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Human Development French

Ce document présente une réflexion sur la nécessité de repenser le concept de développement humain, en s'appuyant sur 30 ans d'évolution depuis le premier Rapport sur le développement humain. Il met en lumière les inégalités persistantes, les défis environnementaux et les nouvelles connaissances qui influencent notre compréhension du développement, tout en proposant neuf directions interdépendantes pour guider cette réflexion. L'objectif est d'engager un dialogue inclusif pour élaborer une conception plus riche et décolonisée du développement humain.

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Human Development French

Ce document présente une réflexion sur la nécessité de repenser le concept de développement humain, en s'appuyant sur 30 ans d'évolution depuis le premier Rapport sur le développement humain. Il met en lumière les inégalités persistantes, les défis environnementaux et les nouvelles connaissances qui influencent notre compréhension du développement, tout en proposant neuf directions interdépendantes pour guider cette réflexion. L'objectif est d'engager un dialogue inclusif pour élaborer une conception plus riche et décolonisée du développement humain.

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Repenser le concept de développement

humain : un parcours de réflexion aux

conceptions multiples et en évolution

Le présent essai du groupe de pilotage du projet synthétise les


entretiens et commentaires rassemblés dans le cadre du projet
ISC (International Science Council) et PNUD intitulé « Repenser
le concept de développement humain ». Il présente un premier
cadrage vers une refonte du concept de développement humain,
sur la base des contributions reçues qui mènent dans 9 directions
interconnectées.

1. 30 ans plus tard

Le Rapport sur le développement humain (RDH) a 30 ans. Depuis la publication du premier


RDH en 1990, les auteurs des rapports et un large éventail d’intellectuels et d’organismes
ont travaillé d’arrache-pied pour placer l’humain au centre du développement économique
et pour affirmer que « les peuples sont la vraie richesse des nations ». Au cours de ces
trois décennies, le concept de développement humain a évolué et mûri, influençant le
débat universitaire, les politiques et les pratiques, la façon dont les organisations d’aide
au développement mesurent leur impact et celle dont les pays évaluent leurs progrès. Le
concept a aussi créé des effets d’entraînement en remettant en question des catégories
telles que les pays « développés » et « en développement », les pays du Nord et les pays

Repenser le concept de développement humain 1


du Sud, tandis que l’utilisation généralisée de l’indice de développement humain (IDH)
nous a permis de remettre en question la prédominance de la croissance du PIB en tant
que mesure unique du développement économique. Ces évolutions ont ouvert la porte à
la conception et à l’application plus larges et plus universelles du développement qui ont
émergé en 2015 avec l’Agenda 2030 englobant les dimensions écologiques, sociales et
économiques du développement durable.

L’histoire de ces 30 dernières années reste cependant celle d’un développement inégal.
Des améliorations substantielles de l’espérance de vie, de l’accès aux moyens de
subsistance et du bien-être à travers le monde coexistent avec une pauvreté largement
répandue, une marginalisation, des inégalités inadmissibles, une dégradation majeure
de l’environnement et des crises de la démocratie et de la gouvernance. En outre, les
avancées en matière de développement ont été propulsées par une économie basée sur
les combustibles fossiles, l’agriculture industrielle, la déforestation et le déplacement des
populations autochtones, entraînant une urgence climatique, une érosion des écosystèmes
et des extinctions massives qui ont déjà contribué à ébrécher les acquis en matière de
développement humain. Nous avons aussi observé une appropriation inégale de la
signification complète du développement humain telle qu’envisagée par ses fondateurs,
Mahbub ul Haq et Amartya Sen.

Les trois dernières décennies ont également apporté des progrès scientifiques et
technologiques majeurs, permettant un changement rapide ainsi que l’émergence de
nouvelles idées sur le sens de l’épanouissement humain et les échelles qui composent les
différentes dimensions du développement humain, à savoir les conditions individuelles,
sociales, culturelles, politiques, environnementales et socio-économiques de la vie humaine.

De plus, il est devenu évident que toute approche du développement doit désormais prendre
en compte le cycle de vie de l’individu depuis sa conception jusqu’à l’âge adulte, puis jusqu’à
son décès, ainsi que le rôle central des influences intergénérationnelles, et les nombreuses
identités multiples que nous forgeons au fil du temps. Nous devons également reconnaître
l’immense diversité des expressions de ces influences selon les cultures et le préjudice
psychologique que cause une perte d’identité culturelle. Les dimensions sociopolitiques, comme
la démocratie, les institutions et la cohésion sociale, ainsi que les dimensions écologiques et
techniques sont fondamentales pour créer un milieu favorable pour notre humanité.

De nouvelles connaissances sur le développement individuel et le bien-être mental et les


perspectives de l’évolution sociale et biologique sur la santé humaine et la maladie mènent
toutes à de nouvelles compréhensions de notre propre humanité, de la manière dont le

2 Repenser le concept de développement humain


cerveau humain fonctionne et de celle dont le comportement humain peut changer. Ces
connaissances nous amènent à une compréhension plus riche des caractéristiques qui font de
nous des humains et elles ont influencé l’émergence rapide des technologies intelligentes.

De nouvelles formes de connectivité et de communication sont en train de remanier les


sociétés humaines, et la manière dont leur sens et leurs valeurs sont formées et exprimées,
modifiant les configurations du pouvoir et des opinions. Malgré leurs nombreux avantages,
ces technologies ont également facilité la désinformation et la manipulation des faits,
contribuant aux déséquilibres de pouvoir et à la polarisation de la société. Il existe de plus
en plus de preuves que ces technologies peuvent avoir des effets inégaux sur la santé
mentale, le développement du cerveau et les relations sociales. Pourtant, les revendications
démocratiques et pour la participation des peuples ne faiblissent pas lorsqu’elles ne sont
pas satisfaites, alors que beaucoup de citoyens restent écartés de la prise de décision
politique et économique. Les progrès du droit et de la justice et l’élimination des
discriminations fondées sur le sexe, la race, les croyances ou la région ne s’enregistrent
que petit à petit et rencontrent souvent des résistances. La conscience environnementale a
atteint les conseils d’administration des grandes entreprises, et les technologies disponibles
et l’élan pour les énergies renouvelables et un avenir neutre en carbone sont plus forts que
jamais. Pourtant, les changements climatiques et environnementaux se poursuivent dans la
mauvaise direction. Soulignant ces contradictions profondes, le nombre des manifestations
et l’étendue de leurs revendications ne cessent de gonfler à travers le monde pour appeler
au changement, des manifestations de jeunes pour le climat aux marches contre l’injustice
basée sur le genre et l’origine ethnique. 2030 sera un moment décisif pour évaluer si le
monde est sur la bonne voie pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD),
y compris la poursuite d’une trajectoire durable et équitable pour stabiliser le climat tout en
répondant aux besoins des générations actuelles et futures.

Le 30e anniversaire du Rapport sur le développement humain coïncide donc avec une
époque présentant à la fois des défis profonds et d’immenses opportunités. Sans aucun
doute, le temps est venu de revoir le concept d’un œil critique. Comme l’indique le
document initial que le groupe de pilotage du projet a établi pour définir le projet,
c’est le moment de réfléchir à l’évolution du paysage et des attentes—un paysage qui
est mondialisé, mû par la technologie et extrêmement compromis par des inégalités
croissantes et multiples, des mesures fiscales qui menacent la satisfaction des besoins de
base, des sociétés fracturées et clivantes et des changements environnementaux—et de
fournir un cadre conceptuel pour guider l’analyse des ODD, leur mesure et la prise de
décision en vue de leur réalisation.

