MISE AU POINT
C. Brossard
P. Leuenberger
[ Effets du cannabis sur le système
respiratoire
L’inhalation de marijuana entraîne des effets que, on relève des altérations de l’épithélium
secondaires mal connus. Si à court terme on respiratoire qui sont 5-6 fois plus importantes
décrit une bronchodilatation, la consommation proportionnellement au nombre de cigarettes/
chronique à moyen et long terme engendre joints fumés, chez les fumeurs chroniques.
des symptômes respiratoires et un déclin Ces altérations expliquent la fréquence élevée
accéléré fonctionnel pulmonaire. Le mode d’in- de symptômes de bronchite chronique et con-
halation spécifique au joint est responsable de duisent à un risque accru de carcinome bron-
barotraumatismes et d’emphysème pulmonai- chique, notamment en raison de l’augmenta-
re. Du point de vue endoscopique et histologi- tion du dépôt d’hydrocarbures.
Mots-clés : e cannabis sativa ou chanvre indien est le pro- tion, on constate une diminution des résistances
쐌
쐌
쐌
cannabis
bronchite
volume expiratoire
L duit le plus fumé, après le tabac par les ado-
lescents et adultes de 15-39 ans. Il est inha-
lé le plus souvent sous trois formes différentes,
et une augmentation de la conductance spéci-
fique des voies aériennes, indiquant une répon-
se de bronchodilatation qui atteint son maxi-
쐌 maximum/seconde dont l’effet psychotrope est proportionnel à la mum après 15 à 20 minutes et persiste pendant
쐌 cancer concentration en tétrahydrocannabinol (THC) : une heure en moyenne.2 Les études contrôlées
– La marijuana (ou «herbe») se prépare à partir sur des volontaires sains tendent à montrer que
des feuilles et des graines séchées et se fume cet effet est attribuable au THC et non aux ex-
mélangée avec du tabac sous forme de cigarette cipients utilisés. L’administration de doses crois-
roulée, de pipe ou de narguilé. santes de THC de synthèse indique que l’effet
– Le haschisch est de la résine de cannabis séché, bronchodilatateur est dose dépendant. L’effet
mélangée à différents produits tels que de la bronchodilatateur de l’inhalation de fumée de
paraffine, de la colle, du cirage, du henné, voire cannabis apparaît même être supérieur à une
même des excréments d’animaux. Il se fume nébulisation thérapeutique de B2 sympathomi-
mélangé à du tabac de la même manière que la métique. A noter que, chez l’asthmatique léger
marijuana. à modéré, l’effet bronchodilatateur est présent,
– L’huile est obtenue par distillation de feuilles bien que moins marqué que chez le sujet sain.3
ou de résine de cannabis. Elle se fume après Cet effet s’explique probablement par la stimu-
avoir été déposée sur le tabac d’une cigarette ou lation par le THC des récepteurs cannabinoïdes
d’une pipe. CB-1 des terminaisons parasympathiques au ni-
Selon un rapport de l’OFSP, sa consomma- veau des muscles lisses respiratoires conduisant
tion ne cesse d’augmenter en Suisse.1 En 1997, à une inhibition du relargage de l’acétylcholine.
5% des 15 à 39 ans avouaient consommer au moins
Respiratory effects of cannabis une fois par semaine, soit environ 2% de plus
qu’en 1992. En 1992, 16,3% des Suisses avaient Symptômes respiratoires
The adverse effects of cannabis
smoking are poorly recognized. consommé au moins une fois du cannabis contre à moyen et long terme
Significant bronchodilatation is 26,7% en 1997 et 27,7% en 2002. Le cannabis est
donc un produit dont la consommation progresse ’inhalation chronique de cannabis est asso-
L
seen shortly often smoking.
