭabiya pour leur maître


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
VS III 013 Nbk. 34, 02 / I, Adammu Estimation forfaitaire d’un champ de Ṭabiya pour
21 960 litres d’orge et 240 litres de cresson, à la charge
de trois personnes : Nabû-bûn-šutur / Bêl-ušallim //
Irani, Balâssu / Šamaš-zêr-ibni // AmîlEa et un
esclave de Ṭabiya nommé Nabû-killanni. Ils ont un
mois pour livrer à Ṭabiya l’orge et le cresson en
question.
VS III 020 Nbk. 38, 22 / VII, [x] Reçu par Balâssu et Nabû-killanni de 108 litres d’orge
de la part de Nabû-mukîn-apli, en l’absence de Bulṭaya,
partenaire commercial de Ṭabiya.
VS III 023 Nbk. 38, 17 / VIII, [x] Reçu par Balâssu et Nabû-killanni de 2880 litres d’orge
de la part de Bulṭaya. De plus, en présence de trois
autres personnes, ils ont réglé les comptes concernant
les semences, les rations du mois II et les travailleurs.
VS III 040 Ngl. 0, 23 / V, [x] Reconnaissance de dette pour [x] litres de dattes à la
charge de Nabû-ah-uṣur envers Ṭabiya. Nabû-ah-uṣur
est un esclave de Ṭabiya. Il a trois mois pour les livrer
à Babylone, près du canal.

482
Pour une présentation détaillée de cette archive, voir [Jursa, 2005 : 69]. La majorité de ses textes est
conservée au Vorderasiatisches Museum de Berlin et totalise environ 160 tablettes, si l’on exclut deux inédites
du British Museum. [Dandamaev, 1986b ; Wunsch, 1988] constituent une présentation assez complète des
activites économiques de Ṭabiya.

210
VS VI 060 Nbn. 0, 12 / VI, [x] Comptes de dattes : 900 litres livrés par Arrabi, 540
litres par Ša-Nabû-šallim, tous deux esclaves de Ṭabiya.
VS III 047 Nbn. 3, 13 / IV, [x] Aide-mémoire pour une livraison : 40 jarres vides,
6120 litres d’orge, 1800 litres de cuscute, alloués pour
de la production de bière. La responsabilité en
incombe à Šar-Bêl-ṭâb, esclave de Ṭabiya.
VS V 024 Nbn. 5, [x] / II, Babylone Contrat pour 10 ans pour l’entretien d’une palmeraie
de Ṭabiya sous la responsabilité d’un de ses esclaves,
Arrabi. Le contrat documente le loyer à payer et la
production à réaliser. De plus, il est demandé à Arrabi
de tisser des étoffes-gulênu ; pour ce faire, il reçoit 2,5
kilos de laine.
VS III 050 Nbn. 7, 16 / V, Banitaya483 Reconnaissance de dette de 180 litres de dattes à la
charge de Ša-Nabû-šallim envers Ṭabiya. Ša-Nabû-
šallim est esclave de Ṭabiya. Il a trois mois pour livrer
les dattes, avec les produits annexes de la culture de
datte.
VS III 059 Nbn. [x], 15 / I, Âl-ša- Ṭabiya Estimation forfaitaire de [x] litres d’orge à la charge
d’Iddin-Nabû envers Ṭabiya. Iddin-Nabû est un
esclave de Ṭabiya.
VS VI 291 [x] Reçu pour diverses sommes d’argent : 2 sicles d’argent
à Ṭabiya de la part de Kalbaya, un représentant de
Šakin-šumi, 2 sicles d’argent reçus par Itti-Bêl-adrak,
esclave de Ṭabiya, pour des rations.
VS III 199 NR. 4, 22 / VI, [x] 198 litres d’orge d’une estimation forfaitaire
précédente livrés par Nabû-šum-iddin, esclave de
Ṭabiya, à Nabû-eṭir / Šakin-šumi.

Si l’on s’en tient à ces textes, Ṭabiya posséde les esclaves suivants : Nabû-killanni, Nabû-
ah-uṣur, Arrabi, Ša-Nabû-šallim, Šar-Bêl-ṭâb, Iddin-Nabû, Itti-Bêl-adrak et Nabû-šum-iddin.
Exceptés Nabû-killanni, Arrabi et Ša-Nabû-šallim, aucun des esclaves n’est documenté, à notre
connaissance, dans un autre texte de manière claire en exprimant un lien de possession par Ṭabiya.
Il faut rajouter à cette liste Nabû-remanni, acheté par Ṭabiya dans VS V 022 pour 34 sicles d’argent
à Šakin-šumi, fils de Muranu, descendant de Sîn-ilî ; une esclave au nom brisé dans VS IV 199,

483
[Zadok, 1985 : 64].

211
épouse de Nabû-rêm-šukun, qui tous les deux se sont endettés auprès de l’épouse de Ṭabiya
f
Babunu, fille d’Iqiša, descendant de Kutimmu.

Ce dernier dispose aussi d’esclaves d’autres personnes de manière temporaire. Un « contrat


de travail » (VS V 014, Nbk. 39, 22 / XII, Babylone) présente ainsi la location pour six mois de
Nabû-baku-pitnu, esclave de Lâbâši, fils de Nabû-zêr-lišir, descendant d’Asû, par Ṭabiya, sans
préciser ce qu’il doit payer. Il est néanmoins dit qu’au cas où l’esclave allait travailler chez quelqu’un
d’autre que Ṭabiya, Lâbâši doit payer une compensation de trois sicles d’argent par mois. Ṭabiya
n’a pas le droit de vendre l’esclave pendant les six mois en question 484. Un autre esclave nommé
Arrabi, n’étant probablement pas celui présenté plus haut485, a été mis mis en gage auprès de Ṭabiya
en lien avec une reconnaissance de dette. Dans VS V 009 (Nbk. 30, [x] / IX, Babylone),
f
Qunnabata, fille de Bêl-ilê’i, descendant de Sîn-ilî (et donc possiblement une cousine de Ṭabiya),
contracte une dette de 36 sicles d’argent. Elle plaçe en gage son esclave Arrabi, désigné comme
boulanger, avec la précision d’une compensation de 6 litres d’orge par jour qu’elle doit payer s’il
s’enfuit. Deux autres esclaves ont auparavant été mis en gage, Hašdaya et Bakûa. On voit donc par
ces deux exemples comment Ṭabiya, en plus de sa main-d’œuvre servile assez conséquente (au
moins huit esclaves disponibles), peut disposer d’autres esclaves en louant leur travail ou, par sa
position socio-économique de créancier, recevoir des esclaves tant qu’une dette n’a pas été
remboursée486.

Le principal secteur d’activité de Ṭabiya est l’agriculture, disposant de champs ou


investissant dans le patrimoine agricole d’autres personnes dans Babylone et sa région (Adammu,
Âl-ša- Ṭabiya, Banitaya, Kâr-Tašmetu487…). Il gére, notamment par l’intermédiaire de ses esclaves,
les cultures et récoltes de ses champs. Quelques textes présentés dans notre tableau ont
probablement un usage de comptabilité interne et n’ont pas pour objet d’être mobilisés en cas de

484
On retrouve un procédé similaire dans la même archive pour un des principaux partenaires commerciaux de
Ṭabiya, Bulṭaya, fils de Sîn-leqe-unnini, descendant d’Arad-Papsukkal, dans la tablette VS V 016 (Nbk. 43, 25 / V,
Âlu-ša-Nûrea). L’esclave de fSasa, fille de Kidinnu, descendant de Šigûa, dénommé Nabû-šepšu-uzzu, est ainsi mis
à sa disposition, à raison de trois sicles d’argent par an. Il doit aussi lui donner un vêtement par an.
485
Il est précisé que l’esclave ici mis en gage était boulanger. L’autre Arrabi, que nous étudions plus bas, était
tisserand.
486
On observe aussi le phénomène inverse : VS VI 041 (Nbk. 34, 10 / IX, Babylone) présente la garantie par trois
personnes de rendre l’esclave Ša-Bêl-ṣêti à Ṭabiya. Dans le cas contraire, ils devaient lui payer deux sicles d’argent
par mois comme compensation. Il est possible ainsi que l’esclave en question ait été loué par Ṭabiya. Une telle
obligation, avec présence de témoins, peut néanmoins s’apparenter à celle d’un rendu d’un esclave fugitif ou
volé. Dans tous les cas, ce type de procédure permettait à Ṭabiya de recevoir de l’argent si l’esclave n’était
effectivement pas livré. Il est intéressant de remarquer qu’une telle obligation légale à l’encontre de Ṭabiya ne
se retrouve pas dans les textes où il recevait des esclaves de manière temporaire : sa position sociale joue peut-
être en sa faveur.
487
Comme dans VS VI 072, mentionnant aussi Borsippa.

212
litige : peu ou pas de témoins sont mentionnés, l’écriture est très simplifiée488. Le reste est constitué
de contrats typiques de la gestion des domaines agricoles babyloniens.

Le travail des esclaves-agents de Ṭabiya montre une certaine diversité des activités de ce
dernier : orge, dattes, cresson, textile, production de bière. La production d’orge est visible
notamment par le tandem Balâssu, fils de Šamaš-zêr-ibni, descendant d’Amîl-Ea, de statut libre, et
Nabû-killanni, esclave de Ṭabiya. Nous les retrouvons dans trois textes (VS III 013, VS III 020,
VS III 023), présentant des situations quelque peu différentes. Dans VS III 013, l’estimation
forfaitaire demande la livraison d’une large quantité d’orge, accompagnée de cresson en culture
annexe, à la charge de ces deux personnes et d’un certain Nabû-bûn-šutur, fils de Bêl-ušallim,
descendant d’Irani. La responsabilité de la livraison d’orge leur incombe donc directement dans ce
cas, tandis que dans VS III 020 et VS III 023, Balâssu et Nabû-killanni reçoivent de l’orge (en
quantité moindre) de la part de Bulṭaya, par un intermédiaire ou directement par lui-même. La
culture des champs relève dans ces derniers cas de Bulṭaya, un des principaux partenaires de
Ṭabiya489. L’action de Nabû-killanni peut donc être soit celle d’un gestionnaire direct de patrimoine
agricole, soit celle d’un intermédiaire dans la réception des récoltes, sans que les deux ne s’excluent
mutuellement.

La culture de dattes par les esclaves de Ṭabiya prend la forme de reconnaissances de dette,
émises trois mois avant les récoltes, en s’inscrivant dans le système des estimations forfaitaires des
récoltes à venir. VS III 040 et VS III 050 montrent bien comment cela s’organise : Ṭabiya demande
à ses esclaves un montant de dattes à livrer, avec la mention des conditions de cette livraison (date
et lieu de la livraison prévue, précision quant aux produits annexes de la culture des dattes). Nabû-
ah-uṣur dans le premier cas, Ša-Nabû-šallim dans le second font partie des esclaves chargés de cette
tâche. On retrouve ce dernier livrant 540 litres de dattes pour Ṭabiya dans VS VI 060, en même
temps qu’Arrabi qui en livre 900 litres. Arrabi est lui documenté dans VS V 024, tablette dans lequel
son travail de prise en charge et d’entretien d’une palmeraie pour 10 ans est contractualisé.

C’est ce dernier texte qui donne le plus de détails quant à la manière le travail doit être pris
en charge lorsqu’un des esclaves de Ṭabiya est gestionnaire d’un domaine agricole. Cette gestion se
fait sur une durée assez longue : le lien d’esclavage entre Arrabi et Ṭabiya permet d’assurer le
maintien de ce travail sur une palmeraie qui est la propriété de Ṭabiya, tandis qu’une personne de
statut libre peut plus facilement travailler ailleurs si elle le désire. Pour chaque kur de terre (soit 1,35

488
VS III 020, VS III 023, VS III 047, VS III 059, VS III 199, VS VI 060, VS VI 072, VS VI 291.
489
[Wunsch, 1988 : 371 ; Jursa, 2005 : 70]

213
hectare), Arrabi reçoit cinq kur de dattes (900 litres) pour son bénéfice personnel et celui de ses
travailleurs (l. 11 : ṣabê ša Arrabi). Ṭabiya fournit une partie des outils de travail (l. 13 : marrâta eššetu,
des « bêches neuves »). Une autre tâche d’Arrabi, moins commune, est précisée dans le contrat :
Ṭabiya doit lui livrer 5 mines de laine (2,5 kilos) pour qu’il puisse produire des étoffes-gulênu chaque
année. Le travail d’exploitant agricole peut ainsi être réalisé par un esclave artisan ou dont l’épouse
ou une autre personne de la famille est artisane. Les deux tâches se retrouvent contractualisées dans
le même document, au bénéfice final de Ṭabiya. Il s’agit d’ailleurs de la seule forme de loyer qui
existe à la charge d’Arrabi. Comme on le retrouve dans le texte VS VI 060 livrant 900 litres de
dattes, Arrabi doiit gérer d’autres palmeraies pour Ṭabiya. Un autre esclave de ce dernier, Ša-Nabû-
šallim, est responsable de la livraison de 1800 litres de dattes dans VS III 050, résultat de
l’exploitation d’une palmeraie située à Banitaya. Nous ne connaissons malheuresuement pas les
dimensions des palmeraies dont Arrabi et Ša-Nabû-šallim sont responsables, mais au-delà de leurs
obligations contractuelles, il est probable qu’une partie de la récolte devient leur bénéfice, si l’on
retire la nourriture des travailleurs agricoles. Si la terre demeure la propriété de leur maître, ce type
de travail leur permet de développer un patrimoine qui était leur, par exemple en vendant leurs
récoltes.

Un texte documente la production de bière par un esclave de Ṭabiya, Šâr-Bêl-ṭab : VS III


047. Il reçoit en effet 40 jarres vides, 6120 litres d’orge et 180 litres de « moutarde » (kasû), une
épice que l’on retrouve fréquemment nommée en lien avec la production de bière 490 , afin de
l’aromatiser. Il est d’ailleurs ici mentionné que l’épice est « kasia ša billiti », du « kasû pour le mélange
(de la bière) ». Le texte en question est un aide-mémoire, documentant pour un usage de
comptabilité interne la livraison de ces biens. Mis en lien avec l’archive de Ṭabiya, cette livraison a
probablement été ordonnée par ce dernier ou l’un de ses gestionnaires. Nous ne disposons
d’aucune autre mention de l’esclave en question, ni d’autres activités liées à la production de bière
par Ṭabiya. L’esclave peut ainsi être gérant d’une taverne, propriété de Ṭabiya, travaillant avec une
certaine indépendance mais sous le contrôle ultime de de son maître491.

La présentation des activités des différents esclaves de Ṭabiya nous permet de faire les
observations suivantes. Ṭabiya dispose d’une quantité assez importante d’esclaves, au moins une

490
On retrouve la kasû en lien avec la production de bière dans le dossier des activités d’ fIshunnatu, esclave des
Egibi et gérante d’une de leurs tavernes. Nous en reparlerons plus loin dans notre étude, voir sinon [Joannès,
1992a, 1992b ; Tolini, 2013].
491
Notons que la livraison se fait en présence d’un certain Nabû-kaṣir et de Zababa-eriba. Nous ne savons pas
s’ils sont eux-mêmes des esclaves de Ṭabiya, mais on retrouve Nabû-kaṣir dans les textes VS III 059 et VS VI 060
comme témoin. Peut-être s’agt-il d’un autre agent de Ṭabiya supervisant les activités de ses esclaves.

214
dizaine. Ceux-ci sont répartis sur des activités assez différentes, toutes de nature agricole, sur des
terrains dont la propriété est celle de leur maître. La plupart des toponymes mentionnés font état
de leur activité dans des villages ou territoires ruraux proches de Babylone, ville où habitent Ṭabiya
et sa famille. La répartition de ces esclaves à divers endroits permet ainsi une gestion par des
personnes de confiance, du fait de leur lien de servitude, de ses différents intérêts économiques. Il
est probable que cette gestion se fait sans que Ṭabiya ne prenne des décisions à tous les niveaux de
celle-ci. Une certaine latitude est laissée à ces esclaves, tout comme pour les différentes personnes
de statut libre qui travaillent pour Ṭabiya. Ces activités permettent certainement le développement
d’une autonomie économique des esclaves concernés, soumise aux conditions typiques des contrats
propres à l’exploitation agricole. La présence de plusieurs documents comptables, à usage purement
interne, mais aussi de contrats, nous fait penser que nous ne disposons que d’une part relativement
limitée de l’archive des Sîn-ilî pour ce qui concerne les activités des esclaves. Leur travail se trouve
souvent contractualisé et les gestionnaires des affaires de Ṭabiya a l’usage de l’écrit pour tenir les
comptes quant aux différentes livraisons de ressources agricoles et autres biens, centralisant
quelque peu la gestion d’affaires réparties à plusieurs endroits de la région de Babylone. Il est ainsi
très probable que nous n’ayons qu’une esquisse de ce qui doit constituer la part du travail des
esclaves en faveur de leur maître Ṭabiya.

Gestionnaire de champs pour la production d’orge, de dattes, de cultures annexes (cresson),


mais aussi chargés de la production de bière ou de produits textiles (et donc pas uniquement
responsables de matières premières mais aussi de produits manufacturés), les esclaves de Ṭabiya
occupent une place intermédiaire entre leur maître et son patrimoine foncier. Leur travail dépasse
ainsi la seule dimension domestique, voire couple travail artisanal et fonction d’agent de leur maître.
Le travail des dattes, nécessitant moins de main-d’œuvre, donne plus d’autonomie aux esclaves qui
en sont chargés, au contraire de l’exploitation de champs céréaliers. Ces derniers demandent
l’organisation d’équipes de travail, dans le cadre de laquelle le maître peut davantage s’impliquer car
disposant du capital pour l’engagement de travailleurs. La surveillance du maître concernant les
récoltes doit donc être plus forte pour la production de céréales. Les esclaves-agents responsables
de palmeraies travaillent dans un mode d’exploitation moins contraignant pour eux, laissant peut-
être plus de place à une production agricole sur laquelle ils peuvent tirer plus de bénéfices.

215
Archive des Nûr-Sîn et Egibi (Babylone)

L’archive des familles Nûr-Sîn et Egibi de Babylone est l’une des plus riches pour notre
période d’étude en termes de quantité de sources et de diversité492. Les activités économiques de
certain(e)s esclaves de cette famille d’hommes d’affaires urbains sont particulièrement bien
représentées et deux de leurs esclaves (Madânu-bêl-uṣur et Nergal-rêṣû’a) sont connus et ont été
étudiés. Il est néanmoins nécessaire d’ajouter à ce dossier les sources correspondantes à d’autres
esclaves dans des positions socio-économiques similaires.

La famille des Egibi a pu posséder au même moment un peu moins d’une centaine
d’esclaves493, répartis entre ses différents membres. Si une bonne partie de ces esclaves ne sont
attesté(e)s qu’en situation passive (vente, héritage, dot), l’archive des Egibi en documente plusieurs
comme actifs dans les affaires économiques de leurs maîtres. Dans l’ordre chronologique de leur
présence attestée dans nos sources, les esclaves suivant(e)s remplissent ainsi cette fonction : Bêl-
suppê-muhur, Nergal-rêṣû’a, Nabû-utirri, Madânu-bêl-uṣur, Nabû-ayyalu, fIshunnatu et Šepet-bêl-
aṣbat. Quelques autres esclaves sont aussi connus comme agents dans l’archive des Egibi, mais
uniquement dans une ou deux tablettes. Les esclaves que nous avons cités sont les mieux
documentés. Nous allons présenter notre analyse en détaillant, esclave par esclave, leurs activités
en tant qu’agents et gestionnaires des intérêts économiques des Egibi. Cette famille est avant tout
active dans la production et la réception de céréales et de dattes, par le prêt d’argent à des
exploitants agricoles qui en ont besoin. Ils diversifient leurs activités par l’extension de leur
patrimoine foncier permettant l’exploitation directe de domaines agricoles, mais aussi par la
création de débits de boissons. La multiplicité des intérêts économiques de la famille des Egibi se
retrouvent dans les carrières de leurs esclaves.

Bêl-suppê-muhur

Bêl-suppê-muhur est l’esclave-agent documenté le plus tôt chronologiquement dans


l’archive des Egibi et ce dans quatre textes : sa première attestation date de l’an 32 de
Nabuchodonosor II (Nbk. 250) et sa dernière de l’an 17 de Nabonide (Nbn. 1044), soit de – 572

492
Il s’agit de deux familles auparavant distinctes, les Nûr-Sîn étant notamment représentée par Iddin-Marduk,
mais elles partagent des intérêts communs, surtout suite au mariage de fNuptaya, fille d’Iddin-Marduk, avec Itti-
Marduk-balâṭu, descendant d’Egibi. Les documents propres à Iddin-Marduk ont ainsi rejoint le gros des archives
des Egibi. Voir à ce sujet [Wunsch, 1993b : 5‑11].
493
Voir la division d’héritage Dar. 379, où au moins 91 esclaves sont partagés entre les trois fils d’Itti-Marduk-
balâṭu (peut-être d’avantage, certains passages de la tablette étant assez cassés).

216
à – 539, ce qui fait au minimum trente-trois ans d’activité. En Nbk. 250, il est dit esclave de Tukulti-
Marduk, et dans Nbn. 1044, il est vendu pour 53 sicles d’argent par Nabû-ušallim, fils de Kinaya,
descendant d’Ile’i-Marduk à Itti-Nabû-balâṭu, fils de Marduk-bân-zêri, descendant de Bêl-eṭir,
gendre d’Itti-Marduk-balâṭu, un des membres les plus importants de la famille Egibi494.

Le différentiel de temps entre les deux tablettes rend toutefois une vente antérieure à Nbn.
1044 possible (ce qui expliquerait le changement de maître entre temps), et elles font toutes deux
partie du lot 76-11-17 du British Museum, appartenant à l’archive des Egibi. Il peut donc bien s’agir
du même Bêl-suppê-muhur. Dans le cadre de l’acquisition de biens et de terrains par les Egibi,
ceux-ci récupèrent les documents des anciens propriétaires et les intègrent à leur propre archive.,
afin d’empêcher toute contestation future495. Les deux autres tablettes où il apparaît ont leur dates
de rédaction cassée ou incomplète, mais elles sont très probablement postérieures à Nbn. 1044 car
elles documentent l’activité de Bêl-suppê-muhur pour un des membres (par alliance) de la famille
Egibi.

Activités économiques de Bêl-suppê-muhur


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
Nbk. 250 Nbk. 32 08 / XI, lieu de rédaction non précisé. Bêl-suppê-muhur, esclave de
Tukulti-Marduk, reçoit 8 sicles
d’argent sur ordre d’un certain
Hidaya.
CTMMA III 071 Règne de Darius I ? Lieu de rédaction non Liste de sommes d’argent reçues
précisé. par différentes personnes. Bêl-
suppê-muhur reçoit 4 sicles
d’argent.
CTMMA III 072 Dar. I? 5 26 / VII, lieu de rédaction non précisé. Allocations de dattes et de jarres
à Bêl-suppê-muhur pour
produire de la bière forte.

Peu de choses peuvent être dites au sujet de Nbk. 250, néanmoins ce texte documente bien
la fonction d’agent de Bêl-suppê-muhur, qu’il a pu ainsi conserver tout le long de sa carrière. Dans
cette tablette, il reçoit huit sicles d’argent de Hidaya, selon l’instruction orale de ce dernier (l. 1 –
2 : « ina qibi ša Hidaya »). Rien n’est dit concernant l’usage qui doit être fait de cet argent, il ne semble

494
Itti-Nabû-balâṭu se maria avec fIna-Esagil-bêlet, fille d’Itti-Marduk-balâṭu des Egibi, selon le contrat de dot
Camb. 215. Voir [Roth, 1991 : 26] à ce sujet.
495
Cette catégorie de textes est désignée comme « Retroakten » par [Wunsch, 2000a : XIII].

217
toutefois pas qu’il s’agisse d’une rémunération de l’esclave mais qu’il ait plutôt vocation à être
transmis ou utilisé par celui-ci. Les noms mentionnés auraient pu permettre de donner un contexte
d’ensemble de cette tablette, toutefois aucun patronyme n’est mentionné et nous ne connaissons
pas d’autre document où Hidaya et Tukulti-Marduk sont présents en même temps.

Les deux autres textes, quant à eux, offrent davantage d’éléments quant aux activités de
Bêl-suppê-muhur496. Dans CTMMA III 071, il reçoit quatre sicles d’argent, en même temps que
d’autres esclaves et personnes liées aux Egibi. Le maître de Bêl-suppê-muhur, Itti-Nabû-balâṭu,
perçut ainsi vingt-deux sicles d’argent, dont douze en présence de Nabû-ayyalu, un autre esclave
des Egibi. Trois sicles d’argent servent au paiement de la compensation (mandattu) pour le travail
de Nabû-alsi-ul-ubašši497. Cette tablette constitue donc un élément de la comptabilité interne aux
affaires des Egibi, et plus spécifiquement de celles d’Itti-Nabû-balâṭu.

L’autre document issu de cette comptabilité, CTMMA III 072, est encore plus explicite
quant aux activités de Bêl-suppê-muhur. 31 080 litres de dattes lui ont été données pour qu’il
produise de la bière forte (l. 3 : « kaš.sag » 498 ). Puis sont énumérées 154 jarres de diverses
provenances et contenances. La tablette se résume ainsi à un bilan comptable sur la production de
bière liée à Bêl-suppê-muhur. Celui-ci a donc eu une responsabilité dans cette activité et le texte
précédent, s’il ne mentionne pas les raisons de la plupart des livraisons d’argent, indique peut-être
une part de revenus ou une allocation d’argent afin d’acheter des matières premières utiles à cette
production pour Bêl-suppê-muhur. De plus, un des esclaves mentionnés dans CTMMA III 071,
Nabû-ayyalu, est connu pour avoir été impliqué dans un partenariat commercial-harrânu impliquant
de la bière499. Il est aussi présent dans la tablette CTMMA III 073 (date et lieu de rédaction non
mentionnés), où il reçoit 90 sicles d’argent pour payer Kalbaya de la ville de Kiš500.

La présence dans plusieurs de ces textes à des moments différents de Nabû-ayyalu et Bêl-
suppê-muhur crée peut-être une connexion entre ces documents, liés à des intérêts économiques

496
Nous reprenons ici l’analyse de [Spar et al., 2000 : 145‑146], qui propose une datation de ces deux tablettes
sous le règne de Darius Ier, possible selon les activités de l’esclave Nabû-ayyalu que nous présenterons plus tard.
Certaines de ces activités ont eu lieu au cours de la période où Marduk-naṣir-apli, fils d’Itti-Marduk-Balâṭu, était
devenu le chef de famille des Egibi à la mort de son père au tout début du règne de Darius I er.
497
Lui aussi est un esclave d’Itti-Nabû-balâṭu : il fut vendu à ce dernier en Nbn. 533, et il est présent dans la
division du patrimoine d’Itti-Marduk-balâṭu Dar. 379.
498
(Spar, et Lambert 2005, 238‑39) pour un commentaire sur cette « bière forte ». Il n’y a pas de traduction
akkadienne disponible pour ce terme sumérien.
499
Nous reviendrons en détail sur ce partenariat lorsque nous aborderons le cas de Nabû-ayyalu.
500
Il s’agit peut-être du fils adoptif de Nabû-ahhê-iddin (CTMMA III 053), le père d’Itti-Marduk-Balâṭu des Egibi.
Kalbaya est ainsi le frère adoptif d’Itti-Marduk-Balâṭu et a des relations économiques avec lui. Par exemple, Nbn.
697, où Itti-Marduk-Balâṭu loue une de ses maisons à Kiš et un de ses esclaves, Silim-Bêl, à Kalbaya ; CTMMA III
060, où Kalbaya paye à Itti-Marduk-Balâṭu 4,5 sicles d’argent et promet le paiement au total de dix sicles d’argent,
probablement en lien avec Nbn. 697.

218
communs. Dès lors, CTMMA III 072 pourrait être lié au partenariat commercial opéré par Nabû-
ayyalu, dont Bêl-suppê-muhur serait ainsi un des intermédiaires en produisant de la bière. Ces reçus
d’argent, de dattes et de jarres peuvent dans tous les cas s’inscrire dans le fonctionnement au
quotidien de cet artisanat. Demeure une inconnue : savoir si son rôle se limite à celui d’agent entre
plusieurs acteurs (et donc s’il emploit des travailleurs pour fournir de la bière) ou s’il produit lui-
même de l’alcool à partir des dattes dont il a la responsabilité. La première hypothèse a notre
préférence car Bêl-suppê-muhur se situe à différents niveaux de cette entreprise (il reçoit de l’argent
aussi bien que des dattes ou des jarres).

La documentation concernant Bêl-suppê-muhur est assez limitée mais permet tout de


même d’inscrire cet esclave comme agent dans les activités économiques d’Itti-Nabû-Balâṭu,
membre par alliance de la famille des Egibi et dont les tablettes ont été intégrées à leur archive.
Avant d’avoir été vendu à Itti-Nabû-Balâṭu, il semble déjà remplir cette fonction chez ses
précédents maîtres. Par la suite, il participe à la production de bière pour les Egibi, destinée
probablement à être vendue ou distribuée, à partir de dattes que son maître a pu lui allouer.

Nergal-rêṣû’a

La carrière de Nergal-rêṣû’a comme esclave-agent est documentée sur une période de vingt-
neuf années : sa première attestation date de l’an 2 de Nabonide (Nbn. 071), sa dernière de l’an 5
de Cambyse (Camb. 285), soit de – 554 à – 525. Il est d’abord connu comme esclave d’Iddin-
Marduk, fils d’Iqiša, descendant de Nûr-Sîn, homme d’affaires de Babylone étudié en détail par
C. Wunsch501. Suite au mariage de sa fille fNuptaya avec Itti-Marduk-balâṭu de la famille des Egibi,
les intérêts des deux familles (Nûr-Sîn et Egibi) se sont mutualisés. Il n’est pas impossible qu’Itti-
Marduk-balâṭu, suite à son mariage avec fNuptaya, ait reçu Nergal-rêṣû’a comme esclave, ce dernier
faisant partie de la dot conclue alors. BM 33114 mentionne dix esclaves promis lors de ce mariage.
Comme nous l’avons vu plus tôt, la plupart des esclaves transmis dans une dot se révèlent en
général être des femmes, mais Nergal-rêṣû’a est mentionné comme esclave d’Itti-Marduk-balâṭu à
partir de la tablette Camb. 043, datée de l’an 1 de Cambyse502. Néanmoins, il est aussi identifié
comme esclave d’Iddin-Marduk dans d’autres textes postérieurs à celui-ci503.

501
[Wunsch, 1993].
502
Camb. 043, l. 5 – 6 : « Nergal-rêṣû’a qallu ša Itti-Marduk-balâṭu ».
503
Sa carrière d’esclave-agent fut étudiée par [Dandamaev, 1984 : 365‑371] et [Wunsch, 1993b : 43‑45].

219
Il semblerait que la frontière entre la propriété de l’esclave par l’un ou l’autre maître ne soit
pas tout à fait claire. Dans la majorité des textes dont nous disposons, Nergal-rêṣû’a est un esclave
d’Iddin-Marduk, et à partir de Camb. 253, il est définitivement esclave d’Itti-Marduk-balâṭu.
Notons toutefois une occurrence (Nbn. 466) où il est dit esclave d’fIna-Esagil-ramât, épouse
d’Iddin-Marduk. Il est possible qu’avant d’être esclave d’Iddin-Marduk, il ait été l’esclave de cette
femme : sa dot lors de leur mariage, conclu en l’an 33 de Nabuchodonosor II, mentionne trois
esclaves (Nbk. 265). La retranscription du lien de propriété entre l’esclave et son maître ou sa
maîtresse dans nos sources n’est donc pas toujours très scrupuleuse. Comme nous le verrons dans
notre analyse, l’évidente indépendance de Nergal-rêṣû’a dans la conduite de ses affaires peut être
un élément à prendre en compte dans ce problème.

Activités économiques de Nergal-rêṣû’a504


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
Nbn. 071 505 Nbn. 2 05 / V, Babylone Reconnaissance de dette pour 1980 litres de dattes,
au profit de Nergal-rêṣû’a, à la charge de Nabû-
dînî-epuš, fils de Kinenaya. A livrer d’ici trois mois
chez Iddin-Marduk, près du canal de Borsippa.
Nbn. 122506 Nbn. 3 25 / IX, Babylone Reconnaissance de dette pour au moins 65 sicles
d’argent, appartenant à Nergal-rêṣû’a, à la charge
de Nergal-ah-iddin, fils d’Ahhêa.
Nbn. 280507 Nbn. 8 01 / I, Babylone Reconnaissance de dette pour 14 400 litres d’orge,
au profit de Nergal-rêṣû’a, à la charge d’Itti-mâku-
ili. Les frais de transport vers Babylone et Borsippa
sont à la charge de ce dernier.
Nbn. 441508 Nbn. 10 11 / VII, Babylone Reconnaissance de dette pour 200 coudées de
poutres de bois (100 mètres linéaires) au profit de
Nergal-rêṣû’a à la charge de Marduk-šum-iddin, fils
de Kiribtu, descendant de Bêlaya, à livrer dans un
mois. Si elles ne sont pas livrées, il doit payer une
équivalence en produits agricoles non précisés.
Nbn. 466509 Nbn. 10 24 / X, Babylone Etablissement d’un partenariat commercial-harrânu.
Nergal-rêṣû’a confie 302 sicles d’argent à Ea-naṣir

504
Nous marquons d’une astérique les textes où Nergal-rêṣû’a est présenté comme esclave d’Itti-Marduk-balâṭu.
505
[Wunsch, 1993b : 89‑90]
506
[Wunsch, 1993b : 97‑98].
507
[Wunsch, 1993b : 123].
508
[Wunsch, 1993b : 147‑148].
509
[Wunsch, 1993b : 150].

220
et Rîmût. Les profits de ce partenariat sont réservés
à Nergal-rêṣû’a, sauf une part prévue pour les deux
agents (la proportion du partage n’est pas précisée).
YOS XIX 101 Nbn. 10 04 / XII, Babylone Compte-rendu d’un procès. Nergal-rêṣûa témoigne
contre Amurru-nâtan, bâtelier, qui aurait volé 47
kur de dattes lors d’une livraison fluviale dont il est
chargé et mandaté par Iddin-Marduk. Nergal-
rêṣû’a doit s’occuper du contrôle des dattes au
moment de leur livraison.
Nbn. 613510 Nbn. 12 24 / IV, Babylone Reconnaissance de dette pour 95 sicles d’argent,
appartenant à Nergal-rêṣû’a, à la charge de
Marduk-šum-iddin, fils de Zêriya, descendant de
Šangû-Gula.
Nbn. 858511 Nbn. 15 24 / III, Babylone Reconnaissance de dette pour 12 sicles d’argent,
appartenant à Nergal-rêṣû’a, à la charge de Nabû-
utirri, esclave d’Itti-Marduk-balâṭu des Egibi.
L’argent sert au paiement de la compensation
(mandattu) de fMizâtu, l’épouse de Nabû-utirri.
Nbn. 1123512 Nbn. [x] 22 / X, [x] Reconnaissance de dette pour [x] sicles d’argent,
appartenant à Nergal-rêṣû’a, à la charge de Labâši,
fils de Nabû-bân-ahi, descendant de Kidin-Sîn. Il y
a un intérêt d’un sicle d’argent par mois.
Cyr. 012513 Cyr. 1 07 / I, Babylone Reconnaissance de dette pour 3000 bottes
d’oignons, au profit de Nergal-rêṣû’a, à la charge de
Nabû-šum-ukîn, fils de Nabû-bêlšunu, descendant
de Lakubburu. A payer le mois suivant et à livrer
chez Iddin-Marduk. La taxe fluviale est à la charge
de Nabû-šum-ukîn.
Camb. 086514 Cyr. 1 23 / IX, Babylone Reçu de 5 sicles d’argent par Nabû-ah-iddin, fils
d’Ilu-aqaba, de la part de Nergal-rêṣû’a, sur mandat
d’fEsagilaya, fille de Marduk-ah-iddin.

510
[Wunsch, 1993b : 165‑166].
511
[Wunsch, 1993b : 195‑196].
512
[Wunsch, 1993b : 212‑213].
513
[Wunsch, 1993b : 217‑218].
514
[Wunsch, 1993b : 221‑222].

221
Cyr. 027515 Cyr. 1 02 / XII, Babylone Reçu pour 5400 litres de sésame, appartenant à
Iddin-Marduk et livrés à Nabû-šum-ukîn, fils de
Nabû-bêlšunu, descendant de Lakubburu, au nom
de son frère Nabû-ahhê-iddin. Le sésame est livré
par Nergal-rêṣû’a et fIna-Esagil-ramât, épouse
d’Iddin-Marduk. Dette pesant sur Nabû-ahhê-
iddin.
Cyr. 224516 Cyr. 6 03 / II, Babylone Paiement d’une taxe (urašu) à la charge d’Iddin-
Marduk, par Nergal-rêṣû’a à Nummuru, fils de
Zêriya.
BM 31469517 Cyr. [x] 25 / X, Babylone Reçu de 8 sicles d’argent par Bêl-iddin, fils de
Nabû-šum-iddin, descendant de Rîmût, de la part
de Nergal-rêṣû’a sur ordre d’Iddin-Marduk.
BM 31781518 Cyr. [x] 13 / VII, Babylone Location d’une maison par Nergal-rêṣû’a pour 8
sicles d’argent par an, pour 13 ans. Son bailleur est
Bêl-iddin, fils de Nabû-eṭir, descendant de Rab-
banê.
*Camb. 043519 Camb. 1 14 / IV, Babylone Reconnaissance de dette pour 77 sicles d’argent,
appartenant à Itti-Marduk-balâṭu des Egibi, à la
charge de Bêl-iddin, fils de Nabû-eṭir, descendant
de Rab-banê. Ce dernier a confié certaines de ses
maisons à Nergal-rêṣû’a afin qu’il les répare : leur
loyer sert d’intérêt pour la dette et est directement
transmis à Itti-Marduk-balâṭu par son esclave.
Camb. 053520 Camb. 1 21 / V, Šahrinu Estimation forfaitaire de 4140 litres de dattes d’un
champ appartenant à Nergal-naṣir, fils de Nadin,
mis en gage auprès de Nergal-rêṣû’a. Une dîme
pour le dieu Nergal est également payée.
Camb. 054521 Camb. 1 21 / V, Šahrinu Estimation forfaitaire de 2160 litres de dattes d’un
champ appartenant à Nergal-naṣir, fils de Nadin,
mis en gage auprès de Nergal-rêṣû’a et à la charge

515
[Wunsch, 1993b : 223].
516
[Wunsch, 1993b : 250‑251].
517
[Wunsch, 1993b : 258‑259].
518
[Wunsch, 1993b : 258].
519
[Wunsch, 1993b : 265‑266].
520
[Wunsch, 1993b : 266].
521
[Wunsch, 1993b : 267].

222
de Bêl-iddin, fils de Nabû-balâssu-iqbi, descendant
d’Egibi. La récolte est à livrer selon la mesure de
Nergal-rêṣû’a, et une dîme du dieu Nergal est
payée.
*Camb. 068 Camb. 1 02 / VIII, Babylone Reconnaissance de dette pour 120 sicles d’argent
appartenant à Nergal-rêṣû’a et à la charge de
Bêltiya-tašlim et son épouse fŠinibana’a. Leur
maison est mise en gage pour cette dette. Un intérêt
de 10 % par an pèse sur la dette.
BM 36432522 Camb. 2 16 / VI, Babylone Location de la maison louée dans BM 31781 pour
sept ans de plus par Nergal-rêṣû’a.
Camb. 125523 Camb. 2 17 / VIII, Babylone Reçu d’un sicle et demi d’argent appartenant à
Nabû-ayyalu par Nûr-Šamaš de la part de Nergal-
rêṣû’a.
Camb. 127524 Camb. 2 28 / VIII, Babylone Reçu de 2 sicles d’argent par Nabû-mušêtiq-ṣêti,
esclave du gouverneur Bît-Ir’ani-šâr-uṣur, de la part
de Nergal-rêṣû’â, sur mandat du gouverneur.
Camb. 135525 Camb. 2 10 / X, [x] Paiement par Nergal-rêṣû’a à Rimût de 16 sicles
d’argent pour des oignons et des moutons sur
mandat de Madânu-bêl-uṣur
*Camb. 161 Camb. 3 06 / III, Babylone Reconnaissance de dette pour 30 sicles d’argent
appartenant à Nergal-rêṣu’â, à la charge d’Itti-
Nabû-Balâṭu, fils de Mušezib-Marduk, descendant
de Sîn-tabni.
Camb. 167526 Camb. 3 07 / V, Šahrinu Reconnaissance de dette pour 55 sicles d’argent et
110 bottes d’oignons au profit de Nergal-rêṣû’a et
à la charge de Nabû-zêr-ibni, fils de Hašdaya.
Paiement sous six mois. Des taxes pour les dieux
Nergal et Nabû sont à payer.
*Camb. 253 Camb. 4 07 / VIII, Babylone Paiement d’un loyer de 12 sicles d’argent sur une
maison d’Itti-Marduk-balâṭu, à la charge d’Arad-

522
[Wunsch, 1993b : 268].
523
[Wunsch, 1993b : 271].
524
[Wunsch, 1993b : 271‑272].
525
[Wunsch, 1993b : 272].
526
[Wunsch, 1993b : 275‑276].

223
Bêl, fils de Kalbaya, descendant de Šum-libši, reçu
par Nergal-rêṣû’a.
TBER pl. Camb. 5 23 / [x], Šahrinu? Reconnaissance de dette pour 8064 litres de dattes,
95527 588 litres d’orge, 5 sicles et demi d’argent, 13 bottes
d’oignons au profit de Nergal-rêṣû’a, à la charge de
Nergal-naṣir, fils de Nadin.
*Camb. 285528 Camb. 5 13 / VI, Babylone Reconnaissance de dette de 11 mines d’argent
appartenant à Bêl-iddin, fils de Kaṣiru, descendant
de Nûr-Sîn, à la charge de Nergal-rêṣû’a, avec un
intérêt d’un sicle par mois pour chaque mine.
BM 30767529 Sans date ni lieu de rédaction. Reçu de 37 560 litres de dattes et 37 572 litres de
dattes à la disposition de Nergal-rêṣû’a livrés par
deux bateaux. Mention d’argent reçu par Iddin-
Marduk, qui doit alors être encore son maître.

Un premier aperçu des activités de cet esclave rend compte de la diversité de celles-ci.
Nergal-rêṣû’a s’occupe aussi bien d’affaires agricoles (dattes530, orge531, oignons532, sésame533) que
d’argent534 ou de patrimoine immobilier535. Toutefois, sa fonction la mieux documentée est celle de
prêteur d’argent (huit textes), et il sert aussi d’intermédiaire pour des petites allocations d’argent
(quatre textes). Il s’endette pour une large somme à une seule occasion. Les autres activités,
notamment agricoles, sont moins documentées. Nous allons étudier chacun de ses domaines
d’activités dans leur spécificité.

Pour ce qui concerne la gestion d’argent, il en est créditeur à plusieurs reprises pour des
sommes assez conséquentes et pour différentes personnes. Il a pu ainsi prêter 30, 57, 65, 95 ou 120
sicles d’argent, à chaque fois pour un individu différent. Une personne revient à plusieurs reprises
dans l’archive : Nergal-ah-iddin, fils d’Ahhêa, est endetté pour 65 sicles d’argent dans Nbn. 122

527
[Wunsch, 1993b : 282‑283].
528
[Wunsch, 1993b : 284].
529
[Wunsch, 1993b : 301].
530
Nbn. 071, Camb. 053, Camb. 054, BM 30767.
531
Nbn. 280.
532
Cyr. 012, Camb 167.
533
Cyr. 027.
534
Il est créditeur d’argent dans les textes suivants : Nbn. 122, Nbn. 466, Nbn. 613, Nbn. 858, Nbn. 1123, Camb.
068, Camb. 161, Camb. 167. Il n’y a qu’un seul texte où il contracte une dette d’argent : Camb. 285. Les autres
textes concernent des livraisons d’argent de sa part sur ordre d’autres personnes ou de sa propre initiative :
Camb. 086, Camb. 125, Camb. 127, BM 31469. Il paie aussi des taxes : Cyr. 224, Camb. 053, Camb. 054.
535
Il est ainsi assez impliqué dans l’entretien de maisons ou peut en être locataire : BM 31781, BM 36432, Camb.
043, Camb. 068, Camb. 253. Il est créditeur de poutres de bois de construction : Nbn. 441.

224
(qui mentionne d’ailleurs une dette de 240 sicles pesant sur lui auprès d’Iddin-Marduk), et il l’est
pour 60 sicles auprès d’Iddin-Marduk dans BM 31560536 (Nbn. 16, 22 / V, Babylone), avec un
intérêt non-quantifié en plus. D’autres mentions d’intérêt au bénéfice de Nergal-rêṣû’a apparaissent
dans nos sources : un sicle d’argent par mois (Nbn. 1123), 10 % de la somme totale par an (Camb.
068, en plus d’une maison mise en gage). Cette fonction de créditeur peut ainsi produire des revenus
à Nergal-rêṣû’a.

Peu d’éléments sont disponibles pour déterminer l’usage qui pouvait être fait de cet argent.
Les intérêts économiques de son maître sont parfois en jeu, avec la mention de dettes antérieures
auprès de ce dernier. Iddin-Marduk, tout comme les Egibi, prête des sommes d’argent à des
exploitants au titre de ses investissements dans le développement agricole autour de Babylone. Un
esclave comme Nergal-rêṣû’a peut être le relais de ce type de relation économique, entre ses maîtres
commerçants disposant de capital à investir et des exploitants en ayant besoin pour l’achat de
semences, d’outils et la rémunération de travailleurs. Iddin-Marduk est notamment impliqué dans
plusieurs partenariats-harrânu, partageant les coûts d’investissement avec d’autres personnes pour
la production et la vente de produits agricoles (avec ce que cela implique d’un point de vue
logistique, notamment le transport par bateau), ainsi que les bénéfices issus de ce commerce537.

Nergal-rêṣû’a réalise les mêmes activités économiques que son maître. Il est notamment
l’investisseur d’un partenariat-harrânu pour 302 sicles d’argent (Nbn. 466), mis à disposition de
deux hommes, Ea-nâsir et Rîmût. Là aussi, il n’est pas précisé pour quel type de travail cet apport
de capital est effectué, il est toutefois notifié que les bénéfices doivent être partagés entre les trois
partenaires. Un autre document, Camb. 167, indique qu’un prêt de 55 sicles d’argent s’accompagne
d’une dette de 110 bottes d’oignon. Les deux sont à rembourser dans sept mois. Les prêts d’argent
de Nergal-rêṣû’a s’inscrivent donc parfaitement dans l’organisation des intérêts économiques de
son maître, tout en disposant d’une certaine autonomie à ce sujet, qui serait a priori bénéfique pour
son maître. Tous les prêts d’argent et l’investissement dans le partenariat-harrânu opérés par Nergal-
rêṣû’a ne mentionnent en effet aucunement son maître et l’argent ou les bénéfices doivent lui être
livrés.

Un texte, Nbn. 858, est plus explicite quant à l’usage de l’argent prêté. Douze sicles d’argent
sont transmis par Nergal-rêṣû’a à un esclave d’Itti-Marduk-balâṭu des Egibi, Nabû-utirri, et doivent
être remboursée le 08 / VII de l’an 15 de Nabonide, soit un peu moins de quatre mois après
l’écriture du contrat. L’argent sert de paiement pour la compensation (mandattu) de l’esclave fMizâtu,

536
[Wunsch, 1993b : 201‑202].
537
[Wunsch, 1993a : 23‑29].

225
épouse de Nabû-utirri, que Nergal-rêṣû’a a payée à Itti-Marduk-balâṭu. Nabû-utirri a d’ailleurs été
mis en gage peu auparavant dans une reconnaissance de dette de 300 sicles d’argent à la charge de
son maître, Itti-Marduk-balâṭu, auprès d’fIna-Esagil-ramât, épouse d’Iddin-Marduk (BM 31752538).
L’opération ici discernable est donc assez curieuse : comment l’esclave époux d’une autre esclave a
pu se retrouver à devoir payer la compensation pour son épouse ? Il faut rajouter d’autres éléments
à notre analyse pour comprendre cette situation. fMizâtu et Nabû-utirri sont en effet documentés
comme étant gérants d’un commerce de bière, dont ils reversaient une partie des bénéfices à leur
maître, Itti-Marduk-balâṭu.

Deux listes de comptes issus de cette activité sont en effet connues : Nbn. 815 (Nbn. 14,
10 / III, Babylone) et Nbn. 838 (Nbn. 15, 14 / II, Babylone). Elles résument les revenus produits
par les deux esclaves, dont une partie est reversée à Itti-Marduk-balâṭu. Le dernier document
mentionne toutefois une compensation (mandattu) pour le mois X de l’an 14 de Nabonide pesant
encore sur Nabû-utirri et fMizâtu539. Si leur commerce réalise effectivement des bénéfices, divers
arriérés peuvent donc demeurer à leur charge540. C’est cette situation qui semble apparaître ici. Dans
un contexte où leur maître est assez lourdement endetté, une certaine pression quant aux paiements
d’argent a pu peser sur ses esclaves. Nergal-rêṣû’a a pu ainsi être contacté par Nabû-utirri pour
payer rapidement ce qui lui est réclamé. La dette a alors été transférée d’Itti-Marduk-balâṭu à
Nergal-rêṣû’a, qui accorde à Nabû-utirri un délai plutôt confortable pour ce remboursement, qui
ne doit pas poser de problème étant donnés les bénéfices réalisés par la vente de bière. La proximité
entre les Nûr-Sîn et les Egibi, vivant dans la même ville et développant des intérêts économiques
communs par la suite, explique certainement que leurs esclaves peuvent aussi se connaître. Cela a
pu créer une certaine confiance permettant un tel prêt d’argent. Cette situation nous permet aussi
de comprendre quelle fonction Nergal-rêṣû’a peut remplir : prêter de l’argent dans des situations
où des personnes se retrouvent pressées par d’autres acteurs pour certains paiements.

Il sert aussi d’intermédiaire pour la livraison de petites sommes d’argent, entre 1,5 et 8 sicles.
Là aussi, les raisons de ces allocations ne sont pas précisées dans les sources. Il est intéressant de
constater qu’elles se font souvent au nom d’une personne qui n’est pas le maître de Nergal-rêṣû’a :
cela peut être le « gouverneur » Bît-Ir’ani-šar-uṣur en faveur d’un de ses esclaves, Nabû-mušêtiq-
ṣêti (Camb. 127), fEsagilaia, fille de Marduk-ah-iddin pour Nabû-ah-iddin, fils d’Ilu-aqaba (Camb.
086), Nabû-ayyalu, un autre esclave des Egibi, ou pour un certain Nûr-Šamaš (Camb. 125). Une

538
[Wunsch, 1993b : 193].
539
Nbn. 838, l. 10 – 12 : « mandattu ša ultu iti ab mu [Link] ša Nabû-utirri u fMizâtu aššassu ina pâni Nabû-
utirri »
540
[Jursa, 2010 : 223].

226
seule se fait sur ordre d’Iddin Marduk (BM 31469, Nbn. 15, 22 / I, Babylone). La position socio-
économique de Nergal-rêṣû’a, alliée à sa fonction d’intermédiaire dans diverses affaires, explique
peut-être ces textes. Connu comme prêteur d’argent, ayant accès facilement et rapidement à du
capital, diverses personnes peuvent dès lors lui demander de résoudre leurs besoins ponctuels en
argent ou ceux de proches pour leurs opérations commerciales ou propres à l’exploitation agricole.

Ses fonctions dans le domaine agricole, moins présentes dans nos sources, paraissent plus
« classiques ». Plusieurs personnes sont « endettées » auprès de lui pour diverses quantités de dattes,
d’orge, d’oignons ou de sésame. Il s’agit ici, comme on le retrouve pour d’autres esclaves-agents,
d’une fonction de gestionnaire agricole de la part de Nergal-rêṣû’a. Les contrats concernant ces
récoltes détaillent en effet les montants de céréales, fruits et légumes qui devaient lui revenir et les
conditions de livraison. Ainsi, pour les dattes, il pouvait recevoir entre 1980 (Nbn. 071) et 4140
(Camb. 053) litres de dattes, 14 400 litres d’orge (Nbn. 280), entre 110 (Camb. 167) et 3000
(Cyr. 012) bottes d’oignons et 5400 litres de sésame (Cyr. 027) de la part de divers exploitants. Un
exploitant revient dans deux textes : Nergal-naṣir, fils de Nadin, dans Camb. 053 et Camb. 054,
rédigés le même jour et à Šahrînu541, site rural de la région de Babylone où les Nûr-Sîn et les Egibi
ont de nombreux intérêts économiques. Il devait livrer 4140 et 2160 litres de dattes à Nergal-rêṣû’a,
et une partie de la récolte sert au paiement d’une dîme due au temple de Nergal. Les champs,
propriété de Nergal-naṣir, sont mis en gage auprès de Nergal-rêṣû’a et c’est pour cette raison que
les récoltes doivent lui être livrées. Elles servent ainsi au remboursement de dettes dues par Nergal-
naṣir. Nous retrouvons ici un phénomène visible ailleurs : les prêteurs d’argent, du fait des
emprunts qu’ils accordent, obtiennent des revenus de différentes natures de la part de leurs
débiteurs. Ici, Nergal-rêṣû’a obtient des dattes de champs qui n’appartiennent ni à lui, ni à son
maître, mais à une tierce personne endettée auprès de lui.

Nous retrouvons Nergal-naṣir, fils de Nadin dans une tablette rédigée quatre ans plus tard,
TBER pl. 95. Il s’agit cette fois-ci d’une reconnaissance de dette dont il était débiteur auprès de
Nergal-rêṣû’a. Il doit lui livrer, à plusieurs échéances, 8064 litres de dattes (au mois VII de l’année
en cours), 480 litres d’orge (au mois II), 5 sicles et demi d’argent et 13 bottes d’oignons (au mois
I). Une palmeraie près du canal de Borsippa et appartenant à Nergal-naṣir a été mise en gage auprès
de Nergal-rêṣû’a, et le texte mentionne une précédente dette de 14 400 litres de dattes pesant sur
Nergal-naṣir. Ce dernier s’est donc progressivement endetté auprès de Nergal-rêṣû’a et il semble
qu’il ne puisse pas rembourser ces créances : Camb. 329 (Camb. 6, 01 / IX, Šahrinu) retranscrit la

541
[Zadok, 1985 : 283‑284].

227
déclaration d’un autre esclave d’Itti-Marduk-balâṭu, Madânu-bêl-uṣur, envers Kalbi-Bâbu, fils de
Nabû-unammir. Il lui demande la redevance d’un champ de Nergal-naṣir, qu’il n’a donc pas reçue.
Il est d’ailleurs précisé que le champ a été mis en gage auprès d’Itti-Marduk-balâṭu. Kalbi-Bâbu
répond qu’il l’a livrée à Nabû-eṭir, fils de Nergal-šum-ibni, une autre personne endettée auprès de
lui. Une certaine confusion semble donc exister entre les différents débiteurs des Egibi, qui
témoigne d’un endettement progressif de plusieurs d’entre eux sans possibilité de remboursement.
Nous aurons l’occasion de revenir sur ce problème lorsque nous aborderons le cas de Madânu-bêl-
uṣur.

BM 30767 permet de percevoir l’implication plus directe dans l’exploitation des dattes. Il
s’agit d’une courte liste de deux livraisons de larges quantités de dattes par bateau : l’une de 37 560
litres, l’autre de 37 572 litres. Il s’occupe ainsi de la logistique pour le transport de dattes et ensuite
de la vente. En effet, il est aussi indiqué qu’Iddin-Marduk, son maître, a reçu l’argent de la vente de
ces dattes. Sa gestion des affaires agricoles ne se limite donc pas à un rôle d’intermédiaire
contractuel avec des exploitants agricoles, à travers des estimations forfaitaires ou des
reconnaissances de dettes, mais pouvait s’étendre à des tâches matérielles de contrôle du transport
des produits agricoles. Ceci est confirmé par YOS XIX 101, compte-rendu de procès présentant sa
déclaration à charge contre Amurru-nâtan, un batelier engagé par Iddin-Marduk pour une livraison
de 86 400 litres de dattes. Nergal-rêṣû’a est chargé, au moment de la livraison à Babylone, de
contrôler la quantité de dattes présentes sur le bateau542. Il manque 8496 litres et Amurru-nâtan nie
les avoir volés. Une personne non nommée est venue informer Nergal-rêṣû’a de la culpabilité
d’Amurru-nâtan, qui se voit être confirmée en cour de justice en la présence des personnes
impliquées et par les juges, qui condamnent Amurru-nâtan à rembourser la quantité de dattes volée.
Nous ne nous intéressons pas ici à la décision de justice proprement dite, mais à la fonction de
Nergal-rêṣû’a liée au commerce au quotidien des dattes. Il a ainsi pour responsabilité le contrôle
des livraisons par transport fluvial dont son maître le charge, et ce contrôle peut avoir de réelles
conséquences judiciaires.

A l’exception des dattes, Nergal-rêṣû’a a des intérêts dans les cultures de l’orge, des oignons
et du sésame, pour des quantités assez importantes selon les quelques textes dont nous disposons.
Il peut ainsi recevoir 14 400 litres d’orge (Nbn. 280), de 110 à 3000 bottes d’oignons (Camb. 167
et Cyr. 012) ou livrer 5400 litres de sésame (Cyr. 027). Pour les oignons et le sésame, on retrouve

542
Ce contrôle était établi à partir d’un message d’Iddin-Marduk délivré à Nergal-rêsû’a de la part d’Amurru-
nâtan, où il était écrit : « 480 kur de dattes » (lignes 7 – 10). Il n’est pas dit si la tablette, ou un autre support,
était scellée. Cela indique aussi qu’il est possible que Nergal-rêsû’a pouvait disposer des capacités de lecture
suffisantes pour une documentation comptable.

228
des membres d’une même famille. Nabû-šum-ukîn, fils de Nabû-bêlšunu, descendant de La-
kuppuru a dû ainsi livrer les 3000 bottes d’oignons chez Iddin-Marduk et est responsable du
paiment des taxes liées au transport fluvial de ces légumes (Cyr. 012). Son frère, Nabû-ahhê-iddin,
est chargé de livrer du sésame à Iddin-Marduk. Mais c’est fIna-Esagil-ramât et Nergal-rêṣû’a qui le
livrent auprès de Nabû-šum-ukîn pour le donner finalement à Iddin-Marduk. La dette est ainsi
payée et Iddin-Marduk n’a plus d’intérêt dans cette affaire, mais Nabû-ahhê-iddin demeure
redevable auprès d’fIna-Esagil-ramât, Nergal-rêṣû’a et de son frère.

Pour la reconnaissance de dette d’orge, c’est aussi une personne redevable d’autres dettes
auprès d’Iddin-Marduk qui est concernée. Itti-mâku-ili doit ainsi de l’orge à Nergal-rêṣû’a, mais
aussi 45 720 litres de dattes à Iddin-Marduk (Nbn. 268543, Nbn. 7, 27 / VIII, Babylone). Dans le
premier cas, il est aussi responsable de la livraison jusqu’à Babylone et des frais associés. Dans le
second, les dattes doivent être livrées sur le quai de Bît-Ṭab-Bêl. Itti-mâku-ili est l’officier
responsable du quai en question, fonction mentionnée dans les deux textes.

De plus, Nergal-rêṣû’a est impliqué à plusieurs occasions dans la location et l’entretien de


maisons. Il peut tout d’abord obtenir une maison du fait de ses prêts d’argent : des personnes
endettées ont mis en gage une de leurs maisons auprès de lui. C’est ce que nous observons dans
Camb. 068, où pour une dette de 120 sicles d’argent, le couple fŠini-bana’a et Bêltiya-tašlim met
en gage leur maison située dans la rue Hubur à Babylone544. Ils n’ont pas de loyer à payer le temps
du remboursement de leur dette, qui aurait pu servir d’intérêt pour Nergal-rêṣû’a. En cas de non-
remboursement, il peut obtenir cette maison. Il peut aussi être le collecteur de loyers des maisons
dont la propriété est celle de son maître, comme en Camb. 253 : il reçoit douze sicles d’argent,
loyer pour une année d’une maison d’Itti-Marduk-balâṭu louée par Arad-Bêl, fils de Kalbaya,
descendant de Šum-libši. Ces deux textes présentent une fonction d’intermédiaire de l’esclave dans
la gestion d’un patrimoine foncier réel (réception de loyer) ou potentiel (obtention de maisons
mises en gage).

Les deux textes BM 31781 et BM 36462 constituent les contrats de location d’une maison
située près du temple de Bêl à Babylone, propriété de Bêl-iddin, fils de Rab-banê. Nergal-rêṣû’a en
est le locataire. Le premier texte, daté du règne de Cyrus, établit les conditions de location pour
treize ans. Nergal-rêṣû’a doit payer huit sicles d’argent par an pour cette maison. Le deuxième
contrat garde les mêmes conditions et rallonge la location pour sept ans. Il est possible qu’un autre

543
[Wunsch, 1993b : 120‑121].
544
Cette rue peut être située à Babylone. On en trouve une mention dans Dar. 410, ligne 1, concernant une
contestation sur la propriété d’une maison située dans cette rue. La tablette est rédigée à Babylone.

229
texte explicite les raisons de ces contrats. Camb. 043 est une reconnaissance de dette pour 77 sicles
d’argent appartenant à Itti-Marduk-balâṭu et à la charge de Bêl-iddin, fils de Nabû-eṭir, descendant
de Rab-banê. Il est en même temps mentionné que Bêl-iddin a confié certaines de ses maisons (les
détails ne sont pas donnés) pour réparations à Nergal-rêṣû’a. Dès lors, les loyers des maisons en
question payés par Nergal-rêṣû’a sont finalement donnés à son maître Itti-Marduk-balâṭu comme
intérêts de la dette. Une situation existante, où Nergal-rêṣû’a est locataire chargé de l’entretien d’un
patrimoine immobilier, permet ainsi le règlement d’une dette.

Il semble aussi que Nergal-rêṣû’a gére des livraisons de bois de construction. C’est ce que
l’on discerne dans Nbn. 441. 200 coudées de poutres de bois (soit cent mètres linéaires de bois) lui
sont dus par Marduk-šum-iddin, fils de Kiribtu, descendant de Bêlaya. L’usage de ces poutres
demeure peu clair, mais cela devait être pour la construction d’un bâtiment plutôt que d’un
bateau545. Il peut être tentant de rapprocher cet achat, rédigé sous la forme d’une reconnaissance
de dette, des obligations d’entretien de maisons pesant sur Nergal-rêṣû’a. Ce bois aurait pu ainsi
servir en remplacement ou en renforcement de structures de maisons, comme des portes.

Il doit aussi payer une taxe-urašu à la charge de son maître Iddin-Marduk, comme agent
auprès de Nummuru, fils de Zêriya (Cyr. 224). Le montant de la taxe n’est pas mentionné, mais
elle est probablement liée à une obligation de service pesant sur Iddin-Marduk auprès de
l’administration royale546. Ce paiement à un individu, inconnu de nous en-dehors de cette tablette,
indique probablement une transposition de cette corvée d’Iddin-Marduk à Nummuru, qui se voit
ainsi retribué à la hauteur du service à accomplir.

Nergal-rêṣû’a dispose donc d’une position socio-économique particulière. Les sources


disponibles, comme pour d’autres esclaves, ne nous donnent à voir qu’une partie de ce qui doit
constituer la totalité des activités de Nergal-rêṣû’a. Ses premières attestations montrent qu’il gére
déjà des sommes plutôt importantes d’argent ou de produits agricoles. Alors esclave d’Iddin-
Marduk, il est possible que ce dernier l’ait obtenu lors de son mariage avec fIna-Esagil-ramât et que
cet esclave remplisse déjà une fonction d’intermédiaire dans des affaires agricoles ou de prêt
d’argent. Ces activités ont pu se développer sur une vingtaine d’années documentées. Ayant à sa
disposition du capital, peut-être obtenu de son maître mais qu’il peut mobiliser pour ses propres
affaires (notamment un partenariat-harrânu dont les bénéfices lui reviennent), il doit être réputé

545
Nbn. 441, lignes 1 – 2 : « 200 ina 1 ammati gušûrû tapalu bâb ildâta », « 200 poutres de bois d’une coudée,
parties de portes ». Mais la lecture de ces lignes n’est pas certaine.
546
D’autres versements d’urašû sont payés par Iddin-Marduk : [Wunsch, 1993b : 53‑55].

230
pour ceci et peut transmettre de petites sommes d’argent de la part de différentes personnes.
Néanmoins, il a pu lourdement s’endetter à certaines occasions : ainsi en Camb. 285, où il
emprunte onze mines d’argent au neveu d’Iddin-Marduk, Bêl-iddin. Cette autonomie concernant
l’accès à l’argent est donc à relativiser. Sa capacité à mobiliser du capital pour différentes affaires a
peut-être pu connaître une crise à un moment donné, sans que les circonstances exactes nous soient
connues.

Sa présence à Šahrinu lui permet de surveiller les intérêts économiques de son maître hors
de Babylone. Il représente ainsi Iddin-Marduk, habitant à Babylone, puis les Egibi à cet endroit. Il
gére aussi bien différentes récoltes agricoles, livraison de bois de construction, entretien de maisons.
Sa position intermédiaire dans les relations économiques se retrouve aussi dans sa capacité à payer
une taxe pour son maître, rembourser une dette d’une autre personne en payant les loyers de
maisons dont il dispose de sa part, ou prêter de l’argent à un autre esclave lorsque celui-ci peut être
confronté à une certaine pression de son maître pour d’autres paiements. Il rend aussi des services
à des personnes estimées proches ou de confiance, tout en développant ses propres intérêts ou
ceux de son maître dans la gestion d’exploitations agricoles.

Nabû-utirri

Nous avons déjà eu l’occasion de présenter cet esclave d’Itti-Marduk-balâṭu de la famille


des Egibi. Il est attesté dans treize tablettes de l’an 11 de Nabonide (Nbn. 526) à l’an 9 de Cyrus
(Cyr. 337), mais là encore, il semble que nous ne disposions que d’une partie de la documentation
liée à ses activités économiques. Nous ne connaissons pas la manière dont il a été acquis par Itti-
Marduk-balâṭu, ni d’autre maître qui en aurait eu la propriété. Six textes qui le documentent forment
deux lots cohérents, présentant deux affaires différentes dans lesquelles il est impliqué : Nbn. 605,
Nbn. 954 et Cyr. 337, Nbn. 815, Nbn. 838 et Nbn. 858. Les autres textes présentent les autres
activités économiques dont il peut être partie prenante.

Activités économiques de Nabû-utirri


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
Nbn. 526 Nbn. 11 15 / V, Babylone Reconnaissance de dette pour 28 sicles d’argent
appartenant à Nabû-utirri, à la charge de Silim-Bêl, fils
de Rimût. Elle est à rembourser au I / Nbn. 13. Un

231
esclave, Lu-ûṣi-ana-nûr, est mis en gage auprès de
Nabû-utirri.
Nbn. 605547 Nbn. 12 11 / IV, Babylone Reconnaissance de dette pour 75 sicles d’argent
appartenant à Nabû-utirri, à la charge de Nabû-ereš,
fils de Tabnêa, descendant d’Ahu-bani. Un champ
appartenant à Nabû-ereš est mis en gage auprès de
Nabû-utirri.
Nbn. 674 Nbn. 12 10 / XII, Babylone Reconnaissance de dette pour 2 sicles d’argent
appartenant à Nabû-utirri, à la charge d’Iddin-Nabû,
fils de Šumaya, descendant de Sîn-naṣir. A rembourser
au début du mois prochain.
Nbn. 681548 Nbn. 12 21 / XII, Babylone Texte qui établit l’achat des esclaves Lûṣi-ana-nûr et sa
mère fŠummanussu-liliṣur par Nabû-utirri.
Nbn. 815 Nbn. 14 10 / III, Babylone Liste de comptes comportant 175 sicles d’argent et 50
jarres de bière de bonne qualité liées à un commerce
de bière géré par Nabû-utirri et son épouse fMizâtu.
Nbn. 769549 Nbn. 14 24 / III, Babylone Reconnaissance de dette pour 1 sicle d’argent
appartenant à Nabû-utirri, à la charge de Silim-Bau, un
autre esclave d’Itti-Marduk-balâṭu. A rembourser au
mois V.
Nbn. 838550 Nbn. 15 14 / II, Babylone Liste de comptes comportant des revenus en argent
liés à un commerce de bière, géré par fMizâtu et Nabû-
utirri, dont une partie est reversée à Itti-Marduk-
balâṭu. Une compensation pour fMizâtu demeure
impayée.
Nbn. 845551 Nbn. 15 25 / II, Babylone Location pour 4 sicles d’argent par an d’une maison
par Nabû-utirri. Les propriétaires de la maison sont
Nabû-ereš, fils de Bêl-lê’i, fBanîtu-eṭirat et fAmat-
Nanaia, fille de Marduk-nâdin-ahi, descendants de
Ṣahît-ginê. Nabû-utirri doit construire une bâtisse en
roseaux (bît huṣṣu) devant la maison, et l’enduire
d’argile.

547
[Wunsch, 2000b : 198‑199].
548
[Dandamaev, 1984 : 373].
549
[Dandamaev, 1984 : 322].
550
[Kohler et Peiser, 1890 : 1].
551
(Watai 2012, b:221; Joannès 2016, 293).

232
Nbn. 858552 Nbn. 15 24 / III, Babylone Reconnaissance de dette pour 12 sicles d’argent,
appartenant à Nergal-rêṣû’a, à la charge de Nabû-utirri,
esclave d’Itti-Marduk-balâṭu des Egibi. L’argent sert au
paiement de la compensation (mandattu) de fMizâtu,
l’épouse de Nabû-utirri.
Nbn. 954553 Nbn. 16 19 / I, Babylone Texte juridique qui établit les conditions de
l’énonciation d’un serment par Nabû-utirri devant le
dieu Šamaš lié à une dette non-réglée auprès de lui par
Nabû-ereš et au champ mis en gage par ce dernier
envers Nabû-utirri.
Nbn. 1030554 Nbn. 17 03 / II, Babylone Location d’une maison pour 13 sicles d’argent par an
par Nabû-utirri et Kînaya, fils de Libbi-âli-lumur. Leur
propriétaire est Nabû-šum-iddin, fils de [x]-zêr-ukîn.
Les locataires ont à leur charge l’entretien du toit et des
bases des poutraisons, et Kînaya a à sa charge les
travaux de bois. Nabû-šum-iddin doit construire un
enclos dans la cour de la maison.
Nbn. 1114 Nbn. [x] 21 / VIII, [x] Prêt de 2 sicles d’argent par Nabû-utirri à Ahi-idu-
šukun? (nom assez cassé sur la tablette).
Cyr. 337555 Cyr. 9 22 / II, Babylone fEsaggil-bêlet remet, contre dix sicles d’argent, un
champ, propriété de Nabû-ereš, à Itti-Marduk-balâṭu.
Le champ a été mis en gage auprès de Nabû-utirri.

Les intérêts économiques de Nabû-utirri documentés sont donc les suivants : le prêt
d’argent, le commerce de bière et la gestion de patrimoine foncier. Plusieurs textes nous présentent
ainsi des activités assez typiques des esclaves-agents. Nabû-utirri peut prêter de petites sommes
d’argent (deux sicles dans Nbn. 674 et Nbn. 1114, un sicle dans Nbn. 769), à rembourser assez
rapidement et sans intérêt ou mise en gage spécifiés. Ces prêts peuvent régler des problèmes
ponctuels d’accès à l’argent pour des affaires non-documentées, mais a priori pour des personnes
du réseau des Egibi : comme dans Nbn. 769, où c’est un autre esclave d’Itti-Marduk-balâṭu qui
reçut le prêt. Un tout autre cas est constitué par Nbn. 526. Nabû-utirri prête 28 sicles d’argent, une
somme plus importante que les précédentes, à un certain Silim-Bêl, fils de Rimût. L’échéance est

552
[Wunsch, 1993b : 195‑196].
553
[Wunsch, 2000b : 199‑201].
554
[Watai, 2012 : 223‑224].
555
[Wunsch, 2000b : 201‑202].

233
assez lointaine, le mois I de l’an 13 de Nabonide, soit environ un an et demi après l’établissement
de la dette. Un esclave, Lûṣi-ana-nûr, a été mis en gage auprès de Nabû-utirri. Il n’est pas mention
de compensation (mandattu) en cas de fuite de l’esclave ou d’un travail autre que chez Nabû-utirri,
il est donc possible que cette mise en gage ne soit pas antichrétique. Toutefois, l’esclave en question
ainsi que sa mère, fŠumanussu-lilisur, ont été achetés par Nabû-utirri dans Nbn. 681. Le texte ne
mentionne pas le prix de vente, ni les clauses juridiques habituelles aux ventes d’esclaves : il s’agit
d’un court mémorandum établissant la vente passée de ces deux esclaves. Elle s’est faite avant
l’échéance du remboursement de la dette : peut-elle avoir été une manière de la résoudre en faveur
de Nabû-utirri ? Il semblerait bien que les prêts d’argent de Nabû-utirri ont pu lui permettre de
posséder des esclaves. Nous ne connaissons pas d’autres attestations de ces esclaves, et ne pouvons
donc déterminer s’ils ont effectivement travaillé pour lui ou pour son maître Itti-Marduk-balâṭu.

Il posséde en tout cas assez d’argent pour louer plusieurs maisons. C’est ce que nous
discernons dans les contrats de location Nbn. 845 et Nbn. 1030. Dans le premier cas, il loue une
maison pour quatre sicles d’argent par an à trois frère et sœurs. Il a pour obligation de construire
un bît huṣṣu devant cette maison, c’est-à-dire une clôture depuis la porte de la maison jusqu’à la
limite de la propriété556. Il doit aussi entretenir continuellement la maison en l’enduisant d’argile.
Dans le second contrat, il partage la location avec Kînaya, fils de Libbi-âli-lumur, pour treize sicles
d’argent par an. Des travaux d’entretien du toit et des murs sont sous la responsabilité des deux
locataires, mais davantage de frais pèsent sur Kînaya, notamment sur les structures en bois à
l’intérieur de la maison. Leur propriétaire doit construire un « enclos » (ligne 12 : tarbaṣu). La
position socio-économique de Nabû-utirri lui permet ainsi de louer plusieurs maisons, tout en étant
chargé en partie de leur entretien et de travaux de construction qui y sont liés.

Nos sources nous permettent de discerner deux affaires assez particulières, que nous allons
étudier désormais. La première concerne des prêts d’argent accordés par Nabû-utirri à un certain
Nabû-ereš, fils de Tabnêa, descendant d’Ahu-bani. Un premier emprunt fut ainsi accordé pour 75
sicles d’argent le 11 / IV de l’an 12 de Nabonide. La reconnaissance de dette rédigée mentionne
un champ céréalier, situé « devant la porte Giššu » (l. 5 – 6), donné en gage à Nabû-utirri tant que
la dette n’est pas remboursée. Une autre dette de 60 sicles d’argent est mentionnée, mais la tablette
la concernant a été brisée. Nbn. 605 remplaçe cette dernière et quinze sicles d’argent s’y rajoutent.
Le champ mis en gage l’était visiblement déjà un mois auparavant, probablement lié à la dette

556
Concernant les structures à construire lisibles dans les contrats de location, et notamment le bît huṣṣu, voir
[Joannès, 2016].

234
précédente. Ce document constitue le premier acte d’une affaire qui s’étend sur un temps assez
long.

En effet, quatre ans plus tard, Nbn. 954 mentionne que cette dette n’a pas encore été
remboursée à Nabû-utirri. De plus, une dette de six sicles et un quart d’argent s’est rajoutée, datée
du 10 / V de l’an 12 de Nabonide et dont la tablette correspondante nous est indisponible. Nabû-
ereš est décédé sans rembourser ce qu’il doit à Nabû-utirri. Son patrimoine est géré par un certain
Nâdin et Nabû-utirri n’a pour le moment pas cherché à obtenir ce qui lui est dû. Le champ est
toujours en gage chez Nabû-utirri. Nbn. 954 établit ainsi les conditions juridiques par lesquelles la
division du patrimoine du défunt devrait être préparée. Nabû-utirri précise bien qu’il n’a pas
modifié les documents dont il dispose pour réclamer ses arriérés ni cherché à obtenir quoi que ce
soit, laissant Nâdin gérer ces biens. Le serment qu’il doit jurer permet aussi de libérer Nâdin de ses
obligations légales envers ce patrimoine et oblige Nabû-utirri de livrer les tablettes correspondant
à toutes les dettes qu’il a conclues avec Nabû-ereš.

Enfin, en l’an 9 de Cyrus soit dix ans plus tard, une partie du patrimoine de Nabû-ereš
semble encore être d’un statut juridique incertain selon Cyr. 337. Il y est mention d’un champ situé
près de la porte Zababa de Babylone, qui a été confié à Nabû-ereš dans une affaire précédente (la
date n’est pas mentionnée) en défaveur d’fIna-Esaggil-bêlet, endettée auprès de lui. Le champ en
question a toutefois été mis en gage auprès de Nabû-utirri, probablement dans une autre
reconnaissance de dette. Il est possible qu’il s’agisse du même champ mentionné dans Nbn. 605,
les portes Giššu et Zababa étant assez proches ; la localisation n’est toutefois pas tout à fait la
même557. La mort de Nabû-ereš n’est pas mentionnée dans la tablette, elle est toutefois importante
pour comprendre les raisons de la procédure ici en jeu. fIna-Esaggil-bêlet vient ainsi déclarer à Itti-
Marduk-balâṭu, maître de Nabû-utirri, qu’elle est prête à lui donner ce champ et à lui en confier les
titres de propriété si elle reçoit dix sicles d’argent à la place. L’accord est accepté par Itti-Marduk-
balâṭu, qui lui donne la somme désirée.

Sur près de quinze ans, la question de la propriété de champs de Nabû-ereš, dont un obtenu
du fait d’une décision de justice en sa faveur contre fIna-Esaggil-bêlet et tous mis en gage auprès
de Nabû-utirri, a posé un problème juridique558. Au moment de la mort de Nabû-ereš, ses dettes

557
[George, 1992 : 137‑139]. Voir aussi la carte de Babylone et de ses murs en [George, 1992 : 141]. La porte
Zababa se situe sur le mur intérieur de Babylone, au sud-est. En suivant le chemin vers le mur extérieur, après
environ 250 mètres, on arrive à la porte Gišsu. Le champ peut se situer dans cet intervalle.
558
Un fragment édité par C. Wunsch [Wunsch, 2000b : 202‑203] mentionne aussi un champ prês de la porte
Giššu donné par Ina-Esaggil-bêlet, fille de Nadin-ahi, descendant d’Eppeš-ili, à Nabû-ereš, mais le reste du texte
n’étant pas disponible, il n’est pas possible de discerner le statut de ce document. Pourrait-il s’agit du même
champ mentionné en Nbn. 605, obtenu par Nabû-ereš du fait d’une dette d’Ina-Esaggil-bêlet, qui aurait ensuite

235
envers Nabû-utirri n’ont pas été remboursées. Une partie du patrimoine du défunt se situe dans
une situation particulière : auparavant propriété d’fIna-Esaggil-bêlet (en part de sa dot), un champ
se retrouve sans véritable propriétaire, seulement un créancier comme Nabû-utirri qui peut
légitimement le réclamer pour lui-même. Son maître, Itti-Marduk-balâṭu, se retrouve mêlé à cette
affaire pour la régler, et il achète le champ en question pour un prix sans doute assez bas. Le rôle
de Nabû-utirri est ainsi intéressant : prêteur d’argent, de la même manière qu’un esclave comme
Nergal-rêṣû’a peut l’être, le non-remboursement de dettes lié à des terres mises en gage et au décès
de la personne endettée crée des situations difficilement résolvables sans intervention du maître de
l’esclave, disposant a priori de davantage de capital pour pouvoir racheter le patrimoine foncier en
question. L’autonomie d’un esclave comme Nabû-utirri connaît certaines limites.

Cette dernière proposition peut se comprendre encore mieux en mettant cette affaire en
lien avec le commerce de bière géré par Nabû-utirri et son épouse fMizâtu. Nous avons déjà
présenté les sources documentant la gestion et la vente de bière par ce couple dans la section
consacrée à Nergal-rêṣû’a. Nous allons la résumer rapidement : deux listes de comptes, Nbn. 815
et Nbn. 838, résument une partie de ce commerce, en listant leurs revenus en argent (plusieurs
mines, dont environ 10 % peuvent être reversés à Itti-Marduk-balâṭu) et les jarres de bière à leur
disposition. Nbn. 838 mentionne une compensation (mandattu) pesant sur fMizâtu que doit payer
Nabû-utirri à Itti-Marduk-balâṭu. Un mois plus tard, Nergal-rêṣû’a, esclave d’Iddin-Marduk, prête
douze sicles d’argent pour payer cette mandattu, qu’il a réglée à Itti-Marduk-balâṭu (Nbn. 858). Itti-
Marduk-balâṭu est d’ailleurs endetté d’un peu plus de 300 sicles d’argent auprès d’fIna-Esagil-ramât,
l’épouse d’Iddin-Marduk (BM 31752559).

Une certaine pression s’exerce donc sur Nabû-utirri pour payer ce qu’il doit à son maître,
tout en transposant sa dette sur un autre créancier, Nergal-rêṣû’a. Ainsi, un esclave comme Nabû-
utirri peut servir de réserve de capital pour son maître, en cas de besoin urgent d’argent. Nabû-
utirri, du fait des bénéfices qu’il réalise avec son épouse grâce à leurs ventes de bière, n’aurait
probablement pas eu de réel problème pour rembourser cette dette, mais il peut s’agir ici davantage
d’une question de temps et de circulation rapide d’argent. Ce type de relations entre maître et
esclave est à prendre en compte et peut expliquer en partie l’affaire précédente. La position sociale
du maître face à son esclave rend compte qu’il peut s’approprier des champs, même en l’achetant
pour un prix plus bas, au détriment de son esclave, pourtant créancier d’une dette pour laquelle a

été mis en gage auprès de Nabû-utirri ? Le fragment date de l’an 9 de Cyrus, ce qui indique potentiellement un
autre règlement du statut du patrimoine de Nabû-ereš.
559
[Wunsch, 1993b : 193].

236
été mis en gage un champ. L’apport principal de capital à Nabû-utirri est certainement du fait du
maître, mais lorsque celui-ci se retrouve pressé par d’autres créanciers, il doit chercher à récupérer
ce qu’il peut pour rembourser ses dettes, notamment auprès de ses esclaves-agents.

Documentée par quelques tablettes, la position socio-économique de Nabû-utirri paraît


assez claire. Là encore, seulement une partie limitée de ses activités économiques nous est connue.
Comme prêteur d’argent, il a à sa disposition des sommes d’argent plus ou moins importantes, et
il peut obtenir des champs ou des esclaves mis en gage auprès de lui. Cette activité, du fait de la
non-solvabilité puis du décès d’un de ses débiteurs, plaçe dans une certaine incertitude juridique le
patrimoine de ce dernier. Elle n’est résolue que par l’intervention du maître de Nabû-utirri. Les
relations entre eux deux pouvaient être assez complexes sur le plan économique : Nabû-utirri gére
un commerce de bière avec son épouse, visiblement très rentable. Leur maître leur demande
toutefois des paiements supplémentaires, qui ont pu demeurer en arriéré par moments. Cette
situation forçe Nabû-utirri à s’endetter pour régler les comptes entre lui et Itti-Marduk-balâṭu. Si
Nabû-utirri a une position d’esclave-agent qu’on retrouve à d’autres occasions, sa situation
spécifique et son autonomie économique permettent de percevoir une relation maître / esclave
assymétrique, où le maître a l’avantage et pose des limites, certes relatives, à l’indépendance de son
esclave.

Madânu-bêl-uṣur

Il s’agit certainement d’un des esclaves les mieux documentés et les plus étudiés en
Babylonie d’époque néo-babylonienne et achéménide560. Il est attesté de l’an 11 de Nabonide (Nbn.
570) à l’an 27 de Darius I (BM 31976), mais, comme nous le verrons plus en détail, une partie de
la documentation concerne la gestion par son maître de dettes qui sont dues à Madânu-bêl-uṣur et
non réglées après sa mort. Il a tout d’abord été, à l’instar de Nergal-rêṣû’a, un esclave d’Iddin-
Marduk des Nûr-Sîn avant de devenir celui d’Itti-Marduk-balâṭu puis de son fils Marduk-naṣir-apli

560
Une présentation de cet esclave et de ses activités a été faite par [Dandamaev, 1984 : 345‑364]. [Wunsch,
1993a : 45‑49] s’y intéresse dans le contexte des archives propres à Iddin-Marduk.

237
de la famille des Egibi. Le problème d’identification du maître de Madânu-bêl-uṣur, comme pour
Nergal-rêṣû’a qui demeure défini comme esclave d’Iddin-Marduk après son transfert à Itti-Marduk-
balâṭu, ne se retrouve pas. Contrairement à Nergal-rêṣû’a, il n’a pas fait partie de la dot d’fIna-
Esagil-ramât lors de son mariage avec Iddin-Marduk et a été la propriété directe de ce dernier. Dans
le testament d’Iddin-Marduk (Wunsch AfO 42 / 43 n°2), rédigé de son vivant durant l’année
d’accession à la royauté de Cambyse (- 529), Madânu-bêl-uṣur (avec sa femme et trois enfants) fait
partie des esclaves nommés et devant être transférés à fIna-Esagil-ramât à la mort d’Iddin-Marduk.
Iddin-Marduk est attesté pour la dernière fois en l’an 5 de Cambyse (Camb. 272, - 525), et Ina-
Esagil-ramât en l’an 6 (Camb. 307, - 524), toutefois Madânu-bêl-uṣur est dit esclave d’Itti-Marduk-
balâṭu dès l’an 4 (Camb. 257), le transfert de cet esclave aux Egibi a donc déjà eu lieu, peut-être
suite au mariage de fNuptaya, fille d’Iddin-Marduk, avec Itti-Marduk-balâṭu.

Il demeure ensuite la propriété des Egibi. Nous le retrouvons peut-être dans la division du
patrimoine d’Itti-Marduk-balâṭu, décédé, entre ses fils (Dar. 379), quoiqu’une partie de son nom
ne soit pas lisible sur la tablette : lui-même, sa femme, ses enfants et ses propriétés sont ainsi la
propriété commune de Marduk-naṣir-apli, Nabû-ahhê-bulliṭ et Nergal-ušezib. Toutefois, une
reconnaissance de dette (Dar. 376) établie quelques mois auparavant indique le rachat par Marduk-
naṣir-apli de Madânu-bêl-uṣur auprès de son frère Nabû-ahhê-bulliṭ. Suite à cela, il est présenté
dans nos sources comme esclave de Marduk-naṣir-apli jusqu’à sa mort.

Madânu-bêl-uṣur est marié et a eu huit enfants. Son épouse se nomme fNanaia-bêl-uṣur,


ses deux filles fHašdayitu et fAhassunu, ses quatre fils Zababa-iddin, Madânu-bêl-uṣur (il porte ainsi
le même nom que son père), Bêl-gabbi-bêlumma et Ahušunu. fAmât-Ba’u, l’épouse de Marduk-
naṣir-apli, a tenté de les vendre pour vingt-quatre mines d’argent561, mais l’acheteur, Marduk-bêl-
šunu, fils d’Arad-Marduk, n’a pu rassembler la somme nécessaire pour cet achat et la vente a été
annulée (Dar. 429). Peu auparavant, son mari lui avait échangé une partie de sa dot contre ces
esclaves (BOR II 003, Dar. 16 05 / III), ce qui explique comment elle a pu déclencher cette
procédure de vente finalement inaboutie. Cette possession semblait être toute relative : ce sont là
les deux seuls textes qui documentent le transfert de propriété de ces esclaves de Marduk-naṣir-apli
et fAmat-Baba. De plus, quelques mois plus tard, Marduk-naṣir-apli les a mis en gage pour une
dette de quarante-cinq mines d’argent (TCL XIII 193, Dar. 16 10 / XIIb, Suse). Cette dette
s’explique, comme l’a montré G. Tolini562, dans un moment d’endettement massif de Marduk-

561
En tout, la dot d’fAmat-Baba comporte un champ, 35 mines d’argent, 2 mines d’or et 2 esclaves : [Roth,
1991 : 27‑29].
562
[Tolini, 2011 : 354‑362]. L’endettement s’éleve à près d’un talent d’argent à rembourser.

238
naṣir-apli, probablement pour le paiement d’une amende auprès du temple de l’Esagil à Babylone
suite à un conflit judiciaire lié à ses responsabilités agricoles. Il semble qu’il a pu rembourser ses
différents emprunts, car Madânu-bêl-uṣur est toujours documenté comme son esclave par la suite.

La dernière attestation de Madânu-bêl-uṣur en situation active est Dar. 459, en l’an 17 de


Darius I. Les quelques contrats qui suivent cette reconnaissance de dette d’orge concernent le
recouvrement par son maître de dettes impayées auprès de lui, qui demeurent intéressants pour
déterminer l’étendue des activités de cet esclave.

Après cette présentation générale de la vie de Madânu-bêl-uṣur, le tableau suivant résume


les sources documentant ses intérêts économiques de son vivant. Nous verrons dans notre analyse
comment une partie des dettes dont il était le créancier furent réglées après sa mort.

Activités économiques de Madânu-bêl-uṣur


Nbn. 570 Nbn. 11 17 / XI, Babylone Paiement d’un loyer de 2700 litres de dattes par
Madânu-bêl-uṣur à Itti-Marduk-balâṭu, fils de
Nabû-ahhê-iddin, de la part de Nabû-šum-iškun,
fils d’Iššar-zêr-ibni.
Nbn. 1008563 Nbn. 16 29 / XI, Šahrînu Madânu-bêl-uṣur livre 1800 litres d’orge à fNanaia-
silim, esclave de Nergal-ah-iddin.
BM 30779564 Cyr. 4 26 / IX, Šahrînu Madânu-bêl-uṣur rend cinq bovins à Nabû-eṭir, fils
de Nergal-šum-ibni.
BM 31758565 Cyr. 5 [x], [x] Madânu-bêl-uṣur reçoit 42 000 bottes d’oignons de
la part d’un envoyé de Nergal-ah-iddin. Iddin-
Marduk a payé l’argent de ces oignons à Nergal-ah-
iddin.
Liverpool 27566 Camb. 0 29 / X, Šahrinu Reconnaissance de dette pour 66 sicles d’argent,
10 386 litres d’orge, 7700 bottes et 17 lots
d’oignons, 2160 litres de dattes, 126 litres de
sésame, au profit de Madânu-bêl-uṣur et à la charge
de Nabû-eṭir, fils de Nergal-šum-ibni. Diverses
échéances pour les paiements : mois I pour l’argent

563
[Wunsch, 1993b : 203‑204].
564
[Wunsch, 1993b : 245].
565
[Wunsch, 1993b : 248].
566
[Wunsch, 1993b : 262‑263].

239
et oignons, mois II pour l’orge, 15 / XI de l’an 15
de Cambyse pour les dattes, mois IV pour le
sésame.
BRM I 065567 Camb. 2 14 / III, Šahrînu Paiement d’une mine d’argent par Madânu-bêl-
uṣur à Murašu, fils de Nabû-ṣabit-qatê, pour le
loyer de son bateau.
Camb. 135568 Camb. 2 10 / X, [x] Paiement par Nergal-rêṣû’a à Rimût de 16 sicles
d’argent pour des oignons et des moutons sur
mandat de Madânu-bêl-uṣur.
Camb. 164569 Camb. 2 28 / III, Babylone Reconnaissance de dette de 1200 litres d’orge au
profit de Madânu-bêl-uṣur, à la charge d’Itti-Nabû-
balâṭu, fils de Marduk-bân-zêri, descendant de Bêl-
eṭir.
Camb. 218570 Camb. 3 24 / IX, Šahrînu Reconnaissance de dette pour 7200 litres d’orge,
une mine d’argent (dont la moitié doit être payée en
oignons) et 3300 bottes d’oignons au profit de
Madânu-bêl-uṣur, à la charge de Bariki-Adad, fils
de Yahâlu. A livrer sous quatre mois.
BM 31204571 Camb. 4 [x], quai de Til-Gula Document concernant un bateau chargé d’oignons
à la charge d’Ahu-iliya, passé sous le contrôle de
Madânu-bêl-uṣur. Il n’a pas reçu d’argent de la part
d’Ahu-iliya.
Camb. 257 Camb. 4 10 / X, Bît-Ṭabi-Bêl Concernant une reconnaissance de dette de
900 000 litres de dattes et 900 litres d’orge
appartenant à Itti-Marduk-balâṭu des Egibi et à la
charge de Habaṣiru, fils de Libluṭ, avec un champ
céréalier mis en gage : Madânu-bêl-uṣur a reçu
12 510 litres de dattes et 630 litres d’orge.
Camb. 321 Camb. 6, 06 / VII, Šahrînu Déclaration de Madânu-bêl-uṣur devant plusieurs
témoins concernant son agression par Nabû-eṭir,
fils de Nergal-šum-ibni. Celui l’a frappé, l’accusant

567
[Wunsch, 1993b : 267‑268].
568
[Wunsch, 1993b : 272].
569
[Wunsch, 1993b : 268‑269].
570
[Wunsch, 1993b : 279].
571
[Wunsch, 1993b : 280‑281].

240
de porter une parure de laine poupre, ce qui aurait
été interdit aux esclaves selon un ordre royal.
Camb. 329 Camb. 6 01 / IX, Šahrînu Déclaration de Madânu-bêl-uṣur à Kalbi-Bâbu, fils
de Nabû-unammir, lui réclamant la redevance du
champ de Nergal-naṣir, fils de Nadin, mis en gage
auprès d’Itti-Marduk-balâṭu. Kalbi-Bâbu lui
répondit qu’il l’a livré à Nabû-eṭir, fils de Nergal-
šum-ibni.
Camb. 369 Camb. 7 22 / II, [x] Extrait de comptabilité d’argent, d’oignons et de
laine. Sur 1680 sicles d’argent, prix de 270 000
bottes d’oignons, Nabû-ayyalu, esclave d’Itti-
Marduk-balâṭu, en a livrés 1292, dont 182 à
Madânu-bêl-uṣur.
Camb. 391 Camb. 7 24 / X, Šahrînu Reconnaissance de dette de 780 litres d’orge et
1010 bottes d’oignons au profit de Madânu-bêl-
uṣur, à la charge de Remût-Bêl, fils de Talim. A
livrer dans deux mois pour les oignons, quatre mois
pour l’orge chez Itti-Marduk-balâṭu.
Camb. 409 Camb. 8 23 / I, Šahrînu Reconnaissance de dette de 12 sicles d’argent et
1200 litres d’orge au profit de Madânu-bêl-uṣur, à
la charge d’Iddinunu et Nabû-naṣir, fils de Nabû-
udammiq. A rembourser dans une semaine pour
l’argent, et le mois suivant pour l’orge.
Dar. 177 Dar. I 5 16 / VII, [x] Reconnaissance de dette de 804 litres de dattes au
profit de Šepêt-Bêl-aṣbat, esclave des Egibi, à la
charge de Kinaia. Livraison à faire à Madânu-bêl-
uṣur.
Dar. 308572 Dar. I 11 26 / VII, Šahrînu Reconnaissance de dette de 5400 litres d’orge et 30
sicles d’argent au profit de Madânu-bêl-uṣur et à la
charge de Bêl-iddin, fils de Nabû-zêr-ušabŝi. A
livrer dans un an. Un champ et une palmeraie sont
les gages de Madânu-bêl-uṣur. L’argent sert de
paiement pour l’équipement militaire (rikis qabli)
réalisé en pays d’Elam.

572
[Abraham, 2004 : 398].

241
Dar. 360 Dar. I 13 29 / X, Bît-Ṭâbi-Bêl Reconnaissance de dette de 1350 litres d’orge et 90
litres de cresson au profit de Madânu-bêl-uṣur à la
charge de Ša-Nabû-šu, fils de Nabû-ittannu. A
rembourser dans cinq mois.
Dar. 400 Dar. I 15, 03 / V, Šahrînu Reçu de récoltes : 2880 litres de dattes pour Dar. I
13, 3330 litres de dattes pour Dar. I 14, de la
palmeraie de Bêl-iddin, fils de Nabû-zêr-ušabši.
Livraison à Madânu-bêl-uṣur de la part de
fQunnabu, fille d’Ahhê-iddin et épouse de Bêl-
iddin.
Dar. 405 Dar. I 15 04 / VII, Šahrînu Mise en gage de 990 litres de dattes, rendement
d’un champ d’Aplaya, fils de Nergal-iddin, auprès
de Madânu-bêl-uṣur. A payer dans un mois.
Dar. 452 Dar. I 17 22 / X, Šahrînu Quittance pour 6300 litres de dattes, l’équivalent de
30 sicles d’argent, appartenant à Madânu-bêl-uṣur
et à la charge de Nergal-uballiṭ, fils de Bêl-iddin, et
de sa mère Qunnabu, fille d’Ahhê-iddin. Madânu-
bêl-uṣur a aussi reçu 630 litres d’orge qui
demeuraient impayés.
Dar. 459 Dar. I 17 07 / XII, Šahrînu Reconnaissance de dette de 120 litres d’orge au
profit de Madânu-bêl-uṣur, à la charge de Nergal-
uballiṭ, fils de Bêl-iddin, et Qunnabu, sa mère. A
livrer dans deux mois.
BM 30653573 [x], Babylone Reçu d’un reliquat (cinq sicles et trois-quarts) d’une
dette d’une mine d’argent due à Madânu-bêl-uṣur,
à la charge de Nabû-eṭir-napšâti, fils de Šum-uṣur,
et de Nabû-ereš. C’est Nabû-ayyalu qui livre
l’argent.
BM 31918574 [x], [x] Comptes d’argent. Divers paiements effectués,
dont plusieurs à Madânu-bêl-uṣur. Trois mines
d’argent de la part de Nabû-ayyalu pour un bateau
d’oignons.

573
[Wunsch, 1993b : 298‑299].
574
[Wunsch, 1993b : 310‑311].

242
CT XXII 008575 [x] Lettre d’Iddin-Marduk à Madânu-bêl-uṣur.
Fourniture d’une botte d’oignons et demande
d’envoi de travailleurs.
CT XXII 078576 [x] Lettre de Madânu-bêl-uṣur à son maître Iddin-
Marduk concernant diverses affaires : livraisons de
dattes, paiements de taxes.
CT XXII 079577 [x] Lettre de Madânu-bêl-uṣur à Iddin-Marduk, assez
cassée. Concerne peut-être un problème
d’irrigation, et une demande de malt faite à
Madânu-bêl-uṣur par un certain Hašdaya.
CT XXII 080578 [x] Lettre de Madânu-bêl-uṣur à Iddin-Marduk.
Concerne une livraison effectuée de 400 lots de
dattes, 1570 bottes d’oignons et un peu plus d’un
kur d’oignons en vrac de la part de Bêlšunu.
Mentionne ensuite la réception d’un message à
envoyer au collecteur de la taxe-ṣibtu de la part
d’Iddin-Marduk.
CT XXII 081579 [x] Lettre de Madânu-bêl-uṣur à Iddin-Marduk
concernant des mesures à prendre pour des récoltes
d’oignons.
CT XXII 082580 [x] Lettre de Madânu-bêl-uṣur à Marduk-naṣir-apli des
Egibi, son maître. Concerne des livraisons de
moutons et des mesures à prendre à ce sujet.
CT XXII 083581 [x] Lettre de Madânu-bêl-uṣur à Marduk-naṣir-apli. Il
y mentionne sa maladie et son alitement pendant
plusieurs jours. Il demande à son maître l’envoi de
travailleurs pour creuser un canal, et des mesures à
prendre concernant des oignons et de l’argent.

575
[Hackl et al., 2014 : 110‑111].
576
[Hackl et al., 2014 : 115‑117].
577
[Hackl et al., 2014 : 113‑114].
578
[Hackl et al., 2014 : 114‑115].
579
[Hackl et al., 2014 : 112‑113].
580
[Hackl et al., 2014 : 150‑151].
581
[Hackl et al., 2014 : 151‑152].

243
Nous retrouvons dans cette présentation de la documentation liée à Madânu-bêl-uṣur une
activité courante des esclaves-agents : une fonction d’intermédiaire entre son maître et des
exploitants agricoles dans une localité donnée. Il est avant tout chargé de récupérer des récoltes de
dattes, d’oignons, d’orge, de sésame et de cresson. Des prêts d’argent de sa part sont aussi
mentionnés. Ce qui distingue Madânu-bêl-uṣur d’autres esclaves-agents est la présence de lettres
dont il est le rédacteur, envoyées à son maître. Elles nous permettent de discerner une relation
directe et au quotidien entre l’esclave et son maître, ainsi qu’une partie des problèmes que pouvait
rencontrer Madânu-bêl-uṣur dans son travail. La plupart des textes n’ont pas été rédigés à Babylone,
mais à Šahrînu et Bît-Ṭâbi-Bêl, sites ruraux où les Egibi ont des intérêts économiques. Madânu-
bêl-uṣur, par sa présence à ces endroits, se fait le relais de son maître et son représentant, capable
de prendre des décisions et d’agir de manière autonome, tout en développant son propre
patrimoine.

Madânu-bêl-uṣur est ainsi bien implanté dans le commerce de dattes, d’orge et d’oignons à
Šahrînu, Bît-Ṭâbi-Bêl ou Babylone. Concernant ces produits, cette activité peut être analysée à
différents niveaux. Tout d’abord, nous retrouvons des reconnaissances de dettes à la charge
d’exploitants agricoles qui devaient livrer des quantités de produits agricoles à Madânu-bêl-uṣur.
Ainsi avec Camb. 164, où Itti-Nabû-balâṭu, fils de Marduk-bân-zêri, descendant de Bêl-eṭir, doit
1200 litres d’orge à Madânu-bêl-uṣur. Nous retrouvons ici le gendre d’Itti-Marduk-balâṭu, maître
de Bêl-suppê-muhur, autre esclave dont nous avons étudié plus tôt les activités économiques. Le
réseau propre aux Egibi, proche des Nûr-Sîn, n’est ainsi jamais très loin.

La plupart des reconnaissances de dettes dues à Madânu-bêl-uṣur concernent plusieurs


produits à livrer, non pas une unique récolte. Parfois, des sommes d’argent étaient prêtées en même
temps que la promesse de livraison était faite, avec une échéance pour le remboursement de
l’argent. C’est ainsi le cas avec Liverpool 27, où Nabû-eṭir, fils de Nergal-šum-ibni, doit livrer 2160
litres de dattes un mois plus tard, 66 sicles d’argent et un peu plus de 7700 bottes d’oignons deux
mois plus tard, 10 260 litres d’orge dans trois mois, et enfin 120 litres de sésame dans cinq mois.
Madânu-bêl-uṣur avançe ainsi les fonds nécessaires à Nabû-eṭir pour différents produits à livrer à
des échéances suivant leurs récoltes. La relation entre Madânu-bêl-uṣur et Nabû-eṭir, et plus
largement celle de ce dernier avec les Nûr-Sîn, puis les Egibi, s’est développée sur une longue
période. On le retrouve en effet en contact avec Iddin-Marduk dès le début du règne de

244
Nabonide582, puis avec les Egibi, représenté par Madânu-bêl-uṣur, durant le règne de Cambyse
(Camb. 329 est ainsi la dernière attestation de Nabû-eṭir).

Il est membre de la famille Êṭiru, qui posséde des prébendes de boucherie (ṭabihûtu) à
Babylone, d’où parfois la mention de leur nom d’ancêtre comme étant Ṭabihu dans la
documentation583. Ainsi, il est le représentant à Šahrînu d’une famille traditionnellement implantée
à Babylone et liée aux institutions de cette ville, comme l’Esagil. Il y réalise le même type d’activités
qu’Iddin-Marduk ou Madânu-bêl-uṣur : l’exploitation de domaines agricoles. Toutefois, il est assez
lourdement endetté envers Iddin-Marduk ou d’autres personnes. Il achete à crédit un esclave584,
doit mettre en gage une maison pour une dette d’argent contractée auprès d’Iddin-Marduk585 et lui
vendre un autre esclave pour régler une autre dette586. Il semblerait donc que Nabû-eṭir est dans
une situation d’endettement progressif auprès d’Iddin-Marduk, dont l’agent à Šahrînu, son principal
lieu d’activité, est Madânu-bêl-uṣur587. Liverpool 27 s’inscrit dans ce processus et Nabû-eṭir s’y
endette encore davantage auprès de lui pour une somme relativement importante d’argent.

La relation plus spécifique entre Madânu-bêl-uṣur et Nabû-eṭir est visible pour la première
fois par la tablette BM 30779, rédigée en l’an 4 de Cyrus. Madânu-bêl-uṣur y livre cinq bovins à
Nabû-eṭir. Comme le précise C. Wunsch et R. Magdalene, le texte est daté du mois IX, juste après
la période des labours des champs. Il est donc possible que Madânu-bêl-uṣur ait besoin de ces
bovins pour le travail sur des champs dont il a la responsabilité. Une autre possibilité indiquée par
elles est qu’il s’agit d’une prise de biens mis en gage, liés ainsi à une dette que doit Nabû-eṭir auprès
de Madânu-bêl-uṣur, autre étape de l’endettement de Nabû-eṭir auprès des Nûr-Sîn et leurs
représentants. La tablette ne précise toutefois pas la raison de cette livraison d’animaux, mais dans
tous les cas ajoute un élément quant aux activités agricoles dont peut être chargé Madânu-bêl-uṣur.

Nous n’avons pas trace du remboursement de l’argent prêté en Liverpool 27 auprès de


Madânu-bêl-uṣur. Il est dès lors possible que cette dette n’a pas été remboursée, comme les
produits agricoles ont pu être livrés. C’est dans ce contexte que s’insère Camb. 321 (Camb. 6

582
Nbn. 004, daté de Nbn. 0 07 / V et rédigé à Šahrînu. Nabû-êtir y est le garant pour un partenariat-harrânu
dans lequel Iddin-Marduk investit de l’argent et attend la réception de dattes et d’orge de la part de Nabû-
ušallim, fils d’Inîya.
583
[Magdalene et Wunsch, 2012 : 105], et tout particulièrement la note 15 à cette page.
584
Nbn. 176.
585
BM 32130 (Nbn. 11 29 / [x], Šahrînu), éditée par [Wunsch, 1993b : 164].
586
BM 30428 (Cyr. 1 15 / IX, Šahrînu), éditée par [Wunsch, 1993b : 220‑221].
587
[Magdalene et Wunsch, 2012 : 104‑106] est un bon résumé de la carrière de Nabû-êtir. Nous n’en discernons
probablement qu’une partie grâce aux archives des Nûr-Sîn et des Egibi, mais cette relation avec ces deux familles
est essentielle pour comprendre la position socio-économique de Nabû-êtir.

245
06 / VII, Šahrînu), où Madânu-bêl-uṣur témoigne devant une assemblée de notables de l’agression
physique de Nabû-eṭir à son encontre. Nous aurons l’occasion de revenir plus tard sur les détails
de cette affaire, mais à ce moment de notre étude ce texte est intéressant afin de percevoir la
violence implicite dans les relations économiques entretenues entre Nabû-eṭir et Madânu-bêl-uṣur,
désormais esclave d’Itti-Marduk-balâṭu. L’endettement et l’appauvrissement progressif d’un
membre d’une famille de notables de Babylone, liés aux intérêts économiques des institutions de
cette ville, a pu le mener à l’agression de son créancier, représentant des Nûr-Sîn puis des Egibi,
envers qui il doit probablement rembourser d’autres dettes et qui est aussi, à l’échelle de Šahrînu,
l’un de ses concurrents principaux588 qui ne supporte pas sa présence.

La dernière tablette documentant Nabû-eṭir et son lien avec Madânu-bêl-uṣur est Camb.
329. Rédigée deux mois après le témoignage de Madânu-bêl-uṣur contre Nabû-eṭir, elle présente la
tentative de recouvrement d’une récolte d’un champ mis en gage auprès d’Itti-Marduk-balâṭu, due
par Nergal-naṣir, fils de Nadin, déjà mentionné dans notre étude de l’esclave Nergal-rêṣû’a.
Madânu-bêl-uṣur demande ainsi au gendre de Nergal-naṣir, nommé Kalbi-Babu, de lui donner cette
récolte. Il lui répond qu’il l’a déjà livrée à Nabû-eṭir. Nergal-naṣir, comme le montre Camb. 053 et
Camb. 054, a un de ses champs mis en gage auprès de Nergal-rêṣû’a, il semblerait donc que son
endettement auprès des Egibi et de leurs agents ait pour conséquence une perte progressive de la
pleine propriété de son patrimoine foncier. Camb. 329 présente comment Madânu-bêl-uṣur
rencontre certaines difficultés à récupérer ce qui lui est dû suite à son conflit judiciaire avec Nabû-
eṭir. Ce dernier a pu tenter, afin de nuire économiquement à Madânu-bêl-uṣur, de s’approprier des
récoltes agricoles d’autres personnes de manière frauduleuse. Camb. 329 a pu ainsi être rédigée à
l’initiative de Madânu-bêl-uṣur afin de documenter les actions de Nabû-eṭir, comme pièce à
conviction en vue d’un futur procès, tout comme Camb. 321. Les deux tablettes ont été rédigées
dans un assez court intervalle et à Šahrînu. Elles ne documentent pas une prise de décision
judiciaire, d’ailleurs nul juge n’y est présent. Elles ont une forme officielle, avec présence de témoins
et retranscriptions de déclarations, en vue d’alimenter un ensemble de preuves contre Nabû-eṭir.
Nous n’avons pas d’autres sources documentant ce dernier, qui semble avoir disparu de la sphère
économique de Madânu-bêl-uṣur et plus largement des Egibi suite à cette affaire.

Ce lot de tablettes nous permet de comprendre une des fonctions de Madânu-bêl-uṣur


comme représentant de ses maîtres à Šahrînu et comme créancier. Revenons maintenant sur ces
activités de gestionnaire agricole. Sa présence à Bît-Ṭâbi-Bêl dans deux textes est intéressante et

588
Nous reprenons ici les conclusions de [Magdalene et Wunsch, 2012], auxquelles nous souscrivons.

246
présente un fonctionnement classique de ce type d’activité pour un esclave-agent. Dans
Camb. 257, il reçoit pour son maître une fraction d’une quantité de dattes et d’orge qui lui est due.
Une reconnaissance de dette, au crédit d’Itti-Marduk-balâṭu, avait été rédigée pour 90 000 litres de
dattes et 720 litres d’orge, rendement d’un champ mis en gage auprès d’Itti-Marduk-balâṭu.
Madânu-bêl-uṣur, selon Camb. 257, reçut de Habaṣiru, fils de Libluṭ 12 510 litres de datte et 630
litres d’orge, présentés comme la récolte pour ce champ de l’an 4 de Cambyse, soit l’année de
rédaction de la tablette. Nous ne disposons pas des conditions de remboursement de la dette
originelle, mais il semblerait qu’elle se soit établie sur plusieurs années et que Madânu-bêl-uṣur est
le responsable de sa réception pour son maître. Si cela est effectivement le cas, la dette d’orge a
presque été totalement remboursée, par contre celle de dattes, assez importante, s’établit sur une
plus longue durée de temps 589 . La tablette Dar. 360, quant à elle, concerne plus directement
Madânu-bêl-uṣur. Cette reconnaissance de dette place à la charge de Ša-Nabû-šu, fils de Nabû-
ittanu, 1350 litres d’orge et 90 litres de cresson, récolte à livrer à Madânu-bêl-uṣur dans cinq mois.
Il s’agit certainement de la récolte d’un seul champ et, cette fois-ci, Madânu-bêl-uṣur n’est pas le
représentant de son maître590, mais bien l’unique créancier. Les intérêts économiques des Egibi, à
travers Madânu-bêl-uṣur, ne se limitent pas qu’à Šahrînu mais aussi dans d’autres sites agricoles de
la région de Babylone, comme Bît-Ṭâbi-Bêl.

La plupart des autres activités agricoles de Madânu-bêl-uṣur sont documentées à Šahrînu.


Comme nous l’avons dit, il est rare de voir un seul produit mentionné dans ses reconnaissances de
dette. Comme pour Liverpool 27, elles peuvent comporter une avance de capital de sa part aux
exploitants agricoles dont il reçoit les récoltes. Ainsi dans Camb. 218, où Bariki-Adad, fils de
Yahâlu, est chargé de rembourser 7200 litres d’orge, 3300 bottes d’oignons et 60 sicles d’argent. Si
les échéances de paiement suivent les périodes de récolte de ces produits (mois I pour les oignons,
mois II pour l’orge, quelques mois après la rédaction du texte), l’argent doit être remboursé le plus
tôt, en même temps que les oignons. Toutefois, une partie de l’argent prêtée (30 sicles) se trouve
en fait être un achat de la récolte d’oignons. Bariki-Adad dispose ainsi d’une partie de ce capital
directement à sa disposition et n’a à se préoccuper que de remplir la demande en oignons pour une
partie de cette dette. L’orge doit quant à elle être livrée à Iddin-Marduk. Une mention à la fin de la

589
Une personne nommée Habaṣiru se retrouve dans une lettre rédigée par Madânu-bêl-uṣur, CT XXII 78, où il
demande la raison d’une allocation de treize sicles d’argent à cet individu. Le contexte de cette mention est
toutefois peu clair.
590
La présentation de Madânu-bêl-uṣur présente toutefois une originalité : il n’est pas défini comme l’esclave de
Marduk-naṣir-apli, mais comme son fils (ligne 2 : « Madânu-bêl-uṣur apal Marduk-naṣir-apli »). Nous n’avons
aucune preuve d’une adoption par Marduk-naṣir-apli de son esclave. Il s’agit certainement d’une écriture du
scribe ou de copie.

247
tablette591 permet de discerner le statut de Bariki-Adad : l’orge prêtée sert pour la semence du
champ et pour les rations, tandis que l’argent est dit être « ana rehânu », pour l’équilibre des comptes,
mention faite pour d’éventuelles dépenses en animaux de trait, équipement agricole, ou pour des
taxes. Il semblerait ainsi que Bariki-Adad ne soit pas propriétaire d’un champ et donc un exploitant
indépendant, mais recevait des rations d’orge, des semences et de l’argent afin d’embaucher des
travailleurs et de payer les frais liés au travail d’un champ. Ce champ peut donc être la propriété
directe d’Iddin-Marduk, et Madânu-bêl-uṣur sert ainsi d’intermédiaire entre son maître et un
exploitant employé par Iddin-Marduk592.

Nous retrouvons peut-être ce type de fonctionnement dans un texte comme Camb. 391,
où Rêmût-Bêl, fils de Talim, devait livrer 780 litres d’orge (au mois II) et 1010 bottes d’oignons (au
mois I) à Madânu-bêl-uṣur, en précisant que le lieu de livraison était le domaine d’Itti-Marduk-
balâṭu. D’autres textes documentent plutôt des contrats faits avec des exploitants indépendants,
dans des procédures qui permettaient à Madânu-bêl-uṣur d’obtenir du patrimoine foncier. Selon
Camb. 409, deux fils de Nabû-udammiq, Iddinunu et Nabû-naṣir, doivent rembourser douze sicles
d’argent et livrer 1190 litres d’orge. Le contrat a été rédigé au mois I, et non comme habituellement,
pour une livraison d’orge le mois suivant, au moment de la récolte. Cela peut signifier un prêt de
soudure en céréales pour Iddinunu et Nabu-naṣir, qui en va peut-être de leur propre survie à un
moment où les réserves d’orge doivent être très basses. Le prêt d’argent peut leur permettre
d’acheter d’autres produits alimentaires, mais ils doivent le rembourser dès la fin du mois I. Le
champ qui est leur propriété, et donc le moyen par lequel ils peuvent rembourser Madânu-bêl-uṣur,
a été placé en gage auprès de ce dernier. S’ils n’ont pas pu rembourser leur dette, il est ainsi assuré
de trouver son compte dans cette affaire en recevant un champ, et les deux endettés peuvent
survivre. Dar. 308 présente une procédure différente. Bêl-iddin, fils de Nabû-zêr-ušabši, est
chargée de rembourser 30 sicles d’argent et 5400 litres d’orge un an plus tard (Dar. 12, VII). Il plaçe
en gage un champ céréalier et une palmeraie qui lui appartiennent, ce qui démontre sa fonction
d’exploitant agricole indépendant dans ce cas. De plus, l’argent semble ne pas être une avance de
capital pour des frais liés à l’agriculture, mais à la compensation d’un service militaire (rikis qabli) à
effectuer en Elam ; Madânu-bêl-uṣur a ainsi avancé l’argent pour empêcher Bêl-iddin d’effectuer
cette corvée ou pour payer l’équivalent du rikis qabli, estimé selon un forfait d’un kur d’orge pour
un sicle d’argent.

591
Camb. 218, l. 21 – 23 : « uṭṭati ša ana zêri u kurumattî nadna u kaspi ša ana rehânu nadnu ».
592
[Magdalene et Wunsch, 2012 : 103].

248
Nous retrouvons Bêl-iddin, fils de Nabû-zêr-ušabši, ainsi que son épouse et son fils en lien
avec Madânu-bêl-uṣur dans d’autres documents. Il doit probablement être débiteur de dattes envers
Madânu-bêl-uṣur, comme l’indique Dar. 400. Il s’agit d’un reçu de deux quantités de dattes issues
d’une palmeraie de Bêl-iddin, en accord avec une reconnaissance de dette précédente : 2880 litres
pour l’an 13 de Darius I, 3330 litres pour l’an 14. Ce n’est pas Bêl-iddin qui les a livrés à Madânu-
bêl-uṣur, mais son épouse fQunnabu, fille d’Ahhê-iddin. La production de dattes par cette famille
se retrouve en Dar. 452, reçu de 30 sicles d’argent comme équivalent de 6300 litres de dattes livrés
par Nergal-uballiṭ, fils de Bêl-iddin, et fQunnabu. Ils ont en même temps livrés 630 litres d’orge qui
ont été à la charge de Bêl-iddin. Une quantité de dattes doit donc être remboursée par eux, mais ils
ont finalement pu la convertir pour la donner en argent. Deux mois plus tard, une reconnaissance
de dette a été établie pour 120 litres d’orge à leur charge (fQunnabu et Nergal-uballiṭ). Madânu-bêl-
uṣur maintient ainsi des relations économiques avec des exploitants indépendants, peut-être
installés sur des terres de service pour l’administration achéménide, pouvant leur avancer du capital
pour des besoins individuels (équivalent d’une corvée militaire) et recevant orge et dattes de
manière régulière.

Le commerce d’oignons, que nous avons déjà vu sous la responsabilité de Madânu-bêl-uṣur


dans Liverpool 27 (pour un peu plus de 7700 bottes d’oignons), Camb. 218 (3300 botts) ou Camb.
391 (1010 bottes), permet de percevoir à différents niveaux les fonctions que peut remplir cet
esclave. Outre des reconnaissances de dette, d’autres tablettes montrent l’organisation interne de la
production et redistribution d’oignons. BM 31758, daté de l’an 5 de Cyrus, constitue un reçu de
plusieurs quantités d’oignons de la part de Nergal-ah-iddin livrées à Madânu-bêl-uṣur. En une seule
fois, il reçoit ainsi, par un envoyé de Nergal-ah-iddin, 42 000 bottes d’oignons provenant de
différents exploitants. Nergal-ah-iddin, en échange, reçoit une somme d’argent non précisée
d’Iddin-Marduk593. Une livraison future au mois III de 48 000 bottes est prévue, nous devons donc
nous situer autour du mois I, moment de la récolte des oignons. Madânu-bêl-uṣur est ainsi chargé
de la centralisation de quantités assez importantes d’oignons.

