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Alain MENISSIER
orthophoniste
DEA de linguistique et sémiotique, maîtrise de Psychologie clinique, 1 Place Aragon, 70100
Arc les Gray
[Link]@[Link]
ISSN 2117-7155
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Glossa n°120 (44-74), 2017
Résumé :
Lucie, âgée de 12 ans, consulte sur la demande de l’enseignant pour un échec électif en
mathématiques. Si le bilan vise à établir (ou à infirmer) un diagnostic précis, il permet aussi
de déterminer les objectifs de la rééducation et de cibler une approche réaliste de la prise en
charge. Le clinicien se doit donc de faire la part entre les conceptions erronées et/ou
parcellaires des acquis de la sphère mathématique. La remédiation développera ainsi une mise
en contexte des situations problèmes afin de travailler sur la prise de décision logique et la
pertinence entre schèmes dangereux et schèmes pertinents. Pour cela, il nous faudra revenir
sur quelques principes de base :
- Savoir reconnaître et différencier les schèmes pertinents et les schèmes dangereux
- Mettre l’enfant en situation de réussir (recherche et mobilisation des schèmes
pertinents)
- Ne pas hésiter à suivre parfois « le chemin des écoliers »
- Consolider l’application du schème pertinent : l’enfant construit et élabore sa propre
règle de fonctionnement.
Pour rétablir un lien entre stratégies et signification, nous ne devons pas oublier que chaque
contexte de situation-problème requiert une spécification des schèmes : en d’autres termes, le
clinicien doit tenir compte d’une reconstruction partielle des schèmes selon les contraintes
propres à chaque situation particularisée et selon le niveau des significations attribuées à
celle-ci.
Mots clés : bilan, cognition mathématique, remédiation, schèmes.
With Lucy, on the way to school… (Or how to expand the validity domain of
relevant schemes)
Summary:
Lucy, aged 12, is referred by her teacher because of a failed elective math exam. If the
evaluation aims at establishing (or overruling) a specific diagnosis, it will also enable the
clinician to determine the remedial objectives and to choose a realistic approach regarding of
remediation. The clinician must distinguish between false or incomplete conceptions of
mathematical acquired knowledge. Remediation will thus put in context problem situations in
order to work on logical decision making and pertinence between dangerous schemes and
relevant schemes.
To this effect, we need to recall some guiding principles:
- Being able to recognize and differentiate relevant schemes and dangerous schemes
- Facilitating the child’s success (search and mobilization of relevant schemes)
- Not hesitating to sometimes take the long way round
- Consolidating the relevant scheme application: the child builds and develops his own
operating rule.
To re-establish a link between strategies and meaning, we must not forget that each problem
situation context needs a specification of schemes: in other words, the clinician must take into
account a partial reconstruction of the schemes according to constraints specific to each
customized situation and according to the level of meaning allotted to it.
1. Précisions méthodologiques
Comme notre étude de cas fait référence à des concepts issus de la psychologie
développementale, et notamment de la théorie des champs conceptuels (Vergnaud, 1991),
nous avons choisi de préciser dans un premier temps les concepts d’invariant et de schème.
a. La notion d’invariant
Parler du rôle de l’invariant comme outil méthodologique dans l’acte de rééducation, c’est
bien sûr parler de méthodologie (Ménissier, 1997). Et parler de méthodologie, c’est
s’intéresser en premier au lien unissant la théorie et la pratique. De la remarque d’Einstein
« c’est la théorie qui détermine ce que nous observons » nous inférerons que c’est la théorie
qui détermine ce que nous pouvons faire, ce que nous pratiquons. Si une théorie peut se
définir comme une explication dont les faits s’imbriquent, alors la théorie donne un sens aux
faits, elle permet d’organiser des éléments qui, au départ, semblent désorganisés. Mais le
chemin (par sa racine étymologique meta-hodos à côté du chemin) s’organise en double
sens :
- Regard sur le chemin suivi, ce qui est constatif
- Regard sur le chemin à suivre, ce qui est normatif.
Ce chemin bidirectionnel reste assez souvent chaotique, et le bon sens, que l’on appelle aussi
le sens commun, ne suffit pas. Nous avons besoin de modèles, et ce que l’on demande à un
modèle, c’est de fonctionner dans le domaine de définition que l’on se fixe. Même si
l’élaboration d’un modèle d’une réalité donnée reste du bricolage, ce bricolage ne peut
s’effectuer qu’avec de bons outils. En d’autres termes, nous ne saurions parler de signifiant en
l’absence de toute conceptualisation. L’activité conceptuelle a donc nécessairement des
aspects repérables au plan des signifiants, mais cette activité conceptuelle implique également
des aspects qui se situent au plan des signifiés et qui ne sont pas directement observables. Le
primat de l’action du sujet nécessite alors de contrôler le contexte situationnel afin de
distinguer les différentes composantes du signifié telles qu’invariants, inférences, règles
d’action, prédictions… « L’interaction du sujet avec le réel est essentielle puisque c’est dans
cette interaction que le sujet forme et éprouve ses représentations et conceptions, en même
temps que celles-ci sont responsables de la manière dont il agit et dont il règle son action »
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(Vergnaud, 1985). L’activité au plan du signifié est donc en rapport avec l’action de l’enfant
lorsque celui-ci se confronte avec le réel, rencontre le réel. Les actions de l’enfant permettent
donc de repérer de multiples aspects du signifié.
