Moda
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Octob re 2 016
TABLE DES MATIÈRES
Liste des figures 6
Résumé analytique 8
Introduction 10
Chapitre 5 : Analyse des causalités et regard critique sur les politiques et programmes actuels 70
5.1. Analyse des causalités 70
5.2. Regard critique sur les politiques et programmes existants 73
Bibliographie 79
Annexes 81
Annexe 1. Dimensions, indicateurs et seuils utilisés dans l’analyse N-MODA 81
Annexe 2. Variables de profil utilisées dans l’analyse N-MODA 82
Annexe 3. Les taux de privation, par région et par groupe d’âge 83
Annexe 4. Cartes des taux de privation multidimensionnelle selon différents seuils k, par groupe d’âge 85
Annexe 5. Formules utilisées dans l’analyse 88
4 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
EMICoV Enquête modulaire intégrée sur les conditions de vie des ménages
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LISTE DES FIGURES
Figure 1 : Évolution de l’incidence de la pauvreté monétaire entre 2011 et 2015 selon le milieu de résidence 13
Figure 2 : Pyramides des âges du Bénin en 2010 et 2030 15
Figure 3 : Indicateurs d’éducation, de santé et de nutrition par rapport au PIB par habitant - Comparaison
avec d’autres pays de la sous-région (2013-2014) 16
Figure 4 : Dimensions par groupe d’âge 23
Figure 5 : Distribution des privations, enfants de 0 à 17 ans 26
Figure 6 : Taux de pauvreté multidimensionnelle (k = 3) par département et distribution des privations
par milieu, enfants de 0 à 17 ans 28
Figure 7 : Chevauchement des privations par dimension, enfants de 0 à 17 ans 29
Figure 8 : Chevauchement des privations entre les dimensions santé, assainissement et logement,
enfants de 0 à 17 ans 30
Figure 9 : Chevauchement dans les dimensions santé, assainissement, logement : zones rurales (à gauche)
et ménages les plus pauvres, enfants de 0 à 17 ans 30
Figure 10 : Chevauchement des privations entre les dimensions santé, eau et assainissement, enfants de 0 à 17 ans 31
Figure 11 : Chevauchement dans les dimensions santé, assainissement, eau : zones rurales (à gauche)
et ménages les plus pauvres, enfants de 0 à 17 ans 31
Figure 12 : Incidence de la pauvreté monétaire par groupe d’âge 32
Figure 13 : Contribution de chaque groupe d’âge à la pauvreté des enfants (%) 33
Figure 14 : Incidence de la pauvreté monétaire des enfants par milieu et par département de résidence 33
Figure 15 : Incidence de la pauvreté monétaire des enfants par groupe d’âge et par milieu de résidence 34
Figure 16 : Pauvreté monétaire des enfants (à gauche) et privation multidimensionnelle (à droite),
par département, enfants de 0 à 17 ans 35
Figure 17 : Taux de privation par indicateur, enfants de 0 à 23 mois 37
Figure 18 : Taux de privation par dimension, enfants de 0 à 23 mois 38
Figure 19 : Distribution des privations, enfants de 0 à 23 mois 39
Figure 20 : Taux de pauvreté multidimensionnelle (k = 3), par département et distribution des privations
par milieu, enfants de 0 à 23 mois 40
Figure 21 : Chevauchement des privations par dimension, enfants de 0 à 23 mois 41
Figure 22 : Chevauchement des privations entre les dimensions alimentation, nutrition et santé,
et les dimensions santé, eau et assainissement, enfants de 0 à 23 mois 41
Figure 23 : Chevauchement entre la pauvreté monétaire et la privation multiple, enfants de 0 à 23 mois 42
Figure 24 : Caractéristiques des enfants pauvres/privés, enfants de 0 à 23 mois 42
Figure 25 : Taux de privation par indicateur, enfants de 24 à 59 mois 43
Figure 26 : Taux de privation par dimension, enfants de 24 à 59 mois 44
Figure 27 : Distribution des privations, enfants de 24 à 59 mois 45
Figure 28 : Taux de pauvreté multidimensionnelle (k = 3), par département et distribution des privations
par milieu, enfants de 24 à 59 mois 46
Figure 29 : Chevauchement des privations par dimension, enfants de 24 à 59 mois 47
Figure 30 : Chevauchement des privations entre les dimensions santé, eau et assainissement,
enfants de 24 à 59 mois 47
Figure 31 : Chevauchement des privations entre les dimensions santé, eau, assainissement par statut
de pauvreté (pauvre à gauche/60 % plus riche à droite), enfants de 24 à 59 mois 48
Figure 32 : Chevauchement entre la pauvreté monétaire et la privation multidimensionnelle,
enfants de 24 à 59 mois 48
Figure 33 : Caractéristiques des enfants pauvres/privés, enfants de 24 à 59 mois 49
Figure 34 : Taux de privation par indicateur, enfants de 5 à 10 ans 49
Figure 35 : Taux de privation par dimension, enfants de 5 à 10 ans 50
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La pauvreté et les privations de l´enfant au Bénin
RÉSUMÉ ANALYTIQUE
Cette étude a pour objectif d’analyser la pauvreté et les privations que subissent les enfants au Bénin
et qui pourraient entraver leur bon développement physique et psychique. La prévalence de la
pauvreté monétaire des enfants est donc estimée ainsi que celle de la pauvreté non monétaire.
La méthodologie utilisée pour évaluer la pauvreté non monétaire est un outil relativement nouveau,
la MODA (Multiple Overlapping Deprivation Analysis) : l’analyse du chevauchement des privations
multiples. Les privations sont estimées pour les tranches d’âge de 0 à 23 mois, 24 à 59 mois, 5 à 10
ans, 11 à 14 ans et 15 à 17 ans. Quant aux dimensions analysées, elles varient en fonction de l’âge de
l’enfant, les besoins essentiels n’étant pas homogènes durant l’enfance. C’est ainsi que l’éducation et
l’information ne sont analysées que pour les enfants de plus de 5 ans, tandis que l’alimentation et la
nutrition sont utilisées uniquement pour les enfants de moins de 5 ans, et le logement, l’assainissement,
l’eau et la santé pour tous les enfants de 0 à 17 ans.
L’analyse montre que la grande majorité des enfants de 0 à 17 ans au Bénin subit plusieurs privations
à la fois, le plus souvent 3 privations simultanément. La prévalence de la privation multidimensionnelle
est de 64,5 % lorsque le seuil de privation multidimensionnelle est fixé à k = 3. Cela se confirme lors des
analyses pour chaque groupe d’âge. Ces enfants vulnérables vivent le plus souvent en milieu rural
(75,4 % de prévalence) et dans les départements situés dans la partie nord du pays (Alibori, Borgou,
Donga et Atacora). Bien que moins importante, la pauvreté infantile urbaine reste tout de même très
élevée (50 %).
Les caractéristiques du ménage qui prédisent le mieux le statut de privation de l’enfant sont tout
d’abord le niveau de bien-être du ménage, ensuite les caractéristiques de la mère (l’éducation et
la situation socio-économique) et enfin le niveau d’éducation du chef de famille. L’identification des
caractéristiques communes aux enfants privés permet de mieux cibler les programmes vers ceux qui
en ont le plus besoin, le ciblage favorisant plus d’équité et étant parfois nécessaire dans un contexte
de contrainte budgétaire.
Une analyse de la pauvreté monétaire des enfants a été réalisée en utilisant les données de
l’enquête modulaire intégrée sur les conditions de vie des ménages 2015 (EMICoV). 43,3 % des enfants
de 0 à 17 ans vivent dans des ménages pauvres en 2015 contre 41,3 % en 2011, soit une hausse de 2 %.
Cette pauvreté est plus accentuée parmi les enfants de moins de 10 ans, qui représentent environ 74
% des enfants pauvres au niveau national. En particulier, les enfants de moins de 5 ans représentent
environ 40 %. Cette pauvreté monétaire se caractérise par de fortes disparités géographiques, avec
les régions des Collines, du Couffo et de Mono enregistrant des taux supérieurs à 50 %.
L’analyse a aussi mis en évidence le fait que le bien-être économique n’explique pas complètement
les privations. En effet, l’analyse du chevauchement des privations et de la pauvreté monétaire
montre que le chevauchement entre les deux types de pauvreté n’est pas total. Une part importante
d’enfants sont privés mais non pauvres (environ un tiers). Une comparaison des cartes de pauvreté
monétaire et de pauvreté multidimensionnelle montre aussi que la pauvreté multidimensionnelle
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est plus élevée que la pauvreté monétaire. La différence est particulièrement marquée dans les
départements de l’Alibori, du Borgou, de la Donga, de l’Atacora et de l’Ouémé. Cette situation
semble indiquer que la fourniture de biens et de services de base est davantage limitée par l’offre
inexistante ou de faible qualité, de sorte qu’un niveau suffisant de ressources financières ne puisse
empêcher l’existence de privations dans divers aspects du bien-être des enfants et des ménages.
Toutefois, ces différences pourraient aussi résulter d’une faible demande de services sociaux en
raison des autres facteurs susmentionnés. Cette différence montre non seulement que les deux types
de pauvreté sont différents conceptuellement, mais que plus de recherches doivent être menées afin
de mieux comprendre les liens entre les privations et la pauvreté monétaire au Bénin.
Le présent rapport a, par ailleurs, fait ressortir les causes des constats majeurs de l’analyse MODA à
travers une étude qui distingue les causes immédiates, sous-jacentes et structurelles.
Il est apparu que les problèmes de gouvernance, de faible capacité programmatique et de contrôle
sont à la base de la faible performance des politiques, stratégies et actions mises en œuvre par le
Gouvernement dans le cadre de la lutte contre la pauvreté qui pourraient gagner en pertinence et
en efficacité. Ces facteurs limitants, ajoutés aux entraves liées aux us et coutumes, aux croyances, à
l’insuffisance d’information et d’éducation, à une gestion parcellaire et exclusive, etc., inhibent les
efforts consentis et réduisent la demande de services sociaux et leur accessibilité, de telle sorte que
les privations de l’enfant au Bénin persistent.
Dans ce sens, le rapport suggère quelques stratégies complémentaires susceptibles de stimuler les
changements qualitatifs attendus des programmes en cours d’exécution pour le bien-être de l’enfant
et de la mère au Bénin. Ces recommandations sont les suivantes :
• s’assurer que le concept de pauvreté des enfants soit mesuré dans les systèmes nationaux de
collecte, et ce dans le but de suivre l’Objectif développement durable consistant à mettre fin à la
pauvreté des enfants sous toutes ses formes à l’horizon 2030 ;
• veiller à l’application effective des lois, puis mettre en place un environnement incitatif à la bonne
gouvernance et à l’éthique tant dans l’administration publique que dans le secteur privé. La mise
en œuvre de cette recommandation pourrait être réalisée via des mesures pour la maîtrise et le
contrôle des coûts, afin d’appliquer une gestion tournée vers la production de services de bonne
qualité et accessibles aux populations ;
• systématiser l’utilisation du mécanisme unique de ciblage des plus pauvres pour plus d’équité
dans l’offre des services sociaux de base sur toute l’étendue du territoire national ;
UNICEF BÉNIN 9
• améliorer le ciblage des ménages et des zones les plus défavorisées en particulier dans
les départements où vivent les enfants les plus privés (Alibori, Borgou, Donga et Atacora,
Couffo, Mono) pour plus d’équité dans la mise en œuvre des politiques et programmes de
développement;
Introduction
Cette étude a pour objectif d’analyser la pauvreté et les privations que subissent les enfants au Bénin
et qui pourraient entraver leur bon développement physique et psychique. La prévalence de la
pauvreté monétaire des enfants est donc estimée ainsi que celle de la pauvreté non monétaire.
