0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
4 vues9 pages

Chapitre 12.R

Dans un combat désespéré, Eleya et Juliette, deux Saïjens, affrontent des créatures menaçantes tout en luttant contre leurs propres faiblesses. Eleya, à court de ressources, se résigne à utiliser ses pouvoirs de guérison de manière offensive pour sauver Eliott, qui se transforme en Lycan pour combattre un Llywarn. L'arrivée de Lorenza, qui utilise des capacités inattendues, permet de vaincre les monstres, mais laisse l'équipe avec des incertitudes sur leur avenir face à des forces plus grandes.
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
4 vues9 pages

Chapitre 12.R

Dans un combat désespéré, Eleya et Juliette, deux Saïjens, affrontent des créatures menaçantes tout en luttant contre leurs propres faiblesses. Eleya, à court de ressources, se résigne à utiliser ses pouvoirs de guérison de manière offensive pour sauver Eliott, qui se transforme en Lycan pour combattre un Llywarn. L'arrivée de Lorenza, qui utilise des capacités inattendues, permet de vaincre les monstres, mais laisse l'équipe avec des incertitudes sur leur avenir face à des forces plus grandes.
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Chapitre 12

Section DELTA, Eastwood.

Eleya essuya le sang qui coulait de l’arrête de son nez. Mais ce n’était pas seulement la tâche
rouge qui brouillait sa vision. Elle sentait ses ressources arcaniques plus faibles que jamais. Juliette lui
fit signe de reculer. Les deux filles se connaissaient par cœur et la Rêveuse savait le dilemme qui
torturait son amie. Aussi, elle se positionna en défense, lui indiquant qu’elle gérait la situation.
Pourtant voilà des jours que l’équipe ne gérait plus rien… Eleya sonda les alentours à l’aide de ses
pouvoirs cherchant vainement une source d’eau qui lui permettrait de se soigner. Mais l’espace
goudronné qui les entourait était desséché par le soleil et la Saïjen d’eau se retrouvait à court de
ressource. Au fond, elle savait qu’il lui restait une solution : l’eau des corps ennemis. Mais la
soigneuse n’utilisait jamais ses pouvoirs de manière offensive et l’idée même de puiser dans le corps
des autres la rendait malade. Elle sursauta en sentant quelque chose toucher sa jambe et reconnut la
petite créature mécanique qui la suivait depuis leur fuite. Debout sur ses pattes arrières, l’espèce de
taupe la fixait de ses yeux étranges. Dans l’un d’eux, on pouvait distinguer un mécanisme d’horloge.
De vieux rouages activaient ses pattes mécaniques avec lesquelles elle frottait la jambe de la jeune
femme. Eleya se pencha pour laisser la créature de Nóime monter. Celle-ci s’empressa de gravir le
corps de l’élémentaire pour se loger sur son épaule.
- Je le vois ! s’écria Juliette.
Alors que le dernier membre de leur équipe courrait vers la sortie, un immense Llywarn aux épines
noirs et aux yeux rouges brillant dans l’obscurité du bâtiment se jeta sur lui. Eliott bloqua la créature à
l’aide d’un mur de terre qui le projeta au loin. Le contrôle de son élément n’avait jamais été son fort. Il
n’insista pas plus. Son corps se tordit brusquement comme si les os de ses bras puis de son dos se
brisaient un à un. Quelques secondes suffirent. Dans un grognement bestial, le Changeforme se
transforma en Lycan. Mi-loup mi-humain, Eliott se redressa pour faire face au Llywarn. Les deux
prédateurs se mirent à se tourner autour. Alors que leurs grondements raisonnaient dans l’air, une
silhouette apparue dans la poussière. Les filles ne distinguaient que sa tête avec effroi. Un imposant
crâne de cerf blanchâtre lui couvrait le visage caché sous une capuche noire. Sa voix lugubre
s’échappa de l’ossement : Vous n’irez nulle part…
Il leva une main sans effort et trois Stryges s’engagèrent sur le terrain. Juliette réagit aussitôt. Elle se
téléporta sur l’une d’elle pour anticiper son attaque. Des éclairs turquoises parcoururent le corps du
monstre tandis que la Rêveuse plongeait les autres dans un brouillard dense. De son côté, Eliott peinait
à maîtriser le Llywarn noir. Le combat, d’une violence impressionnante, faisait rage. Après une
énième collision, le Llywarn prit le dessus. Eleya jeta un œil à Juliette qui s’occupait des Stryges
avides d’arcanum. Paniquée à l’idée de perdre l’un de ses alliés et amis, elle se résigna à l’impensable.
Une main tendue vers le Llywarn, elle puisa en lui l’eau qui le composait. La créature hurla déployant
ses piques d’écorce sombre dans un effort de protection. La gueule ouverte, elle bondit pour s’en
prendre à la Saïjen qui se défendit en créant une barrière de glace que le Llywarn percuta brutalement.
Eliott en profita pour utiliser ses dernières forces. Il se rua sur le monstre et planta ses crocs dans la
peau de son torse dépourvue d’écorce pour le maintenir en respect. Puis il l’envoya valser au loin dans
un couinement déchirant. La barrière de glace s’écroula et Eleya se jeta sur son ami qui, à bout de
force, reprit forme humaine. Concentrée sur ses plaies, elle fit glisser des gouttes d’eau sur son corps.
Les perles translucides s’illuminèrent d’arcanum vert avant de s’étaler sur les blessures du Lycan. Ses
pouvoirs de guérison lui demandaient plus d’effort que d’habitude et Eleya devait redoubler de volonté
pour mener à bien son sort. Non loin d’eux, Juliette s’éleva au-dessus des Stryges pour les esquiver.
Bien qu’affaiblis, les monstres semblaient animés par une insatiable faim de pouvoir. Plus elle
attaquait, plus leurs corps rachitiques s’agitaient à l’idée de la drainer. Alors qu’elle cherchait à gagner
du temps, elle distingua la voix de l’homme au crâne de cerf.
Visez la Rêveuse, ordonna-t-il d’une voix calme mais ferme.
Juliette eut à peine le temps de se retourner qu’une flèche fendit l’air dans un sifflement strident avant
de se planter sous sa clavicule. Elle perdit instantanément la connexion à son Ombre, forcées à se
délier dans une douleur sourde. Après un atterrissage brutal entre les gravats, elle retira la flèche qui
semblait sculptée dans de la glace mais c’était trop tard. Elle reconnut le cristal inhibiteur de Nóime,
celui que les humains utilisaient pour bloquer les capacités des Saïjens et autres créatures. Incapable
d’utiliser ses pouvoirs, elle vit une Stryge se ruer sur elle. L’ignoble créature la plaqua au sol, son
visage osseux dépourvu d’yeux à quelques centimètres du sien. Elle vit sa gueule s’ouvrir laissant
échapper un souffle chaud accompagné d’une odeur nécrosée. Juliette ferma les yeux, espérant
silencieusement que la douleur ne serait que de courte durée…