La représentation mentale est ainsi constituée d’éléments stables sous les opérations
symboliques, les opérations sémiotiques nécessaires à l’action ; ces éléments doivent de
même refléter des éléments de la réalité également stables, quelles que soient les
transformations qu’accomplit l’enfant. Le concept d’invariant exprime cette idée de stabilité
relative à un ensemble de transformations, à un ensemble de variations : la recherche de
l’invariant, c’est avant tout la recherche du sens.
Catégories d’invariants
1. Invariants quantitatifs :
- permettent d’associer à un objet une valeur sur une échelle ordonnée (déterminés
par une relation unaire)
2. Invariants qualitatifs :
- permettent d’associer à un objet une valeur sur une échelle simplement
catégorielle (relations unaires)
3. Invariants relationnels et de classifications :
- Etablissent des relations unaires, ternaires, quaternaires… entre les objets et les
classes d’objets.
- Caractérisent l’activité de traitement cognitif mise en œuvre par l’enfant.
les objets et les classes d’objets (pommes sur la branche...). De plus, ils caractérisent l’activité
de traitement cognitif mise en œuvre par l’enfant.
b. La notion de schème
C’est Piaget (1950) qui a introduit les concepts épistémologiques de schème et d’invariant. Le
schème d’une action peut se définir comme l’ensemble structuré des caractères généralisables
de cette action, c’est-à-dire de ceux qui permettent de répéter la même action ou de
l’appliquer à de nouveaux contenus. Un schème est donc un mode de réactions susceptibles de
se reproduire et surtout d’être généralisées. Il construit de ce fait les différents invariants, mais
comme le dit Vergnaud (1987), le schème n’est pas seulement un invariant pour
l’épistémologue, c’est aussi pour le sujet une totalité dynamique composée d’invariants qui lui
permet de reconnaître les conditions des règles contenues dans le schème et de moduler ses
choix en fonction des variables de situation. Car ce sont les invariants qui permettent aux
schèmes de trouver les conditions de leur fonctionnement, et les règles d’actions engendrent
au plus près la séquence des actions du sujet. Mais ces règles et ces procédures d’actions
n’aboutiraient à rien si elles ne s’appuyaient pas sur la représentation du réel. La fonction de
la connaissance est bien de permettre au sujet d’opérer sur le réel et pour cela, il lui faudra se
représenter le réel le mieux possible, avec notamment la construction de relations et de
catégories.
Ainsi, d’un point de vue méthodologique, nous voyons que les objets ont des propriétés soit
qualitatives, soit quantitatives, et d’autre part que les objets entretiennent différents types de
relations avec les autres objets.
Ces objets subissent des transformations qui peuvent être dues aux activités de l’enfant ou
provenir de changements naturels. Toute méthode consiste alors à définir ces différentes
classes de transformations et les invariants qualitatifs, quantitatifs et relationnels qui sont
associés à ces classes de transformations. L’élaboration des invariants assure à la
représentation mentale son efficacité et lui permet de remplir sa double fonction :
- refléter le plus fidèlement possible la réalité,
- pouvoir se prêter à un calcul relationnel.
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Lucie est une enfant unique et ses parents ont divorcé lorsqu’elle avait 8 ans. Nous n’aurons
qu’une occasion de voir le père et durant la prise en charge, de nombreux rendez-vous seront
annulés, lorsque celui-ci se devait d’accompagner sa fille.
Aux résultats du ZAREKI-R 1 (Von Aster, adaptation française Delatollas, 2006), Lucie
obtient un score de 116,5 (sur 163), ce qui la situe dans le 1 er décile des enfants de 10 ans à 10
ans 11 mois (cf. tableau en annexe 1). L’indice de dispersion indique la taille de l’écart à la
moyenne des notes : l’écart type de 1,42 () calculé sur la somme de tous ses résultats
confirme les difficultés de Lucie, mais si le test ZAREKI-R permet une première approche
quantitative pour visualiser certaines difficultés, le choix des épreuves ainsi que le nombre
restreint d’items au sein de ces épreuves oblige le clinicien à affiner son bilan en présentant
des épreuves complémentaires. A cette fin, nous n’hésitons pas à nous ranger dans une
perspective proche de la méthode clinique piagétienne afin d’appréhender qualitativement les
processus de pensée de Lucie. Nous utilisons ainsi quelques épreuves complémentaires issues
d’une étude non publiée (Ménissier ; 2003b), mais aussi des épreuves qualitatives décrites
antérieurement (Ménissier ; 2002b, 2003a, 2007a, 2011).
Le comptage oral est maîtrisé sur les items du ZAREKI-R (note de 4/4), mais dans une
épreuve complémentaire, on relève des erreurs dans la gestion des tâches dans le comptage à
rebours avec borne d’arrêt (Lucie continue son comptage). Par exemple, dans l’habileté de
compter de y à x (de 78 à 65), Lucie oublie de s’arrêter à 65, par effet d’une charge cognitive
mobilisant l’activité de décrémentation au détriment du maintien en mémoire du numéral
verbal comme borne d’arrêt.
