ORGANISATION DU GROUPE
1 Les clés du groupe
§§ §§
Les motivations • Le contrôle conjoint ...................... 20
• Diversité des objectifs .................. 1 • L’influence notable ......................... 21
• Technique de concentration ....... 2 • Détention indirecte et influence 21
• L’implantation sur un marché ..... 3 • La consolidation, source d’obligations
extra-comptables :
• Le rachat d’une entreprise ........... 4 – rémunération des mandataires 22
• La transmission d’entreprise ....... 5 – cumuls mandats .......................... 22
• Holding par le haut ........................ 5 – stock-options ............................... 22
• Holding par le bas .......................... 5 • Le groupe et la concentration .... 23
• Un impact fiscal .............................. 6 • Relations privilégiées ..................... 23
• Des objectifs à atteindre .............. 7 • Pratiques anticoncurrentielles ..... 23
• Le groupe et le droit du travail .. 24
L’absence de définition homogène
• Le comité de groupe ..................... 25
• Variété de groupes ........................ 8 • L’influence dominante ................... 25
• Indépendances des structures ..... 9 • Régime mère/filles .......................... 26
• Restitution de documents • Régime d’intégration fiscale ......... 27
entre filiales ..................................... 9
• Schémas d’intégration ................... 27
• Engagement de rachat
dans un groupe ............................... 9 • Propriété industrielle .................... 28
• L’indépendance relative ................ 10 • Le groupe et le droit bancaire .... 29
• Conventions réglementées .......... 10 L’absence de personnalité
• Commissaires aux comptes ......... 10 morale
• Seuils de détention ........................ 11 • Absence d’existence juridique
• Les filiales ......................................... 12 propre ............................................... 30
• Participation .................................... 13 • P-DG du groupe ............................. 30
• Simple placement ........................... 13 • Ouverture d’un compte courant 30
• Le contrôle ...................................... 14 • Conséquences liées au défaut
• Présomption de contrôle de fait 14 de personnalité ............................... 31
• Actions de préférence • Représentation en justice ............ 31
et contrôle ....................................... 14 • Rupture d’un contrat
• Action de concert .......................... 15 par une filiale ................................... 31
• Nécessité de plusieurs accords .. 15 • Des palliatifs à l’absence
de personnalité :
• Contrôle et participation – confusion des sociétés .............. 32
indirecte ........................................... 16 – fictivité des sociétés ................... 32
• Schémas de contrôle ..................... 16 – la société employeur écran ...... 32
• Contrôle en capital ou en droit • L’apparence invoquée
de vote ............................................. 17 par les tiers ...................................... 33
• Des comptes consolidés • Apparence et immixtion ............... 33
dans les groupes ............................. 18 • Éléments similaires
• Le contrôle exclusif ....................... 19 d’identification ................................ 33
6
LES CLÉS DU GROUPE
Les motivations
Diversité des objectifs
1 Les groupes sont liés à des événements économiques ou financiers. Ils sont éga-
lement constitués pour des objectifs de rationalisation ou d’organisation d’une
entreprise ayant atteint une certaine taille. Ils s’inscrivent aussi dans les opéra-
tions de rachat ou de transmission d’entreprises.
Technique de concentration
2 Des entreprises qui, à des échelons complémentaires, accomplissent le cycle
complet de la production et de la commercialisation des produits peuvent se
trouver dans un état de dépendance vis-à-vis d’une entreprise principale réalisant
ainsi une concentration verticale partielle ou totale, suivant les cas.
La forme la plus complète de cette dépendance est celle qui résulte du contrôle
qu’une entreprise exerce sur une ou plusieurs autres entreprises par une prise
de participation dans leur capital ou du fait qu’un groupe possède le contrôle de
deux ou plusieurs sociétés, sans que les sociétés elles-mêmes aient de participa-
tion dans le capital des autres.
L’implantation sur un marché
3 Pour pénétrer un nouveau marché ou pour une implantation à l’étranger, une
entreprise opérera un choix entre deux stratégies d’organisation :
– soit elle créera des succursales ou des départements non autonomes ; cette
création peut passer par une opération de rachat de structures autonomes exis-
tantes. Dans ce schéma, tout repose sur une seule entreprise conservant une
unité juridique ;
– soit elle constitue des filiales spécialisées ; ces sociétés seront sous le contrôle plus
ou moins étroit de l’entreprise, mais dans tous les cas, elles auront une autonomie
juridique. La réunion des différentes entités au sein d’un groupe permettra d’obtenir
des approvisionnements moins coûteux et, surtout, des débouchés élargis.
Le rachat d’une entreprise
4 La constitution d’un groupe n’est pas en tant que tel un moyen de rachat d’une
entreprise. Cependant, la création d’une société holding de rachat est souvent
retenue à la fois comme technique d’organisation du pouvoir mais aussi en raison
des possibilités d’effet de levier juridique financier et fiscal. La constitution d’une
société holding a pour objectif de faire supporter le coût financier de la prise de
contrôle et donc de l’achat des titres de la société cible par cette dernière et non
par l’acquéreur.
C’est la société holding qui s’endette et les emprunts sont remboursés au moyen
des dividendes que la société cible verse à sa mère. Cette technique, liée à une
option pour le régime d’intégration fiscale, permet un remboursement de l’em-
prunt et une déductibilité des intérêts de l’emprunt souscrit.
Au cas considéré, c’est la création d’une holding de rachat qui produit l’effet de
levier fiscal et financier ; le groupe naîtra dans la mesure où la société holding
contrôlera une ou plusieurs autres sociétés ayant chacune leur existence juri-
7
ORGANISATION DU GROUPE
dique propre. La mise en place d’une société holding de reprise est jalonnée
de différents obstacles juridiques liés pour l’essentiel à l’interdiction, pour une
société anonyme, de financer directement le rachat de ses actions ainsi qu’à la
préservation des droits des minoritaires.