Une liste des comptes d’argent réalisée par Itti-Marduk-balâṭu nous est connue, Camb.
369. D’importantes sommes d’argent ont été reçues par lui de la part de Nabû-ayyalu pour la vente
de 270 000 bottes d’oignons. Il attend 1660 sicles d’argent de cette vente et il en a alors reçu 1292,

593
Nous retrouvons Nergal-ah-iddin six ans plus tôt, représenté par une de ses esclaves, fNanaia-silim, recevant
1800 litres d’orge de la part de Madânu-bêl-uṣur (Nbn. 1008). Outre le fait qu’il s’agit d’une esclave-agente qui
est impliquée ici, fait peu courant dans l’état actuel de notre documentation, il est aussi rare que ce soit Madânu-
bêl-uṣur qui livre des produits agricoles. fNanaia-silim livre aussi 720 litres d’orge cinq jours plus tôt, avec d’autres
esclaves mais sans mention de destinataire, dans la tablette Nbn. 1006.

249
dont 192 ont été confiés à Madânu-bêl-uṣur. Ces sommes d’argent peuvent servir aux frais courants
lié au commerce de produits agricoles, comme le paiement de taxes fluviales. Une autre liste de
comptes, BM 31918, datant plutôt de la période où il est esclave d’Iddin-Marduk nous est aussi
connue et laisse entendre ceci. Parmi divers versements, 180 sicles sont ainsi alloués à Madânu-bêl-
uṣur « pour le bateau de dattes de Nabû-ayyalu », en outre esclave d’Iddin-Marduk. Une certaine
coopération entre les esclaves d’un même maître existe594.

Madânu-bêl-uṣur se charge aussi de la logistique et du contrôle des bateaux remplis de


produits agricoles, à l’instar d’un Nergal-rêṣû’a : ainsi dans BM 31204, où il contrôle les quantités
d’un bateau conduit par Ahu-ilia, fils de Kiribtu. Il devait parfois avancer lui-même le capital
nécessaire à la location de bateaux nécessaires à la livraison de produits agricoles. Dans BRM I
065, il rembourse soixante sicles d’argent à Murašû, fils de Nabû-ša-bît-qatê, propriétaire d’un
bateau qu’il a loué. Le commerce d’oignons est aussi mentionné à cinq reprises dans les lettres de
Madânu-bêl-uṣur à son maître, qui nous permettent de percevoir certains aspects pratiques d’une
telle activité. Selon CT XXII 080, lettre à Iddin-Marduk, il lui rapporte la livraison de dattes (400
lots) et d’oignons (1570 bottes et 210 litres) de la part d’un certain Bêlšunu. CT XXII 081 semble
avoir été rédigée en pleine récolte des oignons. Madânu-bêl-uṣur demande tout d’abord à son
maître d’acheter pour six sicles d’argent d’oignons à Nabû-šum-ukîn, avant de lui recommander de
vendre ses réserves d’oignons, car la récolte vient tout juste de commencer et ces anciens produits
risquent de perdre de leur valeur. Il lui demande ainsi des instructions à ce sujet mais aussi de lui
envoyer un bateau afin de livrer ces oignons au plus vite. Cet intérêt dans la production d’oignons,
surveillée au plus près, demeure jusqu’à la fin de la carrière de Madânu-bêl-uṣur. Ainsi, dans la lettre
CT XXII 083 à son dernier maître Marduk-naṣir-apli, après avoir mentionné une période de
maladie, il semble avoir discuté d’une récolte d’oignons (cette partie de la tablette est assez cassée).

Différentes taxes ou prélévements sont aussi mentionnées dans la correspondance de


Madânu-bêl-uṣur. On retrouve ainsi une « dîme pour la montagne (šâdu) de Nergal » 595 et un
prélévement-šibšu, que Madânu-bêl-uṣur laisse sous la responsabilité des propriétaires des champs

594
On retrouve cette forme de coopération pour des affaires propres à Madânu-bêl-uṣur qui pourraient ne pas
avoir été en lien avec les intérêts de leur maître. Ainsi dans le reçu de cinq sicles et trois quarts d’argent, reliquat
d’une dette à la charge de Nabû-eṭir-napšâti, fils de Šum-uṣur, et de Nabû-ereš qu’ils doivent à Madânu-bêl-uṣur
(BM 30653). C’est Nabu-ayyalu qui recouvre cet argent et qui le livre à Madânu-bêl-uṣur. Dans une
reconnaissance de dette de 804 litres de dattes dûs à Šepêt-Bêl-aṣbat, esclave de Marduk-naṣir-apli, à la charge
de Kinaia, fils de Nabû-apla-iddin, c’est finalement Madânu-bêl-uṣur qui doit être livré chez lui de ces dattes,
probablement pour les rendre ensuite à Šepêt-Bêl-aṣbat (Dar. 177).
595
[Hackl et al., 2014 : 116]. Ce qui est entendu par la « montagne de Nergal » demeure obscur. Il est en tout
cas certainement question d’un endroit d’un sanctuaire de l’Esagil, pouvant servir de centre de perception fiscale
au profit du temple.

250
concernés, tandis que la dîme de Nergal de neuf sicles d’argent concernant des moutons a été payée
(CT XXII 078) ; situation un peu différente pour le prélévement-ṣibtu concernant une portion de
terrain entre des canaux, pour laquelle une personne nommée Kuṣurêa avertit Madânu-bêl-uṣur.
Ce dernier prévient ensuite Iddin-Marduk pour lui demander des instructions à ce sujet (CT XXII
080).

Certains paiements d’oignons semblaient aussi liés à des taxes, comme l’indique la courte
lettre CT XXII 008 à Iddin-Marduk : une botte d’oignons lui a été donnée et sert au paiement
d’une dîme au temple du dieu Nergal. Nous retrouvons peut-être une obligation fiscale dont
Madânu-bêl-uṣur est responsable envers le gouverneur de Babylone dans Pinches, Peek n°22, où
il dit à son maître (alors Marduk-naṣir-apli) qu’il a tenté de récupérer des oignons depuis des champs
pour les livrer au gouverneur. Mais les propriétaires de ces champs s’opposent à cette appropriation
et Madânu-bêl-uṣur dit avoir failli être agressé physiquement de ce fait.

Ces lettres précisaient aussi certaines réalités du commerce des dattes. La question de leur
transport et des problèmes qui peuvent alors apparaître y est présente : sur un lot de 4860 litres de
dattes, 224 (soit 4,6 % du total) ont été détériorés ou renversés lors du transport par un associé et
ne sont donc plus commercialisables (CT XXII 078). L’attention à la qualité des dattes doit donc
faire partie du quotidien du travail de Madânu-bêl-uṣur.

Deux fonctions de Madânu-bêl-uṣur n’apparaissent que dans sa correspondance :


l’entretien des canaux et la gestion d’ovins. Après une période de maladie durant laquelle il demeure
alité, Madânu-bêl-uṣur écrit à Marduk-naṣir-apli pour lui demander en urgence des travailleurs
capables de creuser un canal, ainsi que de récolter des oignons qui ne l’ont pas été (CT XX 083).
Sa période d’absence fait que certaines tâches qu’il doit superviser n’ont pas été accomplies, ce qui
peut être un indice de son implication dans le travail agricole. Enfin, il a à sa charge des ovins à
livrer à son maître, en tout cas lorsqu’il est esclave de Marduk-naṣir-apli. Pinches, Peek n°22
présente ainsi la manière dont Madânu-bêl-uṣur dément de possibles accusations de vol d’ovins. Il
demande à son maître, s’il n’en est pas convaincu, d’envoyer un de ses agents pour vérifier les
comptes d’ovins. Il confirme en tout cas en avoir livré des restes, dont 56 sabots (donc de 14
animaux) et 20 têtes. Il dit aussi avoir acheté un agneau et l’avoir sacrifié au dieu Šamaš, peut-être
en adéquation avec une instruction de son maître. Dans CT XXII 082, ce sont les détails d’une
inspection d’ovins, au contexte peu clair, qui sont relayés par Madânu-bêl-uṣur à Marduk-naṣir-
apli. Il fait mention d’un message d’un certain Bêl-eṭir concernant des ovins envoyés par Marduk-
naṣir-apli à Nûr-Šamaš (autre personne qui nous est inconnue). Il semble qu’il y a eu un

251
malentendu : une livraison d’ovins ne correspond pas à ce qui a été promis et un remplacement est
effectué, sans que les agneaux demandés n’aient été donnés au même moment. Madânu-bêl-uṣur
ne peut donc emporter le bon nombre d’ovins, mais il compte tenter de remplir les objectifs promis.

La lettre ne mentionne pas de quantités, ni les usages qui seraient fait des ovins, ni le
contexte précis de l’affaire, comme souvent dans ce type de documentation où les différents
interlocuteurs sont au fait de ce qui est discuté et n’ont pas besoin d’en retranscrire tous les détails.
De plus, les intérêts des Egibi dans la gestion de troupeaux d’ovins ou de bovins sont assez mal
connus, mais il est intéressant de constater que Madânu-bêl-uṣur peut être chargé de ce type
d’activité.

Comme nous l’avons mentionné plus tôt, la dernière attestation de Madânu-bêl-uṣur en


situation active et donc de son vivant paraît être Dar. 459 en l’an 17 de Darius I. Les textes
mentionnant son nom par la suite relèvent d’un règlement post-mortem de dettes qui lui étaient dues.
C’est son maître Marduk-naṣir-apli qui se charge ainsi de recouvrer ce qui avait été prêté par son
esclave. Deux personnes que l’on retrouve dans plusieurs de ces documents sont les fils de Nergal-
iddin, nommés Aplaya et Bêl-uppahir. Du vivant de Madânu-bêl-uṣur, un Aplaya, fils de Gimillu
devait livrer 990 litres de dattes recoltés depuis la palmeraie d’Aplaya, fils de Nergal-iddin, selon
Dar. 405. Nous retrouvons ensuite ce dernier dans BM 30965 (Dar. 26, 21 / V, Babylone), qui est
une déclaration sous serment de sa part devant Marduk-naṣir-apli. Il y promet qu’il va amener son
père, Nergal-iddin (dont l’autre nom est Nabû-ittannu), fils de Nûrêa, et ses deux frères Nabû-
nadin-ahi et Iddin-[x] avant la fin du mois pour régler les dettes d’orge et de dattes dont ils sont
redevables à Madânu-bêl-uṣur selon les reconnaissances de dette. Près de dix ans après la mort
supposée de l’esclave des Egibi, plusieurs de ses créances n’ont toujours pas été remboursées.

De même selon BM 31360 (Dar. 26, 02 / IX, [Babylone?]), document établissant les
conditions selon lesquelles Bêl-upahhir, fils de Nergal-iddin, doit rembourser 60 sicles d’argent
brillant, 720 litres de dattes et du bétail à Marduk-naṣir-apli, mais aussi différentes dettes d’argent,
orge, dattes et bétail contractées auprès de Madânu-bêl-uṣur. Bêl-upahhir a déjà arrangé un accord
avec Marduk-naṣir-apli en l’an 20 de Darius I : il s’agit de Dar. 509 (Dar. 20, 08 / IX, Babylone),
rédigé presque six ans jour pour jour auparavant. Mais visiblement il n’a jamais remboursé ce qu’il
doit. BM 31360 constitue donc la dernière tentative de régler ces dettes à l’amiable de la part de
Marduk-naṣir-apli.

Ainsi, Madânu-bêl-uṣur a développé des relations économiques avec la famille constituée


par Nergal-iddin et ses fils Aplaya, Bêl-upahhir, Nabû-nadin-ahi et Iddin-[x]. Ils possédent au moins

252
une palmeraie, mais si différentes reconnaissances de dettes pour de l’orge et des bovins existent,
ils doivent aussi posséder des champs céréaliers. Ces relations ont pu se développer à la fin de la
vie de Madânu-bêl-uṣur et demeurent impayées à sa mort. Ce ne sont pas les fils de cet esclave qui
s’en chargent, mais bien son maître Marduk-naṣir-apli, qui tente de recouvrer ce qui lui est dû à
partir de l’an 20 de Darius I, sans véritable succès avant une nouvelle tentative en l’an 26. Ceci est
un bon exemple, assez rarement visible dans nos sources, de la manière dont les actifs d’un esclave-
agent peuvent être réglés après sa mort : c’est bien son maître, ici, qui s’en charge. Cela ne se fait
toutefois pas avec rapidité dans les cas que nous avons présentés.

Nous avons vu plusieurs personnes, endettées auprès de Madânu-bêl-uṣur, pouvant avoir


de réelles difficultés à rembourser leurs dettes. La famille de Nergal-iddin en faisait partie, Nabû-
eṭir des Êṭiru également. Il s’agit pour les Egibi, ou d’autres familles d’hommes d’affaires, d’une
manière d’obtenir du patrimoine foncier (à travers les champs mis en gage) et d’étendre leurs
intérêts économiques dans certains lieux, comme Šahrînu. Disposant beaucoup plus facilement
d’argent ou de biens nécessaires à l’exploitation agricole (semences, animaux de trait notamment),
ils prêtent facilement à d’autres personnes, à court ou moyen terme. Cela remet en cause
progressivement leur indépendance économique et permet pour les Egibi d’obtenir à terme leur(s)
bien(s) foncier(s). Madânu-bêl-uṣur est au cœur du fonctionnement de cette stratégie. Il faut
toutefois appuyer sur ce qui constitue, selon nous, son autonomie dans ses activités. Il est en
contact régulièrement avec son maître, sa correspondance en atteste. Mais une marge de manœuvre
lui est laissée, d’autant que cela ne nuit en rien à son maître, qui doit lui faire confiance dans la
conduite de ces affaires. Cela doit être le cas pour d’autres esclaves-agents, mais grâce à la diversité
des sources dont nous disposons pour Madânu-bêl-uṣur, c’est surtout pour ce dernier que nous
percevons cette relation maître / esclave particulière bien en place.

Madânu-bêl-uṣur paraît donc avoir été un esclave-agent de première importance pour


Iddin-Marduk des Nûr-Sîn, puis Itti-Marduk-balâṭu et Marduk-naṣir-apli des Egibi. Présent surtout
à Šahrînu et dans quelques textes à Babylone et Bît-Ṭâbi-Bêl, ses activités se concentrent sur la
gestion d’exploitations agricoles, produisant dattes, orge, oignons et quelques autres récoltes
annexes. Le maître de Madânu-bêl-uṣur, ou ce dernier lui-même, peut avancer du capital nécessaire
à des exploitants indépendants pour leur travail, avant de leur reverser leurs récoltes qu’ils se
chargeent ensuite de vendre. Madânu-bêl-uṣur, en tant qu’intermédiaire, est responsable de la
représentation de son maître face à ces exploitants, puis du transport et de la distribution des

253
produits agricoles. C’est ultimement son maître qui bénéficie de la récolte. Ces relations avec des
travailleurs indépendants peuvent exister sur le long terme. Parfois, les terres travaillées paraissent
être la propriété directe des Nûr-Sîn ou des Egibi. Il s’agit alors d’un travail de supervision et de
réception des récoltes produites par des employés de ces familles. Assez proche de ses différents
maîtres, ses activités de contrôle du travail agricole peuvent être d’ordre matériel. Il supervise
l’exploitation directe des domaines des Egibi et contractualise des relations économiques avec des
producteurs indépendants. Il se maintient au courant de l’état des récoltes, des canaux, de la
disponibilité de travailleurs, en rend compte à son maître et conseille ce dernier afin de tirer les
meilleurs bénéfices d’une activité centrale aux intérêts d’hommes d’affaires comme les Egibi.

Nabû-ayyalu

Nabû-ayyalu a, lui aussi, été un esclave d’Iddin-Marduk des Nûr-Sîn puis de la famille des
Egibi. Il est attesté pour la première fois dans nos sources en l’an 2 de Cambyse (Camb. 125) et
pour la dernière en l’an 15 de Darius I, soit de – 528 à – 507. C’est en l’an 6 de Cambyse que nous
le voyons présenté comme esclave d’Itti-Marduk-balâṭu des Egibi (Camb. 351), alors qu’en l’an 5
il est encore connu comme esclave d’Iddin-Marduk (Camb. 279). Son transfert des Nûr-Sîn aux
Egibi a donc été plus tardif que celui de Madânu-bêl ou Nergal-rêṣû’a. Nous disposons de quinze
tablettes au total où nous le percevons comme esclave-agent. Nous ne lui connaissons pas d’épouse
ni d’enfants.

Activités de Nabû-ayyalu
Texte Date et lieu de rédaction Résumé
Camb. 125596 Camb. 2 17 / VIII, Babylone Nûr-Šamaš reçoit 1,5 sicle d’argent de la part de
Nergal-rêṣû’a pour le remboursement d’une dette à
Nabû-ayyalu.
BM 31204597 Camb. 4, Quai de Til-Gula Paiement d’une taxe-miksu par Nabû-ayyalu, en lien
avec un bateau chargé d’oignons contrôlé par
Madânu-bêl-uṣur.
Camb. 279598 Camb. 5 10 / IV, Babylone Reçu de 15 sicles d’argent pour le remboursement
d’une dette due à Nabû-ayyalu et fIna-Esagilr-
ramât, de la part de Suqâya, fils de Šulaya.

596
[Wunsch, 1993b : 271].
597
[Wunsch, 1993b : 280‑281].
598
[Wunsch, 1993b : 281‑282].

254
Camb. 351 Camb. 6 27 / II, Babylone Réception du loyer d’une maison par Nabû-ayyalu
de la part de Guzanu, fils de Mušêzib, descendant
d’Ašgandu.
Camb. 369 Camb. 7 22 / II, Babylone Réception de sommes d’argent issues de la vente
d’oignons délivrées par Nabû-ayyalu à Itti-Marduk-
balâṭu.
Nbk. 017599 Nbk. IV 1 16 / VII, Babylone Prêt de 849 sicles d’argent par Marduk-naṣir-apli à
son esclave Nabû-ayyalu.
Dar. 097 Dar. I 3 14 / XII, Babylone Constitution par l’investissement de 600 sicles
d’argent d’un partenariat-harrânu entre Nabû-ayyalu
et Bêl-kaṣir, fils de Marduk-eṭir, descendant
d’Ašlaku. Partage égal des bénéfices.
Dar. 243 Dar. I 8 12 / XII, Šahrînu Paiement partiel d’une dette due à Libluṭ, frère de
Marduk-naṣir-apli, à la charge de Labâši-Marduk,
fils de Marduk-eṭir, descendant de Šangû-Šamaš. 30
sicles d’argent sont livrés à Nabû-ayyalu.
Dar. 269 Dar. I 10 06 / V, Dilbat Reconnaissance de dette pour 3960 litres d’orge au
profit d’Ubar, fils d’Ina-têši-eṭir, descendant de Ša-
našîšu et à Nabû-ayyalu, à la charge de Nabû-zêr-
ibni, fils d’Itti-Nabû-balâṭu, descendant d’Egibi. La
dette s’inscrit dans un partenariat-harrânu constitué
par Marduk-naṣir-apli.
Dar. 349 Dar. I 13 03 / V, Šahrînu Reconnaissance de dette de 10 sicles d’argent
appartenant à Nabû-ayyalu à la charge de Nabû-bêl-
napšâti, fils d’Êṭir-Marduk. Il s’agit du prix de vente
d’une ânesse qu’il a achetée à Nabû-ayyalu.
Dar. 361 Dar. I 13 13 / XI, Babylone Reçu de 3600 litres de dattes par Eribaia, fils de
Nabû-ittannu, agent d’Iddin-Bêl, fils de Guzânu, de
la part de Nabû-ayyalu.
Dar. 395 Dar. I 14 02 / X, Babylone Investissement de Marduk-naṣir-apli pour un
partenariat-harrânu entre Ubar et Nabû-ayyalu. Il
leur confie 18 000 litrs de dattes, 9000 litres d’orge
et 60 jarres vides. Ils ont 3 ans pour rembourser ce
prêt, et doivent payer 120 sicles d’argent par an. Ils

599
[Dandamaev, 1984 : 320 ; Beaulieu, 2014 : 23].

255
se voient aussi confier une maison, sans loyer à
payer.
Dar. 413 Dar. I 15 05 / IX, Babylone Reconnaissance de dette de 5040 litres d’orge au
profit de Marduk-naṣir-apli et à la charge de Bêl-
edu-pitin, fils de Balâṭu. Il a 15 jours pour livrer
2880 litres d’orge à Nabû-ayyalu. Il reçoit aussi des
bœufs et de la nourriture pour ces animaux.
BM 30653 [x] Reçu pour 5 sicles et trois-quarts d’argent, reliquat
d’une dette due à Madânu-bêl-uṣur à la charge de
Nabû-eṭir-napšâti, fils de Zêr-uṣur, descendant de
Nabû-ereš. L’argent est délivré par Nabû-ayyalu,
esclave d’Iddin-Marduk.
CTMMA III [x] Liste de sommes d’argent livrées à Kalbaya, fils
073 adoptif de Nabû-ahhê-iddin des Egibi vivant à Kiš.
80 sicles sont livrés par Nabû-ayyalu.

Plusieurs activités de Nabû-ayyalu se discernent parmi cette documentation : le prêt


d’argent, la supervision d’exploitations agricoles, la représentation du maître et la participation à
des partenariats-harrânu. Comme pour d’autres esclaves des Nûr-Sîn et des Egibi, il réalise ainsi un
travail pour eux, tout en développant une certaine autonomie économique.

Tout d’abord, Nabû-ayyalu peut effectivement représenter son maître dans diverses
affaires, agir en capacité d’agent de celui-ci. Dans Camb. 351 (daté de l’an 6 de Cambyse), il collecte
le loyer d’un mois de l’an 5 de Cambyse d’une maison mise en gage auprès d’fIna-Esagil-ramât,
épouse d’Iddin-Marduk. La propriétaire de cette maison est une certaine fNadaya, très certainement
endettée auprès d’fIna-Esagil-ramât. Tant que la dette n’est pas remboursée, la maison doit être à
la disposition de la créancière, qui la loue à Guzânu, fils de Mušêzib, descendant d’Ašgandu. Une
partie du loyer convenu entre les deux a donc été récoltée par Nabû-ayyalu, au bénéfice d’fIna-
Esagil-ramât. Il est à noter que l’esclave est défini dans ce texte comme celui d’Itti-Marduk-balâṭu
et non d’Iddin-Marduk. Il se maintient ainsi des liens entre les Nûr-Sîn et les Egibi, notamment par
l’utilisation commune d’esclaves entre différents membres de ces familles, situation discernable
aussi pour Nergal-rêṣû’a. Nous retrouvons un usage par un autre membre de la famille du maître
de Nabû-ayyalu dans le reçu Dar. 243. Il y reçoit le paiement partiel d’une dette de trente sicles
d’argent, prêtés par son maître Marduk-naṣir-apli à Labâši-Marduk, fils de Marduk-êtir, descendant
de Šangû-Šamaš. Toutefois, ce n’est pas son maître qui lui a donné l’ordre d’agir ainsi, mais Libluṭ,

256
frère de Marduk-naṣir-apli. De plus, la tablette a été rédigée à Šahrînu, où les membres des Egibi
ne sont pas directement présents mais représentés par des esclaves comme Madânu-bêl-uṣur,
Nergal-rêṣû’a ou, ici, Nabû-ayyalu. Comme eux, il a pu être résident de Šahrînu à un moment de
sa carrière. Une gestion commune des affaires des Egibi existe, tout comme un usage des esclaves
d’un membre de la famille pour régler des dettes ou récupérer des loyers.

Nous pouvons à ce sujet de nouveau mentionner Camb. 369, déjà discuté dans la section
consacrée à Madânu-bêl-uṣur. Dans cette liste de comptes, c’est Nabû-ayyalu qui est responsable
des sommes d’argent issues de la vente d’oignons et de laine pour une période allant du mois VII
de l’an 6 de Cambyse au mois II de l’an 7 de Cambyse (le mois de rédaction de la tablette). En tout,
il est attendu 4900 sicles d’argent, il en a livré 3820 dont une partie à Madânu-bêl-uṣur. Nabû-ayyalu
peut ainsi servir pour son maître de collecteur de revenus issus des différentes activités
économiques des Egibi. De plus, au cours du transport des produits agricoles voués à être vendus,
Nabû-ayyalu est chargé de payer les taxes liées au transport fluvial, comme on le voit dans BM
31204, rédigé au quai de Til-Gula. Il y verse ce qui est attendu par un certain Rimût, qui doit être
chargé de récolter cette taxe pour le passage d’un bateau chargé d’oignons au moment de son
contrôle par Madânu-bêl-uṣur. Enfin, selon CTMMA III 073, il reçoit 90 sicles d’argent pour les
livrer à Kiš à destination de Kalbaya, fils adoptif d’un des frères de Marduk-naṣir-apli, Nabû-ahhê-
iddin600. Dans ces cinq situations, Nabû-ayyalu participe à la circulation du capital dépensé ou reçu
par son maître. Il a une fonction de représentant de ce dernier pour ce qui concerne ses entrées
(liés à ses intérêts agricoles ou à son patrimoine foncier) ou les dépenses nécessaires au bon
fonctionnement de leur commerce (taxes). Une de ses fonctions pour les Egibi est donc celle de
comptable.

Nabû-ayyalu est aussi un acteur des activités agricoles de ses maîtres. Nous disposons de
peu de « reconnaissances de dette » qui établissent la livraison de produits agricoles, mais quelques
documents montrent une certaine implication de sa part dans ce domaine. Nous le voyons livrer
3600 litres de dattes dans Dar. 361 à Eribaia, agent d’Iddin-Bêl, fils de Guzânu, ou recevoir 2880
d’orge dans Dar. 413 pour le compte de Marduk-naṣir-apli. Dans ce dernier exemple, il s’agit d’une
reconnaissance de dette pour 5040 litres d’orge à la charge de Bêl-edu-pitin, fils de Balâṭu. Une
partie de cette récolte est ainsi à livrer à Nabû-ayyalu, la date et lieu de cette livraison étant précisés :
quinze jours plus tard à Ša-libbi-âlia. Cela indique peut-être qu’une partie de la récolte était prévue

600
Nous reviendrons sur ce dernier exemple lorsque nous aborderons le cas de l’esclave fIshunnatu. Il est possible
que cette dépense d’argent ait permis le développement des intérêts des Egibi dans la ville de Kiš, représentés
notamment par Kalbaya mais aussi fIshunnatu.

257
pour être vendue ailleurs que le reste et que Nabû-ayyalu est chargé de cette distribution de l’orge.
Bêl-edu-pitin reçoit aussi des animaux de trait et de quoi les nourrir de la part des Egibi pour l’an
15 de Darius I, nécessaires pour le travail du champ dont il est responsable. Ces bovins ne sont pas
facilement accessibles pour les exploitants et les Egibi peuvent combler ce type de besoin contre
un loyer.

Dar. 349 s’inscrit dans ce domaine d’activité, menée cette fois-ci par Nabû-ayyalu. Il s’agit
d’une reconnaissance de dette pour dix sicles d’argent, en réalité le prix de vente d’une ânesse.
Nabû-ayyalu vend ainsi à crédit cet animal à Nabû-bêl-napšâti, fils d’Êṭir-Marduk. Il est aussi
précisé que l’utilisation de cet animal est commune au vendeur et à l’acheteur et que ce dernier doit
verser l’argent d’ici trois mois. S’agit-il ici, plutôt que d’une vente, d’une location d’un bien
auparavant commun, mais qui, lors d’un déplacement hors de Babylone, serait à l’usage exclusif de
Nabû-bêl-napšâti ? Dans tous les cas, nous retrouvons ici un esclave des Egibi disposant d’un
animal utile au transport de biens, probablement pour un usage quotidien dans des tâches agricoles
mais aussi lors de déplacements.

Au-delà de ces activités réalisées pour le compte de ses maîtres, Nabû-ayyalu peut aussi
disposer d’une certaine indépendance dans ses activités économiques. Deux textes le documentent
comme prêteur d’argent. Il prête ainsi une petite somme d’argent à Nûr-Šamaš, dont un sicle a été
récupéré par Nergal-rêṣû’a et livré à Nabû-ayyalu (Camb. 125), et des intérêts d’une dette d’argent
dont il est créancier avec fIna-Esagil-ramât (Camb. 279). Suqâya, fils de Šulaya, leur a emprunté
une somme d’argent et leur paye quinze sicles comme intérêts. Cette activité de prêteur d’argent
peut ainsi se révéler productrice de bénéfices, dont il reçoit une partie en son nom propre. Son
capital de départ doit toutefois trouver son origine chez son maître et sa famille, comme ce partage
de créance avec fIna-Esagil-ramât peut l’indiquer. Des relations contractuelles entre l’esclave et son
maître ont pu exister, comme l’atteste Nbk. 017. Marduk-naṣir-apli lui prête ainsi 849 sicles
d’argent, capital auquel s’ajoutent 15 sicles d’argent par mois, comme intérêt. Il n’est pas précisé
quel usage doit être fait de cette grande quantité d’argent, ni du terme de son remboursement. Cette
reconnaissance de dette sous-entend toutefois une capacité pour Nabû-ayyalu de rembourser cet
emprunt. Dans le cas contraire, comme il s’agit d’un de ses esclaves, la prise directe de son
remboursement par Marduk-naṣir-apli sur le patrimoine de Nabû-ayyalu était possible. Cet
emprunt doit de plus certainement être au profit de son maître, si l’on s’intéresse à d’autres activités
de Nabû-ayyalu.

En effet, celui-ci est impliqué dans plusieurs partenariats commerciaux harrânu, nécessitant
de gros investissements en capital (qu’il s’agisse d’argent ou de biens et outils de production). Un

258
premier partenariat-harrânu fut constitué en Dar. 097, créant une collaboration entre Nabû-ayyalu
et Bêl-kaṣir, fils de Marduk-eṭir, descendant d’Ašlaku. Les deux investissent chacun 300 sicles
d’argent et tout le bénéfice produit doit être partagé de manière égale entre eux. Malheureusement,
la tablette n’indique pas quelle activité économique est concernée par ce contrat. Nous disposons
de plus de détails en ce qui concerne les partenariats-harrânu dans lesquels a été impliqué Nabû-
ayyalu avec Ubar, fils d’Ina-têši-eṭir, descendant de Ša-našišu 601 . Le premier n’est pas leur
partenariat en propre mais celui de Marduk-naṣir-apli, représenté par Nabû-ayyalu. Dar. 269 est
une reconnaissance de dette pour 3960 litres d’orge à la charge de Nabû-zêr-ibni, fils d’Itti-Nabû-
balâṭu, descendant d’Egibi, le fils du gendre d’Itti-Marduk-balâṭu. Ils sont donc acteurs d’un
partenariat-harrânu en faveur de Marduk-naṣir-apli, sans prendre part aux bénéfices qui en seront
issus602. Ce qui n’est pas le cas dans Dar. 395. Dans ce contrat, Ubar et Nabû-ayyalu reçoivent de
Marduk-naṣir-apli 18 000 litres de dattes, 9000 litres d’orge et 60 jarres vides. Il s’agit très
certainement d’un commerce de bière dont ils deviennent les responsables. En effet, il est aussi fait
mention d’une maison à la disposition d’eux deux, sans loyer. Ils disposent ainsi des matières
premières, des récipients et du local nécessaire pour la production, l’entrepôt et la vente des
produits de ce commerce. Les bénéfices réalisés sont les leurs, qu’ils partagent à parts égales.
L’investissement de Marduk-naṣir-apli témoigne de sa confiance envers son esclave et son associé :
ils ont trois ans pour rembourser le capital initial. Ils doivent toutefois lui donner 120 sicles d’argent
par an, comme revenu assuré par contrat pour Marduk-naṣir-apli.

La documentation concernant Nabû-ayyalu est certes plus limitée que pour Madânu-bêl-
uṣur et Nergal-rêṣû’a, nous pouvons toutefois y percevoir une même diversité d’activités et
évolution dans sa relation avec ses maîtres. Il a été leur représentant concernant la réception de
sommes d’argent qui leur sont dues, ou pour le paiement de taxes, ainsi qu’un acteur parmi d’autres
dans la supervision de leurs intérêts dans l’agriculture. Toutefois, il dispose de capital qui lui est
propre et qu’il peut prêter à certaines occasions, ainsi que développer, par le biais de son maître,
des affaires économiques possiblement lucratives. Par les bénéfices crées par des partenariats

601
Ubar apparaît dans plusieurs estimations forfaitaires de palmeraies des Egibi et autres documents issus de
leur archive, mais uniquement comme témoin ou comme scribe de ces tablettes (BM 41450, Dar. 127, Dar. 384,
Dar. 389, Dar. 403, Dar. 404, Dar. 425, Dar. 426, Dar. 443).
602
La tablette a été rédigée à Dilbat, ville située à soixante kilomètres au sud de Babylone et peu documentée
pour notre période d’étude. Les Egibi y possédent toutefois des terres, voir [Wunsch, 2000a : 127 ; Jursa,
2010 : 129‑130].

259
commerciaux, il a pu ainsi obtenir une certaine aisance économique du fait de ses fonctions au sein
des Nûr-Sîn et des Egibi, comme d’autres de leurs esclaves.

f
Ishunnâtu

Cette esclave est documentée par cinq tablettes, datées entre l’an 6 de Cambyse (Camb.
330) et l’an 2 de Darius I (CTMMA III 065), soit de – 524 à – 520, mais il est très probable que
sa carrière se soit étendue sur une plus longue période. Elle y est définie comme une esclave d’Itti-
Marduk-balâṭu, puis de Marduk-naṣir-apli des Egibi (ou sous le deuxième nom de celui-ci, Širku).
L’ensemble de cette documentation concerne un commerce de bière dont elle était la gérante,
développé avec un apport de capital de la part de son maître. Cette esclave a été étudiée par F.
Joannès603 et G. Tolini604, et nous reprenons ici leurs analyses pour notre étude, en l’inscrivant dans
l’ensemble des esclaves-agents des Egibi, gestionnaires d’activités économiques pour le compte de
leurs maîtres et disposant d’une certaine autonomie.

Activités d’fIshunnatu
Texte Date et lieu de rédaction Résumé
Camb. 330605 Camb. 6 11 / IX, Kiš Promesse de livraison par Marduk-iqišanni de
meubles et d’ustensiles de cuisine à fIshunnatu,
liés à une maison louée par elle.
Camb. 331606 Camb. 6 11 / IX, Kiš Capital versé par Itti-Marduk-balâṭu à fIshunnatu
sous forme de jarres, de dattes et de vaisselle de
bronze. Le texte établit aussi le paiement d’un
intêrêt par fIshunnatu pour un mois.

603
[Joannès, 1992a, 1992b].
604
[Tolini, 2013].
605
[Joannès, 1992a].
606
[Joannès, 1992a].

260
CTMMA III 065 Dar. I 2 25 / IX, Kiš Reçu de 1800 litres de dattes par fIshunnatu de la
part de Nabû-rê’ušunu, fils de Nabû-eṭir,
descendant de Sîn-tabni. Les dattes servent au
paiement d’un ustensile de cuisine.
OECT X 239607 [x] Reçu de meubles et d’ustensiles de cuisine par
fIshunnatu.

BM 30948608 Dar. I [x] 03 / [x], Kiš Reconnaissance de dette de 10 800 litres de dattes
appartenant à Bêl-apla-iddin, fils de Remût, à la
charge d’fIshunnatu. A livrer le 20 / IX de l’année
en cours, pour être ensuite transportés par bateau.
Les frais de transport sont à la charge
d’fIshunnatu.

L’ensemble de ces tablettes nous informe sur une activité de production et de vente de bière
produite à partir de dattes. fIshunnatu, avec l’investissement d’Itti-Marduk-balâṭu, a pu installer à
Kiš un commerce de bière, permettant la consommation d’alcool ainsi que le gîte pour des clients.
Camb. 330 et 331 nous permettent de comprendre la constitution de cet établissement et les
conditions de sa gestion par fIshunnatu. La première de ces tablettes contient la récupération
contractuelle par fIshunnatu de différents meubles et d’ustensiles permettant la production de
bière : cinq lits, dix chaises, trois tables, un coffre et des supports pour une lampe et de la vaisselle ;
trois couteaux, une binette et une hache, un vase pour la fermentation des dattes, un chaudron,
ainsi que d’autres ustensiles. Elle reçoit tout ceci de Marduk-iqišanni, qui ne semble pas lié aux
Egibi. Il est précisé dans le contrat que rien de tout cela n’est leur propriété commune et que
Marduk-iqišanni ne peut faire sortir de la maison ces meubles et ustensiles, tandis que le loyer est
sous la responsabilité propre d’fIshunnatu. Ces clauses nous indiquent dès lors que cette tablette
s’inscrit dans un transfert de l’usufruit de Marduk-iqišanni à fIshunattu de ces outils présents dans
une maison, qui devait être la propriété de Marduk-iqišanni. Elle récupére ainsi sous sa
responsabilité ce qui devait déjà être un établissement de vente d’alcool de dattes, géré par celui qui
est désormais son bailleur et peut-être par une personne nommée fLillikanu. Cette dernière est
mentionnée à la fin de la tablette : une créance lui appartenant est transférée à fIshunnatu. En même
temps qu’elle devient gérante de ce commerce, disposant du lieu, des meubles et ustensiles utiles à
la production d’alcool, elle reçoit une partie de la comptabilité active des anciens gérants. Soit il
s’agit d’un achat par les Egibi d’un commerce déjà existant placé sous la seule gestion d’fIshunnatu

607
[Joannès, 1992b].
608
[Tolini, 2013].

261
et qui implique le départ des anciens propriétaires, soit ces derniers demeurent et y travaillent mais
désormais sous l’exploitation directe d’une représentante des Egibi.

Mais Marduk-iqišanni et fLillikanu ne sont pas les seuls à transférer le capital nécessaire
pour la production de bière. Itti-Marduk-balâṭu, selon Camb. 331, apporte lui aussi sa contribution
envers son esclave, en investissant cinquante jarres de bière de bonne qualité, 10 800 litres de dattes,
deux chaudrons, sept coupes et trois bols ainsi que 720 litres de kasû, une épice utilisée pour
parfumer la bière. Disposant d’une maison et de quoi produire de la bière, fIshunnatu reçoit ainsi
de la part de son maître une large quantité d’alcool pouvant être directement servi et vendu, ainsi
qu’assez de matière première pour alimenter son commerce par la suite. Il n’est pas mentionné de
remboursement à Itti-Marduk-balâṭu à la charge de l’esclave, elle doit uniquement payer un intérêt
à la fin du mois suivant la rédaction de cette tablette. Mais il est probable qu’elle doit reverser une
partie de ses bénéfices à son maître à intervalles réguliers, dont les conditions ont pu être établies
dans un autre document dont nous ne disposons pas. Camb. 331 répète aussi la liste des biens
transférés en Camb. 330 : rédigés au même moment et devant les mêmes témoins, il est fait
attention à ce que les éléments en question ne soient pas confondus au moment où ces textes
pourraient avoir été consultés par la suite, pour un futur transfert du commerce ou à la mort
d’fIshunnatu.

Un autre document, sans date et sans clauses contractuelles, indique un possible troisième
apport au capital de l’établissement pour fIshunnatu. L’aide-mémoire OECT X 239 liste d’autres
meubles et ustensiles de cuisine (quatre lits, trois chaises, une table, deux vases, une jarre réservée
à la fermentation des dattes) alloués à fIshunnatu, sans indication de la personne propriétaire de ces
objets. Cette tablette n’est pas identifiée comme faisant partie de l’archive des Egibi et aucune date
n’est indiquée ; il est possible qu’elle ait été rédigée après les deux tablettes précédentes et qu’elle
soit l’indice d’une extension du commerce d’fIshunnatu. Ces meubles et ustensiles permettent
d’accomoder davantage de clients et de produire et servir plus d’alcool. Ce document serait un
premier indice de l’activité du commerce suite à son établissement dans les premiers textes de ce
dossier. Les activités d’fIshunnatu sont d’autant mieux documentées par les deux dernières tablettes
où elle est attestée : BM 30948 et CTMMA III 065. La première nous permet de comprendre
comment fIshunnatu alimente en matière première sa production d’alcool. Il s’agit d’une
reconnaissance de dette de 10 800 litres de dattes (la même quantité qu’indiquée dans Camb. 331),
qu’elle doit rembourser à Bêl-apla-iddin, fils de Remût. Nous ne connaissons pas cette personne,
mais il est possible qu’elle soit de Babylone. En tout cas, il est demandé à fIshunnatu de rembourser
ces dattes « au bord du canal » à une date précise et de payer les frais de transport, très certainement

262
fluvial. Cette nécessité d’un transport par bateau indique donc une origine extérieure de Kiš de ces
dattes, et les liens babyloniens d’fIshunnatu avec son maître permet de proposer Babylone comme
provenance de Bêl-apla-iddin.

Cela est aussi possible en ce qui concerne Nabû-rê’ušunu, fils de Nabû-eṭir, descendant de
Sîn-tabni, qui paye 1800 litres de dattes à fIshunnatu pour l’achat d’un vase pour la décantation
(namharu) d’alcool (CTMMA III 065). Là encore, fIshunnatu reçoit d’une source extérieure les
moyens utiles à la production de bière. Cela ne signifie pourtant pas qu’elle est entièrement
dépendante de ces apports extérieurs. Comme nous l’avons vu dans le cas de Nabû-utirri, la vente
de bière peut être très lucrative, d’autant plus que la partie des bénéfices reversée à son maître était
relativement limitée. Les liens maintenus entre fIshunnatu et son maître à Babylone expliquent
peut-être les transactions menées dans BM 30984 et CTMMA III 065, qui lui permettent d’obtenir
des dattes en grande quantité de manière rapide, en cas de besoin ponctuel. Il n’est pas impossible
qu’fIshunnatu peut produire elle-même une partie des matières premières qui lui sont nécessaires :
dans les outils qui lui sont transférés, nous trouvons une bêche en fer (marru) et une hache (qulmû),
pouvant être utiles pour l’entretien de dattiers proches de son établissement. Il lui faut toutefois
disposer des relations personnelles lui permettant l’obtention de grandes quantités de dattes pour
un commerce qui paraît relativement important. Ces livraisons de dattes, pour des usages différents,
s’expliquent ainsi par ce maintien de liens commerciaux avec Babylone. fIshunnatu n’est pas
totalement autonome pour la production de bière, mais cela est aussi le cas d’autres commerçants.
Elle l’est toutefois pour mener les affaires quotidiennes liées à cette activité.

Cette taverne n’est pas uniquement consacrée à la vente d’alcool. Nous avons indiqué la
mention de lits dans les listes de meubles alloués à fIshunnatu. Cette taverne peut ainsi servir
d’auberge, notamment pour des personnes en transit à Kiš. L’analyse développée par G. Tolini à
ce sujet nous semble pertinente : les Egibi développent leurs intérêts économiques à Kiš depuis
quelques temps, et cet établissement leur permet d’avoir un lieu de sociabilité facilement disponible,
notamment lorsque certains de leurs membres se déplacent vers l’Iran.

Ils ont en effet obtenu des champs et une maison près de Kiš609, et peu après Camb. 330
et Camb. 331, Itti-Marduk-balâṭu obtient une maison à Kiš près de celle d’un officier de
l’administration royale, en échange d’champ et de trois esclaves (Camb. 349, Camb. 6, 28 / XII,
Babylone). Le développement de la présence des Egibi à Kiš se maintient sous Marduk-naṣir-apli,

609
Nbn. 760 : un champ près de Kiš est visible dans la dot de fQibi-dumqi-ilat, sœur d’Itti-Marduk-balâṭu. Nbn.
967 : Itti-Marduk-balâṭu loue une maison à Kiš à son frère Kalbaya. Ce dernier gére un partenariat-harrânu à Kiš,
selon [Spar et Von Dassow, 2001 : 123]. Les dépenses liées à ce partenariat sont documentées par Nbn. 966 et
CTMMA III 060.

263
qui devient collecteur fiscal pour des taxes dues par des habitants de Kiš (Abraham 2004 n°17) et
prête de l’argent au gouverneur de la ville lorsque qu’ils sont tous deux à Suse (Abraham 2004
n°78). On retrouve aussi son oncle Kalbaya à Kiš, recevant de l’argent de sa part par son esclave
Nabû-ayyalu (CTMMA III 073). Ceci rattaché aux activités d’fIshunnatu témoigne d’une
croissance de la présence des Egibi à Kiš dont fIshunnatu est une actrice.

f
Ishunnatu est donc une esclave représentant son maître à Kiš et qui reçoit le capital
nécessaire pour développer un commerce de bière dans cette ville. Après le transfert initial de
meubles, ustensiles, produits et matières premières nécessaires pour cet établissement, elle s’y
maintient, au moins sur quatre années. Cette activité s’inscrit dans une stratégie des Egibi de
développement de leurs intérêts économiques à Kiš, en lien avec l’administration royale
achéménide. Si fIshunnatu reste dépendante de son maître et de ses relations pour son travail, elle
dispose d’une autonomie pour gérer au quotidien la production et la vente d’alcool ainsi que les
tâches propres à une auberge accueillant des voyageurs. Une partie des bénéfices lui revient
certainement, permettant une évolution de son statut socio-économique depuis sa condition
d’esclave.

Šepêt-Bêl-aṣbat

Cet esclave est attesté de l’an 5 (Dar. 177) à l’an 22 (Dar. 542) de Darius I (– 517 à – 500),
uniquement comme esclave de Marduk-naṣir-apli des Egibi. Mais il est avant cela un esclave du
père de ce dernier, si l’on en croit la division du patrimoine d’Itti-Marduk-balâṭu (Dar. 379) : Šepêt-
Bêl-aṣbat est mentionné parmi les esclaves transférés à Marduk-naṣir-apli, accompagné de son
épouse fMušêzibtu, de son fils Nabû-ah-ittannu et de sa soeur fLûbalṭa. Son activité pour les Egibi
doit donc dater d’avant l’an 5 de Darius I, surtout s’il s’est marié, a eu un enfant et que d’autres
membres de sa famille sont des esclaves des Egibi. Il se peut ainsi que leurs parents faisaient partie
des esclaves appartenant aux Egibi, demeurés au sein de cette famille. Il est aussi possible qu’ils
aient été achetés par Itti-Marduk-balâṭu et provenir d’un autre maître, mais nous n’avons nulle trace
de cela.

Activités de Šepêt-Bêl-aṣbat
Texte Date et lieu de rédaction Résumé

264
Dar. 177 Dar. I 5 16 / III, [x] Reconnaissance de dette pour 804 litres de
dattes au profit de Šepêt-Bêl-aṣbat, à la
charge de Kinaia, fils de Nabû-apla-iddin.
Les dattes sont à livrer à Madânu-bêl-uṣur.
Dar. 313610 Dar. I 11 03 / XII, Nâru-eššu-elû Reçu de 3996 litres de dattes par Šepêt-Bêl-
aṣbat de la part de Gimil-Šamaš, fils de
Lišîru, descendant de Šamaš-abâri.
Dar. 362611 Dar. I 13, 24 / XI, Šuppatu Reçu de 312 litres d’orge par Šepêt-Bêl-aṣbat
et Ilî-pî-usur, mandattés par Marduk-naṣir-
apli, de la part de Nabû-naṣir-apli, fils de
Nadin, descendant de Babutu.
Dar. 392 Dar. I 14 10+ / XI, Alû-ša-Zummaya Serment prononcé par Nabû-zêr-lišir, fils
d’Iššar-ab-uṣur, et son fils Iqiša-Marduk à
Marduk-naṣir-apli. Ils y promettent la
livraison de 4 bovins à Šepêt-Bêl-aṣbat.
Dar. 424 Dar. I 16 25 / V, Babylone Réception du loyer semestriel d’une maison
appartenant à Marduk-naṣir-apli : 7,5 sicles
d’argent de la part de Nidintu, fils d’Arad-
Bêl, descendant de Šum-libši, reçus par
Šepêt-Bêl-aṣbat et Nidinti-Bêl, fils de
Damqiya, descendant de Nadin-Šê.
Dar. 542612 Dar. I 22 20 / III, [x] Reçu de 2700 litres de dattes issus d’un
champ partagé entre Marduk-naṣir-apli, ses
frères et Bagasarû, trésorier de
l’administration achéménide. La récolte est
livrée à un esclave de ce dernier, Nabû-
gabbi-ilê, par Šepêt-Bêl-aṣbat.

Les activités documentées de Šepêt-Bêl-aṣbat se concentrent principalement sur le domaine


agricole. Il supervise certaines exploitations agricoles, produisant dattes et orge. Les exploitants en
relation avec lui sont souvent en lien étroit avec les Egibi, et Šepêt-Bêl-aṣbat se révèle ainsi un
intermédiaire important pour maintenir les relations économiques entre les deux.

610
[Wunsch, 2000b : 38‑39].
611
[Wunsch, 2000b : 176‑177].
612
[Abraham, 2004 : 447‑449].

265
C’est ce que nous percevons par exemple dans la tablette Dar. 313, un reçu de 3996 litres
de dattes et de produits annexes de la culture des palmiers-dattiers. Šepêt-Bêl-aṣbat reçoit cette
récolte de la part de Gimil-Šamaš, fils de Lišîru, descendant de Šamaš-abâri. Nous pouvons mieux
comprendre le statut de ce dernier et sa relation avec les Egibi grâce à d’autres textes issus de leurs
archives. Dar. 313 a été rédigé à Nâru-eššu-elû, soit le « Nouveau Canal Supérieur », un canal de
Babylone. Dar. 155613 (Dar. 5+, 22 / I), Dar. 353614 (Dar. 13, 10 / VI) et Dar. 425615 (Dar. 16, 01
/ VI) ont tous trois été rédigés au même endroit : le premier est une reconnaissance de dette à la
charge de Gimil-Šamaš pour 60+ litres d’orge, 150 d’épeautre et 5 de blé, récoltes d’un champ situé
près du canal et propriété commune de Marduk-naṣir-apli et ses frères ; le second, une estimation
forfaitaire de 10 800 litres de dattes pour une palmeraie près du même canal, toujours à la charge
de la même personne ; de même pour le troisième, mais pour 3960 litres de dattes. Notons toutefois
que dans le cas de Dar. 425, le champ mentionné est la propriété commune de Nabû-ahhê-bulliṭ
et Nergal-ušêzib, les deux frères de Marduk-naṣir-apli, mais ce dernier n’est pas mentionné616, il ne
s’agit donc peut-être pas du même champ ou alors l’entière propriété leur a été transférée. Excepté
Dar. 155, ces textes comportent aussi la mention habituelle des produits annexes livrés en même
temps que les dattes (cœurs de palmier, fibres de l’arbre, gourmands et branches). Gimil-Šamaš est
donc l’exploitant d’un ou de plusieurs champs possédés par les Egibi près de ce canal, et Šepêt-
Bêl-aṣbat, au moins à une occasion, a été chargé de récupérer une de ses récoltes pour l’amener à
son maître.

Une situation similaire se discerne pour Nabû-naṣir, fils de Nâdin, descendant de Babûtû,
qui livre 202 litres d’orge à Šepêt-Bêl-aṣbat et Ilî-pî-uṣur, un autre esclave de Marduk-naṣir-apli,
selon Dar. 362. Il s’agit de la récolte pour l’an 12 de Darius I, et le texte mentionne une autre
récolte de 840 déjà livrée à Šepêt-Bêl-aṣbat pour l’an 13. La tablette a été rédigée à Šuppatu617 et
nous retrouvons ce même Nabû-naṣir à cet endroit transférant plusieurs récoltes de dattes et d’orge
à Marduk-naṣir-apli. Il lui a ainsi été redevable de : 7920 litres de dattes (Dar. 126618, Dar. 4, 16
/ VI) ; un montant inconnu à une autre reprise (Dar. 203619, Dar. 6+, 22 / VI) ; 792 litres (Dar.
403620, Dar. 15, 22 / VI). D’autres textes sont des reçus de certaines récoltes : au moins 12 2240

613
[Wunsch, 2000b : 35‑36].
614
[Wunsch, 2000b : 39‑40].
615
[Wunsch, 2000b : 40‑41].
616
La récolte doit néanmoins être livrée selon sa mesure.
617
[Zadok, 1985 : 297‑298] : hameau situé dans la région de Babylone.
618
[Wunsch, 2000b : 173‑174].
619
[Wunsch, 2000b : 174‑175].
620
[Wunsch, 2000b : 177].

266
litres de dattes (ARRIM VIII n°14621, Dar. 17, 01 / I), 180 litres (Dar. 454, Dar. 17, 21 / XI) et
un montant cassé (Dar. 461, Dar. 17, 20 / [x])622. On retrouve aussi une livraison de récolte d’orge
en Dar. 350623 (Dar. 13, 15 / V, Âlu-ša-Nabû-uballiṭ) par Nabû-naṣir à Marduk-naṣir-apli, pour
une quantité non précisée mais totalisant les récoltes des an 12 et 13 de Darius I. Nabû-naṣir est
donc un exploitant agricole travaillant sur des champs et palmeraies appartenant aux Egibi, en tout
cas pour les reconnaissances de dette Dar. 126, Dar. 203 et Dar. 403 qui mentionnent la propriété
de Marduk-naṣir-apli et ses frères sur les palmeraies concernées. Là aussi, à une occasion, Šepêt-
Bêl-aṣbat a à recevoir une récolte produite par cet exploitant.

Šepêt-Bêl-aṣbat participe aussi aux relations commerciales entre les Egibi et Bagasarû, le
rab kaṣir, un titre désignant le trésorier de l’administration achéménide. Selon Dar. 452, Marduk-
naṣir-apli et ses frères partagent un champ avec Bagasarû à un endroit indeterminé. Šepêt-Bêl-aṣbat
livre une récolte de 2700 litres de dattes à Nabû-gabbi-ilê, esclave de Bagasarû sous les ordres de
Piššîya, intendant de l’officier624. Les Egibi s’occupent de la gestion de certains domaines agricoles
d’officiers perses, permettant d’entretenir leurs liens avec la royauté achéménide. Dans Dar. 542,
Šepêt s’insére comme intermédiaire dans cette relation.

Il est possible que Šepêt-Bêl-aṣbat développe ses propres intérêts dans l’agriculture. Selon
Dar. 177, Kinaia, fils de Nabû-apla-iddin, doit lui livrer 804 litres de dattes. Il n’est pas fait mention
de champ comme étant la propriété des Egibi. La récolte doit toutefois être livrée à Madânu-bêl-
uṣur, esclave des Egibi. Doit-elle ensuite être reversée à Šepêt-Bêl-aṣbat ? Nous ne disposons pas
d’autres éléments concernant la relation entre ces deux esclaves qui nous permettraient de répondre
à cette question.

Dar. 392 indique peut-être une autre fonction de Šepêt-Bêl-aṣbat dans le domaine agricole
au service des Egibi. Il s’agit d’un serment prononcé par deux personnes ayant vendu des bovins à
Marduk-naṣir-apli, assurant ainsi la livraison des animaux. Nabû-zêr-ubni, fils d’Iššar-ab-uṣur, et
son fils Iqiša-Marduk sont chargés de donner à Šepêt-Bêl-aṣbat, représentant ainsi son maître,
quatre bovins (dont deux vaches et un bœuf de trait), l’attelage d’une charrue. Le prix n’est pas
indiqué, mais dans le même moment, ils doivent aussi délivrer 36 000 litres de dattes et 5400 litres

621
[Wunsch, 2000b : 178].
622
Dans ces deux derniers textes, la livraison se fait à Ribâta, un autre esclave-agent de Marduk-nasir-apli, absent
du reste de notre documentation.
623
[Wunsch, 2000b : 175‑176].
624
On retrouve d’autres mentions des intérêts de Bagasarû, parfois partagés avec les Egibi : Dar. 105, Dar. 296,
Dar. 527. Ces textes ne mentionnent toutefois pas de terre commune aux deux, qui nous permettrait de supposer
le lieu de rédaction de Dar. 542.

267
d’orge, selon une reconnaissance de dette passée. Cette livraison de bovins semble donc plutôt
avoir été une manière de rembourser cette dette, transaction dans laquelle Šepêt-Bêl-aṣbat est
simple intermédiaire. Il est possible qu’il s’agisse aussi d’une restitution d’un attelage prêté par
l’esclave.

Enfin, nous retrouvons cet esclave comme agent collecteur de loyer d’une maison
appartenant à son maître dans Dar. 424. Nidintu, fils d’Arad-Bêl, descendant de Šum-libišu, loue
pour quinze sicles d’argent par an une maison de Marduk-naṣir-apli, probablement située à
Babylone. Dans ce texte, c’est le loyer semestriel (donc de 7,5 sicles d’argent) qui est payé à Šepêt-
Bêl-aṣbat et Nidintu-Bêl, fils de Damqia, descendant de Nadin-Še. Ici encore, Šepêt-Bêl-aṣbat a
une fonction de représentant de son maître.

Bilan

Les archives des Nûr-Sîn et des Egibi contiennent plusieurs cas d’esclaves-agents plutôt
bien documentés, dont nous discernons souvent les fonctions qu’ils remplissaient pour leurs
maîtres. De manière générale, nous les retrouvons comme intermédiaires dans le commerce de
produits agricoles : ils servent de lien entre leur maître, pouvant être propriétaire des terrains
exploités ou investisseurs, et un ou plusieurds exploitants agricoles, travaillant eux-mêmes la terre
ou utilisant des travailleurs pour ce faire. Dans de nombreux cas, nous pensons que ceci fonctionne
de manière autonome de la part des esclaves concernés. A des endroits comme Šahrînu, Bît-Ṭâbi-
Bêl, Šuppatu, Kiš, etc., leur maître n’est probablement pas au courant du détail de la gestion de ces
exploitations agricoles ou commerces. Il doit leur accorder pleine confiance, tout en maintenant un
lien à travers une correspondance pour certains d’entre eux. Leurs esclaves sont ainsi ses
représentant en ces lieux, chargés de développer leurs intérêts. Ils sont les seuls interlocuteurs
présents avec qui peuvent interagir les producteurs agricoles ayant besoin du capital des Egibi. Ces
esclaves sont donc des acteurs importants de la stratégie d’extension du patrimoine agricole de leur
maître. Cette documentation rejoint sans doute le gros des archives de ces familles à un moment,
peut-être à la mort des esclaves, permettant aux Egibi d’être informés des actifs de leurs agents
lorsqu’ils ne sont plus en mesure de gérer ces affaires.

Cette fonction d’intermédiaire repose sur une certaine autonomie, une capacité d’action
indépendante qui donne de fait à ces esclaves une position socio-économique toute particulière.
C’est ce que nous voyons notamment dans le cas des esclaves prêteurs d’argent : s’il est tout à fait
possible qu’un apport premier de capital de la part du maître à son esclave a eu lieu, ce dernier, par

268
le développement de partenariats commerciaux ou de commerces d’alcool produisant des
bénéfices, peut disposer de ses propres réserves d’argent. Dans un contexte de diffusion
progressive de l’argent comme moyen de paiement, parfois difficile à obtenir pour des exploitants
agricoles ou des particuliers, les esclaves prêteurs ou commerçants peuvent remplir un besoin qui
leur donne aussi une position dominante dans l’économie locale. Leur maître, disposant d’un
patrimoine foncier propre et de ressources en capital, demeure privilégié dans ce type de relations.
L’autonomie de ces esclaves est à relativiser de ce point de vue, mais la confiance accordée à ces
agents dans certains domaines cruciaux pour les Nûr-Sîn ou les Egibi indique les réels bénéfices
qu’ils devaient recevoir dans ce système. Leurs maîtres sont incapables de gérer l’ensemble des
relations commerciales liées à l’agriculture, à la collecte de loyers, taxes, à la gestion de la logistique
et du transport des produits naturels, à la vente de bière… De ce point de vue, ils ont besoin
d’agents comme des esclaves, dont ils sont juridiquement les propriétaires et peuvent disposer ainsi
à l’envie. De même, les esclaves-agents ont besoin de leur maître, qui leur accordent sommes
d’argent et une situation qui peut se révéler très profitable. L’un a besoin de l’autre, mais le maître
demeure dominant dans cette relation, étant donné que l’esclave n’a aucun moyen juridique de
remettre en cause cette relation, sans capacité de négociation des termes de son travail ou de
renoncer à sa position professionnelle.

Archive Ilšu-abûšu A (Borsippa)

Rêmut-Bêl, fils d’Iddin-Nabû, descendant d’Ilšu-abûšu, et son esclave Balâṭu sont les
principaux acteurs de cette archive de la ville de Borsippa. Le contexte archéologique des tablettes
les concernant est inconnu, étant issues de fouilles clandestines, mais il semblerait que celles
documentant les activités de Balâṭu ont été achetées ensemble par le British Museum, formant un
dossier auparavant conservé au même endroit625. Balâṭu est attesté dans notre documentation et de
manière assurée de l’an 8 à l’an 27 de Darius I (soit de – 514 à – 495).

625
[Jursa, 2005 : 88] pour une présentation globale de cette archive, mentionnant notamment que les textes de
Balâṭu n’étaient pas conservés dans l’archive de son maître. La cote du British Museum de ces tablettes, 1911-4-
8, indique ainsi un achat ultérieur du matériel textuel lié à Rêmût-Bêl. En-dehors du British Museum, quatre
textes proviennent de la collection Morgan : BRM I 077, BRM I 078, BRM I 082, BRM I 092. [Waerzeggers, 2010b]
mentionne brièvement cet esclave à différentes reprises, mais ne produit pas d’étude systématique du dossier
le concernant. [Head, 2010 : 117‑129] constitue le seul travail au sujet de cet esclave jusqu’à aujourd’hui ; il
s’agit d’un mémoire non-publié, avec plusieurs éditions de textes inédits repris pour notre analyse.

269
Avant d’avoir été l’esclave de Rêmût-Bêl, Balâṭu est celui du père de ce dernier, agissant
dans un texte comme son agent 626 . En-dehors de cette mention, Balâṭu demeure l’esclave de
Rêmût-Bêl. L’originalité de cette archive et de la relation entre Rêmût-Bêl et Balâṭu est le contexte
socio-économique différent des autres esclaves-agents que nous avons étudiés jusqu’ici. En effet,
Rêmût-Bêl semble moins impliqué dans la possession de patrimoine agricole, son exploitation et la
redistribution de ses récoltes que les Egibi ou d’autres familles urbaines babyloniennes. S’il posséde
des palmeraies, la plupart de ses activités s’intégrent au domaine économique des prébendes, et les
activités de son esclave Balâṭu réflètent cela. Rêmût-Bêl posséde une prébende de brasserie627 pour
le culte du dieu Nabû, ce qui implique la production et la livraison de bière sous sa responsabilité
pour le temple. Balâṭu, en tant qu’agent de son maître, se retrouve à plusieurs reprises chargé de
différentes activités liées à la brasserie et à la livraison de quantités d’alcool pour le temple. Il
constitue ainsi une situation originale d’esclave-agent prébendier : nous ne retrouvons aucune
reconnaissance de dette pour des livraisons de récolte de dattes ou d’orge, aucune estimation
forfaitaire de palmeraie ou champ céréaliser à la charge d’exploitant employé par son maître. La
majorité de notre documentation permettant d’étudier Balâṭu concerne la prébende de brasserie de
Rêmût-Bêl, avec quelques reconnaissances de dette d’argent et autres transactions indiquant une
certaine diversité des activités de cet esclave.

Activités de Balâṭu
Texte Date et lieu de rédaction Résumé
BM 103565628 Dar. 8 26 / VII, Borsippa Reconnaissance de dette de 7 jarres de bière pour les
offrandes-naptanu dues par Nabû-balâssu-iqbi, fils de
Nabû-tabni-uṣur, descendant d’Ilšu-abûšu à Balâṭu.
A livrer aux mois IV et VIII de l’année suivante chez
Balâṭu.
BM 103622629 Dar. 10 / VI, Borsippa Reçu de laine et de cuir par Balâṭu de la part de [x]-
iddin.
BM 103580630 Dar. 16 27 / VI?, Borsippa Reconnaissance de dette de 3 talents de sel pur pour
l’offrande-naptanu à Nabû à la charge de Nabû-

626
BM 103617.
627
VS VI 182 : contrat pour la production de 300 jarres de bière, liées à la prébende de brasserie du dieu Nabû
et possédée par Rêmût-Bêl.
628
[Head, 2010 : 195].
629
[Head, 2010 : 205].
630
[Waerzeggers, 2010b : 440].

270
bullissu, fils de Gimillu, descendant de Kiniya, pour
Balâṭu. A livrer le mois suivant.
BRM I 078631 Dar. 20 30 / I, Borsippa Contrat de location par Bêl-kâṣir, fils de Nabû-zêr-
ibni, d’une maison de Balâṭu pour 12 sicles d’argent
par an. Obligation d’entretien des murs et du toit.
BM 103493632 Dar. 21 27 / I, pas de lieu Reconnaissance de dette de 12 sicles d’argent
de rédaction appartenant à Balâṭu à la charge de Paqudu, fils de
Nabû-ittannu. A rembourser le mois suivant.
BM 25733633 Dar. 24 18 / XI, Borsippa Reconnaissance de dette pour 3 jarres de bière pour
l’offrande-naptanu au dieu Nabû, dues par Nabû-
ittannu, fils de Bulṭaya, descendant d’Ilšu-abûšu, à
Balâṭu. A livrer aux mois XII et I.
BM 103614634 Dar. 26 13 / V, Borsippa Reçu de sommes d’argent pour des pièces de viande
pour les offrandes à Marduk et Ištar, payées par
Balâṭu à Širku, fils de Nabû-šum-iškun, descendant
d’Arkât-ilâni.
BRM I 092635 Dar. 27 03 / VIII, Borsippa Prêt d’ustenstiles pour le brassage de bière par Balâṭu
à Nabû-ittannu : un vase à mélange, 15 jarres, 5 vases,
40 petits pots, ainsi que 5 outils pour le tissage de
nattes en roseaux.
BRM I 082636 Dar. 27 03 / VIII, Borsippa Contrat de transfert du travail de la prébende de
brassage par Rêmût-Bêl à son esclave Balâṭu. Partage
du travail entre Balâṭu et Nabû-ittannu, fils de Bêl-
kaṣir, descendant de Kiniya.
BM 103474637 Dar. 6+ 17 / VIII, Borsippa Contrat de travail prébendier entre Nabû-uballiṭ, fils
d’Iddin-Nabû, descendant d’Ilšu-abûšu, et Balâṭu.
Pour 72 litres d’orge et 8 litres d’un autre produit
(illisible car le passage est cassé sur la tablette),
donnés par Nabû-uballiṭ, Balâṭu produit 1 récipient
de bière pour la ziggurat.

631
[Head, 2010 : 206‑207].
632
[Head, 2010 : 202].
633
[Head, 2010 : 194].
634
[Waerzeggers, 2010b : 439‑440].
635
[Head, 2010 : 193].
636
[Head, 2010 : 191‑192].
637
[Waerzeggers, 2010b : 440‑441].

271
BM 103529638 Dar. 6+ [x] / VIII, Borsippa Reconnaissance de dette de 7 sicles d’argent
appartenant à Balâṭu à la charge d’Iddiya, fils
d’Ibnaya, descendant de Râb banê.
BRM I 077639 Dar. 20+ 02 / I, Borsippa Reconnaissance de dette de 76 sicles d’argent
appartenant à Kinenaya, fils de Nabû-šâr-bulliṭ,
esclave de Nabû-bân-ahi, à la charge de Balâṭu. A
rembourser deux jours plus tard.
BM 103656640 Ni date ni lieu de rédaction Reconnaissance de dette pour 2 jarres de bière pour
les offrandes-naptanu, dues par Bêl-bullissu, fils de
Murânu, descendant d’Ilšu-abûšu, pour Balâṭu.

L’organisation du travail de Balâṭu lié à la prébende de brasserie de son maître Rêmût-Bêl


occupe la majeure partie de notre documentation. Il s’occupe du travail de production de bière
d’orge (billatu)641 dès l’an 8 de Darius I (BM 103565), mais il semblerait que cette occupation de
Balâṭu et sa relation avec son maître à ce sujet ait connu des modifications, si l’on s’intéresse
notamment au couple de tablettes BRM I 082 et BRM I 092. Elles ont toutes deux été rédigées le
03 / VIII de l’an 27 de Darius I et présentent une partie des responsabilités de Balâṭu concernant
la production de bière pour des offrandes au temple. BRM I 082 s’assimile à un partenariat
commercial-harrânu, sous l’auspice de son maître Remût-Bêl. Le travail prébendier y est ainsi
partagé pour une année entre Balâṭu et un autre individu, Nabû-ittannu, fils de Bêl-kâsir,
descendant de Kiniya. Les deux se partagent le travail et ce qu’ils produisent leur appartiendra de
manière égale. S’ajoute de plus une obligation de paiement à un blanchisseur, dont on perçoit mal
à première vue la relation avec ce travail de brasserie642.

Balâṭu doit payer sa part à Nabû-ittannu, qui doit probablement s’acquitter du paiement
effectif. Pourquoi cette séparation entre les deux personnes, et pourquoi cette mention d’un
blanchisseur ? Le statut d’esclave de Balâṭu joue peut-être un rôle ici. Ce contrat de travail implique
le stockage (dans le šutummu, l’entrepôt) et la livraison de bière (au kisallu, la cour du temple)
réservée ensuite pour les offrandes à des divinités. La pureté rituelle des produits doit être
maintenue. La question de la propreté des vêtements des personnes impliquées dans ce travail se

638
[Head, 2010 : 200].
639
[Head, 2010 : 201].
640
[Head, 2010 : 196].
641
[Waerzeggers, 2010b : 165‑166].
642
Lignes 9 et 10 : « lú.tú[Link] mala zittišu Balâṭu ana Nabû-ittanu inamdin », « Balâtu paiera sa part du
(paiement au) blanchisseur à Nabû-ittanu ».

272
pose donc. La bière est entreposée dans un šutummu, un entrepôt dont nous savons qu’on y trouve
aussi des vêtements et des outils en rapport avec le travail effectué ainsi qu’avec la livraison au
temple des offrandes643. Cette tablette contractualise ce maintien de la propreté des vêtements de
la personne qui livre la bière pour les offrandes, qui doit être ici Nabû-ittannu. Il fait partie de la
famille descendant de Kinaya, mal connue mais qui semble avoir eu plusieurs obligations cultuelles
liées à la production et livraison de bière644. Nabû-ittannu est ainsi de statut libre et doit avoir
quelques responsabilités par rapport au temple. L’accès à la cour du temple (kisallu) est réservé à
une certaine catégorie de personnes. Dans ce cas précis, il est possible qu’une séparation entre lui
et Balâṭu soit précisée dans ce contrat pour ces motifs religieux et pour la réalisation du travail à
faire. Toutefois, nous savons que le maître de Balâṭu a les mêmes obligations, et Balâṭu reçoit à
plusieurs reprises des jarres de bière réservées à des offrandes divines ; cette séparation en termes
de pureté rituelle entre personnes, selon leur statut social ou leurs devoirs cultuels, ne doit pas
toujours être strictement appliquée.

Les tâches à effectuer par Balâṭu concernant cette prébende de brasserie se trouvent
précisées par BRM I 092, probablement rédigé au même moment que le texte précédent. Il s’agit
d’une liste d’ustensiles et de récipients utiles à la production de bière, données par Balâṭu à Nabû-
ittannu. Balâṭu s’occupe donc de l’organisation du travail, par l’obtention et la gestion des appareils
et outils nécessaires à la production de bière, qu’il peut ainsi prêter aux personnes avec qui lui et
son maître s’associent. Nous discernons déjà, plutôt que la production directe d’alcool, une
fonction d’ordre logistique pour Balâṭu. Cela se trouve confirmé par les différentes
« reconnaissances de dette » établissant une livraison de jarres de bière pour des offrandes aux
divinités. A trois occasions, Balâṭu doit recevoir trois (BM 25733), sept (BM 103565) et deux (BM
103656) jarres de bière pour les offrandes-naptanu645 au dieu Nabû de l’Ezida de Borsippa, de la
part de trois personnes différentes chargées de la production de bière. Balâṭu est ainsi chargé de la
réception de ces jarres, puis de leur stockage avant leur livraison pour les besoins du culte. Si l’on
comprend ces textes à partir de BRM I 082, il est possible que Balâṭu permette aux producteurs
de bière d’obtenir ce dont ils ont besoin en termes d’outils et de moyens logistiques646. Il a pu aussi
être chargé de la vérification de la qualité des produits avant d’être livrés au temple.

643
Sur la question du maintien de la propreté et de la pureté des biens entreposés dans le šutummu, voir
[Waerzeggers, 2010b : 11‑13]. Sur le rôle du blanchisseur (ašlâku) à ce sujet : [Waerzeggers, 2010b : 55].
644
[Waerzeggers, 2010b : 168, 181].
645
Il s’agit des quatre repas quotidiens du dieu, voir [Waerzeggers, 2010b : 113]. La bière livrée est de qualité
normale, exceptée pour celle des trois jarres de BM 25733, dite de qualité moyenne (kaš.ú.sa murub4).
646
Un détail intéressant concernant ceux-ci est leur patronyme : Nabû-balassu-iqbi, Nabû-ittannu et Bêl-bullissu
descendent tous trois de l’ancêtre Ilšu-abûšu, tout comme Rêmût-Bêl. Il existe une autre famille Ilšu-abûšu à

273
Nous retrouvons d’ailleurs Balâṭu comme créancier en argent à deux reprises, ce qui l’inscrit
dans cette fonction d’intermédiaire permettant aux brasseurs, ou à d’autres personnes, d’obtenir le
capital nécessaire à leurs activités. Il prête ainsi douze sicles d’argent à Paqudu, fils de Nabû-ittannu
(BM 103493), et sept sicles à Iddiya, fils d’Ibnâya (BM 103529). Ces deux dettes doivent être
remboursées un mois plus tard, sans mentions d’intérêts ou de clauses punitives au cas où ces
sommes ne sont pas délivrées. Balâṭu, dans ces cas précis, ne doit pas réaliser de bénéfices sur de
telles dettes, mais remplit des besoins immédiats en argent. Nous ne connaissons pas les activités
des deux débiteurs, mais ces deux tablettes confirment que Balâṭu est un agent capable d’obtenir
de l’argent, ou tout autre sorte de capital. Des brasseurs doivent pouvoir recevoir de sa part l’argent
qui leur est nécessaire pour acheter rapidement des matières premières de bonne qualité pour
produire de l’alcool. A l’inverse, Balâṭu se retrouve débiteur d’une importante somme d’argent
selon BRM I 077. Il emprunte soixante-seize sicles d’argent à un agent de Nabû-bân-ahi nommé
Kinênâya, fils de Nabû-šâr-bullit. Balâṭu a deux jours pour rembourser cette dette, délai
extrêmement court ; cela témoigne peut-être de difficultés financières de sa part. Il est intéressant
de constater qu’il ne s’endette pas auprès de son maître, qui a pourtant avoir accès à de l’argent,
mais auprès d’une source extérieure, autre indice possible de ces difficultés à remplir ses fonctions
d’intermédiaire.

Balâṭu doit aussi s’occuper directement de la production de bière. C’est ce qu’indique un


autre contrat de travail, BM 103474, pour la production d’un récipient-tilimtu647 de bière pour la
ziggurat de Borsippa648. Le frère de Rêmût-Bêl, Nabû-uballiṭ, est à l’initiative de ce contrat. Il est
chargé d’une partie du culte à la ziggurat, qui comporte des offrandes de bière. Il délègue ainsi le
brassage de la bière nécessaire à l’esclave de son frère. Pour cela, il doit lui donner par mois 90 litres
d’orge et 14 litres de kasû et Balâṭu se charge du brassage et de la livraison à Nabû-uballiṭ649. Une
clause juridique établit la responsabilité directe de l’esclave pour la réalisation de ce service ; si le
culte n’a pas pu être effectué, c’est lui qui en serait coupable et non l’officiant Nabû-uballiṭ, qui

Borsippa [Jursa, 2005 : 89], qui ne semble pas liée à la brasserie de bière. Les patronymes mentionnés ne nous
permettent pas d’aller plus loin concernant ces trois individus, dont il s’agit des seules occurrences dans ces
reconnaissances de dette.
647
Le terme de tilimtu désigne aussi bien une cérémonie particulière que le récipient en or réservé pour
l’offrande consacrée à ce moment du culte : [Waerzeggers, 2010b : 159‑160]. Si l’on s’en tient aux quantités
données dans ce texte, le tilimtu pouvait contenir moins d’un kur de bière (180 litres).
648
Cette ziggurat et son culte sont peu présents dans les textes de Borsippa mais ont été identifiés par
l’archéologie : [Waerzeggers, 2010b : 14].
649
Il faut noter que la bière d’orge est plus compliquée à réaliser que celle de dattes : plusieurs étapes ont lieu
avec différents outils (germination du grain, concassage, mélange avec de l’eau, utilisation de levure,
transformation finale dans des cuves-namzîtu, possible mélange avec des épices). Pour les dattes, elles sont
cueillies et pressées, avant d’être laissées à fermenter. Le brassage de bière d’orge est donc un travail plus
qualifié par rapport à celui de bière de dattes.

274
n’aurait pas reçu l’offrande. Sur de petites quantités de bière, Balâṭu semble pouvoir brasser lui-
même l’alcool. Sur de plus grandes quantités, pour des offrandes à des divinités plus importantes,
il sert davantage d’intermédiaire en lien avec d’autres brasseurs, chargé ensuite de la réception, du
stockage et de la livraison des offrandes.

Balâṭu dispose de sources de revenus qui lui permettent de prêter de l’argent. Au-delà de
l’argent qu’il peut emprunter, ou des sommes qu’il peut recevoir de son maître (fait à propos duquel
nous n’avons aucun document), certaines de ses activités lui permettent de réaliser un profit
commercial. L’exemple le plus clair est BRM I 078, où il loue une de ses maisons pour douze sicles
d’argent par an à Bêl-kâsir, fils de Nabû-zêr-ibni. Non seulement il posséde des maisons, mais il
peut les louer et les faire entretenir par d’autres personnes, lui assurant des revenus stables. En plus
des douze sicles, un paiement additionnel pour des taxes s’ajoute au neuvième mois de l’année,
sans plus de précisions concernant la somme à payer. Un détail intéressant dans ce contrat concerne
le maintien d’une partie de la maison à la disposition de Balâṭu : ce ne doit pas être pour y vivre,
mais plutôt pour y entreposer temporairement de la bière ou d’autres produits, voire pour la
fabriquer.

Il peut aussi convertir des produits issus de prébendes en argent pour les responsables de
celles-ci. Certaines pièces de viande, par exemple, auparavant réservées à des offrandes, sont ensuite
redistribuées. Selon BM 103614, c’est une transaction similaire qui est réalisée par Balâṭu. Il reçoit
dix pièces de viande (des jarrets, pêmu), ainsi qu’une certaine quantité de tendons (riksu), en rapport
avec les offrandes à Marduk et Ištar de la part de Širku, fils de Nabû-šum-iškun, descendant
d’Arkât-ilâni. Nous ne connaissons pas la position précise dans le culte de ce dernier, mais des
membres de sa famille ont des responsabilités importantes au sein du temple650. Balâṭu vend ces
morceaux de viande, et la tablette établit le reçu par Širku de l’argent issu de cette vente (la somme
n’est pas précisée). Balâṭu sert ainsi d’intermédiaire entre un propriétaire de prébende et l’obtention
de revenus annexes liés à celle-ci. Cette tablette démontre aussi d’autres intérêts prébendiers de sa
part, différents de ses responsabilités attachées à la brasserie651. Un autre exemple de cela est BM
103580 où, dans une transaction similaire aux « reconnaissances de dette » pour des jarres de bière,

650
Notamment un šatammu de l’Ezida, Nabû-šum-ukîn [Waerzeggers, 2010b : 72], plusieurs gouverneurs de la
ville [Waerzeggers, 2010b : 66‑69] et plusieurs êrib-bîti, prêtres autorisés à entrer dans l’enceinte sacrée du
temple [Waerzeggers, 2010b : 74‑76].
651
La tablette BM 103622 peut peut-être se rattacher à cet intérêt pour la viande de la part de Balâṭu : il s’agit
d’un reçu de cuir et de laine par lui pour le mois IV de l’an 27 de Darius I. Le cuir en question est dit halîsu, qui
est une bandelette de cuir non utilisée dans le culte. Il s’agit d’un produit annexe du commerce de la viande, ici
sans doute ovine du fait de la mention de laine. Cette réception de ces produits pourrait être une autre source
de revenus pour Balâṭu.

275
Balâṭu doit recevoir trois talents de sel (90 kilos) pour une offrande-naptanu à Nabû de la part de
Nabû-bullissu, fils de Gimillu, descendant de Kinaya652. La famille de ce dernier réalise certaines
tâches attachées à des prébendes de brasserie ou de gestion de bovins 653. Balâṭu, comme pour la
bière, peut aussi servir d’agent pour la réception et la livraison au temple de sel consacré à des
offrandes.

Le cas de Balâṭu est assez différent de la plupart des esclaves-agents que nous étudions,
non pas du fait des fonctions qu’il remplit mais parce que son domaine d’activité est différent.
Contrairement aux autres esclaves, il est peu intégré à l’agriculture et à la gestion de palmeraies ou
de champs ; ce n’est pas là que ses revenus propres peuvent être obtenus. Son maître prébendier
l’utilise comme intermédiaire dans l’organisation de la production de bière, puis dans sa réception
et sa livraison au temple. Balâṭu s’intégre totalement dans ce système économique propre aux
temples babyloniens, mais ses activités semblent avoir quelque peu dépassé la seule gestion de la
prébende de brasserie de son maître. Nous le retrouvons en effet créditeur d’argent, bailleur de
maison et intermédiaire dans la réception de sel cultuel ou la revente de revenus prébendiers pour
des personnes qui n’étaient pas de la famille de son maître. Cette position d’esclave-agent se
retrouve ainsi dans différentes activités, dont certaines pouvaient lui permettre de réaliser un profit.

Archive Tattannu (Borsippa)

Cette petite archive de Borsippa d’époque achéménide est centrée autour de Tattannu, fils
de Nabû-šâr-uṣur et son fils Nabû-šâr-uṣur (dont le deuxième nom est Napsannu), lui-même père
d’un autre Tattannu, ayant eu pour fils ensuite Šamšâya, Ṣihâ et Ištar-rûṣû’a654. La documentation
qui nous intéresse s’étend de l’an 24 de Darius I à l’an 10 de Darius II (soit de – 498 à – 413).
Quinze textes documentent les activités économiques de leurs esclaves en tant qu’agents et
exploitants agricoles.

652
Il s’agit d’une quantité importante de sel, mais nous retrouvons d’autres allocations pour des divinités autour
de 45 kilos à Uruk : [Beaulieu, 2003 : 245]. Pour une étude des usages rituels du sel : [Potts, 1984].
653
[Waerzeggers, 2010b : 181].
654
Pour une présentation générale et récente de cette archive : [Jursa, 2005 : 94‑97] et [Jursa et Stolper, 2007].
L’identification du premier Tattannu, fils de Nabû-šâr-uṣur, avec le Tattannu gouverneur achéménide de Syrie à
la même époque n’est pas encore assurée. [Tolini, 2011 : 449‑450] résume les problèmes quant à cette
identification. [Jursa et Stolper, 2007 : 249] constitue l’arbre généalogique des membres masculins de la famille
Tattannu.

276
Activités des esclaves de la famille Tattannu pour leur maître
Texte Date et lieu de rédaction Résumé
YBC 11627 Dar. 16, 10 / VI, Harru-ša-Arad- Estimation forfaitaire pour 17 280 litres de
Ea655 dattes dans une palmeraie propriété de
Tattannu. La livraison est à la charge de
Šâhu, esclave de Tattannu, et Iddin-Nabû
/ Nabû-ahhê-iddin.
YBC 11432656 Dar. 24, 03 / VII, Bît-Guzunnu657 Estimation forfaitaire de 8280 litres de
dattes pour un champ situé à Bît-
Guzunnu, propriété de Tattannu, à la
charge de plusieurs personnes : Bêl-ušallim
/ Šamaš-iddin, Duhunurini, esclave de
Tattannu, et Bêl-eṭêr, esclave de Nabû-
nadin. Nabû-nadin est mentionné comme
un majordome (rab bîti) de Tattannu.
VS V 118658 Xer. 5, 25 / XIIb, Dûr-[x] Contrat de vente d’une esclave nommée
fŠamhita pour deux mines d’argent.
L’achat est effectué par Bêl-remanni,
esclave de Napsannu.
TuM II/III 174 Xer. 16, 02 / VI, Bîtu-eššû659 Estimation forfaitaire de 10 260 litres de
dattes pour un champ situé à Bîtu-eššu,
propriété de Napsannu, à la charge d’un de
ses esclaves, Ištar-rûṣû’a. Il doit livrer les
dattes deux mois plus tard.
VS III 183 Xer. 16, 05 / VI, Kâr-Tašmetu660 Estimation forfaitaire de 9720 litres de
dattes pour un champ situé à Kâr-
Tašmetu, propriété de Napsannu, à la
charge d’un de ses esclaves, Nabû-milki, et
de Bêl-ianni, fils d’Anu-ibni. Ils ont deux
mois pour livrer les dattes.

655
[Zadok, 2000].
656
[Jursa, 2010 : 382].
657
Il n’existe pas d’autre attestation de ce toponyme.
658
[Oelsner, 2007].
659
[Zadok, 2006 : 397].
660
[Zadok, 1985 : 198].

277
VS III 206 Xerxès, Harru-ša-Arad-Ea Estimation forfaitaire de 6840 litres de
dattes à la charge de Nabû-ah-iddin,
esclave de Napsannu. Le champ dont il a
la responsabilité est celui de son maître.
VS VI 302661 [x] Texte très fragmentaire. Concerne 18 arcs
pouvant appartenir à Idarni-Bêl, esclave
des Tattannu, en lien avec le halage de
bateaux pour effectuer un trajet entre le
canal Kabar et Suse. S’agit-il d’une
mobilisation d’archers, à partir du haṭru des
Cariens mentionné dans le texte, pour un
déplacement en bateau ?
VS III 188662 Art. 21 25 / III, Gummannu663 Livraison de 46 620 litres de dattes, taxe de
l’inspection de l’étang Birtu pour l’année
Art. 20, par Nihistu, serviteur de Barik-Ilî,
lui-même esclave de Napsannu.
HSM 8408664 Art. 28, 15 / IX, Harru-ša-Arad-Bêl- Reconnaissance de dette de 50 sicles
bît-Napsannu665 d’argent pour Arbakka, esclave de
Tattannu, à la charge d’Il-dannu-[x]-šu-ibni
/ Gimasu et Utulesi, esclaves de Tattannu.
VS V 120 Art. 33, 27 / III, Âl-ša-Arad-Ea666 Gestion d’un champ céréalier par
Zabinaya, fils d’Idarni-Bêl, esclave de la
famille Tattannu.
VS VI 188 Art. [x], 13 / VI, [x] Procédure d’adoption fictive de Zabinaya
et son fils adoptif Ṭab-Uruk par Bêl-šum-
iddin / Patû, en lien avec le tiers d’un
champ faisant partie d’un domaine et géré
avec d’autres personnes nommées dans le
texte.
VS III 193 Dar. II 1, 01 / X, Šarranitu667 Reconnaissance de dette pour un peu plus
de 11 340 litres de dattes, au profit de Bêl-
iddin, esclave de Šamšâya, descendant de

661
[Tolini, 2011 : 495].
662
[Joannès, 2002 : 590].
663
[Zadok, 1985 : 142] situe ce toponyme près de Borsippa.
664
[Stolper, 1990 : 175‑176].
665
[Zadok, 2000].
666
[Zadok, 1985 : 8] situe ce toponyme près de Borsippa.
667
[Zadok, 1985 : 288] situe ce toponyme près de Borsippa.

278
Tattannu, à la charge de Bêl-uṣuršu et Bêl-
iddin, fils de Nuptu-Bêl. Ils ont neuf mois
pour livrer les dattes.
VS III 195 Dar. II 7, 05 / VI, Âlu-ša-Arad-Ea Estimation forfaitaire de 1440 litres de
dattes du champ de Bêl-iddin, fils de
Bariki-îl, esclave de Ištar-rûṣû’a,
descendant de Tattannu, à la charge de
[NP] et Bêl-iddin, esclave d’Ištar-rûṣû’a.
Les conditions de la livraison sont
détaillées.
YBC 11607668 Dar. II 8, 17 / V, Ecbatane Reconnaissance de dette pour 36 000 litres
de dattes pour Pasirinu / Simennu et Parê
/ Iddin-Bêl?, à la charge de Bêl-ab-usur,
esclave de Šamšâya. Il a trois mois pour
livrer les dattes. S’il ne les livre pas, il doit
payer un montant équivalent en argent. Il
doit aussi fournir ou payer les moyens de
livraison.
VS IV 196 Dar. II 10, 26 / XIIb, Borsippa Reconnaissance de dette de 80 sicles
d’argent, crédit de Bêl-uṣuršu, fils de
Nabû-eṭir-napšati, à la charge de Bêl-iddin,
fils de Barik-ilî, esclave de Napsannu.

A la lumière de ces textes, nous percevons la possession par les descendants de Tattannu
de plusieurs esclaves, mentionnés parfois à différentes reprises : Barik-ilî669, lui-même père de Bêl-
iddin (A)670 ; Arbakka, Ilu-dannu-[x]-šu-ibni et Utuleṣi671 ; Idarni-Bêl672, père de Zabinaya673, ce
dernier ayant aussi adopté Ṭab-Uruk674 ; Bêl-iddin (B)675 ; Bêl-ab-uṣur676 ; Nabû-ah-iddin677 ; Nabû-

668
[Stolper, 1990 : 163‑171].
669
VS III 188.
670
VS III 195, VS III 196.
671
HSM 8408. Nom d’origine iranienne selon [Stolper, 1990 : 176].
672
VS VI 302.
673
VS V 120, VS VI 188.
674
VS VI 188.
675
VS III 193, VS III 195.
676
YBC 11607.
677
VS III 206.

279
milki678 ; Ištar-rûṣû’a679 ; Duhurini680 ; Bêl-remanni681 ; Šahû682. D’autres esclaves appartiennent à la
famille Tattannu, présents dans d’autres tablettes ne documentant pas d’activités économiques qui
leur sont propres : le couple fGigitu et Amurru-natan683, peut-être Tidanu et Hanantani’684. C’est
donc au moins dix-huit esclaves qui sont possédé(e)s par la famille des Tattannu, ce qui est un
nombre assez important, d’autant plus que la plupart d’entre eux sont impliqués dans les activités
économiques de la famille. On perçoit aussi dans cette archives plusieurs familles d’esclaves,
demeurant au service des Tattannu sur le long terme : Edarni-Bêl – Zabinaya – Ṭab-Uruk, Barik-
ilî – Bêl-iddin (A), le couple fGigitu – Amurru-natan. La première famille présente une situation
différente des autres : Edarni-Bêl est en effet connu comme étant un « majordome » (rab bîti) des
Tattannu, si l’on suit la restitution effectuée par M. Jursa pour le texte VS VI 302685, que nous
analyserons plus bas. Il aurait un statut plus haut dans la hiérarchie interne aux Tattannu, et l’on
retrouve ensuite ses fils actifs dans d’autres documents de l’archive.

La famille Tattannu posséde de nombreuses palmeraies dans Borsippa et sa région (dans


les textes que nous avons listés : Bît-Guzunnu, Bîtu-eššu, Kâr-Tašmetu, Harru-ša-Arad-Ea, Âlu-
ša-Arad-Ea, Šarranitu). M. Jursa a produit une étude des intérêts de la famille Tattannu dans la
production de dattes, nécessitant un réseau d’intermédiaires pour l’exploitation au quotidien de leur
domaine foncier686. Les esclaves des Tattannu font partie, au même titre que des personnes libres
employées par eux, de ce groupe d’agents-exploitants agricoles, responsables des livraisons de
dattes. La documentation rassemblée par M. Jursa montre une plus large étendue des propriétés
foncières liées à l’agriculture que celles gérées uniquement par des esclaves, mais ceux-ci ont leur
importance. Les activités économiques des Tattannu n’impliquent que marginalement d’autres
cultures que celles des dattes selon la documentation écrite qui nous est disponible.

La plupart des documents liés à la culture de dattes montrant une gestion des palmeraies
par des esclaves sont des estimations forfaitaires pour des quantités assez importantes : YBC 11627
(17 280 litres de dattes), YBC 11432 (8280 litres), TuM II/III 174 (10 260 litres), VS III 183 (9720
litres), VS III 195 (1440 litres), VS III 206 (6840 litres). Plusieurs de ces livraisons sont à la charge

678
VS III 183.
679
TuM II/III 174.
680
YBC 11432.
681
VS V 118.
682
YBC 11627
683
Deux esclaves de Ṣihâ impliqués dans une procédure assez atypique dans VS VI 184 (Art. 39, 11 / IX, Bît-
Napsannu, d’autant moins compréhensible que la tablette est assez cassée. Sept esclaves (la partie mentionnant
les noms de ces esclaves est totalement cassée) furent échangés contre le fils de ce couple.
684
Deux esclaves vendus à Ṣihâ pour quatre mines d’argent dans VS V 141 (lieu et date de rédaction illisibles).
685
Restitution pour la ligne 3 de VS VI 302 : « lú.gal bi-[ti] », effectuée dans [Jursa, 2005 : 96].
686
[Jursa, 2010 : 375‑385].

280
de plusieurs personnes en même temps : ainsi en YBC 11627, l’esclave Šahû de Tattannu travaille
avec un homme libre Iddin-Nabû, fils de Nabû-ahhê-iddin ; YBC 11432, l’esclave des Tattannu
Duhunurini est associé avec un homme libre, Bêl-ušallim, et Bêl-eṭir, un esclave du « majordome »
de Tattannu dénommé Nabû-nadin ; dans VS III 183, Nabû-milki est associé avec Bêl-ianni, fils
d’Anu-ibni, un homme libre ; enfin en VS III 195, avec Bêl-iddin, esclave d’Ištar-rûṣû’a, une autre
personne dont le nom est brisé partage la responsabilité de cette livraison. Nous observons ainsi la
cohabitation de personnes de statut différent travaillant pour les Tattannu dans la plupart des cas.
Il n’y a qu’une seule estimation où un esclave, Nabû-ah-iddin, est seul responsable de la livraison
de dattes : VS III 206. Le reste des palmeraies était, si l’on en croit les données rassemblées par M.
Jursa, gérées uniquement par des personnes libres687.

Cette culture de dattes peut aussi se retrouver dans des reconnaissances de dettes :
VS III 193 (11 400 litres), YBC 11607 (36 000 litres). La situation que l’on discerne dans ces deux
derniers cas est différente de celle que l’on peut reconstruire à partir des estimations forfaitaires. Si
ces dernières concernent le système interne à la récolte des dattes, entre propriétaire de la palmeraie
(le maître) et exploitant (l’esclave), avec travail d’esclaves aux côtés de personnes libres, les
reconnaissances de dettes présentent des situations extérieures à ce système assez classique
d’exploitation agricole.

Dans VS III 193, les dattes sont présentées comme appartenant à Bêl-iddin (B), esclave de
Šamšâya des Tattannu, et la dette pèse sur deux personnes n’étant pas liées à cette famille : Bêl-
uṣuršu et Bêl-iddin, tous deux fils de Nuptu-Bêl. Malheureusement, nous ne disposons, à notre
connaissance, d’aucun autre document où nous pourrions retrouver ces deux hommes, ce qui ne
nous permet pas de bien comprendre leur relation avec les Tattannu. De même, le lieu de rédaction,
Šaranitu, n’est pas documenté parmi les propriétés foncières de cette famille. Toutefois, ce texte
nous montre ainsi une certaine autonomie de Bêl-iddin comme esclave des Tattannu, présenté
comme bénéficiaire ultime des dattes à livrer. Il est possible qu’il soit aussi mentionné dans
l’estimation forfaitaire VS III 195, où un Bêl-iddin, esclave d’Ištar-rûsû’a (frère de Šamšâya) doit
livrer 1440 litres de dattes à un autre Bêl-iddin, fils de Barik-ilî, connu comme esclave des Tattannu.
S’il s’agit bien du même Bêl-iddin (le caractère assez commun de son nom ne permet pas de
résoudre définitivement ce problème), on le retrouverait ainsi à deux niveaux de ce système
d’exploitation agricole : comme gestionnaire direct d’un champ, ainsi que comme bénéficiaire du
travail d’autres exploitants. Concernant Bêl-iddin, fils de Barik-ilî, il est intéressant de constater que
ce dernier texte le présente comme propriétaire du champ en question ; il est ainsi possible que les

687
Idem.

281
Tattannu ne soit dès lors pas les bénéficiaires directs de cette récolte, et qu’un autre de leurs esclaves
ait pu développer ses propres intérêts économiques dans la culture de dattes.

Quant à YBC 11607, il s’agit d’une reconnaissance de dette pesant sur Bêl-ab-uṣur, esclave
de Šamšâya. La tablette se distingue par son lieu de rédaction, Ecbatane, et par les conditions de
paiement de la dette. Bêl-ab-uṣur doit rembourser avant trois mois une très grande quantité de
dattes, 200 kur (36 000 litres), à deux personnes : Pasirinu, fils de Simennu, et Parê, fils d’Iddin?-
Bêl688. La livraison des dattes ne doit pas se faire à Ecbatane elle-même mais à Bît-Napsannu, donc
parmi les domaines de la famille Tattannu. Bêl-ab-uṣur est ensuite responsable des conditions
précises de la livraison depuis ce lieu jusqu’à Babylone : le paiement du bateau, de l’haleur (si l’on
se situe dans la région de Borsippa, donc au sud de Babylone, la présence d’un haleur paraît logique)
et du batelier sont à sa charge. Enfin, son maître Šamšaya est responsable juridiquement de la
livraison effective. Quelques questions demeurent : pourquoi ce texte a été rédigé à Ecbatane ? Bêl-
ab-uṣur s’y est-il déplacé, avec son maître ? Il est difficile d’apporter des réponses définitives à ces
interrogations, mais les déplacements de Babyloniens dans les capitales achéménides sont bien
connus 689 . Les déplacements des Babyloniens à Ecbatane sont toutefois les moins bien
documentés, avec une présence seulement ponctuelle dans cette ville690. Il ne semble pas que la
présence de l’empereur achéménide à Ecbatane à ce moment soit en lien avec ce texte. Il pourrait
s’agir de contacts privés entre différents hommes d’affaires en déplacement, ici Šamšaya et les deux
Pasirinu et Parê. Il est possible que Bêl-ab-uṣur, parmi les esclaves gestionnaires de palmeraie, ait
eu la responsabilité établie dans cette tablette de livrer ces dattes à Babylone, sans avoir été présent
à Ecbatane. Les raisons du besoin en dattes de Pasirinu et Parê nous sont obscures, il aurait
toutefois été résolu par cet accord entre eux et Šamšaya, en préparation des récoltes futures en
dattes.

Il faut rajouter à cela le paiement d’une taxe documentée par VS III 188 : dans ce texte,
Nihistu, le « serviteur » (ardu) de Barik-ilî, connu comme esclave des Tattannu691, doit livrer 46 620
litres de dattes au titre de la taxe-gugallûtu pour le canal Birtu-ša-Til-šinni pour l’an 20 d’Artaxerxès I.
La taxe-gugallûtu est connue comme étant liée au transport et au droit de passage sur les canaux,
servant à la rémunération des irrigateurs-gugallu692. La taxe en question est finalement payée par

688
Pasirinu, Simennu et Parê sont probablement des noms d’origine égyptienne, voir [Stolper, 1990 : 166] pour
les références correspondantes à ce sujet.
689
Voir à ce sujet [Waerzeggers, 2010a ; Tolini, 2011 : 181‑235, 371‑393].
690
[Tolini, 2011 : 387‑389, 499‑500].
691
Son fils Bêl-iddin est présent dans VS III 193 et 195 et est bien présenté comme son fils et comme esclave des
Tattannu. Fait intéressant, Barik-ilî, selon YBC 11568 [Jursa, 2010 : 239], achète un esclave, agissant ainsi comme
le représentant de son maître.
692
[Joannès, 2002 : 590].

282
Barik-ilî auprès de Mar-bîti-iddin, fils de Nabû-idri. Elle est assez conséquente, ce qui donne une
idée de la totalité de la production en dattes dans les palmeraies des Tattannu. Un esclave comme
Barik-ilî s’insére donc dans la productiona agricole des Tattannu à la position intermédiaire qu’est
celle de livraison de taxe.

Au-delà de la production de dattes, activité essentielle des Tattannu, nous retrouvons leurs
esclaves dans d’autres activités économiques ou en capacité de personnes autonomes. Si l’orge est
peu représentée dans les cultures des Tattannu, on en retrouve quelques attestations avec certains
esclaves présents. VS V 120 documente ainsi l’exploitation contractualisée sur cinq ans d’un champ
par Zabinaya, fils d’Idarni-Bêl, esclave des Tattannu. Par an, il devait livrer 2070 litres d’orge, dont
100 litres doit être de l’orge verte (non mûre). La location n’est donc pas celle d’un champ des
Tattannu, et il est fort possible qu’ici, Zabinaya agisse à son propre compte. On retrouve le même
Zabinaya, accompagné de son fils adoptif Ṭâb-Uruk, dans la tablette VS VI 188. La procédure est
intéressante en elle-même : les deux sont « adoptés » par Bêl-šum-iddin, fils de Patû. Il s’agit d’une
adoption fictive, qui permet en réalité à Zabinaya et Ṭâb-Uruk de réaliser une obligation de service
royal (bît qašti) pesant sur Bêl-šum-iddin, en échange de quoi ils reçoivent un tiers de la récolte du
champ concerné par l’obligation de service. Le champ est partagé entre Bêl-šum-iddin et deux fils
de Bêlet-bît-ereš nommés Arad-Marduk et Bêl-ereš. Là encore, Zabinaya, accompagné de son fils,
agit de manière autonome, sans lien avec les Tattannu. Le statut de son père comme possible
« majordome » (rab bîti), donc plus élevé au sein du fonctionnement interne des affaires
économiques de la famille Tattannu, pourrait expliquer cette autonomie plus large laissée à ces
esclaves, capables d’agir à leur propre compte et développer leurs propres revenus économiques.

Les prérogatives laissées à la fonction de majordome des Tattannu s’expliquent peut-être


par le texte VS VI 302, malheureusement très fragmentaire. Dans cette tablette, Edarni-Bêl semble
disposer de dix-huit arcs, soit servant à l’équipement d’archers accompagnant le halage de bateaux
devant naviguer du canal Kabar693 jusqu’à Suse, soit faisant partie d’une livraison utilisant cette voie
pour rejoindre Suse. Les archers, ou les haleurs, sont peut-être liés au haṭru des Kirkéens
mentionnés dans le texte. Le canal Kabar semblait avoir une forte importance pour relier, par voie
navale, la Babylonie et la ville de Suse, et ce depuis Babylone. Du fait du caractère fragmentaire, il
est difficile de développer davantage l’analyse, mais Edarni-Bêl paraît disposer de certaines
responsabilités que l’on ne retrouve pas pour un esclave dans le reste de l’archive des Tattannu.

693
Pour une étude des attestations du canal Kabar, voir [Tolini, 2011 : 491‑498]. Il s’agit d’un canal construit sous
la direction de l’administration achéménide, reliant le centre de la Babylonie à la ville de Suse.

283
Quelques autres documents montrent des esclaves des Tattannu comme intermédiaires
pour leur maître ou comme agissant de manière indépendante. VS V 118 documente ainsi l’achat
d’une esclave nommée fŠamhita pour deux mines d’argent par Bêl-remanni, esclave de Napsannu.
Il est probable que l’achat n’était pas pour lui-même mais pour son maître. Deux autres textes
documentent des prêts d’argent à des esclaves des Tattannu, sans lien perceptible avec des affaires
de ces derniers. Dans HSM 8408, Arbakka, l’esclave de Tattannu, emprunte cinquante sicles
d’argent auprès d’Ilu-dannu-[x]šu-ibni, fils de Gimasu?, et d’Utulesi, tous deux eux-mêmes esclaves
de Tattannu. Il existe donc des relations économiques entre esclaves des Tattannu, maniant des
sommes d’argent sans que leur maître soit forcément impliqué. Enfin, dans la tablette VS IV 196,
Bêl-iddin, fils de Barik-ilî, esclave des Tattannu, emprunte 80 sicles d’argent auprès de Bêl-uṣuršu,
fils de Nabû-eṭir-napšâti. Pour ces deux textes, nous ne savons pas pour quelle raison ces esclaves
empruntèrent de l’argent, mais cela donne quelques indices sur les capacités d’activité autonome
qui peuvent leur être laissées.

L’archive des Tattannu et l’étude des activités de leurs esclaves nous permettent ainsi
d’observer comment ces derniers s’inséraient dans l’activité économique principale de leurs
maîtres : la culture des dattes. Le système d’exploitation des palmeraies possédées par les Tattannu
est similaire à ce que l’on trouve dans d’autres archives privées. Il est intéressant de percevoir
comment les esclaves peuvent travailler aux côtés d’hommes libres dans la gestion des palmeraies,
avec peu de cas où des esclaves travaillent seuls si l’on s’en tient aux estimations forfaitaires.

Si l’on prend en compte les reconnaissances de dette pour des dattes, des esclaves peuvent
exploiter eux-mêmes des palmeraies, dans de larges quantités et pour des affaires importantes, ainsi
que payer des taxes. Si l’on regarde au-delà de la culture de dattes, nous pouvons observer des
activités autonomes d’esclaves, sans visiblement rendre de comptes à leur maître : c’est le cas
notamment pour Zabinaya, fils d’Edarni-Bêl, qui loue un champ céréalier et dispose, avec son fils
Ṭâb-Uruk, de revenus issus d’un autre champ. Son père peut être responsable de transports fluviaux
vers l’Iran. Enfin, nous observons des esclaves créditeurs ou débiteurs d’argent, sans implication
de leur maître. Il semble assez clair que nous ne disposons que d’une partie limitée de l’archive des
Tattannu, qui ne nous permet pas de discerner l’ensemble des activités de leurs esclaves. Nous
pouvons toutefois remarquer à leur sujet leur importance dans le secteur d’activité principal des
Tattannu, les dattes, ainsi que leurs quelques possibilités d’autonomie économique existantes.

284
Archive de Bêl-ana-mêrehti, esclave de Bêl-iddin, fils de Bêl-apla-
iddin (Kiš)

Sept textes mentionnent cet esclave de l’an X de Xerxès (OECT X 174) jusqu’à l’an 13
d’Artaxerxès I (George, Iraq LXI, p. 138 n°49), soit de – 476 à – 452. Nous ne disposons pas
d’archives proprement dites pour son maître Bêl-iddin, fils de Bêl-apla-iddin, ce qui nous invite à
classer ces tablettes comme une archive propre à Bêl-ana-mêrehti. Nous ne lui connaissons pas
d’épouse ni d’enfants. Il est possible qu’après avoir été esclave de Bêl-iddin, il est vendu ou transféré
à un certain Bahimmu (pas de patronyme connu) ; mais peut-être ce nom est-il le second de Bêl-
iddin ? Il y a un décalage de vingt-et-un ans entre OECT X 179 (an 14 de Xerxès) et George, Iraq
LXI, p. 138 n°49, ce qui peut laisser supposer un transfert entre deux particuliers de cet esclave,
mais aucun document n’est disponible pour prouver cela.

Activités de Bêl-ana-mêrehti
Texte Date et lieu de rédaction Résumé
OECT X 174 Xer. 10 08 / IX, Babylone Reconnaissance de dette pour 3,75 sicles d’argent
appartenant à Edûa, fils de Sîn-ah-iddin, à la
charge de Bêl-ana-mêrehti. A rembourser dans
dix mois.
OECT X 175 Xer. 10? 16 / VI, Kiš Texte assez cassé. Estimation forfaitaire de la
récolte d’une palmeraie à la charge d’au moins
deux personnes : Bêl-uṣuršu et Nidintu, fils de
Libluṭ. A payer à Bêl-ana-mêrehti.
OECT X 177 Xer. 12 10+ / VI, Kiš Estimation forfaitaire de 5292 litres de dattes, à la
charge de Nabû-na[x], fils d’Itti-Nabû-raksu pour
Bêl-ana-mêrehti. A livrer dans deux mois.
OECT X 178 Xer. 12 [x] / VII, Kiš Estimation forfaitaire de 2340 litres de dattes, à la
charge d’Arahhu, fils de Silim-[x], pour Bêl-ana-
mêrehti. A livrer le mois suivant.
OECT X 179 Xer. 14 03 / VIII, Kiš Engagement d’un brasseur nommé Šellibi, fils de
Murina, par Bêl-ana-mêrehti pour 2 sicles
d’argent par mois.
OECT X 187 Xer. [x] [x] / V, Kiš Texte assez cassé. Estimation forfaitaire de dattes
à la charge de trois personnes pour Bêl-ana-
mêrethi, avec les produits annexes de la culture
des dattes.

285
George, Iraq Art. 13 XIIb, Kiš Incitation faite à Bêl-ah-ittannu, fils d’Anum-ah-
LXI, p. 138, n°49 iddin, de livrer Aplâya, fils de Zababa-iddin, à Bêl-
ana-mêrehti. Lié au remboursement d’une dette
de dattes.

La principale activité documentée de Bêl-ana-mêrehti est la gestion de domaines agricoles


et la réception de récoltes de dattes. Trois estimations forfaitaires694 énonçant la redevance de dattes
à payer par l’exploitant auprès de Bêl-ana-mêrehti mentionnent des palmeraies situées près du « nâr
ša mašenni », le canal-mašenni au domaine de Dayyân-Marduk. Plusieurs des palmeraies qu’il gère, si
elles ne forment pas un terrain unique, se concentrent ainsi sur un seul endroit. La propriété de ces
terrains n’est pas établie dans les textes, il est possible qu’elle soit celle des personnes devant livrer
les récoltes de dattes, ce qui en ferait des exploitants indépendants en relation avec Bêl-ana-mêrehti
et son maître pour pouvoir distribuer et vendre leurs récoltes. Bêl-ana-mêrehti serait ainsi
l’intermédiaire entre son maître et ses exploitants. Nous ne retrouvons pas à plusieurs reprises un
même exploitant, chacun de ceux qui doivent livrer des dattes à Bêl-ana-mêrehti n’apparaissent
qu’une seule fois dans nos textes. Cela rend l’analyse de leur relation plus difficile.

OECT X 174 nous donne peut-être un indice concernant tout ceci. Il s’agit d’une
reconnaissance de dette pour trois sicles et trois-quarts d’argent à la charge de Bêl-ana-mêrehti,
qu’il doit rembourser à Edûa, fils de Sîn-ah-iddin. La tablette a été rédigée à Babylone, ce qui
indique la possibilité pour Bêl-ana-mêrehti de se déplacer hors de Kiš pour développer ses propres
affaires. L’argent est décrit comme le « reliquat » de quelque chose, peut-être d’une dette contractée
ultérieurement. Cela indique un besoin pour Bêl-ana-mêrehti d’obtenir de l’argent que son maître
ne peut ou ne veut pas lui confier. Cet argent serait ensuite utile pour les exploitants agricoles
travaillant près de Kiš pour Bêl-ana-mêrehti, remplissant de cette manière leurs besoins en capital
que seuls cet esclave ou son maître peuvent obtenir, du fait de leurs relations sociales et leur
présence en ville. L’échéance de remboursement fut assez lointaine, près de dix mois après la
rédaction de la tablette. Il est tout à fait possible que cette dette d’argent ait une toute autre utilité,
elle est toutefois la seule preuve de circulation d’argent au profit de Bêl-ana-mêrehti, qui a un rôle
d’esclave-agent que nous retrouvons, comme nous avons pu le voir, dans plusieurs autres archives.
Les esclaves-agents et leurs maîtres, prêteurs d’argent ou d’autres formes de capital utiles pour des

694
OECT X 175, OECT X 177, OECT X 178. Deux de ces textes ont une quantité de dattes lisible : 5292 litres de
dattes pour OECT X 177, 2340 litres pour OECT X 178. OECT X 187 est du même type et renseigne la même
transaction, malheureusement la quantité de dattes à livrer n’y est pas lisible.

286
exploitants agricoles (animaux, outils, semences). OECT X 174 constitue peut-être, et bien
indirectement, un indice de cette fonction de Bêl-ana-mêrehti.

Nous pouvons discerner la possibilité de conflit entre Bêl-ana-mêrehti et ses interlocuteurs


dans George, Iraq LXI p. 138 n°49. Nous ne disposons pas des détails permettant de comprendre
le contexte de la rédaction de cette tablette. Il s’agit d’une injonction à comparaître devant Bêl-ana-
mêrehti adressée à Bêl-ah-ittannu, fils d’Anum-ah-iddin. Il doit être accompagné d’Aplaya, fils de
Zababa-iddin, qui est attendu pour témoigner de quelque chose devant Bêl-ana-mêrehti. Les
conséquences du témoignage d’Aplaya sont les suivantes : s’il apporte une preuve concernant
l’objet du conflit, Bêl-ah-ittannu doit recevoir 108 litres de dattes, sinon, c’est à Bêl-ah-ittannu de
payer 1080 litres de dattes (soit le décuple du premier montant). L’objet de cette tablette doit ainsi
être la résolution d’une dette de dattes entre Bêl-ah-ittannu et Bêl-ana-mêrehti, concernant laquelle
Aplaya peut apporter un témoignage décisif. Il est possible que cela concerne un vol ou
l’endommagement des dattes concernées au moment de leur livraison à Bêl-ah-ittannu. Si ce
témoignage ne peut être apporté, le montant à payer par Bêl-ah-ittannu se révèlerait punitif pour
lui, du fait d’avoir porté une fausse accusation.

Une autre activité de Bêl-ana-mêrehti est lisible dans cette archive : la production de bière.
Après réception des dattes des palmeraies du domaine de Dâyyan-Marduk, Bêl-ana-mêrehti peut
les vendre ou les utiliser comme matière première pour en faire de l’alcool. C’est ce qui se discerne
dans la tablette OECT X 179. Ce contrat établit le salaire d’un brasseur employé par Bêl-ana-
mêrehti pour le « dullu namzitu », le « travail des jarres de bière ». A partir du moix X de l’an 14 de
Xerxès, soit deux mois après la rédaction de cette tablette, Šellibu, fils de Murina, doit recevoir
deux sicles d’argent par mois pour ce travail695. Cela n’est qu’une partie du commerce qui doit
exister et être lié à la réception des dattes par Bêl-ana-mêrehti, car le commerce de bière nécessite
aussi l’obtention de jarres, des ustensiles nécessaires à la production d’alcool, et peut-être aussi d’un
local afin d’y établir un débit de boissons. OECT X 179 est ainsi un indice d’une plus vaste activité
économique à laquelle est liée Bël-ana-mêrehti. Sa fonction d’intermédiaire dans l’exploitation de
palmeraies lui permet d’obtenir facilement des dattes, voire d’autres produits naturels (comme le
kasû mentionné à plusieurs reprises, ou de l’orge pour d’autres types d’alcool) nécessaires à la
production de bière.

695
Cela correspond à la rémunération d’autres brasseurs pour des activités similaires : [Jursa, 2010 : 222].

287
Bêl-ana-mêrehti est ainsi un esclave actif, si l’on en croit les quelques tablettes à notre
disposition le concernant, avant tout dans la réception de récoltes de dattes, leur distribution et leur
utilisation pour la production de bière. Il est présent à différents échelons des activités liées aux
dattes pour le compte de son maître ou le sien propre (comme nous l’avons vu à différentes
reprises, le commerce de bière implique en général une implication a minima du maître des esclaves
qui s’en occupaient). La concentration des palmeraies pour lesquelles Bêl-ana-mêrehti sert
d’intermédiaire nous invite à préférer l’hypothèse selon laquelle son maître serait propriétaire des
terrains en question et que les récoltes à livrer sont sous la responsabilité d’exploitants employés
par Bêl-iddin. Bêl-ana-mêrehti paraît avoir eu une difficulté à rembourser une petite dette d’argent
ou à livrer des dattes qu’il doit à une autre personne. Cela démontre une certaine difficulté, à
certains moments, d’accéder à du capital (que son maître ne peut lui accorder) ou de remplir ses
obligations concernant son activité principale. L’absence de contexte plus large concernant ces
deux affaires nous empêche de tirer des conclusions plus larges : sont-elles des difficultés
structurelles ou conjoncturelles ? Le statut socio-économique d’esclave et le lien avec un maître
qu’il implique peut certainement les régler. Concernant Bêl-iddin (puis Bahimmu) et son esclave
Bêl-ana-mêrehti, il doit s’agir de personnes de moindre richesse et prestige social en comparaison
avec des familles comme les Egibi et les Murašû.

Archive de Lâbâši (Kiš)

Un autre cas d’esclave-agent se retrouve à Kiš à peu près à la même période. Il s’agit d’une
petite archive de quatre textes rédigés à Kiš et centrés autour de la figure de Lâbâši, fils de Balâṭu.
Il dispose du titre de rab ummi, officier de l’administration achéménide696. Sur trois de ces tablettes
apparaît l’un de ses esclaves, Šulum-Bâbili, lui servant d’agent et de gestionnaire de l’exploitation
de champs. Il est attesté de l’an 10697 (OECT X 186) à l’an 18 (W.1929 n°142) de Xerxès, soit de
– 476 à – 468. Nous ne disposons d’aucune information concernant l’acquisition ou les relations

696
La traduction de ce titre demeure incertaine. Il apparaît dans plusieurs archives d’époque achéménide tardive
et ceux qui en disposent étaient tous des Babyloniens, si l’on en croit leurs noms et patronymes. Le rab ummi est
donc d’extraction locale ou régionale. Le rab ummi dispose de terres appartenant à la Couronne, pouvant être
rattachées à des domaines d’arc. Il est possible que ce titre désigne en même temps une fonction militaire, l’une
des significations d’« ummu » étant « carquois ». Voir [Stolper, 2001 : 106‑107].
697
Le nom du roi n’est toutefois pas du tout lisible sur la tablette, mais s’il ne s’agit pas de Xerxès, cela voudrait
dire que la tablette fut rédigée à l’an 10 de Darius I (- 512) ou d’Artaxerxès I (- 455), ce qui paraît assez éloigné
des autres textes.

288
familiales de cet esclave. Il paraît en tout cas avoir été un acteur important des affaires de son
maître.

Activités de Šulum-Bâbili
Texte Date et lieu de rédaction Résumé
OECT X 186698 Xer. 10 ? Lieu de rédaction illisible. Echange de deux jeunes équidés entre
Šulum-Bâbili et Zababa-iddin.
W.1929 n°143699 Xer. 17 23 / VI, Kiš Estimation forfaitaire de 2430 litres de
dattes pour un champ de Lâbâši, à la
charge de Nergal-iddin, fils de Guzânu,
à livrer à Šulum-Bâbili.
W.1929 n°142700 Xer. 18 28 / X, Bît-Šilim-Bêl Reconnaissance de dette pour 76 sicles
d’argent appartenant à Šulum-Bâbili et
à la charge de Tukultu, fils de Mulidu.
L’argent est le prix d’une palmeraie
située près du canal Patti-Enlil et d’un
champ à Hamiri.