La méthodologie utilisée pour évaluer la pauvreté non monétaire est un outil relativement nouveau,
la MODA (Multiple Overlapping Deprivation Analysis) : l’analyse du chevauchement des privations
multiples. Cette étude permettra de comprendre les privations (leur profondeur, leur sévérité et les
combinaisons de privations multiples), d’identifier, de localiser et d’établir un profil des enfants et des
familles pauvres et privés, et d’essayer de comprendre pourquoi cette population est et reste pauvre
et/ou privée, et sous quelles conditions la pauvreté est reproduite de génération en génération.
Cet exercice devrait guider l’élaboration de politiques efficaces pouvant réduire les privations des
enfants, et rompre à moyen et long termes le cercle vicieux de la pauvreté.
Contrairement à la plupart des méthodes d’analyse de la pauvreté des enfants qui utilisent comme
proxy le niveau de bien-être, de revenus ou encore de dépenses au niveau des ménages, l’outil
MODA est centré sur l’accès à divers biens et services essentiels à la survie et au développement
de l’enfant. L’enfant, en lieu et place du ménage, devient l’unité d’analyse. Les mesures monétaires
sont peu adaptées pour estimer le bien-être des enfants, parce que les enfants ne perçoivent ni ne
contrôlent les revenus au sein du ménage. Les revenus du ménage pourraient donc ne pas être,
prioritairement, dépensés dans leur intérêt. De plus, la pauvreté peut avoir des effets à long terme et
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altérer la vie d’un enfant pour toujours. Par exemple, une bonne nutrition durant les premiers 1 000
jours de la vie d’un enfant est essentielle pour bâtir le capital humain de l’enfant et de l’adulte qu’il
sera plus tard. Les retours sur investissements dans le cas des enfants se font donc dans le futur mais les
décideurs politiques sont tentés de se focaliser sur le présent, ignorant ainsi le futur.
Ce rapport présente donc une analyse détaillée des privations des enfants en termes d’alimentation
du nourrisson et du jeune enfant et d’état de croissance de ces enfants, mesurées par des indices
anthropométriques, et en termes d’accès à des services de santé et d’éducation, à l’eau potable,
à des services d’assainissement, à un logement décent et à l’information. Toutes ces dimensions
sont essentielles à la survie et au bon développement de l’enfant et sont plus ou moins pertinentes
en fonction de son âge. De plus, le non-respect de chacune de ces dimensions représenterait une
violation des droits de l’enfant, pouvant avoir des conséquences à long terme sur l’enfant et la
société en général. Les privations sont estimées pour les groupes d’âge suivants : les enfants de 0 à 23
mois, de 24 à 59 mois, de 5 à 10 ans, de 11 à 14 ans et de 15 à 17 ans. Ce rapport présente également
les résultats de la pauvreté monétaire des enfants pour ces mêmes tranches d’âge.
Le rapport est organisé comme suit. Le chapitre 1 présente le contexte général du Bénin en termes
de pauvreté et d’accès aux services sociaux de base. Le chapitre 2 décrit la méthodologie utilisée
lors de cette étude et plus particulièrement l’outil MODA pour l’estimation des privations des enfants.
Le chapitre 3 présente les résultats de l’analyse de pauvreté multidimensionnelle et de pauvreté
monétaire des enfants au Bénin. Ces analyses montrent que bien souvent les enfants qui sont privés le
sont dans plusieurs dimensions à la fois, et que le chevauchement entre les deux types de pauvreté
n’est pas total. Le chapitre 4 présente les résultats de l’analyse pour chaque groupe d’âge. Le rapport
conclut en présentant les principales conclusions de l’analyse MODA et leurs implications en termes
de politiques sociales (chapitre 5 et 6).
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Chapitre 1
Le taux de croissance démographique, l’un des plus élevés en Afrique, est passé de 3,25 % à 3,5 % entre
2009 et 2013. Cette croissance démographique est la résultante d’une mortalité en baisse et d’une
fécondité toujours élevée. En effet, le niveau de mortalité des enfants de moins de 5 ans est en baisse
depuis 1992 avec un effort remarquable réalisé entre 2002 et 2013 au niveau des trois composantes de
la mortalité des moins de 5 ans. En ce qui concerne le nombre moyen d’enfants qu’une femme espère
avoir à la fin de sa vie féconde (ISF) en 2013, il est estimé à 4,8 enfants par femme.
La dynamique de la croissance économique au Bénin est, cependant, restée trop lente pour assurer
une réduction sensible et durable de la pauvreté, face à une forte croissance démographique. Cette
croissance qui ne suit pas le rythme de la croissance démographique subit ainsi une pression élevée
de la demande sociale, qui étouffe les efforts non encore soutenus de développement avec comme
corollaire l’accroissement de la pauvreté.
En 2015, la proportion de personnes pauvres s’est accrue de 3,9 points, passant de 36,2 % en 2011
à 40,1 % en 2015 (Figure 1). L’écart de pauvreté mesurant la distance moyenne entre le seuil de
pauvreté et le revenu moyen des pauvres a connu une aggravation, passant respectivement de
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0,098 en 2011 à 0,18 en 2015. Les inégalités parmi les pauvres se sont également accentuées, passant
de 0,039 en 2011 à 0,12 en 2015.
La pauvreté est un phénomène essentiellement rural, même si elle reste aussi élevée en milieu urbain,
avec une prévalence de 35,8 % en zones urbaines et de 43,6 % en zones rurales. Toutefois, l’aggravation
de la pauvreté est plus marquée en milieu urbain (4,4 % contre 3,9 % pour le milieu rural)..
Quant à la pauvreté non monétaire estimée par les biens des ménages et les caractéristiques de leur
logement, le taux de prévalence est estimé à 28,70 % en 2015 contre 30,16 % en 2011, traduisant ainsi
les efforts réalisés en termes d’amélioration dans l’accès aux infrastructures de base.
La pauvreté non monétaire reste aussi essentiellement rurale. En plus d’être les plus touchés par la
pauvreté non monétaire (à l’image de la pauvreté monétaire), les ménages ruraux ont connu une
détérioration de leurs conditions en 2015 par rapport à 2011 (l’incidence est passée de 32,88 % en
2011 à 36,00 % en 2015), contrairement aux ménages urbains qui ont connu une amélioration.
De fortes disparités régionales persistent aussi bien pour la pauvreté monétaire que non monétaire.
Sur le plan monétaire, en 2015, sept départements sur douze ont connu une incidence supérieure à la
moyenne nationale. Ainsi, la pauvreté a touché plus de 40 % de la population dans les départements
de l’Atacora (42,33 %), de l’Atlantique (41,34 %), des Collines (47,20 %), du Couffo (49,31 %), de la
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Donga (42,48 %), du Mono (46,83 %) et du Zou (42,80 %). À l’opposé, les autres départements ont
connu une incidence de pauvreté en dessous de la moyenne nationale ; c’est le cas notamment du
Littoral et de l’Ouémé qui ont affiché une incidence de plus de douze points en moins par rapport au
niveau national.
Une analyse approfondie de la pauvreté au Bénin menée en 2014 permet une meilleure
compréhension des caractéristiques et de la dynamique de la pauvreté (monétaire et non
monétaire) au Bénin de 2006 à 2011. La taille du ménage constitue un facteur de vulnérabilité, tandis
que le niveau d’éducation permettrait de réduire la probabilité d’être pauvre, la pauvreté étant plus
sévère dans les ménages avec un chef de famille sans instruction. Le rapport montre aussi que la
pauvreté au Bénin a tendance à être plutôt de nature temporaire que permanente.
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Figure 3 : Indicateurs d’éducation, de santé et de nutrition par rapport
au PIB par habitant - Comparaison avec d’autres pays de la sous-région
(2013-2014)
Éducation. À l’endroit des enfants, des progrès ont été réalisés en ce qui concerne notamment
l’augmentation de la scolarisation dans l’enseignement primaire, mais les défis restent encore
importants. En 2014, le taux net de fréquentation de l’école primaire est de 74,9 %, ne permettant
pas encore d’atteindre la cible de 100 % souhaitée. Mais comparée aux années précédentes, la
croissance de cet indicateur apparaît de moins en moins forte. En effet, le taux net de fréquentation
est passé de 66,4 % en 2000 à 72,9 % en 2010 et 74,4 % en 2011. Dans le secondaire, le taux net de
fréquentation est de 44 % en 2014.
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Ces progrès peuvent s’expliquer par l’augmentation significative des dépenses d’éducation du
Bénin, à travers entre autres l’introduction de la gratuité des frais de scolarité. Cependant, malgré
ces améliorations, le système éducatif reste confronté à des défis liés à l’accessibilité, l’équité et la
qualité, avec des taux d’achèvement du primaire bas, et un taux important de redoublement qui
représente pourtant une des causes de l’abandon scolaire. D’importantes disparités liées au genre,
à la localisation géographique, à l’âge au début de l’année scolaire, au niveau d’instruction de la
mère et au niveau de bien-être économique persistent.
Santé et nutrition de l’enfant. Les maladies durant la petite enfance peuvent avoir un impact
important sur le développement de l’enfant. Au Bénin, le paludisme, les infections respiratoires
aiguës (IRA) et les maladies gastro-intestinales demeurent parmi les principales causes de mortalité
et de morbidité chez l’enfant. Malgré les efforts du Gouvernement (entre autres, la gratuité de la
césarienne, la gratuité de la prise en charge du paludisme chez les enfants de moins de 5 ans et
les femmes enceintes), les risques pour la santé de l’enfant et de la mère restent élevés. Le taux de
mortalité des moins de 5 ans est de 115 pour mille en 2014. Les risques de mortalité et de morbidité
sont amplifiés par la malnutrition, qui reste un fléau national. En 2014, 34 % des enfants de moins
de 5 ans étaient atteints de malnutrition chronique et 18 % d’insuffisance pondérale. Quant à
la mortalité maternelle, elle est de 347,2 décès pour 100 000 naissances vivantes . Les risques
concernant la santé reproductive sont amplifiés par la fécondité précoce qui est un facteur de
risque pour la mère et l’enfant. Le taux de fécondité chez les adolescentes de 15 à 19 ans était
de 9,4 % en 2014. En plus d’augmenter le risque de décès et de morbidité maternels et infantiles,
la fécondité précoce a un effet néfaste sur le taux de scolarisation des jeunes filles, ce qui est
inquiétant étant donné que le niveau d’éducation des mères est fortement lié à l’incidence et
à l’intensité des privations subies par leurs enfants, perpétuant ainsi les privations de génération
en génération. La qualité des soins de santé ainsi que l’inaccessibilité financière demeurent les
principales causes du déficit d’utilisation des services de santé.
Eau et assainissement. En 2014, 72 % de la population béninoise ont utilisé une source améliorée
d’eau de boisson (77 % en milieu urbain et 68 % en milieu rural). Quant à l’assainissement, les chiffres
sont plus alarmants, avec à peine 33 % de la population ayant accès à des installations sanitaires
améliorées en 2014. La situation est pire en milieu rural (16 % contre 53 % en milieu urbain). L’accès
limité à l’eau potable et à un assainissement adéquat augmente les risques de maladies chez
l’enfant, notamment les risques de diarrhée, et dégrade l’état nutritionnel de l’enfant.