La transmission d’entreprises
5 Là encore, la technique de filialisation n’est pas en soi une technique de transmission.
Pour permettre la transmission d’une entreprise, le chef d’entreprise peut
s’orienter vers la création de filiales reprenant des activités de l’entreprise.
C’est ainsi que l’entreprise exploitée sous une forme sociétaire peut apporter
tout ou partie de ses actifs à des filiales créées à cet effet.
Ces apports partiels d’actifs rémunérés par des droits sociaux de la société béné-
ficiaire de l’apport confèrent à la société apporteuse une position de contrôle et
un rôle prédominant.
L’ancienne société d’exploitation devient, dans ce schéma, une société holding
contrôlant les sociétés qui ont reçu les branches d’activité ; c’est la technique
dite du « holding par le bas ».
Lorsque le chef d’entreprise est à la tête de plusieurs sociétés exploitant des bran-
ches d’activités différentes, il peut, là encore, créer une société holding « par le
haut ». Pour ce faire, les titres des différentes sociétés seront apportés ou cédés
à une société créée à cet effet et qui aura pour objectif de gérer les participations,
d’animer le groupe ainsi créé ; la société holding aura la qualité de société mère.
Un impact fiscal
6 En présence de sociétés dont les résultats sont déficitaires et bénéficiaires, le
besoin de compenser les résultats entre elles conduira les dirigeants à opter pour
un régime fiscal des groupes et donc pour le régime de l’intégration fiscale.
D’autres motivations sont généralement mises en avant en faveur d’une option
pour l’intégration fiscale :
– la neutralisation fiscale, sous certaines conditions, des aides indispensables
entre les sociétés ;
– les distributions internes des bénéfices des filiales ;
– l’absorption d’une société déficitaire ;
– l’utilisation par la société mère de crédits d’impôt imputables sur l’IS.
Des objectifs souhaités mais parfois difficiles à atteindre
7 La société qui contrôle les autres sociétés appartenant à la famille du groupe
souhaite souvent pouvoir gérer les affaires des sociétés filiales.
Un autre souhait réside dans la libre circulation des moyens financiers entre les
différentes sociétés constituant le groupe.
Ces deux objectifs se heurtent aux règles de protection des minoritaires et des
tiers.
L’information au sein du groupe est également une des préoccupations majeures
des acteurs d’un groupe.
La constitution d’un groupe peut avoir pour finalité de créer des cloisons étanches
entre les différentes sociétés le composant. Si une société est en difficulté, elle
8
LES CLÉS DU GROUPE
sera sacrifiée mais les autres structures ne seront pas atteintes. Cette approche
pour atteindre le résultat escompté suppose de respecter les règles d’étanchéité
entre les structures, la confusion des patrimoines, la fictivité sont des armes aux
mains des créanciers (voir §§ 1415 à 1420).
L’absence de définition homogène
Notion de groupe de société
Une variété infinie de groupes
8 Il n’existe pas de définition légale du groupe. C’est au vu d’une situation de fait
que l’existence d’un groupe sera ou non révélée. La variété des groupes est, de
ce fait, infinie. Les liaisons entre les entités la formant peuvent être de type hori-
zontal, vertical, pyramidal, circulaire…
La gestion peut, à l’image des États, être soit centralisée sous la férule de la
société mère, soit, au contraire, être très décentralisée, les directions par objec-
tifs étant seulement prises au sommet.
L’absence de réglementation des groupes dans le domaine du droit des sociétés
favorise une souplesse permettant une diversité des groupes, notamment dans
les PME.
Certains groupes reposent sur une communauté d’intérêts de dirigeants ou de
familles, d’autres sont liés à des participations financières diverses.
Une réglementation entraînerait inévitablement une certaine rigidité ; elle appor-
terait, en revanche, une sécurité juridique.
L’intérêt du groupe. La notion d’intérêt du groupe, parfois officialisée par le législateur,
reste assez floue et donne lieu à diverses interprétations (voir § 1354).
Une société en dominant d’autres, indépendantes
9 La définition généralement retenue est celle selon laquelle le groupe est constitué
par un ensemble de sociétés qui conservent chacune leur personnalité morale
mais qui sont unies entre elles par des liens divers (économiques, financiers, capi-
talistiques…) et dont l’une d’elles, dénommée société mère, domine ou exerce
un contrôle sur les autres en centralisant le pouvoir de décision. Très souvent, les
sociétés, bien qu’indépendantes, sont dans un état de dépendance économique.
• Restitution de dossiers entre filiales. Ne tirent pas les conséquences légales de ses consta-
tations les juges du fond qui rejettent la demande de restitution de dossiers dirigée par une
société contre une autre, au motif que ces sociétés exercent leurs activités au sein d’un
même groupe et se partagent les honoraires, tout en relevant que lesdites sociétés sont des
personnes morales juridiquement distinctes et que les clients avaient traité avec l’une d’entre
elles (cass. com. 18 octobre 1994, BC IV n° 301) ; au cas considéré, une société demandait à une
autre de lui restituer des dossiers, documents et conclusions remis par ses clients et qu’elle
lui avait transmis pour des études techniques dans le domaine fiscal et social.
• Engagement de rachat d’actions dans un groupe. Des actionnaires ayant échangé leurs
actions avec celles d’une société holding, les nouvelles actions ne sauraient, de ce seul
fait, bénéficier des engagements contractés par les intéressés, qui ne concernent que les
actions originaires, et ne sauraient être étendus aux actions d’une autre société ; dès lors,
il appartenait aux intéressés de négocier un engagement similaire à leur sujet (cass. civ.