Les informations données par ces textes sont assez limitées, mais mises en relation avec les
situations des autres esclaves-agents que nous avons présentés jusqu’ici, le cas de Šulum-Bâbili nous
paraît assez représentatif de la plupart d’entre eux.

Nous le retrouvons ainsi dans la gestion d’exploitations agricoles, chargé de récolter des
dattes issues de palmeraies possédées par son maître et exploitées par des personnes employées
pour cela. C’est ce qui se perçoit dans W.1929 n°143, estimation forfaitaire établissant le montant
de dattes à payer par Nergal-iddin, fils de Guzânu : 2430 litres de dattes. Il doit les livrer deux mois
plus tard à Šulum-Bâbili, agissant pour le compte de son maître. Il est possible qu’il reçoit une
forme de paiement prévue par ce contrat, les lignes correspondant à ce sujet sont toutefois assez
peu lisibles701. Une précision est peut-être apportée concernant le travail de Nergal-iddin, rajoutée
au cours de l’écriture de la liste des témoins (lignes 13 – 14) : il doit labourer 6750 m² de terre
agricole, qui n’inclut pas le « bît harrutu », soit ce qui a déjà été travaillé auparavant. Le rapport entre
la récolte à livrer et la taille de la palmeraie à travailler correspond à celui que l’on peut retrouver

698
[Graziani, 1986 : 106‑107]
699
[Zadok, 2003a : 33].
700
[Zadok, 2003a : 33].
701
R. Zadok propose la lecture suivante pour la ligne 9 : « zum (for sis ?)-sin?-nu? ul? [e-ter] ? », signifiant qu’une
rémunération prévue pour l’exploitant Nergal-iddin n’avait pas (encore) été payée.

289
dans des palmeraies à Borsippa, Uruk ou Sippar702, surtout si cette estimation ne concerne que la
rémunération du propriétaire, le reste étant celle de l’exploitant.

Šulum-Bâbili peut aussi prêter des sommes assez importantes d’argent. Selon W. 1929
n°142, il prête soixante-seize sicles d’argent à Tukultu, fils de Mulidu, pour l’achat d’une palmeraie
située près du canal Patti-Enlil et d’un champ céréalier situé à Hamiri. La tablette a été rédigée à
Bît-Silim-Bêl, lieu probablement situé près de ces deux endroits ; malheureusement, ce sont à notre
connaissance les seules attestations de ces toponymes. La tablette peut être interprétée de deux
manières : soit il s’agit d’une vente à crédit, présentée sous la forme d’une reconnaissance de dette,
soit Šulum-Bâbili prête effectivement cet argent afin que Tukultu réalise cet achat. Il n’est fait
aucune mention des conditions ou de l’échéance de remboursement de cet argent. Il est de même
tout à fait possible que l’argent ne soit pas dû directement à Šulum-Bâbili et qu’il serve uniquement
de représentant de son maître. Du fait de l’écriture de ce texte à Bît-Silim-Bêl et non à Kiš, de la
présence d’un autre esclave de Lâbâši comme témoin du contrat 703 , l’envoi par Lâbâši de ses
esclaves comme ses agents pour la gestion d’une affaire paraît assez probable. Comme nous l’avons
vu à plusieurs reprises, la présence d’esclaves à la place de leur maître dans des villages proches de
la ville où il réside est quelque chose d’assez courant. Šulum-Bâbili peut remplir cette fonction pour
Lâbâši, propriétaire de terrains à différents endroits de la région de Kiš.

Enfin, nous percevons une situation plus originale avec la tablette OECT X 186,
malheureusement très endommagée. Selon elle, Zababa-iddin (aucune filiation connue) et Šulum-
Bâbili ont échangé chacun un jeune équidé (âne ou cheval) l’un contre l’autre. La partie du texte la
plus lisible concerne les clauses juridiques énonçant leur responsabilité juridique pour les équidés
en question. Šulum-Bâbili a donc accès à des animaux pouvant être utilisés pour le transport de
biens ou pour des tâches agricoles. Ces animaux peuvent être loués, ce qui lui permet d’obtenir des
revenus de la part d’exploitants agricoles ayant difficilement accès à ces animaux. C’est de cette
manière que certaines familles (Egibi comme Murašû) obtiennent des bénéfices, en tant
qu’intermédiaires disposant de capital nécessaire au travail agricole (argent, semences, outils,
animaux) et le prêtant à des exploitants. OECT X 186 ne concerne pas directement ce type de
transaction mais indique que Šulum-Bâbili possède au moins un équidé. En tant qu’intermédiaire
entre travailleur agricole et propriétaire de terrain, il peut s’agir d’un moyen de se créer ses propres
bénéfices et construire ainsi son autonomie économique par rapport à son maître.

702
Pour Sippar : [Jursa, 2010 : 348‑355]. Pour Borsippa : [Jursa, 2010 : 363‑375]. Pour Uruk : [Jursa,
2010 : 429‑432].
703
Cet esclave se nommait Zababa-ereš. Nous le retrouvons peut-être dans OECT X 186 comme témoin, où il est
présenté comme fils de Zababa-zêr-ibni, mais il peut ne pas s’agit de la même personne.

290
Ces trois tablettes ne permettent pas d’aller beaucoup plus loin concernant Šulum-Bâbili.
La région de Kiš, pour notre période d’étude, est encore assez mal connue. Toutefois, selon ce que
nous venons de présenter, Šulum-Bâbili paraît être un esclave-agent similaire à ceux que nous
retrouvons dans d’autres archives, notamment Bêl-ana-mêrehti, actif durant la même période. Les
activités de Lâbâši, propriétaire terrien, sont plus limitées que celles d’hommes d’affaires comme
les Egibi. Il a néanmoins besoin de quelqu’un pour le représenter dans l’exploitation de ses terres,
que ce soit pour les vendre pour recevoir des récoltes.

Archive des Murašû (Nippur)

La dernière archive qui va nous intéresser et où l’on discerne des esclaves-agents est celle
des Murašû de Nippur. Elle est extrêmement riche en informations pour ce qui concerne la région
de Nippur aux cinquième et quatrième siècle avant Jésus-Christ et constitue l’une des archives
privées les plus étudiées pour le premier millénaire avant Jésus-Christ. Les Murašû disposaient de
nombreux intérêts dans l’agriculture de Nippur et ses environs, notamment comme intermédiaires
entre travailleurs agricoles, détenteurs de terres de service et agents de l’administration achéménide.
Leurs activités se concentrent sur le prêt d’argent, de semences, d’animaux de trait et d’outils pour
l’exploitation des champs et palmeraies, qui leur permettent de réaliser certains bénéfices. Les
crédits qu’ils accordent leur permettent d’obtenir des terres, auparavant détenues par ceux qui se
sont endettés auprès d’eux, et ainsi développer leur propre gestion de domaines agricoles. Leurs
esclaves-agents, comme nous allons le voir, remplissent pour leur compte ces mêmes fonctions et
font parties des gestionnaires des exploitations agricoles appartenant aux Murašû.

L’acteur principal et le mieux documenté parmi les esclaves-agents de cette famille est Rîbat,
fils de Bêl-eriba. Plusieurs autres esclaves des Murašû apparaissent aussi comme des « serviteurs »
de Rîbat (ardu ša Rîbat) dans notre documentation. Une certaine ambiguité apparaît dans la
formulation de certains textes où ces esclaves sont présents : ils sont en effet présentés comme
esclaves des Murašû et / ou de Rîbat, parfois dans le même document. L’usage du terme « ardu »
et non de « qallu » pour ces esclaves (que ce soit Rîbat ou les autres) a pu créer des difficultés de
compréhension concernant leur propriété et leur statut social. Il nous paraît important de mettre
l’accent sur les activités réalisées par ces esclaves-agents. Elles sont assez similaires à celles que nous
avons jusqu’à présent étudiées. D’autres personnes dénommées « ardu » dans l’archive des Murašû
se distinguent non pas comme des agents de cette famille, mais comme des subordonnés passifs

291
dans nos textes, des gestionnaires agricoles pour le compte des Murašû 704. Les esclaves-agents qui
nous intéressent se retrouvent au contraire comme prêteurs d’argent, de semences, d’animaux, ainsi
que disposant de ce qui constitue leurs propres activités, bien que certainement soutenues par leur
maître. Si l’usage dans l’archive des Murašû d’un même terme (ardu) pour désigner certains individus
peut prêter à première vue à confusion concernant le statut juridique et socio-économique de ces
personnes, l’étude des activités des esclaves en question nous paraît cruciale pour lever ces doutes.

Rîbat, fils de Bêl-eriba, constitue ainsi l’esclave-agent le mieux documenté des Murašû. Il
est attesté de l’an 35 d’Artaxerxès I (BE IX 043) à l’an 9 de Darius II (PIHANS LXXIX n°48),
soit de – 430 à – 415, d’abord comme esclave d’Enlil-šum-iddin des Murašû, puis de son fils Rîmût-
Ninurta à partir de l’an 2 de Darius II (- 422, PBS II/I 044). La transmission de cet esclave entre
Enlil-šum-iddin et Rîmût-Ninurta a dû se faire du vivant du premier, car Enlil-šum-iddin a été actif
au moins jusqu’à la fin de l’an 2 de Darius II705, mais nous ne savons pas sous quelle forme elle a
eu lieu. D’autres esclaves peuvent ensuite être identifiés comme agents, souvent en lien avec les
activités de Rîbat. Le mieux documenté est Ninurta-uballiṭ, fils de Mušêzib, ce dernier étant lui
aussi présent dans quelques textes. Ninurta-uballiṭ est attesté entre l’an 1 (BE X 055) et l’an 6 (PBS
II/I 129) de Darius II, et donc durant la période d’activité de Rîbat. Nous ne connaissons pas les
relations familiales de ces deux esclaves, exceptées les mentions des noms de leurs pères que nous
retrouvons aussi comme esclaves des Murašû, bien que moins bien documentés. Ce premier tableau
résume les activités de Ribat comme esclave-agent des Murašû706.

Activités de Rîbat, fils de Bêl-eriba, esclave des Murašû


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
BE IX 043 Art. I 35 20 / IX, Nippur Contrat oral de location : Rîbat donne en
location à Ah-iddin, fils d’Iddinaia, deux
ouvriers, 18 000 litres de dattes, 100 grandes
jarres, 6 cuves, deux récipients à décantation et
10 kur de kasû.
PIHANS LXXIX n°98 Art. I 39 [x] / VI, Nippur Contrat pour la production de 500 poutres de
bois à la demande d’Enlil-šum-iddin à la charge
de Rîbat. Il a environ deux mois pour réaliser

704
[Stolper, 1985 : 21].
705
Sa dernière attestation est PBS II/I 055, daté de 11 / XII / Dar. II 2.
706
La distribution chronologique des textes paraît suivre l’évolution de l’activité économique des Murašû, qui
prend son essor au début du règne de Darius II. Du fait des troubles politiques à la cour achéménide, de la prise
du pouvoir par Darius II et de leurs conséquences en Babylonie, les Murašû deviennent alors des relais importants
de l’administration royale à Nippur, voir [Stolper, 1985 : 104‑124 ; Tolini, 2011 : 503‑528]. Rîbat constituerait
ainsi un acteur de cette montée en puissance des Murašû.

292
cela. Fortes pénalités en cas de travail non-
réalisé.
PIHANS LXXIX n°39 Art. I 40 20 / II, Nippur Reconnaissance de dette pour 45 grandes jarres
de bière au profit de Rîbat à la charge de
Mušêzib, son serviteur.
CBS 4999707 Art. I 40 25 / VII, Nippur Contrat oral de location d’un champ céréalier
avec le canal Ugâri-dûr-Enlil, de 60 bovins et 15
charrues ainsi que différentes semences
appartenant à Enlil-šum-iddin pour son esclave
Rîbat. Rîbat doit payer un loyer annuel de 603
000 litres d’orge, 18 000 litres de froment,
54 000 litres d’épeautre, 5400 litres de pois
chiches, 3600 litres de pois, 9900 litres de millet,
27 000 litres de sésame, 900 litres de cresson,
900 litres d’ail, 1800 litres d’oignons, 900 litres
d’oignons-rakkibi, 90 litres d’oignons rouges, 60
litres de poireaux, ainsi que 3600 litres de kasû,
500 brassées de lin, 2 bœufs et 20 moutons
comme paiement supplémentaire.
PBS II/I 115708 Art. I 41 28 / [x], Nippur Allocation par Rîbat d’une palmeraie à son
serviteur Bêl-ah-ittannu pour entretenir les
palmiers-dattiers. Pénalité de 5 mines d’argent si
le travail n’est pas fait.
PBS II/I 175709 Dar. II 1 28 / III, Nippur Location pour 3 ans d’une palmeraie située à
Bît-Šamaš, près du canal Piqudu, par Lâbâši et
Bêl-uballissu, fils de Šiški, à Rîbat pour un loyer
annuel de 9000 litres de dattes et 1800 litres
d’orge. Il doit aussi leur donner 2 jarres de bière,
360 litres de farine et 180 litres d’orge
supplémentaires par an.
PBS II/I 012710 Dar. II 1 13 / VI, Nippur Estimation forfaitaire de 8100 litres de dattes
pour l’an 1 de Darius II, sur une palmeraie de
Rîbat, à la charge de Hannatani, fils de Ninurta-
ab-usur, de Bêl-êtir, fils de Ninurta-êtir, Laqipu,

707
[Stolper, 1985 : 238‑239].
708
[Augapfel, 1917 : 77].
709
[Augapfel, 1917 : 59].
710
[Augapfel, 1917 : 8].

293
fils de Bêl-ušallim, Ninurta-ah-iddin, fils de
Harizanu, Balâṭu, fils de Ninurta-ah-iddin, et
Hazzadini, fils d’Aqqabi-ilâni. A livrer le mois
suivant. Leurs champs, domaine d’arc de
Gambula, sont mis en gage auprès de Rîbat.
BE X 054 Dar. II 1 02 / VIII, Enlil- Contrat oral de location d’un étang à poissons
ašabšu-iqbi appartenant à Enlil-šum-iddin par Rîbat pour 30
mines d’argent. Il doit aussi lui donner des
poissons (montant précis non indiqué).
PBS II/I 024 Dar. II 1 04 / XII, Nippur Reçu de 20 sicles d’argent, taxe-ilku pour l’an 1
de Darius II pesant sur un domaine d’arc de
Rîbat. Payée par Rîbat à Enlil-mukîn-apli.
PBS II/I 044 Dar. II 2 22 / V, Nippur Contrat oral de location de bovins et semences
au profit de Rîbat pour Bêl-ittannu et Taddinnu.
Ils doivent livrer par an 21 600 litres d’orge,
1260 litres de froment, 3240 litres d’épeautre,
540 litres de pois chiches, 324 litres de lentilles,
120 litres de cresson, 1800 litres de sésame, 720
litres d’ail, 240 litres d’oignons. Ils doivent aussi
payer d’autres quantités de produit, mais la
tablette est cassée à cet endroit.
PBS II/I 053711 Dar. II 2 [x] / VII, Hašbaya Paiement de 8 sicles d’argent pour 720 litres de
dattes par Rîbat à Tilapa’, fils de Minna’,
effectué à Hašbaya près de la palmeraie de
Tilapa’.

BE X 068 Dar. II 3 02 / VII, Nippur Reconnaissance de dette de 7200 litres de dattes,


équivalent d’une mine d’argent, au profit de
Rîbat à la charge de Rahim-ilî, fils de Taddi’. A
livrer le mois suivant.
PBS II/I 079712 Dar. II 3 [x], Nippur Contrat oral de location auprès de Rîbat d’une
vache et de semences d’orge et d’épeautre par
Bêlšunu, fils de Nabû-aqqabi. Loyer annuel de
3600 litres d’orge et 1800 litres d’épeautre.
PIHANS LXXIX n°95 Dar. II 4 [x], Nippur Reconnaissance de dette de 1800 litres
d’épeautre appartenant à Rîbat à la charge

711
[Cardascia, 1951 : 91].
712
[Cardascia, 1951 : 153].

294
d’Iddiya, fils de Nanaia-iddin. A rembourser par
2160 litres de dattes au mois VI de l’année.
PBS II/I 085713 Dar. II 4 20 / V, Nippur Injonction à comparaître devant Rîbat faite à
Nadinna, fils de Nadiri. Il doit être amené par
Iašubu, fils de Haka. S’il ne le fait pas, il doit
rendre 5 bœufs considérés comme volés par
Nadinna.
BE X 087 Dar. II 4 [x] / VII, Nippur Reconnaissance de dette pour 2700 litres de
dattes appartenant à Rîbat à la charge de son
serviteur Ninurta-uballiṭ. A livrer au cours du
mois.
BE X 099 Dar. II 5 18 / II, Nippur Contrat de location de terres du haṭru des
menuisiers pour trois ans par Rîbat. Il doit payer
comme loyer annuel à Hiduri, le préposé au
haṭru concerné, 150 sicles d’argent, une grande
jarre de bière, un mouton et 60 litres de farine.
PBS II/I 106714 Dar. II 5 [x] / III, Gabbara Contrat oral de location de terres, 24 bovins et
semences par Rîbat et Rahim, esclaves des
Murašû, auprès de Rimut-Ninurta. Loyer annuel
de 144 000 litres d’orge, 5400 litres de froment,
27 000 litres d’épeautre, 3600 litres de sésame,
180 000 litres de dattes.
PBS II/I 208715 Dar. II 5 25 / VI, Titurru Contrat oral de location de 5 filets (salitû) à
poissons par Makimnianni, fils de Bêl-ab-usur,
son fils Bi’ilia, Šaha[x] fils d’Išiya, Natin, fils de
Tâb-šalam, Zabid-Yâma, fils de Hinni-Bêl,
auprès de Rîbat. Loyer unique de 500 poissons,
à livrer le 15 du mois suivant. Pénalité d’un
paiement doublé s’ils ne l’ont pas fait.
PBS II/I 112716 Dar. II 5 18 / XI, Hašbaya Contrat oral de travail : Iltammeš-nurî, fils de
Bunene-ibni, et Mušallim-Enlil, fils d’Enlil-
šum-iddin, demandent à Rîbat d’être chargés de
la garde de l’étang de Bît-Dainâtu. Ils doivent

713
[Cardascia, 1951 : 165].
714
[Cardascia, 1951 : 154].
715
[Cardascia, 1951 : 171].
716
[Cardascia, 1951 : 171].

295
payer une compensation si du poisson est volé
depuis cet étang.
BE X 105 Dar. II 6 10 / III, Nippur Extrait de comptabilité : allocation par Rîbat à
son serviteur Amurru-upahhir d’un total de 166
ovins et caprins.
BE X 106 Dar. II 6 10 / III, Nippur Extrait de comptabilité : allocation par Rîbat à
Zabid-Nanaia d’un total de 109 ovins et caprins.
PBS II/I 118717 Dar. II 6 10 / III, Nippur Extrait de comptabilité : allocation par Rîbat à
Bêl-êtir, fils de Šamšaya, de 141 ovins et caprins.
Stolper 2001 n°5 Dar. II 6 10 / III, Nippur Extrait de comptabilité : allocation par Rîbat à
Abdâ’, serviteur de Rîbat, de 575 ovins et
caprins.
PBS II/I 124718 Dar. II 6 08 / IX, Nippur Allocation par Rîbat à Niddintu-Enlil, fils
d’Enlil-uballiṭ d’un champ près du canal
Tupšar-ekalli situé à Šabbaya. Niddintu-Enlil
doit un tiers de ce qu’il produit sur ce champ à
Rîbat.
BE X 115 Dar. II 6 09 / [x], Nippur Versement par Rîbat de 120 sicles d’argent
comme redevance-ilku sur deux domaines d’arc
du haṭru des Šumutkunaya. L’argent est reçu par
Bêl-ab-usur, le préposé de ce haṭru.
PBS II/I 131719 Dar. II 6 [x], Nippur Reconnaissance de dette de 3780 litres de dattes
appartenant à Rîbat à la charge de Bêl-nadin-ahi,
fils de Bêlaya, pour en faire de la bière. A livrer
au mois II de l’année en cours. Bêl-nadin-ahi a
reçu auparavant des jarres, pour lesquelles il a
payé un loyer.
BE X 123 Dar. II 7 27 / V, Nippur Paiement par Rîbat de 91 800 litres d’orge, une
partie du fermage annuel du canal Simmagir, à
Harmahi’, le mašennu subordonné à
Hurrimunnatu.

717
[Augapfel, 1917 : 83].
718
[Augapfel, 1917 : 75].
719
[Augapfel, 1917 : 19‑20].

296
PBS II/I 226720 Dar. II 7 14 / VII, Kapri- Vente par Rîbat de 7200 litres de dattes pour
lirimi 120 sicles d’argent à Liblutia, préposé du haṭru
des contremaîtres.
PIHANS LXXIX n°48 Dar. II 9 29 / VI, Nippur Rîbat reçoit le paiement d’une dette de 167 076
litres d’orge, fermage à la charge de Harmahi’,
fils de Hurunnatu, pour le compte de son maître
Rimut-Ninurta.

Ribât est tout d’abord un fournisseur de capital (semences, animaux, bien foncier, argent,
outils…) nécessaire pour l’exploitation agricole de champs et palmeraies, mais aussi pour d’autres
activités, comme la pêche ou la production de bière. Mais il est aussi lui-même locataire de terres
(palmeraies, champs céréaliers, mare à poissons), d’animaux et de semences, et ceci démontre la
manière par laquelle Ribât peut obtenir directement des revenus.

De la même manière que ses maîtres, nous retrouvons en effet Rîbat comme bailleur de
capital. Des contrats de location documentent cette fonction de l’esclave, où il prête les moyens
nécessaires pour exploiter un champ ou une palmeraie. Un cas typique est PBS II/I 044, où Rîbat
accorde à Bêl-ittannu et Taddinnu quatre bœufs et diverses semences : 2160 litres d’orge, 180 litres
de froment, 360 litres d’épeautre, 60 litres de pois chiches, 60 litres de lentilles, 12 litres de cresson,
60 litres de sésame, 180 litres d’ail et 60 litres d’oignons. En échange, Rîbat attend par an de leur
part des quantités plus grandes des produits en question : 21600 litres d’orge (ratio de 1 à 10), 1260
litres de froment (1 à 7), 3240 litres d’épeautre (1 à 9), 540 litres de pois chiches (1 à 9), 360 litres
de lentilles (1 à 6), 120 litres de cresson (1 à 10), 1800 litres de sésame (1 à 30), 720 litres d’ail (1 à
4) et 240 litres d’oignons (1 à 4). Les cultures en question sont bien plus diversifiées que celles que
nous retrouvons documentées dans les autres archives, sur une exploitation relativement petite par
rapport à d’autres sous la responsabilité de Rîbat. Le loyer à payer est ainsi un minimum à
rembourser à Rîbat721, le reste des récoltes constituant les revenus des exploitants. A une échelle
plus petite, PBS II/I 079 documente la location par Bêlšunu, fils de Nabû-aqqabi, d’une vache et
de semences d’orge et d’épeautre auprès de Rîbat. Le loyer annuel pour ces biens est de 3600 litres
d’orge et 1800 litres d’épeautre. Ici, aucune terre n’est louée par Bêlšunu : il doit s’agir d’un
exploitant indépendant qui emprunte du matériel d’exploitation pour son champ. Ce besoin est
rempli par Rîbat.

720
[Augapfel, 1917 : 18].
721
Ce loyer pour une terre sans canal loué est similaire à d’autres lisibles dans l’archive des Murašû, voir le
tableau de [Stolper, 1985 : 131].

297
Deux textes documentent la fonction de Rîbat comme allocataire de terres à des personnes
précises, chargées ensuite de les exploiter. Les conditions de ces allocations sont assez différentes
des contrats de location : aucun animal, aucune semence ou charrue n’est prêtée dans ces textes, et
aucun loyer n’est véritablement précisé. Selon PBS II/I 115, Rîbat alloue une palmeraie à Bêl-ah-
ittanu, un de ses serviteurs, esclave des Murašû. Le contrat précise le travail qu’il doit effectuer et
que tout ce qu’il récolte constitue ses bénéfices. Toutefois, si le travail d’entretien de la palmeraie
n’est pas effectué, Bêl-ah-ittannu doit payer cinq mines d’argent à Rîbat. Une situation assez
similaire se rencontre dans la tablette PBS II/I 124, où Rîbat accorde un champ céréalier près du
canal Tupšar-ekalli à Niddintu-Enlil, fils d’Enlil-uballiṭ. Il a pour seule obligation de donner un tiers
de ses récoltes à Rîbat, ce qui s’apparente à une forme de location mais paraît plus avantageux pour
Niddintu-Enlil. Lui comme Bêl-ah-ittannu doit toutefois amener leur propre capital pour
l’exploitation de ces terres. Cela semble aussi être un moyen pour Rîbat d’entretenir ses terres à
moindres frais, en instaurant des pénalités qui peuvent lui être avantageuses si le travail n’est pas
accompli, comme les cinq mines d’argent à payer par Bêl-ah-ittanu dans ce cas.

Cette capacité de prêt de Rîbat s’étend à d’autres domaines que l’agriculture. Rîbat investit
ainsi dans la production de bière selon BE IX 043, où il donne à Ah-iddin, fils d’Iddinaia, tout le
nécessaire pour réaliser de l’alcool de dattes : 1800 litres de dattes, 180 litres de kasû, 100 jarres (une
jarre pouvant contenir 180 litres de bière), du matériel de fermentation et de décantation de l’alcool
de dattes (six cuves et deux récipients), ainsi que deux ouvriers. L’obligation d’Ah-iddin est de livrer
100 jarres de bière, dont dix doivent être de bière-harṣu et šabbu, désignations pour des qualités
spécifiques de bière. Cette « location » se distingue ainsi du précédent texte : il s’agit davantage d’un
contrat de travail pour la production de bière. Aucune rémunération n’est mentionnée pour Ah-
iddin, qui doit peut-être recevoir une partie des bénéfices de la vente de la bière. Nous retrouvons
plusieurs étapes de la production de bière dans deux autres tablettes : PIHANS LXXIX n°39, où
Rîbat attend de son serviteur Mušêzib la livraison de 45 jarres de bière forte, produites à partir de
8100 litres de dattes issues du champ de Madûitu ; PBS II/I 131, où il prête 3780 litres de dattes à
Bêl-nadin-ahi, fils de Bêlaya, pour produire de la bière. Rîbat se distingue ainsi comme prêteur de
capital pour ensuite centraliser la bière produite et la revendre.

On le retrouve avec une fonction similaire dans la tablette PBS II/I 208, où il alloue cinq
filets à poissons à cinq personnes. Ils ont comme loyer à payer à Rîbat 500 poissons au 15 du mois
suivant, sinon ils ont à livrer 1000 poissons pour le 20. Cela assure ainsi à Rîbat une quantité
importante de poissons, en incitant les pêcheurs à ne pas échouer dans leur tâche du fait de la forte
pénalité. Ceux-ci trouvent probablement leur compte dans le surplus de poissons qu’ils peuvent

298
pêcher, tout en disposant de l’outil nécessaire pour réaliser leur travail. Enfin, Rîbat alloue des ovins
à des bergers, bien que leur usage nous paraisse assez indistinct. Les textes mentionnant ces prêts
sont en effet de simples listes des ovins et caprins concernés, sans clauses ni obligations pesant sur
les destinataires de ces animaux : BE X 105 (166 animaux confiés à Amurru-upahhir, serviteur de
Rîbat), BE X 106 (109 animaux pour Zabid-Nanaia), PBS II/I 118 (141 animaux pour Bêl-êtir, fils
de Šamšaya) et Stolper 2001 n°5 (575 animaux confiés à Abdâ’) constituent les quatre inventaires,
rédigés le même jour et concernant quatre bergers. G. Cardascia considére ces textes comme des
allocations sans besoin de formalités juridiques autres que les empreintes d’ongles des bergers
présentes sur les tablettes 722 . D’autres textes, formant des baux de location, ont été rédigés
auparavant, et ces listes constituaient ainsi des « mises à jour » des comptes du bétail concerné. Le
pâturage de ces ovins se fait hors des villes et ne nécessite un contrôle de la part de Rîbat qu’à
certaines occasions, lors de lesquelles ces textes sont rédigés et placent une responsabilité juridique
sur les bergers mentionnés723.

Le prêt d’animaux, semences, argent, etc… par Rîbat à différents exploitants n’est pas sans
risques pour lui, si l’on en croit PBS II/I 085. Il s’agit d’un document juridique obligeant Iašubu,
fils de Haka’, à livrer Nadinna, fils de Nadiri, à Rîbat. Peu de détails sont donnés à ce sujet, exceptée
la mention de cinq bovins volés par Nadinna. Si Iašubu n’amène pas Nadinna à Rîbat, il doit payer
les cinq bovins à ce dernier. Nadinna a donc pu garder pour lui des bovins qui lui ont été confiés
par Rîbat dans un contrat de location, ou il lui a volé ces bovins depuis l’endroit où ils étaient
gardés, connaissant Rîbat comme possesseur de ces animaux. Rîbat est sûrement identifié par une
bonne partie de la société nippuréenne comme possesseur de ces formes de capital ; les tentatives
de vol ne sont probablement pas inexistantes. Il peut enfin s’agir d’une rétention des animaux par
un exploitant n’ayant pas fini sa tâche à la fin des labours.

A l’inverse, Rîbat est aussi bien documenté comme locataire de terres agricoles, de
semences et d’animaux de trait. Nous le connaissons ainsi comme gestionnaire de champs et
palmeraies. A ce titre, il doit payer des loyers à hauteur du capital qu’il demandait, notamment à ses
maîtres. Un exemple typique est la tablette CBS 4999, où il demande à son maître Enlil-šum-iddin
un champ et un canal ainsi que d’importantes quantités de capital pour leur exploitation : soixante
bovins, quinze charrues, et des semences pour des cultures très diverses (céréales : orge, froment,
épeautre, plantes : millet, sésame, cresson, ail, légumineuses : pois chiches, lentilles, oignons de

722
[Cardascia, 1951 : 187].
723
Il pourrait s’agir d’un système de gestion de l’élevage assez similaire à celui observable pour les troupeaux de
l’Eanna et largement étudié par [Kozuh, 2006, 2010, 2015]. Les quantités gérées par Rîbat sont toutefois bien
moindres et l’utilisation de la laine, de la viande ou du lait des ovins et caprins n’apparaît pas vraiment dans le
reste de l’archive des Murašû.

299
différents types). Au loyer annuel exprimé en quantités importantes de ces différents produits,
s’ajoute un paiement supplémentaire de 3600 litres de kasû, 500 brassées de lin, deux bœufs et vingt
moutons. Ce type de contrat implique une organisation interne par les Murašu de leurs propriétés
foncières par leurs propres agents. Cela laisse une certaine autonomie à Rîbat pour l’exploitation
de ce champ tant qu’il paye son loyer, gardant pour lui les surplus produits. La présence du canal
Ugâri-dûr-Enlil dans le contrat indique aussi une indépendance quant à la gestion de l’eau pour les
Murašû. Certains produits présents dans ce contrat donnent quelques indices quant à l’utilisation
de ces cultures : le kasû est utilisé pour la production de bière et le lin pour des travaux textiles.

Nous distinguons Rîbat comme locataire de ses maîtres à deux reprises. Selon BE X 054,
il obtient en location de la part d’Enlil-šum-iddin un étang à poissons pour un loyer annuel très
elevé, trente mines d’argent, ainsi qu’un montant fixe mais non précisé de poissons. Le loyer
provient de la vente de poissons obtenus par l’exploitation de l’étang loué, ce qui indique un
commerce certainement très lucratif pour les Murašû et pour Rîbat si celui-ci obtient davantage
d’argent de cette pêche. Un autre document nous donne un indice sur la manière dont il organise
cette pêche dans un autre étang. Selon PBS II/I 112, Iltammeš-nûri, fils de Bunene-ibni, et
Mušallim-Enlil, fils d’Enlil-šum-iddin, sont engagés par Rîbat pour garder l’étang de Bît-Dainâtu.
Leur tâche est d’empêcher tout vol de poissons depuis cet étang ; si du poisson a été dérobé, ils
doivent payer une compensation à hauteur des quantités perdues. Un troisième gardien est engagé
par Rîbat selon PBS II/I 111 724, rédigé le même jour au même endroit : Bêl-ahišu, un de ses
serviteurs. Contrairement aux deux autres, sa pénalité est précisée à dix mines d’argent si du poisson
est volé. Cela indique une gestion indirecte par Rîbat de ce type d’exploitation, confiées à d’autres
personnes, surveillées par des travailleurs engagés.

Nous retrouvons aussi Rîbat, partenaire d’un autre esclave des Murašû, Rahim-ilî, dans le
contrat de location PBS II/I 106. Ils demandent à Rîmût-Ninurta des terres ainsi que vingt-quatre
bovins et diverses semences (orge, froment, épeautre, sésame et dattes) pour leur exploitation. De
nouveau, par ces deux exemples, nous retrouvons Rîbat comme gestionnaire du patrimoine foncier
de ses maîtres. Les locations de Rîbat ne se limitent toutefois pas à une organisation du domaine
agricole des Murašû. En effet, il loue aussi des terres à des bailleurs extérieurs à la famille de ses
maîtres.

Rîbat loue ainsi une palmeraie pour trois ans à Lâbâši et Bêl-ubalissu, fils de Šiški, pour un
loyer annuel de 9000 litres de dattes et 1800 litres d’orge (PBS II/I 175). Le contrat ne mentionne
ni semences, ni animaux loués : Rîbat peut en effet investir dans cette palmeraie à partir de son

724
[Augapfel, 1917 : 96].

300
propre capital, louant uniquement le terrain. En plus du loyer s’ajoute un paiement supplémentaire
de deux grandes jarres de bière, 360 litres de farine et 180 litres d’orge, servant de « cadeau » lié au
maintien d’une sociabilité entre bailleur et locataire. Parfois, le loyer à payer par Rîbat ne provient
pas directement des cultures produites sur les champs loués. C’est ce que l’on perçoit selon BE X
099, où Rîbat loue auprès de l’administration plusieurs terres liées au haṭru des menuisiers pour
trois ans, en payant par an 150 sicles d’argent, une grande jarre de bière, un mouton et 60 litres de
farine. Si la bière et la farine peuvent être produites à partir de l’orge et des dattes récoltées sur ces
terres, ou si l’argent provient de la vente de ces produits, le mouton ne paraît pas lié à l’exploitation
des terres louées. Là encore, Rîbat dispose de ses propres moyens pour cela et ne loue ni semences,
ni animaux. Le problème pour Rîbat, que ce soit dans ses contrats avec ses maîtres ou d’autres
personnes, est donc l’accès à la terre. La différence étant que, pour les premiers, il s’agit d’une
formalisation de l’exploitation de biens fonciers par les Murašû, alors que pour les seconds, nous
pouvons imaginer une autonomie économique de Rîbat.

Au-delà de la distinction entre Rîbat bailleur et Rîbat locataire, une partie de notre
documentation nous permet de présenter la gestion des intérêts agricoles des Murašû ou des siens
propres par Rîbat. Nous retrouvons ainsi des « reconnaissances de dette » et autres estimations
forfaitaires qui témoignent de la manière dont l’acquisition des récoltes par Rîbat se fait. Certaines
de ses tablettes nous permettent aussi de comprendre comment les Murašû étendent leur
patrimoine foncier. Ainsi selon PBS II/I 012, une estimation forfaitaire de 8100 litres de dattes à
la charge de six personnes qu’ils doivent livrer à Rîbat le mois suivant. Les terrains travaillés font
partie d’un domaine d’arc dont ils ont la responsabilité dans la ville de Gambula, et ce contrat
contient la clause selon laquelle ils sont mis en gage auprès de Rîbat tant qu’il n’est pas remboursé.
Si la récolte n’est pas livrée, il peut ainsi obtenir des champs comme garantie. Plusieurs autres
contrats présentent les obligations de différents exploitants auprès de Rîbat : 7200 litres de dattes
à la charge de Rahim-ilî, fils de Taddi’ (BE X 068), 2160 litres de dattes à celle d’Iddiya, fils de
Nanaia-iddin (PIHANS LXXIX n°95)725, 2700 litres de dattes de la part de son serviteur Ninurta-
uballiṭ (BE X 087). Rîbat obtient ainsi de différents exploitants des dattes. Elles font l’objet d’un
commerce par Rîbat visible aussi dans nos sources : il en achete 720 litres pour huit sicles d’argent
à Tilapa’, fils de Minna’ (PBS II/I 053), en vend 7200 litres pour 120 sicles d’argent à Libluṭia

725
La reconnaissance de dette implique tout d’abord 1800 litres d’épeautre, mais qui doit être payée en dattes.
L’épeautre a pu être livré à Iddiya, pour répondre à ses propres besoins ou comme semence, ce contre quoi il
doit payer à partir de ses récoltes de dattes.

301
(PBS II/I 226)726. Une autre étape de la redistribution des produits agricoles accomplie par Rîbat
est la livraison de fermages d’orge à des officiers royaux, documentée à deux reprises : il livre en
effet 91 800 litres d’orge comme fraction du fermage annuel sur le canal Simmagir à l’officier-
mašennu Harmahi’, subordonné de Hurrimunnatu (BE X 123), puis deux ans plus tard, par
l’intermédiaire de Hanunu, fils de Bêl-ereš, 167 076 litres d’orge au même officier pour le même
canal (PIHANS LXXIX n°48). Les mašennû étaient des officiers royaux achéménides chargés, entre
autres prérogatives, de la collecte de récoltes sur les domaines royaux. Les Murašû leur servent
d’agents centralisant les différentes quantités de produits agricoles pour les livrer ensuite à un de
ces mašennû, ici Hurrimunnatu représenté par Harmahi’727. Rîbat, pour le compte de ses maîtres, est
un agent de cette organisation.

Nous le retrouvons d’ailleurs à deux reprises payant la redevance-ilku pesant sur des
domaines d’arc. Il paye ainsi vingt sicles d’argent, ilku de l’an I de Darius II, pour un cinquième
d’un domaine d’arc dont il a la responsabilité à Enlil-mukîn-apli (PBS II/I 024)728 ; il est précisé
que le reçu doit être donné à Rîbat, ce qui permet de prouver devant l’administration royale ce
paiement et qui explique pourquoi nous disposons du texte. Il s’agit ainsi d’une taxe pesant sur une
propriété propre à Rîbat et non à ses maîtres. Il peut aussi servir d’agent pour le paiement d’autres
taxes, comme BE X 115 l’indique : il y paye 120 sicles d’argent pour l’ilku de l’an 6 de Darius II
pesant sur deux domaines d’arc du haṭru des Šumutkunaia, à Bêl-ab-uṣur, le responsable de ce haṭru.
Rîbat collecte les sommes d’argent de différents exploitants de ce haṭru avant de le livrer à son
responsable administratif.

Enfin, un contrat de travail à la charge de Rîbat indique la diversité de ses activités pour le
compte de ses maîtres. Selon PIHANS LXXIX n°98, il doit réaliser ou obtenir 500 poutres de
bois longues de 18 coudées (9 mètres) pour Enlil-šum-iddin. Nul usage de ces poutres n’est
mentionné : s’agissait-il de bois utile aux structures de bâtiments, comme pour Nbn. 441 ? Cela
s’ajoute dans tous les cas à la fonction de Rîbat comme intermédiaire : il est responsable de la
fabrication des poutres, mais il n’est probablement pas celui qui allait effectivement les réaliser. Il
sert en réalité de lien entre un artisan et son maître qui le charge d’une telle tâche.

726
Dans le premier cas, cela se rapporte à 90 litres de dattes pour un sicle d’argent, dans le second, 60 litres pour
un sicle, ce qui constitue des taux relativement proches. Les prix observés dans l’archive des Murašû sont souvent
de deux sicles pour 180 litres de dattes, donc assez proches de ces deux valeurs, voir [Cardascia, 1951 : 4].
727
Concernant les mašennû et leurs relations avec les Murašû, voir [Stolper, 1985 : 45‑49].
728
[Gordin et Zadok, 2016] constitue une étude du dossier des quatre reçus fiscaux d’Enlil-mukîn-apli et qui
permettent d’étudier sa carrière administrative dans la région de Nippur. Il est un scribe-dalû (pouvant écrire en
araméen) et le responsable (šaknu) des menuisiers selon PBS II/I 024 et PBS II/I 046, puis un préposé (paqdu)
des menuisiers (PBS II/I 092), ce qui indiquerait une relégation de cet officier selon les auteurs. Nous retrouvons
Enlil-mukîn-apli dans trois textes liés à Rîbat et Ninurta-uballiṭ (PBS II/I 024, BE X 078, PBS II/I 092).

302
Rîbat, tout comme Madânu-bêl-usur pour les Egibi ou d’autres esclaves, est un agent
important et capable de développer des activités économiques pour son propre compte. Il participe
aux intérêts fondamentaux de ses maîtres : le prêt de capital à des exploitants agricoles, puis la
gestion de domaines pour le compte des Murašû. Les récoltes de dattes et de différentes céréales
se relie ensuite à d’autres productions, celle de la bière étant la mieux représentée. La présence de
lin et d’ovins dans quelques documents indique peut-être des formes de production textile. Enfin,
Rîbat dispose d’étangs à poissons, qu’il gère de manière indirecte et qui peuvent se révéler très
lucratifs. Rîbat semble bien disposer d’un patrimoine foncier propre, en tout cas de domaines placés
sous sa responsabilité : il alloue des palmeraies et des champs, et paye à une reprise une taxe sur
une fraction d’un domaine d’arc à son nom. La location de capital grâce à laquelle il reçoit des
loyers conséquents, en dépit d’éventuelles redistributions à ses maîtres, lui procure des revenus
assez importants, qui sont certainement à l’origine de cette acquisition de patrimoine. A cela nous
pouvons ajouter des fonctions de représentation de la part de cet esclave, par des paiements de
taxes à des officiers royaux achéménides notamment. Pour la réalisation de toutes ces activités,
Rîbat s’appuye sur plusieurs esclaves des Murašû, souvent désignés comme ses serviteurs. L’un
d’entre eux, Ninurta-uballiṭ, fils de Mušêzib, apparaît à plusieurs reprises, parfois comme acteur
autonome semblable à Rîbat, parfois comme représentant de ce dernier.

Activités de Ninurta-uballiṭ
Texte Date et lieu de rédaction Résumé
BE X 055 Dar. II 1 28 / XII, Nippur Association entre Ninurta-uballiṭ et Ab-giširi-zabdu,
fils de Bêl-eriba, pour l’exploitation d’un champ à Bît-
Hadiya. Ils se partagent les revenus.
PBS II/I 056729 Dar. II 2 04 / [x], Nippur Contrat de location de semences par Ninurta-uballiṭ à
Nillata et Mannu-ki-Nanaia, d’autres esclaves de
Rîmût-Ninurta. Loyer unique de 4500 litres d’orge, 900
litres d’épeautre, 120 litres de froment.

729
[Cardascia, 1951 : 152].

303
BE X 073 Dar. II 3 12 / VIII, Nippur Annulation d’une créance à la charge de Ninurta-
uballiṭ. Il a payé une dette de froment, de pois chiches
et d’argent qu’il devait à Silim-ilî, fils de Lâbâši.
PBS II/I 069730 Dar. II 3 02 / IX, Nippur Reconnaissance de dette d’un kur de froment
appartenant à Ninurta-uballiṭ et à la charge d’Iddiya,
fils de Nanaia-iddin. A livrer dans trois mois.
BE X 077 Dar. II 3 09 / XI, Nippur Ninurta-uballiṭ se porte garant du paiement d’une
dette de 450 litres d’orge à la charge de Yâhu-lakim
auprès d’Aplaya.
BE X 078 Dar. II 3 01 / XII, Nippur Reçu par Enlil-mukîn-apli d’un paiement de 10 sicles
d’argent pour redevance-ilku par Ninurta-uballiṭ qui
était à la charge de Rîbat.
PBS II/I 092731 Dar. II 4 04 / X, Nippur Reçu de 24 sicles d’argent et autres redevances dues au
roi et en lien avec des biens de Rîbat. Elles sont payées
à Enlil-mukîn-apli par Ninurta-uballiṭ.
BE X 104 Dar. II 5 11 / XIIb, Reconnaissance de dette de 270 litres d’orge
Hašbaya appartenant à Rîbat, représenté par Ninurta-uballiṭ et
Bêl-ittannu, à la charge de Bêl-êtir, fils de Guzia. A
livrer dans deux mois.
PBS II/I 129732 Dar. II 6 13 / XIIa, Nippur Reconnaissance de dette de 1800 litres d’orge
appartenant à Libluṭ, fils de Lâbâši, à la charge de
Ninurta-uballiṭ.
PIHANS Dar. II [x] [x] / V, Nippur Contrat de location d’une palmeraie par Ninurta-
LXXIX n°32 uballiṭ et Nabu-ittannu, esclaves des Murašû.

Ninurta-uballiṭ remplit des fonctions assez similaires à celles de Rîbat733. Un contrat de


fermage le documente comme bailleur de semences de céréales et plantes (orge, épeautre, froment,

730
[Augapfel, 1917 : 66].
731
[Gordin et Zadok, 2016 : 43‑44].
732
[Cardascia, 1951 : 67].
733
Rappelons qu’il est le fils de Mušêzib, un autre esclave des Murašû au service de Rîbat. Nous l’avons déjà
aperçu à travers le contrat PIHANS LXXIX n°39, où il doit livrer à Rîbat quarante-cinq grandes jarres de bière,
produites à partir des dattes de la palmeraie située à Madu’îtu. Il est aussi responsable d’une palmeraie à Nâr-
Šalla, domaine d’arc de Rîbat et Ninurta-eṭir (PBS II/I 081) ; il agit dans ce texte comme agent de Rîbat en confiant
la palmeraie pour deux ans à deux jardiniers, Dâdîya et Enlil-dana, fils d’Ahabu. Ceux-ci doivent entretenir et
travailler la palmeraie et peuvent garder les récoltes, mais des récoltes sont attendues par Rîbat et Ninurta-eṭir
car, si les deux jardiniers ne les livrent pas à hauteur des estimations forfaitaires, Mušêzib et Ninurta-eṭir doivent
leur livrer 11 340 litres de dattes et du sésame pour qu’ils puissent les payer. Mušêzib agit donc déjà au service
de Rîbat et peut être l’un de ses agents, fonction que remplit aussi son fils Ninurta-uballiṭ.

304
sésame) et d’une charrue à deux autres esclaves des Murašû, Nillata’ et Mannu-ki-Nanaia, pour un
loyer annuel exprimé en céréales734 (PBS II/I 056). Il n’est pas fait mention de terres à cultiver ou
d’animaux, dont les deux esclaves disposent de Rîmût-Ninurta, peut-être loués dans un autre
contrat. Ninurta-uballiṭ peut louer des terres à des exploitants, afin qu’ils les entretiennent pour
son compte. C’est ce que l’on arrive à discerne selon PIHANS LXXIX n°32, toutefois assez
cassée. Il s’agit d’une allocation d’une palmeraie à au moins deux personnes, similaire à
PBS II/I 115 et PBS II/I 124. Les « jardiniers » employés sont ainsi chargés de l’entretien et
l’exploitation du terrain. Ils sont peut-être redevables d’une partie de leurs récoltes, mais les
passages concernant cette redevance ne sont pas très lisibles.

Nous le voyons ensuite présent dans deux « reconnaissances de dette » où il reçoit de l’orge
ou de froment de la part d’exploitants qui doivent lui livrer ces céréales : 180 litres de froment à la
charge d’Iddiya, fils de Nanaia-iddin, à livrer trois mois plus tard (PBS II/I 069)735, 270 litres d’orge
à la charge de Bêl-eṭir, fils de Guzia (BE X 104). Ce dernier exemple se distingue toutefois de
l’autre, car Ninurta-uballiṭ n’y est que le représentant, avec Bêl-ittannu, de Rîbat. Il est ainsi un
intermédiaire entre l’exploitant et Rîbat, qui a pu prêter du capital à Bêl-eṭir ou chargé de récolter
la production d’un exploitant indépendant.

A l’inverse, tout comme Rîbat, Ninurta-uballiṭ peut être locataire de terres agricoles ou
redevables de récoltes. Il est ainsi un partenaire d’Ab-giširi-zabdu pour l’exploitation d’un champ
de 6,75 hectares appartenant au râb mugi, un officier militaire dont la fonction est assez mal connue
(BE X 055). Cela indiquerait une implication dans la gestion des terres appartenant à
l’administration achéménide par Ninurta-uballiṭ et un partenaire extérieur aux Murašû, visiblement
sans loyer à payer. Les récoltes produites sont partagées entre l’esclave et son partenaire, ce qui
accorde à Ninurta-uballiṭ une source de revenus indépendante de ses liens avec son maître. Les
obligations de livraisons de produits agricoles par Ninurta-uballiṭ se retrouvent à plusieurs reprises.
Ainsi, il paye froment, pois chiches (quantités non précisées) et une somme d’argent à Silim-ilî, fils
de Lâbâši, et la tablette BE X 073 constitue l’annulation de cette dette réglée ; il doit livrer 1800

734
Avec les ratios suivants, assez faibles par rapport à ceux observés dans l’ensemble de l’archive des Murašû,
pour des quantités qui paraissent celle d’une petite exploitation : 1 à 8 pour l’orge, 1 à 5 pour l’épeautre, 1 à 3
pour le froment, 1 à 2 pour le sésame. Le loyer pour la charrue serait d’un sicle d’argent si l’on en croit la ligne
17 de la tablette, mention rajoutée dans la liste des témoins. Le début de la tablette est cassé et la désignation
de la charrue en plus des semences n’est ainsi pas lisible. Voir à ce sujet les commentaires sur cette tablette de
G. Cardascia dans [Cardascia, 1951 : 152‑153].
735
Nous retrouvons ici le même exploitant qui, un an après la rédaction de cette tablette, doit 1800 litres
d’épeautre à Rîbat, à rembourser en dattes (PIHANS LXXIX n°95). Le réseau d’exploitants avec qui travaillent
Rîbat et Ninurta-uballiṭ peut ainsi être le même.

305
litres d’orge à Libluṭ, fils de Lâbâši (PBS II/I 129)736. Ces deux exemples indiquent son implication
dans la centralisation de récoltes puis leur redistribution auprès d’exploitants pour qui il doit
s’occuper de terrains agricoles. Les Murašû sont rarement locataires de biens fonciers mais Rîbat
comme Ninurta-uballiṭ se distinguent à ce sujet. Ils semblent bien participer à l’exploitation agricole
de terres n’appartenant pas aux Murašû.

Enfin, Ninurta-uballiṭ agit, pour le compte des Murašû ou d’autres personnes, comme agent
dans le paiement de taxes ou de dettes. Il était tout d’abord le garant de la livraison d’une récolte
d’orge à la charge de Yâhu-lakim pour Aplaia (BE X 077). Nous ne connaissons pas les liens
économiques liant Ninurta-uballiṭ avec ces personnes, mais son statut d’esclave des Murašû et ses
capacités à mobiliser du capital faisaient qu’il pouvait remplir ce type de garantie juridique pour
d’autres exploitants. Son rôle d’agent des Murašû est d’autant plus visible dans deux paiements
d’ilku envers Enlil-mukîn-apli, mentionné plus haut dans notre analyse des actitités de Rîbat. Dans
BE X 078, le prélèvement de dix sicles d’argent depuis un domaine d’arc de Rîbat est effectivement
payé par Ninurta-uballiṭ, qui est ainsi l’agent de Rîbat ; il accomplit la même fonction pour d’autres
bien fonciers à la disposition de Rîbat selon PBS II/I 092, où il paya vingt-quatre sicles d’argent à
Enlil-mukîn-apli pour l’ilku. Les taxes pesant sur le patrimoine foncier des Murašû et leurs esclaves
étaient ainsi réglées par l’utilisation d’agents comme Ninurta-uballiṭ, délégué lui-même par Rîbat
pour ce faire.

Ninurta-uballiṭ, tout comme son père Mušêzib, est moins documenté que Rîbat, leur
« maître », mais remplit les mêmes fonctions que celui-ci. Il peut aussi bien être bailleur de capital
pour des exploitants agricoles tout comme locataire de palmeraies et champs. Pour les Murašû, il
agit à plusieurs reprises comme leur représentant dans le paiement de taxes à l’administration royale
pesant sur des parties de leur patrimoine foncier. Mušêzib comme Ninurta-uballiṭ participent ainsi
comme intermédiaires de la gestion des activités des Murašû, souvent délégués de Rîbat. C’est de
cette manière que nous comprenons leur présentation dans nos sources comme « serviteur(s) de
Rîbat » : ils sont bien des esclaves des Murašû, mais Rîbat peut en disposer pour réaliser certaines
actions. Cela ne différe pas vraiment de ce que nous observons dans une archive comme celle des
Egibi, où Madânu-bêl-uṣur ou Nergal-rêsû’a sont très documentés mais se retrouvent souvent en
lien avec d’autres esclaves de leur maître. Il s’agit d’un réseau d’esclaves, disposant d’une certaine

736
Il nous est impossible de dire s’il s’agit du frère du créancier précédent, mais cela serait intéressant si c’était
le cas, présentant ainsi la création de liens d’affaires par Ninurta-uballiṭ avec les membres d’une même famille.

306
confiance des Egibi pour la gestion d’exploitations agricoles et le développement de leurs intérêts
économiques dans la région babylonienne.

Dans l’archive des Murašû, ce réseau se retrouve mais il est davantage formalisé dans
l’écriture des contrats, indiquant des liens de subordination entre esclaves propres à une
organisation interne opérée par les Murašû. Ceci est nécessaire pour affirmer leur présence à
différents endroits de la région de Nippur et s’assurer du maintien de liens économiques avec les
exploitants disposant du capital prêté par eux, de la réception des récoltes dues, etc… D’autres
esclaves, moins présents dans nos sources que Ninurta-uballiṭ, se retrouvent avec de mêmes
fonctions : Rahim, partenaire de Rîbat dans PBS II/I 106 ; Bel-ah-ittannu dans PBS II/I 115 ;
Amurru-upahhir (BE X 105) ou Abdâ (Stolper 2001 n°5). Un réseau d’esclaves réalisant des
activités diversifiées et coordonnés par Rîbat et qui doit, ultimement, être plus étendu que ce que
nous en discernons dans notre documentation.

Bilan

Les activités des esclaves-agents constituent les mieux documentées des esclaves en
situation active dans notre documentation. Par rapport aux esclaves domestiques et aux artisans, la
proportion de sources disponibles est incomparable mais sans doute trompeuse. Il paraît normal
que ces occupations soient les mieux connues tant elles sont proches de celles de leurs maîtres et
fondamentales pour la gestion de leur patrimoine. Sur l’ensemble de la période, leur présence
comme prêteurs de capital (sous toutes ses formes), récipiendaires de récoltes agricoles,
gestionnaires de commerce conserve une forte cohérence quelle que soit la région où l’esclave était
présent et le domaine de l’économie concernéee. Ces activités génèrent une large documentation
écrite. Si Balâṭu, esclave de Rêmut-Bêl à Borsippa constitue une exception étant donné qu’il
s’intégre au domaine de l’économie prébendière et non à celui de l’agriculture, ses fonctions sont
similaires à celles des autres esclaves-agents : il sert d’intermédiaire, capable de prendre certaines
initiatives, développe ses propres intérêts créateurs de revenus hors de la sphère d’activité de son
maître. Quel que soit le secteur économique concerné, les esclaves-agents discernés dans les
archives privées de Babylonie pour notre période d’étude ont la même utilité pour leur maître,
bénéficiant de ce fait d’une certaine autonomie économique.

307
Dépendance du temple : organisation du travail et activités
économiques des širkû

Suite à l’étude de l’esclavage et ses fonctions dans la société babylonienne, des statuts socio-
économiques différents des esclaves et de l’autonomie qui peut leur être accordée dans leur gestion
de leurs affaires et celles de leur maître, il nous faut maintenant nous intéresser au travail réalisé par
les dépendants des temples babyloniens. Nous allons nous intéresser aux sources disponibles afin
de discerner les fonctions des širkû pour les temples, leurs divers domaines d’activité et les
hiérarchies présentes au sein de l’organisation du travail des širkû. Ce sont principalement les
archives de l’Ebabbar de Sippar et de l’Eanna d’Uruk qui vont nous être utiles. Selon l’archive
concernée, la documentation disponible est de nature sensiblement différente.

Celle de l’Ebabbar est davantage d’ordre administratif, constituée principalement de listes


de rations, d’allocations de matières premières utiles à l’artisanat. Celle d’Uruk contient aussi ce
type de textes, mais y rajoute divers documents concernant des travaux de surveillance de
sanctuaires ou de troupeaux réalisés par des dépendants, des lettres, ainsi qu’une documentation
d’ordre judiciaire. Les activités économiques documentées par ces tablettes, que ce soit à Sippar ou
à Uruk, sont toutefois globalement les mêmes (agriculture, artisanat, construction), ce qui nous
invite à produire ici, sans distinguer ces deux villes dans l’organisation de notre étude, une synthèse
de cette documentation et des travaux qui ont été produits jusqu’ici au sujet des širkû. Notre
perspective d’analyse cherchera ainsi à distinguer, selon les activités économiques des dépendants,
les hiérarchies présentes au sein des temples les concernant et percevoir les différents statuts socio-
économiques des širkû.

308
Les dépendants du temple et les travaux agricoles

La principale difficulté concernant l’identification des dépendants du temple comme


travailleurs agricoles réside dans l’absence assez courante de la mention du mot « širku » pour
désigner le statut de ces travailleurs dans la documentation correspondante. Il est bien plus courant
de voir utilisé un terme concernant la fonction d’un travailleur dans le processus de production que
celui identifiant son statut par rapport au temple. Ainsi, un agriculteur peut être présenté comme
« ikkaru » (laboureur, travaillant sur un champ céréalier) ou « nukkuribu » (jardinier d’une palmeraie
de palmiers-dattiers), ce qui permet de comprendre les tâches matérielles qu’il peut réaliser sur une
exploitation agricole, mais n’est pas suffisant pour déterminer son statut social et juridique,
notamment s’il est dépendant du temple ou non. Cette ambiguïté propre à nos sources a été bien
identifiée par différents chercheurs737. Les laboureurs et jardiniers peuvent ainsi être des dépendants
mobilisés par le temple pour travailler ses terres, mais la documentation disponible ne permet pas
réellement de donner les proportions précises entre travailleurs dépendants et travailleurs libres.
Les temples ont des problèmes structurels d’obtention de main-d’œuvre pour l’exploitation de leurs
terres et ont fortement recours à l’engagement de saisonniers et diverses personnes ne faisant pas
partie de ses réserves de main-d’œuvre que constituaient les dépendants 738 . De plus, les
mobilisations de ces dépendants à différentes reprises (de la part des temples ou de l’administration
royale) pour des travaux de construction et d’hydrologie, comme nous le verrons, peuvnt aussi
amener de fortes limitations à l’usage de dépendants dans l’exploitation céréalière ou fruitière.
L’importance de la main-d’œuvre dépendante au niveau le plus bas de l’exploitation agricole
pourrait ainsi être relativisée. Cela se révèle peut-être d’autant plus vrai lorsque l’on se rend compte
de la faible proportion de la documentation disponible documentant directement des oblats
effectuant des tâches agricoles, quelle que soit l’archive étudiée.

Parmi les listes de rations, dont nous disposons en grand nombre pour l’Ebabbar et en
moindre quantité pour l’Eanna, il est fait peu mention de širkû comme travailleurs agricoles. Cela
tient tout d’abord aux raisons de rédaction de ce type de tablette. Elles concernent en effet avant
tout des allocations par le temple à des travailleurs, aux statuts variés, lors de leur mission hors de

737
Le plus récemment par B. Janković dans son étude sur l’économie agricole de l’Eanna d’Uruk : [Janković,
2013 : 29‑30] pour le statut des laboureurs (ikkarû), [Janković, 2013 : 67‑68] concernant celui des jardiniers
(nukurribû). La distinction entre ikkaru et errešu établie par [Jursa, 1995] est aussi bien résumée par [Janković,
2013 : 62] : les laboureurs ne disposent d’aucun capital propre et sont engagés, ou mobilisés dans le cas des
dépendants du temple, par le temple pour travailler sur son patrimoine foncier. Les errešû (métayers) disposent
de certaines formes de capital (semences, animaux, outils, argent) et peuvent travailler en relation contractuelle
avec le temple.
738
[Jursa, 2010 : 27, 685].

309
la ville et, souvent, hors des domaines du temple. Les rations d’orge, de dattes ou d’autres produits
doivent durer pour une durée limitée (de quelques jours à quelques mois), celui du voyage puis du
travail à réaliser. En dehors de ce cas, la plupart des professions recevant des rations des temples
se rattachent au domaine de l’élevage et de l’artisanat, où nous retrouvons effectivement des širkû.
De ce fait, quasiment aucune de ces listes de rations ne concerne des travaux propres aux
exploitations agricoles possédées par les temples. La culture des céréales ou des dattes par des
dépendants du temple ne doit pas, en réalité, laisser beaucoup de traces écrites, ce qui explique en
partie le peu de sources concernant l’implication des oblats à ce niveau.

Oblats gestionnaires agricoles de l’Eanna : les rab epinni

D’autres types de documents mentionnent toutefois des dépendants des temples impliqués
dans l’exploitation agricole et ce comme gestionnaires, donc comme intermédiaires entre
l’administration du temple et les laboureurs, dépendants ou non. Ces mentions sont rares si nous
les mettons en relation avec la place de ceux qui ne sont pas des oblats dans l’administration des
temples, mais invitent à redéfinir la position sociale de l’ensemble de cette population dépendante
en ce qui concerne l’agriculture. Le contrat YOS VII 047739 (Cyr. 6, 3+ / XIIb, Uruk, Eanna) en
est un exemple particulièrement intéressant. Il présente la location par Innin-šum-uṣur, fils de
Šapišû, oblat de l’Eanna, d’une palmeraie de cinq kur de superficie (6,75 hectares) située près du
canal Harri-ša-Nabû-ušallim auprès du šatammu et de l’officier royal chargé de l’Eanna. La terre en
question lui est confiée pour cinq ans pour la culture et l’entretien des palmiers, mais aussi de sa
portion arable, pouvant produire ainsi dattes et céréales. La redevance à payer porte sur douze
palmiers, mais aucune quantité précise de dattes à livrer n’est donnée. Ce n’est qu’au bout de ces
cinq années qu’elle porte sur l’ensemble de la palmeraie. Le contrat est établi pour la période de
croissance de la palmeraie, après quoi elle est arrivée à matûrité et peut être exploitée de manière
régulière. Innin-šum-uṣur doit ainsi obtenir et gérer de lui-même les moyens de production
nécessaires pour l’exploitation de ce terrain : obtention d’outils, animaux et main-d’œuvre pour le
travail d’une assez grande palmeraie. Il peut régler cela lui-même ou alors en confiant des parties
de cette terre à d’autres exploitants, sous-louant ainsi une partie du patrimoine foncier du temple.

739
[Cocquerillat, 1968b : 46].

310
Nous retrouvons des oblats de l’Eanna comme gestionnaires d’une exploitation agricole
dans la tablette YOS VII 136 (Camb. 2, 09 / VI, Uruk, Eanna), une reconnaissance de dette pour
quarante-deux kur de dattes d’une palmeraie de l’Eanna, à la charge de quatre fils de Sîn-nâdin-
šumi : Šulaya, Ištar-zêr-ibni, Šamaš-iqiša et Guzanu. La terre en question est placée sous le fermage
d’Ardiya, fils de Nabû-bân-ahi, descendant de Rîmût-Ea740. Leur statut de dépendants du temple
n’est pas indiqué sur cette tablette, mais nous savons qu’ils étaient oblats car Šulaya est mentionné
dans un texte datant de cinq mois plus tôt, TCL XIII 152741 (Camb. 2, 12 / I, Uruk, Eanna). Il
s’agit d’une déclaration du šatammu et de l’officier royal chargé de l’Eanna à dix laboureurs oblats
et chefs de charrue (rab epinni) de l’Eanna, dont Šulaya, leur donnant l’ordre d’aller à Babylone treize
jours plus tard pour y travailler, selon les instructions de Gubaru, gouverneur de Babylonie. Si
Šulaya est un oblat, c’est qu’il a hérité de ce statut de son père Sîn-nâdin-šumi, tout comme ses
frères. Nous les identifions ainsi dans une position de gestionnaire d’une palmeraie, redevable à
l’Eanna, à travers le fermage d’Ardiya, d’une quantité fixée de dattes et des produits annexes de
cette culture.

Les rab epinni de l’Eanna, présents dans TCL XIII 152, paraissent ainsi avoir été des
dépendants occupant une position de gestionnaires dans le système d’exploitation agricole propre
à l’Eanna. B. Janković, dans son travail sur l’économie agricole de ce temple, a bien identifié ce
groupe particulier de dépendants, responsables de la réception de diverses récoltes pour le compte
de Fermes Générales ; ils se situent ainsi à un niveau intermédiaire dans ce qui constituerait la
hiérarchie interne de l’Eanna. Aux dix chefs de charrue oblats mentionnés dans ce texte (Šulaya,
Aqriya, fils de Nabû-dalâ, Suqqâya, fils de Nanaia-ereš, Nâ’id-Ištar, fils d’Arad-Innin, Mukkêa, fils
d’Innin-zêr-ušabši, Šadûnu, fils de Libluṭ, Etellu, fils de Zêriya, Innin-ahhê-iddin, fils d’Innin-šum-
uṣur), nous pouvons rajouter Nikkaya, fils de Nabû-šar-uṣur, et Ina-ṣilli-Nanaia, fils d’Innin-šum-
uṣur. L’ensemble de la documentation qui les concerne nous permet de percevoir en détail leurs
responsabilités. Le tableau suivant constitue un résumé de ces activités :

Activités des rab epinni de l’Eanna d’Uruk


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
YOS VII 105742 Camb. 0, 21 / Via Reconnaissance de dette de 3600 litres de dattes
envers Ardiya pour son fermage, à la charge de
Nabû-iltuya, fils de Nabû-ah-iddin. Nâ’id-Ištar se
porte garant de la livraison de cette récolte.

740
Pour la carrière d’Ardiya, voir [Janković, 2013 : 219‑227]
741
[Kümmel, 1979 : 100 ; Tolini, 2011 : 225‑226].
742
[Cocquerillat, 1968b : 57].

311
NBC 4612743 Camb. 1, 10 / XII Obligation de rendre 36 000 litres de dattes ou d’orge
par les rab epinni d’ici trois mois. 36 000 litres de
dattes leur avaient été livrés pour des rations pour
leurs laboureurs, mais le travail prévu ne semble pas
avoir été fait. L’administration de l’Eanna demande
dès lors la restitution de ces rations.
TCL XIII 152744 Camb. 2, 12 / I Les rab epinni reçoivent l’ordre de l’administration de
l’Eanna d’assigner des travailleurs à la surveillance de
céréales, ainsi que d’aller à Babylone, selon les
instructions du gouverneur de Babylonie, d’ici deux
semaines.
TCL XIII 150745 Camb. 2, 14 / III Ordre donné à Aqriya, rab epinni, de livrer dix
travailleurs-urašu (corvéables) parmi ses réserves de
main-d’œuvre, afin qu’ils travaillent à Harri-kippi. La
demande a été faite par Nabû-balâṭ-šarri-iqbi, le
fermier général de Nâr-Piqûdu. S’il ne le fait pas, il
encourt le châtiment de Gubaru, gouverneur de
Babylonie et de Transeuphratène.
YOS VII 136746 Camb. 2, 09 / VI Reconnaissance de dette de 7560 litres de dattes et
produits annexes à la charge de Šulaya, rab epinni, et
ses frères, Guzânu et Šamaš-iqiša, tous trois fils de
Sîn-nâdin-šumi, pour le compte de l’Eanna. A livrer
dans neuf mois.
YOS VII 124747 Camb. 2, 05 / XI Livraison par Ardiya d’une partie de son fermage
général de dattes pour l’an 2 de Cambyse, en tout
112 086 litres de dattes. Au sein de cette somme,
Šulâya, Nâ’id-Ištar et Etellu livrent respectivement
9720 litres, 2772 litres et 1800 litres de dattes.
NCBT 652748 Camb. 3, 09+ / [x] Estimation forfaitaire de différents laboureurs et
jardiniers, pour un total de 139 032 litres d’orge, 6570
litres d’épeautre, 390 litres de froment et 54 litres de

743
[Janković, 2013 : 106‑107].
744
[Kümmel, 1979 : 100 ; Tolini, 2011 : 225‑226].
745
[Briant, 1996 : 86 ; Janković, 2013 : 105].
746
[Cocquerillat, 1968b : 57].
747
[Cocquerillat, 1968b : 71].
748
[Janković, 2013 : 98‑99].

312
cresson. Cette quantité est sous la responsabilité
d’Aqriya, rab epinni, pour être livrée à l’Eanna.
YOS VII 139749 Camb. 3, Uruk Livraison de 8796 litres de semences d’épeautre à
différents rab epinni : Ina-ṣilli-Nanaia, Etellu,
Mukkêa, Nâ’id-Ištar, Suqqâya et Šulâya.
NCBT 1012750 Camb. 4, 26 / I, Uruk Reconnaissance de dette de 2340 litres d’orge à la
charge d’Iqiša, fils de Šâlti-ili, pour l’Eanna et sous la
responsabilité d’Aqriya, le rab epinni.
BM 113252751 Camb. 4, 18 / IV, Uruk Contrat de travail rédigé face aux administrateurs de
l’Eanna et explicitant en termes généraux les
responsabilités respectives de dix rab epinni envers
l’Eanna : ils doivent faire travailler des terres
nommées, par des équipes de charrue, et livrer le
fermage approprié. Il s’agirait d’une forme de
réorganisation du travail entre l’administration et les
rab epinni.
YOS VII 174752 Camb. 4, 01 / IX Reconnaissance de dette de 24 jarres de bière,
propriété de l’Eanna, à la charge de Šulâya, rab epinni.
Il doit rassembler ces jarres pour les livrer quatre
jours plus tard à Nabû-ah-iddin, officier royal chargé
de l’Eanna.
BM 114643753 Camb. 7, 26 / VI Reconnaissance de dette de 46 800 litres de dattes,
propriété de l’Eanna et fermage d’Ardiya, à la charge
d’une personne dont le nom n’est plus lisible sur la
tablette. Mukkêa, rab epinni, est garant avec une autre
personne de cette livraison.
YOS VII 191754 Camb. 7 Liste de comptes : réception de récoltes de dattes par
l’Eanna pour le compte du fermage d’Ardiya. Aqriya
livre 6300 litres de dattes.
YOS XVII 300 Nbk. IV 1 Reçu de plusieurs récoltes de dattes par l’Eanna,
issues du fermage de Gimillu. Nanaia-ereš, fils de
Mukkêa, en livre 7200 litres.

749
[Cocquerillat, 1968b : 51].
750
[Janković, 2013 : 100].
751
[Janković, 2013 : 101‑102].
752
[Janković, 2013 : 385‑386].
753
[Janković, 2013 : 63].
754
[Cocquerillat, 1968b : 70].

313
YOS XXI 217 Nbk. IV 1 Reçus de plusieurs récoltes de dattes par l’Eanna,
dont 5940 litres de Šulâya et 7200 litres de Nâdin, rab
epinnî. Deux frères de Šulâya, Guzânu et Ištar-zêr-
ibni, livrent aussi 8280 litres dattes.
TCL XIII 180 Dar. I Liste de comptes de différentes récoltes d’orge,
d’épeautre et de froment reçues par Aqriya et livrées
à l’Eanna. Il livre personnellement 6300 litres d’orge,
et Etellu 360 litres d’orge.
YOS III 017755 Sans date ni lieu de Lettre de Nabû-ah-iddin, l’officier royal chargé de
rédaction l’Eanna, à l’administrateur (šatammu) du temple. Elle
concerne divers sujets : il a envoyé plusieurs rab epinni
à l’administrateur pour faire les comptes des
récoltes ; la construction d’un canal est gérée par
Etellu et il demande de l’argent pour cela.
TCL IX 129756 Sans date ni lieu de Même lettre que YOS III 017, mais adressée à
rédaction Nâdinu, le scribe du temple.
TCL XIII 209757 Sans date ni lieu de Liste de comptes de différents produits récoltés par
rédaction quatre rab epinni (Nâ’id-Ištar, Šulâya, Nâdin, Suqqâya)
auprès de plusieurs laboureurs et jardiniers. Nâ’id-
Ištar a récolté 79 368 litres d’orge, 1980 litres
d’épeautre, 135 litres de froment ; Šulâya a récolté 28
119 litres d’orge, 1800 litres d’épeautre ; Nâdin a
récolté 28 920 litres d’orge, 540 litres d’épeautre, 360
litres de froment ; Suqqâya a récolté 9684 litres
d’orge. Nergal-ah-iddin, fils de Nabû-eriba, s’occupe
du transport d’une partie de ces récoltes vers l’Eanna.

Les rab epinni sont ainsi d’une grande importance dans la réception et la livraison au temple
d’une partie des récoltes céréalières et fruitières produites sur son patrimoine foncier. Le titre de
« rab epinni » à Uruk, toutefois, ne s’observe que sur la période de la documentation ici traitée. Nous
retrouvons l’un de ces rab epinni, Etellu, fils de Zêriya, de manière certaine dans une tablette datant
du règne de Nabonide (PTS 2231, Nbn. 8, 19 / X, Uruk), mais sans que ce titre soit indiqué. Il
dispose alors d’une responsabilité dans l’exploitation agricole : en effet, la tablette en question

755
[Cocquerillat, 1968b : 101‑102].
756
[Cocquerillat, 1968b : 101‑102].
757
[Janković, 2013 : 97‑98].

314
concerne une procédure judiciaire opérée contre lui de la part de l’Eanna. Il s’agit d’une demande
de témoignage concernant une vente illégale d’un bien appartenant au temple qui a pu être effectuée
par un certain Iṣṣûr, fils de Nabû-eṭir-napšâti, sous la responsabilité d’Etellu ; si cette vente est
effectivement prouvée, Etellu devrait rembourser trente fois la somme d’orge volée. Si ce texte
n’indique pas le titre de rab epinni d’Etellu et ne permet donc pas de comprendre la place précise
d’Etellu, dépendant du temple, dans l’organisation de l’Eanna, il établit toutefois ses responsabilités
envers lui. De plus, il est un premier indice du niveau d’implication de l’institution dans le contrôle
des opérations liées à l’agriculture gérées par ses dépendants gestionnaires. S’ils disposent de fortes
responsabilités, leur autonomie et les possibilités de constituer des revenus personnels semblent
avoir été assez limitées.

La première et une des seules attestations du titre de « rab epinni » à Uruk pour ce groupe de
personnes se retrouve dans TCL XIII 152, que nous avons déjà mentionné. Toutefois, le reste de
la documentation présentée dans notre tableau indique des responsabilités particulières pour ces
dépendants envers leur temple. Si le titre de « rab epinni » est souvent absent, ce qui est assez courant
dans une documentation de type administratif (listes de comptes, de rations, etc…) qui n’indique
pas toujours les fonctions officielles des personnes impliquées, leur fonction de gestionnaire et
d’intermédiaire du temple se retrouve à chaque reprise. Vu le manque d’attestations de ce terme
au-delà du règne de Cambyse, il est possible que l’organisation des rab epinni soit récente. Le contrat
de travail BM 113252 daté de l’an 4 de Cambyse pourrait être un indice de cette nouvelle
organisation au sein de la hiérarchie du temple. Les obligations de neuf rab epinni y sont précisées,
en termes assez généraux : chaque dépendant se voit assigner des terres et des équipes de
laboureurs, ainsi que notifier l’obligation de livrer un loyer correspondant au temple (sûtu), sans
précision du montant. Les raisons de la rédaction de ce texte sont peu claires, car nous percevons
ces obligations et cette organisation dans le reste de la documentation correspondante et déjà en
place avant l’an 4 de Cambyse. Mais s’il s’agit d’un ajout récent dans l’organisation du temple, il est
possible qu’il y ait un besoin de précision des prérogatives des rab epinni à un moment où ils doivent
pouvoir remplir un besoin pour l’Eanna quant à la gestion de son patrimoine foncier et de sa main-
d’œuvre. Cela se déroule au moment où le temple tente de reprendre le contrôle sur l’exploitation
de ses domaines agricoles, après la mise en place du système des Fermes Générales, le système
précédent laissant une part importante aux exploitants privés758. L’usage de dépendants pour cette
fonction peut être fort utile pour le temple, étant rattachés juridiquement à ce dernier, dépendants
a priori de celui-ci en termes de nourriture et logement, et sur lesquels il peut exercer une pression

758
[Cocquerillat, 1968b : 98‑102].

315
sans avoir à rendre de comptes à une quelconque autre juridiction. L’élévation à un tel niveau de
responsabilité de dépendants-laboureurs peut aussi être perçue par eux comme une forme de
mobilité sociale et appréciée de ce fait par ceux qui en sont bénéficiaires. Nous retrouvons
l’expression des fonctions des rab epinni et leur valeur pour l’administration du temple dans les
lettres de l’officier royal chargé de l’Eanna YOS III 017 et TCL IX 129. Elles sont pratiquement
identiques mais la première est adressée à l’administrateur du temple et la seconde au scribe
Nâdinu :

« Tablette de Nabû-ah-iddin à l’administrateur, mon frère. Que Bêl et Nabû décrètent salut et vie pour
mon frère !

Vois ! J’ai envoyé devant toi Šulâya, Nâdin, Nâ’id-Ištar, Mukkêa et Šadûnu ; fais les comptes avec eux.
Reçois d’eux ce que le responsable leur imposera et renvoie-les vivement, qu’ils puissent accomplir leur tâche ;
(car) lorsqu’ils sont à (leur) tâche, leurs gens ne disparaissent plus. […] Nous avons fait les comptes avec Ina-
ṣilli-Nanaia et Aqriya ; leur reste (à devoir) est minime. Vois ! Ici, ils accomplissent leur tâche. Suqqâya, le
laboureur, n’a pas de quoi manger et il a mauvaise mine ; vois ! ici il fait sa tâche et ses gens marchent sous sa
responsabilité. » (Traduction de Denise Cocquerillat, lignes 1 à 8 et 15 à 21) 759

Cette lettre exprime l’efficacité qu’ont les rab epinni, du moins au moment de sa rédaction
et pour celui qui l’écrit, pour empêcher leurs travailleurs de s’enfuir, un problème important pour
le temple que nous étudierons en détail plus loin dans notre étude. L’ensemble de ces rab epinni,
issus des rangs des laboureurs dépendants de l’Eanna, savent rassembler les travailleurs nécessaires
pour les tâches demandées par le temple et les maintenir au travail, tout en produisant ce qui leur
est demandé. Il est important de situer cette documentation dans le contexte de récoltes peu
abondantes, puis de famine, qui est celui des années 1 à 3 de Cambyse, bien étudié par K. Kleber760.
Selon la correspondance de l’administration du temple à ce moment, il y a eu des difficultés pour
distribuer des rations en céréales et en dattes aux travailleurs de l’Eanna envoyés à divers endroits
de la région d’Uruk. Plusieurs de ces travailleurs se sont enfuis ou sont décédés de ce fait. Dès lors
et par la suite, il peut être important pour le temple de disposer d’agents de confiance capables de
mobiliser et de faire travailler des équipes de laboureurs afin de s’assurer de la production des
rations nécessaires aux différents travaux sous la responsabilité du temple. Nous retrouvons ainsi
ces rab epinni à plusieurs niveaux dans la production de céréales et de dattes, mais aussi pour d’autres
tâches utiles à l’Eanna.

Ils sont tout d’abord responsables de la réception de récoltes de céréales et de dattes,


souvent liées à des fermiers généraux de l’Eanna. Quatre textes font ainsi explicitement mention

759
[Cocquerillat, 1968b : 101‑102].
760
[Kleber, 2013].

316
du fermier général Ardiya, fils de Nabû-bân-ahi, descendant de Rêmût-Ea, et un autre de Gimillu,
fils d’Innin-šum-ibni. YOS VII 124 constitue la centralisation des récoltes constituant une partie
du fermage en dattes d’Ardiya pour l’an 2 de Cambyse : trois rab epinnî participent à ceci et livrent
ainsi des récoltes de dattes issues des palmeraies sous leur responsabilité (9720 litres de Šulâya, 2772
litres de Nâ’id-Ištar, 1800 litres d’Etellu). Cinq ans plus tard, une partie du fermage d’Ardiya a été
reçue par lui, puis livrée à l’Eanna : Aqriya livre 6300 litres de dattes (YOS VII 191). De même, le
rab epinni Nanaia-ereš, fils de Mukkêa, livre 7200 litres de dattes pour le fermage de Gimillu pour
l’an 1 de Nabuchodonosor IV (YOS XVII 300).

BM 114643 présente une autre fonction qu’ont les rab epinni dans ce type d’opération. Une
récolte de 46 800 litres de dattes a été placée sous la responsabilité d’un exploitant, et Mukkêa, rab
epinni, se porte garant de cette livraison. Nous retrouvons cette même fonction pour Nâ’id-Ištar
selon YOS VII 105, où il se porte garant de la livraison d’une récolte de 3600 litres de dattes par
Nabû-iltuya, fils de Nabû-ah-iddin, pour le fermage d’Ardiya. La responsabilité juridique ne se place
pas dans ce cas sur l’exploitant, mais sur un gestionnaire du temple, et comme nous l’avons vu plus
tôt, cela peut avoir des conséquences et mener à une procédure judiciaire à son encontre.

En-dehors de ces relations avec les fermiers généraux, comme intermédiaires entre ces
derniers et les agriculteurs, les rab epinni peuvent aussi être directement responsables d’exploitations
agricoles et livrer eux-mêmes des récoltes à l’Eanna. Plusieurs reconnaissances de dettes sont ainsi
à la charge des rab epinni. YOS VII 136, que nous avons déjà mentionné, établit la responsabilité de
Šulâya et ses frères pour livrer 7560 litres de dattes et leurs produits annexes à l’Eanna. Aqriya, par
l’intermédiaire de l’exploitant d’Iqiša, fils de Šâlti-ili, doit 2340 litres d’orge au temple (NCBT 1012).
Plus important, Aqriya a été chargé de la réception de plusieurs récoltes réalisées par différents
exploitants (laboureurs et métayers), pour un total qui est comparable à celui d’un contrat de Ferme
Générale : 129 996 litres d’orge, 6570 litres d’épeautre, 390 litres de froment et 46 litres de cresson.
Lui-même est présent comme exploitant-laboureur (ikkaru) dans ce texte, devant livrer 7200 litres
d’orge761. Une opération comparable, sous la responsabilité de quatre rab epinnî, se retrouve selon
TCL XIII 209. Une large partie des récoltes perçues par les rab epinni ont été livrées à Nergal-ah-
iddin, fils de Nabû-erîba, chargé de la livraison au temple. Une partie de ces récoltes sont toutefois
conservées par les rab epinni. Les comptes se décomposent ainsi :

761
Aqriya et Etellu livrent aussi respectivement 6300 et 360 litres d’orge à l’Eanna selon une liste de récoltes
reçues de plusieurs exploitants, le tout sous la responsabilité d’Aqriya (TCL XIII 180).

317
Rab epinni Récolte totale Portion de la récolte gardée
par le rab epinni
Nâ’id-Ištar 75 810 litres d’orge 1227 litres d’orge (1,61 % de la
4338 litres d’épeautre récolte totale en orge)
54 litres de froment
Šulâya 29 934 litres d’orge 3519 litres d’orge (11,7 %)
1800 litres d’épeautre
Nâdin 28 920 litres d’orge Aucune portion gardée
540 litres d’épeautre
360 litres de froment
Suqqâya 9684 litres d’orge 3174 litres d’orge (32,7 %)

Les rab epinni sont ici chargés de centraliser les récoltes de différents métayers travaillant sur
des terres de l’Eanna, pour ensuite les livrer à ce dernier par l’intermédiaire d’une personne dédiée
à cela (sans passer par l’intermédiaire d’un fermier général). Une partie des récoltes d’orge peut être
gardée par eux, selon des proportions très différentes. Il s’agit ici de la seule mention de ce qui peut
s’assimiler à une rémunération propre à ces rab epinni, toutefois cette orge peut certainement leur
servir pour les rations de leurs travailleurs, et il est peu probable qu’ils en ont tiré des bénéfices en
argent.

Nous retrouvons Šulâya et deux de ses frères (Guzânu et Ištar-zêr-ibni) plusieurs années
plus tard dans la liste de comptes YOS XXI 217, où Šulaya livre 5980 litres de dattes, ses frères
8280 litres, tandis qu’un autre rab epinni, Nâdin, livre 7200 litres de dattes à l’Eanna. Les deux
niveaux de l’opération se retrouvent ainsi dans notre documentation : l’établissement de la récolte
à livrer et sa transmission. D’autres livraisons importantes sont ainsi de la responsabilité de rab
epinni : Aqriya et Etellu livrent respectivement 6300 et 360 litres d’orge à l’Eanna selon une liste de
récoltes reçues de plusieurs exploitants, le tout sous la responsabilité d’Aqriya (TCL XIII 180).

Šulâya doit aussi s’assurer de la livraison de vingt-quatre jarres de bière vides selon
YOS VII 174. Ce dernier texte précise d’où proviennent ces récipients : quatorze des habitants de
Naṣibâta, deux de ceux de Birâta, et dix de ses propres travailleurs-laboureurs. Il s’agit ainsi
d’anciennes rations placées dans ces jarres et allouées à ces personnes, avant d’être récupérées par
Šulâya pour être finalement livrées à la ville d’Udannu à Nabû-ah-iddin, alors officier royal chargé

318
de l’Eanna762. Les responsabilités des rab epinni se placent aussi sur la distribution des rations pour
les différents travaux réalisés dans la région d’Uruk, et la récupération des récipients vides pour
ensuite être de nouveau utilisés. Ceci peut avoir de réelles conséquences pour les rab epinni, comme
l’indique la tablette NBC 4612 : dix rab epinni doivent en effet restituer au temple 36 000 litres de
dattes qui leur ont été livrées sous forme de rations pour leurs laboureurs. Le travail demandé à ces
travailleurs, peut-être missionné par le temple auprès des rab epinni, semble ne pas avoir été effectué,
ce qui explique la rédaction de ce texte763. Ils doivent ainsi restituer les rations données, sous la
forme de 36 000 litres d’orge ou de dattes. B. Janković propose que se situe ici la raison de l’écriture
de TCL XIII 152, où l’on retrouve les mêmes rab epinni face à l’administration de l’Eanna qui leur
demande de faire en sorte de garder de l’orge et de partir pour Babylone : les rab epinni répondraient
ainsi des raisons pour lesquelles n’a pas été effectué un travail, possiblement celui que devaient
réaliser les laboureurs764. Seulement un mois sépare la rédaction des deux textes, ce qui rend cette
hypothèse plausible.

Ils peuvent aussi faire partie du système de distribution de ressources du temple


(notamment des semences) aux exploitants, pour des récoltes futures. YOS VII 139 documente
ainsi la réception par plusieurs rab epinni d’un total de 8790 litres de semences d’épeautre. Il est
possible qu’ils utilisent directement ces semences sur des exploitations dont ils ont la charge, mais
leur fonction d’intermédiaire indique plutôt une attribution par la suite de ces semences à d’autres
exploitants, dont ils reçoivent ensuite les récoltes. Une tablette indique une opération similaire
d’attribution de capital, sous la forme de travailleurs, mais cette fois-ci dans le sens contraire, du
rab epinni au temple : Aqriya doit ainsi livrer dix travailleurs-urašu disposant d’outils pour travailler
à Harri-kippi sous les ordres du fermier du Nâr-Piqûdu, Nabû-balâṭ-šarri-iqbi, lié à l’administration
royale et travaillant sur des terres royales765. La désignation « urašu » pour ces travailleurs indique
une mobilisation par l’administration royale de la main-d’œuvre du temple pour des travaux publics,
l’urašu étant une corvée levée par la royauté. Le temple répercuta ainsi cette demande au rab epinni
Aqriya pour ce qui devait être un canal au nord d’Uruk nommé Harri-kippi (« Canal kippi »)766. Les

762
Il est possible que ces jarres aient servi à la distribution de rations pour les travailleurs engagés à la
construction du palais achéménide de Bêltiya. Nous mentionnerons ce texte lorsque nous aborderons la question
des mobilisations des oblats et des ressources des temples pour des travaux engagés par le pouvoir royal.
763
Les laboureurs sont décrits dans ce texte comme « inoccupés » : « ikkarû samutû », lignes 2 et 11.
764
[Janković, 2013 : 107].
765
TCL XIII 127. Voir aussi [Janković, 2013 : 106] et [Janković, 2013 : 250‑251] pour un résumé des activités de
Nabû-balâṭ-šarri-iqbi en lien avec l’Eanna.
766
Ce canal est notamment utile pour le transport de céréales entre l’Eanna et les équipes de travailleurs
présentes dans la région d’Uruk : selon YOS XXI 035, un responsable d’oblats demande la livraison de 90 000
litres d’orge de la part du temple pour nourrir ses travailleurs. Voir [Kleber, 2013 : 221] à ce sujet. Pour la
localisation de ce canal : [Zadok, 1985 : 351].

319
rab epinni peuvent donc être un relais ponctuel et indirect des demandes de l’administration royale
achéménide sur les temples babyloniens.

Oblats fermiers généraux de l’Eanna

A un niveau plus élevé de l’administration agricole de l’Eanna, on trouve trois dépendants


comme fermiers généraux (« ša muhhi sûti ») : Ibni-Ištar, fils de Balâṭu, attesté de l’an 11 de Nabonide
(YOS VI 150) à l’an 4 de Cyrus (BM 114573), Gimillu, fils d’Innin-šum-ibni, de l’an 8 de Nabonide
(AOAT 358 n°10) à l’an 2 de Darius I (TCL XIII 183), et Bêl-gimlanni, fils de Madânu-ereš, de
l’an 2 de Cambyse (YOS VII 129) à l’an 2 de Darius I (TCL XIII 182)767. Les rab epinni ont une
fonction de gestionnaires de main-d’œuvre, d’organisateurs d’exploitations agricoles pour ensuite
en recevoir les récoltes et les acheminer au temple. Les fermiers généraux, quant à eux, disposent
de moyens de production (outils, animaux, semences), louent des terres et sont responsables de
quantités de produits agricoles bien plus importantes 768 . Ils s’inscrivent dans une relation
contractuelle avec l’administration templière, recevant de larges domaines agricoles afin d’en
réaliser l’exploitation, sous la condition de livrer un loyer fixé en produits naturels. La manière dont
s’organisent les récoltes, la main-d’œuvre ou la délimitation des terrains sont de leur responsabilité.
Ils sous-louent souvent les terres dont ils disposent à d’autres exploitants. Comme les rab epinni, ils
ont peu de possibilités de réaliser des bénéfices personnels, surtout face aux objectifs de récolte
demandés par le temple souvent très élevés et rarement remplis. Au sein de l’Eanna, ils se situent
au plus haut de sa hiérarchie interne liée à l’agriculture, sous les officiers et administrateurs du
temple. Sur les dix-sept fermiers généraux de l’Eanna, seuls Ibni-Ištar, Gimillu et Bêl-gimlanni sont
des oblats769.

L’ensemble de leurs activités pour le temple ne se limitent pas à leur fonction de fermier
général. Nous les retrouvons en effet parfois comme exploitants agricoles ou avec une autre
fonction au sein de l’Eanna avant l’établissement d’un contrat de fermage ; c’est notamment le cas
pour Gimillu et Bêl-gimlanni. En ce qui concerne Ibni-Ištar, il apparaît pour la première fois dans

767
Nous nous inspirons ici en partie du travail de B. Janković qui a rassemblé l’ensemble de la documentation
disponible pour ces trois dépendants du temple. Pour Ibni-Ištar, voir [Janković, 2013 : 203‑208], pour Gimillu,
[Janković, 2013 : 234‑245], pour Bêl-gimlanni, [Janković, 2013 : 245‑247]. Nous ne nous intéresserons que
marginalement au conflit juridique entre Gimillu et l’Eanna dans cette partie de notre étude. Gimillu constitue
dans tous les cas l’oblat le plus étudié dans l’historiographie du fait de ses malversations et du procès qui eut lieu
en conséquence.
768
Pour une présentation du système des fermes générales, voir [Cocquerillat, 1968b : 37‑105 ; Jursa,
2010 : 419‑433 ; Janković, 2013 : 145‑150].
769
[Janković, 2013 : 145‑248].

320
notre documentation à travers le contrat de fermage établi entre lui et l’Eanna. Le tableau suivant
résume ses activités économiques pour le temple.

Activités d’Ibni-Ištar, fils de Balâṭu, oblat et fermier général de l’Eanna


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
YOS VI 150770 Nbn. 11, 28 / [x], [Uruk] Contrat de ferme général entre Ibni-Ištar et les
administrateurs de l’Eanna. Il reçoit 843,75
hectares terre cultivable situés à Sumandar, 100
laboureurs, 100 bœufs et 50 vaches, ainsi que, pour
la première année d’exploitation, 112 500 litres de
semences d’orge, 160 kilos de fer pour des outils,
21 600 litres d’orge pour les rations de ses
laboureurs. Par an, il doit payer pour ces terres
900 000 litres d’orge, auxquels se rajoutent 3000
lots de paille. De plus, le contrat mentionne 280,93
hectares de terre arable qui lui ont été confiés
auparavant par l’Eanna et précise les conditions
d’exploitations de ces terres.
YOS XIX 071771 Nbn. 12, 10 / IV, Uruk Contrat de travail entre Ibni-Ištar et Nanaia-ereš et
Il-ilada’, fils d’Iṣa-napirti. Ces deux personnes sont
engagées par Ibni-Ištar pour travailler 27 hectares
de terre, et reçoivent pour cela 4 bœufs, un soc
(formant une charrue), un harnais et deux bêches.
Le loyer qu’ils doivent payer n’est pas précisé, mais
ils doivent lui livrer de l’orge.
YOS VI 182772 Nbn. 12, 17 / VII, Uruk Bunêne-šimanni, esclave de Tabnêa, fils de
Hanṭušu, reçoit 2520 litres d’orge de la part d’Ibni-
Ištar sur instruction de l’administration de l’Eanna.
TCL XII 108 Nbn. 13, 06 / I, Uruk Reconnaissance de dette de 9900 litres d’orge au
profit de Nabû-šum-uṣur, fils de Marduk-naṣir,
pour le compte du fermage d’Ibni-Ištar, à la charge
d’Ardiya, fils de Nabû-zêr-ibni. A livrer deux mois
plus tard.

770
[Janković, 2013 : 203‑204].
771
[Janković, 2013 : 31‑32].
772
[Janković, 2013 : 209‑210].

321
AnOr VIII 032 Nbn. 14, I, Uruk Liste de récoltes d’orge reçues par Ibni-Ištar pour
son fermage, en tout 30 600 litres d’orge.
BM 114573773 Cyr. 4, 15 / VII, Uruk Livraison de 16 596 litres d’orge depuis les dépôts
d’Âlu-ša-Amâssu-uṣur par deux personnes sous les
ordres de l’administration de l’Eanna, produit sur
les terres à la disposition d’Ibni-Ištar.

Les sources disponibles concernant ce dépendant du temple documentent principalement


ses responsabilités pour son fermage, établi en l’an 11 de Nabonide (YOS VI 150). Il reçoit ainsi
de la part de l’Eanna tout le capital nécessaire pour l’exploitation agricole : 843,75 hectares de terre
arable situés à Sumandar, 112 500 litres de semence d’orge, des laboureurs et des animaux ainsi
qu’environ 160 kilos de fer utiles pour la réparation des outils et 21 600 litres d’orge pour des
rations pour ses laboureurs. En échange, il doit fournir par an 900 000 litres d’orge et 3000 lots de
paille à l’Eanna. Ce contrat se rajoute à un accord préalable, probablement établi dans un contrat
similaire, pour 280,9 hectares de terre arable et pour lesquels il dispose déjà d’équipes de laboureurs
et d’animaux de trait. La documentation produite par la suite impliquant Ibni-Ištar concerne le
fonctionnement de son fermage : recrutement d’exploitants agricoles indépendants, imposition de
récoltes sur des agriculteurs par le biais de reconnaissances de dette, réception de récoltes avant de
les livrer au temple.

Il recrute deux agriculteurs qui ne sortent pas des rangs des dépendants du temple, Nanaia-
ereš et Il-ilada’, fils d’Iṣa-napirti. Ils reçoivent sous leur responsabilité 27 hectares de terre arable,
ainsi que quatre bœufs (formant une charrue) et plusieurs outils nécessaires au travail agricole.
Aucune rémunération n’est indiquée pour eux, ni attribution de main-d’œuvre ; Ibni-Ištar, par ce
biais, se décharge de certaines responsabilités dans une situation où il oit lui être difficile de se
séparer de la main-d’œuvre et des autres formes de capital qu’il reçoit du temple. De plus, aucun
loyer précis n’est placé à leur charge. Cette tablette semble plutôt refléter la situation des laboureurs
institutionnels, mais face à un manque de main-d’œuvre, Ibni-Ištar peut avoir recours à cette forme
de travail contractualisé avec des exploitants indépendants. La rédaction d’un tel texte permet à
Ibni-Ištar de s’assurer qu’une partie de son fermage soit réalisée, en plaçant la responsabilité
juridique pour ceci sur d’autres personnes.

Les quatre autres tablettes documentent la réception et l’allocation d’une partie de l’orge
produite sur les terres du fermage d’Ibni-Ištar. TCL XII 108 constitue un cas assez classique où

773
[Janković, 2013 : 208].

322
une récolte future est placée à la charge d’un exploitant, sous la forme d’une reconnaissance de
dette. Ici, Ardiya, fils de Nabû-zêr-ibni, doit 9 900 litres d’orge pour le fermage d’Ibni-Ištar. Si l’on
en croit le reçu des récoltes AnOr VIII 032, Ardiya se place parmi les « gros » exploitants engagés
par Ibni-Ištar : les 30 600 litres d’orge reçus proviennent de vingt-deux laboureurs différents. Nous
demeurons toutefois loin de l’objectif des 900 000 litres d’orge annuels que doit reverser Ibni-Ištar
à l’Eanna, ce qui indique certainement le caractère très parcellaire de notre documentation à son
sujet. De plus, une partie de l’orge produite a pu se voir directement réaffectée, pour des raisons
incertaines, à d’autres personnes sous instruction de l’administration du temple. C’est cette situation
que l’on retrouve selon la tablette YOS VI 182, où Ibni-Ištar livre 2520 litres d’orge à Bunêne-
šemanni, esclave de Tabnêa, fils de Hanṭušu. Nous ne connaissons pas les fonctions de ce dernier,
mais cette livraison peut certainement servir ses besoins, que ce soit en termes de rations, peut-être
pour un travail engagé par le temple dont il est responsable. Il a pu ainsi être représenté par son
esclave pour recevoir cette orge774.

Au cours de son travail pour le temple, un problème est apparu à une reprise concernant le
paiement de récoltes par un exploitant auprès d’Ibni-Ištar, documenté par la tablette YOS VI 173
(Nbn. 14, 27 / VI, Uruk). Un certain Šamaš-iddin, fils d’Ahûnu, doit régler ses comptes d’orge avec
l’Eanna, auprès d’Ibni-Ištar ainsi que de Baniya, fils de Bullutaya, un autre fermier général employé
par le temple775. Šamaš-iddin est en retard dans ses paiements d’orge qu’il doit à ces deux fermiers
généraux, et s’il ne se présente pas à eux, il doit payer 9900 litres litres et au moins 78 litres de
cresson, en plus de ce qu’il devait pour l’an 14 de Nabonide (9000 litres d’orge et 1800 litres
d’épeautre). Les exploitants travaillant pour Ibni-Ištar peuvent ainsi ne pas remplir leur part, et il
est dès lors de sa responsabilité d’agir pour faire en sorte que ces récoltes arrivent effectivement à
l’Eanna. La procédure en question est aussi intéressante car elle présente un possible partenariat

774
Un indice concernant les relations entre Tabnêa et l’Eanna apparaît peut-être grâce au lien entre son frère
Ibâya, présent comme témoin dans YOS VI 182. Nous ne retrouvons qu’une seule fois cet Ibâya dans notre
documentation. Il est ainsi mentionné de manière dépréciative dans la lettre YOS III 084, éditée par
[Cocquerillat, 1968b : 92 ; Joannès, 1982 : 127‑128], et datant possiblement du règne de Neriglissar. Un certain
Sîn-iddin écrit à Nabû-ahhê-šullim, alors un responsable des laboureurs de l’Eanna, et lui demande de se séparer
d’Ibâya, fils de Hanṭušu, ce dernier n’étant pas capable de collecter l’eau nécessaire à l’irrigation des champs. Si
les deux frères ont des fonctions similaires, il est ainsi possible que Tabnêa soit responsable pour l’Eanna de
certaines tâches d’irrigation. S’il a été chargé de construire ou d’entretenir un canal, il peut avoir besoin d’orge
pour les rations des travailleurs engagés pour ce faire.
775
Les activités de Baniya en tant que fermier de l’Eanna sont présentées dans [Janković, 2013 : 209‑211]. L’autre
indice d’un partenariat entre Baniya et Ibni-Ištar se discerne grâce à YOS VI 182 : deux jours avant sa rédaction,
le même texte fut rédigé, à la seule différence que c’était Baniya qui devait livrer l’orge en question à Bunêne-
šemanni (BM 114602, Nbn. 12, 15 / VII). Une certaine proximité devait exister entre les deux fermiers, mais il
s’agit des seules indications de cela.

323
entre deux fermiers généraux, se partageant des exploitants pour parvenir à payer leur fermage au
temple.

Ibni-Ištar semble avoir conservé des liens avec l’Eanna après la conquête achéménide de la
Babylonie. En l’an 4 de Cyrus, des terres dont il a la responsabilité produisent 16 596 litres d’orge
qui sont ensuite entreposés à Âlu-ša-Amassu-uṣur et emportés par deux personnes mandatées par
l’Eanna (BM 114573). Il est donc possible que sa fonction de fermier général se soit maintenue
jusqu’à cette période, il s’agit dans tous les cas de la dernière attestation de cet oblat dans notre
documentation.

Les deux autres oblats devenus fermiers de l’Eanna qui nous intéressent présentent, dans
leurs activités économiques, une certaine continuité. C’est en effet grâce à TCL XIII 182, où Bêl-
gimlanni reçoit en fermage des terres de l’Eanna reprises de la Ferme de Gimillu, que nous avons
une idée de ce dont était responsable ce dernier pour le compte du temple. Mais avant d’aborder
cette question, et avant que Gimillu soit devenu fermier général de l’Eanna, il remplit diverses
fonctions pour l’institution, qui ne concernent pas l’agriculture. Celles que nous allons résumer
dans le tableau suivant se rattachent exclusivement aux exploitations agricoles de l’Eanna.

Activités de Gimillu, fils d’Innin-šum-ibni, oblat de l’Eanna


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
NCBT 399776 Camb. 3, Uruk Liste de récoltes de dattes, Gimillu livre 3600
litres de dattes pour le fermage d’Ardiya.
YOS XXI 205777 Dar. 0, [x] / X, Uruk Document juridique, déclaration de Gimillu à
trois rab epinni concernant le creusement d’un
canal nommé Nâru-ša-šatammi. Il pourrait
s’agir d’un rappel à l’ordre de sa part
concernant ce canal.
YOS XXI 211 Nbk. IV 1 Liste de récoltes de dattes reçues pour le
fermage de Gimillu, en tout au moins 9360
litres de dattes de quatre exploitants différents.

776
[Janković, 2013 : 238].
777
[Janković, 2013 : 104].

324
YOS XVII 300 Nbk. IV 1 Liste de récoltes de dattes reçues pour le
fermage de Gimillu, en tout 183 960 litres de
dattes de 31 exploitants différents.
YOS XXI 214778 Nbk. IV 1 Contrat de location d’une palmeraie de
l’Eanna par Gimillu à Sîn-ah-bulliṭ, fils d’Ah-
lakûn. Il doit s’occuper de planter les arbres,
produire des légumes, peut-être enclore le
terrain. Il reçoit une rémunération en dattes
pour son travail, mais les montants ne sont pas
lisibles. La récolte à livrer n’est pas précisée.
NCBT 677779 Nbk. IV 1, 23 / V, Uruk Contrat de location d’une palmeraie de
l’Eanna allouée par Gimillu à Sîn-ili, chargé de
la travailler et de l’entretenir. Pour
rémunération, Sîn-ili doit toucher 900 litres de
dattes par 1,35 hectare de surface travaillée
avec une bêche, et 720 litres de dattes par 1,35
de surface travaillée avec un soc pour la terre
arable située sous les palmiers-dattiers. Le
fermage qu’il doit payer s’élève à la moitié de
la récolte pour la terre irriguée par canal, et un
tiers de la récolte pour la terre arrosée.
YOS XXI 207780 Nbk. IV 1, 26 / V, Uruk Contrat de location de terres arables de
l’Eanna par Gimillu à Talim, fils de Šum-ukîn,
une partie auparavant en jachère et l’autre
cultivée. Talim doit travailler ces terres et
livrer un tiers de la récolte pour la terre non-
travaillée et la moitié pour le reste.
YOS XXI 208781 Nbk. IV 1, 30 / V, Uruk Contrat de location de terres arables de
l’Eanna par Gimillu à Iddin-Nergal, fils de
Nergal-dân. Il doit livrer la moitié de la récolte
pour la terre irriguée et un tiers pour la terre
arrosée.

778
[Janković, 2013 : 307‑308].
779
[Janković, 2013 : 280‑281].
780
[Janković, 2013 : 302].
781
[Janković, 2013 : 279‑280].

325
NCBT 630782 Nbk. IV 1, 04 / VI, Uruk Contrat de location d’une palmeraie de
l’Eanna par Gimillu à Kinaya, fils de Rêmût.
Les tâches confiées à Kinaya sont les mêmes
que dans NCBT 677, la redevance qu’il doit
payer est différente : un tiers de la récolte issue
de la terre irriguée, un cinquième de la récolte
issue de la terre arrosée.
TCL XIII 182783 Dar. 2, 13 / IV, Uruk Contrat de transfert du fermage de Gimillu à
Bêl-gimlanni, fils de Madânu-ereš. Gimillu
avait reçu de l’Eanna 180 000 litres de
semences d’orge, 200 bovins, du fer pour la
réparation d’outils, pour un loyer de 1 800 000
litres d’orge et 2 160 000 litres de dattes.
TCL XIII 183784 Dar. 2, 06 / VI, Uruk Liste de récoltes de dattes reçues par Gimillu
pour son fermage pour l’an 1 de Darius I, pour
un total de 23 400 litres de dattes, une mine
d’argent et deux vêtements donnés à la place
de dattes.

Si nous ne disposons pas du contrat de fermage originel entre Gimillu et l’administration


de l’Eanna, il est mentionné pour la première fois comme « ša muhhi sûti ša Bêlti ša Uruk » (« fermier
général de la Dame d’Uruk ») dans la tablette YOS XXI 205. Nous le voyons cinq ans plus tôt
livrer 3600 litres de dattes pour le fermage d’Ardiya, le fermier général précédent. Son contrat de
fermage a donc très certainement été rédigé entre l’an 3 de Cambyse et l’année d’intrônisation de
Darius I785. Gimillu travaille pour l’Eanna depuis au moins l’an 8 de Nabonide, mais la plupart de
ses activités jusqu’à l’an 3 de Cambyse concerne diverses tâches, notamment liées à l’élevage
d’animaux pour le temple. Il est ainsi attesté comme collecteur de dettes et taxes pour l’officier
royal chargé de l’Eanna (PTS 2269), puis commee « ša muhhi rehâni », c’est-à-dire comme
« responsable des arriérés » chargé de récupérer les soldes d’animaux et de laines dus à l’Eanna de

782
[Janković, 2013 : 274].
783
[Moore, 1935 : 187 ; Janković, 2013 : 238‑239].
784
[Janković, 2013 : 243].
785
Ou entre l’an 7 de Cambyse et l’année d’accession au trône de Darius s’il hérita du fermage d’Ardiya, mais
cela n’est pas certain, comme le dit [Janković, 2013 : 225‑226]. Nous ne disposons pas d’un contrat comme TCL
XIII 182 qui indiquerait une succession entre l’un et l’autre à ce sujet. Cela n’est toutefois pas à écarter. Ardiya
continue de travailler pour le compte de l’Eanna jusqu’à l’année d’accession au pouvoir de Darius I, avant de
disparaître de notre documentation.

326
la part de différents éleveurs786. Nous pouvons ainsi discerner une évolution de la carrière de cet
oblat sur une période d’une trentaine d’années, qui l’amene à devenir un des principaux
responsables des cultures céréalières et fruitières pour le temple d’Uruk.

La documentation disponible concernant son fermage donne toutefois assez peu


d’éléments sur les réceptions de récoltes d’orge et de dattes, mais bien d’avantage sur la manière
dont il répartit les terrains sous sa responsabilité entre différents exploitants pour les travailler.
TCL XIII 182, rédigé au moment de la dissolution de son fermage pour être transféré à un autre
oblat, demeure le texte qui nous donne le plus d’indications sur les conditions du fermage de
Gimillu. Il a ainsi reçu 180 000 litres de semences d’orge, 200 bovins, du fer en quantités non
précisées pour réparer les outils nécessaires au travail agricole. Le loyer annuel qu’il a à payer pour
son fermage est de 2 160 000 litres de dattes et 1 800 000 litres d’orge, des quantités très
importantes et comparables aux fermages d’Ardiya787 ou de Šum-ukîn788. La quantité des terres de
l’Eanna à sa disposition nous est inconnue.

Pour réaliser son fermage, Gimillu réalise plusieurs sous-locations de palmeraies sur le
terrain desquelles se trouvaient des parties arables, pouvant ainsi produire des céréales (NCBT 677,
NCBT 630, YOS XXI 214). Ces contrats à notre disposition documentent pour la plupart les
travaux à réaliser par les exploitants à côté de l’exploitation normale des palmeraies. Ils n’indiquent
pas les loyers en dattes issues des récoltes des palmiers-dattiers, mais les redevances d’orge à livrer
par ces exploitants et produite sur les mêmes terrains. La réception des dattes par Gimillu nous est
connue grâce à trois listes de récoltes de dattes (YOS XXI 211, YOS XVII 300, TCL XIII 183).
De plus, deux autres contrats de sous-location concernent, eux, uniquement des terres arables et
indiquent là aussi les parts de récoltes dues par les agriculteurs à Gimillu (YOS XXI 207, YOS XXI
208). Tout cela se concentre sur une période très courte de deux ans, après quoi le fermage de
Gimillu lui a été retiré du fait de son incapacité à remplir les objectifs du loyer fixé et de ses
malversations. Il a aussi pour responsabilité de contrôler une partie des travaux d’irrigation

786
Nous aurons l’occasion de revenir sur ces activités de Gimillu lorsque nous aborderons la question des activités
liées à l’élevage des dépendants du temple. La question des origines sociales de Gimillu, qui expliqueraient ainsi
cette carrière exceptionnelle, est tout à fait intéressante mais ne peut être tranchée de manière assurée. Il est
possible qu’il ne soit pas été un oblat de naissance mais que sa famille ait des responsabilités prébendières au
sein de l’Eanna. Un endettement progressif aurait été la cause de son transfert dans les rangs des oblats de
l’Eanna. Ses origines sociales, ses liens avec la classe possédante d’Uruk, peuvent être une raison de son maintien
à des fonctions importantes de l’Eanna malgré un statut juridique de dépendant du temple.
787
Selon PTS 2044 (Cyr. 8, 06 / II, Uruk), il doit payer un loyer annuel de 2 160 00 litres de dattes pour son
fermage.
788
Selon YOS 6 024 (Nbn. 1, 13 / I, Uruk), ce premier fermier général de l’Eanna devait livrer, avec Kalbaya,
4 500 000 litres d’orge et 1 800 000 litres de dattes au temple par an. Pour une étude à jour de la carrière de
Šum-ukîn, voir [Janković, 2013 : 158‑187].

327
effectués par ses subalternes, ici des rab epinni que nous avons déjà mentionnés (YOS XXI 205).
Les quelques passages cassés de cette tablette ne permettent pas d’en donner une interprétation
assurée, mais le ton général semble assez clair : Gimillu y interroge Nâ’id-Ištar, Aqriya et Dannu-
ahhêšu-ibni au sujet du canal Nâru-ša-šatammi, dont ils paraissent responsables de la réalisation.
Ils répondent en jurant sur Bêl, Nabû et le roi qu’ils ont réalisé le travail demandé. Nous ne
connaissons pas le contexte qui amene Gimillu à engager cette procédure, néanmoins il paraît clair
qu’au moins à cette occasion, il contrôle les tâches que doivent réaliser les agents à sa disposition
suite à la mise en place de son fermage.

Les contrats de sous-locations de terres arables et de palmeraie constituent une


documentation que l’on retrouve fréquemment dans les archives de l’Eanna. Que Gimillu choisisse
de diviser de cette manière le patrimoine foncier à sa disposition et d’organiser le travail à sa charge
n’est pas surprenant. Le temple ne paraît pas lui avoir alloué la main-d’œuvre adéquate pour pouvoir
remplir ses objectifs. Selon TCL XIII 182, il a demandé 400 laboureurs et 600 bovins en plus des
semences d’orge. Il ne semble pas avoir reçu ces proportions de travailleurs et animaux de trait, et
aucune mention n’en est faite dans le reste des sources liées à son fermage. Il se retrouve ainsi face
à la nécessité de déléguer la fourniture de laboureurs à d’autres exploitants, chargés d’entretenir les
palmeraies et les champs céréaliers, voire de les planter et de les enclore (YOS XXI 214), et qui
doivent par la suite obtenir la main-d’œuvre pour pouvoir travailler ces terres. De plus, il doit
normalement pouvoir compter sur les rab epinni et leurs capacités à mobiliser les travailleurs qu’ils
reçoivent de l’Eanna789. Ce système lui permet d’obtenir des résultats, si l’on en croit les comptes
de dattes à notre disposition : il reçoit en l’an 1 de Nabuchodonosor IV au moins 193 320 litres de
dattes (YOS XXI 211 et YOS XVII 300) de différents exploitants de palmeraies pour son fermage.
Néanmoins, cela demeure loin de l’objectif annuel de 2 160 000 litres de dattes. Nous disposons
de quarante-six de « reconnaissances de dette » placées à la charge de différents cultivateurs pour
l’an I de Nabuchodonosor IV, pour un total de 472 320 litres de dattes d’actif devant être livrés à
Gimillu790.

S’ils représentent l’ensemble de ce qui doit être livré à Gimillu, cela signifie qu’il gère lui-
même le reste des palmeraies pour obtenir les 1 800 000 litres de dattes restantes, ou qu’une large

789
Les relations entre Gimillu et les rab epinni sont toutefois très peu documentées, au-delà de YOS XXI 205 et
de la mention dans YOS XVII 300 de Nanaia-ereš, fils de Mukkêa, connu comme rab epinni. Soulignons de plus
que, comme nous l’avons vu, le système des rab epinni est bien documenté sous le règne de Cambyse, mais ne
l’est pas par la suite.
790
L’ensemble de ces contrats fut rassemblé et formalisé en un tableau par [Janković, 2013 : 431‑438]. Notons
aussi que nous ne disposons d’aucune source documentant la livraison d’orge pour son fermage ; nous ne savons
pas si les sous-locations de terres arables de l’Eanna par Gimillu ont pu produire des récoltes suffisantes pour
remplir l’objectif fixé.

328
partie de ces contrats ne nous sont pas disponibles. Les quarante-six reconnaissances de dette ont
été recherchées par le temple suite aux procédures engagées contre Gimillu, accusé du vol d’ovins
du temple791, de la revente illégale de dattes792 et d’une tentative d’assassinat contre Sîn-šar-uṣur,
officier royal chargé de l’Eanna793. L’Eanna interroge alors le frère de Gimillu, Iddinaya, pour savoir
où sont passées les reconnaissances de dette en question, nécessaires au temple pour recevoir les
dattes concernées. Après avoir tout d’abord nié posséder les tablettes, il admet que son frère lui a
demandé de ne pas les donner à quiconque sans sa permission 794 . Au-delà des difficultés
structurelles d’accès à la main-d’œuvre et d’organisation du travail pour les palmeraies, Gimillu
paraît avoir aussi agi pour son bénéfice personnel, en revendant des dattes prévues pour être livrées
à l’Eanna. Cette action, ainsi que d’autres malversations, expliquent sa fuite, ainsi que son incapacité
à livrer son fermage de dattes. Une partie des livraisons en suspens sont documentées par TCL
XIII 183, une liste de récoltes pour l’an 1 de Darius I rédigée l’année suivante. Le temple y récupére
23 400 litres de dattes (dont 2700 litres proviennent d’Iddinaya) ainsi que soixante sicles d’argent
et deux vêtements, remplaçant des récoltes auparavant promises. Ce document doit faire partie
d’un ensemble plus large, servant au règlement des actifs dus par Gimillu à la fin de sa courte
carrière comme fermier général de l’Eanna.

Face à l’incapacité de Gimillu à remplir sa part du contrat, l’Eanna doit réorganiser ce


fermage pour le confier à Bêl-gimlanni, un autre dépendant du temple, et le dernier documenté
comme responsable d’un fermage à Uruk. Le tableau suivant résume nos sources concernant les
activités agricoles de cet oblat au service de l’Eanna.

Activités de Bêl-gimlanni, fils de Madânu-ereš, oblat de l’Eanna


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
YOS VII 129795 Camb. 2, 11 / III, Uruk Bêl-gimlanni doit livrer à l’Eanna pour le mois
suivant 200 jarres de bonne bière, produites à
partir de dattes de l’Eanna. Cette bière doit
ensuite être livrée par le temple pour le Grand Roi
achéménide.

791
[Kozuh, 2014 : 159‑168].
792
YNER I 002, voir [Janković, 2013 : 242].
793
[Jursa, 2004a : 126‑130 ; Janković, 2013 : 241‑242].
794
TCL XIII 181 (Dar. 2, 06 / VI, Uruk), édité par [Janković, 2013 : 242‑243].
795
[Kleber, 2004b : 314 ; Tolini, 2009 : 248].

329
TCL XIII 182 Dar. 2, 13 / IV, Uruk Contrat de transfert du fermage de Gimillu à Bêl-
gimlanni. Outre le rappel des conditions du
fermage de Gimillu, Bêl-gimlanni demande à
l’Eanna 180 000 litres de semences d’orge, 200
bovins et environ 200 laboureurs, pour un loyer
de 1 800 000 litres d’orge et 2 160 000 litres de
dattes. Dans trois mois, il doit aussi livrer 10
bovins pour leur engraissement. Il reçoit de
l’Eanna 200 bovins et 50 laboureurs de plus qu’il
n’a demandé.