Protection de l’enfant. Elle touche plusieurs aspects de la vie de l’enfant. Pour les nourrissons et les
jeunes enfants, l’enregistrement des naissances est considéré comme un moyen fondamental de
garantir le droit inaliénable de bénéficier d’une identité et d’une nationalité dès sa naissance, et
d’être considéré comme un membre à part entière de la société. En 2014, il a été effectif pour un peu
plus de huit enfants de moins de 5 ans sur dix (85 %). Mais ils ne sont que 75 % à détenir un certificat
de naissance. Il en résulte que des défis restent à relever pour assurer que tous les enfants détiennent
effectivement leurs certificats de naissance.
UNICEF BÉNIN 17
Pour les enfants d’âge scolaire, en considérant les méthodes de discipline violente, 87 % des enfants
ont subi une agression psychologique suivie de n’importe quel châtiment physique (74 %) et, dans
une moindre mesure (23 %), un châtiment physique sévère (frapper l’enfant sur la tête, les oreilles ou
le visage ou le frapper avec force et à plusieurs reprises). La violence entrave le développement, les
capacités d’apprentissage et les performances scolaires de l’enfant ; elle inhibe les relations positives
et provoque une faible estime de soi, une détresse et une dépression émotionnelles.
S’agissant du travail des enfants, l’enquête MICS 2014 a révélé que la participation des enfants à
des activités économiques diminue avec l’âge de l’enfant. En effet, 42 % des enfants âgés de 5-11
ans sont engagés dans des formes d’activités économiques (au moins une heure) pouvant être
considérées comme un travail selon les définitions internationales du travail des enfants contre
respectivement 34 % des 12-14 ans pour du travail pendant au moins 14 heures par semaine et 10 %
des 15-17 ans pour au moins 43 heures par semaine. En revanche, la proportion d’enfants engagés
dans des formes d’activités économiques non considérées comme un travail augmente avec l’âge
des enfants passant de 32 % chez les 12-14 ans à 59 % chez les 15-17 ans. Selon le sexe de l’enfant, la
proportion d’enfants travaillant est plus élevée chez les garçons que chez les filles, surtout dans la
tranche d’âge 5-11 ans (45 % des garçons contre 39 % des filles).
Il a été suivi d’une Stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté (SCRP2, 2007-2009),
puis de la SCRP3 couvrant la période 2011-2015. À travers cette troisième génération de la SCRP, le
Gouvernement s’est engagé à assurer une plus grande équité dans la redistribution des fruits de la
croissance aux plus pauvres et aux plus vulnérables grâce à des allocations de ressources et des
transferts ciblés aux secteurs sociaux. Les prévisions des crédits à accorder aux secteurs sociaux
représentent en moyenne 33,8 % des dotations budgétaires totales sur la période 2011-2015, à savoir
17,9 % pour l’éducation, 13,4 % pour la santé et 2,4 % pour le développement social et culturel.
Au terme de la mise en œuvre de la SCRP 3, il est noté que les niveaux attendus pour les secteurs
sociaux sont globalement atteints , notamment au niveau de l’éducation. Mais au niveau de la
santé, les crédits accordés se situent loin des prévisions (7 % contre 13,4 % attendus). Par ailleurs,
des efforts importants restent à réaliser pour assurer plus d’équité dans la répartition géographique
des ressources, et plus d’efficacité et d’efficience dans la gestion administrative et fonctionnelle de
ces deux secteurs. En effet, l’affectation des ressources aux départements du pays et aux différents
niveaux de la pyramide sanitaire n’a pas suffisamment respecté les règles d’équité puisque les
problèmes spécifiques à résoudre ou le niveau de pauvreté des localités concernées ne semblent
pas être pris en compte. En ce qui concerne le secteur de la protection, les performances obtenues
après la mise en œuvre de la SCRP restent en deçà des prévisions contenues dans la SCRP3.
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L’analyse de l’exécution financière des budgets des secteurs sociaux montre que le taux
d’exécution est en dessous de celui du budget général de l’État et que la priorité est accordée aux
dépenses de fonctionnement. Le taux d’exécution des dépenses en capital dans ces secteurs reste
faible par rapport au rythme de consommation des crédits des dépenses courantes. Les principales
raisons de la faiblesse du taux d’exécution des dépenses en capital sont :
• l’exécution tardive des tâches préalables à l’exécution du budget (chargement des crédits dans
le SIGFIP, élaboration et validation des PPM, des PTA et des fiches de financement des activités) ;
• la non-maîtrise par certains gestionnaires de crédits des procédures d’exécution des dépenses
publiques et de passation des marchés ;
• le manque d’anticipation au niveau des ministères (préparation des dossiers d’appels d’offres à
temps, dès la transmission du budget à l’Assemblée nationale, et leur finalisation après le vote du
budget) et le lancement tardif des appels d’offres ;
• la disponibilité tardive des listes des établissements devant bénéficier d’infrastructures scolaires.
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Chapitre 2
MÉTHODOLOGIE DE L’ÉTUDE
Cette étude est le fruit d’un processus participatif qui a débuté par un atelier de démarrage
en janvier 2016. Outre le lancement de l’étude, l’atelier avait comme objectif le renforcement
des capacités locales dans l’utilisation de la méthodologie MODA, la discussion et le choix des
paramètres d’analyse N-MODA. Étaient réunis pour les discussions et le renforcement des capacités
la Direction générale des politiques de développement (DGPD) et le comité de pilotage ainsi que les
consultants (nationaux et internationaux) et le bureau de l’UNICEF Bénin.
Le rapport a pour ambition de produire des informations descriptives et analytiques sur la pauvreté
et les privations de l’enfant béninois ainsi que les choix stratégiques pour contrer cette pauvreté. La
méthode analytique utilisée pour l’étude est la méthodologie MODA. Une analyse causale a aussi
été menée afin de comprendre les privations des enfants et les facteurs explicatifs de leurs évolutions.
Tous ces travaux devront mener à l’identification des axes stratégiques et opérationnels pour une
meilleure prise en compte des droits des enfants dans la stratégie de réduction de la pauvreté SCRP4.
Les deux sous-sections qui suivent présentent la méthodologie utilisée pour l’analyse des privations
ainsi que pour la pauvreté monétaire.
L’outil MODA, l’analyse du chevauchement des privations multiples, est la méthodologie utilisée dans
ce rapport pour mesurer la privation multidimensionnelle parmi les enfants de 0 à 17 ans au Bénin.
MODA est un outil développé par l’UNICEF et fait partie des efforts de l’UNICEF pour générer des
données de qualité sur la pauvreté des enfants et les disparités existant entre eux. Elle s’appuie sur
des études et des contributions antérieures, telles que l’étude mondiale de l’UNICEF sur la pauvreté
et les disparités des enfants dite approche Bristol (Gordon et al., 2003 ; UNICEF, 2007), l’indice de
pauvreté multidimensionnelle (MPI) développé par l’Oxford Poverty and Human Development
Initiative (OPHI) (Alkire et Santos, 2010 ; Alkire et Foster, 2011), ainsi que d’autres recherches menées
dans le domaine de la pauvreté multidimensionnelle. À la différence des études précédentes, MODA
se concentre sur la pauvreté des enfants et apporte quelques contributions originales au débat de la
pauvreté multidimensionnelle :
• MODA utilise une approche holistique centrée sur l’enfant. L’enfant est l’unité d’analyse (plutôt que
le ménage), et le choix des dimensions et indicateurs est inspiré par leur pertinence pour la mesure
du bien-être des enfants (besoins essentiels, droits fondamentaux des enfants) ;
20 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
• les multiples aspects de la vie des enfants sont placés simultanément au centre de toute l’analyse.
L’enfant est pris en compte dans son intégralité. L’analyse complète les analyses sectorielles en
mettant l’accent sur les privations multiples et leur chevauchement ;
• MODA adopte une approche « cycle de vie », et reconnaît que les besoins des enfants ne sont pas
homogènes au cours de leur enfance. Cette approche permet de prendre en considération des
groupes d’âge distincts afin de refléter les différences de besoins entre la période de bas âge, de
la petite enfance, de l’enfance et de l’adolescence ;
• MODA permet de créer des profils d’enfants privés. Elle aide à l’identification des groupes
particulièrement défavorisés ou vulnérables, et permet de déterminer leurs caractéristiques
sociales et géographiques. Ces informations contribuent à améliorer le ciblage et à rendre plus
efficaces les politiques et interventions en faveur de ces enfants défavorisés ou vulnérables.
Paramètres utilisés pour l’analyse. La base de données utilisée pour le N-MODA Bénin est le Multiple
Indicator Cluster Survey ou MICS 5 (2014). Le MICS n’ayant pas de données sur le revenu, une analyse
de la pauvreté monétaire a été réalisée et est présentée dans la section 4.2 sur la base des données
de l’Enquête modulaire intégrée sur les conditions de vie des ménages (EMICoV) 2015.
Quant au choix des indicateurs, des dimensions et des seuils, il a été effectué au cours de
discussions à Cotonou et à Ouidah avec l’UNICEF et les partenaires nationaux, à savoir la Direction
générale des politiques de développement (DGPD) et le comité de pilotage. Les paramètres
finaux reflètent donc les spécificités nationales, les priorités politiques et sociales et la disponibilité
des données. Huit dimensions ont été retenues pour l’analyse : l’alimentation, la nutrition, la santé,
l’eau, l’assainissement, le logement, l’éducation et l’information. Quatre des dimensions (santé,
eau, assainissement et logement) ont été analysées pour toutes les tranches d’âges, tandis que la
nutrition et l’alimentation ont été utilisées pour les jeunes enfants (les moins de 5 ans), et l’éducation
et l’information pour les enfants plus âgés (5 à 17 ans). La dimension de la protection de l’enfant,
UNICEF BÉNIN 21
bien que très importante pour le développement de l’enfant, n’a pas été retenue pour l’analyse ;
Ceci malgré un choix initial d’inclure cette dimension pour l’analyse. Le nombre important de
valeurs manquantes pour les indicateurs (c’est-à-dire l’occurrence de disciplines physiquement
et psychologiquement violentes d’un des enfants de 1 à 14 ans du ménage) constituant cette
dimension a eu raison du choix initial.
Cinq groupes d’âges ont été sélectionnés afin de tenir compte de l’hétérogénéité des besoins des
enfants pendant les dix-sept premières années de leur vie (approche cycle de vie) : les enfants de 0 à
23 mois, 24 à 59 mois, 5 à 10 ans, 11 à 14 ans et 15 à 17 ans.
En plus de l’analyse par groupe d’âge, une analyse des privations sectorielles et multidimensionnelles
a été produite pour toute la population des enfants au Bénin, c’est-à-dire ceux âgés de 0 à 17 ans.
Cependant, en accord avec l’approche cycle de vie, les besoins des enfants évoluent et ne sont pas
homogènes de 0 à 17 ans. Dans un souci de cohérence et en admettant que la privation ne peut
être mesurée de manière égale (en considérant les mêmes dimensions) pour tous les enfants, les
dimensions de privation considérées pour chaque groupe d’âge restent spécifiques lors de l’analyse
de la privation multidimensionnelle. D’autre part, nous ne pouvons estimer les taux de privation
sectorielle pour les 0 à 17 ans du fait de ces différentes combinaisons de dimensions utilisées pour
mesurer la privation multidimensionnelle. Ces taux de privation par secteur (dimension) sont donc
rapportés seulement pour les dimensions de privation partagées par tous les groupes d’âge : santé,
eau, assainissement et logement. Malgré la complexité des décisions à prendre et des compromis à
faire afin de produire ces taux pour toute la population des enfants, cet exercice reste important et
permet notamment de créer un taux de référence pour la pauvreté multidimensionnelle des enfants
afin de réaliser le suivi des Objectifs de développement durable, plus particulièrement de la cible 1.2.