Repenser le concept de développement humain 3


Ce document de travail synthétise les contributions à ce projet par une grande variété
d’acteurs et repense nos propres idées de départ. Il ne vise pas à fournir un résumé
des riches points de vue que nous avons recueillis, et nous encourageons les lecteurs à
prendre connaissance de chacune des contributions individuelles. La refonte du concept de
développement humain ne peut pas être uniquement un exercice académique ponctuel.
C’est un processus nécessitant un dialogue, un parcours vers de nouvelles compréhensions
qui doit entendre la grande diversité des opinions des professionnels et du grand public.
Notre objectif avec cette publication est de proposer une base pour guider ce processus
en formulant des orientations de réflexion clés, des idées essentielles pour guider le
développement d’une compréhension commune de la notion de développement humain
et, potentiellement, une base commune pour savoir comment progresser et comment
mesurer les progrès. Nous sommes conscients que les points de vue recueillis dans le cadre
de ce projet ne sont pas exhaustifs car ils proviennent principalement de scientifiques et de
chercheurs, et que la refonte du concept de développement humain doit inclure beaucoup
d’autres voix. L’idée la plus fondamentale qui s’est dégagée du processus est qu’il n’y a pas
de conception unique du développement humain mais plutôt des conceptions multiples qui
évoluent au fil du temps. Comme des randonneurs qui suivent des panneaux directionnels,
nous avons formulé les idées émergeant de nos conversations sous la forme de points de
connexion fournissant des directions pour notre parcours.

2. Neuf directions interdépendantes pour repenser le


développement humain

Nous proposons neuf directions interdépendantes pour guider la nouvelle réflexion


sur le développement humain. Ces neuf aspects abordent de manière interconnectée
et systémique les dimensions économiques, sociétales, culturelles, institutionnelles,
technologiques, écologiques et politiques du parcours proposé pour repenser le
développement humain. Nous avons accordé une attention particulière à l’analyse des
caractéristiques qui font un être humain du point de vue de la psychologie, de la médecine
et de la biologie de l’évolution, en accordant une attention particulière au cycle de vie,
à l’esprit et au corps des individus, mais aussi au rôle central de nombreuses formes
différentes d’identité, de culture, de normes, de valeurs et de croyances. Nous savons que
le cadre présenté ici et les directions que nous avons choisies changeront et évolueront
à mesure que le monde cherchera un sens et une direction vers un avenir durable pour
tous. Nous reconnaissons que ces orientations générales auront des significations diverses,
spécifiques aux personnes et aux groupes différents, et de ce fait, elles sont plus des sujets

4 Repenser le concept de développement humain


de débat que des formulations définitives. Nous espérons qu’elles serviront de base pour
susciter de nouvelles perspectives au-delà des défis d’aujourd’hui et pour éclairer les défis
encore imprévus de demain.

2.1. Un nouveau départ pour repenser le concept de développement

Nous voulons commencer par quelques réflexions sur le terme de développement. Un


thème récurrent dans les apports de beaucoup des participants à la discussion résultant
du projet lSC-PNUD intitulée « Repenser le développement humain » était que le terme
de développement est chargé d’histoire, de valeurs, de politique et de dogmes. Comme
l’ont souligné de nombreux participants à cette consultation, ce dogmatisme empêche
une réflexion créative et de rupture, et la manière dont le terme est compris doit donc
être réformée. Le terme n’est pas seulement chargé d’une histoire de subordination
desdits pays du Sud auxdits pays du Nord à travers des processus d’impérialisme, de
colonialisme et leurs formes modernes. Il s’est également enraciné dans des idées et des
idéologies qui masquent des éléments importants, comme la valeur de la vie spirituelle
et émotionnelle des individus ou le rôle des relations de pouvoir dans la perpétuation de
la pauvreté et de la vulnérabilité. Ces questions se sont aussi répandues dans les pays du
Nord, conduisant à des relations complexes entre les nations et les peuples mais aussi en
leur sein. Les conceptions économistes dominantes et les indicateurs agrégés associés au
concept dominant de développement masquent des aspects importants des expériences
et des aspirations des individus et des sociétés et certaines des conditions qui favorisent ou
brident l’épanouissement de notre humanité. Ces caractéristiques sont souvent transmises
à l’idée même du développement humain. Un premier indice qui émerge des contributions
que nous avons reçues est peut-être de réfléchir à l’étendue de la reformulation nécessaire
afin de créer un espace de débat sur la signification du développement humain dans le
contexte actuel, et d’éviter d’être coincés dans les histoires du développement dans le
contexte de l’aide au développement.

Plusieurs personnes interrogées ont souligné qu’un nouveau départ pour repenser le
développement nécessite d’éviter l’histoire lourde et étriquée du terme et de le compléter
avec ses autres significations, ce qui pourrait conduire au choix d’un terme débarrassé
de son bagage historique. Certains contributeurs ont invité à rechercher une histoire
alternative du terme, qui émergerait de la biologie de l’évolution et de la psychologie
sociale. D’autres ont souligné sa signification particulière dans la médecine et les sciences
humaines, où il désigne les passages de la conception à la naissance, puis à l’enfance, à

Repenser le concept de développement humain 5


l’âge adulte, à la vieillesse et à la mort. Il est clair qu’une série de facteurs peuvent agir sur
l’individu, en particulier au début de sa vie, en affectant son développement biologique,
psychologique et comportemental avec des conséquences à long terme sur sa santé, ses
relations et sa capacité à contribuer à l’économie. Mais ces facteurs peuvent aussi être
directs, tels que les traumatismes ou la malnutrition, ou indirects, à travers la famille, la
société, l’environnement et l’économie. En un sens, l’individu peut être visualisé au centre
de plusieurs cercles de plus en plus éloignés, représentant la famille, la famille élargie,
la communauté, la société, la nation, la région, le monde, qui tous affectent l’individu,
directement ou indirectement. Et les facteurs en jeu peuvent être humains, sociaux,
technologiques ou environnementaux.

D’autres contributeurs nous ont simplement rappelé la connotation du terme de


développement en tant que processus de changement. Quelqu’un ou quelque chose
en cours de développement passe en fait d’un état à un autre. Comme la chrysalide qui
devient papillon, un processus de changement peut aboutir à quelque chose de beau. Mais
le développement peut aussi être négatif, car le terme est utilisé dans le langage courant
pour décrire, par exemple, la mauvaise tournure prise par des événements. Dans les deux
cas, le développement signifie le changement, et ce changement peut être progressif,
révolutionnaire, linéaire, complexe, positif ou négatif, mêlé au pouvoir et produisant des
gagnants et des perdants.

En psychologie sociale, le développement signifie un changement vers une certaine


forme de maturité, une évolution ontologique. Lorsqu’il est associé à l’adjectif « humain »,
l’histoire du développement est aussi longue que les millénaires d’évolution de l’espèce
humaine, qui a changé et évolué, à mesure que les hommes créent eux-mêmes les
conditions de leur existence et en dépendent.

