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Sujet 1

L'éradication de la corruption est essentielle pour libérer le potentiel économique de l'Afrique, qui est entravé par des institutions faibles et des inégalités croissantes. La corruption décourage les investissements, aggrave la pauvreté et détruit la confiance des citoyens envers leurs dirigeants. Pour un développement durable et juste, il est crucial d'instaurer une gouvernance transparente et de promouvoir des valeurs d'intégrité et de justice sociale.

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Sujet 1

L'éradication de la corruption est essentielle pour libérer le potentiel économique de l'Afrique, qui est entravé par des institutions faibles et des inégalités croissantes. La corruption décourage les investissements, aggrave la pauvreté et détruit la confiance des citoyens envers leurs dirigeants. Pour un développement durable et juste, il est crucial d'instaurer une gouvernance transparente et de promouvoir des valeurs d'intégrité et de justice sociale.

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SUJET1

« Rien ne libérera plus l’énorme potentiel


économique de l’Afrique que l’éradication du
cancer de la corruption. »

L’Afrique est souvent qualifiée de con nent d’avenir en raison de


ses immenses richesses naturelles, de sa jeunesse nombreuse et de
son dynamisme culturel. Pourtant, malgré ces atouts considérables,
elle demeure confrontée à la pauvreté, à la précarité et au sous-
développement. Beaucoup d’observateurs es ment que la principale
cause de ce paradoxe réside dans la corrup on, ce « cancer » qui
ronge les ins tu ons, détourne les ressources et détruit la confiance
des citoyens. Dès lors, on peut se demander en quoi la corrup on
cons tue un frein au développement du con nent africain et
pourquoi son éradica on apparaît comme la condi on essen elle
pour libérer son poten el économique.

La corrup on, en effet, est l’un des obstacles les plus graves au
développement de l’Afrique, car elle mine les ins tu ons, décourage
l’inves ssement et aggrave les inégalités sociales. D’abord, elle
détruit les fondements de l’État de droit et la confiance du peuple
envers ses dirigeants. Lorsque les fonds publics sont détournés, les
marchés truqués et les postes a ribués par favori sme, les citoyens
cessent de croire en la jus ce et en la valeur du travail. L’ancien
secrétaire général des Na ons unies, Kofi Annan, affirmait à juste tre
: « La corrup on détourne le pouvoir de servir le peuple pour servir
des intérêts privés. » Ce e situa on engendre un profond
désenchantement social et nourrit le désordre.
De plus, la corrup on freine la croissance économique. Aucun
inves sseur ne peut se sen r en sécurité dans un environnement où
tout s’achète et tout se négocie. Les entreprises honnêtes sont
découragées par les pots-de-vin et les tracasseries administra ves,
tandis que les plus corrompues prospèrent au détriment de
l’économie réelle. Selon Transparency Interna onal, la corrup on
peut représenter jusqu’à 25 % de la valeur des contrats publics en
Afrique. Dans ces condi ons, la produc vité baisse, les infrastructures
sont inachevées et la compé vité du con nent s’effondre.
Enfin, la corrup on aggrave la pauvreté et creuse les inégalités.
Les ressources qui devraient servir à construire des écoles, à équiper
des hôpitaux ou à développer l’agriculture disparaissent dans les
poches de quelques privilégiés. Le sociologue nigérian Nuhu Ribadu a
d’ailleurs déclaré : « Là où règne la corrup on, la pauvreté devient
une ins tu on. » Ainsi, tant que les richesses seront accaparées par
une minorité, le peuple restera dans la misère et le poten el
économique du con nent restera étouffé.
Cependant, si la corrup on est un frein, son éradica on peut
devenir un puissant levier de développement. En effet, des
ins tu ons fortes et transparentes cons tuent la base de tout
progrès durable. Lorsque la jus ce est indépendante, les organes de
contrôle efficaces et la presse libre, les citoyens retrouvent confiance
en l’État. Le Rwanda, par exemple, a réussi à instaurer une poli que
de tolérance zéro contre la corrup on, ce qui a permis d’a rer les
inves sseurs et de s muler une croissance con nue. Comme le
souligne le président Paul Kagame : « Le développement ne peut se
construire sur des fonda ons corrompues. »
La bonne gouvernance favorise aussi la croissance et l’innova on.
Lorsqu’un pays gère ses ressources de manière honnête, il peut
inves r dans l’éduca on, la santé et les infrastructures. Les
inves sseurs étrangers s’y intéressent davantage, car ils savent que
leurs projets seront protégés. Des pays africains comme le Botswana
ou l’île Maurice prouvent que la transparence et la stabilité poli que
favorisent une économie solide et durable.
Enfin, éradiquer la corrup on, c’est garan r un développement
plus juste et plus inclusif. Cela permet de récompenser le mérite
plutôt que les rela ons et d’encourager les jeunes talents à s’engager
dans la vie économique et poli que. Comme le disait Montesquieu : «
Ce ne sont pas les richesses naturelles qui font la prospérité d’un
peuple, mais la probité de ses citoyens. » Autrement dit, la véritable
force de l’Afrique réside moins dans ses ressources que dans
l’intégrité de ses hommes et de ses femmes.
En défini ve, la corrup on est bien ce cancer qui empêche le
con nent africain de s’épanouir. Elle détruit les ins tu ons,
décourage les inves ssements et entre ent la misère. Son éradica on
représente une étape incontournable pour bâ r une Afrique forte,
équitable et prospère. Mais ce e lu e ne se gagnera pas seulement
par des lois : elle exige aussi une révolu on morale, une éduca on
civique renouvelée et la naissance d’une généra on de dirigeants
honnêtes et patriotes. Comme l’a si bien affirmé Nelson Mandela : «
L’Afrique n’a pas besoin de pi é, elle a besoin de jus ce et de
dirigeants honnêtes. » C’est dans ce e intégrité et ce e jus ce que
se trouve la véritable libéra on du poten el économique d’Afrique.

SUJET 2
« La pauvreté et l’extrême inégalité des revenus
ont pour effet de conférer une certaine légitimité
à toute source de revenus possible et imaginable.
»(Bruno Engels)

Dans une société où la majorité peine à sa sfaire ses besoins


essen els tandis qu’une minorité accumule des richesses colossales,
la tenta on est grande de jus fier toutes les formes de revenus,
même les plus illégales. C’est ce que souligne Bruno Engels dans ce e
cita on : lorsque la pauvreté et les inégalités deviennent extrêmes,
les valeurs morales s’effritent, et toute source de revenus — honnête
ou non — semble acceptable. Ce constat soulève une ques on
centrale : comment la pauvreté et les inégalités sociales peuvent-elles
conduire les individus à légi mer des comportements déviants, et
quelles solu ons pourraient perme re de restaurer l’éthique du
travail et de la jus ce sociale ?
Pour répondre à ce e probléma que, nous verrons d’abord que la
misère et l’injus ce sociale poussent certains individus à trouver
légi me toute source de revenu, même illégale (I), avant de montrer
que seule une société plus équitable et fondée sur la jus ce peut
redonner sens à la morale et à la dignité humaine (II).

La pauvreté, tout d’abord, peut pousser l’homme à la survie au


détriment de la morale. Quand les besoins élémentaires — se nourrir,
se loger, se soigner — ne sont pas sa sfaits, la fron ère entre le bien
et le mal s’efface. Le philosophe français Jean-Jacques Rousseau
affirmait déjà : « La misère fait des hommes esclaves ou voleurs. » En
d’autres termes, celui qui n’a rien à perdre est prêt à tout pour vivre.
Dans de nombreux quar ers défavorisés d’Afrique ou d’ailleurs, la
précarité engendre la débrouillardise : pe ts trafics, contrebande,
corrup on de survie. Ces pra ques, bien qu’illégales, finissent par
être considérées comme normales, car elles deviennent la seule issue
face à la faim et à l’injus ce.
Les inégalités extrêmes accentuent encore ce e légi ma on du
gain facile. Lorsqu’une élite étale sa richesse sans scrupule pendant
que le peuple souffre, les frustra ons se mul plient. L’exemple du
jeune diplômé sans emploi, voyant des responsables corrompus
s’enrichir du jour au lendemain, illustre ce désespoir collec f.
Pourquoi travailler honnêtement quand la réussite semble réservée à
ceux qui trichent.
Ce déséquilibre moral et économique détruit la cohésion sociale et
installe une mentalité de profit rapide. Le sociologue Pierre Bourdieu
l’expliquait bien : « Quand la société devient injuste, les
comportements déviants deviennent logiques. »
De plus, les médias et les réseaux sociaux accentuent ce
phénomène en valorisant le luxe, la réussite matérielle et le paraître.
Le jeune pauvre qui voit des influenceurs exhiber voitures et villas
sans effort apparent finit par croire que la fin jus fie les moyens.
Ce e glorifica on du succès matériel, dans un contexte de misère,
nourrit la corrup on, la fraude, la pros tu on économique ou la
criminalité organisée. Ainsi, la pauvreté et les inégalités finissent par
donner une « légi mité sociale » à des comportements autrefois
condamnés. Cependant, si la pauvreté explique certains
comportements, elle ne saurait tout jus fier. Il est possible de lu er
contre ces dérives en construisant une société plus juste et plus
solidaire. D’abord, il faut rétablir l’équilibre entre richesse et mérite.
Dans une société où le travail honnête est récompensé, où chacun
peut vivre dignement de ses efforts, les dérives perdent leur a rait.
C’est pourquoi la jus ce sociale et la redistribu on équitable des
richesses doivent être au cœur des poli ques publiques. Des pays
comme la Norvège ou la Finlande, grâce à leurs systèmes de
protec on sociale, ont réussi à réduire les écarts et à maintenir une
cohésion morale forte.
Ensuite, l’éduca on joue un rôle capital. Elle doit inculquer les
valeurs d’intégrité, d’effort et de solidarité. Un individu instruit
comprend que la richesse ne vaut rien sans dignité. Le penseur
sénégalais Cheikh Anta Diop insistait : « Le développement sans
éthique n’est qu’une illusion. » En formant des citoyens conscients et
responsables, l’école devient un rempart contre la tenta on de la
facilité.
Enfin, les dirigeants eux-mêmes doivent montrer l’exemple. La
lu e contre les inégalités passe aussi par une gouvernance
exemplaire. Quand les dirigeants vivent sobrement et rendent
compte de leur ges on, la popula on retrouve confiance et espoir. Au
contraire, lorsque la corrup on s’installe au sommet, elle légi me
tous les abus à la base. Comme l’a dit Nelson Mandela : « Être libre,
ce n’est pas seulement briser ses chaînes, c’est vivre d’une manière
qui respecte et renforce la liberté des autres. » La liberté économique
doit donc s’accompagner de responsabilité morale.

En somme, la pauvreté et les inégalités extrêmes détruisent non


seulement l’économie, mais aussi les valeurs fondamentales de la
société. Elles engendrent une mentalité de survie où tout devient
permis, où la fin jus fie les moyens. Cependant, ce e dérive n’est pas
une fatalité. En rétablissant la jus ce sociale, en valorisant le travail
honnête et en promouvant une éduca on fondée sur la morale, les
sociétés africaines et du monde peuvent redonner sens à la dignité
humaine. La véritable richesse d’une na on ne réside pas dans l’or ou
le pétrole, mais dans l’intégrité de ses citoyens et la jus ce de ses
ins tu ons. C’est dans ce e voie que se trouve l’espérance d’un
développement équilibré et moralement durable.

SUJET 3
« Un développement qui mettrait nos valeurs
propres à mal, fût-il matériellement
spectaculaire, ne saurait être un vrai
développement africain. »(Louis Alexandre)

Le mot développement évoque souvent le progrès matériel, les


infrastructures modernes, la croissance économique et la
consomma on. Pourtant, ce e concep on purement quan ta ve du
développement semble incomplète, voire trompeuse, si elle néglige
les valeurs morales, culturelles et spirituelles d’un peuple. C’est ce
que rappelle Louis Alexandre dans ce e cita on : un développement
qui détruirait les valeurs africaines ne pourrait être considéré comme
un véritable développement.
Dès lors, une ques on essen elle se pose : le développement doit-il
être mesuré uniquement par la croissance économique ou aussi par
le respect des valeurs et de l’iden té culturelle africaine ?
Pour y répondre, nous montrerons d’abord que le développement
purement matériel peut menacer les valeurs fondamentales de
l’Afrique (I), avant de démontrer que le vrai développement africain
doit concilier progrès économique et préserva on des valeurs
culturelles et humaines (II).

Le développement matériel, s’il n’est pas encadré par des valeurs,


peut devenir destructeur. Aujourd’hui, l’Afrique cherche à ra raper
son retard sur le monde industrialisé, mais souvent en imitant des
modèles étrangers sans tenir compte de ses réalités. Les villes
s’agrandissent, les gra e-ciels se mul plient, les importa ons
augmentent, mais parallèlement, les tradi ons, la solidarité et le sens
communautaire s’effritent. Le philosophe Senghor me ait déjà en
garde contre ce e imita on aveugle de l’Occident en déclarant : «
Nous avons besoin de modernité, mais d’une modernité enracinée
dans notre culture. »
En effet, dans de nombreux pays africains, la course au
développement matériel conduit à la perte de repères. Les jeunes,
fascinés par les modèles étrangers, méprisent parfois leur propre
culture. Les langues locales disparaissent peu à peu, remplacées par
des idiomes venus d’ailleurs. Les coutumes, le respect des anciens, le
sens du partage et de la famille s’affaiblissent au profit de
l’individualisme et du consumérisme. Ce phénomène crée une
société divisée entre ceux qui s’enrichissent et ceux qui restent
marginalisés.
De plus, la recherche du profit immédiat conduit souvent à la
destruc on de l’environnement. La déforesta on, la pollu on minière
et la surexploita on des ressources naturelles en sont des exemples
flagrants. Le développement, au lieu d’améliorer la qualité de vie,
provoque parfois des drames humains et écologiques. Comme le
disait Thomas Sankara, président du Burkina Faso : « Nous devons
produire et consommer africain pour ne pas rester les éternels
assistés du monde. » Ainsi, un développement qui ne respecte pas la
nature, la culture et l’humain devient une illusion de progrès.
Cependant, si le développement matériel peut détruire les valeurs
africaines, il n’est pas pour autant incompa ble avec elles. Le
véritable défi consiste à construire un développement équilibré, où le
progrès économique s’appuie sur les valeurs culturelles et spirituelles
du con nent. L’Afrique dispose d’une richesse immatérielle immense :
la solidarité, le respect de la vie, le sens du collec f, la sagesse des
tradi ons orales. Ce sont ces valeurs qui peuvent donner au
développement africain son originalité et sa durabilité. De nombreux
exemples montrent qu’il est possible d’allier modernité et iden té.
Des pays comme le Rwanda ou le Ghana inves ssent dans les
nouvelles technologies tout en promouvant les langues na onales et
les savoirs tradi onnels. Le concept d’« Ubuntu », popularisé par
Desmond Tutu, résume bien ce e philosophie : « Je suis parce que
nous sommes. » Il rappelle que l’être humain ne se réalise pleinement
qu’en communauté. Ce e valeur africaine fondamentale peut inspirer
un modèle de développement plus humain et solidaire.
Par ailleurs, la culture africaine peut devenir un véritable moteur
économique. L’art, la musique, la mode, la gastronomie et le cinéma
africains séduisent aujourd’hui le monde en er. En valorisant ces
richesses, l’Afrique peut créer des emplois, renforcer son iden té et
affirmer sa place sur la scène interna onale sans renier ses racines.
Le développement culturel devient alors un ou l de dignité et de
souveraineté.
Enfin, un vrai développement africain doit être éthique. Il ne
s’agit pas seulement de construire des routes ou des usines, mais
aussi de former des citoyens responsables, patriotes et honnêtes. Le
président Kwame Nkrumah affirmait : « L’indépendance poli que n’a
de sens que si elle s’accompagne d’une indépendance économique et
morale. » Le développement doit donc être au service de l’homme, et
non l’inverse.

En somme, un développement qui trahit les valeurs africaines


n’est qu’une façade. Le vrai progrès ne se mesure pas seulement à la
hauteur des immeubles ou à la vitesse d’Internet, mais aussi à la
profondeur morale et culturelle d’un peuple. Le défi de l’Afrique n’est
pas d’imiter les autres, mais d’inventer son propre modèle, à la fois
moderne et fidèle à ses racines. Comme le disait Cheikh Anta Diop, «
Le développement véritable sera celui qui s’appuie sur les forces
profondes de la culture africaine. »

Ainsi, pour être authen que, le développement africain doit être à la


fois économique, culturel et humain. C’est en conciliant modernité et
tradi on, progrès et éthique, que l’Afrique trouvera sa véritable voie
vers la prospérité durable et la dignité retrouvée.

SUJET 4
« Un auteur contemporain affirme : Le pari de
l’Afrique, c’est de se développer dans l’autonomie
de la pensée et de l’imagination. »
Expliquez et discutez cette vision. Vous fonderez
vos arguments sur des exemples tirés de vos
lectures personnelles.
Introduc on

Depuis plusieurs décennies, l’Afrique cherche la voie de son


véritable développement. Malgré l’indépendance poli que acquise,
beaucoup de pays restent dépendants sur les plans économique,
culturel et intellectuel. C’est ce constat qui pousse un auteur
contemporain à affirmer : « Le pari de l’Afrique, c’est de se
développer dans l’autonomie de la pensée et de l’imagina on. »
Ce e cita on invite à réfléchir sur la nécessité pour le con nent
africain de se libérer de la dépendance intellectuelle et culturelle
envers l’Occident, afin de penser et construire son propre modèle de
développement. Ainsi, nous pouvons nous demander : En quoi
l’autonomie de la pensée et de l’imagina on cons tue-t-elle la
condi on essen elle du développement africain ? Pour répondre à
ce e ques on, nous montrerons d’abord que le développement
véritable de l’Afrique passe par une émancipa on intellectuelle et
culturelle (I), avant de démontrer que l’imagina on créatrice et la
confiance en soi peuvent ouvrir la voie à un progrès authen quement
africain (II).

I. L’Afrique ne peut se développer sans libéra on intellectuelle et


culturelle
Pendant longtemps, l’Afrique a subi la domina on coloniale,
qui n’a pas seulement exploité ses richesses naturelles, mais aussi
asservi son esprit. Les colonisateurs ont imposé leurs langues, leurs
modes de vie, leurs religions et leurs manières de penser, reléguant
les cultures africaines au rang d’infériorité. Ce que Frantz Fanon
appelle dans Les Damnés de la Terre « l’aliéna on du colonisé », c’est-
à-dire la perte de confiance en soi et en ses propres valeurs.
Aujourd’hui encore, beaucoup d’Africains con nuent à considérer que
le progrès ne peut venir que d’ailleurs. On copie les modèles
occidentaux sans les adapter à nos réalités : systèmes poli ques
importés, programmes scolaires étrangers, modes de consomma on
inappropriés. Ce e dépendance intellectuelle empêche toute
créa vité et toute autonomie. Comme le disait Cheikh Anta Diop, «
Tant que l’Afrique ne reprendra pas confiance en son génie propre,
elle restera dominée. »
De plus, ce e dépendance culturelle engendre une crise
d’iden té. Les jeunes, fascinés par les modèles venus d’Europe ou
d’Amérique, oublient leurs racines. On parle mieux le français ou
l’anglais que les langues locales ; on méprise nos tradi ons, nos
contes, nos symboles. Pourtant, le développement d’un peuple
commence toujours par la valorisa on de sa culture. Le Japon, la
Chine ou la Corée du Sud se sont modernisés sans renoncer à leurs
iden tés. L’Afrique doit en faire autant : puiser dans sa propre
histoire, sa sagesse, ses valeurs communautaires pour se construire.
Ainsi, sans autonomie intellectuelle, il ne peut y avoir de
développement durable. Car penser par soi-même, c’est refuser la
domina on, c’est reprendre le pouvoir sur son des n.

II. L’imagina on et la créa vité : fondements d’un développement


africain authen que
Le second aspect du propos de l’auteur met l’accent sur
l’imagina on. En effet, pour se développer, l’Afrique doit inventer,
créer, innover. Le développement n’est pas une imita on, mais une
inven on adaptée à un contexte précis. L’Afrique ne peut pas
simplement copier les modèles économiques ou technologiques de
l’Occident ; elle doit imaginer ses propres solu ons à par r de ses
réalités locales. Par exemple, dans le domaine agricole, des projets
comme ceux du Burkina Faso ou du Ghana ont misé sur la
transforma on locale des produits et l’u lisa on des savoirs
tradi onnels pour nourrir les popula ons. De même, dans le domaine
ar s que, la musique africaine (afrobeats, mbalax, amapiano…)
s’impose aujourd’hui dans le monde en er : c’est la preuve que la
créa vité africaine peut être un moteur économique et culturel
puissant.
L’imagina on est aussi poli que et morale. L’Afrique doit imaginer
une gouvernance basée sur la solidarité, la jus ce et le respect du
bien commun, plutôt que de copier aveuglément les systèmes
occidentaux. Comme le disait Thomas Sankara, « L’esclave qui n’est
pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas qu’on s’apitoie sur
son sort. » Il faut donc oser penser autrement, oser créer des
modèles africains originaux et efficaces.
L’imagina on doit également s’exprimer à travers la jeunesse. Les
jeunes Africains, aujourd’hui connectés au monde et conscients de
leurs poten alités, inventent chaque jour dans la musique, la mode,
la technologie et l’entrepreneuriat social. Le succès de start-ups
africaines dans le numérique (comme Paystack au Nigeria ou Wave au
Sénégal) prouve que le con nent regorge d’esprits inven fs capables
de transformer la société.
Ainsi, le développement dans l’autonomie de la pensée et de
l’imagina on n’est pas un rêve : c’est une nécessité vitale. Il s’agit de
libérer l’esprit africain, d’oser innover, et de bâ r une Afrique fière de
ses valeurs et actrice de son des n.

Conclusion

En somme, affirmer que « le pari de l’Afrique, c’est de se


développer dans l’autonomie de la pensée et de l’imagina on »
revient à rappeler que le vrai développement ne peut être importé. Il
doit venir de l’intérieur, des consciences libérées, des intelligences
créa ves et des cultures vivantes.
L’Afrique ne se développera pas en copiant les autres, mais en croyant
en elle-même, en valorisant son patrimoine et en encourageant la
pensée libre et l’imagina on créatrice.
Comme le disait Cheikh Anta Diop, « Il n’y a pas de renaissance sans
la reconquête de l’esprit. »
Le véritable pari du con nent africain, c’est donc de se réinventer par
lui-même — non pas contre le monde, mais avec lui, dans la dignité,
la fierté et la créa vité.

SUJET 5
« L’économie moderne oblige les fils de prince à
devenir comprimés plutôt que de mourir de faim.
»
Expliquez et justifiez cette affirmation d’Alioune
Ndao.

Dans ce e cita on, l’écrivain sénégalais Alioune Ndao souligne


une réalité sociale marquée par le changement des valeurs dans le
monde moderne. Autrefois, la naissance déterminait la place de
chacun dans la société : les fils de rois, de chefs ou de notables
vivaient dans l’honneur et la richesse, tandis que les pauvres restaient
à leur place. Mais avec l’évolu on de la société et la mondialisa on,
ces dis nc ons sociales s’effacent devant la dure loi de l’économie.
Aujourd’hui, chacun doit travailler, parfois dans des condi ons
modestes, pour survivre. Ainsi, ce e parole d’Alioune Ndao signifie
que même ceux qui étaient autrefois privilégiés doivent s’adapter à la
réalité économique, qui e à exercer des mé ers humbles, pour ne
pas sombrer dans la misère. Ce e cita on traduit d’abord la
transforma on profonde des sociétés africaines sous l’effet de la
modernité. Dans les sociétés tradi onnelles, les hiérarchies étaient
clairement établies : les nobles régnaient, les griots chantaient, les
cul vateurs travaillaient la terre. Le fils d’un roi n’aurait jamais
imaginé devenir ouvrier, mécanicien ou vendeur ambulant. Mais
aujourd’hui, la mondialisa on, la crise économique et le chômage ont
bouleversé ces cer tudes. Le monde moderne ne garan t plus les
privilèges du sang, mais récompense l’effort, la compétence et
l’ini a ve. Le statut social hérité ne suffit plus pour vivre dignement.
Comme l’a dit le sociologue Pierre Bourdieu, « le capital économique
finit toujours par peser plus lourd que le capital symbolique. »
Autrement dit, l’argent et le travail ont remplacé la noblesse et le
pres ge.
L’exemple de nombreux jeunes diplômés issus de familles aisées mais
confrontés au chômage illustre bien ce e idée. Beaucoup acceptent
aujourd’hui des emplois modestes — chauffeur, vendeur, livreur,
commerçant — pour subvenir à leurs besoins. On voit même des
enfants de notables travailler dans des entreprises privées, parfois
sous l’autorité de personnes issues de milieux plus modestes. Cela
prouve que la société actuelle valorise davantage la compétence et le
travail que l’origine sociale. Dans Les bouts de bois de Dieu, Sembène
Ousmane montre déjà ce e évolu on : les ouvriers, par leur
solidarité et leur courage, deviennent les vrais héros du peuple,
tandis que les riches, incapables d’agir, perdent leur pres ge.
Mais ce e cita on d’Alioune Ndao ne doit pas être comprise
comme une déchéance honteuse. Elle exprime au contraire une
nécessité morale et sociale : celle de s’adapter. Dans le monde
moderne, le travail est une valeur universelle. Travailler, quel que soit
le mé er, c’est refuser la dépendance et la mendicité. Mieux vaut, dit-
il, devenir « comprimé » — c’est-à-dire un employé, un simple
travailleur — que de mourir de faim par orgueil. Ce e leçon de
réalisme économique rejoint la sagesse populaire africaine : « Le
travail n’a pas de honte. » Elle rappelle aussi les propos de Thomas
Sankara, qui affirmait : « Celui qui te nourrit te commande. » Ainsi,
l’indépendance économique devient une forme de dignité nouvelle.
Enfin, ce e pensée invite à une réflexion sur les valeurs du
monde contemporain. L’économie moderne impose de nouveaux
défis : chômage, compé vité, précarité. Dans un tel contexte, la
survie dépend de la capacité de chacun à se réinventer. Le fils de
prince d’hier doit apprendre un mé er, créer une entreprise, ou
s’engager dans le travail collec f. L’honneur ne réside plus dans le
tre ou la lignée, mais dans l’effort et la responsabilité. C’est ce e
transforma on que souligne Alioune Ndao : dans le monde
d’aujourd’hui, la noblesse n’est plus héréditaire, elle se mérite.

En somme, dire que « l’économie moderne oblige les fils de


prince à devenir comprimés plutôt que de mourir de faim » revient à
reconnaître que la dignité humaine ne dépend plus de l’origine
sociale, mais du travail et du mérite. Dans un monde où la richesse se
crée par l’effort et la compétence, chacun doit apprendre à vivre de
son travail. Alioune Ndao nous enseigne ici une grande leçon de
réalisme et d’humilité : le monde moderne appar ent à ceux qui
agissent, non à ceux qui se contentent de leur passé.

SUJET 6
« La question du chômage des jeunes dans notre
pays devrait être un sujet préoccupant pour nos
gouvernements. »Êtes-vous d’accord avec cette
déclaration ?
Le chômage des jeunes est devenu, dans la plupart des pays
africains, un véritable fléau social. Chaque année, des milliers de
diplômés sortent des écoles et des universités sans trouver d’emploi.
Pendant ce temps, les gouvernements semblent souvent impuissants
ou indifférents face à ce e réalité drama que. La déclara on selon
laquelle « la ques on du chômage des jeunes dans notre pays devrait
être un sujet préoccupant pour nos gouvernements » met en lumière
l’urgence de ce e situa on. En effet, il s’agit d’un problème non
seulement économique, mais aussi social et moral, qui engage
l’avenir même de nos na ons. Je partage pleinement ce e opinion,
car la lu e contre le chômage des jeunes devrait être une priorité
na onale, essen elle pour le développement, la stabilité et la dignité
de nos peuples.
D’abord, il est évident que le chômage des jeunes cons tue une
menace grave pour le développement économique. Une jeunesse
sans emploi, c’est une force produc ve qui reste inu lisée. Or,
comme le disait l’économiste Amartya Sen, « le développement, c’est
la liberté de choisir sa vie. » Comment parler de liberté quand la
majorité des jeunes ne peuvent ni travailler, ni subvenir à leurs
besoins ? Dans beaucoup de pays africains, les jeunes diplômés
errent dans les rues, contraints à la débrouillardise ou à l’émigra on.
Ce e situa on engendre le gaspillage de compétences et freine la
croissance. Un pays qui ne crée pas d’emplois pour sa jeunesse se
condamne à la stagna on. Les gouvernements devraient donc me re
en place des poli ques économiques favorisant l’entrepreneuriat,
l’agriculture moderne, l’industrie locale et les nouvelles technologies,
afin d’absorber ce e main-d’œuvre jeune et dynamique.
Ensuite, le chômage des jeunes est une source d’instabilité
sociale et morale. Un jeune sans emploi perd progressivement
confiance en lui et en la société. Beaucoup sombrent dans la
délinquance, la drogue, la violence ou les migra ons clandes nes. Les
pirogues de fortune qui traversent la Méditerranée en sont la triste
illustra on : des jeunes prêts à risquer leur vie parce qu’ils n’ont plus
d’espoir chez eux. Ce e situa on devrait interpeller sérieusement nos
dirigeants. Un pays où la jeunesse est désespérée court à sa perte.
Comme le disait le président Thomas Sankara : « L’avenir appar ent à
ceux qui savent donner espoir à leur jeunesse. » Tant que nos
gouvernants négligeront ce e ques on, ils laisseront grandir une
bombe sociale à retardement. Mais au-delà des gouvernements, il
faut aussi reconnaître la responsabilité collec ve dans ce e crise. Le
système éduca f forme trop souvent des jeunes sans lien avec les
besoins réels du marché du travail. On forme des théoriciens plutôt
que des techniciens, des diplômés plutôt que des créateurs. Il est
donc urgent de repenser nos programmes scolaires pour valoriser les
mé ers techniques, l’ar sanat, le numérique et l’agriculture. Les
gouvernants ont le devoir de soutenir ces réformes et d’inves r
davantage dans la forma on professionnelle. L’exemple du Rwanda
ou du Ghana, où l’entrepreneuriat des jeunes est encouragé par
l’État, montre que des solu ons existent quand la volonté poli que
est réelle.
Enfin, le chômage des jeunes n’est pas seulement un problème
économique : c’est une ques on de dignité humaine et de jus ce
sociale. Travailler, c’est par ciper à la vie de la na on, c’est se sen r
u le. Refuser à la jeunesse ce e possibilité, c’est condamner un
peuple à la dépendance et à la frustra on. Un gouvernement
responsable doit comprendre que la jeunesse est la richesse la plus
précieuse d’un pays. Comme le disait Nelson Mandela : « La jeunesse
n’est pas seulement notre avenir, elle est notre présent. » Ignorer sa
souffrance, c’est comprome re le des n na onal.
En défini ve, il ne fait aucun doute que la ques on du chômage
des jeunes devrait être au centre des préoccupa ons des
gouvernements africains. Un pays qui néglige sa jeunesse se prive de
sa principale force de développement. Il appar ent donc à nos
dirigeants de créer les condi ons d’un emploi décent pour tous : par
l’éduca on, la forma on, le sou en aux ini a ves locales et la bonne
gouvernance. Car, comme le dit un proverbe africain : « Une jeunesse
sans travail, c’est un arbre sans racines. »
SUJET 7
Quel est le rôle des élites dans le processus de
développement des pays africains ?
Depuis les indépendances, les pays africains aspirent à un
développement économique, social et culturel capable d’assurer à
leurs popula ons un bien-être durable. Cependant, malgré leurs
nombreuses ressources naturelles et humaines, la plupart peinent
encore à sor r du sous-développement. Ce e situa on amène à
s’interroger sur la responsabilité des dirigeants et, plus largement, sur
le rôle des élites africaines dans la construc on du progrès. En effet,
les élites – c’est-à-dire les cadres, les intellectuels, les dirigeants
poli ques, les enseignants, les ar stes et les entrepreneurs –
occupent une place stratégique dans la marche d’un pays vers le
développement. Il s’agira donc de montrer que les élites ont un rôle
déterminant à jouer, mais que leur ac on reste parfois insuffisante ou
détournée de l’intérêt général.
Les élites cons tuent avant tout le moteur intellectuel et moral du
développement. En effet, dans toute société, le progrès commence
par la pensée, par la vision d’hommes et de femmes capables
d’imaginer un avenir meilleur. Les élites ont pour mission d’éclairer le
peuple, de formuler des idées et de proposer des orienta ons justes
pour guider la na on. Comme le disait le philosophe Platon, « Les
sociétés prospèrent lorsqu’elles sont dirigées par les esprits les plus
éclairés. » C’est donc aux élites qu’il revient de concevoir des
poli ques de développement adaptées aux réalités africaines. Des
figures comme Cheikh Anta Diop, Kwame Nkrumah ou Thomas
Sankara ont montré que l’Afrique pouvait produire des penseurs et
des dirigeants visionnaires, soucieux de bâ r des sociétés justes et
indépendantes. Leur rôle consiste à éveiller les consciences, à
défendre les valeurs de travail, de discipline et d’intégrité, et à
redonner confiance aux peuples dans leurs propres capacités.
En outre, les élites ont un rôle économique et technologique
essen el. Le développement repose sur l’innova on, la recherche
scien fique et la bonne ges on des ressources. Or, ce sont les élites
formées dans les universités, les écoles d’ingénieurs et les entreprises
qui possèdent le savoir nécessaire pour transformer les ma ères
premières en richesses durables. L’Afrique, riche en or, pétrole, cacao
ou coton, reste pourtant dépendante de l’extérieur faute d’une élite
économique forte et patriote. Il revient donc aux cadres africains de
s’inves r dans la créa on d’entreprises locales, la valorisa on des
ressources et la promo on de l’emploi. Des réussites comme Aliko
Dangote au Nigeria ou Mohammed Dewji en Tanzanie montrent
qu’une élite économique visionnaire peut contribuer ac vement au
développement du con nent.
Cependant, si les élites devraient être les guides du progrès, force est
de constater qu’elles en sont parfois les freins. Dans de nombreux
pays africains, une par e des élites a oublié sa mission de service
public pour se livrer à la corrup on, au népo sme et à la recherche
du pouvoir personnel. Au lieu de défendre l’intérêt général, elles se
servent de leurs posi ons pour s’enrichir au détriment du peuple. Ce
détournement moral explique en par e le retard du con nent.
Comme le dénonçait Frantz Fanon dans Les Damnés de la Terre, « La
bourgeoisie na onale a remplacé le colonisateur sans changer le
système. » Les élites africaines, au lieu d’être des bâ sseurs, sont
parfois devenues de nouveaux oppresseurs, détachés des réalités
populaires. Ce e dérive appelle un profond sursaut éthique : les
élites doivent redevenir des serviteurs du peuple, et non ses
exploiteurs.
Enfin, le rôle des élites ne se limite pas à la poli que ou à
l’économie : il s’étend aussi à la culture et à l’éduca on. Les écrivains,
ar stes, journalistes et enseignants forment la conscience du peuple.
À travers leurs œuvres et leurs paroles, ils peuvent éveiller l’esprit
cri que, valoriser la culture africaine et comba re les mentalités de
dépendance. Des auteurs comme Ngugi wa Thiong’o, Mariama Bâ ou
Chinua Achebe ont u lisé la li érature pour dénoncer les injus ces et
redonner fierté aux peuples africains. L’éduca on, quant à elle, est la
clé de tout développement : elle permet de former de nouvelles
élites capables de poursuivre la marche vers le progrès. Comme le
disait Nelson Mandela, « L’éduca on est l’arme la plus puissante pour
changer le monde. »

En somme, le développement de l’Afrique dépend largement


de la qualité, de la conscience et de l’engagement de ses élites.
Celles-ci doivent être des modèles de compétence, de probité et de
patrio sme. Lorsqu’elles jouent pleinement leur rôle de guides, de
bâ sseurs et d’éducateurs, les na ons progressent. Mais lorsqu’elles
trahissent leur mission, elles deviennent les premières responsables
du retard du con nent. Le rôle des élites est donc à la fois un privilège
et un devoir : celui de me re leur savoir et leur pouvoir au service du
peuple et non de leurs intérêts personnels.

