Ortho Graph e
Ortho Graph e
Présentation
Sophie WILLEMIN . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
Dossier
Jean-Pierre JAFFRE
L’orthographe du français: une histoire, des problèmes . . . . . . . . . . . . . . . 10
Danièle MANESSE
L’orthographe des adolescents: le cas des élèves en grande difficulté au collège 19
Michel FAYOL
L’apprentissage de la morphographie du français.
La question des accords en nombre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
Sébastien PACTON, Charlotte CARRION, George HOEFFLIN,
Aline ROUECHE & Séverine CASALIS
Utiliser des mots morphologiquement reliés pour en orthographier d’autres:
comment les enfants s’y prennent-ils et comment en parlent-ils? . . . . . . . . 38
Geneviève de WECK & Michel FAYOL
L’orthographe en production de textes chez les enfants avec et sans dysorthographie 46
Danièle COGIS
Démarches en orthographe grammaticale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
Ghislaine HAAS & Laurence MAUREL
Les ateliers de négociation graphique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
Hiéroglyphes
Viviane MONNEY
Représentations orthographiques dans une activité de dictée de blagues:
une exploration clinique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
Notes de lecture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
Memento
Colloques, formation continue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
1
Langage & pratiques, 2009, 43, 2-9
PRÉSENTATION
I. Présentation
1
Pour plus de détails sur les aspects sémiographiques du français voir par exemple Jaffré & Pellat
(2008).
2
d’une «relative invariance phonographique (écrire les mêmes sons avec les
mêmes lettres)» (p. 13). Il concluait son article en regrettant que les tentatives
d’économie des réformes orthographiques soient mises à mal par le «conserva-
tisme orthographique». Béguelin (1998) parlant des réformes orthographiques,
souhaitait que «l’avenir des rectifications orthographiques soit autant que pos-
sible déterminé» (p. 23). Force est de constater que peu de choses semblent avoir
évolué à ce jour. Dans ce présent numéro, Jaffré nous proposera de revenir sur
certains éléments historiques concernant la langue française qui permettent de
comprendre pourquoi le débat est encore aussi vif aujourd’hui et les réformes si
peu consistantes.
Pour Chervel (ibid.), «la question de l’orthographe est à la croisée des che-
mins: il va falloir soit réformer et enseigner à tous les français l’orthographe fran-
çaise (une orthographe simplifiée), soit la réserver à une classe cultivée» (p. 5).
Simplifier… L’auteur montre que ce souhait ne date pas d’hier3 et que plusieurs
2 Une étude de Chervel & Manesse (1989) avait comparé le niveau d’orthographe des élèves en
1875 et 1985 et montré une amélioration du niveau de l’orthographe. Cette étude a été répliquée
récemment et fait l’objet d’un ouvrage édité par Manesse & Cogis (2007), il y est fait état d’une
baisse significative du niveau d’orthographe entre les élèves de 1985 et ceux de 2005; cette baisse
portant particulièrement sur l’orthographe grammaticale. Danièle Manesse et Danièle Cogis nous
proposent chacune un article dans ce numéro présentant leurs constatations et propositions suite à
cette étude.
3 Comme en témoignent plusieurs auteurs du 15ème et du 16ème siècle, dont Arnault et Lancelot
(1660): «nous avons déjà dit que les sons ont esté pris par les hommes, pour estre des signes de
pensées, & qu’ils ont aussi inuenté certaines figures pour estre les signes de ces sons. Il auroit fallu
obseruer quatre choses pour les mettre en leur perfection.
1. Que toute figure marquast quelque son, c’est-à-dire, qu’on n’écriuist rien qui ne se prononçast.
2. Que tout son fust marqué par une figure, c’est-à-dire, qu’on ne prononçast rien qui ne fust écrit.
3. Que chaque figure ne marquast qu’un son, ou simple, ou double. Car ce n’est pas contre la per-
fection de l’écriture qu’il y ait des lettres doubles, puis qu’elles la facilitent en l’abregeant.
4. Qu’un mesme son ne fust point marqué par de differentes figures» (cités par Chervel, op. cit., p. 7).
3
mutations orthographiques ont été réalisées avec succès entre 1650 et 1835
(ibid., pp.17-29). Leur but n’était alors pas d’alléger l’apprentissage de l’ortho-
graphe mais celui de la lecture. En effet, écrire consiste jusque-là essentielle-
ment à obtenir une belle graphie, de bonnes capacités de «copie». Vers le milieu
du 17ème siècle, un nouvel objectif apparait, celui de l’enseignement actif de
l’orthographe. Vers la fin du 19ème, le taux d’échec aux épreuves orthogra-
phiques du brevet français est très élevé, Ferdinand Buisson tente alors de sug-
gérer à nouveau une réforme de l’orthographe centrée cette fois-ci sur l’allège-
ment de l’apprentissage de l’écrit, mais les instituteurs s’opposent à cette tenta-
tive de simplification.
4
Par ailleurs, l’orientation proposée dans la présentation du numéro 22
reste essentielle: l’orthographe prend tout son sens lorsque sa dimension cultu-
relle et sociale est mise en avant, étudiée et expérimentée par les enfants; c’est-
à-dire lorsque l’orthographe est intégrée dans la production de divers genres de
discours écrits. Une grande partie des enfants n’entre effectivement pas dans un
apprentissage technique intensif du code écrit, «hors sol», c’est-à-dire décontex-
tualisé de toute pratique d’écriture à visée communicative. Par contre, il est pos-
sible de leur montrer que cet apprentissage est non seulement possible mais digne
d’intérêt, dans la mesure où il s’agit d’apprendre à utiliser un code convention-
nel, un outil dont la maitrise est actuellement indispensable à toute socialisation
dans un monde fait de culture écrite. Certes, des réformes qui rendraient l’ortho-
graphe française plus transparente simplifieraient la tâche des élèves, mais aussi
la nôtre, en tant que logopédistes. Elles nous permettraient sans doute de nous
concentrer davantage sur d’autres composantes des pratiques d’écriture difficile-
ment maitrisables par certains enfants, de focaliser davantage l’attention sur l’in-
vestissement de la communication écrite. Ceci dit, on peut se demander dans
quelle mesure des réformes de l’orthographe contribueraient à alléger la charge
cognitive en jeu dans la maitrise du code écrit et ainsi à diminuer le nombre d’en-
fants pointés comme présentant des «troubles» dysorthographiques. Des erreurs
de segmentation des mots et des erreurs phonétiques actuellement observées
chez des enfants considérés comme présentant des troubles de type dysorthogra-
phiques (voir à propos de l’analyse qualitative des erreurs, l’article de de Weck
& Fayol dans ce numéro) deviendraient-elles moins fréquentes? De telles consi-
dérations ne mènent-elles pas aussi à s’interroger sur le degré de spécificité de la
notion de troubles, et le degré de légitimité d’une distinction dichotomique entre
présence/absence de troubles dysorthographiques?
5
Il est sans doute essentiel aussi de garder en tête que les enfants qui présen-
tent des difficultés d’apprentissage de l’orthographe sont pris dans une tourmente
dont ils ne sont bien sûr pas les seuls à être à l’origine, une part du travail et un maxi-
mum de courage leur incombent certes, mais l’histoire et la réalité de l’orthographe
française participent largement à la tempête dans laquelle ils se trouvent. Pour cer-
tains d’entre eux, le temps de la scolarité obligatoire ne leur sera pas suffisant pour
atteindre un niveau d’expertise satisfaisant dans leur vie quotidienne. Pourrait-il être
socialement concevable pour eux de revendiquer des formations à l’orthographe au-
delà de la scolarité obligatoire? Pourrions-nous les soutenir dans cette démarche4?
Nous pouvons, au moins, le temps du suivi logopédique, reconnaitre en connaissan-
ce de cause la complexité de l’orthographe française, encourager les enfants et les
adolescents à prendre conscience de ce qui peut être maitrisable et leur assurer
qu’écrire est une activité sociale à but communicatif dont ils ne doivent pas se priver,
quel que soit leur degré de maitrise de l’orthographe à l’entrée dans l’âge adulte.
Pour conclure, nous laisserons la parole à Jaffré (2007) qui souligne que
«l’objectif du secondaire n’est pas d’enseigner toute l’orthographe. Pas plus qu’il
n’est possible, au terme de la scolarité obligatoire, d’être expert en histoire ou en
anglais, il n’est possible de l’être en orthographe. Plutôt que de soumettre l’en-
semble de la collectivité aux exigences impérieuses d’une norme absolue, ne
vaudrait-il pas mieux mettre des formations complémentaires à la disposition de
ceux qui en ont besoin, pour des raisons professionnelles notamment? En ortho-
graphe comme ailleurs, c’est la nécessité sociale qui doit déterminer les compé-
tences propres à chaque citoyen».
4
Comme ceci peut être proposé par une association comme « lire et écrire », voir [Link]-et-
[Link]
6
orthographiques ainsi que les caractéristiques du français d’aujourd’hui sont évo-
quées pour rappeler l’urgence de «donner aux citoyens une orthographe plus
accessible et mieux adaptée à leurs besoins réels».
7
l’Université de Besançon en 2002. Cet article rend compte des résultats obtenus
dans une recherche menée dans le canton de Neuchâtel auprès d’enfants avec et
sans troubles dysorthographiques. L’étude met en évidence des capacités ortho-
graphiques et de production textuelle, deux aspects souvent étudiés séparément.
Les erreurs orthographiques apparaissant dans des textes d’enfants avec et sans
troubles du langage sont analysées et comparées de points de vue quantitatif et qua-
litatif. Cet article complète celui paru dans le numéro 22 (1998), «Erreurs ortho-
graphiques chez des enfants de 3P-4P avec et sans difficultés».
8
III. Références
BEGUELIN, M.-J. (1998). Rectifications orthographiques: où en est-on?, Langage & pratiques,
22, 17-24.
De WECK, G. & NIEDERBERGER, N. (1998). Erreurs orthographiques chez des enfants de 3P-
4P avec et sans difficultés, Langage & Pratiques, 22, 39-50.
JAFFRE, J.-P. (1998). Ecritures et principes linguistiques, Langage & pratiques, 22, 9-16.
JAFFRE, J.-P. (2007). Recension du livre «Orthographe, à qui la faute?» (D. Manesse & D. Cogis
(dir.)), Les Cahiers Pédagogiques, 454.
JAFFRE, J.-P. & PELLAT, J.-C. (2008). «Sémiographies et orthographe». In: C. Brissaud, J.-P.
Jaffré & J.-C. Pellat (dir.). Nouvelles recherches en orthographe. Actes des journées d’études
des 14 et 15 juin 2007, Université de Strasbourg.
MANESSE, D., & COGIS, D. (dir.) (2007). Orthographe, à qui la faute? Paris: ESF.
9
Langage & pratiques, 2009, 43, 10-18
DOSSIER
L’orthographe du français:
une histoire, des problèmes1
Jean-Pierre Jaffré
Résumé
Introduction
1
Le contenu de ce texte est largement inspiré du chapitre 6 – «L’orthographe du français» – de
Fayol & Jaffré (2008). S’y reporter pour de plus amples informations.
10
Par chance, de plus en plus de voix – et non des moindres – s’élèvent
désormais pour réclamer une simplification de l’orthographe qui permette une
maitrise plus rapide2. Elles soulignent en creux l’inanité d’un supposé âge d’or
en précisant qu’en dehors de toute réforme, la maitrise orthographique – en
admettant qu’elle soit possible – implique un temps d’enseignement dont l’éco-
le d’aujourd’hui ne dispose plus.
2On pourra lire sur cette question un entretien avec l’historien André Chervel paru le 3 janvier der-
nier dans le quotidien suisse Le Matin.
11
gallo-roman, langue vernaculaire parlée par les soldats romains. Aux environs
du 3e s. après J-C., se produit alors un fait majeur qui va modifier un tableau lin-
guistique à priori voisin de celui qui donnera naissance à des langues comme
l’italien ou l’espagnol. En envahissant le nord de la Gaule, les peuples germa-
niques vont en effet s’approprier le gallo-roman à leur façon, jetant les bases de
l’ancêtre de la langue française, assemblage de dialectes divers – normand,
picard, champenois, (etc.) – que le 19e s. appellera francien.
Ces évènements linguistiques vont avoir une forte incidence sur la pho-
nétique et la morphologie du français, et par conséquent sur son orthographe.
L’influence germanique va en effet provoquer une usure des mots, phénomène
typique du français. Des consonnes intervocaliques vont ainsi disparaitre –
«vita» ou «mutare» deviennent, respectivement, «vie» et «muer» (Perret, 1998)
– et le déplacement de l’accent tonique provoquera l’apparition d’un «e» final dit
muet là où d’autres langues romanes conservent une voyelle audible. Là où l’es-
pagnol emploie «canto» et «canta», le français utilise deux fois «chante»! Cette
usure contribue à isoler l’ancien français des autres langues romanes, en multi-
pliant les formes homophones, ce qui ne sera évidemment pas sans conséquence
pour l’orthographe.
12
«j» et «v» n’ont pas encore été inventées, ni les accents. À ces difficultés, s’ajou-
tent le goût des clercs pour les abréviations et le choix d’une écriture manuscrite
– gothique et bâtarde – qui complique l’identification de certaines lettres comme
«u», «n» et «m». C’est pour toutes ces raisons qu’apparait, au tournant du 13e s.,
un grand désir de lisibilité que les spécialistes décrivent comme une véritable
révolution orthographique. C’est alors que les clercs des 14e-16e s., qui pratiquent
le latin, vont y puiser un complément sémiographique afin d’étoffer une option
phonographiste trop restreinte. Ainsi iuer devient hiuer, pie devient pied, sans
parler des adjonctions de lettres finales telles que «y», «x» ou «z». Au 16e s., l’in-
fluence latine est telle qu’elle est parfois décrite comme une «fureur étymolo-
gique» (Catach, 2001). Mais d’une façon générale, cette tendance répond au
désir de différencier des formes graphiques insuffisamment distinctes, consé-
quence du lointain héritage germanique évoqué plus haut. C’est en tout cas en
procédant de cette façon que les praticiens des 14e et 15e s. font de l’orthographe
du français une sémiologie à part entière (Cerquiglini, 1996).