Le développement concerne aussi les mentalités et les croyances, qui sont à la fois le moteur
et la cible du changement et de l’évolution des points de vue. Et il a des connotations
morales, culturelles, spirituelles et religieuses, bien saisies par les initiateurs du concept
de développement humain dans le contexte du Programme des Nations Unies pour le
développement, comme le décrit la section suivante. Le terme n’est jamais neutre, il est
toujours soutenu par des valeurs et des principes qui sont défendus et qui guident et
alimentent les processus de changement. Les contributeurs nous ont rappelé que ce sens de
progression, spirituelle et axée sur les valeurs, a souvent été associé à la reconnaissance de
l’autre, au décentrage de soi et à l’inclusion des autres, y compris les ressources naturelles
et tous les êtres vivants dans notre quête de bien-être et de progrès. En fin de compte, le

6 Repenser le concept de développement humain


développement concerne à la fois l’empathie et l’altruisme - c’est-à-dire avoir le sens de la
coopération qui amène à prendre soin de toutes les personnes et choses extérieures à notre
personne mais qui sont enchevêtrées dans nos propres processus de changement.

Un enrichissement de notre vision du développement avec les significations séculaires des


processus de changement dans le monde naturel et social, un long parcours rempli de terrains
différents, peut aider à ébranler les connotations problématiques du terme et à évoluer
vers une vision plus « décolonisée ». En effet, des connotations étroites et axées sur l’aide
se sont accumulées en une période relativement très courte et sont donc sans doute moins
évoluées et moins significatives, même si elles sont enveloppées dans les grandes institutions
mondiales et les relations de pouvoir qui peuvent les rendre difficiles à ébranler. Pour créer de
l’espace pour des dialogues plus riches et de nouvelles directions, il est important de retracer
ces relations de pouvoir, de les interroger et de les remettre en question.

2.2. Une nouvelle conception visionnaire de notre humanité

Au départ, l’objectif primordial du concept de développement humain était de placer les


êtres humains au centre du développement et de détrôner l’évaluation des personnes et
des pays par la seule mesure de la production économique. La profondeur de l’idée et la
véritable valeur du concept était de créer un mouvement basé sur une pensée visionnaire.
Le développement humain consistait à élargir les libertés humaines, permettant aux
peuples de vivre leur vie selon des valeurs qu’ils estiment eux-mêmes. La plupart des
définitions du développement humain par les contributeurs tournent autour de cette idée,
peut-être exprimée avec des mots différents, beaucoup se concentrant sur la définition des
paramètres de notre bien-être, en soulignant que notre bien-être doit être responsable
envers les autres ou conscient des limites de notre planète. Mais au fond, le sens ultime du
développement humain est la liberté : le développement en tant que liberté était le sens
originel du développement humain il y a 30 ans.

Nous exprimons cette signification originale du développement humain au passé pour


indiquer qu’elle a peut-être simplement été perdue. De nombreux contributeurs soulignent
la nécessité non seulement de raviver la concentration sur l’humain à l’origine des RDH et
des traditions intellectuelles visionnaires à partir desquelles le concept de développement
humain a émergé à la fin des années 1980, mais aussi la nécessité d’approfondir ce
centrage sur l’humain et de veiller à ce qu’il soit correctement traduit dans les politiques
et la prise de décision plutôt que d’être seulement simplifié et agrégé pour établir des
mesures ou des objectifs.

Repenser le concept de développement humain 7


Préserver cette perspective d’origine et ses riches fondements intellectuels, mûris au fil du
temps par les théoriciens de l’approche par les capabilités, est un élément majeur de notre
parcours vers la refonte du concept de développement humain.

Cependant, notre monde en mutation exige aussi d’élargir la nouvelle réflexion sur le
développement pour repenser notre humanité. Nous devons aller au-delà de l’aspiration
à détrôner l’idée que la production économique apporte du bien-être pour nous plonger
profondément dans les conditions qui font de nous des humains. Pour ce faire, nous devons
enrichir le concept de développement humain avec tout ce que nous avons appris au cours des
dernières décennies sur notre biologie et notre psychologie, la vie spirituelle des êtres humains,
les sources de notre résilience, la façon dont le cerveau ou les émotions affectent notre estime
de soi, la façon dont les relations sociales avec la famille, les amis et les autres créent (ou
détruisent) notre humanité et celle dont la solidarité nous rend meilleurs et plus heureux.

De plus, il est fondamental de reconnaître que notre humanité se définit aussi à travers
nos interconnexions avec les autres êtres vivants et notre place dans l’univers qui
englobe biologiquement l’environnement naturel. Dans nos conversations, nous avons
entendu à maintes reprises que repenser notre humanité implique de reconnaître notre
interdépendance, pour notre bien-être individuel et collectif, avec l’environnement naturel
et tous les êtres vivants qui nous entourent, la planète, l’univers. L’interdépendance entre
les humains à travers les sociétés dans des contextes multiculturels et la connexion créée
par les réseaux transnationaux menant à une communauté mondiale d’humains sont des
éléments fondamentaux du développement humain au 21e siècle.

La nouvelle réflexion sur notre humanité dans cette perspective relationnelle possède
également des dimensions opérationnelles. La nature relationnelle était un élément clé
déjà souligné dans notre cadrage de départ. Sans une conception plus relationnelle de
l’individu ou sans cohésion sociale, voire socio-écologique, nous ne pouvons résoudre
les problèmes qui nous menacent. Les humains ont évolué en tant qu’animaux sociaux
dépendants de la coopération au sein du groupe auquel l’individu s’identifie. Les règles, les
croyances, les mœurs et les coutumes ont évolué pour soutenir cette coopération. Notre
durabilité dépend de celle des autres, et des individus et des sociétés sains dépendent
d’écosystèmes sains et d’une planète saine. Cela signifie que repenser notre parcours de
développement consiste à le rendre moins centré sur l’individu humain, plus relationnel et
plus centré sur le système. Le moi individuel - la tête, le corps et l’esprit - est un élément
fondamental de toute société saine, mais notre nature en tant qu’êtres sociaux signifie que
nous devons éviter les écueils de l’individualisme exclusif.

8 Repenser le concept de développement humain


Cette refonte de notre humanité oriente notre parcours pour développer davantage notre
notion de ce que signifie être humain à une époque de catastrophe climatique imminente,
mais aussi à une époque où la technologie peut saper notre humanité en limitant notre
autonomie et notre libre arbitre. La technologie a déjà un impact dans de nombreuses
sociétés sur la façon dont les individus se comportent, celle dont ils forment leurs relations
émotionnelles et leurs réseaux sociaux, dont ils fonctionnent et dont ils comprennent le monde
et se forgent leurs opinions et leurs actions - et elle est sujette à de nombreuses manipulations.

La technologie a élargi nos communications. Mais ce faisant, certaines relations physiques


sont remplacées par des rapports virtuels d’une manière qui affecte notre perception
du monde. Dans ce monde en mutation, les identités sont de plus en plus confuses et le
manque de bien-être mental augmente massivement. Il dépend des identités confuses qui
sont les nôtres aujourd’hui, et que nous n’avions pas dans des communautés plus simples
et connectées physiquement.

Les études sur le fardeau mondial des maladies mettent en évidence l’importance
croissante du bien-être mental et l’augmentation rapide des maladies mentales dans
toutes les sociétés. Le bien-être mental et le développement humain sont étroitement
liés. Le bien-être mental dépasse la simple absence de maladie mentale pouvant être
diagnostiquée. C’est un état où la pensée et les processus émotionnels permettent
d’atteindre son potentiel optimal. De nombreux facteurs jouent dans l’augmentation des
cas de mal-être mental, y compris la perte de cohésion sociale, la perte de confiance
dans les institutions de la société, les changements démographiques et économiques, les
conflits, l’évolution des attentes dans un monde très complexe, les changements rapides et
l’émergence de l’environnement numérique.