1
Lucie a été vue en bilan en septembre 2013 et nous ne disposions pas alors d’un test comme le Tedi-Math
Grands
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Ligne numérique mentale : Lucie a du mal à appréhender les repères numériques demandés
tant en estimation qu’en production de longueur. Dans une épreuve complémentaire (Chillier,
2002), l’échelle de rapport 20 n’est pas mieux réussie que celle de 100. En revanche, les
lignes marquées du subtest du Zareki-R sont réussies (note de 12/12) mais on note un semi-
échec sur les lignes vierges, avec une note de 6,5/12 [total de 18,5/24].
Estimation qualitative de quantités en contexte : la note au ZAREKI-R est de 5 sur 10. Lucie
semble ne pas vouloir assumer de décision logique en contexte, sept réponses moyen sont
données pour trois réponses beaucoup (aucune réponse peu).
Ainsi, pour effectuer ce calcul, Lucie a multiplié les chiffres des unités de chaque nombre
entre eux (5 x 0), les chiffres des dizaines (2 x 6) sans oublier de reporter la retenue au niveau
des chiffres des centaines, puis a fini son calcul en multipliant les chiffres des centaines !
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Résolution de problèmes additifs : Lucie obtient une note de 10 sur 12 à l’épreuve des
problèmes arithmétiques du ZAREKI-R. Mais ce niveau de performance valide seulement des
connaissances de Cours élémentaire, puisque les énoncés proposés à l’oral ne se réfèrent qu’à
des situations élémentaires de type changement ou de type comparaison. Nous proposons en
complémentarité des problèmes de type double transformation (Ménissier, 2011) : ceux-ci ont
été échoués, que la recherche de l’inconnue porte sur une transformation ou qu’elle porte sur
la combinaison des deux transformations.
Problèmes multiplicatifs (Ménissier, 2011) : on note une réussite aléatoire dans la classe de
problèmes de proportion simple selon les situations en contexte. La valeur multipliée est
reconnue et bien traitée (réussite aux problèmes dits de proportionnalité simple), mais Lucie
ne sait reconnaître ni la valeur unitaire, ni la valeur de la quantité d’unités. Les problèmes de
quatrième proportionnelle sont échoués par manque de compréhension de la relation
quaternaire (que la recherche de l’inconnue porte sur la grandeur multipliée, la valeur de base
ou la valeur multipliée). De même, Lucie ne comprend pas les problèmes de double
proportionnalité et notamment ceux de type produit de mesures impliquant des données
géométriques (échec dès la première étape traduction des données).
Résultats à l’EVAC (Echelle Verbale d’Aptitudes Cognitives, Lussier & Flessas, 2003) :
• Echelle simultanée : 19/32, niveau CM 1
- Symboles mathématiques 9/12 (niveau CM 2)
- Représentation des rapports spatiaux : 1/5 (niveau CE 2)
- Image mentale : 9/15 (niveau CE 2)
• Echelle séquentielle : 29/48 niveau CM 1
- Alphabet oral : 5/10 (niveau CM 1)
- Syllabes : 13/16 (niveau 5ième)
- Question de temps : 6/12 (niveau CM 1)
- Alphabet écrit : 5/10 (niveau CE 2)
• Compétences linguistiques : 25/57 niveau CM 1
1°) Versant réceptif : 17/28 (niveau CM 2)
- Devinettes : 5/12 (niveau CM 1)
- Mots manquants : 8/11, (niveau 6e)
- Expressions : 4/5 (niveau 4e)
2°) Versant expressif : 8/29 (niveau CE 2)
- Mots de liaison : 4/13 (niveau CE 2)
- Connaissances lexicales : 4/16 (niveau CE 2)
Toutes les performances de Lucie se situent sous le percentile 15, sauf les épreuves syllabes
(percentile 34) et expression (percentile 39).
Opérations infra-logiques :
• Conservation physique du poids (Piaget & Inhelder, 1962) :
La réussite est partielle, avec un échec lors de la deuxième transformation (de la pâte en
galette mise en serpentin) : « c’est plus léger parce que c’est plus long… », alors
qu’auparavant (boule transformée en galette), on relève un type de réversibilité par identité,
avec l’argumentation « y’a toujours le même poids quelle que soit sa forme ».
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• Conservation des volumes spatiaux (Piaget, Inhelder & Szeminska, 1948 ; Ménissier,
2002b) épreuve piagétienne des îles2 :
On ne relève aucune réussite, par non-compréhension des relations entre les différentes
coordonnées : « on ne peut pas prendre le même volume, vu que c’est pas la même forme…
pour que ça fasse le même volume, faut les mêmes dimensions ! »
Lucie atteint donc des conservations de niveau opératoire d’âge 8-9 ans sur les opérations
infra-logiques.
Opérations logico-mathématiques :
• Structure de classification (Piaget & Inhelder ; 1959), épreuve dichotomique des
classes :
Lucie ne déroule dans cette épreuve que très peu de mobilité rétroactive sur la recherche des
différentes vicariances. D’ailleurs, le troisième critère (grosseur) n’est pas trouvé
spontanément. Elle agit par contrôle ascendant (passage des sous-collections initiales à de
plus grands ensembles par réunions progressives) et non par un contrôle descendant (passage
des ensembles plus généraux aux plus spéciaux par subdivisions ou dichotomies) car on
relève un classement des éléments en sous-collections effectué de proche en proche
(maximum de ressemblance en compréhension) : le classement ainsi construit manque de
mobilité rétroactive gênant la prise en compte du changement de critère et par conséquent, et
pour les mêmes raisons, de mobilité anticipatrice.