Une chaleur intense lui frôla vivement le visage. Soudain libérée de son poids, elle entendit la Stryge
gémir de douleur. Alors qu’elle rouvrait les yeux, elle vit une silhouette fondre sur les deux autres
créatures. L’un des monstres griffa une rune sur l’épaule de l’inconnue dont l’apparence se dévoila
aussitôt. Munie d’un lasso enflammé, Lorenza épousait les mouvements de son arme avec une agilité
aérienne. Les Stryges, devenues complètement frénétiques en réaction à l’étrange arcanum de leur
nouvelle ennemie, redoublaient de violence dans leurs attaques. Elle repoussa l’une d’elle qui poussa
un cri strident en frottant son crâne brûlé. D’un geste souple, elle enroula son lasso autour de l’autre
Stryge qu’elle coupa dans sa course. Elle bondit sur elle, resserrant son arme ardente autour de son
cou. Soudain, les flammes s’étouffèrent pour laisser des éclairs violets parcourir le cuir du lasso.
Juliette fronça les sourcils. Comment cette créature pouvait-elle manipuler le feu et subitement
contrôler l’arcanum d’Astra ? Il n’y avait pas de feu en Astra…
C’est impossible, murmura-t-elle fascinée. Concentrée sur les actions de la nouvelle venue, elle ne vit
pas la Stryge qui se rapprochait d’elle. Sans pouvoir réagir, elle sentit la gueule de la créature se
refermer sur sa taille brisant ses côtes au passage. La pression exercée par la mâchoire laissa place à
une sensation de fatigue extrême. La Stryge drainait son énergie. Les alentours devinrent flous tandis
que son corps la lâchait peu à peu. Elle se sentait mourir.
- Juliette !!! hurla Eleya.
Son cri interpella Lorenza qui resserra un peu plus sa prise. Les éclairs violets s’engouffrèrent dans la
peau grisâtre de la créature jusqu’à l’étouffer. La Stryge s’effondra dans un dernier râle. Elle analysa
la distance qui la séparait du deuxième monstre et de celui qui drainait la Rêveuse. Une seconde suffit
et elle passa à l’action. De sa main libre elle envoya une trainée de flammes sur la Stryge qui l’avait
griffée brûlant le ventre de la créature qui se dressa sur ses pattes arrières dans un moment de panique.
Elle chancela un instant avant de tomber sur le dos. De l’autre main, elle fouetta l’air de son arme
encore imprégnée de l’arcanum d’Astra. Suivant une trajectoire parfaite, le long fil de cuir vint se
loger dans la gueule de la Stryge pour la forcer à relâcher sa proie. Lorenza tira vivement sur son
arme. La Stryge se débattit en vain. Sa mâchoire se couvrit d’éclairs violets sans qu’elle ne puisse en
absorber l’arcanum. Un dernier coup et son crâne vola en éclat. Les cadavres des trois monstres
vaincus se craquelèrent un à un jusqu’à se réduire en cendres sous le regard ébahi d’Eleya. Lorenza lui
fit signe de s’enfuir et la guérisseuse s’exécuta. Elle aida Eliott à se relever et les deux Saïjens
s’éloignèrent du champ de bataille tandis que Lorenza créait un barrage de flamme entre elle et le
mystérieux crâne de cerf. Elle s’approcha du corps de la Rêveuse. Elle hésita un instant face à son
visage inerte, creusé par le drain. Mais un léger souffle souleva la poitrine de Juliette. Elle plongea
dans l’Ombrage et découvrit une Ombre à genoux à ses côtés. Les runes de la créature clignotaient
faiblement. Consciente que Lorenza pouvait la voir, elle jeta sur elle un regard suppliant. Lorenza
entendit la voix de l’étrange homme enchainer les ordres et n’hésita pas plus. Elle sortit de l’Ombrage,
enroula son arme autour de son bras et laissa des flammes jaillir de son dos. Rapidement des ailes
incandescentes l’entourèrent. Elle prit le corps de la Rêveuse dans ses bras et s’envola laissant des
cendres brûlantes tomber dans son sillage.