SUJET 8
« La pauvreté prive les individus de leurs droits
fondamentaux et empêche l’humanité de tirer profit de
leurs talents. »
Discutez cette observation.
La pauvreté est l’un des fléaux les plus anciens et les plus
persistants de l’humanité. Dans toutes les sociétés, elle se manifeste
par le manque de moyens matériels, l’exclusion sociale et
l’impossibilité pour des millions d’êtres humains de vivre dignement.
Mais au-delà du simple manque d’argent, la pauvreté touche la
liberté, la santé, l’éduca on et même la dignité. C’est pourquoi
l’observa on selon laquelle « la pauvreté prive les individus de leurs
droits fondamentaux et empêche l’humanité de rer profit de leurs
talents » invite à une réflexion profonde sur ses conséquences
humaines et sociales. En effet, la pauvreté détruit la personne dans ce
qu’elle a de plus essen el et freine le progrès collec f.
D’abord, la pauvreté cons tue une a einte directe aux droits
fondamentaux de l’être humain. Selon la Déclara on universelle des
droits de l’homme, tout individu a droit à une vie décente, à
l’éduca on, à la santé, au travail et à la liberté. Or, dans la réalité, les
pauvres sont souvent exclus de ces droits. L’enfant qui ne va pas à
l’école faute d’argent est privé du droit à l’instruc on ; la mère qui
meurt en accouchant faute de soins est privée du droit à la santé ; le
jeune chômeur qui n’a pas les moyens de vivre perd sa dignité et sa
liberté. La pauvreté n’est donc pas seulement une situa on
économique : c’est une forme d’injus ce et de violence sociale.
Comme l’a écrit l’abbé Pierre, « La misère n’est pas une fatalité, c’est
une injus ce. » Dans de nombreux pays africains, la pauvreté
extrême empêche encore des millions de personnes d’accéder à l’eau
potable, à l’électricité ou à une alimenta on suffisante. Ces priva ons
comprome ent non seulement leur survie, mais aussi leur liberté de
choisir et de par ciper à la vie de la na on. Un peuple appauvri
devient vulnérable à toutes les manipula ons et perd le sens de sa
citoyenneté.
Ensuite, la pauvreté est un frein au développement humain et
social. En maintenant les individus dans la précarité, elle étouffe leurs
talents, leurs rêves et leur créa vité. Combien d’enfants intelligents,
de jeunes inven fs ou de femmes courageuses n’ont jamais pu
exprimer leur poten el faute de moyens ? Le monde perd ainsi
d’innombrables génies invisibles. Comme le disait Nelson Mandela, «
La pauvreté n’est pas naturelle, elle a été créée par l’homme et peut
être éradiquée par l’homme. » Si
les États inves ssaient réellement dans l’éduca on, la forma on et le
sou en aux plus démunis, ces popula ons deviendraient une force
produc ve au service de la société.
Prenons l’exemple des pays développés : leur progrès s’explique en
grande par e par la valorisa on des talents de tous, grâce à l’école, à
la sécurité sociale et à la liberté économique. À l’inverse, dans les
pays où la pauvreté domine, une grande par e de la popula on vit
dans la survie, incapable de contribuer à l’innova on et au
développement. En privant les individus de leurs chances, la pauvreté
appauvrit toute l’humanité. Cependant, il faut reconnaître que
certains hommes et femmes parviennent à se hisser au-dessus de la
pauvreté grâce à leur courage et leur détermina on. De nombreux
exemples montrent qu’il est possible de surmonter les condi ons
sociales difficiles. Thomas Sankara, par exemple, issu d’une famille
modeste, est devenu un grand dirigeant africain qui a marqué
l’histoire par sa vision et son intégrité. De même, Joseph Ki-Zerbo,
historien burkinabé, affirmait : « Le développement, c’est d’abord
l’homme. » Ces exemples prouvent que, malgré les obstacles, la
volonté et l’éduca on peuvent libérer l’individu. Mais ces réussites
individuelles restent excep onnelles et ne suffisent pas à compenser
les injus ces structurelles qui enferment des millions d’autres dans la
misère.
Enfin, il est essen el de comprendre que comba re la
pauvreté, c’est inves r dans l’humanité tout en ère. Un monde plus
équitable, où chaque personne a accès à la santé, à l’école et au
travail, serait un monde plus produc f, plus pacifique et plus humain.
Les gouvernements, les organisa ons interna onales et les citoyens
ont donc le devoir moral et poli que de réduire les inégalités. La lu e
contre la pauvreté n’est pas une œuvre de charité, mais une exigence
de jus ce. Comme le disait Amartya Sen, prix Nobel d’économie, « La
pauvreté est la priva on de libertés fondamentales. » En redonnant
aux pauvres leurs droits et leurs opportunités, on libère leur poten el
et on fait progresser l’humanité en ère.
En somme, la pauvreté est une double tragédie : elle
détruit la vie des individus et elle prive le monde des talents et des
intelligences dont il a besoin pour se développer. Aucun pays ne peut
prétendre se développer en laissant une par e de son peuple dans la
misère. Il appar ent donc à chacun — gouvernants comme citoyens
— de lu er pour un monde où la dignité humaine ne sera plus un
privilège, mais un droit pour tous. Car, comme le disait Victor Hugo, «
Vous voulez supprimer la misère ? Éclairez l’ignorance, distribuez la
richesse, partagez la science. »

SUJET 9
« L’agriculture pourrait devenir le moteur du
développement économique et social de l’Afrique si une
partie plus importante des allocations budgétaires
nationales lui était accordée. »
(Jacques Diouf)
Expliquez et commentez cette déclaration.
L’Afrique est un con nent riche en ressources naturelles,
humaines et agricoles. Pourtant, elle reste confrontée à la pauvreté, à
la famine et au chômage. C’est dans ce contexte que Jacques Diouf,
ancien directeur général de l’Organisa on des Na ons Unies pour
l’alimenta on et l’agriculture (FAO), affirmait que « l’agriculture
pourrait devenir le moteur du développement économique et social
de l’Afrique si une par e plus importante des alloca ons budgétaires
na onales lui était accordée. » Ce e déclara on souligne
l’importance stratégique du secteur agricole pour le développement
du con nent et dénonce la faible a en on que lui accordent souvent
les gouvernements africains. En d’autres termes, Jacques Diouf nous
invite à reconnaître que l’Afrique ne pourra pas se développer
durablement si elle ne mise pas sur l’agriculture, qui reste la base de
son économie et de sa survie.
L’agriculture occupe en effet une place centrale dans la vie
économique et sociale de l’Afrique. Dans la majorité des pays
africains, plus de 60 % de la popula on vit directement de
l’agriculture, que ce soit par la culture vivrière ou l’élevage. Ce secteur
est la principale source de revenus pour des millions de familles
rurales. Pourtant, il reste souvent marginalisé dans les poli ques
na onales. Les États africains consacrent une grande par e de leurs
budgets à des secteurs urbains ou à des dépenses de pres ge, tandis
que les paysans manquent de moyens pour produire efficacement.
Or, inves r dans l’agriculture, c’est garan r la sécurité alimentaire,
réduire la pauvreté et créer des emplois. Comme le disait Amartya
Sen, économiste indien, « Un pays n’est vraiment libre que lorsqu’il
peut nourrir son peuple. » Sans une agriculture forte, aucune
indépendance économique n’est possible.
De plus, le développement de l’agriculture peut être le moteur
d’une véritable transforma on économique. En améliorant la
produc vité agricole grâce à la mécanisa on, à la forma on et à
l’accès au crédit, les pays africains pourraient réduire leurs
importa ons alimentaires et dégager des excédents à exporter. Ces
exporta ons apporteraient des devises et s muleraient d’autres
secteurs comme les transports, l’industrie agroalimentaire ou le
commerce. C’est ainsi que des pays comme le Brésil ou
la Chine ont pu u liser l’agriculture comme tremplin vers
l’industrialisa on. L’Afrique possède toutes les poten alités pour
suivre le même chemin : des terres fer les, une main-d’œuvre jeune
et un climat favorable. Ce qui manque, c’est la volonté poli que et
l’inves ssement. Jacques Diouf avait raison de souligner que les
alloca ons budgétaires na onales devraient donner la priorité à ce
secteur stratégique.
Mais au-delà de l’aspect économique, l’agriculture joue aussi un rôle
social et humain fondamental. Dans les campagnes africaines, elle
représente bien plus qu’une ac vité : c’est un mode de vie, un lien
entre les généra ons, une source de stabilité. Lorsque les jeunes
qui ent les zones rurales faute de moyens, ils s’entassent dans les
villes où les emplois sont rares. Cela crée le chômage urbain, la
pauvreté et parfois la délinquance. Soutenir l’agriculture, c’est donc
aussi freiner l’exode rural, stabiliser les familles et préserver la
cohésion sociale. En renforçant ce secteur, les gouvernements
perme raient aux jeunes de trouver des opportunités sur place, en
modernisant l’agriculture et en la rendant plus rentable. Le président
Thomas Sankara disait d’ailleurs : « Celui qui ne nourrit pas son
peuple est un dirigeant sans dignité. » Ce e phrase résume
parfaitement la responsabilité des États africains face à la ques on
agricole.
Cependant, malgré son poten el, l’agriculture africaine reste
confrontée à de nombreux obstacles : manque de financement,
absence d’infrastructures, faiblesse des techniques, effets du
changement clima que, corrup on dans la ges on des aides
publiques. Il ne suffit donc pas d’augmenter les budgets : il faut aussi
une vision claire et une bonne gouvernance. Les fonds inves s
doivent être u lisés pour former les paysans, soutenir les
coopéra ves, protéger les terres agricoles et développer les filières
locales de transforma on. Une agriculture moderne et équitable
pourrait alors nourrir le con nent tout en créant de la richesse et de
la stabilité.
En défini ve, la déclara on de Jacques Diouf met en évidence
une vérité essen elle : l’avenir de l’Afrique dépend de sa capacité à
valoriser son agriculture. Tant que ce secteur restera négligé, le
con nent con nuera d’importer ce qu’il pourrait produire lui-même
et de souffrir de la pauvreté rurale. Mais si les gouvernements
africains accordent à l’agriculture la place qu’elle mérite dans leurs
budgets et leurs priorités, elle deviendra le moteur d’un
développement économique durable, d’une jus ce sociale réelle et
d’une indépendance véritable. Comme le disait un proverbe africain :
« Celui qui possède la nourriture dé ent la liberté. »

SUJET 10
Pensez-vous que les technologies puissent
apparaître comme l’instrument idéal de la
stratégie de développement agricole ?

L’Afrique du XXIᵉ siècle fait face à un double défi : nourrir une


popula on en pleine croissance et moderniser un secteur agricole
souvent resté tradi onnel et peu produc f. Dans ce contexte,
beaucoup voient dans les technologies modernes — machines, ou ls
numériques, biotechnologies, intelligence ar ficielle, drones agricoles
— la clé du renouveau agricole. Mais ce e confiance dans la
technologie soulève aussi des ques ons : est-elle vraiment
l’instrument idéal pour le développement agricole ? Ou faut-il d’abord
résoudre d’autres problèmes comme la forma on, le financement ou
la ges on des ressources ? En réalité, les technologies peuvent jouer
un rôle déterminant dans le développement agricole, à condi on
qu’elles soient adaptées, accessibles et accompagnées d’une
poli que agricole cohérente.
Il est d’abord indéniable que les technologies représentent un levier
essen el pour moderniser et dynamiser l’agriculture. Dans de
nombreux pays, les innova ons techniques ont permis d’augmenter
la produc vité, de réduire les pertes et d’améliorer la qualité des
récoltes. Par exemple, l’introduc on des tracteurs, des semences
améliorées, des systèmes d’irriga on et des engrais modernes a
profondément transformé les rendements agricoles dans des pays
comme le Brésil, l’Inde ou la Chine. De même, les ou ls numériques
(applica ons météo, systèmes de géolocalisa on, plateformes de
vente en ligne) perme ent aujourd’hui aux agriculteurs d’obtenir des
informa ons précises sur le climat, les marchés et les techniques
agricoles. En Afrique, des ini a ves comme « E-Agriculture » au
Kenya ou « Senekela » au Mali ont aidé des milliers de paysans à
mieux planifier leurs cultures grâce à des SMS d’alerte sur les
condi ons météorologiques. Ces exemples montrent que la
technologie, lorsqu’elle est bien u lisée, permet une agriculture plus
efficace, plus rentable et plus durable. Comme le disait Jacques Diouf,
ancien directeur de la FAO : « Le développement de l’agriculture
africaine passera par la science et la technologie. »
Cependant, il serait naïf de croire que la technologie seule suffit à
résoudre tous les problèmes du secteur agricole. Dans beaucoup de
pays africains, les paysans n’ont pas accès aux machines modernes, ni
aux ou ls numériques, faute de moyens financiers ou
d’infrastructures. L’électricité, l’Internet et les routes manquent dans
les zones rurales. De plus, la plupart des agriculteurs ne sont pas
formés à l’usage de ces nouvelles technologies. Ainsi, un tracteur
abandonné faute de carburant ou un logiciel agricole inu lisé faute
de forma on devient inu le. Comme le disait Joseph Ki-Zerbo,
historien burkinabé : « On ne développe pas, on se développe. »
Autrement dit, la technologie doit s’intégrer à un projet humain,
éduca f et social. Sans accompagnement, elle risque d’accroître les
inégalités entre les grandes exploita ons et les pe ts producteurs.
Par ailleurs, la technologie doit rester au service de l’homme et non
l’inverse. Si elle n’est pas maîtrisée, elle peut avoir des effets néga fs :
pollu on, épuisement des sols, dépendance aux mul na onales,
dispari on des savoir-faire locaux. L’usage excessif de produits
chimiques, par exemple, a détruit des sols fer les en Asie et en
Afrique de l’Ouest. Le développement agricole ne peut donc pas
reposer uniquement sur la modernisa on technique : il doit intégrer
la protec on de l’environnement et la valorisa on des connaissances
tradi onnelles. Une technologie appropriée, c’est celle qui respecte la
nature, réduit la pénibilité du travail et améliore les condi ons de vie
des paysans sans détruire leurs ressources. C’est dans cet équilibre
que réside la véritable innova on.
Enfin, pour que la technologie devienne un véritable
instrument de stratégie de développement agricole, les
gouvernements africains doivent y inves r sérieusement. Cela
implique d’allouer des budgets suffisants à la recherche
agronomique, à la forma on des agriculteurs et à la créa on
d’infrastructures rurales (routes, stockage, énergie). L’État doit aussi
faciliter l’accès des paysans aux ou ls technologiques par des
subven ons ou des coopéra ves. En soutenant les jeunes ingénieurs
et les start-up agricoles, il est possible de développer des solu ons
locales et adaptées, comme les drones pour la surveillance des
champs ou les capteurs d’humidité pour l’irriga on intelligente. Ces
innova ons peuvent transformer l’agriculture africaine en un secteur
moderne, compé f et durable.
En somme, la technologie peut et doit être un instrument
stratégique du développement agricole, mais elle ne peut être
efficace que si elle s’inscrit dans une poli que globale fondée sur la
forma on, la solidarité et la jus ce sociale. Une machine sans homme
formé n’est qu’un ou l mort. Pour que la technologie serve
réellement l’agriculture africaine, elle doit être mise au service du
paysan, de la nature et du progrès collec f. Comme le disait Amadou
Hampâté Bâ, « L’avenir appar ent à ceux qui savent allier la tradi on
et la modernité. »

SUJET 11
Selon François de Closets, on peut atteindre un
bonheur authentique dans une société
d’inégalités et de tensions, dans une nature sale
et dévastée, dans un climat général d’anxiété et
de conflits.
Discuter et commenter

Le bonheur a toujours été l’une des plus grandes quêtes de


l’être humain. Depuis l’An quité, les philosophes, les écrivains et les
penseurs se sont interrogés sur ce qu’il signifie et sur les condi ons
nécessaires pour l’a eindre. Dans le monde actuel, marqué par les
inégalités sociales, la destruc on de la nature et les crises mul ples,
la ques on du bonheur se pose avec encore plus d’acuité. C’est dans
ce contexte que François de Closets affirme qu’il serait possible
d’a eindre « un bonheur authen que dans une société d’inégalités et
de tensions, dans une nature sale et dévastée, dans un climat général
d’anxiété et de conflits. »
Ce e déclara on, provocatrice en apparence, invite à une réflexion
profonde : le bonheur dépend-il des condi ons extérieures ou de
notre a tude intérieure ? Peut-on réellement être heureux dans un
monde troublé ? D’un côté, certains pensent que le bonheur est une
conquête intérieure, indépendante des circonstances extérieures.
Ce e vision rejoint celle des philosophes stoïciens comme Épictète ou
Sénèque, pour qui le bonheur dépend de notre capacité à maîtriser
nos désirs et à accepter ce que nous ne pouvons pas changer. Dans
ce e perspec ve, même dans un monde injuste, sale ou violent,
l’homme peut trouver la paix en lui-même par la sagesse, la foi ou la
simplicité.
Ainsi, malgré les inégalités ou les crises, beaucoup de gens
parviennent à mener une vie équilibrée et sereine. Le bonheur
authen que, selon eux, ne se trouve pas dans la richesse ni dans la
perfec on du monde, mais dans la conscience de vivre, l’amour, la
solidarité, ou encore la beauté des pe ts instants du quo dien.
Comme l’écrivait Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe, « Il faut
imaginer Sisyphe heureux », c’est-à-dire capable de trouver du sens
dans la vie, même absurde et difficile.
De même, François de Closets semble suggérer que le bonheur
véritable est possible, non pas malgré les défauts du monde, mais au
cœur même de ses contradic ons : un bonheur lucide, fondé sur la
connaissance des réalités et la volonté d’y faire face.
Mais d’un autre côté, il paraît difficile de parler de bonheur
authen que dans un monde dominé par la misère, la pollu on et la
violence. Comment être heureux quand d’autres souffrent, quand la
nature s’asphyxie, quand la guerre et l’injus ce détruisent la dignité
humaine ? Le bonheur individuel paraît alors égoïste ou illusoire. Le
philosophe Jean-Jacques Rousseau affirmait déjà dans Du contrat
social que « nul ne peut être heureux tant que ses semblables
souffrent. »
En effet, les inégalités économiques, les tensions sociales et les crises
écologiques affectent profondément le bien-être collec f. Dans un
environnement dégradé, où l’air est pollué, où la terre est épuisée, où
les rela ons humaines sont marquées par la méfiance, il est difficile
d’épanouir son esprit. Les psychologues modernes confirment
d’ailleurs que le bonheur ne peut s’épanouir durablement sans jus ce
sociale ni harmonie avec la nature.
La pandémie de COVID-19, les guerres ou le dérèglement clima que
ont montré à quel point notre bonheur dépend aussi de la santé du
monde. Lorsque la planète va mal, l’humanité en ère en souffre.
Comme le disait Aimé Césaire, « Il n’y a pas de bonheur pour moi tant
qu’un homme est opprimé. »
Cependant, il est possible de concilier ces deux points de vue. Le
bonheur authen que, au sens profond, ne consiste pas à ignorer les
maux du monde, mais à y résister sans se laisser écraser. Il ne s’agit
pas d’un bonheur naïf, mais d’un bonheur lucide et engagé. Être
heureux malgré les tensions et les injus ces, c’est refuser le désespoir
et choisir la vie. C’est dans ce sens que François de Closets peut avoir
raison : le bonheur n’est pas l’absence de problème, mais la capacité
à garder espoir et humanité dans un monde imparfait.
De nombreux écrivains africains, comme Amadou Hampâté Bâ ou
Sembène Ousmane, ont montré que la dignité, la solidarité et la foi
peuvent faire naître la joie, même dans la pauvreté. Le paysan qui
travaille sa terre avec courage, la mère qui nourrit ses enfants avec
amour, l’étudiant qui se bat pour apprendre malgré les difficultés :
tous ces exemples prouvent que le bonheur n’est pas réservé aux
privilégiés.
En défini ve, la réflexion de François de Closets met en
lumière une tension essen elle entre le bonheur individuel et les
condi ons collec ves de la vie humaine. Si l’on peut éprouver des
moments de bonheur dans un monde imparfait, il n’en reste pas
moins que la vraie plénitude suppose un environnement juste, sain et
pacifique. Le bonheur ne peut être durable dans un monde en ruine.
L’homme doit donc non seulement chercher la paix intérieure, mais
aussi œuvrer pour un monde plus équilibré. Comme le disait Nelson
Mandela, « Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses
chaînes, c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des
autres. »

SUJET 12
Analysant la société actuelle et ses
imperfections, un observateur a pu écrire : «
Notre société est malade de ses remèdes.
»Considérez-vous cette affirmation comme une
provocation ou une gageure ?
Depuis des siècles, les sociétés humaines n’ont cessé de
chercher des solu ons à leurs problèmes : guerres, maladies,
injus ces, pauvreté, ignorance. Grâce aux progrès de la science, de la
poli que et de la technologie, l’homme moderne pensait avoir trouvé
les « remèdes » à ses maux. Pourtant, le monde contemporain reste
tourmenté par de nouvelles formes de crises : pollu on, solitude,
stress, perte de repères, guerres économiques et inégalités
croissantes. C’est dans ce contexte que l’on peut comprendre la
réflexion d’un observateur selon laquelle « notre société est malade
de ses remèdes. » Ce e formule paradoxale et provocatrice nous
invite à réfléchir : les solu ons que l’homme moderne invente ne
finissent-elles pas par aggraver les problèmes qu’elles étaient censées
résoudre ? S’agit-il d’une exagéra on pessimiste ou d’une vérité
dérangeante sur les dérives du progrès ?
Il faut d’abord reconnaître que ce e affirma on a une part de
vérité profonde. En effet, beaucoup de « remèdes » que la société a
trouvés à ses maux se sont transformés en nouveaux dangers. Le
progrès scien fique, par exemple, a apporté d’immenses bienfaits : la
médecine a reculé la mort, la technologie a facilité la vie, l’économie
a amélioré le confort matériel. Mais ces progrès ont aussi produit des
effets secondaires dévastateurs : pollu on, déforesta on,
réchauffement clima que, dépendance technologique. Les voitures
et les industries, inventées pour améliorer la vie, asphyxient
aujourd’hui la planète. De même, les réseaux sociaux, créés pour
rapprocher les gens, ont souvent isolé les individus et favorisé la
manipula on, la désinforma on et la haine en ligne. Comme le disait
Albert Einstein, « L’homme a perfec onné les moyens, mais il a oublié
les fins. » Autrement dit, les remèdes modernes deviennent
dangereux lorsque l’humanité perd le sens moral et spirituel qui
devrait les guider.
Notre société est donc malade non pas du progrès lui-même, mais de
la manière dont elle l’u lise. Par ailleurs, sur le plan social et
poli que, plusieurs réformes censées guérir les injus ces ont parfois
produit de nouvelles fractures. Les poli ques économiques visant à
s muler la croissance ont accru les inégalités entre riches et pauvres.
Les remèdes libéraux des nés à encourager la liberté économique
ont souvent détruit les solidarités tradi onnelles et plongé des
millions de personnes dans la précarité. Dans de nombreux pays
africains, les programmes d’ajustement structurel imposés par les
ins tu ons interna onales devaient « guérir » les économies
ende ées ; ils ont au contraire provoqué la misère, la priva sa on
excessive et le chômage.
Le remède s’est transformé en poison. De même, dans les sociétés
modernes, les médicaments chimiques, censés protéger la santé,
engendrent parfois des dépendances et de nouvelles maladies. C’est
dans ce sens que le penseur Ivan Illich parlait déjà d’une « société du
contre-effet », où chaque solu on crée un nouveau problème.
Ainsi, l’observateur a raison : notre société est malade de ses propres
inven ons, de ses excès et de son manque de mesure.
Cependant, on ne peut pas réduire ce e affirma on à une vérité
absolue, car elle pourrait aussi être perçue comme une provoca on
exagérée. Malgré ses dérives, notre société a accompli des progrès
incontestables. Jamais l’homme n’a vécu aussi longtemps, aussi
confortablement et avec autant de possibilités d’éduca on et de
communica on. Refuser ces avancées sous prétexte qu’elles
comportent des risques reviendrait à condamner tout effort de
progrès.
Les problèmes que nous rencontrons aujourd’hui ne viennent pas
forcément des remèdes eux-mêmes, mais de la manière dont nous
les appliquons. Ce n’est pas la science qui est mauvaise, mais l’usage
qu’on en fait ; ce n’est pas la technologie qui rend malade, mais
l’excès ou l’absence de conscience éthique.
Comme le disait Jean-Paul Sartre, « L’homme est condamné à être
libre », c’est-à-dire responsable de ses choix. L’humanité a donc le
devoir de corriger ses erreurs, non de rejeter ses découvertes.
En défini ve, l’affirma on selon laquelle « notre société est
malade de ses remèdes » peut être comprise à la fois comme une
alerte lucide et une provoca on u le. Elle nous rappelle que les
progrès humains ne sont bénéfiques que lorsqu’ils s’accompagnent
de sagesse et de sens moral. Elle ne condamne pas le progrès, mais
met en garde contre ses excès et ses dérives. L’homme doit
apprendre à se soigner sans s’empoisonner, à créer sans détruire, à
avancer sans oublier les valeurs essen elles. Comme l’écrivait Victor
Hugo, « Le progrès n’est pas le développement de la barbarie, mais
celui de la civilisa on. »
Ainsi, loin d’être une simple provoca on, ce e affirma on est un
appel à la lucidité : elle invite l’humanité à réinventer ses remèdes
pour guérir enfin de ses propres contradic ons.
SUJET 13
« En réalité, ceux qui condamnent les jeunes
sans chercher à les comprendre refusent bien
souvent toute évolution. »
Partagez-vous ce point de vue ?

Dans toutes les sociétés et à toutes les époques, les rela ons
entre les généra ons ont été marquées par des tensions. Les adultes,
a achés à leurs tradi ons et à leurs valeurs, reprochent souvent aux
jeunes leur insolence, leur désintérêt ou leur volonté de changement.
De leur côté, les jeunes se sentent incompris et rejetés, alors qu’ils
cherchent simplement à inventer leur propre manière de vivre. C’est
dans ce contexte que l’auteur de ce e cita on affirme que « ceux qui
condamnent les jeunes sans chercher à les comprendre refusent bien
souvent toute évolu on. » Ce e idée met en lumière un conflit
permanent entre la jeunesse, symbole de renouveau, et les
généra ons plus âgées, souvent gardiennes du passé. Faut-il y voir
une provoca on injuste contre les adultes, ou une vérité sur la
résistance au changement ?

Il faut d’abord reconnaître que ce e affirma on exprime une


vérité évidente : condamner la jeunesse sans chercher à la
comprendre, c’est refuser le progrès et le mouvement naturel de la
vie. En effet, la jeunesse est par essence un âge d’inven on, de
cri que et d’audace. Elle remet en ques on les habitudes et les
cer tudes établies, ce qui est indispensable à l’évolu on des sociétés.
Dans l’histoire, les grandes transforma ons ont souvent été portées
par les jeunes : les lu es pour l’indépendance en Afrique, les
révolu ons étudiantes, les mouvements culturels ou technologiques
sont nés d’une généra on qui refusait la stagna on. Condamner ces
jeunes au nom de la tradi on, c’est vouloir figer la société dans le
passé. Comme le disait Victor Hugo, « Chaque généra on doit, dans
une rela ve obscurité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. »
Ainsi, les adultes qui cri quent sans écouter ferment la porte au
dialogue et empêchent la société d’évoluer. Comprendre les jeunes
ne veut pas dire les approuver en tout, mais reconnaître leur droit à
l’expérimenta on et au changement.
Par ailleurs, ce e incompréhension entre généra ons traduit souvent
la peur de l’inconnu. Les anciens redoutent de perdre leurs repères,
leurs valeurs et leur autorité. Pourtant, chaque époque a ses défis :
les jeunes d’aujourd’hui ne vivent pas dans le même monde que leurs
parents. La mondialisa on, les réseaux sociaux, les crises
économiques ou clima ques façonnent une nouvelle manière de
penser et d’agir. Les juger avec les critères d’hier, c’est ignorer la
réalité d’aujourd’hui. Par exemple, lorsqu’un jeune cherche à créer
son entreprise sur Internet plutôt que de poursuivre un emploi
stable, certains y voient de la paresse ou de l’imprudence, alors qu’il
s’agit souvent d’innova on et de créa vité. Comme le disait Amadou
Hampâté Bâ, « L’oreille du vieux entend mieux, mais l’œil du jeune
voit plus loin. » Ce e belle formule montre que les deux généra ons
sont complémentaires : les aînés apportent la sagesse de
l’expérience, les jeunes la force de l’imagina on. Condamner les
jeunes, c’est donc refuser d’avancer avec eux vers l’avenir.
Cependant, il faut aussi reconnaître que certaines cri ques faites à la
jeunesse ne sont pas toujours infondées. Certains jeunes, séduits par
la facilité ou la mode, manquent de repères et de respect pour les
valeurs essen elles : le travail, la solidarité, la pa ence. L’évolu on ne
peut pas signifier le rejet total des tradi ons. Le progrès véritable doit
s’appuyer sur les fonda ons du passé.
Ainsi, les adultes ont aussi pour rôle d’encadrer et d’éduquer, non de
tout approuver aveuglément. Mais cet encadrement doit se faire
dans le dialogue et la compréhension, et non dans le mépris ou la
condamna on. Une société qui reje e sa jeunesse se condamne elle-
même à l’immobilisme. Comme le disait Cheikh Anta Diop, « L’avenir
appar ent à ceux qui ont une longue mémoire du passé. » Autrement
dit, l’évolu on suppose à la fois respect des racines et ouverture à la
nouveauté.
En défini ve, affirmer que « ceux qui condamnent les jeunes sans
chercher à les comprendre refusent bien souvent toute évolu on »
n’est pas une provoca on, mais une vérité lucide. Comprendre la
jeunesse, c’est comprendre l’avenir, car elle en est le moteur. Les
sociétés qui méprisent leurs jeunes finissent par s’éteindre dans la
rou ne et la peur du changement. Mais celles qui écoutent, forment
et accompagnent leur jeunesse avancent vers le progrès et la paix
sociale. Comme le disait Nelson Mandela, « L’éduca on est l’arme la
plus puissante pour changer le monde. » Pour que le monde change,
il faut donc cesser de condamner les jeunes et apprendre à marcher
avec eux vers une évolu on harmonieuse.

SUJET 14
Dans la lutte contre la criminalité, les autorités
administratives lancent de plus en plus un appel
pressant aux populations afin qu’elles collaborent
étroitement avec les forces de police ou de
gendarmerie. Montrez les bien-fondés d’une telle
collaboration et proposez, si possible, d’autres
voies susceptibles d’aider à freiner ce grave fléau.

Introduc on

La criminalité est aujourd’hui l’un des fléaux les plus préoccupants


dans nos sociétés. Vols, agressions, trafics, cybercriminalité et
violences de toutes sortes menacent la sécurité des citoyens et
troublent la paix sociale. Face à ce e situa on alarmante, les
autorités administra ves appellent de plus en plus les popula ons à
coopérer ac vement avec les forces de l’ordre. Mais cet appel est-il
réellement jus fié et efficace ? En d’autres termes, pourquoi ce e
collabora on est-elle nécessaire et quelles autres solu ons
pourraient contribuer à réduire la criminalité ? Nous montrerons
d’abord que la coopéra on entre citoyens et forces de sécurité est un
moyen essen el de lu er efficacement contre la criminalité, avant de
proposer d’autres pistes d’ac on pour renforcer ce e lu e.

Développement

I. – Une collabora on nécessaire et légi me dans la lu e contre la


criminalité

Tout d’abord, la criminalité est un phénomène complexe qui


touche tous les milieux. Les forces de l’ordre, malgré leur
compétence, ne peuvent pas tout voir ni tout savoir. La collabora on
des citoyens devient donc un complément indispensable à leur
ac on. Les habitants connaissent mieux que quiconque leur
environnement et peuvent fournir des renseignements précieux sur
les comportements suspects, les zones à risque ou les ac vités
illicites. Sans ce e coopéra on, la police agit dans l’ombre et les
criminels trouvent facilement refuge dans l’anonymat et la peur du
silence. L’expérience a montré que dans les quar ers où la popula on
collabore avec les autorités, le taux de criminalité diminue
considérablement. C’est le principe du « civisme par cipa f », fondé
sur la responsabilité collec ve. Comme le disait l’écrivain sénégalais
Amadou Hampâté Bâ, « Un seul bras ne peut entourer un baobab. »
Autrement dit, la sécurité d’un pays ne peut être assurée que si
chacun y contribue.
De plus, ce e coopéra on renforce la confiance mutuelle
entre les citoyens et les forces de sécurité. Elle permet à la police
d’être perçue non comme un instrument de répression, mais comme
un partenaire du peuple, garant de la paix et de la jus ce. Ce e
confiance est essen elle pour une société stable et sûre.