Opération de relation asymétrique (épreuve de transitivité des longueurs d’Achenbach
& Weisz, cités par Bideaud, 1988) :
Pour évaluer la compréhension des relations asymétriques transitives, nous utilisons l’épreuve
de transitivité des longueurs, cette épreuve de sériation s’avérant plus facile qu’une épreuve
de transitivité verbale. Le matériel est très simple à constituer : 5 crayons de couleur
différente A > B > C > D > E, variant de 11 à 13 cm pour que leur différence soit
difficilement constatable. On fait comparer à l’enfant A et B, puis B et C et l’on place les trois
crayons en colonne l’un sous l’autre. D et E sont placés dans une seconde colonne avec D en
face de B et E en face de C : il y a donc une place vide en face de A.
A « vide » A C
B D B D
C E « vide » E
Situation de départ Situation d’arrivée
Figure 3. L’épreuve de transitivité des longueurs
2
Cette épreuve permet une analyse qualitative de la relation mathématique entre les surfaces et les volumes. A
partir d’un bloc A représentant le volume d’un immeuble placé sur une île, les habitants qui doivent déménager
veulent conserver sur une surface plus petite « la même chose de place qu’auparavant » (B). Il faut donc réaliser
avec des petits cubes un espace volumétrique identique à A mais de base plus petite en B, (et ainsi de suite). Si
cette conservation n’est acquise qu’après 11-12 ans, c’est parce que la constance des verticales et des
horizontales ne l’est qu’à 9 ans, dans la mesure où celles-ci constituent un système d’ensemble de coordonnées.
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Le crayon C est déplacé de la première colonne vers la place vide. L’enfant compare alors C
et D, puis D et E : il devra répondre ensuite à la question de transitivité portant sur le couple B
et D (lequel est le plus grand et comment le sais-tu ?). On notera d’une part la présence ou
l’absence d’inférence déductive dans l’argumentation verbale ; d’autre part, on relèvera la
différenciation entre ce qui est constatable de ce qui est inférentiel. Précisons encore qu’il est
nécessaire pour réussir cette épreuve de mémoriser les informations pertinentes puis de les
intégrer dans une représentation de l’ordre linéaire (codage linguistique et/ou localisation
spatiale). Lucie réussit assez facilement cette épreuve, la transitivité est donc acquise avec une
bonne argumentation logique (« si le vert est plus grand que le rouge et que le rouge est plus
grand que le jaune, alors forcément le vert est plus grand que le jaune »)
Compétences mnésiques :
En mémoire immédiate, l’empan mnésique est bloqué à 5 (donnant une note de 8/12 à
l’épreuve de rétention de chiffres du ZAREKI-R), tandis qu’en mémoire de travail, Lucie
obtient une rétention et un rappel de 3 chiffres à rebours pour une note de 5/12 (note totale de
13/24 avec de – 0,76).
Synthèse du bilan :
A travers les épreuves de bilan, nous dégageons une catégorisation d’éventuels troubles de la
cognition mathématique en repérant la mise en place de différents composants. S’il est clair
que ces constituants élémentaires ne permettent pas d’expliquer la grande variabilité des
performances d’un enfant par le fait même des contraintes pragmatiques et des modalités de
présentation, ils permettent cependant de dégager, par une simplification nécessaire à la
démarche clinique, une catégorisation des troubles d’apprentissage en inférant de leur plus ou
moins bonne acquisition. Dans notre analyse des épreuves et des situations-problèmes
présentées, nous avons donc postulé la présence d’un certain nombre de composants
élémentaires dont l’acquisition est indispensable au fonctionnement cohérent des opérations
de traitement (Séron, 1993). Ces composants, que nous reprenons ci-après, sont impliqués à
des degrés divers dans les tâches concernant la manipulation et le traitement numériques :
analogiques peu disponibles ou pour le moins inefficaces. Lucie se contente de dérouler des
procédures par surcomptage et ses connaissances déclaratives restent insuffisantes (items de la
table de multiplication). La pose d’opérations en colonne (addition et soustraction) ne lui pose
pas de difficultés au niveau des routines d’apprentissage, mais le déroulement des
multiplications posées reste émaillé de nombreuses erreurs.
Le composant mnésique intervient quant à lui dans tout déroulement d’activité cognitive
(ordonnancement des actions, traitement séquentiel, exécution de calculs réfléchis, rappels de
calculs intermédiaires) et dans la récupération en mémoire à long terme (MLT) de faits
arithmétiques et mathématiques (tables d’opérations, règles algébriques, formules
mathématiques…). La mémoire de travail permet d’autre part d’effectuer des tâches
nécessitant la coordination de deux activités comme l’empan de chiffres à l’envers. La
mémoire de travail de Lucie est faible et entraîne souvent une mauvaise gestion dans les
différentes tâches qu’elle doit réaliser.
