Béton Armé
VI. Introduction au calcul
VI.1. Objectif du calcul
L’objectif de tout calcul est de définir les dimensions du coffrage ainsi que le ferraillage de tous les éléments d’une
construction.
VI.2. Dimensionnement / Vérification
La notion d’états limites introduit un nombre important de conditions. Il faut en effet s’assurer que l’élément de
structure étudié satisfasse les conditions imposées par l’ELS mais aussi par l’ELU. C’est pourquoi, le calcul de béton
armé est basé sur le principe du dimensionnement / vérification.
Dans un premier temps, une phase de dimensionnement6 va permettre de déterminer une première valeur de section
d’aciers. Ce dimensionnement résulte de l’application d’une seule des dispositions réglementaires.
Dans un deuxième temps, on vérifie que toutes les conditions réglementaires sont satisfaites.
Ainsi dans le cas général, si le dimensionnement exploite une condition de l’ELS, la vérification sera réalisée avec les
conditions de l’ELU ou vice-versa.
VI.3. Méthodologie de calcul
1) Evaluation des actions et des combinaisons d’actions
2) Etude de résistance des matériaux à N, V et M et déformations en toute section de l’élément considéré
3) Détermination des courbes enveloppes et déduction des « sections dangereuses » (valeurs maximales des
sollicitations)
4) Dimensionnement au droit de ces « sections dangereuses » des sections d’armatures à l’ELS (ou l’ELU)7
5) Vérification de ces même sections d’armatures à l’ELU (ou l’ELS)
6) Etablissement des plans d’exécution : armatures/coffrages
VII. Vérification des sections sous contraintes normales - ELS
Les contraintes normales σ sont induites par N ou M. Elles sont classiquement présentes dans les tirants, poteaux et
poutres.
VII.1. Hypothèses de calcul [Art. A4.5,1]
q Les sections droites restent planes après déformation
q Pas de glissement relatif entre armatures et béton ⇒ ε s = ε b
q Le béton tendue est négligé
q Le béton et acier ont un comportement élastique linéaire
q Conventionnellement, le rapport du module d’élasticité longitudinal de l’acier à celui du béton noté « coefficient
E
d’équivalence n » est pris égal à 15 : s = n = 15
Eb
VII.2. Conditions imposées par l’ELS
VII.2.a. Etat limite de compression du béton [Art. A.4.5,2]
La contrainte de compression dans le béton est limitée à 0.6 f cj .
6
Par comparaison, le pré-dimensionnement est le fruit de l’expérience.
7
Généralement, un pré-dimensionnement préalable aura fourni les sections de béton.
8
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Pour un béton âgé de plus de 28 jours, il vient : σ bc ≤ f b ser = 0.6 f c 28
VII.2.b. Etat limite d’ouverture de fissures [Art. A.4.5,3]
Pour limiter les fissures, on limite la contrainte dans les armatures tendues. En fonction de la destination de la
structure (à découvert, à l’abri, en bord de mer), la taille des fissures sont plus ou moins nocives.
Cas 1 - fissuration peu préjudiciable (FPP - intérieur) : σ st ≤ f s ser = f e
Ø Cas poutre si ∅>20 mm à eH<=4∅ et densité d’armature de peau 3 cm²/ m soit environ 4HA10 par mètre de
paroi [Art. A.8.3]
Ø Cas dalle à, eH<=min.(33 cm, 3h) [Art. A.8.2,4]
Cas 2 – fissuration préjudiciable (FP – extérieur, condensation) :
( )
Ø σ st ≤ f s ser = max 240,110 η ⋅ f tj avec 8
η = 1 pour acier lisse
et f tj exprimé en Mpa
η = 1.6 pour HA
Ø ∅>=6 mm
Ø Cas poutre si ∅>20 mm à eH<=4∅ et densité d’armature de peau 3 cm²/ m (4HA10/m) [Art. A.8.3]
Ø Cas dalle à, eH<=min.(25 cm, 2h)
Cas 3 – fissuration très préjudiciable (FTP – milieux agressifs) :
(
Ø σ st ≤ f s ser = max 200,90 η ⋅ f tj )
Ø ∅>=8 mm
Ø Cas poutre si ∅>20 mm à eH<=3∅ et densité d’armature de peau 5 cm²/ m (5HA12/m) [Art. A.8.3]
Ø Cas dalle à, eH<=min.(20 cm, 1.5h)
VII.2.c. Etat limite de déformation
Ce critère n’est généralement pas prépondérant en béton et ne sera pas développé.