Elle retrouva les deux autres membres de la Société sur le parking du campus. Ils s’étaient débrouillés
pour ouvrir un énorme 4x4 dont le moteur tournait déjà. Heureux de voir que Lorenza avait ramené
leur amie, ils s’abstinrent de lui poser une quelconque question et se contentèrent de la remercier.
Lorenza hocha humblement la tête. Alors que la guérisseuse lui proposait de se joindre à eux, elle
refusa. Elle ne pouvait pas leur dire qu’elle se dirigeait vers la Société. Helena avait été formelle.
L’alliance entre elle et James devait rester secrète tant qu’ils n’étaient pas sûrs de leur plan.
Autrement, ils seraient tous en danger. Et visiblement, la Société avait assez de problèmes avec le
Gouvernement… Un doute s’empara de Lorenza. Ce qu’elle avait vu de leur combat n’était pas très
concluant. Les membres de la Société se montraient trop défensifs, trop faibles… Ils ne tiendraient
jamais le coup si l’alliance décidait de passer à l’action contre la Brise-Monde. Elle esquissa ce qui se
voulait être un sourire avant de s’envoler. Si elle ne pouvait pas garder ses ailes longtemps au risque
d’être repérée par les humains, elle voulait s’éloigner d’eux au plus vite pour éviter qu’ils la voient
prendre le même chemin qu’eux. Les deux Saïjens hissèrent le corps de Juliette à l’arrière du 4x4 et
montèrent à leur tour. Eliott insista pour conduire, promettant à la guérisseuse que ses soins l’avaient
suffisamment remis sur pied. Ils savaient qu’ils devraient s’arrêter pour la nuit et surtout pour tenter
d’aider Juliette, mais pour l’instant, leur priorité était de s’éloigner de l’enfer qu’était la Section
DELTA.