II. – Les autres moyens complémentaires pour freiner la criminalité

Cependant, la collabora on entre popula on et forces de


sécurité, aussi u le soit-elle, ne suffit pas à elle seule. La lu e contre
la criminalité doit aussi s’a aquer à ses causes profondes, souvent
liées à la pauvreté, au chômage, à l’injus ce sociale et au manque
d’éduca on. En effet, beaucoup de jeunes basculent dans la
délinquance faute de perspec ves. Il est donc urgent de créer des
emplois, de promouvoir l’éduca on civique et de renforcer les valeurs
morales et familiales. Un jeune qui a un avenir et un cadre social
équilibré est moins tenté par le crime.
Par ailleurs, l’État doit améliorer les condi ons de travail et de
forma on des forces de sécurité, afin qu’elles soient efficaces,
honnêtes et respectueuses des droits humains. La corrup on au sein
des ins tu ons affaiblit la confiance du peuple et encourage la
criminalité. Les autorités peuvent également exploiter les nouvelles
technologies : vidéosurveillance, plateformes de signalement
anonyme, bases de données partagées entre services, etc. Ces ou ls
modernes perme ent d’an ciper les crimes et d’intervenir plus
rapidement.
Enfin, la sensibilisa on communautaire joue un rôle fondamental.
Des campagnes dans les écoles, les médias et les associa ons
peuvent rappeler aux citoyens que la sécurité est une affaire de tous.
Comme le disait Nelson Mandela, « La sécurité n’est pas l’absence de
danger, mais la présence de jus ce. »

Conclusion

En défini ve, la collabora on entre la popula on et les forces de


sécurité est un pilier essen el dans la lu e contre la criminalité. Elle
repose sur la solidarité, la confiance et le sens du devoir civique.
Cependant, ce e lu e ne sera efficace que si elle s’accompagne d’une
poli que globale de préven on : éduca on, emploi, jus ce sociale et
intégrité ins tu onnelle.
Autrement dit, pour vaincre la criminalité, il ne suffit pas de mul plier
les policiers, il faut surtout former des citoyens responsables et bâ r
une société juste. Car, comme le disait Victor Hugo, « Ouvrir une
école, c’est fermer une prison. »

I – Les bien-fondés de la collabora on :

A. Nécessité d’une coopéra on civique.

B. Renforcement de la confiance et de la sécurité collec ve.

II – Autres voies de lu e contre la criminalité :


A. S’a aquer aux causes sociales et économiques.

B. Moderniser les moyens et éduquer à la responsabilité civique.

Cita ons u les :


Amadou Hampâté Bâ : « Un seul bras ne peut entourer un baobab.
»
Nelson Mandela : « La sécurité n’est pas l’absence de danger, mais
la présence de jus ce. »
Victor Hugo : « Ouvrir une école, c’est fermer une prison. »

SUJET 14
Dans la lutte contre la criminalité, les autorités
administratives lancent de plus en plus un appel
pressant aux populations afin qu’elles collaborent
étroitement avec les forces de police ou de
gendarmerie. Montrez les bien-fondés d’une telle
collaboration et proposez, si possible, d’autres
voies susceptibles d’aider à freiner ce grave fléau.

Introduc on
La criminalité est devenue aujourd’hui l’un des plus grands défis
auxquels nos sociétés sont confrontées. Vols à main armée, trafic de
drogue, cybercriminalité, agressions et meurtres se mul plient,
semant la peur et l’insécurité dans les communautés. Face à ce e
situa on alarmante, les autorités administra ves appellent les
popula ons à coopérer étroitement avec les forces de police et de
gendarmerie pour mieux comba re ce fléau. Mais pourquoi une telle
collabora on est-elle nécessaire ? En quoi la par cipa on des
citoyens peut-elle renforcer la lu e contre la criminalité ? Et quelles
autres solu ons pourraient contribuer à endiguer ce phénomène ?
Nous montrerons d’abord que la coopéra on entre popula ons et
forces de sécurité cons tue une condi on essen elle de réussite dans
la lu e contre la criminalité, avant de proposer d’autres moyens
complémentaires pour freiner durablement ce mal social.

Développement
I. – Les bien-fondés de la collabora on entre popula ons et forces
de sécurité
La criminalité est un phénomène complexe qui ne peut être
comba u efficacement sans la par cipa on de tous. Les forces de
sécurité, bien qu’elles soient formées et équipées, ne peuvent pas
être présentes partout ni tout voir. Les citoyens, quant à eux, vivent
au cœur des quar ers et sont souvent les premiers témoins des
comportements suspects ou des ac vités criminelles. Leur
coopéra on avec la police permet donc de prévenir les délits avant
qu’ils ne se produisent et d’aider à l’arresta on des délinquants. Ainsi,
la dénoncia on, la vigilance collec ve et la transmission
d’informa ons fiables deviennent des actes de civisme et de
responsabilité citoyenne.
En outre, ce e collabora on favorise la confiance mutuelle entre la
popula on et les forces de l’ordre. Dans de nombreux pays, la
méfiance ou la peur vis-à-vis de la police cons tue un obstacle
majeur à la sécurité. Lorsque les citoyens comprennent que la police
agit pour les protéger et non pour les oppresser, ils deviennent des
alliés efficaces. Comme le disait Amadou Hampâté Bâ, « Un seul bras
ne peut entourer un baobab. » Cela signifie que la lu e contre la
criminalité ne peut réussir que si tous les acteurs — autorités, forces
de sécurité et citoyens — unissent leurs efforts.
En somme, la collabora on entre la popula on et les forces de
sécurité est non seulement légi me, mais aussi indispensable à la
sauvegarde de la paix et de la cohésion sociale.

II. – Les autres moyens suscep bles de freiner la criminalité


Cependant, la seule coopéra on entre citoyens et forces de
sécurité ne suffit pas à éradiquer la criminalité. Il faut s’a aquer à ses
causes profondes, souvent liées à la pauvreté, au chômage, à la
marginalisa on et à la perte des valeurs morales. En effet, de
nombreux jeunes s’engagent dans des ac vités illégales faute
d’opportunités économiques et sociales. Pour prévenir la
délinquance, il est donc nécessaire de créer des emplois, de
promouvoir une éduca on civique solide et de restaurer les valeurs
de discipline, de respect et de solidarité. Comme le disait Nelson
Mandela, « La sécurité n’est pas l’absence de danger, mais la
présence de jus ce. » Une société juste et équitable, où chacun
trouve sa place, connaît moins de violence.
De plus, l’État doit renforcer les moyens matériels,
financiers et humains des forces de l’ordre afin qu’elles soient plus
efficaces et mieux respectées. Il faut aussi moderniser les méthodes
d’enquête en exploitant les nouvelles technologies :
vidéosurveillance, plateformes de signalement, base de données
criminelles, etc.
Enfin, la sensibilisa on communautaire et la par cipa on des leaders
religieux, coutumiers et associa fs peuvent jouer un rôle essen el
dans la préven on. Une communauté unie et vigilante réduit
naturellement la criminalité par le contrôle social et l’éduca on
morale.
Ainsi, la lu e contre le crime ne doit pas seulement être répressive,
mais surtout préven ve et éduca ve. Comme le rappelait Victor
Hugo, « Ouvrir une école, c’est fermer une prison. » C’est par la
connaissance et la responsabilité que l’on désarme durablement la
violence.

Conclusion
En défini ve, la collabora on entre la popula on et les
forces de sécurité dans la lu e contre la criminalité est une ini a ve à
la fois nécessaire, efficace et civique. Elle permet de renforcer la
préven on, d’améliorer la rapidité des interven ons et de consolider
la confiance entre les citoyens et les autorités. Cependant, pour
obtenir des résultats durables, ce e coopéra on doit s’accompagner
d’ac ons complémentaires : éduca on, créa on d’emplois, jus ce
sociale, modernisa on des ins tu ons et sensibilisa on civique. La
criminalité est l’affaire de tous, et seule une société solidaire,
consciente et juste pourra espérer en venir à bout.

Cita ons intégrées


Amadou Hampâté Bâ : « Un seul bras ne peut entourer un baobab.
»
Nelson Mandela : « La sécurité n’est pas l’absence de danger, mais la
présence de jus ce. »
Victor Hugo : « Ouvrir une école, c’est fermer une prison. »

Sujet 14
Dans la lu e contre la criminalité, les autorités
administra ves lancent de plus en plus un appel pressant aux
popula ons afin qu’elles collaborent étroitement avec les forces de
police ou de gendarmerie. Montrez les bien-fondés d’une telle
collabora on et proposez, si possible, d’autres voies suscep bles
d’aider à freiner ce grave fléau.
La criminalité est devenue aujourd’hui un mal profond qui
ronge nos sociétés. Elle se manifeste sous diverses formes : vols,
agressions, cambriolages, trafics de drogue, cybercriminalité et
parfois même meurtres. Aucun pays, qu’il soit riche ou pauvre, n’est
épargné par ce fléau qui menace la sécurité des citoyens et la stabilité
sociale. Conscientes de l’ampleur du problème, les autorités
administra ves appellent de plus en plus les popula ons à collaborer
avec les forces de police et de gendarmerie pour mieux comba re la
criminalité. Cet appel, loin d’être anodin, mérite d’être compris et
soutenu, car la sécurité publique ne peut être assurée sans la
par cipa on de tous. En effet, la lu e contre la criminalité ne saurait
être efficace si elle repose uniquement sur les forces de l’ordre. Ces
dernières, bien qu’elles soient formées et dévouées à leur mission, ne
peuvent pas être présentes partout à la fois. Les citoyens, vivant au
cœur des quar ers, sont souvent les premiers témoins des actes
suspects ou des comportements dangereux. Leur coopéra on permet
donc de prévenir les délits, d’aider à l’arresta on des malfaiteurs et
de protéger les plus vulnérables. Lorsqu’un voisin signale une ac vité
douteuse, il rend service non seulement à lui-même, mais aussi à
toute la communauté. C’est dans ce sens que l’écrivain africain
Amadou Hampâté Bâ disait : « Un seul bras ne peut entourer un
baobab. » Ce e image illustre parfaitement la nécessité de l’union
des forces pour vaincre un mal collec f. La sécurité est avant tout une
affaire de solidarité, et chacun doit jouer son rôle pour protéger la
société.
De plus, ce e collabora on renforce la confiance
mutuelle entre la popula on et les forces de sécurité. Trop souvent, la
peur, la méfiance ou les préjugés empêchent les citoyens de coopérer
avec la police. Pourtant, celle-ci n’est pas un ennemi, mais un
partenaire dont la mission est d’assurer la paix et la jus ce. Lorsque
les habitants par cipent ac vement à la lu e contre la criminalité, ils
contribuent à créer un climat de sécurité et de cohésion. Les policiers,
mieux informés et soutenus, peuvent intervenir plus efficacement.
Dans certaines villes où les popula ons ont accepté de collaborer, les
résultats sont remarquables : le taux de cambriolages et d’agressions
a considérablement baissé. La sécurité devient alors un travail
collec f, fondé sur la confiance, le respect et la responsabilité
citoyenne.
Cependant, il serait illusoire de penser que la collabora on entre
citoyens et forces de l’ordre suffit à elle seule pour éradiquer la
criminalité. Ce phénomène trouve souvent ses racines dans des
problèmes plus profonds tels que la pauvreté, le chômage, la
marginalisa on sociale ou encore la perte des valeurs morales. Un
jeune sans emploi, sans espoir et sans repères devient facilement une
proie pour la délinquance. C’est pourquoi la lu e contre la criminalité
doit aussi passer par la préven on et la jus ce sociale. L’État doit
créer des opportunités économiques, renforcer l’éduca on civique et
promouvoir des valeurs telles que le travail, le respect et la solidarité.
Comme le disait Nelson Mandela : « La sécurité n’est pas l’absence de
danger, mais la présence de jus ce. » Une société juste et équilibrée
réduit naturellement la tenta on du crime. Par ailleurs, il est essen el
d’améliorer les moyens et les condi ons de travail des forces de
l’ordre. Une police bien formée, bien équipée et intègre inspire
confiance et efficacité. La corrup on, l’abus d’autorité et le manque
de professionnalisme ne font qu’aggraver la méfiance des citoyens et
encourager la criminalité. De plus, l’u lisa on des nouvelles
technologies, comme la vidéosurveillance, les numéros verts et les
plateformes de signalement anonyme, peut aider à détecter plus
rapidement les criminels et à renforcer la préven on. Mais rien ne
remplacera jamais l’éduca on, car c’est elle qui forme des citoyens
responsables et respectueux des lois. Victor Hugo l’avait bien compris
en écrivant : « Ouvrir une école, c’est fermer une prison. » Tant que
l’on misera sur la forma on et la conscience morale, la société aura
une chance de vaincre durablement le crime.
En défini ve, l’appel lancé par les autorités aux popula ons
pour qu’elles collaborent avec les forces de sécurité est non
seulement jus fié, mais indispensable. Aucune ins tu on, aussi
puissante soit-elle, ne peut assurer seule la sécurité publique. Ce e
lu e exige la par cipa on ac ve de tous : citoyens, policiers,
gendarmes, éducateurs, parents et dirigeants. Mais pour qu’elle soit
durable, elle doit s’accompagner d’une poli que de jus ce,
d’éduca on et de solidarité. Car la véritable sécurité ne se construit
pas seulement avec des armes et des lois, mais surtout avec la
conscience et la responsabilité de chacun.

Sujet 15

Dans un message de sensibilisa on sur la télévision na onale


burkinabè, on entend dire ceci : « Aucune na on ne peut se
développer dans l’incivisme, la corrup on et l’abus de bien public. »
Dans une argumenta on solide, montrez la justesse de ces propos et
étudiez trois causes des fléaux évoqués. Proposez-en des solu ons.

Le développement d’une na on ne dépend pas seulement


de la richesse de son sol ou du nombre de ses habitants. Il repose
avant tout sur la qualité morale, civique et éthique de son peuple. Or,
dans de nombreux pays, en par culier en Afrique, des
comportements tels que l’incivisme, la corrup on et l’abus de biens
publics freinent dangereusement tout effort de progrès. C’est à juste
tre qu’un message de sensibilisa on à la télévision na onale
burkinabè affirme qu’aucune na on ne peut se développer dans de
telles condi ons. Ce e vérité, simple mais profonde, mérite une
a en on par culière, car elle met en cause la conscience même du
citoyen et la responsabilité des dirigeants.
L’incivisme cons tue aujourd’hui l’un des obstacles les plus
graves au développement. Il se manifeste par le refus de respecter les
lois, le vandalisme, la fraude, la paresse, le mépris du bien commun
et le manque de discipline dans la vie quo dienne. Un peuple
indiscipliné ne peut bâ r un avenir solide, car le développement exige
rigueur, travail et respect des règles. Dans plusieurs villes africaines,
les rues sont jonchées d’ordures, les biens publics dégradés, les feux
tricolores ignorés, parce que chacun pense d’abord à lui-même. Ce
comportement traduit une absence de conscience civique et une
faiblesse de l’éduca on morale. Comme le disait Thomas Sankara, «
L’esclave qui n’assume pas sa révolte ne mérite pas qu’on s’apitoie sur
son sort. » De la même manière, le citoyen qui ne respecte pas sa
patrie ne peut prétendre à son développement. Sans discipline ni
sens du collec f, aucun progrès durable n’est possible.
La corrup on, quant à elle, est un véritable poison qui
ronge l’âme des na ons. Elle détourne les ressources des nées au
bien-être commun pour les concentrer dans les mains d’une minorité
privilégiée. Elle tue le mérite, décourage les travailleurs honnêtes et
détruit la confiance entre le peuple et ses dirigeants. Quand les
postes sont a ribués par favori sme et non par compétence, quand
les marchés publics sont truqués, quand la jus ce se vend au plus
offrant, le développement devient une illusion. Les fonds qui
devraient construire des écoles, des hôpitaux ou des routes finissent
dans des comptes privés. C’est pourquoi Nelson Mandela affirmait : «
La corrup on et l’injus ce sont les plus grands ennemis de la
démocra e. » Dans une société corrompue, les plus pauvres
deviennent plus pauvres, les plus riches plus puissants, et la na on
s’effondre dans la misère morale et économique.
L’abus de biens publics est une conséquence directe de
ce e corrup on. Il se traduit par le détournement de l’argent de
l’État, l’u lisa on des véhicules administra fs à des fins personnelles,
la dilapida on des ressources naturelles ou encore la négligence des
services publics. Ce comportement irresponsable détruit les bases de
la confiance entre citoyens et gouvernants. Lorsque les dirigeants
donnent le mauvais exemple, les popula ons perdent tout respect
pour la chose publique. Or, le bien public appar ent à tous ; le
gaspiller, c’est trahir la communauté. Comme le disait l’écrivain
ivoirien Bernard Zadi Zaourou, « La patrie ne se nourrit pas de
discours, mais d’actes. » Sans une ges on honnête et rigoureuse des
ressources communes, le développement reste une utopie.
Ces fléaux trouvent leurs causes dans plusieurs réalités profondes. La
première est le manque d’éduca on civique et morale. Dans nos
écoles comme dans nos familles, on enseigne rarement le sens du
devoir, de la discipline et du respect du bien commun. La deuxième
cause réside dans la pauvreté et le désespoir, qui poussent certains à
comme re des actes répréhensibles pour survivre. Quand l’État ne
garan t pas des condi ons de vie décentes, les citoyens finissent par
chercher des moyens illégaux pour s’en sor r. Enfin, la troisième
cause est l’impunité, ce mal silencieux qui encourage les délinquants
économiques à recommencer. Là où la jus ce ne punit pas, la
corrup on prospère.

Pour remédier à ces dérives, il faut d’abord restaurer une


éduca on civique forte, dès le plus jeune âge. L’école doit redevenir
le lieu où l’on apprend non seulement à lire et à écrire, mais aussi à
aimer et respecter sa na on. Les autorités doivent ensuite donner
l’exemple par une ges on transparente, en rendant des comptes et
en appliquant la loi à tous, sans dis nc on. La lu e contre la
corrup on doit être ferme et constante, avec des contrôles rigoureux
et des sanc ons effec ves. Enfin, la presse, les associa ons et la
société civile doivent jouer leur rôle de veille et de dénoncia on. Le
citoyen conscient, informé et courageux est le meilleur rempart
contre les abus.
Aucune na on ne peut en effet se développer dans le
désordre moral et la trahison du bien commun. Le civisme, l’intégrité
et la jus ce sont les piliers d’une société prospère. Comme le disait
Victor Hugo, « La liberté commence où l’ignorance finit. » C’est donc
par la conscience, la responsabilité et l’honnêteté que nos pays
pourront s’émanciper des fléaux de l’incivisme et de la corrup on
pour bâ r un véritable développement, fondé sur la dignité et le
respect de l’intérêt général.
Sujet 16

Autrefois, les ille rés étaient ceux qui n’allaient pas à l’école.
Aujourd’hui, les ille rés sont ceux qui vont à l’école. Expliquez et
jus fiez ce e affirma on en prenant en compte l’évolu on actuelle
de la société.

Autrefois, le mot « ille ré » désignait l’homme ou la femme


qui ne savait ni lire ni écrire, celui ou celle qui n’avait jamais franchi
les portes de l’école. Être instruit, c’était savoir déchiffrer des mots,
écrire son nom et comprendre une le re. L’école représentait la
lumière contre l’obscurité de l’ignorance. Pourtant, dans le monde
actuel, ce e défini on semble avoir perdu tout son sens. Malgré le
nombre croissant d’écoles, de diplômes et d’universités, l’humanité
semble régresser sur le plan intellectuel, moral et civique. C’est dans
ce contexte que ce e affirma on prend toute sa valeur : aujourd’hui,
les ille rés ne sont plus ceux qui n’ont pas été à l’école, mais bien
souvent ceux qui y vont, sans pour autant en porter les fruits.
L’évolu on de la société moderne a profondément
transformé le sens du savoir. Aller à l’école n’est plus une garan e de
connaissance réelle. Beaucoup d’élèves apprennent mécaniquement,
sans comprendre ni réfléchir, se contentant de mémoriser pour
réussir des examens. Ils accumulent des diplômes mais manquent de
culture, d’esprit cri que et de curiosité intellectuelle. L’école produit
alors des individus formatés, incapables de s’adapter, de créer ou de
penser par eux-mêmes. Comme l’a écrit Albert Einstein : «
L’éduca on, c’est ce qui reste après qu’on a oublié tout ce qu’on a
appris à l’école. » Ce constat amer montre que la vraie éduca on
dépasse la simple instruc on. Celui qui ne sait pas raisonner,
s’interroger ou reme re en ques on ses cer tudes reste, malgré son
passage à l’école, prisonnier d’une forme d’ille risme intellectuel.
De plus, la société actuelle valorise davantage les
apparences que la profondeur. On mesure l’intelligence au pres ge
du diplôme ou au tre obtenu, non à la capacité de penser juste et
d’agir avec discernement. Ainsi, beaucoup de personnes scolarisées
maîtrisent les technologies modernes, savent u liser un smartphone,
un ordinateur, ou parler une langue étrangère, mais ignorent les
réalités de leur propre société, leur culture et leurs responsabilités
citoyennes. Elles savent lire un texte, mais ne comprennent pas son
sens. Elles écrivent des phrases, mais n’ont rien à dire. Ce e forme de
savoir superficiel crée des « ille rés modernes », instruits en
apparence mais vides intérieurement. L’écrivain malien Amadou
Hampâté Bâ ne disait-il pas : « Le savoir ne vaut que s’il est mis au
service de l’humanité » ? L’école d’aujourd’hui forme souvent des
individus instruits mais égoïstes, compétents mais sans conscience.
L’essor du numérique et des réseaux sociaux a également
accentué ce e nouvelle forme d’ille risme. L’informa on circule vite,
mais sans profondeur. On lit beaucoup, mais on comprend peu. Les
jeunes passent des heures à scroller, à liker, à partager, sans
développer leur esprit cri que ni leur sens de la vérité. L’accès facile à
l’informa on donne l’illusion du savoir, mais en réalité, il rend
beaucoup d’entre nous incapables de réflexion autonome. L’écrivain
français Bernard Pivot parlait de ce e dérive en disant : « Nous
sommes à l’ère du zapping intellectuel. » Ce e superficialité de la
pensée transforme des millions d’individus alphabé sés en ille rés
modernes, incapables de lire le monde avec intelligence.
Enfin, il faut reconnaître que l’école elle-même a perdu une
par e de sa mission formatrice. Dans beaucoup de pays, elle
n’éduque plus autant qu’elle ne condi onne. On y apprend des
connaissances, mais rarement des valeurs : le respect, la solidarité, la
rigueur, l’honnêteté. Le savoir est devenu un moyen d’obtenir un
emploi, non de s’élever moralement. Or, une éduca on sans morale
produit des diplômés sans âme, des cadres sans conscience, des
dirigeants sans vision. Ce sont ces esprits-là que la société
contemporaine appelle paradoxalement « ille rés » : ceux qui ont
appris à lire les mots, mais non à lire la vie. Il apparaît donc que ce e
affirma on n’est pas une provoca on, mais un aver ssement.
L’analphabé sme d’hier était matériel ; celui d’aujourd’hui est
intellectuel et moral. Il ne suffit plus de fréquenter l’école pour être
cul vé ou éclairé. Être véritablement instruit, c’est savoir penser,
comprendre et agir pour le bien commun. C’est être capable de
transformer le savoir en sagesse, la connaissance en progrès. Comme
le disait Nelson Mandela : « L’éduca on est l’arme la plus puissante
pour changer le monde. » Encore faut-il savoir s’en servir.
Ainsi, dans une société où l’on confond savoir et apparence,
informa on et connaissance, le véritable ille ré n’est plus celui qui
ignore les le res, mais celui qui ignore le sens de l’humanité. Ce
constat devrait nous pousser à réinventer notre manière d’éduquer :
non plus former des têtes pleines, mais des esprits lucides, conscients
et responsables.

Sujet 17

Incivilités en feu : le civisme est-il ainsi une valeur dépassée ?

Dans la société d’aujourd’hui, il n’est pas rare d’assister à


des scènes d’incivilité qui choquent et a ristent : des jeunes qui
je ent des ordures dans la rue, des automobilistes qui insultent ou
refusent la priorité, des citoyens qui fraudent, trichent ou méprisent
les règles communes. Face à ce e montée du désordre social et
moral, beaucoup en viennent à se demander si le civisme, jadis
considéré comme une valeur fondamentale, n’est pas devenu une
no on vieillie, presque inu le dans une époque dominée par la
recherche du profit, de la vitesse et de l’individualisme. Pourtant,
ce e ques on, aussi provocante qu’elle soit, révèle une profonde
crise de valeurs. Le civisme n’est pas une vertu dépassée ; il est au
contraire plus nécessaire que jamais pour garan r la cohésion et la
survie de toute société.
Être civilisé, c’est avant tout respecter les autres et les
règles qui régissent la vie collec ve. Le civisme, c’est ce lien invisible
qui unit les citoyens à leur na on, ce e volonté d’agir non pas
seulement pour soi, mais pour le bien commun. Sans civisme, la
société se désagrège, car chacun cherche à imposer sa loi. L’incivilité,
c’est le triomphe du « moi » sur le « nous ». Or, comme l’affirmait
Jean-Jacques Rousseau dans Du contrat social, « L’obéissance à la loi
qu’on s’est prescrite est liberté. » Le civisme n’est donc pas une
contrainte, mais un acte de liberté consciente : celle de vivre en
harmonie dans un cadre ordonné. Si les citoyens refusent ce e
discipline morale, ils se condamnent eux-mêmes à l’anarchie.
Les mul ples manifesta ons d’incivilité observées dans nos
sociétés modernes — vandalisme, non-respect des ins tu ons,
corrup on, violence verbale ou physique — traduisent en réalité une
crise profonde de l’éduca on et de la citoyenneté. Le civisme a été
remplacé par l’égoïsme, la solidarité par l’indifférence. Les jeunes,
souvent désorientés par le chômage et la perte de repères, reje ent
parfois les valeurs collec ves au profit d’un individualisme
revendiqué. Pourtant, une na on ne se construit pas sur la désunion.
Thomas Sankara rappelait : « La patrie ou la mort, nous vaincrons ! »
Ce cri du cœur exprimait non pas une soumission aveugle, mais un
amour ardent du bien commun. Le civisme, c’est ce patrio sme du
quo dien : payer ses impôts, protéger l’environnement, respecter les
lois et défendre la dignité na onale.
Certes, certains pourraient penser que dans un monde
globalisé, où les valeurs tradi onnelles s’effritent et où la réussite
personnelle prime sur l’intérêt collec f, le civisme n’a plus la même
portée. Pourtant, c’est précisément dans ce contexte que son
importance se révèle. Quand la société est envahie par la corrup on,
la fraude et la violence, le civisme devient une résistance, un acte de
courage moral. Être civique aujourd’hui, c’est refuser de céder à la
facilité du mal, c’est choisir la droiture dans un monde de
compromission. Comme le disait Victor Hugo : « La liberté commence
où l’ignorance finit. » Être civique, c’est être libre, parce qu’on agit en
connaissance de cause, avec responsabilité. Les exemples ne
manquent pas pour montrer que là où le civisme recule, le
développement s’arrête. Dans plusieurs pays africains, le manque de
discipline, le non-respect des biens publics et la corrup on ont freiné
la modernisa on. À l’inverse, les na ons qui ont fait du civisme une
valeur centrale, comme le Japon ou les pays scandinaves, ont
construit des sociétés ordonnées, prospères et solidaires. Ce
contraste prouve que le civisme n’est pas une vertu dépassée, mais
un moteur essen el du progrès humain. C’est la conscience civique
qui pousse chacun à se sen r responsable de son environnement, à
défendre la vérité, à refuser la tricherie, à par ciper à la vie de la cité.
Il est donc urgent de redonner au civisme la place qu’il mérite dans
l’éduca on et dans les comportements quo diens. L’école doit
redevenir un lieu d’appren ssage de la citoyenneté, où l’on inculque
non seulement des connaissances, mais aussi des valeurs : le respect,
la discipline, l’amour de la patrie. Les médias et les familles doivent
aussi jouer leur rôle en valorisant les comportements exemplaires.
Être civique, ce n’est pas seulement suivre les lois, c’est se conduire
avec dignité, politesse et sens moral. C’est comprendre que notre
liberté s’arrête là où commence celle d’autrui.
En défini ve, le civisme n’est nullement une valeur
dépassée. C’est au contraire la clé du vivre-ensemble et du
développement durable. Les incivilités qui se mul plient dans nos
sociétés ne doivent pas être perçues comme une fatalité, mais
comme un appel à la responsabilité collec ve. Sans civisme, il n’y a
pas de paix ; sans paix, il n’y a pas de progrès. Comme l’a dit Nelson
Mandela : « Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses
chaînes, c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des
autres. » Le civisme, loin d’être un ves ge du passé, reste donc le
socle indispensable sur lequel toute na on digne de ce nom doit bâ r
son avenir.

Sujet 18

> Pensez-vous, avec Raoul Vaneigem, que l’absolue tolérance de


toutes les opinions doit avoir pour fondement l’intolérance absolue
de toutes les barbaries ?

Dans le monde d’aujourd’hui, la ques on de la tolérance se


pose avec une acuité par culière. Les peuples, les cultures et les
croyances se croisent et se heurtent dans un espace mondial où la
différence, au lieu d’être une richesse, devient souvent source de
conflits. C’est dans ce contexte que le penseur belge Raoul Vaneigem
affirme que « l’absolue tolérance de toutes les opinions doit avoir
pour fondement l’intolérance absolue de toutes les barbaries. » Ce e
phrase, à première vue paradoxale, souligne une vérité essen elle : la
tolérance n’est pas la faiblesse qui excuse tout, mais la force qui
refuse le mal. Être tolérant ne signifie pas tout accepter, mais savoir
poser des limites là où commence la barbarie.
La tolérance est une valeur noble, fruit de la raison et de la
civilisa on. Elle permet la coexistence pacifique entre les individus
malgré leurs différences d’opinions, de religions ou de modes de vie.
Comme le disait Voltaire, « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous
dites, mais je me ba rai pour que vous puissiez le dire. » La tolérance
est donc un respect fondamental de la liberté de l’autre. Elle fonde la
démocra e, nourrit la paix et encourage le dialogue. Dans les sociétés
modernes, marquées par la pluralité, elle cons tue un rempart contre
la haine, le fana sme et les préjugés. Cependant, ce e vertu n’a de
sens que si elle s’exerce dans le respect de la dignité humaine.
Lorsqu’une opinion prône la violence, la haine ou l’exclusion, elle
cesse d’être une simple opinion : elle devient une barbarie.
C’est ici que se situe toute la justesse de la pensée de Raoul
Vaneigem. L’absolue tolérance ne peut exister que si elle s’appuie sur
une intolérance ferme envers tout ce qui détruit l’humanité. Tolérer
les idées, c’est reconnaître le droit à la différence ; tolérer la barbarie,
c’est se rendre complice de l’injus ce. L’histoire regorge d’exemples
où la tolérance mal comprise a permis à la barbarie de triompher.
L’Allemagne des années 1930, par exemple, a laissé le nazisme
s’installer au nom de la liberté d’expression. Le résultat fut l’horreur
absolue : la guerre, les camps de concentra on et la mort de millions
d’innocents. Comme l’a écrit le philosophe Karl Popper dans La
société ouverte et ses ennemis, « une tolérance illimitée conduit à la
dispari on de la tolérance. » Autrement dit, il faut savoir être
intolérant envers ceux qui u lisent la liberté pour détruire la liberté.
La barbarie ne se limite pas à la violence physique ; elle peut
être morale, culturelle ou sociale. Elle se manifeste dans le racisme, le
sexisme, l’extrémisme religieux, la corrup on ou l’exploita on de
l’homme par l’homme. Tolérer ces maux, c’est renoncer à la jus ce et
à la dignité humaine. C’est pourquoi la véritable tolérance suppose
une vigilance constante : accepter les différences, oui, mais refuser ce
qui déshumanise. Dans nos sociétés africaines par exemple, la
tolérance ne doit pas signifier l’indifférence devant la corrup on, le
mépris de la loi ou la destruc on de l’environnement. L’intolérance à
la barbarie, c’est le courage de dire non à l’injus ce, de refuser la
passivité et de défendre les valeurs universelles de paix, de liberté et
de solidarité.
Certains pourraient objecter que toute forme d’intolérance, même
envers la barbarie, risque de conduire au fana sme inverse. Mais il ne
s’agit pas d’une intolérance de haine, plutôt d’une intolérance morale
et ra onnelle, guidée par la conscience. Être intolérant envers la
barbarie, c’est protéger la vie, la dignité et la vérité. C’est le sens du
combat de Nelson Mandela, qui, après vingt-sept ans de prison,
prônait la réconcilia on, mais refusait toute forme d’oppression. C’est
aussi celui de Mar n Luther King, qui prêchait la non-violence, mais
demeurait inflexible face au racisme. Ces hommes ont compris que la
tolérance sans jus ce devient complicité, et que la paix sans vérité
n’est qu’une illusion.
Dans le monde actuel, où les réseaux sociaux amplifient la haine
et où certaines idéologies extrémistes refont surface, l’idée de Raoul
Vaneigem résonne avec force. Elle nous invite à repenser la tolérance
non comme une faiblesse, mais comme un engagement ac f en
faveur de la dignité humaine. Être tolérant, c’est écouter, comprendre
et dialoguer ; mais c’est aussi refuser de céder devant la cruauté, la
bê se et la violence. La tolérance doit avoir un cœur ouvert, mais une
conscience vigilante.
Ainsi, loin d’être une contradic on, l’intolérance envers la barbarie
est la condi on même de la tolérance véritable. Une société qui
tolère tout, y compris le mal, finit par s’autodétruire. La tolérance
n’est forte que lorsqu’elle protège la jus ce et la vie. En cela, Raoul
Vaneigem a raison : le respect de toutes les opinions ne peut se bâ r
que sur le rejet absolu de la barbarie. Comme le disait Albert Camus :
« La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au
présent. » Donner aujourd’hui notre engagement pour la paix, la
jus ce et la dignité humaine, c’est le plus beau visage de la tolérance.

Sujet 19

Dans son ouvrage « Le Soleil des Indépendances », Amadou


Kourouma fait dire à l’un de ses personnages : « La plus belle
harmonie n’est ni celle des tambours, ni celle des xylophones, ni celle
des trompe es, c’est l’accord des hommes. » Commentez ce e
proposi on en l’appliquant à l’actualité socio-poli que de l’Afrique.