18 juillet 1995, BC I n° 327).
9
ORGANISATION DU GROUPE
Une indépendance relative
10 En réalité, ces sociétés juridiques autonomes sur lesquelles une autre société
exerce une influence prédominante sont parfois globalisées pour mieux les appré-
hender. L’autonomie fait place à un ensemble unique.
C’est ainsi qu’en matière de responsabilité dans le cadre d’une procédure col-
lective, les magistrats amenés à justifier l’extension de la procédure à l’ensemble
du groupe rechercheront : la confusion de patrimoine, la fictivité d’une filiale, la
communauté d’intérêts, les actes accomplis dans l’intérêt personnel de la société
mère (voir § 32).
De même, le droit du travail, dans la recherche du véritable employeur, fait
parfois abstraction de l’entité signataire du contrat pour s’attacher au fait que
les sociétés en cause forment une seule et même entreprise (voir §§ 730 à 733) ; le
groupe est alors considéré comme l’employeur.
Reste le cas où les sociétés en cause ont elles-mêmes créé une apparence entre
les tiers, leur faisant croire qu’en fait, c’est la société mère qui s’est engagée ; il
en est de même lorsqu’il est prouvé une immixtion personnelle de la mère dans
la gestion de ses filiales. Dans ces différents cas, le verrou attaché à l’autonomie
de chaque entité saute (voir § 32).
• Les comptes du groupe. Les associés des différentes sociétés du groupe ont une
information globale par les comptes consolidés et le rapport de gestion du groupe (voir
§§ 1040 à 1047).
• Les conventions réglementées. Là encore, l’autonomie des sociétés n’est pas prise
en compte. Les conventions conclues entre les sociétés ayant des dirigeants communs,
ou l’un des actionnaires disposant d’une fraction de droit de vote supérieure à 10 %,
ou la société contrôlant la société actionnaire, sont soumises aux mêmes formalités
que celles passées entre un dirigeant (ou un actionnaire) détenant 10 % et la société
(voir §§ 620 à 646).
• Les commissaires aux comptes. Certaines interdictions ou incompatibilités inhérentes
à la fonction de commissaire aux comptes concernent la société dont il est chargé de
certifier les comptes mais aussi la personne qui la contrôle ou qui est contrôlée par elle ;
tel est le cas de :
– la prise d’intérêt ;
– la fourniture de prestations de services n’entrant pas dans les diligences directement
liées à la mission de commissaire aux comptes (c. com. art. L. 822-11) ;
– la nomination en qualité de dirigeant ou salarié d’une personne morale qu’ils contrôlent
(c. com. art. L. 822-12).
Des seuils de détention insuffisants pour la notion de groupe
Les définitions du code de commerce
11 Le code de commerce aborde le problème des groupes en fonction de l’impor-
tance de la participation détenue par une société dans le capital d’une autre.
À certains degrés de détention du capital d’une société correspondent des
définitions. En fait, ces seuils ne sont pas significatifs. En effet, dans des sociétés
fermées, pour exercer une influence sur les prises de décision, il faut détenir la
minorité dite de blocage (+ 33,33 % dans les SA et + 25 % dans les SARL consti-
tuées avant le 4 août 2005 et 33,33 % pour celles constituées depuis cette date
ou ayant adopté cette majorité).
10
LES CLÉS DU GROUPE
Filiales
12 Lorsqu’une société possède plus de la moitié du capital d’une autre société, la
seconde est considérée, pour la réglementation des sociétés contrôlées, comme
la filiale de la première (c. com. art. L. 233-1).
• Actions de préférence. Les droits particuliers attachés aux actions de préférence, qu’ils
soient à titre temporaires ou permanents, tels qu’ils sont définis par les statuts, peuvent
être exercés dans la société qui possède directement ou indirectement plus de la moitié
du capital de l’émettrice ou de la société dont l’émettrice possède directement ou indi-
rectement plus de la moitié du capital ; le tout, sous réserve de l’autorisation des AGE des
deux sociétés concernées (c. com. art. L. 228-13 ; voir §§ 445 et 446).
• 50 % juste. À s’en tenir au texte, la personne qui détient juste 50 % du capital d’une
société ne peut prétendre détenir une filiale.
Participations
13 Lorsqu’une société possède dans une autre société une fraction du capital com-
prise entre 10 % et 50 %, la première est considérée, toujours au regard de la
réglementation juridique, comme ayant une participation dans la seconde (c. com.
art. L. 233-2).
• Prise de participation. La prise de participation dans une société est dictée par une
volonté d’exercer une influence durable dans cette société sans toutefois y déployer un
pouvoir de gestion.
• Moins de 10 %. Détenir moins de 10 % du capital d’une société répond, sur un plan
strictement juridique, à un simple placement. En fait, nombreux sont les exemples d’une
participation inférieure à 10 % conférant au détenteur une influence importante dans une
société cotée en Bourse.
• Plus-value à long terme. Le taux d’IS de 19 % est applicable aux titres du portefeuille
de la société revêtant le caractère de participation ; l’administration fiscale se réfère, pour
la définition des titres de participation, d’une part, au plan comptable et, d’autre part, au
régime des sociétés mères (voir § 26).
La définition du contrôle
• Contrôle de droit ou de fait
14 Pour les besoins de l’information des associés et dans le cadre de la réglemen-
tation de l’autocontrôle (voir §§ 410 à 418), trois types de contrôle ont été prévus.