Delayed reactions are et dont les effets secondaires sur l’appareil respi- ciée à des symptômes respiratoires aigus et
characterized by bronchitic
symptoms and reduced
ratoire semblent peu connus par la population et chroniques, déjà chez de jeunes adultes. Une
pulmonary function. Specific les défenseurs de sa libéralisation. Pourtant, tou- étude révèle que les fumeurs chroniques de ma-
inhalation method of cannabis te substance inhalée expose les poumons aux rijuana ont autant de bronchites aiguës ou chro-
smoking is responsible for composants potentiellement nocifs de la fumée, niques que les fumeurs de tabac.4 Les symptô-
barotrauma and lung incluant des impuretés potentiellement toxiques mes sont beaucoup plus fréquents chez les fu-
emphysema. Bronchoscopic
abnormalities are evidenced 5 et les produits résultant de la combustion. meurs de marijuana que chez les non-fumeurs :
to 6 times more often than in toux chroniques (18% vs 0%), expectorations
non-smokers. The changes chroniques (20% vs 0%), sibilances (25% vs 3,5%),
observed in respiratory mucosa Effets à court terme bronchite aiguë (13% vs 2%). Dans cette étude,
serve as the basis of the
respiratory symptoms and
on ne révèle toutefois pas d’effet additif chez les
’inhalation de cannabis entraîne, à court ter- fumeurs de tabac et de marijuana, bien que ce
constitute a risk factor for the
development of bronchial
carcinoma, particularly because
of the increased local
deposition of hydrocarbons.
L me, plusieurs symptômes bien connus : ta-
chycardie, élévation de la tension artérielle,
augmentation de la fréquence respiratoire, xéro-
soit le cas pour d’autres auteurs. Une enquête
épidémiologique concernant l’impact de la
consommation de marijuana sur la santé de ces
stomie, injection conjonctivale, augmentation de consommateurs (non tabagiques) a montré que
Med Hyg 2004 ; 62 : 2104-9 l’appétit, euphorie. En outre, peu après l’inhala- ceux-ci ont un risque plus élevé de consultation
2104 Médecine&Hygiène 2502, 27 octobre 2004 쐌 [Link] [Link] 쐌 Médecine&Hygiène 2502, 27 octobre 2004 0000
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ambulatoire ou d’hospitalisation pour un pro- teurs, même occasionnels, de marijuana.10 Ce
blème respiratoire que les non-fumeurs.5 phénomène pourrait résulter d’un barotrauma-
Une autre étude a révélé que chez de jeunes tisme sur augmentation de la pression intratho-
adultes de 21 ans dépendant du cannabis, les racique consécutif aux manœuvres de Valsalva
symptômes respiratoires (expectorations matina- exécutées en fin d’inhalation de la marijuana en
les, sibilances, dyspnée d’effort, sensation d’op- vue d’augmenter l’absorption du THC.11 De lar-
pression thoracique) sont également beaucoup ges bulles d’emphysème ont été mises en évi-
plus fréquents que pour les non-fumeurs. La pré- dence chez des jeunes adultes peu exposés au
valence moyenne des symptômes est similaire à tabac mais fumant de la marijuana.12 Les auteurs
celle d’un fumeur d’un demi-paquet de cigarettes de ces observations cliniques suggèrent qu’il
par jour.6 Cette disparité est en partie expliquée peut y avoir une combinaison entre la toxicité
par la différence d’inhalation du joint par rap- directe des composants de la marijuana et le
port à la cigarette : l’inhalation délivre en moyen- barotraumatisme engendré par l’apnée inspira-
ne deux fois plus de fumée, la profondeur de toire pratiquée lors de l’inhalation de cannabis.
l’inspiration est un tiers plus importante, la du-
rée de l’inspiration est quatre fois plus impor-
tante. De plus, la marijuana est le plus souvent Mortalité
fumée sans filtre, permettant l’absorption de 50%
de substance carcinogène en plus. L’inhalation n suivi, sur six à douze ans, de 65 171 per-
de cannabis augmente plus de cinq fois la car-
boxyhémoglobine par rapport à la cigarette.7 U sonnes âgées de 15 à 49 ans, n’a pas montré
d’augmentation de la mortalité chez les fu-
meurs de cannabis par rapport aux non-fumeurs.