***
e
31 jour d'août 2023, 318 jours avant le Fléau.
Domaine de la SRPE, Valmora.

La porte de la chambre grinça légèrement s’ouvrant juste assez pour laisser passer Emily.
Vêtue d’un short vert et d’un débardeur blanc qui lui servaient de pyjama, elle traversa le couloir sur la
pointe des pieds. Dans le salon, Gribouille, confortablement installé sur le dossier d’un canapé, se
redressa en la voyant arriver. Il émit un doux miaulement que sa maîtresse ignora. Le gros chat pencha
la tête, l’observant d’un air confus avant de se rallonger, vexé. Emily chercha instinctivement Lexa
avant de se rappeler qu’elle était partie pour le Cauchemar. Elle soupira. Et si quelque chose arrivait à
son Ombre ? Elle secoua la tête. Elle ne pouvait pas y penser, il fallait qu’elle avance. Ses pieds nus se
posaient délicatement sur le parquet froid. Essayant de faire le moins de bruit possible, elle se dirigea
vers les escaliers.
- Tu vas où ?
La voix d’Ilyana brisa le silence. Emily sursauta.
- J’ai failli faire une crise cardiaque, se plaignit-elle. Je vais juste faire un tour…
- Em’ tu mens à qui tu veux mais pas à moi, grommela Ilyana.
Elle portait encore la charlotte de soie orange qu’elle mettait la nuit pour protéger ses cheveux. Même
avec ça, elle était magnifique. Les bras croisés sur sa nuisette assortie à la charlotte, elle regardait
Emily d’un air impatient.
- Je vais trouver ce que je cherche.
- Oh non, je t’en supplie ! Me dis pas que tu t’es encore mis en tête d’aller retrouver ton père ?
Son amie écarquilla les yeux, un doigt sur la bouche.
- Chuuut ! T’es pas obligée de réveiller tout le monde ! Et non, pas sans avoir plus d’infos.
Ilyana plissa les yeux comme pour la sonder. Elle la connaissait par cœur. Et même si c’est derniers
temps Emily s’était montrée plus renfermée qu’auparavant, elle arrivait encore à lire entre les lignes.
- Tu veux fouiller son bureau. T’es pas sérieuse ?!
- J’ai bien eu le droit de le faire chez moi non ?
- Emily, t’es épuisée, y a rien d’urgent. Tu veux pas qu’on en parle ? tu sais que je suis là pour
ça, faut que…
- Que je prenne le temps ? Ecoute je l’ai pris, j’ai essayé, vraiment mais ça ne me convient pas,
lança Emily. Alors c’est super de fouiller la bibliothèque mais je patauge, je m’emmêle, je sais
pas par quel bout le prendre et y a rien qui avance. Je veux comprendre pourquoi mon père est
parti. Pourquoi après tout ce temps il aurait renoncé à la paix. A quel point on est en danger.
Qui sont vraiment les Ancestraux… ça fait beaucoup de questions non ? Et y a pas de
bouquins là-dessus. Alors je suis désolée de te décevoir mais les tirages de tarot à la madame
Irma, la plante qui éternue des cendres et les créatures que je verrai jamais si on rouvre pas ces
putains de portails, bah j’en ai rien à foutre en fait !
Ilyana haussa les sourcils. Voilà des jours qu’elle espérait que son amie se confierait enfin à elle mais
elle avait imaginé la scène différemment. Les mots d’Emily la bousculaient. Comment ne pas la
comprendre ? La voir ainsi lui fendait le cœur. Elle aurait voulu lui dire qu’elle avait besoin de repos,
d’apaiser son esprit mais savait bien au fond que ce n’était pas possible. Elle avait toujours été comme
ça : déterminée, têtue, bouillante, incapable de tenir en place. Elle ne pouvait pas espérer la voir
changer en quelques jours, encore moins dans un contexte pareil. Et puis, au fond, elle ne voulait pas
qu’elle change. Elle voulait seulement qu’elle soit assez raisonnable pour ne pas se faire de mal à elle-
même… Ilyana s’approcha doucement et lui prit la main.
- Tu me déçois pas, tu sais. J’essaye juste de t’aider…
- Je sais… murmura Emily d’un air désolé.
- Okay, mission fouille nocturne alors !
Emily posa sur elle un regard surpris. Elle s’attendait à devoir se justifier encore et encore.
- Quoi ? sourit Ilyana. T’as vraiment cru que j’allais te laisser toute seule ?
- Jamais, répondit-elle avec un mélange de tendresse et de gratitude.