VII.3. Vérification des éléments courants
VII.3.a. Traction simple
q N ELS connu
q Section d’acier tendue Ast connue
Section Ast
NELS
ou
NELU
a
N ELS
Vérification (Etat limite d’ouverture de fissures) : σ st = ≤ f s ser
Ast
VII.3.b. Compression simple (compression centrée)
q N ELS connu
q Section d’acier comprimée Asc connue
Diagramme des contraintes
(section homogénéisée béton)
Section Asc
[Link] σ bc
σ sc
n
NELS
a
σ sc
1 cm
n
1 cm
b
8
η est appelé coefficient de fissuration.
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N ELS N ELS
Vérification (Etat limite de compression du béton) : σ bc = = ≤ f b ser
∑ totale Br + nAsc
avec Br : section réduite du poteau telle que Br = (a − 2 cm )(b − 2 cm ) .
L’introduction de la section réduite est une manière de soustraire la section des armatures sur la section de béton.
VIII. Vérification des sections sous contraintes normales – ELU
VIII.1. Hypothèses générales de calcul [Art. A4.3,2]
q Les sections droites restent planes après déformation
q Pas de glissement relatif entre armatures et béton ⇒ ε s = ε b
q Le béton tendue est négligé
q Le béton et acier n’ont pas un comportement élastique linéaire. En conséquence, les diagrammes contrainte –
déformation de référence pour le béton et l’acier sont précisés ci dessous.
Ä Béton [Art. A4.3,4]
Les diagrammes contrainte ( σ bc ) - déformation ( ε bc ) utilisables du béton comprimé sont :
q dans tous les cas : diagramme « parabole rectangle » [Art. A4.3,41]
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σ bc
0.85 f cj
f bu =
θγ b
2.10 -3 ε bu = 3,5.10−3 ε bc
Figure VIII-1 - diagramme “parabole rectangle”
- f bu est la valeur de calcul de la contrainte du béton.
- Le coefficient θ dépend de la durée d’application des charges : θ=1 si durée>24 h - θ=0.9 si 1 h>durée<24 h.
- γ b est le coefficient de sécurité : γ b =1.5 (cas courants) - γ b =1.15 (combinaisons accidentelles).
q seulement si la section n’est pas entièrement comprimée : diagramme « rectangulaire simplifié » [Art.
A4.3,42]
f bu f bu
0.8x
x
h G G
Simplification
Diagramme "parabole rectangle" Diagramme "rectangulaire simplifié"
Figure VIII-2 - Passage au diagramme “rectangulaire simplifié”
Ä Acier [Art. A2.2,2] & [Art. A4.3,2]
Le diagramme contrainte ( σ s ) - déformation ( ε s ) utilisable de l’acier est :
σ st
fe
f su =
γs
-10.10-3 −ε se
ε st
f γ
ε se = e s ε su = 10.10−3
Es
− f su
Figure VIII-3 - Diagramme de l'acier aux ELU
- f su est la valeur de calcul de la contrainte de l’acier.
- γ s est le coefficient de sécurité : γ s =1.15 (cas courants) - γ s =1 (combinaisons accidentelles).
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Par la suite, on supposera toujours que pour les aciers tendus σ st = f su .
VIII.2. Conditions imposées par l’ELU
VIII.2.a. Diagramme des déformations limites dans la section [Art. A4.3,2] & [Art. A4.3,3]
Les déformations au sein d’une section, tout en restant linéaires, sont limitées :
- à 10‰ (10.10-3) en allongement pour l’acier
- à 3.5‰ (3,5.10-3) en raccourcissement pour le béton en flexion10
Compte tenu de ces conditions limites en déformation, les divers zones de diagrammes de déformation possibles sont :
Diagramme des déformations
--> linéaire
−3
ε bu = 3,5.10
d' Pivot B
Fibre comprimée
Asc 2
1
d
h
ε bc
Ast
3
Fibre tendue
Pivot A
ε se
ε su = 10.10−3
Figure VIII-4 - Diagrammes des déformations limites (ELU)
Pour des raisons pratiques (lors du dimensionnement en particulier), sont définis principalement deux pivots (pivots A
et B) autour desquels on supposera que les diagrammes de déformation tourneront.