La pratique clinique ne peut que s’enrichir d’une méthodologie qui aborde les activités
mentales en les décomposant en leurs constituants les plus élémentaires. Cette perspective
permet de mettre en évidence des parties fonctionnellement distinctes dans ce qui était
considéré jusqu’alors comme un tout indifférencié. Les habiletés repérées sont essentiellement
cognitives dans la mesure où elles concernent des traitements réalisés sur des représentations
symboliques : une première difficulté d’interprétation réside dans l’analyse de l’organisation
de ces traitements et non dans leur sortie sensori-motrice. En second lieu, le clinicien doit se
méfier de ne pas confondre la procédure utilisée par le sujet avec le comportement observable
engendré par celle-ci. La procédure n’a, après tout, qu’un statut de variable intermédiaire
puisqu’elle peut être instanciée par des conduites multiples : il y a bien une différence entre la
définition d’un fonctionnement et la définition des conduites de ce fonctionnement.
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Si le bilan vise à établir ou à infirmer un diagnostic précis, il permet aussi de déterminer les
objectifs de la rééducation et de cibler une approche réaliste de la prise en charge. Le clinicien
se doit donc de faire la part entre les conceptions erronées et/ou parcellaires des acquis de la
cognition mathématique. La remédiation développera ainsi une mise en contexte des
situations-problèmes afin de travailler sur la prise de décision logique et la pertinence entre
schèmes dangereux et schèmes pertinents. Pour cela, il nous faudra revenir sur quelques
principes de base :
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b. Aspects rééducatifs
Lucie a beaucoup de difficultés à écrire les nombres dans leur forme chiffrée. Le transcodage
d’un nombre verbal écrit vers un numéral arabe est source de nombreuses erreurs sur de
nombreux numéraux : Lucie commet notamment des erreurs de types a-contextuel et
syntaxique sur le traitement des numéraux présentant des dizaines complexes et/ou dans le
passage des mille (et de ses puissances de 10). Ainsi, la valeur positionnelle des chiffres dans
le nombre reste loin d’être bien appréhendée chez notre collégienne.
Lors du bilan, sa représentation analogique d’un numéral arabe a révélé des erreurs sur la
représentation des nombres incluant des dizaines complexes, Lucie effectuant un traitement
séquentiel (du Numéral Verbal Oral (NVO) cent soixante-quatorze, Lucie choisit de placer en
correspondance 1 plaque de 100, 6 bûchettes de 10 et 14 cubes).
Modalité Analogique
de la magnitude
comparaison
Faits
arithmétiques
Dans la pratique, nous allons commencer par vérifier la bonne correspondance entre le
transcodage d’un Numéral Arabe (NA) vers un codage analogique : pour cela, nous
utilisons un matériel pédagogique nommé Base 10 (matériel présent chez de nombreux
éditeurs pédagogiques), qui organise les unités sous forme de petits cubes, les dizaines
sous forme de bûchettes (correspondant à 10 cubes emboîtés), les centaines sous forme
de plaquettes (correspondant à 10 bûchettes emboîtées) et les unités de mille sous forme
de gros cubes correspondant à 10 plaquettes emboîtées. Mais il faudra veiller à ne
présenter que 9 petits cubes (correspondant aux neuf chiffres, si l’on excepte le zéro), 9
bûchettes, 9 plaques et au moins 2 gros cubes d’unités de mille. De même, il est bon de
disposer de deux boîtes de matériel afin de pouvoir concrétiser correctement les
éléments. Une première manipulation avec Lucie montrait en effet sa difficulté à
comprendre la schématisation du matériel. Il a donc fallu matérialiser certaines bûchettes
en un emboîtement de 10 petits cubes, certaines plaquettes comme un emboîtement de 10
bûchettes (tenues par un élastique), et un gros cube comme un emboîtement de 10
plaquettes (retenues de même par un élastique). Ainsi fait, nous pouvions travailler sur le
transcodage correct d’un Numéral Arabe (NA) vers un codage analogique et inversement,
de pratiquer un codage analogique vers une écriture en Numéral Arabe (NA). Rappelons
que pour comprendre l’écriture d’un nombre comme 1 111, il faut prendre conscience de
ce que représentent ces 4 chiffres. En effet, la valeur de chaque chiffre est multipliée par
10, chaque fois que l’on se déplace vers la gauche : (1 x 1000) + (1 x 100) + (1 x 10) + (1
x 1). Une fois cette disposition mise en place et comprise, le travail sur le rôle du 0 dans
un numéral arabe peut aussi se comprendre par l’absence ou la présence d’éléments du
modèle analogique (l’absence de barre de dizaines entraîne un 0 en position (0 x 10).
Dans un deuxième temps, une fois la bonne correspondance établie entre modalité
analogique et modalité visuelle, nous travaillerons sur le transcodage d’un NVO vers un
codage analogique (de la modalité verbale à la modalité analogique).
1 3 6 5
Figure 5. Présentation du transcodage de la modalité verbale à la modalité analogique.
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Enfin, on pratique le transcodage d’un NVO vers un Numéral Arabe (NA). A ce niveau,
Lucie n’a pas encore mis en place la voie directe entre code verbal et code arabe et
l’information doit encore transiter par la représentation sémantique mais si le matériel
analogique reste présent sur la table de travail, elle doit se contenter de le regarder et
d’analyser mentalement le transcodage (flèches mises en pointillés sur notre schéma, voir
figure 6).