Bêl-gimlanni est le fils d’un brasseur, lui aussi oblat, nommé Madânu-ereš796. Lui-même
était brasseur non-prébendier. Il relève donc des rangs des dépendants du temple qui sont des
travailleurs qualifiés et connaît une promotion professionnelle très importante. Il est toutefois très
peu documenté dans les archives disponibles de l’Eanna. L’une des seules tablettes qui présente ses
activités est YOS VII 129, un contrat pour la production par Bêl-gimlanni de deux cents jarres de
bière, réalisées à partir de dattes des palmeraies du temple et qui doivent servir pour l’alimentation
du palais royal d’Abanu, lors de la visite du roi Cambyse797. Cette quantité importante de bière
(36 000 litres) témoigne d’une responsabilité importante mise à la charge de Bêl-gimlanni,
notamment dans la relation entre l’Eanna et l’administration royale. La bière de dattes de bonne
qualité constitue une spécialité appréciée de la région : la visite du roi dans la région nécessite un
tel produit, parmi bien d’autres en grandes quantités. S’il s’agit du seul document concernant la
production de bière par Bêl-gimlanni, il est probable qu’il est un acteur important de cette activité
au sein de l’Eanna, tout comme l’a été son père.

Entre cette offrande royale et son obtention d’un fermage d’orge et de dattes, Bêl-gimlanni
est documenté comme « ša muhhi quppi » (responsable de la cassette), titre mentionné notamment
dans TCL XIII 152. A ce titre, il disposait de sommes d’argent qu’il peut dépenser pour des

796
[Kleber, 2004b : 313‑314].
797
[Tolini, 2009, 2011 : 151‑168] présente et analyse l’ensemble de la documentation concernant la préparation
de la visite de l’empereur achéménide à Abanu en l’an 2 de son règne. Cette ville est située dans le Sud
babylonien, possiblement dans la région des marais au bord du golfe Persique, et cette visite demande des efforts
conséquents de la part de l’Eanna pour son organisation. Cambyse n’inaugure pas cette pratique de la visite à
Abanu, son père Cyrus l’ayant aussi réalisée deux ans auparavant.

330
activités utiles à l’Eanna798. Il pourrait ainsi déjà s’agir d’une promotion, du rang d’artisan à celui de
responsable administratif, pour enfin devenir fermier général de l’Eanna à la suite de Gimillu.

Nous avons déjà présenté plus tôt le contrat de transfert de fermage de Gimillu à Bêl-
gimlanni, pour ce qui concerne les conditions dans lesquelles doit travailler le précédent fermier.
TCL XIII 152 apporte aussi des précisions sur les responsabilités de Bêl-gimlanni. Il demande ainsi
180 000 litres de semence d’orge, 200 bovins et 200 laboureurs à l’Eanna pour réaliser un fermage
de 2 160 000 litres de dattes et 1 800 000 litres d’orge par an, le même loyer que doit payer Gimillu.
L’administration du temple accepte cet accord, demandant toutefois à ce qu’il livre dix bœufs pour
leur engraissement, avant d’être offerts aux divinités. Mais elle rajoute aux demandes de Bêl-
gimlanni 200 bovins supplémentaires et 50 laboureurs de plus, composés de « vieux » et
« d’enfants ». Cela indique un apport de main-d’œuvre issue directement des rangs des oblats, mais
aussi des difficultés qu’a le temple à rassembler des laboureurs pour ses activités agricoles. La
mention des âges des oblats est importante : il ne s’agit pas d’hommes à la force de l’âge, mais de
personnes qui ne doivent normalement plus ou pas encore travailler.

L’Eanna puise dans ses réserves car, au-delà des malversations qu’un homme comme
Gimillu a pu effectuer, il y a un problème structurel d’accès à la main-d’œuvre pour ses exploitations
agricoles. De tels contrats de fermage font partie des quelques attestations certaines où nous
retrouvons des oblats comme travailleurs agricoles pour les tâches les plus matérielles liées à
l’agriculture. Les quelques centaines d’hommes mentionnées dans cette documentation sont
probablement des dépendants du temple, mais ce dernier a de réelles difficultés à répartir ces
laboureurs, ce qui explique les différents schémas de sous-location de terres à d’autres exploitants,
qui engagent des travailleurs rémunérés. En accordant à Bêl-gimlanni cette cinquantaine d’oblats,
le temple cherche à résoudre au plus vite ses difficultés à remplir ses objectifs en termes de
production agricole, après la gestion catastrophique par Gimillu. Il ne s’agit probablement pas d’une
dotation permanente : s’agissant de vieillards et d’enfants, l’Eanna cherche aussi à préserver cette
force de travail déjà rare.

Malheureusement, nous ne disposons de pratiquement aucune source concernant la


réalisation du fermage en orge et en dattes de Bêl-gimlanni. Aucune reconnaissance de dette ou
liste de récoltes permettant d’analyser la gestion du patrimoine foncier de l’Eanna à sa disposition

798
Il dépense ainsi dix sicles d’argent pour des rations de dattes pour des engraisseurs de bovins (YBC 4173,
Nbk. IV 1, 24 / VI), ainsi qu’un sicle d’argent pour l’approvisionnement du voyage de Ninurta-naṣir (YOS III 156).

331
par Bêl-gimlanni n’est disponible799. Toutefois, une lettre, YOS III 040, paraît indiquer qu’il a réussi
à livrer son fermage en dattes pour l’an II de Darius800.

La situation des rab epinni, puis de trois fermiers oblats de l’Eanna, démontre ainsi la
possibilité d’une promotion professionnelle dans le cadre des activités agricoles du temple pour
certains de ses dépendants. Elle peut être le résultat d’une montée progressive dans les degrés de
l’administration institutionnelle : avant de devenir fermiers, Gimillu et Bêl-gimlanni ont rempli
d’autres fonctions pour le compte du temple. C’est aussi le cas de plusieurs rab epinni, responsables
de diverses tâches pour l’Eanna avant d’être formellement désignés ainsi. Pour ces derniers, il
semble que ce sont leurs capacités à pouvoir mobiliser des laboureurs, à une période de difficulté
à ce sujet, qui pourrait expliquer la contractualisation de leur travail à un moment où le temple
désire reprendre le contrôle sur l’exploitation de ses domaines agricoles. Promouvoir des oblats
connus pour leur compétence à ce sujet sert ainsi à remplir un besoin structurel. Au-delà des
origines familiales et sociales de certains de ses oblats (Gimillu, Bêl-gimlanni brasseur de bière et
fils de brasseur), l’obtention de responsabilités peut aussi être une reconnaissance d’une aptitude
particulière. Néanmoins, le travail des rab epinni est contrôlé et peut faire l’objet de sanctions s’il
n’est pas réalisé correctement. Ceci est le lot de l’ensemble des « cadres » de l’Eanna, mais nous en
percevons quelques indices pour ces oblats, sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir801.

La place des dépendants du temple dans l’économie animale

Si nous ne disposons que de relativement peu de sources concernant l’implication des oblats
dans les travaux agricoles, la documentation liée à l’élevage, bien qu’elle aussi très limitée, montre
une plus grande diversité des tâches qu’ils peuvent réaliser pour l’Ebabbar ou l’Eanna. Nous
disposons de tablettes administratives allouant des rations à des éleveurs, et nous connaissons des
oblats qui ont pu avoir des fonctions dans l’administration des temples impliquée dans l’économie
animale. Cela nous permet de dessiner un portrait plus nuancé des activités des dépendants du
temple dans ce domaine, si nous le comparons avec ce que nous venons d’étudier concernant
l’agriculture. Il faut toutefois garder en tête que le système de gestion des troupeaux ovins ou bovins

799
Cela est dû à la réorganisation des archives de l’Eanna qui a lieu à ce moment, voir [Van Driel, 1998b].
800
[Janković, 2013 : 247]
801
La présence d’oblats dans la gestion agricole des domaines de l’Ebabbar à Sippar, avec des fonctions similaires
à celles que nous venons de présenter pour l’Eanna, n’est pas attestée.

332
par l’Eanna est en grande partie externalisé. Les animaux du temple sont la plupart du temps confiés
à des bergers ou des bouviers indépendants ; les relations entre eux et l’administration se font par
le biais de responsables, ayant différents titres selon la région concernée. Ce n’est que lorsque les
animaux revenaient au sein du circuit interne du temple pour être tués et préparés pour les
offrandes divines que des oblats apparaissent clairement802. Là encore, une difficulté apparaît car la
documentation produite par l’Eanna ou l’Ebabbar ne mentionne que rarement le statut de ces
travailleurs, n’indiquant le plus souvent que leur profession. Certaines tablettes listant les animaux
à engraisser ne font de plus aucune mention des personnes réalisant ces tâches. Nous sommes face
à une documentation d’ordre administratif et comptable, donnant beaucoup de détails sur les
animaux concernés et le système de leur captation, traitement et redistribution, mais souvent
évasive sur la main-d’œuvre active en son sein.

Les oblats bergers des temples

Peu d’éléments sont disponibles concernant l’existence de bergers oblats des temples. Un
cas semble certain, celui de Nanaia-ah-iddin, fils de Nergal-ina-têši-eṭir, et son fils Nidintu, attestés
par la tablette YOS VII 132 (Camb. 2, 02 / [x], Uruk. Selon elle, Nanaia-ah-iddin et Nidintu, oblats
de la Dame d’Uruk, reçoivent un troupeau composé de quatre agneaux et trois chevreaux de
l’administration du temple. La tablette rapporte leur plainte auprès de Nabû-ah-iddin, l’officier royal
chargé de l’Eanna : un certain Ištar-zêr-ušabši leur a volé un agneau. Nabû-ah-iddin envoit trois
oblats (Murlutu, Iddinaya et Ina-ṣilliya) à la recherche de cette personne et de l’animal, ce qui est
fait. Ištar-zêr-ušabši reconnaît les faits, mais aucune condamnation n’est indiquée. Le texte est
intéressant pour deux raisons : il documente une petite allocation d’ovins à deux oblats, et montre
bien qu’il est possible qu’ils soient bergers du temple ; ainsi que la manière dont l’administration du
temple peut mobiliser à partir de sa main-d’œuvre dépendante des personnes capables de se
déplacer et de régler un problème somme toute assez mineur803. C’est là l’une des rares attestations
d’oblats bergers à Uruk ; nous en connaissons une autre à Sippar.

802
Pour une présentation générale de l’élevage et de l’économie animale dans les temples de l’Eanna et de
l’Ebabbar, voir [Van Driel, 1993]. Pour une étude plus détaillée concernant l’Eanna, voir les travaux de M. Kozuh :
[Kozuh, 2006, 2010, 2014].
803
Nous aurons l’occasion de revenir sur les mobilisations en grands nombres d’oblats par le temple plus loin
dans notre étude.

333
Selon les tablettes BM 61022 / BM 61151 (Nbn. 10, 11 / VI, Apšu, dans la région de
Sippar)804, qui sont les copies l’une de l’autre, un conflit a lieu entre un berger indépendant, Gimillu,
et un autre dépendant du temple, Iddin-Nabû. Ce dernier dispose d’un troupeau de cent ovins,
dont une partie a été marquée par le temple et relève donc des troupeaux de l’Ebabbar, l’autre étant
la propriété de Gimillu. Iddin-Nabû est ainsi présenté comme un « berger de Gimillu » ainsi que
comme un oblat de Šamaš. Il peut s’occuper d’animaux du temple comme de ceux de particuliers
ayant leurs propres intérêts économiques ; le travail de pâturage est réalisé de cette manière, et la
comptabilité des ovins est maintenue grâce à leur marquage par un symbole du temple (étant à
Sippar, probablement un disque solaire, représentant le dieu Šamaš). La rédaction de cette tablette
juridique rapporte le règlement d’un conflit entre Gimillu et Iddin-Nabû, débuté pour la raison
suivante : le dépendant du temple a ramené le troupeau de cent ovins à l’administration de
l’Ebabbar, sans distinction entre les animaux. Cinquante d’entre eux sont déjà marqués, et l’officier
en charge de cette réception marque l’autre cinquantaine. Il s’agit ici vraisemblablement d’une
erreur de l’institution, reconnue par la décision des juges : en l’absence d’Iddin-Nabû, mobilisé par
l’administration royale, qui empêche ce dernier de faire une déclaration, ils décident de séparer le
troupeau en deux, accordant les cinquante ovins initiaux à Gimillu. Ce texte est l’un des rares qui
nous permettent de comprendre comment le travail d’un berger oblat peut s’organiser de manière
concrète. Une séparation stricte entre troupeaux privés et troupeaux institutionnels n’existe pas
forcément, un berger pouvant sans problème faire se déplacer les animaux tant qu’une comptabilité
est maintenue. Comme nous le voyons ici, des erreurs administratives peuvent avoir lieu.

Les oblats gestionnaires dans l’économie animale

La présence d’oblats avec des fonctions administratives en contact avec des bergers ou des
bouviers est plus assurée. C’est le cas notamment d’Innin-zêr-ibni, fils d’Ina-têši-eṭir, attesté entre
l’année d’accession à la royauté et l’an 5 de Cambyse à Uruk. Nous savons qu’il s’agit d’un oblat
grâce à la tablette YOS VII 146805 (Camb. 3, 22 / X, Uruk), où il est incriminé pour avoir détenu
Anu-šar-uṣur, fils d’Ištar-šum-iddin, présenté comme « berger d’Ištar d’Uruk ». Innin-zêr-ibni est
ainsi amené à témoigner à ce sujet et il est défini comme « oblat d’Ištar d’Uruk ». Nous reviendrons
sur les circonstances de ce procès, mais la tablette est explicite concernant les fonctions d’Innin-

804
[Sandowicz et Tarasewicz, 2014] pour l’édition des tablettes. Leur analyse ne concerne pas l’élevage et le
système d’économie animale propre à l’Ebabbar, mais au fonctionnement d’une cour de justice dans la région
de Sippar. La décision fut en effet prise à Apšu, un village dans la campagne de la ville. Il s’agit d’une cour de
justice mobile, se déplaçant à différents endroits pour régler les conflits juridiques et économiques qui pouvaient
avoir eu lieu.
805
[Dougherty, 1923a : 56 ; Beaulieu, 2003 : 352].

334
zêr-ibni par rapport aux animaux de l’Eanna : il est en effet un oblat chargé de leur engraissement.
A deux reprises, des listes de rations le documentent comme recevant des produits agricoles pour
du bétail avec d’autres oblats ayant la même tâche. Selon YOS VII 112 (Camb. 1, 22 / X, Uruk), il
reçoit 39 600 litresde dattes pour l’engraissement de bœufs liés au sanctuaire Eanki avec Kalbaya,
fils de Nabû-remanni, Nanaia-iddin, fils de Harbaṣu, et Lâbâši, fils de Kudurru. Nous retrouvons
Innin-zêr-ibni et Kalbâya dans la liste de rations AnOr IX 009, ainsi que deux autres « engraisseurs
de bœufs »806 nommés Šamaš-zêr-iddin et Iddinaya : ils reçoivent en tout 20 880 litres de dattes807.
Si le statut d’oblat n’est mentionné que dans YOS VII 146, le patronyme d’Innin-zêr-ibni identifié
à deux reprises808 et la fonction identique indiquent qu’il s’agit de la même personne. Les autres
engraisseurs de bœufs présents avec lui dans les listes de rations peuvent donc être eux aussi des
oblats.

Une autre liste de rations identifie d’autres dépendants du temple avec la même profession.
Selon YOS XVII 362 (Nbk. 14, 12 / XI, Uruk), neuf oblats engraisseurs de bovins809 reçoivent
huit litres d’orge. Contrairement aux deux autres textes, il ne s’agit pas là d’orge réservée aux
animaux mais bien la ration d’alimentation des oblats en question. Huit ans plus tard, l’un d’eux,
Ša-Nanaia-tašmit, reçoit six litres d’orge et huit rations pour un travail dans l’enclos des bœufs de
l’Eanna, probablement pour leur engraissement (YOS XVII 186, Nbk. 22, 29 / XI) 810 .
L’implication des oblats dans ce type de tâches se retrouve donc dès le début de la période néo-
babylonienne pour ensuite être de nouveau visible sous le règne de Cambyse ; il est possible que
des dépendants du temple sont actifs à ce niveau sur l’ensemble de la période à Uruk. Cette tâche
a son importance : il s’agit d’une étape de la préparation des bovins avant d’être offerts aux divinités
et peut-être pour le compte du roi.

806
En akkadien : « mušakil alpi » (AnOr IX 009, colonne II, ligne 1). Innin-zêr-ibni est désigné de la même manière
dans YOS VII 146, ligne 11. Dans YOS VII 112, ce titre n’est pas donné aux personnes recevant les dattes, mais
ces dernières sont attribuées pour « le fourrage des bœufs dans l’Eanki » (kiššati ša alpi ša ina Eanki »,
lignes 1 – 2). Il s’agit d’une des seules attestations de l’Eanki à Uruk à notre période, qui serait le sanctuaire du
dieu Anu selon [San Nicolò, 1951 : 149]. Pour Anu à Uruk aux époques néo-babylonienne et achéménide :
[Beaulieu, 2003 : 330].
807
Nous retrouvons un an plus tôt plusieurs de ces personnes dans la tablette JCS 28 n°34 (Camb. 0, 01 / X, Uruk),
recevant une mission de surveillance du sanctuaire de l’Eanki : Lâbâši, Kalbaya, Nanaia-iddin et Innin-zêr-ibni. Ils
ne se limitent pas ainsi à leur emploi comme engraisseurs de bovins et peuvent travailler en équipe sur le plus
long terme de leur carrière.
808
YOS VII 112 et YOS VII 146.
809
La liste de ces oblats est la suivante : Ša-Nanaia-tašmit, Kinaya, Arad-Nanaia, Itti-Eanna-budiya, Nabû-tukulti,
Rêmût, Likunu, Nabû-ušabši, Nanaia-[x].
810
Il est possible qu’il ait aussi reçu deux rations pour le mois 6 de l’an 11 de Nabuchodonosor II, pour deux de
ses travailleurs, selon YOS XVII 334 (Nbk. 11, 30 / VI), mais sa fonction de mušakil alpi n’y est pas indiquée, il ne
s’agit peut-être pas de la même personne.

335
Certaines offrandes proviennent de l’administration royale, cela peut se déterminer à partir
de la liste d’offrandes d’animaux au roi Nabonide TCL XII 123 (Nbn. 5, Uruk)811. Il s’agit d’une
offrande qui se fait au nom du roi pour le temple. Les produits sont ensuite redistribués entre
membres du personnel de l’Eanna. Parmi ces centaines d’animaux (bovins, ovins, canards) ainsi
que des produits dérivés de certains de ceux-ci (œufs, lait), quelques liens entre la gestion de
l’engraissement des bovins par des oblats et ces offrandes peuvent être discernés. Un responsable
des oblats (rab širki), Eanna-šum-ibni, y apparaît (ligne 20). Nous connaissons cette personne grâce
à la liste de rations GCCI I 249 (Nbk. 34, 03 / IX, Uruk), datée de neuf ans plus tôt. Ces rations
sont composées de cresson et de sel et destinées à différents travailleurs et responsables de l’Eanna :
trois « décurions » (rab ešerti), sept travailleurs de l’enclos à bovins de l’Eanna, un dekû et cinq de ses
travailleurs, et enfin un engraisseur de bovins et Eanna-šum-ibni, le rab širki. Cet ensemble pourrait
ainsi composer une équipe de travailleurs chargés du transport et de l’engraissement d’animaux.
Plusieurs d’entre eux n’étaient probablement pas des oblats, notamment les responsables de
travailleurs (dekû, rab ešerti, rab širki)812. Mais TCL XII 123 établit le lien entre Eanna-šum-ibni et
l’économie animale, où nous le retrouvons recevant cent ovins pour le 13 / I de l’an 3 de Nabonide
pour le compte du temple (96 rejoignent les étables du temple, 4 sont tués et donnés au temple).
Puis il reçoit 24 bœufs, 381 ovins, 12 oies, 5 canards, 40 tourterelles, 23 colombes et 8 œufs
d’autruche issus de l’offrande du roi Nabonide de la troisième année de son règne. Une petite partie
est donnée au temple (3 bœufs, 38 ovins, 4 oies, 4 canards, 18 tourterelles, 18 colombes et les œufs
d’autruche), le reste rejoint les étables de l’Eanna (21 bœufs, 234 ovins)813. Le travail des oblats liés
au traitement des animaux récoltés par le temple peut ainsi être utile par la suite, intégré au circuit
de redistribution interne de l’Eanna814.

Des oblats de l’Eanna ont été identifiés comme gestionnaires des livraisons d’animaux au
temple, intermédiaires entre les bergers et bouviers et l’institution. Le plus connu et étudié est
Gimillu, fils d’Innin-šum-ibni, ayant eu la fonction de « ša muhhi rehâni », « chargé des arriérés » des
bergers travaillant pour l’Eanna. Néanmoins, la majorité de la documentation à son sujet est

811
[Kozuh, 2014 : 242‑247] édite ce texte à partir duquel il établit les relations entre les étables de l’Eanna et de
telles offrandes au roi, à travers l’officier rab ṣibti de l’administration royale.
812
Nous reviendrons sur cette terminologie et le statut de ces officiers encadrant le travail des oblats lorsque
nous discuterons des mobilisations de la main-d’œuvre dépendante des temples pour des travaux de
construction. Il est rarement attesté que ces officiers soient issus des rangs de cette population dépendante, cela
arrive néanmoins à plusieurs reprises. Ce n’est visiblement pas le cas d’Eanna-šum-ibni.
813
Des animaux manquent au compte de cette deuxième offrande gérée par Eanna-šum-ibni. Ont-ils été
consommés ou ont-ils péris entre temps ?
814
BM 70233 (Dar. 18, [x] / [x]), un texte très cassé de l’Ebabbar indique l’implication d’un oblat, par le biais d’un
contrat entre lui et l’administration du temple, pour des offrandes futures d’animaux (au moins deux moutons)
et de briques pour Šamaš La tablette est toutefois peu lisible et ne permet pas de dire d’avantage que cette
participation d’un dépendant du temple pour les offrandes divines.

336
composée de procédures judiciaires opérées par le temple contre lui, du fait de vols d’animaux dont
il est suspecté. Il n’est pas le seul incriminé pour ce type d’affaires par l’Eanna, mais il est
certainement celui qui a été le plus poursuivi de ce fait et dont nous disposons du dossier. Ces
tablettes nous informent donc moins sur les activités économiques légales qu’il doit réaliser pour
le temple que sur la manière dont il a pu profiter de sa position pour son propre profit815. Quelques
textes nous indiquent toutefois les responsabilités de Gimillu à ce sujet. La première attestation du
titre de Gimillu « ša muhhi rehâni » se situe sur la tablette BM 114587 (Cyr. 2, 17 / II), où il apparaît
comme témoin. Le titre de « ša muhhi rehâni » est en soi problématique. Gimillu est la seule personne
qui le reçoit à Uruk, et il n’est pas attesté dans la documentation de l’Ebabbar de Sippar. Selon
M. Kozuh, cette fonction a été créée par l’Eanna pour Gimillu et n’est pas d’un usage courant dans
ses pratiques administratives 816 . Il faut analyser la documentation où Gimillu a un rôle dans
l’économie animale du temple.

Il disposait de cette fonction depuis au moins deux ans, selon YOS VI 208 (Nbn. 17,
09 / III). Dans cette procédure judiciaire engagée par Gimillu, il accuse Nabû-šum-iddin, fils
d’Aplaya, devant cinq personnes du vol d’une vache marquée de l’étoile d’Ištar d’Uruk. Nabû-šum-
iddin répond qu’un certain Balṭiya la lui avait louée contre 720 litres d’orge et 60 litres de sésame
par an. Sa bonne foi n’est donc pas en cause, mais il assume la responsabilité juridique d’avoir
témoigné ainsi au sujet de Balṭiya ; au cas où la mauvaise foi de Nabû-šum-iddin est révélée dans
une procédure future, il doit payer trente vaches à l’Eanna comme punition. Gimillu rapporte
ensuite la vache auprès des troupeaux de l’Eanna. Sa fonction dans ce cas est donc de contrôler
l’attribution des animaux auprès de personnes qui sont chargées de ces troupeaux. Les animaux
manquant lors de l’établissement des comptes doivent être retrouvés par Gimillu, et c’est ce type
de procédure que nous distinguons selon YOS VI 208.

Un bilan comptable des animaux confiés à différents bergers par Ibni-Ištar a été réalisé, et
les reliquats dus par eux sont ensuite donnés à Gimillu (YOS VII 039, Cyr. IV, 18 / X) : en tout,
près de 11 000 animaux reçus de soixante-et-un bergers, pour 280 talents de laine (8400 kilos) et
une quantité importante de crins de chèvre. A une échelle moins importante, une liste d’animaux
attribués à Gimillu, YOS VII 046 contient le « reliquat des troupeaux inspectés le 17 / IX de l’an
5 de Cyrus et remis à Gimillu, fils d’Innin-zêr-ibni », pour un total de 1807 ovins, 54 bœufs, 56
mines et demie de laine (1695 kilos) et quatre talents et huit mines de crins de chèvre (16 kilos).

815
Nous reviendrons sur ces affaires dans la troisième partie de notre travail, concernant les relations entre
oblats et temples. Les tablettes à ce sujet sont les suivantes : YOS VII 007, TCL XIII 125, YOS VII 035, BM 113293,
YOS VII 031, TCL XIII 134. Plusieurs vols sans implication de Gimillu ont aussi eu lieu, voir [Kozuh, 2006 : 118].
816
[Kozuh, 2006 : 108‑126, 2014 : 159‑176].

337
Gimillu est ainsi chargé de collecter les animaux pouvant servir aux offrandes et à l’alimentation
d’une partie du personnel du temple, ainsi que la laine utile à la production de vêtements pour les
divinités, mais aussi pour les rations servant à vêtir des dépendants du temple ou aux besoins du
reste du personnel de l’Eanna.

Tout comme pour l’agriculture, il sert d’intermédiaire entre les bergers et bouviers chargés
de faire paître les animaux à l’extérieur d’Uruk et l’administration institutionnelle dans le temple,
en gardant les comptes d’animaux gardés et en s’occupant des inspections de ces troupeaux
lorsqu’elles ont lieu. A ce niveau, il ne fréquente pas les animaux au quotidien et n’a aucune fonction
concernant leur entretien, le fait de les nourrir, ou de les préparer pour les divers besoins du temple.
Son rôle est de les confier à des bergers, puis de les collecter et de s’occuper de leur comptabilité
pour les usages internes au temple, et lorsque des manques apparaissent, de régler ce problème par
une enquête, comme YOS VI 208 l’indique. YOS VII 198, par la déclaration de Sîn-šâr-uṣur,
l’officier royal chargé de l’Eanna, résume bien cette activité de Gimillu : « Sîn-šar-uṣur amène
Gimillu, fils d’Innin-zêr-ibni, chargé des reliquats d’ovins et de bovins, pour lui donner des ordres
concernant la tablette de livraison des ovins, bovins et des volailles qui lui sont confiés pour les
mettre en pâture, et lui dit : « Va, collecte et apporte à l’Eanna les reliquats […] qui t’étaient
assignés.» »817

L’ensemble des tablettes où Gimillu est incriminé pour des vols d’animaux montre bien
qu’il profitait de sa fonction pour s’approprier des biens réservés au temple. Les quantités sont
limitées : trois vaches et dix ovins (YOS VII 007), une vache (TCL XIII 134), deux vaches
(TCL XIII 125), deux ovins (YOS VII 031), un ovin (YOS VII 035). Par rapport aux totaux
aperçus précédemment, ce sont des nombres négligeables dans ce qui constitue les masses
appartenant à l’Eanna. Le problème se situe moins dans ce qu’il vole que dans ses relations avec le
temple. Ces cas de vols nous permettent ici de bien percevoir le rôle de percepteur d’animaux pour
le compte du temple avant qu’ils ne rejoignent le circuit interne de production des offrandes. C’est
à ce moment qu’il peut effectivement s’approprier quelques animaux. Et c’est du fait de sa fonction
d’intermédiaire entre bergers et administration que ce type d’abus (tout relatifs soient-ils) a lieu.

A un niveau inférieur de la gestion de l’économie animale par l’Eanna, cinq autres oblats
responsables de troupeaux du temple (naqîdu) sont présents dans la prononciation d’un serment,
AnOr VIII 061818 : Talimu, fils de Šulaya, Šilim-ilî, fils de Nanaia-ereš, Nabû-ahhê-bullit, fils de

817
Certaines incertitudes demeurent concernant la lecture de ce texte. Il s’agit de la seule mention de volaille
confiés à Gimillu, et elle ne fait pas vraiment sens (pourquoi devrait-elle être en pâture ?).
818
[Wells et al., 2012 : 278‑280].

338
Šamaš-zêr-iqiša, Gimillu, fils de Hahhuru, et Nabû-dûr-paniya. Ils jurent devant les officiers du
temple ainsi que plusieurs représentants de Gubaru, le gouverneur achéménide de Babylonie et de
Transeuphratène, présents pour une inspection des troupeaux de l’Eanna, qu’ils n’ont dissimulé
aucun animal aux yeux de l’administration. Si cela s’avère faux par la suite, ils doivent subir le
châtiment du roi. Un autre oblat naqîdu est identifiable grâce à la tablette YOS VII 128. Ištar-âlik-
pâni y rapporte devant des habitants d’Uruk son agression par Bêlšunu, un autre dépendant, qui a
tenté de lui voler, puis a tué une brebis issue des troupeaux dont il est responsable. Quand Ištar-
âlik-pâni est intervenu, Bêlšunu l’a agressé avec son sceau-cylindre et le collier-cordon le tenant.
Ištar-âlik-pâni apparaît dans plusieurs autres tablettes, et se révèle être un oblat de statut très
important avec diverses fonctions administratives 819 . Concernant l’élevage, trois tablettes nous
paraissent intéressantes pour comprendre les responsabilités qu’il exerce.

Activités liées à l’économie animale d’Ištar-âlik-pâni


Texte Date de rédaction Résumé
GCCI I 364 Nbn. 5, 22 / IV Il reçoit 5 sicles d’argent pour le paiement de
travailleurs transportant de la paille.
YOS XIX 213 Nbn. 13 Liste de paiements d’argent pour des achats de bétail.
Il reçoit 16 sicles pour acheter 32 moutons, il en reste
12 sicles et un quart.
YOS VII 013 Cyr. 1 Il est responsable de 180 000 litres d’orge pour
diverses dépenses, dont 15 177 litres pour le fourrage
de bœufs et de moutons donnés à Rîmût et Nanaia-
iddin et 26 595 litres à Nanaia-iddin chargé de nourrir
des animaux.

Aucune source, en dehors de YOS VII 128, ne documente Ištar-âlik-pâni comme


gestionnaire de troupeaux alloués à des bergers, recevant ensuite animaux et laine pour des
offrandes ou d’autres usages ; cela est assez similaire aux actions qu’il réalise dans le domaine
agricole. Les trois tablettes présentées indiquent toutefois des capacités d’intermédiaire entre des
travailleurs attachés à l’économie animale et l’administration : il peut rémunérer, à partir de l’argent
du temple, des transporteurs de paille, acheter des animaux pour grossir les troupeaux du temple,

819
[Kleber, 2008 : 47‑49]. Il a aussi eu quelques responsabilités agricoles : il livre une quantité de dattes à l’Eanna
selon NBC 4837 (Nbk. 39, non éditée), ainsi que 99 870 litres d’orge et 8148 litres de froment pour le fermage de
Kalbaya, fils d’Iqiša (YOS VI 209, ligne 23, Nbk. 15, 09 / VIII). Nous aurons l’occasion de revenir sur le statut social
de cet oblat.

339
et allouer de grandes quantités d’orge issues de l’Eanna à des travailleurs chargés de l’élevage
d’animaux. Il est de cette manière un des acteurs du système d’externalisation d’une partie des
activités du temple. Dans YOS VII 013, il est possible que les éleveurs recevant de l’orge ne
dépendent pas du temple mais sont indépendants et chargés d’animaux de l’Eanna. De même, les
transporteurs de paille de GCCI I 364, recevant une somme d’argent comme rémunération de leur
travail, sont sans doute engagés pour ce travail unique afin de combler un besoin en main-d’œuvre.

Parmi les cinq oblats naqîdu mentionnés dans AnOr VIII 061, l’un d’entre eux nous permet
d’identifier une famille d’oblats qui a pu se maintenir dans cette position sur plusieurs générations.
Nabû-dûr-pâniya est documenté par d’autres textes. Il est le fils de Šum-ukîn, fils d’Înî-ilu, connu
par deux tablettes comme étant actif dans la gestion de troupeaux : il livre 1130 sicles de laine selon
YOS VII 087, et fait partie des nombreux éleveurs d’ovins livrent des quantités de laine et de poils
de moutons selon YOS VII 039. Šum-ukîn n’est pas mentionné comme naqîdu ou comme širku,
mais son fils Nabû-dûr-pâniya étant oblat, il est fort possible que Šum-ukîn l’est aussi, et son activité
dans l’élevage fait qu’il a pu aussi être naqîdu. Šum-ukîn a eu un autre fils, Anu-zêr-iddin, documenté
comme naqîdu dans une seule tablette où il livre deux moutons-parru et seize moutons (TCL XIII
171, ligne 39, Camb. 5, 23 / VI). Nabû-dûr-pâniya, au-delà du texte AnOr VIII 061 déjà mentionné,
est actif dans d’autres activités liées à l’élevage. Il est responsable d’un troupeau de 237 moutons et
livre 173 mines de laine (86,5 kilos) et 2240 mines de crin de chèvre (1120 kilos) (YOS VII 083,
ligne 17, pas de date lisible), et 127 mines de laine (63,5 kilos) et 515 mines de poils de moutons
(257,5 kilos) (YOS VII 039, ligne 4, Cyr. 4, 18 / X). Il gère aussi des oblats affectés comme archers
pour la protection des troupeaux dans la région de Transtigrine : un archer, Ša-Nabû-šu, fils de
Nergal-iddin, lui est affecté (YOS VII 065, ligne 20, Cyr. 8, 06 / IV), et il est mentionné parmi trois
naqîdû ayant amené trois archers devant l’administration de l’Eanna au moment de la rotation des
archers sur les postes de guet (TCL XIII 140, Cyr. 7, 24 / III)820. Enfin, un fils de Nabû-dûr-pâniya
est connu comme naqîdu, sous le nom d’Ištar-ah-iddin. Il livre 55 mines de laine et 123 mines et
demie de poils de moutons selon YOS VII 039 (ligne 9), ainsi que six moutons (TCL XIII 171,
ligne 12). Sur trois générations, nous distinguons ainsi une famille d’oblats responsable de
troupeaux d’ovins et de livraisons de laine pour le compte de l’Eanna.

Les oblats dans l’économie des oiseaux et de la volaille

820
Nous reviendrons sur cette question des oblats archers dans notre section concernant les mobilisations
d’oblats.

340
En-dehors de l’entretien de troupeaux par des travailleurs du temple, l’achat d’animaux
provenant de sources extérieures au temple était, pour l’Eanna comme pour l’Ebabbar, une manière
de remplir leurs besoins importants en animaux lorsque leurs propres troupeaux n’étaient pas
suffisants ou disponibles. La liste d’offrandes TCL XII 123 présente aussi des mentions de
différents oiseaux : canards, oies, tourterelles, colombes. Que ce soit pour l’Ebabbar ou l’Eanna,
des oblats chargés de garder des oiseaux pour le temple sont bien attestés. Les titres qui leur sont
accordés dans notre documentation sont « rê’u ša iṣṣuri », « gardien d’oiseaux, de volaille », les deux
types d’animaux n’étant pas véritablement différenciés à ce niveau, ou « usandu », « oiseleur ». Si les
sources à ce sujet sont limitées pour Uruk, la documentation de l’Eanna donne quelques indices.
Deux contrats indiquent comment leurs tâches s’organisent pour le temple.

Le premier, YOS VII 169821 (Cyr. 8, 12 / III, Uruk), est un contrat oral entre plusieurs
oblats oiseleurs et l’administration de l’Eanna. Ils répondent à un ordre que leur ont envoyé les
administrateurs du temple et assurent qu’ils leur livreront le quota demandé (iškaru). Il semblerait
que cette déclaration s’inscrive dans une gestion plus ancienne des relations entre ces travailleurs
et l’Eanna. Ce dernier leur demande de s’arranger entre eux et d’établir par écrit les équipes de
travail qui seront responsables des quotas d’oiseaux à livrer ; c’est ce que cette tablette retranscrit
en conclusion. Quatre équipes sont ainsi constituées, deux de deux oiseleurs (Šamaš-iddin et
Talimu, Rêmût et Ina-ṣilli-Ištar), deux de trois (Zêriya, Nanaia-ereš, Lâqipu, et Iddinaya, Ištar-ana-
bîtišu et Arad-Ištar). Chacun des membres de ces équipes portent la responsabilité juridique de la
livraison du quota pour les autres, ce qui permet au temple de s’assurer des livraisons finales et de
pouvoir demander des comptes en cas d’absence de celles-ci. Cette responsabilité est établie au
nom des dieux et du roi : les oiseleurs en subiraient le châtiment en cas d’échec.

La seconde tablette présente plusieurs des oiseleurs concernés par le texte précédent.
TCL XIII 168822 (Camb. 5, 27 / VI, Uruk) fut rédigée six ans plus tard. Cinq oblats s’adressent à
l’administration de l’Eanna : Iddinaya, fils d’Innin-zêr-ušabši, Šamaš-iddin, fils d’Iddinaya, Rêmût,
fils de Nabû-ahhê-iddin, Ina-ṣilli-Nanaia et Šamaš-iddin, fils de Bêl-[x] (leurs patronymes ne sont
pas indiqués dans la tablette précédente). Ils y énoncent leur promesse de ne pas s’enfuir et de livrer
leur quota (iškaru) au temple. S’ils s’échappent ou s’ils ne remplissent pas leur part du contrat, ils
subiront le châtiment de Gubaru, le gouverneur de Babylonie et de Transeuphratène. De ces deux
tablettes, assez atypiques parmi notre documentation, peut apparaître le constat suivant : peu de
contrôle effectif semble peser sur ce type d’oblats. Si nous percevons une administration assez

821
[Cocquerillat, 1968b : 115].
822
[Moore, 1935 : 166‑167].

341
développée dans les domaines agricoles ou d’élevage ovin et bovin, nous ne connaissons pas de
responsables chargés d’encadrer le travail de ces oiseleurs. Ils s’adressent directement à
l’administration. Ce qui doit constituer leur quota à livrer au temple ne nous est pas connu. Un
engagement a minima existe donc entre ces oblats et leur institution ; il est possible que le temple
n’essaye de recevoir que ce qui l’intéresse de ce type d’économie, sans avoir les moyens ou l’envie
de développer une administration particulière la concernant. Le quota à livrer est déterminé de
manière orale. Ces deux tablettes forment donc le pendant à ce type d’accord : le temple désire
fixer par écrit les responsabilités juridiques et économiques de ces oblats, et le châtiment à subir
s’ils ne les remplissent pas est particulièrement fort, sous les auspices des dieux, du Grand Roi
achéménide et son administration. A une certaine autonomie laissée à ses dépendants (qui n’existe
pas dans d’autres domaines de l’économie du temple et qui est le fait de leur théâtre d’opérations)
répondaient une garantie par écrit et des sanctions importantes.

Nous connaissons d’autres possibles oblats impliqués dans l’économie des oiseaux et de la
volaille pour l’Eanna. Deux textes mentionnent des gardiens d’oiseaux recevant des rations.
YOS VII 016 constitue un récapitulatif des travailleurs ayant reçu des rations pour l’an 1 de Cyrus.
Au mois I, des « gardiens d’oiseaux » reçurent 24 litres de rations (ligne 9 ; le produit précis n’est
pas indiqué). La tablette YOS VII 022, quant à elle, énumère plusieurs témoignages concernant de
l’orge disparue, résultat d’une enquête opérée par l’administration du temple. La dernière
déclaration fut celle d’un certain Nabû-ah-iddin, fils de Harraṣu : « J’ai donné aux gardiens
d’oiseaux, pour la pâture des volailles, cent kur d’orge (1800 litres) lorsque je les ai mesurés des
mains de Banîya, fils de Bulluṭa, dans l’entrepôt (bît karê) » (lignes 16 - 18). Une partie des fonctions
de ces gardiens d’oiseaux est ainsi discernée : nourrir la volaille. Pour cela, ils peuvent recevoir de
fortes allocations de céréales de la part du temple. Il y a une incertitude, comme souvent dans cette
documentation, concernant le statut de ces travailleurs : le titre de « širku » n’est pas mentionné à
leur sujet. La liste de rations que nous avons présentée les indique toutefois parmi d’autres
travailleurs qualifiés et artisans qui peuvent être des oblats. Ceci, ainsi que le statut des oiseleurs
indiqués plus haut, nous paraît indiquer qu’ils peuvent être des dépendants de l’Eanna823. Nous
percevons dans tous les cas une différence importante entre les « rê’u ša iṣṣuri » et les « usandû » que
fait ressortir ces documents. Les uns reçoivent des rations, les autres disposent d’une assez large

823
La tablette YOS VI 141 présente une inspection de deux troupeaux, gérés par deux fils de Ṭab-šar-Ištar,
nommés Itti-Šamaš-balâṭu et Nannâ-iddina. Une distinction est faite entre canards mâles et femelles, jeunes et
adultes. Les comptes documentent l’évolution des troupeaux sur une période donnée, les apports extérieurs
effectués. Le statut des deux gardiens d’oiseaux n’est toutefois pas donné, et nous ne connaissons pas de listes
de rations où ils seraient présents, ce qui indiquerait un statut de dépendant. La tenue de ces comptes est
toutefois similaire à ce que nous observons à Sippar, et où des oblats semblent présents.

342
autonomie, que le temple s’attache à limiter par des procédures juridiques. Leur profession n’est
pas la même : les premiers gardent de la volaille, peut-être des oiseaux, les nourrissent et les
entretenaient ; les autres semblent plutôt être des chasseurs, ce qui explique la liberté que leur
accorde le temple.

L’économie des oiseaux et de la volaille est bien mieux documentée pour ce qui concerne
l’Ebabbar de Sippar, grâce notamment au travail de B. Janković 824 . La documentation qu’elle
présente indique plutôt un système de captation de l’économie privée par l’administration du
temple, assez similaire à l’élevage des ovins et des bovins. Le temple achète à des oiseleurs des
oiseaux pour alimenter ses besoins en offrandes, comme l’indiquent plusieurs paiements d’argent
pour des quantités d’animaux. C’est au moment où les animaux sont reçus par le temple que du
personnel rattaché au temple est identifié dans nos sources. Ainsi, des travailleurs du bît iṣṣuri
(enclos à volaille) sont connus, mais peu d’indications claires concernant leur statut d’oblat
apparaissent825. De même, des oiseleurs et des gardiens de volaille sont rattachés au temple, tandis
que d’autres sont plutôt des partenaires privés de l’institution. Un groupe au moins nous paraît
clairement être des dépendants du temple. Quatre oiseleurs reçoivent huit kur de dattes (1440 litres)
de la part de l’Ebabbar selon CT LVI 276 (Nbn. 16, 09 / IX) : Arad-Bunene, Šamaš-[iddin?],
Bunene-šar-uṣur et un autre au nom illisible. Nous retrouvons Arad-Bunene dans un contrat de
l’Ebabbar (CT LV 072, Cyr. 2) qui relaie la demande de Lâbâši à l’administration du temple pour
cinq oiseleurs (Arad-Bunene, Budiya826, Šamaš-iddin827, Arad-Gula et Nabû-lû-šalim). En échange,
il doit payer soixante-dix oies et 525 tourterelles comme leur quota au dieu Šamaš. Que le temple

824
(Janković 2004). Il faut rajouter à ce livre l’article de R. Tarasewicz, qui apporte quelques nuances au système
analysé par B. Janković : [Tarasewicz, 2009b]. Les deux auteurs ne s’intéressent que marginalement au statut
social des travailleurs identifiés dans leur documentation, intéressés avant tout par les oiseaux concernés, leur
traitement et leurs usages par le temple. Ils notent la difficulté d’identifier les oblats parmi l’ensemble de cette
main-d’œuvre, du fait de la nature des sources traitées. R. Tarasewicz est toutefois plus enclin à considérer les
travailleurs du bît iṣṣuri comme des oblats, chargés ainsi de l’engraissement des canards, oies et tourterelles,
ainsi que certains chasseurs d’oiseaux.
825
[Tarasewicz, 2009b : 159‑165] reconstruit le cycle d’élevage de canards, le mieux documenté, pour des
offrandes : au mois XII d’une année, les canes (ummâtu) pondent les œufs et les couvaient, recevant de grandes
quantités de nourriture (en orge). Entre le mois XII et I, les canetons (lidânû) naissent. Au mois V, une inspection
a lieu par des officiers du temple, et les canetons, devenus plus grands (raṣṣîṣu), sont alors séparés de leur mère.
La livraison d’animaux demandés pour les besoins du temple peut avoir lieu au mois IX, et un règlement final des
comptes pour l’année a lieu au mois XI, avant qu’un nouveau cycle annuel ne débute.
826
S’il s’agit bien du même oiseleur, nous le retrouvons dans d’autres listes de rations de l’Ebabbar : CT LVI 669,
BM 60918, une liste de sept « oiseleurs de Šamaš » dont nous retrouvons plusieurs dans CT LVI 195 recevant
chacun 900 litres de dattes pour plusieurs mois, et dans BM 70160 (onze oiseleurs reçoivent 360 litres de dattes) ;
CT LVI 754, CT LV 735. Bunene-šar-uṣur apparait aussi dans la plupart de ses tablettes, auxquelles il faut rajouter
CT LVI 736, où il reçoit des dattes et de l’orge. Voir [Janković, 2004 : 103‑104].
827
Présent dans les listes de rations suivantes : CT LVI 669, BM 60956, où il reçoit deux sicles d’argent pour des
oies, CT LVI 195, CT LV 737 (il reçoit avec d’autres oiseleurs non nommés 142 litres de raisin), Cyr. 085 (il reçoit
1800 litres de dattes). Voir [Janković, 2004 : 108].

343
puisse accorder de cette manière des travailleurs nous fait penser qu’il s’agit bien de dépendants,
aux fonctions similaires aux oiseleurs vus plus tôt à Uruk mais disposant visiblement d’une moindre
autonomie.

Le cas particulier de Lâbâši, recevant ces cinq travailleurs pour chasser des oiseaux, est
particulièrement intéressant pour comprendre le système propre à la réception et à l’engraissement
d’oiseaux. Il est possible que Lâbâši soit lui-même un dépendant du temple et qu’il exerce deux
fonctions : oiseleur et nourrisseur / engraisseur d’oiseaux et de volaille. Nous le retrouvons ainsi,
en plus de CT LV 072, dans les listes de rations de l’Ebabbar qui permettent de discerner cette
fonction d’engraisseur de volaille réalisée par Lâbâši.

Rations reçues par Lâbâši, fils de Šamaš-dayyanu


Texte Date de rédaction Résumé
CT LV 730 Sans date. 180 litres de fourrage reçu pour l’engraissement de
canards.
CT LVI 332 [NR]. 0, III. 90 litres d’orge reçus pour nourrir des tourterelles et
des oies.
CT LV 726 Cyr. 3, 16 / XIIb. Deux sicles d’argent reçus par Lâbâši et son épouse
fŠikkuttu.

BM 73114828 Cyr.? 6?, 07 / XII 1440 litres d’orge pour des oies, 360 litres d’orge pour
des tourterelles.
BM 61259829 Cyr. 8, 13 / [x]. 360 litres de dattes reçus pour des oies.
BM 68999830 Camb. 1, 01 / VII/ 96 litres d’orge reçus pour nourrir des oies.
Camb. 131 Camb. 2, 13 / IX. [Quantité cassée], orge reçue pour des oies.
Camb. 175 Camb. 3, [x]. 11 sicles d’argent pour le paiement de 45 mines de laine
reçus et déboursés par Lâbâši pour sept oiseleurs.
Camb. 209 Camb. 3, 19 / X. 360 litres d’orge reçus pour des canards et des
tourterelles.
Camb. 266 Camb. 4+?, 13 / XII. 17 kur de dattes reçus pour l’engraissement d’oies.

Sur une période allant d’au moins l’an 3 de Cyrus à l’an 4 de Cambyse, Lâbâši a reçu des
rations d’orge et de dattes pour la nourriture et l’engraissement d’oiseaux et de volaille. Son statut
d’oblat peut être confirmé par la tablette Camb. 175, où il reçoit une somme d’argent permettant

828
[Tarasewicz, 2009b : 179‑180]
829
[Tarasewicz, 2009b : 169‑171]
830
[Janković, 2004 : 93‑94]

344
le paiement de laine pour se vêtir ainsi que sept autres oiseleurs. La fonction d’entretien du temple
de sa population dépendante, intégrée dans le processus de production propre à l’économie
animale, en lui permettant de se nourrir et de se vêtir semble ici assez claire. Lâbâši, à travers cette
documentation, se voit confirmé dans sa fonction d’encadrement de la chasse aux oiseaux puis de
leur traitement en vue de servir à diverses offrandes. C’est lui qui reçoit les différentes quantités de
nourriture permettant d’entretenir et d’engraisser les oiseaux. Par le contrat CT LV 072, comme
nous l’avons vu, il se place comme intermédiaire entre des oblats chasseurs d’oiseaux et
l’administration du temple. L’Ebabbar délégue de cette manière une partie de la gestion des oblats
à d’autres dépendants recevant ainsi une forme de promotion professionnelle. Lâbâši se situe dès
lors à deux niveaux de cette activité : il reçoit les oiseaux chassés par des oiseleurs, avant de les
stocker puis de s’occuper de leur nourriture et de les confier au temple lorsqu’il en a besoin pour
ses offrandes.

Un autre dépendant avec les mêmes fonctions se retrouve plus tôt dans plusieurs listes de
rations et reçus d’argent de l’Ebabbar, il s’agit d’Ina-ṣilli-Aya :

Rations reçues par Ina-ṣilli-Aya


Texte Date de rédaction Résumé
BM 63923831 Nbn. 3, 03 / VIII 6 mesures de 47 litres d’orge + 36 litres d’orge reçues pour
nourrir des oiseaux.
CT LVI 195 Nbn. 6, 09 / VIII 900 litres de dattes comme rations pour Ina-ṣilli-Aya,
qualifié d’oiseleur.
BM 84481832 Nbn. 12, 27 / II Achat par le temple de 10+ tourterelles confiées à Ina-
ṣilli-Aya.
CT LV 732 Nbn. 12, 10 / III 72 litres de dattes + 72 litres d’orge reçus comme rations.
CT LVII 448 Nbn. 12+, 08 / [x] 90 litres de dattes comme rations.
BM 74429833 Nbn. 14, 29 / XII 5 sicles d’argent reçus par Ina-ṣilli-Aya pour acheter ses
rations et celles d’oiseaux.
BM 61051834 Nbn. 15, 25+ / III 52 tourterelles, cadeau du šakin ṭemi de Babylone au
temple, confiées à Ina-ṣilli-Aya.
Nbn. 889 Nbn. 15, 06 / VII 6 sicles d’argent pour acheter des rations aux oiseleurs et
aux oies.
Nbn. 915 Nbn. 15, 30 / IX Au moins 90 litres d’orge pour nourrir oies et canards.

831
[Janković, 2004 : 126].
832
[Janković, 2004 : 33‑34].
833
[Janković, 2004 : 140]
834
[Janković, 2004 : 36]

345
Nbn. 988 Nbn. 16, [x] / VII 360 litres d’orge pour nourrir des canards.
Nbn. 998 Nbn. 16, 08 / X 720 litres d’orge pour nourrir oies et canards.
CT LVI 327 Nbn. 16, 09 / XI 900 litres d’orge pour nourrir oies et canards.
BM 70160 Cyr. 0, 11 / IX 360 litres de dattes, Ina-silli-Aya est qualifié d’oiseleur.

La carrière d’Ina-silli-Aya diffère quelque peu de celle de Lâbâši. Plusieurs des rations qu’il
reçoit sont à son usage personnel et ne paraissent pas servir pour nourrir les oiseaux et la volaille
dont il est responsable par ailleurs (CT LVI 195, CT LV 732, CT LVII 448, Nbn. 889, BM
70160). Ces rations nous semblent être d’avantage liées à son travail, lorsqu’il est en déplacement
pour chasser des oiseaux : il est explicitement qualifié d’oiseleur dans la tablette CT LVI 195, où il
est le destinataire de 900 litres de dattes avec d’autres chasseurs d’oiseaux, et selon BM 70160, pour
recevoir 360 litres de dattes. Il est ainsi plus mobile et impliqué dans la chasse de petits oiseaux que
Lâbâši, qui a plutôt une fonction d’intermédiaire entre des chasseurs et l’administration de
l’Ebabbar. En même temps, Ina-silli-Aya peut aussi être chargé de l’entretien et de l’engraissement
d’oiseaux, comme l’indique le reste de la documentation résumée dans notre tableau. Le temple
reçoit de différentes sources des oiseaux et de la volaille : cadeaux de l’administration royale (BM
61051), achats à des sources extérieures et indépendantes du temple (BM 84481), et enfin produits
de la chasse. Les deux sphères ne sont donc pas strictement séparées comme cela peut être le cas à
Uruk, du fait de la cohérence de ce processus de production pour les offrandes aux divinités et au
personnel prébendier (récupération d’oiseaux, puis entretien et engraissement, et enfin livraison à
l’administration du temple). Des oblats se retrouvent dès lors à ces deux moments de l’économie
animale835.

835
Cela dépasse notre sujet, mais un point mérite d’être évoqué qui permet de comprendre comment la
distinction entre les gardiens d’oiseaux et de volaille et les chasseurs a pu se constituer historiquement pour
l’Ebabbar de Sippar : selon Janković et Tarasewicz, les quantités de ces volailles élevées par le temple se sont
amenuisées de moitié depuis le règne de Nabuchodonosor II jusqu’à celui de Cambyse. Les besoins pour les
offrandes n’ont toutefois pas suivi cette tendance, et le temple devait alors trouver d’autres sources d’oiseaux
[Janković, 2004 : 92‑110 ; Tarasewicz, 2009 : 165‑166]. La chasse réalisée par les oiseleurs a pris ainsi de plus en
plus d’importance, ainsi que l’achat auprès de personnes indépendantes du temple. Le contrat CT LV 072 peut
être un indice de cette évolution, sous-traitant et contractualisant une telle activité, même si dans ce cas il s’agit
de travailleurs dépendants du temple. Une même contractualisation du travail se perçoit, comme nous l’avons
indiqué, à Uruk.

346
L’organisation du travail des artisans dépendants du temple

La question de la place des oblats dans le travail artisanal rencontre le même problème que
pour les autres activités économiques des temples : la difficulté de les identifier dans notre
documentation. Des travaux de prosopographie et d’édition de sources, notamment pour l’Eanna
d’Uruk, ont amené à une reconsidération de l’étendue de leur présence dans les différents artisanats
au sein de l’économie institutionnelle. La difficulté demeure, mais peut être relativisée. Les oblats
artisans ont une place importante dans ce domaine, mais certaines limites existent quant à leur
possibilité d’exercer certains métiers. La plupart des artisanats textile, métallurgique ou joaillier
comporte une partie attachée au système prébendier 836, une autre « libre ». Les dépendants du
temple se concentrent dans cette dernière, et sont totalement absents de l’économie des prébendes.
A partir de cette assertion, de nombreux oblats ont pu être identifiés comme artisans.

Le gros de notre documentation concernant l’artisanat des oblats est composé de listes de
rations, de listes de travailleurs, et de reçus de matières premières allouées par les temples à leurs
travailleurs. Ces sources nous permettent d’identifier de nombreux oblats et leur métier, ainsi que
de voir quels travaux ils doivent réaliser pour le compte de leur institution. Le travail pour leur
propre bénéfice est difficilement identifiable : nos sources provenant de l’administration des
temples, il est rare de voir mentionnées des affaires économiques privées réalisées par ces oblats.
De ce fait, la documentation que nous allons étudier ici nous aide à comprendre l’organisation du
travail des oblats, d’identifier ces derniers, mais rarement de percevoir le degré d’autonomie qui
peut leur être laissé et leurs possibilités de travailler à leur propre compte.

Les artisans oblats reçoivent des rations alimentaires ainsi que les matières premières
nécessaires à la production d’un bien de la part du temple. Une partie de notre documentation nous
renseigne sur les livraisons de produits finis, ainsi que sur les paiements en biens artisanaux de
prélèvements royaux. Le système est essentiellement le même que ce soit pour l’Eanna ou
l’Ebabbar, et les métiers où nous retrouvons de manière assurée des oblats sont similaires dans les
deux temples.

Les oblats artisans de l’Eanna

Dans la documentation de l’Eanna, les oblats sont essentiellement attestés dans les métiers
des métaux (fer, bronze, or) ainsi que plusieurs métiers textiles (tissage de la laine et du lin,

836
[Démare-Lafont, 2010].

347
teinturerie). Le travail d’Elizabeth Payne est ici essentiel837 : elle réalisa une prosopographie des
artisans des textiles et des métaux sur l’ensemble de la documentation disponible pour la période
néo-babylonienne. Dans chacun de ces domaines d’activité, plusieurs artisans sont documentés
dans certains textes comme oblats (širkû), permettant une attestation formelle de leur statut en
relation avec le temple.

Nous distinguons ainsi quatorze oblats métallurgistes (nappâh parzilli pour le fer et nappâh
siparri pour le bronze) parmi un total de quarante-cinq artisans métallurgiques. Les spécialistes du
bronze reçoivent du métal du temple pour produire des objets servant pour le culte ou pour la
cuisine, utiles pour le personnel au sein du temple. Ceux du fer servent avant tout à la production
d’outils utilisés ensuite pour les travaux agricoles. Neuf oblats sont identifiables uniquement grâce
à la liste de rations AUWE V 096 (Npl. 19, 27 / IX) : Aplaya, Bêl-êpuš, Innin-šum-uṣur, Marduk-
êriba, Mušallim-Marduk, Nabû-ahhê-iddin, Nergal-êpuš, Râš-ilî et Taqiš-Gula ; ce sont tous des
artisans du bronze. Les quatre autres métallurgistes oblats sont les suivants : Eanna-ibni, fils d’Îniya
(bronze)838 ; Nabû-zêr-iddin, fils de Râši-ili839, et son fils Mušêzib-Bêl840, lui-même père d’Eribšu841
(tous spécialistes du fer) ; et Nabû-eṭir (fer)842. Plusieurs d’entre eux ne sont attestés que comme
destinataires de rations de la part du temple, allouées pour un travail et une durée précise, ou
enregistrés dans des tablettes recensant les travailleurs du temple. C’est le cas de ceux documentés
par AUWE V 096, ou d’Eanna-ibni, recevant deux kur de rations (composées d’orge et de dattes)
selon BIN II 133 (Nbn. 3, 12 / IV), ou de Nabû-eṭir, attesté dans la liste des dépendants du temple
NBC 4942 (pas de date) avec les membres de sa famille. Etant donné qu’il ne s’agit que de listes
de rations ou de personnel, ces sources ne permettent pas de déterminer les réalisations de ces
artisans : nous ne savons pas si elles sont utilisées pour le culte ou non. Davantage de données sont
disponibles pour les artisans du fer dépendants du temple.

Nabû-zêr-iddin, fils de Râši-ili, père de Mušêzib-Bêl et grand-père d’Eribšu, constitue un


des métallurgistes les mieux documentés pour l’époque néo-babylonienne à Uruk. Plus de quatre-
vingts textes, datés des règnes de Nabopolassar et Nabuchodonosor II, présentent ses activités
pour le compte de l’Eanna (Npl. 1 à Nbk. 14, soit de – 625 à – 591). La très grande majorité d’entre
eux sont des livraisons d’outils en fer ou la réception de matière première pour leur production843 :

837
[Payne, 2007].
838
[Payne, 2007 : 302].
839
[Payne, 2007 : 317‑321]. Du fait de la spécialité différente du Râši-ili mentionné dans AUWE V 096, il ne s’agit
probablement pas du même.
840
[Payne, 2007 : 314‑315].
841
[Payne, 2007 : 303].
842
[Payne, 2007 : 316].
843
Voir [Payne, 2007 : 318‑319] pour la liste des sources en question, la plupart étant non-publiées.

348
bêches844, pelles845, pics846, chaînes847, anneaux848, ciseaux pour la tonte des moutons849, outils pour
marquer les animaux850, hachettes851 et vaisselle852. Cette production n’a ainsi que peu d’usage direct
pour la conduite du culte, il s’agit d’objets nécessaires au quotidien pour les travaux agricoles menés
par le temple, mais aussi à la vie au sein des bâtiments de l’institution. La totalité des réceptions de
fer pour la production d’outils et des livraisons de ces derniers ne mentionne que le nom de Nabû-
zêr-iddin, ce qui indiquerait un travail individuel de sa part. Les quantités reçues peuvent être
importantes : vingt-sept mines de fer d’origine cilicienne (13,5 kilos) en une seule fois selon GCCI
II 053 pour produire des outils-kammu et huit haches, la plupart des réceptions étant autour d’une
mine de fer pour quelques outils. En tout, E. Payne établit que Nabû-zêr-iddin reçoit environ 252
kilos de fer et livre autour de 126 kilos en outils pour une carrière s’étalant sur trente-cinq années ;
ceci ne se base que sur la documentation que nous connaissons, et il est probable que l’ensemble
des tablettes administratives attesterait de plus larges quantités de métal.

Les deux listes de rations où Nabû-zêr-iddin est présent démontrent qu’il peut travailler en
équipe et qu’il doit servir de responsable dans ces cas-là, mais dans une d’entre elles il est possible
qu’il ne s’agisse alors pas de travail artisanal mais de mobilisation pour des tâches extérieures à
Uruk. Selon YOS XVII 325 (Nbk. 8, 21 / I), il reçoit une portion de 40 752 litres d’orge issue de
la récolte de champs exploités par un certain Iqišaya pour l’Eanna. Cette orge est partagée entre
quatre équipes de travailleurs, dont l’une est gérée par Nabû-zêr-iddin. L’autre liste, YOS XVII
362, documente l’allocation de trente litres d’orge pour trois métallurgistes (nappâh parzilli) à la
charge de Nabû-zêr-iddin : c’est ici la seule attestation possible d’un travail du fer réalisé en équipe
par celui-ci. Dans tous les cas, il n’y a aucune preuve d’un travail extérieur au sanctuaire réalisé par
Nabû-zêr-iddin. L’ensemble de sa production documentée est à destination du temple, à l’initiative
de celui-ci.

Son fils Mušêzib-Bêl reprend sa tâche de métallurgiste pour l’Eanna dès l’an 8 jusqu’à l’an
42 du règne de Nabuchodonosor II (de – 597 à – 563). Il remplit les mêmes fonctions, toujours
seul responsable de la réception de fer et la production d’outils. Au-delà de la réalisation d’objets

844
PTS 2897, NBC 4561, PTS 3226, AUWE V 002, GCCI II 226 (70 sicles de fer, soit 583 grammes), FLP 1610, PTS
2777, GCCI II 011, NCBT 248, NCBT 373, NCBT 334, GCCI I 010 (8 mines et 26 sicles (4,2 kilos) pour 5 socs), GCCI I
009 (25 mines (12,5 kilos) pour 21 bêches, voir [Graslin-Thomé, 2009 : 235]), PTS 2493, NCBT 770.
845
YOS XVII 304 (50 mines et 50 sicles de fer (25,4 kilos)).
846
NCBT 2287, NCBT 268, PTS 2483.
847
VS XX 005.
848
GCCI II 150 (Npl. ou Nbk. 2, 02 / III), 190 sicles (2,1 kilos) pour 2 anneaux, GCCI II 053.
849
PTS 3468.
850
YOS XVII 263 (9 sicles de fer (75 grammes) pour faire 2 étoiles)
851
YBC 9035, NCBT 464.
852
GCCI II 054 (50 sicles de fer, soit 416 grammes).

349
utiles aux travaux agricoles, il peut aussi fabriquer des armes : il reçoit ainsi sept mines et cinquante
sicles de fer pour forger douze dagues (OIP CXXII 131, Nbk. 18, 27 / VI), ou au moins quatre-
vingt-cinq sicles de fer pour des dagues (YOS XVII 264, Nbk. 18, 25 / V). Il s’agit d’une des seules
productions d’armes commanditées par l’Eanna que nous pouvons documenter. Ce travail lui
rapporte des rations d’huile, comme l’atteste GCCI I 212 (Nbk. 12+, 14 / VI), où il reçoit un demi-
litre d’huile pour la production de dagues. Le reste de ses activités se concentre sur la production
de pelles, d’outils pour marquer animaux et oblats et autres objets utiles pour les activités du temple,
sans preuves d’un travail indépendant de Mušêzib-Bêl.

Cette activité fut enfin transmise au fils de Mušêzib-Bêl, Eribšu, attesté de l’année
d’accession au pouvoir d’Amêl-Marduk à l’an 14 de Nabonide (de – 561 à – 542). Lui aussi reçoit
du fer pour des travaux précis et livre des outils, notamment à d’autres artisans du temple, les
orfèvres Ištar-šum-ibni et Bêl-ibni (PTS 3150). Le fer qu’il reçoit, comme pour Nabû-zêr-iddin,
provenait pour partie de Humê, soit la Cilicie, au sud-est de la Turquie actuelle853. Cette famille
d’artisans oblats démontre ainsi le maintien des liens entre le temple et ses travailleurs qualifiés
dépendants sur le long terme : ici, ces trois oblats réalisèrent pour l’Eanna de nombreux outils
nécessaires pour ses activités économiques, notamment agricoles, mais aussi pour le contrôle des
autres dépendants (anneaux et chaînes utilisés lors de leurs déplacements ou lorsqu’ils sont
enfermés, des armes pour les gardes), ainsi que pour les travaux d’autres artisans. Leurs
productions, comme celles des nombreux artisans du temple, bénéficiaient de l’importation de
matières premières non-babyloniennes (ici, le fer cilicien) par le temple, institution capable de
mobiliser de l’argent pour l’achat de tels biens854.

Nous venons de mentionner deux orfèvres (kutimmû) de l’Eanna. Ils ne nous sont pas
connus comme des oblats, mais parmi la main-d’œuvre spécialisée dans le travail de l’or, plusieurs
dépendants sont identifiables à l’époque néo-babylonienne. E. Payne considère qu’il est possible
qu’en-dehors des artisans prébendiers spécialistes de l’or, la plupart des orfèvres sont des oblats 855.
Aucun orfèvre n’est ainsi connu comme recevant une rémunération en argent ou en nature pour
les objets qu’il peut produire. Parmi les cinquante-quatre orfèvres attestés, quatre sont connus
comme ayant le titre de širku dans une de nos sources : Nâdinu, fils d’Innin-bêlšunu, descendant

853
Ces textes s’inscrivent dans les attestations de fer cilicien acheté notamment par l’Eanna d’Uruk, un indice
des relations commerciales entre les côtes d’Anatolie et la Babylonie à cette période. Voir [Joannès, 1991b] à ce
sujet.
854
[Oppenheim, 1967 : 240 ; Graslin-Thomé, 2009 : 232‑238].
855
[Payne, 2007 : 231].

350
de Luštammar-Adad856, ainsi que son frère Kinaya857 ; Nâdinu a peut-être eu un fils nommé Kalbi-
Bâbu858, dans tous les cas ce dernier est connu comme orfèvre dépendant du temple ; Šamaš-ana-
bîtišu, fils d’Amêl-Nabû859 ; et [x]-a, fils de Bêl-eṭir860. Les deux derniers sont présents dans le même
texte, GCCI II 101 (Cyr. 4, 03 / XI), où l’administrateur de l’Eanna et l’officier royal chargé de
l’Eanna leur déclarent : « Si vous fondez de l’argent avec la marque-ginnu, vous subirez le châtiment
du roi » (lignes 8 – 10). Šamaš-ana-bîtišu et [x]-a, fils de Bêl-êter, y sont désignés comme orfèvres
et comme oblats du temple. La marque-ginnu, dans ce cas précis, indique un degré de pureté de
l’argent utilisé comme moyen d’échange, mais pas une reconnaissance royale comme monnaie. Il
s’agit d’empêcher un gâchis d’argent par un processus de purification supplémentaire lorsque celui-
ci n’est pas nécessaire pour le temple861. Ce texte, au-delà de la question de l’argent, indique que
des orfèvres comme les deux mentionnés peuvent fondre de l’argent utilisé ensuite dans des
transactions commerciales ; dans tous les cas, ils disposent des outils nécessaires pour cette tâche.
C’est là l’une des seules attestations de fonte d’argent comme moyen d’échange pratiquée par des
orfèvres dépendants. Le reste de notre documentation concerne d’autres productions artisanales.

Les orfèvres produisent en effet des bijoux pour les divinités, et s’occupent de fondre de
l’or et de l’estimer pour les besoins internes du temple. Les orfèvres dépendants du temple sont
toutefois peu attestés dans ce type d’activités. Kalbi-Bâbu est surtout connu car il est accusé d’avoir
volé des objets en or et de l’or qui lui avait été confié862. Au-delà de cette affaire, nous ne disposons
d’aucun indice de ses activités artisanales pour l’Eanna. Nâdinu et Kinaya sont plus intéressants et
semblent présenter un cas un peu particulier. Ils sont notamment attestés dans la fameuse « Charte
des artisans » (YNER I 001)863, une déclaration de l’administrateur de l’Eanna et de l’officier royal
chargé de l’Eanna devant plusieurs artisans leur interdisant de travailler à l’extérieur du temple sans
la permission de l’administration du temple. Ils font partie des artisans destinataires de cette
interdiction (lignes 15 et 16), définis comme orfèvres. Nous retrouvons Nâdinu comme destinataire
d’un total de 149 sicles d’argent pour la production et l’entretien de plusieurs bijoux pour la déesse
(YBC 7383)864, ainsi que d’une ration de 180 litres de dattes selon AnOr IX 009 (Camb. 5, 02 /

856
[Payne, 2007 : 250‑251].
857
[Payne, 2007 : 244‑245]
858
[Payne, 2007 : 243].
859
[Payne, 2007 : 254‑255].
860
[Payne, 2007 : 258].
861
Nous ne discuterons pas d’avantage la question de la marque-ginnu de l’argent, très présente à partir du
règne de Darius I. [Vargyas, 2010] considére qu’il s’agit d’une forme de reconnaissance de la qualité de pièces
de monnaie d’argent, et que GCCI II 101 en constitue une des premières attestations. Ceci a été contesté,
notamment par [Jursa, 2010 : 481‑483].
862
Cette affaire a notamment été étudiée par [Renger, 1971]. Nous y reviendrons dans notre troisième partie.
863
Edité une première fois par [Weisberg, 1982], réédité et corrigé par [Payne, 2008 : 109‑113].
864
[Beaulieu, 2003 : 147].

351
VIII). Sa présence comme témoin dans le contrat concernant du bétail TCL XIII 164 (Camb. 4,
21 / VII), en plus de ces attestations, indique un haut statut social pour Nâdinu, en même temps
qu’une condition de dépendant du temple selon ses obligations de travail envers l’Eanna et sa
réception de rations de ce fait. Cela doit être similaire pour son frère Kinaya.

Si les oblats spécialistes du fer, du bronze et de l’or sont bien attestés pour l’Eanna, il est
un domaine où ils le sont encore d’avantage : l’artisanat textile. La présence de dépendants est
restreinte aux activités non-prébendières et ils sont surtout identifiés dans les tâches de
blanchisserie des textiles ainsi que de tissage et teinturerie. Les laveurs de vêtements, la plupart du
temps prébendiers ou indépendants du temple, ne sont que rarement des oblats. Parmi les vingt-
et-un laveurs (ašlâku) employés par l’Eanna à l’époque néo-babylonienne, un seul est connu comme
dépendant du temple : Libluṭ865. Sur trente-neuf blanchisseurs (puṣaya), dix-sept sont documentés
comme oblats : Amêl-Nanaia, fils de Šullumaya 866 , et son fils Nanaia-iddin 867 , lui-même père
d’Innin-šum-uṣur 868 ; Anu-šar-uṣur, fils de Šellibi 869 ; Ardiya, fils de Kalbaya 870 ; Bêl-eṭir, fils
d’Arad-Nabû et d’une zakîtu871 ; Dannu-ahhêšu-ibni, fils de Nabû-êdu-uṣur872 ; Dannu-ahhêšu-
ibni, fils de Šamaš-šum-ukîn 873 ; Eanna-šum-ibni, fils de Šulaya 874 ; Nanaia-ereš 875 , père de
Hašdaya876, lui-même père d’Ibni-Ištar877 et de Šamaš-šum-ukîn878 ; Ištar-rêṣû’a879 ; Nanaia-iddin880
; Nidintu, fils de Ninurta-šar-uṣur et fKuzbaya881 ; Šum-iddin, fils de Nabû-êdu-uṣur882.

Enfin, parmi les cinq-six tisserands (išparu) et « tisserands de laine colorée » (išpar birmi, en
réalité des spécialistes de la broderie), vingt-six étaient de manière assurée des dépendants du
temple : Arad-Bêl, fils de Silim-Bêl et d’une zakîtu883 ; Arad-Innin, fils d’fAna-bîtišu884 ; Ardiya, fils

865
[Payne, 2007 : 178].
866
[Payne, 2007 : 155‑156].
867
[Payne, 2008 : 188].
868
[Payne, 2007 : 172].
869
[Payne, 2007 : 156‑157].
870
[Payne, 2007 : 159‑160].
871
[Payne, 2007 : 160‑161].
872
[Payne, 2007 : 164].
873
[Payne, 2007 : 164].
874
[Payne, 2007 : 165].
875
[Payne, 2007 : 186].
876
[Payne, 2007 : 168].
877
[Payne, 2007 : 168‑169].
878
[Payne, 2007 : 197‑198].
879
[Payne, 2007 : 175‑176].
880
[Payne, 2007 : 187‑188].
881
[Payne, 2007 : 190].
882
[Payne, 2007 : 199].
883
[Payne, 2007 : 158].
884
[Payne, 2007 : 158‑159].

352
de Kalbaya885 ; Dannu-ahhêšu-ibni, fils d’Arrabi et fAna-tabnišu886 ; Iqišaya, fils d’Iddin-[x]887, et
père d’Itti-Marduk-balâṭu888 ; Kalbaya, fils de Nabû-silim889 ; Kubbutu890 ; Nabû-ušallim891, père de
Nanaia-iddin892, lui aussi père d’Innin-zêr-ušabši893, d’Eribšu894 et de Nanaia-ah-iddin895, et Bêl-
iqbi896, père de Gimillu897 ; Eribšu est quant à lui père de Murašû898 et Šamaš-zêr-ibni899 ; Nanaia-
ilû’a900 ; Nidintu, fils de Kinûnaya901, et père de Tattannu902 ; Šamaš-ah-iddin, fils de Šum-uṣur, et
son frère Šamaš-kaṣir903 ; Šamaš-eṭir, fils de Silim-Bêl et d’une zakîtu904 ; Ṭab-Uruk, peut-être le fils
de Balâssu905, et père d’Innin-šum-uṣur906, lui aussi père de Nâdin-ahi907.

Les trois professions ont les tâches suivantes : les laveurs (ašlakû) s’occupent du lavage et
de l’entretien des vêtements des divinités, avant et après les cérémonies religieuses 908 ; les
« blanchisseurs » (puṣaya) confectionnent les rideaux présents dans la cella du temple, de la corde et
du fil utiles pour d’autres travaux, et être chargés de l’obtention du lin auprès de sources extérieures
au temple – contrairement à Sippar, les puṣayâ n’ont que peu à voir avec l’entretien et le lavage de
vêtements, mais les blanchisseurs de Sippar comme d’Uruk sont des spécialistes du lin909 ; enfin,
les tisserands (išparû) et « tisserands de laine colorée » (išpar birmi) s’occupent de la teinte de la laine
et de la confection et réparation de vêtements et d’étoffes910.

Comme nous l’avons mentionné, très peu de laveurs de vêtements sont dépendants du
temple. Il s’agit avant tout d’artisans prébendiers ou indépendants du temple. Le seul cas possible

885
[Payne, 2007 : 159].
886
[Payne, 2007 : 163]
887
[Payne, 2007 : 174‑175].
888
[Payne, 2007 : 176].
889
[Payne, 2007 : 176‑177].
890
[Payne, 2007 : 177‑178].
891
[Payne, 2007 : 181].
892
[Payne, 2007 : 189].
893
[Payne, 2007 : 173‑174].
894
[Payne, 2007 : 166‑167].
895
[Payne, 2007 : 185‑186].
896
[Payne, 2007 : 162].
897
[Payne, 2007 : 167].
898
[Payne, 2007 : 178‑179].
899
[Payne, 2007 : 198].
900
[Payne, 2007 : 190].
901
[Payne, 2007 : 190].
902
[Payne, 2007 : 199‑200].
903
[Payne, 2007 : 197].
904
[Payne, 2007 : 195].
905
[Payne, 2007 : 200].
906
[Payne, 2007 : 172‑173].
907
[Payne, 2007 : 184‑185].
908
[Payne, 2007 : 87‑100 ; Quillien, 2016b : 352‑355].
909
[Payne, 2007 : 100‑116 ; Quillien, 2016b : 358‑362]
910
[Payne, 2007 : 116‑154 ; Quillien, 2016b : 355‑358].

353
d’oblat laveur est Libluṭ, sans patronyme, et nous ne disposons d’aucune source concernant ses
travaux pour le compte du temple. La seule tablette confirmant son statut d’oblat est la liste de
rations AnOr IX 009 selon laquelle il reçoit 1080 litres de dattes de la part de l’Eanna (colonne III,
ligne 20). Tous les travailleurs présents sur cette liste sont des oblats, avec la mention de leur métier
pour beaucoup d’entre eux à côté de leur nom. Libluṭ y est présenté comme ašlaku. Les seules
indications potentielles de ses activités économiques sont deux contrats issus d’une archive privée
d’Uruk (YOS XIX 068 et CTMMA III 103, archive de Sîn-leqe-unninnî A911), mais il n’est pas du
tout certain qu’il s’agisse du même Libluṭ. Ces deux tablettes sont des contrats de travail pour le
lavage de vêtements de Šamaš-ah-iddin, fils de Nergal-dân, tâche pour laquelle Libluṭ, fils de Nabû-
šum-ukîn, est rémunéré d’un sicle d’argent par an (YOS XIX 068, Nbn. [x]) et d’onze sicles par an
(CTMMA III 103, Nbn. 11, 13 / V). Le détail du travail à réaliser n’est pas donné, mais la
différence de salaire s’explique peut-être par la charge de travail. Aucun lien avec l’Eanna n’est
discernable dans ces deux textes, que ce soit parmi les témoins ou les parties des deux contrats, et
le caractère assez commun du nom de Libluṭ ne permet pas d’affirmer avec certitude que nous
retrouvons la même personne dans ces trois textes. Toutefois, il s’agirait d’une des rares attestations
d’un travail indépendant de la part d’un oblat artisan de l’Eanna si c’était le cas.

Pour ce qui concerne les blanchisseurs et les tisserands de laine colorée, les preuves de
travaux réalisés par des oblats sont bien plus abondantes et permettent de comprendre
l’organisation de leur travail. Tout comme pour les métallurgistes et les orfèvres, ces artisans
reçoivent des matières premières pour la production d’objets précis, puis les livrent aux autorités
du temple. La majorité de notre documentation est composée de ces allocations de textiles et de
produits utiles à la confection et teinturerie (laine et lin, alun, différentes teintes). La thèse récente
de L. Quillien présente l’étude détaillée des processus de production, des sources de ces matières
premières et des usages des vêtements produits pour le temple912. Comme nous pouvons le voir
dans les listes des artisans dépendants réalisées plus haut, ces charges se transmettent de père en
fils et plusieurs générations sont discernables parmi les blanchisseurs et les tisserands de laine
colorée. Au moins sept familles peuvent être reconstituées913 :

Blanchisseurs : [Šullumaya] -> Amêl-Nanaia -> Nanaia-iddin -> Innin-šum-uṣur

Blanchisseurs : Nanaia-ereš -> Hašdaya -> Ibni-Ištar

911
[Jursa, 2005 : 145‑146].
912
[Quillien, 2016b].
913
Les noms entre crochets correspondent à des personnes qui ne sont pas attestées en-dehors de la mention
des patronymes de leur fils.

354
-> Šamaš-šum-ukîn -> Dannu-ahhêšu-ibni

-> Nanaia-iddin

Tisserands : [Iddin-[x]] -> Iqišaya -> Itti-Marduk-balâṭu

Tisserands : [Kinunaya] -> Nidintu -> Tattannu

Tisserands : [Balâssu?] -> Ṭab-Uruk -> Innin-šum-uṣur -> Nâdin-ahi

Tisserands : Nabû-ušallim -> Bêl-iqbi -> Gimillu

-> Nanaia-iddin -> Innin-zêr-ušabši

-> Eribšu -> Murašû

-> Šamaš-zêr-ibni

-> Nanaia-ah-iddin

Tisserands : Šum-uṣur -> Šamaš-ah-iddin / Šamaš-kaṣir

De même, plusieurs de ces oblats voient leur matronyme indiqué dans certaines tablettes,
et les mères attestées étaient toutes des zakîtû, d’anciennes esclaves données au temple par leur
maître. Cela indique dans ces quelques cas qu’il peut s’agir d’oblats de deuxième génération : Bêl-
eṭir, fils d’Arad-Nabû et d’une zakîtu, Nidintu, fils de Ninurta-šar-uṣur et fKuzbaya, Arad-Innin,
fils d’fAna-bîtišu, Dannu-ahhêšu-ibni, fils d’Arrabi et fAna-tabnišu, Arad-Bêl et Šamaš-eṭir, fils de
Silim-Bêl et d’une zakîtu. Les mères sont peu documentées comme actives dans la documentation
disponible, mais il est possible qu’elles participent à certaines étapes de la production textile et dans
l’apprentissage du métier pour leur enfant.

Pour l’étude des activités de ces artisans oblats, nous allons nous intéresser à deux familles :
celle de Nanaia-ereš pour les blanchisseurs, et celle de Nabû-ušallim pour les tisserands. Au-delà
du détail des tâches qu’ils peuvent effectuer, nous verrons ce qui peut constituer la spécificité des
artisans oblats par rapport aux travailleurs prébendiers et indépendants.

La famille de Nanaia-ereš (pas de patronyme connu) s’étend sur quatre générations, au


moins de l’an 20 de Nabopolassar à l’an 12 de Nabonide (– 606 à – 544). Les activités de la famille
demeurent les mêmes sur l’ensemble de cette période : le savoir-faire se transmet de père en fils et
le temple conserve ses dépendants aux mêmes tâches. Nanaia-ereš est attesté de manière certaine
de l’an 20 de Nabopolassar à l’an 14 de Nabuchodonosor II. A deux reprises, il livre des rideaux
en lin pour l’ornement des lieux réservés au culte au sein de l’Eanna : un rideau de porte pesant en

355
tout trente-cinq mines et demi (17, 7 kilos) pour la cella où se trouve la statue d’Uṣur-amâssu (PTS
2522, [NR]. 12 04+ / XII) 914, et un rideau pesant vingt-huit mines et dix sicles (environ quatorze
kilos) pour la cella d’une statue dont le nom n’est pas lisible sur la tablette (YOS XVII 250,
Nbk. 10, 17 / [x]). Il reçoit des matières premières utiles pour la production textile : du lin peigné
selon NBC 4555, et au moins un litre d’huile nécessaire pour bouillir les textiles (GCCI I 212,
Nbk. 12+, 14 / VI) 915 . De la part du temple, il reçoit trente-huit litres d’orge à une occasion
(YOS XVII 362, Nbk. 14, 12 / XI). Ces quelques documents montrent assez bien ce que l’on
observe de manière générale pour une partie du travail des blanchisseurs de l’Eanna : suite à la
réception de matières premières, ils confectionnent des parures d’intérieur en lin, utilisés pour les
espaces sacrés des temples et sanctuaires. Du fait de son statut de dépendant, un tel artisan bénéficie
des rations en orge. Comme souvent, les raisons de ces livraisons de rations ne sont que rarement
données. Ces oblats peuvent être mobilisés, lorsque le temple a besoin de main-d’œuvre, pour des
travaux qui ne concernent pas leur spécialité. Nous verrons ceci à plusieurs reprises. Dans le cas de
YOS XVII 362, c’est une possibilité, tout comme cela peut s’intégrer à un système d’allocations de
rations nécessaire pour le temple afin de nourrir ces dépendants.

Le fils de Nanaia-ereš, Hašdaya, fut actif de l’an 18 de Nabuchodonosor II à l’an 8 de


Nabonide ; nous ne savons pas si son père est encore actif à ce moment-là. Nous retrouvons pour
Hašdaya plusieurs tablettes documentant sa réception de lin916 et la livraison de produits finis : il
livre un rideau de porte de vingt-sept mines (13,5 kilos) pour la cella de la statue d’Ištar de l’Eanna
(UCP IX/I 046, Nbk. 24, 13 / VI)917. A deux reprises, il reçoit des rations d’orge de la part du
temple918. L’une de ces listes de rations (GCCI II 278) indique qu’il reçoit de l’orge pour être
ensuite distribué à différents blanchisseurs ; il partage cette responsabilité avec Amêl-Nanaia, fils
de Šullumaya, un autre oblat blanchisseur. Cela indique qu’il peut avoir des fonctions intermédiaires
dans l’organisation du travail du temple. Cette hypothèse est confirmée par la tablette PTS 2118
([NR]. 4?, 18 / V), qui ne concerne pas des activités textiles. Tout comme Amêl-Nanaia et Ṭab-
Uruk, l’oblat tisserand, il est ici responsable d’une équipe de dix oblats pour la réalisation ou

914
[Beaulieu, 2003 : 230].
915
Le verbe de la phrase à cet endroit de la tablette n’est pas certain. E. Payne propose deux lectures : salâtu
(couper du bois) ou salâqu (bouillir). Comme certaines des autres allocations d’huile dans ce passage concernent
aussi des techniques d’artisanat (de l’huile pour un métallurgiste, utile soit pour alimenter rapidement un feu,
soit pour refroidir le métal venant d’être fondu), il est possible qu’il s’agisse bien d’une ration d’huile non-
alimentaire. Le verbe « salâqu » est le seul qui peut vraiment faire sens, car un corps gras, comme de l’huile, ainsi
qu’un élément alcalin, comme de la soude, permettent de produire du savon, utile dans un processus de
blanchissage d’un textile. Voir à ce sujet [Quillien, 2014 : 285‑286].
916
YBC 9470, NCBT 242, NCBT 146, non publiées.
917
[Beaulieu, 2003 : 139].
918
GCCI II 278, EPHE 423.

356
l’entretien d’un canal919. Il a pu aussi être le témoin d’une reconnaissance de dette pour de l’orge
(GCCI I 229, Nbk. 18, 25 / IX), ce qui, allié à ses fonctions intermédiaires dans la gestion de la
main-d’œuvre du temple, peut être un indice d’une certaine élévation sociale par rapport à d’autres
classes d’oblats. Dans tous les cas, cette mobilisation d’artisans oblats pour des travaux hors de leur
champ de spécialité les fait différer des autres artisans : leur statut de dépendant du temple implique
leur participation à certaines obligations envers l’institution, notamment lorsque celle-ci a des
difficultés à accéder à de la main-d’œuvre.

Hašdaya a eu deux fils : Ibni-Ištar et Šamaš-šum-ukîn, tous deux attestés entre l’an 8 et les
années 11 (pour Ibni-Ištar) et 12 (pour Šamaš-šum-ukîn) de Nabonide. Ils réalisent les mêmes
tâches que leur père et grand-père. Ibni-Ištar reçoit trente mines de lin (quinze kilos) selon
YOS VI 210 (Nbn. 12, 13 / XIIb)920, pour un travail textile qui demeure peu clair, et Šamaš-šum-
ukîn reçoit quatre tissus-šalhu921 à partir duquel il doit réaliser un rideau utile au culte (PTS 3309,
Nbn. 8, 18 / XII). Nous les retrouvons tous deux dans la tablette YBC 9027 ([Nbn.] [x], 19 / V),
où dix-huit blanchisseurs étaient listés et séparés en deux équipes : malheureusement, la raison de
cette organisation n’est plus lisible sur le document. De même, ils sont mentionnés dans
YOS XIX 115 (Nbn. [x]) ; ici, ce sont huit blanchisseurs qui sont divisés en deux équipes pour un
travail de surveillance à différents endroits du temple (le lieu à garder par Ibni-Ištar et Šamaš-šum-
ukîn n’est plus lisible). Dans les deux cas, ils travaillent ensemble. Les quelques listes similaires dont
nous disposons concernent de manière générale des activités qui ne sont pas liées aux travaux
textiles, comme la surveillance de sanctuaires, de domaines agricoles ou piscicoles du temple, ou la
construction et réparation de canaux922.

Šamaš-šum-ukîn a eu un fils, Dannu-ahhêšu-ibni. Les deux sont attestés ensemble dans une
liste de rations, YOS VI 229, où le père reçoit 945 litres d’orge ou de dattes, et le fils 180 litres. Il
est possible que les activités présentées par [Payne, 2007 : 163] soient les siennes, malheureusement
l’absence de patronyme et l’existence d’un autre Dannu-ahhêšu-ibni blanchisseur empêche une
identification claire. S’il s’agit de ses tâches, il serait ainsi actif jusqu’en l’an 6 de Cambyse. Nous
retrouvons l’autre fils de Šamaš-šum-ukîn dans la tablette YBC 9027 présentée plus haut, qui
constitue sa seule attestation. Si ces informations sont parcellaires, elles sont suffisantes pour
observer la transmission du savoir-faire et de la fonction de blanchisseur de l’Eanna : un artisanat

919
[Payne, 2007 : 114].
920
[Payne, 2007 : n.282].
921
[Quillien, 2016b : 600‑602].
922
[Payne, 2007 : 111‑114].

357
spécialisé avant tout dans le lin et la production de parures religieuses, importantes pour le culte
des statues conservées au sein du temple et de ses sanctuaires.

L’existence d’un travail collectif rassemblant des blanchisseurs pour la confection de


rideaux (gildû) des cellas des divinités est confirmée par trois contrats : YBC 3715 (Nbk. 40, 06 /
X), PTS 3053 (Nbn. 03, 21 / IX) et GCCI I 412 (Nbn. 03, 21 / IX). Ce sont les seuls exemples
d’une contractualisation d’un tel travail pour des blanchisseurs oblats. La procédure est la même
dans chacune de ces tablettes, dont deux ont été rédigées le même jour. Cinq blanchisseurs sont
chargés de la réalisation de cinq rideaux ; selon GCCI I 412, ils sont destinés aux cellas d’Ištar,
Nanaia, Usur-amâssu, Gula et de Palil, tandis que cela n’est pas précisé dans les deux autres contrats
– l’usage final doit être le même.

Les équipes d’artisans oblats sont les suivantes : Amêl-Nanaia, fils de Šullumaya, son fils
Nanaia-iddin, et le fils de ce dernier, Innin-šum-uṣur, Nanaia-iddin, fils de la zakîtu fNanaia-rêṣûni,
Šamaš-iddin, fils de Bušaya (YBC 3715) ; Eanna-šum-ibni, fils de Šulaya, Šamaš-iddin, fils de
Bušaya, Nabû-eṭir-napšâti, fils de Nabû-šum-iškun, Ṣâṣiru, fils d’Ahummu, et Bêl-eṭir, fils d’une
zakîtu non nommée (PTS 3053) ; Dannu-ahhêšu-eṭir, fils de [x], Rêmût, fils de Ninurta-šar-uṣur,
Nanaia-iddin, fils de Balâssu, Šumu-iddin, fils de Nabû-êdu-uṣur, et Nidintu, fils de la zakîtu
f
Kuzbaya (GCCI I 412). Nous n’avons aucune mention du statut d’oblat pour seulement cinq
d’entre eux : Dannu-ahhêšu-eṭir, fils de [x], Nabû-eṭir-napšâti, fils de Nabû-šum-iškun, Ṣâṣiru, fils
d’Ahummu, Rêmût, fils de Ninurta-šar-uṣur, et Nanaia-iddin, fils de Balâssu. Mais du fait de leur
présence dans ces contrats et le reste de la documentation les concernant923, il s’agit probablement
d’oblats.

Ces contrats ont été rédigés au moment du renouvellement des rideaux des cellas
concernées. C’est un travail qui a lieu de manière ponctuelle (douze ans séparent YBC 3715 et les
deux autres textes) et qui nécessite une mobilisation d’artisans travaillant alors de concert pour
réaliser ces parures. Un artisan parmi eux est responsable de la livraison des produits finis : Eanna-
šum-ibni (PTS 3053) et Dannu-ahhêšu-êtir (GCCI I 412). Ces deux textes confirment qu’il s’agit
de réalisations collectives, trois des rideaux devant être livrés au milieu de l’année et les deux restants
à la fin, ce qui indique une coordination entre les cinq artisans. Enfin, les rations liées à ce travail
sont mentionnées dans YBC 3715, recevant des quantités non précisées en orge et en dattes.

923
Rîmût est notamment présent dans les deux listes de travailleurs de l’Eanna mobilisés pour des travaux non-
textiles YBC 9027 et YOS XIX 115. Ṣaṣiru et Nabû-eṭir-napšâti le sont dans YBC 9027. Pour les trois autres, il s’agit
de leur unique attestation. Nous présentons ces deux listes plus loin dans notre étude.

358
Demeure la question des matières premières nécessaires pour tisser ces rideaux. Les
quantités ne sont pas données dans ces tablettes, mais le reste de la documentation concernant la
confection de produits en lin permet de donner une estimation des besoins importants en textile
afin de réaliser les pièces des rideaux, mais aussi les cordons et les passementeries. L. Quillien en
précise la composition : selon NBC 8350, vingt-deux mines de lin (onze kilos) ont pu être livrées
à un artisan pour réaliser un rideau de la cella d’Uṣur-amâssu, et trente pour celui de Nanaia (quinze
kilos), ce qui en fait des pièces assez étendues et lourdes, réalisées à partir de plusieurs pièces de lin
salhu924. En plus de ces contrats, d’autres documents administratifs ont dû être rédigés recensant
les livraisons de lin pour la production de ces rideaux, dont nous ne disposons pas. Les « contrats
de travail » que nous venons de mentionner sont rédigés pour préciser l’échéance de la livraison
des produits finis, l’établissement des équipes de travail et l’impossibilité pour ces artisans de
travailler sur un autre projet tant qu’ils n’étaient pas réalisés. Cela indique le caractère exceptionnel
de ces parures, renouvelés de manière ponctuelle. Concernant les blanchisseurs oblats, c’est aussi
une preuve importante de la possibilité d’un travail collectif, qui pourrait avoir eu pour conséquence
une division du travail entre les différents tisserands du lin.

La famille de tisserands spécialistes de la laine colorée et dépendants du temple qui va nous


intéresser est celle de Nabû-ušallim (pas de patronyme connu). La période où nous retrouvons des
membres actifs de cette famille s’étend de l’an 17 de Nabopolassar à l’an 7 de Cambyse (– 609 à
– 523), soit sur près d’un siècle et quatre générations. Tout comme pour les blanchisseurs, leurs
tâches demeurent similaires et transmises de père en fils. Nabû-ušallim est seulement documenté
pour l’an 17 de Nabopolassar, mais les trois tablettes le concernant présentent clairement son travail
artisanal. Il reçoit de la teinture de la part du temple (NCBT 461, Npl. 17, 10 / IV) et à deux
reprises des produits textiles pour leur traitement : treize mines de laine rouge et dix lots de laine
peignée afin de réaliser trois hutumata925 pour vêtir les statues des Urdimmu (OIP CXXII 071,
Npl. 17, 13 / IV), ainsi qu’une pièce de textile, de la laine peignée et de la laine de couleur, afin de
produire deux vêtements pour Nabû-zêr-ukîn, juge, et Kunaya, batelier (OIP CXXII 079,
Npl. 17, 20 / III). Ces trois textes montrent bien ce dont les tâches de Nabû-ušallim sont

924
[Quillien, 2016b : 360‑361]. Le terme salhu désigne une pièce en lin rectangulaire, assez répandue, pouvant
être utilisée telle quelle pour vêtir les statues des divinités ou comme pièce d’un ensemble textile plus large, voir
[Quillien, 2016b : 600‑602].
925
Ce mot demeure pour le moment un hapax à l’origine inconnue. La lecture de D. Weisberg semble correcte,
aucune autre lecture n’est indiquée pour ce texte par [Jursa, 2006] dans son travail de collation de ces tablettes.

359
constituées, et par extension celles de ses descendants : il reçoit de la laine, parfois déjà travaillée et
teinte, pour tisser des vêtements pouvant servir au culte mais aussi à des particuliers liés au temple.

Nabû-ušallim a eu deux fils : Bêl-iqbi et Nanaia-iddin. Ce dernier est attesté de l’an 9 de


Nabopolassar à l’an 15 de Nabuchodonosor II, tandis que Bêl-iqbi l’est de l’an 14 à 25 de
Nabuchodonosor II, ce qui ferait de Nanaia-iddin l’aîné de la fratrie. Nous les retrouvons à
plusieurs reprises parmi les dépendants recevant des rations d’orge et de dattes : trente-huit litres
d’orge pour Bêl-iqbi (YOS XVII 362, Nbk. 14, 12 / XI), trente-six litres d’orge pour lui et son
frère (NCBT 4909, Nbk. 15, 11 / III) 926, 288 litre d’orge pour Nanaia-iddin et un de ses fils
(AUWE V 113, sans date), trente-six litres pour Nanaia-iddin (PTS 3335, Npl. 19, 26 / VIII)927.
Les rations mensuelles qu’ils peuvent recevoir sont assez pauvres, à l’exception d’AUWE V 113,
qui liste les rations pour deux mois et pour deux personnes avec un taux de soixante-douze litres
par mois. Cela pourrait signifier que ces rations ont été données au début des carrières de ces deux
tisserands. Le reste de la documentation concernant ces deux tisserands spécialistes de laine colorée
sont des réceptions de matières premières : laine 928 , teintures 929 et alun 930 . Plusieurs de ces
réceptions de matières sont pour un usage précis : la teinte ou la fabrication d’une tente (zaratu,
YBC 9411, UCP IX/I 025, PTS 3334) 931 . Nous avons plusieurs informations concernant la
livraison de produits pour Nanaia-iddin. Selon YOS XVII 305 (Nbk. 3, 04 / VII), il reçoit dix
mines de laine bleue pour la parure de la déesse Nanaia, ainsi que quarante mines pour la cérémonie
d’habillement du 08 / VII. Il livre de la laine et du fil pour une tente (YOS XVII 103, Nbk. 2, 12
/ IV), et huit vêtements pesant en tout trente-et-une mines et demi (15,7 kilos) pour la cérémonie
d’habillement du 16 / VI (YOS XVII 249, Nbk. 5, 13 / VI). La plupart des productions dont nous
avons connaissance pour eux deux ont donc un usage essentiellement religieux, afin de vêtir les
statues des divinités et d’ornementer les pièces où elles étaient placées. Ils travaillent souvent seuls,
mais Nanaia-iddin peut former une équipe, notamment avec un certain Kudurru, présent dans
YOS XVII 253 et YOS XVII 305 en association avec Nanaia-iddin932. Nanaia-iddin a pu aussi

926
Le frère en question n’est pas nommé, et ne devait pas être Nanaia-iddin. Le taux de la ration y est très bas,
18 litres pour les deux pour un mois en tout. Pour E. Payne, cela signifierait que le frère mentionné était jeune
ou inexpérimenté, ce qui n’est pas le cas de Nanaia-iddin, attesté et actif depuis au moins l’an 9 de Nabopolassar.
Il est possible qu’un autre frère cadet soit ici présent mais dont nous n’avons pas d’autre attestation.
927
[Payne, 2007 : 31] pour les trois dernières références.
928
Pour Bêl-iqbi : YBC 9411, YBC 9582 (laine colorée), YBC 9494 (laine colorée), UCP IX/I 047 (laine colorée), NBC
4652. Pour Nanaia-iddin : NBC 4563 (de la laine et du lin), PTS 2224, YOS XVII 305 (laine et alun), YOS XVII 253.
929
Pour Bêl-iqbi : YBC 9547, YBC 9540, PTS 3334. Pour Nanaia-iddin : NCBT 330 (teinture et alun).
930
Pour Nanaia-iddin : Eames Q2, NCBT 330, BIN II 122.
931
Une tente de Nanaia est connue : [Beaulieu, 2003 : 190‑191]. Il est possible que cette tente ait été produite
pour un usage religieux, pour la procession du kusitu de Nanaia.
932
Bêl-iqbi est le seul des deux qui a été mobilisé par le temple pour un travail non-textile : il apparaît dans la
liste des travailleurs mobilisés par l’Eanna YBC 9268.

360
amener des quantités de textiles à deux laveurs (ašlakû), Gimillu et Šamaš-eriba, pour l’entretien de
ces vêtements (OIP CXXII 122, Nbk. 8, 30 / VIII).

La génération suivante de la famille est composée de Gimillu, fils de Bêl-iqbi, et des trois
fils de Nanaia-iddin : Nanaia-ah-iddin, Eribšu et Innin-zêr-ušabši. Ils ont les mêmes fonctions que
leurs pères. Gimillu est documenté de l’an 24 de Nabuchodonor II à l’an 8 de Cyrus dans trois
tablettes : il est l’un des artisans mobilisés dans YBC 9027, mais fait partie d’une autre équipe,
envoyée à Babylone, sans mention du travail qu’il doit y réaliser. Il reçoit du temple une ration de
192 litres de froment, et il livre 87 sicles de laine colorée, sous forme d’une bande destinée à une
parure-kusîtu, à son père Bêl-iqbi, réalisée en collaboration avec Lâbâši, un autre tisserand (UCP
IX/I 047, Nbk. 24, 09 / V)933. Cela montre qu’il existe une forme de collaboration entre père et
fils artisans oblats, sous une forme de sous-traitance d’une partie du vêtement complet réalisé par
le père.

Les fils de Nanaia-iddin accomplissent sensiblement les mêmes travaux que leur père. Nous
les voyons recevant des matières premières : laine934, teintures935, alun936. De même, du fait de leur
statut de dépendants, ils reçoivent des rations d’orge, de dattes937, parfois d’argent afin d’acheter de
la nourriture ou de la laine938. Les livraisons de produits finis se limitent toutefois à Innin-zêr-ušabši.
Il livre de la laine teinte (OIP CXXII 123, PTS 3372), divers vêtements (NCBT 4597) dont
certains étaient teints (PTS 3230)939. Mais pour Nanaia-ah-iddin et Eribšu, nous n’avons que peu
de traces de leur production artisanale finie. Ce que l’on observe concernant ces trois tisserands,
c’est l’importance des tâches administratives qu’ils ont à remplir, indiquant une évolution de leur
statut social et professionnel au sein de l’Eanna.

A plusieurs reprises, ils ont été responsables de l’allocation de rations à différents


travailleurs du temple : Innin-zêr-ušabši est chargé de distribuer des rations d’orge (NCBT 134),
de dattes (AnOr IX 008) et de bière (YOS VII 004), de même pour Eribšu, parfois aussi de pain
pour ce dernier (bière : YOS VII 004, pain et bière : AnOr VIII 026). Selon YOS XIX 115,
mentionné plus haut, Innin-zêr-ušabši supervise une partie des travailleurs mobilisés pour des

933
[Payne, 2007 : 121].
934
Pour Eribšu : PTS 2648. Pour Nanaia-ah-iddin : NBC 4859, YOS XVII 104 (douze sicles pour la réparation d’un
vêtement). Pour Innin-zêr-ušabši : PTS 2909.
935
Pour Innin-zêr-ušabši : PTS 2576, PTS 2909.
936
Pour Innin-zêr-ušabši : PTS 2576, PTS 2460.
937
Eribšu reçoit de l’orge (AnOr IX 008), de l’orge et des dattes (BIN II 133). Innin-zêr-ušabši reçoit des dattes au
moment d’une mobilisation pour travailler sur un canal (TCL XII 093), ainsi que d’autres dattes selon une liste de
rations (YOS VII 032).
938
C’est le cas pour Nanaia-ah-iddin selon NCBT 495, pour des rations, et pour Eribšu, recevant de l’argent pour
acheter de la laine selon BIN I 161.
939
[Payne, 2007 : 143].

361
travaux de surveillance de parties du temple, et il a la même fonction en l’an 5 de Cyrus (NBC
4598). Il est possible qu’il soit chargé de distribuer des outils utiles aux travaux agricoles (YOS XIX
264) et responsable de livraison de bois (BIN I 165). Eribšu reçoit aussi la responsabilité d’outils à
trois reprises (5 bêches et 2 paniers dans YOS XIX 264, CD 11), notamment selon YOS XIX 261,
où deux bêches doivent être utilisées pour le creusement d’un canal. Quant à Nanaia-ah-iddin, il
fait aussi partie des artisans mobilisés dans YOS XIX 115, et doit distribuer des outils en fer ainsi
que du bétail (Eames Q15, BIN I 174). La troisième génération de la famille de Nabû-ušallim
semble ainsi avoir été moins impliquée dans ses activités « traditionnelles », bien que la transmission
du savoir-faire par leurs pères a dû être accomplie. Ils ont pu agir comme des agents de
l’administration de l’Eanna en ce qui concerne l’attribution de rations, d’outils et parfois comme
cadres d’équipes de travailleurs mobilisés hors de leurs activités spécialisées. Cela ne veut pas dire
qu’ils ont totalement abandonné l’artisanat pour le compte du temple, mais cette charge, si l’on s’en
tient à la documentation disponible, paraît moins importante et peut être un indice d’une forme de
mobilité sociale pour ces trois oblats.

Eribšu, parmi sa fratrie, est le seul dont nous connaissons des descendants : Murašu et
Šamaš-zêr-ibni. Leur présence dans la documentation est assez limitée. Murašu est attesté de l’année
d’accession au pouvoir de Cambyse jusqu’à l’an 7 du même roi, tandis que Šamaš-zêr-ibni n’est
attesté de manière certaine qu’en l’an 16 de Nabonide ; les autres documents le mentionnant datent
du règne de Nabonide mais sans plus de précision. La seule activité connue de Murašu est la
suivante : il est responsable de l’attribution de rations de dattes pour des travailleurs de l’Eanna
(PTS 2182, Camb. 7, 19 / I), ce qui confirme un maintien de la famille dans ce type d’activités.
Enfin, Šamaš-zêr-ibni ne connaît qu’une unique attestation : YBC 9027, où lui et son père Eribšu
font partie d’une équipe de sept tisserands spécialistes de la laine colorée mobilisés par le temple
pour une activité non-textile.

Ces deux familles d’artisans dépendants du temple sont assez représentatives de l’ensemble
des activités que peuvent remplir les blanchisseurs et les tisserands de l’Eanna. Leur spécificité en
tant qu’oblats, au-delà des rations qu’ils reçoivent régulièrement, se discerne dans la possibilité
d’être mobilisés lorsque le temple avait besoin de main-d’œuvre pour des travaux qui ne concernent
par leur spécialité : construction et entretien de canaux, surveillance de structures du temple et de
ses sanctuaires. Leurs activités artisanales ne les distinguent pas des artisans prébendiers ou
indépendants : ils réalisent des parures et des vêtements dont certains sont réservés au culte, à partir

362
de matières premières fournies par l’Eanna. Une partie de leur production peut toutefois être
contractualisée, mais ceci est assez rare.

Peu de femmes dépendantes du temple et artisanes apparaissent dans nos sources. Un texte
permet toutefois de distinguer une oblate comme spécialiste du textile. Selon BM 114480940 (Cyr.
9, 01 / VII, Uruk), fAškâ’itu-ṭâbat doit produire une étoffe pesant 2,5 kilos pour l’année en cours.
C’est son mari, Ana-bîtišu, fils d’Arrabi, qui a la responsabilité de livrer le vêtement. Il s’agit, dans
l’état actuel de la documentation, de la seule attestation de ces oblats. Le travail artisanal des femmes
dépendantes peut donc se faire dans la sphère domestique et, lorsqu’il est contractualisé, celui-ci
apparaît dans nos sources. Une situation un peu différente se discernent dans les tablettes NCBT
176, datant du règne de Kandâlanu et donc de la fin de la période néo-assyrienne, et PTS 2443
(règne de Cambyse)941. Il s’agit là aussi de contrats. Dans le premier, l’Eanna accorde deux femmes
dépendantes, fIlat et sa fille, à deux hommes, Iqišaya et Ṣillaya. En échange, elles doivent produire
deux étoffes par an au temple. Dans le second, une oblate est accordée à une femme libre, en
échange d’une étoffe pesant 2,5 kilos par an. Dans ces deux textes, le travail de dépendantes est
externalisé chez des personnes privées, sans que l’on ne perçoive ce que ces dernières obtiennent
grâce aux dépendants présentes chez elles. Les utilisations de ces vêtements ne sont pas précisées :
aucune fonction religieuse n’apparaît. Il est possible qu’ils soient réservés au personnel du temple.
Il s’agirait ainsi d’un indice d’une organisation du travail plus large où les femmes dépendantes du
temple seraient intégrées.

Les oblats artisans de l’Ebabbar

L’organisation du travail des artisans de l’Ebabbar de Sippar ne diffère pas véritablement


de celle de l’Eanna. Toutefois, la documentation disponible, composée avant tout de listes de
rations, rend peu compte de la capacité de širkû travailleurs occupant des positions semblables à
celles de leurs collègues à Uruk. A travers le travail de prosopographie accomplie par
A. C. V. M. Bongenaar942, complété par celui de S. Zawadski943 pour ce qui concerne les spécialistes
des textiles, il est possible de proposer une estimation de la place des dépendants dans certains
domaines d’activité artisanale au sein de l’Ebabbar. Tout comme pour l’Eanna, il y a une séparation

940
[Quillien, 2016a : 483].
941
[Quillien, 2016a : 485] pour ces deux textes.
942
[Bongenaar, 1997].
943
[Zawadzki, 2006].

363
sociale assez nette entre artisans prébendiers et non-prébendiers, et nous ne retrouvons pas d’oblats
dans la première catégorie. Si l’on considère que les artisans recevant des rations alimentaires et des
matières premières de la part du temple sont des dépendants, un critère assez vérifiable en ce qui
concerne la main-d’œuvre de l’Eanna, confirmée par les mentions du titre de širku dans les sources
rassemblées par E. Payne, nous pouvons lister les artisans qui sont très probablement des
dépendants. Ceci n’efface pas la possibilité que le reste des artisans listés dans l’ouvrage d’A. C. V.
M. Bongenaar ne sont pas des dépendants, mais l’absence de ces travailleurs dans les listes de
rations disponibles invite à la prudence, d’autant que certains d’entre eux peuvent être prébendiers.

Nous identifions des artisans oblats dans deux activités : les travaux métallurgiques (fer et
bronze) et textiles (laine et lin), ce qui est similaire la situation de l’Eanna. L’absence assez courante
de patronymes dans les listes de rations de l’Ebabbar ne permet pas vraiment d’étudier la
transmission du savoir-faire et l’évolution des activités de ces dépendants sur le long terme. Les
oblats paraissent absents des rangs des orfèvres et des joailliers, d’avantage occupés par des
prébendiers.

Pour ce qui concerne les métallurgistes du fer et du bronze de l’Ebabbar, nous identifions
les dépendants du temple suivants944 :

• Pour vingt-six spécialistes du fer, nous identifions quatorze oblats : Adarru 945 ,
Amurru-ayalu946, Arad-Gula947, Bunene-ibni948, Habaṣîru949, Ki-Šamaš950, Nabû-
tartîba-uṣur 951 , Nûr-Šamaš 952 , Rêmût 953 , Šamaš-ah-iddin 954 , Šamaš-apla-uṣur 955 ,
Šamaš-epuš956, Šamaš-iqiša957, Šamaš-ittiya958, Šamaš-tirku-uṣur959.

944
Les noms soulignés sont ceux d’artisans attestés uniquement dans des listes de rations.
945
[Bongenaar, 1997 : 369‑370]. Attesté de Nbn. [x] à Camb. 1.
946
[Bongenaar, 1997 : 370]. Attesté en Dar. 5.
947
[Bongenaar, 1997 : 370‑371]. Attesté de Nbn. 3 à Nbn. 11.
948
[Bongenaar, 1997 : 373‑374]. Attesté de Nbk. 9 à Nbn. [x].
949
[Bongenaar, 1997 : 374].
950
[Bongenaar, 1997 : 375]. Attesté en Nbk. 15.
951
[Bongenaar, 1997 : 380]. Attesté de Dar. 9 à Dar. 36.
952
[Bongenaar, 1997 : 380]. Attesté de Nbk. [x] jusqu’au règne de Nabonide ou Cyrus.
953
[Bongenaar, 1997 : 380‑381]. Attesté de Nbn. 9 à Dar. 3.
954
[Bongenaar, 1997 : 382‑383]. Attesté de Nbk. 35 à Nbn. 5.
955
[Bongenaar, 1997 : 383]. Attesté de Nbk. 30 à Nbn. 1.
956
[Bongenaar, 1997 : 383]. Attesté de Nbn. 1 au règne de Cyrus.
957
[Bongenaar, 1997 : 384]. Attesté de Nbk. 11 à Nbk. 28.
958
[Bongenaar, 1997 : 384]. Attesté durant le règne de Nabuchodonosor. II.
959
[Bongenaar, 1997 : 384‑385]. Attesté en Nbk. 12.

364
• Pour vingt-cinq spécialistes du bronze, nous identifions quinze oblats : Arrabi960,
Bunene-ibni961, Dahasnu962, Iqûpu963, Kinaya964, Laqîpu965, Madânu-ereš966, Nabû-
mîta-bulliṭ 967 , Nabû-šuzibanni 968 , Nabû-ta-[x] 969 , Šamaš-atta-tale’i 970 , Šamaš-
bulliṭanni971, Šamaš-naṣir972, Šamaš-rêṣû’a973, Šamaš-šar-uṣur974.

La plupart des textes documentant ces artisans sont des listes de rations alimentaires ou
vestimentaires qui mentionnent leur profession. Plusieurs d’entre eux voient leurs activités
précisées par des allocations de matières premières par le temple et des livraisons de produits finis
de leur part. Nous allons présenter quelques cas qui nous paraissent représentatifs de la situation
professionnelle des métallurgistes dépendants de l’Ebabbar.

Parmi les spécialistes du fer (nappâh parzilli), Arad-Gula est bien documenté. Son statut
d’oblat est confirmé par la liste de rations de dattes BM 64124 (Nbn. 11, 09 / VIII)975, où sont
recensées de nombreuses rations pour les širkû artisans du temple. Nous le retrouvons comme
destinataire de rations du temple à trois autres reprises : il reçoit de la bière (CT LVI 282:4,
Nbn. 11, XI) et d’autres produits selon les fragments CT LVI 669 (Nbn.) et CT LV 771 (Nbn. 11?).
Le reste de la documentation le concernant est composé d’allocations de fer976, de livraisons d’outils
de sa part977 et de deux allocations d’argent, soit pour acheter le fer nécessaire pour un travail (Nbn.
428), soit pour acheter du charbon de bois (CT LV 250), probablement pour alimenter du feu utile
à ses travaux de forge. Plusieurs des livraisons de fer sont pour des travaux précis : cinquante-neuf
mines de fer pour réaliser des socs de charrue (CT LV 209), deux mines et un tiers de fer pour des
ferrures de porte (CT LV 214). Mais les autres textes de ce type mentionnent seulement un travail

960
[Bongenaar, 1997 : 371]. Attesté en Nbn. 11+.
961
[Bongenaar, 1997 : 373]. Attesté de Npl. 16 jusqu’au règne de Nabuchodonosor II.
962
[Bongenaar, 1997 : 374]. Attesté en Camb. 4.
963
[Bongenaar, 1997 : 374‑375]. Attesté de Nbn. 9 à Cyr. 2.
964
[Bongenaar, 1997 : 375]. Attesté de Nbk. 40 à Nbn. 11+.
965
[Bongenaar, 1997 : 375‑376]. Attesté de Dar. 7 à Dar. 32.
966
[Bongenaar, 1997 : 378]. Attesté en Npl. 16.
967
[Bongenaar, 1997 : 379]. Attesté de Npl. 16 au règne de Nabuchodonosor II.
968
[Bongenaar, 1997 : 379]. Attesté du règne de Nabuchodonosor II jusqu’au règne de Nabonide.
969
[Bongenaar, 1997 : 380]. Attesté en Nbn. [x].
970
[Bongenaar, 1997 : 383]. Attesté en Npl. [x].
971
[Bongenaar, 1997 : 383]. Attesté de Nbk. 9 à Nbn. 11
972
[Bongenaar, 1997 : 384]. Attesté en Nbn. 11.
973
[Bongenaar, 1997 : 384]. Attesté en Nbn. 11.
974
[Bongenaar, 1997 : 384]. Attesté en Nbk. [x].
975
Il y est mentionné sur la colonne III, ligne 9 de la tablette.
976
Dans l’ordre chronologique : CT LV 209, CT LV 214, Nbn. 425, Nbn. 428, Nbn. 472, CT LV 207, Nbn. 530,
Nbn. 549, Nbn. 571.
977
CT LV 212, Nbn. 118, BM 60137, BM 60121, BM 60292, CT LV 217.

365
(dullu) à réaliser, sans plus de précision. De même, les livraisons d’objets finis par Arad-Gula sont
souvent documentées par des fragments où les produits en question ne sont pas lisibles, ou bien
sont désignés par des termes pas encore identifiés. Deux tablettes sont assez claires sur la nature
de sa production : il livre ainsi huit clous selon BM 60137 et une autre quantité de clous, non lisible,
selon BM 60292. Les travaux qu’il réalise peuvent être peu compliqués et d’un usage quotidien
pour le temple, mais aussi plus spécialisés et à destination des travaux agricoles.

Bunene-ibni a une carrière similaire. Il reçoit des rations du temple à quatre reprises 978 et
du fer pour différents travaux à six occasions979. Ces allocations de matière première servent pour
la production de ciseaux à tonte (pour les moutons) (BM 83618), ou de pelles à partir de 270 sicles
de fer (22,5 kilos), utilisées lors de travaux agricoles ou pour le creusement de canaux (CT LV 203).
Une partie de ces livraisons de fer sont composées de rebuts (hušû) résultant d’autres travaux,
comme l’indique BM 60380. Il livre différents outils980 : six haches et des ciseaux de menuiserie
(Nbk. 092), trois pelles, des clous et des chevilles (Nbk. 418). Selon ce dernier exemple, il rend
aussi dix-sept sicles de fer : le trop-perçu de matières premières doit en effet être restitué au temple.
Là aussi, nous avons l’exemple d’un métallurgiste dépendant du temple, chargé de produire des
outils et des pièces utiles au quotidien et pour les travaux agricoles et hydrauliques engagés par
l’Ebabbar.

La contractualisation du travail des métallurgistes dépendants n’est attestée que par une
seule source, qui ne concerne pas une production métallurgique. Selon BM 75517, Adarru doit
produire six mesures et demi de charbon de bois (bulê) pour le temple, comme quota (iškaru)
annuel981. Il doit s’agir d’un produit annexe lié à sa production quotidienne d’objets en fer, constitué
à partir du bois qu’il utilise et chauffe pour sa forge. Les quelques attestations d’allocations d’argent
à des métallurgistes par le temple démontrent un besoin permanent en charbon de bois qui ne peut
être toujours rempli. Un tel contrat permet peut-être de régler une partie de ce problème. Le
charbon de bois produit peut ainsi être réalloué à d’autres métallurgistes de l’Ebabbar. Le reste du
travail de ces artisans ne semble pas faire usage de contrats, seulement d’allocations au quotidien
des matières premières et de livraisons selon les demandes du temple.

