ENS Lyon Algèbre 1
L3 2016-2017
DM n°2. Corrigé.
Exercice 1. [Caractères du groupe des quaternions] Soit Q = {±1, ±x, ±y, ±z} le groupe des
quaternions, avec x2 = y 2 = −1 et xy = −yx = z, zx = −xz = y, yz = −zy = x.
1. Calculer le nombre de classes de conjugaison dans Q.
2. On considère le sous-groupe K = {±1}. Montrer que K est distingué dans Q.
3. Montrer que le groupe Q/K a 4 caractères irréductibles et que chacun peut dénir un carac-
tère irréductible de Q.
4. Montrer qu'il existe un seul caractère irréductible supplémentaire de Q et que ce dernier est de
degré 2. Montrer que la représentation correspondante ρ admet la représentation matricielle :
i 0 0 1 0 i
ρ(x) = , ρ(y) = , ρ(z) = .
0 −i −1 0 i 0
5. Donner la table des caractères de Q.
6. Comparer cette table avec la table des caractères du groupe diédral D8 , groupe d'ordre 8
engendré par deux éléments σ et τ tel que σ 4 = 1, τ 2 = 1 et τ στ = σ 3 .
Solutions.
1. Comme les élements 1 et −1 commutent avec tous les elements du groupe, il forment cha-
cun une classe de conjugaison de taille 1. La taille des autres classes de conjugaison doit
diviser 8 et la somme des éléments dans toutes les classes restantes doit être 6. Comme
±x sont dans la même classe (−yxy = −x) ainsi que ±y et ±z par symétrie nous avons
{1}, {−1}, {±x}, {±y}, {±z}.
2. Ceci découle évidemment du fait que ce sous-groupe est le centre du groupe des quaternions :
K = Z(Q).
3. Le groupe Q/K =: V a quatre elements et est isomorphe à Z/2Z × Z/2Z. V est le groupe
abélien de Klein, ses éléments forment chacun une classe de conjugaison. Ce groupe a 4 repré-
sentations irreductibles de dimensions 1 : la représentation triviale, et trois représentations
qui ont pour noyau {[1], [x]}, {[1], [y]} et {[1], [z]} respectivement. La première d'elles envoie
[1], [x] dans une matrice id et [y], [z] dans une matrice −id. Les autres sont dénies de la
façon analogue. Comme 12 + . . . + 12 = 4, il n'y a pas d'autres représentations irreductibles.
Les caractères irreductibles de Q/K sont alors les suivants :
Caractère et sa valeur sur les éléments de V <e> <x> <y> <z>
χtriv 1 1 1 1
χ<x> 1 1 -1 -1
χ<y> 1 -1 1 -1
χ<z> 1 -1 -1 1
Ces représentations donnent les représentations correspondantes du groupe Q initial juste en
choisissant l'application linéaire sur les classes de conjugaison correspondantes aux éléments
e, −e, x, y, z de la façon indiquée par les caractères de Q/K . De cette façon, évidemment on
dénit la représentation (un homomorphisme). La nouvelle table de caractères est :
Caractère et sa valeur sur les classes de conjugaison <e> < −e > <x> <y> <z>
χtriv 1 1 1 1 1
χ<x> 1 1 1 -1 -1
χ<y> 1 1 -1 1 -1
χ<z> 1 1 -1 -1 1
Toutes ces représentations sont diérentes parce que leurs caractères sont diérents.
1
4. Nous avons trouvé 4 caractères irreductibles, alors il ne reste qu'un (parce qu'il y a 5 classes
de conjugaison). Sa dimension d peut être calculée grâce à la formule des sommes des carrés
des dimensions : 12 + 12 + 12 + 12 + d2 = |G| = 8 alors d = 2. Notons cette représentation
(ρ, V ). Alors par le lemme de Schur ρ(−1) = ±id et ceci ne peut pas être id parce qu'en
ce cas ρ aura un cotient qui donnera une représentation de Q/K , son quotient abélien : ces
représentations sont unidimensionelles. Supposons que e1 ∈ V est un vecteur propre pour
ρ(x) avec la valeur propre λ, λ2 = −1. Comme ρ(x)ρ(y) = −ρ(y)ρ(x) alors ρ(y)e1 =: e2 ∈ V
est aussi un vecteur propre pour ρ(x). En echangeant e1 et e2 si nécessaire on peut supposer
λ = i. Aussi, ρ(y)e2 = −e1 . Alorse1 , e2 - base
de V dans laquelle ρ(x) et ρ(y) sont données
i 0 0 1
par les matrices ρ(x) = , ρ(y) = . En calculant ρ(x)ρ(y), on obtient la
0−i −1 0
matrice ρ(z). Alors chaque représentation 2-dimensionelle s'écrit dans cette forme dans une
certaine base. Il reste à prouver que ces trois matrices dénissent la représentation de Q
(calcul).
5. Il nous reste de calculer le caractère de la seule représentation bidimensionelle. Comme nous
avons explicitement cette représentation, le calcul se fait facilement : χ2 (< e >) = 2, χ2 (<
−e >) = −2, χ2 (< x >) = χ2 (< y >) = χ2 (< z >) = 0.