La recherche médicale et psychologique montre l’importance d’une approche du


parcours de vie pour comprendre l’émergence de la résilience psychologique face à des
changements rapides. Une telle résilience est essentielle au bien-être mental durable. Ses
fondations émergent dans les premières années de la vie et se renforcent pendant les
années passées à l’école. Bien que l’on sache en grande partie quelles conditions sont
les plus susceptibles de favoriser le développement du bien-être mental, elles restent
malheureusement insuffisantes pour de nombreux enfants. Sans résilience psychologique,
sans bien-être mental et sans sentiment d’estime de soi, ces enfants ne peuvent atteindre
un bon développement humain.

Protégeons-nous vraiment notre humanité lorsque les modèles de développement et


les conceptions du progrès détruisent ce qui permet notre subsistance, l’environnement

Repenser le concept de développement humain 9


naturel dont nous dépendons ou d’autres êtres vivants ? L’utilisation généralisée des
technologies, en particulier des technologies numériques, risque-t-elle de transformer
nos personnalités, de transformer nos relations aux autres en rapports distants, contrôlés
et ayant la technologie pour intermédiaire ? Tirons-nous parti de tout le potentiel positif
que nous offrent les technologies pour améliorer nos libertés et nos capacités dans
un environnement ouvert, transparent et sûr ? D’une part, nous devons changer de
comportement. D’autre part, nous devons réaffirmer une logique humaine par-dessus la
logique potentiellement de plus en plus dominante des machines. La logique de l’IA ou du
big data est une logique de quantification qui peut approfondir davantage l’agrégation, la
quantification et la datafication qui pour beaucoup ont noyé le concept de développement
humain dans un seul indicateur, tel que l’IDH. Il se peut qu’une humanité assistée par la
technologie rejette toutes ces caractéristiques qui ne sont pas quantifiables, telles que les
émotions humaines, les sentiments, les mentalités, les principes religieux ou les valeurs
éthiques. Nous avons besoin de toutes ces caractéristiques pour réaffirmer notre humanité
et reconnaître l’humanité des autres.

2.3. Renforcer les institutions et l’exigence de transparence

Les dimensions internes du développement humain ont toujours été une caractéristique
fondamentale, et pour beaucoup elles devraient former le noyau du concept, mais nous
devons éviter de confondre l’importance des dimensions internes de notre humanité avec
leur régulation. Quelques contributeurs ont souligné que pour être efficace et applicable
dans les cadres politiques, le parcours vers un nouveau concept de développement humain
doit éviter l’erreur catégorique consistant à laisser penser que les dimensions internes des
êtres humains ont une portée publique.

Comme l’explique clairement le travail d’Amartya Sen, et peut-être bien plus encore celui
de Martha Nussbaum, la tâche des institutions consiste à créer les structures sociales
qui facilitent l’expansion des capacités des individus. Les institutions sont nécessaires
pour assumer la responsabilité d’assurer les conditions qui permettent aux individus de
s’épanouir dans leurs vies. Seul un point de vue éthique permet de comprendre pleinement
comment combattre les vulnérabilités et exploiter les potentialités de la nature humaine.
Les institutions et les mécanismes permettant de leur demander des comptes doivent
soutenir et faciliter les luttes de l’humanité pour l’autonomie, le libre arbitre, la conscience
de soi, l’empathie, la coopération et la solidarité. C’est là le vrai sens du développement en
tant que liberté.

10 Repenser le concept de développement humain


Les institutions et leur obligation de transparence sont également essentielles pour
concrétiser le développement humain en tant que liberté, pour promouvoir le bien
commun, résoudre des défis mondiaux complexes, protéger et défendre les personnes
vulnérables et donner la parole aux personnes marginalisées et discriminées ainsi qu’aux
droits des générations futures. Les institutions doivent travailler au service de l’humanité.
Mais le monde peut aussi avoir besoin de nouvelles institutions pour protéger tous les
éléments non humains qui font l’essence de l’humanité - des systèmes socio-écologiques
qui fonctionnent, notamment le climat et la biodiversité - et pour relever les défis de
l’évolution technologique effrénée. De plus, les mesures nécessaires pour s’adapter aux
impacts inévitables du changement climatique et pour déployer les stratégies d’atténuation
nécessaires pour éviter des points de basculement catastrophiques ne seraient possibles
qu’avec des institutions responsables de créer les incitations nécessaires. Ces incitations
nécessitent des institutions internationales, transnationales et mondiales pour amener
le monde vers une action collective, contrer le nationalisme agressif et revitaliser le
multilatéralisme, et veiller à ce que les responsabilités soient assumées au niveau mondial
face aux défis mondiaux.

Ce que nous faisons ou ne faisons pas maintenant aura des conséquences irréversibles
pour les générations futures. Après tout, aucune vision de l’humanité n’est possible si
elle n’est pas conciliée avec les processus qui permettent la vie sur notre planète et qui
fondent les capacités et la prospérité de l’humanité. Nous avons besoin d’institutions pour
soutenir les trois grandes révolutions morales et organisationnelles : la responsabilité de
stabiliser le climat et de rétablir la santé de la planète, la justice mondiale pour assurer une
transition équitable qui ne laisse personne de côté, et les changements dans les structures
mentales et les cadres normatifs qui nous guident vers l’impératif moral que renferme le
développement humain.

2.4. Le développement humain n’est possible qu’au sein des limites de notre planète

Le développement en tant que liberté est impossible sans tenir compte des systèmes qui
rendent possible notre vie sur Terre, et qui sont de nos jours souvent conceptualisés en
tant que limites planétaires. Ce message a été répété dans diverses formulations par la
plupart des contributeurs. De nombreux indices évidents peuvent expliquer pourquoi les
conceptions actuelles du progrès et du développement menacent la stabilité de la planète
et donc notre propre bien-être. La domination omniprésente d’une logique d’extraction,
de consumérisme, de conceptions matérialistes de la vie et la dégradation du futur

Repenser le concept de développement humain 11


commun selon plusieurs approches économiques apparaissent comme les raisons les plus
fondamentales. La logique exclusive du marché de la production, de la consommation et de
la finance ne font pas que dissuader l’épanouissement d’alternatives, elle empêche aussi de
mesurer et de compter correctement les coûts réels de production et de la consommation
et masque les coûts des besoins sociaux et environnementaux. La protection de
l’environnement et la prise en charge sociale restent en dehors des décisions commerciales.

Plusieurs critiques sur les lacunes de l’IDH actuel portent sur son incapacité à mesurer
l’impact écologique de la production et de la consommation de biens et services, et celui
des politiques et comportements qui nuisent à notre planète. En ne tenant pas compte
des dégâts écologiques, l’IDH ne tient pas directement compte de ces coûts, créant des
angles morts comme si le développement humain pouvait être détaché de l’environnement
naturel. C’est la même logique qui masque la valeur et le coût de la prise en charge sociale.
En conciliant le développement humain et la planète, les économies modernes portent des
responsabilités historiques et éthiques uniques.