VIII.2.b. Etat limite de sollicitations [Art. A4.3,1]
Soit N u et M u les valeurs limites ultimes de l’effort normal et du moment fléchissant, on doit vérifier :
q En traction ou en compression : N u ≥ N ELU
VIII.3. Vérification des éléments courants
VIII.3.a. Traction simple
q N ELU connu
q Section d’acier tendue Ast connue
Section Ast
NELS
ou
NELU
a
fe
Vérification (Etat limite ultime de sollicitations) : N u = Ast f su = Ast ≥ N ELU
γs
10
et à 2‰ (2.10-3) en raccourcissement pour le béton en compression simple.
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VIII.3.b. Compression simple (compression centrée) [Art. B8.2]
Soumis à un effort de compression, un poteau peut s’avérer instable et flamber. Il est donc nécessaire de prendre en
compte dans les calculs une longueur fictive du poteau appelée longueur de flambement l f à la place de sa longueur réelle
(appelée aussi longueur libre) l0 .
1. Longueur de flambement [Art. B8.3] et élancement
La longueur de flambement l f dépend du type de liaison présente aux extrémités de l’élément considéré.
Cas du poteau isolé [Art. B8.3,2]
1 extrémité libre 1 extrémité articulée 2 extrémités
1 extrémité encastrée 2 extrémités articulées 1 extrémité encastrée encastrées
Relation lf et l0 : lf=2.00*l0 lf=1.00*l0 lf=0.707*l0 lf=0.5*l0
Relation entre leff et l en fonction du type de liaison
l0 : longueur libre de l'élément
lf : longueur effective ou longueur de flambement équivalente
Figure VIII-5 - Relation longueur libre/longueur de flambement
Cas des bâtiments [Art. B8.3,3]
Lorsqu’il s’agit de structures complexes type bâtiments, la déduction de la longueur de flambement n’est pas aussi
évidente et il est nécessaire de considérer comparativement les diverses rigidités (ou inerties) des poteaux et poutres.
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Ipoutre 2
***** Cas étage courant : lf=0.707*l0 *****
l02 (si les inerties des poutres sont supérieures à l'inertie
Ipoteau
du poteau : Ipoutre 1 >=Ipoteau & Ipoutre 2 >=Ipoteau )
Ipoutre 1
***** Cas poteau sur fondation : lf=0.707*l0 *****
Ipoteau l01 (si l'inertie de la poutre est supérieure à l'inertie du
poteau : Ipoutre 1 >=Ipoteau )
I : inertie de flexion
(moment quadratique)
***** Autres cas : lf=1*l0 (mise en sécurité ) *****
Figure VIII-6 - Longueurs de flambement pour un bâtiment
Définition de l’élancement
lf
Un fois déterminée la longueur de flambement l f , est défini l’élancement λ = où :
i
I min
- i est le rayon de giration : i =
B
- I est le moment quadratique minimum de la section du poteau
- B est la section du poteau
Ä Exemple
Soit a et b les côtés du poteau avec a<b, il vient :
B = a ⋅ b
ba 3 a
ba 3 à i = 12ab =
I min = 12
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2. Vérification [Art. B8.4]
q a, b et l f connues
q N ELU connu
q Section d’acier comprimée Asc connue11
11
Seules les sections d’aciers comprimées entourées d’armatures transversales tous les 15 ∅ et jouant effectivement un rôle
dans la stabilité au flambement [Art. B8.4,1] sont prises en compte dans Asc .
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Section Asc
NELU
a
1 cm
1 cm
b
f f
Vérification (Etat limite ultime de sollicitations) : N u = α Br c 28 + Asc e ≥ N ELU
0 .9γ b γ s
avec :
q Br : section réduite du poteau telle que Br = (a − 2 cm )(b − 2 cm )
q α : coefficient12 fonction de λ
0.85
Ø λ ≤ 50 à α = 2
λ
1 + 0.2
35
2
50
Ø 50 ≤ λ ≤ 70 à α = 0.6
12
Si plus de la moitié de la charge est appliquée avant 90 jours, α est à diviser par 1.10. Si la charge est appliquée avant 28
jours, α est à diviser par 1.20.
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