En ce qui concerne les métallurgistes spécialistes du bronze issus des rangs des oblats de
l’Ebabbar, les informations concernant leurs activités sont assez limitées. Sur les quinze artisans

978
CT XLIV 088, CT LVI 652, CT LVII 973, CT LVI 323.
979
Nbk. 146, BM 63828, Nbk. 237, BM 60380, BM 83618, CT LV 203.
980
Nbk. 092, CT LV 236, Nbk. 223, Nbk. 418.
981
Dans ce texte, il est présenté comme métallurgiste et oblat du temple ; il est d’ailleurs bien attesté parmi les
listes de rations du temple : CT LVI 669, BM 64124, CT LV 771, CT LVI 642, CT LVI 784.

366
que nous avons identifiés, onze ne sont connus que par des listes de rations ou de personnel du
temple, où ils sont désignés comme métallurgistes du bronze (nappâh siparri)982. Toutefois, nous
connaissons pour les quatre autres des allocations de matières premières et des livraisons de
produits finis. Si leur titre indique qu’ils travaillent surtout le bronze, d’autres matériaux peuvent
être mobilisés dans leurs productions : de l’étain et de l’or. Selon Nbn. 471, Iqûpu reçoit trente-
cinq mines et un tiers de bronze (17,6 kilos) ainsi que quatre mines d’étain (deux mines) pour la
réalisation de l’entrée aux moutons du sanctuaire de Bunene (l. 3 – 4 : « ana nêrebu ša immerî ša bît
Bunene »), qui est ainsi allouée d’une décoration particulière faite de ces métaux. Ce même artisan
reçoit de l’or pour un travail non précisé (BM 75508), et il livre deux anneaux en bronze au temple
(Nbn. 685). Cet oblat se distingue ainsi par sa qualification, capable de réaliser de simples objets
comme des travaux de grande importance pour le temple, à partir de matériaux différents (bronze,
étain, or).

De l’argent peut aussi être travaillé par ces métallurgistes. Le cas de Laqîpu est intéressant
de ce point de vue. Il reçoit à une reprise de l’argent pour la réalisation d’une cheville qui rentre
dans la fabrication d’un plat de vaisselle (kirru ša teptu), peut-être utile au culte ; sa composition en
argent fait qu’il peut ne pas s’agir d’un objet utile au quotidien (CT LV 289). De plus, le reste de
ses productions en bronze et en argent sont des objets offerts aux sanctuaires de différentes
divinités : il reçoit du bronze pour réaliser des objets des sanctuaires d’Aya (CT LVI 379, BM
55781), de Šarrat-Sippar (BM 74537), de Bunene, et il dispose d’argent pour un objet lié au bassin
aux ablutions du sanctuaire d’Anunnîtu (BM 75883). Šamaš-bullitanni présente un cas similaire. Il
est destinataire de bronze de la part des sanctuaires de Šarrat-Sippar et de Gula (CT LV 263, Nbk.
229), et d’argent pour produire une grille (kišukku) attachée au sanctuaire de Šarrat-Sippar (CT LV
440). Les oblats spécialistes du bronze forment ainsi une profession plus qualifiée que ceux du fer :
leurs productions peuvent allier différents métaux et sont demandées par plusieurss sanctuaires,
pour leur ornementation ou pour un usage religieux.

Les métallurgistes spécialistes du bronze sont aussi les seuls pour lesquels nous disposons
de preuves d’un travail collectif. Dans la plupart des documents que nous avons cités, il s’agit d’un
travail accompli par un seul artisan, dont il était responsable de la livraison. Trois tablettes montrent
qu’en certaines occasions, leur artisanat peut se faire en équipe. Concernant Laqîpu, une allocation
de bronze lui a été livrée pour la production d’un plat-sûtu, qu’il devait réaliser avec le métallurgiste
Nabû-naṣir983 (Dar. 231). Kinaya travaille avec d’autres métallurgistes à deux reprises : il reçoit de

982
Arrabi, Bunene-ibni, Dahasnu, Madânu-ereš, Nabû-mîta-bulliṭ, Nabû-šuzibanni, Nabû-ta-[x], Šamaš-atta-tale’i.
983
[Bongenaar, 1997 : 379]. Il s’agit de la seule attestation de ce métallurgiste. Nous ne pouvons donc dire avec
certitude s’il s’agit d’un dépendant du temple.

367
l’argent avec Šamaš-bulliṭanni et Nabû-eṭir-napšâti pour la réalisation d’un chaudron (dullu ša ruqqu)
(CT LV 440) ; nous le retrouvons avec Nabû-eṭir-napšâti livrent huit ornements-tarîktu de bronze
et 180 clous en bronze (BM 74382). Cela indique à son sujet une collaboration régulière avec celui
qui a été considéré par A. C. V. M. Bongenaar comme un responsable des métallurgistes spécialistes
du bronze984.

Pour ces artisans spécialistes des métaux et dépendants du temple, les sources disponibles
ne permettent pas de déterminer si une partie de leur travail peut être indépendant du temple. Tout
comme pour l’Eanna d’Uruk, l’Ebabbar de Sippar cherche à conserver ses travailleurs spécialisés
et à faire en sorte qu’ils ne travaillent pour personne d’autre, d’autant plus que les temples
pourvoyent ces artisans en matières premières. Les quantités limitées des métaux ont pour
conséquence un contrôle de leurs allocations, il est donc rare de voir des artisans travailler pour
leur propre compte à partir des biens des temples, ce qui serait perçu comme une fraude.

Si la terminologie désignant les artisans textiles de l’Ebabbar diffère quelque peu de celle
utilisée dans l’archive de l’Eanna, la séparation entre prébendiers et non-prébendiers, ainsi qu’entre
spécialistes de la laine et ceux du lin demeure. De même, l’organisation de leur travail est similaire.
Les listes de rations sont de nouveau les sources principales pour l’identification d’artisans
dépendants du temple, bien qu’elles soient assez pauvres en informations sur les conditions de
production des parures et autres vêtements des divinités, ainsi que concernant leurs usages.
Plusieurs artisans sont toutefois bien documentés et permettent d’étudier le travail de ces oblats
pour le compte de l’Ebabbar.

Grâce aux travaux d’A. C. V. M. Bongenaar985 et de Stefan Zawadski986, la prosopographie


de ces artisans a été réalisée et permet de donner des estimations sur la présence ou l’absence de
dépendants dans leurs rangs. Les artisans du textile documentés sont plus nombreux que les autres
professionnels, et dans certaines catégories, les oblats semblent bien avoir été majoritaires987. Nous
gardons les mêmes critères pour les identifier parmi ces spécialistes : si l’un d’entre eux reçoit des

984
[Bongenaar, 1997 : 378‑379]. Nabû-eṭir-napšâti n’étant attesté dans aucune liste de rations, nous réservons
sa qualification comme oblat de l’Ebabbar.
985
[Bongenaar, 1997].
986
[Zawadzki, 2006].
987
Parmi les laveurs et les tisserands, il y avait des travailleurs indépendants et des prébendiers, et des esclaves
de ces derniers pouvaient travailler pour le temple, comme nous l’avons vu dans notre partie consacrée aux
esclaves artisans. Les laveurs (ašlakû), comme à Uruk, n’étaient pas des oblats et sont absents des listes de
rations. Certains tisserands (išparû), comme Bakûa, étaient des esclaves, d’autres étaient des personnes
indépendantes ou disposant de prébendes de l’Ebabbar. Bakûa travaillait notamment pour une famille de
prébendiers.

368
rations et des matières premières de la part du temple, il y a de fortes chances qu’il soit dépendant.
De plus, certains artisans du textile ont pu être mobilisés pour des activités non-textiles par
l’Ebabbar, ce qui confirme leur statut d’oblat, pouvant être utilisé pour combler les besoins en
main-d’œuvre du temple. Nous allons présenter la liste des artisans dépendants du temple988 :

• Parmi les trente-trois « tisserands de laine colorée » (išpar birmi), au moins vingt-neuf
sont des oblats : Basiya 989, Bunene-šar-uṣur 990, Ilu-lubaya991, Ina-têši-eṭir 992, Itti-
makû-ilâni993, et son fils Rêhêtu994, Kalbaya995, Ki-Nabû996, Ki-Šamaš997, Lâqîpu I998,
Laqîpu II999, Nabû-bulliṭanni1000, Nabû-dîni-epuš1001, Nabû-mîta-bulliṭ1002, Nergal-
uballiṭ 1003 , Nûr-Šamaš 1004 , Šamaš-ah-iddin 1005 , Šamaš-bulliṭanni 1006 , Šamaš-dîni-
epuš 1007 , Šamaš-ittiya 1008 , Šamaš-makû-uṣur 1009 , Šamaš-nâṣir-šêp 1010 , Šamaš-
rê’ûa1011, Šamaš-zêr-iqiša1012, Šapik-zêri1013, et son fils Gimillu 1014, Šulaya 1015, [x]-
tu1016, fils de Nabû-zêr-iddin, [x]-zêr-ibni1017.

988
Les noms soulignés sont ceux d’artisans attestés uniquement dans des listes de rations.
989
[Bongenaar, 1997 : 321].
990
[Bongenaar et Jursa, 1993 : 324‑325].
991
[Bongenaar, 1997 : 327].
992
[Bongenaar, 1997 : 327‑328].
993
[Bongenaar, 1997 : 328].
994
[Bongenaar, 1997 : 340‑341].
995
[Bongenaar, 1997 : 328].
996
[Bongenaar, 1997 : 329].
997
[Bongenaar, 1997 : 329].
998
[Bongenaar, 1997 : 329‑330].
999
[Bongenaar, 1997 : 330].
1000
[Bongenaar, 1997 : 334].
1001
[Bongenaar, 1997 : 334].
1002
[Bongenaar, 1997 : 335].
1003
[Bongenaar, 1997 : 339].
1004
[Bongenaar, 1997 : 339].
1005
[Bongenaar, 1997 : 342].
1006
[Bongenaar, 1997 : 343].
1007
[Bongenaar, 1997 : 343‑344].
1008
[Bongenaar, 1997 : 345].
1009
[Bongenaar, 1997 : 345].
1010
[Bongenaar, 1997 : 345].
1011
[Bongenaar, 1997 : 346].
1012
[Bongenaar, 1997 : 348‑349].
1013
[Bongenaar, 1997 : 349‑351].
1014
[Bongenaar, 1997 : 327].
1015
[Bongenaar, 1997 : 351].
1016
[Bongenaar, 1997 : 353].
1017
[Bongenaar, 1997 : 353].

369
• Parmi les quarante-huit tisserands du lin (išpar kitê), au moins quarante-sept sont
des oblats : Abu-ul-îdî 1018 , Amburru 1019 , Arad-Bunene 1020 , Arad-Gula 1021 ,
Balâssu 1022 , Bazuzu 1023 , Bêl-ah-šubši 1024 , Bêl-zêri 1025 , Bunene-ibni 1026 , fils d’Ana-
Nabû-upniya, et ses deux fils Šamaš-ahhê-[x] 1027 et Šamaš-uballiṭ 1028 , Bunene-
šimanni1029, Ebabbar-lûmur1030, et son fils Šulaya1031, Hariṣânu1032, Ki-Šamaš 1033,
Lâbâši 1034 , fils de Šulaya, Liširu 1035 , Lû-îdîya 1036 , et son fils Šamaš-kâṣir 1037 ,
f
Murânâtu 1038 , Nabû-ahhê-iddin 1039 , Nabû-alsi-ul-abâš 1040 , Nabû-apla-iddin 1041 ,
Nabû-eṭir1042, Nabû-iddin1043, fils de Nadnu, Nabû-ilei1044, et son fils Arad-Bunene,
Nabû-na’id1045, Nâdinu1046, Rêmût-Bêl1047, Suqaya1048, Šamaš-ah-iddin 1049, Šamaš-
ah-iddin 1050 , fils de Šamaš-ereš, Šamaš-ereš 1051 , Šamaš-ibni 1052 , Šamaš-kâṣir 1053 ,

1018
[Bongenaar, 1997 : 314].
1019
[Bongenaar, 1997 : 315].
1020
[Bongenaar, 1997 : 316].
1021
[Bongenaar, 1997 : 316].
1022
[Bongenaar, 1997 : 320].
1023
[Bongenaar, 1997 : 321].
1024
[Bongenaar, 1997 : 321].
1025
[Bongenaar, 1997 : 323].
1026
[Bongenaar, 1997 : 323‑324].
1027
[Bongenaar, 1997 : 343].
1028
[Bongenaar, 1997 : 348].
1029
[Bongenaar, 1997 : 325‑326].
1030
[Bongenaar, 1997 : 326].
1031
[Bongenaar, 1997 : 351‑352].
1032
[Bongenaar, 1997 : 327].
1033
[Bongenaar, 1997 : 329].
1034
[Bongenaar, 1997 : 329].
1035
[Bongenaar, 1997 : 330].
1036
[Bongenaar, 1997 : 331].
1037
[Bongenaar, 1997 : 345].
1038
[Bongenaar, 1997 : 331‑332].
1039
[Bongenaar, 1997 : 332].
1040
[Bongenaar, 1997 : 332].
1041
[Bongenaar, 1997 : 332].
1042
[Bongenaar, 1997 : 334].
1043
[Bongenaar, 1997 : 334].
1044
[Bongenaar, 1997 : 334‑335].
1045
[Bongenaar, 1997 : 335].
1046
[Bongenaar, 1997 : 338].
1047
[Bongenaar, 1997 : 341].
1048
[Bongenaar, 1997 : 341].
1049
(Bongenaar 1997, 342).
1050
[Bongenaar, 1997 : 342‑343].
1051
[Bongenaar, 1997 : 344].
1052
[Bongenaar, 1997 : 344].
1053
[Bongenaar, 1997 : 345].

370
Šamaš-rê’ûa 1054 , Šamaš-šimanni 1055 , Šamaš-tabni-uṣur 1056 , Šamaš-zêr-ibni 1057 , Ša-
Nabû-[x]1058, Šarru-šamšaya 1059, Uššaya1060, et ses fils Libluṭ 1061 et Balâṭu 1062, lui-
même père de Bêl-iddin, Zabîru1063, [x]-tu1064.
• La fonction de « raccommodeur » (mukkabu) est identifiée pour quinze artisans,
dont une partie est aussi désignée par une autre profession (išpar birmi ou išpar kitê).
Les autres ne sont connus que sous la désignation de « raccommodeur », et au
moins quatre d’entre eux étaient des oblats : Abu-iltammeš 1065 , Ile’i-Šamaš 1066 ,
Nabû-ibni1067, Šamaš-ittiya1068. Si l’on rajoute Bunene-šar-uṣur (išpar birmi), Libluṭ
(išpar birmi) et Uššaya (išpar kitê), cela fait un minimum de sept oblats parmi les
raccommodeurs. Nous ne connaissons pas de listes de rations pour les huit autres.
• Les sept fabricants de sacs connus (suqqaia) dans l’archive de l’Ebabbar sont tous
des dépendants : Bêlšunu 1069 , et son fils Šamaš-iqiša 1070 , Kalbaya 1071 , Nabû-ah-
uṣur1072, Nabû-dala’1073, Paršû1074, Šamaš-eriba1075.

Nous allons présenter quelques cas qui nous paraissent représentatifs de la situation des
artisans dépendants de l’Ebabbar. Contrairement aux spécialistes des métaux, plusieurs familles de
tisserands se distinguent et permettent de voir une transmission du savoir-faire de père en fils parmi
ces oblats.

1054
[Bongenaar, 1997 : 345‑346].
1055
[Bongenaar, 1997 : 346].
1056
[Bongenaar, 1997 : 348].
1057
[Bongenaar, 1997 : 348].
1058
[Bongenaar, 1997 : 349].
1059
[Bongenaar, 1997 : 351].
1060
[Bongenaar, 1997 : 352].
1061
[Bongenaar, 1997 : 330].
1062
[Bongenaar, 1997 : 320].
1063
[Bongenaar, 1997 : 353].
1064
[Bongenaar, 1997 : 353].
1065
[Bongenaar, 1997 : 314].
1066
[Bongenaar, 1997 : 327].
1067
[Bongenaar, 1997 : 334].
1068
[Bongenaar, 1997 : 344‑345].
1069
(Bongenaar 1997, 323).
1070
(Bongenaar 1997, 344).
1071
(Bongenaar 1997, 328).
1072
(Bongenaar 1997, 332).
1073
(Bongenaar 1997, 334).
1074
(Bongenaar 1997, 339–40).
1075
(Bongenaar 1997, 344).

371
Chez les tisserands spécialistes de la laine colorée (išpar birmi), les artisans reçoivent de la
laine colorée pour produire des vêtements destinés aux statues des divinités, ou les matières
premières nécessaires pour teindre des pièces textiles ou de la laine (alun et teinture). Un cas
représentatif est celui d’Itti-makû-ilâni et de son fils, Rêhêtu. Le père est malheureusement assez
mal documenté et n’est présent que dans quatre listes de rations, parmi d’autres tisserands de laine
colorée1076. Le fils a une carrière typique de ce type de travailleurs. Nous l’identifions à huit reprises
dans des listes de rations, confirmant ainsi ses liens de dépendance avec l’Ebabbar1077. Il reçoit huit
fois de la laine, en général colorée. La plupart de ces allocations précisent le travail à accomplir à
partir de cette matière première : des vêtements et des parures pour les divinités Annunîtu1078,
Šamaš1079, Bunene1080, Šarrat-Sippar1081 et Aya1082. Un fait intéressant, qui distingue la situation de
Sippar de celle d’Uruk, est la plus grande présence d’allocations d’argent faites aux artisans afin
d’acheter des matières premières. Rêhêtu est particulièrement bien documenté à ce sujet, recevant
à plusieurs occasions des sommes d’argent pour acheter des pièces textiles1083, de la laine colorée1084,
ou de l’alun et de la teinture1085. L’Ebabbar mobilise ainsi davantage ses réserves de métal précieux
afin que ses artisans puissent disposer des matières premières essentielles pour leur travail, tout
comme il avait recours à du travail privé pour produire de la laine colorée et du fil (comme nous
l’avons vu avec l’esclave Bakûa et ses collègues) ; l’Eanna effectue lui-même la redistribution de ces
matières premières, souvent produite par ses propres artisans, et alloue moins d’argent pour
combler ces besoins. La proximité de Sippar de certains flux commerciaux explique aussi un
meilleur accès à certaines matières.

Rêhêtu livre des produits finis, ce qui donne le portrait complet de ses activités artisanales.
Trois livraisons pour l’Ebabbar sont connues : Camb. 229 (Camb. 4, 12 / I), Camb. 235 (Camb. 4,
26 / III) et Camb. 267 (Camb. 4, 16 / [x]). La première est celle d’un vêtement pesant 380 sicles
(3,16 kilos) et tissé à partir de laine colorée pour la déesse Šarrat-Sippar, la deuxième d’une étoffe
de laine de 565 sicles (4,7 kilos) sans mention de son usage, la dernière de 95 sicles de laine pourpre
(environ 800 grammes) destinée à être utilisée pour la production d’une couverture au dieu Šamaš

1076
CT XLIV 088, CT LVI 740, CT LVI 668, CT LVII 920. Ces listes sont très fragmentaires et ne permettent pas de
distinguer les produits reçus, mais les quantités données indiquent qu’il s’agit de denrées alimentaires.
1077
CT LVI 759, CT LVI 672, BM 64624, CT LVI 778, CT LVI 738, CT LVI 644, CT LVI 777, CT LVII 018.
1078
BM 75767 -> VOIR ZAWADSKI.
1079
BM 63922, CT LV 828, Nbn. 818, BM 60320.
1080
Nbn. 818 : au moins trente sicles de laine colorée pour le nebêhu de Šamaš et Bunene.
1081
Camb. 137 : dix sicles de laine pourpre pour le nahlaptu de Šarrat-Sippar.
1082
Camb. 230 : sept sicles de laine pourpre pour le kusîtu d’Aya.
1083
Nbn. 624 (un sicle d’argent pour acheter du ṭumânu), BM 63984 (de l’argent pour acheter du ṭumânu).
1084
CT LV 777 : dix sicles d’argent pour acheter de la laine colorée. BM 75529 : une allocation d’argent à plusieurs
tisserands pour acheter de la laine.
1085
BM 64008, CT LVII 255 (trente-cinq sicles d’argent pour acheter de l’alun et de la teinture).

372
par le tisserand Šamaš-šum-iddin. Sa production textile peut aussi être revêtue par des particuliers,
comme l’indique Camb. 244. Selon cette tablette, il livre un habit-šamṭu pour deux fils d’une certaine
f
Kaššaya, Arad-Bunene et Nabû-bullissu. Aucune précision n’est donnée sur le statut de ces
personnes, mais il est possible qu’elles relèvent de la dépendance du temple : cette livraison d’un
vêtement produit par un artisan oblat de l’Ebabbar a pu ainsi servir de ration vestimentaire,
remplissant ainsi l’obligation sociale du temple envers sa main-d’œuvre.

Les tisserands de la laine colorée peuvent être mobilisés pour des activités qui n’ont aucun
rapport avec leur spécialité, tout comme nous avons pu le voir pour les artisans de l’Eanna. Rêhêtu
reçoit ainsi à une occasion une responsabilité de la part de l’Ebabbar. Selon Camb. 256 (Camb. 4,
13 / IX), avec d’autres travailleurs, il reçoit un mouton des étables du temple, ainsi que 40 litres
d’orge par jour pendant deux mois afin de l’engraisser, en le gardant chez lui. Comme nous l’avons
vu concernant les oblats chargés de l’élevage, les temples organisent en leur sein l’entretien et
l’alimentation d’animaux qui servent par la suite aux offrandes aux divinités. Camb. 256 témoigne
d’une forme de sous-traitance de l’élevage, par une main-d’œuvre normalement non impliquée dans
ce type de tâches. Rêhêtu, en plus de ses activités artisanales, doit pendant une courte période se
charger de nourrir un mouton. Rien n’est dit s’il dispose de la laine pour sa production textile, mais
cette possibilité n’est pas à écarter.

Il n’est pas le seul tisserand de laine colorée impliquée dans une tâche non-textile. Kalbaya
est notamment mobilisé, au moins à deux reprises, dans des équipes de travailleurs de l’Ebabbar
pour aller arracher des herbes-ṣapîtu selon CT LVII 0651086 et SAM 1579. Nous retrouvons à
différentes reprises la mention de cette herbe dans la documentation néo-babylonienne,
notamment en lien avec des équipes de travailleurs chargés de s’en occuper, poussant peut-être sur
des terrains irrigués, mais la signification précise de ce terme demeure peu claire. Cela semble, dans
tous les cas, assez important pour que l’Ebabbar organise des mobilisations de main-d’œuvre pour
s’en charger : s’agit-il ainsi de mauvaises herbes poussant sur les terrains agricoles du temple et dans
les canaux d’irrigation dont il faut se débarrasser ? Ou s’agit-il de roseaux, utiles pour la confection
de nattes qu’on retrouve comme élément de toits ou de structures légères ? Des oblats qualifiés
peuvent ainsi être amenés à devoir remplir cette fonction.

La situation des tisserands du lin n’est pas très différente. Ils sont désignés comme išpar kitê
mais s’assimilent aux puṣaia de l’Eanna. Ils peuvent d’ailleurs être identifiés comme puṣaia, ce qui
indique qu’un travail de blanchisserie doit effectivement être effectué par ces artisans. La famille

1086
[Jursa, 1995 : 186].

373
de Bunene-ibni constitue un exemple typique de ce type de travailleur. Bunene-ibni est le fils d’Ana-
Nabû-upniya 1087 , et a deux fils, eux aussi tisserands du lin, Šamaš-ahhê-[x] et Šamaš-uballiṭ. Il
apparaît à de nombreuses reprises dans les listes de rations de l’Ebabbar, confirmant son statut de
dépendant1088. Il reçoit des matières premières afin de produire des vêtements à destination du
culte, parfois de l’argent afin de les acheter lui-même : de la laine1089 et du lin1090, de l’argent pour
se procurer du ṭumânu1091. Les produits à réaliser sont rarement indiqués dans ces textes, avec une
exception : Nbn. 880, où Bunene-ibni reçoit dix sicles de laine colorée (environ 80 grammes) afin
de réparer un vêtement de Šamaš et Bunene produit par l’esclave artisan Bakûa. Il existe une
certaine coopération entre travailleurs dépendants et travailleurs privés pour les besoins du temple.
Le travail de Bunene-ibni peut aussi prendre une forme collective, organisée en différentes équipes
d’artisans. C’est ce que nous discernons selon la tablette Cyr. 326 (Cyr. 8, 08 / II), listant le quota
(iškaru) de vêtements produits par deux équipes d’artisans, qui ont été placés sous sa responsabilité.
Ce sont quinze artisans, divisés en une équipe de sept et une équipe de huit travailleurs, qui
produisent dix vêtements en lin (des hulanu et des šalhi). Au sein de l’organisation du travail artisanal,
Bunene-ibni a ainsi des responsabilités concernant la coordination de la production textile et la
livraison des produits finis. Il est accompagné d’un autre tisserand, Šulaya, pour gérer une autre
équipe. Ces vêtements sont probablement une livraison exceptionnelle, nécessitant un tel travail en
équipe 1092 . Ils représentent la production d’une année et ont pu faire l’objet d’un contrat afin
d’établir les responsabilités juridiques et les échéances de la livraison finale, dont nous ne disposons
pas.

Bunene-ibni a pu aussi être mobilisé pour des travaux non-textiles. Les tablettes
CT LVI 576 (Nbn. 14, 12 / II) et CT LVI 570 (Nbn. 14, IV) indiquent un emploi de main-d’œuvre
dépendante par l’Ebabbar pour l’entretien du barrage Gilušu (mušannitu ša Gilušu). Dans la seconde
tablette, il apparaît ainsi parmi un total de soixante-deux travailleurs, comme responsable d’une
équipe de dix ou de deux travailleurs (deux Bunene-ibni sont indiqués sur la tablette). Il est possible
qu’il soit accompagné de ses fils : dans la première tablette, il n’est pas présent personnellement

1087
S’agit-il d’Ana-Nabû-upniya, esclave de Balâtu, que nous avons étudié plus tôt ? Ce n’est pas impossible. Peu
de liens entre lui et Bunene-ibni sont discernables dans nos sources, et il n’apparaît que rarement dans les listes
de rations de l’Ebabbar. Ils n’étaient donc pas de même statut, alors que Bunene-ibni reçoit à de nombreuses
reprises des rations de la part du temple. Leurs activités textiles sont assez similaires, ce qui indique une possible
transmission de savoir-faire. Une hypothèse possible, mais invérifiable en l’état, est la donation de Bunene-ibni
au temple, tandis que son éducation pour devenir artisan fut réalisée par Ana-Nabû-upniya.
1088
CT LVI 737, CT LVI 679, CT LVI 751, CT LVI 683, CT LVI 785, BM 55011, CT LVI 755, CT LVI 739.
1089
CT LV 764.
1090
BM 60307 et Nbn. 146.
1091
Nbn. 281 (deux sicles d’argent), Nbn. 805 (un sicle d’argent).
1092
BM 75795 paraît constituer un arrangement similaire.

374
mais ses fils sont être désignés comme « fils de Bunene-ibni, le blanchisseur » (marê ša Bunene-ibni
puṣaia). CT LVI 570 ne liste pas tous les travailleurs mobilisés, seulement les responsables d’équipe
et le nombre de personnes sous leur responsabilité. Le Bunene-ibni chef de deux travailleurs
pourrait dès lorsavoir été Bunene-ibni et ses deux fils. Ainsi, nous retrouvons des artisans oblats,
travailleurs qualifiés mais mobilisés pour des tâches nécessaires à l’exploitation agricole, comme
l’entretien du réseau hydraulique utile à l’irrigation des terres cultivées.

Les deux fils de Bunene-ibni, Šamaš-uballit et Šamaš-ahhê-[x], apparaissent aussi dans


d’autres sources. Ils sont identifiés dans plusieurs listes de rations1093. Des deux, seul Šamaš-ahhê-
[x] est connu aussi à travers ses activités artisanales. Il reçoit ainsi une allocation de laine en même
temps que son père, ce qui indique peut-être un travail collectif1094. Il semble aussi avoir participé
à la livraison d’un quota de vêtements pour les divinités Šamaš, Gula et les « filles de l’Ebabbar »
selon Cyr. 109 (Cyr. 3, II?) : il livre un vêtement-šalhu en lin, parmi un total d’au moins douze
vêtements produits par six artisans. Il participait de cette manière, tout comme son père, au travail
collectif des artisans dépendants de l’Ebabbar.

Ce sont parmi les tisserands du lin que nous distinguons l’une des rares artisanes
dépendantes : fMurânâtu. Elle est présente parmi les tisserands livrent le quota annuel de vêtements
présente dans Cyr. 326, sous la responsabilité de Šulaya. Il s’agit d’une des seules indications de ses
activités artisanales, la plupart des autres tablettes la documentant étant des listes de rations1095, qui
confirment son statut de dépendante. Nous la retrouvons dans la tablette GCCI II 345, où elle
livre six mines de fil de lin. L’une de ces listes établit la distribution de rations par Šulaya (CT LVI
685, règne de Nabonide), ce qui indique le maintien, dans le cas de travaux collectifs, de fMuranâtu
sous la responsabilité de ce tisserand. Le cas de fMuranâtu demeure très intéressant et rend visible
le travail des artisanes, qui doit être avant tout réalisé dans le cadre domestique et pour lequel nous
n’avons que peu d’indices1096. Lorsqu’une artisane est mobilisée pour un travail à destination du
temple, nos sources nous permettent alors de documenter ces femmes travailleuses qualifiées.

Nous retrouvons ainsi quelques cas de femmes dépendantes travaillant pour l’Ebabbar
comme artisanes du textile. Plusieurs veuves doivent réaliser une étoffe-gulênu par an comme leur
quota de travail (iškaru) selon la tablette Dar. 0431097 (Dar. 2, 01 / VII, Sippar). fImattu, fMistaia et

1093
Ils sont ensemble dans la liste CT LVI 673. Šamaš-uballit apparait dans deux autres listes : CT LVI 777 et CT
LVI 215.
1094
CT LV 764, fragmentaire.
1095
Voir aussi [Quillien, 2016a : 479]. CT LV 327, CT LVI 684, CT LVI 685, CT LVI 734.
1096
[Quillien, 2016b : 414‑416].
1097
[Dandamaev, 1984 : 513, 554 ; Bongenaar, 1997 : 307 ; Ragen, 2007 : 227‑231 ; Joannès, 2008 ; Quillien,
2016a : 483‑484].

375
f
Bazîtu sont les artisanes chargées de ce travail. Les conditions de ce contrat sont particulières, car
il est précisé qu’elles ne peuvent se marier, ni avoir d’enfant, ni se déplacer hors de Bîrtu-ša-Kînaia,
dans la région de Sippar. Ces femmes ne sont pas mentionnées dans des listes de rations, mais nous
pouvons supposer qu’elles sont prises en charge par le temple et reçoivent les matières premières
nécessaires pour leur production artisanale.
Le travail des raccommodeurs (mukkabû) constitue une fonction annexe de la production.
Il ne semble pas qu’ils constituent véritablement une profession à part, mais sont plutôt des
tisserands qui peuvent à l’occasion travailler pour la réparation de vêtements et autres produits
textiles destinés aux divinités. La plupart des dépendants connus uniquement comme
raccommodeurs ne sont documentés qu’à travers des listes de rations1098. Pour comprendre leur
travail, il faut aller voir les sources concernant un tisserand recevant des vêtements ou du textile
pour leur entretien. C’est notamment le cas de Bunene-šimanni, tisserand du lin mais aussi désigné
comme raccommodeur. Plusieurs textes documentent des réceptions de produits pour qu’il les
répare1099. Camb. 004 constitue un cas typique : il reçoit de la part du temple vingt-quatre sicles de
laine bleue et au moins trente-cinq sicles de laine rouge pour raccommoder des vêtements de la
déesse Šarrat-Sippar. Ce type de travail s’apparente ainsi à la production de vêtements, par
l’allocation de la part du temple des matières premières nécessaires, à la différence que le produit
fini est ici entretenu par le tisserand.

La dernière catégorie des artisans du textile oblats de l’Ebabbar est celle des fabricants de
sacs (saqqaia), que nous ne retrouvons pas dans l’archive de l’Eanna. Ils travaillent à partir de crin
de chèvre pour tisser des sacs, utiles certainement au quotidien au sein du temple. Il ne semble pas
que ces produits aient un usage religieux. La plupart de ces artisans ne sont attestés que dans les
listes de rations et très peu d’informations concernant leurs activités sont disponibles. L’un des
seuls pour qui nous disposons de preuves de ses activités se nommait Paršû. Il reçoit à cinq reprises
des rations de la part du temple1100. La seule tablette documentant ses travaux pour le temple est
CT LVI 008 (Nbn. 10, 04 / XII) : il s’agit d’une livraison de sacs par Paršû. Le poids total et la
composition de ces sacs sont donnés, pour vingt mines (10 kilos) de crin de chèvre (šartu) – le
nombre de sacs n’est plus lisible sur la tablette. Nous n’avons pas trace d’allocations de matières
premières pour ces artisans, mais il doit pouvoir récupérer les poils utiles pour leur production à
partir des troupeaux gérés par l’Ebabbar1101. Ce savoir-faire peut se transmettre de père en fils,

1098
Ile’i-Šamaš : CT LVI 737. Nabû-ibni : CT LVI 681, CT LV 063. Šamaš-ittiya : CT LVI 664, CT LVI 629, CT LVI 668,
CT LVI 681, CT LVI 737, CT LVII 341, BM 60281.
1099
Nbn. 146, Nbn. 467, Nbn. 492, Nbn. 696, Camb. 004, Dar. 139.
1100
CT LVI 672, BM 64124, CT LVI 784, CT LVI 399, CT LVII 657.
1101
[Quillien, 2016b : 346‑349].

376
comme nous le voyons avec Bêlšunu et son fils Šamaš-iqiša. Ces deux fabricants sont connus
essentiellement par des listes de rations mentionnant leur profession.

Il faut ajouter à ces catégories d’artisans dépendants du temple celles des menuisiers
(naggârû), travailleurs du roseau (atkuppû) et des spécialistes du cuir (aškapû). Plusieurs de ces
spécialistes sont identifiés dans l’archive de l’Ebabbar, mais ils sont essentiellement documentés
par des listes de rations, avec de rares indications de leur production. Cinquante-neuf menuisiers1102,
probablement tous dépendants, sont recensés dans les listes de rations de l’Ebabbar par A. C. V. M.
Bongenaar, ainsi que vingt-et-un travailleurs du roseau1103 et dix-neuf tanneurs1104. Le travail des
menuisiers, identifiable par d’autres mentions du bois dans l’archive de l’Ebabbar, se concentre sur
la production de poutres de bois, pour les structures de certains bâtiments. La construction de
bateaux est peu attestée1105. Les travailleurs du roseau sont utiles aussi pour la construction de
certaines structures de bâtiments, comme les toits. Le matériau qu’ils doivent récolter est aussi
utilisé comme combustible1106. Enfin, les tanneurs sont intégrés à l’économie animale du temple,
recevant des carcasses ou des peaux d’animaux afin d’en produire des pièces de cuir 1107. Elles
peuvent être utilisées dans la création d’objets liés au culte, ou dans la production de chaussures
allouées à des oblats en déplacement et à divers membres du personnel du temple1108.

L’Ebabbar peut avoir recours à des artisans extérieurs pour faire apprendre à certains de
ses oblats un artisanat. C’est en effet une des caractéristiques de la documentation provenant de
l’Ebabbar : nous disposons de plusieurs contrats d’apprentissage, similaires dans leur rédaction à
ceux que nous avons présentés dans notre partie concernant l’artisanat des esclaves. Nous n’en
connaissons pas qui seraient issus de l’archive de l’Eanna. Un contrat concerne l’apprentissage de
la fabrication de sacs, mais ce n’est pas le seul artisanat concerné. Le tableau suivant liste les contrats
d’apprentissage disponibles et qui concernent des oblats de l’Ebabbar.

1102
[Bongenaar, 1997 : 399‑408].
1103
[Bongenaar, 1997 : 408‑411].
1104
[Bongenaar, 1997 : 411‑415].
1105
[Bongenaar, 1997 : 395‑397].
1106
[Van Driel, 1992 ; Bongenaar, 1997 : 397].
1107
[Bongenaar, 1997 : 397‑399].
1108
Le tanneur Lâbâši est l’un des mieux documentés [Bongenaar, 1997 : 412‑413]: il reçoit notamment des
matières premières pour la production de chaussures ensuite livrées à différents groupes de travailleurs (BM
63917, édité par [Bongenaar, 1993]), ou de l’argent pour acheter des matériaux nécessaires pour réaliser du cuir
ensuite utilisé sur les chariots des statues des divinités pour leur déplacement (Nbn. 1000, CT LV 282, BM 62951).

377
Contrats d’apprentissage pour des oblats de l’Ebabbar de Sippar1109
Texte Date et lieu de rédaction Résumé
BM 51615 Npl. 2, [x] / XIIa, Babylone Nabû-ah-iddin, oblat de l’Ebabbar, apprend un
métier qui n’est plus lisible sur la tablette pendant
cinq ans auprès de Nergal-apla-uṣur. Le temple
nourrit son oblat de deux litres d’orge par jour, le
maître-artisan doit payer douze litres par jour au
temple si l’apprentissage est jugé insuffisant.
BM 78911 Npl. 17, 06 / V, Babylone Zêriya, fils de fMaqartu et oblat de l’Ebabbar,
apprend la poterie pendant quatre ans auprès de
Rêmût. L’alimentation de l’apprenti est partagée
entre le temple et le maître-artisan : l’un et l’autre
doivent le nourrir pendant deux ans. Le maître doit
payer douze litres d’orge par an si l’apprentissage est
jugé insuffisant. A la fin de son apprentissage, Zêriya
doit rester cinq mois auprès du maître pour travailler
avec lui.
BM 49896 Npl. [x], Babylone? Nabû-ereš, fils de Nabû-[x], oblat de l’Ebabbar,
apprend la menuiserie auprès de Šamaš-zêr-ibni,
pour une durée qui n’est plus lisible. Le maître-artisan
doit payer vingt sicles d’argent si l’apprentissage est
jugé insuffisant.
BM 611961110 Nbn. 7, 30 / VII, Sippar Šamaš-zêr-ibni, fils d’Arad-Nabû, oblat de l’Ebabbar,
apprend le métier d’attrapeur de rats pendant deux
ans auprès d’un autre Arad-Nabû, attrapeur de rats
de Nabonide. Le maître doit payer un quota (iškaru)
de cinquante rats, et une pénalité de mille rats en cas
d’échec de l’apprentissage.
Nbn. 1721111 Dar. 4, [x], Sippar Šamaš-ah-ittannu, fils de [x], oblat de l’Ebabbar,
apprend la fabrication de sacs (sabsinnûtu) pendant
trois ans auprès de Ninurta-ah-iddin, fils d’Adad-šar-
uṣur. Le maître-artisan doit payer une pénalité non

1109
Ces données proviennent du tableau de J. Hackl recensant les contrats d’apprentissage : [Jursa,
2010 : 716‑725].
1110
(Bongenaar and Jursa 1993).
1111
(Bongenaar and Jursa 1993, 34–35).

378
précisée, probablement en sacs, si l’apprentissage est
insuffisant.

Tous les artisanats présents dans ces contrats sont très peu attestés au sein des dépendants
de l’Ebabbar. Ils nous informent ainsi sur une démarche opérée par le temple pour obtenir des
travailleurs spécialisés dont il ne dispose pas à Sippar. Il est intéressant de constater qu’au moins
deux de ces contrats ont été rédigés à Babylone : il faut ainsi envoyer à la capitale des oblats de
Sippar car aucun maître-artisan n’est disponible à proximité pour enseigner la poterie, peut-être
aussi la menuiserie. Concernant les techniques de chasse des rongeurs, c’est « l’attrapeur de rats »
royal qui les apprend à Šamaš-zêr-ibni, et donc quelqu’un d’extérieur à Sippar1112. Il n’y a ainsi qu’un
seul texte où un artisanat semble pouvoir être appris dans cette ville, la fabrication de sacs. Il s’agit
de la seule attestation du terme « sabsinnutu », et le métier de « sabsû », fabricants de sacs, est lui aussi
très rare. Nous ne savons pas s’il faut distinguer cette profession de celle de « suqqaia », pour laquelle
nous connaissons la matière première travaillée, et nous ne disposons pas d’autre attestation de
l’apprenti Šamaš-ah-ittannu.

Les contrats d’apprentissage des oblats de l’Ebabbar ne diffèrent pas réellement de ceux
rédigés pour des esclaves. L’apprentissage représente, pour l’Ebabbar comme pour les maîtres
d’esclaves, une main-d’œuvre perdue temporairement tout autant qu’un investissement. Si
l’apprentissage n’est pas effectué correctement aux yeux du temple, la pénalité peut s’avérer assez
sévère pour le maître-artisan, devant payer une quantité d’orge par jour pour l’ensemble de la
période d’apprentissage. En échange, le maître-artisan n’a pas à sa charge l’alimentation de
l’apprenti, assurée par le temple, ou alors seulement à moitié. Dans un cas, il peut même disposer
pendant cinq mois supplémentaires de l’oblat après la fin de son apprentissage, représentant ainsi
une main-d’œuvre gratuite et désormais qualifiée. Il est douteux que l’Ebabbar tente de cette
manière d’être autonome en ce qui concerne les artisanats concernés : un seul oblat qualifié ne
saurait suffire pour remplir les besoins en menuiserie, poterie, et ensuite enseigner ces savoir-faire
à d’autres dépendants. Mais cela représente une tentative pour pouvoir disposer d’un travailleur
qualifié si le besoin s’en présente, tout en s’appuyant sur les artisans indépendants pour une
production plus importante.

1112
Les raisons qui menèrent le temple à avoir à sa disposition un « attrapeur de rats » sont peu claires. S’agit-il
d’une chasse en vue d’obtenir une viande ? Cela paraît peu probable. Il pourrait davantage s’agir d’une nécessité
de se débarrasser d’une population d’animaux considérés comme nuisibles et qui doit être nombreuse au sein
du temple, notamment dans les greniers ou les silos à grain.

379
Les mobilisations des oblats par les temples et la royauté

La population des oblats formait pour les temples de l’Ebabbar et de l’Eanna la réserve de
main-d’œuvre dont ils disposnt pour leurs besoins propres. Certains des dépendants ont une
profession attitrée, pour laquelle nous disposons, comme nous l’avons vu jusqu’ici, de nombreuses
sources documentant leur usage et leur organisation par le temple. Mais ces travailleurs qualifiés
peuvent aussi être mobilisés en groupes par l’institution lorsque cela était nécessaire. C’est lors de
ces mobilisations que l’encadrement par l’administration du temple est la plus visible, avec les
mentions d’officiers du temple (kîzû, rab širki, rab ešerti…) chargés d’accompagner et de gérer des
équipes de travailleurs, de distribuer les rations, d’empêcher leur fuite. Il faut, sur ce point,
distinguer les mobilisations par le temple pour ses usages propres et celles répondant aux demandes
du pouvoir royal, d’abord néo-babylonien puis achéménide. En réalité, c’est ce second cas de figure
qui est le mieux documenté et qui a fait l’objet de plusieurs travaux, les plus récents par K.
Kleber1113, J. MacGinnis1114 et G. Tolini1115. Nous en ferons la synthèse dans cette section de notre
étude.

L’encadrement des oblats mobilisés

L’encadrement des équipes de travailleurs dépendants était la tâche de différents officiers


du temple. Il était nécessaire, lors de déplacements de larges ensembles de travailleurs, parfois à de
longues distances du temple, de disposer du personnel capable de gérer l’approvisionnement en
nourriture et de maintenir un contact, notamment par le biais de lettres, avec l’administration du
temple. Cet encadrement a pu prendre différentes formes, reflêtées par les titres accordés à ces
officiers : rab ešerti (responsable d’une équipe de dix travailleurs, ou « décurion »), rab hanše
(responsable d’une équipe de cinquante travailleurs)1116, kizu (responsable d’une petite équipe de
travailleurs) 1117, rab širki (chef des oblats). Les trois premiers titres ne paraissent avoir été une
fonction permanente, mais sont plutôt accordés au moment des mobilisations de main d’œuvre ;
certains individus paraissent toutefois avoir conservé cette fonction lorsqu’ils sont engagés par

1113
[Kleber, 2008 : 133‑184].
1114
[MacGinnis, 2002a, 2010, 2011, 2012]. Plusieurs de ses travaux concernent la mobilisation de personnel pour
des actions militaires. Une thèse sur ce sujet est en préparation par Bruno Gombert (Paris 1 – Panthéon
Sorbonne).
1115
[Tolini, 2008, 2009], puis différents chapitres de [Tolini, 2011].
1116
[Kleber, 2008 : 115‑116]
1117
[MacGinnis, 1997].

380
l’administration du temple pour l’encadrement des travailleurs 1118. Le rab širki semble disposer
d’une véritable fonction administrative au sein de l’Ebabbar et de l’Eanna, et les différents rab širkî
de ces deux temples ont fait l’objet de prosopographies, l’une par A. C. V. M. Bongenaar pour
Sippar1119, l’autre par K. Kleber pour Uruk1120. L’archive de l’Eanna dispose notamment de lettres
rédigées par le rab širki Innin-ahhê-iddin et adressées à l’administration de l’Eanna, présentant ses
problèmes logisitiques au cours de travaux à l’extérieur d’Uruk1121. Ceci indique que le rab širki peut
écrire et est missioné pour maintenir un lien administratif entre les équipes de travailleurs et
l’administration du temple lors de mobilisations.

A l’Ebabbar, le rab širki et les autres officiers-cadres des équipes de travailleurs sont sous
les ordres du qîpu, le « résident » de l’Ebabbar et représentant du pouvoir royal, avant tout chargé
de la logistique et de la gestion de la main-d’œuvre, qualifiée ou non, du temple. Dans l’Eanna, le
rab širki s’adresse aux différents administrateurs du temple mais pas spécialement à l’officier royal
chargé de l’Eanna (ša rêši bêl piqitti ša Eanna). Dans les deux cas et concernant les mobilisations des
oblats, la transmission des ordres se fait depuis l’un des officiers principaux jusqu’au chef des oblats,
pouvant déléguer la gestion des équipes de travailleurs à d’autres officiers s’il s’agit d’un contingent
important.

L’identification des mobilisations de dépendants pour des tâches spécifiques par les temples
est possible avant tout par certaines listes de rations qui indiquent les raisons pour lesquelles une
allocation de produits alimentaires est faite à des travailleurs. Cette indication n’est pas toujours
présente pour principalement deux raisons : de nombreuses listes sont des fragments et il n’est
donc plus possible de lire la motivation de l’allocation de rations (souvent présente dans les lignes
introductives de la liste) ; ou alors la cause de la livraison des produits n’est tout simplement pas
indiquée, la liste servant alors avant tout à documenter une sortie depuis les entrepôts du temple.
De plus, il est courant qu’une liste de rations se fasse à titre collectif, par exemple dans le cas où
une main-d’œuvre mobilisée mêlait travailleurs dépendants et travailleurs libres. Les mobilisations
pour le compte du pouvoir royal sont en général plus faciles à constituer en dossiers, les indications

1118
Les titres de rab ešerti et de rab hanše n’étaient d’ailleurs pas l’exclusivité de l’administration des temples et
se retrouvent dans d’autres domaines de l’économie.
1119
[Bongenaar, 1997 : 41‑43, 50‑55]. Sept chefs des oblats sont connus au sein de l’Ebabbar, de Nbk. 12 à Cyr.
7 : Šalammânu, Balâtu, Taqiš, Šamaš-ahhê-eriba, Šamaš-mukîn-apli, Ubâriya et Liblut.
1120
[Kleber, 2008 : 111‑112]. Huit chefs des oblats sont connus au sein de l’Eanna, du règne de Šamaš-šum-ukîn
à l’an 7 de Cambyse : Nabû-ušêzib, Šulaya, Nanaia-iddin, fils de Šum-ukîn, Nabû-tabni-uṣur, fils d’Ahu-lûmur,
Nabû-bêlšunu, fils de Nabû-šum-ukîn, Ištar-âlik-pâni, Innin-ahhê-iddin, fils d’Ina-têši-eṭir, et Balâṭu, fils d’Ina-têši-
eṭir.
1121
BIN I 016, YOS III 021, YOS III 045, YOS III 081, YOS III 106, YOS III 116.

381
dans les listes de rations étant alors plus précises et peuvent être reliées à d’autres sources
concernant les projets royaux.

Les mobilisations d’oblats pour les besoins des temples

La mobilisation des travailleurs qualifiés (artisans du textile, parfois des métaux), que nous
avons déjà rapidement mentionnée pour certains d’entre eux, constitue un aspect intéressant de
cette question. Cela démontre comment le temple dévie certains de ses travailleurs de leurs activités
principales pour des tâches sans lien avec leur profession. Les sources à ce sujet où nous pouvons
identifier des artisans oblats sont peu nombreuses, que ce soit pour l’Ebabbar ou l’Eanna, mais
présentent une diversité des activités concernées qui se révèle utile afin de comprendre quelles
tâches non-qualifiées peuvent être réalisées par les dépendants du temple. Nous allons résumer
dans les tableaux suivants les données concernant la mobilisation pour ces travaux d’oblats artisans
identifiables, d’abord pour l’Ebabbar puis pour l’Eanna :

Mobilisation d’artisans par l’Ebabbar pour des tâches non-qualifiées


Texte et activité concernée Date de rédaction Résumé
CT LVII 065 (arrachage Nbn. 14, 29 / IV Liste des lots d’herbes-ṣapîtu ou de roseaux
d’herbes / roseaux) ramenés par les différents travailleurs chargés
de les arracher par le temple. Deux oblats
tisserands de laine colorée sont présents :
Šamaš-ah-iddin, fils de Šamaš-ereš, et
Kalbaya.
SAM 1579 (arrachage Nbn. 14, 30 / IV Liste des lots d’herbes-ṣapîtu ramenés par les
d’herbes) différents travailleurs chargés de les arracher
par le temple. Quatre oblats tisserands de laine
colorée sont présents : Bêl-ah-šubši, Kalbaya,
Lû-îdîya, et Šamaš-ah-iddin, fils de Šamaš-
ereš.
CT LVI 576 (irrigation) Nbn. 14, 12 / II Liste de travailleurs et des responsables
d’équipe envoyés pour travailler sur le barrage
de Gilušu. Les deux fils de Bunene-ibni, fils
d’Ana-Nabû-upniya, et oblats tisserands du
lin, sont présents sur la tablette.

382
CT LVI 570 (irrigation) Nbn. 14, [x] / IV Liste de travailleurs et des responsables
d’équipe envoyés pour travailler sur le barrage
de Gilušu. Bunene-ibni, fils d’Ana-Nabû-
upnîya, et oblat tisserand de lin, est identifiable
sur la tablette. Il est responsable de dix ou de
deux travailleurs.
Camb. 256 (élevage) Camb. 4, 13 / IX Liste de moutons et de quantités d’orge
confiés à différents travailleurs de l’Ebabbar
pour deux mois afin de les engraisser. Rêhêtu,
l’oblat tisserand de laine colorée, reçoit un
mouton et quarante litres d’orge par jour.

Mobilisations d’artisans par l’Eanna pour des tâches non-qualifiées


Texte et activité concernée Date de rédaction Résumé
YOS XIX 115 1122 Règne de Nabonide Liste de travailleurs chargés de surveiller des
(surveillance) parties de l’Eanna et des sanctuaires. 8 oblats
tisserands du lin sont mobilisés, en deux équipes :
Šamaš-šum-ukîn et Ibni-Ištar, fils de Hašdâya,
Dannu-ahhêšu-ibni et Šum-iddin, fils de Nabû-
êdu-uṣur ; Šamaš-iddin, fils de Bušaya, Eanna-
šum-ibni, Rîmût et Anu-šar-uṣur. 13 oblats
tisserands de la laine colorée sont mobilisés, en
trois équipes : Innin-šum-uṣur, fils de Tâb-Uruk,
Kalbaya, fils de Nabû-silim, Arad-Bêl, fils d’une
zakîtu, Šamaš-eṭir, fils d’une zakîtu ; Innin-zêr-
ušabši, fils de Nanaia-iddin, Nanaia-ah-iddin,
Nâdin-ahi, fils d’Innin-šum-uṣur, Šamaš-ah-
iddin, fils d’Ina-silli-Nergal, Ardiya, fils de
Kalbaya ; Eribšu, fils de Nanaia-iddin, Šamaš-zêr-
ibni, fils de Nabû-mukîn-apli, Ubâr, fils d’Amêl-

1122
[Payne, 2007 : 112, 142, 284, 290].

383
Nanaia, et Dannu-ahhêšu-ibni, fils d’Arrabi. 5
oblats métallurgistes du bronze sont mobilisés, en
une seule équipe : Bêl-iddin, fils de Šumaya,
Lâbâši et Bazuzu, ainsi que deux autres dont les
noms ne sont plus lisibles.
NBC 45981123 (surveillance) Cyr. 5, [x] Liste de travailleurs mobilisés pour un travail du
surveillance (lieu illisible). 3 oblats tisserands de
laine colorée sont présents : Innin-zêr-ušabši, fils
de Nanaia-iddin, Kalbaya, fils de Nabû-silim,
Nidintu, fils de Kinûnaya. 2 oblats tisserands du
lin sont présents : Ardiya, fils de Šamaš-iddin,
Nanaia-iddin.
BIN I 165 (bois) Nbn. 8, 10 / X Travail de collecte et de livraison de bois. Deux
tisserands de lin sont mobilisés : Dannu-ahhêšu-
ibni, fils de Nabû-êdu-uṣur, et Šamaš-šum-ukîn,
fils de Hašdaya. Quatre tisserands sont mobilisés :
Eribšu, Innin-zêr-ušabši, Šamaš-ah-iddin,
Nidintu.
YBC 90271124 (bois) [x], 19? / V Liste de travailleurs pour diverses tâches,
certaines non spécifiées. Au moins 10
métallurgistes oblats sont chargés de collecter du
bois sec (bulû), en deux équipes : Ibni-Ištar, fils de
Bêl-upahhir, Êdûa (désigné comme esclave
d’Ibni-Ištar), Ištar-ah-iddin, Bêl-êṭêri-Šamaš,
Arad-Nabû et Ubâru ; Hašdaya, Nanaia-[x],
Nabû-bani-uṣur, et deux autres dont les noms ne
sont pas lisibles.
NCBT 680 (élevage) [NR]. 0, 05 / IX Liste de travailleurs envoyés à Izalla1125 (en haute
Mésopotamie, au nord de la vallée du Habur)
pour paître des ovins. Un tisserand du lin est
mobilisé : Šamaš-nâṣir, à la place d’Amêl-Nanaia.
PTS 2118 (irrigation) [x]. 4?, 18 / V Liste de trois équipes d’oblats mobilisés pour
travailler sur un canal. Une équipe est sous la
responsabilité de Nanaia-iddin, fils d’Amêl-

1123
[Payne, 2007 : 143].
1124
[Payne, 2007 : 111‑112, 142, 290]
1125
[Zadok, 1985 : 184].

384
Nanaia, une autre sous celle de Hašdaya, fils de
Nanaia-ereš, tous deux tisserands du lin. Tab-
Uruk et Ištar-rêṣû’a, oblats tisserands, sont aussi
mobilisés.
BIN II 127 (irrigation) Nbn. 8, 09 / I Livraison d’outils en fer pour aller travailler sur
un canal à différents travailleurs. Un oblat
tisserand du lin, dont le nom n’est pas lisible, est
mentionné. Innin-šum-uṣur, oblat tisserand de
laine colorée, est responsable des travailleurs en
question.
YOS XIX 261 (irrigation) Nbn. 8?, 02 / I Eribšu, fils de Nanaia-iddin, l’oblat tisserand de
laine colorée, reçoit deux houes (marru) pour
creuser un canal.
YOS XIX 264 (irrigation) Nbn. 8, 11 / I Eribšu et peut-être Innin-zêr-ušabši reçoivent
plusieurs outils (houes, paniers, bêche). Il est
possible que cela soit aussi pour creuser un canal.
TCL XII 093 (irrigation) Nbn. 9, 21 / V Liste de rations de dattes pour des travailleurs
chargés de creuser un canal. Innin-zêr-ušabši,
Innin-šum-uṣur, deux tisserands de laine colorée,
Erešu et Hašdaya, spécialistes du fer, reçoivent
des dattes.

Plusieurs faits intéressants sont tout d’abord révélés par cette présentation des sources.
Tout d’abord, très peu d’artisans des métaux sont mobilisés pour des travaux ne relevant pas de
leur spécialité. Cela peut être un hasard des sources, mais que ce soit parmi les échantillons de
l’Ebabbar et de l’Eanna, cette tendance se vérifie : aucun métallurgiste n’est mobilisé par l’Ebabbar,
et sur les onze mobilisations de l’Eanna, nous n’identifions des métallurgistes qu’à quatre reprises.
Cela ne veut donc pas dire que les spécialistes des métaux ne sont jamais utilisés comme main-
d’œuvre à la disposition des temples, mais qu’il est possible qu’il y ait une tendance générale à moins
mobiliser ce type d’artisans par les temples. Plusieurs hypothèses peuvent être proposées à ce
sujet. En premier lieu, les métallurgistes, du fer comme du bronze, sont de toute façon moins
documentés que les artisans du textile, il paraît donc logique que les sources concernant leur

385
mobilisation soient plus rares1126. Il faut rajouter à cela la possibilité d’une conservation par les
temples de la main-d’œuvre spécialisée dans les travaux des métaux. Les matières premières qu’ils
travaillent sont plus rares que les matières textiles, pour lesquelles les artisans sont plus nombreux.
Il y avait donc, structurellement et quel que soit le statut des travailleurs en question, une population
des métallurgistes plus réduite, et cela se vérifie à mesure que la matière travaillée est plus
« précieuse » : il y a davantage de spécialistes du fer que du bronze ou d’orfèvres. Dès lors, les
métallurgistes rattachés aux temples doivent probablement être plus engagés dans les travaux liés à
leur spécialité, la demande étant sans doute plus forte.

Rajoutons à cela que du fait de leur qualification et des matières qu’ils travaillent, les temples
peuvent être moins enclins à envoyer de tels travailleurs pour des travaux pénibles à l’extérieur de
la ville, avec les possibilités de fuite, de blessure ou de mort qui ne sont peut-être pas à exclure. De
manière générale, les artisans, des textiles ou des métaux, sont moins mobilisés que la population
des oblats non-qualifiés, mais constituent une réserve que les temples doivent utiliser face aux
problèmes structurels d’accès à la main-d’œuvre. Cela peut aussi être réglé par l’usage de journaliers
(agru), mais cette option n’est pas toujours disponible.

Un autre fait intéressant discernable dans ces quelques textes est l’absence quasi-générale
d’encadrement par des administrateurs du temple lors de ces mobilisations. L’organisation par
équipes, visible à plusieurs reprises dans les listes de personnel engagé dans certains travaux, se fait
sous le commandement d’artisans oblats présents en leur sein (YOS XIX 115, YBC 9027). Lorsque
d’autres oblats, visiblement non issus des rangs des artisans, sont présents, le responsable d’équipe
peut être un artisan (CT LVI 570, PTS 2118, BIN II 127). La distinction professionnelle et sociale
entre oblats qualifiés et non-qualifiés semble ici apparaître : un artisan oblat a plus de chances
d’avoir une responsabilité administrative, et l’encadrement des équipes de dépendants qualifiés se
fait souvent par les artisans eux-mêmes.

Voyons maintenant à quels travaux participent ces artisans. Il s’agit, dans plusieurs cas, de
tâches importantes pour le temple et a priori assez pénibles, demandant une large main-d’œuvre
pour être réalisées. Ainsi avec la participation de ces oblats au maintien du système d’irrigation par
la construction et l’entretien des canaux et des barrages. Une part importante de nos sources
documente ce type de mobilisation. Elles nous permettent de voir plusieurs aspects de ce travail.

1126
Cela pourra être relativisé par d’autres sources que nous allons présenter dans cette section concernant les
mobilisations collectives où les travailleurs ne sont pas nommés et pour lesquelles, de ce fait, la prosopographie
est inutile.

386
Les deux tablettes provenant de l’Ebabbar concernent la participation de travailleurs, loin d’être
uniquement des artisans, au barrage de Gilušu. Cet édifice est bien documenté et a été étudié par
S. Zawadski et M. Jursa 1127 . De l’an 13 à l’an 16 de Nabonide, plusieurs listes de personnel
présentent ainsi la composition de l’importante main-d’œuvre qui a contribué à l’édification du
barrage situé au nord de la ville de Sippar, dans la région du Canal Royal (Nâr-šarri). Le travail de
construction se fait à peu près toute l’année, mobilisant autour d’une centaine de travailleurs
souvent remplacés, avec une interruption entre les mois VI et IX, correspondant à plusieurs
épisodes importants de la vie agricole : la récolte des dattes et le début des labours dans les champs
céréaliers. A ce moment-là, la main-d’œuvre, dépendante ou libre, travaille à ces tâches et est moins
disponible pour le barrage de Gilušu.

Gilušu constitue un bon exemple des difficultés que rencontre le temple concernant la force
de travail pour un tel projet. Les listes de travailleurs montrent bien les proportions entre
travailleurs dépendants, relevant du temple et mobilisés par lui, les corvéables (urašû) et les
travailleurs libres. Les dépendants du temple sont loin d’être suffisants pour une telle tâche et
l’Ebabbar doit donc engager régulièrement des journaliers (agru), issus de la région du nord de
Sippar et non de la ville pour la plupart. Etant en zone rurale, cette force de travail répond aussi
aux besoins en travailleurs agricoles pour les récoltes de céréales ou de dattes, ou pour les labours
ou semailles dans les champs. Les journaliers sont rémunérés, souvent en argent, et peuvent donc
se révéler très coûteux pour les comptes de l’Ebabbar. Ceci explique ainsi l’interruption à la fin de
l’été du travail à Gilušu et plus généralement les problèmes structurels de main-d’œuvre du temple :
la demande répond à l’offre et il est certainement plus avantageux pour les journaliers d’aller
travailler là où les besoins en travailleurs sont plus grands et les salaires meilleurs. Dans les
différentes listes de personnel, les journaliers forment de fait la majorité des travailleurs présents à
Gilušu, suivis des dépendants, puis des corvéables1128.

Qu’en est-il, dès lors, des oblats dans ce projet de construction ? Les textes CT LVI 576 et
CT LVI 570 ne représentent qu’une infime partie de l’ensemble de la documentation. Ils sont
toutefois représentatifs de l’effort de mobilisation consenti par l’Ebabbar. CT LVI 570 mentionne
un total de 62 travailleurs mobilisés pour une seule journée de travail, dont Bunene-ibni, fils d’Ana-
Nabû-upniya, comme chef d’une équipe de dépendants mobilisés. Dans CT LVI 576, c’est un
minimum de 24 travailleurs dépendants qui sont engagés, dont les deux fils de Bunene-ibni, pour

1127
[Jursa, 1995 : 186, 2010 : 665‑666 ; Zawadzki, 2005] pour la présentation des sources concernant Gilušu,
étant donc essentiellement constituée de listes de travailleurs. La proximité avec le Canal Royal, alimenté par
l’Euphrate, indique une dérivation du cours du canal pour alimenter l’irrigation des champs près de Gilušu.
1128
[Jursa, 2010 : 665‑666].

387
le 12 / II de l’an 14 de Nabonide. L’effort est ainsi constant, nécessaire pour participer à l’irrigation
des domaines agricoles de la région de Sippar, et en même temps très pesant pour le temple. Gilušu,
nous le verrons, était loin d’être le seul projet dans lequel était engagé l’Ebabbar, et il faut rajouter
à cela les travaux agricoles ou d’élevage dans lesquels nous retrouvons des dépendants. Dès lors, il
peut être nécessaire pour le temple de puiser dans ses réserves de main-d’œuvre, de manière
ponctuelle, et c’est ce que représente l’usage d’artisans oblats dans de telles activités.

Ce type de mobilisation implique de la main-d’œuvre, mais aussi d’autres ressources


appartenant au temple. Trois allocations d’outils appartenant à l’Eanna et pouvant être utilisés pour
le creusement de canaux sont discernables dans les sources présentées plus haut : BIN II 127,
YOS XIX 261 et YOS XIX 264. Dans la première tablette, Innin-šum-uṣur dispose de cinq houes
en fer, dans les deux autres, Eribšu reçoit deux puis cinq houes, ainsi que deux paniers. Une autre
personne, Innin-zêr-[x], reçoit quatre houes et une bêche (rapšu) ; E. Payne l’identifie comme Innin-
zêr-ušabši, un autre oblat tisserand de laine colorée de l’Eanna. YOS XIX 261 permet de
comprendre à quel usage sert les houes (marru) : « ana heretu nâri» (l. 1), pour creuser un canal. Les
paniers doivent servir à transporter la terre creusée. Comme les outils sont livrés en plusieurs
exemplaires, il s’agit d’une première étape avant qu’ils ne soient redistribués sur le lieu de travail
auprès des différents travailleurs impliqués dans le creusement. Innin-šum-uṣur, Eribšu ou Innin-
zêr-ušabši ont ainsi une fonction d’intermédiaire administratif avant d’être effectivement mobilisés
pour une tâche plus concrète.

Nous retrouvons Innin-zêr-ušabši et Innin-šum-uṣur dans la tablette TCL XII 093, une
liste de rations de dattes pour les travailleurs à l’écluse du Canal Takkiri (bâb nâr Takkiri). Ces deux
oblats reçoivent respectivement 360 litres et 198 litres de dattes. Ceci indique une présence au canal
pour y travailler d’au moins deux mois pour Innin-zêr-ušabši, et d’un peu plus d’un moins pour
Innin-šum-uṣur, si l’on s’en tient à une ration standard de 180 litres par mois1129. Ces mobilisations,
si elles sont ponctuelles, impliquent parfois un travail sur une période étendue de temps.

Concernant les autres tâches engagées par des artisans dépendants, l’arrachage d’herbes
ṣapîtu peuvent aussi impliquer de larges équipes de travailleurs. Selon la tablette CT LVII 065, c’est
un total de 24 travailleurs qui livrent chacun au temple un lot de cent herbes arrachées. Nous
retrouvons parmi ces dépendants deux tisserands de la laine colorée mobilisés : Kalbaya et Šamaš-
ah-iddin, fils de Šamaš-ereš 1130 . Il est envisageable que ces herbes nécessitent une large main-

1129
[Jursa, 2008 : 404, 2010 : 669‑670].
1130
E. Payne n’a pas édité la tablette SAM 1579, nous ne savons donc pas combien de travailleurs au total sont
impliqués pour la même tâche.

388
d’œuvre sur une période assez resserrée de temps, ce qui expliquerait l’usage par le temple de ses
réserves de main-d’œuvre sans que cela limite trop les activités artisanales que ces oblats peuvent
accomplir. Nous retrouvons aussi de nombreux dépendants impliqués dans la collecte de
branchages (huṣâbu), notamment du saule (hilêpu) et du peuplier (ṣarbâtu)1131 selon BIN I 165. En
tout, douze travailleurs sont impliqués dans cette tâche, dont les tisserands du lin Šamaš-šum-ukîn
et Dannu-ahhêšu-ibni qui livrent dix branches de saule chacun, et parmi les tisserands de laine
colorée, Eribšu en livre quinze, Innin-zêr-ušabši, vingt, et Šamaš-ah-iddin et Nidintu en livrent dix
ensemble. Dans un autre cas de figure (YBC 9027), dix métallurgistes sont indiqués comme chargés
de récolter du bois sec (bulû), qui sert notamment à produire du charbon de bois : c’est là un des
seuls exemples où la mobilisation par le temple a pour but de recevoir de la matière première qui
peut être utile aux oblats artisans mobilisés.

Les tablettes documentant l’élevage d’ovins concernent différentes tâches réalisées par des
oblats que ce soit à Uruk ou à Sippar. Comme nous l’avons vu plus tôt, selon Camb. 256, le
tisserand de laine colorée Rêhêtu reçoit sous sa responsabilité et pendant deux mois un mouton à
nourrir, et ce grâce à une quantité d’orge journalière fournie par le temple. En tout, 18 travailleurs
issus de différentes professions ont été impliqués dans cette tâche, Rêhêtu étant l’un des seuls
pouvant être identifiés avec certitude comme celui documenté par d’autres tablettes de l’archive de
l’Ebabbar. Selon NCBT 680, Šamaš-nasir, tisserand du lin, remplaçe un de ses collègues, Amêl-
Nanaia, pour faire paître des ovins jusqu’à Izalla 1132 avec d’autres bergers. Il s’agit de la seule
attestation où un oblat remplit une telle responsabilité. Cela indique toutefois la participation de
travailleurs qualifiés à ce type de tâches. La première ne doit pas prendre beaucoup de temps pour
Rêhêtu : il peut certainement continuer à côté de cet entretien d’un mouton sa propre production
artisanale. La seconde est plus contraignante et nécessite un voyage sur une certaine durée.

Enfin, une autre tâche qui implique des oblats, qualifiés ou non, est celle de la surveillance
de lieux appartenant au temple. Les tablettes YOS XIX 115 et NBC 4598, assez cassées, nous
informent sur l’organisation de plusieurs équipes d’oblats chargés de garder plusieurs endroits du
temple. Ces équipes sont constituées par groupes professionnels : tisserands du lin, tisserands de la
laine colorée et métallurgistes restent entre eux. Plusieurs frères travaillent ensemble, il s’agit donc
de maintenir pour un tel travail les liens familiaux et professionnels entre personnes habituées, dans
leur spécialité et à certaines occasions, à travailler ensemble.

1131
[Sandowicz, 2009].
1132
[Zadok, 1985 : 184].

389
L’origine des travailleurs pour les mobilisations que nous venons de mentionner n’était
certainement pas commune à l’ensemble des oblats. Il s’agit d’artisans issus des dépendants du
temple. Mais cette présentation des différentes tâches qu’ils peuvent accomplir nous permet de
montrer dans quels cas les oblats sont mobilisés par l’institution pour réaliser des travaux qui lui
sont utiles. Cette diversité reflète celle que nous percevons dans nos sources pour l’ensemble des
oblats pouvant être mobilisés, qu’ils soient travailleurs qualifiés ou non. La présentation que nous
venons d’effectuer nous paraît ainsi être une synthèse de la documentation concernant les
mobilisations d’oblats pour le temple. Il nous faut la compléter avec d’autres situations où des
artisans dépendants ne sont pas forcément présents pour bien comprendre la répartition des tâches
par le temple pour sa main-d’œuvre mobilisée.

Les mobilisations de travailleurs pour construire ou entretenir le système d’irrigation, ou


pour bâtir différents bâtiments, se font de manière générale pour le compte de la royauté et sur
injonction de celle-ci. Un autre type de mobilisation qui est effectuée pour les intérêts propres aux
temples est celle de la garde de parties du temple ou d’espaces lui appartenant. Ce travail de
surveillance peut aussi être réalisé pour d’autres lieux, mais la mobilisation et l’entretien des oblats
sont le fait du temple. Ces gardes peuvent être armés ou non, et il faut distinguer les mobilisations
d’oblats pour un travail de surveillance armée (lié à la royauté) et celui de surveillance de sanctuaires
ou de parties du temple.

Les sources de l’Eanna nous renseignent sur la manière dont cette mobilisation s’organise.
Deux tablettes établissent les ordres donnés à des officiers du temple ou à des oblats pour mobiliser
d’autres travailleurs et pour participer à un travail de surveillance. Selon GCCI II 103 (Camb. 0),
trois scribes de l’Eanna reçoivent de la part de l’administration du temple la mission de rassembler
des oblats pour surveiller le mur extérieur de l’Eanna (maṣṣartu ša limiti Eanna) : Pir’u, fils d’Eanna-
šum-ukîn, Balâtu, fils d’Innin-zêr-iddin, Arad-Innin, fils de Bêl-ahhê-iddin. La tablette est rédigée
afin de préciser les tâches qu’ils doivent accomplir tout en établissant leur responsabilité juridique
en cas d’échec : rassembler les oblats présents en ville que l’administration, par le biais de Nabû-
ah-iddin, officier royal chargé de l’Eanna, a enregistrés pour cette tâche, puis les emmener au mur
extérieur de l’Eanna. Si un oblat faillit à sa tâche, il doit subir le châtiment du gouverneur de
Babylone et de Transeuphratène, Gubaru ; ce châtiment doit aussi s’appliquer aux scribes de
l’Eanna concernés. Le nombre de travailleurs mobilisés et leur profession ne sont pas indiqués. Les
oblats à mobiliser sont définis comme étant de l’intérieur de la ville intra muros (ina qabalta âli),
certains d’entre eux peuvent donc être des travailleurs qualifiés.

390
Une autre tablette, datée de la même année, présente une mobilisation similaire.
JCS 28 n°35 (Camb. 0, 01 / X) établit la responsabilité de trois personnes pour garder une section
de territoire entre les portes de deux sanctuaires, dont celle de l’Eanki : Lâbâsi, fils de Kudduru,
Kalbaya, fils de Nabû-remanni, Nanaia-iddin, fils de Harrumasu, et Innin-zêr-ibni, fils d’Ina-têši-
êtir. Ils sont tous connus comme travaillant à l’engraissement d’animaux, comme l’indique
YOS VII 112, étudié plus tôt. Selon cette dernière tablette, ils ont reçu des dattes pour nourrir des
bœufs du sanctuaire Eanki. Les oblats mobilisés pour un tel travail peuvent donc être liés aux
endroits où ils avaient d’autres responsabilités. C’est même probablement pour cette raison que
JCS 28 n°35 a été rédigée, afin d’établir la responsabilité juridique de ces oblats en cas de vol
d’animaux au sein de l’Eanki.

Plusieurs autres tablettes de l’Eanna documentent des mobilisations d’oblats comme


archers, devenant ainsi la main-d’œuvre armée utile à la surveillance de lieux de l’administration
politique ou d’espaces stratégiques pour le pouvoir royal1133. La documentation à ce sujet est avant
tout constituée de listes de personnel et de rations. La tablette YOS VII 154 présente comment les
équipes d’oblats archers peuvent s’organiser. Deux officiers du temple, Šamaš-udammiq, fils d’Ina-
têši-êtir, et Anu-mukîn-apli, fils de Nanaia-iddin, sont responsables de cinquante oblats archers
placés à des postes de garde dans la région d’Uruk. Ils doivent ainsi les livrer à un certain Šamaš-
eriba, le chef d’un poste de garde situé à Harzibaya, à localiser probablement en Transtigrine 1134.
Selon YOS XVII 318 (Nbk. 10, 27 / III), un total 414.2.2. kur d’orge pour une année est reçu par
un certain Bêl-kuṣuranni pour être distribué aux cinquante-sept oblats chargés de la garde de la
porte du gouverneur de Babylonie (šakin mâti), ce qui fait en tout 108 litres d’orge par mois pour
chaque gardien1135. Dans ces deux cas, les mobilisations ne servent plus les intérêts du temple mais
bien ceux de la royauté. Nous reviendrons sur cette question plus tard, mais ces textes sont
intéressants car ils présentent la manière dont les temples organisent de telles allocations de main-
d’œuvre. Le rassemblement des dépendants et leur acheminement sont gérés par des membres de
l’administration du temple. L’alimentation et l’entretien de sa main-d’œuvre demeurent, au moins
en partie, à sa charge. Cela se rajoute à la pression exercée sur ses institutions qui ne disposent pas
du nombre de travailleurs suffisants pour leurs différentes activités.

1133
La tablette VS VI 202, ne pouvant être attribuée à une archive, présente une mobilisation de 300 oblats au
début de l’empire néo-babylonien, envoyés à Aššur pour la prise de la ville. Elle recense une allocation de dix
mines d’argent pour acheter des produits alimentaires, ainsi que des rations d’huile, sel et cresson. La
mobilisation par le pouvoir royal de dépendants du temple était ainsi une pratique relativement ancienne en
Babylonie.
1134
[Tolini, 2011 : 108‑109].
1135
[Jursa, 2008 : 402].

391
Les mobilisations des oblats pour la Couronne

Les mobilisations de dépendants des temples au profit du pouvoir royal se révèlent être
parmi les mieux documentées et étudiées. Les oblats de l’Eanna et de l’Ebabbar dans la
construction de canaux, de palais ou d’autres édifices ne sont qu’une partie de la main-d’œuvre
engagée dans ces œuvres, mais grâce à la documentation administrative de ces temples,
l’organisation de ces déplacements et l’échelle des investissements réalisés par ces institutions nous
sont bien connues. Cela peut aussi impliquer des livraisons de ressources ou d’outils par les temples
pour la royauté, impliquant le travail d’oblats. Pour l’époque néo-babylonienne, l’absence quasi
complète de la documentation provenant de l’administration royale ne permet pas de présenter la
perspective de celle-ci sur ces mobilisations. Pour l’époque achéménide, notamment lors des
déplacements en Iran des dépendants du temple, la comparaison avec les sources de
l’administration impériale en Iran a pu être effectuée dans plusieurs études. Le tableau suivant
recense diverses mobilisations d’oblats identifiées par ces dernières et opérées par les temples de
Sippar et d’Uruk au cours de notre période d’étude. Nous y incluons aussi certaines livraisons de
ressources au pouvoir royal et qui ont impliqué le travail d’oblats.

Mobilisations de dépendants du temple et de leur travail au profit du pouvoir royal


Projet royal Période d’activité Implication des temples
Canal royal1136 Règne de Nabopolassar Livraison d’outils en fer réalisés par un
métallurgiste oblat et utiles au creusement du
canal (NCBT 334, Eanna).
Ziggourat Règnes de Nabopolassar et de Envoi par l’Eanna de plusieurs contingents
(l’Etemenanki) de Nabuchodonosor II d’oblats encadrés par des rab širki pour
Babylone1137 travailler à Babylone : un groupe de 50 oblats
est documenté en Npl. 7 (NCBT 316), un
groupe de 260 oblats en Nbk. 1 (YBC 9212).
Envoi d’argent pour payer leurs rations 1138 ,
envoi de quantités de laine pour vêtir les
travailleurs1139.

1136
[Kleber, 2008 : 133].
1137
[Kleber, 2008 : 133‑136].
1138
NCBT 316 (environ 218 sicles d’argent confiés au rab širki Šulaya pour les oblats envoyés à Babylone),
YOS XVII 241 (Nbk. 2, 10 / III, 488 sicles d’argent confiés à quatre personnes travaillant à la ziggourat de
l’Etemenanki), GCCI II 383 (Nbk. 20+, 09 / [x], 88 sicles d’argent confiés à deux personnes travaillant à la ziggourat
de l’Etemenanki).
1139
NCBT 370 (Nbk. 15, 28 / XII, un talent de laine confié à Mannu-akî-Nabû, travaillant à la ziggourat de
l’Etemenanki, édité par [Kleber, 2008 : 136]).

392
Esagil de Babylone1140 Règne de Nabuchodonosor II 10 métallurgistes de l’Eanna reçoivent une
mine d’argent du temple pour leur travail pour
le compte de l’Esagil de Babylone (YOS XVII
237, Nbk. 2, 12 / VIII).
Yadâqu1141 Règne de Nabuchodonosor II Participation de l’Eanna à la construction d’un
barrage à Yadâqu 1142
. Mobilisations
d’oblats 1143
et livraisons d’argent 1144
,
d’outils1145 et de rations d’orge et de dattes1146
pour les travaux réalisés à Yadâqu.
Tyr1147 Règne de Nabuchodonosor II Plusieurs indices d’une participation de
l’Eanna et de l’Ebabbar à des travaux
d’irrigation ayant lieu à Tyr en Babylonie.
Envoi d’argent par l’Eanna pour acheter des
rations alimentaires 1148 ou vestimentaires 1149
pour des oblats travaillant à Tyr, envoi de
rations de dattes pour des oblats 1150 . Un
métallurgiste oblat de l’Ebabbar, Šamaš-iqiša,
envoie le socle d’un objet (matqû) 1151 à Tyr
pesant 160 sicles de fer (CT LV 228).

1140
[Kleber, 2008 : 136‑137].
1141
[Kleber, 2008 : 137‑140].
1142
Discussion de cette hypothèse par [Kleber, 2008 : 138‑140]. Plusieurs textes de l’Eanna indiquent la
réalisation d’un barrage à Yadâqu, placée notamment sous la responsabilité du qîpu de l’Eanna : NCBT 099 (Nbk.
17, 21 / IX) mentionne ainsi que du bitume et des travailleurs étaient utilisés pour un barrage, et TCL IX 202 est
une lettre du qîpu à l’administrateur de l’Eanna demandant des ressources en asphalte et en briques pour la
construction d’un barrage à Yadâqu.
1143
Un rab ešerti est documenté par YBC 9141 (Nbk. 20, 11 / IV), recevant des rations de dattes pour ses
travailleurs. Deux autres sont présents dans BIN II 120 (Ner. 0a, 02 / VII), recevant de l’orge pour leurs travailleurs.
1144
NCBT 065 (Nbk. 15, 20 / XII) : le qîpu de l’Eanna, Ninurta-šar-uṣur, amène avec lui 300 sicles d’argent à
Yadâqu. YOS XVII 203 (Nbk. 18, 09 / IX) : une mine d’argent pour acheter de l’asphalte pour les travaux à Yadâqu
confiée à deux personnes de l’Eanna.
1145
YOS XVII 278 (Nbk. 16, 20 / XII) : 8 cordes, 10 casques, 10 paniers et 2 tissus sont emportés par le qîpu de
l’Eanna à Yadâqu.
1146
YBC 9141 : plusieurs mesures (mašihu) de dattes. BIN II 120 : 1800 litres d’orge, ce qui ferait des rations de
180 litres pour un mois pour 10 travailleurs, ou des rations de 90 litres pour 20 travailleurs. La présence de deux
décurions recevant cette orge indique plutôt la deuxième hypothèse. Sack, CD 73 (Nbl. 26, 24 / IV) : des rations
sont envoyés par bateau à Yadâqu par l’Eanna.
1147
[Kleber, 2008 : 141‑154].
1148
PTS 3181 (Nbk. 39, 25 / VII) : dix sicles d’argent de l’Eanna confiés à une personne pour acheter 600 litres de
froment pour les oblats qui travaillent à l’entretien de l’irrigation près de Tyr.
1149
Ermitage 15474 (Nbk. 42, 15-16 / V) : reconnaissance de dette pour 1170 sicles d’argent à la charge de
plusieurs officiers de l’Eanna pour acheter de la laine à envoyer à des oblats travaillant à Tyr.
1150
GCCI I 169 (Nbk. 42, 24 / VI) : un kur de dattes (180 litres) pour trois rab ešerti de l’Eanna.
1151
CAD M 1 412b.

393
Raqqat-Šamaš1152 Nbk. 23 – Cyr. 1 Nombreuses attestations de la participation de
la main-d’œuvre de l’Eanna aux travaux de
construction et d’entretien liés à Raqqat-
Šamaš, situé près de Larsa. L’administration
de l’Eanna envoie à ses officiers des
rations1153, de l’argent pour des rations1154 ou
des matières premières et outils1155 utiles aux
travailleurs de Raqqat-Šamaš, envoi
d’outils1156.
« Paradis » non Règne de Cyrus Possible participation de l’Eanna aux travaux
localisable1157 d’un « paradis » de jardins pour la royauté
achéménide : Ištar-âlik-pâni, l’oblat et ša rêši de
l’Eanna écrit une lettre présentant ses travaux
pour ce paradis et un palais, pour lesquels des
oblats ont pu être mobilisés1158.
Système défensif de la Cyr. 1 – Camb. 3 Mobilisations d’oblats de l’Eanna pour servir
Transtigrine1159 comme des archers placés à des postes de guet
(kâdânû) le long du Tigre et dans la région de
Transtigrine. Ils participent ainsi à la
surveillance de la région, notamment des
troupeaux d’animaux en pâturage1160.

1152
[Joannès, 1987a ; Kleber, 2008 : 166‑173].
1153
PTS 2516 (orge de Tyr envoyée à Raqqat-Šamaš), VS XX 042 (bière), NCBT 487, NCBT 186, GCCI I 103 (bière
pour 20 travailleurs), NBC 4806 (orge), YOS VI 032 (orge), PTS 2271, YOS VI 019 (bière), TCL XII 102, YOS VI 229,
YOS VI 171, TEBR 045, PTS 2206, YOS VII 016, EHE 537.
1154
Sack CD 072, NCBT 087, YOS VI 133, YOS VI 212.
1155
Sack, CD 072 (argent pour du bitume), PTS 2122 (achat de laine pour les oblats), TEBR 060 (argent pour du
bitume), YBC 3470 (argent pour du bois), YOS XIX 214 (argent pour acheter des sacs pour 40 travailleurs à Raqqat-
Šamaš), YOS XIX 225 (80 sicles d’argent pour envoyer deux bateaux au rab širki présent à Raqqat-Šamaš).
1156
YOS VI 146 : envoi de divers outils aux travailleurs de Raqqat-Šamaš par l’Eanna.
1157
[Tolini, 2011 : 77‑79].
1158
YOS III 133, sans date, lettre d’Ištar-âlik-pâni à l’administration de l’Eanna. Les tâches en question relèvent
essentiellement de la plantation de végétaux et de la construction de structures en briques. Ce paradis, peut-
être comparable à celui de Pasargades, peut se trouver aussi bien en Babylonie qu’en Iran, aucune indication
n’étant donnée concernant sa localisation.
1159
[Tolini, 2011 : 105‑117].
1160
Plusieurs documents donnent des estimations du nombre d’oblats pouvant être mobilisés en même temps
pour ce poste. TCL XIII 140 (Cyr. 7, 23 / III) recense un total de 29 archers, répartis en trois groupes (un de 17, un
de 7 et un de 5), YOS III 133 (sans date) mentionne un groupe de 50 archers, de même selon YOS VII 154 (Camb. 3,
12 / VIII), et YOS VII 065 (Cyr. 8, 06 / IV) établit la liste de 39 archers. Peu de rations sont documentées : selon
NBDMich. 089, Nanaia-ereš, fils d’Ibni-Ištar, reçoit 232 sicles d’argent pour acheter des rations pour des archers
des postes de guet, et selon YOS VII 143, une brebis est remise contre un sicle d’argent à un archer, Anu-mukîn-
apli. Ces oblats archers devaient pouvoir se nourrir selon ce qu’ils trouvaient près de leur poste de guet. Ces
mobilisations étaient encadrées par l’administration de l’Eanna et l’absence ou la disparition d’un archer

394
Forteresse de Cyr. 1 – Cyr. 2 L’Ebabbar et l’Eanna participent tous deux à
Lahiru1161 la construction engagée par le pouvoir
achéménide d’un site défensif situé en
Transtigrine1162. Ils y envoient des oblats1163,
des rations pour leurs travailleurs. L’Eanna
produit des poutres en bois pour le chantier
de Lahiru et l’Ebabbar envoit, parmi ses
oblats, des menuisiers.
Palais de Taoké Cyr. 3 – Cyr. 4 / 7 ? Participation de l’Eanna et de l’Ebabbar au
chantier de Tahmaka, en Iran, pour la
construction d’un palais royal
achéménide 1164 : envoi de travailleurs et de
rations, de bovins et de bois1165.

engageait une procédure juridique. GCCI II 102 (Cyr. 1, 01 / VI) présente ainsi les ordres donnés par les
administrateurs de l’Eanna et le représentant du pouvoir royal à quatre officiers pour la levée d’oblats à affecter
pour les postes de guet. AnOr VIII 041 (Cyr. 4, 01 / IV) est un document juridique où les administrateurs de
l’Eanna et plusieurs notables d’Uruk établissent la responsabilité juridique des trois chefs de troupeaux de
l’Eanna suite à la disparition d’un archer. Ce texte établit bien le lien qui existait entre la surveillance de la
Transtigrine et celle des troupeaux de l’Eanna, deux domaines dans lesquels le pouvoir royal était intéressé pour
la défense de la Babylonie et pour des prélévements fiscaux. Tout ceci était délégué auprès de l’administration
du temple, qui plaçait la responsabilité de la mobilisation des oblats, de leur transport et de leur travail sur des
rab kâdâni (mentionnés dans TCL XIII 140, YOS III 133, YOS III 079 et YOS VII 154), mais aussi sur des chefs des
oblats (rab širki). Les premiers sont chargés de l’encadrement des archers lorsqu’ils sont affectés à un poste, les
derniers sont chargés de l’encadrement des archers depuis Uruk jusqu’à leur arrivée à leur poste.
1161
[Tolini, 2011 : 97‑117].
1162
Pour la localisation et l’usage du site défensif de Lahiru, voir [Tolini, 2011 : 101‑105], qui résume le débat à
ce sujet. Il situe Lahiru plutôt en Transtigrine, dans la vallée de la Diyala.
1163
Pour l’Ebabbar : CT LVI 772 (Camb. 1) est une liste de rations documentant l’envoi de 2160 litres d’orge) pour
les travailleurs de l’Ebabbar encadré par un qipu ; les lettres Cyr. 371 et [MacGinnis, 1996, texte n°30] recensent
des demandes de livraisons de rations. Dans la première, 180 litres d’orge est demandé par Bêl-ahhê-iqiša, un
qîpu de l’Ebabbar, pour Šamaš-ittiya, qui était peut-être un oblat menuisier de l’Ebabbar, du fait de son
association avec un autre menuisier nommé Taqiš dans Bertin 1743. Dans la deuxième lettre, Nabû-šum-lišir
demande à Šamaš-kaṣir la livraison de 2880 litres d’orge pour Šamaš-ahhê-iqiša, un rab širki de l’Ebabbar, afin
de les donner aux travailleurs partant pour Lahiru. Pour l’Eanna : une seule lettre contemporaine de la
mobilisation est disponible, TCL IX 121, rédigée par Anu-šar-uṣur, qîpu de l’Eanna, à deux scribes du temple,
Nidinti-Bêl et Nabû-ah-iddin. Il y mentionne un travail conséquent à sa charge, la réalisation de 1000 poutres de
bois, dont une partie doit être livrée à Lahiru. Deux autres lettres de l’Eanna mentionnent la mobilisation, mais
elles sont postérieures aux événements : YOS III 045 et YOS III 081. Elles s’inscrivent dans la correspondance du
rab širki Innin-ahhê-iddin avec l’administration de l’Eanna, où il demande des vérifications des listes de rations
datant du règne de Cyrus, dont celles pour les travaux de Lahiru. Cela indique bien un envoi d’oblats et de rations
à cette époque par l’Eanna.
1164
La localisation la plus probable de ce palais est Taoké, site antique situé à Borâzjân, dans le sud-ouest de
l’actuel Iran, province de Bushehr. Un site royal comparable aux structures construites à Pasargades y a été
retrouvé. Pour une discussion de cette localisation et les références bibliographiques correspondantes, voir
[Tolini, 2011 : 74‑75].
1165
Les deux textes concernant la participation de l’Eanna et de l’Ebabbar ont été édités et étudiés par [Tolini,
2008, 2011 : 73‑77] : il s’agit d’une allocation par l’Ebabbar de 324 litres de farine pour des travailleurs partis à
Tahmaka avec des bovins (Cyr. 131, Cyr. 3, 28 / VIII), et d’une lettre du rab širki Innin-ahhê-iddin (YOS III 010). Il
y demande à l’administration du temple 90 000 litres d’orge, et dit avoir alloué à ses travailleurs divers

395
Canal de Cyrus1166 Cyr. 4 – Cyr. 5 Participation de l’Ebabbar au creusement d’un
canal à l’initiative du pouvoir achéménide dans
la région de Sippar. Envoi d’outils 1167 et de
rations de farine aux travailleurs sur le
canal1168.
Canaux de Cambyse Camb. 1 – Camb. 2 Participation aux creusements des canaux du
Bît-Dababa 1169 , Harri-kippi 1170 et Kabar 1171 ,
dans les régions de Babylone et d’Uruk 1172
sous les ordres de l’administration
achéménide. Mobilisations d’oblats et envois
de rations à ces travailleurs par
l’administration de l’Eanna. Pour le canal
Kabar, au moins 180 oblats sont mobilisés
pour son creusement (YOS III 106).
Palais de Début du règne de Cambyse Envoi d’oblats par l’Eanna à Humadešu, dans
Humadešu 1173 l’ouest de l’Iran, afin d’y construire divers
bâtiments administratifs. Cette mobilisation
de 37 oblats s’accompagne d’une livraison de
rations alimentaires (orge, dattes, huile et
cresson), de vêtements, d’argent. Ces

vêtements, de l’argent, des chaussures et des sacs. Cette lettre reflète les difficultés pour l’Eanna de remplir
obligations, n’arrivant pas à livrer les rations nécessaires pour la main-d’œuvre engagée : Innin-ahhê-iddin reçoit
deux mines d’argent afin d’acheter des rations sur place, mais attend toujours de l’orge. La lettre n’est pas datée,
mais le poste de qîpu de l’Eanna n’est plus attesté après l’an 7 de Cyrus [San Nicolò, 1941 : 15], ce qui constitue
ainsi la date la plus tardive possible pour cette lettre.
1166
[Zawadzki, 2000 ; Tolini, 2011 : 41‑43].
1167
BM 61330 (Cyr. 4, 30 / XII, édité par [Zawadzki, 2000]) : six pelles et quatre faucilles.
1168
Cyr. 187, CT LV 041, [MacGinnis, 1995, texte n°10], Cyr. 207, [Jursa, 1995, texte n°26], Cyr. 209, [MacGinnis,
1995, texte n°11], [MacGinnis, 1995, texte n°24], CT LVII 807, toutes adressées à Bunene-ibni.
1169
[Tolini, 2011 : 44‑48]. Des lettres de Nabû-ah-iddin, officier royal chargé de l’Eanna, sont les sources
principales concernant le creusement de ce canal : YOS III 017, YOS III 019, YOS III 033, YOS III 069, YOS III 079,
TCL IX 129.
1170
[Tolini, 2011 : 48‑49]. La participation de l’Eanna au creusement de ce canal est documentée par trois textes :
YOS III 018, TCL XIII 150 et BIN I 008.
1171
[Tolini, 2011 : 49‑52, 56‑71]. La participation de l’Eanna au creusement de ce canal est avant tout
documentée par les lettres du responsable des oblats (rab širki) Innin-ahhê-iddin, fils d’Ina-têši-eṭir, impliqué
dans l’organisation des oblats mobilisés à cette tâche : YOS III 021, YOS III 081, YOS III 045, YOS III 106, MM 504.
Elles documentent avant tout les difficultés d’Innin-ahhê-iddin à obtenir les rations alimentaires pour les
travailleurs de la part de l’administration, conflit sur lequel nous reviendrons dans notre troisième partie.
1172
Voir la carte dans [Tolini, 2011 : 54], plaçant les canaux de Cyrus, du Bît-Dababa et Kabar dans la région de
Babylone, et le canal Harri-Kippi dans la région d’Uruk, près du village de Piqudu.
1173
[Tolini, 2011 : 80‑84].

396
travailleurs ont des ânes avec eux pour le
transport des rations1174.
Palais de Bêltiya Camb. 4 – Camb. 5 Participation de l’Eanna dans la construction
d’un palais royal achéménide dans la région
d’Uruk. Mobilisation de travailleurs et
livraison de rations1175 par le temple pour ce
chantier, parmi d’autres livraisons de matières
premières1176. Le transport de ces rations et
matières premières fut sans doute à la charge
du temple1177.
Palais de Maṭnanu1178 Camb. 6 Envoi d’un contingent de 40 oblats de l’Eanna
pour la construction d’un palais à
Maṭnanu 1179
, sous l’encadrement de Lâbâši,
fils de Nanaia-ah-iddin, oblat laboureur 1180 .
Cela impliquait l’allocation de rations, de
vêtements et des animaux nécessaires pour un
tel séjour.

1174
TCL IX 085, sans date. Elle est écrite par un certain Nidintu, probablement un rab hanše (responsable d’une
cinquantaine de travailleurs), à Nadinu, un scribe de l’Eanna. Chaque oblat doit recevoir 6 kur d’orge, 6 kur de
dattes (1080 litres), de l’huile et du cresson (pour les ânes), 12 sicles d’argent, un habit ( tú[Link]) une tunique
(šir’am), deux paires de chaussures, un sac. Cela fait des rations de 180 litres par mois pour six mois, ou de 90
litres pour un an. Dans les deux cas, il s’agit d’un séjour sur une assez longue période, privant le temple d’une
partie de sa main-d’œuvre.
1175
AnOr IX 009 : 14 kur de dattes (2520 litres) pour quatre mois de rations pour des travailleurs du palais de
Bêltiya. Selon YOS VII 166 (Camb. 4, 18 / XII), 50 oblats sont engagés sur le chantier du palais de Bêltiya pour
trois mois, mais n’y ont pas encore participé pour une raison inconnue.
1176
YOS VII 172 (Camb. 4, 08 / VIII) : 20 oblats de l’Eanna sont mobilisés parmi les engraisseurs de bovins royaux
et encadrés par quatre autres engraisseurs. Ils sont responsables de la récolte et de la livraison de roseaux utiles
pour la construction du palais de Bêltiya. Cette récolte se fait sur les terres du canal Takkiri appartenant à l’Eanna.
BM 113434 (daté avant Camb. 4, 15 / XII) : Nadinu, fils d’Innin-zêr-ibni, et Na’id-Ištar, fils d’Arad-Innin, deux
oblats laboureurs de l’Eanna, sont responsables de la livraison de 2000 bottes de paille, utiles pour réaliser des
briques.
1177
Voir les tablettes YOS VII 173 (Camb. 4, [x] / VIII) et YOS VII 174 (Camb. 4, 01 / IX), documentant
respectivement l’achat d’un bateau par le temple et la collecte de jarres vides et usagées par l’oblat laboureur
Šulaya. Dans les deux cas, Nabû-ah-iddin, l’officier royal chargé de l’Eanna est présent, tout comme il est chargé
de la coordination de l’allocation des ressources du temple pour le chantier de Bêltiya dans les autres textes, ce
qui indique que ce bateau et ces jarres aient été utilisées pour les travaux du palais de Bêltiya. La proximité
chronologique de la rédaction des différentes tablettes en est un autre indice.
1178
[Jursa, 2004c ; Henkelman et Kleber, 2007 ; Tolini, 2011 : 92‑94].
1179
[Henkelman et Kleber, 2007 ; Tolini, 2011 : 93] ont idenfié Maṭnanu avec le toponyme Matanna(n) présent
dans les archives des fortifications de Persépolis. Le site se situe à environ 110 km au nord-ouest de Persépolis.
Cela en fait, comme G. Tolini l’indique, une mobilisation de travailleurs de l’Eanna dans l’un des endroits les plus
éloignés d’Uruk.
1180
YOS VII 187 (Camb. 6, 08 / IV). Ce sont l’administrateur de l’Eanna (šatammu) et l’officier royal chargé de
l’Eanna qui organisent cette allocation de travailleurs encadrée par Lâbâši. Si un travailleur s’échappe du lieu de
travail, Lâbâši doit subir le châtiment royal, c’est donc sa responsabilité juridique propre qui est engagée.

397
Palais d’Abanu1181 Camb. 2 Fourniture de produits alimentaires par
l’Eanna provenant du travail de ses oblats lors
du séjour du roi Cambyse en son palais situé à
Abanu : le travail des dépendants du temple
participait à la production de farine 1182 , de
viande1183 et de bière1184 pour les fournitures
alimentaires au pouvoir royal.
Palais de Suse1185 Dar. 6 – Dar. 33 Mobilisation de main-d’œuvre issue de
l’Ebabbar de Sippar pour différents travaux
liés à la construction du palais achéménide de
Suse. Le temple envoya des travailleurs, dont
des oblats, et des rations alimentaires au début
de la construction de la résidence royale de
Suse (Dar. 6 – Dar. 12)1186. Des travailleurs de
l’Ebabbar sont aussi mobilisés en Dar. 29 et
Dar. 331187.

1181
[Tolini, 2009, 2011 : 151‑175].
1182
La lettre YOS III 066 mentionne le travail des meunières pour la production de farine au moment de la
préparation des offrandes destinées à Cambyse et au palais d’Abanu. Nabû-ah-iddin, l’officier royal chargé de
l’Eanna, demande ainsi à l’administrateur de l’Eanna de faire embarquer la farine pour le roi sur un bateau (avec
d’autres produits), ainsi que d’envoyer 20 femmes meunières afin d’en préparer davantage sur place. C’est là
l’une des rares attestations du travail de dépendantes du temple.
1183
GCCI II 120 (Camb. 2, 12 / VIII) mentionne les ordres de l’administration de l’Eanna, par la demande du
pouvoir royal, donnés à Zêriya, fils de Nanaia-ereš, un chef des troupeaux de l’Eanna (rab bûli). Il doit envoyer 80
moutons gras au palais d’Abanu comme fourniture alimentaire à Cambyse. Comme nous l’avons vu à différentes
reprises, les dépendants du temple étaient présents à différents niveaux de l’économie animale du temple,
notamment en ce qui concerne l’engraissement d’animaux pour les offrandes aux divinités. Les ovins à livrer par
Zêriya ont pu ainsi faire l’objet du travail d’oblats engraisseurs de moutons.
1184
Nous avons déjà mentionné la tablette à ce sujet : il s’agit de YOS VII 129 (Camb. 2, 11 / III), où l’oblat Bêl-
gimlanni, fils de Madânu-ereš, doit embarquer 200 jarres de bière pour les livrer au palais d’Abanu. Cela engagea
des frais de location de bateau, documentés par NBDMich. 089, où quatre sicles d’argent du temple servent à la
location d’un bateau depuis Bît-Re’e jusqu’à Abanu.
1185
[MacGinnis, 2002a ; Tolini, 2011 : 275‑302]
1186
Cette mobilisation concerne aussi bien des travailleurs dépendants que le travail des prébendiers de
l’Ebabbar. Nous nous concentrons sur les mobilisations d’oblats de l’Ebabbar. Plusieurs listes de rations
mentionnent l’envoi de dattes et d’orge en Elam pour leurs travaux à Suse : CT LVI 762 (quantité illisible, Dar. 6),
CT LVI 193 (plusieurs quantités, certaines illisibles, Dar. 9). La lettre Dar. 230 (sans date, probablement après la
mobilisation), rédigée par plusieurs scribes sur parchemin de l’Ebabbar demandant à l’administration du temple
des rations de dattes et de sésame, ainsi que de l’argent pour acheter des rations pour les travailleurs partis en
Elam. Cette mobilisation fut particulièrement coûteuse en main-d’œuvre et en ressources de l’Ebabbar.
1187
Selon [MacGinnis, 2002b, texte n°1] (Dar. 29), d’importantes quantités d’orge, dattes, cresson, sel, laine et
de chaussures (tout le nécessaire envoyé de manière générale à la main-d’œuvre dépendante en déplacement)
sont livrées pour des travailleurs de l’Ebabbar partis à Suse. Les chaussures constituent 53 paires, ce qui constitue
un groupe équivalent de travailleurs. Il est possible qu’à la même période, des dépendants des temples de l’Ezida
de Borsippa et de l’Esagil de Babylone aient été présents selon la tablette VS VI 155, du fait de la présence
d’officiers de ces temples dans cette reconnaissance de dette d’argent rédigée à Suse. C’est en tout cas l’opinion
de [Tolini, 2011 : 297‑298], mais en l’absence de documentation administrative de ces temples documentant

398
Les participations des temples de Sippar et d’Uruk ont été essentielles à la construction de
différents projets engagés par le pouvoir royal. Cela apparaît dès le début de l’époque néo-
babylonienne, pour continuer au moins jusqu’au règne de Darius I. Il s’agit d’un élément important
de la relation entre le pouvoir royal et les temples babyloniens, avec des conséquences plus ou
moins importantes pour les temples concernant l’accès à la main-d’œuvre. Les mobilisations listées
dans notre tableau ne sont pas toutes des dépenses importantes pour l’Eanna ou l’Ebabbar, si l’on
s’en tient à la documentation disponible. Certaines d’entre elles, comme les travaux effectués à
Raqqat-Šamaš, répondent aussi bien aux intérêts du pouvoir royal qu’à ceux de l’Eanna et de
l’économie locale. Il faut distinguer les livraisons de ressources et de produits issus du travail des
oblats et les véritables mobilisations de main-d’œuvre qui privent les temples, pour une période de
temps pouvant être assez longue, d’une partie de leur force de travail disponible. Les premières
(canal royal à l’époque de Nabonide, Esagil de Babylone, offrandes au palais d’Abanu) redirigent
une partie du travail réalisé par des oblats artisans vers le pouvoir royal, mais n’impliquent pas
forcément un investissement pesant trop lourd sur les ressources du temple. Concernant les
fournitures pour le palais d’Abanu, si une certaine urgence apparaît dans les lettres des officiers de
l’Eanna à ce sujet, et si cela constitue la réservation de produits de bonne qualité du temple pour la
royauté, cela se limite à une période de temps assez courte et concerne une production déjà présente
au sein de l’économie du temple. Les mobilisations de main-d’œuvre, qui constituent la majorité de
la documentation disponible, sont bien plus lourdes : au-delà de l’allocation de contingents
importants d’oblats, obligeant les temples à puiser dans leurs réserves de travailleurs qualifiés et à
s’en priver pour leurs propres activités, il faut aussi livrer les rations alimentaires et vestimentaires
pour leur période d’absence, ainsi que les outils nécessaires à la réalisation du travail et les animaux
pour le transport de tous ces biens. Il s’agit là d’une véritable pression exercée sur les temples par
la royauté, déjà présente à l’époque néo-babylonienne et visiblement amplifiée après la conquête
achéménide de la Babylonie.

Il faut toutefois insister sur le fait que les temples ne sont pas les seuls à participer à cet
effort en faveur des administrations néo-babylonienne et achéménide. La mobilisation de
ressources et de la main-d’œuvre se fait aussi dans le cadre de l’économie privée. Les dépendants
des temples ne sont pas les seuls travailleurs présents sur ces chantiers : les journaliers constituent
une part importante, voire majoritaire dans certains cas, tout comme les corvéables peuvent aussi

ces mobilisations, il demeure difficile de pouvoir l’assurer. Enfin, en l’an 33 de Darius, une dernière mobilisation
d’oblats de l’Ebabbar semble avoir eu lieu selon [MacGinnis, 1995, texte n° 72], documentant l’envoi d’un talent
de laine (30 kilos) pour les rations vestimentaires de travailleurs envoyés à Suse.

399
l’être. Une partie des ressources livrées par les temples servent à ces travailleurs libres et
corvéables1188.

Que ce soit pour des travaux utiles à l’administration du temple ou en réponse aux
injonctions du pouvoir royal, les oblats constituent une main-d’œuvre disponible pour le temple
pour réaliser des tâches peu qualifiées, pénibles, pouvant durer plusieurs mois ou années, et
impliquant une logistique (allocations de rations, de vêtements, d’outils et d’animaux) pesant sur
les ressources de l’Ebabbar et de l’Eanna. Au-delà des différents métiers où nous retrouvons des
dépendants du temple (agriculture, élevage, artisanat), la caractéristique commune de ces
travailleurs est la possibilité d’être engagés par le temple pour des travaux de creusement de canaux,
construction de palais et de structures défensives ou pour la surveillance de territoires stratégiques
pour le pouvoir royal et pour le pâturage des troupeaux d’animaux. Nous pouvons ajouter à cette
liste les diverses tâches utiles à l’économie du temple : la collecte du bois, la coupe d’herbes,
l’entretien du système d’irrigation des domaines agricoles. L’organisation de ces mobilisations n’est
pas la même pour tous les oblats. Les travailleurs qualifiés peuvent conserver, pour certains travaux,
une certaine autonomie dans l’organisation de leurs équipes. Les mobilisations les plus importantes,
toutefois, impliquent une administration particulière avec l’encadrement de ces travailleurs par des
officiers du temple. Ceux-ci s’occupent de la distribution des rations, de l’organisation du travail au
quotidien et de la transmission des ordres du temple. De fait, le travail des oblats et sa mobilisation
constituent un aspect important de la relation entre les temples et le pouvoir royal, qui se maintient
durant toute notre période d’étude, que ce soit sous la royauté néo-babylonienne comme
achéménide. Les oblats constituent ainsi une réserve de main-d’œuvre indirecte, quelle que soit
l’entité politique régnant sur la Babylonie. En réponse, les devoirs de la Couronne envers les
temples se maintiennent, apportant un soutien financier pour l’entretien et la reconstruction des
structures des temples, lui fournissant des produits alimentaires particuliers, participant à certaines

1188
Cette question dépasse toutefois largement notre sujet et nous nous contenterons de renvoyer aux diverses
études que nous avons mobilisées jusqu’ici, en plus de [Jursa, 2009, 2011] pour des études sur la fiscalité à
l’époque achéménide. Mentionnons ainsi le cas des kurtaš (mot élamite) identifiés dans l’archive des
Fortifications de Persépolis. Il s’agit de travailleurs dépendants mobilisés par le pouvoir royal achéménide depuis
l’ensemble des régions de son empire. Il faut toutefois les distinguer des oblats, qui, s’ils sont mobilisés pour des
projets de l’administration royale, demeurent sous le contrôle d’officiers de leur temple. Ils sont nourris et vêtus
par le temple et encadrés par des représentants de celui-ci. Ce n’est pas le cas des kurtaš, placés sous le contrôle
de l’administration de Persépolis, qui s’occupe de leur mobilisation et de leur entretien par des rations. De plus,
les équipes d’oblats étaient uniquement des hommes, alors que les kurtaš étaient composées d’hommes et de
femmes, dont beaucoup sont des adolescents ou des enfants. Voir [Tolini, 2011 : 379‑381] à ce sujet, et se
référer à l’index de [Briant, 1996] pour les mentions des kurtaš dans l’ensemble de l’histoire et des régions de
l’empire achéménide.

400
cérémonies religieuses… La relation entre royauté et temples sous-entend ainsi des devoirs
réciproques, entretenus sur le long terme.

Communautés de déportés et šušanûtu

Organisation et activités économiques des déportés1189

Suite à la conqûete par l’empire néo-babylonien des régions de Haute-Mésopotamie, du


Levant et de la Palestine, une partie des populations de ces régions ont été déportées en Babylonie
sous l’encadrement du pouvoir royal. Celui-ci installe beaucoup de ces déportés judéens et d’origine
ouest-sémitique dans des parties jusqu’alors peu exploitées de la Babylonie, afin d’y produire des
céréales et des fruits. Le travail de ces déportés n’est donc pas à leur initiative, mais le résultat de la
volonté de la royauté néo-babylonienne. Mais si l’installation de ces personnes est forcée,
l’encadrement de leur travail par l’administration royale semble avoir été minimal, avec le maintien
d’un lien entre elle et les communautés de déportés par le biais de la fiscalité. Après la conquête de
la Babylonie par l’empire achéménide, si une partie des déportés paraissent avoir fait le choix de
rentrer dans leur région d’origine, nombreux sont ceux qui y restent. La relation entre
l’administration impériale et ces groupes de travailleurs ne connaît pas de réelles modifications, si
ce n’est l’apparition de structures socio-administratives organisant le travail de la terre comme le
šušanûtu, avec lesquelles, nous le verrons, les déportés ont des liens.

Nos sources concernant les communautés rurales de déportés proviennent essentiellement


de trois groupes, probablement situés près de Nippur : les tablettes d’Âl-Yâhûdu, celles de Bît-
Našar et celles de Bît-Abî-râm, avec au sein de ces ensembles des mentions d’autres toponymes où
les personnes y travaillant ont des intérêts économiques. Ces archives, qui concernent des déportés
judéens et ouest-sémitiques identifiés par l’onomastique, sont avant tout celles des familles

1189
Notre analyse se construit à partir de la documentation publiée notamment dans [Wunsch et Pearce, 2014]
et quelques autres articles publiés auparavant [Joannès et Lemaire, 1996, 1999, Abraham, 2006, 2007]. Une
partie importante de la documentation non-éditée doit être publiée par C. Wunsch.

401
possédant des formes de capital (argent, domaine foncier) qu’elles prêtent à des exploitants
agricoles. Leur position socio-économique s’assimile ainsi à celle de familles comme les Egibi ou,
plus proche géographiquement, celle des Murašû. Nous allons étudier les activités de chacune de
ces familles, permettant de distinguer l’organisation économique propre de ces communautés
rurales, ainsi que la place de l’esclavage en leur sein.

Les activités de la famille d’Ahîqam, déportés d’Âl-Yâhûdu

Les tablettes centrées autour du village d’Âl-Yâhûdu contiennent l’archive de la famille


d’Ahîqam, par laquelle quatre générations de déportés judéens sont identifiables. Ahîqam en est le
personnage central et le mieux documenté. Deux générations avant lui sont documentées : son père
Rapâ-Yâma, actif dans plusieurs tablettes, et son grand-père, Samâk-Yâma, uniquement présent
comme patronyme. Ahîqam a eu cinq fils, tous actifs dans au moins une tablette : Nîr-Yâma, Haggâ,
Yahû-azza, Yahû-izrî et Yâhûšu. Une grande partie est constituée de reconnaissances de dette
d’orge et de dattes, portant sur des terres appartenant à la royauté. Nous allons tout d’abord
résumer la carrière de Rapâ-Yâma, documenté de l’an 1 d’Amêl-Marduk à l’an 5 de Cyrus (de – 561
à – 534).

Activités de Rapâ-Yâma, fils de Samâk-Yâma


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
CUSAS XXVIII 006 AM. 1, 05 / III, Âl-Yâhûdu Rappel de paiement de dettes d’argent.
Rapâ-Yâma doit 12 1/3 sicles d’argent à
Šamaš-iddin, fils de Kinaya. Il a déjà
remboursé une partie de sa dette.
CUSAS XXVIII 007 Nbn. 5, 05 / IX, Âl-Yâhûdu Reconnaissance de dette d’orge provenant
d’une terre royale (la quantité n’est pas
lisible, il s’agit d’un minimum de 90 litres).
L’orge fait partie du fermage d’Enlil-šar-
uṣur, fils d’Itti-Šamaš-balâṭu, géré par son
agent Ninurta-ana-bîtišu, fils de Rêhêtu.
Rapâ-Yâma doit livrer l’orge dans cinq
mois au rab mûgi, un officier royal.

402
CUSAS XXVIII 008 Nbn. 5, 18 / IV, Âl-ša-Ṭub- Reconnaissance de dette pour 1260 litres
Yâma de dattes de bonne qualité et 900 litres
d’orge appartenant à Ṭub-Yâma, fils de
Mukkêa, et à la charge de Rapâ-Yâma. Les
dattes sont à livrer dans trois mois, l’orge
dans quatre mois. fYapa-Yâhû, la femme de
Rapâ-Yâma, est la garante de la livraison.
CUSAS XXVIII 009 Nbn. 5, 21 / X, Adabilu Reconnaissance de dette de 2 2/3 sicles
d’argent appartenant à Gummulu, fils de
Bi-hamê, à la charge de Rapâ-Yâma, à
rembourser dans cinq mois.
CUSAS XXVIII 011 Cyr. 5, 08 / XI, Âl-Yâhûdu? Reconnaissance de dette de 450 litres
d’orge appartenant à Šikin-Yâma, fils de
Yâ-hîn, à la charge de Rapâ-Yâma. Un
intérêt de 20% en orge s’ajoute à la dette.

Ces cinq textes ne sont certainement qu’une partie de ce qui devait constituer l’archive
propre à Râpa-Yâma, membre de la communauté des déportés d’origine judéenne. Ils permettent
toutefois de déterminer la place socio-économique de cet homme dans la région d’Âl-Yâhûdu. Il
s’endette à deux reprises pour des sommes relativement petites d’argent, et doit à trois reprises des
quantités d’orge et de dattes. Il paraît être un petit entrepreneur, cherchant à disposer de capital
pour développer ses investissements dans des affaires agricoles. Dans la première reconnaissance
de dette pour orge (CUSAS XXVIII 007), il est explicitement fait mention de l’administration
royale : un fermage est conclu pour l’exploitation de terres royales avec un certain Enlil-šar-uṣur,
représenté par un de ses agents, Ninurta-ana-bîtišu. Dans ce cas précis, Rapâ-Yâma paraît plutôt
être quelqu’un chargé de récolter une partie de l’orge qui est destinée finalement au rab mûgi, un
collecteur fiscal lié au pouvoir royal. Rapâ-Yâma vit à Âl-Yâhûdu, et la terre exploitée en question
est sans doute aussi située près de ce lieu. Du fait des autres activités de Rapâ-Yâma et de celle de
ces descendants, Rapâ-Yâma ne paraît pas avoir été un exploitant agricole, mais plutôt un collecteur
chargé de ce type de tâches.

Les autres reconnaissances de dette pour des produits agricoles et pour de l’argent
indiquent, quant à elles, le développement d’affaires commerciales liées à l’agriculture dans la région
d’Âl-Yâhûdu. Râpa-Yâma est ainsi chargé de livrer des récoltes d’orge et de dattes à un certain Ṭub-
Yâma, fils de Mukkêa (CUSAS XXVIII 008). Le toponyme du lieu dans lequel ce texte a été rédigé
(« village de Ṭub-Yâma ») indique que ce créditeur est propriétaire, ou plutôt le responsable pour
403
l’administration royale, d’un domaine agricole situé près d’Âl-Yâhûdu. Il délégue une partie de
l’exploitation de ses terres à Râpa-Yâma, qui doit alors avoir développé ses capacités comme
intermédiaire pour ce type d’affaires. Râpa-Yâma n’est pas l’exploitant lui-même, devant produire
l’orge et les dattes, mais la personne chargée de la livraison de la récolte. La situation de ces deux
reconnaissances de dettes pour des produits agricoles est donc assez similaire, la seule différence
étant le système d’exploitation choisi par l’administration royale pour deux de ses terres : un
fermage avec un individu privé originaire de Nippur dans le premier cas, une attribution à un
déporté judéen dans le second. Rapâ-Yâma s’inscrit dans ce système comme un agent intermédiaire.

La dernière reconnaissance de dette pour de l’orge le concernant présente un cas un peu


différent (CUSAS XXVIII 011). Il doit 450 litres d’orge à un certain Šikin-Yâma, avec un intérêt
de 20 % à la clé. La mention d’intérêts est absente des deux autres textes. Il est possible qu’il s’agisse
d’un accord commercial entre Rapâ-Yâma et Šikin-Yâma constitué pour réaliser des bénéfices à
partir de l’exploitation des terres arables1190. Si l’on rajoute les deux emprunts d’argent auprès de
deux créditeurs différents, cela constituerait les indices d’une plus large activité de Rapâ-Yâma dans
des entreprises nécessitant un capital, comme l’exploitation de terres agricoles à titre privé. Sa
position d’agent intermédiaire et d’homme d’affaires, discernable par ces cinq tablettes, peuvent
constituer les bases d’une accumulation de capital et d’une importance sociale dans la région d’Âl-
Yâhûdu, transmise ensuite à son fils Ahîqam. Cela se discerne dans les activités économiques de ce
dernier, résumées dans le tableau suivant.

Activités économiques d’Ahîqam, fils de Rapâ-Yâma


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
CUSAS XXVIII 012 Cyr. 5, 05 / XII, Kiš Paiement de 6 sicles d’argent par Ahîqam à Pili-
Yâma, fils de Yadi-Yâma, pour le compte de
l’ilku qu’il doit au pouvoir royal.

1190
Un seul témoin, le frère du créditeur, est mentionné sur la tablette, et le scribe n’a pas indiqué sa filiation.
Cela fait de cette tablette un document juridique d’assez faible valeur. Il est donc possible qu’il s’agisse plutôt
d’une partie d’un plus large ensemble concernant un accord commercial entre le créditeur et le débiteur,
établissant la charge de Rapâ-Yâma dans ce cas précis.