Nous sommes confrontés à un dilemme. D’une part, la valeur matérielle et non matérielle
des autres êtres vivants et des écosystèmes se situe au cœur des visions alternatives du
progrès et du développement associées aux savoirs autochtones et aux modes de vie
traditionnels, qui sont souvent des modes de vie écologiquement équilibrés. D’autre part,
si de nombreux mouvements de défense de l’environnement émergent de populations
vulnérables, les préoccupations écologiques sont souvent dépeintes comme étant celles
des humains ayant déjà couverts leurs besoins essentiels, comme les préoccupations
des élites installées et éduquées. Nous devons maintenir les besoins humains au centre
du développement humain mais y intégrer les besoins des systèmes écologiques et des
processus qui permettent notre vie sur Terre. Nous ne pouvons plus considérer les besoins
humains et l’environnement naturel comme des problèmes distincts.

La tendance à opposer le développement économique à l’environnement a conduit le monde


dans une impasse. Il est temps de les imbriquer, tout comme notre humanité est intimement
liée à la santé des autres êtres vivants et, en définitive, à la planète. Le bien-être responsable
exige une conscience des implications de la consommation, de la responsabilité de nos
actes et des moyens de prendre en compte les intérêts des générations futures. Le bien-être
responsable des personnes et de la planète consiste à internaliser les coûts environnementaux
et sociaux dans la vraie valeur des biens et des services. Il s’agit de conceptualiser les
systèmes qui sous-tendent l’humanité en tant que systèmes socio-écologiques ou socio-
naturels, et le développement en tant qu’évolution positive de ces systèmes.

12 Repenser le concept de développement humain


Cette nécessite souligne également l’importance d’une conception universelle du
développement qui s’étend à toutes les sociétés. L’objet de l’étude du développement a
souvent été les pays du Sud, ou parfois les couches défavorisées des pays riches. Si nous
voulons encore pouvoir célébrer 30 ans de développement humain à l’avenir, nous devons
élargir notre attention à toutes les sociétés et au comportement des citoyens qui ont déjà
atteint des niveaux élevés de développement humain grâce aux mesures traditionnelles. Le
développement humain ne peut plus se cantonner aux objectifs de croissance du PIB et à
des progrès en matière de santé et d’éducation similaires à ceux des pays riches.

Tel est le véritable défi. Pour repenser le développement humain, il faut faire face aux
énormes difficultés, mais aussi aux opportunités, qui se présentent dans les économies
riches et industrialisées de plus longue date cherchant à devenir plus durables - en
modifiant leurs économies extractives et en luttant contre l’évasion fiscale et les cultures
destructrices de l’environnement. Le véritable défi pour la durabilité du développement
humain consiste à s’affranchir de notre dépendance aux modes de production à fort impact
environnemental et à réduire les émissions pour respecter les ambitions de l’Accord de
Paris, atteindre les objectifs de biodiversité et tous les objectifs de développement durable.
Un autre indicateur de nos parcours multiples est que ces dépendances sont créées et
renforcées par un manque de cohésion sociale et des inégalités flagrantes, perpétuées par
des dynamiques de pouvoir enracinées.

2.5. L’atténuation des inégalités et la cohésion sociale ne sont pas seulement des
conditions préalables au développement humain mais aussi des moyens de le
faciliter.

Il ne fait aucun doute que notre réflexion doit donner un rôle central à un problème
soulevé par presque tous les contributeurs. Les niveaux actuels d’inégalité et le manque
de cohésion sociale intrinsèques comme extrinsèques aux pays constituent un défi majeur
pour la concrétisation du concept de développement humain et pour la mise en œuvre des
mesures nécessaires. L’absence de cohésion sociale - comprise non seulement comme la
solidarité, mais aussi comme la prévention de la marginalisation, de la discrimination, du
racisme, de la xénophobie et des niveaux élevés d’inégalité - empêche la mise en œuvre
d’une version plus humaine, plus respectueuse de l’environnement et plus responsable du
progrès humain qui émerge dès les prémisses de notre parcours de réflexion (développées
dans les sections précédentes). Les fausses informations et la désinformation renforcées
par la technologie peuvent accroître la polarisation et miner la cohésion. Les inégalités

Repenser le concept de développement humain 13


flagrantes de richesse, de pouvoir, de droit à la parole et de représentation découragent un
débat ouvert sur la signification du progrès et du développement, polluent les institutions,
écartent l’exigence de transparence et génèrent une autojustification de la logique sans
fin d’extraction des ressources et d’exploitation des personnes et de la planète. Dans la
nouvelle conception du développement humain, la lutte contre les inégalités doit être un
objectif central, elle doit reconnaître les multiples inégalités - non seulement économiques
mais aussi sociales, culturelles, politiques, spatiales, environnementales et cognitives - et la
manière dont ces inégalités se recoupent.

De nombreux contributeurs ont souligné que les inégalités nuisent aux intérêts des citoyens
ordinaires et au bien commun, y compris ceux des générations futures, et les empêchent
d’avoir le poids qu’ils méritent. Le manque de cohésion sociale empêche de dépasser le moi
individuel et de tenir compte du bonheur, des joies, des peurs et des souffrances des autres.
Pour ceux qui considèrent le développement comme la liberté d’être, comme une question
d’amour, les inégalités font de nos tous des êtres non aimants et incapables d’estimer
l’importance de la santé de la planète qui nous permet de vivre. Nous ne pouvons pas
parvenir au consensus nécessaire pour rendre compte de la véritable valeur du bien-être de
la planète lorsque les sociétés sont fragmentées, lorsque le tissu social est déchiré et lorsque
les liens sociaux sont rompus par l’avidité, l’envie, la peur, la méfiance et la colère.

Un problème clé est notre tendance à justifier les inégalités, la marginalisation, la


répartition inégale du pouvoir financier et économique et, bien souvent, la corruption et
à la violence. Elles deviennent alors des outils en elles-mêmes pour manipuler les débats
publics, l’affectation des budgets et les prestations de services qui entretiennent et
perpétuent les inégalités actuelles. La concentration du pouvoir économique, politique et
social entre les mains de quelques-uns entretient et légitime les inégalités, car les élites
et les pouvoirs patriarcaux sont peu incités à remettre en cause le statu quo. L’échec de
la solidarité se traduit par un échec à prendre les dispositions sociales nécessaires aux
priorités du développement humain.

Au lieu de cela, nous voulons que les inégalités soient réduites et que la cohésion sociale soit
entretenue et rendue possible. Sans ces deux critères, le développement humain n’est pas
vraiment possible. Bon nombre des informations que nous avons reçues pour repenser le
développement humain pointaient du doigt les crises sanitaires et socio-économiques de la
pandémie Covid-19 comme ayant mis au jour les inégalités car toute la population est affectée
mais pas du tout de la même manière. La pandémie offre également une bonne illustration
des corrélations entre les inégalités et l’absence de résilience sociale et individuelle.

14 Repenser le concept de développement humain


Pourquoi savons-nous que c’est important pour une société forte et cohésive ? Précisément
parce que le monde présente de nombreux exemples de communautés qui s’unissent pour
résoudre les problèmes et améliorer les moyens de subsistance, aider les plus faibles et
vulnérables et qui s’organisent de bas en haut pour combler le vide laissé par les échecs
politiques et l’individualisme du marché. En effet, de nombreux groupes communautaires
et de voisinage l’ont fait pour la Covid-19. Nous savons que l’équité et la cohésion
sociale sont des conditions préalables au développement humain car la lutte contre la
marginalisation et la discrimination est rassembleuse. Et lorsque le multilatéralisme est
bien formulé, il crée la base de la collaboration et de la coopération. Les entreprises et
les investisseurs savent que, dans un monde complexe et interconnecté, des transactions
et des collaborations équitables favorisent la durabilité à long terme. Des travailleurs
plus heureux aux concitoyens mieux éduqués et aux partenaires commerciaux égaux, les
sociétés saines sont celles où l’égalité des chances existe, où la solidarité prospère, où la
cohésion sociale surmonte les arbitrages et les choix difficiles.