Une société est considérée comme en contrôlant une autre :
– lorsqu’elle détient, directement ou indirectement, une fraction du capital lui
conférant la majorité des droits de vote dans les assemblées générales de cette
société ;
– lorsqu’elle dispose seule de la majorité des droits de vote dans cette société,
en vertu d’un accord conclu avec d’autres associés ou actionnaires et qui n’est
pas contraire à l’intérêt de la société (conventions sur le droit de vote reconnues
licites) ;
– lorsqu’elle détermine en fait, par les droits de vote dont elle dispose, les
décisions dans les assemblées générales de cette société ou qu’elle dispose du
pouvoir de nommer ou de révoquer la majorité des organismes d’administration,
de direction ou de surveillance de cette société (c. com. art. L. 233-3).
• Présomption de contrôle de fait. Cette personne est présumée exercer ce contrôle de
fait lorsqu’elle dispose, directement ou indirectement, d’une fraction des droits de vote
11
ORGANISATION DU GROUPE
supérieure à 40 % et qu’aucun autre associé ou actionnaire ne détient, directement ou
indirectement, une fraction supérieure à la sienne (c. com. art. L. 233-3, II). Il semble que la
preuve contraire pourrait être recevable afin de combattre la présomption.
• SAS et changement de contrôle. Les statuts d’une SAS peuvent prévoir que la société
associée dont le contrôle est modifié au sens de l’article L. 233-3 doit, dès cette notifica-
tion, en informer la société par actions simplifiée (c. com. art. L. 227-17 ; voir § 1327).
Action de concert
15 Deux ou plusieurs personnes agissant de concert sont considérées comme en
contrôlant conjointement une autre lorsqu’elles déterminent en fait les décisions
prises en assemblée (c. com. art. L. 233-3, III).
L’action de concert peut être le résultat d’accords souscrits en vue d’acquérir ou de
céder des droits de vote ou en vue d’exercer des droits de vote, pour mettre en
œuvre une politique commune vis-à-vis de la société (c. com. art. L. 233-10 ; voir § 378).
Contrôle et participation indirecte
16 Toute participation, même inférieure à 10 %, détenue par une société contrôlée
dans une société est considérée comme détenue indirectement par la société
qui contrôle cette société (c. com. art. L. 233-4). Il convient donc de faire masse des
droits de vote qu’une société détient dans une autre à titre personnel et de tous
les droits de vote attachés aux actions détenues par toutes les sociétés qu’elle
contrôle, directement ou indirectement.
• Schéma A
%
75
B C
52 %
A contrôle :
– directement B en détenant une participation de + de 50 % ;
– indirectement C, dans laquelle elle n’a pas de participation directe. En effet, la société B,
contrôlée par A, détient le contrôle de C.
• Schéma
A
%
75 10 %
B C D
40 % 55 %
A contrôle l’ensemble des sociétés, à savoir :
– directement B, en détenant une participation de + de 50 % ;
– indirectement C, dont elle détient directement 10 % + 40 % détenus par sa filiale B ;
– indirectement D, cette société étant contrôlée par C, elle-même contrôlée indirecte-
ment par A par l’intermédiaire de B.
12
LES CLÉS DU GROUPE
Contrôle en capital ou en droit de vote et leur suivi
17 Dans des structures classiques, la détention d’une majorité du capital confère, à
celui qui la détient, le pouvoir. Tel est notamment le cas dans une SARL.
Mais surtout, dans les sociétés par actions (SA et SAS), le contrôle du pouvoir
est lié à celui des droits de vote ; il peut exister une dissociation très forte entre
le pourcentage de capital détenu et le nombre de voix en assemblée. Les raisons
en sont multiples ; parmi les plus usuelles, citons :
– la création d’actions de préférence, conférant un droit de vote double ou iné-
galitaire ; à l’inverse, la détention d’actions sans droit de vote modifie l’équilibre
capital et voix ;
– la mise en place de pactes d’actionnaires qui influent sur le pouvoir ; tel peut
être le cas d’un arrangement selon lequel la direction doit appartenir alternative-
ment à un groupe d’actionnaires puis à l’autre ;
– le droit de veto instauré dans une SAS ; cette forme sociale étant d’ailleurs
celle qui offre le plus de possibilités dans la différenciation du droit de vote et des
droits dans le capital ;
– l’utilisation des pouvoirs en blanc permettant à un dirigeant d’être majoritaire
au sein des assemblées du moins ordinaires.
Ces différents exemples démontrent à nouveau qu’une approche du contrôle à
travers les pourcentages de participation est souvent insuffisante. Ces différents
éléments ont conduit le législateur a introduire des critères de contrôle non liés
à la détention directe du capital mais attachés à une influence certaine sur des
prises de décision.
Modifications en cours de vie sociale. La notion de contrôle n’est pas figée, elle est sus-
ceptible d’évoluer à la suite d’opérations sur le capital ou, en cas de création ou de sup-
pression de droit de vote ou lors de cession de titres entre actionnaires ou à des tiers.
La consolidation liée au contrôle
Des comptes consolidés dans les groupes
18 La présentation dans des comptes uniques de la situation et des résultats d’un
groupe s’impose dès lors qu’une société commerciale contrôle de manière
exclusive ou conjointe une ou plusieurs autres entreprises ou qu’elle exerce une
influence notable sur celle-ci. Les dirigeants sont également tenus d’établir un
rapport sur la gestion du groupe qui expose la situation de l’ensemble constitué
par les entreprises comprises dans la consolidation (voir § 1034).
Groupes modestes. Échappent à l’obligation d’établir et de publier des comptes consolidés
et un rapport sur la gestion du groupe les sociétés situées à un niveau intermédiaire (sous-
consolidation ; voir §§ 954 à 959) ainsi que les groupes de dimension modeste (voir § 960).