Les mots d’Amadou Kourouma résonnent comme une leçon


universelle de sagesse et d’humanité. Dans Le Soleil des
Indépendances, ce grand écrivain ivoirien, témoin lucide des
désillusions postcoloniales, met en lumière la vérité profonde selon
laquelle aucune musique, si belle soit-elle, ne peut égaler celle de
l’entente entre les hommes. Dans un con nent marqué par les
conflits, les divisions ethniques, les rivalités poli ques et la course
effrénée au pouvoir, ce e parole prend une résonance toute
par culière. L’harmonie véritable ne se trouve pas dans les discours,
ni dans les symboles du pouvoir, mais dans l’union sincère des
peuples. L’Afrique d’aujourd’hui, plus que jamais, a besoin de
retrouver ce e « musique humaine », ce e symphonie de solidarité,
de jus ce et de paix.
Amadou Kourouma, à travers ce e métaphore poé que, rappelle que
le vrai développement ne peut exister sans cohésion sociale. Les
tambours, les xylophones et les trompe es symbolisent les
apparences : le bruit, la fête, les cérémonies, parfois même les
promesses poli ques. Mais la plus belle harmonie, dit-il, c’est l’accord
des hommes — c’est-à-dire la paix, la compréhension mutuelle et le
vivre-ensemble. Dans de nombreux pays africains, les indépendances
n’ont pas toujours apporté ce e entente espérée. Les divisions
ethniques, héritées de la colonisa on, ont souvent été
instrumentalisées par les dirigeants pour conserver le pouvoir. Des
na ons en ères se sont retrouvées déchirées par la haine et la
méfiance. Comme le disait le poète sénégalais Léopold Sédar Senghor
: « La civilisa on de l’universel sera faite de la rencontre de toutes nos
diversités. » Tant que les hommes ne s’accordent pas entre eux,
aucune civilisa on, aucun progrès durable n’est possible.
L’actualité socio-poli que du con nent africain illustre bien ce e
vérité. Dans plusieurs pays, les tensions électorales dégénèrent en
violences, les rivalités entre par s tournent à la guerre civile, les
coups d’État se succèdent, et les peuples, fa gués, perdent confiance
en leurs ins tu ons. Ces crises ne viennent pas seulement d’un
manque de ressources, mais d’un manque d’harmonie entre les
citoyens et leurs dirigeants. Chacun cherche son propre intérêt au
détriment du bien commun. Le bruit des tambours poli ques couvre
la voix du peuple, et les trompe es de la démagogie étouffent la
raison. Pourtant, comme le disait Nelson Mandela : « Aucun de nous,
en Agissant seul, ne peut a eindre le succès. » L’Afrique ne pourra se
relever que si ses fils et ses filles apprennent à s’écouter, à se
respecter et à construire ensemble. Mais comment parvenir à ce e
harmonie tant souhaitée ? Elle ne peut naître que du dialogue, de la
jus ce et du respect des valeurs démocra ques. Les peuples africains
ne manquent ni d’intelligence ni de richesse ; ce qui leur manque
souvent, c’est la confiance mutuelle. Trop de dirigeants confondent
pouvoir et service, autorité et autoritarisme. Trop de citoyens,
découragés, se réfugient dans l’individualisme ou le fatalisme. Pour
qu’il y ait « accord des hommes », il faut d’abord que chacun retrouve
sa part d’humanité, que les dirigeants écoutent les gouvernés, que les
ins tu ons protègent la vérité et que la jeunesse croie à nouveau en
un avenir commun. Le philosophe camerounais Fabien Eboussi
Boulaga écrivait : « Le développement, c’est d’abord la réconcilia on
de l’homme avec lui-même et avec les autres. » C’est ce e
réconcilia on que l’Afrique doit aujourd’hui accomplir. De nombreux
exemples montrent pourtant que l’harmonie n’est pas un rêve
inaccessible. Le Rwanda, après le génocide de 1994, a su, à force de
pardon et de travail, reconstruire une société plus unie. Le Ghana, par
sa stabilité poli que, prouve qu’une alternance pacifique est possible
en Afrique. Ces réussites démontrent que lorsque les hommes
choisissent l’entente plutôt que la discorde, le progrès devient réel.
L’harmonie n’est pas l’absence de différences, mais la capacité à faire
chanter ensemble ces différences. C’est ce e symphonie humaine
que Kourouma nous invite à rechercher.
La phrase d’Amadou Kourouma sonne donc comme un appel à la
conscience collec ve. Elle nous rappelle que les plus grands
instruments — tambours, xylophones ou trompe es — ne produisent
que du bruit sans l’accord des cœurs. L’Afrique a connu trop de
dissonances, trop de guerres fratricides, trop de promesses trahies. Il
est temps qu’elle retrouve la mélodie de la fraternité, ce e harmonie
sans laquelle le développement restera un mirage. Comme le disait
Nelson Mandela encore : « Être libre, ce n’est pas seulement briser
ses chaînes, c’est vivre d’une manière qui respecte et renforce la
liberté des autres. » La vraie liberté, la vraie indépendance, c’est
l’accord des hommes dans la paix et la jus ce.
Ainsi, la parole d’Amadou Kourouma n’est pas qu’une métaphore
poé que : c’est une leçon poli que et morale. Tant que les peuples
africains ne sauront pas accorder leurs voix, aucune musique de
développement ne pourra résonner. La plus belle harmonie, en effet,
ce n’est pas celle des instruments, mais celle des âmes.

Sujet 20
Cyprien Ekwensi, dans son ouvrage Jagua Nana, ent ce propos : «
Dans un village où chacun a son champ d’ignames — homme, femme
et enfant — le cœur est heureux. Mais là où un seul homme possède
tous les champs d’ignames, il n’y a qu’envie et colère, et à la moindre
provoca on, les conflits éclatent. » Expliquez et jus fiez ce e
affirma on sur les conséquences de l’injus ce sociale. Est-ce, selon
vous, la seule cause plausible des tensions sociales ?

Les mots de Cyprien Ekwensi, simples et imagés, expriment avec


une justesse remarquable une réalité universelle : la paix sociale naît
de la jus ce, tandis que l’injus ce engendre la haine, la jalousie et la
violence. À travers la métaphore du « champ d’ignames », l’écrivain
nigérian illustre de manière éclatante le déséquilibre entre ceux qui
possèdent tout et ceux qui n’ont rien. Le bonheur collec f, dit-il,
repose sur une répar on équitable des biens et des chances. Là où
règne l’accaparement, la frustra on s’installe, et la société devient un
volcan prêt à exploser. Ce e réflexion, ancrée dans la réalité africaine,
résonne fortement avec les crises socio-poli ques et économiques
que connaissent de nombreux pays du con nent.
L’image du village où chacun cul ve son champ évoque une
société juste, équilibrée, où le travail individuel garan t la dignité
collec ve. Quand chaque citoyen peut vivre décemment du fruit de
son effort, il ressent la paix intérieure, la fierté et la solidarité. Il n’y a
ni jalousie ni rancune, car chacun se sent respecté. L’équité devient
alors la base de la stabilité sociale. À l’inverse, quand les richesses
sont concentrées entre les mains d’une minorité, la pauvreté du plus
grand nombre se transforme en colère silencieuse. Ce e inégalité,
visible et humiliante, finit par briser le lien social. Comme le disait
Jean-Jacques Rousseau dans Du contrat social : « Le premier qui,
ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des
gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société
civile. » Autrement dit, la propriété et son déséquilibre sont à l’origine
des divisions humaines. L’injus ce sociale engendre ainsi la rancune,
l’envie et, tôt ou tard, la révolte.
Les conséquences de l’injus ce sociale se lisent partout dans le
monde, mais elles se manifestent de façon par culièrement violente
dans les sociétés où la pauvreté est extrême. En Afrique, de
nombreux conflits ont pour toile de fond la mauvaise répar on des
richesses, la corrup on et le népo sme. Les jeunes, confrontés au
chômage et à la misère, voient une élite vivre dans le luxe et
l’impunité. Ce e fracture entre riches et pauvres alimente le
désespoir et la violence. Les révoltes populaires, les coups d’État ou
les migra ons massives sont souvent les symptômes visibles de ce e
injus ce. Comme le disait Thomas Sankara : « Tant que les masses ne
mangeront pas à leur faim, elles ne cesseront de lu er. » La paix ne se
nourrit pas de discours, mais de jus ce sociale. Mais si l’injus ce
sociale est une cause majeure des tensions, elle n’est pas la seule. Les
conflits trouvent aussi leurs racines dans d’autres déséquilibres.
L’ignorance et le manque d’éduca on, par exemple, nourrissent la
manipula on et la haine entre les communautés. Là où l’esprit
cri que fait défaut, la démagogie et le fana sme prospèrent. Les
tensions ethniques ou religieuses, souvent a sées par des poli ciens
sans scrupules, deviennent des armes de division. Le tribalisme, la
jalousie régionale et la lu e pour le pouvoir aggravent les fractures
déjà existantes. De plus, la mauvaise gouvernance, marquée par la
corrup on et l’impunité, entre ent le sen ment d’injus ce et de
méfiance envers l’État. Enfin, la pauvreté morale — ce e perte de
valeurs comme la solidarité, le respect ou l’amour du prochain —
rend les sociétés vulnérables à la violence. Ainsi, si la concentra on
des richesses entre quelques mains est une source évidente de
conflits, elle agit souvent de concert avec d’autres facteurs :
ignorance, égoïsme, corrup on, fana sme. Une société ne devient
violente que lorsque la confiance entre ses membres disparaît. Or,
ce e confiance repose sur la jus ce. Là où les ins tu ons sont fortes,
transparentes et équitables, les tensions s’apaisent. Là où elles sont
corrompues, les peuples se révoltent. L’écrivain camerounais Mongo
Be affirmait : « Un peuple qu’on trompe finit toujours par ouvrir les
yeux. » L’Afrique d’aujourd’hui a ouvert les siens, et ses aspira ons à
plus d’équité traduisent ce besoin vital d’harmonie. Il revient donc
aux dirigeants, mais aussi à chaque citoyen, de cul ver la jus ce
comme on cul ve le champ d’ignames d’Ekwensi. Le partage
équitable des richesses, la promo on du travail honnête, la
transparence et la solidarité sont les semences d’une paix durable.
Une société juste n’est pas celle où tout le monde est égal, mais celle
où chacun a une place, une dignité et une chance de vivre librement.
La plus belle harmonie sociale, comme le dit si bien Ekwensi, ne vient
pas du bruit des puissants, mais du bonheur silencieux des cœurs
apaisés.
En défini ve, ce e cita on nous enseigne que l’injus ce sociale
est le poison des sociétés humaines. Elle détruit la confiance, la
fraternité et la paix. Mais elle n’est pas seule en cause : l’ignorance, le
mépris de la loi, la corrup on et la perte de valeurs la nourrissent.
Pour que les cœurs soient heureux et que les peuples vivent en
harmonie, il faut que chaque homme ait son « champ d’ignames »,
c’est-à-dire sa part de dignité et de liberté. Sans cela, il n’y aura ni
musique ni paix, mais le vacarme amer de la colère et de la division.

Sujet 21
Dans son ouvrage L’Harma an, page 28, Sembène Ousmane ent
ces propos : « Jadis, l’orgueil des gens se limitait à faire la plus grande
des récoltes, à avoir un troupeau immense, à être en bons termes
avec tout le monde, à savoir recevoir, donner, partager, s’enivrer, ne
rien posséder, souffrir en commun, rire en commun. De nos jours, cet
esprit est perdu : on veut maintenant devenir ministre, être plus que
tout le monde, s’enrichir. » Quels sont selon vous les causes et les
conséquences de ce e fracture sociale, et est-il un rêve de penser
qu’il est possible de revenir à de telles valeurs
Les paroles de Sembène Ousmane résonnent comme une
plainte nostalgique face à un monde en perte de repères. L’auteur
évoque une époque où les hommes vivaient dans la simplicité, la
solidarité et le respect mutuel, où la richesse ne se mesurait pas à
l’argent, mais à la fraternité. Aujourd’hui, dit-il, cet esprit a disparu,
remplacé par la course effrénée au pouvoir, au luxe et à la réussite
individuelle. Ce constat lucide met en lumière une fracture profonde
entre les valeurs tradi onnelles de partage et les valeurs modernes
d’égoïsme et de matérialisme. Comprendre les causes et les
conséquences de ce e rupture, c’est aussi réfléchir à la possibilité —
ou au rêve — d’un retour à ces vertus humaines qui faisaient jadis la
force de nos sociétés.
Autrefois, dans les sociétés africaines tradi onnelles, la richesse se
définissait avant tout par la capacité à donner, à partager et à
par ciper à la vie collec ve. On travaillait ensemble, on fêtait
ensemble, on pleurait ensemble. L’individu ne vivait pas pour lui-
même, mais pour le groupe. L’homme riche n’était pas celui qui
possédait le plus, mais celui qui faisait le plus de bien. Cet esprit
communautaire assurait la cohésion sociale et la paix. Mais avec la
colonisa on, l’urbanisa on et la mondialisa on, les mentalités ont
profondément changé. Le modèle occidental de réussite, fondé sur la
compé on, l’individualisme et l’accumula on de biens, a peu à peu
remplacé celui du vivre-ensemble. L’éduca on, la poli que et les
médias ont contribué à valoriser la réussite personnelle au détriment
des valeurs morales. La pauvreté, la corrup on et l’obsession du
statut social ont fini de creuser le fossé entre les riches et les pauvres,
entre ceux qui possèdent et ceux qui peinent à survivre.
Les causes de ce e fracture sont donc mul ples. Il y a d’abord
l’influence d’un système économique mondial qui valorise la
consomma on et le profit. L’homme d’aujourd’hui n’est plus guidé
par la recherche du bien commun, mais par celle de son intérêt
personnel. La pauvreté et le chômage aggravent encore ce e
situa on : chacun veut sor r du lot, coûte que coûte. La réussite est
devenue synonyme d’argent, et non plus de dignité. Ensuite, la
défaillance des ins tu ons et la corrup on des élites nourrissent un
climat d’injus ce et de méfiance. Dans une société où les plus
puissants s’enrichissent par la ruse et le mensonge, l’honnêteté
devient une faiblesse. Enfin, l’abandon progressif de la culture
tradi onnelle, du respect des anciens et des valeurs morales a achevé
de déséquilibrer le ssu social. Comme le disait Amadou Hampâté Bâ
: « Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » En
oubliant ces bibliothèques vivantes, nous avons perdu la sagesse du
vivre-ensemble.
Les conséquences de ce e fracture sociale sont graves. Elles se
traduisent d’abord par une perte d’unité et de confiance entre les
membres de la société. Chacun cherche à dominer ou à tricher pour
s’en sor r, même au détriment du voisin. La solidarité, jadis naturelle,
devient suspecte ou intéressée. Ce repli sur soi alimente la jalousie, la
haine et la violence. L’écart entre riches et pauvres s’élargit, créant un
climat d’instabilité et de révolte. Dans nos villes, on observe chaque
jour la misère des uns côté du luxe ostentatoire des autres. Ce e
injus ce nourrit la délinquance, la corrup on et parfois même les
conflits armés. Sur le plan moral, la société s’appauvrit : l’argent
devient la mesure de toute chose, et la dignité, une valeur oubliée.
Comme le disait Léopold Sédar Senghor, « L’homme d’aujourd’hui est
devenu un être économique avant d’être un être humain. » Mais la
ques on essen elle demeure : est-il possible de revenir à ces valeurs
perdues ? Beaucoup pensent que c’est un rêve, un idéal inaccessible
dans un monde dominé par la technologie et le capitalisme. Pourtant,
ce rêve n’est pas impossible. Revenir à ces valeurs ne signifie pas
rejeter la modernité, mais lui redonner une âme. Il ne s’agit pas de
retourner à la vie d’autrefois, mais de réhabiliter les vertus qui
faisaient sa grandeur : la solidarité, la jus ce, la modes e, le respect.
Des ini a ves communautaires, des associa ons de jeunes, des
mouvements citoyens en Afrique et ailleurs tentent déjà de recréer
cet esprit. Les religions, les écoles et les familles ont aussi un rôle
essen el à jouer dans ce e renaissance morale. La modernité sans
humanité n’est qu’une ruine brillante ; mais une modernité enracinée
dans la solidarité peut devenir une source de progrès véritable. Ainsi,
le message de Sembène Ousmane est à la fois un aver ssement et un
espoir. Il nous rappelle que la richesse d’un peuple ne se mesure pas
à ses ministres ni à ses buildings, mais à sa capacité de rire et de
souffrir ensemble. La fracture sociale actuelle est le fruit de l’égoïsme
et de la cupidité, mais elle peut être comblée par la fraternité et la
jus ce. L’Afrique d’hier savait vivre dans la simplicité et la dignité ;
celle d’aujourd’hui doit apprendre à conjuguer progrès et humanité.
Oui, c’est un rêve — mais un rêve nécessaire, car, comme le disait
Mar n Luther King : « Nous devons apprendre à vivre ensemble
comme des frères, sinon nous mourrons ensemble comme des idiots.
»

Sujet 22

Discuter ce e déclara on d’Anne-Marie Adiaffi extraite de son


ouvrage Une vie hypothéquée, pages 48-49 : « L’argent procure
l’intelligence, la gloire et la grandeur. Il est le seul à donner
l’honorabilité au pire criminel. Il peut laver le prof. L’argent qu’on
nous demande de mépriser commande l’intelligence, le sen ment et
l’ac on. »
Anne-Marie Adiaffi, dans ce e réflexion à la fois provocante et
lucide, dresse un constat amer sur la place de l’argent dans la société
contemporaine. En quelques lignes, elle met à nu la puissance et les
dérives d’un monde où tout semble se mesurer à l’aune de la richesse
matérielle. L’argent, dit-elle, procure tout : l’intelligence, la gloire, la
grandeur, et jusqu’au respect qu’on doit refuser aux coupables.
Autrement dit, dans un monde dominé par l’apparence et la réussite
économique, la valeur morale s’efface devant la valeur marchande.
Ce e déclara on, à la fois cri que et réaliste, interroge notre rapport
à l’argent : est-il un simple instrument de vie ou le maître absolu de
nos consciences ?
Il faut d’abord reconnaître que l’argent occupe une place
essen elle dans la société moderne. Sans argent, l’homme ne peut ni
se nourrir, ni se soigner, ni s’éduquer. Il est donc compréhensible qu’il
soit devenu une condi on de la dignité et du progrès. L’argent, en soi,
n’est ni bon ni mauvais : tout dépend de l’usage qu’on en fait. Grâce à
lui, des na ons se développent, des familles vivent mieux, des
œuvres culturelles ou scien fiques voient le jour. Dans ce e
perspec ve, Adiaffi n’a pas tort de dire que l’argent procure
l’intelligence, car il ouvre l’accès à l’instruc on, à la culture et à la
connaissance. Il procure aussi la gloire, dans la mesure où la réussite
financière devient aujourd’hui un signe de pres ge et d’admira on
sociale. De fait, dans un monde où tout se vend et s’achète, celui qui
possède l’argent dé ent le pouvoir. Cependant, la force de ce e
cita on réside dans son ton ironique : Adiaffi ne fait pas l’éloge de
l’argent, elle en dénonce plutôt le culte. Dans la société actuelle,
l’argent a pris la place de Dieu, de la morale et même de la raison. Il
ne sert plus seulement à vivre, mais à dominer. Il donne une fausse
intelligence, une gloire de façade et une grandeur usurpée. Comme
elle le souligne, il peut même laver le crime, acheter la jus ce et
transformer les coupables en modèles. Les scandales de corrup on,
les détournements de fonds ou les crimes économiques illustrent
bien ce pouvoir corrupteur : les plus riches échappent souvent aux
sanc ons, tandis que les pauvres subissent la loi dans toute sa
rigueur. Dans un tel monde, le mérite ne compte plus ; seule compte
la fortune. C’est ce que dénonçait déjà Molière dans L’Avare à travers
le personnage d’Harpagon, prêt à sacrifier l’amour et l’honneur pour
sa casse e. Ce e domina on de l’argent entraîne des conséquences
profondes sur le comportement humain. L’homme moderne, obsédé
par le gain, oublie les valeurs de solidarité, de jus ce et de vérité.
Tout devient commerce : les rela ons, les sen ments, la poli que, la
religion. Comme le disait Victor Hugo : « L’argent a remplacé la
parole, la conscience et la foi. » Ce règne de l’argent transforme la
société en une jungle où règne la loi du plus riche. Dans les grandes
villes africaines, on admire souvent ceux qui s’enrichissent vite, sans
se soucier de l’origine de leur fortune. Le paraître remplace l’être, et
la morale s’efface devant la réussite. Les jeunes, voyant que l’argent
achète tout, perdent foi dans l’effort honnête et la valeur du travail.
C’est là le véritable drame que dénonce Adiaffi : une humanité
prisonnière de sa propre cupidité.
Mais faut-il pour autant condamner totalement l’argent ? Non, car il
reste un instrument indispensable à la vie sociale. Ce n’est pas
l’argent en lui-même qui corrompt, c’est la manière dont l’homme s’y
a ache. Quand il devient une fin en soi, il détruit l’âme ; quand il
reste un moyen, il peut servir la jus ce et le progrès. Des figures
comme Nelson Mandela, Thomas Sankara ou Mère Teresa ont
montré qu’il est possible de donner à l’argent un sens moral : celui du
service, du partage et de la dignité. L’argent, bien u lisé, permet
d’éduquer, de soigner, de construire et de libérer. Mais mal u lisé, il
enchaîne,
perver t et déshumanise. C’est pourquoi Adiaffi, par ce e phrase
apparemment cynique, nous invite à réfléchir à l’usage que nous
faisons de la richesse et au pouvoir que nous lui accordons.
La société moderne a besoin de réapprendre la mesure.
L’argent doit être remis à sa place : un ou l de vie, non un dieu à
adorer. Car la vraie intelligence, la vraie gloire et la vraie grandeur ne
s’achètent pas. Elles se conquièrent par le travail, l’honnêteté et le
service de l’humanité. Comme le disait Montesquieu : « L’argent est
un bon serviteur, mais un mauvais maître. » En oubliant cela,
l’homme perd son âme et la société sa jus ce.
Ainsi, à travers sa déclara on, Anne-Marie Adiaffi ne se contente pas
de décrire la puissance de l’argent ; elle en dévoile aussi le danger.
Elle nous rappelle que le mépris de l’argent n’est pas une illusion,
mais une exigence morale. Car si l’argent commande aujourd’hui
l’intelligence, le sen ment et l’ac on, il revient à la conscience
humaine de lui redonner sa juste place, celle d’un serviteur au service
du bien, et non d’un maître qui détruit l’esprit.

Sujet 23

« La femme est bien dans son droit et même elle accomplit une
espèce de devoir en s’appliquant à paraître magique et surnaturelle. Il
faut qu’elle étonne, qu’elle charme : idole, elle doit se dorer pour être
adorée. » (Charles Baudelaire). Partagez-vous ce point de vue sur
l’apparence et le rôle de la femme dans la société ?

Dans ce e réflexion, Charles Baudelaire, poète du XIXᵉ siècle,


exprime une vision esthé que et presque mys que de la femme.
Pour lui, la femme a pour voca on d’être belle, séduisante et
fascinante. Elle doit « paraître magique », c’est-à-dire embellir le
monde par son charme et son mystère. Ce e idée, inspirée de la
sensibilité roman que, célèbre la beauté féminine comme un art,
mais elle soulève aussi une ques on essen elle : la femme doit-elle
se définir uniquement par son apparence et son pouvoir de séduc on
? Baudelaire, en faisant de la femme une « idole », semble à la fois la
glorifier et la réduire à un rôle de spectacle. Faut-il encore aujourd’hui
partager ce e concep on ?
Baudelaire écrit à une époque où la société assignait à la
femme un rôle limité à celui d’épouse, de mère ou de muse. Dans ce
contexte, la beauté était son principal moyen d’expression et
d’influence. La femme n’ayant pas accès aux mêmes droits ni aux
mêmes espaces que l’homme, elle affirmait son existence par l’art de
plaire. « Se dorer pour être adorée », disait le poète, non pour s’en
moquer, mais pour reconnaître en elle une puissance de fascina on
quasi divine. Dans ses Fleurs du mal, notamment dans le poème À
une passante, Baudelaire décrit la femme comme une appari on
céleste, un être éblouissant qui trouble le cœur et inspire la créa on.
La beauté féminine devient ainsi un langage, une forme d’art qui
éveille le désir et le rêve. Dans ce sens, la femme qui soigne son
apparence ne trahit pas sa nature : elle célèbre la vie et incarne l’idéal
esthé que cher aux poètes.
Cependant, ce e vision, aussi poé que soit-elle, réduit la femme à
une image, à un objet de contempla on. Être « idole » revient à être
admirée, certes, mais aussi figée, enfermée dans une fonc on
décora ve. En insistant sur la beauté extérieure, Baudelaire semble
oublier que la femme est avant tout un être de raison, de volonté et
de liberté. Aujourd’hui, une telle concep on paraît dépassée, voire
injuste. Dans nos sociétés modernes, les femmes ne veulent plus
seulement « charmer », mais par ciper ac vement à la construc on
du monde. Elles veulent être reconnues pour leur intelligence, leur
courage, leurs compétences. Réduire leur valeur à l’apparence, c’est
perpétuer une forme de domina on sub le, celle du regard masculin.
Comme l’écrivait Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe, « On
ne naît pas femme, on le devient. » Être femme, c’est donc se
construire, se définir soi-même, et non se conformer à une image
imposée.
Pourtant, il serait trop simple de rejeter complètement la pensée de
Baudelaire. La beauté et le charme ne sont pas des fautes, mais des
expressions légi mes de la féminité. Le problème naît lorsqu’ils
deviennent des obliga ons sociales. Or, dans le monde d’aujourd’hui,
le culte de l’apparence, entretenu par les médias et les réseaux
sociaux, con nue d’enfermer la femme dans une esthé que
ar ficielle. Le maquillage, la mode, la chirurgie ou les filtres
numériques sont devenus des moyens de « se dorer pour être adorée
». Ainsi, la pression du regard masculin d’autrefois a été remplacée
par la tyrannie du regard collec f. Baudelaire n’avait donc pas tort en
affirmant que la femme cherche à « paraître magique » : c’est
toujours le cas, mais souvent au prix de sa liberté et de son
authen cité.
Pourtant, il existe une autre manière d’interpréter ce e idée : la
beauté féminine n’est pas seulement physique, elle peut être morale,
spirituelle, intérieure. La femme qui étonne et charme peut le faire
par son intelligence, sa créa vité, sa force d’âme. Aujourd’hui, les
figures comme Chimamanda Ngozi Adichie, Michelle Obama ou Fatou
Diome prouvent que la femme moderne allie beauté et esprit, grâce
et puissance. Leur influence ne vient pas de l’ar fice, mais de la
profondeur de leur parole. L’idéal féminin du XXIᵉ siècle n’est plus
l’idole dorée, mais la lumière qui inspire et transforme. Comme le
disait Victor Hugo : « La femme a le droit de monter sur l’échafaud,
elle doit avoir également celui de monter à la tribune. » Autrement
dit, la beauté véritable réside dans la liberté et la dignité.
Ainsi, Baudelaire avait raison de voir dans la femme un être de
charme et d’enchantement, mais il se trompait en enfermant ce
charme dans l’apparence. La femme d’aujourd’hui ne veut pas
seulement être admirée ; elle veut être écoutée, comprise et
respectée. Elle peut être magique, mais par sa pensée, son courage et
sa sensibilité. Elle n’a plus besoin de se « dorer » pour exister : sa
valeur est en elle-même, dans son être, non dans son image.
En défini ve, ce e phrase de Baudelaire reste belle et
troublante, mais elle doit être relue à la lumière du présent. Oui, la
femme a le droit de plaire, de séduire, d’être belle ; mais son plus
grand devoir est d’être libre. La beauté n’est pas un devoir, c’est une
liberté, et c’est là que réside la vraie magie féminine.
Sujet 24

Lors d’un colloque interna onal sur l’environnement tenu à


Ouagadougou en juillet 2005, un conférencier a dit ceci : « Protéger
l’environnement, c’est protéger sa vie et celle des autres. » Jus fiez
ce e déclara on. Quelles sont, selon vous, les solu ons aux plans
local et interna onal pour lu er contre la dégrada on de
l’environnement ?

L’homme vit au cœur de la nature, et pourtant, il agit


souvent comme s’il en était le maître absolu. La phrase prononcée
lors du colloque de Ouagadougou résume avec force une vérité trop
souvent oubliée : la survie de l’humanité dépend de la santé de son
environnement. En détruisant la nature, l’homme se condamne lui-
même, car il rompt l’équilibre fragile qui le relie à la terre, à l’eau et à
l’air. Protéger l’environnement, c’est donc préserver la vie, la sienne et
celle des généra ons futures. Ce e idée, à la fois simple et
essen elle, invite à une prise de conscience mondiale et à une ac on
collec ve urgente.
L’environnement, c’est tout ce qui entoure et sou ent la
vie : la terre qui nourrit, l’eau qui désaltère, l’air qui fait respirer, la
faune et la flore qui main ennent l’équilibre du monde. Quand cet
équilibre est brisé, c’est l’homme lui-même qui en subit les
conséquences. La déforesta on, la pollu on, la déser fica on, les
déchets plas ques, le changement clima que, tous ces fléaux
menacent directement la santé humaine et la stabilité de nos
sociétés. Dans certaines régions d’Afrique, la dispari on des forêts
entraîne la sécheresse, la pauvreté des sols et la famine. Dans les
grandes villes, la pollu on de l’air provoque des maladies
respiratoires, et l’accumula on des ordures favorise la propaga on
d’épidémies. Ainsi, détruire la nature, c’est a aquer la source même
de la vie. Comme le disait le philosophe amérindien Sea le : «
L’homme n’a pas ssé la toile de la vie, il n’en est qu’un fil. Ce qu’il fait
à la toile, il le fait à lui-même. »
Protéger l’environnement, c’est donc protéger la vie présente,
mais aussi celle à venir. Chaque arbre planté, chaque déchet recyclé,
chaque gou e d’eau économisée est un acte de sauvegarde pour
l’humanité tout en ère. Dans un monde où les catastrophes
naturelles se mul plient — inonda ons, canicules, incendies,
glissements de terrain — il devient évident que la nature se venge des
abus humains. La protec on de l’environnement n’est pas un luxe
pour les pays riches, c’est une nécessité vitale pour tous. Les
généra ons futures ont droit à une terre habitable, et il est de notre
devoir de la leur transme re. Comme l’affirmait Thomas Sankara : «
Nous devons vivre en harmonie avec la nature, car la terre ne nous
appar ent pas : nous l’empruntons à nos enfants. »
Face à ce constat alarmant, des solu ons existent, à la fois
locales et interna onales. Au plan local, la première responsabilité
revient aux citoyens et aux autorités de chaque pays. Il faut d’abord
renforcer la sensibilisa on à la protec on de l’environnement dans
les écoles, les médias et les communautés. Chacun doit comprendre
que jeter un sachet plas que, gaspiller l’eau ou brûler les déchets a
des conséquences collec ves. Ensuite, il est nécessaire d’encourager
le reboisement, la ges on durable des ressources naturelles et le tri
des ordures. Les agriculteurs doivent être formés à des pra ques
respectueuses des sols, comme l’agroécologie. Les municipalités,
elles, doivent mieux gérer les déchets et les eaux usées. Enfin, la lu e
contre la déforesta on et le braconnage doit être une priorité
na onale, car préserver la faune et la flore, c’est maintenir l’équilibre
écologique.
Au plan interna onal, la coopéra on entre les États est
indispensable. Le changement clima que ne connaît pas de
fron ères. Des accords comme la COP21 ou le Protocole de Kyoto
visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre, principales
causes du réchauffement planétaire. Les pays industrialisés,
responsables de la majeure par e de la pollu on, doivent soutenir les
pays en développement par des financements verts et le transfert de
technologies propres. De même, les organisa ons interna onales
comme les Na ons Unies ou l’Union africaine doivent encourager la
mise en œuvre de poli ques environnementales ambi euses et
contraignantes. Les
ONG et les mouvements écologistes, quant à eux, ont un rôle
essen el de veille et de mobilisa on. L’environnement est un bien
commun de l’humanité : sa défense doit être universelle.
Mais au-delà des lois et des conférences, la véritable solu on reste
dans le changement des mentalités. Chacun doit adopter un
comportement responsable : éviter le gaspillage, privilégier les
transports écologiques, planter des arbres, consommer local. La
protec on de l’environnement commence par de pe ts gestes, mais
leur accumula on crée de grands effets. Comme le dit un proverbe
africain : « Celui qui plante un arbre avant de mourir n’a pas vécu
inu lement. »
Ainsi, la phrase du conférencier de Ouagadougou prend tout son sens
: protéger l’environnement, c’est protéger la vie. Car la nature n’est
pas un décor, c’est notre maison. En la détruisant, nous scions la
branche sur laquelle nous sommes assis. L’écologie n’est pas une
mode, c’est une ques on de survie. L’avenir de la planète dépend de
la conscience et de la responsabilité de chaque être humain.
Défendre la nature, c’est défendre l’humanité.

Sujet 25
« Quiconque néglige ou méprise son passé n’a pas d’avenir, car
l’histoire des hommes, c’est la somme de leur expérience, qui fut
dans de nombreux cas des erreurs. »
Commentez ce e déclara on.

L’homme est un être de mémoire. C’est en regardant


derrière lui qu’il apprend à avancer. La phrase proposée rappelle une
vérité essen elle : l’avenir ne se construit pas dans l’oubli, mais dans
la connaissance et la compréhension du passé. Mépriser son histoire,
c’est effacer les leçons de l’expérience humaine et condamner les
généra ons futures à répéter les mêmes fautes. Le passé, même s’il
est parfois douloureux, reste une source d’enseignement ines mable.
Il est la mémoire vivante des victoires, des échecs et des lu es qui
ont façonné les peuples et les civilisa ons.
L’histoire des hommes est en effet une longue suite
d’expériences, souvent marquées par des erreurs tragiques. Les
guerres, les injus ces, l’esclavage, la colonisa on ou les dictatures
témoignent des dérives de l’humanité. Pourtant, chacune de ces
périodes sombres a servi de leçon pour éviter qu’elles ne se
reproduisent. Après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, par
exemple, les na ons ont compris la nécessité de créer des ins tu ons
interna onales pour maintenir la paix, comme l’ONU. Les peuples
africains, après des décennies de domina on coloniale, ont pris
conscience de la valeur de leur indépendance et de leur iden té
culturelle. Ces expériences, même douloureuses, cons tuent le socle
sur lequel les sociétés peuvent bâ r un avenir meilleur. Comme
l’écrivait Cicéron : « L’histoire est la maîtresse de vie. » Ignorer ses
leçons, c’est avancer les yeux fermés dans un monde plein
d’embûches.
Celui qui méprise son passé se prive de repères et de racines. Une
société sans mémoire est semblable à un arbre sans racines : elle se
dessèche et se déracine au premier vent. De nombreux peuples qui
ont renié leur culture ou leurs tradi ons au profit d’une imita on
aveugle de modèles étrangers se sont perdus dans une crise
d’iden té. L’Afrique, par exemple, a longtemps souffert d’un
complexe vis-à-vis de l’Occident, oubliant la richesse de ses propres
valeurs et savoirs ancestraux. Aujourd’hui, un retour aux sources
s’impose, non pour rejeter la modernité, mais pour la vivre en
harmonie avec notre héritage. Comme le disait Amadou Hampâté Bâ
: « En Afrique, un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle.
» La sagesse de nos ancêtres, transmise par l’histoire et la tradi on,
demeure une lumière pour guider les pas du présent.
Reconnaître son passé, ce n’est pas seulement se rappeler les
gloires et les réussites, mais aussi accepter ses erreurs pour
progresser. Les na ons qui ont eu le courage d’affronter leurs fautes
passées sont celles qui avancent le mieux. L’Allemagne, par exemple,
a su rer les leçons du nazisme et bâ r une démocra e solide sur les
ruines de la barbarie. À l’inverse, les sociétés qui refusent de regarder
leur passé en face restent prisonnières de leurs trauma smes. Le déni
de l’histoire conduit au repli, à la division et à la répé on des
erreurs. Comprendre d’où l’on vient, c’est donc savoir où l’on va.
Mais la mémoire du passé ne doit pas devenir un fardeau. Il ne
s’agit pas de vivre dans la nostalgie ni de ressasser les souffrances
anciennes. L’histoire doit être un instrument de construc on, non de
rancune. C’est en puisant dans les réussites et les échecs du passé
que l’humanité trouve la force d’innover, de se réinventer et d’éviter
les pièges du présent. Comme le disait le philosophe George
Santayana : « Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont
condamnés à le revivre. » Apprendre du passé, c’est donc faire œuvre
de sagesse et de lucidité.
En défini ve, celui qui néglige ou méprise son passé se prive
de l’une des plus grandes richesses de l’humanité : la mémoire.
L’histoire, qu’elle soit individuelle ou collec ve, éclaire le chemin de
l’avenir. Elle rappelle que les erreurs d’hier peuvent devenir les
réussites de demain, à condi on qu’on sache en rer des leçons. Pour
qu’une na on avance, elle doit se connaître, se comprendre et se
souvenir. Oublier son passé, c’est se condamner à tourner en rond
dans l’obscurité. Le vrai progrès commence toujours par la mémoire.