13
Les premières éditions de ce Dictionnaire sont décisives. Ce sont elles en
effet qui vont contribuer à établir l’orthographe du français, sur des bases qui
demeurent à ce jour quasiment inchangées. Or les premiers académiciens, aussi
éclairés que soient certains d’entre eux, demeurent des conservateurs qui vont tout
naturellement entériner le graphocentrisme des imprimeurs. Cela ne signifie pas
pour autant qu’aucun esprit novateur n’ait jamais soufflé sur le travail des académi-
ciens. Le plus bel exemple en est la 3e édition, publiée en 1740, qui marque un tour-
nant décisif vers ce qui deviendra l’orthographe moderne. Le «s» interne y fut par
exemple remplacé par l’accent circonflexe «forest» devient «forêt» pour ne rien dire
de l’introduction des accents. L’édition de 1762 (la 4e) contient elle aussi un chan-
gement majeur, typique des décisions en demi teinte d’académiciens toujours sou-
cieux de ménager la chèvre et le chou. Ainsi, le «-ez», qui marquait jusque là le plu-
riel des noms et des verbes, est remplacé par «-és» dans les premiers «abbés» mais
conservés dans les seconds «chantez». Héritage qui nous est parvenu intact!
14
Le ton est donné. D’autres commissions feront d’autres propositions de
réforme, toutes plus avisées les unes que les autres, et le plus souvent conver-
gentes. On citera à cet égard les remarquables travaux de la commission Beslais
dont les propositions publiées en 1965 n’ont aujourd’hui encore rien perdu de leur
pertinence. Il faudra attendre 1990 et la publication des Rectifications orthogra-
phiques4, pour qu’un frémissement se produise. Car en dépit de ce que continuent
de prétendre les opposants à toute réforme, les avancées de 1990, pour mineures
qu’elles soient, ont bien été suivies d’effets. Pour preuve, légère certes mais
emblématique, la graphie évènement, de plus en plus utilisée dans la presse.
4
Les Rectifications orthographiques ont été publiées au Journal Officiel n°100 du 6 décembre 1990
[[Link]
15
représenter une quarantaine de phonèmes. Pourtant, cette orthographe n’est pas
plus difficile à maitriser que celle du français. Car la véritable différence entre les
orthographes, celle qui permet de rendre véritablement compte de leur com-
plexité et des difficultés que rencontrent les usagers, se situe sur le plan gram-
matical. Les problèmes que pose l’orthographe lexicale sont en effet quasi com-
parables partout dans le monde, chinois compris. Ils dépendent à chaque fois de
la taille du vocabulaire connu et donc de la connaissance du monde. C’est
d’ailleurs ce qui explique que cet apprentissage ne soit jamais vraiment terminé.
Conclusions
16
opte pour une position médiane, en mêlant de façon parfois hétérogène tradition
et modernité. En héritant de cette orthographe, le 19e s. va rapidement mesurer
les problèmes de sa démocratisation, dans les milieux scolaires notamment. La
question de la réforme orthographique va alors se poser avec une acuité toute par-
ticulière et, avec elle, va resurgir, toujours recommencé, le sempiternel conflit
des Anciens et des Modernes.
C’est de cette longue tradition que notre 21e s. a hérité, dans un contex-
te où la place de l’écrit est en train de se transformer avec une révolution élec-
tronique qui entraine à la hausse les besoins de la communication écrite. Les
scripteurs sont de plus en plus nombreux, comme en témoignent chaque jour
les forums internet ou les courriers électroniques. La croissance quasi expo-
nentielle de cette demande révèle plus que jamais, en creux, les difficultés des
usagers à maitriser l’orthographe. Certains nous expliquent que la situation
était autrefois moins dramatique, qu’il fut une époque où les femmes et les
hommes étaient meilleurs en orthographe, où l’école était autrement perfor-
mante…
La baisse du niveau est sans doute avérée. Pourtant, sans mettre en cause
la probité des études qui aboutissent à de telles conclusions, il faut surtout
admettre que nous vivons désormais dans une société où la demande orthogra-
phique est plus grande. Dans le même temps, l’école doit faire face à une multi-
plicité de demandes qui restreignent d’autant la durée de l’enseignement de l’or-
thographe. Face à cette situation nouvelle, l’évocation nostalgique d’un âge d’or
n’est qu’un piètre remède. Il est au contraire urgent de donner aux citoyens une
orthographe plus accessible et mieux adaptée à leurs besoins réels. Il est surtout
plus que temps de redonner à l’orthographe sa place, toute sa place mais rien que
sa place, en cessant d’en faire cette institution immuable à laquelle on ne peut
toucher sans courir le risque de voir s’effondrer notre langue et nos valeurs cul-
turelles. L’orthographe doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être,
un objet pratique au service d’une communication écrite accessible au plus grand
nombre.
17
Références
BEGUELIN, M.-J. (2002). Faut-il simplifier les règles d’accord du participe passé?, Travaux neu-
châtelois de linguistique, 37, 163-189.
BESLAIS, A., dir. (1965). Rapport général sur les modalités d’une simplification éventuelle de
l’orthographe française. Paris: Didier.
CATACH, N. (2001). Histoire de l’orthographe française. Edition posthume, réalisée par R. Hon-
vault avec la collaboration d’I. Rosier-Catach. Paris: Champion.
CHERVEL, A. (2006). Histoire de l’enseignement du français du XVIIe au XXe siècle. Paris: Retz.
FAYOL, M. & JAFFRE, J.-P. (2008). Orthographier. Paris: Presses Universitaires de France.
18
Langage & pratiques, 2009, 43, 18-28
Résumé
19
critère non seulement de distinction, mais bien encore de sélection dans l’emploi.
La valeur symbolique accordée par la société à sa maitrise ou à son ignorance est
patente dans les médias, les campagnes de presse, les appels à la rébellion contre
sa tyrannie, les campagnes récurrentes demandant sa simplification, la critique
des méthodes de l’école et de son impuissance à enseigner l’orthographe, le
renoncement supposé des programmes à le prescrire… Si elle est un savoir popu-
laire et socialement valorisé, cela tient certes à sa place dans l’histoire de l’école
républicaine, mais aussi à la conscience que l’orthographe est bien plus qu’une
simple apparence de l’écrit qui doit se conformer à une norme stable: l’ortho-
graphe exige de faire le départ entre langue orale et langue écrite, elle exige de
mettre en œuvre des processus de nature métalinguistique, de la nature de ceux
qui sont en œuvre dans tous les apprentissages formels, (etc.).
1 «Les arbres s’enfoncent dans la terre par leurs racines comme leurs branches s’élèvent vers le ciel.
Leurs racines les défendent contre les vents et vont chercher, comme par de petits tuyaux souter-
rains, tous les sucs destinés à la nourriture de leur tige. La tige elle-même se revêt d’une dure écor-
ce qui met le bois tendre à l’abri des injures de l’air. Les branches distribuent en divers canaux la
sève que les racines avaient réunie dans le tronc». Caractéristiques de la dictée: 64 mots variables
sur 83; 37 noms (dont 11 au pluriel), 9 verbes (2 personne 3, 6 personne 6), 3 adjectifs (1 au fémi-
nin, 2 au pluriel), 2 participes passés.
20
Avec le même étalon (la dictée Les arbres) la mesure de l’ortho-
graphe moyenne des adolescents a été reconduite en 2005, quasiment vingt
ans après l’enquête Chervel-Manesse, dans 25 écoles et collèges du territoi-
re français2, de nouveau auprès d’élèves du CM2 à la classe de troisième;
cette nouvelle enquête a abouti à des résultats dont la publication a déclenché
un tumulte certain3, pour les raisons sans doute qu’on a évoquées plus haut:
ils confortaient une inquiétude sociale avérée, quelles que soient les réserves
qu’on puisse avoir sur les réactions qui ont suivi, trop souvent accrochées à
la seule face quantitative de cette recherche. Les résultats sur lesquels s’ap-
puyaient les analyses viennent d’être confirmés en tout point, pour ce qui
concerne l’école primaire, par la publication d’un document rendu public
comme «l’enquête cachée» du Ministère: l’enquête Lire, écrire, compter
conduite dans les CM2 de l’enseignement public en 1987 et en 2007, mais
dont les résultats avaient été… retenus jusqu’à ce qu’un chercheur excédé les
diffuse4.
Entre 1986-1987 et 2005, donc à peu près dans le temps d’une géné-
ration, le niveau orthographique des élèves de l’école obligatoire et unique a
notablement chuté, de deux classes environ, et ceci de manière très réguliè-
re: les résultats des élèves de 5e de 2005 sont ceux des CM2 d’il y a vingt ans,
les résultats des élèves de 4e sont ceux des 6e de 1987, (etc.). Certes, l’âge des
élèves dans leur classe respective est un peu moins élevé en 2005 qu’en 1987:
les acquisitions sont en moyenne différées de deux classes, mais d’un an et
demi d’âge seulement. Ces moyennes dissimulent des variations importantes:
les élèves d’une même classe peuvent être de niveaux très divers. La chute du
niveau orthographique des adolescents tient essentiellement à la mauvaise
maitrise de l’orthographe grammaticale: c’est la «zone à haut risque», selon
l’expression de Danièle Cogis; le nombre d’erreurs de ce type a plus que dou-
blé en 20 ans. On se permettra ici de renvoyer pour la discussion de ces résul-
tats à l’ouvrage Orthographe, à qui la faute, ainsi qu’à un certain nombre de
publications qui ont suivi et aux analyses qualitatives qui les accompagnent.
2 À notre connaissance, aucune enquête de cette envergure n’a été menée en pays francophones;
on dispose pour le Québec d’une étude comparative de l’orthographe dans un texte, qui a mon-
tré que le niveau de réussite en orthographe chez les élèves de 6e a baissé de 2000 à 2005
(MELS, 2006).
3 Danièle Manesse & Danièle Cogis (dir.), Orthographe, à qui la faute? Paris, ESF, 2007. L’équi-
[Link]
21
En tout état de cause, ces résultats mettent l’école en difficulté: l’orthographe
doit être enseignée, et jusqu’à nouvel ordre, elle l’est partout dans les pays
francophones.
Nous appuyant sur le corpus de 2005, notre propos ici est en effet de
développer des analyses qui n’ont été qu’ébauchées jusqu’alors, et qui concer-
nent les populations les plus défavorisées de l’école française, celles qui sont sco-
larisées dans le système prioritaire nommé en France «ZEP-REP» (zones,
réseaux d’éducation prioritaire): le fréquentent les enfants des classes populaires,
parmi lesquels ceux qui sont issus de l’immigration sont surreprésentés. Nous
disposons parmi les 2767 élèves d’un sous-ensemble de près de 500 élèves sco-
larisé en ZEP, conformément à leur représentation dans le système éducatif
(autour de 20%); les scores (nombre de points) qui figurent dans le tableau 1 cor-
respondent au nombre moyen d’erreurs qu’ils ont commises dans la dictée:
chaque erreur, lexicale ou grammaticale, pèse deux points, les signes orthogra-
phiques (accents, trait d’union, cédille) un seul point: le score de 34 points cor-
respond ainsi à 17 fautes.
5 Manesse (2007a).
22
recours»: une grande partie des élèves de ZEP est orientée après la classe de 3e
vers l’enseignement professionnel ou la vie professionnelle; leurs apprentissages
de la langue sont terminés, du moins dans le cadre formel de l’école; seule leur
reste l’aide extérieure ou familiale – recours incertains et précaires dans les
classes populaires, pour qui l’acquisition de la langue écrite passe essentielle-
ment par l’école.
Ainsi, des résultats dont certains peuvent soutenir qu’ils ne sont que dif-
férés par rapport à ceux qu’ils étaient il y a 20 ans prennent une signification dif-
férente en changeant de contexte: l’école pour tous, dont le collège «unique» est
la dernière étape, est en fait clivée à double titre: on en connait la ségrégation de
fait dans la distribution des élèves6; on voudrait maintenant témoigner de l’écart
qui se creuse dans les acquisitions orthographiques et en proposer quelques
explications.
7
Eric Maurin, Le ghetto français. Enquête sur la ségrégation urbaine, Paris, Seuil, 2004.
8
Ministère de l’éducation nationale, Qu’apprend-on au collège, Paris, CNDP, 2002, p. 81.
23
Figure 1: évolution en 2005 du nombre moyen d’erreurs de langue
en fonction du type de collège, ZEP ou hors ZEP
24
mots dont on n’entend pas le sens, relèvent des apprentissages fondamentaux,
ceux dont ils peuvent penser qu’ils sont acquis à l’issue du primaire, sauf pour
quelques élèves dans des situations particulières. L’apprentissage de la lecture ne
fait pas partie de la formation des enseignants, et en tout état de cause, il faut
beaucoup de temps pour traiter ces erreurs lors de séances avec les élèves qui ne
peuvent être qu’individualisées.
25
Si cet exemple concerne également tous les élèves, celui qui suit va mettre
en évidence ce qu’il advient d’une autre des compétences censées être acquises en
fin d’enseignement primaire: l’accord du pluriel. Prenons l’exemple de la chaine
d’accords11 «leurs racines les défendent», qui n’est pas le plus difficile, puisque la
forme pluriel du verbe est marquée à l’oral. Comme l’illustre la figure 3, on voit
s’améliorer de classe en classe la réussite de l’accord, lorsqu’il s’agit des élèves hors
ZEP. Les élèves de ZEP, qui entraient en 6e avec un retard important sur ce point,
progressent en 6e et leurs résultats égalent presque ceux des élèves plus favorisés. A
l’image de ce qu’on a vu précédemment concernant les fautes de langue, leurs résul-
tats stagnent en 5e et en 4e: les professeurs n’ont vraisemblablement plus le temps de
consacrer du temps à un accord qu’ils voudraient acquis; les résultats des élèves de
ZEP, sur ce qui fait partie des fondements de l’orthographe, restera bien en-deçà de
ceux des autres élèves et sans recours, comme on l’a suggéré plus haut.
Figure 3: évolution de la réussite de la chaine d’accord dans «leurs racines les défendent»
en fonction du type d’école, ZEP ou hors ZEP (pourcentages)
4. Pour conclure
En matière d’orthographe, plus que les autres, les élèves de ZEP font un
maigre profit de l’enseignement orthographique au collège: une partie de leur
séjour y est improductive du point de vue des acquisitions. L’impuissance de
leurs professeurs devant l’ampleur de la tâche a été maintes fois soulignée: ils ne
savent comment aider certains élèves qui sont dans un très grand état de dénue-
ment orthographique, et sont tentés de renoncer; ainsi, au terme d’un beau travail
d’écriture avec ses élèves de 4e, l’un d’eux le formulait sans ambages:
11
Cf. Danièle Cogis in Orthographe, à qui la faute?, p. 133.