Le contrôle exclusif
19 Le contrôle exclusif par une société résulte :
– d’un contrôle de fait, c’est-à-dire de la constatation d’une situation de fait, à
savoir la désignation, pendant deux exercices successifs, de la majorité des mem-
bres des organes d’administration, de direction ou de surveillance d’une autre
entreprise. La société consolidante est présumée avoir effectué cette désignation
lorsqu’elle a disposé au cours de cette période, directement ou indirectement,
d’une fraction supérieure à 40 % des droits de vote et qu’aucun autre associé ou
13
ORGANISATION DU GROUPE
actionnaire ne détenait, directement ou indirectement, une fraction supérieure à
la sienne. On retrouve ici les critères retenus pour la présomption de contrôle
de fait en matière d’information et d’autocontrôle (voir § 14, rubrique « Présomption de
contrôle de fait ») ;
– ou d’un contrôle contractuel ; il s’agit, dans ce cas, du droit d’exercer une
influence dominante sur une entreprise en vertu d’un contrat ou de clauses sta-
tutaires, lorsque le droit applicable le permet (c. com. art. L. 233-16, II).
Contrôle conjoint
20 Le contrôle conjoint est le partage du contrôle d’une entreprise exploitée en
commun par un nombre limité d’associés ou d’actionnaires, de sorte que les
décisions résultent de leur accord (c. com. art. L. 233-16, III). En pratique, le contrôle
conjoint se manifeste généralement sous la forme de filiales communes ou encore
de sociétés en participation. Dans ces cas, les comptes consolidés des différentes
sociétés qui contrôlent reprennent, proportionnellement à leurs droits, les élé-
ments du bilan et du compte de résultat de l’entreprise contrôlée.
Commissaire aux comptes dans les SAS. Le nouvel article issu de la loi de modernisation
de l’économie, consacré au cas de nomination obligatoire d’un commissaire aux comptes
dans les SAS, impose cette nomination lorsque la SAS contrôle ou est contrôlée de maniè-
re exclusive ou conjointe au sens de l’article L. 233-16 du code de commerce (voir § 153).
L’influence notable
21 L’influence notable sur la gestion et la politique financière d’une entreprise est
présumée lorsqu’une société dispose, directement ou indirectement, d’une frac-
tion au moins égale à 20 % des droits de vote de cette entreprise.
Détention directe ou indirecte. Les contrôles exclusifs et conjoints et l’influence notable
s’entendent dans tous les cas, directement ou indirectement. Ainsi, pour l’appréciation des
droits de vote dont dispose une entreprise dans les assemblées d’une autre entreprise,
il doit être fait masse des droits de vote attachés aux actions détenues par l’entreprise
consolidante et par toutes les entreprises qu’elle contrôle de manière exclusive.
La notion de consolidation, source d’obligations autres que comptables
22 Les critères de la consolidation constituent des références pour des obligations
autres que comptables, à savoir :
– l’établissement du rapport consolidé prévu à l’article L. 233-16 du code de
commerce ;
– l’indication, dans le rapport de gestion des sociétés cotées ou de leurs filiales
contrôlées au sens de l’article L. 233-16, du montant des rémunérations et des
avantages de toute nature que chacun des mandataires sociaux a reçu des socié-
tés du groupe dès lors qu’il exerce au moins un mandat dans une société cotée
(c. com. art. L. 225-102-1 ; voir § 301) ;
– les règles de cumul des mandats des dirigeants et administrateurs de SA visant
les sociétés contrôlées au sens de l’article L. 233-16 (c. com. art. L. 225-21, L. 225-54-1,
L. 225-67, L. 225-77 et L. 225-94-1 ; voir §§ 291 à 300) ;
– les options de souscription ou d’achat d’actions consenties dans l’année à cha-
cun des mandataires par les sociétés contrôlées doivent être indiquées dans le
rapport spécial sur les stock-options (c. com. art. L. 225-184) ;
– les actions attribuées gratuitement durant l’année à chacun des mandataires par
les sociétés contrôlées au sens de l’article L. 233-16 doivent être indiquées dans
le rapport spécial sur les actions attribuées gratuitement (c. com. art. L. 225-197-4).
14
LES CLÉS DU GROUPE
Le groupe pour les opérations de concentration
23 Une opération de concentration est réalisée lorsqu’une ou plusieurs personnes
détenant déjà le contrôle d’une entreprise au moins ou lorsqu’une ou plusieurs entre-
prises acquièrent, directement ou indirectement, que ce soit par prise de participation
au capital ou achat d’éléments d’actifs, contrat ou tout autre moyen, le contrôle de
l’ensemble ou de partie d’une ou plusieurs entreprises (c. com. art. L. 430 ; voir § 87).
• L’influence déterminante. Le contrôle découle des droits, contrats ou autres moyens
qui confèrent, seuls ou conjointement et compte tenu des circonstances de fait ou de
droit, la possibilité d’exercer une influence déterminante sur l’activité d’une entreprise et
notamment des droits ou des contrats qui confèrent une influence déterminante sur la
composition, les délibérations ou les décisions des organes d’une entreprise.
• Relations privilégiées. L’influence déterminante ne se confond pas avec le contrôle au
sens du droit des sociétés ni avec l’influence notable utilisée en matière de consolidation
comptable ; ainsi, le fait d’avoir avec l’entreprise des relations très privilégiées est un exem-
ple d’influence (DGCCRF, Petites affiches, 27 mars 2003).
Devrait également être retenu pour caractériser l’exercice d’une influence déterminante
l’achat ou la souscription de valeurs mobilières donnant accès au capital.
• Pratiques anticoncurrentielles. Les textes ne visent les groupes qu’à travers le mode de
calcul des sanctions pécuniaires (voir § 602) ; mais l’exploitation par un groupe d’entreprises
de sa position dominante peut constituer une pratique anticoncurrentielle lorsqu’elle a
pour objet ou lorsqu’elle peut avoir pour effet d’empêcher, de restreindre ou de fausser
le jeu de la concurrence (voir § 594).