Le salon du bas était plongé dans l’obscurité. Seul un bout de fenêtre échappant aux rideaux permettait
aux rayons de lune de s’étendre dans la pièce. Postées en bas des escaliers, les filles jetèrent un coup
d’œil aux alentours.
Personne.
Elles firent quelques pas en direction du couloir des protecteurs avant de se figer sur place. Un
grincement retentit dans le salon. Puis un souffle. Un coup. Les filles respiraient à peine. Sans un bruit,
elles se recroquevillèrent dans le coin qui faisait l’angle avec le mur du couloir. Deux silhouettes se
dessinaient dans la faible lueur près de la fenêtre. Ilyana se pencha pour allumer une lampe posée sur
le piano. La lumière envahit la pièce. Yann et Jay se tenaient là, torses nus. Emily fronça les sourcils
en découvrant sur le dos de Jay ce qui ressemblait à un tatouage. De nombreux traits qui
s’enchevêtraient à la manière de branches formaient un triskel dont les extrémités s’étiraient jusqu’à
ses côtes et son épaule droite. Ce n’était pas juste un tatouage… peut-être une rune ?
- Putain mais vous m’avez terrorisée ! s’exclama Ilyana.
- Chut, fit Yann, pas besoin de réveiller tout le monde.
- Qu’est-ce que vous faisiez dehors en pleine nuit ? demanda Emily.
- On parlait.
Jay, laconique comme à son habitude, accompagna sa réponse d’un haussement d’épaules.
- Super, on va vous laisser approfondir votre bromance, railla-t-elle.
- Vous allez où vous ?
- Euh… ça vous regarde pas.
- Tu caches des choses toi maintenant ? la provoqua Jay.
- C’est chiant hein ? se défendit-elle.
Yann interrogea Ilyana d’un regard qu’elle fuit. Si ça ne tenait qu’à elle, elle leur aurait tout dit. Mais,
trop soulagée à l’idée de pouvoir accompagner Emily dans son obsession, elle n’osait pas la brusquer.
Ils restèrent là un moment à se jauger en silence.
PAF
La porte de la cafétéria vint briser le silence. Yann se précipita pour éteindre la lampe avant de se
planquer avec les autres. Serrés comme des sardines entre le mur et le piano, ils retenaient leur
respiration.
- Yo les gars ! J’ai raté la soirée ou c’est comment ?
Yann ralluma la lumière en reconnaissant la voix. Une barre chocolatée en main et la bouche pleine,
Nathan se posta devant eux d’un air amusé. Emily se frotta le front avec un soupir agacé. Visiblement
tout le monde avait décidé de lui mettre des bâtons dans les roues. Au fond, elle se dit que c’était peut-
être un signe. Après tout, tous avaient l’air bien plus heureux qu’elle, et plus reposés malgré leurs
entrainements. Les mots d’Ilyana lui revinrent en tête :
Avoir des amis, passer des bons moments ça va rendre tout ça… plus facile.
Elle avait peut-être raison. Mais ça ne suffisait pas. Elle avait un plan en tête et n’arrivait pas à en
démordre.
Nathan avoua être allé fouiller la cuisine pour y trouver de quoi couper sa fringale nocturne. Yann lui
demanda s’il en avait d’autre et réceptionna la barre chocolatée que Nathan sortit de sa poche. Il en
proposa aux autres et, contrairement à Jay, Ilyana se précipita dessus. Se tournant vers Emily, il lui en
tendit une.
- Non merci, refusa-t-elle impatiente. On allait retourner se coucher…
Elle sentit le souffle de Jay se glisser dans sa nuque tandis qu’il murmurait à son oreille :
- Et maintenant tu mens ? Me voilà outré lieutenant…
D’un coup de coude, elle le repoussa, agacée. Yann posa une main sur son épaule.
- Bon alors c’est quoi le plan ? demanda-t-il.
- On va fouiller le bureau de James ! lança Ilyana, incapable de tenir sa langue plus longtemps.
- Ina !!!! se plaignit Emily.
- Exploration nocturne ? Allez, je suis chaud ! s’exclama Nathan.
- Y a des chances que ça soit plus intéressant que la bibliothèque, renchérit Yann.
Ilyana lança à Emily un air désolé. Elle lui rendit un regard désabusé, sachant pertinemment qu’elle
l’avait fait exprès. Alors que les trois autres s’engouffraient déjà dans le couloir, elle se tourna vers
Jay. Essayant d’ignorer les muscles nettement dessinés sur son corps, elle se surprit à espérer qu’il se
joigne à eux.
- Et toi tu fais quoi ? demanda-t-elle.
Il s’approcha d’elle comme il savait si bien le faire, juste assez pour sentir la tension, pas assez pour
craquer. Un sourire espiègle dévoila sa fossette.
- Si je suis tout à fait honnête, commença-t-il dans un murmure, j’en ai rien à faire du bureau de
ton père. Mais…
Du bout des doigts, il attrapa une mèche qui s’échappait de la tresse Emily. Il tira sur la boucle pour la
faire rebondir.
- … ton petit air à la fois déterminé et frustré me plait beaucoup.
- T’es insupportable, répondit Emily gênée.
Il lui fit un clin d’œil avant de rejoindre les autres. Emily se tourna vers la fenêtre, pensive. Rien ne se
passait comme prévu. Si elle avait l’impression que ça la détournait de son objectif, une partie d’elle
commençait à apprécier la tournure des évènements, mais elle se refusait à laisser sortir. Elle éteignit
la lumière et se fraya un chemin dans l’obscurité jusqu’à la porte du bureau de son père.