Sujet 26

Paule Nizan décrit ainsi les états d’âme d’une certaine jeunesse de
l’entre-deux : « Nous avons peur de ce qui va nous arriver. La belle
jeunesse ! Comment demander des secours à des hommes ? Où sont-
ils cachés ? Une musique de devoir, de famille, de patrie, de respect,
d’argent… »
Pensez-vous que la jeunesse à laquelle vous appartenez soit aussi
étrangère à la société et au monde des adultes que celle dont parle
l’auteur ?

La jeunesse a toujours été un moment d’incer tude et


de quête de repères. Paule Nizan, dans ce passage chargé
d’amertume, exprime l’angoisse d’une généra on perdue, en rupture
avec les valeurs de ses aînés. Son constat semble résonner
étrangement encore aujourd’hui : les jeunes, face à un monde en
crise, se sentent souvent délaissés, incompris et sans modèle auquel
se raccrocher. Il est donc légi me de se demander si la jeunesse
contemporaine, malgré l’évolu on des sociétés, ne partage pas ce e
même impression d’étrangeté vis-à-vis du monde des adultes.
La jeunesse, par essence, cherche à comprendre, à
s’affirmer, à donner un sens à sa vie. Mais elle se heurte souvent à
une société qui ne lui offre ni écoute ni véritable place. Dans de
nombreux pays, les jeunes font face au chômage, à la précarité, à la
corrup on et au manque de perspec ves. On leur parle de devoir, de
respect, de patrio sme, de réussite, mais ces mots sonnent creux
quand la réalité ne leur offre que désillusion et marginalisa on.
Comme dans les mots de Paule Nizan, ce e jeunesse a peur de ce qui
va lui arriver, non parce qu’elle manque de courage, mais parce
qu’elle ne voit pas de voie tracée devant elle. Elle vit dans un monde
où les repères d’autrefois — la famille unie, la foi dans le travail, la
solidarité — se sont affaiblis, remplacés par la course à l’argent,
l’individualisme et la compé on.
La société, de son côté, a souvent tendance à juger la
jeunesse sans la comprendre. Les adultes reprochent aux jeunes leur
insolence, leur paresse ou leur goût du plaisir, sans voir que ces
comportements sont souvent des réac ons à un système injuste et
bloqué. Beaucoup de jeunes ressentent un profond décalage entre les
discours moralisateurs des adultes et leurs propres pra ques.
Comment croire aux valeurs de devoir ou de respect quand on voit
des dirigeants détourner les biens publics ? Comment parler de
patrio sme quand la corrup on, le népo sme et le favori sme
ferment les portes de la réussite ? Ce e fracture morale nourrit chez
la jeunesse un sen ment d’exclusion et d’impuissance. Comme le
disait le poète Aimé Césaire, « Il est des silences qui tuent, des
indifférences qui condamnent. » L’indifférence des adultes face aux
souffrances et aux espoirs des jeunes en fait par e. Cependant, il
serait injuste de réduire la jeunesse actuelle à une généra on perdue
ou désorientée. Elle n’est pas totalement étrangère à la société ; elle
en subit les contradic ons, mais elle cherche aussi à la transformer.
Partout dans le monde, des jeunes s’engagent dans la poli que,
l’entrepreneuriat, la culture ou l’environnement. Ils inventent de
nouvelles formes de solidarité à travers les réseaux sociaux, les
associa ons ou les mouvements citoyens. En Afrique, par exemple, la
jeunesse est à la tête de nombreux projets de développement local,
d’ini a ves écologiques et de startups innovantes. Ce e jeunesse
refuse de rester spectatrice : elle veut être actrice de son des n.
Mais pour que ce e énergie s’exprime pleinement, il faut que le
monde des adultes accepte de lui faire confiance. La rupture entre les
généra ons ne vient pas seulement des jeunes, mais aussi d’une
société qui peine à reconnaître leur poten el. L’éduca on, au lieu
d’être un instrument d’émancipa on, devient souvent une contrainte,
un moule qui bride la créa vité. Les jeunes ne veulent pas d’une
musique de devoir ou de respect imposée, comme le disait Nizan,
mais d’un dialogue sincère et d’un partage d’expériences. Ils aspirent
à un monde plus juste, plus libre, plus humain. Comme le disait
Nelson Mandela : « Les jeunes ne sont pas seulement les dirigeants
de demain, ils sont les partenaires d’aujourd’hui. »
Ainsi, la jeunesse contemporaine partage en par e le désarroi de
celle que décrit Paule Nizan : elle se sent parfois étrangère à un
monde d’adultes figé dans ses cer tudes et indifférent à ses rêves.
Mais elle n’est pas résignée. Elle cherche à redéfinir ses valeurs, à
inventer de nouvelles manières d’être et d’agir. Si elle a peur de ce qui
va lui arriver, c’est moins par faiblesse que par lucidité. Car elle sait
que son avenir dépend de sa capacité à se réapproprier le monde, à
le comprendre et à le changer.
En défini ve, la jeunesse n’est pas condamnée à être
étrangère à la société : elle en est la promesse. Encore faut-il que les
adultes cessent de se cacher derrière les vieilles musiques du devoir
et du respect, et tendent enfin la main à ceux qui représentent
l’avenir. Car, comme le disait le poète Léon-Gontran Damas : « La
jeunesse n’est pas une période de la vie, c’est une force du cœur. »

Sujet 27
Théophile Gau er aimait à dire : « Quiconque n’a pas commencé à
imiter ne sera jamais original », et le philosophe Alain écrit dans ses
Propos sur l’éduca on : « Il n’y a qu’une méthode pour inventer, qui
est d’imiter. » Après avoir montré le mérite de telle vision, analysez,
avec des exemples concrets à l’appui, les dangers d’une imita on
servile. Il est rare qu’un homme parvienne à créer sans avoir d’abord
appris à suivre. Avant d’être un maître, il faut être un disciple.
Théophile Gau er et Alain nous rappellent, chacun à leur manière,
que l’imita on n’est pas un défaut, mais une étape nécessaire sur le
chemin de la créa on. Apprendre à imiter, c’est apprendre à observer,
à comprendre et à reproduire ce que d’autres ont fait avant nous.
Cependant, si l’imita on peut être une source d’appren ssage et
d’inspira on, elle devient dangereuse lorsqu’elle étouffe la liberté de
penser et empêche l’individu ou la société de s’affirmer.
Imiter, c’est d’abord reconnaître la valeur de ceux qui nous
précèdent. Aucun savoir, aucun art, aucune civilisa on ne s’est
construite dans le vide. L’enfant apprend à parler en imitant les
adultes, le peintre apprend à peindre en copiant les maîtres, l’écrivain
forge son style en s’inspirant des classiques. Même les grands génies
ont commencé par emprunter avant d’innover. Molière, par exemple,
s’est largement inspiré des comédies italiennes avant de créer ses
propres chefs-d’œuvre comme Tartuffe ou Le Misanthrope. De même,
le philosophe Aristote fut d’abord l’élève de Platon avant de proposer
sa propre concep on du monde. L’imita on est donc une école de
rigueur et d’humilité. Elle permet d’acquérir les bases avant de s’en
détacher. Comme le disait Montaigne : « Mieux vaut une tête bien
faite qu’une tête bien pleine. » Imiter, c’est se former, c’est bâ r les
fonda ons nécessaires à l’originalité future.
Mais l’imita on ne doit pas être confondue avec la soumission.
Lorsqu’elle devient mécanique, aveugle, sans réflexion, elle perd tout
son mérite. Une imita on servile est stérile, car elle reproduit sans
comprendre. Celui qui imite sans esprit cri que cesse de penser par
lui-même. Il devient l’ombre de ceux qu’il admire au lieu de faire
briller sa propre lumière. C’est le danger qui gue e les sociétés qui se
contentent de copier les modèles étrangers sans tenir compte de leur
réalité. En Afrique, par exemple, beaucoup de pays ont adopté après
les indépendances des systèmes poli ques, économiques et éduca fs
calqués sur ceux de l’Occident, sans toujours les adapter à leurs
tradi ons et à leurs besoins. Résultat : des ins tu ons souvent
inefficaces, des poli ques inapplicables et une crise d’iden té
persistante. Copier sans réfléchir, c’est renoncer à son authen cité.
L’imita on servile peut également étouffer la créa vité individuelle.
Dans les arts comme dans la pensée, l’originalité naît du courage
d’être soi. L’ar ste qui se limite à reproduire les styles des autres ne
crée pas, il répète. De même, dans le domaine scien fique ou
technologique, l’innova on suppose l’audace de reme re en
ques on les modèles établis. C’est en osant aller plus loin que les
autres qu’on fait progresser la connaissance. Si les chercheurs
s’étaient contentés d’imiter Galilée ou Newton sans les
dépasser, jamais Einstein n’aurait bouleversé la physique moderne.
L’imita on doit donc être un tremplin, non une prison.
Dans la vie sociale aussi, l’imita on servile peut devenir un
fléau. Beaucoup de jeunes, aujourd’hui, copient les modes, les
comportements ou les idéaux venus d’ailleurs sans discernement. Ils
adoptent des manières de parler, de s’habiller ou de penser qui ne
leur appar ennent pas, croyant ainsi être modernes. Ce e imita on
vide de sens les éloigne de leurs valeurs et de leur culture. Être
moderne, ce n’est pas imiter aveuglément l’Occident, mais savoir rer
du progrès ce qui peut enrichir son propre monde. Comme le disait le
président Léopold Sédar Senghor : « Assimiler sans être assimilé. »
Cela signifie qu’il faut apprendre des autres sans se perdre soi-même.
Ainsi, si Gau er et Alain ont raison de rappeler que l’imita on est le
point de départ de toute inven on, il ne faut jamais oublier qu’elle
n’est qu’un moyen, non une fin. L’imita on intelligente ouvre la voie à
la créa on, tandis que l’imita on servile la ferme. Il faut imiter pour
apprendre, mais s’affirmer pour exister. C’est en s’inspirant des autres
tout en restant fidèle à soi-même que l’homme a eint l’originalité
véritable.
En somme, l’imita on est une étape nécessaire, mais elle
doit être éclairée par la réflexion. Elle n’a de valeur que si elle prépare
à l’autonomie. Comme le disait Victor Hugo : « Celui qui ouvre une
porte d’école ferme une prison. » De même, celui qui apprend à
imiter intelligemment ouvre la porte de la liberté intellectuelle. Mais
celui qui se contente de copier sans comprendre reste prisonnier de
l’ombre des autres. L’originalité n’est pas le refus d’imiter, mais la
capacité à transformer ce que l’on imite en quelque chose de
nouveau, de personnel, de vivant.

Sujet 28

En ma ère de soins de santé publique, une certaine opinion dit : «


Un malade bien reçu est à moi é guéri. » Expliquez et discutez ce e
observa on.

La santé est l’un des biens les plus précieux de l’être


humain, et celui qui souffre cherche avant tout du soulagement, de
l’a en on et de la considéra on. L’adage selon lequel « un malade
bien reçu est à moi é guéri » traduit une vérité profonde : le
traitement d’un malade ne dépend pas seulement des médicaments
ou
des instruments médicaux, mais aussi de la qualité de l’accueil, de
l’écoute et de la compassion qu’il reçoit. Le moral, la confiance et le
sen ment d’être respecté jouent un rôle déterminant dans le
processus de guérison.
Être malade, c’est déjà une épreuve physique et
psychologique. La douleur, la peur et l’angoisse affaiblissent non
seulement le corps, mais aussi l’esprit. Dans ce contexte, la manière
dont un malade est accueilli dans un centre de santé peut influencer
son état général. Un sourire, une parole bienveillante, une a tude
rassurante peuvent redonner espoir et apaiser la souffrance. À
l’inverse, un accueil froid, un ton méprisant ou une indifférence totale
aggravent la détresse du pa ent. Le malade se sent rejeté, diminué,
inu le. Or, comme le disait le philosophe Blaise Pascal : « Le cœur a
ses raisons que la raison ne connaît point. » La médecine ne doit donc
pas seulement soigner le corps, mais aussi réconforter le cœur.
De nombreuses études en psychologie médicale montrent
que le moral du pa ent influence directement l’efficacité du
traitement. Un malade confiant dans son médecin et dans le
personnel soignant se rétablit plus vite qu’un autre découragé ou
maltraité. Ce e vérité est visible dans la vie quo dienne : un malade
hospitalisé qui reçoit la visite de ses proches, qui est écouté et
entouré, retrouve plus facilement des forces. En revanche, un pa ent
livré à la solitude et à l’indifférence peut sombrer dans la dépression,
ralen ssant sa guérison. C’est pourquoi le bon accueil est une
dimension essen elle de la santé publique : il crée un climat de
confiance et de dignité, favorable au rétablissement.
Malheureusement, dans de nombreux pays, notamment en
Afrique, ce e belle maxime est souvent trahie par la réalité. Les
malades sont parfois reçus avec négligence, voire mépris, dans les
hôpitaux. Certains agents de santé, mal formés ou démo vés,
manquent de sens de l’humanité. Les longues files d’a ente, la
corrup on, le manque de matériel et les comportements brusques
rendent l’expérience des pa ents encore plus douloureuse. Il arrive
même que des malades meurent faute d’avoir été écoutés à temps.
Ces situa ons dégradent non seulement la confiance entre pa ents
et soignants, mais aussi l’image de tout le système de santé. Or, la
médecine, selon Hippocrate, « consiste autant à guérir qu’à consoler.
» Sans compassion, le soin perd une part essen elle de sa mission.
Mais il ne faut pas oublier que les soignants eux-mêmes travaillent
souvent dans des condi ons difficiles : salaires bas, effec fs
insuffisants, stress quo dien. Il est donc important que les autorités
publiques améliorent leurs condi ons de travail, car un personnel
bien traité est plus à même de bien traiter les autres. De même, les
forma ons médicales doivent insister sur l’éthique et la psychologie
du pa ent, afin que les soignants comprennent que la politesse,
l’écoute et l’a en on sont aussi des médicaments.
Au-delà du personnel de santé, toute la société doit être sensibilisée
à la valeur humaine de la compassion. Prendre soin des malades,
c’est prendre soin de soi-même, car la santé publique repose sur la
solidarité. Un système de santé efficace n’est pas seulement celui qui
dispose de bons hôpitaux, mais celui où chaque malade, quel que soit
son statut, est accueilli avec respect et chaleur. Comme le disait Mère
Teresa : « Ce qui compte, ce n’est pas combien on donne, mais
combien d’amour on met dans ce qu’on donne. »

En somme, l’observa on selon laquelle un malade bien


reçu est à moi é guéri exprime une vérité universelle : la guérison
commence par l’a en on. Les médicaments soignent le corps, mais la
bienveillance soigne l’âme. Une société humaine et développée se
reconnaît à la manière dont elle traite ses malades, ses faibles et ses
pauvres. Tant que la santé restera un domaine où la froideur
l’emporte sur la compassion, l’homme restera malade de son
indifférence. Mais dès qu’il comprendra que soigner, c’est aussi aimer,
il aura déjà trouvé le remède le plus puissant.

Sujet 29

« Un intellectuel n’est pas seulement celui à qui les livres sont


nécessaires, mais tout homme dont une idée, si élémentaire soit-elle,
engage la vie. » — André Malraux
Expliquez et commentez ce e affirma on.

L’intellectuel est souvent perçu comme un homme enfermé dans


ses livres, un être cul vé qui vit dans le monde des idées plus que
dans celui de l’ac on. Mais André Malraux, à travers ce e belle
réflexion, élargit et humanise ce e défini on. Pour lui, l’intellectuel
n’est pas seulement celui qui lit ou qui pense, mais surtout celui dont
les idées orientent l’existence, guident les choix et inspirent les actes.
L’intelligence véritable ne se mesure pas au savoir accumulé, mais à la
capacité de transformer une idée en engagement. Ainsi, ce e parole
de Malraux invite à redéfinir la figure de l’intellectuel non comme un
simple lecteur, mais comme un acteur de conscience et de
responsabilité.
Un intellectuel, selon la concep on classique, est celui qui consacre
sa vie à la réflexion, à la recherche, à la produc on du savoir. Il lit,
écrit, enseigne, et contribue à éclairer les autres. Les philosophes, les
scien fiques, les écrivains, les enseignants sont souvent considérés
comme tels. Les livres nourrissent leur pensée, et la pensée nourrit
leur parole. Mais ce e vision, bien qu’importante, reste par elle. Car
la véritable intelligence ne réside pas seulement dans la connaissance
théorique, mais dans la manière de la me re au service de
l’humanité. Un homme peut avoir lu mille livres et n’avoir rien
compris à la vie s’il ne traduit pas ses idées en actes concrets.
Malraux, qui fut lui-même écrivain, résistant et homme d’ac on,
savait que l’esprit sans engagement n’est qu’un luxe inu le.
L’intellectuel, selon lui, n’est pas celui qui se contente de commenter
le monde, mais celui qui cherche à le transformer. Même une idée
simple, une convic on morale, peut suffire à faire de quelqu’un un
véritable intellectuel si elle inspire des ac ons justes. Ainsi, une mère
qui consacre sa vie à l’éduca on de ses enfants dans le respect et
l’amour, un citoyen qui refuse la corrup on malgré la pauvreté, un
enseignant qui transmet le goût de la vérité, tous sont des
intellectuels au sens profond du terme, car ils vivent en accord avec
une idée qui donne un sens à leur vie. Comme le disait Jean-Paul
Sartre : « Être intellectuel, c’est se mêler de ce qui ne nous regarde
pas. » Autrement dit, c’est refuser l’indifférence et agir selon sa
conscience.
L’idée que toute convic on peut engager la vie rejoint une vérité
universelle : penser, c’est déjà agir. Les grands bouleversements de
l’histoire sont souvent nés d’une idée simple portée par des hommes
courageux. Nelson Mandela a fait de l’idée de liberté et d’égalité sa
raison de vivre ; Mar n Luther King a fait de l’idée de jus ce raciale
un combat qui lui a coûté la vie ; Thomas Sankara a fait de l’idée
d’indépendance et de dignité africaine une mission poli que. Aucun
de ces hommes n’a eu besoin de se réfugier derrière des
bibliothèques pour mériter le tre d’intellectuel. Leur intelligence
s’est exprimée dans le courage d’incarner leurs idées. L’intellectuel,
dans le sens le plus noble, est donc celui qui unit la pensée et l’ac on.
Mais il ne faut pas confondre engagement et fana sme. Une idée,
pour mériter d’engager la vie, doit être éclairée par la raison et
guidée par l’humanité. Les idéologies aveugles, les extrémismes
religieux ou poli ques naissent souvent d’une convic on qui se veut
absolue mais qui oublie l’homme. L’intellectuel véritable n’impose
pas ses idées : il les propose, il les défend avec lucidité et respect. Il
ne cherche pas la gloire, mais la vérité. Il n’est pas celui qui sait tout,
mais celui qui se remet sans cesse en ques on. Comme le disait
Albert Camus : « L’intellectuel est celui qui se refuse à men r sur ce
qu’il sait. »
Aujourd’hui, dans nos sociétés en crise, le monde a plus que jamais
besoin d’intellectuels au sens de Malraux : des hommes et des
femmes capables de penser et d’agir, d’unir la connaissance et la
conscience. Être intellectuel, ce n’est pas vivre à l’écart du peuple,
mais être au service du bien commun. Un pays où les idées ne
nourrissent pas les ac ons est un pays qui s’éteint. La jeunesse,
notamment, doit comprendre que la lecture et la réflexion ne sont
pas des fuites, mais des moyens de mieux s’engager pour changer le
réel.
En défini ve, Malraux nous enseigne que l’intellectuel n’est
pas celui qui accumule des savoirs, mais celui qui se met au service
d’une idée juste. Une idée, si modeste soit-elle, peut transformer une
vie, un peuple, voire le monde, si elle est vécue avec convic on. Les
livres sont nécessaires, certes, mais ils ne valent que s’ils éveillent la
conscience. L’intellectuel authen que est donc celui qui fait de sa
pensée un combat et de sa vie un témoignage. Car, comme le disait
Victor Hugo : « Une idée dont l’heure est venue est plus forte que
toutes les armées du monde. »
Sujet 30

« Le principal acteur des changements espérés pour


l’épanouissement de la femme, c’est la femme elle-même. »
Partagez-vous ce point de vue ?

Il est indéniable que la ques on de l’épanouissement de


la femme demeure l’un des enjeux majeurs de nos sociétés
modernes. Pendant longtemps, la femme a été perçue comme un
être faible, dépendant, des né à rester dans l’ombre de l’homme.
Mais depuis plusieurs décennies, elle se bat pour sa dignité, son
autonomie et sa reconnaissance. L’affirma on selon laquelle « le
principal acteur des changements espérés pour l’épanouissement de
la femme, c’est la femme elle-même » invite à une réflexion profonde
: la libéra on de la femme ne saurait venir uniquement de l’extérieur,
mais surtout d’une prise de conscience individuelle et collec ve des
femmes elles-mêmes. En d’autres termes, la femme doit être
l’ar sane de son propre des n. En effet, personne ne peut mieux
comprendre les difficultés, les injus ces et les aspira ons des femmes
qu’elles-mêmes. Seules elles peuvent véritablement mesurer le poids
des tradi ons, des préjugés et des discrimina ons qui les freinent.
Ainsi, leur émancipa on commence par une volonté intérieure : celle
de refuser la résigna on et d’oser le changement. Comme le disait
Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe, « on ne naît pas femme,
on le devient ». Ce e phrase célèbre souligne que la femme doit se
construire elle-même, conquérir sa liberté par l’éduca on, le travail et
la confiance en soi. Tant qu’elle a endra que les autres agissent à sa
place, elle restera prisonnière des systèmes qui la dominent.
Dans de nombreux domaines, les exemples de femmes qui ont su
changer leur des n sont éloquents. En Afrique, des figures comme
Yennenga, Funmilayo Ransome-Ku , ou encore Ellen Johnson Sirleaf
ont prouvé que la femme peut être une force de transforma on
poli que et sociale. En refusant le rôle secondaire qu’on leur
assignait, elles ont ouvert la voie à toute une généra on. De même,
dans la vie quo dienne, des millions de femmes anonymes,
commerçantes, enseignantes, agricultrices ou mères de famille,
par cipent à bâ r l’avenir de leurs communautés. Elles prouvent que
l’émancipa on n’est pas qu’un mot, mais une réalité qui se construit
par la persévérance et le courage.
Cependant, si la femme doit être l’actrice principale de son
épanouissement, il serait injuste de nier que ce combat nécessite
aussi la par cipa on des hommes et des ins tu ons. Les obstacles à
la liberté féminine sont souvent le résultat d’un système patriarcal
profondément enraciné dans la culture et la tradi on. L’éduca on des
filles, par exemple, ne dépend pas uniquement d’elles, mais aussi des
poli ques publiques et de la mentalité des familles. L’homme doit
donc être un partenaire du changement, non un adversaire. Comme
le soulignait Thomas Sankara, « la libéra on de la femme va de pair
avec celle de l’homme ». En d’autres termes, l’épanouissement
féminin doit s’inscrire dans un mouvement collec f de jus ce et
d’égalité.
Il faut aussi rappeler que certaines femmes par cipent malgré elles à
leur propre marginalisa on, en entretenant les stéréotypes qui les
enferment. Lorsqu’une femme pense qu’elle ne peut réussir sans un
homme, qu’elle doit supporter en silence l’injus ce ou qu’elle doit
renoncer à ses ambi ons pour plaire, elle perpétue l’inégalité. C’est
pourquoi l’éduca on joue un rôle central. Une femme instruite
devient consciente de sa valeur et capable de défendre ses droits.
L’école, la lecture, la forma on professionnelle et la solidarité entre
femmes sont les véritables leviers de l’émancipa on.
Aujourd’hui, le monde offre à la femme des opportunités inédites :
accès aux études, à la poli que, aux affaires, à la technologie. Mais
ces opportunités ne servent à rien si elle-même ne s’en empare pas.
L’avenir appar ent à celles qui osent. Comme le disait Michelle
Obama : « Il n’y a aucune limite à ce que nous, les femmes, pouvons
accomplir. » Le progrès ne tombera pas du ciel : il se conquiert par la
volonté, la discipline et la solidarité féminine.
En défini ve, l’épanouissement de la femme ne peut être une
faveur octroyée, mais un combat mené avec convic on. Les lois, les
discours ou les aides extérieures peuvent faciliter le chemin, mais la
clé du changement demeure entre les mains des femmes elles-
mêmes. C’est à elles de se lever, de s’instruire, de se ba re, de
s’imposer et de montrer qu’elles sont capables de transformer la
société. Car, comme l’affirmait si justement Nelson Mandela, « nul ne
peut libérer autrui, chacun doit se libérer lui-même. »

Sujet 31
« On ne peut pas con nuer à demander à la jeunesse de
retrouver le moral et l’envie de gagner et un a achement aux valeurs
tradi onnelles sans lui indiquer quelques hommes qui puissent servir
de référence sur le long terme. » — Jean-Bap ste Placca
Expliquez et commentez ce e asser on.

La jeunesse est souvent considérée comme l’avenir de toute


na on. On lui demande de rêver, de se ba re, de croire en la réussite,
de défendre les valeurs morales et culturelles de son peuple. Mais
comment le pourrait-elle si elle ne trouve autour d’elle ni repères
solides, ni modèles crédibles ? Jean-Bap ste Placca, dans ce e
réflexion lucide, souligne l’une des grandes contradic ons de nos
sociétés contemporaines : on exige beaucoup de la jeunesse, mais on
lui offre peu d’exemples dignes d’inspira on. Or, pour que la jeunesse
ait foi en l’avenir, elle doit pouvoir s’iden fier à des hommes et des
femmes intègres, cohérents et porteurs d’espérance.
Les jeunes d’aujourd’hui vivent dans un monde où les repères
s’effondrent. Jadis, les sociétés tradi onnelles africaines reposaient
sur des figures d’autorité morale : les anciens, les chefs, les sages
incarnaient la droiture, le respect de la parole donnée, l’amour du
travail bien fait. Ces modèles guidaient les comportements et
inspiraient la jeunesse. Mais aujourd’hui, ces symboles semblent
s’effacer sous le poids de la corrup on, de l’égoïsme et du
matérialisme. Les dirigeants poli ques, les célébrités, parfois même
les enseignants ou les responsables religieux, ne sont plus toujours
perçus comme des exemples. La jeunesse, livrée à elle-même, ne sait
plus à qui ressembler. Comme le disait le philosophe Friedrich
Nietzsche : « Quand on renverse les idoles, il faut leur subs tuer de
nouveaux dieux. » Sans modèle, la jeunesse erre dans le vide.
Pourtant, on con nue à lui demander de faire preuve de civisme, de
courage et d’a achement aux valeurs morales. Mais ces valeurs ne
s’enseignent pas seulement par des discours ; elles se transme ent
surtout par l’exemple. Un jeune ne croira à la valeur du travail que s’il
voit des dirigeants honnêtes réussir sans tricher ; il ne respectera pas
la loi si ceux qui la font la bafouent ; il ne croira pas à la solidarité si
tout autour de lui triomphent l’individualisme et la trahison. Comme
le disait Confucius : « L’exemple n’est pas le meilleur moyen
d’enseigner, c’est le seul. » C’est donc à travers des figures d’intégrité
et de cohérence que la jeunesse peut retrouver confiance et sens.
Dans nos sociétés africaines, certains hommes et femmes ont su
jouer ce rôle de boussole morale. Des figures comme Thomas
Sankara, Nelson Mandela, Kwamé Nkrumah ou Wangari Maathai ont
marqué des généra ons en ères par leur courage, leur humilité et
leur engagement pour le bien commun. Leur vie est une leçon : ils ont
montré qu’il est possible de rester intègre dans un monde de
compromission, de rêver sans se vendre, d’aimer son peuple sans
chercher la gloire personnelle. C’est ce type d’exemples que Placca
appelle de ses vœux : des hommes et des femmes de convic on
capables d’incarner, sur le long terme, les valeurs que la jeunesse doit
adopter.
Mais si ces modèles se font rares aujourd’hui, c’est aussi parce que
notre société valorise davantage le paraître que l’être. Les réseaux
sociaux, les médias et la culture de la consomma on créent de faux
héros : chanteurs provocateurs, influenceurs superficiels, hommes
d’affaires douteux. Ces figures éphémères séduisent les jeunes par le
luxe ou la réussite facile, mais elles ne leur offrent aucune direc on
morale. L’exemple véritable n’est pas celui qui brille, mais celui qui
construit. Il ne s’agit donc pas seulement de « montrer des modèles
», mais de revaloriser la vertu, la rigueur et l’honnêteté dans la
sphère publique.
Cependant, il serait injuste de dire que la jeunesse est uniquement
vic me du manque de modèles. Elle doit aussi apprendre à chercher
ses propres références, à construire sa propre éthique. Le monde
change, et avec lui, les sources d’inspira on se diversifient :
enseignants dévoués, bénévoles, chercheurs, ar stes engagés,
entrepreneurs sociaux — tous peuvent incarner des figures de
réussite authen que. L’important est de comprendre que les
véritables modèles ne se trouvent pas toujours à la télévision ou dans
les discours poli ques, mais souvent dans la simplicité du quo dien.
Ainsi, Jean-Bap ste Placca nous rappelle une vérité essen elle : on ne
peut pas exiger de la jeunesse qu’elle soit vertueuse si la société elle-
même ne lui offre pas d’exemples à suivre. L’éduca on morale
commence par l’observa on. Si les adultes trahissent les valeurs qu’ils
prétendent défendre, les jeunes n’auront plus foi ni en eux ni en
l’avenir. Redonner confiance à la jeunesse, c’est lui redonner des
raisons d’espérer, des exemples à admirer, des repères à imiter.
En défini ve, ce e asser on de Placca sonne comme un
appel à la responsabilité collec ve. La jeunesse a besoin de repères
pour avancer, et ces repères ne peuvent venir que d’hommes et de
femmes exemplaires dans leur conduite et dans leurs choix. Sans
modèles, la société perd son âme, car, comme le disait si bien Victor
Hugo : « Ouvrir une école, c’est fermer une prison. » Former la
jeunesse, c’est donc lui offrir non seulement des connaissances, mais
surtout des références morales durables, capables de guider ses pas
vers un avenir meilleur.

Sujet 32
En faisant allusion à l’émigra on de la jeunesse africaine vers
l’Europe, Albert Ouédraogo, professeur à l’Université de
Ouagadougou, affirme dans une interview : « C’est la nouvelle traite
négrière, on n’a pas besoin d’aller chercher les jeunes, ils viennent
d’eux-mêmes. »
Commentez ce e réflexion à l’aide d’exemples précis.

Le phénomène de l’émigra on africaine vers l’Europe


est devenu l’un des drames les plus bouleversants de notre époque.
Chaque année, des milliers de jeunes qui ent leur pays, parfois au
péril de leur vie, dans l’espoir d’un avenir meilleur de l’autre côté de
la Méditerranée. En comparant ce e fuite à une « nouvelle traite
négrière », Albert Ouédraogo met en lumière une réalité douloureuse
: les Africains, hier vic mes d’une exploita on forcée, se livrent
aujourd’hui d’eux-mêmes à un exil souvent destructeur. Ce parallèle,
aussi fort que tragique, nous oblige à réfléchir sur les causes, les
conséquences et le sens de ce e migra on volontaire, qui semble
répéter sous une autre forme les blessures du passé.
Autrefois, la traite négrière fut une entreprise de violence et de
déshumanisa on. Des millions d’Africains furent arrachés à leur terre
pour être vendus comme esclaves dans les colonies. Aujourd’hui, ce
ne sont plus des chaînes de fer qui re ennent les jeunes Africains,
mais des chaînes invisibles : la pauvreté, le chômage, la corrup on, la
perte d’espoir. Là où les négriers forçaient les cap fs à monter sur les
bateaux, les jeunes d’aujourd’hui s’y je ent volontairement, fuyant la
misère et l’injus ce. Ce drame moderne se déroule sous nos yeux, sur
les plages de Libye, dans les eaux de la Méditerranée, sur les routes
du désert. Des milliers meurent chaque année, poursuivant un rêve
qui devient souvent cauchemar.
Ce e émigra on massive traduit avant tout un profond désespoir.
Dans beaucoup de pays africains, les jeunes se heurtent à une réalité
accablante : manque d’emplois, diplômes inu les, injus ce sociale,
absence de perspec ves. On leur parle de développement, de
démocra e, d’avenir, mais ils ne voient que la misère et la corrup on.
Alors, ils préfèrent tenter leur chance ailleurs, même au prix de leur
vie. Ce e a tude rejoint le constat amer du poète sénégalais Birago
Diop : « Ceux qui sont morts ne sont jamais par s. » Les blessures du
passé colonial et les inégalités économiques con nuent de hanter les
généra ons présentes. L’Afrique, riche de ressources, voit pourtant sa
jeunesse fuir comme si elle n’avait plus de place sur sa propre terre.
Mais Albert Ouédraogo va plus loin : il parle d’une « nouvelle traite ».
En effet, ce e migra on profite à d’autres forces économiques et
poli ques. Les pays européens, vieillissants, accueillent une main-
d’œuvre jeune et bon marché qui contribue à leur développement,
pendant que l’Afrique se vide de ses cerveaux et de ses bras. C’est un
échange inégal, une dépendance sub le qui perpétue l’exploita on
sous une forme moderne. Des médecins, des ingénieurs, des
chercheurs africains qui ent leurs pays pour travailler ailleurs, privant
ainsi leur con nent d’un capital humain essen el. Ce e fuite des
compétences affaiblit nos systèmes de santé, d’éduca on et
d’innova on. C’est bien là une « traite » moderne, non plus imposée,
mais intériorisée.
Cependant, il serait injuste de blâmer les jeunes seuls. Ce sont les
condi ons sociales et poli ques qui les poussent à par r. Quand un
pays n’offre ni espoir ni jus ce, l’exil devient une solu on naturelle.
Les dirigeants africains ont une grande part de responsabilité dans
ce e situa on. Au lieu de créer les condi ons d’un développement
durable, beaucoup entre ennent des systèmes de privilèges et de
corrup on. Tant que la jeunesse n’aura pas le sen ment que ses
efforts peuvent être récompensés chez elle, elle con nuera à fuir.
Comme le disait Thomas Sankara : « L’esclave qui n’assume pas sa
révolte ne mérite pas qu’on le plaigne. » L’Afrique doit donc se
révolter, non pas par les armes, mais par la reconstruc on de ses
valeurs et la valorisa on de sa jeunesse.
Pourtant, tout n’est pas perdu. De nombreux jeunes choisissent
aujourd’hui de rester et de bâ r leur avenir sur le con nent. Des
entrepreneurs innovants au Nigeria, au Rwanda ou au Burkina Faso
créent des start-ups, développent l’agriculture, inves ssent dans les
énergies renouvelables. Ces ini a ves montrent qu’il est possible de
réussir sans fuir. La diaspora, elle aussi, peut jouer un rôle posi f en
soutenant le développement local, à condi on que les
gouvernements favorisent la transparence et la stabilité.
En défini ve, la réflexion d’Albert Ouédraogo est une
mise en garde lucide : l’Afrique ne peut se perme re une nouvelle
saignée de sa jeunesse. Tant que les condi ons de vie resteront
précaires, les jeunes con nueront à par r, reproduisant
symboliquement la douleur de la traite d’hier. Il revient donc aux
dirigeants, aux éducateurs et à la société tout en ère de redonner
confiance à la jeunesse africaine, de lui offrir des raisons de rester,
d’aimer et de construire sa patrie. Car, comme le disait Léopold Sédar
Senghor, « la jeunesse, c’est le ferment du monde à venir. » Si ce
ferment s’en va, c’est toute la vie du con nent qui s’éteint.