[trwasãswasãtduz] 372
Figure 6. Présentation du transcodage d’un Numéral Verbal Oral (NVO) vers un Numéral
Arabe (NA).
Nous avons vu précédemment que chaque code est dévolu à des traitements spécifiques,
mais que seul le codage analogique contenait l’information sur la quantité. Ainsi, la
représentation des grandeurs numériques s’assimile à une ligne numérique continue (et
compressible, l’espace entre les nombres diminuant lorsque les nombres augmentent).
Les difficultés que rencontre Lucie dans ses calculs proviennent aussi d’une
représentation imparfaite de sa ligne numérique mentale. Rappelons-nous, dans le bilan,
ses difficultés à appréhender les repères numériques demandés tant en estimation qu’en
production de longueur, et son semi-échec au subtest des lignes vierges du test Zareki-R ;
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car pour réussir ce type d’épreuves, il faut considérer le nombre, non en tant que quantité
d’éléments, mais en référence à une position. En effet, même si la graduation d’une
droite provient de reports successifs d’une unité de référence (ce qu’a fait Lucie en
ajoutant mentalement une même longueur, mais sans coordonner celle-ci à la longueur
totale !), l’abscisse d’un point correspond non à une mesure de longueur mais à la
position d’un point. Ce qui fait dire à Vergnaud que « représenter des nombres par des
points sur une droite orientée est devenu si naturel qu’on a peine à imaginer le s
difficultés auxquelles un tel système symbolique donne lieu chez les enfants » (1987, p.
836). Lucie n’a pas su se servir de l’échelle fournie et n’a pu appréhender l’amplitude des
intervalles à considérer. Le placement correct des nombres chez Lucie reste encore
imparfait et sa construction des représentations numériques se doit d’être améliorée. Pour
ce faire, nous dessinons une ligne marquée (notée dans notre exemple de 0 à 2 000, voir
figure 7) et Lucie place sur celle-ci un nombre (par exemple 1100, comme ci-dessous) :
0 1 100 2 000
Puis un autre nombre (par exemple 1 010) est proposé. A Lucie de placer ce nombre sur
la ligne… Il est important d’avoir avec elle des interrogations comme [« pourquoi ce
nombre est-il plus grand ou plus petit que 1 100 ? », « va-t-il se placer avant ou après
1 100 ? », « doit-on le placer près du trait de 1 100 ? »] (dans le sens conventionnel de
lecture de la gauche vers la droite, voir figure 8) :
0 1 100 2 000
1 010
Figure 8. Travail sur une ligne marquée (n°2)
Plus il y aura de nombres placés plus l’analyse sera fine et plus se constitueront des fragments
de la droite numérique mentale.
Au cours du développement des nombres, l’enfant passe par différentes phases d’élaboration.
Ainsi, il peut être capable de réussir une première tâche, et parallèlement échouer à une
seconde tâche qui paraît pourtant mettre en œuvre les mêmes compétences
développementales. Cette difficulté survient souvent lorsque l’enfant doit conceptualiser
certaines propriétés des nombres mais nous la rencontrons aussi très souvent dans la
remédiation de la résolution de problèmes.
Comme on le voit sur ces exemples de calculs, il ne faut pas hésiter à proposer un travail avec
des nombres à deux ou trois chiffres pour que la procédure analogique devienne opérante à
tous les niveaux du système décimal. Ce travail est aussi complété avec des exercices de
calcul mental tels que nous l’avons suggéré dans notre boîte de matériel « Au bout du
compte » (2011) avec l’utilisation des cartes bi-faces Numéral Arabe/Numéral arabe.
De 2 en 2 (jusqu’à 30).
De 3 en 3 (jusqu’à 30).
De 4 en 4 (jusqu’à 40),etc…
24 48
12 x 2 6 x 8
6 x 2 x 2 3 x 2 x 8
3 x 2 x 2 x 2 3 x 2 x 4 x 2
3 x 4 x 2 3 x 2 x 2 x 2 x 2
3 x 8 3 x 4 x 2 x 2
24 12 x 2 x 2
24 x 2
48
Dans le modèle du Triple Code, Dehaene et Cohen (2000) postulent que les faits
arithmétiques appris par cœur tels que 6 x 4 = 24 ne peuvent être récupérés que si
l’énoncé est codé verbalement six fois quatre, permettant ainsi la récupération du résultat
3
Deux feuilles d’opérations sont présentées en annexe 2.
61
Glossa n°120 (44-74), 2017
vingt quatre au sein du même format verbal. De ce fait, nous demandions à Lucie de bien
verbaliser oralement tous les énoncés arithmétiques multiplicatifs qu’elle travaillait.