***
Propriété des Shelley, New Handler.

Invité à diner avec eux, James peinait à finir son repas. L’atmosphère était froide, pesante.
Helena ne voulait pas parler des détails de leur alliance devant Nina et parler de la pluie et du beau
temps était si futile que personne ne s’en encombrait. Les deux Banshees qui suivaient la jeune
Shelley partout flottaient autour de la pièce. De leur peau blanchâtre émanait une lueur leur donnant
un aspect fantomatique. Les lamelles déchirées du tissu qui recouvrait leur corps ondulaient dans leur
sillage. Leurs mouvements s’accompagnaient d’un écho lointain semblable à un chant triste, glaçant.
Elles disparaissaient parfois quelques instants avant de réapparaitre auprès d’eux, envahissant l’air
ambiant de leur énergie éthérée. Nina sourit en voyant James les fixer. Elle posa ses couverts dans son
assiette vide et indiqua l’une des deux créatures.
- Elle, elle s’appelle Nyssae. C’est la plus jeune des six enfants de Morrigan, expliqua-t-elle
avec un brin de fierté.
James observa la Banshee dont le visage lisse, presque enfantin, rappelait celui d’une poupée de
porcelaine. Nyssae inclina légèrement la tête vers lui en signe de respect et James en fit de même.
- Les Banshees pleurent toutes un type de mort en particulier n’est-ce pas ? s’enquit-il.
- Exactement !
Nina afficha un air enthousiaste, ravie que quelqu’un lui donne de l’intérêt.
- Nyssae est la Banshee des morts inattendues. Et Drakira est celle des morts violentes !
Cette dernière fixa James de ses yeux blancs perçants comme pour fouiller au creux de son âme. Ses
traits creusés étaient plus inquiétants que ceux de sa sœur. James sentit les poils se hérisser dans sa
nuque tandis qu’elle s’approchait de lui. Drakira s’arrêta à quelques centimètres de l’homme. Ses yeux
semblèrent s’emplir d’une profonde douleur avant qu’elle ouvre la bouche. Une plainte s’en échappa.
Un son strident, entre cri et pleur qui vint crisper le cœur de James.
- Elles ressentent le deuil des gens même après plusieurs années. Ce n’est pas méchant,
continua Nina d’un air détaché. Au contraire, elle pleure pour vous, avec vous.
Drakira et Nyssae s’éloignèrent de James pour rejoindre la jeune fille.
- C’est étrange que Morrigan ait laissé deux de ses enfants sur Terra, non ? demanda James.
- La reine Banshee n’a pas eu le choix, intervint Helena. Drakira et Nyssae sont apparues lors
du Chaos pour pleurer les nombreuses morts causées par la guerre. Lorsque Serena a fermé les
portails, elles se sont retrouvées coincées ici, comme bien d’autres…
- Tu es une Gardienne, tu aurais pu les renvoyer chez elle…
- C’est un accord avec Morrigan. Elles nous préviennent de certains dangers et nous protègent.
C’est grâce à leur présence que je sais à quel point le Gouvernement est encore une menace…
La conversation fut subitement interrompue par une boule d’énergie noire qui apparut non loin d’eux.
Les Banshees tournoyèrent autour dans une danse spectrale envoutante. Elles sentaient l’énergie de
leur monde, Gwenved, envelopper la silhouette qui se dessinait. Cameron apparut et se délia
immédiatement de son Ombre se faisant bousculer par Nina qui s’était aussitôt levée pour courir dans
ses bras. Il lui rendit chaleureusement son étreinte puis se tourna vers les créatures.
- Morrigan vous honore, dit-il simplement avec une légère révérence que les Banshees lui
rendirent.
Cameron s’approcha alors de la table où il déposa un bocal en verre dans lequel était enfermé une
sorte de stalactite. Le garçon jeta alors un coup d’œil à sa mère, espérant un remerciement ou ne serait-
ce qu’une once de fierté. Mais rien. Le visage d’Helena resta impassible.
Toujours un mot pour commenter tes échecs, jamais un seul pour complimenter tes victoires…
vociféra Temos aux côtés de son Rêveur. Cameron serra la mâchoire et reporta son attention sur James
qui s’était déjà emparé du bocal contenant son Souvenir. Ce dernier le tournait lentement, les yeux
rivés sur la petite créature inerte.
- Fascinant n’est-ce pas ? Comment une si petite créature peut contenir autant de ce que nous
sommes…

***

Domaine de la SRPE, Valmora.