Toute nouvelle conceptualisation du développement humain qui aborde la cohésion au


sein de la société, les relations entre les pays ou entre les générations, ou les relations
avec les autres êtres vivants et les écosystèmes est menacée par un monde nettement
inégal et par les conceptions et les processus qui perpétuent ces inégalités. Pour renforcer
la cohésion sociale, atténuer les inégalités et restaurer la valeur des relations sociales, il
faut inclure des porte-paroles et des perspectives multiples. Ce cheminement nécessite
que nous nous occupions sérieusement des conditions structurelles et de la violence qui
créent et perpétuent les inégalités - et que le vécu et les priorités des personnes les plus
marginalisées soient entendus et inclus.

La refonte du concept de développement humain doit donc être un parcours ouvert à tous,
au-delà des gouvernements et des organismes, au-delà des experts et des universitaires.
Cette réflexion conduit à l’impératif d’un débat démocratique.

2.6. Un débat démocratique est nécessaire pour des systèmes socio-écologiques


durables

Précisément parce que nous définissons notre parcours comme la reconnaissance


et la valorisation de conceptions multiples et en évolution, la refonte du concept de
développement humain doit être un processus ouvert et multidimensionnel vers de
nouveaux contrats sociaux basés sur cette réflexion renouvelée sur le développement
humain. De nombreux contributeurs ont souligné l’importance de ne pas envisager ce

Repenser le concept de développement humain 15


parcours comme une tâche réservée aux seuls experts, même si l’éventail des expertises
mises sur la table est bien plus vaste qu’il ne l’était traditionnellement auparavant. Les
citoyens de tous les pays, y compris ceux qui vivent dans des conditions de vulnérabilité, de
marginalisation et de pauvreté, doivent être consultés et avoir la possibilité de participer.
Le parcours doit refléter le point de vue des jeunes de toute la planète, car la conception
de ce qu’est une bonne vie a considérablement évolué. Nous savons que les villes ont
été des centres d’attraction et la destination choisie par beaucoup dans le passé comme
moyen d’améliorer leur épanouissement humain, les jeunes et les générations futures
pourraient bientôt avoir d’autres types d’aspirations, avec des possibilités ouvertes par
les technologies, grâce auxquelles il devient moins important de se trouver sur place.
Peut-être, oui peut-être, que le bien-vivre consistera peu à peu à rendre d’autres planètes
habitables. Peut-être que le bien vivre consiste à préserver les traditions et les cultures
autochtones comme un moyen de donner plus de sens à nos vies. Le progrès peut consister
à nous rapprocher de la nature et des autres.

Il est difficile de définir le sens, la valeur et la satisfaction dans une vie où les besoins de
base sont satisfaits, car il s’agit d’un vaste territoire offrant une grande variété de choix.
La vérité, c’est que nous ne savons pas quel genre de vie est meilleure que la nôtre, qui
que soit ce « nous ». Cette connaissance n’est pas une certitude dont nous avons besoin
pour repenser la signification du développement humain. Ce dont nous avons besoin dans
ce parcours, c’est d’écouter tous les points de vue, de reconnaître nos propres valeurs
et nos positions avec humilité, et tout aussi important, d’empêcher les définitions ou
les points de vue dominants de cadrer ou de fixer les termes du débat ou, pire encore,
de clôturer le débat. Si le développement est la liberté, le débat démocratique (local,
national et transnational) est le canal qui peut nous y mener. Cela ne signifie pas toujours
et nécessairement la « démocratie » telle qu’elle est définie par les institutions et des
pratiques représentatives formelles, ou par les traditions politiques et historiques. Alors
que certains déplorent une crise de la démocratie au sens du libéralisme occidental
conventionnel, de nombreux processus démocratiques informels et participatifs émergent
à travers le monde, au travers desquels les citoyens revendiquent leur inclusion dans les
décisions qui affectent leur vie.

L’écoute de tous les points de vue est aussi essentielle pour l’efficacité finale de chaque
politique et mesure décidée. Comme l’ont souligné de nombreux contributeurs, le
développement humain ne progresse pas en observant mais en participant. L’adhésion,
l’appropriation, la confiance dans le gouvernement, le dépassement des doutes et des

16 Repenser le concept de développement humain


peurs de l’autre, tout est possible lorsque tous les citoyens ont le sentiment de faire
partie du voyage, et non d’être des objets pour qui le voyage a été défini à l’avance.
Cette écoute peut se faire avec les méthodologies participatives disponibles qui ont
considérablement progressé depuis la publication du rapport historique Voices of the Poor
publié par la Banque mondiale il y a plus de 25 ans. Les technologies numériques ouvrent
de nouvelles possibilités d’interaction et de collaboration. Elles fournissent des plateformes
pour l’émergence de nouvelles coalitions et pour que des résultats se propagent plus
rapidement à travers le monde et avec plus d’impact.

Le rôle de la démocratie participative devra être approfondi. La démocratie participative


est également cruciale pour empêcher que des régimes autoritaires continuent à
restreindre la liberté des peuples. Dans les sociétés démocratiques, les individus doivent
être autonome et exercer leur libre arbitre, ces valeurs et ces droits doivent être prioritaires.
Les autoritarismes de toutes sortes menacent les droits humains fondamentaux et non
négociables de tous. Les fausses informations et la désinformation, qui sont nettement
facilitées dans un monde technologique, entravent et sapent également les processus de la
démocratie participative.

Certaines régions du monde subissent déjà un autoritarisme violent et brutal. Dans d’autres
régions, les intérêts économiques étroits et la concentration du pouvoir économique et
politique sont à l’origine de formes d’autoritarisme qui déchirent le tissu social des pays
et sont souvent alimentées par le racisme et la haine. Beaucoup ont pu penser que les
démocraties occidentales étaient stables et relativement résistantes à l’autoritarisme et au
nationalisme, qui menacent aujourd’hui les anciennes sociétés libérales axées sur l’État-
providence, même en Europe du Nord. Nous devons mieux comprendre les moteurs de
cette nouvelle vague d’autoritarisme et de nationalisme pour développer des voies vers un
avenir plus durable.

Ici, nous voyons clairement comment les technologies numériques sont des armes à double
tranchant qui peuvent être pointées pour rendre le monde pire plutôt que meilleur. Il est
impératif de comprendre les opportunités et les défis puissants que la révolution numérique
pose à la fois à la science et à la société, en particulier à une époque de bouleversements
et de désinformation.

De plus, une large réflexion sur notre humanité par et pour tous les humains dans des
processus démocratiques légitimes est la clé pour générer le consensus et les institutions
capables d’accomplir le travail très difficile de faire progresser la planète vers un système
socio-écologique stable. Les mesures pour un avenir socio-écologique durable et pour

Repenser le concept de développement humain 17


des transformations socio-écologiques positives qui assureront le développement humain
ne peuvent être envisagées et mises en œuvre avec succès que si elles sont soutenues
par un consensus large et une légitimité permise par des institutions et des pratiques
démocratiques qui fonctionnent sainement à toutes les échelles. La dépendance des
peuples à la planète et l’interdépendance des sociétés - ainsi que l’importance croissante
de nombreuses autres interdépendances mondiales qui ont émergé au cours des trois
dernières décennies - requièrent des cultures de coopération mondiale et des structures de
gouvernance mondiale permettant un débat démocratique transnational.