26
«J’ai gardé cette classe en troisième et les acquis que j’ai pu mesurer ne portent
pas sur la langue mais sur une capacité installée d’analyse, de réflexion sur le
monde et la société, d’argumentation quel que soit le sujet proposé. L’atelier les
aura aidés peut-être à mûrir […] Au regard de leurs résultats scolaires sur l’année
de troisième, sans parler des points positifs déjà mentionnés, il me semble que les
lacunes sur les apprentissages fondamentaux demeurent et que la maitrise de la
langue, au bout de ce parcours qu’est le collège unique, n’est absolument pas
acquise. Comment donc apprendre à écrire? La question reste posée»12.
12
Virginie Martin, in: D. Manesse (dir.), Le français dans les classes difficiles, le collège entre
langue et discours, Paris, INRP, 2003.
13 C’est le choix qui a été fait dans les derniers programmes en France, qu’on ne peut présenter ni
discuter ici.
27
5. Références
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28
Langage & pratiques, 2009, 43, 29-37
L’apprentissage de la
morphographie du français.
La question des accords en nombre
Michel Fayol
Résumé
La morphologie du français écrit soulève des problèmes spécifiques
d’acquisition et d’utilisation en raison de son caractère «silencieux». Le présent article décrit les
caractéristiques linguistiques du système orthographique du français puis les erreurs auxquelles
il conduit relativement aux phénomènes d’accord. Il s’attache ensuite à l’apprentissage des
accords et s’achève par une perspective portant sur la gestion par les adultes des phénomènes
d’accord au cours de la production écrite.
/lep6titpulruspikorlegrEndore/
Les petites poules rousses picorent les graines dorées.
29
Seul le déterminant «/le/ -> les» porte une indication de nombre à l’oral
comme à l’écrit. Ni les noms «poules, graines» ni les adjectifs «petites, rousses,
dorées» ni le verbe «picorent» ne comportent de marque audible de pluralité. En
revanche, hormis les adverbes, la plupart des mots écrits reçoivent une flexion au
pluriel.
Le pluriel des noms est sémantiquement justifié: on met un –s à «poules»
parce qu’il y en a plusieurs. Il n’en va pas de même du pluriel des adjectifs et des
verbes: le fait que plusieurs poules soient rousses ou que plusieurs picorent ne
modifie en rien la couleur ou la réalisation de l’action. L’accord des adjectifs
avec le nom et des verbes avec leur sujet a un caractère formel et contribue à
assurer la cohésion au sein, d’une part, du groupe nominal «les petites poules
rousses» et, d’autre part, de la proposition (par l’accord entre sujet et verbe)
(Fayol, Totereau & Barrouillet, 2006). Une question importante a trait à la
manière dont nous procédons pour affecter la marque pertinente au bon mot.
30
réalisation de l’activité en cours capte l’essentiel voire la totalité de l’attention, il
n’en subsiste plus ou plus assez pour qu’elle puisse se porter sur la réalisation ou
le contrôle de l’accord. Les erreurs surgissent alors aux moments où l’attention
se déplace du clavier à l’écran, ou lorsqu’elle est captée par une autre tâche. C’est
en relisant (et encore pas toujours) que nous découvrons et corrigeons, parfois
avec surprise, les erreurs que nous avons commises.
31
non plus victimes d’une erreur d’attraction telle que nous l’avons décrite dans le
paragraphe précédent. Celle-ci les conduirait à transcrire «il les timbrent», ce qui
arrive parfois. Pour comprendre l’origine de telles erreurs, il faut remarquer que ces
erreurs ne surviennent qu’avec certains verbes et lorsque l’attention de ceux qui
rédigent est partiellement captée par une autre activité (Largy, Fayol & Lemaire,
1996). Elles sont ainsi presque toujours absentes (de 1 à 2%) avec les verbes
n’ayant pas d’homophone nominal, par exemple, «le charpentier prend des clous.
Il les jette(s)». Elles surviennent assez souvent lorsque le verbe a un homophone
nominal plus rare que son correspondant verbal, par exemple «le vagabond a des
poches. Il les fouille(s)» (environ 10% d’erreurs). En revanche, lorsque l’homo-
phone nominal apparait le plus souvent «timbrer», par exemple avec «le postier
prend des paquets. Il les timbre(s)», la proportion d’erreurs peut atteindre 30%.
Totereau, Barrouillet & Fayol (1998) ont ensuite fait apparaitre en ana-
lysant les types d’erreurs que les performances en production suivent une évolu-
tion complexe. Ces erreurs permettent en effet d’inférer les processus qui inter-
viennent dans la production du langage, processus plus difficilement détectables
lorsque la production s’effectue de manière exacte (Fayol, 1997).
- En début de première primaire (CP), les enfants écrivent le plus souvent les
mots sous leur forme neutre (i.e., le singulier pour le nom, la forme de la troisiè-
me personne du singulier pour le verbe) (mais voir Largy & al., 2007, pour des
cas où les noms sont initialement employés infléchis au pluriel en raison de leur
fréquence d’apparition sous cette forme). Pourtant, la plupart d’entre eux
32
connaissent la marque du pluriel nominal et savent l’interpréter. Ils sont même
en mesure de formuler la règle correspondant à la procédure «si pluriel alors
ajouter –s». En somme, ils disposent d’une connaissance dite déclarative mais ils
ne la mettent pas en œuvre. L’hypothèse la plus probable susceptible d’expliquer
ce fait est que les enfants de ce niveau ne disposent pas d’une capacité attention-
nelle suffisante pour gérer l’application de l’accord nominal au cours même de
la transcription. L’essentiel de leur attention est sans doute capté par, d’une part,
la détermination de l’orthographe du mot et, d’autre part, la réalisation graphique
dont le coût attentionnel est très élevé chez les plus jeunes (Bourdin & Fayol,
1994). Une conséquence de cette situation est que les enfants de première et
deuxième primaires sont en mesure de détecter les erreurs d’accord et de les cor-
riger alors même qu’ils les commettent eux-mêmes très souvent (Largy, 2001).
33
L’évolution ci-dessus décrite conduit à considérer que les savoirs
enseignés et mémorisés verbalement ont initialement un statut de connais-
sances déclaratives. La pratique conduirait à la constitution de procédures de
type Condition -> Action. En français, la difficulté provient de ce qu’il exis-
te deux marques (–s et –nt) dont l’utilisation repose sur des conditions qui
sont à la fois partiellement communes (la pluralité) et différentes selon les
catégories syntaxiques: nom ou adjectif -> –s; verbe -> –nt. L’apprentissage
du -s nominal peut s’opérer par apprentissage d’une première règle: R1: si
pluriel alors –s.
34
L’efficacité d’un enseignement explicite (formulation des règles, pra-
tique d’exercices et évaluation immédiate des performances) – attestée par les
données recueillies au cours d’un apprentissage contrôlé chez plus de 300 enfants
de la première à la troisième primaires – s’explique également facilement dans
ce même cadre théorique. Les effets de la pratique et du feedback entrainent en
quelques semaines la disparition de la plupart des erreurs (Thévenin, Totereau,
Fayol & Jarousse, 1999). Des données plus récentes montrent que les acquis ainsi
obtenus sont stables (sur trois mois) et généralisables à de nouveaux items. On
assisterait donc à l’automatisation progressive des procédures d’accord (Fayol,
Hupet & Largy, 1999; Fayol, Thévenin, Jarousse & Totereau, 1999), avec, pour
corollaire, la disparition des erreurs d’omission. Toutefois, il est toujours pos-
sible de trouver une situation suffisamment coûteuse pour que la mobilisation de
la procédure d’accord se trouve perturbée, y compris chez l’adulte qui, parfois,
«oublie» les marques du pluriel, verbal ou nominal (Fayol, Largy & Lemaire,
1994).
35
moins dans certains cas, les accords sont réalisés en récupérant les items en
mémoire, plutôt qu’en recourant aux procédures enseignées. Ce recours à la récu-
pération d’instances en mémoire est adaptatif en ce sens qu’il permet d’effectuer
la plupart des accords sans faire appel à des procédures fragiles et coûteuses en
attention. Toutefois, les procédures restent disponibles et mobilisables dans cer-
taines circonstances, par exemple comme procédure de secours (back up). Ce
recours nécessite, d’une part, que les capacités attentionnelles soient suffisantes
et, d’autre part, que le système cognitif détecte une erreur (Fayol & Jaffré, 2008;
Fayol, Largy & Ganier, 1997; Hupet, Fayol & Schelstraete, 1998; Largy,
Dédéyan & Hupet, 2004).
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37
Langage & pratiques, 2009, 43, 38-45
Résumé
Cet article présente des données expérimentales suggérant que des élèves
francophones de la 2e à la 5e primaire utilisent des mots morphologiquement reliés pour déci-
der de la présence et de l’absence de lettres muettes finales (e.g., bavarder fi bavard; citronner
fi citron, respectivement) au point parfois d’appliquer le principe de consistance de la racine à
des mots pour lesquels ce principe ne convient pas (e.g., numéroter fi numéro). Il montre éga-
lement que les élèves évoquent l’utilisation de stratégies morphologiques plus souvent lorsque
des informations morphologiques peuvent être utilisées que lorsqu’elles ne peuvent pas l’être et
que ces mentions peuvent, dans une certaine mesure au moins, être mises en relation avec leurs
performances orthographiques.
38
graphèmes, ne permet pas d’écrire correctement plus de la moitié des mots fran-
çais (Jaffré & Fayol, 1997). Le système d’écriture français représentant simulta-
nément les niveaux phonologique et morphologique du langage oral, l’utilisation
de la morphologie permet souvent de choisir entre plusieurs transcriptions
plausibles d’un son donné. Par exemple, savoir qu’en français le son ε est
transcrit -ette et non -aite, -ète ou -ête lorsqu’il correspond à un suffixe dimi-
nutif peut aider à écrire des mots morphologiquement complexes comme fillet-
te (fille + ette) ou maisonnette (maison + ette) (Pacton, Fayol & Perruchet,
2005).
L’objectif de cet article est de présenter des recherches ayant tenté de préciser:
1) si, quand et comment des élèves francophones de l’école élémentaire utilisent
des mots morphologiquement reliés pour guider leurs orthographes;
2) s’il est possible de mettre en relation les stratégies d’écriture évoquées par les
enfants (e.g., «j’ai utilisé le mot bavarder pour écrire le mot bavard», Sénéchal,
Basque & Leclair, 2006; Pacton, Casalis & Deacon 2007) et leurs performances
orthographiques.
39
II. Utiliser des mots morphologiquement reliés pour en orthographier
d’autres: comment?
40
glaçon) ne possédant pas de mot morphologiquement relié permettant de prédi-
re (correctement) l’absence ou (à tort) la présence d’une lettre muette finale.
Les résultats relatifs aux mots incluant une lettre muette finale ont confir-
mé les études antérieures (e.g., Sénéchal, 2000; Sénéchal & al., 2006), avec un
meilleur marquage des lettres muettes pour les mots «morphologiques» que pour
les mots «opaques» de manière stable entre les différents niveaux scolaires. En
effet, si les performances augmentaient en fonction du niveau scolaire, il n’y
avait pas d’interaction entre le niveau scolaire et le type de mots. Concernant les
mots sans lettres muettes finales, si les performances différaient en fonction du
type de mots, ni l’effet du niveau scolaire, ni l’interaction type de mots x niveau
scolaire n’étaient significatifs. Les mots «morphologiques» étaient mieux mar-
qués (i.e., sans lettre muette) que les «opaques» qui l’étaient eux-mêmes mieux
que les «pièges». L’analyse des productions indiquait que les lettres muettes
ajoutées aux mots «pièges» étaient presque toujours celles suggérées par des
mots morphologiquement reliés (e.g., «d» plutôt que «t» pour cauchemar; «t»
plutôt que «s» pour pourri). Ainsi, la possibilité d’utiliser des mots morphologi-
quement reliés réduirait l’ajout erroné de lettres muettes à certains mots mais
l’augmenterait pour d’autres, les élèves appliquant le principe de consistance de
la racine à des mots pour lesquels ce principe ne convient pas.
Sénéchal & al. (2006) ont demandé à des enfants de mentionner s’ils
écrivaient différents types de mots («morphologiques» et «opaques» avec lettres
muettes; sans lettres muettes) en récupérant leur orthographe en mémoire, en
effectuant des correspondances sons - lettres, ou en utilisant des mots morpho-
logiquement reliés. Elles ont montré que des élèves canadiens de 4e primaire
mentionnaient l’utilisation d’une stratégie morphologique pour des mots «mor-
phologiques avec lettre muette finale» (e.g., écrire le «d» de bavard en utilisant
bavarder) et que les performances orthographiques associées à l’indication
d’une stratégie morphologique étaient aussi bonnes que celles associées à l’in-
dication d’une récupération en mémoire. Dans une étude récente, nous avons
utilisé les mêmes items que dans l’étude rapportée dans la section précédente
(Pacton & Casalis, 2006) afin de mettre en relation les performances orthogra-
phiques d’élèves de 4e primaire et les stratégies orthographiques qu’ils men-
tionnaient (Pacton, Casalis & Deacon, 2007, en préparation). Notre premier
41
objectif était d’étendre l’étude des mentions de stratégies à différents types
d’items sans lettre muette finale (i.e., «morphologiques», «opaques» et
«pièges»). Notre second objectif était d’étudier l’impact éventuel de l’activité de
mention des stratégies sur les performances orthographiques des élèves: réfléchir
à la possibilité d’utiliser des mots morphologiquement reliés peut-il conduire les
élèves à utiliser davantage les mots «morphologiques», que ceci soit approprié
(mots «morphologiques» avec et sans lettre muette) ou non (mots «pièges»)?
Les mots étaient dictés à trois reprises à deux groupes d’élèves, un grou-
pe «contrôle» et un groupe «stratégie». Les 2e et 3e sessions avaient lieu respec-
tivement un et trois jours après la 1e session. Les 1e et 3e sessions étaient iden-
tiques pour tous les sujets. Lors de la 2e session, les élèves du groupe «stratégie»
indiquaient leur stratégie d’écriture alors que les élèves du groupe «contrôle» ne
l’indiquaient pas. La tâche du groupe «contrôle» était donc identique pour les
trois sessions. Lorsque les élèves du groupe «stratégie» écrivaient un mot, ils
devaient cocher s’ils l’avaient écrit de mémoire, en effectuant des correspon-
dances sons - lettres, ou à l’aide d’un mot de la même famille (dans ce cas, ils
devaient indiquer lequel).