La figure 4 illustre les dimensions sélectionnées pour chaque groupe d’âge (voir l’annexe 1 pour
tous les détails concernant les dimensions, indicateurs et seuils utilisés pour chaque groupe d’âge).
La plupart des dimensions comme la nutrition, la santé, l’eau, le logement ou l’éducation sont
constituées de plusieurs indicateurs. Cela permet d’avoir une image assez complète de l’état
de privation dans la dimension considérée. Ainsi, un enfant est considéré comme privé dans
la dimension si au moins un des indicateurs appartenant à cette dernière n’atteint pas le seuil
recommandé.
La méthodologie MODA n’attribue pas de pondération aux indicateurs. S’il y a plus d’un indicateur
par dimension, alors l’analyse MODA utilise l’approche d’union afin de déterminer si l’enfant est privé
ou non dans la dimension. De même, toutes les dimensions dans l’analyse des privations ont le même
poids : toutes les privations que subit un enfant sont d’égale importance, puisque ces privations
représentent la non-réalisation d’un ou plusieurs droits de l’enfant, selon la Convention des droits de
l’enfant (CDE) et d’autres normes internationales.
Les variables de profil sont des caractéristiques individuelles ou des ménages qui permettent
d’identifier les enfants les plus défavorisés, de définir leurs caractéristiques et de mettre en exergue
les disparités entre les différents groupes socio-économiques. Dans cette étude, plusieurs variables
communes à toutes les tranches d’âges ont été retenues. Certaines variables de profil ont été
retenues uniquement pour certains groupes d’âge, ce qui permettra une analyse plus fine et
spécifique (voir l’annexe 2 pour toutes les variables).
22 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
0-23 mois 24-59 mois 5-10 ans 11-14 ans 14-17 ans
* La dimension alimentation n’est utilisée que dans l’analyse sectorielle et non dans l’analyse
multisectorielle du fait de valeurs manquantes importantes dans le 2e cas, comme expliqué plus bas
dans le rapport.
Méthodologie appliquée. MODA est une méthodologie destinée à mesurer et analyser l’incidence,
l’intensité et la sévérité de la pauvreté infantile selon les quintiles (si possible) de bien-être
économique, la situation géographique et les caractéristiques des ménages auxquels ces enfants
appartiennent. L’étude est composée d’une analyse sectorielle d’une part et d’une analyse
multidimensionnelle d’autre part.
• Estimation du taux de privation par indicateur et par dimension. Le taux de privation pour chaque
indicateur représente la part des enfants privés dans cet indicateur. De même, le taux de privation
par dimension estime la part des enfants privés dans cette dimension.
UNICEF BÉNIN 23
Analyse multidimensionnelle
• Estimation du nombre de privations subies en simultané par chaque enfant. Ce type d’analyse
permet de déterminer le nombre exact de privations subies par chaque enfant d’un groupe
d’âge. Les résultats de cette analyse sont illustrés sous forme d’un graphique présentant la
distribution du nombre de privations subies, simultanément, par tous les enfants du groupe d’âge.
En appliquant un seuil de privation multidimensionnelle, le comptage des privations par enfant est
utilisé pour l’identification des enfants multidimensionnellement pauvres.
Indice de bien-être économique. La base de données du MICS n’ayant pas de données sur la
pauvreté monétaire, un indice de bien-être économique a été estimé à partir des biens du ménage.
L’indice permet d’estimer le niveau relatif de richesse des ménages, afin de les classer par quintile de
bien-être économique et de déterminer leur statut de pauvre/non pauvre. Les enfants vivant dans
des ménages se situant dans les deux quintiles les plus pauvres sont considérés comme pauvres. Les
quintiles de bien-être économique ainsi que le statut de pauvreté sont utilisés pour le profilage des
enfants privés/non privés.
Une analyse de la pauvreté monétaire utilisant la base de données EMICoV a été aussi réalisée. La
pauvreté non monétaire issue de l’analyse MODA sera donc comparée à la pauvreté monétaire issue
de l’analyse de l’EMICoV au travers de cartes de pauvreté .
24 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
Au Bénin, l’indicateur de niveau de vie utilisé est la dépense de consommation par tête. Quant
au seuil de pauvreté, il est absolu et calculé suivant l’approche du coût des besoins essentiels
(CBE). Cette méthode repose sur deux composantes pour la détermination du seuil de pauvreté :
une composante alimentaire et une composante non alimentaire. Le seuil de pauvreté global est
obtenu par l’addition des seuils alimentaires et non alimentaires. Il est calculé à l’échelle des strates,
constituée par les milieux de résidence de chaque commune, et présente ainsi l’avantage d’utiliser
les éléments représentatifs des habitudes alimentaires dans chaque région pour la composante
alimentaire.
UNICEF BÉNIN 25
Chapitre 3
RÉSULTATS DE L’ANALYSE DE LA
PAUVRETÉ MULTIDIMENSIONNELLE
DES ENFANTS AU BÉNIN
Ce chapitre est divisé en trois sous-sections. Tout d’abord seront discutés dans les deux premières
sous-sections les principaux résultats de l’analyse de la pauvreté multidimensionnelle et non
monétaire des enfants de 0 à 17 ans ainsi que les résultats de l’étude de la pauvreté monétaire des
enfants utilisant la base de données EMICoV ; la troisième partie analysera le chevauchement entre
les deux types de pauvreté.
26 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
Une analyse des autres caractéristiques du ménage indique que les enfants privés vivent en général
dans les ménages les plus pauvres, avec un chef de ménage sans éducation et une mère avec un
niveau d’éducation primaire ou inférieur et exerçant comme aide familiale (Tableau 2).
UNICEF BÉNIN 27
Figure 6 : Taux de pauvreté multidimensionnelle (k = 3) par département
et distribution des privations par milieu, enfants de 0 à 17 ans
88.5
Albori
73.9
Atalcora
75.1
Borgou
77.9
Donga
68.3
Collines
68.9 63
61.9 Zou Plateau
Kouffo
57.4
71 62.3 Oueme
Mono Atlantique
22.3
Littoral
L’analyse du chevauchement des privations. Au Bénin, la plupart des enfants subissent plusieurs
privations à la fois. L’analyse du chevauchement des privations par dimension, illustrée par la
figure 7, le confirme encore une fois. Le graphique présente le chevauchement des privations
28 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
pour les quatre dimensions analysées pour les cinq groupes d’âge . Les taux de privation des
dimensions assainissement et logement sont les plus importants (69,5 % et 67 % respectivement). Pour
l’assainissement, seulement 2,1 % des enfants sont privés en assainissement uniquement, et plus d’un
enfant sur deux (52,3 %) est privé dans une, deux ou trois autres dimensions supplémentaires. Quant
au logement, les tendances sont similaires : seulement 5,5 % des enfants sont privés en logement
uniquement contre 47,5 % dans une, deux ou trois dimensions supplémentaires.
Certaines dimensions sont très liées ; des politiques multisectorielles sont donc nécessaires afin
d’obtenir des résultats significatifs sur la réduction des privations et des vulnérabilités. C’est le cas des
dimensions santé, assainissement et logement, ainsi que des dimensions santé, assainissement et eau.
Pour illustrer l’importance des chevauchements entre trois dimensions, des diagrammes de Venn sont
utilisés.
La figure 8 montre les chevauchements entre la santé, l’assainissement et le logement. Tout d’abord,
les taux de privation dans chaque dimension sont très élevés : 42,6 % des enfants sont privés en santé,
69,4 % en assainissement et 67 % en logement. De plus, les chevauchements entre les privations
sont importants : 21,2 %, c’est-à-dire plus d’un cinquième des enfants, sont privés dans les trois
dimensions à la fois ; 25 % en assainissement et logement, et 10,1 % en santé et assainissement. Ces
chevauchements sont encore plus importants dans les zones rurales et pour les ménages pauvres
(Figure 9). En effet, en plus des taux de privation plus élevés, notamment dans les dimensions
assainissement et santé, les enfants des ménages les plus pauvres et ceux vivant en zones rurales
présentent des chevauchements plus importants entre les différentes dimensions (30,4 % et 25,8 %,
respectivement, de chevauchement entre les trois dimensions). Comme l’analyse par groupe d’âge
le montrera plus loin, la privation dans la dimension logement est très élevée et varie peu en fonction
des caractéristiques du ménage.
Les chevauchements entre la santé, l’assainissement et l’eau sont présentés dans la figure 10. Presque
14 % des enfants sont privés dans les trois dimensions à la fois : 17,4 % en santé et assainissement, et
15,1 % en eau et assainissement. Les chevauchements sont plus importants dans les ménages ruraux
mais surtout dans les ménages les plus démunis (Figure 11).
UNICEF BÉNIN 29
Figure 8 : Chevauchement des privations entre les dimensions santé,
assainissement et logement, enfants de 0 à 17 ans
NON-PRIVÉS (6.1%)
Santé et Assainissement (10.1%)
Assainissement (69.4%)
Santé (42.6%)
Assainissement seulement
(13.1%)
Santé seulement
(3.6%)
Chevauchement
(21.2%)
Logement seulement
(13.1%)
Santé et Logement Assainissement et Logement
(7.7%) (25.0%)
Logement (67.0%)
NON-PRIVÉS (3.6%)
Santé et Assainissement (12.7%)
Assainissement (84.8%)
Santé (44.3%) Assainissement seulement
(16.3%)
Santé seulement
(2.1%)
Chevauchement
(25.8%)
Logement seulement
Santé et Logement (5.8%) Assainissement et Logement
(3.7%) (30.0%)
Logement (65.3%)
NON-PRIVÉS (2.2%)
Santé et Assainissement (14.0%)
Assainissement (92.1%)
Santé (47.9%) Assainissement seulement
(16.0%)
Santé seulement
(1.4%)
Chevauchement
(30.4%)
Assainissement et Logement
(31.7%)
Logement seulement (2.2%)
Logement (66.4%)
30 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
Assainissement (69.4%)
Assainissement (84.8%)
NON-PRIVÉS (2.7%)
Santé (47.5%) Eau (45.6%)
Santé seulement Eau seulement
(2.3%) (1.7%)
Chevauchement
(21.8%)
Assainissement (92.1%)
UNICEF BÉNIN 31
3.2. La pauvreté monétaire des enfants
Cette section complète l’analyse des privations subies par les enfants ci-dessus présentée. Elle est
rendue possible grâce aux données sur la consommation de l’Enquête modulaire intégrée sur les
conditions de vie des ménages (EMICoV) réalisée en 2015 par l’Institut national de la statistique et
de l’analyse économique (INSAE). Elle permet, malgré le décalage d’une année avec l’enquête par
grappes à indicateurs multiples (MICS) réalisée en 2014, de lier la pauvreté monétaire et la privation
qui sont deux concepts mettant en évidence différents aspects de la pauvreté.
Pour les enfants, la pauvreté, quelle que soit sa forme, constitue une préoccupation essentielle car,
lorsqu’elle affecte un enfant, elle inhibe l’ensemble de ses possibilités notamment ses capacités
de survie, son développement et son épanouissement. Les enfants vivent la pauvreté comme un
environnement qui détruit leur développement mental, physique, émotionnel et spirituel (UNICEF
2005). La pauvreté des enfants se particularise par rapport à celle des adultes dans le fait que
son impact, eu égard à l’âge et la forte dépendance de l’enfant, laisse parfois des séquelles
permanentes illustrées par certaines occasions perdues dans l’enfance qui ne peuvent pas être
rattrapées plus tard dans la vie (UNICEF 2008).
