Département Génie mécanique
2ᵉ année Génie mécanique
Année universitaire : 2025/2026
Simulation numérique de la rupture
ductile en traction d’une éprouvette
en acier sous Abaqus
Rédigé par Encadré par
Bhija Samira
Konaté Mory
Yidir Soumaya Pr. El Hakimi
Ghoura Fatima
Sadouni Boutaina
Introduction
La rupture ductile des matériaux métalliques constitue un phénomène critique dans la
conception et le dimensionnement des structures mécaniques. Elle est caractérisée par une
accumulation progressive de déformations plastiques, suivie de l’initiation et de la propagation
de fissures jusqu’à la rupture finale.
Dans le cadre de ce travail, une simulation par éléments finis a été réalisée à l’aide du logiciel
Abaqus/CAE afin d’étudier le comportement à la rupture d’un acier soumis à deux
configurations d’essai différentes :
une éprouvette de traction uniaxiale (éprouvette normale),
une éprouvette CT (Compact Tension), couramment utilisée pour l’étude de la ténacité à
la rupture.
L’utilisation d’un modèle d’endommagement ductile permet de simuler de manière réaliste
l’initiation de la fissuration et la perte progressive de rigidité du matériau.
Intérêt de la simulation de la rupture ductile
L’utilisation de la simulation numérique dans l’étude de la rupture ductile présente plusieurs
avantages :
accès aux champs locaux de contraintes, de déformations et d’endommagement
possibilité d’observer l’évolution progressive du strictionnement
amélioration de la compréhension des mécanismes physiques menant à la rupture
Objectifs du projet
Les objectifs principaux de cette étude sont :
Simuler numériquement le comportement mécanique d’un acier soumis à traction et à
ouverture de fissure.
Mettre en évidence l’influence de la géométrie de l’éprouvette sur la distribution des
contraintes et des déformations.
Comparer les mécanismes d’initiation et de propagation de la rupture ductile entre
l’éprouvette CT et l’éprouvette normale.
Analyser l’effet de la triaxialité des contraintes sur la déformation à rupture.
Extraire et comparer les réponses force–déplacement des deux essais.
Présentation des éprouvettes
Éprouvette de traction normale
L’éprouvette de traction est une éprouvette classique utilisée pour caractériser le
comportement mécanique en traction uniaxiale. Elle comporte une zone centrale
rétrécie destinée à favoriser la localisation de la déformation plastique et la
striction.
Longueur totale : 180 mm
Largeur : 10 mm
Largeur réduite au centre : 8 mm
Épaisseur : 3 mm
Éprouvette CT (Compact Tension)
L’éprouvette CT est conçue pour étudier la propagation de fissure en mode I (ouverture). Elle
contient une entaille initiale qui génère une forte concentration de contraintes en pointe de
fissure.
Longueur : 90 mm
Largeur : 50 mm
Épaisseur : 20 mm
Présence de deux trous pour l’application des conditions aux limites
Interaction : Traction des éprouvettes
Maillage et type d’éléments
Les deux éprouvettes ont été discrétisées à l’aide d’éléments :
C3D8R : éléments hexaédriques linéaires à 8 nœuds avec réduction d’intégration, adaptés
aux problèmes de plasticité et d’endommagement.
Maillage de l’éprouvette CT
Taille de maille globale : 3 mm
Raffinement local :
35 éléments autour de la fissure
Taille de maille très fine (0,1 mm) autour des trous
Ce raffinement permet de capturer correctement les gradients élevés de contraintes et de
déformations.
Maillage de l’éprouvette normale
Taille de maille uniforme : 2 mm avec maillage régulier sur l’ensemble de l’éprouvette
Modélisation du matériau : Acier
Propriété générale:
Densité : 7.8e-9
Le matériau étudié est un acier modélisé à l’aide d’un comportement élasto-plastique avec
endommagement ductile.
Comportement élastique
Module d’Young : 210000 Mpa
Coefficient de Poisson :0.3
Comportement plastique
Le comportement plastique est défini par une courbe contrainte–déformation plastique issue de
données expérimentales ou de la littérature.
Endommagement ductile
L’endommagement ductile est défini par :
Un critère d’initiation basé sur la déformation plastique à la rupture en fonction de la
triaxialité des contraintes.
Une évolution linéaire de l’endommagement, contrôlée par un déplacement critique.
Une vitesse de déformation influençant le seuil d’initiation et la cinétique de rupture.
Début de la fissure : a=0.02mm
Conditions aux limites et chargement
Éprouvette CT
Blocage des déplacements sur un trou
Application d’un déplacement imposé sur l’autre trou
Chargement provoquant l’ouverture de la fissure (mode I)
Éprouvette de traction normale
Déplacement nul
Déplacement de 10mm appliquée à l’extrémité opposée suivant l’axe longitudinal
Étape de calcul
Les simulations ont été réalisées à l’aide d’une analyse dynamique explicite :
Type d’étape : Dynamic Explicit
Grandes déformations activées (NLGEOM = ON)
Temps total de simulation : 500
Cette approche permet de gérer efficacement les phénomènes fortement non linéaires liés à la
plasticité et à l’endommagement.
Résultats et post-traitement
Champs de déplacement
La distribution du déplacement total (U, Magnitude) permet d’identifier les zones de forte
déformation.
Champ de déplacement – éprouvette CT
Champ de déplacement – éprouvette normale
Contraintes équivalentes de Von Mises
Les cartes de contraintes montrent :
une forte concentration en pointe de fissure pour l’éprouvette CT,
une localisation au centre de l’éprouvette normale, au niveau de la section réduite.