42
les mots «opaques avec lettre muette finale» aux trois sessions dans les deux
groupes; mais cet effet, qui ne différait pas en fonction du groupe lors de la 1e
session, était significativement plus prononcé dans le groupe «stratégie» que
dans le groupe «contrôle» lors des 2e et 3e sessions. La taille de l’effet morpho-
logique ne variait pas en fonction de la session pour le groupe contrôle. Par
contraste, elle augmentait de la 1e à la 2e session et demeurait stable de la 2e à la
3e session pour le groupe «stratégie».
IV. Conclusion
43
Les enfants évoquent l’utilisation de stratégies morphologiques plus sou-
vent lorsque des informations morphologiques peuvent être utilisées que lors-
qu’elles ne peuvent pas l’être et ces mentions peuvent, dans une certaine mesure
au moins, être mises en relation avec leurs performances orthographiques (Séné-
chal & al., 2006, Pacton & al., 2007). Nous avons montré que l’activité de men-
tion de stratégie augmentait le recours à des stratégies morphologiques, au moins
pour les mots incluant des lettres muettes et que cet effet, observé le jour de l’ac-
tivité de mention des stratégies, demeurait deux jours après. Des études sont en
cours pour préciser si un tel impact demeure après un délai plus important et déter-
miner le transfert qui peut être obtenu suite à une telle intervention. Cette question
du transfert ne pouvait en effet pas être explorée dans l’étude rapportée dans cet
article qui utilisait les mêmes items lors des trois sessions expérimentales.
44
V. Références
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45
Langage & pratiques, 2009, 43, 46-58
L’orthographe en production
de textes chez les enfants
avec et sans dysorthographie1
Résumé
I. Introduction
1 Cet article reprend la conférence donnée par G. de Weck lors des Confrontations Orthophoniques,
46
orthographe et graphisme –, la plupart des chercheurs en psycholinguistique, en
didactique ou en psychologie cognitive accordent leur attention à une seule de
ces trois dimensions. Ils s’intéressent soit à l’orthographe (voir par exemple Jaf-
fré, 1996; Rieben, Fayol & Perfetti, 1997), soit à la production discursive (voir
par exemple Schneuwly, 1988; de Weck, 1991; Fayol, 1997) sans prendre réel-
lement en considération l’autre dimension. Quelques rares travaux tentent de
concilier les dimensions textuelles et orthographiques (Allal, 1999). De même,
dans l’étude des troubles d’apprentissage du langage écrit (voir par exemple de
Partz & Valdois, 1999; Hoefflin & Cherpillot, 1995; Van Hout & Estienne,
1994), comme en clinique logopédique, la seule dimension généralement retenue
est l’orthographe, et éventuellement le graphisme, réduisant ainsi la production
écrite à ces deux aspects. En effet, très rares sont les questionnements et plus
rares encore les évaluations de la production discursive. On en veut pour preuve
les seuls termes de dysorthographie et dysgraphie, largement utilisés pour spéci-
fier les troubles de l’orthographe et du graphisme.
2
Cette recherche a pu être réalisée grâce à un subside du Fonds National suisse de la Recherche
Scientifique (crédit FNRS no. 1214-061607.00) attribué à G. de Weck. Ont largement contribué à
la réalisation de ce travail Mmes M. Chalard, S. Collay, S. Krugel Vuilleumier et S. Siegrist.
Qu’elles soient ici vivement remerciées pour leur précieuse collaboration.
47
enfant sait quelque chose, il devrait le savoir définitivement, sans que les varia-
tions des tâches ou des activités puissent influencer l’actualisation de ses
connaissances. En fait, les connaissances ne sont sans doute pas d’emblée stables
et généralisables. C’est peut-être une évidence, mais quand on observe les pra-
tiques d’évaluation – avec le recours constant et souvent exclusif à un seul test
qui évalue les performances dans une seule situation –, on est bien obligé de
conclure à un hiatus entre ce qui est pensé et ce qui est effectivement réalisé.
Ainsi, partant de ces deux prémices, nous avons cherché à étudier les
influences réciproques des dimensions orthographique et textuelle lors de l’écri-
ture de textes. Notre hypothèse générale est que la gestion conjointe des opéra-
tions liées à la production textuelle et à l’orthographe impose un coût cognitif très
élevé, et ce d’autant plus que ces opérations sont peu ou pas automatisées,
comme c’est le cas en début d’apprentissage. C’est donc vraisemblablement dans
cette situation que les performances des enfants se révèlent les moins bonnes. Par
contre, les enfants devraient mieux actualiser leurs connaissances si certaines de
ces opérations n’ont pas à être mobilisées. Ces hypothèses impliquent de propo-
ser aux enfants plusieurs tâches de production et de les comparer.
II. Méthode
3 Nous remercions très vivement les enseignant(e)s des écoles primaires de Colombier et de Tra-
vers, ainsi que les logopédistes de centres à La Chaux-de-Fonds, Neuchâtel, Yverdon et Versoix
qui ont rendu possible l’observation des enfants.
48
- 23 enfants de 2P, de 7;7 ans d’âge moyen (7;3 - 8;4 ans), soit 11 garçons et 12
filles;
- 22 enfants dysorthographiques, de 10;5 ans d’âge moyen (8;11 - 12;3 ans), sui-
vant un programme scolaire de 4P et bénéficiant d’un traitement logopédique -
orthophonique, soit 19 garçons et 3 filles.
Dans un premier temps, les enfants sont soumis à une batterie d’épreuves
(pré-tests) afin de définir et d’apparier les trois groupes de sujets. Cette batterie
est constituée de trois types d’épreuves:
- 2 épreuves non verbales: PM38 et empan mnésique (WISC-R);
- une épreuve langagière orale: l’épreuve de vocabulaire issue de la
WISC-R;
- 3 épreuves de lecture: la «lecture de mots en une minute» issue du LMC-R
(Khomsi, 1999); l’«identification de mots» issue du LMC (Khomsi, 1990); la
«compréhension» issue du LMC (Khomsi, 1990);
- 3 épreuves d’orthographe: O3 (orthographe lexicale) et O4 (orthographe gram-
maticale) issues du ORLEC (Lobrot, 1988), ainsi que Ortho3 (Belec; Mousty &
al., 1994a et b).
49
l’ensemble des opérations de production d’un texte écrit. La consigne est la
suivante: «tu vas écrire cette histoire pour d’autres enfants qui liront ton texte sans avoir
les images sous les yeux. N’oublie pas qu’ils doivent bien comprendre l’histoire». Cette
consigne visait à ce que les enfants produisent un texte pour un interlocuteur
ne partageant pas la connaissance du contenu de l’histoire.
- Un texte lacunaire (TL) réalisé à partir de la production autonome de l’enfant,
et dicté par l’expérimentatrice suite à la consigne suivante: «voici un texte que tu as
écrit une des dernières fois qu’on s’est vu, à partir de cette histoire (une des histoires dont les
images sont remontrées à l’enfant). Tu vois, je l’ai tapé sur l’ordinateur, et j’ai laissé des trous.
Aujourd’hui je vais te dicter les mots qui vont dans les trous. D’abord je vais te lire le texte entier.
Ecoute bien». Dans cette tâche, l’enfant a à gérer uniquement l’orthographe: il écrit
les mots présentant des variations morphologiques (pronoms, noms, verbes,
adjectifs, etc.), mais pas les connecteurs et autres mots invariables. Le nombre de
mots à écrire par l’enfant varie en fonction notamment de la longueur de la pro-
duction autonome d’origine, de la complexité des propositions et du degré de
connexion du texte.
III. Résultats
50
1. Profil qualitatif des erreurs dans les productions autonomes
Pour analyser les types d’erreurs d’orthographe effectuées par les enfants,
nous avons utilisé une des versions de la classification issue des travaux de Cata-
ch (1986) et de Jaffré (Ducard, Honvault & Jaffré, 1995). Plus précisément, nous
avons eu recours à celle décrite dans Betrix Köhler (1993). Cette classification
regroupe les sept catégories d’erreurs suivantes, déterminées à partir des fonc-
tions des graphèmes:
a) les erreurs phonétiques: omissions (mercrdi* pour mercredi), confusions (bal-
lan* pour ballon), inversions (quarte* / quatre) et adjonctions (quartre* /
quatre) de graphèmes;
b) les erreurs phonogrammiques qui résultent d’une «non connaissance du code
graphique du français» (p.165): certaines erreurs altèrent la valeur phonique du
mot (asiette* pour assiette; gider* pour guider), d’autres non (aciette* pour
assiette; anfant* pour enfant);
c) les erreurs morphogrammiques grammaticales qui résultent du non respect des
morphogrammes grammaticaux: marques du genre et du nombre (petit pour peti-
te; chevaus* pour chevaux), et terminaisons des verbes (j’é* pour j’ai; ils chan-
tais* pour ils chantaient);
d) les erreurs morphogrammiques lexicales qui résultent du non respect des mor-
phogrammes lexicaux: en particulier, préfixes et suffixes (lentemant* pour len-
tement), lettres justifiables par dérivation (enfan* pour enfant; petid* pour petit);
e) les erreurs logogrammiques ont trait essentiellement à la figure des mots et
permettent surtout de distinguer les homophones (sait pour c’est; a pour à; ver
pour verre);
f) les erreurs concernant les graphèmes non fonctionnels: essentiellement
consonnes doubles (dificile* pour difficile) et lettres finales (paraplui* pour
parapluie; longtemp* pour longtemps);
g) les erreurs idéogrammiques concernant surtout les traits d’union (vingt
quatre* pour vingt-quatre) et les majuscules (hormis les majuscules liées à la
ponctuation).
51
inapproprié) ou d’une erreur sur une lettre non fonctionnelle (des mots singuliers en
français se terminent par «s»; cf. supra catégorie f). Toutes les erreurs sont analy-
sées; leur fréquence est calculée en pourcentages par rapport au nombre de gra-
phèmes que contiennent l’ensemble des mots correctement orthographiés des trois
histoires.
52
genre, ainsi que les morphogrammes des formes verbales) et, pour l’orthographe
lexicale, des choix entre les graphèmes transcrivant un même phonème et les gra-
phèmes finaux non fonctionnels.
Ainsi, des spécificités peuvent être dégagées pour chacun des trois
groupes:
53
- en 2P, les morphogrammes grammaticaux bien sûr, mais également les connais-
sances du code (choix parmi différents graphèmes correspondant à un seul pho-
nème et graphèmes finaux qui n’ont pas de correspondant phonique), sont en
cours d’apprentissage. La correspondance phonèmes-graphèmes peut encore
poser problème aux enfants, sans constituer pour autant un domaine privilégié
d’erreurs; elle est donc en voie de stabilisation.
- Les erreurs commises par les enfants de 4P attestent que les morphogrammes
grammaticaux sont encore en voie d’apprentissage et de stabilisation, et que tout
ce qui est de l’ordre de la correspondance phonèmes-graphèmes est automatisé;
seule la connaissance de certaines conventions reste parfois source d’erreurs. Ces
résultats mettent bien en évidence l’apprentissage qui s’est réalisé en deux ans.
- Enfin, chez les enfants dysorthographiques, si les erreurs morphogram-
miques grammaticales sont, comme dans les deux autres groupes, majori-
taires, l’importance des erreurs phonétiques montre que la correspondance
phonème-graphème n’est pas encore stabilisée. Elle varie même parfois d’une
occurrence à l’autre dans l’écriture d’un mot. Ceci constitue bien une spécifi-
cité de la dysorthographie. Ainsi, cette première analyse orthographique confir-
me notre hypothèse sur les spécificités des types d’erreurs observées.
Nos hypothèses sont que les textes lacunaires doivent présenter une quali-
té orthographique meilleure que les productions autonomes d’une part, et que cet
effet doit être plus accentué chez les enfants en début d’apprentissage (2P) et chez
les enfants en difficultés d’apprentissage (DYS) d’autre part. La raison de cet effet
tient à la diminution de la charge cognitive dans le complètement du texte lacunai-
re où les enfants n’ont pas à gérer les autres dimensions de la production textuelle.
Les résultats sont présentés pour l’ensemble des sujets et pour chacun des
trois groupes. Dans tous les cas, les trois histoires sont confondues. Des analyses
statistiques ont été effectuées pour tester la significativité des effets obtenus.
54
a) Pourcentages de mots erronés
De manière générale, il y a plus d’erreurs en production autonome
(PA: 41.67% de mots erronés) qu’en texte lacunaire (TL: 39.01%), l’effet du
type de production étant significatif. Les enfants dysorthographiques
(54.02% de mots erronés) font approximativement autant d’erreurs que les
enfants de 2P (47.76%). Les enfants dysorthographiques et de 2P font signi-
ficativement plus d’erreurs que les enfants de 4P (20.51%), aussi bien dans
la production autonome que dans le texte lacunaire. L’effet de la tâche n’est
significatif que pour les enfants de 4P qui font effectivement moins d’er-
reurs en TL qu’en PA (p.<000). Cet effet ne s’observe pas pour les enfants
dysorthographiques et de 2P: ils font tous en moyenne autant d’erreurs en
PA qu’en TL.
55
- les enfants dysorthographiques améliorent et péjorent leur orthographe autant
que les enfants de 2P (DYS = 2P);
- ces deux groupes de sujets ont plus d’améliorations et de péjorations que les
enfants de 4P (DYS+2P > 4P);
- la différence entre les améliorations et les baisses n’est significative que pour
les enfants de 4P (p.<000) qui améliorent leur orthographe en TL davantage
qu’ils ne la péjorent; les enfants de 2P comme les dysorthographiques améliorent
autant qu’ils péjorent la qualité de l’orthographe en TL par rapport à PA, ce qui
explique le taux moyen d’erreurs identique dans les deux tâches (cf. supra), les
deux phénomènes se compensant.
IV. Discussion
56
lyse qualitative précise et détaillée permet la mise en évidence de spécificités
chez les enfants dysorthographiques comparés à leurs pairs ne présentant pas de
difficultés ou à des enfants plus jeunes, et cela dans le cadre de productions tex-
tuelles plutôt que dans l’écriture de mots isolés.
V. Références
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57
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Bruxelles et Paris: OIL et Masson.
58
Langage & pratiques, 2009, 43, 59-69
Démarches en orthographe
grammaticale1
Danièle Cogis
Résumé
La question des démarches se pose dans toutes les disciplines, mais elle
prend, quand il s’agit d’orthographe, une coloration particulière: tout le monde
sait ce qu’il faut faire et à quoi attribuer les fautes. N’était-ce pas beaucoup mieux
avant, comme des enquêtes récentes semblent le montrer2 – du temps, qui aurait
disparu, des dictées-qui-ont-fait-la-preuve-de-leur-efficacité3? La difficulté rési-
de ainsi dans une intrication d’opinions, de faits, d’aprioris péremptoires, dans un
domaine où il n’est pas toujours facile de réfléchir sereinement. Cet article se
propose de faire le point sur les démarches d’apprentissage à partir des apports
de la recherche sur l’acquisition de l’orthographe grammaticale.