Comme le montre la figure 12, en 2015 au Bénin, 40,1 % de la population totale est pauvre contre
36,2 % en 2011, soit une augmentation de 3,9 points. Cette tendance à la hausse illustre bien
la persistance de la pauvreté monétaire au Bénin en dépit des nombreux efforts fournis par le
Gouvernement avec l’appui de l’ensemble des partenaires techniques et financiers.
Pour les enfants de 0-17 ans, 43,3 % vivent dans des ménages pauvres en 2015 contre 41,3 % en 2011, soit
une hausse de 2 %. En observant les différents groupes d’âge en 2015, on note que plus de 44 % des
enfants de moins de 10 ans vivent dans des ménages pauvres (45,05 % pour les moins de 2 ans, 44,52 %
pour ceux âgés de 24 à 59 mois et 44,90 % pour ceux âgés de 5 à 10 ans). Les taux les plus faibles (environ
38 %) concernent les adolescents (15-17 ans) et se situent en dessous de la moyenne nationale (40,1 %).
32 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
De la contribution de chaque groupe d’âge à la pauvreté monétaire des enfants (Figure 13), il ressort
que les enfants de moins de 10 ans représentent environ 74 % des enfants pauvres au niveau national.
En particulier, les enfants de moins de 5 ans représentent environ 40 %.
La pauvreté des enfants est caractérisée par de fortes disparités géographiques (Figure 14). La
pauvreté monétaire des enfants (âgés de 0 à 17 ans) dans les zones rurales avoisine le double de
celle des zones urbaines (39,10 % contre 46,76 %).
De plus, quelle que soit la tranche d’âge considérée, la proportion d’enfants vivant dans des
ménages pauvres est plus élevée en milieu rural qu’en milieu urbain (Figure 15). Les départements
du Mono (51,94 %), du Couffo (51,81 %) et des Collines (51,48 %) sont ceux qui présentent les taux de
pauvreté monétaire les plus élevés. Le plus bas taux est obtenu pour le Littoral (27,7 %).
UNICEF BÉNIN 33
Figure 15 : Incidence de la pauvreté monétaire des enfants par groupe
d’âge et par milieu de résidence
Pour identifier les enfants victimes de privations multidimensionnelles, la privation est définie à l’aide
d’un seuil d’au moins trois privations (k = 3) et la pauvreté monétaire à l’aide du seuil national de
pauvreté. Les résultats présentés dans le tableau 3 et la figure 16 confirment que la pauvreté et la
privation sont deux phénomènes distincts, qui mettent en évidence différents aspects de l’absence
de bien-être. On note que le nombre d’enfants victimes de privations est plus élevé que le nombre
d’enfants pauvres. Au niveau national, le taux de privation des enfants est établi à 64,5 % et le taux
de pauvreté monétaire à 43,4 %.
Les résultats montrent également de fortes disparités régionales (Figure 16). L’écart entre la privation
multidimensionnelle et la pauvreté monétaire varie du simple au double sauf au niveau du Littoral
34 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
où le taux de privation est inférieur au taux de pauvreté monétaire. Ces écarts observés pourraient
s’expliquer par la différence conceptuelle entre ces deux types de pauvreté. La pauvreté monétaire
détermine si un ménage a, en principe, les moyens d’acheter les biens et services nécessaires pour
assurer sa subsistance, et si ces biens et services sont, de fait, facilement disponibles pour le ménage.
L’analyse des privations, quant à elle, porte sur l’accès réel du ménage aux aspects de bien-être
sélectionnés, par exemple la qualité de l’eau potable, le type de toilettes, la fréquentation scolaire et
l’équilibre nutritionnel. Si cette accessibilité est conditionnée par la capacité financière du ménage,
son effectivité dépend aussi de l’offre disponible et de la volonté du ménage à s’en procurer. En
effet, bon nombre des besoins des enfants ont un caractère public ou semi-public (éducation, eau,
assainissement) et l’accès aux services de base peut être refusé pour des raisons socio-économiques,
géographiques, religieuses, par manque d’information, etc.
Ainsi, on peut avoir des ménages pauvres privés par manque de capacité financière, mais aussi
des ménages non pauvres privés, tout comme des ménages pauvres non privés en cas d’offre de
services sociaux suffisante ou non.
43.7 88.5
Albori Albori
44.2 73.9
Atalcora Atalcora
40.8 75.1
Borgou Borgou
46.1 77.9
Donga Donga
51.5 68.3
Collines Collines
Les différences entre les ressources financières et l’accès réel aux biens et services sont
particulièrement importantes dans les départements de l’Alibori, du Borgou, de la Donga, de
l’Atacora et de l’Ouémé . Cette situation semble indiquer que la fourniture de biens et de services de
base est davantage limitée par l’offre inexistante ou de faible qualité, de sorte qu’un niveau suffisant
de ressources financières ne puisse empêcher l’existence de privations dans divers aspects du bien-
être des enfants et des ménages. Toutefois, ces différences pourraient aussi résulter d’une faible
demande de services sociaux en raison des autres facteurs susmentionnés.
Le fait qu’au niveau du Littoral, qui constitue le département le plus développé avec une offre
de services sociaux relativement plus large, le taux de privation est inférieur au taux de pauvreté
monétaire confirme que le niveau de privation ne peut se réduire que lorsque la demande et l’offre
des services sociaux de base s’améliorent de façon significative et de manière simultanée.
UNICEF BÉNIN 35
Chapitre 4
Six dimensions sont incluses dans l’analyse des privations des enfants de 0 à 23 mois. Ce sont :
l’alimentation, la nutrition, la santé, l’accès à l’eau potable, l’accès à un assainissement adéquat et
à un logement décent. Les niveaux de privation sont élevés dans les six dimensions : au moins un tiers
des enfants de 0 à 23 mois sont privés dans chacune des dimensions.
Les figures 17 et 18 montrent les taux de privation pour ce groupe d’âge par indicateur et par
dimension. Les dimensions alimentation et assainissement ont les taux de privation les plus élevés.
Le taux de privation élevé dans l’alimentation est surtout dû à une alimentation inadéquate du
nourrisson et du jeune enfant, aussi bien en termes de quantité (nombre de repas) que de qualité
(diversification dans l’alimentation) : 86,3 % des enfants de 6 à 23 mois ont une alimentation
inadéquate. En outre, près de 59 % des enfants de moins de 6 mois ne sont pas allaités exclusivement.
Concernant l’accès à un logement adéquat, le taux de privation reste aussi très élevé : 66,3 % des
enfants de 0 à 23 mois ne vivent pas dans des logements adéquats. Le niveau élevé de privations en
logement est essentiellement dû à l’utilisation de combustible solide pour faire la cuisine, à l’intérieur
de la maison, pour 59,1 % des enfants. Ce chiffre est inquiétant étant donné la nocivité de ces
combustibles à l’intérieur de la maison. En effet, la pollution de l’air à l’intérieur des habitations induite
par l’utilisation de combustibles solides a un effet néfaste sur la santé des personnes : selon l’OMS, 4,3
millions de personnes meurent chaque année prématurément de maladies dues à cette pollution
(Organisation mondiale de la santé 2016).
36 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
La prévalence de la privation dans la dimension nutrition est la moins élevée comparée aux autres
dimensions, mais reste tout de même importante avec un taux de privation de 32,6 %, influencé
surtout par le taux élevé de retard de croissance (stunting) : presque 27 % des enfants souffrent de
malnutrition chronique. La proportion d’enfants ayant un poids insuffisant pour leur âge est aussi
élevée : 17,3 %. Cette prévalence importante de la malnutrition, en particulier de la malnutrition
chronique, peut avoir des conséquences irréversibles sur le développement de l’enfant.
Concernant la dimension santé, 35,5 % des enfants sont privés, ceci essentiellement à cause de la
proportion élevée d’enfant n’ayant pas reçu les vaccins estimés importants pour leur âge. L’utilisation
de moustiquaire imprégnée d’insecticide et la disponibilité de la carte de santé ou de vaccination
restent relativement répandues.
Le taux de privation en eau est de 36,6 %. Le problème de l’eau concerne plus la qualité de l’eau
que l’accessibilité physique à l’eau. En effet, seulement 13 % des enfants vivent dans des ménages où
il faut plus de 30 minutes pour aller chercher l’eau et revenir, tandis que presque 30 % des enfants sont
dans des ménages où la principale source d’eau potable n’est pas améliorée.
UNICEF BÉNIN 37
Figure 18 : Taux de privation par dimension, enfants de 0 à 23 mois
Exception faite pour les dimensions alimentation et logement, certaines caractéristiques du ménage
sont fortement corrélées aux taux de privation dans les différentes dimensions (Tableau 4). C’est le cas
du niveau de bien-être économique du ménage, de la localisation géographique (milieu et région)
et des caractéristiques de la mère (niveau d’éducation et activité professionnelle) : les enfants âgés
de 0 à 23 mois privés en nutrition, santé, eau ou assainissement ont tendance à avoir une mère aide
familiale, avec un niveau d’éducation préprimaire ou primaire, et à vivre dans des ménages pauvres
situés en zone rurale. Concernant les régions, les taux de privation varient beaucoup en fonction
de la région mais aussi de la dimension observée. Mais en général, les départements de l’Alibori,
de l’Atacora et de la Donga sont ceux cumulant les taux de privation les plus élevés (voir annexe 3
pour les taux de privation par dimension et par région). Quant aux privations en alimentation et en
logement, elles restent élevées et varient peu en fonction des différentes caractéristiques.
38 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
L’analyse des privations simultanées. Le nombre de privations subies simultanément par les enfants
de 0 à 23 mois montre que la pauvreté multidimensionnelle est très accentuée parmi les enfants
de ce groupe d’âge au Bénin (Figure 19). En effet, seulement 0,9 % des enfants ne subissent aucune
privation et environ 70,5 % sont confrontés à au moins 3 privations à la fois. La distribution montre que
les enfants subissent le plus souvent 3 privations à la fois.
UNICEF BÉNIN 39
Les taux de privation multidimensionnelle varient énormément par département et en fonction du
milieu (Figure 20). Lorsque le seuil de privation multidimensionnelle est fixé à k = 3, les départements
de l’Alibori, de la Donga et du Borgou sont ceux qui ont les taux de privation les plus élevés (86,1 %,
80,5 % et 78,1 % respectivement). Cela signifie que, par exemple dans l’Alibori, 86,1 % des enfants
de 0 à 23 mois sont privés dans au moins trois dimensions. Concernant la distribution du nombre de
privations en fonction du milieu, sans surprise, les zones rurales ont les taux de privation les plus élevés
lorsque le nombre de privations subies simultanément augmente. Mais les taux de privation sont
élevés même en milieu urbain : avec un seuil de k = 3, le taux de privation multidimensionnelle en
zone urbaine est de 60,4 %.
86.1
Albori
74
Atalcora
78.1
Borgou
80.5
Donga
73
Collines
72.5
66.6 Plateau
62 Zou
Kouffo
74.5 54.7
Mono 72.2 Oueme
Atlantique
33.5
Littoral
Les diagrammes de Venn permettent d’effectuer un zoom sur la relation entre la privation et certaines
dimensions qui sont liées. La figure 22 présente le chevauchement des privations en alimentation,
santé et nutrition, et en santé, eau et assainissement pour les enfants de 0 à 23 mois. Dans le premier
cas, seulement 9,9 % des enfants ne sont privés dans aucune des dimensions, et le pourcentage est le
40 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
même dans les trois dimensions. On peut observer l’importance du chevauchement entre la nutrition
et les deux autres dimensions : le taux de privation en nutrition est de 32,2 % alors que seulement
4,8 % ne sont privés que dans cette dimension, 14,5 % en alimentation et en nutrition, et 9,9 % en
nutrition, en alimentation et en santé. Ceci confirme le fait que la malnutrition est le résultat de
privations dans plusieurs secteurs. Des politiques visant à réduire la prévalence de la malnutrition
devront par conséquent être multisectorielles afin d’atteindre leurs objectifs. Dans le cas du
chevauchement entre l’eau, la santé et l’assainissement, le constat est similaire : plus de la moitié des
enfants privés le sont dans au moins deux dimensions ; 12,6 % dans les trois dimensions, 15 % en santé
et assainissement, 17,7 % en assainissement et en eau, et 1,6 % en eau et en santé.