2.7. Mettre l’ère numérique au service du développement humain

La démocratisation des technologies numériques pour que l’innovation serve le bien


commun et notre humanité est essentielle pour le développement humain. La domination
de quelques entreprises privées dans la sphère numérique, portée par le gain de parts
de marché à court terme, se poursuit dans un vide de gouvernance, en l’absence de
réglementation publique et privée appropriée. Ces entreprises possèdent les méthodes
et les outils, peuvent se permettre l’informatique haute performance, possèdent des
installations de stockage de données et peuvent acheter les talents nécessaires. De plus,
ces quelques entreprises privées, grâce à notre utilisation naïve d’Internet, y compris des
réseaux sociaux, ont pu dresser le portrait de notre comportement actuel et futur. Le Big
Data est devenu le nouveau pétrole. Et comme les combustibles fossiles, il a conduit à de
grands progrès et provoqué de graves dégâts, et comme les combustibles fossiles, et il est
nécessaire de traiter ces questions d’une manière qui transcende les frontières nationales.

La menace de l’automatisation des tâches nécessitant des compétences moyennes et


faibles est déjà une réalité. Les tâches des administrateurs, des avocats, des comptables
ou des vendeurs sont aussi menacées que celles des ouvriers industriels et agricoles. Dans
les périodes précédentes de transformation technologique, le rythme du changement
était inégalement suivi par la gouvernance et les ajustements réglementaires. Aujourd’hui,
l’innovation technologique est bien en avance sur les innovations de gouvernance. De
nombreux contributeurs à la refonte du concept de développement humain ont souligné
que nombre de pays sont déjà confrontés au défi d’avoir un grand nombre de jeunes
instruits qui ne peuvent trouver leur place dans la société. De plus en plus d’individus
deviennent inutiles dans une économie mondiale alimentée par une notion faussée de
la valeur qui ne tient compte que des profits et non du bien-être des personnes et de la
planète. Le déploiement incontrôlé des technologies numériques par quelques grandes

18 Repenser le concept de développement humain


entreprises qui possèdent plus de richesses que des pays entiers risque de rendre des
millions de personnes inutiles et asservies de multiples nouvelles façons. Non seulement ces
technologies ont un impact énorme sur les pouvoirs des gouvernements, leur donnant un
potentiel de surveillance et de contrôle sans précédent, mais elles alimentent également la
polarisation sociale accrue et la diffusion de fausses informations afin d’affaiblir la science
et d’accroître le consumérisme. D’un autre côté, les technologies numériques offrent des
capacités uniques pour faire avancer le monde dans la direction opposée : une meilleure
démocratie, une coopération transnationale, une meilleure protection du climat, des
données plus fiables pour prendre des décisions, ou plus d’intelligence collective, entre
autres. Les technologies numériques doivent être réglementées, légiférées, soumises aux
droits de l’homme et aux principes éthiques, leurs propriétaires et leurs utilisateurs doivent
être rendus responsables de leurs actes, et leur potentiel doit être mis à profit pour le bien
commun. C’est là tout le défi : exploiter l’innovation et utiliser les technologies au service
du développement humain.

La transparence sans précédent qu’offrent les technologies numériques peut nous mener à
comprendre des chaînes d’approvisionnement complexes et à tenir un inventaire précis des
coûts sociaux et environnementaux des produits et services. Les technologies numériques
peuvent être utilisées, non pour la surveillance et le contrôle, mais pour encourager et
récompenser la solidarité et les comportements écologiquement durables. Nous sommes
capables de mesurer l’énergie et l’eau que nous consommons. Nous pouvons déployer la
robotique et utiliser l’apprentissage automatique pour optimiser la production agricole et
minimiser la pollution et l’épuisement des sols. Les énormes quantités de données dont
nous disposons déjà peuvent être une source de valeur pour réinventer les communautés
et garantir le partage des bénéfices. Lorsqu’elles sont correctement réglementées, les
technologies numériques peuvent déboucher sur de nouvelles opportunités d’emploi, de
nouvelles sources de valeur et de nouvelles conditions pour un bien-être amélioré.

Cependant, nous devons œuvrer pour que les composants de ces technologies soient
issus de chaînes de valeur justes et durables. Et nous devons combler les énormes lacunes
techniques et de connaissances. Pour beaucoup d’entre nous, l’accès égal à Internet n’est
pas garanti, et les technologies numériques et les capacités pour les créer, les utiliser
et les déployer sont encore limitées. Mais les investissements et l’innovation motivés
par une nouvelle conception de la valeur peuvent mettre les technologies au service du
développement humain.

Repenser le concept de développement humain 19


2.8. La valeur : une nouvelle conception

Au cœur du développement humain se trouvent un ensemble fondamental de valeurs


façonnées par le contexte, des principes éthiques de base qui nous incitent à nous lancer
dans ce parcours et qui l’orientent. Les initiateurs de l’idée de développement humain
connaissaient bien le rôle clé que l’éthique et les valeurs acceptées dans le contexte donné
jouent dans les processus de changement. Le développement humain a toujours été un
concept normatif. Le noyau normatif demeure : quelle que soit la formulation que nous
avons reçue des contributeurs - l’approche par les capacités, le développement en tant
que liberté, le bien-être physique et mental, les besoins humains fondamentaux ou d’autres
encore - il y a un noyau éthique, des valeurs enracinées qui sous-tendent leur conception du
développement humain. Les valeurs sont aussi essentielles pour dépasser le moi individuel
et tendre vers les besoins du collectif et la nécessité de valoriser l’avenir et l’environnement
naturel ainsi que les autres êtres vivants. La cohésion sociale et la culture de la coopération
et de la résolution conjointe des problèmes émergent de valeurs partagées.

Lorsque la croissance du PIB et la stabilité macroéconomique sont considérées


comme les indicateurs clés du développement, elles sont souvent présentées
comme des concepts détachés des valeurs, souhaitables en raison de leur efficacité
à produire d’autres résultats positifs. Pourtant, le PIB est utilisé comme indicateur
de tout ce qui a de la valeur tout en étant présenté comme une mesure dépourvue
de contexte normatif. Cette contradiction est un véritable tour de passe-passe. En
fait, de nombreux contributeurs ont affirmé que nos économies et nos solutions
de politique publique sont biaisées par rapport au développement humain
précisément en raison de la façon dont nous avons tendance à définir la « valeur »,
donnant à la croissance du PIB un rôle central, en écartant l’avenir et les possibles
dommages sociaux et environnementaux. Cette vision erronée de la valeur, qui
considère les activités nuisibles aux personnes et à l’environnement comme
créatrices de valeur, ne tient pas non plus compte de la véritable valeur des services
sociaux, des mécanismes de protection sociale ou des biens publics.

Du point de vue commercial, le fait de ne pas évaluer la destruction sociale et


environnementale empêche la durabilité d’être rentable. En outre, cela conduit à
une perspective étroitement définie de l’innovation, une perspective qui valorise
uniquement l’innovation soutenue par le marché et menant au profit privé et qui
écarte l’innovation publique et sociale. Cette vision biaisée de la valeur est rendue
encore plus puissante par l’utilisation d’outils numériques qui permettent de

20 Repenser le concept de développement humain


tout comprendre sous la forme de données. L’agrégation, la quantification et la
datafication de tous les aspects de la vie humaine cachent la vraie valeur du bien-
être humain, des biens publics et des services publics qui cultivent le bien-être et
la valeur pour les générations futures. Cette vision biaisée cache également nos
dimensions spirituelles, notre psychologie et nos émotions, ainsi que la souffrance
des personnes pauvres et marginalisées. Elle place les valeurs cognitives de
rendement et d’efficacité au-dessus des valeurs éthiques de justice et d’équité.