404
CUSAS XXVIII 013 Cyr. 7, 20 / [x], Našar Paiement de 2 sicles d’argent par Ahîqam à
Ahîqam, fils de Yâhû-šûrî. Ce dernier est le
garant d’une dette de Šamaš-iddin, contractée
par Râpa-Yâma. Ce paiement est donc le
règlement d’une dette par son fils.
CUSAS XXVIII 033 Dar. 4, 19 / VI, Âl-Yâhûdu Reconnaissance de dette de 3816 litres de dattes
provenant des terres des šušanû, appartenant à
Ahîqam et à la charge de Banâ-Yâma, fils
d’Ahu-Yâma. A livrer dans deux mois.
CUSAS XXVIII 041 Dar. 5, 06 / II, Âl-šarri Reconnaissance de dette de 540 litres d’orge,
appartenant à Ahîqam et à la charge d’Abdi-
Yâhû, fils de Hašdaya. L’orge rembourse
l’argent prêté par Ahîqam à Abdi-Yâhû pour le
compte de la corvée royale que devait ce
dernier. Une personne à sa place fut ainsi payée
et envoyée en Elam.
CUSAS XXVIII 040 Dar. 5, 10 / IX, Âl-Yâhûdu Partenariat commercial-harrânu entre Ahîqam et
Iššûa, fils de Nabû-êtir. Ahîqam confie 2160
litres de dattes à Iššûa. Celui-ci doit rembourser
30 sicles d’argent à Ahîqam dans six mois, et les
deux se partagent les bénéfices réalisés par
Iššûa. Pour cela, il doit vendre les dattes ou les
confier à des cultivateurs pour être remboursé
en orge, et ensuite vendre l’orge.
CUSAS XXVIII 031 Dar. 8, [x] / VI, Âl-Yâhûdu Echange par Ahîqam d’un âne pour un bœuf
auprès d’Iarapâ, fils de Duhah. Ahîqam, pour
payer la différence de valeur entre les animaux,
donne 360 litres d’orge à Iarapâ.
CUSAS XXVIII 017 Dar. 9, 08 / XII, Bît- Paiement de 240 sicles d’argent par Ahîqam à
Na’innašu Iddinaya, fils de Šinqâ, chargé de la réception
des loyers de la région par l’administration
royale.
CUSAS XXVIII 018 Dar. 9, 11 / XII, Bît-Šinqâ Reconnaissance de dette de 28 800 litres d’orge
blanche, appartenant à Iddinaya, fils de Šinqâ, et
à la charge d’Ahîqam. L’orge est l’équivalent des
240 sicles d’argent du texte précédent.

405
CUSAS XXVIII 016 Dar. 9, 26 / XII, Âl-ša- Conflit entre Ahîqam et Nadab-Yâma, fils
Amurru-šar-uṣur d’Abdi-Yâhû, concernant des dattes issues de
terres-šušanû. Ahîqam accuse Nadab-Yâma de
s’être approprié les dattes qui lui étaient dûes.
Nadab-Yâma jure qu’il n’a pas pris ces dattes.
Le texte annonce une procédure juridique
ultérieure.
CUSAS XXVIII 023 Dar. 12, 08 / I, Adabilu Reconnaissance de dette d’une quantité d’orge
non lisible, récoltée sur des terres des šušanû, à
la charge de Zumbaya, fils d’Amîdu, auprès
d’Ahîqam et de cinq autres créditeurs. Ces six
créditeurs ont probablement rassemblé leurs
terres pour les faire exploiter par une seule
personne, Zumbaya.
CUSAS XXVIII 034 Dar. 13, [x] / VI, Âl- Reconnaissance de dette de 720 litres d’orge,
Yâhûdu appartenant à Ahîqam et à la charge de Banâ-
Yâma, fils d’Ahu-Yâma. A rembourser dans
huit mois.
CUSAS XXVIII 036 Dar. 13, 11 / XI, Âl- Reconnaissance de dette de 2940 litres d’orge,
Yâhûdu issue de terres royales exploitées par Banâ-
Yâma, fils d’Abdi-Yâhû, et à la charge
d’Ahîqam. A payer dans quatre mois.
CUSAS XXVIII 035 Dar. 14, [x] / IV, Âl- Reconnaissance de dette de 1710 litres de dattes,
Yâhûdu récolte des « champs des marécages » (eqlû ša
raqqâtu)1191, appartenant à Ahîqam et à la charge
d’Iddin-Bêl, fils de Nanaia-[x]. A payer dans
cinq mois.
CUSAS XXVIII 029 Dar. 14, 05 / VIII, Âl- Rassemblement de capital (animaux, main-
Yâhûdu d’œuvre, grain) pour l’organisation d’une équipe
de travail agricole sur un champ d’Ahîqam. Le
partenariat est mené par Ahîqam et Eribâ, fils
de Ṣillaya, et ils se partagent les bénéfices.
CUSAS XXVIII 043 Dar. 14, 22 / XII, Âl- Investissement de 11 ½ sicles d’argent par
Yâhûdu Ahîqam pour du commerce, prêtés à Bêl-zêr-
ibni, fils de Bêl-ahhê-erîba. A rembourser le
mois suivant.

1191
CAD R p. 170.

406
CUSAS XXVIII 044 Dar. 15, 16 / II, Âl-Yâhûdu Reconnaissance de dette de 11 880 litres d’orge,
appartenant à Bulluṭaya, fils de Mušêzib-Nabû,
à la charge d’Ahîqam. Cette orge est l’équivalent
de quinze jarres de bière de bonne qualité
achetées par Ahîqam et livrées à Babylone. Il
doit aussi payer les rations de travailleurs
corvéables, probablement ceux travaillant sur
les champs producteurs d’orge. A rembourser
dans deux mois.
CUSAS XXVIII 025 Dar. 15, 24 / V, Âl-Yâhûdu Reconnaissance de dette pour 1530 litres de
dattes, provenant de terres-šušanû, appartenant à
Ahîqam et à la charge de son fils Nîr-Yâma.

Nous pouvons distinguer deux domaines d’activité dans la carrière d’Ahîqam : celles liées à
l’administration royale et celles conduites pour ses propres intérêts. Elles sont ainsi dans la
continuité des affaires menées par son père Râpa-Yâma.

Ahîqam sert principalement d’agent privé dans la réception des récoltes issues de terres de
l’administration royale. La plupart des reconnaissances de dette pour de l’orge ou des dattes
concernent des domaines agricoles attachés à des terres des šušanû (notamment celui des Judéens),
statut accordé à des terres de la royauté, gérées par des exploitants et sur lesquelles peuvent travailler
des dépendants-šusanû. Dans ces cas-là, Ahîqam constitue un agent intermédiaire entre l’exploitant
des terres et l’administration royale. C’est ce qui se distingue selon CUSAS XXVIII 017, où il livre
240 sicles d’argent à Iddinaya, fils de Šinqaya, le rab urâti (« responsable des juments ») 1192, les
revenus pour l’an 9 de Darius. Trois jours après CUSAS XXVIII 017 est rédigé CUSAS XXVIII
018. Cette reconnaissance de dette pour 28 800 litres d’orge constitue l’équivalent pour l’an 10 de
Darius de 240 sicles d’argent donnés par Iddinaya à Nargiya, le représentant de Mudammiq-Nabû.
Ahîqam doit l’argent à Mudammiq-Nabû, mais celui qui le reçoit est Iddinaya, qui doit être le
représentant de l’administration avec qui il est en contact. Puis, Iddinaya donne l’argent à Nargiya,
fils d’Adad-lâma, qui représente Mudammiq-Nabû, fils de Nabû-apla-iddin. Ce dernier est
responsable des champs des šušanû des Judéens, sous les ordres d’Uštanu, le gouverneur de
Transeuphratène. Ahîqam semble donc avoir la responsabilité de récolter de larges productions

1192
Les tablettes CUSAS XXVIII 014 et CUSAS XXVIII 015 constituent une partie des récoltes de dattes dues par
différents exploitants sur des terres du šušanu des Judéens à Iddinaya pour l’an 4 de Darius. Il est donc un officier
royal présent dans la région et chargé de cette responsabilité depuis au mois cinq ans à l’époque de la rédaction
de CUSAS XXVIII 017.

407
d’orge auprès d’Iddinaya, converties ensuite en argent par ce dernier pour le compte des niveaux
supérieurs de l’administration.

Trois niveaux de l’administration royale en charge de l’exploitation des terres de la région


d’Âl-Yâhûdu se distinguent ici. Au plus haut, Uštanu, gouverneur de Babylonie et le représentant
politique du pouvoir achéménide, puis Mudammiq-Nabû, un administrateur babylonien chargé par
la royauté de la supervision de la région pour les terres des šušanû. Enfin, Iddinaya, au plus proche
de la réception des récoltes produites par les exploitants de la région d’Âl-Yâhûdu. Ahîqam,
membre de cette communauté et héritier des contacts avec l’administration royale de son père,
s’inscrit donc ici dans ce système1193. Cette responsabilité semble avoir crée un conflit avec un autre
membre de la communauté des déportés, comme l’indique le document juridique CUSAS XXVIII
016. Rédigé quinze jours après CUSAS XXVIII 018, il retranscrit le dialogue entre Ahîqam et
Nadab-Yâma. Ahîqam y accuse Nadab-Yâma de s’être approprié des dattes qui devait lui revenir
selon des reconnaissances de dette qu’il possède. Nadab-Yâma récuse cela et dit ne pas avoir pris
de dattes appartenant à Ahîqam. Comme il s’agit d’une tablette introduisant le conflit entre les deux
personnes, aucune décision n’est prise. Aucun magistrat n’est d’ailleurs présent : cette tablette doit
servir comme preuve des déclarations de chacun au moment du procès1194.

Ahîqam a déjà la responsabilité de récolter des produits agricoles pour le compte de la


royauté, depuis au moins l’an 4 de Darius (CUSAS XXVIII 033). La terre concernée est définie
comme « champs des šušanû », mais il n’est pas indiqué s’il s’agit des « champs des šušanû des
Judéens », ce qui peut expliquer l’absence des agents mentionnés plus tôt. Dans tous les cas,
Ahîqam doit recevoir selon ce texte 3816 litres de dattes de la part de Banâ-Yâma. Il se maintient
à cette position sur une longue durée : nous le retrouvons ainsi comme destinataire d’une récolte
d’environ 1350 litres de dattes à la charge de son fils Nîr-Yâma (CUSAS XXVIII 025). Une partie
de cette récolte provient des terres des šušanû des Judéens, gérées alors par Kanzarâ. De même, il

1193
Les tablettes CUSAS XXVIII 019 et CUSAS XXVIII 020, si elles ne mentionnent pas Ahîqam, indiquent la
présence d’Iddinaya et du système que nous venons de décrire. Deux exploitants doiveent livrer à Iddinaya des
quantités de dattes, issues des terres des šušanû des Judéens. Il n’est pas impossible que dans ces cas, Ahîqam
peut servir d’intermédiaire entre les exploitants concernés et Iddinaya. Cette possibilité est indiquée par
L. Pearce et C. Wunsch dans leur édition de ces textes. Il nous paraît toutefois que la distinction à faire entre ces
textes et la transaction que nous venons d’étudier concerne les produits mentionnés : dattes et orge issus des
terres des šušanû des Judéens et peut impliquer un système différent. L’implication d’Ahîqam dans l’un et l’autre
prend donc des formes différentes.
1194
Deux possibilités : soit ils décident d’aller dans une plus grande ville, comme Babylone, pour régler leur
affaire, soit une cour de justice mobile pourrait être mobilisée lors de son passage dans la région. Pour un
exemple d’une telle magistrature à l’époque néo-babylonienne, voir [Sandowicz et Tarasewicz, 2014]. Dans
d’autres cas, notamment pour le règlement d’un testament, comme nous le verrons, les déportés judéens
peuvent se déplacer jusqu’à Babylone. En l’absence d’autres documents concernant le conflit entre Ahîqam et
Nadab-Yâma, nous ne pouvons en dire plus.

408
fait partie des six créditeurs selon une reconnaissance de dette d’orge à la charge de Zumbaya, fils
d’Amidû. La quantité n’est plus lisible mais la récolte provient de champs des šušanû –
malheureusement, le nom de l’officier royal chargé de ces terres n’est pas non plus lisible. La
présence de six créditeurs indique qu’ils ont rassemblé les terres sous leur responsabilité pour la
confier à un seul exploitant, se partageant ultimement les revenus. On aurait donc ici l’indice d’un
rassemblement de parcelles confiées auparavant à diverses familles de déportés1195.

Une seule autre tablette indique la participation directe d’Ahîqam à l’exploitation des terres
royales. Il s’agit de CUSAS XXVIII 036, où il doit livrer à Bâna-Yâma, fils d’Abdi-Yâhû, 2940
litres d’orge dans trois mois. Malheureusement, nous ne connaissons pas d’avantage les relations
de Bâna-Yâma avec l’administration royale, mais il est tout à fait possible qu’il s’agisse là d’un
Judéen de statut socio-économique équivalent à celui d’Ahîqam. Au-delà des activités agricoles, les
relations d’Ahîqam avec la royauté se vérifient dans d’autres affaires. Selon CUSAS XXVIII 012,
il paye six sicles d’argent en compensation d’une corvée (ilku) qu’il devait accomplir pour le pouvoir
royal. Celui qui reçoit l’argent, Pili-Yâma, fils de Yadi-Yâma, n’est documenté que dans cette
tablette, nous ne pouvons donc en dire davantage sur ses liens avec l’administration achéménide.
Ahîqam peut aussi se charger du paiement des corvées des membres de sa communauté, comme
l’indique une reconnaissance de dette pour 540 litres d’orge. Le débiteur, Abdi-Yâhû, fils de
Hašdaya, doit ainsi rembourser cette quantité de céréales qui constitue l’équivalent en argent
qu’Ahîqam a payé pour son compte. Ahîqam a enfin donné une somme d’argent à une personne
désormais partie en Elam pour effectuer une corvée royale à la place d’Abdi-Yâhû1196. C’est là le
premier indice d’un service réalisé par Ahîqam auprès d’un autre descendant de déporté.

Le reste de la documentation concernant Ahîqam présente des activités pour ses propres
intérêts économiques. Deux reconnaissances de dette pour de l’orge ou des dattes ne mentionnent
pas de terres royales (CUSAS XXVIII 034, 720 litres d’orge), CUSAS XXVIII 035, 1710 litres de
dattes), ce qui indique que Ahîqam reçoit les récoltes pour lui-même. D’autre part, plusieurs textes
indiquent l’organisation de partenariats commerciaux liés à l’agriculture par Ahîqam, ainsi que sa
possession de capital qu’il peut prêter à des exploitants agricoles ou pour des initiatives
commerciales. Ainsi, il échange un âne en sa possession pour un bovin utile pour mener une

1195
Tous les créditeurs mentionnés, en-dehors d’Ahîqam, sont en effet issus de familles de déportés judéens ou
ouest-sémitiques : Qîl-Yâma, fils de Šikin-Yâma, Qada-Yâma, fils de Buluqâ, Azrîqam, fils de Hanun-Yâma,
Maltêma, fils de Zakar-Yâma, Yamušu, fils de Harîm.
1196
Les travaux pour le palais de Suse, que nous avons mentionnés plus tôt dans notre étude, pourraient être la
corvée en question. Les premières mobilisations de travailleurs auprès de l’Ebabbar pour aller en Elam se font
en l’an 6 de Darius, soit un an après ce texte. Cela indiquerait un début de pression exercée par l’empire
achéménide sur la main-d’œuvre présente en Babylonie plus tôt que documenté jusqu’ici. Voir [Tolini,
2011 : 275‑301].

409
charrue sur un champ (CUSAS XXVIII 031), pouvant ensuite être loué à différents exploitants.
Nous l’observons aussi comme avançant une partie du capital nécessaire à la constitution d’une
équipe de travailleurs agricoles avec un certain Erîbaya (CUSAS XXVIII 029). Ahîqam dispose
d’un champ et de deux laboureurs, tandis qu’Erîbaya amène un bœuf et deux laboureurs. Les deux
investissent les semences et la paille pour le bovin, se partagent le paiement des taxes liées à
l’irrigation et les bénéfices réalisés sur l’exploitation du champ d’Ahîqam.

De même, il est capable de prêter onze sicles et demi d’argent sans intérêt à un certain Bêl-
zêr-ibni, fils de Bêl-ahhê-erîba, pour faire du commerce (nadâni u mahâri, CUSAS XXVIII 043). Il
conclut un contrat de partenariat-harrânu avec Iššûa, fils de Nabû-êtir, pour la revente ou la
conversion de 2160 litres de dattes (CUSAS XXVIII 040). Ce partenariat semble très avantageux
pour Ahîqam comme l’explique L. Pearce et C. Wunsch1197 : il se fait juste après la récolte, pour
être remboursé plus tard, au moment de la récolte de l’orge (et donc au moment où il devrait y
avoir moins de dattes). Ahîqam, selon le contrat, doit recevoir trente sicles d’argent de la part
d’Iššûa, quoi qu’il arrive. Cela fait un rapport de 2,5 sicles d’argent par kur de dattes (180 litres),
bien plus que le ratio habituel d’un pour un. Ahîqam attend donc de la part d’Iššûa soit de vendre
les dattes au moment où elles seraient le plus cher, ou alors de les prêter aux cultivateurs d’orge,
pour être remboursé en orge à un taux profitable. Dans tous les cas, ils partagent les bénéfices
réalisés. Enfin, nous percevons une partie d’un commerce de bière dont il dispose à travers la
reconnaissance de dette d’orge CUSAS XXVIII 044 : il doit 11 880 litres d’orge à Bulluṭaya, fils
de Mušêzib-Nabû, qui représentent le prix de quinze jarres de bière de bonne qualité livrées à
Babylone pour Ahîqam, à rembourser dans deux mois. Il s’agit ainsi d’un paiement contre de l’orge
d’une production de bière, peut-être réalisée par Bulluṭaya pour Ahîqam. Cette transaction indique
les intérêts économiques diversifiés de ce dernier, qui dispose d’un commerce de bière à Babylone
qu’il alimente depuis son lieu de résidence.

Ahîqam meurt entre le 15 / V de l’an 15 de Darius I et le 07 / VII de l’an 16 de Darius I,


date où ses cinq fils se partagent une partie du patrimoine de leur père lors d’un voyage à Babylone
(CUSAS XXVIII 045). Il s’agit de Nîr-Yâma, Haggaya, Yâhû-azza, Yâhû-izri et Yâhûšu. Cette
division d’héritage a probablement un lien avec le texte précédent. En effet, le patrimoine d’Ahîqam
ici divisé se constitue de deux esclaves (fNanaia-bihî et Abdi-Yâhû), dix-huits jarres, de l’équipement
de maison. Les deux copies du texte sont assez cassées mais le principal est lisible1198 : une esclave
et dix jarres deviennent la propriété de Nîr-Yâma et de Yâhû-azza, l’autre esclave et les huit jarres

1197
[Wunsch et Pearce, 2014 : 163].
1198
Le duplicat de la tablette éditée dans l’ouvrage de L. Pearce et C. Wunsch a fait l’objet d’une première édition
et d’une étude dans [Abraham, 2007].

410
restantes sont celles de Haggaya, Yâhû-izri et Yâhûšu. De plus, les fils se partagent les actifs de leur
père (reconnaissances de dette encore à payer, par exemple). Il semble bien qu’il s’agisse ici d’un
commerce de vente de bière que leur père possédait à Babylone et qu’ils se partagent. La nécessité
d’aller à Babylone, la présence d’esclaves (probablement des serveurs, comme fIshunnatu des
Egibi), de jarres et peut-être d’outils nécessaires au brassage de bière, en plus des jarres de bière
livrées à Babylone dans CUSAS XXVIII 044, tout indique qu’Ahîqam était le propriétaire d’une
taverne à Babylone, qui devient la propriété commune de ces fils. Cela indique un enrichissement
assez important de cette famille, au moins depuis Rapâ-Yâma, et la transmission d’activités
économiques de père en fils.

Parmi ses cinq fils, deux sont uniquement connus par cette tablette, Yâhû-azza et Yâhûšu.
Nous disposons de plus d’informations concernant les trois autres, la plupart du temps pratiquant
les mêmes activités que leur père, mais aussi dans d’autres secteurs où il n’avait visiblement pas
développé d’intérêt. Nous résumons la documentation disponible dans le tableau suivant :

Activités économiques de Nîr-Yâma, Haggaya et Yâhû-izri, fils d’Ahîqam


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
CUSAS XXVIII 037 Dar. 10, 22 / XI, Âl-Yâhûdu Reconnaissance de dette pour 1080 litres
d’orge, appartenant à Šama-Yâma, fils
d’Abdi-Yâhu, à la charge de Nîr-Yâma
(360 litres), de Haggaya, fils de Mataniya, et
Bâna-Yâma, fils de Natan-Yâma (720 litres
pour les deux).
CUSAS XXVIII 032 Dar. 10, 17 / XII, Âl-Yâhûdu Partenariat commercial entre Nîr-Yâma et
Ninurta-eṭir, fils de Kinaya. Ce dernier doit
livrer, selon son obligation contractuelle, 5
moutons adultes et 3 agneaux. Nîr-Yâma a
donné une somme d’argent à Ninurta-êtir.
CUSAS XXVIII 024 Dar. 14, 04 / V, Âl-Yâhûdu Reconnaissance de dette de 1932 litres de
dattes, issues des terres des šušanû des
Judéens, gérées par l’officier Kanzarâ, à la
charge de Nîr-Yâma. A payer dans deux
mois.
CUSAS XXVIII 030 Dar. 15, 22 / IV, Âl-Yâhûdu Location d’une vache noire, née il y a
moins d’un an ([Link] [Link]), pour
dix ans à Haggaya et Yâhû-azza par

411
Bulluṭaya, fils de Qûs-rahâ, pour 36 sicles
d’argent-ginnu. Chacun paye 18 sicles.
CUSAS XXVIII 025 Dar. 15, 24 / V, Âl-Yâhûdu Reconnaissance de dette de 1530 litres de
dattes issues de terres des šušanû des
Judéeens gérées par Kanzarâ, appartenant
à Ahîqam et à la charge de Nîr-Yâma.
CUSAS XXVIII 045 Dar. 16, 07 / VII, Babylone Division d’héritage entre les cinq fils
d’Ahîqam d’une partie du patrimoine de
leur Père. Nîr-Yâma et Yâhû-azza
reçoivent une esclave et dix jarres,
Haggaya, Yâhû-izrî et Yâhûšu reçoivent un
esclave et huit jarres. Du matériel
domestique et les actifs de leur père sont
communs.
CUSAS XXVIII 026 Dar. 21, 04 / II, [x] Sous-location d’une terre de 20,25 hectares
de surface d’un champ du domaine des
šušanû par Nîr-Yâma à Bêl-eṭiri-Šamaš, fils
de Mannu-lû-bâlu.
CUSAS XXVIII 039 Dar. [x], 25 / V, Âl-Yâhûdu Reconnaissance de dette de 1440 litres de
dattes, sur une part du domaine d’arc de
Nahummu, appartenant à Mî-kâ-Yâma, fils
de Padâ-Yâma, et à la charge de Haggaya.
CUSAS XXVIII 046 Dar. [x], 24 / XI, [Âl-Yâhûdu] Location d’une maison d’Âl-Yâhûdu.
Šalammu, fils de Bahi-Esu, loue pour 10
sicles d’argent-ginnu par an à Nîr-Yâma. La
location est pour trois ans. Le locataire doit
entretenir les fondations et le toit.

Nous retrouvons chez plusieurs des fils d’Ahîqam les mêmes activités que leur père : la
livraison de récoltes agricoles issues de terres royales (CUSAS XXVIII 024, CUSAS XXVIII 025,
CUSAS XXVIII 026, CUSAS XXVIII 039) ou pour des intérêts privés (CUSAS XXVIII 037).
Un texte parmi ces références explicite la manière dont ils peuvent gérer leurs responsabilités envers
l’administration : selon CUSAS XXVIII 026, Nîr-Yâma confie une terre de 20,25 hectares
(rattachée à des šušanû auprès du gouverneur de Transeuphratène)1199 à un certain Bêl-eṭiri-Šamaš

1199
La terre est désignée comme « eqlu ša bît ritti ša šušanê », champ du domaine des šušanû (lignes 1 – 2). Cela
indique que des dépendants-šušanû sont mobilisés pour l’exploitation de cette terre, dont le statut et le mode

412
pour son exploitation, sous-traitant ainsi le travail de terres dont il est le gérant. Cela montre aussi
que ces agents privés, issus des déportés de Judée, peuvent devenir les véritables gestionnaires de
terres royales, les allouant aux exploitants qu’ils désirent, et ce, même si ces terres se trouvent être
sous la responsabilité d’officiers de l’administration achéménide. Tant que les récoltes désirées par
cette dernière arrivent à destination, le contrôle par des particuliers de ces domaines agricoles ne
pose pas problème. Les liens entre cette famille et la Couronne se maintiennent après la mort
d’Ahîqam.

Mais au-delà de ce qui constitue l’activité principale de cette famille depuis Rapâ-Yâma, les
fils d’Ahîqam ont d’autres intérêts, dont certains témoignent de leur enrichissement. Comme leur
père, Haggaya et Yâhû-izrî louent une jeune vache pour l’ajouter à leur capital, pouvant ensuite être
sous-louée ou utilisée pour des travaux agricoles (CUSAS XXVIII 030). Il s’agit d’un
investissement à moyen terme car elle vient tout juste de naître1200 et l’accord est conclu pour dix
ans. Il est en tout cas à noter que chacun des deux fils dispose de dix-huit sicles prêts à être investis,
indice de leur richesse personnelle. Une autre forme d’utilisation de leur capital se retrouve dans la
location d’une maison qui leur appartient selon CUSAS XXVIII 046. Dans cette tablette, Nîr-
Yâma loue pour trois une maison lui appartenant à Šalammu, fils de Bahi-Esu1201, pour dix sicles
d’argent par an. Šalammu doit, comme l’indique la plupart des contrats de location de maison,
entretenir les structures de la maison le temps qu’il l’occupe. Cela assure à Nîr-Yâma une entrée
d’argent régulière grâce à une partie de son patrimoine immobilier.

Enfin, la tablette CUSAS XXVIII 032 documente une transaction entre Nîr-Yâma et un
certain Ninurta-eṭir, fils de Kinaya. Nîr-Yâma donne une somme d’argent (non précisée) à Ninurta-
eṭir, et celui-ci doit ramener à Hahharu cinq moutons et trois agneaux. Il semble s’agir d’un
partenariat commercial régulier entre les deux hommes, comme d’autres contrats de ce type entre
bergers et entrepreneurs urbains l’indiquent1202. L’usage de ces ovins n’est pas indiqué, mais peut
constituer un apport de viande et d’autres produits annexes pour les membres de la famille de Nîr-
Yâma et un revenu argent régulier pour le berger Ninurta-eṭir.

d’exploitation sont ainsi précisés. Les autres mentions de « champ des šušanû », « champ des šušanû des
Judéens » désignent ainsi aussi bien un statut de la terre que celui des travailleurs utilisés, au moins pour une
partie d’entre eux.
1200
Elle est née dans l’année : ligne 2, « [Link] [Link] ».
1201
La date de cette tablette n’est plus lisible, mais les deux personnes se retrouvent dans la tablette
CUSAS XXVIII 027 (Dar. 25, 24 / [x]). Il s’agit du règlement d’un conflit juridique entre eux concernant la propriété
d’une terre d’un domaine d’arc appartenant à Šalammu. Nîr-Yâma conteste cette propriété, mais est visiblement
débouté (certains passages de la tablette ne sont plus lisibles) dans sa plainte et reconnaît que Šalammu possède
cette terre.
1202
[Jursa, 2010 : 257‑258].

413
Sur trois générations, la famille de Samak-Yâma a connu, selon la documentation
disponible, un développement constant de ses affaires économiques et de ses relations avec
l’administration royale. Par sa position d’agent intermédiaire entre agriculteurs et officiers royaux,
Rapâ-Yâma a permis à ses descendants de se maintenir dans une position socio-économique
avantageuse et d’amplifier leurs intérêts économiques. Comme la carrière d’Ahîqam l’indique, celui-
ci possède au moins un commerce de bière à Babylone, du patrimoine foncier et des revenus en
argent réguliers que ses enfants ont su visiblement faire fructifier. Malgré leur condition originelle
de déportés, en profitant de la gestion a minima de ses domaines par l’administration royale qui
laissait certains agents privés devenir gestionnaires de domaines, la famille de Samak-Yâma est
devenue un membre éminent de la communauté de déportés d’Âl-Yâhûdu, bien qu’ils ne dussent
pas être les seuls.

Les activités de la famille d’Ahîqar, déportés de Bît-Našar

Une autre carrière, quelque peu différente, d’un descendant de déportés judéens est celle
d’Ahîqar, fils de Rîmût. La documentation à son sujet provient du groupe de textes issus de Bît-
Našar, un village semble-t-il peu éloigné d’Âl-Yâhûdu. Nous ne disposons que de peu de
renseignements concernant des connexions entre les deux lieux. La gestion des terres par des
Judéens ou des personnes d’origine ouest-sémitique, tout comme à Âl-Yâhûdu, y est toutefois bien
documentée. Ahîqar est un acteur important de la gestion de différents domaines agricoles, et
l’ensemble des sources disponibles permet de percevoir une évolution assez claire dans ses activités
économiques. Possesseur de capital, sous forme d’argent ou d’animaux, il devient un acteur
indispensable pour différents exploitants agricoles ayant besoin de ressources pour assurer leurs
récoltes. Il est attesté de l’an 1 de Cyrus à l’an 7 de Darius (de – 538 à – 515), soit une carrière d’au
moins vingt-trois ans. Il a un fils, Nîr-Yâma, documenté par des tablettes encore non éditées. Le
tableau suivant résume les activités d’Ahîqar.

Activités d’Ahîqar, fils de Rîmût


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
CUSAS XXVIII 083 Cyr. 1, 27 / IX, Bît-Našar Paiement d’une somme d’argent par
Ahîqar à Šalam-Yâma, fils d’Abdi-Yâhu,

414
représentant du percepteur (dêkû) d’Âl-
Yâhûdu, Yâma-izrî.
CUSAS XXVIII 060 Cyr. 3, 17 / X, Bâb-ṣubbâti Reconnaissance de dette de 52 sicles
d’argent appartenant à Rîmût, fils de
Samâk-Yâma, à la charge d’Ibni-ilu, fils
de Kinaya, et d’Ahîqar.
J9 Cyr. 7, 05 / VI, Bît-Našar Reçu de cinq sicles d’argent pour le
compte de l’ilku par Abdi-Yâhû, agent
fiscal, de la part d’Ahîqar.
CUSAS XXVIII 081 Camb. 0, 23+ / VIII, Bît- Reconnaissance de dette de 1080 litres
Našar d’orge au profit d’Ahîqar et à la charge de
Pân-Iššar-lûmur, fils de Nabû-[x].
CUSAS XXVIII 082 Camb. 1, 08 / VIII, Bît- Reconnaissance de dette pour 1 ½ sicles
Našar d’argent et 120 litres d’orge au profit
d’Ahîqar et à la charge de Nanaia-ereš,
fils de Lamasî. A livrer dans six mois.
CUSAS XXVIII 071 Camb. 1, 15 / IX, Bît-Našar Reconnaissance de dette de 2320 litres
d’orge et 3 ¼ sicles d’argent au profit
d’Ahîqar et à la charge de Kinaya, fils de
Tarîbi-Iššar. A livrer dans cinq mois.
Mise en gage de la récolte de son champ
à Ahîqar.
CUSAS XXVIII 072 Camb. 1, 11 / [x], [x] Reconnaissance de dette de 1020 litres de
dattes au profit d’Ahîqar et à la charge de
Bît-il-dîni-îpuš, fils de Mammana. Les
palmiers de la palmeraie sont mis en gage
au profit de d’Ahîqar.
CUSAS XXVIII 062 Camb. 2, 28 / IX, Kašši[x] Sous-location d’une terre de 0,27 hectare
de surface par Šâmeh, fils de Šalti-il, à
Ahîqar et Milkaya, fils de Šalâmân. Les
trois contractants se partagent la récolte
à parts égales.
CUSAS XXVIII 077 Camb. 2, 18 / X, Bît-Našar Vente d’un bœuf par Nabû-ah-uṣur et
Aqabi-Yâma, fils de Nîr-Yâma, pour 18
sicles d’argent à Ahîqar.
CUSAS XXVIII 063 Camb. 3, 09 / I, Bît-Našar Reconnaissance de dette de 420 litres
d’orge au profit d’Ahîqar et son

415
partenaire Milkaya, à la charge de Qîšti-
Bêl, fils de Šalti-il. A livrer le mois
suivant.
CUSAS XXVIII 066 Camb. 3, 05 / VIII, Bît- Reconnaissance de dette de 1440 litres
Našar d’orge et 3600 litres de dattes au profit
d’Ahîqar et à la charge de Aqriya, fils
d’Ammu. La palmeraie exploitée est mise
en gage auprès d’Ahîqar.
CUSAS XXVIII 067 Camb. 3, 05 / VIII, Bît- Sous-location d’un champ arable, part du
Našar domaine d’arc de Rîmût, fils d’Ammu,
par ce dernier auprès d’Ahîqar. Ils se
partagent à parts égales la récolte du
champ.
CUSAS XXVIII 078 Camb. 4, 01 / XI, Bît-Našar Vente d’un boeuf par Danniya et Bêl-êtir,
fils d’Imbiya, pour 30 sicles d’argent à
Ahîqar.
CUSAS XXVIII 095 Camb. 4, 18 / XI, Bît-Našar Echange de dettes entre Ahîqar et Nabû-
šuzizanni, fils de Nabû-immu. Les deux
sont créditeurs de 180 litres d’orge, selon
des reconnaissances de dette
précédemment écrites. Nabû-šuzzizanni
doit livrer la quantité d’orge à Humadidu.
CUSAS XXVIII 096 Camb. 4, 20 / XII, Bît-Našar Contrat de travail de Yâhû-izin, fils de
Dagal-Yâma. Il est engagé par Ahîqar
pour un salaire de six sicles d’argent.
C’est le père de Yâhû-izin qui reçoit
l’argent.
CUSAS XXVIII 098 & 099 Camb. 5, 08 / V, Bît-Našar Duplicats 1203 d’un paiement de loyer
pour une maison par Ahîqar. Il paie deux
sicles d’argent au profit de Šum-iddin, fils
de Bêl-zêr-iddin, et Abdûnu, fils d’Abî-
râm, pour une maison appartenant à
Kinaya, fils de Tarîbi-Iššar.
CUSAS XXVIII 068 Camb. 5, [x] / V, Bît-Našar Reconnaissance de dette de 1050 litres de
dattes, au profit d’Ahîqar et à la charge

1203
Les deux copies ont un scribe différent.

416
du propriétaire de la palmeraie, Aqriya,
fils d’Ammu. A payer dans deux mois.
CUSAS XXVIII 076 Bard. 0, 11+ / III, Bît-Našar Partenariat-harrânu entre Ahîqar et
Aqriya, fils d’Ammu. Ahîqar confie un
bœuf et son équipement à Aqriya contre
une moitié de la récolte produite par
Aqriya. La semence et la paille sont à
fournir en commun.
CUSAS XXVIII 075 Bard. 0, 13 / III, Bît-Našar Partenariat-harrânu pour la constitution
d’une équipe de travailleurs agricoles
entre Ahîqar, Abdaya, fils d’Ahu-nûru, et
Šalâmân, fils de Bušêa. Ahîqar confie
deux bœufs et deux laboureurs, Abdaya,
un bœuf et un laboureur, Šalâmân, un
bœuf et un laboureur. Ahîqar a une part
plus importante des bénéfices.
CUSAS XXVIII 100 Bard. 1, 09 / VI, Bît-Našar Paiement de 2 ¾ sicles d’argent par
Ahîqar à Nabû-nâsir, fils de Quttâya,
pour le loyer annuel de la maison de ce
dernier.
CUSAS XXVIII 074 Bard. 1, 23 / VI, Bît-Našar Reconnaissance de dette pour 4068 litres
d’orge et 2556 litres de dattes au profit
d’Ahîqar et à son partenaire Milkaya, à la
charge de Šalâmân, fils de Bušea.
CUSAS XXVIII 087 Dar. 0, [x], Bît-Našar Reconnaissance de dette de 360 litres
d’orge au profit d’Ahîqar et à la charge
d’Innin-zêr-ibni, fils de Bêlet-ah-iddin. A
livrer au mois d’Aiaru (II).
CUSAS XXVIII 088 Dar. 0, [x] / X, Bît-Našar Reconnaissance de dette de 720 litres
d’orge et 240 litres de dattes au profit
d’Ahîqar et à la charge de Bêl-ab-uṣur,
fils d’Ahu-bani.
CUSAS XXVIII 073 Dar. 0, 25 / X, Bît-Našar Reconnaissance de dette de 1080 litres de
dattes au profit d’Ahîqar et à la charge
d’Anu-[x], fils de Hanûnu. La palmeraie
d’Anu-[x] est mise en gage auprès
d’Ahîqar.

417
CUSAS XXVIII 089 Dar. 0, 03 / XII, Bît-Našar Reconnaissance de dette de 360 litres
d’orge au profit d’Ahîqar et à la charge
d’Amurru-iddin, fils de Kinaya.
CUSAS XXVIII 086 Nbk. IV 1, 15 / VII, Bît- Reconnaissance de dette de 360 litres de
Našar dattes, au profit d’Ahîqar et à la charge
d’Ubârâya, fils de Nabû-dalâ, et d’Ina-il,
fils de Nabû-tuqqinanni.
CUSAS XXVIII 070 Dar. 1, 10 / XII, Bît-Našar Reconnaissance de dette de 780 litres
d’orge au profit d’Ahîqar à la charge de
Bibêa, fils de Zalitaya. Le champ de Bibêa
est mis en gage auprès d’Ahîqar.
CUSAS XXVIII 092 Dar. 2, 02 / I, Bît-Našar Reconnaissance de dette de 1080 litres
d’orge, au profit d’Ahîqar et à la charge
d’Ilteri-ušallim, fils de Šalti-il. Selon
d’autres reconnaissances de dette, un
champ d’Ilteri-ušallim est mis en gage
auprès d’Ahîqar.
CUSAS XXVIII 091 Dar. 2, 10 / VI, Bît-Našar Reconnaissance de dette de 1350 litres de
dattes et 1152 litres d’orge, au profit
d’Ahîqar et à la charge de Mannu-kî-Anu,
fils d’Iššar-êtir, et Amurru-šar-uṣur, fils
de Nabû-balâssu-iqbi.
CUSAS XXVIII 093 Dar. 3, 07 / I, Bît-Našar Reconnaissance de dette de 360 litres
d’orge au profit d’Ahîqar et à la charge
d’Ibaya, fils de Nabû-iddin.
CUSAS XXVIII 079 Dar. 3, 27 / II, Bît-Našar Vente d’un bovin par Adad-šar-uṣur et
Dannu-Nergal, fils de Šamaš-ah-iddin, à
Ahîqar. Le bovin appartenait à Nabû-
ušêzib, endetté auprès des vendeurs, eux
aussi endettés auprès d’Ahîqar. Le bovin
rembourse donc leur dette et celle de
Nabû-ušêzib.
CUSAS XXVIII 097 Dar. 3, 10 / XI, Bît-Našar Partenariat-harrânu entre Ahîqar et
Ninurta-ah-iddin, fils de Tattannu, et son
épouse fNanaia-šarrâti. Ahîqar avance 32
sicles d’argent et ils se partagent les

418
profits. Les raisons de ce partenariat ne
sont pas précisées.
CUSAS XXVIII 094 Dar. 7, [x] / V, Bît-Našar Reconnaissance de dette pour 1980 litres
d’orge, au profit d’Ahîqar et à la charge
de Šîli, fils d’Aya-abî.

Peu d’éléments sont disponibles concernant les relations entre Ahîqar, ou son père, avec
l’administration royale. De même, les terres grâce auxquelles il reçoit orge et dattes de multiples
exploitants sont rarement indiquées comme étant attachées à un « champ des šušanû » ou à une
quelconque structure administrative du pouvoir achéménide. Seuls deux textes lient Ahîqar à des
paiements de taxes en argent pour le compte de la royauté (CUSAS XXVIII 083, J9). Cette relation
avec le pouvoir royal par le biais de la fiscalité dans les deux tablettes se fait auprès d’un agent fiscal
(dêkû) de la communauté judéenne d’Âl-Yâhûdu, probablement lié à l’administration royale, pour
des petites sommes d’argent (illisible dans la première tablette, cinq sicles d’argent dans la seconde).
Le reste des textes nous renseignent sur l’acquisition d’animaux par Ahîqar et ses relations avec
différents exploitants agricoles auxquels il prête de l’argent ou pour lesquels il organise des équipes
de travail contre la livraison d’une partie de leurs récoltes. Il est difficile de discerner les sources
initiales de sa richesse qui lui ont permis d’être un acteur régulier de la gestion des domaines
agricoles dans la région de Bît-Našar. Le seul indice à ce sujet est la tablette où il est attesté pour la
deuxième fois, CUSAS XXVIII 060 : il y emprunte une somme d’argent assez importante,
cinquante-deux sicles, auprès de Rîmût, fils de Samâk-Yâma. Il partage cette dette avec un certain
Ibni-ilu, fils de Kinaya, inconnu du reste de notre documentation. Rîmût apparaît toutefois dans
une autre tablette (CUSAS XXVIII 056), datant du règne de Nabonide, assurant le paiement de sa
part d’une dette de sésame et d’argent. Il était sans doute lui aussi homme d’affaires d’origine
judéenne, ayant visiblement atteint une certaine autonomie économique car en mesure de prêter
une importante somme d’argent à Ahîqar. Celle-ci a pu servir à ce dernier pour alimenter ses
propres entreprises.

Tout comme Ahîqam, nous voyons Ahîqar acheter à plusieurs reprises des bovins propres
aux tâches agricoles, notamment la conduite de socs pour labourer les champs céréaliers (CUSAS
XXVIII 077, CUSAS XXVIII 078, CUSAS XXVIII 079). Ces acquisitions se font auprès de
particuliers, à chaque fois deux frères, ayant décidé de vendre une partie de leur patrimoine à Ahîqar
afin de recevoir de l’argent. Dans la dernière de ces tablettes, cette « vente » se fait même pour
régler une dette auprès d’Ahîqar, sa position de créancier lui permettant ainsi d’obtenir des moyens
de production primaires. Ces possessions de bovins ne sont pas pour une consommation

419
personnelle mais bien pour mobiliser ces animaux dans l’exploitation agricole. Nous voyons à deux
reprises Ahîqar comme partenaire commercial dans la constitution d’équipes de travail pour
l’exploitation de champs céréaliers, recevant soit une part égale (CUSAS XXVIII 076), soit une
part plus importante que celle de ses partenaires (CUSAS XXVIII 075). Ce dernier texte est le plus
précis concernant la constitution d’une équipe de travailleurs agricoles pour la production d’orge.
Le partenariat rassemble trois personnes : Ahîqar, Abdaya, fils d’Ahu-nûru, et Šalâmân, fils de
Bušea. Ahîqar investit un bœuf de trait, un bœuf guidant le soc1204, et deux laboureurs, tandis que
les deux autres livrent chacun un bœuf (de trait pour Abdaya, de guide pour Šalâmân) et un
laboureur. Cela constitue ainsi deux équipes, avec un travailleur et deux bœufs sur un soc. Chacun
est responsable de l’entretien de son bœuf, et Ahîqar fournit les outils agricoles nécessaires ainsi
que la semence. Les pertes d’animaux ou d’équipement sont assumées et remboursées
collectivement, mais si quelqu’un rompt le contrat, il doit payer 18 000 litres d’orge. Ahîqar semble
bien avoir une position dominante dans ce partenariat, étant capable de fournir davantage
d’animaux et de laboureurs engagés ainsi que les outils et la semence. Il dispose de tout le capital
nécessaire pour l’exploitation agricole de champs, mais grâce à ce partenariat, il peut disposer d’un
attelage complet à moindre coût et étendre la surface travaillée par laquelle il reçoit des revenus.

Comment Ahîqar obtient-il des laboureurs ? Un indice se trouve peut-être dans la tablette
CUSAS XXVIII 096. Il s’agit d’un contrat de travail conclu entre Dagal-Yâma, fils de Rapâ-Yâma,
et Ahîqar. Dagal-Yâma confie son fils Yâhû-izin à Ahîqar pour six sicles d’argent pour une année.
Le travail à accomplir n’est pas nommé, mais il est possible, au vu des activités d’Ahîqar
essentiellement centrées autour de l’agriculture et la constitution d’équipes de travailleurs agricoles,
que Yâhû-izin soit l’un des laboureurs dont Ahîqar a besoin. Il aurait ainsi recours à une forme de
travail rémunéré pour constituer ses équipes de laboureurs. Notons que ce n’est pas Yâhû-izin qui
touche la somme d’argent, mais bien son père, preuve certainement de son jeune âge mais aussi
des besoins d’argent de Dagal-Yâma.

Une bonne partie des sources documentant Ahîqar est constituée de reconnaissances de
dette (u’iltu) d’orge et de dattes où il est le créancier auprès d’exploitants agricoles, parfois
indépendants, parfois étant des partenaires commerciaux d’Ahîqar. Comme nous l’avons vu à
plusieurs reprises dans notre étude, ces tablettes documentent la part de récoltes de céréales et de
fruits qu’Ahîqar reçoit des exploitants avec qui il fait affaire. Plusieurs de ces tablettes contiennent
aussi des prêts de petites sommes d’argent par Ahîqar (CUSAS XXVIII 071 et CUSAS XXVIII

1204
Une charrue se constitue ainsi : deux équipes de deux bœufs, l’une placée directement devant le soc et le
tirant (les alap ritti), l’autre devant elle maintenant le cap (alap epinni).

420
082) : dans les deux cas, il s’agit d’avances de capital faites à ces agriculteurs, utiles par exemple
pour acheter des semences ou des outils agricoles 1205. A une autre échelle, nous le retrouvons
comme investisseur de trente-deux sicles d’argent dans un partenariat-harrânu avec un couple de
personnes, fNanaia-šarrâti et son époux Ninurta-ah-iddin, pour qui nous ne disposons pas d’autres
sources. Ils sont chargés de réaliser un profit à partir de cette somme d’argent et doivent la
rembourser. Ahîqar attend toutefois davantage de ce partenariat, et reçoit la moitié du profit qu’ils
doivent réaliser.

Si la plupart des exploitants débiteurs d’Ahîqar paraissent être des gestionnaires


indépendants agricoles1206 de terres issues des allocations royales faites aux déportés, deux d’entre
eux sont des partenaires économiques d’Ahîqar sur le long terme. L’un se nomme Aqriya, fils
d’Ammu. Il doit à deux reprises des récoltes de dattes et d’orge à Ahîqar : 1440 litres d’orge et 3600
litres de dattes (CUSAS XXVIII 066) et 1050 litres de dattes (CUSAS XXVIII 068). Dans ce
dernier texte, il est indiqué qu’Aqriya est le propriétaire de la palmeraie exploitée. La dette est
toutefois transférée d’Aqriya à un certain Bêl-zêr-ibni, fils de Rîmût, peut-être quelqu’un qui s’est
endetté auprès d’Aqriya. Dès lors, la dette d’Aqriya auprès d’Ahîqar est remboursée de cette
manière. Cet arrangement est sans doute possible du fait des relations économiques entretenues
entre Aqriya et Ahîqar, lisibles dans CUSAS XXVIII 076, un partenariat entre eux deux pour la
composition d’une équipe de travail agricole. Selon cette tablette, Ahîqar accorde un bœuf et des
outils agricoles à Aqriya pour l’exploitation d’un de ses champs. Les semences et la nourriture pour
l’animal sont assumées collectivement, et les revenus sont partagés de manière égale. Ahîqar paraît
donc, là encore, être le partenaire dominant dans cette relation avec Aqriya, mais ce dernier est
aussi capable d’amener sa part de capital, notamment la terre exploitée et une partie des semences
et de la paille pour l’entretien de l’animal. Cette collaboration s’étend à un autre membre de la
famille d’Aqriya, son frère Rîmût, fils d’Ammu. Il accorde en effet, en sous-location, un champ
céréalier constituant une partie de son domaine d’arc à Ahîqar. Ce partenariat pour l’exploitation
du champ assumée par Ahîqar entraîne un partage à parts égales des récoltes de ce champ1207. Il

1205
Les exploitants endettés auprès d’Ahîqar (Nanaia-ereš et Bît-il-dînî-îpušà ne sont documentés que dans ces
deux tablettes, et nous ne pouvons déterminer quelle était leur relation économique sur le long terme.
1206
Cela semble être le cas des débiteurs d’Ahîqar suivants, peu ou pas documentés pas d’autres tablettes : Anu-
[x], fils de Hanûnu (CUSAS XXVIII 073), Pân-Iššar-lûmur, fils de Nabû-[x] (CUSAS XXVIII 081), Bêl-zêr-iddin, fils de
Marduk-nâṣir (CUSAS XXVIII 085), Ubâraya, fils de Nabû-dalâ, et Ina-il, fils de Nabû-tuqqinanni (CUSAS XXVIII
086), Innin-zêr-ibni, fils de Bêlet-ah-iddin (CUSAS XXVIII 087), Bêl-ab-uṣur, fils d’Ahu-bâni (CUSAS XXVIII 088),
Amurru-iddin, fils de Kinaya (CUSAS XXVIII 089), Šum-iddin, fils de Ṣillaya (CUSAS XXVIII 090), Mannu-kî-Anu, fils
d’Iššar-eṭir, et Amurru-šar-uṣur, fils de Nabû-balâssu-iqbi (CUSAS XXVIII 091), Ibaya, fils de Nabû-iddin (CUSAS
XXVIII 093), Šîli, fils d’Aya-abî (CUSAS XXVIII 094), Nabû-šuzizanni, fils de Nabû-immu (CUSAS XXVIII 095).
1207
Cette partie de domaine d’arc constitue une des seules traces d’une structure administrative liée à la terre
dans le dossier formé par les activités d’Ahîqar. Rîmût, fils d’Ammu, apparaît par la suite comme témoin dans
trois transactions d’Ahîqar : CUSAS XXVIII 067, CUSAS XXVIII 098 & 099.

421
peut aussi entreposer ces récoltes avant de les revendre pour créer ses revenus : plusieurs textes
documentent la location par Ahîqar de maisons, dont la valeur de location indique peut-être qu’elles
ne servent pas pour son logement. Ainsi, les tablettes CUSAS XXVIII 098 & 099 et CUSAS
XXVIII 100 constituent les paiements annuels à différents propriétaires par Ahîqar de deux
maisons, l’une pour deux sicles d’argent, l’autre pour 2 ¾ sicles d’argent, de très petites sommes
par rapport aux loyers que nous observons durant notre période d’étude1208. Il est possible que ces
maisons servent plutôt comme entrepôts utiles aux affaires d’Ahîqar.

Un autre partenaire économique d’Ahîqar apparaît dans nos sources, Milkaya, fils de
Šalâmân. Sa première attestation est CUSAS XXVIII 062, où lui et Ahîqar sont partenaires dans
l’exploitation d’un champ céréalier de 2700 m² qu’ils sous-louent à Šâmeh, fils de Šalti-il. Le loyer
n’est pas précisé, mais il est dit que les trois personnnes se partagent à parts égales les récoltes
d’orge. Milkaya apparaît ensuite à deux autres reprises comme partenaire d’Ahîqar : les
reconnaissances de dettes CUSAS XXVIII 063 et CUSAS XXVIII 074 les indiquent comme
créditeurs auprès d’exploitants agricoles. Dans la première, ils doivent recevoir 420 litres d’orge de
la part de Qîšti-Bêl, fils de Šalti-il1209, et 4068 litres d’orge et 2556 litres de dattes de Šalâmân, fils
de Bušea. Ahîqar maintient ainsi des relations économiques sur une certaine période de temps afin
d’étendre ses sources de capital pour diverses exploitations agricoles. Il est intéressant de constater
que Milkaya apparaît à plusieurs reprises comme témoin dans d’autres transactions conclues par
Ahîqar1210, indiquant la proximité qui doit exister entre les deux hommes.

Il existe peut-être un troisième partenaire commercial d’Ahîqar, mais les indices à ce sujet
sont moins prégnants. Selon les tablettes CUSAS XXVIII 069 et CUSAS XXVIII 070, il existe
une relation économique entre Ahîqar et Bibêa, fils de Zalitaya. Dans la première tablette, Zabdiya,
fils d’Âtanah, Nergal-šar-uṣur, fils de Rîmût, et Bibêa, fils de Zalitaya, confient à Ahîqar un champ
céréalier de leur domaine d’arc pour trois ans. La tablette ne précise pas de loyer, ni de partage des
revenus entre les quatre personnes. Un an après, la deuxième tablette est rédigée. Il s’agit d’une
reconnaissance de dette pour 780 litres d’orge dus par Bibêa à Ahîqar. La relation entre les deux
semblent être moins celle d’une association économique que celle entre créancier et débiteur.
Ahîqar obtient de lui une part de ses terres, visiblement sans contrepartie, et Bibêa doit ensuite lui
livrer une partie de ses récoltes. Il est donc possible que nous percevions ici l’acquisition progressive
par Ahîqar de terres gérées auparavant par des personnes qui se sont endettées auprès de lui. Ceci

1208
Voir à ce sujet [Jursa, 2010 : 170‑171 ; Watai, 2012 : 68‑69]
1209
Notons qu’il s’agit certainement du frère de Šâmeh. D’ailleurs, un autre de leur frère, Nabû-ah-uṣur, assure
la garantie juridique de la réception des récoltes (CUSAS XXVIII 063) et contre quiconque porte plainte contre
l’accord conclu dans CUSAS XXVIII 062.
1210
CUSAS XXVIII 077, CUSAS XXVIII 078, CUSAS XXVIII 090, CUSAS XXVIII 097.

422
résume de manière générale l’évolution de sa carrière sur au moins vingt-trois ans. De petit
possesseur de capital, endetté pour un investissement en argent de la part d’un autre homme
d’affaires de la région, Ahîqar construit progressivement sa position d’agent important dans
l’agriculture de Bît-Našar et ses environs. Proprétaire d’animaux de trait, capable d’engager des
travailleurs pour des équipes de travail et disposant des outils nécessaires pour les cultures
céréalières, Ahîqar semble avoir eu la même position socio-économique, à une échelle moins
importante, que les membres des familles Egibi ou Murašû.

L’exemple de ces deux familles issues des déportations de l’empire néo-babylonien permet
de comprendre l’organisation des communautés de déportés installées en milieu rural, ainsi que
l’action du pouvoir royal vis-à-vis d’elles. Une évolution entre la période néo-babylonienne et
l’époque achéménide apparaît. Si l’installation de ces personnes d’origine judéenne et ouest-
sémitique dans la région de Nippur vise l’exploitation de terres nouvelles afin d’en capter des
ressources agricoles utiles à la royauté, une large autonomie semble avoir été laissée aux déportés.
Des liens avec l’administration sont bien clairs, par le biais de la fiscalité et de certains membres de
ces communautés. Tant que le pouvoir royal reçoit une partie des récoltes ou des revenus en argent
de ces terres, il n’y a pas lieu d’encadrer davantage les déportés par de nouvelles structures
administratives. Seuls quelques officiers royaux apparaissent dans nos sources, et certaines
responsabilités fiscales sont exercées par des descendants de déportés eux-mêmes. La gestion des
terres concernées parait avoir connu des évolutions aux origines locales. A l’échelle de la période
documentée dans ces archives, plusieurs individus, puis leur famille, sont apparus comme des
acteurs importants de l’agriculture.

Possesseurs d’un capital de départ restreint, ils sont devenus par la suite, après acquisitions
d’animaux, d’outils, d’argent, des hommes d’affaires comparables, toutes proportions gardées, aux
Egibi ou aux Murašû, propriétaires d’entreprises commerciales à Babylone ou investisseurs dans
divers partenariats agricoles ou commerciaux. Leur patrimoine se transmet de père en fils,
alimentant des formes de rente, mais constituant aussi l’origine de nouvelles entreprises
commerciales. Des personnes comme Ahîqar ou Ahîqam, parmi les mieux documentées dans les
archives d’Âl-Yâhûdu et de Bît-Našar, représentent ainsi des trajectoires d’ascension socio-
économique, facilitées semble-t-il par leurs contacts avec l’administration royale. Ils ne représentent
toutefois pas ce qui doit être la situation de la plupart des descendants de déportés, celle
d’exploitants de petites parcelles céréalières ou de palmeraies issues des terres royales, que nous

423
retrouvons comme redevables de récoltes ou de capital auprès de la famille de Samak-Yâma ou
d’Ahîqar.

La šušanûtu : une forme d’organisation du travail sur des terres royales par l’empire
achéménide ?

Le statut de šušanu a été compris comme une forme de dépendance depuis l’étude de G.
Cardascia consacrée à l’archive des Murašû. Ce statut y est mentionné dans des dizaines de tablettes.
Beaucoup de questions, du fait de la nature des mentions de šušanu dans ces textes, demeuraient
concernant le statut juridique, les activités réalisées par ces travailleurs et leurs liens avec
l’administration royale. Désormais, l’ajout des textes des archives des communautés de déportées
judéens et ouest-sémitiques permettent de compléter plusieurs hypothèses à ce sujet et de mieux
comprendre les sources de l’archive des Murašû.

Il faut, pour bien cerner le problème, présenter rapidement quelles sources proviennent de
cette archive. Il n’y est fait, en réalité, que très peu de mentions de personnes avec le statut de
« šušanu ». La plupart des documents contenant ce terme se divisent en deux catégories : des
reconnaissances de dette de dattes et des reçus de paiement de taxes. Dans le premier cas, ces
reconnaissances de dette sont à la charge de différents exploitants agricoles, travaillant le plus
souvent sur des domaines d’arc rattachées à un « haṭru des šušanû »1211, au profit de la famille des
Murašû1212. Suit ensuite la spécification des šušanû en question : plusieurs termes sont accolés à ce
mot, précisant sur quelle unité administrative travaillent les exploitants agricoles. Dans le cas des
paiements de taxes, c’est la plupart du temps un membre de la famille des Murašû qui paye un ilku
auprès d’un officier de l’administration royale1213. Dans ces textes, outre les quantités d’argent,
parfois de farine, d’orge et de bière livrées à l’agent fiscal, on précise l’origine foncière de ces biens.

1211
Sur la structure administrative du haṭru et sa place dans l’archive des Murašû, voir [Cardascia, 1951 : 7‑8 ;
Joannès, 1982 : 29‑30 ; Stolper, 1985 : 24‑27]. Le haṭru rassemble domaines d’arc et autres terres de corvée,
sous l’administration de personnes issues de différents milieux sociaux afin d’en récolter les revenus fiscaux :
membres de la cour royale, officiers, Babyloniens.
1212
Reconnaissances de dette des Murašû où un haṭru des šušanû est lisible: BE X 061, BE X 014, BE X 041, PBS
II / I 200, BE X 047, PBS II/I 057, BE X 048, PBS II / I 194, BE X 049, BE X 016, BE X 017, PBS II / I 181, BE IX 094,
Entrepreneurs and Empire n°65, PIHANS LXXIX 085. Peuvent s’y rajouter des contrats de location de terres
attachées à une telle structure : PBS II / I 210, BE X 079, BE X 112, PBS II / I 106.
1213
Paiement de taxes sur des terres rattachées à un haṭru des šušanû : PBS II / I 120, PBS II / I 220, PBS II / I
117, BE IX 044, PBS II / I 207, BE IX 012, BE IX 075, BE X 065, BE X 064, PBS II / I 114, Entrepreneurs and Empire
n° 61, PBS II / I 205, PIHANS LXXIX 050, PIHANS LXXIX 052, BE X 006, PBS II / I 193, BE IX 082, PBS II / I 125, BE
X 088, PBS II / I 063.

424
A plusieurs reprises, les champs ou les palmeraies concernées sont définis comme des domaines
d’arc rattachés à un « haṭru des šušanû » précis. Dans ces deux cas, la mention du « haṭru des šušanû »
semble correspondre davantage à une unité administrative correspondant à des terres, ainsi
localisées géographiquement, qu’à la mention d’une main-d’œuvre dépendante travaillant sur ces
terres. Il n’est fait que très peu mention des travailleurs agricoles attachés à ces terres dans ces
textes, rédigés pour rendre compte des obligations des exploitants envers les Murašû ou pour
donner l’origine des revenus fiscaux reçus par l’administration royale. Dans ce dernier cas, les
Murašû servent d’intermédiaire entre les agriculteurs et les officiers royaux.

Cela ne signifie pas qu’aucune main-d’œuvre dépendante n’est présente pour le travail des
palmeraies. Quelques indices sont en effet disponibles pour déterminer les personnes réalisant les
récoltes des palmeraies ou des champs céréaliers. Un texte de l’archive des Murašû est à ce sujet
très intéressant.

Entrepreneurs and Empire n° 113 (Art. I 33 [x], [x], lignes 1 à 11) : Matan-Yâma, fils d’Amušêh,
Šelimmu, fils de Yâhû-laqim, Aqbi-Yâma, fils de Banâ-Yâma, Yâhû-zabaddu, fils de Tubhaya, ont fait de leur
plein gré la déclaration suivante à Enlil-šum-iddin, descendant de Murašû : « Comme paiement de la dette de tes
biens (nikkasîka rašûtu) que nous te devons, nous te donnerons quarante travailleurs par mois. Ils travailleront sur
ton domaine et tu leur devras salaire (idi munnaššunûtu). De plus, nous te donnerons dix hommes comme šušanû ».

Le contexte global de cette conversion de dette ne nous est pas connu. Ces quatre
personnes, toutes d’origine judéene ou ouest-sémitique, se sont endettées auprès d’Enlil-šum-iddin
de la famille des Murašû, et proposent de rembourser cette dette en lui confiant cinquante
travailleurs. Le nombre de travailleurs indique qu’ils doivent réaliser des tâches agricoles ou liées à
l’entretien de l’irrigation, seuls travaux dans le cadre de l’économie privée nécessitant une telle force
de travail. Parmi ces cinquante travailleurs au total, dix sont présentés comme des šušanû. La
différence avec les quarante autres est la suivante : ils ne reçoivent pas de salaire pour leur travail,
ce qui en fait des dépendants ou des corvéables. Deux hypothèses sont ici formulables : soit ces
šušanû ont ce statut de manière permanente, ce qui les rattache aux formes de dépendance que nous
avons étudiées, soit il s’agit d’une forme de mobilisation temporaire de main-d’œuvre, pouvant être
encadrée plus ou moins fortement par l’administration royale. Nous avons vu dans la section
précédente des liens entre communautés de déportés et des champs rattachés aux « šušanû des
Judéens », et ce que nous avons présenté nous fait plutôt pencher pour la deuxième proposition.

425
Nous allons replacer ces données dans la perspective de la section actuelle de notre étude, nous
permettant d’éclairer quelque peu le texte cité plus haut.

Il faut, dans un premier temps, prendre la mesure de la distance temporelle entre les
données issues de l’archive d’Âl-Yâhûdu et celles de l’archive des Murašû. Les différentes mentions
de champs-šušanû dans la première datent entre l’an 4 et l’an 15 de Darius I (– 518 à – 507). La
plupart des textes des archives des Murašû sont datées entre l’an 26 d’Artaxerxès I (IMT 050) et
l’an 7 de Darius II (PBS II/I 226) (– 439 à – 417). Les tablettes d’Âl-Yâhûdu sont d’ailleurs les
premières à mentionner un possible statut de dépendant « šušanu » 1214 . S’il s’agit d’une forme
particulière d’administration de la terre, liée à une mobilisation de main-d’œuvre dépendante ou
corvéable, ce système serait ainsi introduit sous le règne de Darius I et a pu connaître diverses
modifications dans sa gestion.

Reprenons, dans le tableau suivant, les données concernant les šušanû issues de l’archive
d’Âl-Yahûdu :

La šušanûtu à Âl-Yâhûdu
Texte Date et lieu de rédaction Résumé
CUSAS XXVIII 033 Dar. 04, 19 / VI, Âl-Yâhûdu Reconnaissance de dette de 3816 litres de
dattes provenant des terres des šušanû,
appartenant à Ahîqam et à la charge de Banâ-
Yâma, fils d’Ahu-Yâma. A livrer dans deux
mois.
CUSAS XXVIII 014 Dar. 05, [x], Âl-Yâhûdu Liste des récoltes de dattes dues par
différents exploitants de domaines d’arc
attachés aux terres des šušanû sous la gestion
d’Iddinaya, fils de Šinqâ, rab urâti. Šamâ-
Yâma, fils de Pili-Yâma, doit lui livrer ces
récoltes.
CUSAS XXVIII 015 Dar. 05, 06 / VII, Âl-Yâhûdu Listes des récoltes de dattes dues par
différents exploitants de domaines d’arc
attachés aux terres des šušanû sous la gestion
d’Iddinaya, fils de Šinqâ, rab urâti. Qatib-
Yâma, fils de Nati-Yâma, doit lui livrer les
dattes.

1214
Les mentions de ce terme à l’époque néo-babylonienne ou sous le règne de Cambyse sont soit celles d’une
profession liée aux chevaux, comme le terme l’indique, soit celles d’un titre de la cour royale, et ne s’intégrent
pas à notre étude.

426
CUSAS XXVIII 018 Dar. 09, 11 / XII, Bīt-Šinqama Reconnaissance de dette de 28 800 litres
d’orge blanche, appartenant à Iddinaya, fils
de Šinqâ, et à la charge d’Ahîqam. L’orge est
l’équivalent des 240 sicles d’argent et
provient de champs des « šušanû des
Judéens ».
CUSAS XXVIII 016 Dar. 09, 26 / XII, Âl-Yâhûdu Conflit entre Ahîqam et Nadab-Yâma, fils
d’Abdi-Yâhû, concernant des dattes issues
de terres des šušanû. Ahîqam accuse Nadab-
Yâma de s’être approprié les dattes qui lui
étaient dues. Nadab-Yâma jure qu’il n’a pas
pris ces dattes. Le texte annonce une
procédure juridique ultérieure.
CUSAS XXVIII 019 Dar. 11, 05 / VI, Âl-Yâhûdu Reconnaissance de dette pour 4500 litres
d’orge, récolte d’un champ des « šušanû des
Judéens », sous l’administration d’Uštânu, le
gouverneur de Transeuphratène, et géré par
Iddinaya, fils de Šinqâ, le rab urâti. Azrîqam,
fils de Šamâ-Yâma, doit lui livrer cette
récolte.
CUSAS XXVIII 020 Dar. 11, 06 / VI, Âl-Yâhûdu Reconnaissance de dette pour 4500 litres
d’orge, récolte d’un champ des « šušanû des
Judéens », sous l’administration d’Uštânu, le
gouverneur de Transeuphratène, et géré par
Iddinaya, fils de Šinqâ, le rab urâti. Qîl-Yâma,
fils de Šikin-Yâma, et Šalâmân, fils de Rapâ-
Yâma.
CUSAS XXVIII 023 Dar. 12, 08 / I, Adabilu Reconnaissance de dette d’une quantité
d’orge non lisible, récoltée sur des terres des
šušanû gérées par un officier royal (le rab ṣabê
ša ah nâri, le « responsable des travailleurs /
soldats de la rive »), à la charge de Zumbaya,
fils d’Amîdu, auprès d’Ahîqam et de cinq
autres créditeurs. Ces six créditeurs ont
probablement rassemblé leurs terres pour les
faire exploiter par une seule personne,
Zumbaya.

427
CUSAS XXVIII 024 Dar. 14, 04 / V, Âl-Yâhûdu Reconnaissance de dette de 1932 litres de
dattes, issues des terres des « šušanû des
Judéens » gérées par l’officier royal Kanzarâ,
à la charge de Nîr-Yâma. A payer dans deux
mois.
CUSAS XXVIII 025 Dar. 15, 24 / V, Âl-Yâhûdu Reconnaissance de dette de 1530 litres de
dattes issues de terres des « šušanû des
Judéeens » gérées par l’officier royal
Kanzarâ, appartenant à Ahîqam et à la
charge de Nîr-Yâma.
CUSAS XXVIII 026 Dar. 21, 04 / II, [x] Sous-location d’une terre de 20,25 hectares
de surface rattachée aux terres des šušanû,
sous l’administration du gouverneur de
Transeuphratène et gérés par Zababa-[x],
officier royal (rab ṣabê ša Bît-hilipi?, le
responsables des travailleurs de Bît-Hilipi).
La sous-location est effectuée par Nîr-Yâma,
fils d’Ahîqam, à Bêl-eṭiri-Šamaš, fils de
Mannu-lû-bâlu.

Le lien entre l’administration royale et les šušanû parait assez clair dans ces textes. Comme
nous l’avons vu dans la section précédente, plusieurs niveaux de l’administration achéménide sont
présents. L’organisation des terres sous une structure administrative, peut-être récente, s’est faite
sous l’autorité du gouverneur de Transeuphratène, qui est désigné à plusieurs reprises comme leur
administrateur général. Plusieurs officiers royaux sont présents au niveau local afin de maintenir le
lien entre exploitants agricoles et administration. Ces officiers, selon leur titre, peuvent avoir un
lien avec la gestion d’une main-d’œuvre corvéable ou dépendante, sinon avec une forme de
mobilisation militaire 1215. Plusieurs tablettes enregistrent la contractualisation de la livraison de
récoltes par des exploitants d’origine judéenne ou ouest-sémitique présents à Âl-Yâhûdu auprès de
ces officiers royaux. Ces produits agricoles peuvent ensuite être convertis en argent et être versés
aux comptes de l’administration achéménide, formant ainsi une forme d’extraction fiscale sur des
terres royales gérées par des descendants de déportés.

1215
Le terme akkadien « ṣabu » peut désigner aussi bien des travailleurs que des hommes de troupe militaire. Le
contexte militaire permettrait peut-être de comprendre le titre d’Iddinaya, « responsable des juments », mais
cela demeure assez incertain.

428
A partir de là, nous n’avons que peu d’indices concernant la main-d’œuvre chargée de la
réalisation concrète des tâches agricoles. Nous savons qui sont les exploitants chargés de livrer les
récoltes, mais ceux-ci ne sont pas forcément les personnes qui réalisent les labours, les semailles et
les récoltes sur des champs céréaliers, ou l’entretien et la cueillette des palmiers-dattiers. Nous
savons que des hommes d’affaires comme Ahîqam ou Ahîqar peuvent mobiliser l’argent nécessaire
aux paiements de journaliers, notamment en engageant de jeunes travailleurs locaux auprès de leurs
parents. Cohabitant avec ce travail libre, il est possible que l’administration royale, par le biais du
šušanûtu, organise des mobilisations de main-d’œuvre corvéable ou dépendante (peut-être
localement, mais pas uniquement), encadrée par des officiers royaux et accordée aux exploitants
agricoles locaux qui peuvent en avoir besoin1216. La šušanûtu se révélerait ainsi être un système qui
régle les problèmes d’accès à la main-d’œuvre tout en permettant une extraction de revenus fiscaux
à partir de terres gérées depuis plusieurs décennies par des descendants des déportations néo-
babyloniennes. Nous avons vu plus tôt comment des acteurs privés, comme Ahîqam, ont pu
s’intégrer à ce système pour leur propre bénéfice.

Il est possible que sur le plus long terme, la dénomination administrative et une forme de
mobilisation de main-d’œuvre encadrée par l’administration royale, puis par des Judéens, se soient
maintenus. C’est ce que nous observerions dans les textes issus des archives des Murašû, où la
mention de « šušanu » concerne le plus souvent le statut administratif d’une terre précise, rattachée
à un haṭru. Le texte Entrepreneurs and Empire n°113 présente ainsi le seul indice concret d’un
maintien d’une main-d’œuvre sous le statut de šušanu, ici allouée par des exploitants agricoles à un
membre des Murašû pour rembourser une dette. Les nombreuses mentions de « haṭru des šušanû »
s’attachent plutôt, de notre point de vue, au maintien de structures administratives qui se sont
supersposées au fil du temps, incluant des terres travaillées par le biais du système de šušanûtu. Il
est possible qu’une main-d’œuvre dépendante y travaille, mais les sources présentant une
mobilisation de tels travailleurs sont bien peu nombreuses à l’époque de l’archive des Murašû.

Notre proposition concernant les šušanû se résume donc de la manière suivante : il s’agirait
d’une catégorie de corvéables ou de dépendants alloués à des exploitants agricoles, notamment
dans la région de Nippur, encadrés par des officiers royaux pour travailler sur des terres rattachées

1216
Un autre indice de cet encadrement de la force de travail par des officiers de la royauté apparaît dans le texte
VS VI 155 (Dar. 29, 06 / VIII), commenté par [Tolini, 2011 : 296‑298]. Il s’agit d’une liste d’allocations d’argent
rédigée à Suse, où différents notables de Borsippa, Babylone et Sippar sont présents. Dans la liste des témoins,
un certain Nabû-Nâdin-ahi, fils de Nabû-bân-ahi, s’y distingue comme étant un responsable des šušanû. C’est un
indice bien mince, mais la présence d’un tel officier à Suse indique peut-être l’organisation de mobilisations de
main-d’œuvre corvéable ou dépendante par l’administration achéménide. En l’absence des archives de
l’administration achéménide de Babylone pouvant être rattachées à ces mobilisations, il demeure difficile de
discerner l’origine régionale des šušanû.

429
à une structure fiscale. Comme nous n’avons que peu d’indices concernant les origines sociales de
ces travailleurs, nous ne pouvons dire avec certitude si le statut de šušanu est celui d’une dépendance,
et donc permanent, ou celui propre à une corvée, temporaire. De fait, il demeure difficile de
distinguer le statut de šušanu de celui des corvéables (urašû) que nous retrouvons dans d’autres
sources et qui concerne l’ensemble de la population babylonienne de statut non-dépendant. La
localisation des mentions des šušanû en fait toutefois, dans l’état actuel de la documentation, un
statut spécifique à la région de Nippur et aux communautés de déportés.

Bilan

Si chacun des statuts personnels intéressant notre étude maintiennent des obligations pour
celles et ceux qui les détiennent envers un individu ou une institution, la situation professionnelle
d’un(e) esclave, d’un(e) oblat(e) ou d’un(e) déporté(e) implique une position socio-économique très
différente. Parmi les esclaves, les agents des maîtres se distinguent très clairement des domestiques
et des travailleurs qualifiés pour constituer une classe d’intermédiaires aux fonctions et aux
possibilités d’ascension sociale fort similaires. Ce sont les seuls qui, à travers notre documentation,
disposent de revenus propres et d’une certaine autonomie économique. Il n’existe un travail
artisanal indépendant pour les esclaves que de manière très marginale.

Les hiérarchies entre oblat(e)s suivent à peu près le même schéma, pour une population
visiblement plus importante. D’une masse de travailleurs mobilisés pour des travaux pénibles,
constituant une réserve de main-d’œuvre directe pour le temple et indirecte pour la Couronne, se
distinguent une population d’artisans et d’intermédiaires à l’encadrement plus limité. Toutefois,
leurs obligations envers le temple se maintiennent et les possibilités d’émancipation pour les oblats,
de manière générale, n’apparaissent pas vraiment. Le statut des dépendants-šušanû, notamment ceux
en lien avec les descendants des déportations néo-babyloniennes, paraît assez proche de celui des
oblats non-qualifiés, comme une main-d’œuvre mobilisable lorsque cela est nécessaire. Leur travail
semble toutefois essentiellement se concentrer dans les tâches matérielles de l’exploitation des
domaines agricoles.

Enfin, au sein des communautés de déportés, les personnnes les mieux documentées sont
celles qui obtiennent une véritable ascension sociale par leurs activités d’hommes d’affaires,
investissant peu à peu dans l’exploitation agricole, et pour certains grâce à leur fonction
d’intermédiaire avec l’administration royale, qu’elle soit néo-babylonienne ou achéménide. A
l’échelle locale, ces descendants des déportés d’origine judéenne ou ouest-sémitique se distinguent

430
d’une force de travail agricole qui devait constituer le gros de la population de ces hameaux en zone
rurale près de Nippur.

431
Troisième partie

432
Aspects sociaux de l’esclavage et de la dépendance

Après avoir étudié les activités économiques des esclaves, dépendants du temple et
déportés, et présenté les usages de leur force de travail par leurs maîtres ou les institutions
auxquelles ils sont rattachés, il nous faut désormais nous intéresser à certains aspects sociaux de
l’esclavage ou des différentes formes de dépendance en Babylonie au cours de notre période
d’étude. Cette partie de notre travail va se concentrer essentiellement sur les relations entre maîtres
et esclaves, dépendants et temples, mais aussi sur les hiérarchies présentes au sein de ces différentes
catégories sociales : esclaves, dépendant(e)s, déporté(e)s. La présentation dans la partie précédente
des fonctions économiques des individus concernés par notre étude est essentielle pour
comprendre ces aspects, parce que leur position sociale est très souvent la conséquence de leur
situation économique. Un esclave agent de son maître dispose d’une importance sociale par rapport
aux personnes qu’il fréquente car il représente les intérêts économiques de celui-ci, grâce auxquels
il peut développer ses propres revenus. Par exemple, un esclave agent des Egibi peut agir comme
représentant de son maître créancier d’un exploitant agricole, ce qui place ce dernier en situation
de subordination économique par rapport à l’esclave. C’est ce type de phénomène, que nous avons
présenté à différentes reprises dans la partie précédente, que nous allons tenter d’étudier désormais
pour ce qui concerne l’esclavage.

Pour la dépendance du temple, la situation que nous venons de mentionner ne se discerne


pas vraiment dans nos sources. Nous allons davantage nous intéresser aux relations entre le temple
et ses dépendants à différents niveaux : l’entretien des oblats malades et la protection de cette main-
d’œuvre, qui participent à la compréhension du temple comme une structure d’accueil pour des
individus en situation précaire ; mais aussi l’encadrement de la mobilité des oblats, afin d’en
empêcher la fuite, ou les formes de répression opérées contre eux, lorsqu’il s’agit de dépendants
refusant de travailler. S’ajoutent à cela les limites sociales maintenues entre les différentes catégories
du personnel du temple, notamment en ce qui concerne la « pureté » d’une personne selon une
compréhension religieuse, nécessaires pour le maintien d’une hiérarchie socio-économique au sein
du temple.

Enfin, en ce qui concerne les communautés de déportés, nous verrons quelle structure
sociale s’est construite en leur sein du fait de l’évolution de l’économie d’exploitation des terres
royales. Il s’y constitue en effet une classe possédante, bénéficiant de liens avec l’administration
royale et d’accès à diverses formes de capital. Cela maintient, ou produit, des formes de
subordination économique du reste de la population de ces communautés rurales envers cette

433
classe possédante. En échange, les individus membres de cette catégorie peuvent déployer une
forme de soutien économique envers leurs subordonnés, en leur prêtant de l’argent à des moments
de précarité.

Pour l’étude de ces trois populations, la perspective que nous adoptons à ce moment de
notre étude repose sur des sources disponibles en moins grand nombre que dans la partie
précédente. La majorité des archives que nous étudions documente plus facilement les activités et
structures économiques en place, moins ce qui constitue les relations entre personnes et les formes
de distinction sociale existant entre elles. Les interactions personnelles entre maîtres et esclaves
actifs économiquement, par exemple, sont très peu documentées en tant que telles. Il existe
toutefois assez de documentation, d’ordre juridique mais aussi dans ce que nous avons vu
auparavant, qui nous permette de présenter des hypothèses au sujet des aspects sociaux de
l’esclavage, de la dépendance et de la vie au sein des communautés de déportés. Les textes que nous
allons étudier permettent ainsi de bien comprendre les différences socio-économiques existantes
entre personnes de même statut juridique ou de condition sociale similaire.

Esclaves et dépendants face à leur maître et leur temple

La protection sociale et juridique accordée aux esclaves

Très peu d’éléments sont disponibles concernant les relations entre les esclaves et leur
maître ou maîtresse ainsi que leur famille, que ce soit dans le cadre domestique ou au sein des
activités liées à l’artisanat. Au-delà de ce que nous avons présenté dans les parties précédentes de
notre étude à propos des liens juridiques et économiques entre l’esclave et son maître, ce qui est de
l’ordre des relations personnelles au quotidien entre eux nous est pratiquement inconnu.
Néanmoins, quelques éléments peuvent être apportés au sujet des formes de protection sociale et
juridique accordée par certains maîtres à leurs esclaves-agents, en lien avec leurs activités
économiques. Nous savons notamment, grâce aux contrats d’apprentissage étudiés plus tôt, qu’un
maître ou une maîtresse se doit de nourrir et vêtir ses esclaves. En cas de transfert temporaire de
l’esclave auprès d’un artisan pour l’apprentissage d’un métier, la garantie qu’il doit être nourri et
habillé est inscrite dans certaines clauses de ces contrats d’apprentissage, plaçant cette charge soit
sur le maître ou la maîtresse de l’esclave, soit sur l’artisan. Mais cette forme de protection sociale,
visible pour l’ensemble des classes et qui doit être assurée dans le cadre domestique et pour les

434
esclaves artisans, peut prendre d’autres aspects en ce qui concerne des esclaves qui ne vivent pas
forcément avec leur maître.

Quelques textes juridiques issus de l’archive des Egibi montrent en effet quelle forme
pouvait prendre cette protection. Ils concernent les esclaves Nergal-rêṣû’a et Madânu-bêl-uṣur,
dont nous avons présenté les activités économiques dans notre partie précédente.

En l’an 10 de Nabonide, roi de Babylone, un procès eut lieu impliquant Nerga-rêṣû’a,


esclave d’Iddin-Marduk de la famille des Nûr-Sîn, au cours duquel il fait une déclaration contre
Amurru-natan, un batelier engagé par Iddin-Marduk pour le transport de 480 kur de dattes (86 400
litre).

YOS XIX 101 : (1 – 13) Nergal-rêṣûa, esclave d'Iddin-Marduk, a parlé aux juges de Nabonide, roi de
Babylone, en ces termes : « Iddin-Marduk, mon maître, a chargé un lot de 86 400 litres de dattes, pour être
transporté depuis la campagne, sur des bateaux appartenant à Amurru-natan, batelier, fils d'Ammaya. Il lui
a fait porter la responsabilité de la garde des dattes. Il amena les bateaux jusqu'à Babylone et me donna le
message d'Iddin-Marduk. Il était écrit à l'intérieur (de ce message) « 480 kur de dattes ». J'ai examiné les
dattes et il manquait 8496 litres. J'ai porté plainte contre Amurru-natan concernant les dattes manquantes et
il m’a menti en ces termes :
(14 – 15) « Je n'ai pas pris vos dattes. »
(15 – 18) Après, un informateur [est venu et l’accusa d’avoir pris] 796 litres de dattes [qu’il a pris en
secret] et derrière mon bateau […] ces dattes en […]. Nous établîmes un contrat disant ceci : « Amurru-
natan a pris illégalement 1296 litres de dattes. »
(22 – 25) Après Amurru-[natan] s’est enfui, [il n’avait pas été vu] jusqu'à aujourd'hui. Maintenant, je l'ai
amené devant vous. Prononcez la décision nous (concernant) ! »
(25 – 26) Les juges entendirent leurs arguments.
(26 – 31) Ils lurent devant eux ce contrat et le message d'Iddin-Marduk, sur lequel était écrit « 480 kur
de dattes », que Nergal-rêṣûa avait apportés. Ils interrogèrent Amurru-natan. Concernant la disparition des
dattes, il avoua à son sujet qu'il les avait prises illégalement.
(32 – 35) Ils prirent la décision qu'Amurru-natan doit payer 40 kur de dattes, le montant manquant, et
qu'elles doivent revenir à Nergal-rêṣûa, esclave d'Iddin-Marduk.
(35 – 41) Étaient présents lors de la décision (concernant) ce procès : Nergal-ušallim, juge, descendant
de Šigûa ; Nabû-ahhê-iddin, juge, descendant d'Egibi ; Nabû-šum-ukîn, juge, descendant d'Ir'anni ; Bêl-
ahhê-iddin, juge, descendant de Nûr-Sîn ; Bêl-eṭir, juge, descendant de Sîn-abni. Scribes : Nabû-šum-iškun,
descendant de Râb-bânê, Bêl-iqiša, fils de Sîn-tabni.
(42 – 43)(Fait à) Babylone, le 04 / XII, la dixième année du règne de Nabonide, roi de Babylone.

435
Sceaux : Sceau de Nergal-ušallim, juge ; sceau de Nabû-ahhê-iddin, juge ; sceau de Nabû-šum-ukîn,
juge ; sceau de Bêl-ahhê-iddin, juge ; sceau de Bêl-eṭir, juge.

Iddin-Marduk avait engagé un batelier privé, Amurru-natan, fils d’Ammaya, pour le


transport d’une large quantité de dattes issue de palmeraies gérées par des exploitants, avec qui
Iddin-Marduk était en relation. Nerga-rêṣû’a, à ce moment basé à Babylone, est chargé de la
réception de cette récolte de dattes lors de son arrivée à Babylone, et d’en contrôler la quantité et
la qualité. Si quelque chose parmi ces dattes fait défaut, Nerga-rêṣû’a est sous la responsabilité d’en
faire part à son maître et aux autorités judiciaires compétentes, ce qui est ici le cas. Le contrôle de
la quantité des dattes se fait grâce à un court message, rédigé par Iddin-Marduk ou un de ses autres
agents et sans doute scellé, conservé par le batelier qui doit le remettre à Nerga-rêṣû’a au moment
de la livraison. L’esclave d’Iddin-Marduk dispose d’un moyen de comparer la quantité inscrite dans
le message et les dattes effectivement livrées, et c’est alors qu’il se rend compte qu’il manque 8496
litres de dattes), soit 10 % de la quantité qui devait être reçue. Il a interrogé le batelier, qui dit n’avoir
rien volé.

Mais quelqu’un, non nommé dans la tablette, informe Nergal-resû’a du vol de dattes par
Amurru-natan. Le passage décrivant ceci est assez cassé sur la tablette, et les circonstances précises
du vol ne sont pas lisibles, mais c’est ce qui semble avoir été relayé par cet informateur anonyme.
Nerga-rêṣû’a et ce témoin prennent même la peine de retranscrire par écrit cette accusation de vol
envers Amurru-natan, pour un usage lors d’un possible procès. Les quantités données dans le texte
ne correspondent pas au montant manquant, ce qui laisse une certaine incertitude sur ce qui a été
effectivement volé et ce qui a pu être perdu au cours du transport. Dans tous les cas, suite aux
déclarations faites à Nerga-rêṣû’a, Amurru-natan s’enfuit, avant d’être rattrapé par l’esclave-agent
et amené devant la cour de justice de Babylone. Les juges ont effectué une enquête, assez courte,
qui consiste à écouter les déclarations des deux parties, puis à consulter les tablettes liées à cette
affaire : le message d’Iddin-Marduk concernant la quantité de dattes à livrer, ainsi que le contrat où
a été retranscrit la déclaration de l’informateur. Suite à cela, et suite aux questions posées par les
juges à Amurru-natan, ce dernier avoue avoir volé une partie de la cargaison. Il est condamné à
payer 7200 litres de dattes à Nerga-rêṣû’a, une quantité moindre que celle qui est censée manquer,
peut-être une indication que tout ce qui manque n’a pas été volé par Amurru-natan mais aussi en
partie perdu.

436
Ce procès est intéressant car il indique comment le statut socio-économique de Nergal-
rêṣû’a et les liens familiaux de son maître avec la famille des Egibi a pu jouer en sa faveur dans la
résolution de ce vol. Tentons tout d’abord de résoudre le problème de l’informateur anonyme, qui
permit de condamner Amurru-natan au remboursement des dattes.

Nous ne disposons d’aucun élément au sujet de ce témoin. Sa décision d’aider Nergal-rêṣû’a


peut indiquer plusieurs choses. Trois propositions sont possibles. Il peut s’agir d’un témoin de
bonne foi, qui a vu le vol être réalisé par Amurru-natan à un moment du transport des dattes, et
qui décide d’en informer Nergal-rêṣû’a1217. Une autre possibilité serait qu’il s’agit d’un partenaire
d’Amurru-natan du vol des dattes, qui décide par la suite d’en informer Nergal-rêṣû’a. La quantité
volée, près de 8500 litres, ne peut être transportée par un seul homme à pied. D’autres bateaux et
de possibles partenaires dans ce vol sont nécessaires pour qu’il soit réalisé. Toutefois, il est possible
qu’à la place d’un vol unique d’une large quantité de fruits, le batelier ait vendu de petites quantités
le long de son déplacement fluvial. La dernière hypothèse serait la suivante : il s’agit d’un faux-
témoin, qui perçoit un intérêt personnel à calomnier Amurru-natan et à être bien vu de Nergal-
rêṣû’a. Cela paraît peu probable du fait des risques à apporter un faux témoignage devant une cour
de justice, mais peut-être que le jeu en vaut-il la chandelle.

Aucune de ces trois hypothèses ne peut être prouvée en l’absence d’autres sources
permettant d’identifier cet informateur. Dans tous les cas, il semble qu’il ait agi seul, et pour bien
comprendre ses motivations à accuser Amurru-natan du vol, la position sociale de Nergal-rêṣû’a et
celle de la famille de son maître peuvent être prises en compte. Nous avons, dans la partie
précédente, amplement présenté les liens entre la famille Nûr-Sîn et celle des Egibi, ainsi que
l’importance d’un esclave comme Nergal-rêṣû’a comme agent de leurs activités économiques. Les
deux familles avaient des intérêts communs, et la fille d’Iddin-Marduk, fNuptaya, se maria avec Itti-
Marduk-balâṭu des Egibi. Nergal-rêṣû’a devint par la suite l’esclave d’Itti-Marduk-balâṭu. Les liens
entre les Nûr-Sîn et les Egibi sont ainsi assez clairs. Ces deux familles avaient une importance socio-
économique de premier plan, notamment dans l’agriculture et le commerce de produits agricoles.
Agir en faveur d’un esclave-agent de cette famille pouvait permettre d’être bien vu d’elle, et les
possibles avantages dans la réalisation d’affaires futures suite à une telle action ne sont pas à
négliger. Il est donc possible que l’informateur ait agi en connaissance de cause, sachant Nergal-
rêṣû’a comme un acteur important des intérêts économiques d’Iddin-Marduk et, en cela,

1217
Cet informateur pourrait ainsi faire partie du réseau des associés et des connaissances d’Iddin-Marduk dans
la région, permettant ainsi la transmission d’informations et l’identification du moment et du lieu où le vol des
dattes a eu lieu. L’esclave profite ainsi du pouvoir économique local de son maître dans ce genre de situation.

437
reconnaissant la position sociale toute particulière de l’esclave. La prééminence des familles Nûr-
Sîn ou Egibi se reconnaît aussi chez leurs agents, bien qu’ils soient d’un statut juridique a priori
inférieur au reste de la société. Dans tous les cas, Amurru-natan choisit la fuite après la déclaration
de cet informateur, ce qui n’est pas un indice de son innocence.

Un autre détail de cette affaire indique l’importance du réseau familial des Nûr-Sîn et des
Egibi en faveur de leurs agents. Dans la liste des juges qui participent au jugement de cette affaire
apparaît Nabû-ahhê-iddin, de la famille des Egibi. Il s’agit du père d’Itti-Marduk-balâṭu, qui était
peut-être déjà le gendre d’Iddin-Marduk en l’an 10 de Nabonide1218. Dès lors, il n’est pas impossible
que l’influence d’un juge royal dans la résolution d’une telle affaire ait pu jouer en la faveur de
Nergal-rêṣû’a. Les liens familiaux et économiques peuvent faciliter la préservation d’un patrimoine
entre membres d’un même réseau. Aucun témoignage oral n’est mobilisé pour prouver le vol des
dattes, seul un texte retranscrivant la déclaration d’un anonyme aux intentions peu claires et un
document écrit par Iddin-Marduk sont mobilisés. Après avoir été interrogé par les juges et admis
les faits, Amurru-natan est reconnu coupable et doit livrer une partie des dattes déclarées comme
volées. Il est tout à fait possible que le vol ait bien eu lieu et qu’Amurru-natan en ait été coupable.
La procédure semble avoir eu lieu à charge contre lui dès le départ. Nergal-rêṣû’a, de manière
consciente ou non, a peut-être profité de la présence d’un juge faisant partie de son réseau dans
cette prise de décision en sa faveur.

Dix-huit ans plus tard, une autre affaire juridique implique un esclave des Nûr-Sîn devenu
esclave des Egibi, Madânu-bêl-uṣur. En l’an 6 de Cambyse, il a été agressé violemment par Nabû-
eṭir, fils de Nergal-šum-ibni, à Šahrînu. Cette affaire a été analysée dans un article de R. Magdalene
et C. Wunsch1219, dont nous reprenons en grande partie les conclusions.

Camb. 321 : Nergal-šum-ibni, fils de Rîmût, descendant d’Arad-Nergal ; Lâbâši, fils de Nabû-bân-ahi,
descendant de Kidin-Sîn ; Šamaš-ah-iddin, fils de Ṭâb-šâr-Bêl, responsable du fourrage ; Bêl-iddin, fils de
Bûnânu ; Nergal-ina-têšê-eṭir, fils de Nabû-zêr-lišir ; Bêl-apla-iddin, fils de Nabû-eṭir-napšâti ; Rîmût, l’inspecteur
du canal du temple de Nabû ; Bêl-iddin, fils de Mušêzib-Marduk, descendant de Nappâhu : ce sont les mâr banî
devant lesquels Madânu-bêl-uṣur déclara que Nabû-eṭir, fils de Nergal-šum-ibni, descendant d’Êṭiru, l’attaqua
directement et de manière illégale le 06 / VII dans l’après-midi. Avec un instrument pour ouvrir sa porte, il perça
sa parure-ṣibtu, en prononçant les propos suivants : « Ceci est la parole du roi : « Un esclave ne peut porter une
étoffe en laine pourpre autour de sa taille » ! ».

1218
Un autre juge se nomme Bêl-ahhê-iddin, de la famille des Nûr-Sîn ; les liens familiaux entre lui et Iddin-
Marduk ne sont toutefois pas attestés.
1219
[Magdalene et Wunsch, 2012].

438
Scribe : Nidintu-Bêl, fils d’Iddinaya, descendant de Sagilaya.

Šahrînu, le 06 / VII de l’an 6 de Cambyse, roi de Babylone et des pays.

Ce texte n’est pas un compte-rendu d’un procès, mais une déclaration de Madânu-bêl-
uṣurfaite à plusieurs résidents de Šahrînu, dans la région de Babylone, le jour de son agression par
Nabû-eṭir. Il est rédigé afin d’enregistrer cette déclaration qui pourra ainsi être utilisée dans un
procès en cour de justice contre Nabû-eṭir.

Nous avons déjà présenté les relations économiques entre la famille des Egibi, représentée
notamment par Madânu-bêl-uṣur, et Nabû-eṭir. Ce dernier est un descendant d’une famille de
prébendiers de l’Esagil, temple de Marduk à Babylone, résidant à Šahrînu afin d’y exploiter ses
domaines agricoles. Il s’endette à plusieurs reprises auprès des Egibi, notamment pour acheter un
esclave (Nbn. 176), place en gage auprès d’eux une maison ([Wunsch, 1993a, texte n°197]) et leur
vend un autre esclave afin de régler une dette. La relation entre Madânu-bêl-uṣur et Nabû-eṭir est
donc conflictuelle, entre une personne endettée et le représentant de ses créanciers. Elle s’est
construite sur plusieurs années d’endettement, et arrive à sa conclusion en l’an 2 de Cambyse,
lorsque Nabû-eṭir agresse Madânu-bêl-uṣur, sous le prétexte que ce dernier porte un vêtement
qu’un esclave ne peut légalement pas revêtir, selon la « parole du roi » (amat šarri).

Camb. 321 retranscrit ainsi l’agression subie par Madânu-bêl-uṣur. L’objet supposé du
conflit, la parure-ṣibtu portée par l’esclave, fut déchirée par un instrument possédé par Nabû-eṭir,
utile pour ouvrir sa porte (gišní[Link] bâbišu). Il s’agissait donc d’une agression physique, qui ne
semble toutefois pas avoir blessé sérieusement Madânu-bêl-uṣur, accompagnée de propos visant à
dénigrer la position sociale de l’esclave. L’affront est bien assez grave aux yeux de celui-ci pour le
motiver à porter plainte. Nous ne connaissons pas les suites de cette plainte, aucun compte-rendu
de procès à ce sujet n’étant pour le moment connu. Au-delà du prétexte exprimé par Nabû-eṭir lors
de son attaque contre Madânu-bêl-uṣur, il semble bien que ce soit la relation entre les deux
individus qui soit en jeu, au moins autant sinon plus que le respect d’une quelconque ordonnance
royale, dont nous n’avons aucune trace, qui aurait ainsi été appliquée avec violence par un notable
concerné.

Nabû-eṭir, exploitant agricole à Šahrînu, la petite ville où réside aussi Madânu-bêl-uṣur, est
le descendant d’une famille d’un rang socio-économique assez élevé, liée à l’économie prébendière
de Babylone, celle de la préparation des pièces de viande pour les offrandes divines. Il semble que
cette famille ait diversifié ses activités, grâce à l’acquisition de terres dans l’hinterland agricole de

439
Babylone, où Nabû-eṭir s’installa et fit carrière. La famille des Egibi représente plutôt une famille
de « nouveaux riches », sans liens avec l’économie prébendière de l’Esagil et donc peu attachée aux
stratifications traditionnelles de la société urbaine de Babylone. Il s’agit d’hommes d’affaires,
possesseurs de capital qui usent de leur position économique pour étendre leur domaine foncier,
et développent leurs liens avec le pouvoir politique, tout particulièrement à l’époque
achéménide1220. Pour une personne comme Nabû-eṭir, être endetté auprès d’un esclave, et donc
d’une personne de statut juridique et de rang socio-économique a priori inférieur, mais aussi agent
d’une famille comme celle des Egibi, devait constituer un motif de ressentiment face à son propre
déclassement. Il est ainsi possible que cette aigreur et cette précarité se soient transformées en
violence envers la personne qui représente les difficultés économiques de Nabû-eṭir, mais aussi
tout ce qui peut être honni par lui du fait de ses origines sociales.

Si les propos prêtés à Nabû-eṭir masquent les motivations profondes de son acte, le
vêtement de Madânu-bêl-uṣur comme marqueur social particulier indique l’élévation de cet esclave
dans la société babylonienne, une des raisons de cette agression. Il porte une étoffe-ṣibtu, terme
désignant une pièce de textile, portée ici autour de la taille (une ceinture ?). Ce vêtement se retrouve
notamment dans la sphère religieuse, utilisé dans l’ornementation des statues de divinités.
Constituée de laine pourpre, elle est teinte, brodée, et probablement peu portée au quotidien par
des personnes. Elle est ainsi un symbole de la richesse personnelle de Madânu-bêl-uṣur, obtenue
du fait de sa relation avec les Egibi, notamment Itti-Marduk-balâṭu puis Marduk-naṣir-apli, et des
fonctions qu’il remplit auprès d’eux.

Nous avons déjà eu l’occasion de présenter les activités économiques de cet esclave et sa
fonction d’agent des Egibi, notamment à Šahrînu. Cette proximité est aussi symbolisée par les
lettres qu’il écrit à ses maîtres (Iddin-Marduk et Marduk-nasir-apli), où il rend compte de ses
travaux, renseigne sur les problèmes rencontrés au quotidien et leur demande la marche à suivre
dans certaines affaires. Il s’agit du seul esclave pour lequel nous disposons de tels textes, un indice
de sa grande utilité et intelligence économique pour Iddin-Marduk, puis pour les Egibi. De même
que pour Nergal-rêṣû’a, il est possible que la proximité entre l’esclave et son maître ait joué en
faveur de Madânu-bêl-uṣur dans la résolution de cette affaire. Suite à cette plainte, nous n’avons
plus qu’une seule indication de l’activité de Nabû-eṭir à Šahrînu, alors qu’il est bien documenté
auparavant. S’être attaqué au principal représentant des Egibi dans un endroit stratégique pour leurs
affaires économiques a pu être extrêmement dommageable pour Nabû-eṭir. La rédaction de

1220
Voir notamment [Tolini, 2011 : 183‑188] au sujet des relations développées entre Itti-Marduk-balâṭu et
Cambyse. Les Egibi représentent des agents de la Couronne achéménide dans la ville de Babylone.

440
Camb. 321 indique aussi que ce texte devait être utilisé plus tard lors d’un procès, peut-être à
Babylone. A ce moment-là, c’est le maître de Madânu-bêl-uṣur, Itti-Marduk-balâṭu, qui a du agir
en sa faveur contre Nabû-eṭir, voire contre la famille des Êṭiru / Ṭabîhu. Le maître, dans ce type
de situation, sert de protecteur juridique de son esclave face à des concurrents économiques. Bien
sûr, dans ce cas de figure, les intérêts de l’esclave sont aussi celui du maître, et ce dernier fait bien
d’y veiller. Mais ici, c’est aussi l’intégrité physique de Madânu-bêl-uṣur qui est attaquée, par
quelqu’un dont l’ancrage social à Babylone peut lui donner la légitimité d’agir de cette manière,
même s’il paraît bien qu’il s’agisse d’un acte désespéré. La position socio-économique d’Itti-
Marduk-balâṭu est donc extrêmement utile pour Madânu-bêl-uṣur dans son conflit face à Bêl-eṭir.

Ces deux affaires constituent des cas exceptionnels permettant de documenter les formes
sous lesquelles le maître d’un esclave pouvait disposer de son influence dans les cercles politiques
locaux afin de protéger les intérêts de son agent, et finalement les siens propres. Du fait de la nature
des sources (aucun procès ou affaire similaires ne sont documentées concernant d’autres esclaves
dans les archives privées de cette période), il s’agit des seuls textes qui nous permettent de proposer
cette analyse. Un maître, dans le cadre de ses activités économiques, a tout intérêt à utiliser sa
situation sociale pour défendre juridiquement son esclave lorsque celui-ci attaque en justice
quelqu’un, ou lorsque lui-même est attaqué par une autre personne. Il s’agit d’une manière pour le
maître de se défendre lui-même : son réseau d’agent est à sa disposition, en contrepartie, il leur doit
protection.

Les relations entre les temples et leurs dépendants : protection et entretien de la main-d’œuvre

Les temples, comme l’Ebabbar de Sippar et l’Eanna d’Uruk, ont une fonction d’accueil de
personnes en situation de précarité économique. Plusieurs documents présentent comment des
enfants abandonnés peuvent être accueillis par ces institutions, étant ensuite adoptés ou devenant
des dépendant(e)s du temple. Quelques rares cas indiquent aussi la donation de personnes âgées,
que leur famille ne peut plus entretenir. Nous avons étudié ces situations dans la première partie
de notre étude. Cette fonction d’aide aux personnes relevant de la main-d’œuvre des temples se
discerne dans quelques textes, grâce auxquels nous pouvons voir comment les temples accordent
à leurs dépendants une forme de soutien lorsqu’ils sont malades. Cela s’ajoute à l’entretien accordé
aux oblats en termes de nourriture et de vêtements, amplement documenté dans les listes de rations.

441
Quelques-unes de ces listes de rations mentionnent des oblats malades (marṣu) recevant des
produits alimentaires ou des traitements médicaux1221. Les sources à ce sujet, la plupart du temps
de courtes mentions dans une liste de plusieurs travailleurs, sont résumées dans le tableau suivant.

Rations alimentaires pour oblats malades


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
UCP IX/I 029 Nbk. 17, Uruk Quatre sicles d’argent accordés à
quatre oblats malades : Innin-rêṣû’a,
Nabû-šâr-uṣur l’Egyptien, Mukîn-
zêri et Ina-ṣilli-Nanaia.
YOS XVII 142 Nbk. 18, 25 / II, Uruk Orge accordée à au moins quinze
oblats malades. Il s’agit de rations de
30 litres par oblat.
YOS XVII 134 Nbk. 18, 08 / VI, Uruk Au moins 36 litres d’orge donnés à
Nabû-rimanni.
OIP CXXII 103 Nbk. 18, [x] / III, Uruk? 2 sicles d’argent dépensés par le
temple pour acheter de la bière pour
une oblate malade.
GCCI II 249 [Nbk.] 19, 24 / III, Uruk Plusieurs produits utiles à la
concoction d’un médicament
donnés à Etellu, fils de Ša-[x], pour
des oblats malades : 1 kilo de roseau
odorant, 3 kilos de férule, 250
grammes de myrrhe, 250 grammes
de [x]-hussu, 2 litres de genèvrier, 2
litres de souchet-su’adu et 2
chaudrons en bronze.
GCCI I 059 Nbk. 22, 27 / XI, Uruk Ardiya reçoit une mesure d’orge
pour des oblats malades.
GCCI I 087 Nbk. 27, 19 / IV, Uruk Une mesure d’orge reçue par
Kinûnaya, malade.
AnOr IX 008 Nbn. 3, Uruk Nanaia-iddin, fils de Kidiya, oblat
malade, reçoit 90 litres de dattes
pour deux mois.

1221
[Dandamaev, 1993 ; Joannès, 2006].

442
GCCI I 409 Nbn. 5, 24 / XII, Uruk Un sicle d’argent reçu par Innin-
šum-ibni, un artisan malade. Un
sicle d’argent reçu par Innin-mukîn-
apli, charpentier malade.
VS XX 007 Nbn. 7, 26 / XI, Uruk Un sicle d’argent pour acheter du
souchet-su’adu pour Innin-zêr-
ušabši, malade.
YOS XIX 179 Nbn. 10, 01 / VIb, Babylone ou Borsippa 18 litres de bière de bonne qualité
livrés à Innin-lumur, malade, par
Madânu-ereš.
YOS XIX 182 Nbn. 10, 20 / VII, Babylone ou Borsippa Une cruche de bière est livrée à Ina-
têši-eṭir, oblat malade, par Madânu-
ereš. Selon YOS XIX 181, Madênu-
ereš est un oblat du dieu Nabû.
CT LVII 283 Nbn. 11, 02 / X, Sippar Ration de dattes reçue par Kî-
Šamaš, oblat malade.
CT LVII 096 Nbn. 15, 12 / III, Sippar Un sicle d’argent donné à un oblat
malade, Nabû-ušabši.
CT LVII 093 Nbn. 15, 26 / IV, Sippar Un sicle d’argent donné à Libluṭ,
oblat forgeron malade, pour acheter
du miel et de l’huile.
CT LVI 176 Nbk. Ou Nbn. 13, [x] / IV, Sippar 54 litres d’orge et un litre d’huile,
donnés à un ou deux oblats
malades.

Les rations accordées à des oblats malades se séparent en deux catégories : des allocations
directes de produits alimentaires ou médicamenteux, ou des dons de petites quantités d’argent pour
en acheter. Aucune indication n’est donnée concernant les causes des maladies des oblats
concernés. Il est possible de distinguer YOS XVII 142 du reste des textes listés. En effet, il s’agit
dans ce cas d’une livraison collective d’orge pour une quinzaine d’oblats. Dès lors, il est possible
que cette allocation ait été faite dans le cadre d’une mobilisation de ces travailleurs dépendants de
l’Eanna, pour le creusement d’un canal ou la surveillance d’un lieu appartenant au temple. Au cours
de ce travail, ces oblats sont tombés malades et perçoivent ainsi une allocation supplémentaire par
rapport aux rations qu’ils ont dû recevoir auparavant. Cette ration d’orge est de trente litres pour
chacun des oblats, alors que la norme est, sous le règne de Nabuchodonosor II, de quatre-vingt-

443
dix litres 1222 . Il s’agit donc bien d’un apport supplémentaire pour des oblats ne pouvant pas
travailler, ou à capacité réduite.

Les autres textes mentionnés peuvent concerner des mobilisations d’oblats, au cours
desquelles l’oblat recevant une ration serait tombé malade, mais rien ne permet de l’affirmer avec
certitude. Un cas particulier est celui de Nanaia-iddin, fils de Kidiya, mentionné dans AnOr IX 008.
Il est un oblat malade qui reçoit quatre-vingt-dix litres de dattes pour deux mois, ce qui équivaut à
une quantité inférieure de moitié aux normes des rations des travailleurs. Il est possible qu’il s’agisse
d’une allocation en plus d’une ration normale, mais cela peut aussi être compris comme une demi-
ration pour un oblat qui ne peut travailler. Selon les sources que nous listons, il semble plutôt que
le temple accorde un supplément pour ses travailleurs malades. Une autre allocation collective est
retranscrite dans UCP IX/I 029, où quatre oblats malades reçoivent quatre sicles d’argent, ce qui
équivaut à un sicle d’argent par oblat. Il n’est pas mentionné ce qu’ils doivent acheter avec cette
somme, mais il s’agit probablement de rations supplémentaires.

En effet, la plupart des allocations mentionnés, qu’elles soient exprimées en orge, dattes,
bière, ou en argent, supposent un ajout de la part du temple aux rations reçues de manière régulière.
Les quatre dons d’argent à des oblats malades indiquent plutôt une dépense faite rapidement par
le temple, à un moment où il ne peut accorder des produits alimentaires, ou en tout cas pas assez
vite. Ces sommes d’argent peuvent ainsi combler pour des oblats malades un besoin en bière, en
huile ou en miel, des biens moins présents que l’orge ou les dattes dans les listes de rations. Dans
la tablette YOS XIX 182, Ina-têši-eṭir, oblat malade, reçoit directement une cruche de bière, là aussi
une allocation individuelle qui semble être un apport supplémentaire à des rations. Elle semble
avoir été produite par Madânu-ereš, un autre oblat de Bêl. Selon CT LVI 176, ce soutien du temple
prend la forme de 30 litres d’orge et un litre d’huile – le texte est assez cassé et ne permet pas de
déterminer si un ou deux oblats reçoivent ces produits. Des artisans du temple peuvent aussi être
l’objet d’une attention du temple lorsqu’ils sont malades : c’est le cas de Libluṭ, forgeron de
l’Ebabbar, recevant un sicle d’argent pour acheter des biens alimentaires (CT LVII 093).

Deux textes concernent l’allocation de plantes médicinales ou d’argent pour en acheter :


GCCI II 249 et VS XX 007. Dans le premier cas, le temple accorde un ensemble de végétaux ainsi
que deux chaudrons en bronze à un certain Etillu pour la concoction d’un médicament à donner à
des oblats malades. Etillu est sans doute une personne spécialisée dans la réalisation de tels produits,
qui reçoit de la part de l’Eanna les matières premières nécessaires pour cela, en plus des outils qui
permettent le mélange et la cuisson des végétaux. Dans VS XX 007, de l’argent est directement

1222
[Jursa, 2008 : 404].

444
donné pour acheter du souchet-su’adu pour un oblat malade. L’oblat n’est probablement pas celui
qui reçoit l’argent. La plante est considérée comme suffisante par ses propriétés pour soigner la
maladie de l’oblat. Son identification et sa possible préparation s’appuie sur les qualifications d’une
personne non nommée, sans doute similaire à quelqu’un comme Etillu.

Le temple peut se charger aussi du logement de ses oblats. Cela apparaît dans la tablette
OIP CXXII 169 (Nbn. 1, 23 / II, Uruk). Il s’agit d’une liste de plusieurs lots immobiliers, dont les
mesures ont été effectuées par un certain Nabû-šar-uṣur, officier royal. En tout, 16 mesures de
surface sont données et il est indiqué que les maisons sont celles d’oblats, résidant dans le quartier
du sanctuaire bît hallakka1223. Ce texte semble s’inscrire dans la comptabilité interne du temple, qui
recenserait ainsi ses propriétés immobilières et ses habitants1224. Les modifications des surfaces des
terrains, du fait d’achats par des personnes privées ou par le temple, sont aussi indiquées. Il n’est
pas fait mention de loyers, il est donc possible que le logement des oblats concernés soit à titre
gratuit.

La documentation liée à l’entretien de la main-d’œuvre des temples, en-dehors des


habituelles rations alimentaires et vestimentaires, est très limitée. Les rations supplémentaires
accordées à des travailleurs dépendants constituent l’un des seuls indices du soutien que pouvait
accorder le temple à ses oblats. Mais cela ajoute un élément à la perception du temple qui, au-delà
de ses activités économiques, constitue une institution capable de remplir certains besoins aux
personnes en difficulté. En plus de l’accueil d’enfants abandonnés ou de personnes âgées, le temple
pouvait prendre soin de ces personnes malades qui lui sont attachées d’un point de vue juridique.
Cela pouvait avoir lieu dans le cadre de mobilisations collectives de travailleurs. Dans ce cas-là, le
temple effectue une dépense supplémentaire pour les besoins alimentaires de ces oblats. Dans
d’autres situations, il semble plutôt que le temple accorde son soutien lorsqu’un oblat tombe malade
dans un cadre extérieur à une mobilisation de sa force de travail pour des travaux qui ne relèvent
pas de sa spécialité. Certains oblats paraissent aussi être logés à titre gratuit par le temple. Le statut
d’oblat accorde ainsi une forme de protection de la part du temple, notamment par un soutien
matériel en cas de maladie.

1223
Il s’agit de la seule attestation de ce bâtiment.
1224
Cela ne se limite pas aux oblats : OIP CXXII 173 constitue un cas similaire, mais les habitants des maisons
paraissent plutôt être des responsables non-dépendants du temple des membres du clergé de l’Eanna. De plus,
il est fait mention de loyers payés par certains des habitants, mention absente d’OIP CXXII 169. Toutefois, la
tablette est assez cassée et il n’est pas impossible que des oblats y soient aussi présents.

445
La solidarité au sein des communautés de déportés

Nous avons présenté, dans les parties précédentes de notre étude, les origines historiques
des communautés de déportés d’origine judéenne et ouest-sémitique ainsi que les activités
économiques de plusieurs de leurs membres. Nous avons aussi vu la distinction socio-
professionnelle qui s’est opérée dès l’arrivée des déportés en Babylonie : une part importante de
cette population fut installée dans la région de Nippur, afin d’y travailler des terres peu exploitées,
mais une proportion moindre se retrouve aussi en contexte urbain, notamment à Babylone, Sippar
et Suse. Ces déportés sont devenus des agents de l’administration royale ou ont maintenu leurs
liens commerciaux avec d’autres régions, et nous les retrouvons comme « marchands royaux » à
Sippar. Ces derniers se sont liés avec une autre famille de notables sippariotes, en processus
d’intégration aux réseaux de sociabilité traditionnels aux villes de Babylonie qui témoigne d’une
certaine ascension sociale. Il est possible que cette distinction entre déportés trouve ces origines
dans la stratification sociale déjà existante dans les régions de haute Mésopotamie et en Palestine,
mais peu d’éléments nous permettent d’affirmer cela avec certitude. Au sein des communautés de
déportés en contexte rural, une hiérarchie sociale est aussi clairement visible, et ce sont les membres
les plus riches de cette société locale qui sont les mieux documentés. Des expressions de solidarité
entre membres de ces communautés sont toutefois visibles, qui distinguent les familles des déportés
hommes d’affaires de celles des Egibi ou des Murašû. C’est ce phénomène perceptible dans nos
sources qui va nous intéresser ici.

L’archive la plus intéressante de ce point de vue est celle de la famille de Nusku-gabbe,


installée à Neirab (de Babylonie) dans la région de Nippur1225. Elle a été étudiée en détail dans un
article récent de G. Tolini 1226, dont nous reprenons les argument et conclusions. Rappelons le
contexte de cette archive. Elle a été découverte en 1923 au cours de fouilles conduites par des
archéologues français en Syrie à Neirab, au sud-est d’Alep1227. Elle est constituée de vingt-sept
tablettes rédigées en akkadien, datées entre le règne de Neriglissar et celui de Darius I. Il s’agit d’un

1225
Les toponymes présents dans les textes de cette archive confirment cette localisation près de Nippur :
Ammat, Bît-dayyân-Adad, Âlu-ša-kutimmît et Neirab. Ammat apparaît dans des tablettes rédigées à Nippur (BE
VIII 040, Ni 2673 et Ni 709 [Joannès, 1985], et le canal Bêl-aba-uṣur, situé près de Neirab, est attesté dans
l’archive de Nippur (BE IX 065, PBS II/I 104, PBS II/I 014). De plus, les archives d’Âl-Yâhûdu indiquent aussi une
présence de communautés de déportés près de Nippur, qui semble être la ville près de laquelle se sont
concentrées les installations de déportés.
1226
[Tolini, 2015].
1227
L’édition de ces tablettes fut réalisée par [Dhorme, 1928] et une partie d’entre elles profita des collations de
D. Bouder, indiquées dans l’article de G. Tolini.

446
ensemble de reconnaissances de dettes d’orge et d’argent, conservées par les descendants de
Nusku-gabbe, une famille de déportés d’origine ouest-sémitique installés en Babylonie dans la
région de Nippur et qui retourne ensuite dans sa bourgade en Syrie à l’époque achéménide. Par
l’usage d’une toponymie en miroir1228, le lieu d’installation de ces déportés fut désigné comme
Neirab (âl nêreb ou âlu ša nêrebâya, ville de Neirab ou ville des Neirabéens).

Les activités économiques de ces déportés sont moins documentées mais correspondent à
ce que nous avons déjà étudié grâce aux textes originaires d’Âl-Yâhûdu et de Bît-Našar. Trois
générations sont présentes dans l’archive de Neirab : Nusku-gabbe eut cinq fils, Nuhšaya, Sîn-
uballiṭ, Manniya, Nusku-killanni, Sîn-aba-uṣur. Parmi eux, Nusku-killanni eut un fils, Nusku-iddina.
Cette famille dispose d’argent et possède des esclaves1229. La majorité des textes est composée de
reconnaissances de dettes d’argent (sept tablettes) et d’orge (huit tablettes).

Dans la première catégorie, deux contrats indiquent qu’un membre de la famille de Nusku-
gabbe est créancier de la dette1230, trois autres le présentent comme débiteur1231, et deux ne font
pas mention de cette famille1232. Il s’agit de dettes de petites sommes d’argent, entre deux sicles ¼
(Neirab n°16) et huit sicles et demi (Neirab n°7), effectuées entre membres de la communauté de
déportés d’origine ouest-sémitiques : en effet, tous les noms ou patronymes des personnes
concernées par ces dettes indiquent une origine ouest-sémitique. Ces prêts d’argent se font sans
intérêt et sont à court terme, à rendre dans le mois ou le mois suivant. Cela indique des prêts qui
ne se font pas dans le cadre de partenariats commerciaux, mais sont plutôt des expressions d’une
solidarité afin de pallier un besoin en argent pour la personne endettée. Un cas indique un prêt
entre membres de la famille Nusku-gabbê (Neirab n°7), la solidarité se faisait donc aussi dans le
cadre des liens familiaux. Le recours aux contrats pour ces prêts engageait juridiquement les
débiteurs pour le remboursement de ces sommes d’argent, mais aucune pénalité n’est indiquée dans
ces textes.