UNICEF BÉNIN 41
4.1.3. Le chevauchement entre la pauvreté multidimensionnelle et la pauvreté monétaire
La pauvreté monétaire est estimée ici par l’indice de bien-être économique établi à partir des
biens dont dispose le ménage. La figure 23 montre que, lorsque le seuil de pauvreté/privation
multidimensionnelle est fixé à k = 3, bien qu’important, le chevauchement entre la pauvreté
non monétaire et la pauvreté monétaire n’est pas total. En effet, 34 % des enfants pauvres
monétairement sont aussi privés multidimensionnellement, mais 36 % sont privés sans être pauvres
et 6,7 % sont pauvres sans être privés. L’analyse de certaines caractéristiques des enfants dans les
quatre catégories montre que les enfants pauvres et privés ont tendance à vivre dans des ménages
en milieu rural et à avoir une mère peu éduquée. Au contraire, les enfants ayant des mères avec
un niveau d’éducation secondaire au moins et situés en zones urbaines sont le plus souvent non
privés et non pauvres (Figure 24). La distinction n’est cependant pas si évidente pour les enfants non
pauvres mais privés, qui sont fortement représentés aussi bien en milieu urbain que rural, et ont des
mères éduquées comme des mères peu éduquées. Des recherches plus approfondies devraient
permettre d’identifier de façon plus précise ces enfants qui sont privés mais dont les ménages ont les
moyens financiers.
Pauvres
Chevauchement Privés pour de
(41.2%)
de la pauvreté multiples dimensions
et de privations (70.5%)
multiples
(34.4%)
42 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
Comme pour les enfants de 0 à 23 mois, six dimensions ont été analysées. Ce sont l’alimentation, la
nutrition, la santé, l’accès à l’eau potable, l’accès à un assainissement adéquat et à un logement
décent. Les niveaux de privation par dimension pour les enfants de 24 à 59 mois sont très élevés et
suivent un schéma similaire à celui des taux de privation pour les enfants de 0 à 23 mois. Les figures 25
et 26 présentent les taux de privation pour ce groupe d’âge par indicateur et par dimension. 86,4 %
des enfants sont privés dans la dimension alimentation. En d’autres termes, 86,4 % des jeunes enfants
ne reçoivent pas une alimentation suffisante en quantité et en qualité . Les taux de privation dans
les dimensions logement, assainissement, santé et eau sont proches de ceux des enfants du groupe
d’âge précédent, et sont tout aussi élevés, notamment en ce qui concerne le logement (67,3 %)
et l’assainissement (presque 70 %). Concernant le logement, comme mentionné pour le groupe
d’âge précédent, ce chiffre est inquiétant au vu des risques encourus par les enfants du fait de la
pollution de l’air à l’intérieur des habitations induite par l’utilisation de combustibles solides. Quant
à l’assainissement, avoir presque 70 % des enfants vivant dans des ménages qui n’ont pas accès à
des toilettes améliorées augmente le risque de contamination de la nourriture et de l’eau, favorisant
ainsi la prolifération de maladies telles que la fièvre typhoïde et la diarrhée, entre autres.
En revanche, l’on peut observer une différence importante entre les deux groupes d’âge dans le taux
de privation en nutrition, qui est dramatique : 42 % des enfants de 24 à 59 mois souffrent soit de retard
de croissance (taux de prévalence : 39,4 %), soit d’un faible poids pour leur âge (taux de prévalence :
18,7 %), soit de malnutrition aiguë (taux de prévalence : 2,9 %). Ces chiffres sont alarmants au vu des
conséquences à court terme et à long termes qu’engendre la malnutrition sur l’enfant et le ménage
au niveau micro, et sur l’avenir du pays tout entier au niveau macro. En effet, le retard de croissance,
dû à une alimentation et à une hygiène inadéquates ainsi qu’à des maladies fréquentes, peut avoir
des conséquences irréversibles sur le développement du cerveau de l’enfant, et donc sur ses facultés
cognitives (UNICEF s.d.). Le fait que plus d’un enfant sur trois soit privé dans la dimension nutrition est
le résultat d’importantes déficiences dans les secteurs de l’assainissement, de l’eau et de la santé, et
constitue également une menace pour la réduction de la pauvreté et le développement du pays.
La malnutrition (en particulier le retard de croissance) peut être considérée à la fois comme une
cause de pauvreté mais aussi comme une conséquence de la pauvreté.
UNICEF BÉNIN 43
Figure 26 : Taux de privation par dimension, enfants de 24 à 59 mois
44 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
Pour l’analyse multidimensionnelle, seules 5 dimensions ont été utilisées : la nutrition, la santé,
l’eau, l’assainissement et le logement . Les sections ci-dessous présentent les principaux résultats
de l’analyse.
L’analyse des privations simultanées. La figure 27 présente la distribution des privations pour les
enfants de 24 à 59 mois. Les chiffres montrent une pauvreté multidimensionnelle accentuée pour
ces enfants. En effet, seulement 4,1 % des enfants ne subissent aucune privation, tandis que 30,2 %
subissent deux privations à la fois, et 27,9 % 3 privations à la fois. La distribution des privations montre
que les enfants subissent le plus souvent 3 privations de manière simultanée.
Le tableau 7 liste les indices de privation multidimensionnelle, qui permettent d’avoir une idée
de l’incidence globale et l’intensité de la privation multidimensionnelle. Le taux de privation
multidimensionnelle est de 47,2 % lorsque le seuil de privation est fixé à k = 3. En d’autres termes,
près d’un enfant sur deux souffre d’au moins 3 privations à la fois. Lorsque le seuil de privation
multidimensionnelle est égal à 3, les enfants qui sont privés multidimensionnellement subissent en
moyenne 3,8 privations à la fois.
UNICEF BÉNIN 45
Les taux de pauvreté multidimensionnelle varient énormément d’un département à un autre, et en
fonction du milieu (Figure 28). Lorsque le seuil de privation multidimensionnelle est fixé à k = 3, comme
dans le cas des 0 à 23 mois, les départements de l’Alibori, de la Donga et du Borgou sont ceux qui
ont les taux de privation multidimensionnelle les plus élevés (74,7 %, 58,7 % et 52,8 % respectivement).
Cela signifie que, par exemple dans l’Alibori, 74,7 % des enfants de 24 à 59 mois sont privés dans au
moins trois dimensions. Concernant la distribution du nombre de privations en fonction du milieu,
les zones rurales ont les taux de privation les plus élevés lorsque le nombre de privations subies
simultanément augmente (au moins trois privations). Les taux de privation en zones urbaines ne
sont pas négligeables non plus : avec un seuil de k = 3, plus d’un tiers des enfants (36 %) sont privés
multidimensionnellement.
80.2
Albori
61.5
Atalcora
63.7
Borgou
69.6
Donga
52.6
Collines
57.1 57.2
45.8 Zou Plateau
Kouffo
57.4 52.5
Mono 57.4 Oueme
Atlantique
11.7
Littoral
Le diagramme de Venn dans la figure 30 fait un zoom sur les relations entre la santé, l’eau
et l’assainissement pour les enfants de 24 à 59 mois, et confirme la multidimensionnalité des
privations parmi les enfants. En effet, plus de la moitié des enfants privés le sont dans au moins
deux dimensions ; 10 % dans les trois dimensions, 11,9 % en santé et assainissement, 19,4 % en
46 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
NON-PRIVÉS (17.9%)
Santé et Eau (1.5%)
Assainissement (69.9%)
UNICEF BÉNIN 47
Figure 31 : Chevauchement des privations entre les dimensions santé,
eau, assainissement par statut de pauvreté (pauvre à gauche/60 % plus
riche à droite), enfants de 24 à 59 mois
NON-PRIVÉS (27.7%)
NON-PRIVÉS (3.3%)
Santé et Eau (2.2%)
Santé (31.9%) Eau (45.3%)
Eau seulement Santé (28.4%) Eau (28.5%)
Santé seulement (2.3%) Eau seulement
(1.2%) Santé seulement (5.9%)
Chevauchement (10.0%)
(15.0%) Chevauchement
(6.6%)
Assainissement seulement
(35.1%) Santé et Assainissement Eau et Assainissement
(9.6%) (13.8%)
Santé et Assainissement Eau et Assainissement Assainissement seulement
(15.2%) Assainissement (27.5%) (24.2%)
(92.8%)
Assainissement (54.2%)
La figure 33 présente le profil des enfants appartenant aux différentes catégories. Les enfants les plus
vulnérables, à savoir ceux qui sont pauvres et privés, sont situés le plus souvent dans des ménages
vivant en zones rurales et ont des mères ayant un niveau d’éducation bas. Le contraire est vrai pour
la catégorie opposée, ceux qui ne sont ni pauvres ni privés : ils ont tendance à appartenir à des
ménages vivant en milieu urbain et à avoir des mères éduquées. Ceci étant dit, le milieu urbain n’est
pas non plus épargné par la pauvreté, tant monétaire qu’au niveau des privations. Comme dans
le cas des enfants de 0 à 23 mois, la catégorie des enfants non pauvres mais privés est représentée
presque de manière égale en zones rurales comme urbaines. Plus de recherches devraient permettre
d’identifier les caractéristiques expliquant ce manque d’accès aux services sociaux de base pour des
enfants vivant dans des ménages ayant les moyens financiers pour s’offrir ces services.
Chevauchement
de la pauvreté Privés pour de
Pauvre
(40.5%)
et des privations multiples dimensions
multiples (47.2%)
(25.6%)
48 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
Six dimensions sont utilisées pour analyser les privations subies par les enfants de 5 à 10 ans : la santé,
l’éducation , l’accès à l’eau potable, l’assainissement, le logement décent et l’accès à l’information.
Encore une fois, les niveaux de privation sont très élevés pour ce groupe d’enfant. Les figures 34 et
35 illustrent les taux de privation par indicateur et par dimension. La prévalence de la privation en
information, logement et assainissement est très élevée et se situe autour de 70 %, suivant le même
schéma que les taux chez les enfants des deux groupes d’âge précédents.
La privation dans la dimension santé (43,4 %) est, en revanche, plus importante pour ce groupe d’âge
que pour les enfants de 24 à 59 mois (29,8 %) ou les enfants de 0 à 23 mois (35,5 %) : plus de 4 enfants
de 5 à 10 ans sur 10 ne dorment pas sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide. Concernant
l’éducation, un quart des enfants en âge d’être à l’école primaire (25,5 %) ne la fréquente pas.
UNICEF BÉNIN 49
Figure 35 : Taux de privation par dimension, enfants de 5 à 10 ans
Les variables qui semblent être les plus déterminantes dans le statut de pauvreté de l’enfant de 5 à 10
ans sont le milieu de résidence, le bien-être économique du ménage, le niveau d’éducation du chef
de ménage et de la mère, et le statut socioprofessionnel de la mère (Tableau 8). Ces variables ont
un impact important surtout en ce qui concerne l’eau, l’assainissement, l’éducation et l’information.