1
L’article est rédigé selon l’orthographe renouvelée.
2
Voir Manesse & Cogis (2007) et Danièle Manesse ici même. Voir aussi «Lire, écrire, compter:
les performances des élèves de CM2 à vingt ans d’intervalle 1987-2007», Note d’information
08.38, 2008, MEN, DEPP.
3 «Les fautes d’orthographe se multiplient, à l’école comme dans l’entreprise. C’est la conséquen-
ce des billevesées pédagogistes. Il faut rétablir la dictée.» Valeurs actuelles, 30 novembre 2007.
59
I. Au temps jadis...
Mais, très tôt, les critiques se sont élevées contre ces excès, Jules Ferry
en tête: «aux anciens procédés qui consument tant de temps en vain, à la vieille
méthode grammaticale, à la dictée – à l’abus de la dictée –, il faut substituer un
enseignement plus libre, plus vivant, plus substantiel»4. Les linguistes n’ont
pas été en reste, tel Charles Bally qui s’insurge à Genève en 1931: «le pivot de
l’enseignement reste […] la dictée orthographique, moyen idéal de stériliser un
enseignement d’où dépend toute la vie de l’esprit!» (p. 31). En France, en
1969, la commission présidée par l’Inspecteur général Rouchette écrivait dans
une version non expurgée: «l’exercice de dictée ne peut être tenu pour un véri-
table instrument d’acquisition; tout au plus peut-on le considérer comme un
instrument de contrôle dont il est inutile d’abuser». Aucune étude n’est venue
démentir ce constat. Pourtant, récemment, la dictée comme moyen d’appren-
tissage a été inscrite dans un texte de loi de la République française5. C’est
donc au cœur d’une histoire qui concerne la politique et l’éducation qu’elle
s’enracine et prospère.
On s’étonne que cet exercice mis au point au XIXe siècle constitue pour
beaucoup un horizon indépassable, malgré tous les changements intervenus tant
dans la société que dans l’école (Blais, Gauchet, Ottavi, 2008), comme si l’on ne
savait rien de plus de nos jours sur l’apprentissage et sur l’acquisition de l’or-
thographe. Leçon, exercices d’application des règles, dictée suivie des correc-
tions censées mettre fin au retour des mêmes fautes forment ainsi depuis des
décennies l’ossature de l’enseignement de l’orthographe. Plusieurs points font
problème; on s’en tiendra à deux séries de remarques:
4
Cité par l’historien Claude Lelièvre: [Link]
lelievre/180308/jules-ferry-et-les-nouveaux-programmes (consulté en mars 2009).
5 Socle commun de connaissances et de compétences, décret du 11 juillet 2006, BO n° 29 du 20
juillet 2006.
60
- alors que la compétence orthographique décisive aujourd’hui est celle qui se
manifeste dans les écrits, et que l’on connait mieux les rapports complexes entre
orthographe et écriture, le modèle traditionnel table toujours sur une application
«naturelle» en production écrite des règles apprises dans les leçons, tout en
constatant que le transfert se fait mal;
- alors que, depuis les années 1990, on appréhende mieux la manière dont les
élèves conceptualisent l’écrit, les partisans de ce modèle continuent à ne pas tenir
compte des représentations des élèves à l’origine des erreurs, tout en s’indignant
que les erreurs persistent.
6
Catherine Brissaud & Daniel Bessonnat (2001); Jean-Pierre Sautot (2002); Ghislaine Haas
(2004); Danièle Cogis (2005).
61
fonctions différentes. Dans un premier temps, l’enfant découvre que c’est avec
des lettres, unités dépourvues de signification, qu’on produit du sens (fonction
phonographique). Mais, très vite, cette découverte est remise en cause: certains
graphèmes sont porteurs de sens, grammatical ou lexical (fonction morphogra-
phique). C’est notamment le cas du s qui, non seulement transcrit deux pho-
nèmes, mais a la valeur d’un pluriel avec le nom et ses satellites, et d’un singu-
lier avec le verbe (on simplifie).
Et plus encore: une marque étant spécifique à une classe de mots, il faut
identifier la classe de chaque mot utilisé. Mais comment s’y prendre? Même si
l’intuition joue un rôle (contreproductif parfois), c’est par des opérations lin-
guistiques qu’on y parvient. Or l’élève n’est pas un linguiste. Rien d’étonnant,
donc, à ce qu’il se perde, errant d’un niveau à l’autre de ce que Nina Catach a
appelé le plurisystème (1980).
62
Dans chacun des exemples, l’élève justifie sa graphie par une règle. En
réalité, il s’en tient à une seule dimension de cette règle, généralement sémantique,
au détriment de la syntaxe, encore peu élaborée à cet âge. Mais comment pourrait-
il comprendre son erreur lors des corrections de dictée, si on lui répète la règle
qu’il croit appliquer? C’est à construire une représentation plus juste des phéno-
mènes grammaticaux inscrits dans l’orthographe qu’il faut amener les élèves.
63
spécifiques (atelier de négociation graphique7 ou phrase dictée du jour; observa-
tion de corpus) où les élèves sont d’abord incités à expliciter leurs graphies, puis
à confronter leurs points de vue, que des prises de conscience se produisent. Pour
le montrer, suivons un échange dans une classe de CE1/2P après la dictée de la
phrase Deux frères et une sœur se promènent, que l’enseignante a tirée d’une
rédaction de Mourad8.
7
Ghislaine Haas & Laurence Maurel ici même.
8
Nélia Labsi, mémoire professionnel PE2, IUFM de Paris, 2005.
64
Que peut-on attendre d’un tel travail? Des déplacements cognitifs. Ainsi,
Louise, deux jours plus tôt, n’avait pas mis de marque de pluriel au verbe (més
samis ssapél); cette fois, elle le marque… d’un s (se promènes). De son côté,
Mourad, déjà sensible à la nécessité de marquer le pluriel verbal, mais avec un s
(se promènes, s’appelles), passe à la marque nt (se promènent). Ce que la cor-
rection magistrale n’avait pu obtenir, le travail d’explicitation mené sur s’ap-
pelles l’a permis en apportant de la «clarté cognitive». Dans sa rédaction, en
effet, l’enseignante avait soigneusement écrit promènent sous promènes, mais
cela ne l’avait pas empêché de continuer à marquer le verbe d’un s (s’appelles).
Lors de la discussion, il a pu expliquer ce choix par le s de nous sommes en se
référant à l’affiche de la conjugaison du verbe être; cette fois, nt est en place (pro-
mènent). Mais Louise aussi a progressé, car l’apprentissage ne se joue pas en tout
ou rien. Le but est d’obtenir un niveau de conceptualisation supérieur, pas néces-
sairement celui de l’expert, si le pas à franchir est trop grand. Partie de plus loin,
il faudra à cette élève un plus grand nombre de «coups» pour arriver au but. Entre
Louise qui ne marque rien et Nelly qui utilise nt à bon escient se dessine cet espa-
ce où les conceptions erronées se défont et les conceptions justes se renforcent.
Dans les cas où les échanges ne suffisent pas, l’observation d’un corpus
de phrases normées provoque généralement les déplacements visés. Par exemple,
dans une classe de CM2/5P où une partie des élèves trouve normal d’écrire leurs
chambre («une seule chambre, mais ils sont plusieurs»), l’examen de groupes
tels que leur voiture/leurs livres a provoqué la prise de conscience du lien de
concordance entre le déterminant et le nom, y compris au singulier en dépit du
sens qui évoque le pluriel.
9 C’est toute la différence avec un exercice d’application qui place souvent l’élève dans une situa-
tion trop élémentaire pour qu’une conception erronée s’exprime et puisse être travaillée. Par
exemple, dans le chapitre intitulé «l’accord du verbe» d’un récent manuel de grammaire destiné au
secondaire (11-15 ans), un exercice a pour consigne: «Quelle forme verbale est correctement accor-
dée avec le sujet?»; et pour premier item: «Les enfants (se retrouve/se retrouvent) avec plaisir après
les vacances»!
65
2.2. Situations de révision
Une fois écartées les erreurs conceptuelles, restent les «maldonnes»
inévitables du premier jet. L’autorégulation fait donc partie de la compétence
orthographique: capacité de haut niveau, elle se construit lentement, impliquant
une motivation intrinsèque du scripteur.
66
– En second lieu, l’enseignement de l’orthographe se fait dans un climat négatif,
peu stimulant, bien différent des autres disciplines. En effet, les scripteurs ne
peuvent éviter les erreurs; pourtant, nous réagissons immédiatement comme s’ils
pouvaient faire autrement. Le message qui passe ainsi, année après année, est que
ce qui nous intéresse vraiment dans leurs écrits, ce sont leurs fautes et non ce
qu’ils ont à dire. Beaucoup d’adolescents finissent par développer une mésesti-
me de soi et une attitude de refus. Ce refus étant le fruit d’une longue histoire,
recréer un intérêt pour l’orthographe est une tâche difficile, mais pas tout à fait
impossible. Elle réclame une autre attitude de la part des adultes. L’élève doit
d’abord se voir reconnaitre comme un sujet qui pense et écrit10. Non confondu
avec son niveau d’orthographe, il peut retrouver de la confiance en soi en décou-
vrant qu’il comprend enfin certaines de ses erreurs et progresser.
10
Même chez des élèves en grande difficulté, on peut assister à un déblocage (Meige & Milevaz,
2006).
11 Pour une vue d’ensemble: Catherine Brissaud, Jean-Pierre Jaffré, Jean-Christophe Pellat (2008);
67
Pour conduire l’apprentissage de l’orthographe, partir de ce que les
élèves savent et comprennent pour leur faire faire le pas suivant devrait être la
règle; les amener, par la verbalisation et la confrontation, à mobiliser leurs capa-
cités intellectuelles, le moyen de base; les réconcilier avec l’écriture et avec l’or-
thographe, l’enjeu. Ce n’est pas hors de portée: les signes encourageants ne man-
quent pas.
68
IV. Références bibliographiques
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C. A. Perfetti (éds.), Des orthographes et leur acquisition, Lausanne, Delachaux et Niestlé, 181
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(dir.). Pour un nouvel enseignement de la grammaire, Québec, Editions Logiques, 341-358.
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velles. École/Collège, Paris, Delagrave.
MEIGE, A., MILEVAZ, F. (2006). «Estime de soi et troubles dysorthographiques: une co-théra-
pie de groupe pour des pré-adolescents en difficulté d’apprentissage», Langage & pratiques, 37,
81-91.
69
Langage & pratiques, 2009, 43, 70-80
Les ateliers
de négociation graphique
Résumé
1
L’équipe GREDO (Groupe de Recherche en Didactique de l’Orthographe) de l’IUFM de Bour-
gogne, équipe multicatégorielle comportant des universitaires, des formateurs IUFM, des maitres
formateurs et des professeurs des écoles.
2 Le Français Aujourd’hui (Lorrot, 1994), Enjeux (Nicolle & alii, 1995), Repères (Haas & Lorrot,
70
I. L’arrière-plan théorique
Nos observations nous ont amenés à poser l’hypothèse que les élèves
sont capables très tôt d’une réflexion métalinguistique avancée qui peut être sol-
licitée et développée par une situation d’apprentissage spécifique combinant l’ai-
de de l’étayage du maitre et des interactions entre pairs.
71
les enfants cherchent très tôt à comprendre comment fonctionne l’écrit. Ces tra-
vaux (Ferreiro, 1988) témoignent qu’en dehors de tout enseignement/apprentis-
sage, les élèves font preuve de capacités cognitives qui leur permettent de recons-
truire, au travers d’une activité conceptualisatrice, les principes de base de leur
système d’écriture. De même les travaux en «linguistique génétique» (Jaffré,
1992) ont montré, à travers les entretiens «métagraphiques», que les élèves se
construisent des conceptions sur le fonctionnement de l’écriture et de leur langue
qui leur permettent de résoudre, à leur façon, les problèmes orthographiques
qu’ils rencontrent. Dès lors, la conceptualisation par les élèves du fonctionne-
ment du système orthographique peut être observée et accompagnée par les
maitres grâce à une activité appropriée qui permet de la mettre à jour, de la tra-
vailler et de la remettre en question.
Enfin, nous avons été influencés par les apports des travaux en psycho-
logie sur les interactions comme média privilégié de construction et d’appro-
priation des connaissances et sur le rôle de la médiation sociale du maitre dans
l’orientation cognitive qu’elle fournit à l’élève (Vygotsky, 1985; Bruner, 1983).
Les ateliers de négociation graphique se sont donc appuyés sur ces tra-
vaux scientifiques qui ont construit des dispositifs pour «faire parler» les jeunes
enfants de leur activité d’écriture. Il s’agit d’abord bien sûr des entretiens menés
par E. Ferreiro avec des enfants pré-lettrés (Ferreiro, 1988), mais aussi des ate-
liers mis en place par J.P. Jaffré dès la fin des années 80 (Jaffré, 1979, 1992),
dans lesquels de très jeunes élèves s’essayent à l’écriture créative, ou encore les
ateliers privilégiés d’écrit (Hardy & Platone, 1992) tentés par le CRESAS, au
cours desquels les interactions entre des élèves de maternelle sont suscitées et
observées, dans une perspective constructiviste et interactionniste.
72
1) Faire de l’erreur le moteur des apprentissages
La confrontation des différentes graphies nous est apparue comme un
moteur suffisant pour enclencher la production des raisonnements et des argumen-
tations. L’erreur est ainsi devenue le moteur des apprentissages. Elle est de plus
considérée comme digne d’intérêt, ce n’est plus une «faute», mais un objet de dis-
cussion et par là-même, la source d’une réflexion qui doit conduire à un progrès.
Toutes les étapes de cette activité ont été soigneusement pesées, élabo-
rées, selon un protocole précis. Il nous a fallu plusieurs années de va-et-vient
entre la pratique et la réflexion théorique pour les mettre au point, et pour définir
précisément la place de l’élève et le rôle de l’enseignant. L’A.N.G. peut s’adap-
ter à tous les niveaux, et nous avons mené des ateliers de la maternelle au lycée…
1. Le déroulement
La dictée
Un texte fabriqué, centré sur plusieurs notions problématiques, et repré-
sentatif des trois zones du plurisystème orthographique, est dicté à un groupe de
cinq ou six élèves regroupés autour de l’enseignant pendant que les autres élèves
travaillent en autonomie au sein de la classe.