1228
Nous retrouvons, tout le long de l’histoire de la Mésopotamie antique, cette pratique de nommer un lieu du
même nom qu’une ville située dans une autre région, voir [Charpin, 2003a]. Au cours de la période qui nous
intéresse, un exemple éminent est celui d’Âl Yâhûdu, qui est l’un des termes désignant la ville de Jérusalem dans
les chroniques royales néo-assyriennes et néo-babyloniennes. Dans le cadre d’une déportation, le lieu d’origine
des déportés pouvait ainsi servir pour nommer leur site d’implantation.
1229
Neirab n°9 (Nbn. 5, 28 / VII, Ammat) : trois fils de Nusku-gabbe mettent leur esclave Ser-idri à la disposition
de l’administration royale pour réaliser le service du roi (palah šarri) pendant six mois. Le travail à réaliser n’est
pas précisé, mais semble devoir être effectué hors de Neirab car ils lui accordent une quantité de farine comme
ration de voyage.
1230
Neirab n°7 (Nbn. 4, 07 / [x], Bît-dayyân-Adad), Neirab n°14 // 24 (Nbn. 12, 29 / XI, Ammat).
1231
Neirab n°7 (dette interne à la famille), Neirab n°16 (Nbn. 13, 10 / II, Ammat) et Neirab n°1 (Camb. [x], [x] / II,
Babylone).
1232
Neirab n°20 (Camb. 3, [x] / II) et Neirab n°27 (Dar. [x], [x]).

447
Dans la seconde catégorie, les huit contrats concernent des dettes d’orge dues par un
membre de la famille de Nusku-gabbe1233. Tous sont datés de la fin de l’année ou du premier mois,
juste avant la récolte de l’orge au second mois de l’année. Le remboursement des céréales doit
d’ailleurs être effectué au moment de la récolte, et ces dettes sont donc à court terme. Peu d’entre
ces reconnaissances de dette indiquent un intérêt à payer (Neirab n°4 : intérêt de 27 %,
Neirab n°5 : 20%, Neirab n°6 : 20%). Les deux premiers textes datent de l’année d’accession au
pouvoir de Nabonide, au cours de laquelle est documenté un épisode de famine avec des stocks de
céréales bas, et la troisième date du premier mois de l’année, probablement au moment où les
réserves d’orge sont les plus basses ; il est donc possible que l’intérêt apparaisse lorsque peu de
céréales sont disponibles. Les autres contrats ne mentionnent pas d’intérêt. Tout comme pour les
dettes d’argent, la plupart des personnes concernées sont issues de la communauté des déportés de
Neirab, avec toutefois quelques créanciers liés à l’administration royale et donc extérieurs à cette
communauté ([x], fils d’Itti-Šamaš-[x], prête de l’orge provenant du trésor royal (Neirab n°6),
Adad-[x], fils de Harimma’, marchand royal (Neirab n°17) 1234 ). Ces reconnaissances de dette
concernent des emprunts effectifs d’orge et pas uniquement des promesses de livraison de récoltes
par des exploitants agricoles. Du fait des quantités mentionnées, assez importantes (entre 1200 et
7200+ litres), il est possible que ces quantités prêtées aient ensuite été redistribuées parmi la
communauté de Neirab. Le statut social de la famille de Nusku-gabbe et son accès à l’argent créait
la confiance entre créanciers et débiteurs permettant l’établissement de ces dettes.

La position sociale particulière de cette famille peut être aussi révélée par quelques autres
contrats, où ils se portent garants de dettes d’autres personnes. En une occasion, l’un d’eux paie
effectivement à la place d’une personne endettée ce qu’elle doit à son créancier. Ainsi, Nuhšaya,
fils de Nusku-gabbe, est le garant du paiement d’un âne pour six sicles d’argent (Neirab n°13), et
lui et son neveu Nusku-iddina garantissent le remboursement de 1200 litres d’orge par Sîn-lê’i, fils
d’In-Nusku (Neirab n°18). Enfin, selon Neirab n°17, cette reconnaissance de dette indique que
les 4620 litres d’orge que Nuhšaya doit payer à Adad-[x] proviennent d’une dette précédente, à la
charge d’une personne non nommée mais pour laquelle Nuhšaya s’était porté garant.

Dès lors, l’ensemble de cette documentation indique l’importance qu’ont les membres de
la famille de Nusku-gabbe à l’échelle locale. Ils participent à la circulation de l’argent entre membres

1233
Neirab n°3 (Ner. [x], 16 / XI, Bît-dayyân-Adad), Neirab n°4 (Nbn. 0, 24 / VI, Âlu-ša-kutimmî), Neirab n°5
(Nbn. 0, Bît-dayyân-Adad), Neirab n°6 (Nbn. 3, 14 ou 24 / I, [x]), Neirab n°10 (Nbn. 9, 20 / XI, Bît-dayyân-Adad),
Neirab n°15 (Nbn. 12, 27 / XII, Bît-dayyân-Adad), Neirab n°17 (Nbn. 16, 01 / X, Neirab), Neirab n°18
(Nbn. [x], 15 / XII).
1234
Il semble bien qu’il s’agisse d’une personne d’origine ouest-sémitique, par la mention du dieu Adad et d’un
patronyme araméen.

448
de la communauté de Neirab et assument eux-mêmes certains prêts. Ils empruntent des quantités
d’orge à différentes personnes juste avant la récolte, peut-être pour les redistribuer, et ils peuvent
les rembourser grâce à leurs propres exploitations ou par l’achat de céréales au moment de leur
récolte. Enfin, on observe à plusieurs reprises qu’ils garantissent des remboursements de dettes, et
l’un d’entre eux effectue une fois le paiement d’une créance à la charge d’une autre personne. Enfin,
nous retrouvons dans leur archive deux reconnaissances de dette d’argent qui a priori ne les
concernent pas ; il est possible qu’ils aient été les garants de leurs remboursements, et aient gardé
par la suite les contrats les concernant (Neirab n°20 et Neirab n°27). La famille de Nusku-gabbe
paraît ainsi disposer d’un rôle important dans la communauté de Neirab, réalisant différentes actes
de solidarité entre descendants de déportés installés dans la région de Nippur, par le prêt d’argent
et d’orge dans des moments de précarité, ou en servant de garants pour le remboursement de dettes.

Peut-on discerner des phénomènes similaires à Âl-Yâhûdu ou Bît-Našar ? Les sources


disponibles le permettant sont moins nombreuses, notamment en ce qui concerne la famille de
Samak-Yâma ou d’Ahîqar. Cela s’explique notamment par le statut de l’archive de Neirab : il s’agit
de tablettes ramenées par la famille de Nusku-gabbê lors de leur retour en Syrie, afin de prouver
leur légitimité à se maintenir à une certaine position sociale. Les archives des autres communautés
de déportés proviennent de Babylonie et n’ont pas le même statut, documentant avant tout le
système d’exploitation des terres royales dans la région de Nippur. Quelques indices au sujet des
solidarités communautaires à Âl-Yahûdu et Bît-Našar sont toutefois disponibles.

Deux prêts de petites quantités d’argent entre personnes d’origine judéenne ou ouest-
sémitique sont visibles dans nos sources. Ils sont présentés dans le tableau suivant.

Prêts de solidarité à Âl-Yâhûdu et Bît-Našar


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
CUSAS XXVIII 009 Nbn. 5, 21 / X, Adabilu Reconnaissance de dette pour 2 2/3 sicles
d’argent, appartenant à Gummulu, fils de
Bi-hamê, à la charge de Rapâ-Yâma, fils de
Samak-Yâma. Pas d’intérêt, à rembourser
dans cinq mois. Deux garants : Sidqi-
Yâma, fils de Šillimu, et Umadatû, fils de
Dariya.

449
CUSAS XXVIII 028 [x], [x] Reconnaissance de dette pour douze sicles
d’argent brillant, en morceaux d’un sicle (ša
ina 1 šiqlu bitqa), appartenant à Zumbaya,
fils d’Amidû, à la charge d’Izrîqam, fils de
Šama-Yâma. Un garant au nom non lisible.

Peu de reconnaissances de dette d’argent comparables à celles de l’archive de Nusku-gabbe


sont disponibles. Il s’agit de petites sommes (d’un sicle et demi à douze sicles), entre membres
d’une communauté locale et originaire des déportations néo-babyloniennes. Il n’est fait mention
d’aucun intérêt, ces dettes ne produisent donc aucun bénéfice pour leur créancier. Leur terme peut
être assez lointain (cinq mois) et ne paraît pas liés à des moments importants du calendrier agricole.
Il peut donc s’agir soit de dépenses personnelles, afin d’acheter des produits alimentaires, ou des
formes d’aide à la formation d’un capital pour des investissements futurs. C’est probablement le
cas pour le contrat CUSAS XXVIII 009, que nous avons déjà mentionné lorsque nous avons
abordé la famille de Samak-Yâma. La somme est minime (deux sicles et deux-tiers d’argent) et nous
connaissons l’évolution sociale de Rapâ-Yâma, puis de ses descendants, devenus par la suite des
acteurs importants de l’agriculture dans la région d’Âl-Yâhûdu. Ce texte concerne donc une aide
aux affaires de Rapâ-Yâma, de la part de Gumullu, fils de Bi-hamê. L’onomastique de ce patronyme
indique une origine ouest-sémitique 1235 . Nous connaissons Gummulu par une autre tablette,
CUSAS XXVIII 010, où il est le créancier d’une quantité d’orge auprès d’un exploitant agricole
nommé Šalam-Yâma, fils de Nadab-Yâma. Il s’agit donc d’un homme d’affaires avec une position
sociale similaire à celle d’Ahîqar, par exemple. Le prêt qu’il accorde à Rapâ-Yâma semble ainsi être
celui d’une personne alors plus aisée soutenant une personne ayant un moindre accès à du capital.

Une situation similaire se discerne dans le contrat CUSAS XXVIII 028. Zumbaya1236 prête
douze sicles d’argent à Izrîqam, fils de Šama-Yâma1237. Zumbaya est connu comme étant impliqué
dans l’exploitation agricole : il doit une quantité d’orge à différents créanciers selon
CUSAS XXVIII 023, et il apparaît dans un autre texte comme propriétaire d’un domaine sous-
loué à Šalammu, fils de Bahi-Esu (CUSAS XXVIII 027). Il paraît donc être un exploitant
indépendant. Ce prêt d’argent indique qu’il dispose d’assez de capital pour pouvoir le prêter à un

1235
[Wunsch et Pearce, 2014 : 47]. Bi-hamê signifie “avec la famille / l’oncle paternal” et est d’origine ouest-
sémitique. Le nom Gummulu (« Favorisé (par les dieux) ») est akkadien, une autre formation à partir de la racine
GML, qui donne aussi Gimillu, un nom assez courant dans les sources babyloniennes.
1236
Il s’agit d’un nom hypochoristique sur le mot akkadian zumbu, « la mouche ». Celle de son patronyme, Amîdu,
serait arabe selon [Wunsch et Pearce, 2014 : 37].
1237
Deux noms hébreux, et Šama-Yâma fait référence au dieu Yahvé (« Yahvé a entendu », voir [Wunsch et
Pearce, 2014 : 83]). Izrîqam signifie « Mon aide (divine) est apparue » [Wunsch et Pearce, 2014 : 62].

450
autre homme d’affaires qui en a besoin, sans intérêt. Il s’agit peut-être d’un acte de solidarité entre
membres d’une même communauté.

Ces deux reconnaissances de dette constituent ainsi des indices de l’existence d’une certaine
solidarité locale à Âl-Yâhûdu entre descendants des déportations. Les informations disponibles
sont bien moins abondantes à ce sujet que pour l’archive de Nusku-gabbe, et une distinction peut
être faite à ce sujet. Cette solidarité semble se diriger davantage vers l’aide à la constitution d’un
capital pour de futures affaires, probablement dans le domaine de l’agriculture. Elle se fait sans
intérêt, avec une échéance lointaine. Dans le cadre de l’archive de Nusku-gabbe, les raisons des
prêts sont difficilement lisibles, mais indiquent parfois un soutien à des personnes en difficulté
économique, ainsi que, comme pour les deux textes présentés, à la circulation du capital entre
hommes d’affaires, d’une personne plus aisée à une autre constituant petit à petit ses propres
entreprises.

Nous n’observons pas d’emprunts d’orge par la famille de Samak-Yâma ou d’Ahîqar qui
soient similaires à ceux de l’archive de Nusku-gabbe. Si leur rôle au sein des communautés de
déportés d’Âl-Yâhûdu ou de Bît-Našar pouvait exprimer une forme de solidarité, les sources
disponibles pour le moment donnent peu d’éléments à ce sujet.

Surveillance et répression des dépendants

Après avoir présenté ce qui constitue un pôle positif des relations entre esclaves,
dépendants et les maîtres et institutions auxquelles ils sont rattachés, il nous faut maintenant nous
intéresser au pôle négatif de ces liens : la surveillance de la mobilité de ces travailleurs, puis la
répression exercée contre eux lorsqu’ils refusent de travailler, s’enfuient ou exercent une forme de
violence contre leur(s) supérieur(s). Nous avons déjà discuté en partie des manières dont les
esclaves et dépendants du temple étaient identifiés dans notre première partie (marquage du nom
du maître ou de la maîtresse sur le corps de l’esclave, tatouage). Les sources disponibles concernant
la surveillance des esclaves au-delà de cet aspect sont assez limitées, mais plutôt riches pour les
dépendants du temple. Il y a de plus une spécificité propre aux oblats : les temples disposent de

451
structures administratives particulières pour se charger de ces problèmes. Nous allons tout d’abord
nous concentrer sur la manière dont les oblats peuvent être perçus par les autorités du temple, et
ainsi comment une distinction sociale est appliquée entre la population non-dépendante (prêtres,
officiers du temple, prébendiers, etc.) et les dépendants, à travers quelques textes juridiques
intéressants à ce sujet. Puis nous verrons comment l’encadrement du travail des oblats, notamment
en déplacement, sert à empêcher les oblats de s’enfuir : une surveillance active est en place face à
une population de travailleurs auxquels, selon le contexte, peu de confiance est accordée. Enfin,
nous présenterons quelles formes peut prendre la répression de ces travailleurs par le temple,
notamment par leur emprisonnement.

La distinction des oblats du reste du personnel du temple et leur surveillance

Nous l’avons vu dans notre deuxième partie, les oblats et oblates de l’Ebabbar et de l’Eanna
se distinguent des travailleurs libres et du reste du personnel du temple par les activités qu’ils
réalisent ainsi que par l’organisation de leur travail. Ils ne sont pas rémunérés pour leur travail, sont
encadrés par des administrateurs lorsqu’ils se déplacent en groupe pour des travaux en milieu rural
ou pour des mobilisations pour le compte de la royauté, et reçoivent régulièrement des rations
alimentaires et vestimentaires. Les hiérarchies au sein de cette population dépendante se constituent
selon le degré de qualification des travailleurs : du plus faiblement qualifié, parfois visible dans le
travail des champs, d’élevage ou de surveillance de structures du temple ou sur des postes de guet,
au plus qualifié, essentiellement les productions artisanales. Cette distinction peut être brouillée
lorsque des oblats-artisans sont mobilisés pour des tâches non-qualifiés. Leur encadrement,
souvent laissé à leur propre responsabilité, les sépare alors du reste de la population dépendante,
en général surveillée par des officiers du temple répondant directement à l’administration de
l’Eanna ou de l’Ebabbar.

Mais, au-delà de ces séparations et de ces hiérarchies de fait, conséquences de l’organisation


du travail et de la place de chaque oblat dans le fonctionnement économique des temples, existent-
ils d’autres critères distinguant les oblats de la population non-dépendante et du reste du personnel
du temple ? Peut-on percevoir un statut social particulier de l’oblat qui ne serait pas lié à sa fonction

452
économique ? Quelques textes issus de l’archive de l’Eanna nous donnent des indices à ce sujet. La
surveillance du comportement des oblats paraît souvent liée au contexte de ces documents.

Une tablette de l’Eanna permet tout d’abord de percevoir une distinction entre oblats et
personnel religieux concernant l’accès au savoir et aux textes religieux :

YOS XIX 1101238 (Nbn. 15, 04 / III, Uruk) : (1 – 6) Kurbanni-Marduk, šatammu de l'Eanna, fils
de Zêriya, héritier de Sîn-damâqu, a dit à Bêl-kâṣir, fils de Ṣillaya, héritier de Bêl-eṭiru, les paroles suivantes :
« Tu ne dois pas faire réciter les tablettes d'exercice par les oblats. »
(6 – 9) Si un oblat va dans sa chambre et que Bêl-kâṣir lui fait réciter les tablettes d'exercice, il subira

la punition du roi.
(10 – 13) Témoins : Arad-Marduk, fils de Zêriya, héritier d'Egibi ; Lâbâši-Marduk, fils d'Arad-Bêl,

héritier d'Egibi ; Mûrânu, fils de Nabû-bani-ahi, héritier d'Ekur-zakir. Scribe : Balâṭu, fils de Sîn-ibni, héritier
de Rê'i-alpi.
(14 – 15) (Fait à) Uruk, le 04 / III de la quinzième année du règne de Nabonide, roi de Babylone.

Cette tablette constitue un rappel à l’ordre effectué par la plus haute autorité administrative
de l’Eanna, Kurbanni-Marduk, le šatammu, auprès de Bêl-kâṣir, fils de Ṣillaya, descendant de Bêl-
eṭiru. Ce dernier n’est pas connu par d’autres textes, mais selon le contexte de ce texte, il semble
avoir été un membre du personnel du temple : soit un scribe, un officier administratif, voire un
prêtre de la classe des erib bîti1239. Dans tous les cas, il s’agit d’un individu ayant accès à des tablettes
réservées à une certaine catégorie de personnes qui ne sont pas des dépendants du temple. Le
contexte précis de la rédaction de la tablette nous est inconnu. Il semble toutefois qu’elle ait été
rédigée après que Bêl-kâṣir eut été pris en flagrant délit de lecture de « tablettes d’exercice » (liginnû),
au contenu littéraire et religieux, auprès d’un ou de plusieurs oblats dans ses propres quartiers de
résidence. Il est donc averti qu’en cas de récidive, il doit subir le châtiment royal, symbole de la
gravité de l’infraction commise. Une séparation claire existe donc entre le personnel religieux et
lettré de l’Eanna et la population dépendante, pas forcément concernant l’apprentissage de la
lecture et de l’écriture, mais par l’accès à un type particulier de tablettes et à leur contenu. Le critère
de cette distinction est d’ordre religieux, mais touche aussi très clairement au statut social des
personnes concernées : l’accès à ces textes et à leur lecture est réservé à une catégorie précise de
personnes, en haut de l’échelle socio-économique de la société d’Uruk, et constitue ainsi une
manière pour cette classe socio-professionnelle de justifier sa situation. Il est dès lors nécessaire de
prévenir toute rupture de l’ordre social en place en préservant ce qui constitue une prérogative,
parmi d’autres, de cette classe lettrée.

1238
Cette tablette a connu une première édition et analyse par [Beaulieu, 1992], puis par [Holtz, 2009 : 211‑213].
1239
La classe des erib bîti est celle des prêtres ayant accès aux parties sacrées du temple, notamment la cella où
sont conservées les statues des divinités. Ces prêtres doivent répondre à un ensemble de critères physiques et
moraux justifiant de leur pureté religieuse. [Waerzeggers, 2008] présente les procédures de vérification de ces
critères pour les prêtres impétrants à cette classe spécifique du clergé babylonien.

453
YOS XIX 110 constitue le seul texte exprimant clairement une distinction entre dépendants
et non-dépendants sur des critères d’ordre religieux. D’autres chercheurs ont considéré que les
oblats n’ont pas accès aux objets et biens réservés aux divinités, afin de maintenir leur pureté
religieuse 1240 . Nous l’avons vu tout au long des sections consacrées au travail des oblats dans
l’élevage (nourriture et engraissement des animaux utilisés pour les offrandes aux divinités) ou dans
l’artisanat (travail des spécialistes du bronze et de l’or, des tisserands) : il n’existe pas
fondamentalement de restriction quant au travail d’oblats sur des biens réservés aux divinités. Nous
voyons à différentes reprises des artisans du textile et des métaux travailler à la production de
parures, de vaisselle et divers autres objets utilisés ensuite pour vêtir les statues divines ou pour
orner les sanctuaires et les pièces sacrées des temples. La pureté des personnes associées à ces
tâches n’est pas réellement prise en compte. Il y a toutefois une restriction quant à l’accès aux
espaces du sacré (entre erib bîti et le reste de la population). Comme YOS XIX 110 le montre, cette
distinction se fait aussi quant à la possibilité d’écouter la récitation de certains textes religieux, et la
possibilité de recevoir un type de savoir réservé à une classe lettrée et cléricale. De plus, comme
l’indiquent quelques textes, il semble bien que le comportement des personnes aux abords du
temple ou lors de processions religieuses soit surveillé. Des oblats apparaissent à différentes reprises
dans des procédures juridiques liées à cette surveillance des mœurs.

Lors d’une procession religieuse à Uruk, un oblat s’est introduit auprès des statues de
plusieurs divinités et son comportement a été perçu comme sacrilège :

YOS VII 0201241 (Cyr. 2, 09 / III, Uruk) : (1 – 10) Ṣillaya, fils de […]naya ; Marduk-[…] descendant de
Balâṭu ; Arad-Marduk, fils de Zêriya, descendant d’Egibi ; Šadunu, fils de Mušezib-Bêl, descendant de Nûr-Sîn ;
Šamaš-mukîn-apli, fils de Madânu-ahhê-iddin, descendant de Šigûa ; Marduk-šum-uṣur, fils de Bêl-uballiṭ,
descendant de Bûṣu ; Marduk-apla-uṣur, fils de Kabtiya, descendant de Šigûa ; Nabû-bêlšunu, fils de Nadinu,
descendant d’Ahhû ; Mušallim-Marduk, fils d’Arad-Nabû, (descendant) d’Amêl-Emaš-Nabû ; Šamaš-uballiṭ, fils
de Nadinu, descendant d’Amilu…

… (ce sont) les mâr bânê (et) prêtres de l’Eanna qui ont fait la déclaration suivante à Nabû-ah-iddin,
(11 – 15)

officier royal chargé de l’Eanna, le 09 / III / de l’an 2 de Cyrus, roi des pays, lors de la première double-heure du
jour :
(15 – 19) «
En notre présence, dans l’entière assemblée de la ville, Nâṣiru, oblat de la Dame d’Uruk, l’estafette-
musahhiru de la Porte, participant à la procession d’Urkayîtu, est entré en la première double-heure du jour en
grand sacrilège en présence des dieux de l’Esagil de Babylone et de l’Ezida de Borsippa. »

Témoins : Iddiya fils de Kidinnu ; Nabû-mukîn-apli, fils de Nadinu, descendant de Dabibi ; Šum-
(21 – 27)

ukîn, fils d’Ina-têšî-eṭir, descendant de Bêl-apla-uṣur ; Kinaya, fils de Zêriya ; Marduk-šum-iddin, fils de Nadinu,
descendant de Sutiya ; Mušezib-Marduk, fils de Bêliya, descendant de Šigûa ; Nabû-nadin-apli, fils de Bâ’iru.

1240
Argument développé notamment par [Ragen, 2007 : 382‑387].
1241
[Beaulieu, 2003 : 263‑264].

454
Plusieurs notables de la ville d’Uruk rapportent ainsi leur témoignage auprès de
l’administration du temple, représentée par l’officier royal chargé de l’Eanna, Nabû-ah-iddin. Un
oblat nommé Nâṣiru et participant à la procession d’Urkayîtu1242 s’est introduit dans le sanctuaire
où sont gardées pour l’occasion les statues de Marduk de l’Esagil et de Nabû de l’Ezida. Des
précisions doivent être apportés concernant cette procession. Peu d’éléments sont disponibles à
son sujet, mais la cérémonie d’Urkayîtu paraît avoir une échéance fixe, le neuvième jour du mois
de Sîmanu (troisième mois de l’année). P.-A. Bealieu mentionne ainsi une autre tablette, LKU
0511243, où des offrandes de viande sont offertes à l’une des statues d’Uṣur-amâssu et d’Urkayîtu,
au neuvième jour du mois de Sîmanu (l’année ne nous est pas connue). Cette cérémonie implique
donc la présentation d’offrandes aux statues de différentes divinités. YOS VII 020 constitue la
seule source indiquant la présence des divinités de Babylone et de Borsippa pour un rituel de
l’Eanna d’Uruk. L’occasion doit donc être toute particulière et d’une grande importance religieuse.
Nous nous situons au moment où le roi Nabuchodonosor II impose la présence des divinités de
Babylone dans les grands sanctuaires de Babylonie, ce qui ne plaît pas aux membres du clergé de
l’Eanna1244. Le contexte est donc tout particulier. L’incident provoqué par Nâṣiru ne semble pas
avoir été sa présence au cours de la procession, qui constitue la partie publique du rituel auquel il
participe, mais son entrée dans l’espace sacré où sont conservées les statues. LKU 051 indique ainsi
que l’une des statues des divinités d’Uruk doit sortir du bît hilṣi1245 pour recevoir les offrandes – la
procession constitue ainsi un déplacement des statues depuis ce sanctuaire jusqu’à une autre
structure de l’Eanna. L’oblat se serait introduit dans le sanctuaire, ce qui constitue une rupture de
la frontière entre espace public et espace sacré, et donc un sacrilège. Il est possible que la seule
entrée dans le sanctuaire ne soit pas la seule infraction réalisée par Nâṣiru, mais le texte ne donne
que peu de détails à ce sujet.

Cette tablette présente ainsi une autre indication d’une séparation claire entre oblats et le
reste du personnel clérical quant à l’accès aux espaces sacrés de l’Eanna. Mais de fait, cela ne se

1242
Cette divinité accompagne à différentes reprises les principales déesses d’Uruk, Ištar et Nanaia. Elle reçoit
des offrandes de nourriture, des parures, des bijoux, et plusieurs rituels lui sont associés. YOS VII 020 et LKU 051
constituent les seules sources d’une procession pour cette divinité à Uruk, mais elle est aussi déplacée pour
visiter d’autres sanctuaires : [Beaulieu, 2003 : 255‑265].
1243
[Beaulieu, 2003 : 373‑377].
1244
[Beaulieu, 2003 : 77‑79].
1245
Cette structure apparaît à plusieurs reprises dans la documentation de l’Eanna comme un bâtiment attaché
au temple et utilisé pour divers rituels pour la déesse Nanaia, ainsi que pour les divinités que nous venons
d’évoquer : [Beaulieu, 2003 : 32]. Il s’agit d’un endroit où sont préparées des potions médicinales : [Joannès,
2006 : 76‑82].

455
distingue pas réellement de la séparation entre le clergé et le reste de la population d’Uruk. Il est
possible que si une personne de statut non-dépendant et ne faisant pas partie de la classe des erib
bîti avait commis le même sacrilège, la même déclaration aurait été faite. Comme cet oblat participe
au rituel, son rôle au cours de ce dernier était très clair et il ne devait pas transgresser la frontière
établie entre l’espace profane et l’espace sacré. Du fait de l’importance de la population dépendante
dans le quotidien des activités du temple, il paraît logique que nos sources présentent certaines
affaires concernant ces oblats, dont le statut impliquait l’impossibilité d’accéder aux espaces sacrés
du temple. Le fait que Nâṣiru soit un oblat indique peut-être l’importance de la transgression
commise. Rien n’est dit toutefois concernant les conséquences pour cet oblat de son acte sacrilège :
YOS VII 020 constitue une pièce, rédigée peu après les faits, utile pour une procédure future. Il
faut apporter d’autres éléments pour comprendre la spécificité du statut social des oblats du point
de vue des autorités du temple et la surveillance dont ils peuvent faire l’objet.

La tablette TCL XIII 167 est intéressante à ce sujet. Elle concerne la prévention d’actes
considérés comme impropres à proximité du temple :

TCL XIII 1671246 (Camb. 5, 24 / III, Uruk) : (1 – 6) Nabû-mukîn-apli, šatammu de l’Eanna, fils de
Nâdinu, descendant de Dabibi, a juré sur Bêl, Nabû et les adê du roi contre Eribšu, fils de Rehêtu, oblat d’Ištar
d’Uruk, en ces termes : « (Malheur à toi) si tu te tiens comme un Urdimmu à la porte du temple et que tu causes
du désordre en son sein ! ».

(7 – 14) Témoins : Sîn-ereš, fils de Nabû-šum-iddin, descendant d’Ibni-îli ; Šamaš-bân-apli, fils de Madânu-
ahhê-iddin, fils de Šigûa ; Lâbâši-Marduk, fils d’Arad-Bêl, descendant d’Egibi. Scribe : Šamaš-zêr-iddin, fils
d’Ahulap-Ištar, descendant d’Ekur-zâkir. (Fait à) Uruk, le 24 / III de l’an 5 de Cambyse, roi de Babylone, roi des
pays.

Ce serment ne concerne pas des actes déjà réalisés, mais forme un avertissement envers
Eribšu si son comportement ne convient pas aux yeux des officiers du temple lorsqu’il se tient à la
porte de l’Eanna. Nous ne connaissons pas ce dépendant du temple en-dehors de sa mention dans
ce texte. Il est possible qu’il soit ici mobilisé pour la surveillance de la porte de l’Eanna, comme
d’autres oblats peuvent être mobilisés pour la garde de divers bâtiments appartenant au temple.
Son comportement lors de son temps de travail est l’enjeu de ce serment par les plus hautes
autorités de l’Eanna. Il ne doit pas se comporter comme un Urdimmu1247 : il s’agit d’un homme-lion,

1246
Plusieurs traductions de ce texte existent : [Beaulieu, 2003 : 362‑363 ; Wells et al., 2012 : 277‑278]. Notre
traduction se rapproche de celle de R. Magdalene, B. Wells et C. Wunsch, mais conserve le sens littéral de la
mention d’Urdimmu.
1247
[Beaulieu, 1990].

456
créature mythique créée par Tiamat, vaincue par Marduk dans L’Epopée de la Création et dont des
représentations statuaires pouvaient être placées à l’entrée de bâtiments importants. Ici, l’Urdimmu
est utilisée comme une figure représentant une humeur violente et imprévisible. Eribšu ne doit pas
avoir ce comportement et provoquer un désordre de nature à briser la paix publique. S’il s’avère
qu’il en est coupable, TCL XIII 167 atteste de l’avertissement qui lui a été fait et peut être utilisé
contre lui dans une procédure juridique. Cela montre comment les autorités du temple pouvaient
percevoir certains membres de sa population dépendante : des personnes violentes, dont il faut
prévenir les actes, notamment à proximité des sanctuaires et des temples. Eribšu était peut-être
connu pour avoir réalisé de tels actes et il est donc nécessaire aux yeux du temple d’agir contre lui
alors qu’il est mobilisé pour une tâche de surveillance des quartiers de l’Eanna.

La tablette YOS VII 107 constitue un autre exemple de la surveillance des actes des oblats
à proximité de l’Eanna :

YOS VII 1071248 (Camb. 1, 23 / II, Uruk) : (1 – 13) (Ce sont) les administrateurs et les notables
devant lesquels fItti-Nanaia-gûzzu, fLillikanu, fAmâta, oblates de la Dame d’Uruk (travaillant) comme meuleuses
de farine, sous la responsabilité de fBurašu, ont fait la déclaration suivante : « Le 22 / II de l’an 1 de Cambyse,
roi de Babylone, roi des pays, fMizâtu, oblate de la Dame d’Uruk, s’empara d’une grosse pierre et frappa un chien.
Nous lui avons alors dit : « Pourquoi frappes-tu ce chien ? », ce à quoi elle répondit : « Je mourrai avec lui ! ». Le
chien qu’elle a frappé est mort de sa blessure. »

(14 – 23) Rîmût-Bêl, chargé de la paille, fils de Bunânu ; Nabû-mûkin-apli, šatammu de l’Eanna, fils de
Nâdinu, descendant de Dabibi ; Nabû-ah-iddin, officier royal chargé de l’Eanna ; Šalam-ilî, fils de Madânu, le
scribe royal sur parchemin ; Lâbâši-Marduk, fils d’Arad-Bêl, descendant d’Egibi ; Bêl-suppê-muhhur, fils d’Itti-
Šamaš-Balâṭu, descendant de Bêl-apla-uṣur ; Nabû-uballit, fils d’Ina-Esagil-zêri, descendant d’Amêl-Ea ; Rîmût-
Bêl, fils d’Ina-Esagil-zêri, descendant d’Amêl-Isin ; Êtir-Bêl, fils d’Iqiš-balâssu, descendant d’Amêl-Ea. Scribe :
Gimillu, fils d’Innin-zêr-iddin.

(24 – 25) (Fait à) Uruk, le 23 / II de l’an 1 de Cambyse, roi de Babylone, roi des pays.

Ce texte pose beaucoup de questions et plusieurs interprétations ont pu en être données,


toutes demeurant de l’ordre de l’hypothèse. La difficulté principale concerne la traduction de la
déclaration de l’oblate ayant frappé le chien : « ittišu lumutu » (ligne 11). Nous en avons fourni la
traduction littérale, qui nous paraît la plus à même de transmettre une partie de l’interprétation que
nous allons en donner.

Le contexte de rédaction de cette tablette est le suivant. Il s’agit de la retranscription d’une


déclaration d’un groupe de dépendantes de l’Eanna travaillant dans le « bît qemêti », la « maison des

1248
[Ragen, 2007 : 542‑548].

457
meuleuses de farine ». Il s’agit d’une des seules attestations de cette institution rattachée à l’Eanna
chargée d’une partie de la production de la farine1249. Les cinq oblates mentionnées travaillent donc
comme productrices de farine, un travail pénible et monotone, probablement effectué par les
dépendants les moins qualifiés du temple mais en même temps indispensable dans l’économie
interne de l’Eanna. Elles sont sous la responsabilité d’une autre oblate, fBurâšu, servant en quelque
sorte de contremaîtresse. La veille de la rédaction du texte, l’une de ces oblates, fMizâtu, frappe un
chien grâce à une grosse pierre, qui doit être assez solide pour que le chien attaqué meure finalement
de sa blessure. Cet acte, dont les quatre autres oblates sont témoins, fait ensuite l’objet de la
rédaction d’une tablette, certainement afin d’être utilisé dans une procédure future. S’agit-il de
sanctionner fMizâtu pour son meurtre d’un animal ? C’est possible, mais pas certain. Nous voyons
deux éléments importants à souligner dans ce texte et qui sont utiles pour notre compréhension du
statut social d’une partie de la population dépendante : la préservation de la pureté des environs du
temple, et les raisons de l’attaque du chien par fMizâtu.

Tout d’abord, il ne s’agit pas du seul texte rédigé à Uruk rapportant du meurtre de chiens.
La tablette BM 114524 (Nbn. 16, 23? / IV, Uruk) concerne une affaire similaire :

BM 114524 : (1 – 9) Nabû-silim, esclave de Nabû-šar-uṣur, a fait la déclaration suivante : « Le 22 / IV


de l’an 16 de Nabonide, roi de Babylone, j’étais assis devant du pain, un grand chien et un chiot se tinrent devant
moi. Le grand chien a dérobé le pain devant moi. J’ai levé mon bâton contre le grand chien en disant « Je vais
frapper ce chien ! ». Le grand chien s’est enfui. J’ai ensuite frappé le chiot, qui est mort sur le coup. »

(9 – 11) Ana-šumišu, l’épouse de Nabû-silim, a dit en ces termes : « Devant moi, Nabû-silim a tué de cette
manière le chien. Il l’a tué par son coup. ».

(12 - 26) En la présence de Kurbanni-Marduk, šatammu de l’Eanna, fils de Zēriya, descendant de Sîn-
damaqu ; Silim-îli, l’officier royal, chargé du trésor ; Marduk-šum-iddin, fils de Nabû-ahhē-uballiṭ, descendant de
Balaṭu ; Arad-Marduk, fils de Zēriya, héritier d’Egibi ; Mušezib-Nabû, le superviseur des troupeaux de Nabû ;
Kiribtu, fils de Nadin, descendant de Balaṭu ; Madānu-ahhê-iddin, fils de Gimillu, descendant de Sigūa ; Labaši-
Marduk, fils d’Arad-Bêl, descendant d’Egibi ; Bêl-ibni, fils de Bulluṭ, descendant de Bā’iru ; Arad-Ištar, fils de
Bêl-iddin, descendant de Napahi ; Nabû-šum-iškun, fils de Nabû-bani-ahi, descendant de […] ; Anum-ah-iddin
fils de […], descendant de Babatu ; Mušezib-Marduk, fils d’Ezida-apli-iqiša ; Bīt-ana-nūr-Marduk, fils de Marduk-
eriba, descendant d’Egibi ; [Nabû-[…]], fils d’Ištar-zēr-iqiša ; Muranu, fils de Nabû-eṭir, descendant d’Esagilaya ;
Bêl-šumu, fils de Nadin, descendant d’Ahûtu. Scribe : Nadin, fils de Bēl-ahhê-iqiša, descendant d’Egibi. (Fait à)
Uruk, le 23? / IV de l’an 16 de Nabonide, roi de Babylone.

1249
L’autre mention de cette institution est la tablette AnOr VIII 021, qui mentionne un homme, Nanaia-karâbi,
fils de Daiânešu, comme travaillant au sein du bît qemêti. Le travail en son sein n’est donc pas exclusivement
féminin, mais la mention dans YOS VII 107 de plusieurs travailleuses, absentes en général de notre
documentation, est sans doute un indice de la séparation genrée du travail au sein des dépendants du temple.

458
La mort violente de chiens semble avoir une certaine importance pour les autorités de
l’Eanna, nécessitant la rédaction de rapports et de témoignages à ce sujet, si possible par les
coupables des faits. Les lieux où ces actes ont été accomplis ne sont pas précisés dans les deux
textes. Il est possible que les morts de ces chiens aient eu lieu près de structures du temple, que ce
soit le bît qemêti ou un autre bâtiment. Le chien errant est un animal mal considéré dans la civilisation
mésopotamienne, ce qui explique peut-être pourquoi les autorités de l’Eanna s’intéressent à ces
meurtres. Dans le premier cas, c’est une oblate qui tue un chien, dans le second, c’est un esclave :
deux exemples de personnes de statut social inférieur aux yeux des administrateurs du temple. Si
aucune condamnation n’est précisée dans ces tablettes, leur rédaction se fait dès le lendemain des
meurtres, en vue d’un possible procès devant l’administration de l’Eanna. Le meurtre par des
personnes de statut social peu élevé d’animaux considérés comme impurs constitue peut-être
l’explication de l’existence de ces témoignages. Indirectement, il peut s’agir de la préservation d’une
limite entre espace public et espace sacré du temple, par l’attention apportée à la pureté des environs
du temple, mais l’imprécision des textes quant aux endroits où les meurtres advinrent ne nous
permet pas d’assurer ce point.

Une interrogation demeure : pourquoi fMizâtu attaque-t-elle un chien errant ? A. Ragen


propose l’hypothèse que le chien pouvait être enragé, ce qui expliquerait la déclaration de l’oblate :
« Je vais mourrir à cause de lui ! » est la traduction qu’il en proposa. La rage étant un problème de
santé publique, en plus des connotations sociales qu’un chien enragé pourrait avoir (là encore, la
question de la pureté des espaces du temple se pose), le tuer aurait été une nécessité pour l’oblate.
Sa déclaration serait ainsi celle d’une terreur devant le danger posé par le chien. Son acte subit et
instinctif en serait une autre expression. Cette proposition est intéressante, mais nous paraît reposer
sur peu d’éléments. Il n’est pas fait mention de rage comme danger public dans d’autres textes de
notre période d’étude, ni dans la tablette proprement dite. La question des oblates à fMizâtu semble
plutôt être l’indice d’une incompréhension face à cet acte. Le meurtre des chiens par Nabû-silim
dans BM 114524 se comprend mieux : le danger posé par les chiens affamés, prêts à voler la
nourriture d’êtres humains, indique aussi une peur face à des animaux pouvant alors être violents.
YOS VII 107 n’indique aucun danger similaire, et nous ne disposons que des faits et de la
déclaration de fMizâtu pour tenter une analyse de cet acte.

M. Jursa a proposé une autre interprétation 1250 , dont nous allons nous inspirer. Après
plusieurs considérations d’ordre grammatical, il conserve le sens littéral des mots de fMizâtu : « Je
vais mourir avec / grâce à lui ». Cela exprime une causalité : le chien peut tuer fMizâtu, mais

1250
[Jursa, 2014 : 11‑13].

459
contrairement à l’interprétation d’A. Ragen, il ne s’agirait pas d’éloigner le danger. Il est possible
que la mort soit désirée par fMizâtu. D’où le choix d’une pierre, assez solide pour blesser le chien
et attirer son attention, puis son agression, sans forcément conclure au décès immédiat de l’animal.
En soi, c’est un échec, car le chien ne semble pas avoir attaqué l’oblate et il meurt de sa blessure.
Mais dans ce cas, pourquoi fMizâtu veut-elle mourir ? Comme l’entend M. Jursa, le statut de cette
oblate et son occupation peuvent avoir été la cause de cette volonté de suicide. Rappelons qu’il
s’agit ici d’oblates travaillant comme meuleuses de farine, un travail non-qualifié, monotone, peu
considéré socialement. Nous ne disposons actuellement d’aucun moyen de connaître la durée ou
les conditions du travail de ces meuleuses, mais il est fort possible qu’elles aient été peu enviables.

Dès lors, fMizâtu a pu faire le choix, visiblement sans préméditation, de quitter sa condition
par le suicide. Il s’agit alors de l’expression d’un désespoir de la part d’une dépendante qui ne
pouvait plus supporter son existence. Ceci demeure une hypothèse. Du fait du laconisme des
propos de l’oblate et du manque de détails concernant le contexte de ce meurtre d’un chien, il est
difficile de pousser plus loin l’interprétation de ce texte. Mais, tout comme le propose M. Jursa, il
nous paraît important pour le comprendre de prendre en compte le statut socio-économique des
personnes concernées par cette affaire et ce qui devait constituer les relations entre la population
dépendante non-qualifiée et l’administration du temple, notamment en ce qui concerne le travail.

Une autre tablette de l’Eanna est intéressante quant à la surveillance du comportement des
oblats au quotidien. Il s’agit de BM 114528 :

BM 1145281251 (Camb. 5) : (1 – 11) Balâṭu, fils de Nabû-šum-ukîn, officier d’Uruk, à Nabû-mukîn-apli le


šatammu de l’Eanna, fils de Nadinu, descendant de Dabibi, a dit en ces termes : « Le 01 / VI de l’an 5 de Cambyse,
roi de Babylone, roi des pays, il y eut un scandale pendant la nuit et je suis sorti dehors, à cause des cris des gens ;
je suis entré dans la maison de Ša-pî-kalbi, fils d’Erebšu, le cabaretier et j’ai fait sortir de sa maison Arad-Anû, fils
d’Anû-ibni, Nabû-kaṣir, fils de Bêl-ah-ušabši, Ša-pî-kalbi, le maître de maison, et les deux chanteuses fRiša’a et
fPappasi qui étaient avec eux, et je les ai amenés devant toi. Mais de nombreuses personnes qui étaient avec eux,

partis hors de la maison de Ša-pî-kalbi, je ne les ai pas reconnus. »

Nabû-mukîn-apli, šatammu de l’Eanna, a demandé dans l’assemblée à Arad-Anû que Balâṭu,


(11 – 15)

l’officier assermenté, a fait sortir de la maison de Ša-pî-kalbi dans la nuit, en ces termes : « Qui étaient les gens
dans la maison de Ša-pî-kalbi qui ont été vus ? »

Arad-Anû a répondu en ces termes : « Nabû-kaṣir, fils de Bêl-ah-ušabši, Adad-ibni, fils de Bêl-
(14 – 17)

eṭir, Ṣan-ṣiri, fils de Bêl-ah-ušabši, Arad-Nanaia, fils de Nanaia-ah-iddin, Nidintu et son fils… »

1251
[Kessler, 2005 : 274].

460
Cette tablette constitue le rapport d’un officier de police d’Uruk (paqudu), Balâṭu,
concernant un tapage nocturne à Uruk en l’an 5 de Cambyse. Suite aux faits, l’Eanna effectue
ensuite une enquête au sujet des personnes qui n’ont pas été identifiées par Balâṭu. Que s’est-il
passé ? Une soirée bruyante semble s’être déroulée chez un certain Ša-pî-kalbi, fils d’Eribšu,
identifié comme cabaretier (sabû), animée par deux chanteuses (amîltu ša zamâru) nommées fRiša’a
et fPappasi. Plusieurs personnes s’y trouvent, identifiées pour la plupart par leur nom et patronyme,
mais leur fonction ou statut juridique n’est pas indiqué. L’un des hommes arrêtés par Balâṭu, Arad-
Anû, est ensuite interrogé par l’administration de l’Eanna, afin de savoir qui étaient les autres
personnes présentes chez Ša-pî-kalbi. Arad-Anû énumère alors au moins six personnes. Le reste
du texte n’étant pas disponible, il est possible que d’autres hommes aient été nommés et une
condamnation prononcée contre les coupables de tapage nocturne.

Si le statut social de ces personnes n’est pas indiqué, il est fort possible que la plupart soient
des oblats. Tous sont des hommes, si l’on excepte les deux chanteuses. L’implication de l’Eanna
est une indication de leur statut de dépendant : s’ils n’étaient pas des oblats, on se demande pour
quelle raison le temple se sentirait légitime d’arrêter ces personnes. Le tapage nocturne ne nous
paraît pas la seule raison expliquant cette procédure, grâce à laquelle l’Eanna assurerait un rôle de
police pour l’ensemble de la ville d’Uruk. Rien n’assure en effet que l’officier Balâṭu soit lié à
l’administration du temple, bien que ce ne soit pas impossible 1252 . Après avoir amené un des
coupables devant l’administration de l’Eanna, c’est cette dernière qui s’occupe de la résolution de
l’affaire. Pourquoi le temple tient-il absolument à déterminer l’identité de tous les hommes présents
lors de cette soirée ?

Si ces hommes sont des oblats, cela nous permettrait de mieux comprendre les raisons de
cette procédure. Un premier indice est dans le nom du cabaretier, Ša-pî-kalbi. Comme nous l’avons
vu dans notre première partie, ce nom est très souvent celui d’enfants trouvés, recueillis à Uruk par
le temple. Ils deviennent assez régulièrement des oblats. Son patronyme nous est connu, ce qui
indique peut-être qu’Eribšu ait été la personne qui adopta cet enfant, sinon il s’agirait de son père
qui l’avait abandonné. La première proposition nous semble la meilleure, car les pères ayant
abandonné leur enfant sont très peu documentés : ce sont, la plupart des temps, les mères en
situation de grande précarité qui ont pu être identifiées. Eribšu, père de Ša-pî-kalbi, peut donc avoir

1252
Le rôle des paqîdû, à Uruk et dans d’autres ville pour notre période d’étude a été étudié récemment par
[Pirngruber, 2013]. Ils paraissent avoir eu des fonctions de maintien de l’ordre et sont souvent impliqués dans
des affaires liées à la surveillance d’espaces du temple, mais aussi lors de crimes. Pour Uruk, la documentation
présentée par R. Pirngruber indique une forte collaboration entre le temple et ces officiers, mais n’assure pas
forcément qu’ils font partie de l’administration de l’Eanna. La polysémie du terme de paqîdu, qui peut avoir un
sens générique, ne permet pas de trancher définitivement la question.

461
été un oblat ou une personne libre qui décida d’adopter un enfant recueilli par l’Eanna. Ša-pî-kalbi
connaît alors une carrière originale et serait devenu cabaretier, c’est-à-dire le gérant d’un débit de
boissons à Uruk. Dans tous les cas, les personnes présentes à cette soirée font partie d’une classe
pauvre de la société d’Uruk : aucun nom d’ancêtre, indice de l’appartenance à l’économie
prébendière ou aux classes favorisées de la société urbaine, n’est indiqué. L’intérêt de l’Eanna dans
l’enquête paraît donc être dans l’identification de ses oblats ainsi que dans la répression d’un
comportement que le temple pouvait juger comme impropre. Le problème pour le temple est le
maintien de sa population dépendante non-qualifiée au travail : cette soirée chez un cabaretier,
probablement alcoolisée, constitue ainsi une atteinte aux « bonnes mœurs » pour l’Eanna, mais
surtout un problème pour maintenir une certaine efficacité de ces oblats dans leur travail quotidien.
Pour les oblats, une telle fête constitue un acte subversif face aux autorités du temple, face à un
travail difficile et pour lequel ils n’avaient certainement aucun goût. La répression d’un tel acte par
le temple lui est nécessaire afin d’empêcher la récidive et de disposer d’une force de travail. Cette
dernière étant souvent mobilisée par le pouvoir achéménide, et le temple ayant souvent recours à
des travailleurs libres du fait de ses réserves limitées en oblats, la pression quotidienne sur ces
dépendants pour les maintenir au travail devait être une préoccupation du temple.

Nous retrouvons d’autres indices de la surveillance par le temple des mœurs de la


population dépendante dans les tablettes YOS VII 056 et YOS VII 0921253 :

YOS VII 056 (Cyr. 6, 28 / II, Uruk) : (1 – 6) (Concernant) Zababa-ereš, fils de Nabû-balâssu-iqbi, qui a
fait la déclaration suivante : « Je suis de Kiš » ; s’il est vu avec fŠannaya, oblate de la Dame d’Uruk, il subira le
châtiment de Gubaru, gouverneur de Babylone et de Transeuphratène.

(7 – 12) Témoins : Arad-Marduk, fils de Zêriya, descendant d’Egibi ; Šamaš-tabni-uṣur, fils de Marduk-
šapik-zêri, descendant de Sîn-leqe-uninni ; Šamaš-uballiṭ, fils de Nâdinu, descendant d’Amêlu ; Bêl-nadin-apli,
fils de Marduk-šum-iddin, descendant de Bêl-apla-uṣur ; Rêmût, fils de Nabû-zêr-lišir, descendant de Kurî.
Scribe : Gimillu, fils d’Innin-zêr-iddin.

(13 – 14) (Fait à) Uruk, le 28 / II de l’an 6 de Cyrus, roi de Babylone, roi des pays.

YOS VII 092 (Cyr. 6, 11 / III, Uruk) : (1 – 6) Si Zabdiya, un homme arabe, est vu avec fAhât-abišu, oblate
de la Dame d’Uruk, il subira le châtiment de Gubaru, gouverneur de Babylone et de Transeuphratène.

1253
[Wells et al., 2012 : 278].

462
(7 – 12) Témoins : Arad-Marduk, fils de Zêriya, descendant d’Egibi ; Šamaš-tabni-uṣur, fils de Marduk-
šapik-zêri, descendant de Sîn-leqe-uninni ; Nabû-nadin-ahi, fils de Madânu-[x]-iddin, descendant de Šigûa.
Scribe : Gimillu, fils d’Innin-zêr-iddin.

(13 – 15) (Fait à) Uruk, le 11 / III de l’an 6 de Cyrus, roi de Babylone, roi des pays.

Ce type d’interdiction prend la forme d’un avertissement après avoir remarqué une
première relation. Ces tablettes servent ainsi en cas de récidive : si les hommes sont vus
accompagnés avec les oblates mentionnées, ils sont sujets à une condamnation pénale. Il est
intéressant de constater que les Zabdiya et Zababa-ereš ont tous deux des origines, à première vue,
extérieures à la ville d’Uruk. Zababa-ereš déclare provenir de Kiš, tandis que Zabdiya est décrit
comme arabe. Leur statut juridique n’est pas indiqué, mais s’ils sont des oblats, cela aurait
probablement été indiqué, ou ces textes n’auraient même pas été rédigés et l’avertissement aurait
été oral. Ils sont donc des hommes libres qui ont engagé une relation affective et / ou sexuelle avec
f
Šannaya et fAhât-abišu. Les relations affectives des femmes dépendantes du temple font ainsi
l’objet d’une surveillance de la part du temple, et en cas de transgression aux yeux de son
administration, leur compagnon peut être condamné. Rien n’est dit concernant une possible peine
envers les oblates : l’objectif n’est pas la condamnation de la relation d’un point de vue moral, mais
d’empêcher que les oblates développent des relations extérieures à la population dépendante du
temple, voire à la ville d’Uruk. Ceci se fait pour deux raisons : si une oblate se marie et fait naître
un enfant avec un homme non-dépendant, il est possible que le statut de sa descendance soit
contesté auprès du temple. De plus, il s’agit d’empêcher la fuite de ces oblates vers Kiš ou vers
l’Arabie. Cela aurait pour conséquence la perte d’une main-d’œuvre potentielle pour l’Eanna, qui
en a cruellement besoin. Il s’agit donc de conserver les dépendantes existantes sous sa propriété.
Nous n’observons pas le même phénomène pour des hommes oblats : il semble bien que ce soit la
capacité reproductrice des dépendantes qui soit en jeu. Les oblates peuvent ainsi être l’objet de la
surveillance du temple, tout comme certaines femmes esclaves1254.

La surveillance des actes des oblats par l’administration de l’Eanna, notamment aux abords
de bâtiments du temple, répond donc à deux problèmes : la séparation entre espace profane et
espace sacré, entre savoir public et savoir privé, ainsi que le maintien d’une partie de la population
dépendante du temple au travail et à sa place socio-économique, sans contestation. Le statut social

1254
Voir Nbn. 679 et Nbn. 682, où deux hommes font successivement l’objet d’une interdiction de fréquenter
l’esclave fAmtiya.

463
des oblats, à travers la documentation que nous venons de présenter, se comprend mieux du point
de vue des autorités du temple, la perspective qui nous est avant tout visible dans nos sources. La
séparation entre les oblats et le reste du personnel du temple se fait aussi selon des critères religieux
et culturels, reflet d’un besoin de distinction sociale de la part des prêtres et de ceux qui constituent
l’administration des institutions que sont les temples. Mais la surveillance du comportement des
oblats s’attache aussi à conserver la portion des travailleurs non-qualifiés au travail, ainsi qu’à
préserver sur le plus long terme une main-d’œuvre dépendante en surveillant les relations affectives
de ses oblates. Les tâches qu’avaient à accomplir les oblats pouvaient être difficiles et peser sur leur
bien-être physique comme psychologique. A l’inverse, quelques indices nous sont disponibles
quant à leur comportement festif, mal vu par les autorités du temple et qui peut être l’objet d’une
répression. Cela nous amène à considérer ce qui constitue la population dépendante comme une
potentielle « classe dangereuse » pour les temples.

Les oblats fugitifs et criminels : une classe dangereuse ?

Parmi la documentation juridique de l’Eanna, plusieurs affaires concernent soit des oblats
fugitifs, soit des oblats ayant commis des délits ou des crimes. Dans cette dernière catégorie, il faut
distinguer entre les oblats a priori non qualifiés qui s’attaquent à la propriété ou à des représentants
de l’autorité du temple, et les dépendants qui profitent de leur situation professionnelle (comme les
gestionnaires de domaines agricoles). Ces différentes affaires indiquent les préoccupations du
temple envers une classe de travailleurs qui peut agir de manière violente et ne pas respecter la
discipline de travail instaurée par l’Eanna. Nous allons tout d’abord nous intéresser aux cas de fuites
d’oblats. Les sources à ce sujet sont limitées, mais nous distinguons plusieurs catégories de
documents qui indiquent avant tout des fuites dans le cadre du travail.

Nous disposons tout d’abord d’une liste d’oblats définis comme fugitifs (širakû halqûtu) :

YOS XIX 112 (Nbn. 2, 18 / XI) (1 – 4) Rêmût, fils de fTappašri, la zakitû ; Nargiya, son frère ; Šamaš-
dînu-ahišu ; en tout trois travailleurs du quai de Šamaš.
(4 – 16) Gimillu, fils de fŠarraya, zakitû ; Nanaia-iddin, son frère ; Ištar-zêr-ibni, fils de Nergal-uballiṭ ;

Nabû-ahhê-uballiṭ, fils d'fIššar-dannat, zakitû ; Ištar-zêr-ušabši, fils de fŠeṭua, fille de Šamaš-eriba : oblats
fugitifs que Lâbâši a amenés.
(17 – 19) Le 18 / XI de l’an 2 de Nabonide, roi de Babylone.

Il s’agit d’un document administratif, rédigé par un officier du temple afin de tenir compte
des « entrées et sorties » des oblats fugitifs. Dans le cas présent, nous distinguons neuf oblats qui
ont fui dans le cadre d’une mobilisation pour des tâches à l’extérieur de la ville d’Uruk : c’est le cas
pour les trois premiers oblats, présentés comme travaillant sur le « quai de Šamaš ». Tous ces oblats

464
ont été retrouvés et attrapés par Lâbâši, sans doute un officier de l’Eanna. Il n’est probablement
pas tout seul dans le cadre d’une opération de recherche d’oblats enfuis, mais il est le responsable
administratif de leur retour dans les rangs des oblats disponibles. Il semble que les six oblats de la
deuxième section du texte aient fui ensemble. Deux frères, Gimillu et Nanaia-iddin, fils de la zakîtu
f
Šarraya, sont retrouvés, et comme nous l’avons vu dans notre deuxième partie, il n’est pas rare que
les membres d’une même famille soient mobilisés en même temps pour une tâche précise. Si le
travail de ces six oblats n’est pas précisé, il est probable qu’ils avaient choisi la fuite au cours de leur
mobilisation. Ils sont ensuite rattrapés par les autorités du temple, qui les ramènent à Uruk. Nous
ne savons s’ils sont ensuite condamnés au cours d’une procédure judiciaire ou administrative : les
besoins en main-d’œuvre du temple indiquent, s’il ne s’agit pas de récidivistes, qu’ils ont pu
rejoindre directement la force de travail du temple, sans peine.
Un tel texte est unique dans l’état actuel de notre documentation, mais nous savons que
l’Eanna conserve un registre de ses travailleurs disponibles (lê’u ša Bêlet ša Uruk, registre de la Dame
d’Uruk), plus ou moins souvent mises à jour. Nous ne disposons d’aucun de ces registres, du fait
de leur composition en bois, une matière périssable. Mais ils sont mentionnés à différentes reprises
dans certaines de nos sources. Avant d’aborder la question des fuites d’oblats, il est utile de discuter
de ces registres et de leur usage par l’Eanna. Ces mentions sont résumées dans le tableau suivant :

Registre des oblats de l’Eanna


Texte Date et lieu de Résumé
rédaction
YOS VI 1161255 Nbn. 10, 23 / IV, Uruk Déclaration devant plusieurs notables d’Uruk.
Conflit entre l’administration royale et l’Eanna
au sujet de l’affectation de deux archers, les
frères Mušêzib-Bêl et Gimillu. Baniya, officier
royal, amène une tablette où ils seraient
enregistrés comme archers royaux. Après
vérification dans le registre de la Dame d’Uruk,
ce sont des oblats.
Ermitage 155521256 Cyr. 2, 20 / V, Uruk Procès concernant le statut d’une oblate
nommée fAndiya, marquée d’une étoile. Elle
déclare avoir été donnée au temple par sa

1255
[Ragen, 2007 : 132‑134].
1256
[Ragen, 2007 : 334‑337].

465
maîtresse, fEtellitu, mère de Nabû-mušêtiq-
ṣêti, et en l’an 35 de Nabuchodonosor II, elle
fut inscrite sur le registre de la Dame d’Uruk.
f
Innaya, la belle-fille de Nabû-mušêtiq-ṣêti,
déclare qu’en l’an 37 de Nabuchodonosor II,
Sîn-iddin, le qîpu de l’Eanna, avait rédigée une
tablette annulant le statut d’oblate d’fAndiya et
l’avait donnée à Nabû-mušêtiq-ṣêti. Il est donc
demandé à fInnaya de montrer cette tablette
devant l’administration du temple pour
prouver qu’fAndiya est son esclave. Sinon, elle
doit payer une compensation pour chaque jour
où elle s’est appropriée l’esclave.
JCS 28 n°321257 Cyr. 3, 12 / XIIb, Uruk Gimillu, fils d’Innin-šum-uṣur, doit livrer son
esclave fAlakšu dans une semaine en échange
du reliquat d’une dette due par son père auprès
de l’Eanna. L’esclave est déjà inscrite dans le
registre de la Dame d’Uruk. Pour chaque jour
où l’esclave n’est pas présentée au temple,
Gimillu doit payer une compensation.
YOS VII 070 Cyr. 8, 13 / VIII, Uruk Dialogue entre l’administration de l’Eanna et
Gimillu, fils d’Innin-šum-ibni, oblat. Gimillu,
accompagné d’Adad-šar-uṣur, représentant de
Gubaru, le gouverneur achéménide de
Babylone, est partis auprè de Gubaru pour
ramener des oblats mobilisés. L’Eanna
demande à Gimillu si Gubaru a des demandes
particulières au sujet de ces oblats. Gimillu
répond qu’il n’en a aucune pour le moment.
Gimillu dispose désormais d’une partie des
oblats démobilisés selon le registre d’Ištar
d’Uruk, et il doit faire en sorte qu’ils ne

1257
[Stigers, 1976 : 42 ; Ragen, 2007 : 366].

466
s’enfuient pas.
TCL XIII 1791258 Camb. [x], Uruk Conflit entre Nanaia-ah-iddin, fils de Nergal-
ina-têši-êtir, et l’Eanna. Nanaia-ah-iddin doit
des ovins au temple et ne les a pas livrés.
L’Eanna a saisi son esclave Dannu-ahhêšu-ibni,
fils de fNanaia-šiminni, alors qu’il résidait chez
la fille de Nanaia-ah-iddin, fUbartu. Cette
dernière conteste cette appropriation, en
arguant que l’esclave fait partie de sa dot.
L’esclave n’a pas été marqué d’une étoile ni
inscrit dans le registre de la Dame d’Uruk, et
f
Ubartu prête serment comme quoi il s’agit
bien d’un don de ses parents pour sa dot. La
décision finale n’est pas donnée.
NCBT 0191259 [sans date ni lieu de Lettre de Sîn-apla-iddin l’administrateur du
rédaction] sanctuaire de Gula à Nabû-mukîn-apli
(šatammu) et Nabû-ah-iddin (officier royal
chargé de l’Eanna), administrateurs de l’Eanna.
f
Sîn-apla-iddin constate que Ba’u-aqrat,
l’esclave d’un certain Rîmût, fils d’Ubar-Nabû,
vivant à Bît-Gula, est en réalité une oblate. Il en
demande la vérification sur le registre de
l’Eanna (lê’u ša Bêlti ša Uruk).
GCCI II 1421260 [sans date ni lieu de Inscription de Šuanna, fils de fKanisurra-rišat,
rédaction, époque au registre des oblats de l’Eanna. fKanisurra-
achéménide?] rišat est connue comme étant une oblate de
l’Eanna (AnOr VIII 053, Cyr. 6, 24 / IX,
Uruk).

1258
[Ragen, 2007 : 711‑714].
1259
[Beaulieu, 2003 : 314‑315].
1260
L’une des rares mentions d’un registre des oblats pour l’Ebabbar de Sippar concerne un phénomène similaire,
mais la procédure est différente. Il s’agit de la tablette BM 64026 éditée par [MacGinnis, 2002b : 234] : un couple
d’oblats, fZittaya et Êṭeru, ont une fille nommée fŠudduštu. Celle-ci a accouché d’un fils, Ubaria, mais elle a caché
sa naissance aux autorités de l’Ebabbar. Le père n’est pas connu. La tablette retranscrit la démarche de Zittaya
pour faire reconnaître son petit-fils comme oblat, et il est alors inscrit sur le registre des oblats de l’Ebabbar (lê’u
ša Šamaš).

467
YOS III 017 // [sans date ni lieu de Lettre de Nabû-ah-iddin, un officier de
TCL IX 1291261 rédaction] l’Eanna, à l’administrateur du temple (šatammu).
Une version plus courte de la lettre est écrite à
Nâdinu, le scribe de l’Eanna (TCL IX 129). Il
présente divers problèmes liés à l’exploitation
des domaines agricoles de l’Eanna. Il a
notamment un problème d’argent pour payer
des journaliers pour réaliser le creusement d’un
canal. Il rappelle les propos de l’administrateur,
selon lesquels la moitié du travail doit être
accomplie par des oblats, l’autre par des
journaliers. Ses problèmes d’argent ne lui
permettent pas d’engager des journaliers, dès
lors il demande à l’administrateur de vérifier le
registre des oblats et d’envoyer tous les
dépendants disponibles pour le travail à
réaliser.
YOS III 059 [sans date ni lieu de Lettre d’un certain Bêl-eṭiranni à Šarru-kîn. Le
rédaction] contexte de cette lettre est peu clair. Elle
concerne Nanaia-ereš, reçu par Bêl-eṭiranni
puis confié au « gouverneur de Dêr » à Uruk.
Nanaia-ereš est un oblat, inscrit au registre de
la Dame d’Uruk. Šarru-kîn ne doit pas porter
plainte à son sujet.

La présentation de cette documentation indique à quelles occasions le registre des oblats


est consulté et modifié : lors de la contestation et de la vérification du statut d’un oblat (NCBT
019, TCL XIII 179, Ermitage 15552, YOS VI 116), de besoin de travailleurs au cours d’une
mobilisation (YOS III 017, YOS VII 070, peut-être YOS III 059), ou de l’arrivée d’un nouvel
oblat au sein de la population dépendante du temple (GCCI II 142, JCS 28 n°32, Ermitage 15552).
L’Eanna tient assez régulièrement à jour ce registre, mais nous remarquons à une occasion un
manquement à l’habitude d’inscrire des nouveaux oblats (TCL XIII 179). Comme nous l’avons vu
dans notre première partie, l’administration de l’Eanna a parfois des difficultés à se souvenir des

1261
[Tolini, 2011 : 274‑277].

468
esclaves de personnes endettées qui lui sont dus et ne les récupère que bien plus tard pour les
intégrer aux rangs de ses dépendants. TCL XIII 179 constitue un autre indice de cette rigueur
relative du temple à maintenir les comptes de ses travailleurs.

Mais au-delà de ces problèmes de contestation de statut ou de mobilisation d’oblats pour


les travaux du temple ou de l’administration royale, dont nous avons déjà parlés au cours de notre
étude, les différentes mentions de ce registre des oblats montrent bien la nécessité pour le temple
de tenir à jour ces comptes afin de maintenir le contrôle d’une population mobile. Le temple doit
inscrire les nouvelles entrées (par exemple, GCCI II 142 semble bien indiquer une naissance) mais
aussi savoir constamment quels oblats sont mobilisés pour quelle tâche. C’est ce que l’on perçoit
dans la lettre YOS III 017 ou dans la tablette YOS VI 116, posant le problème de l’accès par le
temple à sa propre main-d’œuvre, parfois dans l’urgence comme YOS III 017 le montre. Gimillu,
fils d’Innin-šum-ibni, exprime bien dans YOS VII 070 comment cette mobilité peut être contrôlée
afin d’empêcher les fuites des oblats :

YOS VII 070 : (10 – 17) Gimillu a répondu ainsi : « Gubaru ne m’a donné aucune instruction à leur sujet.
Concernant les travailleurs que j’ai apportés et t’ai confié, fais-les travailler dans l’Eanna jusqu’à ce que tu entendes
un ordre de la part de Gubaru à leur sujet. Parmi ces travailleurs, ceux que j’ai libérés de leurs chaînes et dont je
suis devenu responsable, selon le registre d’Ištar d’Uruk, j’ai la responsabilité qu’ils ne s’enfuient pas. »

Les oblats connus comme fugitifs ou qui ont été attrapés, lors de leurs déplacements, sont
enchaînés afin d’en empêcher la fuite. Lorsqu’ils sont mobilisés pour un autre travail, comme
Gimillu semble l’indiquer après leur avoir retiré leurs chaînes, il doit faire bien attention à ce qu’ils
ne s’enfuient pas. Le registre des oblats sert alors à inscrire à qui sont confiés les dépendants. Cette
personne en a la responsabilité juridique. Du fait de cet enregistrement des oblats, presque au jour
le jour, ce registre ne devait probablement pas être en argile, mais plutôt sous la forme de tablettes
de cire, facilement modifiables et corrigeables. Ceci expliquerait pourquoi nous ne disposons pas
de ces textes. De plus, cela répond à la nécessité du temple de surveiller constamment sa population
de dépendants afin qu’ils ne s’enfuient pas. Plusieurs documents indiquent en effet des fuites
d’oblats. Nous résumons les sources disponibles à ce sujet dans le tableau suivant.

469
Fuites d’oblats de l’Eanna et de l’Ebabbar
Texte Date et lieu de rédaction Résumé
YOS XIX 112 Nbn. 2, 18 / XI, Uruk Liste de neuf oblats enfuis, dont trois travaillant sur
le « quai de Šamaš ». Ils ont été ramenés par Lâbâši.
YOS VII 044 Cyr. 5, 15 / VII, Uruk Šamaš-nadin-šumi, fils d’Eribšu, oblat de l’Eanna,
s’est enfui. Guzanu, fils de Nabû-dânu, l’a amené
chez un certain Širiktu-usu, et doit le ramener aux
autorités de l’Eanna. S’il ne le fait pas, il doit payer
une compensation pour chaque jour où Šamaš-
nadin-šumi était en fuite.
YOS VII 050 Cyr. 5, 30 / VII, Uruk Serment d’Anum-ah-iddin, fils de Zêrûtu,
descendant de Kurî auprès de l’Eanna : il doit
ramener l’oblat Kinunaya, sinon il subira le
châtiment du roi.
BM 604531262 Cyr. [5 – 7], Sippar? Inspection de travailleurs dépendants de l’Ebabbar.
Sur les cinquante-neuf noms lisibles, onze sont
ceux d’oblats qui ont fui.
Cyr. 292 Cyr. 8, 08 / I, Sippar? Inspection de travailleurs dépendants fugitifs ou
décédés. Sur un total de onze travailleurs listés, sept
sont fugitifs, quatre sont morts.
YOS VII 102 Camb. 0, 20 / IX, Uruk Procédure judiciaire dans l’enquête contre Gimillu,
fils d’Innin-šum-ibni. Elle concerne l’oblat de
l’Eanna Rehêtu, fils d’Arad-Innin, travailleur
agricole. Il témoigne devant les autorités de l’Eanna
qu’en l’an 8 de Cyrus, il s’est enfui de son poste
alors qu’il était dans une équipe de laboureurs sous
la responsabilité de Šamaš-mukîn-apli, fermier de
l’Eanna. Puis, trois mois avant la rédaction de cette
tablette, il a été repéré par Gimillu, qui le loua pour
cinq sicles d’argent par an auprès d’un certain Sîn-
ibni, fils de Nabû-zabâdu, qui témoigne au cours du
procès. Rehêtu a ensuite été envoyé pour travailler
à la ville de Kî-Nabû auprès de Nabû-nadin, le
trésorier de Kî-Nabû. Le contrat de location du
travail, et la lettre de Gimillu à Nabû-nadin, sont

1262
[MacGinnis, 2003 : 88‑91].

470
apportés comme pièces à conviction au cours du
procès. Cette location du travail d’un oblat de
l’Eanna était certainement illégale aux yeux du
temple.
YOS VII 108 Camb. 1, 08 / V, Uruk Nanaia-iddin, fils de Tunatu, oblat de l’Eanna, a
reçu des rations du temple pour sa mobilisation à
Babylone, à hauteur de deux sicles d’argent. Cet
oblat s’est enfui, et la somme d’argent pèse
désormais sur un certain Iddinaya, fils d’Arrabi. La
responsabilité juridique d’Ištar-alik-pâni, le rab širki,
est engagée par ce texte.
BM 1146711263 Camb. 2, 07 / II, Uruk L’oblat Ša-Ištar-lišlim, mobilisé pour la surveillance
sur les rives du Tigre, a fui de son poste de guet. Il
a été rattrapé et reçoit la condamnation suivante :
s’il fuit de nouveau, il sera marqué sur son nez et
sur ses oreilles.
TCL XIII 161 Camb. 3, 21 / X, Uruk Serment prononcé par Bêl-iddin, tisserand. Il doit
ramener à l’Eanna l’oblat-tisserand Kubbutu, sinon
il doit payer une compensation.
YOS III 0691264 Règne de Cambyse Lettre de Nabû-ah-iddin, responsable d’oblats, à
l’administration de l’Eanna : dans le contexte d’une
situation de famine et de réserves de céréales vides,
des oblats sont envoyés à Nabû-ah-iddin pour des
travaux à l’extérieur d’Uruk. Ces oblats n’ont pas de
rations, dès lors, après quelques jours à travailler
auprès de Nabû-ah-iddin, ils s’enfuient.
AnOr VIII 079 Camb. 7, 30 / III, Uruk Innin-ahhê-iddin, rab širki de l’Eanna, doit ramener
l’oblat fugitif Nabû-šuzibanni au temple. Il a trois
mois pour ce faire. S’il ne l’a pas ramené d’ici là, il
devra payer une mine d’argent à l’Eanna pour
compenser la perte de l’oblat.

Si cette documentation n’est qu’un aperçu de ce qui devait constituer un plus large
phénomène, les sources présentées montrent à quelles occasions les oblats peuvent font le choix

1263
[Kleber, 2012 : 221‑222].
1264
[Kleber, 2013 : 231‑232].

471
de fuir et l’importance pour les temples de prévenir cela. Nous avons déjà discuté la tablette YOS
XIX 112, dans laquelle plusieurs oblats mobilisés sur des travaux extérieurs à la ville d’Uruk sont
ramenés à l’Eanna. Un autre cas similaire se discerne à Sippar, qui a été étudié en détail par J.
MacGinnis. La tablette BM 60453 constitue le rapport d’inspection de la main-d’œuvre mobilisée
par l’Ebabbar, probablement pour des travaux de creusement de canaux. L’inspection (amirtu)
permet à l’administration du temple de garder à jour ses registres de travailleurs disponibles. Ce
type de liste établit aussi une classification des oblats mobilisés : ils sont distingués entre « aptes au
travail » (itbar), « déficients » (malala), « fugitifs » (halqu), et entre enfants (de trois, quatre et cinq
ans) et adultes (dans la force de l’âge ou âgés (šîbu)). C’est là l’un des rares textes qui nous indique
l’état des travailleurs actifs dans le cadre d’une mobilisation. Nous reprenons les chiffres établis par
J. MacGinnis : sur les cinquante-neuf oblats de cette liste, sept sont vieux ou déficients, trente-deux
sont aptes au travail, neuf sont des enfants, et onze sont fugitifs. Si une majorité de ces travailleurs
peuvent travailler efficacement, les enfants, vieux ou déficients sont probablement moins mobilisés.
Les enfants étant très jeunes, ils accompagnent pour la plupart leur père (leurs mères, si elles sont
présentes, ne sont pas mentionnées). Tout cela indique néanmoins les difficultés de l’Ebabbar pour
disposer d’une main-d’œuvre en grand nombre et qui soit disponible pour des tâches difficiles. La
difficulté du travail explique d’ailleurs très certainement la forte proportion de fugitifs. Sur la totalité
des oblats de cette liste, 19 % n’est ainsi plus présente sur le lieu de travail, et le temple doit alors
retrouver ces fugitifs. C’est aussi l’utilité de cette liste : identifier précisément qui s’est enfui.

La tablette Cyr. 292, comme l’a montré J. MacGinnis, fait partie du dossier de cette
mobilisation, six noms étant communs aux deux listes : quatre fugitifs (Itti-Šamaš-pâniya, Itti-
Šamaš-balâṭu, fils de Šamaš-eriba, Tattannu, fils de Rêmût, et son frère Šamaš-uballiṭ) et deux morts
(Šamaš-kilanni, Šamaš-ahhê-erîba, fils de Šamaš-ana-bîtišu). Pour ce qui concerne les deux oblats
décédés, Šamaš-kilanni est listé comme vieux et déficient dans BM 60453, tandis que Šamaš-ahhê-
erîba est fugitif. Parmi les fugitifs, Itti-Šamaš-pâniya, Itti-Šamaš-balâṭu et Šamaš-uballiṭ sont déjà
fugitifs selon BM 60453, tandis que Tattannu est simplement décrit comme apte au travail. La
distance chronologique entre les deux textes, entre une et trois années, indique la difficulté que
peut avoir le temple à retrouver ses oblats fugitifs. J. MacGinnis établit aussi clairement les relations
familiales entre fugitifs. Sept oblats fuient sans que nous puissions établir leurs liens familiaux.
Plusieurs paires de frères fuient ensemble : Tattannu et Šamaš-uballiṭ, fils de Rêmût, Bêl-êter-Šamaš

472
et Gadûpu, fils d’Iqiša, Mušêzib-Šamaš et Itti-Šamaš-pâniya, fils d’Uššaya. Dans tous les cas, ces
tentatives de fuite semblent avoir été accomplies en groupe1265.

Ces deux tablettes issues des archives de l’Ebabbar nous permettent en partie de
comprendre l’environnement du travail des oblats, et les raisons qui les poussent à s’enfuir, parfois
en groupe. Le reste de la documentation que nous avons listée indique quelles conséquences
surviennent après la fuite d’un oblat. La grande majorité des textes est composée de serments prêtés
par des personnes privées pour ramener au temple des oblats. Cela montre qu’il n’est pas rare
qu’après leur fuite, les dépendants du temple se dissimulent chez une personne privée, ou alors que
cette dernière se soit appropriée le travail du fugitif, sous la menace d’un retour dans les rangs des
travailleurs de leur temple.

Plusieurs de ces tablettes indiquent en effet un accueil par un individu d’un oblat fugitif,
durant lequel ce dernier travaille pour son hôte. Ces textes sont rédigés après que le temple s’en est
rendu compte : il établit alors une procédure afin de récupérer ses travailleurs dépendants. Pour les
tablettes YOS VII 044, YOS VII 050 et TCL XIII 161, cette situation s’analyse de la manière
suivante. Dans le premier cas, Guzânu doit ramener l’oblat Šamaš-nadin-šumi à l’Eanna. S’il ne le
fait pas, il doit payer une compensation pour le travail perdu par l’Eanna : cela indique que Guzânu
est en faute et qu’il ne s’agit pas d’une personne de bonne foi qui a simplement retrouvé un oblat
fugitif. Il a probablement disposé de cet oblat pour ses propres besoins. Dans le second cas, la
faute parait moins claire mais demeure plausible : Anum-ah-iddin fait le serment de ramener
Kînunaya, sinon il doit subir le châtiment du roi. Cette dernière clause nous fait penser qu’il ne
s’agit pas, là encore, d’une personne qui a simplement retrouvé un dépendant du temple. La tablette
TCL XIII 161 relate quant à elle l’appropriation du travail d’un oblat tisserand par un autre artisan,
sans doute indépendant. Bêl-iddin s’est emparé de Kubbutu. Il promet à l’Eanna de lui restituer
son travailleur dépendant. S’il ne le fait pas, il se rajoute une compensation à payer pour Bêl-nadin.
La fuite des oblats ne concerne donc pas seulement les travailleurs non-qualifiés, mais aussi les
artisans.

La fraude commise envers le temple est encore plus claire dans le texte YOS VII 102.
Comme nous l’avons résumé dans notre tableau, YOS VII 102, au-delà de la fuite de l’oblat Rêhêtu,
met en cause Gimillu, dont nous avons parlé à plusieurs reprises, pour s’être approprié son travail
et en avoir tiré des revenus en argent. Rêhêtu s’est enfui depuis son lieu de travail alors qu’il était

1265
Le texte Cyr. 276 (Cyr. 7, 12 / X), par sa proximité temporelle, est peut-être lié à ces fuites : il s’agit d’un reçu
de 45 kilos de fer par un forgeron de l’Ebabbar. Une partie de ce fer provient des chaînes qui servaient à entraver
des oblats qui se sont enfuis.

473
membre d’une équipe de laboureurs, en l’an 8 de Cyrus. Gimillu l’a retrouvé deux ans plus tard,
mais au lieu de le ramener à l’Eanna, il décide de louer à son profit le travail de cet oblat. Il le loue
tout d’abord à Sîn-ibni, fils de Nabû-zabâdu, puis il est transféré à Nabû-nadin, trésorier de Ša-Kî-
Nabû. Les raisons de ce déplacement de l’oblat sont peu claires, mais il est possible que Gimillu ait
tenté d’éloigner Rêhêtu de la ville d’Uruk afin que son méfait soit moins facilement détecté. Il
profite ainsi de sa position au sein de l’administration du temple après avoir retrouvé un oblat
fugitif pour développer ses propres revenus. Rêhêtu peut difficilement avoir quelque chose à en
redire, sa situation juridique auprès de l’Eanna étant déjà fort précaire après une fugue de deux ans.
Toute cette affaire est finalement découverte par l’Eanna. Plusieurs traces écrites, en plus des
témoignages de Rêhêtu et Sîn-ibni, sont à charge contre Gimillu. Les conséquences juridiques pour
Gimillu et Rêhêtu ne sont toutefois pas indiquées. Gimillu continue de travailler pour l’Eanna
pendant plusieurs années par la suite.

Les autres cas de fuites d’oblats ne concernent pas leur dissimulation aux yeux du temple
par des personnes privées. Trois autres tablettes documentant des oblats enfuis, et certaines
engagent la responsabilité d’officiers du temple pour les retrouver. Selon BM 114671, Ša-Ištar-lišlim
s’est enfui de son lieu de travail alors qu’il était mobilisé pour la surveillance des rives du Tigre. Il
a été retrouvé et la tablette indique sa peine en cas de récidive : des marques sur son corps afin qu’il
soit identifié publiquement comme oblat fugitif. YOS VII 108 et AnOr VIII 079 concernent quant
à elles des officiers du temple devant retrouver des oblats fugitifs. Dans le premier cas, Ištar-âlik-
pâni, rab širki, est responsable de la récupération, non pas de Nanaia-iddin, mais de l’argent qui sert
d’équivalent aux rations qu’il a reçues au cours de sa mobilisation pour des travaux à Babylone.
Dans le second cas, Innin-ahhê-iddin, un autre rab širki bien connu, doit retrouver Nabû-šuzibanni
dans les trois mois. S’il n’y arrive pas, il doit payer une mine d’argent, considéré comme égale à la
valeur de l’oblat perdu.

S’ajoute enfin le cas des fuites d’oblats lors de mobilisations à l’extérieur de leur ville
d’origine lorsque le temple ne peut plus assurer leur alimentation. Cette situation se discerne
particulièrement dans le dossier de la famine à Uruk au début du règne de Cambyse, étudié en détail
par K. Kleber1266. Dans le cadre de la construction de canaux près de Babylone, des oblats de
l’Eanna sont mobilisés pour y travailler. Toutefois, plusieurs lettres des officiers encadrant cette
main-d’œuvre indiquent leurs problèmes pour obtenir des rvivres afin d’alimenter leurs travailleurs,
et plusieurs décès sont notamment mentionnés : MM 504 1267 mentionne quarante travailleurs

1266
[Kleber, 2013].
1267
[Kleber, 2013 : 228].

474
décédés du fait du manque de nourriture et du climat hivernal, parmi ceux mobilisés pour le
creusement du canal près de Babylone. Une seule mention est faite de leur fuite (YOS III 069),
probablement en l’an 3 de Cambyse, au moment où la crise alimentaire a atteint son paroxysme.
Nabû-ah-iddin, mobilisé à Bît-Dababa 1268 , écrit à l’administration de l’Eanna pour décrire la
situation des travailleurs. Il ne peut plus engager de journaliers, car ils sont pour la plupart partis à
la récolte des dattes au mois VII de l’année en cours, tâche pour laquelle ils peuvent être bien mieux
rémunérés grâce à la forte demande en main-d’œuvre à ce moment-là. Ainsi, ils demandent à Nabû-
ah-iddin d’être payés six sicles d’argent par mois pour chaque travailleur, somme que ne peut
débourser l’administrateur du temple. Il ne reste donc à Nabû-ah-iddin que des dépendants, forcés
de travailler pour le creusement d’un canal. Les circonstances sont alors critiques. Il semble que
Nabû-ah-iddin ait fait face depuis quelques temps à une forte colère de ces oblats au sujet de leur
alimentation (YOS III 0191269, probablement écrite en l’an 2 de Cambyse). Progressivement, face
au manque de main-d’œuvre, le temple envoie à Nabû-ah-iddin d’autres dépendants, sans rations,
qui ne restent que peu de temps avant de s’enfuir. Selon YOS III 069, Nabû-ah-iddin demande à
ses supérieurs d’acheter dans d’autres villes des céréales et des dattes afin de pouvoir maintenir les
oblats au travail. Les fuites d’oblats se manifestent ainsi en cas de crise dans le fonctionnement
habituel de leur mobilisation, lorsque le temple ne peut plus assurer leur entretien et alimentation.

Comme l’ensemble de cette documentation le montre, le problème de la fuite des oblats


n’est donc pas rare. Lors de mobilisations, une large portion de la main-d’œuvre dépendante peut
s’enfuir et ceci devait être présent à l’esprit de l’administration des temples. Toutefois, il semble
que les moyens à leur disposition pour les retrouver soient assez limités et une longue durée peut
s’écouler avant qu’un oblat fugitif ne soit récupéré. Un autre problème pour ces institutions est
l’appropriation par des personnes privées, voire par des officiers du temple, d’oblats fugitifs et qui
s’en servent pour leur propre bénéfice. Dans ces cas-là, il y avait sans doute plus de chances pour
les temples de retrouver les oblats perdus, du fait de l’importance de ces institutions au niveau
local : l’information quant à la présence de travailleurs dissimulés chez des particuliers devait
circuler et parvenir jusqu’aux administrateurs du temple à un moment ou à un autre. Les fuites en
groupe paraissent plus difficiles à régler. La solidarité des oblats dans ces situations, face à un travail
pénible et refusé, peut être plus forte que leur encadrement par des officiers du temple et leur
enchaînement. Malheureusement, nous ne disposons d’aucune information sur le destin de ces
dépendants qui peuvent avoir réussi leur fuite pour le restant de leur vie. Toutes ces affaires
permettent en tout cas de comprendre comment la population dépendante pouvait être perçue aux

1268
[Tolini, 2011 : 62‑66].
1269
[Kleber, 2013 : 230].

475
yeux de l’administration des temples : la possibilité d’une fuite de ces travailleurs est toujours
présente, notamment lors de leurs déplacements pour aller travailler hors des domaines du temple.
C’est là le premier indice que les oblats sont vus comme une classe dangereuse qu’il faut à tout prix
contrôler, par différents moyens. Nous avons vu comment les oblats peuvent être enchaînés ou
marqués, nous verrons aussi quelles autres formes de répression existaient contre les dépendants
fugitifs et criminels. Nous allons maintenant nous intéresser à cette deuxième catégorie : les oblats
s’attaquant aux représentants ou aux biens des temples.

Les archives de l’Eanna contiennent plusieurs tablettes documentant des délits ou des
crimes commis par des oblats. Elles sont présentées dans le tableau suivant.

Délits et crimes d’oblats de l’Eanna


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
YOS VI 1481270 Nbn. 9, 08 / IX, Uruk Demande de témoignage contre Nergal-nûri, oblat
de l’Eanna d’origine égyptienne. Il est accusé
d’avoir pêché illégalement dans les étangs de
l’Eanna et d’avoir volé différents bois et végétaux
(saule, peuplier, roseaux) dans les domaines du
temple. Il doit restituer au trentuple ce qu’il s’est
approprié.
YOS VI 175 + YOS Nbn. 12, 07 / XIIa, Uruk Plusieurs témoignages, rédigés le même jour ou le
VI 191 + YOS VI lendemain, au sujet de différents vols commis par
214 1271 + YOS VI Kalbi-Bâbu, oblat orfèvre de l’Eanna. Il est accusé
210 du vol d’un ornement-tariktu en or rouge puis de sa
vente (YOS VI 175). Le témoignage de Nâdinu, fils
de Hasanu, est garanti par Kalbaya, fils de Marduk-
apla-iddin. La responsabilité juridique de Nâdinu
est engagée : s’il ne témoigne pas mais qu’une
preuve du vol est apportée au temple, alors Nâdinu
doit payer trente fois la valeur de l’objet. Les autres
témoignages le mettent en cause pour de possibles
vols d’argent ou d’or qui ont pu lui être alloués pour
divers travaux., ainsi qu’un autre voleur, Itti-Šamaš-
Balâṭu. Selon YOS VI 210, il restitue au temple une
partie de l’argent volé (un sicle et demi).

1270
[Beaulieu, 2003 : 167].
1271
[Renger, 1971 : 501]

476
AnOr VIII 021 + Nbn. 14, 17 / V, Uruk / Déclaration d’Isinnaya, esclave de Rêmût-Bêl, où il
JCS 28 n°39 + [sans date] liste à l’administration de l’Eanna tous ses
GCCI II 3501272 complices dans un vol. Il est le chef d’une bande de
quarante voleurs. L’un d’entre eux est un oblat
(Lâbâši), le reste sont des esclaves et des hommes
libres. Les détails sont précisés dans JCS 28 n°39 et
GCCI II 350, où plusieurs des voleurs présents
dans AnOr VIII 021 avouent le cambriolage de
plusieurs maisons. Ils y ont pris de la viande, deux
moutons et des vêtements. Leur butin sur
l’ensemble de leur carrière criminelle devait être
bien plus important.
TCL XII 1171273 Nbn. 16, 21 / IX, Uruk Témoignage de plusieurs personnes contre Ibni-
Ištar, fils d’Amêl-Nanaia. Il a agressé Ilî-rêmanni,
officier royal chargé de l’Eanna, en brandissant un
couteau contre lui. Ibni-Ištar semble avoir été
arrêté, son arme est mise sous scellés.
YOS VI 1081274 Nbn. 16, 22 / IX, Uruk Promesse de témoignage d’Ibnaya, fils d’Iddin-
Nabû, descendant de Kidin-Marduk contre Ibni-
Ištar, fils d’Amêl-Nanaia, oblat de l’Eanna. Il est
accusé d’avoir cambriolé sa maison. Six oblats qui
y travaillaient l’ont aidé, peut-être à leur insu. Son
butin n’est pas indiqué, mais il a tué une chèvre et
un canard.
YOS VII 0881275 Cyr. 2, 21 / [x], Uruk Déclaration de plusieurs membres du personnel de
l’Eanna auprès de l’administration du temple
concernant l’oblat Basiya, fils de Nabû-kešir. Il était
emprisonné dans l’entrepôt royal, mais il s’est enfui
et a agressé ses poursuivants. Il a ensuite été
rattrapé et amené devant les autorités de l’Eanna,
en attendant une future procédure contre l’oblat.
YOS VII 128 Camb. 2, 13 / VII, Uruk Témoignage d’Ištar-âlik-pâni, oblat et pasteur de
l’Eanna, contre Bêlšunu, un autre oblat. Il a
emporté et tué une brebis depuis les troupeaux de

1272
[Joannès, 2000 : 215‑217].
1273
[Joannès, 2000 : 209].
1274
[Joannès, 2000 : 209].
1275
[Dandamaev, 1984 : 493‑494 ; Holtz, 2009 : 272‑273]

477
l’Eanna sous la responsabilité d’Ištar-âlik-pâni, puis
il a l’agressé avec le cordon de son sceau-cylindre
en déclarant : « C’est ainsi que Gubâru et Parnaka
font plier l’échine aux gens ! ». La culpabilité de
Bêlšunu semble reconnue par l’assemblée, mais la
fin de la tablette est assez cassée.
YOS VII 132 Camb. 2, 02 / [x], Uruk Procédure au sujet du vol de 7 ovins (4 agneaux, 3
chevreaux) appartenant au troupeau de Nanaia-ah-
iddin, fils de Nergal-ina-têši-êtir, et de son fils
Nidintu. Ces deux oblats ont déclaré le vol à Nabû-
ah-iddin, l’officier royal chargé de l’Eanna. Trois
oblats ont retrouvé un des ovins marqués d’une
étoile chez Ištar-zêr-ušabši. Ce dernier a reconnu
les faits.
YOS VII 1461276 Camb. 3, 22 / X, Uruk Procédure contre plusieurs oblats. Anu-šar-uṣur,
fils d’Ištar-šum-iddin, oblat et berger de l’Eanna,
est accusé de s’être enfui puis d’avoir volé le Sceptre
Divin (dhuṭaru) de l’Eanna au šatammu du temple,
grâce auquel il a pu s’emparer auprès de différents
bergers des ovins, pour son propre bénéfice. Il a été
rattrapé et emprisonné par Marduk-mukîn-apli, fils
d’Adad-sir-hanana, puis confié à un représentant
du šatammu. Mais Anu-šar-uṣur réussit à s’enfuir.
Puis Ištar-zêr-ibni, fils d’Ina-têši-êtir, oblat chargé
de nourrir les bœufs du roi, a retrouvé Anu-šar-
uṣur, mais lui a pris 10 sicles d’argent et il l’a laissé
s’enfuir. A nouveau, Ištar-zêr-ibni s’est lui-même
enfui après avoir libéré les bœufs dont il avait la
responsabilité. Il est retrouvé par le temple, et il
avoue son méfait au sujet d’Anu-šar-uṣur.
YOS VII 1521277 Camb. 3, 22 / X, Uruk Procédure contre Ištar-zêr-ibni, fils d’Ina-têši-êtir,
oblat de l’Eanna. Il avait fait le serment, au sujet
d’oblats fugitifs, de ne pas leur prendre leur argent
et leurs biens puis les laisser s’échapper s’il les
trouvait. Mais deux autres oblats témoignent contre

1276
[Dougherty, 1923a : 56 ; Dandamaev, 1984 : 490 ; Beaulieu, 2003 : 311‑313 ; Ragen, 2007 : 633‑636].
1277
[Ragen, 2007 : 636‑639].

478
lui, déclarant qu’avec Balâṭu, fils de Šulaya, ils ont
pris l’argent et les rations de deux oblats. Ainsi, ils
ont pris 3 sicles d’argent et de la bière à Iqišaya, puis
2 sicles d’argent et de la bière à Šamšaya. Puis, ils
les ont laissé s’échapper.

La grande majorité des méfaits commis par des oblats de l’Eanna sont des vols, parfois
accompagnés ou ayant pour conséquence des actes de violence contre des personnes. La plupart
des vols concernent la propriété du temple.

Différents secteurs de l’économie du temple ont ainsi été touchés par des vols commis par
des oblats. Selon YOS VI 148, un oblat Nergal-nûri, présenté comme d’origine égyptienne, a pêché
sans autorisation dans les étendues d’eau poissonneuse appartenant à l’Eanna. De plus, il s’est
approprié des quantités non précisées de saule, de peuplier, et des roseaux. Les roseaux proviennent
aussi des étangs de l’Eanna1278, mais le saule et le peuplier, ainsi que des branches (huṣabu), sont
issus des « champs » (eqlû) et de la « forêt » (qištu) du temple. Le bois est présent en faible quantité
dans le sud de la Babylonie, il s’agit donc d’une matière précieuse pour le temple. La pêche de
poissons, réservés pour les offrandes religieuses1279, ou le vol de bois sont donc des délits graves
du point de vue du temple, touchant à des biens disponibles en faible quantité. Nergal-nûri a
visiblement réussi à s’échapper avec son butin et le temple énonce sa peine au cas où il serait
retrouvé.

Un délit sans doute encore plus grave est celui commis à plusieurs reprises par l’oblat-
orfèvre Kalbi-Bâbu. Plusieurs tablettes indiquent en effet les vols qu’il a commis d’objets en or du
temple, mais aussi de matières premières dont il avait la responsabilité pour la réalisation de
commandes de l’Eanna. Selon YOS VI 148, Il s’est emparé d’un « tariktu » (élément ornemental
dont la forme nous est inconnue) en or rouge, puis l’a vendu à Nâdinu, fils de Hasanu, sans que ce
dernier soit au courant de l’origine de l’objet. Il n’est pas impossible que Kalbi-Bâbu soit l’artisan
qui a produit le « tariktu ». Il s’agirait alors d’une commande du temple. Kalbi-Bâbu aurait ainsi
choisi de le vendre pour son propre bénéfice, sans que l’Eanna soit au courant – cela semble avoir
échoué. Deux autres tablettes (YOS VI 191 et YOS VI 214) le mentionnent aussi comme voleur.
Ces documents ne mentionnent pas des faits précis reprochés à Kalbi-Bâbu. Elles sont des
demandes de témoignages concernant, dans le premier cas, Nabû-êtir, fils de Bêl-aha-ušabši, et

1278
Voir [Kleber, 2004a : 135‑139] concernant l’organisation de l’économie du poisson au sein de l’Eanna.
1279
Notamment pour Ištar et Nanaia : [Beaulieu, 2003 : 165‑167, 212].

479
dans le second Nabû-mukîn-zêri, fils de Marduk-êtir, connus et / ou soupçonnés par l’Eanna
d’avoir reçu des métaux précieux volés. La responsabilité de ces vols et du recel associé est placée
sur Kalbi-Bâbu ainsi qu’un autre voleur, Itti-Šamaš-Balâṭu. A cette période, ce dernier est en effet
connu comme voleur d’argent des sanctuaires de l’Eanna (YOS VI 2351280, Nbn. 12, 27 / XIIa,
Uruk). L’ensemble de ces documents concernent ainsi une enquête effectuée par l’administration
de l’Eanna pour retrouver son or et son argent volé et inculper les responsables, dont l’oblat Kalbi-
Bâbu. L’accès dont dispose ce type d’artisan aux matières précieuses appartenant au temple se
révèle être un risque pour l’Eanna. Les oblats-artisans, moins encadrés que le reste de la population
dépendante, peuvent peut-être plus facilement s’emparer de ces métaux. Toutefois, il s’agit d’un
des seuls cas où un oblat qualifié de l’Eanna est coupable d’un tel délit. Il semble avoir restitué une
partie de l’argent qu’il a volé selon YOS VI 210.

Plusieurs affaires de vols concernent les troupeaux de l’Eanna. Si l’on suit la tablette
YOS VII 132, le vol de sept ovins du temple est déclaré par les deux oblats père et fils chargés de
leur garde. Après une rapide enquête par l’administration du temple, les ovins sont retrouvés chez
un certain Ištar-zêr-ušabši par trois oblats qui ont identifié un chevreau marqué d’une étoile. Sans
patronyme ni nom d’ancêtre, il est difficile d’identifier cet homme. Cela indique qu’il s’agit d’un
oblat, coupable du vol à partir des troupeaux de son temple. Mais une autre affaire présente une
situation où ce sont les oblats responsables de troupeaux eux-mêmes qui sont coupables de tels
vols. Cela est visible dans la tablette YOS VII 146, où un vol d’une certaine ampleur par Anu-šar-
uṣur est réalisé. Il s’est tout d’abord enfui de son lieu de travail, puis a volé le Sceptre Divin (dhuṭaru)
de l’Eanna. Cet objet symbolise l’autorité juridique du temple et pouvait être utilisé par des officiers
de l’Eanna pour être identifiés comme tels auprès de bergers1281. Dès lors, grâce à ce sceptre, Anu-
šar-uṣur s’est emparé de plusieurs ovins, sans les ramener au temple. Après sa fuite, il peut ainsi
rester en cavale, en se nourrissant des animaux ou en les vendant. Mais il est rattrapé par un certain
Marduk-mukîn-apli, peut-être un officier du temple. Celui-ci l’entrave et le livre à un représentant
de l’administrateur de l’Eanna. Toutefois, lors de son transfert, Anu-šar-uṣur réussit de nouveau à
s’enfuir. Il est repéré par Ištar-zêr-ibni, un autre oblat coupable de délits contre le temple. Il est
responsable de bovins royaux, gardés par l’Eanna. Il s’est lui aussi enfui de son lieu de travail et a
libéré les bœufs. Après avoir retrouvé Anu-šar-uṣur, il l’attache, mais le laisse partir après lui avoir
pris dix sicles d’argent. La tablette se termine avec l’aveu d’Ištar-zêr-ibni. De fait, Anu-šar-uṣur
n’est pas la seule victime d’Ištar-zêr-ibni, comme le montre YOS VII 152 : lui et un certain Balâṭu,

1280
[Joannès, 2000 : 214‑215].
1281
K. Kleber, communication dans le cadre d’une invitation à la Maison d’Archéologie et d’Ethnologie de
Nanterre en avril 2016.

480
fils de Šulaya, y sont identifiés comme coupables d’avoir racketté des oblats fugitifs avant de les
laisser de nouveau s’enfuir. Ils profitent ainsi de la peur des dépendants en fuite pour s’approprier
des sommes d’argent mais aussi des rations alimentaires. Les deux tablettes datent du même jour,
mais nous pouvons supposer qu’Ištar-zêr-ibni et Balâṭu ont commis de tels actes sur une plus
longue durée. La procédure engagée par le temple contre eux tente de résumer les faits qui leur
sont reprochés et de mettre fin à leurs délits.

Enfin, au moins un oblat est identifié parmi les « quarante voleurs » qui cambriolent
plusieurs maisons en l’an 14 de Nabonide (AnOr VIII 021 + JCS 28 039 + GCCI II 350). Dans
le cas présent, des biens de l’Eanna ne paraissent pas avoir été volés. Il s’agit de maisons d’individus
privés. La plupart des voleurs sont soit des personnes indépendantes (quelques artisans), soit des
esclaves. Ils constituent un groupe criminel organisé, travaillant en équipe dans le vol de biens
privés. Rien n’indique que Lâbâši, oblat boulanger, soit fugitif. Il est tout à fait possible qu’il ait
commis ce type d’acte à côté de ses travaux pour le temple, accompagné de ses complices. Cela
constitue un indice supplémentaire de la manière dont le temple pouvait percevoir sa population
dépendante : des travailleurs qui peuvent à certaines occasions être un danger pour sa propriété et
pour la société d’Uruk.

Certains de ces vols s’accompagnent d’actes de violence, ou ont pour conséquence une
agression contre un officier rattaché au temple. Deux tablettes, rédigées sur deux jours à la suite,
concernent l’oblat Ibni-Ištar et ses délits. Selon YOS VI 108, il a cambriolé la maison de Baniya,
fils d’Iddin-Nabû. Dans cette maison se trouvaient sept oblats, qui ont accueilli Ibni-Ištar avant
qu’il ne réalise son cambriolage et n’égorge un chevreau et des canards présents dans la basse-cour
de la maison. La tablette engage Baniya à la véracité de son témoignage, sinon il doit subir le
châtiment du roi. Cela indique que Baniya se trouve peut-être en faute dans cette situation : il est
possible que les oblats en question se trouvent chez lui illégalement et qu’il les utilise pour ses
propres travaux à l’insu de l’Eanna. L’autre hypothèse serait qu’il s’agit d’un exploitant agricole
pour le compte de l’Eanna et qu’il dispose de travailleurs dépendants pour réaliser ses récoltes.
Arrive Ibni-Ištar, dont nous ne connaissons pas les origines. Est-il un oblat fugitif qui cambriole
pour alimenter les ressources utiles à sa fuite ? Cela paraît plausible. Il profite de la solidarité d’autres
dépendants pour cela et tue des animaux, probablement pour sa consommation personnelle. La
veille du témoignage de Baniya, un autre a été rédigé à charge contre Ibni-Ištar : plusieurs témoins
l’ont vu agresser avec un couteau Ilî-rêmanni, officier royal chargé de l’Eanna. La chronologie est
problématique, car nous ne savons si les textes ont été rédigés rapidement après les faits. Cela
permettrait de mieux comprendre le suivi des événements concernant Ibni-Ištar. Comme le
couteau a été récupéré et mis sous scellés, il est possible que ces deux tablettes ont été rédigées

481
dans le cadre d’une enquête générale contre Ibni-Ištar, à la suite des faits. Dans tous les cas, il
apparaît comme un oblat capable de violence1282 contre les représentants de l’autorité.

Un autre vol accompagné simultanément de violence est lisible dans la tablette


YOS VII 128. Nous retrouvons Ištar-âlik-pâni, oblat et officier de l’administration de l’Eanna. Il
est ici responsable d’ovins de troupeaux du temple. Il témoigne des actes d’un oblat nommé
Bêlšunu : celui-ci a volé une brebis d’un des troupeaux dont il avait la charge et qui appartenait à
l’Eanna (l’animal est en effet marqué d’une étoile). Peu de temps après, Bêlšunu tue la brebis, sans
doute pour s’en nourrir. Ištar-âlik-pâni le retrouve et le réprimande à ce sujet. La réaction de
Bêlšunu n’était certainement pas attendue par Ištar-âlik-pâni : il agresse directement l’officier de
l’Eanna et tente de l’étouffer grâce au cordon de son sceau-cylindre porté au cou (kudurru). Il déclare
en même temps : « C’est ainsi que Gubaru (gouverneur de Babylone) et Parnaka (représentant
principal de l’administration achéménide) font plier l’échine aux gens ! ». L’expression identifie
deux agents de l’administration achéménide comme figures d’une violence exercée contre le peuple
babylonien, au cours du règne de Cambyse marqué par des mobilisations importantes de ressources
et de main-d’œuvre au profit de l’empire perse. Il s’agit ainsi d’une figure, probablement à l’esprit
de beaucoup de personnes alors, utilisée par Bêlšunu contre un représentant du pouvoir du temple.
La situation sociale semble ainsi inversée et Bêlšunu se venge de son maître. Les difficultés
rencontrées et le travail pénible réalisé par les oblats devaient être lourds de conséquences pour
cette population dépendante, mal considérée et constamment exploitée par le temple. Bêlšunu tente
de s’en sortir par la fuite et le vol, mais confronté à ses délits par Ištar-âlik-pâni, la violence se
retourne contre ce dernier. Malheureusement, la fin de la tablette étant peu lisible, nous ne savons
pas quelle peine est prononcée contre Bêlšunu.

YOS VII 088 constitue un dernier exemple de cette violence exercée contre des
représentants de l’autorité. Il s’agit du témoignage de deux portiers et d’un artisan du roseau (fils
d’un des deux hommes) contre Basiya, fils de Nabû-kišir, oblat de l’Eanna. Il était enfermé dans
un entrepôt royal pour un délit que nous ne connaissons pas, mais qui ne devait pas concerner
directement les biens du temple. Les deux portiers, Ana-Eanna-turru (lié à l’entrepôt royal) et Rîmût
(surveillant la porte Šulmu), étaient certainement mobilisés pour la garde de l’entrepôt où Basiya
était enfermé et ses environs. Celui-ci réussit à s’enfuir jusqu’à la porte Šulmu, rapidement rattrapé
par les portiers. Au moment de sa fuite, l’oblat brandit un coutelas en fer contre les deux hommes,
mais cela ne suffit pas à contrer l’avance des portiers. Il est finalement entravé et amené à l’Eanna,
du fait de son statut de dépendant. Il y a ainsi collaboration entre les administration royale et

1282
[Jursa, 2014 : 7].

482
templière dans le cadre de la gestion des travailleurs criminels : si le premier délit inconnu de Basiya
paraît avoir été contre les biens de la royauté, c’est l’Eanna qui statue de son sort suite à cette fuite,
avant un possible procès face à une cour de justice royale. Nous disposons ici d’un autre exemple
d’un oblat violent qui tente de s’échapper de sa condition sociale et qui n’hésite pas à recourir à la
violence pour ce faire. Ce type d’affaire doit certainement influencer la perception de ces travailleurs
par le temple, une population qui peut se révéler indocile et rebelle à toute forme d’autorité.

Après avoir aperçu différentes situations de fuites, crimes et délits accomplis par des oblats,
demeure la question suivante : quelle forme de répression exerce le temple contre ses dépendants
coupables de tels actes ? L’une des mieux connues est celle que nous allons maintenant étudier :
l’emprisonnement dans la prison du temple, le bît kîli.

L’emprisonnement des oblats de l’Eanna et de l’Ebabbar

Le bît kîli est une prison des temples de l’Eanna d’Uruk et de l’Ebabbar de Sippar. Nous
disposons d’un peu plus d’une centaine de textes issus des deux archives documentant cette
institution. Les cent-dix textes disponibles mentionnant le bît kîli peuvent être répartis de la manière
suivante :

• Quarante-six textes proviennent de l’Eanna, soixante-quatre de l’Ebabbar.


• Sur les quarante-six tablettes de l’Eanna, trente-huit sont des reçus d’orge, de farine
ou de fer pour la fabrication de chaînes, six sont des documents liés à une procédure
judiciaire, auxquels s’ajoutent une liste de personnel et une dépense d’argent pour
des rations.
• Sur les soixante-quatre tablettes de l’Ebabbar, nous comptons trente-trois reçus
d’orge, de farine ou de fer, vingt-trois « letter-orders »1283, cinq comptes de farine,
une libération d’un oblat de prison et deux paiements en argent à des gardes.

La prison des temples a deux fonctions : l’emprisonnement et la répression de certaines


catégories de personnes (avant tout des oblats, mais aussi des esclaves privés), et une fonction
économique par la production de farine utilisée dans les offrandes aux divinités et pour les rations
des travailleurs du temple. Nous allons tout d’abord nous intéresser à la première.

Plusieurs tablettes liées à des procédures judiciaires nous permettent d’étudier


l’emprisonnement d’oblats et d’esclaves dans le bît kîli, ses causes ainsi que les conditions dans

1283
Des ordres de l’administration pour l’assignation de produits entreposés par le temple qui prennent la forme
de courtes lettres.

483
lesquelles les prisonniers vivent. La plupart de ces textes proviennent de l’Eanna. Nous résumons
nos sources dans le tableau suivant :

Emprisonnement dans le bît kîli et répression des délits des oblats


Texte Date et lieu de rédaction Résumé
CT LV 220 Nbn. 4, 02 / III, Sippar Livraison d’un poids total de 260 sicles de chaînes en
fer pour la prison du temple par le forgeron Nabû-
ile’i.
CT LV 254 Nbn. 15, 29 / IV, Uruk Livraison d’une chaîne et de deux anneaux en fer
(poids total : 540 sicles) au chef de la prison Šamaš-
iddin, fils de Bêl-atta-le’i.
YOS XIX 296 Nbn. 15, 10 / VIII, Uruk Reçu de 230 sicles de fer par Hašdaya, forgeron, pour
la production de chaînes à livrer au chef de la prison,
Nanaia-ah-iddin, fils d’Arad-Nanaia.
YOS VII 077 Cyr. 8, 27 / XII, Uruk Déclaration concernant Šamaš-bêl-kullâti, oblat
enchaîné et confié à son frère Anu-zêr-ušabši, fils de
Lâbâši, pour hacher de la paille pour les étables
royales. S’il est vu de nouveau au cabaret, son frère
sera lui aussi réprimandé.
YOS VII 097 Camb. 0, 19 / IX, Uruk Déclaration du responsable de la prison, Nanaia-ah-
iddin, fils d’Arad-Nabû, auprès de l’officier royal
chargé de l’Eanna au sujet d’une tentative d’évasion.
Nargiya, fils d’Ilî-gâbari, oblat bouvier, et Šamaš-bêl-
kullati, fils de Lâbâši (présent dans YOS VII 077),
ont tenté de former une évasion collective de la
prison. Ils ont agressé un autre oblat surveillant de la
prison, Damqaya, alors que ce dernier était
responsable de la production d’orge et de farine. Ils
ont pris un ciseau en fer pour faire une brèche dans
le mur de la prison, en tentant de motiver le reste des
prisonniers à les accompagner. Ils en ont été
empêchés par Damqaya, jusqu’au moment où le chef
de la prison et des gardes les ont arrêtés. Plusieurs
déclarations suivent après ce récit. Les deux oblats
avouent les faits et nomment leurs complices :
Nidintu (oblat travaillant à Raqqat-Šamaš), Šamaš-
ab-uṣur (esclave de Šamaš-ibni, fils de Gimillu). Leur

484
ciseau de fer est examiné : c’est fMannu-idassu-idi,
servante de Lâbâši, le père de Šamaš-bêl-kullati, qui
avoue lui avoir transmis cet outil.
YOS VII 106 Camb. 1, 13 / XI, Uruk Déclaration devant plusieurs notables de Madânu-
šar-uṣur, officier du Pays de la Mer (le golfe
Persique). Il transfère Išarum, esclave d’un certain
Hurummanu1284, à la prison de l’Eanna.
TCL XIII 151 Camb. 2, 12 / I, Uruk Décision concernant Nabû-šum-uṣur, fils de Silim-
Bêl, oblat-laboureur de l’Eanna. Celui-ci avait été
emprisonné à la suite d’une plainte d’Adad-uballiṭ et
Lû-dinni. Ces derniers semblent s’être rétractés et
une décision et prise par l’Eanna au sujet de l’oblat.
La tablette étant assez cassée, cette décision n’est pas
entièrement lisible. De plus, les faits reprochés à
Nabû-šum-uṣur ne sont pas mentionnés.
YOS VII 137 Camb. 3, 30 / XII, Uruk Procédure judiciaire concernant cinq hommes
enfermés dans la prison de l’Eanna. Il est d’abord
rappelé leurs antécédents : Dummuqu, fils de Balṭiya,
emprisonné car il a vendu sa fille ; Itti-Nanaia-înîya
et Sûqaya, deux oblats qui ont fui les champs où ils
travaillaient ; Anu-zêr-ibni, oblat blanchisseur et rab
ešerti, qui a abandonné son poste de travail ; Ubâru,
un oblat du sanctuaire de Nergal à Udannu. Ces
hommes ont été emprisonnés par Nabû-šum-ukîn,
officier chargé des temples. La tablette concerne la
déclaration de quatre des prisonniers contre
Dummuqu auprès du šatammu et de l’officier royal
chargé de l’Eanna : Dummuqu aurait prononcé des
paroles de lèse-majesté. Il est décidé par les officiers
de l’Eanna d’envoyer ces hommes à Babylone pour
un procès contre Dummuqu dans lequel les quatre
témoins apporteraient confirmation de leur propos.
Ils sont escortés par Gimillu (rab ešerti) et Nabû-iksur,
deux oblats de l’Eanna. Si les prisonniers s’enfuient,
Gimillu et Nabû-iksur subiront le châtiment du roi.

1284
Ce nom est d’origine ouest-sémitique selon [Zadok, 2003b : 493], indication de la composition sociale et
ethnique particulière de la région du pays de la Mer.

485
Cette documentation permet de comprendre pour quels délits et crimes des personnes
peuvent être enfermés dans la prison du temple, la composition sociale des prisonniers, ainsi que
les conditions de cet emprisonnement. Certaines de ces procédures font le récit d’actes de violence
commis au sein de la prison.

Un premier cas intéressant est celui de Šamaš-bêl-kullati, documenté par deux tablettes
espacées dans leur rédaction de neuf mois. Il s’agit d’un oblat de l’Eanna, déjà condamné une
première fois selon YOS VII 077. Le délit qu’il avait alors commis n’est pas mentionné : il est
possible qu’il s’agisse d’un fugitif, plus certainement d’un oblat indiscipliné au travail selon ce qui
lui est interdit dans cette tablette. Nous comprenons notamment que l’emprisonnement dans le bît
kîli n’est pas forcément la première peine prononcée contre des oblats ayant commis un délit ou
un crime. YOS VII 077 documente en effet plutôt un cas de liberté conditionnelle. Šamaš-bêl-
kullati est placé auprès de son frère Anu-šar-uṣur chargé de nourrir des animaux royaux pour le
compte de l’Eanna. Il doit travailler à la préparation de la paille pour nourrir les animaux. Si jamais
il est de nouveau vu au cabaret (bît sâbi), son frère subira une peine. C’est donc le comportement
indiscipliné de Šamaš-bêl-kullati qui lui est reproché par le temple, notamment son alcoolisme. De
plus, la responsabilité de maintenir cette discipline est placée sur son frère, un autre oblat. Avant
d’emprisonner les oblats considérés comme fautifs par l’Eanna, une telle solution peut être décidée
afin de faire travailler sa population dépendante.

Mais cela ne semble pas avoir été suffisant si l’on en croit YOS VII 097. Nous retrouvons
en effet Šamaš-bêl-kullati, mais cette fois-ci emprisonné au bît kîli. Aucun fait précis n’est indiqué
comme raison de son emprisonnement, mais il paraît très probable que ce soit son refus de se
soumettre à l’autorité du temple qui ait joué. Lui ainsi que Nargiya (oblat-bouvier), Nidintu (oblat)
et Šamaš-ab-uṣur (esclave), avec la complicité d’une servante du père de Šamaš-bêl-kullati, fMannu-
idassu-idi, tentent de s’évader de la prison. Damqaya, un oblat alors chargé de surveiller les
prisonniers, est agressé par Šamaš-bêl-kullati et Nargiya, grâce à la corde d’un pendentif porté par
Damqaya. A l’aide d’un ciseau en fer, ils font une brèche dans le mur de la prison, mais sont
interrompus par Damqaya, Nanaia-ah-iddin (le chef de la prison) et d’autres surveillants.
YOS VII 097 constitue ainsi l’ensemble des preuves et témoignages concernant cette affaire, avant
le procès proprement dit qui doit établir les peines des prisonniers récidivistes. Cette tablette
indique aussi que les oblats ne sont pas les seuls prisonniers du bît kîli : un esclave s’y trouve,
probablement pour avoir commis lui aussi un délit contre l’Eanna.

486
YOS VII 137 est un autre exemple de la relative diversité sociale des prisonniers du bît kîli
de l’Eanna. Pour divers délits et crimes, cinq personnes sont identifiées dans cette tablette : un
homme qui ne paraît être ni un esclave, ni un oblat (Dummuqu), quatre oblats (trois de l’Eanna,
un du sanctuaire de Nergal situé à Udannu). Parmi ces oblats, Anu-zêr-ibni est un travailleur qualifié
ainsi qu’un rab ešerti (un « décurion », chargé de l’encadrement d’oblats mobilisés). Ces cinq hommes
sont présentés au début de cette tablette avant d’aborder le véritable enjeu de la procédure
judiciaire : des propos de lèse-majesté prononcés par Dummuqu au sein de la prison. Avec
YOS VII 128, discutée plus haut, il s’agit d’un autre indice de l’opposition à l’administration
achéménide qui pouvait régner dans certaines parties de la société babylonienne au début du règne
de Cambyse. L’Eanna décide d’envoyer les quatre témoins du délit ainsi que Dummuqu à Babylone
pour que ce dernier soit jugé. Ils sont encadrés par deux autres oblats au cours de leur transport.
Là aussi, nous voyons que la prison de l’Eanna, si elle comporte de nombreux oblats, peut aussi
servir à l’emprisonnement de personnes libres1285. Dummuqu est condamné pour avoir vendu sa
fille. Les raisons de cette vente ne sont pas indiquées, mais la vente d’un enfant est illégale en-
dehors d’une situation de détresse économique1286. Le crime n’est donc pas, en soi, contre l’Eanna :
la prison du temple pouvait servir à l’emprisonnement au-delà de sa population dépendante, même
si elle est avant tout réservée à cette dernière.

Toujours concernant la diversité sociale des prisonniers, nous retrouvons un autre esclave,
résidant auparavant sur la côte du golfe Persique, selon la tablette YOS VII 106. Les faits reprochés
à Išarum, esclave d’Hurummanu, ne sont pas indiqués. Il est amené par un officier du Pays de la
Mer, a priori lié à l’administration royale. Il y a ainsi une coopération entre administrations royale
et du temple pour ce qui concerne la condamnation pénale d’esclaves ou d’hommes libres ayant
commis des délits. La prison de l’Eanna, et sans doute aussi celle de l’Ebabbar, ne se limite pas à
l’emprisonnement et à la répression de la population dépendante, même s’il semble bien que la
majorité des prisonniers soient des oblats.