Le groupe au regard du droit du travail
Organisation de l’entreprise
24 Le comité d’entreprise est informé et consulté sur les modifications de l’organisa-
tion économique ou juridique de l’entreprise, notamment lors de l’acquisition ou
de la cession de filiales au sens de l’article L. 233-1 du code de commerce. Cette
référence impose que la société concernée détienne ou détiendra plus de 50 %
de la société cible (voir §§ 1434 à 1437).
Comité de groupe
25 Un comité de groupe est constitué au sein du groupe formé par une entreprise,
appelée entreprise dominante, et les entreprises qu’elle contrôle :
– en possédant directement plus de la moitié du capital (c. com. art. L. 233-1) ;
– en détenant directement ou indirectement une fraction du capital lui conférant
la majorité des droits de vote dans les assemblées générales de cette société
(c. com. art. L. 233-3-I) ;
– en disposant seule de la majorité des droits de vote dans cette société, en
vertu d’un accord conclu avec d’autres associés ou actionnaires et qui n’est pas
contraire à l’intérêt de la société (c. com. art. L. 233-3-I) ;
– lorsqu’elle détermine en fait, par les droits de vote dont elle dispose, les décisions
des assemblées générales de cette société (c. com. art. L. 233-3-I). Ce contrôle de fait est
présumé lorsqu’une personne dispose, directement ou indirectement, d’une fraction
des droits de vote supérieure à 40 % et qu’aucun autre associé ou actionnaire ne
détient une fraction supérieure à la sienne (c. com. art. L. 233-3-II). L’article L. 2331-1 du
code du travail, qui instaure ce comité de groupe, dépasse les définitions du contrôle
du code de commerce en envisageant d’autres critères (voir §§ 801 à 804).
15
ORGANISATION DU GROUPE
• Influence dominante. Est également considérée comme entreprise dominante, pour la
constitution d’un comité de groupe, une entreprise qui exerce une influence dominante
sur une autre entreprise dont elle détient au moins 10 % du capital, lorsque la permanence
et l’importance des relations de ces entreprises établissent l’appartenance de l’une et de
l’autre à un même ensemble économique.
L’existence d’une influence dominante est présumée établie, sans préjudice de la preuve
contraire, lorsqu’une entreprise, directement ou indirectement :
– peut nommer plus de la moitié des membres des organes d’administration, de direction
ou de surveillance d’une autre entreprise ; cette référence à la désignation de plus de la
moitié des membres des organes collégiaux est prévue à propos des comptes consolidés,
mais le texte exige que cette désignation ait eu lieu au cours de deux exercices successifs
(voir §§ 19 et 804),
– ou dispose de la majorité des voix attachées aux parts émises par une autre entreprise,
– ou détient la majorité du capital souscrit d’une autre entreprise.
• Participation des salariés – Épargne salariale. Pour la mise en œuvre de ces dispositifs
la notion de groupe est retenue (voir §§ 872 et 873).
Le groupe appréhendé par le droit fiscal
Régime mère/filles : une faible participation
26 Le régime fiscal des sociétés mères et filiales qui tend à supprimer la double
taxation des dividendes peut s’appliquer si les titres de participation représentent
au moins 5 % du capital de la filiale (CGI art. 145-1 b ; voir § 1120). Seuls les titres qui
comportent à la fois un droit de vote et un droit à dividende sont susceptibles de
bénéficier du régime. Sont notamment exclues les actions de préférence sans droit
de vote ; il en est de même des actions d’autocontrôle dont le droit de vote ne
peut être exercé (voir §§ 371 et 1122 à 1133) ; toutefois, bénéficient de l’exonération les
produits des actions de préférence sans droit de vote ou dont le droit de vote est
partiel et détenues par les sociétés participantes, et qui constituent l’accessoire d’une
participation substantielle d’au moins 5 % du capital.
Par ailleurs, les titres détenus par la société mère doivent revêtir la forme nomi-
native ; les sociétés non cotées qui ont désormais la possibilité d’émettre des
titres au porteur (c. mon. et fin. art. L. 211-4, al. 3) prendront soin de laisser au nominatif
les actions détenues par la mère.
En outre, notons que :
– l’exonération de retenue à la source sur les dividendes versés à une société
mère européenne s’applique à partir d’un seuil de participation de 15 % (2007 et
2008) et 10 % (à compter de 2009) ;
– les plus-values à long terme résultant de la cession des titres ouvrant droit
au régime des sociétés mères sont exonérées d’IS, sous réserve de l’imposi-
tion forfaitaire de 5% du gain net de cession (CGI art. 219-I quinquies). Les titres
de sociétés à prépondérance immobilière sont exclus de l’exonération.
Régime d’intégration fiscale
27 Pour être une société mère et faire partie d’un groupe intégré, il faut, outre les
conditions liées à l’éligibilité au régime (IS et exercices coïncidant ; voir § 1182) :
– avoir au moins une filiale intégrée ;
– ne pas être détenue à au moins 95 %, directement ou indirectement, par une
autre société française soumise à l’IS dans les conditions de droit commun.
16
LES CLÉS DU GROUPE
Le capital de la société mère peut être détenu indirectement à au moins 95 % par
une société soumise à l’IS par l’intermédiaire d’une autre société de personnes
soumise à l’IR.
S’agissant de la filiale, il est nécessaire :
– de remplir les conditions d’éligibilité et de donner son accord ;
– d’être détenue à au moins 95 % par la société mère intégrante, directement ou
indirectement, par l’intermédiaire de sociétés du groupe intégré ; pour l’apprécia-
tion de ce pourcentage, les autres sociétés sont réputées être détenues à 100 %.