Les auteurs notent toutefois une augmentation
Déclin fonctionnel pulmonaire du risque de décès si la consommation de mari-
juana est le fait d’un sidéen de sexe masculin.13
es valeurs moyennes de VEMS et du rap-
L port de Tiffeneau sont abaissées chez les fu-
meurs de marijuana par rapport aux non-fu-
meurs et même aux fumeurs de tabac. Ces résul-
Altérations endoscopiques
et histologiques
tats démontrent que l’inhalation de cannabis est
un facteur de risque significatif pour le dévelop- es bronchoscopies effectuées avec biopsies
pement d’une obstruction respiratoire. Le suivi
de fumeurs de marijuana sur six ans a confirmé
un déclin accéléré des fonctions respiratoires.8
D et lavages broncho-alvéolaires (LBA) chez
des fumeurs de marijuana et/ou de tabac
ont été comparées aux mêmes examens prati-
Même une courte période de consommation qués sur des non-fumeurs. Un index d’inflam-
régulière de cannabis peut entraîner un syndro- mation bronchique visuel a été défini de maniè-
me obstructif, comme démontré par une étude re semi-quantitative sur vidéoscopie, en fonction
où 36% des fumeurs de cannabis contre 20% des de l’importance de l’érythème, de l’œdème et
non-fumeurs avaient un rapport de Tiffeneau pa- des sécrétions. Les lavages broncho-alvéolaires
thologique à 21 ans déjà. Dans un autre travail, révèlent également des signes d’inflammation
des fumeurs réguliers de marijuana (> 3 joints par chez tous les fumeurs. Les biopsies bronchiques
jour pendant plus de 15 ans) ne montraient pas ont permis de corréler les observations visuelles
d’altération significative de la capacité de diffu- aux évidences histologiques.
sion du monoxyde de carbone (DLCO), contrai- L’inhalation régulière de marijuana ou de ta-
rement à un groupe de fumeurs de tabac.4 bac, chez le jeune adulte, est associée à une fré-
Les mêmes auteurs ont comparé l’évolution quence élevée de lésions des voies aériennes
du VEMS sur huit ans chez des fumeurs de ma- principales visualisées par endoscopie et confir-
rijuana (> 3 joints/jour), de tabac, de marijuana mées par l’examen microscopique. Il est impor-
et de tabac et chez des non-fumeurs.9 Il n’a pas tant de relever que ces observations ont été ef-
été relevé d’altération significative du VEMS fectuées en l’absence de symptômes décrits par
chez les fumeurs de marijuana, contrairement aux les patients. Les coupes histologiques ont mon-
fumeurs de tabac. Aucun effet additif de tabac tré que presque tous les fumeurs de marijuana
et de la marijuana n’a été décelé. ont au moins deux critères d’inflammation (hy-
L’association entre le développement d’un syn- perplasie vasculaire, œdème sous-muqueux, in-
drome obstructif et l’inhalation de dérivés du can- filtrat de cellules inflammatoires, hyperplasie de
nabis est donc difficile à confirmer au vu des ré- cellules caliciformes) alors qu’aucune biopsie chez
sultats discordants à disposition à l’heure actuelle. un non-fumeur ne montre plus d’un critère d’in-
flammation.14
Dans une autre étude, des biopsies bronchi-
Barotraumatismes ques ont été réalisées chez des fumeurs de mari-
juana, des fumeurs de tabac, des fumeurs des deux
Des cas de pneumothorax et de pneumomé- et des non-fumeurs dont la plupart n’avaient pas
diastin ont été rapportés chez des consomma- de symptômes ou de perturbations fonctionnel-
0000 Médecine&Hygiène 2502, 27 octobre 2004 쐌 [Link] [Link] 쐌 Médecine&Hygiène 2502, 27 octobre 2004 2105
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les respiratoires.15 Par rapport aux non-fumeurs, processus néoplasiques, est exprimé chez 11%
on a relevé une augmentation des anomalies de des fumeurs de cannabis et de tabac. Ces résul-
l’épithélium (hyperplasie, stratification, métapla- tats confirment que l’inhalation de marijuana
sie, augmentation du rapport nucléo-cytoplas- est à l’origine d’altérations de la croissance des
mique, augmentation de l’épaisseur de la mem- cellules de l’épithélium bronchique et par
brane basale) chez les fumeurs de marijuana (3- conséquent entraîne un risque accru de déve-
4 joints/j), de même importance que chez les fu- loppement de cancer du poumon.16
meurs de tabac (22 cigarettes/j). Les anomalies La fumée de dérivés du cannabis semble sti-
observées étaient plus marquées chez les fumeurs muler la formation d’espèces oxygénées activées
de marijuana et de tabac que chez les fumeurs (ou ROS, Reactive Oxygen Species) dans la cellule
d’une seule substance. proportionnellement à la concentration de THC.