Le bien-être économique par exemple semble être décisif pour le statut de privation en éducation
de l’enfant : 4,6 % des enfants de 5 à 10 ans dans les ménages les plus riches ne fréquentent pas
l’école contre 46,4 % dans les ménages les plus pauvres. L’écart est encore plus important lorsqu’il
s’agit de l’information ou encore de l’assainissement. La dimension logement est la seule qui ne
semble pas varier en fonction des caractéristiques du ménage. Ce résultat est cohérent avec celui
des groupes d’âge précédents. Encore une fois, les départements de l’Alibori, de l’Atacora et du
Borgou présentent des taux de privation parmi les plus élevés dans presque toutes les dimensions (voir
annexe 3 pour les privations par département).
50 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
L’analyse des privations simultanées. Le nombre de privations subies simultanément par les enfants
de 5 à 10 ans montre que la pauvreté multidimensionnelle est très accentuée parmi les enfants de
ce groupe d’âge au Bénin (Figure 36). En effet, seulement 2,8 % des enfants ne subissent aucune
privation et environ 66,2 % sont confrontés à au moins 3 privations à la fois. La distribution montre que
les enfants subissent le plus souvent 3 à 4 privations à la fois.
Les indices de privation multidimensionnelle, illustrés dans le tableau 9, montrent l’incidence globale
et l’intensité de la privation. Le taux de privation multidimensionnelle H est de 66,2 % lorsque le
seuil de pauvreté multidimensionnelle est de 3. En d’autres termes, 66,2 % des enfants de 5 à 10 ans
subissent au moins 3 privations à la fois. Lorsque le seuil de pauvreté multidimensionnelle est égal à 3,
les enfants subissent en moyenne 3,9 privations à la fois. Ce nombre moyen de privations concerne
uniquement les enfants identifiés comme subissant des privations multidimensionnelles lorsque le seuil
est de 3 privations.
UNICEF BÉNIN 51
Les taux de privation multidimensionnelle varient par département et en fonction du milieu (Figure 37).
Lorsque le seuil de privation est fixé à k = 3, encore une fois ce sont les départements de l’Alibori, du
Borgou et de l’Atacora qui ont les taux de privation les plus élevés (Taux de 90% (alibori), 77,6% (borgou)
et 75,8% (atacora)). Concernant la distribution du nombre de privations en fonction du milieu, sans
surprise, les zones rurales ont les taux de privation les plus élevés lorsque le nombre de privations subies
simultanément augmente. Mais les taux de privation restent ici aussi très élevés même en milieu urbain :
avec un seuil de k = 3, le taux de privation en zone urbaine est de presque 50 %.
90
Albori
75.6
Atalcora
77.6
Borgou
74.8
Donga
70
Collines
70.3 68.9
61.4 Zou Plateau
Kouffo
71.2 54.6
Mono 57.8 Oueme
Atlantique
19.3
Littoral
L’analyse du chevauchement des privations. Cette analyse montre la proportion d’enfants de 5 à 10 ans
privés dans une ou plusieurs dimensions. La figure 38 confirme le fait que les enfants de cet âge souffrent
en général de plusieurs privations à la fois. Le taux de privation de la dimension information (73,8 %) est le
taux de privation total le plus élevé. Un examen plus détaillé des privations dans cette dimension montre
que seulement 1,6 % des enfants souffrent de privations uniquement dans cette dimension, 11,4 % sont
également victimes de privations dans une autre dimension, 22,6 % dans deux autres dimensions, et
22,9 % dans trois autres dimensions. En d’autres termes, environ 58,5 % des enfants souffrent de privations
en matière d’information et dans une, deux ou trois autres dimensions supplémentaires.
Les diagrammes de Venn de la figure 39 présentent le chevauchement des privations en santé, éducation
et information, et en santé, eau et assainissement pour les enfants de 5 à 10 ans. Dans le premier cas, 16,3 %
des enfants ne sont privés dans aucune des dimensions, et 8,8 % dans les trois dimensions à la fois. On peut
observer l’importance du chevauchement entre l’information et la santé : la prévalence de la privation
en santé et en information est de 25,4 %. De plus, la quasi-totalité des enfants qui sont privés en éducation
le sont aussi en information ou en santé. Des politiques visant à réduire la prévalence de la privation en
éducation ou en santé devront aussi passer par des mesures afin d’augmenter l’accès à l’information,
l’information étant un outil puissant dans le cadre notamment des campagnes de sensibilisation et
d’information dans les domaines de l’éducation, la santé, l’assainissement, etc.
52 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
UNICEF BÉNIN 53
Figure 40 : Chevauchement des privations entre les dimensions santé,
éducation et information, et les dimensions santé, eau et assainissement,
40 % des ménages les plus pauvres, enfants de 5 à 10 ans
NON-PRIVÉS (2.0%) NON-PRIVÉS (2.7%)
Santé (49.4%) Education (26.5%) Santé (49.4%) Eau (45.8%)
Santé seulement
Education seulement Santé seulement Eau seulement
(0.6%)
(0.3%) (2.3%) (1.5%)
Chevauchement Chevauchement
(15.5%) (22.3%)
Chevauchement
Privés pour de
Pauvre de la pauvreté multiples dimensions
(43.0%) et des privations (66.2%)
multiples
(37.7%)
54 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
Les six dimensions utilisées pour les enfants de 11 à 14 ans sont les mêmes que pour ceux de 5 à 10 ans,
à savoir la santé, l’éducation, l’accès à l’eau potable, à un assainissement adéquat, à un logement
décent et à l’information. La spécificité de ce groupe d’âge réside dans le fait qu’il constitue une
période de transition entre l’enfance et l’adolescence. Les figures 43 et 44 présentent les taux de
privation par indicateur et par dimension. Exception faite de l’éducation, les niveaux de privations
sont similaires à ceux des enfants de 5 à 10 ans :
• près de sept enfants sur dix sont privés en information (69,9 %), en logement (67,6 %, avec une
prévalence de 60,6 % de ménages utilisant un combustible solide à l’intérieur de la maison) et en
assainissement (67,8 % d’enfants n’ayant pas accès à des toilettes améliorées) ;
• plus d’un enfant sur deux est privé en santé et ne dort pas sous une moustiquaire imprégnée
d’insecticide. Ce taux est supérieur à celui des groupes d’âge précédents ;
• plus du tiers des enfants n’ont pas accès à de l’eau potable, avec 28,2 % des enfants vivant dans
des ménages sans source d’eau potable améliorée.
Dans la dimension éducation, 46,8 % des enfants, soit près d’un enfant sur deux, sont privés, contre
25,5 % chez les enfants de 5 à 10 ans. Ces enfants soit ne fréquentent pas l’école (25,3 %), soit n’ont
pas achevé le cycle primaire, et n’ont pas achevé le cycle secondaire ou ne sont pas inscrits au
cycle secondaire (53,7 %). Dans cette dimension, l’achèvement scolaire semble être bien plus
problématique que la fréquentation scolaire qui reste relativement élevée. En effet, plus d’un enfant
sur deux âgé de 11 à 14 ans n’a pas achevé le cycle primaire et n’est pas inscrit au secondaire.
Cela indique le besoin de mieux comprendre les déterminants de l’achèvement scolaire au Bénin.
Une étude (Montenegro et Patrinos, 2014) démontre le lien positif entre l’achèvement scolaire et les
revenus de l’individu, au niveau micro, en Afrique subsaharienne. Au niveau macro, des revenus
individuels plus élevés contribueraient à la croissance économique nationale ; un coût d’opportunité
occasionné par un achèvement scolaire non optimal est donc existant.
UNICEF BÉNIN 55
Figure 43 : Taux de privation par indicateur, enfants de 11 à 14 ans
Le tableau 10 montre les taux de privation en fonction des différentes caractéristiques du ménage.
Les taux de privation varient énormément en fonction du milieu de résidence, du bien-être
économique, du niveau d’éducation du chef de ménage et de la mère, et de la situation socio-
économique de la mère. Ces variations sont les plus importantes dans les dimensions assainissement,
information, eau et éducation. Encore une fois, le logement ne semble pas dépendre des
caractéristiques du ménage. Le logement semble être un problème général et a aussi probablement
une composante culturelle. Concernant les régions (voir annexe 3), les départements de l’Alibori et
de l’Atacora cumulent des taux de privation parmi les plus élevés dans presque toutes les dimensions.
56 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
UNICEF BÉNIN 57
Figure 45 : Distribution des privations, enfants de 11 à 14 ans
Les taux de privation multidimensionnelle varient par département et en fonction du milieu (Figure
46). Lorsque le seuil de privation multidimensionnelle est fixé à k = 3, les départements de l’Alibori,
de la Donga et de l’Atacora sont ceux qui ont les taux de privations les plus élevés (92,4% (alibori),
86,5% (donga) et 82,6% (atacora)). Concernant la distribution du nombre de privations en fonction
du milieu, sans surprise, les zones rurales ont les taux de privation les plus élevés lorsque le nombre
de privations subies simultanément augmente. Mais les taux de privation restent ici aussi très élevés
même en milieu urbain : avec un seuil de k = 3, le taux de privation multidimensionnelle en zone
urbaine est de presque 58 %.
58 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
92.4
Albori
82.6
Atalcora
81.3
Borgou
86.5
Donga
75.2
Collines
74.4 70.2
72.3 Zou Plateau
Kouffo
79.2 61
Mono 66.2 Oueme
Atlantique
28
Littoral
L’analyse du chevauchement des privations. Cette analyse, qui montre la proportion d’enfants
de 11 à 14 ans privés dans une ou plusieurs dimensions, confirme encore une fois que les enfants
souffrent en général de plusieurs privations à la fois (Figure 47). Le taux de privation dans la
dimension information (69,9 %), comme pour les 5-10 ans, est le taux de privation total le plus élevé,
avec seulement 0,7 % des enfants souffrant de privations uniquement dans cette dimension, 7,2 %
également victimes de privations dans une autre dimension, 16,9 % dans deux autres dimensions,
et 21,8 % dans trois autres dimensions. En d’autres termes, environ 46,6 % des enfants souffrent de
privations en matière d’information et dans une, deux ou trois autres dimensions supplémentaires.
Les diagrammes de Venn dans la figure 48 permettent d’explorer un peu plus les relations entre des
dimensions qui semblent liées pour ce groupe d’âge. Les diagrammes présentent l’importance des
chevauchements entre la santé, l’éducation et l’information, et entre la santé, l’eau et l’assainissement :
• 21,7% des enfants de 11 à 14 ans sont privés à la fois en santé, en éducation et en information ; ce
chevauchement est encore plus important parmi les ménages les plus pauvres (36,9 %, voir Figure
49). En plus des taux de privations plus élevés que les moyennes nationales, il y a aussi bien plus de
chevauchements entre les privations, très peu d’enfants n’étant privés que dans une dimension
(0,3 % en santé uniquement, 0,7 % en éducation uniquement et 17,6 % en information uniquement),
et encore moins dans aucune des trois dimensions (0,9 %) ;
• 16,1 % des enfants sont privés en santé, eau et assainissement à la fois, 20,6 % en santé et
assainissement, 11,5 % en eau et en assainissement, et 3 % en eau et en santé. Des politiques pour
remédier à la privation en eau par exemple devront être impérativement accompagnées de
politiques dans les secteurs de la santé et de l’assainissement, le pourcentage d’enfants étant
privés en eau uniquement étant de seulement 3,4 %. La différence de chevauchement entre les
plus pauvres et la moyenne des ménages est moins importante que dans le cas précédent.