Pour le calcul du pourcentage, sont retenus les titres qui comportent à la fois un
droit de vote et un droit à dividende.
• Schéma A
95 %
B
L’option pour l’intégration fiscale peut être faite, A et B peuvent former un groupe fiscal
intégré.
• Schéma
A
95 %
B
95 %
Si la société B est intégrée, elle est présumée détenue à 100 % par A. Dans ce cas, la
société C, détenue indirectement par A, peut aussi être intégrée ; en revanche, si B n’avait
pas donné son accord à l’intégration, C ne pourrait être intégrée.
Propriété industrielle
28 Les redevances provenant de l’exploitation des brevets et assimilés sont taxées
chez la concédante suivant le régime des plus-values à long terme. Lorsqu’il existe
des liens de dépendance, directs ou indirects, entre le concédant et le conces-
sionnaire, elles ne sont déductibles du résultat de la concessionnaire que pour
une fraction de leur montant (voir § 1100).
Des liens de dépendance sont réputés exister entre deux entreprises pour l’ap-
plication de ce dispositif (CGI art. 39-12 ; voir § 1104) :
– lorsque l’une détient, directement ou par personne interposée, la majorité du
capital social de l’autre ou y exerce en fait le pouvoir de décision ;
– lorsqu’elles sont placées, l’une et l’autre, dans les conditions définies à l’alinéa
précédent, sous le contrôle d’une même tierce entreprise.
Le groupe et les prêts intragroupe
29 L’interdiction pour toute entreprise autre qu’un établissement de crédit d’effec-
tuer des opérations de banque à titre habituel ne s’applique pas aux opérations
de trésorerie avec des sociétés ayant entre elles, directement ou indirectement,
des liens de capital conférant à l’une des entreprises liées un pouvoir de contrôle
17
ORGANISATION DU GROUPE
effectif sur les autres (c. com. art. L. 511-7 ; voir §§ 664 à 671). Ces prêts admis entre
société liées doivent s’inscrire dans le cadre de l’acte normal de gestion. Ils
doivent être rémunérés à un taux maximal défini par la loi et tenir compte des
règles fiscales relatives à la sous-capitalisation. À défaut d’existence d’un véritable
groupe au sein duquel a été mise en place une politique commune afin de réaliser
un intérêt commun, les sociétés s’exposent à des poursuites sur le fondement
de l’abus de biens sociaux ou la confusion de patrimoine pour imbrication de
comptes ou flux financiers anormaux (voir § 1418).
L’absence de personnalité morale
Absence d’existence juridique propre
30 Le groupe n’a pas de personnalité juridique propre ; il n’est pas en tant que tel
un sujet de droit. Ainsi, le groupe n’a pas un patrimoine propre et il n’a pas la
capacité de contracter.
Cette absence de personnalité morale distincte des entités qui composent le
groupe ne signifie pas que le groupe n’a pas d’existence. Il a, de toute évidence,
une dimension économique propre.
Le droit fiscal et le droit comptable lui reconnaissent une autonomie ; le régime
d’intégration fiscale revient à imposer les résultats du groupe (voir § 800) et non
des sociétés qui le composent.
La présentation de comptes consolidés traduit la situation et les résultats d’un
groupe.
Le droit du travail impose un comité de groupe lorsque les conditions sont réu-
nies ; il exige des plans sociaux à l’échelon du groupe (voir § 800). Il instaure des
régimes de participation ou d’épargne pour le groupe (voir §§ 871 à 877).
• P-DG du groupe. Une personne se présente comme « président-directeur général »
d’un groupe ; elle conclut avec une société une convention aux termes de laquelle cette
société était chargée d’une mission d’étude pour un prix payable au fur et à mesure de
l’avancement des travaux. Cette société, étant impayée pour trois factures, assigne le
« président-directeur général » en règlement. Pour le condamner à ce paiement, les
juges du fond retiennent que le groupe n’a jamais existé en tant que personne morale et
que ce président, signataire de la convention, ne peut prétendre que c’est avec l’une ou
l’autre des sociétés qu’il dirige que la société chargée de la mission d’étude avait entendu
s’engager ; en conséquence, le président signataire de la convention s’était engagé person-
nellement (cass. com. 3 novembre 1988, n° 87-11321).
• Ouverture de compte courant. Il ne peut être ouvert de compte courant au nom d’un
groupe de sociétés, dès lors qu’il est dépourvu de la personnalité morale et de la capacité
de contracter (cass. com. 2 avril 1996, BC IV n° 113).
• L’excuse de groupe. Dans un groupe de sociétés, le concours financier apporté par une
société à une autre échappe au délit d’abus de biens sociaux si ce concours est dicté par
les intérêts du groupe, appréciés au regard d’une politique commune (voir §§ 327 à 329).
De quelques conséquences liées à l’absence de personnalité morale
31 Chaque entité du groupe doit avoir sa propre organisation et sa propre représenta-
tion. Il en est ainsi, même au niveau de la société mère ; la société mère ne repré-
sente pas ses filiales et elle ne peut exercer des droits appartenant à celles-ci. La
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LES CLÉS DU GROUPE
société mère n’est pas, en principe, tenue d’exécuter les obligations souscrites par
ses filles. Les sociétés d’un même groupe en raison de leur indépendance juridique
doivent être considérées comme des tiers les unes par rapport aux autres.
Les associés de chaque associé veillent à ce qu’une société ne soit pas anorma-
lement avantagée par rapport aux autres en raison des intérêts personnels que
le dirigeant de la société mère pourrait avoir dans telle ou telle structure. La
procédure des conventions réglementées ou courantes a, en ce domaine, un rôle
essentiel. De même, l’information comptable sur l’ensemble du groupe alertera
les associés sur les abus commis.