La grandeur des valeurs absolues n’est pas prise en compte dans le calcul additif et Lucie ne
comprend pas pourquoi ses réponses sont parfois correctes, parfois incorrectes (et fortement
barrées par son professeur de mathématiques !). Le domaine de validité des schèmes
pertinents est donc à discuter. A ce propos, rappelons que Saada-Robert différencie dans un
schème la notion de routine, de primitive et de procédure (1992, voir figure 9) :
Pour cette auteure, une routine est un schème familier au sujet, lié au contrôle ascendant,
« car son guidage est assumé par les aspects particuliers de l’objet (tels qu’ils sont
sémantisés par le sujet) » (1992, p. 123). La notion de primitive se réfère au guidage de la
routine par le but (conduite téléonomique) et se définit par la signification attribuée à l’action
en regard de la solution. La primitive est donc modifiable et recomposable selon la situation-
en-contexte et permettra le déroulement d’une ou plusieurs procédures. Le repérage de micro-
genèses cognitives dérive bien évidemment de cette analyse en termes de mobilisation et
d’actualisation des schèmes, car « dans la notion de micro-genèse, se trouve l’idée de
travailler à une autre échelle temporelle que celle de la macro-genèse, mais surtout
d’analyser les conduites cognitives dans le plus grand détail et dans toute leur complexité
naturelle » (Inhelder & de Caprona, 1992, p. 24).
Lucie dispose de quelques-unes des parties du schème pertinent du calcul relatif (mobilisation
du schème familier), et comme nous l’avons fait précédemment avec les procédures
analogiques, nous allons prendre appui sur ces compétences pour l’aider à les concaténer et
62
Glossa n°120 (44-74), 2017
les combiner. Afin de construire le schème pertinent, il nous faut trouver un problème adapté
permettant une mobilisation maximum de ce schème. Nous proposons à Lucie une résolution
de problèmes à partir de notre jeu « Les petits lapins » (matériel A pas Comptés, 2013).
Une bande numérique (voir figure 10) est placée devant Lucie (planche n° 1 permettant
d’aller à + ou – 12), les quantités positives se situant vers la droite et les quantités négatives
vers la gauche. Un lapin (pion) est posé sur la case 0 (symbolisée par une borne). Ce lapin
peut aller à droite comme à gauche selon les lancers de dés (la partie se joue normalement à
deux et, dans ce cas, il faut être le premier joueur à amener son lapin dans une case gagnante
carotte, positive ou négative).
-5 -4 -3 -2 -1 +1 +2 +3 +4 +4 +5
-11 -10 -9 -8 -7
+
Figure 10. Le jeu des petits lapins.
Remarquons qu’avec Lucie, nous ne « jouons » pas et qu’il s’agit bien d’un travail de
réflexion ! L’exercice consiste à lancer trois dés (deux dés classiques associés à un dé [+ / -]),
puis à avancer ou reculer le pion selon les indications des lancers :
Si Lucie obtient un 7 (total des points des deux dés) et un +, elle avancera son pion de
sept cases vers la droite. Si elle obtient un total de 4 et un – : elle reculera son pion de
quatre cases vers la gauche.
Lucie doit poursuivre sa mise en place d’une représentation ordonnée de la suite des nombres
relatifs qui vérifie leur régularité et leur organisation de part et d’autre du point zéro. Nous
allons privilégier le calcul relationnel par anticipation au détriment d’un simple déplacement
du pion par correspondance terme à terme : en plaçant un cache devant le pion de Lucie (la
63
Glossa n°120 (44-74), 2017
flèche orientée dans le sens donné par le dé, voir figure 11), nous amènerons celle-ci à penser
la transformation et le résultat à obtenir.
Lors de son premier lancer, Lucie obtient un total de 5 et un +, elle pose donc son pion sur la
case [+ 5]. A son deuxième lancer, elle obtient un total de 9 et un – : nous plaçons alors le
cache à gauche de Lucie, flèche orientée vers la gauche. Puis elle calcule mentalement la case
d’arrivée : « ça sera dans les moins, il faut d’abord enlever les 5 du +, puis ce qu’il y a entre
5 et 9, c’est là que je vais arriver ! » Elle pose correctement son pion sur la case [- 4]. Nous
lui demandons alors de formuler par écrit le calcul effectué et Lucie écrit : 9 – 5 = 4.
En fait, Lucie se souvient de la procédure de son calcul arithmétique alors que nous lui
demandions une écriture algébrique :
« Tu es partie de quel nombre ?
- De 5.
- On va être plus précis : tu es partie de [+ 5]. Et ensuite?
- J’ai reculé de 9.
- Comment va-t-on l’écrire ?
- On va mettre (- 9).
- D’accord, tu peux maintenant écrire cette opération ?
Lucie écrit alors l’opération : + 5 - 9 = - 4. Afin d’éviter une surcharge cognitive,
nous ne nous focalisons point sur la présence ou l’absence de parenthèses et
continuons d’autres exercices. Ainsi, par exemple, nous obtenons :
Il nous faut maintenant généraliser et regrouper les opérations de même type. Lucie prend
alors conscience de la notion de valeur absolue et dégage à sa manière les règles correctes du
calcul additif de nombres relatifs :
« Quand j’ai deux moins, je garde le moins, c’est normal, je me déplace à gauche
(référence au déplacement du pion du jeu) mais j’ajoute les deux nombres. Avec deux plus,
c’est facile, ça fait toujours plus. Quand il y a un plus et un moins, c’est là que je dois faire
attention (et ne pas tomber dans le déroulement d’un schème dangereux !), je garde le signe
du plus grand et je fais une soustraction ».