Ces constatations endoscopiques et histolo- La production de ROS est un marqueur de stress
giques mettent en évidence cinq implications oxydatif conduisant à des altérations de l’ADN,
cruciales pour la santé des fumeurs de chanvre : pouvant aboutir à des transformations malignes.
1. L’inhalation chronique de marijuana entraîne La marijuana augmenterait trois fois plus la for-
des modifications cliniques et/ou fonctionnelles mation de ROS que le tabac déjà redouté pour
importantes du système respiratoire même chez son action oxydante sur l’épithélium respiratoire.2
des sujets asymptomatiques, y compris chez des
jeunes.
2. La consommation de 3-4 joints de marijuana Effets sur les macrophages
par jour apparaît endommager autant l’épithé- alvéolaires
lium qu’une consommation de 22 cigarettes de
tabac par jour. Cela suggère une atteinte plus es macrophages alvéolaires sont essentiels
importante sur les voies respiratoires par ciga-
rette fumée de cannabis que de tabac. L’absen-
ce de filtre, l’inhalation plus longue et plus pro-
L dans le système de défense immunitaire pul-
monaire. Or, l’inhalation de marijuana est à
l’origine de modifications de la structure, de la
fonde semblent expliquer le dépôt quatre fois fonction et du nombre des macrophages alvéo-
supérieur des particules insolubles du cannabis laires :
par rapport à une cigarette conventionnelle de – doublement du nombre ;
même poids. – augmentation de la taille et des inclusions cy-
[ 3. La marijuana présente une toxicité qui entraî- toplasmiques ;
Bibliographie
ne un effet probablement additif à celui du ta- – perturbation des mécanismes régulateurs de
1 Office fédéral de la statistique. Nou-
velles publications dans le domaine
bagisme. Ceci est d’importance puisque la pré- l’équilibre intercellulaire oxydants/antioxydants
de la santé. Neuchâtel : Office fédé- valence du tabagisme est plus élevée que la (in vitro) ;
ral de la santé publique et service moyenne chez les fumeurs de cannabis (environ – altération de l’activité fongicide (contre Can-
de centralisation des statistiques et
de l’assurance accidents, 2001. 50%). dida albicans et pseudotropicalis) (in vitro) ;
2 # # Tashkin DP. Airways effects of 4. Les altérations constatées sur l’épithélium – altération de la fonction bactéricide sur le sta-
marijuana, cocaine, and other inha-
led illicit agents. Curr Opin Pulm Med (remplacement de l’épithélium cilié par un épi- phylocoque doré (in vitro).
2001 ; 7 : 43-61. thélium pavimenteux incluant des cellules cali- Ces résultats tendent à prouver que l’inhala-
3 Tashkin DP, Shapiro BJ, Frank IM.
Acute pulmonary physiologic effects
ciformes hyperplasiques) constituent les bases tion de dérivés du cannabis entraîne une altéra-
of smoked marijuana and oral 욼9- anatomiques qui expliquent les symptômes de tion de la fonction antimicrobienne des macro-
Tetrahydrocannabinol in healthy young bronchite chronique éprouvés par les fumeurs phages qui constitue un facteur de risque pour
men. N Engl J Med 1973; 289 : 336-
41. de cannabis. la survenue d’infections des voies aériennes.
4 Tashkin DP, Coulson AH, Clark VA, 5. Les changements histopathologiques décrits
et al. Respiratory symptoms and lung
function in habitual, heavy smokers (métaplasie, désorganisation cellulaire, augmen-
of marijuana alone, smokers of ma- tation du rapport nucléo-cytoplasmique, augmen- Effets carcinogènes de la
rijuana and tobacco, smokers of to-
bacco alone, and nonsmokers. Am tation des mitoses, variation du nucléole) sont marijuana
Rev Respir Dis 1987 ; 135 : 209- des altérations associées à un risque accru de dé-
16.
veloppement ultérieur d’un carcinome bronchi- es analyses chimiques de la fumée de can-
5 Polen MR, Sidney S, Tekawa IS, et
al. Health care use by frequent mari-
juana smokers who do not smoke
tobacco. West J Med 1993 ; 158 :
596-601.
que.