• Représentation en justice. Le dirigeant d’une société à la tête d’un groupe n’a aucune
qualité pour représenter en justice les autres sociétés constituant cette unité économique
(cass. soc. 17 novembre 1971, BC V n° 662) ; le litige portait sur la qualité de délégué syndical
d’une personne auprès de l’unité économique dont faisait partie l’entreprise dans laquelle
il a la qualité de délégué syndical.
• Rupture d’un contrat d’exclusivité par une filiale. Une société A ne peut être
condamnée à réparer le préjudice invoqué par une entreprise en raison de la structure
prétendument abusive d’un contrat d’exclusivité qui l’aurait liée à une société B dont la
société A avait pris le contrôle alors que cette dernière société constituait une personne
morale distincte, en dépit de son appartenance au même groupe de sociétés (cass. com.
24 mai 1982, BC IV n° 195).
La confusion, palliatif à l’absence de personnalité
32 Les clients qui ont traité avec une société d’un groupe n’ont pas d’actions envers
les autres sociétés indépendantes du groupe même si ces sociétés se partagent
ensuite les honoraires reçus des clients (cass. com. 18 avril 1994, n° 92-21199).
Toutefois, les créanciers impayés ont parfois intérêt à faire tomber la barrière
de séparation des patrimoines existant entre chaque entité composant le groupe.
Certaines structures sont plus riches que d’autres et il est souvent intéressant de
faire supporter par la société mère les dettes d’une ou de plusieurs de ses filles.
L’extension d’une procédure collective frappant un membre d’un groupe à la
société le contrôlant ou à l’ensemble de ses membres repose sur la confusion
des patrimoines. Cette confusion existe lorsque la personne morale déclarée en
redressement judiciaire n’a aucune autonomie par rapport à la société à laquelle
on entend étendre la procédure ; il en était de même lorsque l’activité d’une
société a été poursuivie frauduleusement sous le nom d’une personne morale
qui n’existe pas ou lorsqu’une société n’a aucune activité économique réelle et se
trouve sous la dépendance financière d’une autre.
Cette fictivité, appréciée par les juges du fond, repose sur des indices multiples,
qui, souvent pris isolément, ne peuvent suffire à prouver la « fictivité ». Ainsi, les
créanciers, d’une filiale à 99 % mise en liquidation judiciaire ne peuvent invoquer
des conventions de gestion de trésorerie et de charge pour poursuivre la société
mère sur le fondement d’une confusion de patrimoine (cass. com. 19 avril 2005, n° 05-
10094). En fait, c’est généralement un faisceau d’indices ou de présomptions qui
conduira à la constatation d’une société fictive. La preuve de la « fictivité » peut
être rapportée par tous moyens. Reste que certains éléments sont déterminants ;
tel est le cas de la preuve de l’ingérence d’une société dans les affaires d’une autre
société ou des paiements effectués sans justificatif pour le compte de l’autre (voir
§§ 1415 à 1419).
La société annulée par « fictivité » disparaît seulement pour l’avenir, les actes
19
ORGANISATION DU GROUPE
conclus avant que sa « fictivité » ne soit déclarée demeurent valables (cass. com.
22 juin 1999, n° 98-13611).
La société qui embauche est un écran. Un agent commercial est lié par une clause
de non-concurrence envers un premier employeur. Il est constaté que cet agent a été
employé par une filiale d’une société directement concurrente du premier employeur.
La filiale et la société mère ont été condamnées solidairement, les juges du fond ayant
constaté que la filiale apparaissait comme une société écran de la société mère pour
l’embauche de cet agent (cass. com. 13 juin 1995, n° 93-17414).
L’apparence invoquée par les tiers
33 La responsabilité solidaire de toutes les sociétés d’un groupe à l’égard d’un cocontrac-
tant a été retenue à propos d’un marché de construction d’un hôtel ; les documents
étaient signés par un dirigeant commun des sociétés et des documents avaient
été émis au nom du groupe avec le nom des cinq sociétés le composant (cass. com.
18 octobre 1988, n° 87-11061). De même l’une des deux sociétés d’un même groupe a pu
être condamnée au paiement d’une créance dès lors que le créancier avait été dans
l’impossibilité de savoir s’il s’agissait de deux sociétés différentes (cass. com. 15 novembre
1977, BC IV n° 265) ; au cas considéré, les deux sociétés en commandite avaient le même
siège, le même objet, le même dirigeant et le même commanditaire.
En droit du travail, l’apparence est également retenue, lorsque le lien de subordina-
tion ne peut être démontré à l’égard d’une entreprise déterminée (voir § 733).
• Apparence et immixtion. L’autonomie des filiales et de la société mère peut être remise
en cause dès lors qu’il est prouvé une immixtion personnelle de la société mère dans la
prise de décision de la filiale ; tel est le cas d’une intervention personnelle d’une société
mère dans une opération de construction réalisée en apparence par une filiale (cass. civ.
3 mai 1995, BC II n° 132) ; il en est de même lorsque la filiale apparaît comme une agence
de la société mère et que celle-ci est intervenue à plusieurs reprises dans la gestion de
contrats (CA Versailles 21 avril 2000, Dr. soc. 2000, 93).
• Mêmes éléments d’identification. De même, la responsabilité de la mère peut être
recherchée lorsque cette société et sa filiale ne sont pas différentes pour les tiers et qu’elles
utilisent, par exemple, les mêmes éléments d’identification, créant ainsi une confusion
apparente (cass. com. 18 octobre 1994, Bull. Joly 1994, 1317 ; cass. com. 4 mars 1997, BC IV n° 65 ;
cass. com. 1er mars 1994, BC IV n° 94).
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