73
le choix des activités qui vont être réalisées en autonomie est judicieux, cette
organisation est tout à fait réalisable. Le travail en petits groupes est cependant
la condition du succès de cette activité, car c’est uniquement dans ce cadre que
les élèves en difficulté pourront s’exprimer, sans que les meilleurs ne leur déro-
bent la parole.
Le débat
Les feuilles des élèves sont numérotées pour faciliter l’anonymat et affichées.
Un temps de réflexion est donné pour que les élèves repèrent les différences, puis
les élèves débattent des différentes graphies et tentent d’argumenter en faveur de
l’une ou de l’autre. Lorsque la discussion autour d’un point est terminée, l’en-
seignant propose aux enfants d’écrire sur le tableau de papier, un résumé du débat
qui a eu lieu : l’ensemble des propositions et des arguments est noté. L’atelier
s’achève par un bilan oral effectué par l’enseignant rappelant les problèmes abor-
dés résolus et non résolus, pour lesquels les autres groupes apporteront peut-être
plus tard une solution.
Synthèse collective
Ultérieurement, une synthèse collective intervient après que tous les
groupes de la classe ont effectué l’atelier. On procède à l’affichage des produc-
tions de tous les groupes (graphies, argumentations). Une discussion a lieu entre
les groupes pour échanger les problèmes résolus ou pour demander de l’aide. Les
problèmes résolus sont affichés. Les questions auxquelles on ne sait pas encore
répondre sont notées et conservées. Enfin, les élèves copient le texte dicté cor-
rectement orthographié: ce texte pouvant servir de référence en cas de difficultés
identiques rencontrées.
74
Au cours du premier A.N.G. de l’année, l’enseignant précise aux
élèves l’objectif de cette nouvelle activité. Il explique que l’objectif prin-
cipal n’est pas de trouver la bonne orthographe mais d’exposer les raison-
nements qui ont permis de choisir la graphie retenue. La formulation peut
paraitre à première vue choquante, mais sans cette précision, l’enseignant
court le risque que l’atelier se transforme en un listing des différences
orthographiques sans l’amorce de la moindre argumentation métalinguis-
tique.
Les élèves ont l’initiative du choix des problèmes débattus et des solu-
tions retenues. Par des questions ouvertes, l’enseignant fait émerger les explica-
tions des enfants sans jamais indiquer la solution. Il doit souvent freiner ses
propres interventions pour laisser les élèves prendre leurs décisions et trouver
leurs mots afin qu’un vrai débat s’instaure entre eux. Pour cela il peut être amené
à laisser s’exprimer momentanément des solutions erronées en précisant qu’on
les vérifiera ultérieurement.
75
L’orthographe devient ainsi une matière à discussion, ce n’est plus une
fatalité incompréhensible. On peut même dire qu’elle est travaillée avec plaisir
et intérêt dans le cadre des ateliers.
2. Objectifs didactiques
2. 1. L’apprentissage du raisonnement
Il s’agit d’amener l’élève à prendre progressivement conscience de l’ef-
fort intellectuel nécessaire pour mener un raisonnement orthographique. Dans les
ateliers, la question n’est pas: «comment ça s’écrit?» suivie de la réponse vraie
ou fausse, mais: «comment tu fais / as fait pour l’écrire?»
76
différencier donc «pleine» de la «plaine» qui est «plate». Le raisonnement est
plus complexe lorsqu’il s’agit de reconstituer une chaine d’accords: identifier la
catégorie susceptible de varier, trouver la catégorie du terme recteur et l’identi-
fier syntaxiquement, découvrir la bonne marque et la placer. C’est dans cette
appropriation du raisonnement que se manifeste l’enseignant: relance, reformu-
lation, contre-suggestion: être à la bonne distance.
V. La posture de l’enseignant
1. L’organisation du débat
L’enseignant doit solliciter les élèves, individuellement et collective-
ment, et veiller à ce qu’aucun ne reste en dehors du débat. Il peut être l’insti-
gateur des interactions, en renvoyant au groupe la question d’un élève; il peut
relever les désaccords et les renvoyer au groupe. Il a également un rôle d’ac-
compagnateur du débat: il doit faire des synthèses partielles, recentrer, en allé-
geant la charge cognitive des élèves: «où en sommes-nous de notre démons-
tration? qu’est-ce que nous avons déjà trouvé?». C’est lui qui fait la synthèse
finale de ce qui a été découvert et de ce qui n’a pas été résolu. Ses encourage-
ments sont souvent affectifs: il donne confiance aux élèves pour qu’ils osent
s’exprimer.
77
2. La progression du raisonnement
Il peut s’agir d’une simple demande de précision («où as-tu écrit le
«man» de «maman»?»), mais cela peut prendre la forme de relances ou de
reformulations qui doivent aider les élèves dans la progression de leur rai-
sonnement orthographique. La reformulation donne à l’ensemble du groupe le
temps de s’approprier le problème. Sans modifier les termes de l’élève, elle
reprend ce qu’il vient de dire, de façon claire et distincte. Elle ne s’accom-
pagne pas de jugement, elle est neutre: «alors, toi, tu parles de conjugaison?»
Mais cette simple répétition est très importante: elle ménage une pause, le
temps pour les autres de réaliser, de s’approprier le terme ou la question. Il
peut y avoir également amorçage des raisonnements: «si vous pensez que c’est
un verbe (alors il se conjugue / alors il varie en temps...)».
VI. Conclusion
3
Cf. le rapport final «Evaluation des effets d’une démarche didactique de type métacognitif sur l’ap-
prentissage d’un aspect de la morphographie du francais (Cycle 3 primaire): le cas des accords en
genre», Responsable scientifique: Ghislaine Haas, Equipe GREDO, IUFM de Bourgogne, 1999.
4
Les approches «techniques» recouvrent toutes les activités mentionnées: activités intégrées, acti-
vités réflexives, activités systématiques. Elles s’opposent à une approche que l’on peut qualifier de
sociale et d’historique.
78
comme la compréhension de son fonctionnement, sont des leviers puissants
pour enclencher les apprentissages. Cela constitue d’ailleurs le quatrième pilier
de notre démarche. L’orthographe, comme système d’écriture façonné par l’his-
toire, devient alors un véritable objet d’étude, et n’est plus seulement un «outil
de la langue».
79
VII. Références
BRUNER, J. (1983). Le développement de l’enfant, savoir faire, savoir dire, Paris: Retz.
GAK, V.G. (1976). L’orthographe française, essai de description théorique et pratique, Paris:
Sélaf.
HAAS, G. & LORROT, D. (1996). De la grammaire à la linguistique par une pratique de l’ortho-
graphe, Repères, 14, 161-182.
HAAS, G. & MAUREL. L. (2006). L’Atelier de Négociation Graphique, Les Cahiers pédago-
giques, 440, 27-29.
HARDY, M. & PLATONE, F. (1992). Interactions en groupes et construction des savoirs en Gran-
de Section de maternelle, Repères, 5, 139-148.
NICOLLE, A. PERSYN, C., TAPIN, M.C., TAPIN, P. (1995). Les ateliers de négociation gra-
phique, Enjeux, 34, 37-51.
80
HIÉROGLYPHES
Représentations orthographiques
dans une activité de dictée
de blagues: une exploration clinique
Viviane Monney
Mon intérêt pour les représentations que les enfants ont des formes ortho-
graphiques canoniques date de mes études; dans le cadre d’une recherche sur les
représentations métalinguistiques liées à l’écrit1, nous avions interrogé Sami, 9
ans, en grande difficulté avec le langage écrit mais très au clair avec les spécifi-
cités de ce mode de communication. Sami se demandait entre autres comment on
pourrait savoir que c’était lui qui avait produit un écrit si les mots qui y figuraient
étaient transcrits de la manière conventionnelle. Il imaginait donc que le fait de
respecter une orthographe canonique occultait les informations relatives à la
«paternité» du texte produit.
1 Chiozzani, C., Graber, V. & Marques. S. (1997). Activités métalinguistiques et difficultés d’ap-
81
Bien des années plus tard, j’ai créé une occasion de voir quelles étaient
les représentations d’autres enfants en difficulté avec le langage écrit sur cette
question. J’ai sélectionné un texte que j’ai dicté aux enfants que je suivais
pour des difficultés orthographiques dans mon cabinet. Il s’agissait de deux
courtes blagues réunies sous un titre commun et présentant un certain nombre
de difficultés orthographiques courantes, tant lexicales que morpho-syntaxiques.
Dix enfants âgés de 9 à 13 ans ont participé à cette expérience, sans contrôle spé-
cifique de la langue maternelle, de la gravité des troubles ou encore du sexe (en
l’occurrence six filles et quatre garçons).
Les résultats montrent que les enfants sont pour la plupart parvenus à
2
Lors de cette opération, j’ai unifié l’écriture des prénoms Annette et Daniel, les protagonistes des
blagues.
82
identifier le «texte-modèle», d’une part, et qu’ils n’ont en général pas jugé être
l’auteur de cette production de référence, d’autre part. Ce premier résultat extrê-
mement global est pourtant déjà riche d’informations quant à l’attitude des
enfants en difficulté, tant vis-à-vis de la norme orthographique que vis-à-vis de
leurs productions et du rapport de celles-ci à la norme. Il est également apparu
que les enfants sont souvent parvenus à identifier leur propre production parmi
les textes qui leur étaient soumis.
2 J’ai choisi de ne reproduire ici que les dictées des enfants les plus jeunes et fréquentant encore
l’école primaire.
83
Enfant Choix texte modèle Choix propre production
F, 3P, 9;4 ans Pas enregistré3 Pas enregistré
F, 4P, 9;6 ans Identifié F, 4PR, 10;11 ans
G, 4P, 9;8 ans Pas enregistré Identifiée
F, 4PR4, 10;11 ans Identifié Identifiée
Tableau 1: exemples de résultats concernant les choix de quatre enfants pour l’un des textes
3 La mention «pas enregistré» signifie que je n’ai pas pris note de la réponse définitive de l’enfant.
La mention «identifié(e)» signifie que l’enfant est parvenu à identifier le texte de référence, res-
pectivement sa propre production.
4 Le «R» indique que l’enfant n’est pas dans son année scolaire; il a doublé au moins une année
84
NOTES DE LECTURE
85
La lecture de cet ouvrage est grandement T. ROUSSEAU (dir.), Démences – Orthopho-
facilitée par sa mise en page. Dans les nie et autres interventions, Isbergues, Ortho
marges court un «fil rouge» qui résume en Edition, 2007, 346 p.
quelques mots les idées centrales du texte.
D’autre part des encadrés de divers types Réalisé sous la direction de Thierry Rousseau,
viennent enrichir ce texte de base (présenta- président de l’UNADREO (Union Nationale
tion de livres, anecdotes, expériences ou pour le Développement de la Recherche et de
pistes pratiques). l’Evaluation en Orthophonie), cet ouvrage
Lecture recommandée à toutes les personnes réunit les textes des interventions faites lors
intéressées par les mystères de l’orthographe et des VIIèmes Rencontres d’orthophonie organi-
les difficultés qui en découlent. sées par l’UNADREO et la Fédération Natio-
nale des Orthophonistes (FNO) à Paris les 14 et
15 décembre 2007.
Le livre présente les principales interventions
Communication langagière thérapeutiques centrées sur la communication
et la cognition qui peuvent être proposées en
L. BOLZONI, Communication difficile: le particulier par les logopédistes aux patients
cas de l’autisme, Berne, Peter Lang, 2008, atteints d’une pathologie démentielle.
193 p. Une place importante est accordée à l’évalua-
tion logopédique de la communication, des
Dans cet ouvrage, l’auteur aborde les troubles cognitifs et plus spécifiquement à
troubles pragmatiques présentés par les l’examen du manque du mot. Un article inté-
enfants autistes et Asperger sous l’angle de ressant traite du diagnostic différentiel lors de
la linguistique appliquée et notamment de la suspicion de maladie d’Alzheimer en présen-
comparaison interlangue. En effet, ce qui fait tant entre autres une description succincte des
l’originalité du questionnement formulé ici différentes formes de démence.
est que, selon la langue parlée, certains élé- Par ailleurs, deux chapitres sont consacrés à
ments grammaticaux tels que pronoms per- l’intervention, qu’elle soit globale (sociothéra-
sonnels, adjectifs possessifs et connecteurs pie, écosystémique, stimulation cognitive col-
ne se marquent pas de la même façon. On lective etc.) ou spécifique (entrainement lin-
s’intéressera plus particulièrement ici à l’al- guistique, musicothérapie etc.) auprès des
lemand et au français. Formes explicites, patients déments et de leur entourage. On
formes implicites, comment les enfants découvre une multitude de pistes intéressantes
atteints de troubles pragmatiques gèrent-ils pour une prise en charge adaptée à chaque indi-
ces différences morphologiques et leurs vidu et sa famille dans ces chapitres, qui évo-
implications communicatives. L’auteur s’in- quent également les intérêts et limites de cer-
téresse en parallèle à d’autres facteurs (âge taines approches.
chronologique, QI…) et à leur influence sur La dernière partie informe sur d’autres inter-
le traitement mis en œuvre par les enfants ventions, telle l’approche neuropsycholo-
autistes et Asperger. Outre l’originalité du gique, les particularités des soins palliatifs ou
questionnement qui fonde cet ouvrage, des encore le rôle des associations de familles et
nombreux autres liens sont évoqués notam- autres.
ment entre développement du langage, capa- Cet ouvrage contient une foule d’informations
cités pragmatiques et théorie de l’esprit. pratiques et fait le tour des connaissances
Pointu, ce recueil s’adresse essentiellement à récentes sur l’évaluation et la prise en charge
ceux qui travaillent avec les enfants autistes des patients atteints d’une démence dégénéra-
et Asperger qui apprécieront la précision et tive. Il sera un appui important et une aide pré-
le détail de l’étude ainsi que les pistes théra- cieuse pour tout logopédiste s’intéressant à
peutiques essentielles fournies par cette der- cette population en constante augmentation.
nière. Thérèse von Wyss-Scheuber
86
Psychologie une apparente respectabilité ou en affichant
une humanité de façade. C’est ce que l’auteur
P. CLAUDON, Enfants hyperactifs enfants nomme les «maltraitances invisibles».
instables. Se repérer, comprendre, prévenir Chaque chapitre s’articule autour de témoi-
Editions In Press, 2007, 187 p. gnages vécus, réels et vérifiés, de personnes
(adultes et enfants) affirmant être maltraitées
Pour Philippe Claudon, le mouvement corporel dans leur sphère scolaire, familiale, profes-
est à la source d’une identité qui se cherche et sionnelle ou sociale. Toutes ces personnes par-
se construit. C’est pourquoi il consacre un tagent une souffrance spécifique, celle où l’on
important chapitre à la valeur de la mobilisa- s’emploie à les abimer sans jamais montrer à
tion corporelle dans le fonctionnement psy- leur égard le moindre signe ostensible d’hosti-
chique de l’enfant, afin d’aider le lecteur à lité. Ce livre ne se limite pas à constater les
mieux comprendre ce que le mouvement du ravages provoqués par ces insidieuses maltrai-
corps peut porter du fonctionnement psychique tances, il analyse, dissèque, démonte et met à
et identitaire du jeune enfant. Il aborde égale- jour les articulations perverses de ces violences
ment les problèmes du diagnostic et de la prise psychiques, si bien dissimulées, grâce au
en charge. décryptage de psychiatres, psychanalystes et
Tout au long de cet ouvrage, l’auteur grâce à psychologues renommés.
ses apports épistémologiques, théoriques, pra- Le lecteur de ce livre va se sentir invité à faire
tiques et cliniques, nous présente ses argu- un travail introspectif sur l’état réel de ses rela-
ments contre la simplification de la psycho- tions aux autres, que se soit dans son travail, au
pathlogie de l’enfant sous forme de repli réduc- sein de sa famille ou dans la société.
teur sur le corps-organisme neuromoteur. Il
n’est cependant pas opposé à la chimiothérapie K. JAQUES, Quelle place dans la fratrie?