L nabis et l’examen des cellules, des tissus, ain-
si que les études expérimentales sur l’ani-
mal et les études cliniques ont permis d’appor-
6 # Taylor DR, Poulton R, Moffitt TE, Expression de marqueurs ter la preuve de l’effet carcinogène de l’inhala-
et al. The respiratory effects of can-
nabis dependence in young adults. d’évolution néoplasique tion de marijuana. Ces évidences sont variées :
Addiction 2000 ; 95 : 1669-77. – concentration élevée d’hydrocarbures aroma-
7 Wu TC, Tashkin DP, Djahed B, et al.
’immunohistopathologie de biopsies bron- tiques polycycliques (effet hautement procarci-
Pulmonary hazards of smoking mari-
juana as compared with tobacco. N
Engl J Med 1988 ; 318 : 347-51.
8 Sherrill DL, Kryzanowski M, Bloom
JW, et al. Respiratory effects of non-
tabacco cigarettes: A longitudinal stu-
L chiques pratiquées chez des fumeurs de ma-
rijuana a révélé une surexpression de mar-
queurs liés à un risque accru de cancer du pou-
nogène) ;
– mutagénicité comparable à celle de la cigarette ;
– nombreuses preuves de l’effet carcinogène en
mon, tels que Ki-67 (un marqueur de la prolifé- expérimentation animale ;
dy in general population. Int J Epide-
miol 1991 ; 20 : 132-7. ration cellulaire) et l’EGFR (Epidermal Growth – altérations hyperplasiques, métaplasiques et
9 Tashkin DP, Simmons MS, Sherrill Factor Receptor). De plus, le gène p53, le gène dysplasiques retrouvées sur les biopsies de mu-
D, et al. Heavy habitual marijuana
suppresseur le plus fréquemment altéré dans les queuses bronchiques de fumeurs de marijuana ;
2106 Médecine&Hygiène 2502, 27 octobre 2004 쐌 [Link] [Link] 쐌 Médecine&Hygiène 2502, 27 octobre 2004 0000
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smoking does not cause accelera- – prévalence augmentée de tumeurs des voies à celle-ci, ce risque se multiplie également lors
ted decline in FEV1 with age : A lon-
gitudinal study. Am J Respir Crit Care respiratoires et digestives chez des fumeurs de de tabagisme chronique. Il y a probablement une
Med 1997 ; 155 : 141-8. cannabis de moins de 45 ans ; relation additive, voire synergique de l’effet de
10 Feldman AL, Sullivan JT, Passero MA,
et al. Pneumothorax in polysubstan- – augmentation doses dépendantes du risque de la marijuana et du tabac sur le développement
ce abusing marijuana and tobacco cancer de la tête et du cou. d’un cancer des voies respiratoires. Bien que les
smokers : 3 cases. J Subst Abuse
1993 ; 5 : 183-6.
tumeurs de l’appareil respiratoire supérieur soient
11 Miller WE, Spiekerman RE, Hepper rares chez les patients de moins de 40 ans, des
NG. Pneumomediastinum resulting
from performing Valsalva maneuvers
Conclusion séries cliniques révèlent une proportion inhabi-
during marijuana smoking. Chest tuellement haute de tumeurs du poumon et des
l existe de nombreuses évidences que l’inha- voies aériennes, chez le consommateur de mari-
I
1972 ; 62 : 233-4.
12 Johnson MK, Smith RP, Morrison D,
et al. Large lung bullae in marijuana lation de produits dérivés du cannabis com- juana de 40-45 ans.
smokers. Thorax 2000 ; 55 : 340-2. porte de réels dangers. Bien qu’à court terme Les atteintes de l’épithélium bronchique et
13 Sidney S, Beck JE, Tekawa IS, et al.
Marijuana use and mortality. Am J
l’inhalation de marijuana permette une puissan- de la fonction mucociliaire engendrées par l’in-
Public Health 1997 ; 87 : 585-90. te bronchodilatation, les effets nocifs à moyen et halation de marijuana prédisposent à des infec-
14 # Roth DR, Arora A, Barsky SH, et long terme sont plus nombreux et plus graves. tions respiratoires. Le risque infectieux est en-
al. Visual and pathologic evidence of
injury to the airway of young mari- Les dommages sur l’épithélium bronchique sont core augmenté par les altérations importantes de
juana smokers. Am J Respir Crit cinq à six fois plus importants que pour le même la fonction antimicrobienne des macrophages
Care Med 1998 ; 157 : 928-37.