6. Le groupe D8 possède 5 classes de conjugaison, deux formés par les symmétries {τ, σ 2 }, {στ, σ 3 τ }
et trois par rotations {e}, {σ, σ 3 }, {σ 2 }. Elle possède 4 caractères irreductibles de dimension 1
donnés par les valeurs (+1 ou −1) sur σ et τ . Et elle possède une représentation irreductible
de dimension
2 donné par
i 0 0 1
ρ(σ) = , ρ(τ ) = . Son caractère est 0 sur toutes les classes de conjugaison
0 −i −1 0
sauf χρ (e) = 2 et χρ (σ 2 ) = −2. Cela donne que les groupes D8 et Q ont exactement les
mêmes tables des caractères mais ils ne sont pas isomorphes ! (Q a 6 éléments d'ordre 4 et
D8 n'en a que deux : σ et σ −1 ).
Exercice 2. [L'analyse et les formes bilinéaires] Pour tout corps K et tout ensemble
P E , on note
K[E] le K -espace vectoriel ⊕x∈E K · ex , i.e. tout élément de K[E] est de la forme x∈I ax ex , où
I est un sous-ensemble ni de E , ax ∈ K et ex est un symbole formel.
1. Montrer que l'application
φ : R[R] × C 1 (R, R) → R
X X
( ax ex , f ) 7→ ax f (x)
x∈I x∈I
est une forme R-bilinéaire, telle que R[R]⊥ = 0 et C 1 (R, R)⊥ = 0.
2. Notons I l'ensemble des intervalles fermés bornés de la forme [a, b] avec a < b. Considérons
l'application
ψ : R[I] × C 0 (R, R) → R
X X Z b
( a[a,b] e[a,b] , f ) 7→ a[a,b] f (x)dx.
[a,b]∈I [a,b]∈I a
(a) Montrer que ψ est une forme R-bilinéaire.
(b) Montrer que R[I]⊥ = 0.
(c) Montrer que C 0 (R, R)⊥ n'est pas réduit à 0 et exhiber un élément non-nul du noyau.
3. Soit D l'application suivante :
D : C 1 (R, R) → C 0 (R, R)
f 7→ f 0 .
(a) Montrer que D est R-linéaire et surjective.
2
(b) Montrer qu'il existe une unique application R-bilinéaire
D∗ : R[I] → R[R]
tel que pour tout X ∈ R[I] et toute fonction f ∈ C 1 (R, R), on a
φ(D∗ (X), f ) = ψ(X, D(f )),
et donner l'expression de D∗ sur les éléments de la base canonique de R[I].
(c) Montrer que le noyau de D∗ s'identie à l'espace C 0 (R, R)⊥ de la question 2c.
Solutions.
1. La bilinéarité se montre facilement. P Maintenant, si f ∈ R[R]⊥ , alors pour x ∈ R, f (x) =
φ(ex , f ) = 0 et donc f = 0. Si x∈I ax ex ∈ C (R, R)⊥ , alors pour
1
P x0 ∈ I , il existe fx0 ∈
C 1 (R, R) telle que f (x0 ) = 1 et f (y) P= 0 pour y ∈ I \{x0 } et donc φ( x∈I ax ex , fx ) = ax0 = 0
et donc les ax sont tous nuls, donc x∈I ax ex = 0.
2. (a) La bilinéarité se montre facilement.
(b) Soit f ∈ R[I]⊥ . Si f 6= 0, alors il existe x ∈ R tel que f (x) 6= 0 et, quitte à remplacer
f par −f , on peut supposer f (x) > 0. Par continuité, il existe ε > 0 tel que f est
strictement positive sur [x − ε, x + ε], et donc φ(e[x−ε,x+ε] , f ) = x−ε f (t)dt > 0. Donc
R x+ε
R[I]⊥ = 0.
(c) Par la relation de Chasles, ∀f ∈ C 0 (R, R), ∀a < c < b, ab f = ac f + cb f , de telle sorte
R R R
que e[a,b] − e[a,c] − e[c,b] ∈ C 0 (R, R)⊥ \ {0}.
3. (a) Là encore, la bilinéarité est directe. De plus, si f ∈ C 0 (R, R), x 7→ F (x) = 0x f (t)dt est
R
bien dénie et C 1 , et F 0 (x) = D(f )(x) = f (x), d'où la surjectivité.
(b) Pour l'existence, on écrit simplement que
X
ψ(X, D(f )) = ψ( a[a,b] e[a,b] , D(f ))
X Z b
= a[a,b] f 0 (x)dx
a
X
= a[a,b] (f (b) − f (a)),
de telle sorte que D∗ dénie par D∗ (e[a,b] ) = eb − ea convient. L'unicité vient du fait
que si D∗ , D∗ conviennent alors pour X ∈ R[I], (D∗ − D∗ )(X) ∈ C 1 (R, R)⊥ pour φ,
0 0
et donc D (X) = D (X) pour tout X .
∗ ∗0
(c) Comme C 1 (R, R)⊥ pour φ,
X ∈ KerD∗ ⇔ ∀f ∈ C 1 (R, R), φ(D∗ (X), f ) = 0
⇔ ∀f ∈ C 1 (R, R), ψ(X, D(f )) = 0
⇔ X ∈ C 0 (R, R)⊥ par surjectivité de D.