L’exercice se poursuivra sur la séance suivante afin de consolider les règles de calcul et lors
d’une troisième séance, nous renforçons le schème pertinent en présentant un problème
complémentaire de même niveau de compétence. Nous proposons alors à Lucie le problème
« les petites voitures » (dérivé de Perrot, Charnay, Gorlier & Colomb, 1984) :
64
Glossa n°120 (44-74), 2017
« Pierre et Rémi jouent avec leurs petites voitures. Elles sont un peu particulières car on peut
leur donner des ordres en utilisant un tableau d’affichage qui se trouve sur une
télécommande. Par exemple, si on affiche Av 25, la petite voiture avance de 25 cm, et si on
affiche Re 18, elle recule de 18 cm. »
Lucie propose alors de tracer une ligne numérique telle que (figure 12) :
0 18 25
Dans cette première représentation, le mouvement de la petite voiture n’est pas symbolisé.
Lucie complète alors avec des flèches (figure 13) :
0 18 25
Nous noterons ici que droite numérique et bande numérique (comme dans le jeu des petits
lapins) entraînent deux représentations symboliques différentes. La bande numérique se
compose de cases discrètes alors que la droite numérique renvoie à une mesure d’une quantité
continue constituée d’une infinité de points. Lucie se sert donc d’une symbolisation beaucoup
plus abstraite et le travail étayé par une représentation de type bande numérique peut
s’estomper pour des tracés privilégiant la droite numérique. L’exercice sur le déplacement de
la petite voiture permet d’élaborer des calculs réfléchis sur de plus grands nombres et Lucie
va elle-même simplifier sa représentation symbolique (figure 14) :
- 37
+ 24
Figure 14. Simplification du schéma.
« Si je ne me rappelle pas de la règle, avec les flèches, je peux savoir si c’est un plus ou un
moins qu’il va y avoir au résultat ! »
La réussite motive à présent Lucie car elle dispose de domaines de validité des schèmes
du calcul relatif suffisants pour les sélectionner à bon escient, mais il faudra veiller
cependant à ce que le schème dangereux ne réapparaisse pas, car chaque domaine de
connaissances n’entraîne pas systématiquement l’application directe du bon schème.
Nous ne devons pas oublier que chaque contexte de situation-problème requiert une
spécification des schèmes : en d’autres termes, le clinicien doit tenir compte d’une
reconstruction partielle des schèmes selon les contraintes propres à chaque situation
particularisée et selon le niveau de significations attribuées à celle-ci. Par la suite, Lucie
65
Glossa n°120 (44-74), 2017
devra donc apprendre à sélectionner le meilleur schème adapté et pour cela, il lui faudra
approfondir ses connaissances procédurales et agrandir le domaine de validité des
procédures utilisées (Vergnaud, 1991).
Pour résumer, lors d’un travail qui veille à l’acquisition et au bon déclenchement de
schèmes pertinents, le clinicien aura comme principe de base de mettre l’enfant en
situation de réussir par la recherche et la mobilisation des schèmes pertinents, tout en
ancrant le plus souvent possible les situations problèmes dans le « réel ». S’il ne faut pas
hésiter à suivre parfois « le chemin des écoliers », nous ne pouvons oublier que pour
consolider l’application d’un schème pertinent, c’est l’enfant et lui seul qui construit et
élabore sa propre règle de fonctionnement.
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Glossa n°120 (44-74), 2017
Annexe 1
7. REPETITION DE CHIFFRES
A l'endroit 8 /12
A rebours 5 /12
TOTAL REPETITION DE CHIFFRES 13 /24 -0,76
72
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Annexe 2
Additions élémentaires
9 + 9 2 + 5 9 + 1 8 + 3
7 + 2 8 + 3 8 + 2 5 + 4
2 + 9 4 + 5 1 + 6 3 + 5
6 + 6 7 + 7 6 + 5 9 + 2
3 + 8 5 + 2 5 + 3 7 + 3
6 + 3 3 + 7 3 + 9 7 + 6
8 + 4 2 + 6 2 + 8 9 + 3
4 + 8 4 + 5 3 + 6 7 + 4
9 + 5 6 + 2 4 + 6 8 + 8
7 + 8 5 + 9 5 + 6 4 + 9
6 + 8 5 + 8 9 + 8 9 + 6
4 + 7 8 + 6 6 + 5 8 + 9
1 + 8 5 + 7 7 + 6 9 + 4
7 + 9 1 + 7 8 + 7 2 + 6
8 + 5 9 + 7 6 + 7 4 + 6
73
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Calculs élémentaires
9 + 9 13 - 5 9 + 7 11 - 3
7 - 2 8 - 3 8 + 8 11 - 4
18 - 9 14 - 7 4 + 6 12 - 5
7 + 6 8 + 7 16 - 8 9 + 5
7 + 8 15 - 4 15 - 6 9 - 5
6 - 3 13 - 4 3 + 9 17 - 9
8 - 4 4 + 9 4 + 8 9 + 8
4 + 8 4 + 8 12 - 3 7 + 9
9 - 5 16 - 10 14 - 5 14 - 8
17 - 7 15 - 9 5 + 6 4 + 9
6 + 8 5 + 8 11 - 6 13 - 5
14 - 6 8 - 6 6 + 5 8 + 9
11 - 8 13 + 7 7 + 6 19 - 10
11 - 3 20 - 7 9 + 7 16 - 9
8 + 5 19 - 6 8 + 7 9 + 6
74