15 Fligiel SEG, Roth MD, Kleerup EC, et nombre de cigarettes fumées. Ces altérations alvéolaires. Des études épidémiologiques ont
al. Tracheobronchial histopathology touchant principalement de jeunes patients, il est montré que l’inhalation de marijuana est un fac-
in habitual smokers of cocaine, ma-
rijuana or tobacco. Chest 1997; indispensable de pouvoir informer le fumeur de teur de risque indépendant pour le développe-
112: 319-26. marijuana, que le produit qu’il inhale de maniè- ment d’infections pulmonaires opportunistes
16 Barsky SH, Roth MD, Kleerup EC, et
al. Similar molecular alterations in
re répétée conduit à une augmentation du chez le patient VIH positif. L’inhalation de can-
bronchial epithelium are observed in risque de développer un cancer du poumon et nabis augmentant le risque de développer une
habitual smokers of marijuana, co- probablement également de la tête et du cou. Si pneumonie, il est indispensable d’établir un suivi
caine or tobacco. J Nat Can Inst
1998 ; 90 : 1198-204. ce risque semble nettement supérieur à celui de et une prophylaxie chez le sujet immunosuppri-
la cigarette, principalement en raison de l’aug- mé utilisant la marijuana à but médical. 쎱
mentation du dépôt d’hydrocarbures par rapport
[ Adresse des auteurs :
Pr Philippe Leuenberger Implications pratiques
et Dr Christophe Brossard
Service de pneumologie 쐌 La marijuana présente une toxicité bronchique – un déclin fonctionnel accéléré
Département de médecine nettement supérieure à celle du tabac – des altérations anatomiques des bronches et
interne
쐌 La consommation de marijuana conduit à des des poumons telles que : emphysème pulmo-
CHUV
1011 Lausanne effets immédiats et à des complications car elle naire précoce et carcinome des bronches
[Link]@chuv. constitue un facteur de risque pour : – des infections bronchiques et pulmonaires
[Link] – la manifestation de symptômes respiratoires
Nobel
perte totale de l’odorat, est donc un venir d’une dizaine de milliers de
Un Nobel de médecine pour le pif sérieux handicap. parfums différents. En réalité, cha-
L’odorat, qui permet la détection bel de physiologie et de médecine. Les mille gènes humains impli- que fumet correspond à l’excitation
des composés chimiques qui nous La perception de son environne- qués dans l’odorat correspondent à d’une combinaison bien précise de
entourent, mobilise à lui seul pas ment chimique est de première im- autant de protéines réceptrices. Ces ces cellules olfactives.
moins d’un bon millier de gènes portance chez l’homme ainsi que dernières sont installées à la surfa-
chez l’être humain. Autrement dit, tous les autres animaux. Les odeurs ce des cellules olfactives qui relient Anton Vos
3% de l’ensemble de notre génome. permettent de distinguer les ali- la paroi supérieure de la cavité na-
Ce sens, malgré son importance ments sains des produits avariés, sale au cerveau. Les chercheurs ont
manifeste, est longtemps resté énig- de reconnaître des signaux de dan- découvert que chaque cellule ne
matique. C’est pour avoir compris ger comme la fumée d’un feu, elles porte qu’un seul type de récepteur
ses mécanismes de base dans les sont également essentielles aux et que chaque récepteur n’est sen-
années 1990 que les chercheurs mammifères nouveau-nés pour qu’ils sible qu’à un nombre très limité de
américains Richard Axel et Linda trouvent les mamelles de leur mè- composés chimiques. L’être humain
Buck ont reçu le 4 octobre le Prix No- re. L’anosmie, la diminution ou la est néanmoins capable de se sou-
0000 Médecine&Hygiène 2502, 27 octobre 2004 쐌 [Link] [Link] 쐌 Médecine&Hygiène 2502, 27 octobre 2004 2109