Le du bureau de James trônait seule au fond du couloir. A la différence des portes menant aux
chambres des protecteurs, celle-ci était dépourvue de poignée. Nathan se risqua à la pousser mais sans
succès. Jay étouffa un léger rire. Alors que le jeune homme réitérait l’expérience en vain, le bois de la
porte se creusa lentement. Jay indiqua l’empreinte de la Société présente sur leur avant-bras. La même
rune se gravait lentement dans la porte. Se frayant un chemin entre les recrues, Emily vint se planter
devant. Sans un bruit, elle sortit de sa poche une paire de ciseaux fins dont elle écarta les lames. Sous
les regards effarés de ses compagnons, elle fit glisser la lame dans le creux de sa main ouvrant juste
assez la peau pour que son sang s’en échappe. De la même manière que William l’avait fait chez elle,
elle déposa maladroitement quelques gouttes du liquide sombre en haut du symbole. Le sang le
parcourut jusqu’à le remplir entièrement provoquant un léger déclic dans le mécanisme. Ignorant l’air
sidéré des autres, Emily poussa la porte et s’engouffra dans le bureau. Alors qu’elle cherchait à tâtons
l’interrupteur, c’est Ilyana qui finit par mettre la main dessus. La lumière clignota nerveusement avant
de dévoiler la pièce. Yann repoussa la porte avec précaution pour maintenir la pénombre dans le
couloir. Le bureau était, sans surprise, régit par un bordel organisé dans lequel seul James pouvait s’y
retrouver.
- Eh bien, on sait de qui tu tiens, taquina Yann.
Faisant évidemment référence à la pauvre table de la bibliothèque couverte de croquis, grimoires,
brouillons et listes en tout genre depuis son arrivée, Emily réalisa à quel point elle devait sembler folle
à leurs yeux. Pour autant, elle ne releva pas sa remarque, concentrée sur ce qui l’entourait. Plus petite
que celle de New Handler, la pièce peinait à accueillir les cinq recrues qui se bousculaient en fouillant
comme coincés dans un mauvais escape game. Ici rien n’était évident, tout semblait futile sans l’être.
Les documents s’entassaient dans tous les sens, même sur la chaise du bureau. Les seuls dossiers
proprement rangés étaient sur des étagères en hauteur. Une série de classeurs estampés d’années
remontant jusqu’à 1998. Cette même date apparaissait sur une photo accrochée de travers au-dessus du
bureau. Sur le cadre, une étiquette indiquait : Fondation de l’Institut de Recherches et d’Etude en
Sciences des Mondes - 19 novembre 1998. Yann se pencha pour y voir de plus près. Agé alors d’une
trentaine d’années, James se tenait devant la maison qui semblait neuve. Le sourire aux lèvres il tenait
une jeune femme blonde par la taille dont l’allure plus stricte était adoucie par son air radieux.
Entourés d’un groupe mélangeant humains, Saïjens et créatures en tout genre, le couple apparaissait
plus qu’heureux. Emily s’était approchée et une profonde mélancolie noua sa gorge à la vue de ses
parents. Les images du cauchemar dans lequel, petite, elle arpentait la maison à leurs côtés
s’immiscèrent dans son esprit. Elle les chassa d’un mouvement de tête puis reporta son regard sur les
personnes qui entouraient ses parents. Elle y reconnut Farok, imposante masse protectrice au milieu
des autres. Son sourire s’effaça en voyant une jeune femme aux cheveux noirs coupés au carré.
Aucune mèche ne dépassait sur son visage familier. Helena Shelley… Elle avait eu du mal à la
reconnaitre. Peut-être parce qu’elle était jeune sur la photo, ou bien parce que de toutes les fois où elle
s’était rendue chez Cameron, elle ne l’avait jamais vu sourire. Elle baissa les yeux, pensive. Helena et
son père étaient amis depuis longtemps ? Cette information bouleversa une nouvelle fois tout ce
qu’elle croyait acquis. Plus que jamais, elle espérait pouvoir faire sens de l’infini tourbillon
d’interrogations qui l’envahissait en permanence.