à base de produits psychotropes puisqu’il Identité fraternelle et influence du rang sur la
confirme qu’elle permet parfois d’aider l’en- personnalité, Bruxelles, De Boeck, 2008.
fant et sa famille à retrouver une tranquillité
propice au travail éducatif et au travail psycho- Le cadre thérapeutique dans lequel se situe cet
thérapeutique. ouvrage est avant tout d’inspiration psychanaly-
Toutes les personnes qui, dans leur pratique, tique bien que d’autres courants puissent égale-
rencontrent des enfants hyperactifs, se sont ment être identifiés. Il traite, comme l’indique
trouvées un jour face à des parents qui leur clairement son titre, de l’influence de la place
demandent leur avis sur les différentes options dans la fratrie dans la construction de la person-
thérapeutiques possibles. Elles trouveront, à la nalité et dans les choix de vie des individus. N’a-
lecture de ce livre, une aide précieuse qui leur t-on pas tous des histoires personnelles qui res-
permettra d’enrichir et d’étayer leur opinion. surgissent lorsqu’on évoque cette problématique?
Cet ouvrage, bien que très documenté et poin-
J.-B. DROUET, Les maltraitances invisibles. tu, peut être lu par un large public car les réfé-
Les nouvelles violences morales, Le Cherche rences nécessaires sont fournies tout au long du
Midi, 2008, 276 p. livre (explications claires des concepts). Suc-
cessivement, l’auteure s’intéressera au fil des
L’auteur part du constat que l’ensemble des cinq chapitres à l’ainé, le (la) puiné(e), l’enfant
institutions de notre société s’organise pour du milieu, le (la) cadet (te) et à des cas particu-
éradiquer toute violence à une période où les liers. Riche en descriptions cliniques, ce
mutations économiques, politiques et recueil égrène au fil des pages près de vingt
humaines n’ont jamais autant produit de vio- histoires très documentées et présentant entre
lences, symboliques ou réelles, entre les elles des similitudes qui permettent au lecteur
hommes. Raison pour lesquelles les expres- de saisir l’influence du concept développé.
sions de l’agressivité humaine mutent, se dissi- Une synthèse est proposée à la fin de chacun
mulent ou se travestissent parfois en revêtant d’eux, incluant des conseils avisés aux parents,
87
des écueils à éviter… Un plaidoyer pour la fra- nant, ce qui ne les a pourtant pas empêchés de
trie clôt l’ensemble de ces réflexions. marquer leurs semblables par des parcours de
Un ouvrage qui interpelle l’orthophoniste qui vie hors du commun. Préfacé par Temple
peut parfois être confronté à une pathologie non Grandin, cet ouvrage se veut, selon elle, un
pas en tant que telle mais comme symptôme encouragement aux jeunes qui partagent avec
d’un problème de place au sein de la famille. ces grands noms une même «palette de carac-
téristiques». Un autre regard sur un diagnostic
D. LACOMBE, V. BRUN (dir.), Trisomie 21, qui est souvent pris comme un handicap.
communication et insertion, Issy-les-Mouli-
neaux, Elsevier Masson, 2008, 100 p. J.-L. LE RUN & B. GOLSE, Les premiers
pas vers l’autre ou comment l’altérité vient
Loin de n’être qu’un énième ouvrage traitant aux bébés, Paris, Erès, 2008.
de la trisomie 21, ce recueil d’articles présente
l’avantage d’être concis et direct, actuel et cen- Des articles d’auteurs, courts et clairs, consti-
tré sur une dimension qui intéresse particuliè- tuent ce petit ouvrage synthétique sur les enjeux
rement les orthophonistes: la communication. et processus psychiques de la découverte de
Cette dernière est au cœur des préoccupations l’autre par le très jeune enfant. De la naissance à
et se profile derrière l’abord de problématiques l’entrée à l’école, les étapes importantes de cette
sensibles telles que: scolarisation, accessibilité rencontre passionnante sont développées,
et milieu ordinaire. notamment le rôle des premières interactions
D’autres sujets (éducation précoce, troubles pour la construction de l’attachement dont on dit
auditifs, régulation de la motricité orofacia- qu’il a une valeur prédictive des modalités de
le,…) font également l’objet de nombreux déve- relation futures, ainsi que la présentation de tra-
loppements. «La trisomie 21 n’est pas une mala- vaux récents sur les possibilités du bébé de
die. C’est un état, un ensemble d’altérations prendre en compte un tiers. Des liens avec
causées dans le développement physique et l’adolescence sont également tissés, dans le sens
mental du sujet par un chromosome en trop» (E. où les recherches récentes éclairent ce qui se
Taupiac, p. 13). Au-delà du syndrome, les diffé- passe lors de la remise en jeu par l’adolescent de
rences interindividuelles sont soulignées. Il ses schémas d’attachement, de son style interac-
s’agit avant tout pour les thérapeutes de pouvoir tif et de sa perception de l’autre.
s’adapter à ces profils particuliers pour per- Puis, lors de l’entrée en crèche (à partir de 3
mettre aux patients d’évoluer constamment. mois), l’observation des bébés montrent que cer-
Dans cette optique, cet ouvrage est un «indis- tains de leurs comportements dépassent large-
pensable» des thérapeutes du langage qui colla- ment la forme de l’action-réaction et sont
borent avec des patients atteints de trisomie 21. empreints d’un contenu affectif supposant une
conscience de l’autre. Si l’objet reste évidemment
N. LEDGIN, Ces autismes qui changent le important dans la rencontre avec l’autre, les jeux
monde, Paris, Salvator, 2008, 234 p. d’imitation jouent aussi un rôle très important
dans la prise de conscience de soi et de l’autre.
Thomas Jefferson et Albert Einstein, Marie Le chapitre «le plaisir d’être en triade sociale de
Curie et Orson Welles, Wolfgang Amadeus 3 mois à 3 ans» est particulièrement intéressant:
Mozart et Gregor Mendel, Béla Bartok et il démonte certaines idées reçues en présentant
Glenn Gould, autant de noms qui défilent dans la triade comme un catalyseur social.
cet ouvrage. Leur point commun? «Ils parta- Un dernier chapitre très inspirant présente une
gent leurs succès et des traits de caractères action préventive concernant l’intégration des
que l’on diagnostique aujourd’hui comme enfants à leur entrée à l’école maternelle, où une
étant ceux du syndrome d’Asperger, encore attention particulière est portée sur les moments
appelé autisme léger» (p. 7). Autrement dit, de séparation et de transition et où les éven-
ils rencontraient tous des difficultés au sein de tuelles difficultés sont discutées avec les parents
leurs relations sociales au monde environ- pour mieux les comprendre et y remédier.
88
Ce livre donne envie d’explorer avec encore nombre de concepts qui le sous-tendent, notre
plus de soin les histoires des enfants à chacune conscience professionnelle souffrirait de l’y
de ces étapes, lorsqu’on les rencontre avec ranger. En effet, ce recueil est un indispen-
leur famille pour une difficulté de communi- sable de toutes les personnes qui côtoient des
cation ou de langage. enfants autistes. Sans grande nouveauté, il
aborde avec finesse et justesse les écueils qui
G.A. MICHAEL (dir.), Neuroscience cogni- peuvent être rencontrés. Manuel élaboré par
tive de l’attention visuelle, Solal, 2007, 340 p. l’équipe du service universitaire pour per-
sonnes avec autisme (SUSA) afin de per-
De nos jours, de nombreux chercheurs, grâce à mettre aux familles ayant un enfant avec de
des procédures expérimentales complexes, l’autisme de disposer d’informations pra-
étudient les processus attentionnels, leurs tiques dans différents secteurs de son éduca-
troubles et leurs bases neurales. Cet ouvrage tion, il aborde de manière simple les troubles
collectif s’est donné pour mission d’aborder du comportement auxquels sont confrontés
les multiples facettes de l’attention visuelle. Il tant les parents que les professionnels. On sait
est constitué de 12 chapitres, chacun étant écrit combien ces troubles sont nuisibles à une
par des spécialistes du domaine traité. Les 12 intégration sociale de qualité et combien il est
textes sont entièrement indépendants les uns important de les contrarier de façon précoce
des autres ce qui permettra à chaque lecteur et de leur permettre de s’effacer. Cependant,
d’approfondir les sujets de son choix. on sait moins comment s’y prendre. C’est à ce
Un chapitre est entièrement consacré à la négli- «comment» que les auteurs tentent de
gence spatiale unilatérale, un autre parle de l’at- répondre: organisation de l’environnement,
tention et du contrôle oculaire en lecture experte, communication, construction d’une autono-
les deux derniers chapitres s’intéressent aux mie, problématique des loisirs sont des
fonctions attentionnelles de haut niveau, les thèmes abordés successivement.
fonctions exécutives qui régulent nos comporte- On ne peut que conseiller cet ouvrage tant aux
ments et l’inhibition dans le cadre de la compré- professionnels (qui à défaut d’y apprendre cer-
hension de texte. Les liens entre la vision et les tains principes se les remémoreront) qu’aux
autres systèmes sensoriels, l’influence, sur notre membres de la famille des personnes touchées,
attention visuelle, de nos attentes ou celle de l’ir- qui pourront ainsi devenir des partenaires encore
ruption d’un élément mobile dans notre champ plus actifs au sein des diverses prises en charge.
visuel, mais aussi les limites de nos ressources
attentionnelles représentent quelques uns des
autres thèmes développés dans cet ouvrage. La
lecture de ce livre permet de découvrir les mul- Matériel
tiples aspects qui se cachent sous ces deux mots
si couramment employés mais combien diffi- S. BARBIEUX & C. COURIVAUD, Attra-
ciles à cerner: «attention visuelle». pe-mots, Isbergues, Ortho Edition, 2008.
E. WILLAYE, M.-F. BLONDIAU, M.-H. Ce jeu a pour objectif d’entrainer les capacités
BOUCHEZ, S. CATHERINE, M. DES- d’évocation et d’enrichir le vocabulaire (orale-
CAMPS, A. GLACE, B. MORO, C. ment ou par écrit)
NINFORGE, Manuel à l’intention des parents L’enfant reçoit une mission: il doit ramener un
ayant un enfant présentant de l’autisme, Mouans maximum de mots à l’écrivain. Pour cela, il doit
Sartoux, AFD, 266 p. effectuer un parcours au cours duquel les per-
sonnages disposés sur les cases lui poseront des
Comme le veut son titre, la place de cet ouvra- questions auxquelles il devra répondre pour
ge devrait être dans la rubrique «matériel». gagner des mots (questions de fluence séman-
Cependant, bien qu’extrêmement lié à la pra- tique et phonétique, d’évocation libre à partir
tique et à la vie quotidienne, étant donné le d’un thème, d’évocation de contraires et de
89
synonymes, mais également des devinettes). Cet outil d’évaluation de l’encodage syn-
Pour chaque type de questions, il existe 3 taxique propose différentes épreuves dont les
niveaux de difficulté. normes ont l’avantage d’être récentes. L’utili-
Le matériel proposé est plaisant, les questions suf- sateur aura à sa disposition un manuel, un livret
fisamment attractives et variées, les enfants y d’épreuves et des feuilles de passation. Nous
répondent donc volontiers. Il est un peu dommage signalons deux éléments supplémentaires qui
que ce soit un jeu sans gagnant ni perdant et que nous ont ravis, à savoir un CD-Rom qui permet
finalement le nombre de mots apporté à l’écrivain de réimprimer à l’envi les feuilles de passation,
n’ait guère d’importance. Par contre, si l’on peut grilles de résultats et feuilles de profil et un
faire jouer deux enfants ensemble, l’envie d’être livret nommé «prise en main rapide de
celui qui apportera le plus de mots à l’écrivain l’épreuve» qui nous permet en une dizaine de
peut leur fournir une motivation supplémentaire. minutes de s’approprier le test afin de pouvoir
le faire passer immédiatement.