Sujet 33
« La pauvreté permanente a fait naître dans nos centres urbains de
nouvelles catégories de professionnels : nos mendiants ne sont pas
seulement des exclus économiques, mais aussi des exclus sociaux. »
Commentez ce e observa on.
Le spectacle de la mendicité est devenu un trait familier de
nos grandes villes africaines. À chaque carrefour, devant les marchés,
les mosquées ou les restaurants, des hommes, des femmes et même
des enfants tendent la main pour survivre. Ce e image, devenue
presque banale, cache pourtant une profonde détresse humaine et
sociale. En affirmant que « nos mendiants ne sont pas seulement des
exclus économiques, mais aussi des exclus sociaux », l’auteur met en
lumière une double marginalisa on : celle du manque matériel, mais
aussi celle du rejet, de l’indifférence et de la perte de dignité. Ce e
réflexion traduit une réalité drama que : la pauvreté urbaine ne se
limite pas au manque d’argent, elle engendre une véritable exclusion
de la vie collec ve.
La pauvreté permanente, c’est celle qui ne laisse plus d’espoir, celle
qui se transmet presque comme une maladie sociale. Dans nos villes,
beaucoup de personnes vivent dans une précarité extrême, sans
emploi stable, sans logement décent, sans accès à la santé ou à
l’éduca on. Le manque de travail pousse certains à la mendicité
comme dernier recours. Mais si le mendiant est d’abord un exclu
économique, il devient aussi un exclu social parce qu’il perd sa place
dans la société, il cesse d’être considéré comme un citoyen à part
en ère. Comme le disait Victor Hugo dans Les Misérables, « il vient
une heure où la misère devient une espèce de crime. » La société, au
lieu d’aider, finit par accuser le pauvre de sa propre condi on.
Nos centres urbains, censés être des lieux de progrès, sont devenus
paradoxalement des espaces de fracture. Les inégalités y sont
flagrantes : d’un côté, des immeubles modernes, des voitures
luxueuses et des centres commerciaux brillants ; de l’autre, des
quar ers insalubres, des tro oirs envahis par les sans-abri et des
enfants qui dorment sous les lampadaires. Ce e cohabita on brutale
révèle une société qui a perdu le sens du partage. Le mendiant n’est
pas seulement pauvre, il est invisible. On le regarde sans le voir.
L’indifférence devient une barrière plus cruelle encore que la faim.
Dans certaines villes, la mendicité a même pris la forme d’un mé er.
Des groupes organisés exploitent la misère des autres, transformant
la souffrance en commerce. Ce e « professionnalisa on » de la
mendicité témoigne d’une démission collec ve : l’État ne joue plus
son rôle de protec on sociale, les ins tu ons religieuses et carita ves
sont débordées, et la solidarité communautaire d’autrefois s’effrite.
L’esprit d’entraide, si cher à nos tradi ons africaines, laisse place à
l’individualisme. Comme le disait Amadou Hampâté Bâ : « Quand on
ne sait plus partager, on perd son humanité. »
Être un exclu social, ce n’est pas seulement manquer d’argent, c’est
aussi être rejeté, méprisé, oublié. Beaucoup de mendiants vivent une
solitude terrible. Ils n’ont plus de rela ons, plus de respect, plus de
regard bienveillant. Les enfants qui grandissent dans ce e marginalité
héritent à leur tour d’un sen ment d’exclusion. Ils deviennent des
vic mes d’un système qui ne leur a jamais donné leur chance. Et
pourtant, derrière chaque mendiant se cache souvent une histoire :
un ancien travailleur tombé malade,
une femme abandonnée, un jeune diplômé sans emploi. Ces êtres
que la société repousse sont des miroirs dans lesquels elle devrait se
regarder.
Mais il ne suffit pas de constater ce e réalité, il faut y répondre avec
courage et humanité. La lu e contre la mendicité ne peut se réduire à
chasser les mendiants des rues ou à leur distribuer de l’aumône. Elle
exige une véritable poli que de réinser on : offrir du travail, faciliter
l’accès à l’éduca on, à la santé, au logement. Certains pays africains
ont déjà ini é des programmes de forma on et de microcrédit pour
perme re aux plus démunis de se relever. Ces ini a ves montrent
qu’on peut redonner à ces exclus leur dignité, à condi on d’y croire
réellement.
Enfin, chaque citoyen a une responsabilité morale dans
ce e situa on. La pauvreté n’est pas une fatalité, mais une ques on
de jus ce. Comme le disait l’abbé Pierre : « Ce n’est pas la misère qui
tue, c’est l’indifférence des hommes. » Si chacun retrouve le sens du
partage et de la compassion, si la société replace la solidarité au cœur
de ses valeurs, alors nos villes pourront redevenir des espaces
d’humanité.
En défini ve, la pauvreté urbaine ne se limite pas à la
faim ou au dénuement matériel. Elle est aussi une exclusion du
regard, du respect et de la dignité. Nos mendiants, loin d’être des
marginaux volontaires, sont les vic mes d’un système injuste qui les
abandonne à leur sort. Reconnaître leur humanité, c’est reconnaître
notre propre responsabilité. Une société qui ferme les yeux sur ses
pauvres est une société qui se condamne elle-même. Car, comme le
disait Nelson Mandela, « tant que la pauvreté, l’injus ce et les
inégalités persistent, nul ne peut prétendre être libre. »

Sujet 34

« La presse doit avoir la liberté de dire tout afin que certaines


personnes n’aient plus la liberté de faire tout. »
En vous appuyant sur la presse au Burkina Faso, discutez ce point de
vue d’un ministre français.

La liberté de la presse est l’un des piliers essen els de


toute démocra e véritable. Là où elle s’éteint, c’est souvent la vérité
qui s’étouffe et la jus ce qui chancelle. En affirmant que « la presse
doit avoir la liberté de dire tout afin que certaines personnes n’aient
plus la liberté de faire tout », le ministre français souligne la fonc on
de contre-pouvoir que la presse doit jouer face aux dérives des
gouvernants, aux abus d’autorité et aux injus ces sociales. Ce e
phrase traduit une idée simple mais puissante : informer, c’est
protéger la société. Et dans un pays comme le Burkina Faso, où les
défis démocra ques sont encore nombreux, la liberté de la presse
représente non seulement un droit, mais un devoir moral envers le
peuple.
La presse, qu’elle soit écrite, audiovisuelle ou numérique, n’est
pas un simple relais d’informa ons. Elle est la voix du citoyen, le
miroir de la société et souvent le seul moyen d’exposer ce que
certains voudraient cacher. Dans un État où la presse est libre, les
dirigeants savent qu’ils sont observés, que leurs décisions seront
analysées et cri quées s’il le faut. Ce e vigilance empêche bien des
dérives. Au Burkina Faso, des journaux comme L’Observateur Paalga,
Sidwaya ou Le Pays ont souvent joué ce rôle de veille démocra que
en dénonçant la corrup on, les détournements de fonds publics ou
les abus de pouvoir. Grâce à leurs enquêtes, certaines vérités ont
éclaté au grand jour, prouvant que la presse libre peut réellement
contribuer à la transparence et à la bonne gouvernance.
Cependant, ce e liberté n’a pas toujours été acquise ni respectée.
Sous certains régimes passés, les journalistes burkinabè ont payé le
prix fort pour leur courage. L’assassinat du journaliste Norbert Zongo,
en décembre 1998, reste l’un des épisodes les plus sombres de
l’histoire de la presse burkinabè. Il avait osé enquêter sur des affaires
sensibles et dénoncer les injus ces du pouvoir. Son nom est devenu
un symbole de résistance et de liberté. Cet événement drama que a
réveillé les consciences et poussé la société civile à exiger plus de
jus ce et de transparence. La presse, à travers ce sacrifice, a rappelé
à tous que la vérité a un prix, mais que le silence a un coût encore
plus lourd : celui de l’oppression.
Dans les années récentes, la liberté de la presse au Burkina
Faso a connu des avancées notables. La transi on poli que et la
montée des médias privés ont favorisé une plus grande diversité
d’opinions. Des radios communautaires informent désormais jusque
dans les villages les plus reculés, donnant la parole à ceux qui,
autrefois, n’en avaient pas. Les plateformes en ligne, comme
[Link] ou Fasozine, perme ent une diffusion rapide de
l’informa on et un débat public plus large. Ce pluralisme média que
cons tue une véritable force démocra que. Quand les journalistes
peuvent « dire tout », les dirigeants sont contraints à plus de
prudence, les décisions publiques deviennent plus transparentes et
les citoyens plus exigeants envers leurs représentants.
Mais il faut aussi reconnaître que la liberté de la presse n’est pas
absolue. Elle doit s’accompagner de responsabilité. Dire tout ne
signifie pas dire n’importe quoi. Les fausses informa ons, les
accusa ons sans preuves ou les propos diffamatoires peuvent nuire à
des innocents et fragiliser la crédibilité du mé er. La presse burkinabè
doit donc con nuer à conjuguer courage et rigueur, liberté et
éthique. Comme le disait Albert Londres, célèbre journaliste français :
« Notre rôle n’est pas de faire plaisir, mais de porter la plume dans la
plaie. » Porter la plume dans la plaie, oui, mais avec discernement et
vérité.
En défini ve, ce e cita on souligne une vérité universelle
: la liberté de la presse n’est pas un privilège, c’est une nécessité pour
préserver la liberté des autres. Une société sans presse libre est une
société sans garde-fou, livrée aux excès de ceux qui dé ennent le
pouvoir. Au Burkina Faso, comme ailleurs, la presse doit con nuer à
être ce e lumière qui éclaire les zones d’ombre, ce e conscience qui
rappelle que gouverner, c’est rendre compte. Tant qu’elle pourra
parler sans crainte, les citoyens pourront espérer vivre dans un État
juste. Car, comme l’a si bien dit Thomas Sankara, « un peuple
conscient et informé est un peuple libre. »

Sujet 35

« Le pouvoir, écrivait Aminata Maïga Ka, grise les grands hommes.


Peu savent se re rer en beauté. On n’en a jamais assez d’honneur ;
plus on en a, plus on en veut. »
Commentez ce e asser on en étayant votre argumenta on par des
exemples rés de vos lectures et de votre observa on de la vie
poli que des na ons africaines.

Le pouvoir, dès qu’il s’installe dans les mains d’un


homme, devient souvent une passion dévorante. Il séduit, il fla e, il
enivre. Aminata Maïga Ka, dans sa réflexion pleine de lucidité, met en
lumière ce e tenta on presque irrésis ble du pouvoir qui, loin de
grandir l’homme, finit souvent par le dominer. En effet, rares sont
ceux qui, arrivés au sommet, savent s’en détacher dignement.
L’histoire poli que de l’Afrique, tout comme celle du monde, en
regorge d’exemples frappants.
Le pouvoir grise parce qu’il donne le sen ment d’être au-
dessus des autres, de dominer le des n des hommes et de disposer
de ressources immenses. Celui qui gouverne n’est plus un simple
citoyen ; il est entouré d’honneurs, de privilèges et d’admira on. Ce
pres ge peut rapidement tourner à l’ivresse. L’homme d’État, au lieu
de servir son peuple, finit par se servir lui-même, oubliant que tout
mandat a une fin. C’est ce que dénonçait Montesquieu lorsqu’il
écrivait : « Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. » Le
pouvoir, mal maîtrisé, devient une addic on. Dans la vie poli que
africaine, nombreux sont les dirigeants qui ont succombé à ce e
ivresse. On peut citer Mobutu Sese Seko au Zaïre, qui, après plusieurs
décennies de règne, s’est accroché désespérément au pouvoir malgré
la misère de son peuple. Il croyait incarner à lui seul la na on. De
même, en Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny, père fondateur de la
République, a conservé le pouvoir jusqu’à sa mort, incapable de
préparer sa succession. En Guinée, Sékou Touré s’est érigé en guide
suprême, convaincu que sa na on ne pouvait survivre sans lui. Ces
hommes, au départ admirés, ont vu leur image ternie par le refus de
céder la place. Aminata Maïga Ka avait raison : « Peu savent se re rer
en beauté. »
À l’inverse, certains ont su prouver que la grandeur réside parfois
dans le renoncement. Nelson Mandela, après un seul mandat en
Afrique du Sud, a volontairement qui é le pouvoir, préférant laisser la
place à une nouvelle généra on. Ce geste rare a fait de lui une icône
morale mondiale. Il a compris que l’honneur véritable ne réside pas
dans la durée au sommet, mais dans la manière dont on qui e la
scène. Mandela a prouvé qu’un grand homme se mesure à sa
capacité à maîtriser sa propre ambi on.
Mais pourquoi le pouvoir séduit-il à ce point ? Peut-être parce qu’il
offre une illusion d’éternité. Dans des sociétés où le pres ge est
confondu avec la domina on, perdre le pouvoir, c’est perdre son
iden té, son influence, parfois même sa sécurité. Alors, on s’y
accroche, on manipule les cons tu ons, on achète les consciences,
on muselle la presse, tout cela pour durer. Le cas récent du Burkina
Faso, avec ses transi ons successives, montre combien la soif du
pouvoir con nue de fragiliser la stabilité des na ons africaines.
Thomas Sankara, lui, avait une vision différente : il voyait le pouvoir
comme un service, non comme une propriété. Il disait : « Celui qui
vous nourrit vous commande. » Pour lui, diriger, c’était libérer le
peuple, non se servir de lui.
Aminata Maïga Ka évoque aussi la ques on de l’honneur : « Plus on
en a, plus on en veut. » En poli que, la reconnaissance publique agit
comme un narco que. L’égo des dirigeants s’en nourrit, et l’envie
d’être célébré à nouveau pousse à s’accrocher encore plus. Ce besoin
de gloire perpétuelle explique en par e les dérives autoritaires
observées dans plusieurs États. Le pouvoir devient alors non plus un
instrument de progrès, mais une fin en soi. Pourtant, il est possible
d’exercer le pouvoir avec sagesse et humilité. L’exemple du président
ghanéen Jerry Rawlings, qui après avoir gouverné longtemps, a
organisé une alternance pacifique, montre que la lucidité poli que
existe aussi en Afrique. De tels gestes redonnent espoir et crédibilité
à la démocra e. Car un dirigeant qui sait par r laisse un héritage plus
fort qu’un dirigeant qui s’accroche.
En défini ve, Aminata Maïga Ka nous met en garde contre les
pièges du pouvoir. Son aver ssement n’est pas une condamna on
des hommes poli ques, mais une invita on à la lucidité. Le vrai
courage, ce n’est pas de conquérir le pouvoir, mais de savoir le qui er
avec dignité. Dans un con nent encore marqué par les crises
poli ques et les transi ons chao ques, ce e leçon garde toute son
actualité. Comme le disait si justement le penseur ivoirien Jean-Marie
Adiaffi : « Le pouvoir, c’est comme le feu : il éclaire quand on le
maîtrise, mais il brûle quand on le garde trop longtemps. »

Sujet 36
« Dans la plupart des pays en voie de développement, la démocra e
risque d’être une mys fica on, voire une farce, les masses ne votant
que selon les vœux d’une minorité de chefs tradi onnels ou
d’agitateurs de nouveau style. »
Partagez-vous ce e opinion de Nguyen Van Chien sur la démocra e ?

La démocra e, souvent présentée comme le régime de la


liberté et de la souveraineté populaire, est devenue une sorte d’idéal
universel. Pourtant, comme le souligne Nguyen Van Chien, elle
semble, dans bien des pays en voie de développement, n’être qu’une
façade, un mot creux que l’on brandit pour plaire aux puissances
étrangères ou pour donner au peuple l’illusion du choix. Là où elle
devrait signifier par cipa on et responsabilité, elle se transforme
souvent en un théâtre d’apparences où tout est joué d’avance. Ce e
affirma on, loin d’être excessive, met en lumière une réalité
dérangeante : dans beaucoup de jeunes démocra es, le pouvoir du
peuple n’est encore qu’un mythe. En effet, dans la plupart des pays
africains, le vote du citoyen reste largement influencé, sinon dicté,
par des forces extérieures à sa propre conscience poli que. Le poids
des chefs tradi onnels, des notables et des leaders religieux demeure
déterminant. Dans les zones rurales notamment, l’électeur ne vote
pas pour un programme, mais par loyauté à son chef coutumier. Ce
dernier, souvent en lien avec les par s poli ques dominants, oriente
les choix de sa communauté. Ainsi, le suffrage, censé être libre et
individuel, devient collec f et contraint. Ce phénomène transforme la
démocra e en une parodie, une mise en scène où la voix du peuple
n’est qu’un écho lointain de celle des puissants.
À ce e influence tradi onnelle s’ajoute celle, plus moderne, des
“agitateurs de nouveau style” dont parle l’auteur. Ce sont ces
poli ciens, souvent habiles orateurs, qui manipulent les foules à
coups de promesses mensongères, de discours populistes et d’aides
ponctuelles. En période électorale, les marchés s’animent de
cadeaux, de tee-shirts, de sacs de riz ou de billets distribués pour
“acheter” la conscience des électeurs. Dans un contexte de pauvreté
généralisée, ces pra ques perver ssent l’esprit même de la
démocra e. On ne choisit plus un projet de société, mais un
bienfaiteur de circonstance. Le bulle n de vote devient alors un
simple ou l d’échange, non d’expression.
L’expérience poli que de plusieurs pays africains en témoigne. Au
Burkina Faso, comme dans bien d’autres na ons, certaines élec ons
locales ont été marquées par des fraudes, des pressions et des
manipula ons de l’opinion. Le mul par sme, censé renforcer la
démocra e, a parfois abou à une fragmenta on poli que où
l’intérêt personnel prime sur l’intérêt na onal. En Côte d’Ivoire, au
Congo, au Niger ou encore en Guinée, la démocra e a souvent été
u lisée comme un moyen de légi mer des régimes autoritaires. On
parle de “démocra e de façade”, où les élec ons existent, mais où les
résultats sont prévisibles et les ins tu ons contrôlées.
Pourtant, tout n’est pas sombre. Dans plusieurs pays, la conscience
citoyenne progresse. Les jeunes généra ons, plus instruites et plus
connectées, commencent à reme re en cause les anciennes
pra ques. Les réseaux sociaux, les médias indépendants et la société
civile jouent un rôle croissant dans la surveillance du processus
électoral. Au Sénégal, par exemple, les mouvements de jeunesse
comme Y’en a marre ont montré qu’une popula on éveillée peut
influencer le cours poli que de son pays et exiger la transparence. De
même, au Burkina Faso, l’insurrec on populaire de 2014 qui a
conduit à la chute du régime de Blaise Compaoré illustre ce e soif de
démocra e réelle, où le peuple reprend enfin la parole.
Il serait donc réducteur de dire que la démocra e est une farce
partout dans les pays en développement. Elle est certes fragile,
parfois trahie, mais elle n’est pas sans avenir. Le problème n’est pas la
démocra e en elle-même, mais la manière dont elle est pra quée.
Elle exige une éduca on civique solide, une jus ce indépendante et
une presse libre — des condi ons encore trop souvent absentes.
Comme le disait Abraham Lincoln, « la démocra e, c’est le
gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. » Mais
pour que ce e défini on ait un sens, il faut que le peuple sache ce
qu’il veut et ose le défendre.
En défini ve, Nguyen Van Chien a raison de dénoncer la
mys fica on démocra que dans certains États où le vote n’exprime
pas la volonté réelle du peuple. Toutefois, réduire la démocra e à une
farce serait ignorer les efforts, les lu es et les sacrifices de ceux qui,
en Afrique et ailleurs, se ba ent chaque jour pour la rendre véritable.
Le chemin vers une démocra e authen que est long, semé
d’obstacles, mais il reste le seul capable de garan r la dignité et la
liberté des citoyens. Comme l’écrivait Thomas Sankara : « La
démocra e ne se décrète pas, elle se construit. »

Sujet 37

« En ma ère de corrup on, il n’y a pas de spectateurs, il n’y a que


des témoins complices.
Expliquez et discutez ce e observa on.

La corrup on est l’un des fléaux les plus redoutables qui minent
nos sociétés modernes. Elle détruit les ins tu ons, gangrène la
morale collec ve et freine le développement économique. Ce e
phrase, à la fois sévère et lucide, rappelle une vérité souvent ignorée :
dans une société corrompue, personne n’est vraiment innocent.
Quand le mal devient quo dien et que le silence s’installe, la
complicité collec ve prend la place de la responsabilité morale. En
disant qu’« en ma ère de corrup on, il n’y a pas de spectateurs, il n’y
a que des témoins complices », l’auteur dénonce l’indifférence et la
résigna on de ceux qui voient la corrup on et se taisent, contribuant
ainsi à la renforcer.
La corrup on ne naît pas seulement dans les bureaux des
ministres ou dans les grandes administra ons ; elle commence dans
les gestes les plus simples du quo dien. Donner un pe t billet à un
agent de police pour éviter une amende, remercier un fonc onnaire
par un “cadeau” pour accélérer un dossier, voter pour un candidat
parce qu’il a distribué de l’argent ou des tee-shirts, ce sont là des
formes de complicité. Celui qui corrompt et celui qui accepte de l’être
se valent dans la faute, mais celui qui regarde et ne dit rien n’en est
pas moins coupable. Le philosophe allemand Edmund Burke disait
justement : « Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inac on des
gens de bien. » En se taisant devant la corrup on, on la nourrit.
Dans de nombreux pays africains, la corrup on est devenue si
banale qu’elle semble faire par e du système. On en parle comme
d’un mal inévitable, presque naturel. Pourtant, ses conséquences
sont drama ques : hôpitaux sans matériel, écoles délabrées, routes
inachevées, services publics inefficaces. L’argent détourné n’est pas
une abstrac on ; il représente des vies brisées, des espoirs trahis. Au
Burkina Faso comme ailleurs, des scandales financiers ont éclaté,
révélant l’ampleur du phénomène dans certaines ins tu ons. Mais
au-delà des auteurs directs, combien ont su dénoncer ces pra ques ?
Trop souvent, la peur, le fatalisme ou la recherche d’avantages
personnels font taire les consciences. Ainsi, la corrup on se perpétue,
protégée par le silence collec f.
Il faut pourtant reconnaître que dénoncer la corrup on n’est pas
chose facile. Dans certains contextes, celui qui parle s’expose à des
représailles, à la marginalisa on ou même à des menaces de mort.
Des journalistes et des lanceurs d’alerte ont parfois payé de leur vie
leur courage. On pense à Norbert Zongo, au Burkina Faso, dont les
enquêtes dérangeaient les puissants, ou à d’autres figures africaines
qui ont osé briser le silence. Ce danger réel explique en par e
pourquoi beaucoup préfèrent détourner le regard. Mais la peur ne
jus fie pas tout. Chaque citoyen, à son niveau, a un rôle à jouer pour
refuser la compromission et exiger la transparence.
La corrup on ne peut reculer que si la société toute en ère
la reje e avec fermeté. Les gouvernements doivent bien sûr me re
en place des ins tu ons indépendantes de contrôle, renforcer les lois
et punir sévèrement les coupables. Mais la véritable lu e commence
dans les consciences. Quand un peuple cesse de tolérer les passe-
droits, les trafics d’influence et les privilèges injustes, alors le pouvoir
n’a d’autre choix que de changer. C’est une ques on d’éduca on
civique et morale. Comme le disait Thomas Sankara : « La lu e contre
la corrup on doit commencer par soi-même. ». Ceux qui se disent
spectateurs sont en réalité des acteurs silencieux de la corrup on.
Leur iner e est une forme d’approba on. Être témoin sans agir, c’est
valider le système. C’est pourquoi l’auteur de la cita on a raison : en
ma ère de corrup on, l’innocence n’existe pas. Il n’y a pas de
neutralité possible entre la vérité et le mensonge, entre l’intégrité et
la tricherie.
En défini ve, ce e observa on est une interpella on morale :
chacun doit se regarder dans le miroir de sa propre conscience. La
corrup on n’est pas seulement l’affaire des gouvernants, elle est celle
de tous les citoyens. Tant que les peuples con nueront à détourner
les yeux ou à jus fier les pe ts arrangements, les grands
détournements persisteront. Refuser la corrup on, c’est refuser la
honte, c’est défendre la dignité collec ve. Comme le disait le
philosophe Jean-Paul Sartre, « Se taire, c’est déjà parler. » Et face à la
corrup on, se taire, c’est être complice.

Sujet 38
« L’intégra on des États est une étape incontournable au
développement du con nent » Déclarait le président de la
Commission de la CEDEAO lors d’une conférence à Abuja en
décembre 2014.
Montrez la force de ce point de vue. Selon vous, la mul plicité des
ensembles économiques en Afrique est-elle un atout ou un handicap
pour le développement du con nent ?

L’Afrique, riche de ses ressources et de sa diversité, reste


pourtant l’un des con nents les plus en retard sur le plan du
développement. Conscients de ce e réalité, les dirigeants africains
ont depuis longtemps compris qu’aucun pays, pris isolément, ne peut
affronter les défis économiques, poli ques et sociaux qui se dressent
devant lui. L’affirma on du président de la Commission de la CEDEAO
trouve donc tout son sens : l’intégra on des États n’est pas seulement
souhaitable, elle est nécessaire. Seule une Afrique unie, solidaire et
coordonnée pourra espérer sor r durablement du sous-
développement.

L’intégra on économique et poli que cons tue


d’abord une force dans la mesure où elle favorise la mise en commun
des ressources et des poten alités. Beaucoup de pays africains
disposent individuellement de richesses importantes — pétrole, or,
coton, cacao, uranium — mais ces ressources sont souvent exploitées
de manière désordonnée ou accaparées par des puissances
étrangères. Une poli que commune perme rait d’en rer un meilleur
profit et de renforcer le poids du con nent sur la scène
interna onale. L’exemple de la CEDEAO en Afrique de l’Ouest, avec
ses projets d’union douanière et monétaire, illustre ce e volonté
d’unir les forces pour bâ r un marché commun, faciliter la libre
circula on des personnes et s muler les échanges commerciaux.
De plus, l’intégra on régionale renforce la stabilité
poli que. En favorisant la coopéra on entre les États, elle réduit les
risques de conflits et encourage la résolu on pacifique des crises.
Lors des troubles poli ques au Mali, en Guinée ou au Niger, la
CEDEAO a joué un rôle d’arbitre et de médiateur, cherchant à éviter
des guerres civiles prolongées. Ce e solidarité régionale est un pas
important vers une paix durable, condi on essen elle du
développement. Comme le disait Kwame Nkrumah, père du
panafricanisme : « L’unité africaine n’est pas un luxe, c’est une
nécessité pour notre survie. »
L’intégra on favorise aussi l’essor des infrastructures et des grands
projets transfrontaliers. Le chemin de fer Dakar-Bamako, le corridor
Abidjan-Lagos, ou encore les projets énergé ques communs entre le
Ghana, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire témoignent de la
per nence d’une coopéra on régionale. Ces ini a ves perme ent de
réduire les coûts, d’a rer les inves sseurs et d’améliorer la
compé vité du con nent face à des blocs économiques puissants
comme l’Union européenne ou l’Asie du Sud-Est. L’Afrique, forte de
plus d’un milliard d’habitants, a tout à gagner à devenir un marché
intégré et cohérent. Cependant, la deuxième par e de la ques on
soulève une difficulté majeure : la mul plicité des ensembles
économiques en Afrique. On compte aujourd’hui plusieurs
organisa ons régionales qui se chevauchent — la CEDEAO, l’UEMOA,
la CEEAC, la SADC, la COMESA, la CEMAC, sans oublier l’Union
africaine elle-même. Ce e proliféra on crée souvent des
redondances et des contradic ons. Certains pays appar ennent à
deux ou trois organisa ons à la fois, ce qui complique la coordina on
des poli ques et dilue les efforts. Par exemple, un pays membre de la
CEDEAO et de l’UEMOA doit parfois appliquer des règles
commerciales différentes ou contribuer à plusieurs budgets à la fois.
Ce e superposi on nuit à l’efficacité de l’intégra on.
En outre, ces ensembles souffrent d’un manque de volonté
poli que réelle. Beaucoup de dirigeants africains ennent des
discours d’unité mais agissent selon des intérêts purement na onaux.
Les fron ères restent difficiles à franchir, les tarifs douaniers
demeurent élevés et les produits africains circulent plus difficilement
entre pays voisins qu’avec l’Europe ou la Chine. L’intégra on, pour
être effec ve, doit dépasser les mots et s’ancrer dans des poli ques
concrètes de coopéra on. Tant que la méfiance, la corrup on et les
rivalités régionales domineront, la construc on d’une Afrique unie
restera un rêve inachevé.
Malgré ces obstacles, il serait injuste de voir dans ce e mul plicité un
handicap absolu. Elle témoigne aussi d’une volonté d’expérimenta on
et de progrès. Chaque organisa on régionale a contribué, à sa
manière, à renforcer la solidarité économique et à promouvoir le
dialogue entre na ons. À long terme, ces structures peuvent
fusionner ou se coordonner pour bâ r un cadre con nental plus
cohérent, comme le prévoit la Zone de libre-échange con nentale
africaine (ZLECAf) mise en place récemment. Ce projet ambi eux, s’il
est mené à bien, pourrait transformer le con nent en un vaste espace
économique intégré, libérant son poten el et réduisant sa
dépendance extérieure.
En défini ve, l’intégra on des États africains est bien une
étape incontournable vers le développement. Elle permet de
mutualiser les forces, d’assurer la stabilité et de donner à l’Afrique la
place qu’elle mérite dans le concert des na ons. La mul plicité
actuelle des ensembles économiques est certes source de confusion,
mais elle peut devenir un tremplin vers une union plus solide, à
condi on que les États dépassent leurs égoïsmes et agissent dans
l’intérêt du con nent tout en er. Comme le disait le grand penseur
Cheikh Anta Diop : « L’unité africaine n’est pas une op on, c’est la
condi on même de notre renaissance. »
Sujet
L’interven on occidentale dans la résolu on des crises africaines est-
elle jus fiée ?

Depuis plusieurs décennies, le con nent africain est le théâtre


de nombreuses crises poli ques, économiques et sociales qui
menacent la stabilité de ses États. Devant ces situa ons souvent
drama ques, marquées par des guerres civiles, des coups d’État ou
encore des famines, les pays occidentaux interviennent
fréquemment, au nom de la paix, de la démocra e ou de la
protec on des popula ons. Mais derrière ces ac ons présentées
comme humanitaires, se cache parfois une autre réalité : celle des
intérêts économiques et géostratégiques. Dès lors, on peut se
demander si l’interven on occidentale dans la résolu on des crises
africaines est véritablement jus fiée ou si elle cons tue plutôt une
ingérence masquée sous des inten ons nobles. Il serait injuste de nier
que certaines interven ons occidentales ont permis d’éviter des
catastrophes humanitaires. Lors du génocide rwandais de 1994,
l’inac on de la communauté interna onale avait laissé place à un
million de morts ; ce e tragédie a convaincu beaucoup que
l’indifférence peut coûter plus cher que l’ingérence. Ainsi, en Sierra
Leone ou au Liberia, l’interven on de forces britanniques et
américaines a contribué à rétablir une paix rela ve après des années
de guerre civile. L’ONU, souvent soutenue logis quement par les pays
occidentaux, joue aussi un rôle essen el dans la reconstruc on et la
stabilisa on de pays sortant de crises. Dans ces cas précis, la présence
occidentale apparaît comme une réponse légi me à la souffrance
humaine, guidée par des valeurs de solidarité et de défense des droits
de l’homme.
Cependant, ces interven ons ne sont pas toujours
désintéressées. Derrière le discours de l’aide et de la démocra e, se
dissimulent souvent des mo va ons économiques et poli ques. La
Libye de Mouammar Kadhafi en est un exemple frappant : sous
prétexte de protéger la popula on, l’OTAN a renversé un régime qui,
bien que autoritaire, assurait une certaine stabilité. Résultat : un pays
plongé dans le chaos, livré aux milices et au terrorisme. En réalité,
ce e interven on visait surtout à préserver les intérêts énergé ques
de l’Occident dans une région stratégique. De même, en République
centrafricaine, au Mali ou au Niger, la présence militaire française a
souvent été perçue par les popula ons comme un moyen de
conserver une influence néocoloniale plutôt qu’une volonté sincère
d’aider les Africains à résoudre leurs propres problèmes. Comme le
disait Frantz Fanon, « le colonialisme ne se décolonise pas de lui-
même ; il change de masque ».
En outre, ces interven ons fragilisent parfois davantage les
États africains qu’elles ne les renforcent. En s’imposant comme
arbitres ou protecteurs, les puissances occidentales privent les
Africains de leur capacité à trouver des solu ons endogènes à leurs
crises. L’Union africaine et les organisa ons régionales comme la
CEDEAO ou la SADC peinent à s’imposer face à ces puissances
étrangères, pourtant c’est à elles qu’il revient de gérer les conflits du
con nent. Les interven ons étrangères entre ennent ainsi une forme
de dépendance poli que et militaire, contraire à l’esprit de
souveraineté et d’autonomie que les peuples africains revendiquent
depuis les indépendances. Certes, face à certaines urgences
humanitaires, refuser l’aide extérieure serait une faute morale. Mais
pour que ce e aide soit réellement jus fiée, elle doit respecter la
souveraineté des États africains et s’inscrire dans une logique de
partenariat équitable, non dans une domina on déguisée. Comme le
disait Thomas Sankara, « l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa
révolte ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort ». Autrement dit,
l’Afrique doit apprendre à résoudre ses crises par elle-même, sans
a endre le secours permanent de ceux qui, souvent, par cipent à la
créa on ou à l’aggrava on de ces mêmes crises.
En défini ve, l’interven on occidentale dans la résolu on
des crises africaines ne peut être jus fiée que lorsqu’elle répond à un
impéra f humanitaire sincère et qu’elle s’accompagne d’un respect
total de la souveraineté africaine. Mais lorsque ce e interven on
cache des ambi ons économiques ou poli ques, elle devient une
nouvelle forme de domina on, contraire à l’émancipa on du
con nent. Pour que l’Afrique avance, elle doit pouvoir compter
d’abord sur elle-même et sur la solidarité de ses propres ins tu ons.

Sujet
« Il n’est pas facile à un peuple de faire valoir sa culture tant que
poli quement et économiquement il n’est pas maître de lui et de ses
affaires », écrit Olympe Bhêly-Quenum dans son ouvrage **La
Naissance d’Abikou. Jus fiez ce e déclara on.