La prison du temple a donc un véritable rôle coercitif, non seulement des délits et crimes
commis par des personnes, mais aussi contre le comportement d’oblats jugé fautif par le temple :
leur indiscipline ou leur absence sur le lieu de travail peut mener à l’emprisonnement au bît kîli. Le

1285
PTS 2185, qui ne mentionne toutefois pas d’oblats, est un autre procès qui concerne l’évasion d’un homme
libre, Nâdin-ahi, fils de Sum-Nabû. Il a volé un canard des réserves de l’Eanna, ce qui le condamna à
l’enfermement dans la prison du temple. Il tenta de s’évader et tua un surveillant de la prison, avant d’escalader
l’enceinte du quartier de l’Eanna. Il tomba et se brisa les hanches. La tablette retranscrit la décision à son sujet :
il peut rester chez sa famille le temps de sa convalescence, mais doit retourner à la prison de l’Eanna après. Si sa
famille ne le remet pas au temple, elle doit payer douze mines d’argent. Cette tablette est éditée et commentée
par [Kleber et Frahm, 2006].
1286
[Oppenheim, 1955].

487
temple peut arranger des formes de liberté conditionnelle pour ses dépendants, mais les récidivistes
ou les criminels violents sont à peu près assurés d’être emprisonnés. L’évasion de la prison se révèle
ainsi être une infraction grave. Plus largement, le bît kîli est le moyen pour le temple de discipliner
sa main-d’œuvre. L’efficacité de ce moyen de répression ne peut être que difficilement évaluée. Il
est nécessaire pour le temple d’assurer l’enchaînement des prisonniers : l’Eanna ou l’Ebabbar
réalisent des commandes auprès de ses forgerons pour la production de chaînes et d’autres objets
en fer utiles à l’entrave des mouvements des prisonniers (YOS XIX 296, CT LV 220, CT LV 254).
Ces chaînes peuvent être utiles au sein de la prison, mais aussi lors des déplacements des
prisonniers.

Par-delà cette fonction répressive, la prison a une fonction économique utile au temple qui
lui permet de bénéficier de sa force de travail même lorsque celle-ci est emprisonnée. Cette fonction
économique est largement documentée par le reste de nos sources concernant le bît kîli. Les
données concernant la production de farine au sein des prisons de l’Ebabbar et de l’Eanna sont
présentées dans les tableaux suivants.

Production de farine au bît kîli de l’Ebabbar


BM 492291287 Nbp. / Nbk. 5, 13 / XI, Livraison par Nûr-Šamaš, le responsable de la prison,
Sippar de 1026 litres de farine.
Nbk. 013 Nbk. 1, 25 / VI, Sippar Reçu de 3600 litres d’orge par Bunene-ibni, le
responsable de la prison.
CT LVI 123 Nbk. 25, 08 / IX, Sippar Livraison par Balâssu, responsable de la prison, de 58
litres de farine de bonne qualité et 60 litres de farine-
sadru.
CT LVI 118 Nbk. 26, 04 / I, Sippar Livraison par Balâssu, responsable de la prison, d’une
quantité de farine de bonne qualité, d’au moins 58 litres
de farine-halhallu et de 390 litres de farine ordinaire au
temple d’Anu.
BM 612201288 Nbn. 3, [x], Sippar Livraison par Nidintu, le responsable de la prison, de
66 litres de farine pour la cérémonie du šalam bîti d’un
temple.
BM 834191289 Nbn. 5, 03 / II, Sippar Livraison par Nidintu, le responsable de la prison, de
150 litres de farine de bonne qualité et une quantité

1287
[Zawadzki, 2013b, texte n°126].
1288
[Zawadzki, 2013b, texte n°73].
1289
[Zawadzki, 2013b, texte n°46].

488
illisible de farine-sadru pour la cérémonie du šalam bîti
du mois II.
CT LVI 1041290 Nbn. [3 – 5], 08 / VII, Sippar Livraison par Nidintu, le responsable de la prison, de
540 litres de farine de bonne qualité à l’entrepôt des
céréales.
CT LVI 397 Nbn. 5, 24 / [x], Sippar Letter-order à Itti-Nabû-guzu, le responsable de la
prison. Il doit livrer une quantité non lisible de farine
pour des orfèvres spécialistes de l’argent de l’Ebabbar.
Nbn. 292 Nbn. 8, 04 / III, Sippar Reçu de 3780 litres d’orge par Itti-Nabû-guzu, le
responsable de la prison, pour en faire de la farine.
Nbn. 318 Nbn. 8, [x], Sippar Reçu de 1800 litres d’orge par Itti-Nabû-guzu, le
responsable de la prison, pour en faire de la farine
destinée à la cérémonie du šalam bîti du temple d’Adad.
CT LV 057 Nbn. 9, 26 / II, Sippar Letter-order à Itti-Nabû-guzu. Il doit livrer 198 litres
de farine à des travailleurs qualifiés de l’Eanna.
Nbn. 407 Nbn. 10, 10 / II, Sippar Letter-order à Itti-Nabû-guzu, le responsable de la
prison. Il doit livrer 66 litres de farine pour des rations
à des travailleurs qualifiés de l’Ebabbar.
CT LVI 111 Nbn. 11, 19 / XII, Sippar Livraison par Itti-Nabû-guzu, le responsable de la
prison, de 1650 litres de farine ordinaire, 264 litres de
farine-halhallu et de 450 litres de farine de bonne
qualité.
Nbn. 510 Nbn. 11, 05 / IV, Sippar Reçu d’orge par Itti-Nabû-guzu, le responsable de la
prison. Il reçoit 4800 litres d’orge pour la production
de 3600 litres de farine.
Nbn. 517 Nbn. 11, 17 / IV, Sippar Livraison par Itti-Nabû-guzu, le responsable de la
prison, de 102 litres de farine pour les rations
d’officiers (rešû).
BM 646631291 Nbn. [5 – 11], Sippar Livraison par Itti-Nabû-guzu, le responsable de la
prison, de 238 litres de farine.
Nbn. 7671292 Nbn. 14, 12 / III, Sippar Livraison par Šamaš-iddin, le responsable de la prison,
de 720 litres de farine (dont 60 litres de farine-sadru)
pour la cérémonie du šalam bîti des temples de Šarrat-
Sippar, Annunîtu et Gula.

1290
[Zawadzki, 2013b, texte n°68].
1291
[Zawadzki, 2013b, texte n°138]
1292
[Zawadzki, 2013b, texte n°53]

489
CT LVI 114 Nbn. 14, 13 / XI, Sippar Livraison par Nidintu, le responsable de la prison, de
222 litres de farine de bonne qualité, de 324 litres de
farine-halhallu et de 192 litres de farine-sadru.
BM 611451293 Nbn. 15, 08 / I, Sippar Livraison par Šamaš-iddin, le responsable de la prison,
de 126 litresde farine de bonne qualité à l’entrepôt des
céréales.
CT LVI Nbn. 15, 10 / I, Sippar Livraison par Šamaš-iddin, le responsable de la prison,
0961294 de 96 litres de farine de bonne qualité et 180 litres de
farine ordinaire pour la cérémonie du šalam bîti du mois
I.
CT LVI 097 Nbn. 15, 26 / VIII, Sippar Livraison par Šamaš-iqiša, le responsable de la prison,
de quantités non lisibles de farine de bonne qualité et
de farine-sadru pour la cérémonie du šalam bîti du
temple de Šarrat-Sippar.
BM 1012981295 [Nbn.] 15, 25 / XII, Sippar Livraison par Šamaš-iqiša, le responsable de la prison,
de 60 litres de farine de bonne qualité, ainsi qu’au
moins 54 litres de farine pour la cérémonie du šalam bîti
du temple de Šarrat-Sippar, Anunîtu et Gula.
BM 672561296 Nbn. [14 – 15], 07 / II, Livraison par Šamaš-iddin, le responsable de la prison,
Sippar de 876 litres de farine de bonne qualité pour l’entrepôt
des céréales.
CT LVI 1071297 Nbn. [15?], 27 / VIII, Sippar Livraison par Šamaš-iqiša, le responsable de la prison,
d’au moins 30 litres de farine (dont 24 litres de farine
de bonne qualité) pour le temple de Šarrat-Sippar,
Annunîtu et Gula.
CT LVI 1201298 Cyr. 1, 08 / I, Sippar Livraison par Šamaš-iqiša, le responsable de la prison,
de 720 litres de farine pour la cérémonie du šalam bîti
du mois I.
BM 641321299 Cyr. 1, 14 / I, Sippar Livraison par Šamaš-iqiša, le responsable de la prison,
de 720 litres de farine pour la cérémonie du šalam bîti
du mois I.

1293
[Zawadzki, 2013b, texte n°140].
1294
[Zawadzki, 2013b, texte n°32].
1295
[Zawadzki, 2013b, texte n°105].
1296
[Zawadzki, 2013b, texte n°140].
1297
[Zawadzki, 2013b, texte n°84].
1298
[Zawadzki, 2013b, texte n°34].
1299
[Zawadzki, 2013b, texte n°42].

490
CT LVI 4131300 Cyr. 3, 28 / I, Sippar Livraison par Bunene-ibni, le responsable de la prison,
de 756 litres de farine pour la cérémonie du šalam bîti
du mois V.
Cyr. 145 Cyr. 3, 14 / XII, Sippar Letter-order à Bunene-ibni, le responsable de la prison.
Il doit livrer 18 litres de farine à Arad-Bunene pour les
rations de travailleurs qualifiés de l’Ebabbar.
Cyr. 187 Cyr. 5, 09 / I, Sippar Letter-order à Bunene-ibni, le responsable de la prison.
Il doit livrer 54 litres de farine pour les rations de
travailleurs mobilisés au creusement d’un canal.
CT LV 041 Cyr. 5, 10 / IX, Sippar Letter-order à Bunene-ibni, le responsable de la prison.
Il doit livrer 24 litres de farine pour les rations de
travailleurs mobilisés au creusement d’un canal.
BM 59627 Cyr. 5, 21 / IX, Sippar Letter-order à Bunene-ibni, le responsable de la prison.
Il doit livrer 162 litres de farine pour les rations de
travailleurs mobilisés au creusement d’un canal.
Cyr. 209 Cyr. 5, 24 / IX, Sippar Letter-order à Bunene-ibni, le responsable de la prison.
Il doit livrer 36 litres de farine à Arad-Bunene pour les
rations de travailleurs mobilisés au creusement d’un
canal.
Cyr. 207 Cyr. 5, 20+ / IX, Sippar Letter-order à Bunene-ibni, le responsable de la prison.
Il doit livrer 96 litres de farine pour les rations de
travailleurs mobilisés au creusement d’un canal.
BM 670711301 Cyr. 5, 30 / XII, Sippar Letter-order à Bunene-ibni, le responsable de la prison.
Il doit livrer 12 litres de farine pour les rations d’un
voyageur en partance pour Babylone.
BM 624301302 Cyr. 6, 05 / X, Sippar Letter-order à Bunene-ibni, le responsable de la prison.
Il doit livrer 24 litres de farine pour les rations de
travailleurs mobilisés au creusement d’un canal.
Cyr. 295 Cyr. 8, 12 / I, Sippar Reçu de 3600 litres d’orge par Bunene-ibni, le
responsable de la prison.
Cyr. 305 Cyr. 8, 06 / III, Sippar Letter-order de Kî-Nabû à Bunene-ibni, le responsable
de la prison. Il doit livrer 42 litres de farine pour les
rations de travailleurs qualifiés de l’Ebabbar. Kî-Nabû

1300
[Zawadzki, 2013b, texte n°48].
1301
[MacGinnis, 1995, texte n°11].
1302
[MacGinnis, 1995, texte n°13].

491
le rappelle à l’ordre en lui demandant de venir chercher
l’orge.
BM 995401303 Cyr. 11, 05 / IX, Sippar Letter-order à Bunene-ibni, le responsable de la prison.
Il doit livrer 162 litres de farine pour les rations des
travailleurs mobilisés au creusement d’un canal.
Cyr. 020 Camb. 1, 17 / VIII, Sippar Comptes de quantités de farine livrées par Bunene-
ibni, le responsable de la prison, à différents individus :
600 litres pour Šamaš-ah-iddin, le rab sikkati, et une
quantité illisible pour Kinunaya, tanneur.
BM 640471304 Camb. 6, 20 / III, Sippar Livraison par Bunene-ibni, le responsable de la prison,
de 210 litres de farine de bonne qualité pour la
cérémonie du šalam bîti du 20 / III.
Camb. 389 Camb. 7, 14 / [x], Sippar Reçu de 11 370 litres d’orge par Bunene-ibni, le
responsable de la prison, pour le šalam bîti des mois VII
et VIII.
BM 745781305 Dar. 3, 12 / III, Sippar Livraison par Itti-Šamaš-Balâṭu, le responsable de la
prison, de 88 litres de farine pour la cérémonie du šalam
bîti du 12 / III.
BM 648821306 Dar. 13, 12 / VIII, Sippar Reçu d’au moins 24 litres d’orge par Šamaš-eṭir, le
responsable de la prison, pour en faire de la farine pour
la cérémonie du šalam bîti.
BM 672071307 Dar. 14, 07 / VII, Sippar Livraison par Šamaš-eṭir, le responsable de la prison,
d’au moins 120 litres de farine pour la cérémonie du
šalam bîti du mois VII.
BM 728891308 Dar. 25, 02 / I, Sippar Livraison par un responsable de la prison au nom
illisible d’une quantité de farine pour la cérémonie du
šalam bîti de 02 / I.
CT LVI 1121309 Dar. 27, 10 / I, Sippar Livraison par Šumaya, le responsable de la prison,
d’une quantité illisible de farine pour la cérémonie du
šalam bîti du 10 / I.

1303
[MacGinnis, 1995, texte n°12].
1304
[Zawadzki, 2013b, texte n°61].
1305
[Zawadzki, 2013b, texte n°55].
1306
[Zawadzki, 2013b, texte n°85].
1307
[Zawadzki, 2013b, texte n°11].
1308
[Zawadzki, 2013b, texte n°27].
1309
[Zawadzki, 2013b, texte n°31].

492
Production de farine au bît kîli de l’Eanna1310
Texte Date et lieu de rédaction Résumé
NCBT 1023 Nbk. 34, 19 / IX, Uruk Reçu par Kudurrânu, le responsable de la prison d’une
quantité d’orge pour en faire de la farine.
GCCI I 089 Nbk. 36, 29 / VI, Uruk Livraison par Kudurrânu, le responsable de la prison, de
[x] litres de farine pour des rations d’oblats et de 24 litres
de farine pour une cérémonie au temple de Nusku.
NCBT 822 Nbk. 36, 28 / X, Uruk Livraison par Kudurrânu, le responsable de la prison, et
de son fils Innin-šum-uṣur, de 480 litres de farine.
PTS 2142 Nbk. 36, 17 / XII, Uruk Livraison par Kudurrânu, le responsable de la prison, de
30 litres de farine pour les vignerons (nukaribbû ša
karânu).
GCCI I 120 Nbk. 37, 08 / I, Uruk Livraison par Kudurrânu, le responsable de la prison, de
210 litres de farine.
GCCI I 156 Nbk. 37, 30 / V, Uruk Livraison par Kudurrânu, le responsable de la prison, de
30 litres de farine à Marduk-zêr-ibni.
GCCI I 160 Nbk. 39, 13 / IV, Uruk Reçu par Ina-ṣilli-Nergal, le responsable de la prison, de
78 litres d’orge.
AUWE 001 Nbk. 40, 21 / II, Uruk Livraison par Ina-ṣilli-Nergal, le responsable de la
prison, de 72 litres de farine pour des tanneurs de
l’Eanna.
NCBT 2336 Nbk. 40, 21 / V, Uruk Livraison par Ina-ṣilli-Nergal, le responsable de la
prison, de 42 litres de rations de farine pour des
travailleurs agricoles.
GCCI I 137 Nbk. 40, 07 / VII, Uruk Livraison par Ina-ṣilli-Nergal, le responsable de la
prison, de 18 litres de farine pour des barbiers de
l’Eanna.
PTS 2956 Nbk. 40, 02 / VIII, Uruk Reçu par Ina-ṣilli-Nergal, le responsable de la prison, de
1800 litres d’orge pour en faire de la farine pour la
cérémonie du šalam bîti.
GCCI I 147 Nbk. 40, 17 / IX, Uruk Livraison par Ina-ṣilli-Nergal, le responsable de la
prison, d’au moins 24 litres de farine pour les rations de
travailleurs qualifiés de l’Eanna.

1310
Les textes non publiés suivants nous ont été transmis par K. Kleber : NCBT 123, NCBT 128, NCBT 136,
NCBT 811, NCBT 822, NCBT 1023, NCBT 2336, PTS 2956.

493
NCBT 123 Nbk. 40, 01 / X, Uruk Livraison par Ina-ṣilli-Nergal, le responsable de la
prison, de 54 litres de farine pour des cérémonies (saraqu
et šalam bîti) au temple de Palil et de 36 litres de farine
pour le temple de Nergal.
NCBT 136 Nbk. 40, 07 / X, Uruk Livraison par Ina-ṣilli-Nergal, le responsable de la
prison, de 66 litres de farine pour les rations de
travailleurs transportant des poutres de bois.
NCBT 128 Nbk. 40, 09 / X, Uruk Livraison par Ina-ṣilli-Nergal, le responsable de la
prison, de 30 litres de farine et de 5 litres d’orge, les
rations de deux personnes.
GCCI I 106 Nbk. 40, 15 / XI, Uruk Livraison par Ina-ṣilli-Nergal, le responsable de la
prison, de 66 litres de farine pour une expédition de
travailleurs mobilisés.
GCCI I 105 Nbk. 40, 30 / XI, Uruk Livraison par Ina-ṣilli-Nergal, le responsable de la
prison, de plusieurs quantités de farines : 21 litres pour
des orfèvres, 21 litres kur pour des joailliers, 6 litres pour
des menuisiers, 6 litres pour des forgerons.
NCBT 811 Nbk. 40, 12 / XII, Uruk Livraison par Ina-ṣilli-Nergal, le responsable de la
prison, de 18 litres de farine pour des oblats envoyés au
temple de Palil.
GCCI I 203 Nbk. 41, 07 / I, Uruk Livraison par Ina-ṣilli-Nergal, le responsable de la
prison, de 1504 litres de farine : 286 litres de farine de
bonne qualité, 216 litres de farine ordinaire, et 1002 litres
de farine supplémentaires.
GCCI II 149 Nbk. 41, 02 / V, Uruk Livraison par Ina-ṣilli-Nergal, le responsable de la
prison, de 18 litres de farine pour les rations de trois
personnes envoyées à Puqudu.
GCCI I 150 Nbk. 42, 11 / IX, Uruk Livraison par Ina-ṣilli-Nergal, le responsable de la
prison, de 12 litres de farine pour une personne.
GCCI I 159 Nbk. 43, 10+ / II, Uruk Reçu de 225 litres d’orge par Ina-ṣilli-Nergal, le
responsable de la prison, pour en faire de la farine.
SC 001 Nbn. 3, 08 / VII, Uruk Livraison par Kulbibu, le responsable de la prison, de
150 litres de farine de bonne qualité et de 240 litres de
farine ordinaire.
YOS XIX 157 Nbn. 7, 21 / XI, Uruk Reçu par Kulbibu, le responsable de la prison, de 360
litres d’orge.

494
GCCI I 401 Nbn. 9, 08 / X, Uruk Livraison par Kulbibu, le responsable de la prison, de 30
litres de farine pour les rations d’oblats de Bêl chargés
de bovins.
GCCI I 300 Nbn. 9, [x] / X, Uruk Livraison par Kulbibu, le responsable de la prison, de 6
litres de farine pour des rations de travailleurs chargés de
l’entretien de vantaux.

Le système de production de la farine au sein des prisons des temples est assez simple : le
temple, depuis ses réserves de céréales, alloue une quantité d’orge au responsable de la prison (rab
bît kîli). Celui-ci la transporte jusqu’au bît kîli, pour faire travailler les prisonniers qui s’y trouvent.
Ils doivent moudre le grain pour en produire de la farine. Ils utilisent pour cela individuellement
une meule rotative en pierre, actionnée par la force de leur bras, travail répétitif et fatiguant. Lorsque
la farine est moulue, le temple peut en demander des quantités pour ses divers besoins au
responsable de la prison. En soi, ce système ne se distingue pas de celui qui devait avoir lieu au bît
qêmeti ou de la manière dont la production artisanale est opérée au sein du temple. La différence
principale est que ce travail est réalisé par des prisonniers, dont la mobilité est réduite aux murs de
la prison et qui sont encadrés par un ensemble de gardes qui les contraignent au travail.

Nous ne disposons que d’une petite proportion de ce qui devait constituer l’ensemble de la
documentation liée aux prisons du temple pour les périodes néo-babylonienne et achéménide. Il
s’agit pour la plupart de brèves tablettes documentant une seule opération comptable et ponctuelle.
La plupart des quantités livrées sont minimes, et les raisons des livraisons ne sont pas toujours
indiquées. Une large partie de l’économie du travail en prison ne nous est ainsi pas connue, mais
les sources disponibles nous permettent de comprendre l’utilité de cette structure pour les temples.
Nous pouvons donnes les proportions des mentions des usages de la farine produite selon chacun
des temples :

• Pour l’Ebabbar, sur les quarante-six références, sept ne mentionnent pas la


fonction de la farine, quatre concernent les rations de travailleurs non-qualifiés,
deux des travailleurs qualifiés, une des officiers du temple, une pour la ration d’un
voyageur vers Babylone, une pour un usage religieux et des rations, sept pour les
rations de travailleurs mobilisés au creusement d’un canal, et dix-neuf indiquent
que la farine est utilisée pour des offrandes religieuses. Quatre autres tablettes ne
mentionnent pas d’usage de la farine, mais l’indication de différents types de farine
(dont « de bonne qualité » (batqu)) indiquent peut-être un usage religieux. La

495
documentation est répartie entre au moins l’an 1 de Nabuchodonosor II à l’an 27
de Darius II (soit de – 604 à – 495).
• Pour l’Eanna, sur les vint-six références, neuf ne mentionnent pas la fonction de
la farine, une mentionne des rations de travailleurs non-qualifiés et une cérémonie
religieuse, une mention de rations de travailleurs non-qualifiés et une expédition,
une mention de rations pour une expédition, six concernent les rations de
travailleurs qualifiés et d’officiers, cinq pour celles de travailleurs non-qualifiés, et
trois tablettes mentionnent un usage de la farine pour des offrandes religieuses. La
documentation se répartit entre l’an 34 de Nabuchodonosor II et l’an 9 de
Nabonide (soit de – 571 à – 547).

Du fait de la répartition d’un assez faible nombre de tablettes sur de larges périodes de
temps, notamment pour l’Ebabbar, il nous paraît difficile d’affirmer avec certitude que l’usage de
la farine produite avait un usage religieux d’avantage pour l’Ebabbar que pour l’Eanna. Mais ces
proportions des sources disponibles nous permettent de bien comprendre quelles fonctions
remplissent ces quantités de farine produites. Elles sont reçues par l’administration du temple pour
ensuite être distribuées pour la réalisation d’offrandes aux divinités lors de cérémonies, ou à
différents membres du personnel du temple comme rations. L’ensemble des travailleurs,
dépendants ou non, qualifiés ou non, peut recevoir des rations de farine produites par des
prisonniers.

En ce qui concerne l’usage religieux de la farine, une cérémonie est le plus souvent
mentionnée, avant tout dans les textes de l’Ebabbar. Il s’agit du rituel du šalam bîti, pour le « bien-
être du temple ». S. Zawadzki a récemment produit une étude consacrée aux rituels ayant lieu dans
l’Ebabbar, et notamment du šalam bîti1311. Il a lieu de manière mensuelle et la farine est reçue par
les prêtres qui en ont la responsabilité le jour-même. Les étapes de réalisation du rituel ne nous
sont pas précisément connues. Il a lieu avant le lever du soleil et peut durer jusqu’à deux jours.
Plusieurs tablettes provenant des archives de l’Eanna1312 indiquent que de la vaisselle précieuse est
produite spécifiquement pour ce rituel. La présence de harpes indique que de la musique peut être
jouée lors de sa réalisation. De plus, il existe un šalam bîti pour les sanctuaires de différentes divinités.
Lorsque cela n’est pas spécifié (le cas le plus courant), il est probable qu’il s’agisse de la cérémonie

1311
[Zawadzki, 2013b]. Avant son ouvrage : [Bongenaar, 1997 : 120‑121].
1312
[Joannès, 1981].

496
pour Šamaš ou Ištar et Nanaia, mais il existe aussi un šalam bîti pour Šarrat-Sippar, Anunîtu, Gula
et Adad.

Le bît kîli est loin d’être la seule structure de production de la farine, produite en réalité par
l’ensemble des catégories de travailleurs rattachés à l’Ebabbar. Mais le bît kîli apparaît de manière
régulière pour cette tâche, avec des quantités parfois assez importantes (720 litres selon Nbn. 767).
A une occasion, le responsable de la prison reçoit 1800 litres pour produire de la farine à destination
du šalam bîti du sanctuaire d’Adad (Nbn. 318). Nous retrouvons une même quantité reçue par un
responsable de la prison de l’Eanna et pour le même usage (PTS 2956). Les apports du bît kîli à
cette cérémonie peuvent donc être assez conséquents, ce qui indique la régularité du travail produit
au sein de la prison et de la main-d’œuvre nécessaire pour la production de la farine à temps pour
la cérémonie. Un important reçu d’orge pour produire de la farine (sans indication de sa fonction)
est Nbn. 510. Selon cette tablette, 4800 litres sont alloués au responsable de la prison Itti-Nabû-
guzu afin de produire 3600 litres, soit 75 % de la quantité d’orge reçue1313. Le reçu le plus important
est Camb. 389 : pour la farine du šalam bîti des mois VII et VIII de l’an 7 de Cambyse, un total de
11 370 litres d’orge a été reçu par Bunene-ibni, le responsable de la prison. Cela ferait une
production finale de 8527 litres de farine. Une équipe importante de travailleurs doit être disponible
pour moudre cette orge.

En-dehors de la production de farine pour des offrandes religieuses, il est courant de voir
mentionné que la farine doit servir pour les rations de travailleurs des temples, ou pour certains
administrateurs. Il s’agit alors de petites quantités livrées, probablement demandées ponctuellement
par l’administration au responsable de la prison. Cela s’explique de la manière suivante : ces rations
de farine servent lors du trajet des personnes les recevant. Elles permettent ainsi de gagner du
temps lors de leur déplacement, n’ayant pas à s’arrêter pour moudre les céréales dont ils disposent
afin de s’alimenter. Ces quantités ne servent donc que pour quelques jours, jusqu’à leur destination,
après quoi les travailleurs se nourrissent à partir des céréales qu’ils transportent ou qu’ils reçoivent
de l’administration. La farine a un temps de conservation plus limitée que les céréales, dès lors
l’administration ne peut produire elle-même l’ensemble de la farine pouvant être consommée par
ces travailleurs, surtout s’ils sont mobilisés sur de longues périodes de temps1314.

Un autre groupe de textes concerne la livraison de rations de farine pour des travailleurs
mobilisés au creusement d’un canal dans la région de Sippar. Il s’agit certainement d’oblats pour

1313
Un pourcentage de 75 % d’un poids de céréales pour la quantité finale de farine est courant. Pour le blé, il
est en général attendu entre 75 et 78 litres de farine à partir de 100 litres de céréales, selon le Larousse Agricole
de 1921, volume 1, page 635.
1314
[Janković, 2008 : 442‑444].

497
l’un des rares cas dans la documentation du bît kîli où nous savons précisément quelle fonction ils
remplissent. Les quantités de farine sont minimes, et les livraisons entre l’an 5 et 6 de Cyrus : 54
litres (Cyr. 145), 24 litres (Cyr. 187), 162 litres (BM 59627), 36 litres (Cyr. 209), 60 litres (Cyr. 207),
24 litres (BM 62430). Une dernière livraison similaire a lieu en l’an 11 de Cyrus : 162 litres (BM
99540). Comme nous l’avons vu dans notre deuxième partie, au cours de l’an 4 et 5 de Cyrus, des
oblats de l’Ebabbar sont mobilisés pour la construction d’un canal de Cyrus. Il est possible que
cette construction se soit étendue pendant plusieurs années, ou plutôt que l’Ebabbar participe à
l’entretien de ce canal en envoyant des oblats. L’entretien de ces dépendants du temple est assuré
en partie par des rations produites par la prison du temple. Cette structure a donc un intérêt
important pour l’Ebabbar en assurant l’alimentation de travailleurs au cours de mobilisations au
profit de l’administration achéménide. Les petites quantités indiquées, pouvant nourrir quelques
travailleurs sur plusieurs jours au maximum, laissent supposer qu’il ne s’agit que d’une petite partie
de la documentation qui devait exister à ce sujet.

Le reste des documents concernant des rations fournit très peu d’indications concernant le
travail réalisé par ceux recevant la farine. Nous y distinguons des travailleurs qualifiés, certains
pouvant être des dépendants (orfèvres de l’Ebabbar (CT LVI 397), tanneurs de l’Eanna
(GCCI I 150) ou de l’Ebabbar (Cyr. 020), orfèvres et forgerons (GCCI I 105)), d’autres étant liés
à l’économie prébendière ou des indépendants (des menuisiers produisant des portes (GCCI I 300),
des joailliers et des menuisiers (GCCI I 105), des barbiers (GCCI I 137)), ainsi que des officiers de
l’administration (chargés de récolter des taxes (GCCI II 149), un rab sikkati1315 (Cyr. 020), ou sans
précision (Nbn. 517)). D’autres oblats non-qualifiés peuvent recevoir de la farine : un berger
(GCCI I 160), des bouviers (GCCI I 401), en plus de plusieurs textes où les professions ne sont
pas indiquées. Dans chaque cas, il s’agit de quantités peu importantes de farine, pour l’alimentation
de quelques jours au cours d’un déplacement. L’un de ces textes mentionne explicitement le trajet
d’un voyageur jusqu’à Babylone : celui-ci reçoit douze litres de farine pour effectuer le trajet de
Sippar à Babylone, distantes d’environ soixante kilomètres (BM 67071) pour environ trois jours de
marche.

La production de farine par les prisons de l’Eanna et de l’Ebabbar s’inscrit donc pleinement
dans plusieurs activités importantes pour ces temples. Que ce soit dans la réalisation d’offrandes
religieuses ou dans l’alimentation de divers travailleurs rattachés à ces institutions, la farine de la
prison, parmi celle produite par d’autres structures, a une utilité directe pour elles. Il s’agit d’un

1315
Les fonctions de cet officier à l’époque achéménide demeurent peu claires. Il a des fonctions militaires à
l’époque séleucide, voir [Clancier, 2012].

498
travail pénible et monotone pour les prisonniers, qui doivent être encadrés au quotidien afin de
s’assurer de la réalisation du travail.

L’administration interne de la prison a deux niveaux : le responsable de la prison (rab bît


kîli) et les gardes chargés de la surveillance des prisonniers. La chronologie des différents
responsables de la prison a été réalisée pour l’Eanna par K. Kleber et E. Frahm 1316, avec un total
de onze rab bît kîli assurés sur l’ensemble de la documentation disponible, et pour l’Ebabbar par
A. C. V. M. Bongenaar. Rien n’indique qu’ils sont issus de la population dépendante, mais nous
disposons de peu d’éléments concernant leurs origines familiales.

Concernant les gardes de prison, il semble que des oblats constituent la main-d’œuvre
utilisée pour ce type de tâche. La documentation est très limitée à ce sujet. Un oblat, Damqaya, est
mentionné comme chargé « d’orge et de farine » par le responsable de la prison (YOS VII 097).
Nous ne savons s’il doit transporter ou distribuer ces produits, mais il est présent au sein de la
prison et attaqué par les autres prisonniers. De plus, il s’interpose pour les empêcher de s’échapper :
il semble bien qu’il soit aussi chargé de la surveillance. Il s’agit d’un des seuls textes où nous
distinguons un garde du bît kîli en activité. Deux seuls autres documents indiquent la présence
possible de gardes. Selon Camb. 199 (Camb. 3, 15 / IX, Sippar), Itti-Nabû-guzu (le responsable
de la prison) et un certain Gimillu reçoivent trois sicles d’argent pour acheter des rations de laine.
Nous n’avons aucune indication sur Gimillu, qui est simplement indiqué comme lié à la prison. Il
est possible qu’il s’agisse d’un garde subordonné à Itti-Nabû-guzu. Enfin, la tablette YOS VI 149
(Nbn. 14, 20 / I, Uruk) constitue une liste de personnes ayant la responsabilité de ce qui paraît être
des prisonniers. Nanaia-iddin, fils d’Arad-Nanaia, un responsable de la prison documenté dans
d’autres sources, apparaît. Il est accompagné d’Anu-zêr-iddin, défini comme « bêl iṣ qatê »
(responsable des menottes), et tous deux sont chargés d’un certain Baniya, fils de Bulluṭa. Trois
autres équipes similaires sont listées dans cette tablette : Nadan-îl et Bibi’a accompagnent Kalbaya,
Innin-šum-uṣur et Sîn-eṭir avec Innin-[x], Tabnêa et Arad-[x] avec Baniya, fils de Bâlassu. Il semble
donc que nous ayons ici quatre équipes d’un officier du temple et d’un préposé chargé de
l’enchaînement d’un prisonnier, peut-être lors d’un déplacement de personnes condamnées pour

1316
[Kleber et Frahm, 2006 : 119‑120]. Les rab bît kîli mentionnés comme tels sont les suivants : Amurru-[x]
(attesté en l’an 9 de Nabopolassar), Nabû-ah-iddin (an 12 de Nabuchodonosor II), Taklâk-ana-Innin (an 34 de
Nabuchodonosor II), Kudurrânu (de l’an 34 à l’an 37 de Nabuchodonosor II), Ina-ṣilli-Nergal (de l’an 38 de
Nabuchodonosor II à l’an 1 d’Amêl-Marduk), Kulbîbu (de l’an 3 à l’an 9 de Nabonide), Ištar-rêsû’a (an 11+ de
Nabonide), Nanaia-iddin (de l’an 14 à l’an 15 de Nabonide), Nanaia-ah-iddin (année de l’accession au pouvoir de
Cambyse), Nanaia-ereš (an 5 de Cambyse).

499
un délit ou pour une fuite. Le responsable de la prison peut ainsi être mobilisé pour le transport de
l’un de ses prisonniers lorsque cela est nécessaire.

Les prisons de l’Eanna et de l’Ebabbar ont donc deux fonctions utiles aux temples. Une
fonction économique, en ce qu’elles permettent de produire des quantités de farine de manière
régulière, pour des rituels ayant lieu à des échéances précises, ou de manière ponctuelle, lorsque
des travailleurs sont mobilisés pour certains travaux et doivent se déplacer à des distances plus ou
moins lointaines. Le temple alloue des quantités de céréales au responsable de la prison, qui a la
charge de cette production par les prisonniers. L’autre fonction est celle de la répression de délits
et de crimes, en général commis contre le temple par des hommes libres, des esclaves mais avant
tout des oblats. L’emprisonnement constitue une peine pour les criminels et voleurs des biens des
temples, qui y sont condamnés lorsque les faits sont reconnus. Toutefois, elle ne constitue pas la
première solution par le temple lorsqu’il s’agit de punir des oblats fugitifs ou indisciplinés au travail.
Certains accommodements peuvent être recherchés au cas par cas pour des oblats dont le
comportement est mal vu par l’administration. Lorsque l’oblat est récidiviste, il est finalement remis
au bît kîli. Cela s’inscrit ainsi dans les tentatives des temples de discipliner leur population
dépendante qui peut se révéler violente et dont les mœurs sont surveillées. Cette main-d’œuvre non
qualifiée est disponible en nombre insuffisant et les mobilisations de ses travailleurs, dans divers
contextes, rendent difficiles sa gestion. Le bît kîli constitue ainsi une des solutions pour faire en
sorte que des oblats inaptes au travail du fait de leur comportement deviennent des travailleurs
disciplinés, par leur encadrement et le contrôle de leur personne. Dans tous les cas, le temple essaie
de tirer de ces prisonniers une production de farine qui lui soit utile au quotidien. Certains oblats
semblent avoir été particulièrement difficiles à remettre au travail et l’on peut donc douter que
l’emprisonnement au bît kîli ait été toujours efficace.

Les possibilités d’émancipation pour les esclaves, dépendants et


déportés

Après nous être intéressés aux formes de soutien exercées en faveur des esclaves et oblats
par leur maître et les temples, puis à la surveillance et à la répression des oblats, il nous faut
finalement nous intéresser aux indices d’une émancipation sociale et économique réalisée par les
membres des populations qui nous ont intéressé tout au long de notre étude. La documentation à
ce sujet, en-dehors de ce que nous avons montré concernant les activités économiques des esclaves,

500
oblats et déportés comme agents ou officiers, est extrêmement limitée. L’un des indices les plus
clairs du dépassement d’une condition sociale attachée à un statut juridique spécifique est l’accès à
des formes de richesse économique, réservées de manière générale aux classes des notables,
prébendiers, hommes d’affaires et de l’aristocratie royale. Plusieurs des cas que nous allons
présenter ici ont déjà été aperçus au cours de notre deuxième partie, mais il nous paraît utile pour
notre propos de résumer les données disponibles à ce sujet. Cela constitue un indice de la possibilité
d’une mobilité sociale au sein de la société babylonienne aux époques néo-babylonienne et
achéménide.

Les esclaves constituent un groupe où des possibilités d’émancipation de leur statut


juridique se distinguent, mais elles demeurent très limitées. Nous l’avons vu, l’affranchissement ne
paraît pas vraiment exister en Babylonie durant notre période d’étude, étant d’avantage une
modification des liens entre un(e) esclave et son maître pour devenir une relation d’ordre familial,
avec un accès à l’héritage toutefois limité. Mais plusieurs esclaves, avant tout des agents de leur
maître, ont accès à des formes de richesse. La possession d’une maison indique une autonomie au
quotidien de l’esclave : il ou elle vit dans son propre foyer et ne dépend pas de son maître ou de sa
maîtresse pour son alimentation et son entretien. Seuls quelques esclaves apparaissent dans nos
sources comme propriétaires de maisons, ou alors comme installés loin de leur maître. C’est
notamment le cas pour Madânu-bêl-uṣur et Nergal-rêṣû’a, tous deux vivant sans doute à Šahrînu
pour la gestion des affaires de leur maître. A une occasion, il est indiqué que Madânu-bêl-uṣur
possède une maison : selon Dar. 459, deux exploitants agricoles employés par lui doivent livrer
une quantité d’orge à la maison de Madânu-bêl-uṣur. Nous savons de plus qu’il peut revêtir une
parure de luxe, signes d’une richesse personnelle notable. C’est la cause première de son agression
par Nabû-eṭir, qui lui reproche de porter un « pagne d’excellente qualité » (ṣibtu ša qablu ša šipâtu
rêštu). Cela le distingue des vêtements reçus par les esclaves par leur maître ou par les personnes
chargées de leur entretien dans des contrats d’apprentissage ou de location de leur travail1317. En
plus de leur gestion de domaines agricoles, grâce auxquels ils disposent de revenus qui leur sont
propres, ces esclaves peuvent aussi posséder des maisons qui leur permettent de vivre une existence
éloignée de leur maître, avec leur propre famille.

Nous distinguons d’autres situations où des esclaves paraissent être propriétaires d’une
maison. Selon TCL XIII 181, partie du procès contre Gimillu, l’oblat fermier général de l’Eanna,
son frère Iddinaya témoigne au sujet de reconnaissances de dette à la charge de Gimillu qui ont

1317
Ces vêtements sont de qualité ordinaire, désignés comme muṣiptu. Les esclaves reçoivent en général un
vêtement par an de la part de leur maître ou maîtresse. Voir [Quillien, 2016c].

501
disparu. Il est indiqué que la femme d’Iddinaya, fAndiya, les a cachés dans la maison de Kudurrânu,
l’esclave d’un certain Rukanna. Malheureusement, nous ne disposons d’aucune autre information
au sujet de cet esclave propriétaire d’une maison, sans doute lié à la famille de Gimillu d’une manière
ou d’une autre. Dans Dar. 410, décision judiciaire au sujet de la propriété d’une maison située à
Babylone, mentionne la localisation d’une maison appartenant à Giraya, esclave de Nabû-bani-ahi.
Si nous disposons de peu d’informations au sujet de ces esclaves, l’indication de leur propriété
d’une maison en fait probablement des personnes disposant d’une certaine aisance personnelle et
vivant en-dehors de la sphère domestique de leur maître et de sa famille. Il s’agit de l’un des rares
signes, au-delà des activités économiques réalisées par certains esclaves, du développement de
revenus personnels à un niveau suffisant pour pouvoir acheter une maison. L’accès à d’autres signes
de richesse (vêtements de bonne qualité, bijoux, mobilier précieux…) par des personnes de ce
statut juridique n’est que peu documentée dans l’état actuel de nos sources. Si un(e) esclave peut
s’émanciper de son statut, il faut toutefois indiquer que le maître maintient sa propriété sur cette
personne dans tous les cas. Nous le voyons avec Madânu-bêl-uṣur qui, avec sa famille, a pu être
vendu avant que le contrat de vente ne soit annulé (Dar. 429) : un(e) esclave ne peut se séparer
entièrement de sa condition sociale et de son lien juridique avec son maître ou sa maîtresse.

Pour ce qui concerne les dépendants du temple, les possibilités d’émancipation ou d’une
mobilité sociale vers une condition meilleure que celle de leur statut sont elles aussi très limitées.
Pour ce qui concerne les travailleurs non-qualifiés, il ne semble pas qu’il existe un moyen autre que
la fuite depuis le lieu de travail qui leur permette de s’émanciper du statut d’oblat. Les artisans
dépendants du temple paraissent connaître une existence meilleure. Moins encadrés par
l’administration du temple, excepté en ce qui concerne les matières précieuses dont ils peuvent
disposer, peu d’entre eux paraissent avoir tenté de s’enfuir, ne pas respecter la discipline au travail
ou se comporter de manière violente contre l’autorité du temple. Lorsqu’ils sont mobilisés pour
participer à des travaux non-qualifiés, leur encadrement semble plus lâche ou ils semblent être
laissés à eux-mêmes tant que les tâches demandées par le temple sont réalisées. Les quelques oblats
qui paraissent d’un statut social supérieur au reste de la population dépendante et qui se sont
visiblement enrichis sont des cas très particuliers. Leurs origines familiales et sociales peuvent
expliquer leur situation, mais il est douteux de parler à ce moment-là d’émancipation.

Gimillu, fils d’Innin-šum-ibni, est l’exemple principal d’un oblat arrivé à un niveau élevé de
l’administration de l’Eanna. Tout au long de sa carrière, il est demeuré à une position
d’administrateur du temple. Mais il n’est pas certain qu’il ait été un oblat dès sa naissance. Ses
parents, fAhâssunu et Innin-šum-ibni, ne sont pas connus comme ayant été des dépendants de
l’Eanna. Deux textes permettent peut-être d’identifier les origines familiales de Gimillu, analysés

502
par M. Jursa : BM 114482 (Cyr. 0, 20 / XII, Uruk) et BM 114628. Selon la première tablette,
Gimillu, fils d’Innin-šum-ibni, descendant de Naggâru, doit encore onze sicles d’argent à deux
personnes pour l’achat d’un esclave. Le statut d’oblat de Gimillu n’est pas indiqué, mais son nom
de famille l’est. La famille des Naggâru est peu documentée à Uruk. Deux de ses membres
apparaissent comme scribe et témoin dans deux textes : Bêl-ah-iddin, fils de Bunene, descendant
de Naggâru (scribe de YOS XVII 036, Nbk. 21, 7+ / VIb) Nabû-šum-iddin, fils de Nabû-ušibši,
descendant de Naggâru (témoin de YOS XIX 076, Nbn. 5, 27 / VI). Un autre de ses membres
reçoit un arc, des flèches et des attaches de cuir : il s’agit de Bêliya, fils de Nabû-ušallim
(YOS XIX 269, Nbk. 22, 06 / XI). Leur nom de famille est un nom de métier, celui de menuisier.
Il peut indiquer l’attachement de cette famille à l’économie prébendière de l’Eanna. L’autre tablette
mentionnée par M. Jursa, BM 114628 (Cyr. 2, 26 / VI) n’est pas éditée. Elle mentionne un certain
Innin-šum-ibni, fils de Nabû-ahhê-šullim, descendant de Naggâru. Il y est le débiteur d’une
reconnaissance de dette pour des produits agricoles.

Un autre Innin-šum-ibni, fils de Nabû-ahhê-šullim, sans nom de famille, apparaît toutefois


dans deux autres textes qui ne permettent pas d’assurer l’identification de ces liens familiaux. Selon
AnOr VIII 014 (Nbk. 32, 08 / IV), que nous avons déjà mentionné dans notre première partie,
Innin-šum-ibni adopte le nourrisson de sa sœur fBalṭaya, car cette dernière est une prostituée.
Dannu-ahhêšu-ibni devient le film d’Innin-šum-ibni tant que sa mère continue d’effectuer cette
activité. Enfin, nous retrouvons un Innin-šum-ibni, fils de Nabû-ahhê-šullim, dans la tablette non-
publiée BM 114494 (Nbn. 10, 10 / XII, Uruk), dans laquelle il loue le travail d’un laboureur.
L’ensemble de ces documents ne permettent pas de dire qu’il s’agit dans chaque cas du même
Innin-šum-ibni, père de Gimillu. Le nom de famille n’est pas toujours donné. AnOr VIII 014
indique plutôt un attachement à la population dépendante de l’Eanna, tandis que les autres textes
montrent Innin-šum-ibni comme un homme libre. Si Gimillu descend de la famille Naggâru,
l’hypothèse qu’il s’agisse d’un homme né libre et issu d’une famille prébendière mais devenu oblat
permettrait de comprendre sa fonction comme administrateur du temple. Demeure la question des
causes de son transfert au sein de la population dépendante de l’Eanna. Une des seules raisons pour
lesquelles une personne peut choisir de devenir oblate est une forte précarité économique apparue
soudainement. Le temple est alors un refuge, comme nous l’avons vu pour ce qui concerne les
mises en oblation. Malheureusement, nous ne savons rien des activités économiques de Gimillu
avant le moment où il serait devenu oblat. Si c’est bien ce qui est arrivé, il serait ainsi resté à un
même niveau social alors que son statut juridique se serait vu modifié. Dans tous les cas, il ne
s’agirait pas d’un oblat qui se serait émancipé de son statut juridique.

503
Deux autres oblats semblent avoir eu des liens avec l’administration royale qui indiquent
des origines sociales différentes de celles de la plupart des dépendants du temple, mais peu
d’éléments nous permettent de les déterminer avec précision. Ibni-Ištar, lui aussi fermier de
l’Eanna, est l’un de ces oblats. L’une de ses premières attestations est le contrat YOS VI 1501318
(Nbn. 11), selon lequel il demande à Bêl-šar-uṣur, le prince royal, de pouvoir exploiter 625 kur de
terre arable situés à Sumandar. Pour cela, il réclame cent laboureurs, cent bœufs et cinquante vaches
et promet de livrer 5000 kur d’orge. Tout ceci s’ajoute à un accord ultérieur entre Ibni-Ištar et
l’Eanna pour l’exploitation de 2081 kur de terre arable ; il doit rendre 625 kur de terre à partir de
cette surface au temple pour travailler le domaine situé à Sumandar. Les raisons de cet accord ne
sont pas très claires, mais semble s’inscrire dans les relations entre l’Eanna et le pouvoir royal, dans
lesquelles Ibni-Ištar est un intermédiaire. Ce n’est pas la seule occasion au cours de laquelle il se
trouve en contact avec le prince Bêl-šar-uṣur. Au cours de l’exercice de ces activités pour le compte
de l’Eanna, Ibni-Ištar se retrouva en conflit avec un autre exploitant agricole, selon la tablette
SAKF 1551319 (Nbn. 13, 12 / [x], Uruk). Il s’agit d’une enquête réalisée par l’administration du
temple concernant un conflit entre Ibni-Ištar et Kulbibi, un officier de l’Eanna responsable de
canaux et de l’irrigation de terres. Il porte sur des terres du temple situées à Bît-Saggâya dont
Kulbibi devait s’occuper, mais Ibni-Ištar, selon lui, vint l’en déloger pour s’approprier ces terres.
C’est une lettre du prince Bêl-šar-uṣur qui est lue devant les deux parties du procès, car Kulbibi se
plaignit à ce sujet à l’administration royale, qui ensuite écrivit à l’Eanna. Ibni-Ištar, devant la cour
de justice composée de plusieurs officiers de l’Eanna et notables de la ville d’Uruk, nie ce dont il
est accusé. Plusieurs autres scribes vinrent ensuite témoigner à ce sujet, mais les déclarations ne
sont malheureusement que peu lisibles sur la tablette. Nous ne disposons pas non plus d’une
décision du temple réglant le conflit, mais cela ne sembla pas empêcher Ibni-Ištar de travailler pour
l’Eanna. Il est possible que ses liens avec la royauté lui permettent de remporter ce procès.

Un dernier cas intéressant d’oblat en position d’administrateur de l’Eanna est Ištar-âlik-


pâni. Il s’agit d’un des deux dépendants de l’Eanna qui a aussi le titre de « ša rêši », c’est-à-dire de
courtisan et donc lié à la royauté1320. Au-delà de la mention de ce titre, les relations entre Ištar-âlik-

1318
[Janković, 2013 : 203‑204].
1319
[Janković, 2013 : 205‑208].
1320
L’autre oblat « ša rêši » est un certain Bêl-na’id, documenté dans un seul texte : YOS VII 114. Il y vend un de
ses esclaves pour une mine d’argent, mais après avoir failli à livrer l’esclave vendu, il en confie un autre à
l’acheteur, Tabiya, fils de Nabû-šum-iškun. C’est aussi l’un des seuls cas où nous voyons un oblat propriétaire
d’esclaves. Les origines sociales de Bêl-na’id, qualifié de « courtisan », peuvent être à l’origine de cet accès à une
forme de richesse particulière, les esclaves. Il ne s’agit alors pas d’un cas d’émancipation d’un oblat qui quitterait
sa condition pour s’élever socialement : sa position sociale ne change pas. Deux oblats de l’Eanna sont des
propriétaires d’une maison : Anu-ah-iddin, fils de Mušallim-Marduk (YOS VII 002, Cyr. 0, 21 / XI, Uruk), Gimillu,

504
pâni et l’administration royale ne sont que peu documentées. Il apparaît comme gestionnaire d’une
compagnie d’archers mobilisés et utiles à la protection de la Transtigrine (YOS VII 154), et selon
NBDMich. 089, une liste de dépenses d’argent liées à la participation de l’Eanna à la visite de
Cambyse au palais d’Abanu1321, il reçoit cinquante-neuf sicles d’argent (ligne 21), ainsi que cinq
sicles et est indiqué comme « ša rêši rab ekalli », le courtisan responsable du palais (ligne 45). Les
fonctions précises attachées à ce titre ne nous sont pas présentées. Tout comme pour Ibni-Ištar,
les liens précis entre cet oblat administrateur de l’Eanna et la Couronne demeurent floues. Les
origines familiales de ces deux dépendants ne nous sont pas connues. Mais leurs liens particuliers
avec l’administration royale, comme d’autres agents de cette dernière au sein du temple, peuvent
expliquer leur accès à des postes relativement importants au sein de l’Eanna. Gimillu, Ištar-âlik-
pâni et Ibni-Ištar ne représentent donc pas des cas d’émancipation, mais plutôt de maintien à une
condition socio-économique meilleure que celle de la plupart des oblats. Pour ces derniers,
notamment pour les travailleurs non-qualifiés, peu de possibilités de mobilité sociale existent. Peu
d’entre eux disposent de revenus propres ou d’accès à la propriété de biens. Certains travailleurs
qualifiés peuvent réaliser des tâches administratives, mais ils sont peu nombreux. Dans l’état actuel
de la documentation, il semble bien qu’un oblat ne puisse connaître aucune forme d’émancipation
de son statut juridique, contrairement à plusieurs cas d’esclaves.

Enfin, pour ce qui concerne les déportés, les cas d’élévation sociale sont bien documentés,
comme nous l’avons vu en détail pour les familles de Samâk-Yâma, d’Ahîqar et de Nusku-gabbê
dans notre deuxième partie. De petits exploitants agricoles, pouvant emprunter des sommes
d’argent pour agrandir leur patrimoine, ils deviennent des acteurs importants de l’agriculture locale.
Ils peuvent ensuite étendre leurs activités à d’autres secteurs. Ils sont locataires de maisons, utiles
pour le stockage de denrées, et peuvent devenir les propriétaires de débits de boisson à Babylone.
Cette trajectoire sociale est assez similaire à celle d’une famille comme les Egibi. Les déportés
n’ayant pas de statut juridique particulier, l’usage de parler d’émancipation doit être précisé ; c’est
de leur condition sociale de personnes ayant quitté leur région d’origine, à plus de mille kilomètres
de distance à vol d’oiseau, que certains de ces déportés s’émancipent. Ce n’est pas le cas de
l’ensemble de la population d’origine judéenne et ouest-sémitique, mais d’une petite portion de
celle-ci. Il faut à cela rajouter le cas des déportés présents en milieu urbain, comme ceux devenus
officiers de l’administration achéménide (Yahu-šar-uṣur) ou les marchands royaux (famille d’Arih
de Sippar) qui se lient par mariage à d’autres familles babyloniennes. Dans le dernier cas, il s’agit

fils de Šum-ukîn (YOS VII 045, Cyr. 4, 26 / XI, Uruk). Ils ne sont pas documentés par d’autres sources, et nous ne
pouvons donc dire s’il s’agit d’artisans.
1321
[Tolini, 2011 : 152‑153].

505
du maintien d’un niveau social probablement déjà acquis avant la déportation – leurs liens
commerciaux avec le Levant et leur capacité à commercer sont conservés et constituent la base de
leur élévation au sein de la société de Sippar. De fait, certains membres des communautés de
déportés paraissent être les meilleurs exemples d’une mobilité sociale réussie au sein d’une société
babylonienne qui ne favorise que très peu ce phénomène.

Bilan

L’analyse de différents aspects sociaux des vies des esclaves, dépendants et déportés nous
permettent de mieux comprendre la relation entre esclaves et maître(sse)s, entre dépendant(e)s et
temples, et entre déporté(e)s. Il existe ce qu’on peut désigner comme des pôles positif et négatif de
ces relations qui permettent une meilleure compréhension du statut de ces personnes. Les esclaves-
agents, au-delà du devoir de leur maître à les nourrir et vêtir, peuvent recevoir une forme de soutien
de sa part dans la conduite de leurs affaires économiques. Dans le cadre de conflits judiciaires, la
famille des Egibi peut faire intervenir son réseau et son importance socio-économique dans la
région de Babylone en faveur de ses esclaves. Dès lors, nous pouvons supposer que la relation
entre un maître et son esclave sous-entend un devoir de la part du premier à protéger le second
lorsque cela est nécessaire. Bien sûr, cela se fait surtout au bénéfice du maître, qui cherche ainsi à
assurer ses bénéfices obtenus par ses agents et son réseau économique. Pour les oblats, ce soutien
se distingue notamment dans le cas des oblats malades, qui peuvent recevoir des rations
supplémentaires afin de se remettre sur pied. Le temple possède un rôle de prise en charge des
personnes âgées ou en situation de précarité économique. Pour sa population dépendante, ce
soutien peut prendre la forme d’allocations de nourritures pour les travailleurs indisposés
temporairement. Enfin, une solidarité existe entre membres d’une même communauté de déportés,
les plus riches pouvant apporter leur aide financière aux personnes en difficulté.

En opposition à ce type de relations, le statut juridique des dépendants des temples et la


manière dont ils sont perçus par les membres de l’administration distinguent clairement les oblats
du reste de la population de Babylonie. Nos sources donnent plusieurs indices sur la perception de
ces travailleurs, notamment pour ceux qui n’ont aucune qualification. Une attention particulière est
faite quant à la séparation entre espace public et espace sacré pour ce qui concerne les oblats. De
plus, il semble qu’aux yeux des administrateurs de l’Eanna, cette population se caractérise par une
certaine dangerosité. Celle-ci est une réponse au caractère pénible et dangereux des tâches pour
lesquelles ils sont mobilisés : en plus de la difficulté de travaux comme le creusement de canaux ou

506
la construction de bâtiments, il arrive que des oblats meurent au cours des mobilisations ou qu’ils
soient mal ou pas nourris. Les temples doivent donc organiser les moyens qui lui permettent de
maintenir les oblats au travail. Cela implique un encadrement par des officiers pour empêcher les
évasions, une surveillance de leurs mœurs et la répression de leurs délits, crimes ou actes
d’indiscipline envers le temple, notamment par leur emprisonnement.

Demeure finalement la question des possibilités de s’émanciper socialement d’un statut


juridique ou d’une situation d’infériorité socio-économique. La société babylonienne ne semble pas
laisser beaucoup de place à des possibilités de mobilité sociale vers le haut. Seuls certains esclaves,
par leur activité en tant qu’agent de leur maître, et membres des communautés de déportés, du fait
de leur importance dans l’économie locale, peuvent atteindre une condition meilleure que celle que
leur statut et leur place au sein de la société babylonienne laissent entendre.

507
Conclusion générale

Au cours de notre étude, nous avions pour objectif de confronter origines historiques,
statuts juridiques et situations socio-économiques des esclaves, dépendants et déportés en
Babylonie afin de déterminer la place de ces personnes dans l’organisation du travail et dans la
société babylonienne. Leur implication dans les différents secteurs de l’économie et leurs
trajectoires sociales nous permettent de faire plusieurs constats.

La compréhension des normes juridiques attachées à l’esclavage et aux différentes formes


de dépendance est, seule, insuffisante pour déterminer le statut de ces modes de production et de
mobilisation de la main-d’œuvre au sein de l’économie babylonienne, ainsi que celui des personnes
concernées. Pour comprendre la situation des esclaves, dépendant(e)s et déporté(e)s, il faut une
prise en compte précise de leurs activités pour le compte de leur maître, des temples auxquels ils
sont rattaché(e)s ou au sein des communautés rurales où ils vivent. Par ce biais, il est possible de
constituer une stratification au sein de ces groupes. La position socio-professionnelle d’une
personne détermine ses possibilités de mobilité sociale, d’atteinte à des formes d’émancipation, ou
au contraire son maintien et celui de sa famille dans la même situation. De fait, l’étude détaillée,
presque micro-historique pour certains cas, permet de bien déterminer les limites de la mobilité au
sein de la société babylonienne.

La possession d’esclaves se limite aux classes les plus riches de la Babylonie. Elle fait l’objet
d’un marché entre particuliers et des familles d’hommes d’affaires en accumule un grand nombre ;
parmi les notables des grandes villes babyloniennes, cela peut se limiter à quelques esclaves, utiles
dans la sphère domestique. Mais lorsqu’une famille développe une stratégie d’obtention de
domaines fonciers et de développement de commerces (notamment de boissons alcoolisées),
l’utilisation d’esclaves comme agents devient un bénéfice notable. Les esclaves-agents, parmi les
mieux documentés pour notre période d’étude, constituent ainsi une classe socio-professionnelle
bien à part, aux services des besoins économiques de leur maître mais capables de développer leurs
propres intérêts. Au-delà de ces esclaves utilisés comme intermédiaires, le reste de la population
des esclaves est constitué de domestiques et de travailleurs qualifiés. Ces deux dernières catégories
peuvent faire l’objet d’une évaluation de la force de travail et d’une location, propres ainsi au
développent du capital de leur maître. Ceci est spécifique aux esclaves et ne se perçoit que de
manière marginale pour les autres formes de dépendance.

Les dépendants du temple constituent une main-d’œuvre diverse, présents dans l’ensemble
des secteurs économiques où les temples sont actifs. La majorité sont des travailleurs non-qualifiés,

508
mobilisés pour la production agricole, l’entretien et l’agrandissement d’un réseau hydraulique, les
grands travaux de la Couronne, ainsi que plusieurs autres tâches demandant une force de travail
conséquente (surveillance de bâtiments, de la Transtigrine). Des oblats ont aussi des responsabilités
dans l’économie animale, comme gestionnaires de troupeaux, engraisseurs d’animaux ou chasseurs
d’oiseaux. Les travailleurs qualifiés sont en nombre plus limités, mais sont d’une grande importance
dans l’économie interne des temples.

Nous retrouvons des oblats en assez grand nombre dans les artisanats du textile, du cuir et
des métaux. Leur production artisanale est indispensable au fonctionnement du culte, mais s’intègre
aussi aux autres activités des temples (confection de vêtements, de chaussures, d’outils pour les
mobilisations d’oblats). De plus, ils peuvent être engagés dans des tâches non-qualifiées,
notamment lorsque les temples ont des difficultés à accéder à des quantités importantes de main-
d’œuvre. Ils constituent ainsi une réserve de force de travail. De même que pour les esclaves, nous
distinguons une classe de travailleurs intermédiaires, notamment actifs dans des tâches
administratives pour l’économie agricole et animale. De fait, les oblats constituent des travailleurs
indispensables pour les institutions économiques majeures que sont les temples babyloniens. Ils se
révèlent aussi être un problème dans leur gestion et leur encadrement, et l’accès à leur force de
travail est difficile pour les temples face aux mobilisations pour les travaux engagés par la
Couronne, surtout à l’époque achéménide.

Enfin, les communautés de déporté(e)s présentent des dynamiques socio-économiques


particulières. Le pouvoir royal néo-babylonien a déplacé de manière forcée des populations
originaires de Syrie-Palestine pour le travail de terres non-exploitées jusqu’alors. Suite à ces
déportations, les membres de ces communautés peuvent être mobilisés pour des corvées,
principalement concentrées dans le domaine agricole. Nous voyons toutefois, à travers les sources
d’Âl-Yâhûdu, une implication limitée de l’administration royale et une exploitation des terres
royales par des acteurs locaux. Dès lors, certains membres de ces communautés ont développé des
intérêts économiques qui leur sont propres, accumulant du capital pour en prêter à des exploitants
agricoles. Ils deviennent petit à petit des acteurs importants de l’économie à l’échelle des villages
où sont installés les descendant(e)s des déporté(e)s.

Les esclaves, dépendant(e)s et déporté(e)s constituent, à première vue, les membres des
classes les plus basses de Babylonie pour notre période d’étude. Leur travail est forcé, leurs capacités
à se déplacer sont encadrées. Pour une main-d’œuvre en grand nombre comme celle des
dépendants du temple et des déportés, la mobilisation de leur force de travail est un apport
important dans la réalisation de grands travaux ou dans la production agricole. L’organisation de

509
leur travail est toutefois très différente, les communautés de déportés étant bien plus autonomes,
bien que leur constitution historique a impliqué un déplacement forcé et une mise au travail
contrainte. Les dépendants des temples, quelle que soit leur position professionnelle, doivent
constamment travailler pour l’institution à laquelle ils sont rattachés et peuvent être mobilisés à
tout moment. La pression exercée sur ces travailleurs est d’une intensité toute particulière et ne
connaît pas véritablement d’équivalent à une échelle collective pour la Babylonie néo-babylonienne
et achéménide. Quelques trajectoires individuelles, du fait des origines sociales des personnes
concernées, invitent à relativiser ce constat mais de manière très limitée. Dans tous les cas, qu’une
personne soit esclave, dépendante ou descendante de déportés, les moyens dont elle dispose pour
s’émanciper de sa condition sont fort restreintes.

Toutefois, nous percevons dans ces trois groupes sociaux la constitution de classes
particulières, ayant en commun une position intermédiaire dans l’organisation du travail et dans les
relations entre individus et institutions. Esclaves-agents, oblats gestionnaires et administrateurs,
déportés exploitants agricoles en lien avec l’administration, cette portion précise de personnes
encadrant la production économique et l’organisation du travail connaissent de véritables
possibilités d’ascension sociale. Les dépendants du temple s’en distinguent car cette mobilité
demeure interne à la hiérarchie de leur institution, mais elle est néanmoins visible. Pour les esclaves
et les déportés, les membres de cette classe d’encadrement se séparent de leur condition juridique
première pour connaître un certain enrichissement matériel et une indépendance hors de la volonté
de leur maître et de l’administration royale. Mais telle l’agression d’un esclave aussi influent que
Madânu-bêl-uṣur par un membre déchu des notabilités traditionnelles de la société babylonienne
le montre, cette ascension trouve sa limite par le regard que peut avoir les classes possédantes pour
ces cadres intermédiaires. Si le statut socio-économique d’un tel esclave a connu une vraie
évolution, il existe toujours des formes de distinction sociale qui limitent très fortement l’accès au
plus haut de la société babylonienne.

510
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525
Index des textes

BA II 017, 129
BbST 24, 81
A 165, 189 BE IX 012, 424
A 32117, 133, 137, 139 BE IX 043, 292, 298
Abraham 2004 n°17, 264 BE IX 044, 424
Abraham 2004 n°78, 264 BE IX 065, 446
Abraham 2007, 40, 122, 173, 180 BE IX 075, 424
AfO 44 / 45 n°13, 132 BE IX 082, 424
AfO 44 / 45 n°19, 133 BE IX 094, 424
AfO 44 / 45 n°3, 136 BE VIII 024, 108
AfO 44 / 45 n°5, 135, 137 BE VIII 040, 446
AfO 50 n°16, 144, 145, 146, 147 BE VIII 104, 108
AfO 50 n°17, 144, 146 BE VIII 106, 91
AfO 50 n°18, 144, 145 BE VIII 119, 188, 190, 192, 199, 201, 202, 203
AJSL 27, p. 226, 160 BE X 004, 200, 202
AnOr IX 008, 361, 442, 444 BE X 006, 424
AnOr IX 009, 335, 351, 354, 397 BE X 014, 424
AnOr IX 017, 108 BE X 016, 424
AnOr VIII 011, 30, 154, 164, 167 BE X 017, 424
AnOr VIII 013, 154, 164 BE X 041, 424
AnOr VIII 014, 56, 65, 66, 503 BE X 047, 424
AnOr VIII 018, 175 BE X 048, 424
AnOr VIII 019, 30, 156, 167 BE X 049, 424
AnOr VIII 021, 116, 458, 477, 481 BE X 054, 294, 300
AnOr VIII 026, 361 BE X 055, 292, 303, 305
AnOr VIII 032, 322, 323 BE X 061, 424
AnOr VIII 041, 395 BE X 064, 424
AnOr VIII 053, 467 BE X 065, 424
AnOr VIII 056, 51, 102 BE X 068, 294, 301
AnOr VIII 061, 113, 338, 340 BE X 073, 304, 305
AnOr VIII 074, 107 BE X 077, 304, 306
AnOr VIII 079, 471, 474 BE X 078, 302, 304, 306
AO 19523, 103 BE X 079, 424
AO 19536, 98, 102 BE X 087, 295, 301
AOAT 358 n°10, 320 BE X 088, 424
ARRIM VIII n°14, 267 BE X 099, 295, 301
AUWE 001, 493 BE X 104, 304, 305
AUWE V 002, 349 BE X 105, 296, 299, 307
AUWE V 096, 348 BE X 106, 296, 299
AUWE V 113, 360 BE X 112, 424
BE X 115, 296, 302

526
BE X 123, 296, 302 BM 114671, 114, 471, 474
Bellino E, 189, 190, 191, 200 BM 114717, 188, 190, 199
Bertin 1743, 395 BM 114752, 55, 58, 60, 62, 64
BIN I 008, 396 BM 16656, 199
BIN I 016, 381 BM 21978, 162
BIN I 106, 105 BM 25638, 162
BIN I 120, 106 BM 25733, 271, 273
BIN I 161, 361 BM 26506, 58, 71
BIN I 165, 362, 384, 389 BM 26576, 162, 168, 169
BIN I 174, 362 BM 26639, 161
BIN II 120, 393 BM 27864, 157
BIN II 122, 360 BM 28877, 163
BIN II 127, 385, 386, 388 BM 29025, 162
BIN II 132, 76, 83, 87 BM 29472, 184, 190
BIN II 133, 348, 361 BM 30126, 163
BM 100960, 204, 205 BM 30428, 245
BM 101215, 205 BM 30441, 41, 178, 182
BM 101298, 490 BM 30653, 242, 250, 256
BM 101301, 205 BM 30767, 224, 228
BM 101416, 205 BM 30779, 239, 245
BM 101428, 205, 207 BM 30948, 261, 262
BM 101687, 205 BM 30965, 252
BM 102007, 161 BM 30984, 263
BM 102345, 187, 190, 192, 199, 201, 203 BM 31204, 240, 250, 254, 257
BM 103474, 271, 274 BM 31360, 252
BM 103493, 271, 274 BM 31469, 222, 224, 227
BM 103529, 272, 274 BM 31560, 225
BM 103565, 270, 272, 273 BM 31752, 226, 236
BM 103580, 270, 275 BM 31758, 239, 249
BM 103614, 271, 275 BM 31781, 222, 223, 224, 229
BM 103617, 270 BM 31918, 242, 250
BM 103622, 270, 275 BM 31976, 237
BM 103656, 272, 273 BM 32130, 245
BM 113252, 313, 315 BM 33092, 174, 182, 198
BM 113293, 337 BM 33114, 175, 183, 219
BM 113434, 397 BM 33932, 41, 178, 182, 183, 198
BM 114480, 363 BM 33933, 41, 178, 182
BM 114482, 503 BM 33934, 41, 178, 183
BM 114494, 503 BM 36432, 223, 224
BM 114524, 51, 458, 459 BM 37939+37947, 199
BM 114528, 460 BM 40743, 188, 191, 194, 199
BM 114573, 320, 322, 324 BM 41450, 259
BM 114587, 337 BM 49229, 488
BM 114602, 323 BM 49268, 204
BM 114628, 503 BM 49896, 378
BM 114643, 313, 317 BM 50031, 204

527
BM 50209, 204 BM 62962, 205
BM 51615, 378 BM 63828, 366
BM 55011, 374 BM 63910, 57, 67, 69, 70
BM 55781, 367 BM 63912, 207
BM 55784, 60, 64 BM 63922, 372
BM 58028, 206 BM 63923, 345
BM 58028+59834, 206 BM 63984, 372
BM 59368, 204 BM 64008, 372
BM 59423, 204, 205 BM 64025, 205
BM 59627, 491, 498 BM 64026, 467
BM 59804, 44, 56, 60, 61, 64 BM 64047, 492
BM 59834, 205 BM 64124, 365, 366, 376
BM 60121, 365 BM 64132, 490
BM 60137, 365, 366 BM 64624, 372
BM 60281, 376 BM 64663, 489
BM 60292, 365, 366 BM 64820, 125
BM 60307, 374 BM 64882, 492
BM 60320, 372 BM 64920, 205
BM 60380, 366 BM 64937, 205
BM 60394, 204, 205, 207 BM 65047, 205
BM 60445, 204, 205 BM 65149, 125
BM 60453, 470, 472 BM 65341, 205
BM 60918, 343 BM 65913, 205
BM 60933, 205 BM 65950, 57, 60, 64
BM 60956, 343 BM 66810, 205
BM 61022 / BM 61151, 334 BM 67071, 491, 498
BM 61051, 345, 346 BM 67207, 492
BM 61145, 490 BM 67252, 205
BM 61176 // BM 67388, 58, 144 BM 67256, 490
BM 61196, 378 BM 67525, 205
BM 61216, 205 BM 67934, 205
BM 61220, 488 BM 68921, 125
BM 61259, 344 BM 68999, 344
BM 61330, 396 BM 70160, 343, 346
BM 61434 + 62729, 176 BM 70233, 336
BM 61434+62729, 198 BM 71878, 205
BM 61737, 57, 71 BM 72315, 205
BM 61749, 205 BM 72889, 492
BM 62065, 205, 206 BM 73114, 344
BM 62099, 204, 207 BM 74382, 368
BM 62178, 204, 205 BM 74411, 125
BM 62430, 491, 498 BM 74429, 345
BM 62582, 205, 206 BM 74440, 206
BM 62582+65419, 206 BM 74537, 367
BM 62908, 81 BM 74578, 492
BM 62951, 377 BM 74596, 178

528
BM 75434, 125 Camb 344, 90
BM 75508, 367 Camb. 004, 376
BM 75517, 366 Camb. 015, 30, 160, 169
BM 75529, 372 Camb. 043, 219, 222, 224, 230
BM 75795, 374 Camb. 053, 222, 224, 227, 246
BM 75883, 367 Camb. 054, 222, 224, 227, 246
BM 76029, 179 Camb. 068, 223, 224, 225, 229
BM 76129, 205 Camb. 086, 221, 224, 226
BM 76393, 205 Camb. 125, 223, 224, 226, 254, 258
BM 76590+79793+99874, 205 Camb. 127, 223, 224, 226
BM 76963, 204 Camb. 131, 344
BM 78911, 378 Camb. 135, 223, 240
BM 79074, 188 Camb. 137, 372
BM 79134, 204, 205 Camb. 143, 27, 30, 35, 160
BM 79793+, 204, 205 Camb. 161, 223, 224
BM 82597, 179, 182 Camb. 164, 240, 244
BM 82609, 177, 182, 198 Camb. 167, 223, 224, 225, 227, 228
BM 82623, 156, 166 Camb. 175, 344
BM 82628, 160 Camb. 189, 30, 160
BM 82673, 159 Camb. 193, 41, 177
BM 82786, 154 Camb. 199, 499
BM 83281, 205 Camb. 209, 344
BM 83419, 488 Camb. 214, 41, 177
BM 83511, 204, 205 Camb. 215, 41, 177, 182, 217
BM 83618, 366 Camb. 216, 41, 177, 182
BM 83668, 205 Camb. 218, 240, 247, 248, 249
BM 84214, 204 Camb. 229, 372
BM 84470, 204, 205 Camb. 230, 372
BM 84481, 345, 346 Camb. 235, 372
BM 92997, 26, 30, 153, 164, 167 Camb. 245, 199, 201
BM 94589, 59, 60, 64 Camb. 253, 220, 223, 224, 229
BM 94693, 158 Camb. 256, 373, 383, 389
BM 96175, 161 Camb. 257, 238, 240, 247
BM 96412, 159, 169 Camb. 266, 344
BM 99540, 492, 498 Camb. 267, 372
BM 99937, 205 Camb. 272, 238
BOR I 083, 188, 190, 191, 199, 201 Camb. 279, 254, 258
BOR II 003, 183, 238 Camb. 285, 219, 224, 231
BRM I 065, 240, 250 Camb. 287, 30, 160, 169
BRM I 077, 269, 272, 274 Camb. 290, 30, 34, 160
BRM I 078, 269, 271, 275 Camb. 307, 30, 160, 238
BRM I 082, 269, 271, 272, 273 Camb. 309, 30, 160, 167
BRM I 092, 269, 271, 272, 273 Camb. 315, 187, 189
BRM I, p. 72, 161 Camb. 321, 52, 53, 240, 245, 246, 438, 439, 441
Camb. 329, 52, 53, 227, 241, 245, 246
Camb. 330, 200, 260, 261, 262, 263

529
Camb. 331, 200, 260, 262, 263 CT LV 735, 343
Camb. 334, 27, 30, 34, 160, 167 CT LV 737, 343
Camb. 344, 42 CT LV 764, 374, 375
Camb. 349, 263 CT LV 771, 365, 366
Camb. 351, 254, 255, 256 CT LV 777, 372
Camb. 362, 30, 161 CT LV 799, 205
Camb. 365, 39, 173 CT LV 828, 372
Camb. 369, 241, 249, 255, 257 CT LV 833, 204, 205
Camb. 379, 187, 189, 199 CT LV 836, 204, 205
Camb. 384, 30, 161 CT LV 848, 205
Camb. 389, 492, 497 CT LV 859, 205
Camb. 391, 241, 248, 249 CT LV 861, 204
Camb. 409, 241, 248 CT LV 865, 205, 207
Camb.143, 169 CT LV 869, 204
Camb.334, 167 CT LVI 611, 207
Camb.362, 169 CT LVI 001, 204, 205
Camb.384, 169 CT LVI 005, 204, 207
CBS 12849, 30, 33, 36 CT LVI 008, 376
CBS 1594, 30, 32, 36, 163, 167 CT LVI 096, 490
CBS 4999, 293, 299 CT LVI 097, 490
CD 11, 362 CT LVI 104, 489
CRRAI 47 115, 104 CT LVI 107, 490
CT LV 041, 396, 491 CT LVI 111, 489
CT LV 057, 489 CT LVI 112, 492
CT LV 063, 376 CT LVI 114, 490
CT LV 072, 343, 344, 345, 346 CT LVI 118, 488
CT LV 154, 57, 65, 66 CT LVI 120, 490
CT LV 203, 366 CT LVI 123, 488
CT LV 207, 365 CT LVI 176, 443, 444
CT LV 209, 365 CT LVI 184, 205
CT LV 212, 365 CT LVI 193, 398
CT LV 214, 365 CT LVI 195, 343, 345, 346
CT LV 217, 365 CT LVI 215, 375
CT LV 220, 484, 488 CT LVI 276, 343
CT LV 228, 393 CT LVI 282, 365
CT LV 236, 366 CT LVI 310, 205
CT LV 250, 365 CT LVI 323, 205, 366
CT LV 254, 484, 488 CT LVI 327, 346
CT LV 263, 367 CT LVI 332, 344
CT LV 282, 377 CT LVI 363, 205
CT LV 289, 367 CT LVI 379, 367
CT LV 327, 375 CT LVI 397, 489, 498
CT LV 440, 367, 368 CT LVI 399, 376
CT LV 726, 344 CT LVI 413, 491
CT LV 730, 344 CT LVI 570, 374, 383, 386, 387
CT LV 732, 345, 346 CT LVI 576, 374, 382, 387

530
CT LVI 605, 204, 207 CT LVII 491, 205
CT LVI 611, 204 CT LVII 510, 205
CT LVI 616, 204 CT LVII 657, 376
CT LVI 629, 376 CT LVII 719, 205
CT LVI 642, 366 CT LVII 753, 205
CT LVI 644, 372 CT LVII 807, 396
CT LVI 652, 366 CT LVII 920, 372
CT LVI 664, 376 CT LVII 973, 366
CT LVI 668, 204, 207, 372, 376 CT XLIV 076, 108
CT LVI 669, 343, 365, 366 CT XLIV 088, 366, 372
CT LVI 672, 372, 376 CT XX 083, 251
CT LVI 673, 375 CT XXII 008, 243, 251
CT LVI 679, 374 CT XXII 078, 243, 251
CT LVI 681, 376 CT XXII 079, 243
CT LVI 683, 374 CT XXII 080, 243, 250, 251
CT LVI 684, 375 CT XXII 081, 243, 250
CT LVI 685, 375 CT XXII 082, 243, 251
CT LVI 734, 375 CT XXII 083, 243, 250
CT LVI 736, 343 CT XXII 201, 200
CT LVI 737, 374, 376 CT XXII 78, 247
CT LVI 738, 372 CTMMA III 053, 57, 73, 218
CT LVI 739, 374 CTMMA III 054, 27
CT LVI 740, 372 CTMMA III 060, 218, 263
CT LVI 751, 374 CTMMA III 065, 260, 261, 262, 263
CT LVI 754, 343 CTMMA III 071, 217, 218
CT LVI 755, 374 CTMMA III 072, 217, 218, 219
CT LVI 759, 372 CTMMA III 073, 218, 256, 257, 264
CT LVI 762, 398 CTMMA III 077, 157, 167
CT LVI 772, 395 CTMMA III 103, 354
CT LVI 777, 372, 375
CT LVI 778, 372 CUSAS XXVIII 001, 121
CT LVI 784, 366, 376 CUSAS XXVIII 005, 185
CT LVI 785, 374 CUSAS XXVIII 006, 402
CT LVII 018, 372 CUSAS XXVIII 007, 402, 403
CT LVII 065, 373, 382, 388 CUSAS XXVIII 008, 403
CT LVII 093, 443, 444 CUSAS XXVIII 009, 403, 449, 450
CT LVII 096, 443 CUSAS XXVIII 010, 450
CT LVII 131, 205 CUSAS XXVIII 011, 403, 404
CT LVII 255, 372 CUSAS XXVIII 012, 404, 409
CT LVII 283, 443 CUSAS XXVIII 013, 405
CT LVII 314, 205 CUSAS XXVIII 014, 407, 426
CT LVII 341, 376 CUSAS XXVIII 015, 407, 426
CT LVII 378, 204, 207 CUSAS XXVIII 016, 406, 408, 427
CT LVII 429, 204, 205, 207 CUSAS XXVIII 017, 405, 407
CT LVII 448, 345, 346 CUSAS XXVIII 018, 405, 407, 408, 427
CT LVII 486, 205, 207 CUSAS XXVIII 019, 408, 427

531
CUSAS XXVIII 020, 408, 427 CUSAS XXVIII 085, 421
CUSAS XXVIII 023, 406, 427, 450 CUSAS XXVIII 086, 418, 421
CUSAS XXVIII 024, 411, 412, 428 CUSAS XXVIII 087, 417, 421
CUSAS XXVIII 025, 407, 408, 412, 428 CUSAS XXVIII 088, 417, 421
CUSAS XXVIII 026, 412, 428 CUSAS XXVIII 089, 418, 421
CUSAS XXVIII 027, 413, 450 CUSAS XXVIII 090, 421, 422
CUSAS XXVIII 028, 450 CUSAS XXVIII 091, 418, 421
CUSAS XXVIII 029, 406, 410 CUSAS XXVIII 092, 418
CUSAS XXVIII 030, 411, 413 CUSAS XXVIII 093, 418, 421
CUSAS XXVIII 031, 405, 410 CUSAS XXVIII 094, 419, 421
CUSAS XXVIII 032, 411, 413 CUSAS XXVIII 095, 416, 421
CUSAS XXVIII 033, 405, 408, 426 CUSAS XXVIII 096, 416, 420
CUSAS XXVIII 034, 406, 409 CUSAS XXVIII 097, 418, 422
CUSAS XXVIII 035, 406, 409 CUSAS XXVIII 098 & 099, 416, 421, 422
CUSAS XXVIII 036, 406, 409 CUSAS XXVIII 100, 417, 422
CUSAS XXVIII 037, 411, 412
CUSAS XXVIII 039, 412
CUSAS XXVIII 040, 405, 410
CUSAS XXVIII 041, 405 Cyr. 012, 221, 224, 227, 228
CUSAS XXVIII 043, 406, 410 Cyr. 020, 492, 498
CUSAS XXVIII 044, 407, 410, 411 Cyr. 027, 222, 224, 227, 228
CUSAS XXVIII 045, 122, 173, 180, 410, 412 Cyr. 064, 186, 190, 199, 201
CUSAS XXVIII 046, 412, 413 Cyr. 085, 343
CUSAS XXVIII 052, 163, 167 Cyr. 109, 375
CUSAS XXVIII 053, 122 Cyr. 111, 176, 182
CUSAS XXVIII 056, 419 Cyr. 119, 187, 189, 194
CUSAS XXVIII 060, 415, 419 Cyr. 120, 159
CUSAS XXVIII 062, 415, 422 Cyr. 131, 395
CUSAS XXVIII 063, 415, 422 Cyr. 143, 41, 176, 177
CUSAS XXVIII 066, 416, 421 Cyr. 145, 491, 498
CUSAS XXVIII 067, 416, 421 Cyr. 146, 30, 159
CUSAS XXVIII 068, 416, 421 Cyr. 168, 39, 173, 179, 180, 198
CUSAS XXVIII 069, 422
CUSAS XXVIII 070, 418, 422 Cyr. 187, 396, 491, 498
CUSAS XXVIII 071, 415, 420 Cyr. 207, 396, 491, 498
CUSAS XXVIII 072, 415 Cyr. 209, 396, 491, 498
CUSAS XXVIII 073, 417, 421 Cyr. 224, 222, 224, 230
CUSAS XXVIII 074, 417, 422 Cyr. 232, 205, 206
CUSAS XXVIII 075, 417, 420 Cyr. 248, 187, 190, 199, 201
CUSAS XXVIII 076, 417, 420, 421 Cyr. 276, 473
CUSAS XXVIII 077, 415, 419, 422 Cyr. 291, 109, 110
CUSAS XXVIII 078, 416, 419, 422 Cyr. 292, 470, 472
CUSAS XXVIII 079, 418, 419 Cyr. 295, 491
CUSAS XXVIII 081, 415, 421 Cyr. 305, 491
CUSAS XXVIII 082, 415, 421 Cyr. 309, 189, 190
CUSAS XXVIII 083, 414, 419 Cyr. 313, 90, 187, 190, 191, 199

532
Cyr. 315, 74, 187, 189, 190, 201 Dar. 376, 238
Cyr. 325, 187, 190, 191, 200, 201 Dar. 379, 27, 37, 39, 40, 173, 180, 181, 216, 218,
Cyr. 326, 374, 375 238, 264
Cyr. 332, 138, 159 Dar. 384, 259
Cyr. 337, 231, 233, 235 Dar. 389, 259
Cyr. 339, 142, 147 Dar. 392, 265, 267
Cyr. 345, 109, 110 Dar. 395, 255, 259
Cyr. 361, 177, 182 Dar. 400, 242, 249
Cyr. 362, 160 Dar. 403, 259, 266
Cyr. 371, 395 Dar. 404, 259
Dar. 405, 242, 252
Dar. 035, 74 Dar. 410, 229, 502
Dar. 043, 375 Dar. 413, 256, 257
Dar. 046, 109, 111 Dar. 424, 265, 268
Dar. 070, 161, 169, 199, 201 Dar. 425, 259, 266
Dar. 080, 108 Dar. 426, 259
Dar. 097, 255, 259 Dar. 427, 108
Dar. 105, 267 Dar. 429, 30, 37, 162, 183, 238, 502
Dar. 114, 74 Dar. 430, 161
Dar. 123, 74 Dar. 431, 44, 188, 189, 190
Dar. 126, 266 Dar. 443, 259
Dar. 127, 259 Dar. 452, 242, 249, 267
Dar. 129, 74 Dar. 454, 267
Dar. 139, 376 Dar. 457, 188, 190, 191, 199, 201
Dar. 155, 266 Dar. 459, 239, 242, 252, 501
Dar. 168, 187, 189, 194 Dar. 461, 267
Dar. 171, 74 Dar. 492, 34, 36, 162
Dar. 177, 241, 250, 264, 265, 267 Dar. 509, 252
Dar. 203, 266 Dar. 522, 178
Dar. 212, 30, 35, 89, 161 Dar. 527, 267
Dar. 230, 398 Dar. 530, 177
Dar. 231, 367 Dar. 537, 34, 162, 170
Dar. 243, 255, 256 Dar. 542, 264, 265, 267
Dar. 260, 188, 190, 193 Dar. 542., 267
Dar. 265, 108 Dar. 568, 178
Dar. 269, 255, 259 Dar. 575, 188, 189
Dar. 296, 267
Dar. 308, 241, 248 Eames Q15, 362
Dar. 313, 265, 266 Eames Q2, 360
Dar. 327, 44 EHE 537, 394
Dar. 349, 255, 258
Dar. 350, 267 Entrepreneurs and Empire n° 61, 424
Dar. 353, 74, 266 Entrepreneurs and Empire n°065, 424
Dar. 360, 242, 247 Entrepreneurs and Empire n°113, 425, 429
Dar. 361, 255, 257
Dar. 362, 265, 266 EPHE 423, 356

533
Ermitage 15474, 393 GCCI II 149, 494, 498
Ermitage 15552, 465, 468 GCCI II 150, 349
Evetts EM 17, 185 GCCI II 226, 349
GCCI II 249, 442, 444
FLP 1541, 154 GCCI II 278, 356
FLP 1574, 157 GCCI II 345, 375
FLP 1610, 349 GCCI II 350, 477, 481
Fort. 11786, 30, 35, 162 GCCI II 383, 392
George, Iraq LXI p. 138 n°49, 287
GCCI I 009, 349 George, Iraq LXI, p. 138 n°4, 285
GCCI I 010, 349
GCCI I 087, 442 Hebraica 8, p. 134, 161
GCCI I 089, 493 HSM 8408, 278, 279, 284
GCCI I 103, 394
GCCI I 105, 494, 498 IMT 050, 426
GCCI I 106, 494 Iraq 59, 44, 162
GCCI I 120, 493
GCCI I 134, 88 J9, 415, 419
GCCI I 137, 493, 498 JCS 28 n°32, 90, 103, 105, 466, 468
GCCI I 147, 493 JCS 28 n°34, 335
GCCI I 150, 494, 498 JCS 28 n°35, 391
GCCI I 156, 493 JCS 28 n°39, 116, 477
GCCI I 159, 494 Jursa 2006 n°10, 190, 191
GCCI I 160, 493, 498 Jursa 2006 n°9, 189, 191, 199
GCCI I 169, 393
GCCI I 203, 494 Kudurru de Marduk-zâkir-šumi, 81
GCCI I 212, 350, 356 Kudurru de Meli-šipak, 80
GCCI I 229, 357
GCCI I 249, 336 Liverpool 13, 156
GCCI I 300, 495, 498 Liverpool 27, 239, 244, 245, 247, 249
GCCI I 361, 42, 90, 92, 93 LKU 051, 455
GCCI I 364, 339, 340
GCCI I 385, 30, 156 MDP X 087, 80
GCCI I 401, 495, 498 MM 504, 396, 474
GCCI I 409, 443 Monument cruciforme de Maništušu, 78
GCCI I 412, 358
GCCI II 011, 349 NBC 4555, 356
GCCI II 053, 349 NBC 4561, 349
GCCI II 054, 349 NBC 4563, 360
GCCI II 084, 44, 46 NBC 4598, 362, 384, 389
GCCI II 095, 30, 155, 167 NBC 4612, 312, 319
GCCI II 101, 351 NBC 4652, 360
GCCI II 102, 395 NBC 4806, 394
GCCI II 103, 390 NBC 4837, 339
GCCI II 120, 398 NBC 4859, 361
GCCI II 142, 104, 467, 468, 469 NBC 4942, 348

534
NBC 6152, 162 Nbk. 439, 44, 56, 60, 61, 64
NBC 6240, 161
NBC 8350, 359
NBDMich 065, 108
NBDMich 089, 505 Nbn. 004, 245
NBDMich. 065, 108 Nbn. 013, 156
NBDMich. 089, 394, 398, 505 Nbn. 039 / 040, 156, 168
Nbk. 013, 488 Nbn. 071, 219, 220, 224, 227
Nbk. 017, 255, 258 Nbn. 1000, 377
Nbk. 029, 30, 153, 168 Nbn. 1006, 249
Nbk. 031, 44 Nbn. 1008, 239, 249
Nbk. 061, 30, 153, 168 Nbn. 1020, 30, 159
Nbk. 062, 30, 153, 168 Nbn. 1030, 233, 234
Nbk. 067, 30, 153, 167 Nbn. 1039, 159
Nbk. 092, 366 Nbn. 1044, 159, 216, 217
Nbk. 094, 30, 154 Nbn. 1113, 50, 129, 137, 140, 170, 176
Nbk. 096, 154, 167 Nbn. 1114, 233
Nbk. 097, 30, 154, 167, 168 Nbn. 1116, 186, 189
Nbk. 100, 30, 154, 167 Nbn. 1123, 221, 224, 225
Nbk. 101, 136 Nbn. 113, 139
Nbk. 103, 154, 184, 190, 193 Nbn. 118, 365
Nbk. 110, 154 Nbn. 122, 220, 224
Nbk. 117, 30, 154, 166 Nbn. 146, 374, 376
Nbk. 146, 366 Nbn. 147, 156
Nbk. 166, 154, 168 Nbn. 169, 185
Nbk. 175, 30, 32, 45, 154, 164, 168 Nbn. 172, 378
Nbk. 193, 136, 184, 190 Nbn. 174, 205
Nbk. 195, 155 Nbn. 176, 157, 245, 439
Nbk. 198, 174 Nbn. 194, 157
Nbk. 201, 30, 155 Nbn. 212, 157
Nbk. 203, 30, 155 Nbn. 217, 205
Nbk. 207, 30, 155 Nbn. 242, 205
Nbk. 223, 366 Nbn. 243, 175, 183
Nbk. 228, 155 Nbn. 244, 157
Nbk. 229, 367 Nbn. 268, 229
Nbk. 237, 366 Nbn. 270, 44, 46
Nbk. 250, 216, 217 Nbn. 273, 30, 157, 168
Nbk. 265, 41, 174, 220 Nbn. 274, 157, 167
Nbk. 346, 36, 129, 155, 170 Nbn. 280, 220, 224, 227, 228
Nbk. 359, 131 Nbn. 281, 374
Nbk. 386, 155, 168 Nbn. 284, 205
Nbk. 390, 184, 189 Nbn. 292, 489
Nbk. 408, 129 Nbn. 299, 185
Nbk. 409, 184, 190, 193 Nbn. 300, 30, 157, 166, 167
Nbk. 418, 366 Nbn. 302, 205, 206
Nbk. 438, 45 Nbn. 314, 131, 141

535
Nbn. 318, 489, 497 Nbn. 666, 158
Nbn. 336, 30, 33, 157, 167, 169, 199 Nbn. 671, 30, 158, 168
Nbn. 340, 199, 200, 201 Nbn. 674, 232, 233
Nbn. 343, 57, 67, 69, 70 Nbn. 676, 205
Nbn. 348, 175, 182 Nbn. 679, 51, 186, 190, 193, 463
Nbn. 349, 205, 207 Nbn. 680, 30, 158, 168
Nbn. 361, 205, 207 Nbn. 681, 232, 234
Nbn. 367, 30, 157 Nbn. 682, 51, 186, 193, 463
Nbn. 388, 157, 167 Nbn. 685, 367
Nbn. 407, 489 Nbn. 693, 158, 166
Nbn. 425, 365 Nbn. 696, 376
Nbn. 428, 365 Nbn. 697, 141, 146, 147, 218
Nbn. 434, 30, 31, 34, 157 Nbn. 723, 205
Nbn. 441, 220, 224, 230, 302 Nbn. 751, 205
Nbn. 465, 205, 206 Nbn. 755, 183
Nbn. 466, 220, 224, 225 Nbn. 756, 30, 32, 158
Nbn. 467, 376 Nbn. 760, 41, 176, 182, 263
Nbn. 471, 367 Nbn. 765, 30, 158, 167
Nbn. 472, 365 Nbn. 766, 205
Nbn. 475, 185, 190, 199 Nbn. 767, 489, 497
Nbn. 492, 205, 207, 376 Nbn. 769, 232, 233
Nbn. 494, 205 Nbn. 783, 205, 207
Nbn. 508, 27 Nbn. 788, 205
Nbn. 509, 30, 157, 167 Nbn. 789, 205
Nbn. 510, 489, 497 Nbn. 801, 30, 158
Nbn. 517, 489, 498 Nbn. 803, 186, 189
Nbn. 518, 158 Nbn. 805, 374
Nbn. 526, 231, 233 Nbn. 806, 30, 159
Nbn. 530, 365 Nbn. 815, 27, 226, 231, 232, 236
Nbn. 532, 205, 206 Nbn. 818, 372
Nbn. 533, 158, 218 Nbn. 826, 205
Nbn. 544, 205, 206 Nbn. 829, 30, 159, 168
Nbn. 547, 205 Nbn. 832, 159, 167
Nbn. 549, 365 Nbn. 838, 27, 186, 226, 231, 232, 236
Nbn. 564, 158, 168 Nbn. 845, 232, 234
Nbn. 570, 237, 239 Nbn. 858, 27, 186, 189, 190, 221, 224, 225, 231,
Nbn. 571, 365 233, 236
Nbn. 573, 186, 190, 193 Nbn. 880, 205, 374
Nbn. 605, 231, 232, 234, 235 Nbn. 885, 205, 207
Nbn. 610, 186, 189, 191 Nbn. 889, 345, 346
Nbn. 613, 221, 224 Nbn. 892, 30, 37, 44, 46, 159
Nbn. 624, 372 Nbn. 908, 205, 207
Nbn. 626, 132, 140, 147 Nbn. 915, 345
Nbn. 635, 158, 168 Nbn. 945, 108
Nbn. 648, 158, 168 Nbn. 948, 205
Nbn. 665, 30, 132, 158, 168 Nbn. 954, 231, 233, 235

536
Nbn. 952, 205 NCBT 464, 349
Nbn. 959, 186, 189, 190 NCBT 487, 394
Nbn. 960, 200, 201 NCBT 4909, 360
Nbn. 966, 74, 263 NCBT 495, 361
Nbn. 967, 74, 263 NCBT 630, 326, 327
Nbn. 979, 205 NCBT 65, 312, 393
Nbn. 988, 346 NCBT 652, 312
Nbn. 990, 176, 182 NCBT 677, 325, 326, 327
Nbn. 996, 44 NCBT 680, 384, 389
Nbn. 998, 346 NCBT 770, 349
NCBT 811, 493, 494
NCBT 822, 493
Neirab n°1, 447, 448
Neirab n°10, 448
Neirab n°13, 448
Neirab n°14 // 24, 447
Neirab n°15, 448
Neirab n°16, 447
Neirab n°17, 448
Neirab n°18, 448
NCBT 019, 90, 104, 467, 468 Neirab n°20, 447, 449
NCBT 065, 393 Neirab n°27, 447, 449
NCBT 087, 394 Neirab n°3, 448
NCBT 099, 393 Neirab n°4, 448
NCBT 1012, 313, 317 Neirab n°5, 448
NCBT 1023, 493 Neirab n°6, 448
NCBT 123, 493, 494 Neirab n°7, 447
NCBT 128, 493, 494 Neirab n°9, 447
NCBT 134, 361 Ner. 002, 30, 156
NCBT 136, 493, 494 Ner. 007, 156
NCBT 146, 356 Ner. 023, 156
NCBT 176, 363 Ner. 025, 175
NCBT 186, 394 Ner. 065, 205, 207
NCBT 2287, 349 Ngl. 002, 136
NCBT 2336, 493 Ni 2673, 446
NCBT 242, 356 Ni 709, 446
NCBT 248, 349
NCBT 268, 349 OECT X 050, 154
NCBT 316, 392 OECT X 152, 126
NCBT 330, 360 OECT X 161, 179
NCBT 334, 349, 392 OECT X 174, 285, 286
NCBT 370, 392 OECT X 175, 285, 286
NCBT 373, 349 OECT X 177, 285, 286
NCBT 399, 324 OECT X 178, 285, 286
NCBT 4597, 361 OECT X 179, 285, 287
NCBT 461, 359 OECT X 186, 288, 289, 290

537
OECT X 187, 285, 286 PBS II/I 081, 304
OECT X 239, 200, 261, 262 PBS II/I 085, 52, 53, 295, 299
OECT XI 126, 200 PBS II/I 092, 302, 304, 306
OIP CXIV 082, 87 PBS II/I 095, 44, 46
OIP CXXII 001, 72 PBS II/I 104, 446
OIP CXXII 002, 92 PBS II/I 106, 44, 46, 295, 300, 307
OIP CXXII 004, 34 PBS II/I 109, 44, 46
OIP CXXII 015, 30, 154 PBS II/I 111, 300
OIP CXXII 037, 143, 144, 147 PBS II/I 112, 295, 300
OIP CXXII 038, 133 PBS II/I 113, 163
OIP CXXII 071, 359 PBS II/I 115, 293, 298, 305, 307
OIP CXXII 079, 359 PBS II/I 118, 296, 299
OIP CXXII 103, 442 PBS II/I 119, 44
OIP CXXII 122, 361 PBS II/I 124, 296, 298, 305
OIP CXXII 123, 361 PBS II/I 128, 44
OIP CXXII 131, 350 PBS II/I 129, 292, 304, 306
OIP CXXII 169, 445 PBS II/I 131, 296, 298
OIP CXXII 173, 445 PBS II/I 133, 44, 47
PBS II/I 172, 44, 46
PBS II / I 063, 424 PBS II/I 175, 293, 300
PBS II / I 106, 424 PBS II/I 193, 44, 46
PBS II / I 114, 424 PBS II/I 208, 295, 298
PBS II / I 117, 424 PBS II/I 226, 297, 302, 426
PBS II / I 120, 424 PIHANS LXXIX 050, 424
PBS II / I 125, 424 PIHANS LXXIX 052, 424
PBS II / I 181, 424 PIHANS LXXIX 085, 424
PBS II / I 193, 424 PIHANS LXXIX n°32, 304, 305
PBS II / I 194, 424 PIHANS LXXIX n°39, 293, 298, 304
PBS II / I 200,, 424 PIHANS LXXIX n°48, 292, 297, 302
PBS II / I 205, 424 PIHANS LXXIX n°95, 294, 301, 305
PBS II / I 207, 424 PIHANS LXXIX n°98, 292, 302
PBS II / I 210, 424 Pinches, Peek n°22, 251
PBS II / I 220, 424 PTS 2044, 327
PBS II/I 012, 293, 301 PTS 2118, 356, 384, 386
PBS II/I 014, 446 PTS 2122, 394
PBS II/I 024, 294, 302 PTS 2142, 493
PBS II/I 044, 292, 294, 297 PTS 2182, 362
PBS II/I 046, 302 PTS 2185, 88, 487
PBS II/I 051, 44, 46 PTS 2206, 394
PBS II/I 053, 294, 301 PTS 2224, 360
PBS II/I 055, 292 PTS 2231, 314
PBS II/I 056, 303, 305 PTS 2269, 326
PBS II/I 057, 424 PTS 2271, 394
PBS II/I 065, 35, 89, 163, 167, 169, 199, 201 PTS 2443, 363
PBS II/I 069, 304, 305 PTS 2460, 361
PBS II/I 079, 294, 297 PTS 2483, 349

538
PTS 2493, 349 TCL XII 043, 172, 180, 198
PTS 2516, 394 TCL XII 060, 109, 110, 111
PTS 2522, 356 TCL XII 065, 156
PTS 2576, 361 TCL XII 070, 50
PTS 2648, 361 TCL XII 087, 30, 157, 168
PTS 2777, 349 TCL XII 093, 361, 385, 388
PTS 2823, 154 TCL XII 099, 158
PTS 2897, 349 TCL XII 102, 394
PTS 2909, 361 TCL XII 108, 321, 322
PTS 2956, 493, 497 TCL XII 116, 159
PTS 3053, 358 TCL XII 117, 477
PTS 3150, 350 TCL XII 122, 130, 131, 132, 137, 139, 140
PTS 3181, 393 TCL XII 123, 336, 341
PTS 3226, 349 TCL XIII 125, 337, 338
PTS 3230, 361 TCL XIII 127, 319
PTS 3309, 357 TCL XIII 134, 337, 338
PTS 3334, 360 TCL XIII 140, 340, 394
PTS 3335, 360 TCL XIII 150, 312, 396
PTS 3372, 361 TCL XIII 151, 485
PTS 3468, 349 TCL XIII 152, 311, 312, 315, 319, 330, 331
TCL XIII 154, 112
ROMCT II 004, 159 TCL XIII 161, 471, 473
TCL XIII 164, 352
SAA X 364, 86, 87 TCL XIII 167, 456, 457
SAA XIII 178, 86, 87 TCL XIII 168, 341
SAA XIX 125, 85, 87 TCL XIII 170, 112
SAA XIX 142, 85, 87 TCL XIII 171, 340
Sack CD 072, 394 TCL XIII 179, 90, 103, 467, 468
Sack, CD 072, 394 TCL XIII 180, 314, 317, 318
SAKF 155, 504 TCL XIII 181, 329, 501
SAM 1579, 373, 382, 388 TCL XIII 182, 320, 324, 326, 327, 328, 330
SC 001, 494 TCL XIII 183, 320, 326, 327, 329
SIL 006, 186, 190, 191, 200 TCL XIII 193, 238
Stèle de Nabonide d’Istanbul, 76 TCL XIII 200, 162, 167
Stolper 2001 n°5, 296, 299, 307 TCL XIII 209, 314, 317
Sun-God Tablet, 79, 514, 524 TCL XIII 223, 174, 180, 181
TEBR 045, 394
TBER pl. 95, 224, 227 TEBR 060, 394
TCL IX 085, 397 TEBR 069, 59, 72
TCL IX 103, 104 TEBR 082, 159, 167
TCL IX 121, 395 TEBR 120, 88
TCL IX 129, 104, 314, 316, 396, 468
TCL IX 202, 393
TCL XII 027, 30, 153 TuM II/III 001, 175, 182
TCL XII 036, 42, 90, 91 TuM II/III 020, 30, 155, 167
TCL XII 037, 36 TuM II/III 024, 108

539
TuM II/III 030, 108 VS IV 168, 108
TuM II/III 045, 108 VS IV 196, 279, 284
TuM II/III 081, 44, 46 VS IV 199, 211
TuM II/III 084, 109 VS V 009, 184, 189, 212
TuM II/III 095, 109 VS V 013, 30, 155
TuM II/III 116, 185, 189 VS V 014, 184, 190, 192, 212
TuM II/III 119, 109 VS V 016, 185, 190, 192, 212
TuM II/III 127, 44, 45 VS V 022, 156, 211
TuM II/III 148, 44 VS V 024, 200, 201, 202, 211, 213
TuM II/III 161-162, 108 VS V 030 / 031, 158
TuM II/III 174, 277, 280 VS V 035, 30, 159, 169
TuM II/III 180, 44 VS V 040, 176
TuM II/III 182, 108 VS V 051, 30, 33, 160, 169, 199
TuM II/III 190, 44 VS V 053, 30, 160, 167
TuM II/III 214, 185, 190, 191, 199, 201 VS V 056, 30, 161, 167
TuM II/III 216, 200, 202 VS V 062 / 063, 161, 169
VS V 070 / 071, 30, 36, 161, 169
UCP IX 037, 105
UCP IX 099, 104 VS V 073, 30, 161, 169
UCP IX/I 025, 360 VS V 085, 30, 162
UCP IX/I 029, 442, 444 VS V 090, 30, 34, 162
UCP IX/I 046, 356 VS V 091, 108
UCP IX/I 047, 360, 361 VS V 093, 30, 34, 36, 162
UET IV 001 - 002, 70 VS V 095, 30, 34, 36, 162, 169
UET IV 095, 109 VS V 104, 44, 47
VS V 111, 30, 32, 163, 169
VS III 013, 210, 213 VS V 112, 30, 163, 169
VS III 020, 210, 213 VS V 114, 30, 34, 35, 162, 169
VS III 023, 210, 213 VS V 116, 30, 34, 163
VS III 040, 210, 213 VS V 118, 30, 32, 34, 36, 163, 169, 277, 280, 284
VS III 047, 211, 213, 214 VS V 120, 44, 47, 278, 279, 283
VS III 050, 211, 213, 214 VS V 126, 30, 34, 36, 163, 169
VS III 059, 211, 213, 214 VS V 127, 30, 163, 169
VS III 081, 187, 189, 191 VS V 128, 30, 32, 34, 35, 163
VS III 183, 277, 280 VS V 130, 30, 34
VS III 188, 278, 279, 282 VS V 133, 30, 34
VS III 193, 278, 279, 281, 282 VS V 141, 30, 34, 163, 280
VS III 195, 279, 281 VS V 142, 30, 34, 36, 163
VS III 196, 279 VS V 149, 30, 161
VS III 199, 211, 213 VS V 150, 30, 163
VS III 206, 278, 279, 281 VS VI 036, 184, 189
VS IV 041, 205 VS VI 037, 109, 110
VS IV 060, 186, 189 VS VI 041, 184, 189, 190, 212
VS IV 087 / 088, 161 VS VI 043, 155
VS IV 152, 44, 47 VS VI 060, 211, 213, 214
VS IV 154, 108 VS VI 069, 185, 190, 194

540
VS VI 071, 205 YBC 9547, 360
VS VI 072, 212, 213 YBC 9582, 360
VS VI 082, 47, 48, 50 YNER I 001, 351
VS VI 108, 177, 182 YNER I 002, 329
VS VI 116, 58, 60, 63, 64 YOS 6 024, 327
VS VI 155, 88, 126, 398, 429 YOS I 045, 77
VS VI 181, 109 YOS III 010, 395
VS VI 182, 270 YOS III 017, 104, 314, 316, 396, 468, 469
VS VI 184, 44, 47, 69, 280 YOS III 018, 396
VS VI 188, 59, 67, 68, 70, 278, 279, 283 YOS III 019, 396, 475
VS VI 202, 391 YOS III 021, 381, 396
VS VI 291, 211, 213 YOS III 033, 396
VS VI 302, 278, 279, 280, 283 YOS III 040, 332
VS XX 005, 349 YOS III 045, 381, 395, 396
VS XX 007, 443, 444 YOS III 059, 90, 104, 468
VS XX 042, 394 YOS III 066, 398
VS XX 086, 172, 181, 198 YOS III 069, 396, 471, 475
YOS III 079, 395, 396
W.1929 n°14, 288, 289 YOS III 081, 381, 395, 396
W.1929 n°142, 288, 289 YOS III 084, 323
W.1929 n°143, 289 YOS III 106, 381, 396
Wunsch AfO 42 / 43 n°2, 238 YOS III 116, 381
YOS III 133, 394
Wunsch, Iddin-Marduk n°16, 155, 167 YOS III 156, 331
Wunsch, Iddin-Marduk n°260, 173, 198 YOS VI 002, 42, 67, 70, 90, 92
Wunsch, Iddin-Marduk n°267, 159 YOS VI 005, 30, 33, 156, 169, 200, 201
Wunsch, Iddin-Marduk n°99, 156, 168 YOS VI 017, 90
YOS VI 019, 394
YBC 11432, 277, 280 YOS VI 032, 394
YBC 11568, 282 YOS VI 056, 42, 43, 90, 95
YBC 11607, 279, 281, 282 YOS VI 057, 90, 102
YBC 11627, 277, 280 YOS VI 071, 97
YBC 3470, 394 YOS VI 072, 97
YBC 3715, 358 YOS VI 073, 30, 157, 167
YBC 3722, 155 YOS VI 077, 97
YBC 4173, 331 YOS VI 079, 90, 97, 105
YBC 7383, 351
YBC 9027, 357, 358, 361, 362, 384, 386, 389 YOS VI 108, 116, 477, 481
YBC 9035, 349 YOS VI 116, 90, 104, 465, 468, 469
YBC 9141, 393 YOS VI 124, 175
YBC 9212, 392 YOS VI 129, 90, 101
YBC 9268, 360 YOS VI 131, 97
YBC 9411, 360 YOS VI 133, 394
YBC 9470, 356 YOS VI 134, 51
YBC 9494, 360 YOS VI 141, 342
YBC 9540, 360 YOS VI 143, 39, 172, 181, 198

541
YOS VI 146, 394 YOS VII 066, 42, 51, 90, 100, 139
YOS VI 148, 476, 479 YOS VII 070, 466, 468, 469
YOS VI 149, 499 YOS VII 077, 484, 486
YOS VI 150, 320, 321, 322, 504 YOS VII 083, 340
YOS VI 154, 90, 94, 99 YOS VII 087, 340
YOS VI 163, 184, 189, 190 YOS VII 088, 115, 477, 482
YOS VI 171, 394 YOS VII 091, 98, 102
YOS VI 173, 323 YOS VII 092, 462
YOS VI 175, 476 YOS VII 097, 484, 486, 499
YOS VI 182, 321, 323 YOS VII 102, 470, 473
YOS VI 191, 476, 479 YOS VII 105, 311, 317
YOS VI 196, 30, 35, 157 YOS VII 106, 88, 485, 487
YOS VI 197, 30, 157, 168 YOS VII 107, 457, 458, 459
YOS VI 201, 30, 158, 168 YOS VII 108, 471, 474
YOS VI 207, 30, 159, 164 YOS VII 112, 335, 391
YOS VI 208, 337, 338 YOS VII 114, 88, 160, 170, 199, 504
YOS VI 209, 339 YOS VII 124, 312, 317
YOS VI 210, 357, 476, 480 YOS VII 128, 111, 116, 339, 477, 482, 487
YOS VI 212, 394 YOS VII 129, 320, 329, 330, 398
YOS VI 214, 476, 479 YOS VII 130, 90, 106, 160, 164, 170
YOS VI 221, 90, 106, 107 YOS VII 132, 333, 478, 480
YOS VI 224, 90, 101, 105 YOS VII 136, 311, 312, 317
YOS VI 229, 357, 394 YOS VII 137, 485, 487
YOS VI 235, 480 YOS VII 139, 313, 319
YOS VII 002, 108, 504 YOS VII 143, 394
YOS VII 004, 361 YOS VII 146, 112, 115, 334, 335, 478, 480
YOS VII 007, 49, 50, 337, 338 YOS VII 152, 112, 113, 115, 478, 480
YOS VII 010, 48, 50 YOS VII 154, 391, 394, 505
YOS VII 013, 339, 340 YOS VII 155, 105
YOS VII 016, 342, 394 YOS VII 158, 112
YOS VII 017, 42, 91 YOS VII 164, 90, 106, 160, 164, 166
YOS VII 020, 454, 455, 456 YOS VII 166, 397
YOS VII 022, 342 YOS VII 167, 104
YOS VII 031, 337, 338 YOS VII 169, 341
YOS VII 032, 361 YOS VII 172, 397
YOS VII 035, 337, 338 YOS VII 173, 397
YOS VII 039, 337, 340 YOS VII 174, 313, 318, 397
YOS VII 044, 115, 470, 473 YOS VII 179, 113
YOS VII 045, 505 YOS VII 187, 397
YOS VII 046, 337 YOS VII 189, 52, 54
YOS VII 047, 310 YOS VII 191, 313, 317
YOS VII 050, 470, 473 YOS VII 198, 338
YOS VII 056, 462 YOS XIX 006, 156
YOS VII 059, 90, 106, 107 YOS XIX 023, 185, 189, 190
YOS VII 060, 90, 105, 107 YOS XIX 068, 354
YOS VII 065, 340, 394 YOS XIX 071, 321

542
YOS XIX 076, 503 YOS XVII 241, 392
YOS XIX 091, 90, 96, 102 YOS XVII 249, 360
YOS XIX 101, 51, 53, 221, 228, 435 YOS XVII 250, 356
YOS XIX 110, 453, 454 YOS XVII 253, 360
YOS XIX 112, 464, 470, 472 YOS XVII 263, 349
YOS XIX 115, 357, 358, 361, 383, 386, 389 YOS XVII 264, 350
YOS XIX 116, 90, 93 YOS XVII 278, 393
YOS XIX 157, 494 YOS XVII 300, 313, 317, 325, 327, 328
YOS XIX 179, 443 YOS XVII 304, 349
YOS XIX 181, 443 YOS XVII 305, 360
YOS XIX 182, 443, 444 YOS XVII 318, 391
YOS XIX 213, 339 YOS XVII 325, 349
YOS XIX 214, 394 YOS XVII 334, 335
YOS XIX 225, 394 YOS XVII 348, 172, 181, 198
YOS XIX 261, 362, 385, 388 YOS XVII 362, 335, 349, 356, 360
YOS XIX 264, 362, 385, 388 YOS XXI 035, 319
YOS XIX 269, 503 YOS XXI 205, 324, 326, 328
YOS XIX 296, 484, 488 YOS XXI 207, 325, 327
YOS XVII 104, 361 YOS XXI 208, 325, 327
YOS XVII 186, 335 YOS XXI 211, 324, 327, 328
YOS XVII 203, 393 YOS XXI 214, 325, 327, 328
YOS XVII 237, 393 YOS XXI 217, 314, 318

543
Table des matières
Remerciements 3
Remarques 5
Introduction générale 9
Cadre géographique et chronologique 9
Problématique et distinction des différentes formes d’esclavage et de dépendance 11
Présentation des sources 15
Contexte de l’étude et tendances historiographiques 19
Première partie 24
Origines historiques et aspects juridiques des statuts d’esclavage et de dépendance 25
L’esclavage privé : origines et normes juridiques 26
Origines de l’esclavage privé 26
Normes juridiques associées à l’esclavage privé 29
Normes juridiques dans les contrats de vente d’esclaves 30
Normes juridiques des transmissions d’esclave 38
L’esclave comme personne juridique 43
Conclusion 53
Statut de l’adoption et des enfants abandonnés en Babylonie 54
Présentation des sources disponibles liées à l’adoption 54
Statut de l’enfant adopté 60
Conclusion 74
La dépendance institutionnelle : origines historiques et statut 76
Origines historiques de la širkûtu 76
Origines historiques de la condition de šušanu 88
Les donations privées : la principale forme d’obtention de dépendants par les temples 89
Les obligations à livrer des esclaves au temple 105
L’oblat comme personne juridique 108
Conclusion 116
La déportation : origines et statut des déportés dans la société babylonienne 118
Histoire des déportations à l’époque néo-babylonienne 118
Les déportés dans la société babylonienne 121
Conclusion 127
Contestations des statuts d’esclavage, de dépendance, et affranchissement 128
Procédures de contestation de statut 128
L’affranchissement 140

544
Conclusion 147
Bilan 148
Deuxième partie 151
Aspects économiques de l’esclavage, de la dépendance et des communautés de déportés 152
Esclavage privé : domesticité, artisanat, gestion du patrimoine foncier et commercial 153
L’esclave comme bien et marchandise : vente, transmission, location 153
Achat et vente d’esclaves privés 153
Transmission d’esclave par dot et par héritage 172
Location d’esclave 183
Conclusion 195
Usages de la domesticité : esclaves domestiques, usages privés de l’artisanat 197
Esclaves domestiques 197
Esclaves artisans 199
Esclaves agents et gestionnaires 209
Archive Sîn-ilî (Babylone) 210
Archive des Nûr-Sîn et Egibi (Babylone) 216
Bêl-suppê-muhur 216
Nergal-rêṣû’a 219
Nabû-utirri 231
Madânu-bêl-uṣur 237
Nabû-ayyalu 254
fIshunnâtu 260
Šepêt-Bêl-aṣbat 264
Bilan 268
Archive Ilšu-abûšu A (Borsippa) 269
Archive Tattannu (Borsippa) 276
Archive de Bêl-ana-mêrehti, esclave de Bêl-iddin, fils de Bêl-apla-iddin (Kiš) 285
Archive de Lâbâši (Kiš) 288
Archive des Murašû (Nippur) 291
Bilan 307
Dépendance du temple : organisation du travail et activités économiques des širkû 308
Les dépendants du temple et les travaux agricoles 309
Oblats gestionnaires agricoles de l’Eanna : les rab epinni 310
Oblats fermiers généraux de l’Eanna 320
La place des dépendants du temple dans l’économie animale 332
Les oblats bergers des temples 333

545
Les oblats gestionnaires dans l’économie animale 334
Les oblats dans l’économie des oiseaux et de la volaille 340
L’organisation du travail des artisans dépendants du temple 347
Les oblats artisans de l’Eanna 347
Les oblats artisans de l’Ebabbar 363
Les mobilisations des oblats par les temples et la royauté 380
L’encadrement des oblats mobilisés 380
Les mobilisations d’oblats pour les besoins des temples 382
Les mobilisations des oblats pour la Couronne 392
Communautés de déportés et šušanûtu 401
Organisation et activités économiques des déportés 401
Les activités de la famille d’Ahîqam, déportés d’Âl-Yâhûdu 402
Les activités de la famille d’Ahîqar, déportés de Bît-Našar 414
La šušanûtu : une forme d’organisation du travail sur des terres royales par l’empire achéménide ? 424
Bilan 430
Troisième partie 432
Aspects sociaux de l’esclavage et de la dépendance 433
Esclaves et dépendants face à leur maître et leur temple 434
La protection sociale et juridique accordée aux esclaves 434
Les relations entre les temples et leurs dépendants : protection et entretien de la main-d’œuvre 441
La solidarité au sein des communautés de déportés 446
Surveillance et répression des dépendants 451
La distinction des oblats du reste du personnel du temple et leur surveillance 452
Les oblats fugitifs et criminels : une classe dangereuse ? 464
L’emprisonnement des oblats de l’Eanna et de l’Ebabbar 483
Les possibilités d’émancipation pour les esclaves, dépendants et déportés 500
Bilan 506
Conclusion générale 508
Bibliographie 512
Index des textes 526

546

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