Quatre épreuves sont proposées aux patients
L. BOUHOURS & H. POUDRET, Mais dont l’âge s’échelonne entre 3 et 8 ans 11
qu’est-ce qu’ils disent?, Isbergues, Ortho Edi- mois. Toutes les épreuves, en référence au
tion, 2008. développement de la grammaire, ne sont pas
destinées aux plus jeunes. Un tableau détaillé
Cet ouvrage contient une cinquantaine de recense les populations-cibles pour chacune
scènes de la vie courante se déroulant, par d’elles. Les épreuves étant indépendantes les
exemple, à la pharmacie, au zoo, dans le train unes des autres, il est possible de les proposer
ou lors d’un mariage. Sur la page de gauche se aux enfants de façon ciblée et échelonnée.
trouve le dessin réalisé en noir et blanc et met- La première épreuve évalue l’acquisition et
tant en scène en moyenne une quinzaine de l’utilisation des structures syntaxiques les plus
personnages à chaque fois différents. Sur la courantes (pronoms sujets, COD, articles défi-
page de droite ont été transcrits une vingtaine nis contractés, verbes pronominaux….). Sur la
d’énoncés produits par l’un ou l’autre des per- base de quatre images successives, l’enfant est
sonnages. amené à répondre à des questions en faisant
Ce matériel varié, reflet de la vie quotidienne, des phrases. Le langage est ici considéré
peut être utilisé pour travailler la compréhen- comme semi-spontané.
sion écrite ou orale en cherchant le ou les locu- La deuxième épreuve est une épreuve de clo-
teur(s) correspondant aux paroles fournies. sure d’énoncés. 96 images sont présentées
Pour mener à bien cette tâche, le patient devra deux par deux à l’enfant, une phrase prononcée
traiter des inférences, faire appel à ses connais- par l’examinateur illustrant la première et l’en-
sances du monde et tenir compte de la situation fant devant terminer la seconde phrase.
sur le plan pragmatique. Si l’on utilise les des- La troisième épreuve teste les monèmes inter-
sins seuls, ils susciteront la production de nar- rogatifs, souvent peu pris en compte dans les
rations ou d’énoncés propre à chaque person- tests habituels. Une histoire en images présen-
nage, obligeant ainsi le patient à se mettre «à la tée sous forme de bande dessinée est proposée
place» de ces derniers. Les dessins proposés à l’enfant qui doit compléter oralement les
laissent la place à différentes interprétations bulles vides.
qu’il est intéressant d’explorer pour dévelop- La quatrième et dernière épreuve correspond
per l’imagination. Ce matériel change des his- à un jugement syntaxique d’énoncés. Selon le
toires à sérier et a l’avantage de pouvoir s’uti- manuel, la passation complète devrait durer
liser avec des adolescents et même des adultes. 30 minutes. Il semble judicieux de compter un
temps un peu plus long pour certains enfants.
Ce test est attrayant et on en profite pour
C. BOUTARD, M. BOUCHET, PEES 3-8, saluer le talent de l’illustrateur, Franck Mül-
Protocole d’évaluation de l’expression syn- ler. Les thèmes choisis – les sorciers – sont
taxique 3-8 ans, Isbergues, Ortho Edition, 2009. pertinents pour les enfants qui se montrent
90
très intéressés. La structure des épreuves 1 et le. Ces jeux ont été imaginés pour manipuler
2, par forme syntaxique, permet une analyse l’oral en faisant le lien avec l’écrit. Toutefois
qualitative rapide et très informative. Signa- les compétences requises pour ce genre de tra-
lons toutefois qu’il n’est pas toujours aisé de vail nécessitent un certain recul vis-à-vis du
parvenir à faire formuler aux enfants des système lexical (à partir de 10 ans seulement).
énoncés complets en réponse à nos questions. Préfixo et Suffixo se présentent tous les deux
D’autre part, regrettons le fait que l’étalonna- sous forme d’un jeu de l’oie. Dans le premier,
ge n’ait pas été réalisé sur une population plus la construction des mots se fera par adjonc-
importante. En résumé, ce test mérite vrai- tion de préfixes alors que dans le deuxième,
ment le détour…. ce sera par celle de suffixes.
Unomorpho se compose de 3 séries de cartes.
Chaque série est indépendante et travaille dans
C. BOUTARD, Historiettes. Langage oral et un champ sémantique différent (le corps, les
écrit, Isbergues, Ortho Edition, 2008. couleurs et le sport). Deux jeux sont proposés,
le premier s’inspire des règles du «Uno» alors
Il s’agit d’un recueil de 7 histoires, dont chacune que le deuxième de celles du «Rami». L’intérêt
est écrite en deux versions (une simple et une supplémentaire réside ici dans le fait que l’en-
plus difficile tant au niveau du lexique que de la fant va continuellement devoir passer d’un cri-
syntaxe). Pour chaque histoire et chaque niveau, tère morphologique à un critère grammatical
on trouvera une épreuve «vrai/faux», 6 titres et 3 (nature des mots).
résumés à choix, un Q.C.M., les paragraphes du Pour un même objectif, cette boite de jeux propo-
texte dans le désordre, un travail sur les chaines se des activités variées qui évitent la répétition.
anaphoriques, un texte lacunaire, un texte à effa- Les nombreux enfants qui ont testé ce matériel se
cement partiel et un appariement image/texte. sont rapidement pris au jeu des dérivations.
Ce matériel a été créé pour la rééducation d’en-
fants présentant des troubles langagiers qui limi-
tent leurs capacités à restituer l’histoire qu’ils M. LECAT-DELORME, Le trésor Tho-
viennent d’entendre ou de lire, mais grâce aux graphe, Isbergues, Ortho Edition, 2008.
différents exercices proposés et à la manière dont
les enfants les réussissent, le thérapeute pourra Ce jeu s’adresse à une population d’enfants dys-
également récolter des informations précieuses orthographiques ou rencontrant des difficultés
sur l’origine des difficultés observées (trouble en langage écrit fréquentant de la 3ème à la 5ème
expressif vs trouble de la compréhension). année primaire. Il peut naturellement être utilisé
Les histoires et les illustrations sont très appré- au-delà pour certains enfants qui sont en échec.
ciées par les enfants. Malheureusement, en Dans ce jeu, trois phases sont préconisées:
rééducation, les enfants ayant les moyens d’ac- Révision des pré-requis nécessaires à l’élabo-
céder aux textes les plus difficiles ont un âge ration de l’orthographe d’usage (attention et
auquel ils trouvent que ce genre d’histoires, mémoire visuelle, par ex. restitution d’une
«c’est pour les petits». séquence de lettre sans sens après présentation
visuelle), attention et mémoire auditive,
conscience phonologique (segmentation en
G. GALIBERT & S. PASCALE-VELLA, phonèmes), représentation mentale, flexibilité
Les jeux de morpho. 1) Préfixo & Suffixo; mentale, mémoire associée à l’ordre linéaire).
2) Unomorpho, Isbergues, Ortho Edition, 2008. Apprentissage de mots et mise en place de stra-
tégies (représentation mentale, calligrammes,
Tout comme les habiletés métaphonologiques, présentation verticale, morphologie, familles
la conscience morphologique facilite l’appren- de mots, analogie). Durant cette phase, l’ortho-
tissage du langage écrit. Découper un mot en phoniste est libre de choisir quelles stratégies il
morphèmes aide au décodage, identifier la est plus adéquat de travailler avec chaque
racine d’un mot favorise l’orthographe lexica- enfant.
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Estompage des aides: phase d’autonomisation de sens droite-gauche et l’éducation qui s’ef-
par rapport aux aides mises en place. force de faire acquérir à l’enfant le sens
Il est important que l’orthophoniste prévoie conventionnel gauche-droite. Toute fois, il
du temps pour s’approprier ce matériel. ne suffit pas qu’un sujet soit prédisposé à
Cependant, ce temps nous semble totale- l’orientation droite-gauche des mouvements
ment justifié par rapport aux solides théories du regard pour qu’il soit dyslexique. Une
avancées pour justifier chacune des «activi- nouvelle façon fort intéressante de com-
tés» proposées. Des références sont en effet prendre les inversions, confusions et autres
proposées pour chacune d’elles. Le matériel troubles observés chez le dyslexique.
est ludique, attractif. Les illustrations sont
attrayantes et le concept des pirates enchan-
te comme toujours les enfants. Il est très A. MENISSIER, Les écureuils, Isbergues,
intéressant de pouvoir travailler non pas sur Ortho Edition, 2008.
les mots directement mais sur des stratégies
à appliquer. Nous avons également profité Ce jeu d’arithmétique a pour objectif princi-
d’utiliser cet outil à des fins d’évaluation pal de développer certaines capacités néces-
qualitative de ces stratégies…. Ce matériel saires à la résolution des additions et des
revêt à nos yeux un caractère nouveau, soustractions comme la décomposition addi-
notamment dans l’optique immédiate de tive et le surcomptage (en respectant une
permettre à l’enfant d’utiliser les aides borne inférieure et une borne supérieure). Au
qu’on lui a fournies/qu’il a découvertes. niveau logique, il sollicite la structure d’in-
L’auteur propose également un carnet d’au- clusion.
to-évaluation qui nous semble plus que per- On demande à l’enfant de compléter les pro-
tinent dans cette optique. L’autonomie en visions de noisettes des écureuils. Sur
orthographe, un rêve pour plus d’un de nos chaque carte, on voit la quantité (x) que
patients…. Un matériel flexible et très com- l’écureuil a déjà ramassée (représentée sous
plet, à se procurer! la forme des points d’un dé) et la quantité
(y) qu’il souhaite au total (en chiffres
arabes). L’enjeu est donc de découvrir com-
G. MAHEC, Une nouvelle épreuve de lecture, bien il lui en manque. L’enfant peut
son application à l’étude de la dyslexie, Edi- résoudre le problème en procédant par
tions Publibook, 2008, 75 p. diverses stratégies: en effectuant l’addition
lacunaire (x+?=y), la soustraction (y-x=?)
Parmi les nombreuses explications qui ont ou encore par tâtonnements. Le jeu propose
été avancées pour éclairer l’origine des 4 niveaux, l’inconnue variant entre 1 et 12
troubles observés chez le dyslexique, on (les opérations ne dépassent pas une somme
trouve l’hypothèse de Dearborn, Gates, Ben- de 15).
net et Blau qui pensaient qu’il existait un Le principe du jeu est vraiment intéressant,
conflit entre une orientation spontanée du car il permet d’ «asseoir» les opérations
regard de droite à gauche avec la contrainte additives et soustractives dans du sens. Seul
d’une orientation opposée. C’est cette hypo- bémol: le matériel est peu attractif, car il se
thèse que l’auteur a voulu vérifier. Pour cela, compose uniquement de cartes et de dés.
il a chronométré le temps mis par le sujet
dans la lecture gauche-droite, puis droite-
gauche d’une série de 42 lettres pour les A. MOULINIER, C. LEMARCHAND,
enfants et de 66 lettres pour les adultes. Ce Rapidimo, Isbergues, Ortho Edition, 2008.
travail a permis de mettre en évidence que la
difficulté d’apprentissage de la lecture résul- Ce support s’adresse tant aux enfants (dès la
terait en grande partie d’un conflit entre une fin de la première année primaire) qu’aux
tendance spontanée à l’exploration visuelle adultes. Retrouver un mot ou plutôt le repérer
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parmi d’autres est la tâche à accomplir. Six courbe d’apprentissage. Une reconnaissance
plateaux de jeu sont proposés, chacun corres- immédiate mais aussi différée complète cette
pondant à un type d’activité: méthodologie pertinente pour l’évaluation
- A partir d’une illustration (dénomination pos- efficace de la mémoire visuelle. On peut tou-
sible), il faut retrouver le mot écrit. tefois regretter l’absence de données norma-
- A partir d’un mot, il faut repérer le même mot tives pour chaque rappel individuel et pour
dont la police et la couleur sont tantôt iden- les parties de reconnaissance. La présentation
tiques, tantôt différentes en fonction des pla- des items sous la forme d’un diaporama est
teaux choisis par l’orthophoniste. Outre ces peu ergonomique mais l’examinateur s’y
deux critères, chacun des plateaux travaille une adaptera rapidement avec un peu d’entraine-
difficulté particulière (ex.–et/–ette). Evidem- ment.
ment, les mots proposés sont proches tant en ce La seconde partie (ART ET MEMOIRE)
qui concerne leur forme visuelle qu’en ce qui a fournit un vaste matériel pour proposer des
trait à leur forme phonologique (ex. plateau 5 - exercices de rééducation adaptés en fonction
[j]- feuillage, feuille, feuilleter, feuilleton….). de l’évaluation initiale. Il est ainsi possible
Les auteurs visent à renforcer les deux voies de de solliciter la mémoire visuelle en mettant
lecture et les capacités visuo-attentionnelles en œuvre (ou non) des techniques d’indiçage,
des patients. Ce jeu est attrayant, ludique… et de stimuler la mémoire de travail. Bien que
mais fatigant! En effet, l’attention est mise à les exercices proposés ne constituent pas une
forte contribution. Les supports proposés sont méthode de rééducation telle que l’on peut en
très agréables et on se prend très vite parfois trouver dans la littérature neuroscientifique,
même à son propre jeu en cherchant les cartes le vaste choix d’exercices permet toutefois
proposées et en ne les trouvant pas! Il permet d’offrir une stimulation cognitive utilisant un
de travailler de façon très ciblée. Un support matériel varié et original.
nouveau et très pertinent. Malgré quelques faiblesses méthodolo-
giques, ce CD-ROM reste d’intérêt pour
deux raisons principales. Tout d’abord, il
C. PLUCHON, E. SIMMONET, ARTEST – touche à un domaine souvent moins exploré
Un test de mémoire visuelle (CD-Rom), lors de l’évaluation neuropsychologique,
Isbergues, Ortho Édition, 2008. celui de la mémoire visuelle et des traite-
ments visuo-perceptifs. Ensuite, il fournit un
Réalisé au sein du CHU de Poitiers (Unité de matériel d’entrainement directement dérivé
neuropsychologie) et préfacé par le Prof. de celui utilisé pour évaluer la fonction.
Roger Gil (Service de Neurologie), ce CD- Ainsi, cet outil sera une aide significative
ROM permet non seulement d’évaluer la pour le clinicien soucieux d’évaluer effica-
mémoire visuelle (ARTEST), mais propose cement la mémoire visuelle, et de proposer
également un matériel de rééducation dans le des exercices utilisant le même type de maté-
domaine évalué (ART ET MEMOIRE). riel.
Basé sur un matériel original et esthétique Vincent Verdon
tiré du patrimoine architectural, la partie
ARTEST est un outil fiable pour évaluer le
versant visuel de la mémoire, souvent délais-
sé au profit du versant verbal, compte tenu du Les notes de lecture (non signées) ont
peu de matériel disponible pour tester cette été rédigées par le groupe de lecture com-
modalité pourtant tout aussi importante dans posé de: Natacha Avanthay-Granges,
la vie quotidienne. L’évaluation est particu- Alexia Germanier-Berclaz, Anne-Marie
lièrement détaillée en raison de l’utilisation Horak, Caroline Huguenin, Françoise
d’un matériel complexe et de l’apprentissage Jaccard, Angélique Rossier, Céline Stœ-
de paires associées au travers de plusieurs bener et Martine Völlmy.
essais permettant de mettre en évidence une
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MEMENTO
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BULLETIN D’ABONNEMENT
à
Langage & pratiques
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DERNIERS NUMEROS PARUS
Ecritures narratives (no 21, juillet 1998) épuisé
Etre sourd et entrer dans le monde de l’écrit: questionnements (no 23) épuisé
Hétérogénéité des pratiques de lecture-écriture des adolescents (no 30, décembre 2002)
A propos du langage chez l’enfant d’âge préscolaire (no 39, juin 2007)
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