La culture est ce qui définit le mieux un peuple : elle exprime


son âme, sa vision du monde, ses croyances, ses coutumes, sa
manière d’être et de penser. Pourtant, ce e culture ne peut
véritablement s’épanouir que dans un climat de liberté et de maîtrise
de soi collec ve. Dans La Naissance d’Abikou, Olympe Bhêly-Quenum
met en lumière ce e vérité profonde : un peuple dominé, dépendant
économiquement ou poli quement, ne peut faire entendre sa voix ni
imposer la valeur de sa culture. La liberté poli que et économique
apparaît alors comme le fondement indispensable à toute affirma on
culturelle authen que.
L’histoire du con nent africain illustre parfaitement ce e
affirma on. Pendant la colonisa on, les puissances européennes ont
imposé leur langue, leur religion, leurs ins tu ons et leurs modes de
pensée, reléguant les cultures africaines au rang de tradi ons
arriérées. Le colonisé devait parler la langue du maître, penser selon
ses catégories et mépriser ses propres origines. Dans ces condi ons,
comment un peuple asservi aurait-il pu valoriser sa culture ? Comme
le disait Frantz Fanon, « le colonisé est un être à qui on a appris à
avoir honte de tout ce qui fait de lui un homme ». Ce n’est qu’après
l’indépendance poli que que les na ons africaines ont commencé à
redécouvrir la richesse de leurs langues, de leurs arts et de leurs
croyances, et à les présenter avec fierté au monde.
Mais la liberté poli que seule ne suffit pas. Un peuple qui dépend
économiquement d’un autre reste fragile, vulnérable et souvent
contraint de se soume re aux modèles culturels dominants.
Beaucoup d’États africains, après leurs indépendances, sont restés
dépendants des anciennes métropoles à travers l’aide interna onale,
les de es ou les mul na onales. Ce e dépendance a engendré une
nouvelle forme d’asservissement, plus sub le : la domina on
culturelle par l’économie. Les chaînes de télévision étrangères, les
produits importés, la mode, la musique, les films venus d’ailleurs
façonnent les mentalités et relèguent les expressions locales au
second plan. Tant que le peuple n’a pas la maîtrise de son économie,
il ne peut imposer sa culture dans un monde régi par la loi du
marché.
Pourtant, les exemples de résistance existent. Des na ons qui ont su
conquérir leur souveraineté poli que et économique ont réussi à
imposer leur culture. La Chine, par exemple, a su s’affirmer en
développant une économie puissante tout en préservant ses valeurs
et ses tradi ons. De même, le Japon a conquis le monde non
seulement par sa technologie, mais aussi par la diffusion de sa culture
populaire : mangas, gastronomie, arts mar aux. Ces peuples ont
compris que la culture n’a de force que lorsqu’elle s’appuie sur une
base économique solide et une indépendance poli que totale.
La déclara on d’Olympe Bhêly-Quenum trouve également un écho
par culier dans la situa on de l’Afrique contemporaine. Tant que nos
États restent sous la tutelle de puissances étrangères, qu’ils
dépendent des ins tu ons financières interna onales ou qu’ils
subissent des ingérences poli ques, la culture africaine peine à
s’imposer. La jeunesse consomme plus volon ers les musiques
occidentales que les sonorités tradi onnelles, parle plus souvent le
français ou l’anglais que les langues na onales, rêve de vivre ailleurs
plutôt que de construire ici. Ce e aliéna on culturelle est la
conséquence directe de la dépendance poli que et économique.
Comme le disait Thomas Sankara, « la véritable décolonisa on, c’est
celle des esprits ».
Faire valoir sa culture, c’est donc d’abord être libre. Libre de choisir
sa voie, de produire selon ses besoins, d’éduquer ses enfants dans sa
langue et selon ses valeurs. Ce e liberté, aucun peuple ne peut la
recevoir en cadeau ; elle se conquiert et se défend. L’œuvre d’Olympe
Bhêly-Quenum nous invite ainsi à comprendre que la souveraineté
culturelle ne peut naître que de la souveraineté totale : celle d’un
peuple maître de ses affaires, de son des n et de son iden té.
En défini ve, on ne peut qu’approuver la pensée de
l’écrivain béninois. La culture n’est pas une fleur qui pousse sur un sol
étranger : elle se nourrit de la terre, du travail et de la liberté du
peuple qui la porte. Tant qu’un peuple demeure dépendant sur les
plans poli que et économique, il ne pourra que refléter la culture de
ceux qui le dominent. Pour être reconnu, il doit d’abord se libérer, car
la culture est le dernier visage de la souveraineté.

Sujet

Selon Élie Wiesel, « la neutralité favorise l’oppresseur, jamais la


vic me ; le silence encourage le persécuteur, jamais le persécuté ».
Par ce e affirma on, l’auteur, rescapé des camps de concentra on
nazis, dénonce avec force la passivité des hommes face à l’injus ce. Il
nous invite à réfléchir sur le rôle moral que chacun doit jouer dans la
société : peut-on rester neutre devant la souffrance ? Le silence est-il
vraiment synonyme de paix ?
Dans ce e pensée, Élie Wiesel condamne l’a tude de
ceux qui, sous prétexte d’impar alité ou de prudence, choisissent de
ne pas s’engager. Être neutre dans une situa on d’injus ce, c’est en
réalité perme re à l’oppresseur de poursuivre son œuvre. L’histoire
nous le prouve : durant la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de
na ons sont restées silencieuses devant les massacres des Juifs. Ce
silence complice a prolongé la souffrance des vic mes. Loin d’être un
signe de sagesse, la neutralité devient alors une forme de lâcheté, car
elle refuse d’assumer la responsabilité morale d’agir.
De plus, le silence, en refusant de dénoncer le mal, lui
ouvre un espace de croissance. Dans toute société, le mu sme des
honnêtes gens devient le terreau de la tyrannie. Mar n Luther King
l’avait compris lorsqu’il affirmait que « ce qui fait le mal triompher,
c’est l’inac on des hommes de bien ». Dans les dictatures africaines,
par exemple, combien d’intellectuels ont préféré se taire, craignant
pour leur confort ou leur carrière ? Ce silence a permis à certains
dirigeants de pié ner les droits de l’homme sans être inquiétés. On
retrouve la même idée dans Une saison au Congo d’Aimé Césaire, où
le héros Patrice Lumumba se dresse, seul, face à la trahison et à la
lâcheté des siens.
Cependant, il serait trop simple de condamner tout silence sans
nuance. Parfois, se taire peut-être une forme de résistance. Dans les
régimes totalitaires, parler, c’est risquer la mort ; le silence peut alors
devenir une stratégie de survie ou un moyen d’a endre le moment
juste pour agir. On pense ici à des figures comme Nelson Mandela,
qui, pendant ses années d’emprisonnement, a gardé le silence, non
par faiblesse, mais pour préparer le dialogue et la réconcilia on
na onale. Ce type de silence n’encourage pas le mal, il le déjoue
pa emment.
Néanmoins, la pensée d’Élie Wiesel demeure fondamentalement
juste. Dans la majorité des cas, se taire ou rester neutre devant
l’injus ce revient à choisir le camp du plus fort. Le courage, c’est de
parler quand tout pousse à se taire, de s’indigner quand le monde
détourne le regard. L’histoire, la li érature et la vie quo dienne nous
enseignent que la dignité humaine se mesure à la capacité de
défendre la vérité, même seule et au péril de soi.
Ainsi, la neutralité n’est pas synonyme de jus ce, elle est souvent
l’autre nom de la complicité. Et le silence, loin d’apporter la paix,
entre ent la souffrance. Comme le disait Voltaire, « il ne suffit pas de
ne pas faire le mal, il faut encore ne pas le laisser faire ». Dans un
monde où tant de voix s’éteignent sous la peur, le vrai devoir de
l’homme reste de parler, de dénoncer, d’agir — car chaque silence
coupable est une victoire pour l’oppresseur.

Sujet
Dans La Vie et demie, l’écrivain congolais Sony Labou Tansi écrit : « la
discipline est la force des armées, mais elle n’est pas forcément la
force des peuples, parce qu’un peuple, c’est comprendre et non obéir
; parce que l’homme est fait pour comprendre et non pour obéir ; il a
besoin de dialogue ». Par ce e réflexion, l’auteur oppose la
soumission aveugle à la liberté de penser et met en lumière la
véritable force d’un peuple : sa capacité à comprendre, à dialoguer et
à par ciper à son propre des n. Ce propos soulève une ques on
essen elle : qu’est-ce qui fonde réellement la grandeur d’un peuple
— l’obéissance ou la compréhension ?

D’abord, Sony Labou Tansi dénonce la discipline comme


instrument de domina on. Dans une armée, la discipline est u le :
elle garan t l’ordre et l’efficacité. Mais transposée à l’échelle d’un
peuple, elle devient un ou l d’asservissement. Le chef autoritaire
exige l’obéissance, et le peuple, par peur, se tait. Dans La Vie et
demie, le “Guide providen el” règne grâce à la terreur et au silence,
réduisant les hommes à l’état de sujets sans voix. Or, un peuple qui ne
parle pas, qui ne conteste pas, finit par disparaître moralement. Ce e
obéissance forcée, qui semble stabilité, n’est en réalité qu’une mort
lente de la liberté.
Cependant, l’homme n’a pas été créé pour obéir, mais pour
comprendre. C’est dans la compréhension que réside la vraie dignité
humaine. Comprendre, c’est chercher le sens des choses, réfléchir,
raisonner, refuser l’injus ce. L’histoire l’a prouvé : tous les grands
changements sont nés d’un éveil de la conscience. Thomas Sankara,
dans ses discours, appelait la jeunesse africaine à « désapprendre
l’obéissance aveugle » pour comprendre les causes du sous-
développement. De même, Frantz Fanon dans Les Damnés de la terre
montre que la libéra on des peuples passe d’abord par la prise de
conscience. Un peuple qui comprend, c’est un peuple qui se libère.
Enfin, Sony Labou Tansi relie ce e capacité de comprendre au
besoin vital de dialogue. Le dialogue est la respira on même de la
société. Il permet d’éviter la violence, de confronter les idées, de
trouver un équilibre. Dans une vraie démocra e, le pouvoir écoute et
le peuple parle ; c’est ce e circula on de la parole qui rend la vie
sociale humaine et vivante. En affirmant que « le droit au dialogue est
inscrit dans toute la ma ère », l’auteur fait du dialogue une loi
naturelle, aussi essen elle à la vie humaine que les lois physiques à la
nature. Une société sans dialogue, c’est une société sans âme.
En défini ve*, Sony Labou Tansi nous rappelle que la
véritable force d’un peuple ne réside pas dans l’obéissance aveugle,
mais dans la lucidité et la parole partagée. La discipline peut bâ r des
armées, mais seule la compréhension construit des na ons. Là où
l’homme comprend, il devient libre ; là où il dialogue, il devient
grand. Ainsi, un peuple fort n’est pas celui qui se tait et obéit, mais
celui qui pense, qui discute et qui agit pour un avenir commun.

Sujet 43
Albert Tévoédjrè déclare dans Notre Afrique n°8 de février 2011 : « La
démocra e avance, elle fait par e intégrante de notre culture
aujourd’hui. »
Qu’en pensez-vous ?

Depuis la Conférence na onale du Bénin en 1990, symbole


de la renaissance poli que africaine, de nombreux pays du con nent
se sont engagés sur la voie de la démocra e. Après des décennies de
dictatures et de régimes autoritaires, l’Afrique semblait prête à
tourner la page des coups d’État pour adopter des ins tu ons
fondées sur la liberté et la par cipa on du peuple. C’est dans ce
contexte qu’Albert Tévoédjrè, penseur et homme poli que béninois,
affirme que « la démocra e avance » et qu’elle « fait par e intégrante
de notre culture aujourd’hui ». Ce e phrase pleine d’op misme invite
à s’interroger : la démocra e est-elle réellement devenue une
composante profonde de la culture africaine, ou bien reste-t-elle un
idéal fragile, encore menacé par de vieux réflexes de domina on et
d’injus ce ?

Il est indéniable que la démocra e a fait des progrès réels et


visibles en Afrique. Après les années sombres des régimes militaires
et des par s uniques, plusieurs États africains ont adopté des
cons tu ons pluralistes et organisé des élec ons libres. Le Bénin,
pionnier en la ma ère, a montré que le dialogue na onal pouvait
remplacer les armes et fonder une transi on pacifique. Le Ghana, le
Sénégal ou encore le Cap-Vert ont prouvé qu’une alternance poli que
pouvait se faire sans violence, dans le respect des ins tu ons. Ces
avancées ne sont pas de simples imita ons de l’Occident : elles
prolongent des tradi ons africaines anciennes, comme la palabre, le
respect du consensus et la par cipa on collec ve aux décisions. Dans
les villages africains, avant même la colonisa on, on se réunissait
sous l’arbre à palabres pour écouter chaque voix, sans exclure
personne. Ainsi, dire que la démocra e s’enracine dans la culture
africaine n’est pas une illusion : elle correspond à une réalité
historique et à un besoin profond de jus ce et de dialogue.
Cependant, cet enracinement reste par el et fragile. Beaucoup de
pays africains affichent une démocra e de façade, où les textes
existent mais ne sont pas respectés. Les élec ons deviennent des
compé ons truquées, les cons tu ons sont modifiées pour
prolonger indéfiniment les mandats, la presse est muselée et
l’opposi on réprimée. Dans ces condi ons, la démocra e perd son
âme et se transforme en simple apparence. En Afrique centrale ou de
l’Ouest, certains dirigeants confondent encore pouvoir et propriété
personnelle du pays. Comme le dénonce Norbert Zongo dans Le
Parachutage, les peuples africains vivent parfois sous des régimes où
le mot « démocra e » cache en réalité la peur, le mensonge et la
manipula on. Tant que les citoyens seront maintenus dans
l’ignorance, tant que la corrup on gangrènera les ins tu ons, on ne
pourra pas dire que la démocra e fait par e intégrante de notre
culture. Elle avance, certes, mais elle trébuche sous le poids du
népo sme et de l’injus ce.
Pourtant, malgré ces obstacles, l’espoir demeure. La démocra e est
un processus, non un don venu d’ailleurs. Elle grandit à mesure que
les peuples prennent conscience de leurs droits et de leurs
responsabilités. La jeunesse africaine, plus instruite et connectée que
jamais, réclame la transparence, la bonne gouvernance et le respect
de la parole donnée. Des mouvements citoyens comme “Y’en a
marre” au Sénégal ou “Balai citoyen” au Burkina Faso montrent que
le peuple africain ne veut plus subir, mais par ciper. Ce e généra on
incarne la promesse d’une démocra e authen quement africaine,
enracinée dans nos valeurs de solidarité, de vérité et de respect.
Comme l’écrivait Nelson Mandela, « la démocra e n’est pas un idéal
qu’on a eint en un jour, mais une route qu’on parcourt pas à pas ».
En somme, la pensée d’Albert Tévoédjrè est à la fois juste et
inspirante : la démocra e avance, mais elle n’a pas encore a eint sa
pleine maturité. Elle pousse comme une jeune plante dans un sol
parfois instable, mais chaque jour elle s’enracine davantage dans la
conscience des peuples. La vraie démocra e africaine ne sera pas
celle des discours, mais celle des actes : celle où gouverner signifiera
servir et non se servir. Ce jour-là, on pourra dire sans réserve qu’elle
fait par e intégrante de notre culture, parce qu’elle sera devenue
notre manière naturelle de vivre ensemble, dans la liberté, la dignité
et le respect mutuel.

Sujet 44
« Le fardeau de la de e est le principal instrument qu’u lisent les
na ons occidentales pour maintenir les pays pauvres en esclavage. »
Partagez-vous ce point de vue ?
Depuis les années 1980, la ques on de la de e des pays en
développement, notamment africains, est devenue l’un des grands
enjeux de la poli que mondiale. Loin d’être un simple problème
économique, elle est perçue par certains comme une arme sub le
u lisée par les pays riches pour garder la main sur les na ons
pauvres. C’est ce e idée que traduit la phrase proposée : la de e ne
serait pas un moyen de développement, mais un instrument
d’asservissement. Faut-il alors considérer la de e comme une forme
moderne d’esclavage, ou bien comme un mal nécessaire au progrès ?

Il est vrai que la de e cons tue pour beaucoup de pays


africains une lourde chaîne qui freine leur développement. En
contractant des emprunts auprès des ins tu ons financières
interna onales, ces États espéraient financer leurs infrastructures et
sor r de la pauvreté. Mais les taux d’intérêt élevés, la dévalua on de
leurs monnaies et la mauvaise ges on interne ont transformé ces
de es en pièges. Le remboursement absorbe une grande par e des
budgets na onaux, au détriment de l’éduca on, de la santé ou des
inves ssements produc fs. Dans les années 1990, le Nigeria et la
Côte d’Ivoire dépensaient plus pour rembourser leurs de es que
pour soigner leurs popula ons. Ce e situa on crée une dépendance
structurelle : les pays pauvres, incapables de payer, doivent se
soume re aux condi ons imposées par le Fonds monétaire
interna onal ou la Banque mondiale. Ces ins tu ons, dominées par
les puissances occidentales, imposent alors des poli ques d’austérité
qui aggravent la misère des peuples. On peut donc comprendre que
beaucoup voient dans la de e une forme d’esclavage moderne.
De plus, ce mécanisme n’est pas seulement économique, il est
poli que. Les grandes puissances u lisent la de e pour orienter les
choix économiques et sociaux des pays ende és. Sous prétexte de
“bonne gouvernance”, elles imposent des réformes qui profitent
souvent à leurs entreprises : priva sa on des ressources, ouverture
des marchés, réduc on du rôle de l’État. Ces poli ques, connues sous
le nom d’“ajustements structurels”, ont fragilisé les économies
africaines dans les années 1980 et 1990. En réalité, la de e devient
un instrument de contrôle indirect, une domina on sans soldats ni
chaînes, mais tout aussi efficace. Comme l’a dit Thomas Sankara
devant l’OUA en 1987, « la de e ne peut pas être remboursée parce
que si nous ne payons pas, les bailleurs ne mourront pas ; par contre,
si nous payons, c’est nous qui mourrons ». Ce e phrase résume toute
la violence silencieuse de ce système : il main ent les pays pauvres
dans une dépendance permanente.
Cependant, il serait réducteur de ne voir dans la de e qu’un complot
occidental. La responsabilité des dirigeants africains n’est pas à
négliger. Beaucoup ont contracté des prêts inconsidérés pour financer
des projets de pres ge ou pour enrichir une minorité. La corrup on,
le détournement de fonds et la mauvaise gouvernance ont aggravé la
situa on. Certains États ont emprunté sans stratégie claire, comptant
sur de nouvelles de es pour rembourser les anciennes. Dans ces
condi ons, accuser uniquement les pays riches reviendrait à ignorer
la part de responsabilité locale. De plus, l’aide au développement et
l’effacement par el de la de e ont permis à certains pays, comme le
Ghana ou la Tanzanie, de relancer leur économie. Cela prouve qu’une
ges on rigoureuse et transparente peut transformer la de e en levier
de croissance plutôt qu’en instrument d’asservissement.
En somme, la de e interna onale a souvent servi d’arme sub le de
domina on, en entretenant la dépendance économique et poli que
des pays pauvres vis-à-vis des puissances occidentales. Elle a
prolongé, sous une autre forme, les rapports inégaux hérités de la
colonisa on. Pourtant, elle ne saurait à elle seule expliquer
l’esclavage moderne des na ons pauvres : la responsabilité des
gouvernants africains et leur manque de vision y ont aussi contribué.
Pour briser ces chaînes, l’Afrique doit apprendre à compter sur ses
propres ressources, à gérer avec rigueur et à exiger des partenariats
équitables. Ce jour-là, la de e cessera d’être un instrument
d’esclavage pour devenir, enfin, un ou l de développement libre et
maîtrisé.
Sujet 45
Selon S. d’Azar, « la responsabilité des Africains en général et celle des
dirigeants en par culier est grande dans les drames et les calamités
qui frappent leur con nent ».
Commentez ce e affirma on.

Depuis les indépendances, l’Afrique con nue de faire face à


de mul ples crises : pauvreté, conflits, coups d’État, corrup on,
migra ons massives, famines… Longtemps, ces malheurs ont été
a ribués à la colonisa on et à l’exploita on du con nent par les
puissances étrangères. Pourtant, de plus en plus de voix, comme celle
de S. d’Azar, rappellent que les Africains eux-mêmes portent une part
de responsabilité dans les drames qui les accablent. Ce e pensée
dérangeante mais lucide invite à s’interroger : dans quelle mesure les
malheurs du con nent sont-ils causés par des forces extérieures, et
dans quelle mesure relèvent-ils de la responsabilité des Africains eux-
mêmes ?

Il est indéniable que les Africains, et surtout leurs dirigeants,


portent une lourde responsabilité dans les difficultés que traverse
leur con nent. Après les indépendances, beaucoup d’États ont
reproduit les méthodes de domina on héritées de la colonisa on. Les
dirigeants ont souvent préféré servir leurs intérêts personnels plutôt
que ceux du peuple. La corrup on, le népo sme, la mauvaise
gouvernance et le détournement des richesses na onales ont vidé les
caisses publiques et détruit la confiance du citoyen. Certains chefs
d’État ont transformé leur pays en monarchies déguisées, refusant
toute alternance. Des fortunes colossales dorment dans les banques
étrangères pendant que les popula ons manquent d’eau, de soins et
d’éduca on. Ces comportements ont nourri la colère, les révoltes et
les guerres civiles. Le Rwanda, la Sierra Leone, le Liberia ou la
République Démocra que du Congo ont connu des tragédies dont les
racines ne sont pas seulement extérieures, mais aussi internes :
rivalités ethniques, soif de pouvoir, trahison du bien commun.
Par ailleurs, les peuples eux-mêmes ne sont pas totalement
innocents. Trop souvent, ils se laissent manipuler par les discours
tribaux, par la peur ou par la corrup on électorale. Au lieu de voter
pour des programmes, ils votent pour des appartenances ethniques
ou des promesses de dons. Ce manque de conscience citoyenne
renforce les régimes injustes. Comme l’a souligné Thomas Sankara, «
un peuple qui accepte de vivre à genoux finira par ne plus pouvoir se
lever ». L’Afrique ne pourra pas se libérer tant que ses enfants
refuseront d’assumer leur responsabilité collec ve dans leur propre
des n.
Cependant, il serait injuste d’ignorer le poids des causes extérieures.
La colonisa on a laissé derrière elle des fron ères ar ficielles, des
économies dépendantes et des ins tu ons fragiles. Les pays africains
exportent encore leurs ma ères premières à bas prix et importent à
prix fort les produits manufacturés. Les grandes puissances, par
l’intermédiaire du FMI, de la Banque mondiale ou des
mul na onales, con nuent d’imposer leurs règles et de piller les
ressources du con nent. De plus, les guerres africaines sont souvent
alimentées par des intérêts étrangers : les armes viennent d’Europe
ou d’Asie, et les minerais du sang enrichissent des sociétés
étrangères. Il est donc évident que les drames de l’Afrique résultent
aussi d’un système mondial injuste. Mais ce e domina on ne serait
pas possible sans la complicité interne des élites africaines.
En défini ve, la pensée de S. d’Azar est fondée et
courageuse. Les Africains ne peuvent pas éternellement accuser les
autres de leurs malheurs. Les puissances étrangères exploitent,
certes, mais elles exploitent surtout les faiblesses internes : la
division, la cupidité, l’ignorance et la peur. La vraie libéra on du
con nent commencera le jour où chaque Africain, du chef d’État au
simple citoyen, prendra conscience que son avenir dépend de lui-
même. L’Afrique ne guérira pas par la plainte, mais par la
responsabilité. Comme le disait Frantz Fanon, « chaque généra on
doit, dans une rela ve opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la
trahir ». À la généra on africaine d’aujourd’hui de choisir entre subir
son histoire ou la bâ r enfin.

Sujet 46
En quoi la corrup on et la fraude sont-elles des obstacles au
développement ?

Dans toutes les sociétés qui aspirent au progrès, la transparence, la


jus ce et le travail honnête cons tuent les bases solides d’un
développement durable. Pourtant, dans de nombreux pays,
notamment en Afrique, ces valeurs sont minées par deux fléaux : la
corrup on et la fraude. Ces pra ques, devenues presque banales,
gangrènent les ins tu ons, détruisent la confiance du peuple et
paralysent l’économie. On peut alors se demander en quoi la
corrup on et la fraude cons tuent de véritables obstacles au
développement.
La corrup on et la fraude représentent avant tout une menace
pour la bonne gouvernance, condi on essen elle du développement.
Lorsqu’un citoyen ob ent un emploi, un marché public ou une faveur
non pas grâce à son mérite mais par des pots-de-vin, c’est la
compétence qui recule et la médiocrité qui s’impose. Dans un État
corrompu, les décisions ne servent plus le bien commun, mais les
intérêts par culiers. Les ressources publiques sont détournées, les
infrastructures s’effondrent, les services sociaux se dégradent. Au
Burkina Faso, par exemple, plusieurs rapports de la Cour des comptes
ont révélé des détournements massifs dans la ges on de fonds
des nés à l’éduca on et à la santé : autant d’argent qui aurait pu
servir à construire des écoles, équiper des hôpitaux ou soutenir les
paysans. La corrup on crée donc un cercle vicieux : plus l’État est
corrompu, moins il est efficace, et plus la pauvreté augmente.
Sur le plan économique, la fraude et la corrup on affaiblissent
la produc vité et découragent l’inves ssement. Lorsqu’un
entrepreneur doit soudoyer un fonc onnaire pour obtenir un permis
ou un contrat, il finit par perdre confiance dans la jus ce et la
transparence du système. Les inves sseurs étrangers, eux aussi,
fuient les pays où la corrup on règne, car ils savent que la règle du
jeu n’est pas équitable. De plus, la fraude fiscale prive l’État de
rece es essen elles au financement du développement. En Afrique
de l’Ouest, des milliards de francs CFA échappent chaque année au
trésor public à cause des fausses factures, de la contrebande ou de la
manipula on des marchés. Comment un pays peut-il construire des
routes, former ses jeunes et moderniser son agriculture si ses
richesses disparaissent dans les poches d’une minorité ? Mais au-delà
des chiffres, la corrup on et la fraude détruisent quelque chose de
plus précieux encore : la conscience morale et la cohésion sociale.
Quand les citoyens voient les corrompus prospérer tandis que les
honnêtes gens souffrent, la confiance dans l’État s’effrite. Le mérite
n’est plus valorisé, le travail perd son sens et le désespoir s’installe.
Ce e perte de repères pousse certains à l’exil, d’autres à la révolte, et
beaucoup à imiter le système au lieu de le comba re. Comme le
disait Thomas Sankara, « celui qui te nourrit te contrôle » : un peuple
dépendant, corrompu et trompé ne peut être libre ni développer son
pays. La corrup on est ainsi une forme d’esclavage moral qui bloque
tout progrès véritable.
En défini ve, la corrup on et la fraude ne sont pas de simples
dévia ons de conduite : elles cons tuent des cancers qui rongent le
corps social et empêchent toute véritable émergence. Elles
détournent les richesses, sapent les ins tu ons et tuent l’espérance
des peuples. Tant que ces pra ques persisteront, aucun plan de
développement, aussi ambi eux soit-il, ne portera de fruits durables.
Le vrai combat pour le progrès ne se gagnera donc pas seulement
dans les discours poli ques, mais dans la conscience de chaque
citoyen, dans la jus ce des ins tu ons et dans la transparence des
actes. L’Afrique ne décollera que le jour où elle remplacera la tricherie
par le mérite, la cupidité par le devoir et l’intérêt personnel par
l’amour du bien commun.

Sujet 47
Selon le Rapport sur le développement humain, « la corrup on
semble devenir une norme de conduite au Burkina Faso ».
Partagez-vous ce point de vue ?

Depuis plusieurs années, la ques on de la corrup on


occupe une place centrale dans les débats sur la gouvernance et le
développement en Afrique. Au Burkina Faso, un pays reconnu pour la
droiture et l’intégrité de ses pères fondateurs, le constat est
aujourd’hui préoccupant : la corrup on ne se limite plus à quelques
cas isolés, elle s’est installée dans les mœurs, au point de devenir,
selon le Rapport sur le développement humain, une véritable «
norme de conduite ». Une telle affirma on, à la fois grave et lucide,
invite à s’interroger : la corrup on est-elle réellement devenue un
comportement normalisé au Burkina Faso, accepté comme une règle
plutôt qu’une faute ?

Il faut malheureusement reconnaître que ce e observa on n’est pas


dénuée de vérité. Dans presque tous les domaines de la vie na onale,
la corrup on s’est insinuée, rendant anormale la probité et banale la
tricherie. Dans les concours de la fonc on publique, certains
candidats achètent les sujets ou paient pour être admis ; dans les
marchés publics, des agents réclament des “commissions” avant
d’a ribuer un contrat ; dans les services administra fs, le citoyen doit
souvent “mouiller la barbe” pour que son dossier avance. Ces
pra ques, connues de tous, ne choquent plus : elles sont acceptées,
jus fiées, parfois même conseillées. Le mot d’ordre implicite est
devenu : « Si tu ne corromps pas, tu restes derrière ». Ainsi, la
corrup on n’est plus seulement un délit ; elle s’est transformée en
culture sociale, une manière de vivre et de réussir dans un système
malade.
Ce phénomène s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la pauvreté
et la précarité poussent certains à chercher des voies rapides pour
s’en sor r. Quand le salaire ne suffit pas et que les besoins
augmentent, la tenta on devient forte. Mais au-delà de la misère,
c’est la perte des valeurs morales qui nourrit ce mal. L’éduca on
civique, jadis pilier de la société burkinabè, s’effrite. Les jeunes voient
les corrompus prospérer sans jamais être punis, tandis que les
honnêtes sont marginalisés. Dans un tel contexte, l’exemple vient
d’en haut : quand certains dirigeants détournent les fonds publics ou
se servent de l’État comme d’un bu n, le peuple finit par imiter. La
corrup on devient alors un réflexe collec f, un mode de survie et non
plus un scandale moral.

Cependant, affirmer que la corrup on est une norme absolue de


conduite serait trop sévère. Car dans ce même Burkina Faso,
beaucoup de citoyens, de fonc onnaires et de jeunes con nuent de
résister à ce e dérive. Des ins tu ons comme l’Autorité supérieure
de contrôle d’État et de lu e contre la corrup on (ASCE-LC), la Cour
des comptes ou certaines associa ons civiles œuvrent avec courage
pour dénoncer les pra ques illicites et sensibiliser la popula on. Les
médias et les réseaux sociaux jouent aussi un rôle important dans la
mise au jour des scandales et la pression populaire. Enfin, la mémoire
de figures comme Thomas Sankara, symbole de l’intégrité et du
patrio sme, reste une lumière dans la conscience collec ve : elle
rappelle qu’un autre Burkina est possible, fondé sur la jus ce, la
droiture et le travail.

En défini ve, il faut adme re que la corrup on tend dangereusement


à se banaliser au Burkina Faso, au point que beaucoup ne la
perçoivent plus comme une faute, mais comme une habitude.
Cependant, elle n’est pas encore une fatalité. Les Burkinabè peuvent
redresser la barre s’ils renouent avec leurs valeurs tradi onnelles de
sincérité, de solidarité et de probité. La lu e contre la corrup on ne
se gagnera pas seulement dans les lois, mais dans les cœurs. C’est en
refusant individuellement de céder à la facilité, en éduquant la
jeunesse à l’intégrité, et en exigeant la transparence de leurs
dirigeants, que les citoyens burkinabè redonneront sens à ce e
devise na onale :« La Patrie ou la mort, nous vaincrons », non pas par
les armes, mais par la vérité.

Sujet 48
Dans Le Maître de la parole, Camara Laye écrit :
« Le marasme africain sur le plan sociopoli que est dû à l’éclatement
des anciennes structures et valeurs et au manque d’ouverture aux
valeurs universelles. C’est pourquoi l’Afrique tâtonne. »
Expliquez et discutez ce point de vue.
Depuis les indépendances, l’Afrique cherche sa voie entre la
tradi on et la modernité. Malgré ses richesses humaines et
naturelles, elle peine encore à trouver une stabilité poli que et
sociale durable. Camara Laye, dans Le Maître de la parole, a ribue ce
malaise à deux causes profondes : la perte des anciennes valeurs qui
structuraient la société africaine, et l’incapacité à s’ouvrir pleinement
aux valeurs universelles du progrès et de la démocra e. Selon lui,
c’est ce déséquilibre, ce raillement entre passé et présent, qui fait
que l’Afrique “tâtonne”, avançant sans direc on claire. Ce e réflexion,
à la fois lucide et douloureuse, mérite qu’on s’y arrête.
D’abord, Camara Laye met le doigt sur une vérité
essen elle : l’Afrique s’est désorganisée en rompant brutalement avec
les valeurs qui faisaient sa cohésion. Avant la colonisa on, les
sociétés africaines reposaient sur des structures communautaires
solides : le respect des anciens, la solidarité, la parole donnée, le sens
du sacré et de la jus ce collec ve. Ces valeurs cons tuaient un
ciment social, garan ssaient la paix et régulaient les rapports
humains. Or, la colonisa on a brisé ces fonda ons, imposant de
nouvelles ins tu ons étrangères aux réalités locales. Les
indépendances n’ont pas suffi à restaurer cet équilibre : au contraire,
les dirigeants africains ont souvent imité aveuglément les modèles
poli ques occidentaux sans les adapter à leurs contextes. Ainsi, les
peuples se sont retrouvés perdus entre deux mondes : celui des
tradi ons déchirées et celui de la modernité mal comprise. D’où le
“marasme sociopoli que” dont parle Camara Laye — une Afrique en
quête d’elle-même, sans repères solides.
Mais à ce e perte d’iden té s’ajoute, selon l’auteur, un second mal :
le manque d’ouverture aux valeurs universelles. L’Afrique ne souffre
pas seulement d’avoir perdu son passé ; elle souffre aussi de refuser,
parfois, d’adopter pleinement les principes universels de jus ce, de
liberté, d’égalité et de responsabilité. Trop souvent, certains
dirigeants confondent tradi on avec autorité, culture avec
immobilisme. Or, le développement suppose l’ouverture, la tolérance,
la curiosité et la capacité à apprendre des autres civilisa ons sans
renier la sienne. L’Asie, par exemple, a su intégrer la modernité
technologique sans perdre son âme culturelle. L’Afrique, elle, reste
parfois enfermée dans des débats stériles entre “retour aux sources”
et “occidentalisa on”. En refusant d’harmoniser ses valeurs
ancestrales avec celles de l’humanité tout en ère, elle s’enferme dans
un éternel tâtonnement, incapable de construire une voie propre et
cohérente.
Cependant, il serait injuste de ne voir dans ce e situa on qu’un
échec. De nombreux intellectuels et dirigeants africains ont tenté de
réconcilier ces deux héritages. Léopold Sédar Senghor, à travers la
Négritude, prônait une “civilisa on de l’universel” fondée sur le
dialogue des cultures. Thomas Sankara, lui, appelait à une révolu on
des mentalités alliant fierté africaine et ouverture au progrès. Ces
penseurs prouvent qu’il est possible de conjuguer valeurs
tradi onnelles et modernité, de bâ r un modèle africain de
développement enraciné et ouvert à la fois. Le véritable défi n’est
donc pas de choisir entre passé et avenir, mais de faire cohabiter
harmonieusement les deux.
En défini ve, Camara Laye a raison de dire que l’Afrique tâtonne
parce qu’elle a perdu ses repères sans en construire de nouveaux. La
rupture avec les valeurs ancestrales a détruit la cohésion sociale, et le
refus ou la peur d’adopter des valeurs universelles a freiné l’élan vers
le progrès. Mais ce tâtonnement peut devenir une étape féconde, à
condi on qu’il mène à une renaissance : une Afrique capable de
puiser dans sa sagesse tradi onnelle le sens de la solidarité, et dans
l’universalité humaine les principes de jus ce et de liberté. C’est de
ce e réconcilia on entre *racines et ouverture que naîtra, peut-être,
l’Afrique lucide, stable et maîtresse de son des n.