Ilyana fouillait sans réelle conviction les documents éparpillés sur une vieille commode. Elle fit une
grimace à Nathan qui venait d’ouvrir un tiroir rempli d’objets semblant venir de partout sauf Terra.
- On cherche quoi au juste ? demanda-t-il.
- Will dit qu’il ne sait pas exactement ce que mon père cherche à faire ni pourquoi il voulait
soudainement me dire la vérité… (Emily réfléchit un instant) J’ai cru comprendre qu’il avait
changé depuis la dernière mission… donc n’importe quoi de récent qui semblerait important
ou bizarre.
Emily et Yann se partageaient la fouille du bureau tandis que Nathan et Ilyana s’affairaient sur la
commode. Derrière eux, Jay les observait, perdu dans ses pensées. Alors que Nathan épluchait les
fiches des membres de la Société, Ilyana tomba sur un dossier gravé d’une rune qu’elle n’avait encore
jamais vue.
- C’est le symbole de quoi ça ?
- Des Ancestraux, répondit Jay d’un ton grave.
Emily se tourna vers lui d’un air méfiant mais Jay fuit son regard. Elle aurait reconnu ce symbole entre
mille. C’était celui qu’elle avait vu sur le dossier de Cameron. Elle observa les autres qui semblaient
attendre la suite des explications de Jay mais il resta silencieux. Que savait-il des Ancestraux ?
- C’est la famille de Cameron, ajouta-t-elle pour Ilyana.
Cette dernière grimaça de plus belle en entendant ce prénom. Elle ouvrit le dossier laissant
maladroitement quelques feuilles tomber au sol. Yann les ramassa tandis qu’Ilyana posait le dossier
sur la commode pour le parcourir. Yann s’éloigna avec les quelques feuilles qu’il regardait en fronçant
les sourcils. Appuyé sur le coin du bureau, il se tourna pour éviter le regard des autres.
- C’est quoi exactement les Ancestraux ? demanda Nathan en se penchant par-dessus l’épaule
d’Ilyana pour lire avec elle.
- Un groupe d’Entremondes guidés par Helena Shelley, une des Gardiennes… l’héritière
d’Ogme si je me souviens bien, répondit Emily. C’est là-bas que mon père est allé.
- Depuis la guerre du Chaos, ils font tout pour essayer de rouvrir les portails et arrêter la Brise-
Monde, ajouta Jay.
Une fois de plus contrariée par ses connaissances, Emily jeta un nouveau regard inquisiteur au jeune
homme. Mais il esquiva la confrontation d’un haussement d’épaule, vaine tentative de la persuader
qu’il n’y avait rien d’anormal à ce qu’il savait. Il se tourna vers un coffre posé sur le sol qu’il fit mine
d’analyser laissant Emily observer son étrange tatouage.
- Massacre de Rêveurs ?! s’exclama Nathan. Euh sur le papier, ils ont pas l’air tellement mieux
que le Gouvernement…
- Will a dit qu’ils n’étaient pas dignes de confiance… dit Emily le regard fixé sur Jay cherchant
à le faire réagir sans succès.
- Bah tu m’étonnes, ils ont l’air un peu tarés ! lança Ilyana. J’en reviens pas que Cameron soit
avec eux… et ton père qu’est-ce qu’il fout là-bas ?
- C’est bien ce que j’aimerais comprendre…
Emily soupira et entreprit la lecture en diagonale de journaux écrits par son père. Nathan, lassé des
informations futiles qui se trouvaient dans les dossiers des recrues, s’apprêtait à laisser tomber
lorsqu’il trouva celui de Faedyn. La mystérieuse fille au crâne rasé qui accompagnait toujours Lara ne
leur avait jamais adressé la parole. Aussi, ils ne savaient rien d’elle. Rien, même pas sa véritable
apparence. Il interpella Ilyana d’un léger coup de coude. Ses yeux s’écarquillèrent en découvrant la
photo qui accompagnait le dossier de Faedyn. Loin d’être humaine, elle appartenait au peuple des
Phalaes dans le monde d’Astra. De somptueuses créatures semblant avoir fusionné avec la nature. Sur
sa photo, Faedyn apparaissait avec un corps nervuré comme une feuille dont la couleur bleutée se
teintait de rose par endroit. Son crâne s’étirait en pétales d’orchidées formant une coiffe majestueuse
autour de sa tête. D’autres pétales se développaient des nervures de son cou pour se déposer comme
des épaulettes. Fascinée par la beauté de la créature, Ilyana se demanda pourquoi Faedyn se cachait
derrière une forme humaine si banale mais Nathan lui indiqua une partie du dossier. James y racontait
comment des villageois l’avaient trouvée quelques années après le Chaos. D’abord intrigués par son
allure féérique, certains voyaient en elle une apparition de Dame Nature. Mais d’autres s’en méfiaient
et des chasseurs s’étaient mis en tête de la traquer.
- Ils ont essayé de la bruler ?! s’horrifia Ilyana.
- Qui ? Le Gouvernement ? demanda Emily qui écoutait d’une oreille.
- Non, les gens ! Des braconniers qui avaient rien d’autre à faire de leur misérable vie
apparemment, s’offusqua son amie. Plus ça va, plus j’suis dégoûtée d’être humaine…
- Je comprends mieux pourquoi elle ne désactive jamais sa rune de dissimulation, ajouta Nathan
d’un air désolé.
Derrière eux, Jay écoutait l’histoire de Faedyn, mâchoire serrée. De toutes les espèces qu’il avait pu
découvrir, les humains faisaient partie des plus méprisables. Une profonde haine s’éveilla en lui à
l’idée que la pauvre Phalae n’osait plus être elle-même…Yann interrompit sa réflexion en plaquant
brusquement les papiers tombés du dossier des Ancestraux contre son torse. Jay se redressa, surpris.
Son seul confident s’approcha de lui pour lui parler discrètement.
- Je pense que tu vas vouloir voir ça avant les autres, lui chuchota-t-il.
Il s’éloigna sans un mot de plus laissant Jay jeter un œil discret aux documents. Ce dernier éplucha les
papiers et son cœur s’accéléra en voyant une photo qu’il s’empressa de cacher dans sa poche. Il aurait
voulu pouvoir dissimuler ses émotions aussi facilement que Faedyn cachait ses pétales. Mais Yann
l’observait de ses yeux bleus perçants et il craignait sa réaction. Contre toute attente, son ami cligna
simplement des yeux, une manière de lui dire qu’il comprenait. Encore une fois, il n’attendait pas de
justification. Jay le remercia en silence, soulagé d’avoir quelqu’un sur qui compter. Il respira
longuement pour retrouver son calme et éviter d’attirer l’attention. Observant Emily du coin de l’œil,
il pensa qu’il ferait mieux de tout lui dire plutôt que de risquer qu’elle le découvre seule. Mais il avait
bien trop peur de ce qu’elle pourrait penser de lui. Si elle connaissait cette partie de son passé, elle le
verrait comme lui se voyait… Impossible. Il passa les mains dans ses cheveux le temps de retrouver
ses esprits. C’était trop tard de toute façon… il avait choisi de rayer tout ça de son histoire, il ne
pouvait plus faire marche arrière.

Vous aimerez peut-être aussi