Pour progresser vers des conceptions multiples et en évolution, nous devons


élaborer de nouvelles significations, un discours soigneusement négocié sur ce qui a
ou non de la valeur. Cela ne signifie pas que nous devons tous nous mettre d’accord
sur une seule conception de l’éthique, et cela n’élimine pas non plus la diversité et
la pluralité. La reconnaissance du développement comme la liberté de mener des
vies que les individus ont leurs propres raisons d’apprécier, quelle qu’elles soient,
nécessite de reconnaître que ces raisons peuvent varier. Pourtant, au-dessus des
valeurs, des positionnements et des raisons diverses, nous devons reconnaître notre
humanité commune, nos objectifs communs et notre appropriation partagée des
critères qui permettent à notre humanité de s’épanouir. Cette reconnaissance du
noyau normatif du développement humain est aussi une question d’humilité qui
émerge lorsque nous regardons les étoiles et le monde qui nous entourent. C’est
aussi la fierté qui émerge de la recherche d’un avenir meilleur guidé par la solidarité.

Une nouvelle conception de la valeur est possible grâce aux énormes progrès de la
science et de la technologie, qui fournissent des moyens innovants pour répondre
à nos besoins de base dans les limites de notre planète, non seulement plus
facilement, mais aussi avec des coûts réduits par rapport à ce qui était possible il y a
30 ans. Nous devons simplement mettre la technologie au service du bien commun,
et nous avons besoin de la science qui la sous-tend.

2.9. Le rôle de la connaissance scientifique

La science, en relation avec le développement humain, doit être conceptualisée au sens


large pour inclure non seulement les sciences naturelles, médicales et techniques, mais
aussi les connaissances issues des sciences sociales, des arts et des sciences humaines.
Pour faire fonctionner un projet de développement mondial renouvelé, nous devons
apprendre à réajuster et rééquilibrer les interactions entre les trois principaux systèmes
qui façonnent notre civilisation : les systèmes humains, le système terrestre et les systèmes

Repenser le concept de développement humain 21


technologiques et d’infrastructure. La science n’est pas bien préparée. La coopération est
encore trop rare entre les sciences naturelles et sociales, entre les sciences humaines et
médicales, et toutes ces sciences n’interagissent pas adéquatement avec les domaines
de la technologie et de l’ingénierie. Pour rendre le fossé plus complexe, les barrières
institutionnelles et les différentes logiques de la recherche et de l’innovation publiques et
privées deviennent un obstacle pour progresser dans un dialogue tellement nécessaire.

Le dialogue est aussi plus large que les sciences traditionnelles et les domaines de
savoir enseignés dans les universités. La refonte du concept de développement humain
doit inclure le respect des connaissances autochtones et tacites, de l’importance des
connaissances et de l’expérience pratiques ou non techniques, et de la pertinence des
sources de connaissance extérieures aux organisations scientifiques (de la société civile, des
communautés, des travailleurs, des agriculteurs ou des groupes locaux et autochtones).
Trouver le bon équilibre et les moyens d’adopter et d’intégrer toute une variété de
savoirs, au pluriel, reste une priorité dans le parcours qui nous mènera à repenser le
développement humain. Après tout, l’élaboration de conceptions multiples et en évolution
du développement humain nécessite une flexibilité cognitive.

Les opportunités existent bel et bien. La robotique, les capteurs, l’Internet des objets,
l’interconnectivité mondiale, l’informatique à haute performance et les progrès des logiciels
et des méthodes d’intelligence artificielle nous fournissent une base de connaissances au
potentiel énorme. Nous possédons déjà une abondance de données sur la Terre et les
systèmes sociaux et les outils pour intégrer ces données pour comprendre comme jamais
le monde présent et futur. Nous pouvons simuler le fonctionnement du système climatique
et avons déjà créé un jumeau numérique du cœur humain. Nous pouvons même essayer de
simuler des voies potentielles de développement humain. Mais ces domaines doivent mûrir
et progresser en tenant compte de leurs dimensions sociales et humaines, et les experts en
mégadonnées doivent travailler de concert avec des philosophes et des sociologues. Sans
ces perspectives scientifiques, nous ne pouvons pas comprendre les moteurs d’une planète
saine ou les moyens d’arrêter une épidémie.

Nous devons également mettre de l’ordre dans les grandes quantités de données dont
le monde dispose déjà, garantir l’accès à ces données, identifier les lacunes et utiliser les
données en accord avec les valeurs qui orientent le développement humain. De grandes
quantités de données sur le comportement humain ont beau exister, ces informations sont
trop souvent détenues par quelques acteurs privés, qui spéculent déjà sur des comportements

22 Repenser le concept de développement humain


futurs, en tant que monnaie boursière. Il est clair que cette abondance de données peut
alimenter l’intelligence collective si elle est mise au service du bien commun. Notre parcours
peut se trouver bien mieux éclairé et orienté si nous sommes en mesure de protéger
l’indépendance de la science, de créer des systèmes de conseil scientifique efficaces et de
garantir que la science est un bien public et que les données deviennent un bien commun.

Mais comme pour tout autre objectif normatif, la recherche de la signification du


développement humain nécessite de notre part une humilité face à des choix qui ne sont
le territoire ni de la science ni de la politique. Notre parcours doit respecter l’intimité de
notre vie spirituelle autant qu’il crée les conditions favorables à notre autosuffisance. Les
connaissances scientifiques doivent également reconnaître les contributions essentielles
d’acteurs extérieurs au monde universitaire, les connaissances pratiques accumulées
par l’industrie ou par des communautés d’action telles que celles qui émergent de
la transformation des pratiques agricoles face aux nouvelles réalités climatiques. Ces
connaissances, méthodes, outils et réalisations techniques sont cependant souvent
déconnectés, ils se croisent mais restent étrangers les uns aux autres. L’interdisciplinarité et
la transdisciplinarité sont centrales, mais restent hors de portée.

Pour que notre parcours soit scientifique, nous avons besoin de plus de science et d’une
meilleure science. Et pour y parvenir, nous devons combler les énormes fossés et inégalités
de connaissances qui caractérisent encore le monde. Nous devons investir avant tout dans
la source la plus importante de richesse d’un pays : sa population.

3. Conclusions

Dans ce texte de cadrage, le terme de parcours ou parcours de réflexion évoque les points
de vue que ce projet a pris en compte dans leur propre réflexion sur le développement
humain. Nous avons aussi défini l’une des découvertes les plus importantes comme un
parcours en soi. La refonte du concept de développement humain doit être un parcours
ouvert et inclusif de recherche de conceptions multiples et en évolution. Mais pour nous, ce
voyage d’exploration et de découverte ne s’arrête pas ici.

Cette phase du projet ISC et PNUD a lancé une discussion très riche qui se poursuivra
sur différentes plateformes. Les activités futures dans le cadre de ce partenariat continu
viseront à susciter des conceptions et des perspectives supplémentaires, à établir des
processus pour la poursuite d’un dialogue ouvert et inclusif et à explorer l’avenir des
indicateurs du développement humain sur la base des enseignements conceptuels tirés de
cette discussion.

Repenser le concept de développement humain 23

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