Sujet 49
Selon P. Abraham, « la ville demeure étrangère aux habitudes de
notre tribu ».
Pensez-vous, comme lui, que le développement des villes soit un
danger pour la sauvegarde de notre culture ?

Depuis plusieurs décennies, l’Afrique connaît une urbanisa on


rapide. Des villages autrefois paisibles se transforment en villes
bourdonnantes où se côtoient modernité, individualisme et
influences étrangères. Ce phénomène inquiète certains penseurs,
dont P. Abraham, qui voient dans la ville une rupture avec les
tradi ons et les valeurs ancestrales. Selon lui, la ville serait «
étrangère aux habitudes de notre tribu », autrement dit, un espace
où l’homme africain se perd, oublie ses racines et imite les modèles
venus d’ailleurs. Une telle affirma on nous conduit à nous interroger :
le développement des villes représente-t-il vraiment une menace
pour notre culture, ou peut-il au contraire contribuer à son évolu on
et à son rayonnement ?
Il est certain que la croissance urbaine comporte des risques pour la
sauvegarde de nos tradi ons. La ville moderne rompt avec la
structure communautaire du village africain. Dans les sociétés
tradi onnelles, la vie était fondée sur la solidarité, le respect des
anciens, le partage et la parole donnée. Chacun vivait en harmonie
avec les autres, sous la surveillance morale du groupe. Or, la ville, en
favorisant l’anonymat et l’individualisme, efface ces repères.
L’homme citadin se préoccupe moins de la collec vité que de sa
réussite personnelle. Les jeunes délaissent les coutumes, la langue
maternelle, les cérémonies tradi onnelles pour adopter des modes
de vie inspirés de l’Occident : vêtements, musique, alimenta on,
langage, mentalité. Dans les grandes villes africaines comme
Ouagadougou, Abidjan ou Dakar, il n’est pas rare de rencontrer des
jeunes qui ne connaissent plus leurs proverbes, ni les récits de leurs
ancêtres. La ville, en ce sens, provoque un déracinement culturel, un
oubli de soi.
En outre, la ville favorise souvent la perte de repères moraux. Les
valeurs de modes e, d’entraide et de respect sont remplacées par la
compé on, la corrup on et le matérialisme. Les familles éclatent,
les tradi ons se folklorisent, et les croyances ancestrales sont rejetées
au profit d’un modernisme mal assimilé. Beaucoup d’Africains se
sentent alors “étrangers chez eux”, comme si la ville avait effacé la
mémoire de leur tribu. P. Abraham voit donc dans ce e
transforma on une menace réelle : celle d’un con nent qui se
modernise sans garder son âme.
Cependant, il serait réducteur de condamner la ville sans nuance. Si
elle déstructure certains aspects de la culture tradi onnelle, elle offre
aussi un cadre nouveau pour son renouvellement. La ville est un lieu
de rencontre, de mé ssage et de créa vité. Elle permet aux cultures
de dialoguer, aux langues de se croiser, aux idées de circuler. L’art
africain contemporain, la musique urbaine comme le rap burkinabè
ou le coupé-décalé ivoirien, témoignent d’une vitalité culturelle née
dans les villes. Les ar stes y transforment les tradi ons pour les
adapter au monde moderne, sans les renier. De plus, la ville favorise
l’éduca on, la diffusion des savoirs et la conscience citoyenne —
autant d’éléments qui peuvent renforcer la culture africaine au lieu
de la détruire. Ce n’est donc pas la ville en elle-même qui est un
danger, mais la manière dont on y vit et dont on y transmet les
valeurs.
En défini ve, l’affirma on de P. Abraham reflète une crainte
légi me : celle de voir disparaître les repères culturels qui ont
façonné l’iden té africaine. Oui, la ville peut être un danger pour
notre culture, lorsqu’elle devient un lieu d’imita on et d’oubli. Mais
elle peut aussi être un espace de renaissance, si elle sert à
moderniser sans dénaturer, à ouvrir sans déraciner. L’enjeu pour
l’Afrique n’est pas de rejeter la ville, mais d’y maintenir vivantes les
valeurs de la tribu : la solidarité, la sagesse et le respect du lien
humain. Comme le disait Amadou Hampâté Bâ, *« un arbre sans
racines est voué à mourir » — mais un arbre bien enraciné peut
croître haut, même au milieu du béton.

Sujet 50
« La ville africaine est le dernier entrepôt connu : elle dévore tout ce
que lui apporte la campagne — les produits comme les hommes — et
ne lui rapporte pas grand-chose. »
Commentez et discutez ce point de vue.

Depuis les indépendances, l’Afrique connaît un exode


rural massif : chaque année, des milliers de jeunes qui ent les
campagnes pour tenter leur chance dans les grandes villes. Ce e
migra on bouleverse profondément les équilibres économiques et
sociaux. Certains observateurs, à l’image de Melinda, dénoncent une
situa on injuste où la ville, au lieu d’être un moteur de
développement pour tout le pays, se comporte comme un parasite
qui vide les campagnes de leurs forces vives sans leur rendre service.
Une telle affirma on, à la fois cri que et réaliste, soulève une
ques on essen elle : la ville africaine contribue-t-elle réellement au
développement équilibré du con nent ou, au contraire, accentue-t-
elle les inégalités entre les milieux urbains et ruraux ?
Il faut d’abord reconnaître que ce constat de Melinda reflète
une vérité douloureuse : la ville africaine vit largement au détriment
de la campagne. Elle a re les produits agricoles, les ma ères
premières, mais aussi les bras les plus jeunes et les plus dynamiques.
Les paysans, espérant une vie meilleure, qui ent leurs champs pour
grossir les rangs des chômeurs urbains. Les marchés des grandes
villes regorgent des fruits du travail rural — mil, maïs, bétail, légumes
— mais les producteurs, eux, ne rent que de maigres revenus de
leurs efforts. Les prix sont fixés par les commerçants et les
intermédiaires urbains, tandis que les paysans restent prisonniers de
la pauvreté. La ville, en quelque sorte, consomme sans produire,
accapare sans redistribuer. Comme un grand ventre, elle dévore les
richesses du monde rural sans jamais le nourrir en retour.
De plus, la ville a re les compétences et les services,
accentuant ainsi le déséquilibre entre le centre et la périphérie. Les
écoles, les hôpitaux, les routes et les emplois qualifiés se concentrent
dans les capitales et les grandes aggloméra ons. Pendant ce temps,
les campagnes se vident et s’enfoncent dans la misère. Ce
phénomène crée un cercle vicieux : plus la ville grandit, plus la
campagne s’appauvrit. Au Burkina Faso, par exemple, Ouagadougou
a re chaque année des milliers de jeunes venus de toutes les
régions, tandis que les villages se déser fient et que les terres
agricoles sont abandonnées. Ainsi, la ville devient un “entrepôt”
humain où s’accumulent les espoirs déçus, la précarité et le chômage,
au lieu d’être un pôle d’équilibre pour le pays tout en er.
Cependant, il serait injuste de réduire la ville à un simple monstre
dévoreur. La ville africaine joue aussi un rôle essen el dans la
modernisa on et la diffusion du progrès. Elle est un espace de
forma on, d’innova on et d’ouverture sur le monde. C’est dans les
villes que se développent les universités, les entreprises, les médias
et les administra ons qui dirigent et structurent la vie na onale. La
ville crée des opportunités économiques et culturelles que la
campagne, faute d’infrastructures, ne peut offrir. De nombreux
produits agricoles trouvent dans les marchés urbains un débouché
vital, et beaucoup de familles rurales survivent grâce aux transferts
d’argent envoyés par leurs parents citadins. Si la ville paraît ingrate,
c’est surtout parce que les liens entre ville et campagne ne sont pas
encore organisés de manière équilibrée.
En défini ve, le jugement de Melinda met en lumière une
réalité incontestable : la ville africaine, au lieu de soutenir la
campagne, la saigne lentement de ses forces et de ses richesses. Elle
symbolise les inégalités d’un développement mal pensé, centré sur
les capitales au détriment du monde rural. Mais ce e situa on n’est
pas une fatalité. Pour que la ville cesse d’être un “entrepôt” et
devienne un moteur partagé, il faut repenser la poli que
d’aménagement du territoire, inves r dans les campagnes et
renforcer les liens économiques entre les deux espaces. L’avenir de
l’Afrique ne se construira pas contre la campagne, mais avec elle,
dans une complémentarité juste et solidaire. Comme le disait
Amadou Hampâté Bâ, *« le monde ne se divise pas entre la ville et le
village, mais entre ceux qui construisent et ceux qui détruisent ». À
l’Afrique de choisir de construire.

Sujet 51
Chinua Achebe affirme : « Le progrès humain vers la liberté s’effectue
lentement et sans coup de théâtre. La révolu on peut être nécessaire
pour sor r une société du bourbier, mais elle ne confère pas la liberté
: elle peut même l’entraver. »
Expliquez et discutez ce point de vue en vous appuyant sur des
exemples rés de la vie poli que na onale et interna onale.

Depuis toujours, les peuples ont cherché à conquérir leur liberté, à


briser les chaînes de la domina on, de la dictature ou de la misère.
Ce e quête a souvent pris la forme de révolu ons spectaculaires,
portées par des cris, du sang et des drapeaux. Pourtant, comme le
souligne Chinua Achebe, écrivain nigérian profondément lucide sur la
condi on humaine et poli que, la vraie liberté ne naît pas du tumulte
mais de la lente matura on des consciences. Selon lui, les révolu ons
peuvent certes libérer un peuple du joug d’un tyran, mais elles ne
suffisent pas à instaurer la liberté véritable, celle qui se construit dans
le cœur, les ins tu ons et l’esprit des citoyens. Ce e pensée nous
invite à dis nguer la libéra on soudaine et la liberté durable, à
comprendre que le progrès humain ne se décrète pas : il se mérite et
se construit. En effet, Achebe a raison de dire que la liberté ne
s’impose pas par la violence des révolu ons, car celles-ci, si elles
bouleversent le pouvoir, ne transforment pas nécessairement les
mentalités. L’histoire de nombreux pays africains après les
indépendances en est une illustra on éclatante. Dans les années
1960, plusieurs na ons, comme le Congo, le Ghana ou la Guinée, ont
connu des mouvements de libéra on qui prome aient un avenir de
jus ce et de dignité. Mais une fois les colonisateurs par s, les
nouveaux dirigeants se sont souvent comportés comme les anciens
maîtres : culte de la personnalité, confisca on du pouvoir,
enrichissement illicite, répression. La révolu on, en renversant un
système, n’avait pas changé les habitudes de domina on. Au Burkina
Faso, la Révolu on démocra que et populaire menée par Thomas
Sankara en 1983 avait pour but d’émanciper le peuple du
néocolonialisme et de l’injus ce. Mais sa mort brutale en 1987 a
montré combien une révolu on, sans ancrage profond dans les
ins tu ons et dans la conscience populaire, peut être trahie par ceux-
là mêmes qui devaient la con nuer.
De plus, les révolu ons violentes, au lieu d’apporter la liberté,
engendrent souvent de nouveaux bourbiers : guerres civiles,
dictatures militaires, instabilité chronique. L’exemple de la Libye après
la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 illustre bien ce e dérive : un
régime autoritaire a été renversé, mais la liberté promise s’est
transformée en chaos. De même, les “printemps arabes” qui ont
secoué l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient au début des années
2010 ont fait naître beaucoup d’espoirs, mais peu d’États stables et
démocra ques. Achebe nous aver t : le vrai progrès ne s’improvise
pas dans la fureur des rues, il s’éduque, il se structure. La liberté ne se
conquiert pas seulement par la chute d’un tyran, mais par la
construc on pa ente d’une culture démocra que.
Cependant, on ne saurait nier que certaines révolu ons ont été
nécessaires pour briser des systèmes d’oppression trop
profondément enracinés. Sans la Révolu on française de 1789, les
droits de l’homme n’auraient pas connu une telle diffusion. Sans les
lu es an coloniales, l’Afrique n’aurait jamais accédé à
l’indépendance. Ces bouleversements ont permis d’ouvrir des
chemins nouveaux, mais ils n’ont été que des points de départ : la
liberté qu’ils ont proclamée restait à bâ r. Achebe ne condamne donc
pas la révolu on en elle-même ; il en montre simplement les limites.
Il rappelle que le progrès humain est un processus lent, fait de
réformes, d’éduca on, de responsabilité et de matura on citoyenne.
En défini ve, Chinua Achebe a raison d’affirmer que la liberté
véritable ne se gagne pas dans le tumulte, mais dans la pa ence. Les
révolu ons, nécessaires parfois pour briser les chaînes, ne suffisent
pas à faire naître des hommes libres. Elles peuvent même détruire ce
qu’elles prétendaient construire, si elles ne s’accompagnent pas d’un
changement des mentalités et du respect des valeurs humaines. La
vraie révolu on, la plus durable, est celle qui se déroule dans les
consciences : quand les citoyens apprennent à penser par eux-
mêmes, à respecter la loi, à servir la na on plutôt que leurs intérêts.
Le progrès vers la liberté n’est pas un cri, c’est un appren ssage.
Comme l’écrivait Nelson Mandela, *« être libre, ce n’est pas
seulement se débarrasser de ses chaînes, c’est vivre d’une manière
qui respecte et renforce la liberté des autres. »

Sujet 52
« Le sous-développement et l’instabilité de l’Afrique sont imputables
aux appé ts poli ques de ses fils. »
Comment comprenez-vous ce e asser on ? Discutez-la.
Depuis les indépendances, l’Afrique peine à s’extraire du
cercle vicieux du sous-développement et de la crise poli que. Alors
que le con nent regorge de richesses naturelles, de terres fer les et
d’un capital humain immense, il reste marqué par la pauvreté, la
corrup on et les guerres internes. Beaucoup ont accusé le
colonialisme, l’ingérence étrangère ou encore le poids de la de e.
Mais ce e cita on pointe un autre coupable, plus in me et plus
dérangeant : les Africains eux-mêmes, et plus par culièrement leurs
dirigeants. En affirmant que le sous-développement et l’instabilité du
con nent sont dus aux appé ts poli ques de ses fils, l’auteur suggère
que ce ne sont pas seulement les causes extérieures, mais surtout les
ambi ons égoïstes et la soif de pouvoir des leaders africains qui
freinent le progrès. Ce e idée mérite d’être comprise dans toute sa
profondeur et discutée à la lumière des réalités du con nent.
Il est vrai que l’Afrique souffre en grande par e des dérives de ses
propres dirigeants. Beaucoup d’entre eux, une fois au pouvoir, se sont
comportés non en serviteurs de la na on, mais en propriétaires de
l’État. L’appé t poli que, c’est ce e volonté de conserver le pouvoir à
tout prix, de s’enrichir aux dépens du peuple, de transformer la
poli que en un moyen d’ascension personnelle. De nombreux
présidents africains, au lieu de bâ r des ins tu ons solides, ont
préféré entretenir le clientélisme, la corrup on et la division ethnique
pour régner plus longtemps. L’exemple du Zaïre de Mobutu Sese
Seko, devenu synonyme de pillage et de dictature, illustre
parfaitement ce mal. Au lieu de développer le pays, Mobutu s’est
accaparé la richesse na onale pendant que la popula on sombrait
dans la misère.
Ces appé ts poli ques se traduisent aussi par des lu es de pouvoir
qui détruisent la stabilité nécessaire au développement. Dans
plusieurs pays, la quête effrénée du pouvoir a plongé les na ons dans
la guerre civile : le Liberia, la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire ou encore
le Soudan ont connu des années de chaos à cause de dirigeants
avides et d’élites prêtes à tout pour accéder au sommet. Au Burkina
Faso, les coups d’État répétés depuis l’indépendance montrent à quel
point la lu e pour le pouvoir a souvent primé sur l’intérêt na onal.
Ce e instabilité chronique empêche toute poli que de
développement durable. Pendant qu’on se dispute le fauteuil
présiden el, les écoles manquent de bancs, les hôpitaux de
médicaments et les champs d’engrais.
Cependant, il serait injuste d’a ribuer tous les maux de l’Afrique
uniquement à ses fils. L’histoire du con nent est marquée par une
longue domina on coloniale qui a laissé des cicatrices profondes :
fron ères ar ficielles, économies extraver es, dépendance
technologique. De plus, les puissances étrangères con nuent
d’influencer les choix poli ques des États africains, souvent en
soutenant des régimes autoritaires qui défendent leurs intérêts. Les
“appé ts poli ques” des dirigeants africains sont parfois nourris par
les encouragements ou la complicité de ces acteurs extérieurs. Quand
des mul na onales occidentales financent des campagnes
électorales ou achètent le silence des gouvernants pour exploiter les
ressources, elles par cipent elles aussi au main en du sous-
développement.

Mais malgré ces influences, la responsabilité des Africains reste


engagée. Car, comme le disait Thomas Sankara, « l’esclave qui
n’assume pas sa révolte ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort. »
Le véritable progrès du con nent passera par des dirigeants
conscients, patriotes et intègres, capables de me re l’intérêt collec f
au-dessus des calculs personnels. Des exemples posi fs existent :
Nelson Mandela en Afrique du Sud, Jerry Rawlings au Ghana ou
encore Paul Kagame au Rwanda ont montré qu’une gouvernance
rigoureuse et une volonté de réforme pouvaient transformer les
na ons. Là où les dirigeants privilégient la jus ce et le travail, la
stabilité et le développement suivent.
En défini ve, l’affirma on selon laquelle le sous-développement et
l’instabilité de l’Afrique sont imputables aux appé ts poli ques de ses
fils n’est pas exagérée. Les causes extérieures existent, certes, mais
elles ne sauraient jus fier la corrup on, le népo sme et la soif de
pouvoir qui gangrènent la vie poli que africaine. Tant que les
dirigeants considéreront la poli que comme une affaire personnelle
et non un service rendu à la na on, le con nent restera prisonnier de
la pauvreté. Le salut de l’Afrique viendra non d’une révolu on
extérieure, mais d’une révolu on morale intérieure, celle de ses fils et
filles décidés à servir et non à se servir. Comme le disait Amadou
Hampâté Bâ, *« le malheur de l’Afrique, c’est que ceux qui ont le
pouvoir aiment trop le pouvoir pour penser au devoir. »

Sujet 53
Dans son album « Où allons-nous ? », l’ar ste burkinabè *Zêdess*
déplore les misères de la civilisa on moderne actuelle en laissant
entendre que « la télévision remplace les parents et les chiens
remplacent les enfants. »
Expliquez ce e parole et rappelez les conséquences de cet état de
fait.

À travers ce e parole à la fois imagée et percutante, l’ar ste


burkinabè Zêdess exprime sa profonde inquiétude face à la perte des
repères moraux et humains dans la société contemporaine. En
opposant le monde moderne à celui des valeurs tradi onnelles, il met
en évidence un phénomène inquiétant : la déshumanisa on
progressive des rela ons familiales et sociales. Derrière ce e image
où la télévision remplace les parents et les chiens remplacent les
enfants se cache une cri que sévère d’un monde où la technologie, le
matérialisme et l’individualisme prennent la place de l’amour, du
dialogue et de la solidarité humaine.
Lorsque Zêdess affirme que « la télévision remplace les parents », il
dénonce la dispari on du rôle éduca f et moral de la famille.
Autrefois, les parents étaient les premiers formateurs de l’enfant : ils
lui apprenaient les valeurs, le respect, la solidarité, la pa ence.
Aujourd’hui, absorbés par les exigences du travail ou séduits par les
distrac ons modernes, beaucoup de parents n’ont plus le temps de
s’occuper de leurs enfants. Ceux-ci passent alors leurs journées
devant la télévision, les téléphones ou les réseaux sociaux, apprenant
de ces écrans des comportements souvent contraires aux valeurs
africaines. La parole parentale, jadis sacrée, se tait devant la toute-
puissance des images. Ainsi, la télévision, au lieu d’être un ou l
d’ouverture, devient un instrument de déforma on morale et
culturelle. L’enfant n’imite plus ses parents, mais les héros des séries
et des publicités.
La seconde image — « les chiens remplacent les enfants » —
traduit quant à elle la perte du sens de la famille et de la maternité
dans la civilisa on moderne. Dans certaines sociétés occidentales, de
plus en plus de couples renoncent à avoir des enfants, préférant
consacrer leur affec on à des animaux de compagnie. Ce
phénomène, autrefois étranger à l’Afrique, gagne peu à peu nos villes
où le confort matériel prime sur les valeurs de la vie. L’enfant,
symbole de con nuité et de responsabilité, est parfois perçu comme
une charge, tandis que le chien, symbole du loisir et du
diver ssement, devient un subs tut affec f. Zêdess dénonce ainsi
une inversion des priorités : l’homme moderne semble préférer ce
qui lui demande moins d’effort et plus de plaisir immédiat.
Les conséquences de ce e dérive sont mul ples et profondes.
D’abord, la désagréga on de la cellule familiale : quand les parents
cessent d’éduquer, les enfants grandissent sans repères. Ce e crise
de la famille entraîne celle de la société tout en ère. On assiste à la
montée de la délinquance, du manque de respect, du désintérêt pour
les valeurs communautaires. Ensuite, la dépendance aux écrans
provoque l’isolement et l’individualisme : chacun vit enfermé dans
son monde virtuel, coupé des autres. Enfin, la perte du sens de la vie
familiale conduit à une crise de civilisa on où le progrès matériel
n’apporte plus ni bonheur ni paix intérieure. Comme l’écrivait Aimé
Césaire, « il n’y a pas de progrès véritable si l’homme y perd son âme.
»
Cependant, il ne s’agit pas pour Zêdess de rejeter la modernité, mais
d’en dénoncer les excès. La télévision, la technologie, les loisirs ne
sont pas mauvais en eux-mêmes ; ils le deviennent lorsque l’homme
en devient esclave. Il faut donc apprendre à les u liser avec
discernement, à redonner à la famille sa place centrale dans
l’éduca on et la construc on de l’avenir. L’Afrique, riche de ses
valeurs communautaires et de son humanisme, doit préserver cet
héritage en l’adaptant au monde moderne.
En défini ve, la parole de Zêdess est un cri du cœur, un
aver ssement contre la déshumanisa on que provoque la civilisa on
moderne lorsqu’elle oublie l’essen el : l’amour, la communica on et
la responsabilité. En laissant la télévision éduquer les enfants et les
objets remplacer les rela ons humaines, l’homme moderne court à
sa perte morale. Pour éviter ce naufrage, il faut réhabiliter le dialogue
familial, la chaleur humaine et le respect des valeurs sociales. Comme
le disait Amadou Hampâté Bâ, *« en Afrique, un vieillard qui meurt,
c’est une bibliothèque qui brûle. » À force d’abandonner nos
“bibliothèques vivantes” au profit des écrans, nous risquons de
devenir un con nent sans mémoire, sans âme et sans avenir.

Sujet 54 :
« Le téléphone, en rendant la communica on facile et rapide, l’a
simultanément rendue superficielle. »
Corinne Zyberberg

L’inven on du téléphone est l’une des révolu ons les plus


marquantes de l’histoire humaine. Elle a rapproché les peuples, aboli
les distances et facilité la diffusion des idées. Grâce à lui, la parole
traverse les con nents en un instant, abolissant les fron ères du
temps et de l’espace. Mais comme le souligne Corinne Zyberberg, ce
progrès technique, tout en rendant la communica on plus facile et
plus rapide, l’a aussi rendue plus superficielle. Ce e réflexion met en
lumière le paradoxe d’une époque où les hommes parlent davantage,
mais se comprennent de moins en moins.
Il faut reconnaître d’abord que le téléphone est un ou l
extraordinaire de rapprochement. Il a rendu possible ce qui, jadis,
paraissait impensable : joindre un parent à l’autre bout du monde,
régler une affaire urgente, partager une émo on en temps réel. En
Afrique, et notamment au Burkina Faso, le téléphone portable a
transformé la vie quo dienne. Il facilite les échanges commerciaux, la
coordina on des ac vités agricoles, l’accès à l’informa on et même la
ges on des urgences. Dans les zones rurales, il remplace parfois les
longues distances parcourues à pied pour transme re un message.
En ce sens, le téléphone est un véritable instrument de
développement et de progrès social.
Mais ce e facilité de communica on a un prix : celui de la profondeur
des rela ons humaines. À force de parler sans effort, on parle sans
a en on. Les échanges deviennent rapides, souvent banals, vidés de
leur sens. On ne prend plus le temps d’écouter, de réfléchir, de
ressen r. Les conversa ons, jadis moments de partage sincère, se
réduisent à des mots mécaniques : « Salut, ça va ? » — « Oui, et toi ?
» L’essen el disparaît sous la surface du bavardage. La parole,
autrefois sacrée, devient une simple formalité. Et plus l’homme
mul plie les moyens de communica on, plus il semble s’éloigner de
la véritable communion des esprits et des cœurs.
Ce phénomène s’est accentué avec l’avènement du smartphone et
des réseaux sociaux. Le téléphone n’est plus seulement un moyen de
parler, il est devenu un espace de spectacle. On s’y montre plus qu’on
ne s’y confie. Les “likes” remplacent les compliments, les “statuts”
remplacent les confidences. Ainsi, la communica on perd son
authen cité et devient une course à la visibilité. Les gens se
connectent sans jamais se rencontrer vraiment. Paradoxalement, le
téléphone qui devait rapprocher, isole. Chacun vit enfermé dans un
monde virtuel où l’apparence prend le pas sur la sincérité. Comme le
disait le philosophe Albert Jacquard, « nous communiquons de plus
en plus et nous nous comprenons de moins en moins. »
Pourtant, il serait injuste de condamner le téléphone lui-même.
L’appareil n’est qu’un ou l ; tout dépend de l’usage que l’homme en
fait. U lisé avec sagesse, il peut renforcer les liens familiaux, sauver
des vies, instruire, alerter, unir. C’est l’abus, la dépendance et la
paresse affec ve qu’il engendre qui en font un instrument de
superficialité. L’homme moderne, pressé, veut tout dire sans effort,
tout comprendre sans silence, tout partager sans présence. En réalité,
la vraie communica on exige du temps, de l’écoute et du regard —
des choses qu’aucun écran ne remplacera jamais.
En défini ve, Corinne Zyberberg a raison : le téléphone, en
rendant la communica on plus simple et plus rapide, l’a souvent
privée de son âme. Nous vivons dans un monde saturé de paroles,
mais affamé de sens. Il ne suffit plus de parler, il faut *se parler ; il ne
suffit plus d’être en contact, il faut être en lien. Le véritable progrès
ne consiste pas à mul plier les messages, mais à redonner à chaque
parole son poids humain. La technologie doit rester au service de la
rencontre, et non la remplacer. Comme l’écrivait Antoine de Saint-
Exupéry, « on ne voit bien qu’avec le cœur ; l’essen el est invisible
pour les yeux. » De même, on ne communique bien qu’avec l’âme —
non avec un écran.

Sujet 55
« L’aggloméra on moderne semble avoir signé un pacte avec la
violence. » — (Auteur africain)

La ville, symbole de progrès et de modernité, devait être un


espace d’épanouissement et de bien-être collec f. Elle incarne la
promesse d’un avenir meilleur, où la science, la technologie et la
culture se rencontrent pour améliorer la vie des hommes. Pourtant,
ce e même ville, lieu d’abondance et de lumière, est devenue le
théâtre d’une violence mul forme : agression, vol, misère,
corrup on, désespoir. L’auteur africain, en affirmant que
l’aggloméra on moderne semble avoir signé un pacte avec la
violence, met le doigt sur une contradic on douloureuse : celle d’un
monde urbain censé civiliser les hommes, mais qui souvent les
déshumanise.
Il faut d’abord reconnaître que la violence urbaine n’est pas un
hasard, mais une conséquence directe des réalités sociales et
économiques des villes modernes. L’exode rural massif, la pauvreté, le
chômage et l’injus ce sociale ont transformé les cités africaines en
zones de tension permanente. Dans des capitales comme
Ouagadougou, Abidjan ou Lagos, la promiscuité, le manque
d’infrastructures et l’inégalité criante entre riches et pauvres
alimentent la frustra on et la colère. Les jeunes, privés d’emploi et
d’avenir, deviennent la proie facile de la délinquance. Ce n’est donc
pas seulement la ville qui est violente, mais la société qui y concentre
ses contradic ons. Comme l’écrivait Frantz Fanon, « la misère est
mère de la révolte. »
Mais la violence des aggloméra ons modernes ne se limite pas à la
criminalité. Elle est aussi psychologique et morale. L’individualisme, la
compé on, le stress, la perte des repères culturels et spirituels
créent un climat d’agressivité silencieuse. L’homme des villes vit
entouré de monde, mais isolé dans son cœur. Il ne connaît plus son
voisin, il se méfie de tout visage inconnu, il se protège derrière des
murs, des caméras et des portails. La ville, autrefois lieu de
rencontres, devient un espace de méfiance et de solitude. Ce e
violence invisible, celle du mépris et de l’indifférence, est peut-être la
plus redoutable.
L’aggloméra on moderne, c’est aussi la violence du désordre et du
bruit, celle de la circula on chao que, de la pollu on, des marchés
saturés et des logements insalubres. Dans de nombreuses capitales
africaines, les bidonvilles entourent les quar ers riches comme une
ceinture de misère. Ce e proximité entre opulence et détresse
nourrit un sen ment d’injus ce permanente. Le rêve urbain se
transforme en cauchemar. C’est pourquoi l’auteur parle d’un « pacte
» : la ville moderne, en cherchant à concentrer les hommes et les
richesses, a aussi concentré les tensions et les haines.
Cependant, il serait exagéré de voir dans la ville uniquement une
fabrique de violence. Elle demeure aussi un lieu de culture, de
tolérance, de créa vité et d’ouverture. C’est dans les villes que
naissent les mouvements citoyens, les créa ons ar s ques, les
revendica ons démocra ques. Si la ville est violente, c’est peut-être
parce qu’elle est vivante, parce qu’elle porte en elle les lu es
nécessaires au changement. Les grandes révolu ons africaines — de
l’indépendance à la quête de jus ce sociale — ont toujours germé
dans les villes, là où la conscience collec ve s’éveille.
En défini ve, l’aggloméra on moderne, loin d’être un simple
espace géographique, est un miroir des contradic ons humaines. En
elle se côtoient la richesse et la misère, la lumière et l’ombre, la paix
et la violence. Dire qu’elle a « signé un pacte » avec la violence, c’est
reconnaître qu’elle est le produit d’un déséquilibre profond entre le
progrès matériel et la jus ce sociale. Tant que la ville africaine ne sera
pas un lieu d’équité, d’emploi et de dignité, elle con nuera de
fabriquer la colère et le désespoir. Mais si elle retrouve le sens de la
solidarité, de la culture et du dialogue, elle pourra rompre ce pacte
funeste et redevenir ce qu’elle aurait toujours dû être : un foyer
d’humanité.

*Sujet 56
« Entendez-vous de la publicité qu’elle vous amuse ou qu’elle vous
informe ? »

La publicité occupe aujourd’hui une place immense dans notre vie


quo dienne. Elle envahit les rues, les radios, la télévision, les réseaux
sociaux, et jusque dans nos téléphones. Elle nous parle sans cesse,
vante des produits, promet le bonheur, le succès, la beauté. On la
regarde, on l’écoute, parfois même sans s’en rendre compte. Mais
faut-il a endre de la publicité qu’elle nous instruise et nous éclaire,
ou simplement qu’elle nous diver sse ? La ques on est essen elle
dans un monde où l’image a pris le pouvoir sur la réflexion.

À l’origine, la publicité a pour but d’informer. Elle naît du


commerce et de la concurrence : chaque producteur veut faire
connaître son bien pour a rer le consommateur. En ce sens, elle
nous renseigne sur les produits disponibles, leurs qualités, leurs prix,
leurs nouveautés. Elle aide donc à orienter nos choix, à s muler
l’économie, à me re en rela on producteurs et clients. Lorsqu’une
publicité annonce l’arrivée d’un médicament, d’un livre, ou d’un
service u le, elle accomplit une fonc on d’informa on. Dans nos
sociétés modernes, où tout va vite, elle devient même un moyen
efficace de diffuser des messages sanitaires, poli ques ou citoyens.
Par exemple, les campagnes contre le tabac ou le VIH ont u lisé la
publicité pour sensibiliser la popula on. On peut donc dire qu’elle
par cipe, à sa manière, à l’éduca on du public.
Cependant, à mesure que le commerce s’est transformé en marché
mondial, la publicité a cessé d’être une simple informa on pour
devenir un spectacle. Elle ne vend plus un produit, elle vend du rêve.
Elle ne cherche plus à convaincre la raison, mais à séduire les
émo ons. Elle amuse, fait rire, émerveille ou choque, afin de mieux
marquer les esprits. Les publicitaires rivalisent d’imagina on pour
cap ver l’a en on d’un public de plus en plus distrait. La publicité
devient alors un art, un diver ssement. Elle raconte des histoires,
crée des héros, u lise des chansons ou des images qui nous font
sourire ou rêver. Dans ce sens, oui, elle amuse, et c’est même souvent
sa plus grande force.
Mais derrière ce e apparente légèreté, se cache une influence
profonde. À force de diver r, la publicité manipule. Elle nous pousse à
consommer ce dont nous n’avons pas besoin, en nous faisant croire
que le bonheur se trouve dans un téléphone, un parfum ou une
voiture. Elle fabrique des désirs ar ficiels et crée la frustra on chez
ceux qui ne peuvent suivre le rythme. Dans les sociétés africaines en
pleine muta on, ce e publicité occidentalisée tend parfois à effacer
les valeurs locales. Elle impose des modèles étrangers : peau claire,
jeunesse éternelle, richesse ostentatoire. Ce n’est plus seulement du
diver ssement, c’est un instrument de domina on culturelle.
Pourtant, on ne saurait nier que la publicité a aussi su s’adapter aux
réalités africaines. Certaines campagnes allient humour et
informa on pour sensibiliser les popula ons à des causes nobles : la
vaccina on, la protec on de l’environnement, la lu e contre la
corrup on. L’amusement devient alors un moyen pédagogique. C’est
dire que la publicité peut à la fois informer et diver r, à condi on
qu’elle ne perde pas de vue l’intérêt collec f.
En défini ve, on ne peut réduire la publicité ni à une simple source
d’amusement, ni à un pur instrument d’informa on. Elle est les deux
à la fois, mais dans des propor ons qu’il faut savoir maîtriser.
Lorsqu’elle amuse pour mieux informer, elle est u le et intelligente ;
mais lorsqu’elle amuse pour tromper et manipuler, elle devient
dangereuse. L’homme moderne doit donc apprendre à écouter la
publicité sans se laisser séduire, à sourire sans se laisser duper.
Comme le disait l’écrivain Jean Cocteau, *« la publicité, c’est la vérité
qui s’amuse » — mais encore faut-il que ce e vérité existe réellement
derrière le sourire des affiches.

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