Contraintes de Von Mises – éprouvette normale
Contraintes de Von Mises – CT
Endommagement
L’évolution des variables d’état permet de suivre l’initiation et la propagation de la
rupture ductile.
Endommagement en pointe de fissure – CT
Analyse approfondie et discussion des résultats
Analyse globale du comportement mécanique
Les simulations réalisées sous Abaqus mettent en évidence deux mécanismes de rupture ductile
nettement distincts, directement liés à la géométrie des éprouvettes et à l’état de contrainte
imposé.
Dans les deux cas, la rupture n’apparaît pas brutalement, mais résulte d’un processus progressif
comprenant :
1. une phase élastique initiale,
2. une phase de plasticité généralisée ou localisée,
3. l’initiation de l’endommagement ductile,
4. puis la dégradation progressive de la rigidité jusqu’à la rupture.
Cependant, la cinétique de ces phénomènes et leur localisation spatiale diffèrent fortement
entre l’éprouvette CT et l’éprouvette de traction normale.
Analyse des champs de déplacement
1 Éprouvette de traction normale
Le champ de déplacement total (U, Magnitude) montre une distribution globalement homogène
le long de l’éprouvette au début du chargement, ce qui est caractéristique d’un essai de traction
uniaxiale classique.
Au fur et à mesure de l’augmentation du déplacement imposé :
la déformation se localise progressivement au niveau de la zone centrale rétrécie,
un phénomène de striction apparaît, traduisant une instabilité plastique,
cette localisation précède directement l’initiation de l’endommagement ductile.
Ce comportement est cohérent avec la réponse expérimentale attendue pour un acier ductile
soumis à traction, où la rupture se produit après une importante déformation plastique
localisée.
2 Éprouvette CT
Dans le cas de l’éprouvette CT, le champ de déplacement est fortement non uniforme dès les
premières étapes du chargement. Les déplacements maximaux sont concentrés :
au voisinage immédiat de la pointe de fissure,
et autour de la zone sollicitée par l’ouverture en mode I.
Contrairement à l’éprouvette normale, la déformation ne se répartit pas sur un volume
important du matériau, mais reste très localisée, ce qui favorise une initiation précoce de
l’endommagement.
NB: La présence de l’entaille impose une discontinuité géométrique qui amplifie localement les
déplacements et accélère la dégradation du matériau
Analyse des contraintes équivalentes de Von Mises
1 Éprouvette normale
La distribution des contraintes de Von Mises montre :
une augmentation progressive et relativement uniforme des contraintes,
suivie d’une concentration au niveau de la section réduite centrale.
La contrainte maximale est atteinte dans la zone de striction, ce qui confirme que la rupture est
gouvernée par :
une plasticité dominée par la traction uniaxiale,
une triaxialité modérée des contraintes.
Ce niveau de triaxialité permet au matériau d’atteindre des déformations plastiques élevées
avant rupture, ce qui est cohérent avec la valeur de déformation à rupture utilisée dans le
modèle d’endommagement.
2 Éprouvette CT
Pour l’éprouvette CT, les contraintes de Von Mises atteignent des valeurs très élevées :
à la pointe de la fissure,
sur une zone extrêmement réduite.
Cette concentration est typique des structures fissurées et reflète :
un état de contrainte fortement triaxial,
une sollicitation intense du matériau en amont de la fissure.
NB: Même si la contrainte équivalente est élevée, la rupture ne dépend pas uniquement de sa
valeur maximale, mais surtout de la combinaison contrainte–triaxialité–déformation
plastique, prise en compte dans le modèle d’endommagement ductile.
Analyse de l’endommagement ductile
1 Initiation de l’endommagement
Éprouvette normale :
L’endommagement s’initie après une phase de plasticité significative, au centre de
l’éprouvette. Cette initiation tardive est liée à une triaxialité relativement faible, permettant
au matériau de supporter de grandes déformations plastiques avant rupture.
Éprouvette CT :
L’endommagement s’initie très tôt à la pointe de fissure, en raison :
d’une triaxialité élevée,
d’une forte concentration de contraintes,
et de gradients de déformation importants.
2 Propagation de l’endommagement
Dans l’éprouvette CT, la propagation de l’endommagement est :
rapide,
directionnelle,
alignée avec le plan de fissure.
Cela traduit un mécanisme de rupture dominé par la mécanique de la rupture, où la fissure
joue un rôle prépondérant dans l’évolution du champ mécanique.
À l’inverse, dans l’éprouvette normale, l’endommagement est :
plus diffus,
contrôlé par la striction,
moins sensible à une direction privilégiée.
Influence de la triaxialité des contraintes
L’un des apports majeurs de cette étude réside dans la mise en évidence du rôle de la
triaxialité des contraintes :
Dans l’éprouvette CT, la triaxialité élevée réduit fortement la déformation plastique
nécessaire pour initier la rupture.
Dans l’éprouvette normale, la triaxialité modérée permet une plasticité étendue avant
endommagement.
Cela confirme que :
la rupture ductile n’est pas uniquement gouvernée par la contrainte maximale, mais par
l’état de contrainte local, en particulier la triaxialité.
Comparaison synthétique des deux simulations
Aspect analysé Éprouvette CT Éprouvette normale
Type de sollicitation Ouverture de fissure (Mode I) Traction uniaxiale
Localisation de la déformation Très localisée Progressive
Triaxialité Élevée Modérée
Initiation de l’endommagement Précoce Tardive
Mode de rupture Localisée, fragile-ductile Ductile avec striction