UNICEF BÉNIN 59
Figure 47 : Chevauchement des privations par dimension, enfants de 11 à 14 ans
Chevauchement Chevauchement
(21.7%) (16.1%)
Figure 49 : Chevauchement des privations pour les 40 % des ménages les plus
pauvres : santé, éducation et information, et santé, eau et assainissement,
enfants de 11 à 14 ans
NON-PRIVÉS (1.9%)
NON-PRIVÉS (0.9%)
Santé (57.9%)
Eau (45.1%)
Santé (58.0%) Education (60.9%)
Santé seulement
(2.6%) Eau seulement
Santé seulement Education seulement
(1.4%)
(0.3%) (0.7%)
Chevauchement
Chevauchement (25.8%)
(36.9%)
60 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
La pauvreté monétaire est estimée par l’indice de bien-être économique établi à partir des biens dont
dispose le ménage. La figure 50 montre que lorsque le seuil de pauvreté/privation multidimensionnelle
est fixé à k = 3, bien qu’important, le chevauchement entre la pauvreté non monétaire et la pauvreté
monétaire n’est pas total. En effet, 35,4 % des enfants pauvres monétairement sont aussi privés
multidimensionnellement et vivent essentiellement en zones rurales, mais 36,6 % sont privés sans être
pauvres et 2,5 % sont pauvres sans être privés. Ces enfants qui sont privés mais non pauvres sont
repartis de manière presque égale en zones rurale et urbaine (Figure 51).
Chevauchement
Privé pour de
Pauvre de la pauvreté multiples dimensions
(37.9%) et des privations (72.1%)
multiples
(35.4%)
UNICEF BÉNIN 61
4.5. Les enfants de 15 à 17 ans
4.5.1. L’analyse sectorielle
Six dimensions ont été utilisées pour l’analyse des privations des enfants de 15 à 17 ans : l’information,
le logement, l’assainissement, l’éducation, la santé et l’accès à l’eau potable. Les figures 52 et 53
montrent les taux de privation par indicateur et par dimension. Comme pour les groupes d’âge
précédents, les enfants de 15 à 17 ans ont des taux très élevés. La prévalence de la privation en
logement, en assainissement et en information est supérieure à 65 %. La privation en eau touche
un tiers des enfants (33,9 %). Encore une fois, la qualité de l’eau reste plus problématique que
l’accessibilité physique.
La privation dans l’éducation est cependant moins élevée que chez les enfants de 11 à 14 ans, pour
lesquels plus d’un enfant sur deux est privé en éducation. 37,4 % des enfants de 15 à 17 ans n’ont pas
achevé le cycle primaire, et n’ont pas achevé le cycle secondaire ou ne sont pas inscrits au cycle
secondaire. Quant à la santé, le taux de privation est un peu plus élevé que celui des enfants de 11
à 14 ans : presque 56 % des enfants de 15 à 17 ans ne dorment pas sous une moustiquaire imprégnée
d’insecticide contre 51,2 % pour les enfants de 11 à 14 ans, 43,4 % pour les 5 à 10 ans, 29,8 % pour les
24 à 59 mois et 22,2 % pour les 0 à 23 mois. L’utilisation de moustiquaire baisse quand l’enfant grandit,
augmentant le risque de paludisme chez les enfants les plus âgés.
62 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
Concernant le profil des enfants privés, ils vivent plus souvent en zones rurales, sont issus de ménages
pauvres dont le chef de ménage a un niveau d’éducation bas (Tableau 12). Ces caractéristiques ont
un impact important surtout pour les dimensions eau, assainissement, éducation et information.
Pour les adolescentes de 15 à 17 ans, deux autres caractéristiques semblent être aussi déterminantes :
le mariage et les grossesses précoces. Les chiffres montrent que les filles mariées ou ayant été
enceintes ont un taux de privation moins élevé dans la dimension santé. La privation pour cette
dimension a été mesurée en utilisant comme indicateur « l’utilisation d’une moustiquaire traitée
avec ou imprégnée d’insecticide ». La différence de privations pourrait s’expliquer par le fait que les
mères dorment souvent sous une moustiquaire avec leurs jeunes enfants. Cependant, de plus amples
recherches sont nécessaires afin de démontrer l’existence solide de ce possible lien.
Dans les dimensions assainissement, information et surtout éducation, ces deux catégories
d’adolescentes ont des taux de privation beaucoup plus élevés. Par exemple, une fille mariée a
presque deux fois plus de probabilité d’abandonner l’école qu’une fille jamais mariée ; une fille qui
a déjà été enceinte a 20 points de pourcentage de plus d’abandonner l’école qu’une fille n’ayant
jamais été enceinte. L’abandon scolaire des filles, du fait notamment des grossesses et mariages
précoces, a un impact important et durable sur la société en général. Ces jeunes filles ne seront pas
éduquées et seront probablement analphabètes. Pourtant, le niveau d’éducation de la mère est le
meilleur indicateur de la vie de jeune et d’adulte de leurs enfants. Un faible niveau d’éducation de la
mère est souvent associé à un taux élevé de mortalité infantile, plus de morbidité parmi les enfants,
un abandon scolaire précoce, un retard de croissance, une négligence et des niveaux élevés de
violence. Les enfants d’une mère peu éduquée ont tendance à devenir eux-mêmes des adultes
pauvres, reproduisant ainsi la pauvreté de génération en génération. Prendre soin des adolescentes,
et en particulier celles qui ont un jeune enfant, est probablement le meilleur moyen de rompre le
cycle de la pauvreté dans une société.
Quant aux privations dans la dimension logement, le problème semble toucher encore une fois
tout le monde, sans distinction de richesse, d’éducation ou de milieu. Les chiffres semblent pourtant
varier par département (voir annexe 3), avec le département de l’Atacora, qui bien qu’ayant des
taux de privation élevés dans les autres dimensions, a le taux le plus bas pour le logement (39,1 %),
et le département de l’Alibori qui au contraire présente le taux le plus élevé de privation dans la
dimension (91,2 %).
Le département de l’Alibori, suivi de l’Atacora, présente des taux de privation parmi les plus élevés
dans toutes les dimensions pour les enfants de 15 à 17 ans.
UNICEF BÉNIN 63
Tableau 12 : Taux de privation par caractéristique du ménage, enfants
de 15 à 17 ans
Santé Eau Assainissement Logement Éducation Information
Milieu de Rural 57,8 41,7 82,9 64,4 46,4 83,9
résidence Urbain 53,3 24,9 46,3 66,2 26,9 50,8
Bien-être Q5 (plus riche) 45,4 13,4 22,8 67,1 15,7 14,0
économique Q4 56,6 35,6 58,8 69,2 30,7 57,7
Q3 54,8 37,2 78,2 64,5 40,9 90,4
Q2 61,6 44,6 89,3 59,8 50,7 95,7
Q1 (plus pauvre) 63,2 43,8 92,9 65,5 56,0 100,0
Niveau Secondaire 2 ou + 46,0 12,0 22,6 64,8 9,6 25,6
d'éducation Secondaire 1 43,1 23,1 47,2 66,5 24,1 48,9
du chef de Primaire 53,5 32,9 59,1 64,6 28,6 59,8
ménage
Aucun 61,2 40,5 80,7 65,3 49,2 84,4
Mariage de Fille déjà mariée 35,3 36,1 86,3 61,8 74,8 84,5
l'enfant (filles) Jamais mariée 51,4 31,9 62,7 65,0 39,6 63,3
Grossesse Fille déjà enceinte 31,7 33,0 81,4 59,7 60,4 79,7
précoce (filles) Jamais enceinte 51,7 32,1 63,0 65,1 40,5 63,6
L’analyse des privations simultanées. La figure 54 présente la distribution des privations ainsi qu’un
tableau avec les indices de pauvreté multidimensionnelle pour les enfants de 15 à 17 ans. Ces
chiffres confirment, comme pour les groupes d’âge précédents, que la pauvreté multidimensionnelle
est accentuée parmi les enfants de 15 à 17 ans. En effet, seulement 2,7 % des enfants ne souffrent
d’aucune privation contre 23,0 % souffrant de 3 privations à la fois et 68,8 % souffrant d’au moins 3
privations. La distribution montre que les enfants souffrent le plus souvent de 3 à 4 privations à la fois.
Lorsque le seuil de pauvreté multidimensionnelle est fixé à 3, le taux de privation est donc de 68,8 %,
et les enfants privés subissent en moyenne 4,1 privations simultanément.
64 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
93
Albori
74.7
Atalcora
73.3
Borgou
84.4
Donga
70.2
Collines
75.4 61.2
71.4 Zou Plateau
Kouffo
69.4
74.9 66 Oueme
MonoAtlantique
25.9
Littoral
L’analyse du chevauchement des privations. La figure 56 confirme le fait que les enfants souffrent en
général de plusieurs privations à la fois. Comme pour les enfants de 11 à 14 ans, le taux de privation
de la dimension information (68,7 %) est le taux de privation total le plus élevé. Mais seulement 1,1 %
des enfants souffrent de privations uniquement dans cette dimension et 21,6 % sont privés dans trois
autres dimensions. En d’autres termes, environ 46,4 % des enfants souffrent de privations en matière
d’information et dans une, deux ou trois autres dimensions supplémentaires.
UNICEF BÉNIN 65
Les diagrammes de Venn permettent d’observer le degré de chevauchement entre les dimensions
santé, eau et assainissement pour les enfants de 15 à 17 ans. Le premier diagramme (Figure 57)
présente le chevauchement pour tous les enfants, tandis que les deux suivants (Figure 58) présentent le
chevauchement pour les 60 % des ménages les plus riches et pour les 40 % des ménages les plus pauvres.
Les chiffres confirment que les enfants souffrent rarement de privations simples et que les privations
multiples sont les plus communes. Sur le plan national, 17,1 % des enfants de 15 à 17 ans souffrent à la
fois de privations en santé, eau et assainissement ; 21,1 % en santé et assainissement ; 10,4 % en eau et
assainissement ; 3,6 % en santé et en eau. Les chevauchements sont accentués parmi les ménages les plus
pauvres, dans lesquels presque 28 % des enfants sont privés dans toutes les trois dimensions, 28,8 % en santé
et assainissement, et 13,3 % en eau et assainissement. Le niveau de pauvreté semble avoir plus d’impact
sur le nombre de privations subies que le milieu géographique (urbain/rural) ou que le département.
Santé (55.7%)
Eau (34.0%)
Santé seulement
Eau seulement
(13.9%)
(2.9%)
Chevauchement
(17.1%)
Assainissement (66.0%)
66 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
Assainissement (51.6%)
La pauvreté monétaire, estimée par l’indice de bien-être économique, montre que lorsque le seuil
de pauvreté/privation multidimensionnelle est fixé à k = 3, le chevauchement entre la pauvreté non
monétaire et la pauvreté monétaire est relativement élevé, comparé aux autres groupes d’âge
(Figure 59) : 33,9 % des enfants de 15 à 17 ans sont pauvres et privés, et seulement 2,9 % des enfants
sont pauvres sans être privés. En revanche, presque 35 % des enfants sont privés mais pourtant non
pauvres. Ces enfants, même s’ils ne vivent pas dans les ménages les plus pauvres, voient leurs besoins
non satisfaits. La figure 60 montre que pour ce groupe d’âge, comme pour les autres groupes d’âge,
ces enfants privés mais non pauvres qui représentent plus du tiers des enfants de 15 à 17 ans vivent aussi
bien en milieu rural qu’en milieu urbain. Plus d’investigations devraient être menées pour les identifier.
Chevauchement
Privé pour de
Pauvre de la pauvreté multiples dimensions
(36.8%) et des privations (68.8%)
multiples
(33.9%)
UNICEF BÉNIN 67
Figure 60 : Situation géographique des enfants pauvres/privés, enfants
de 15 à 17 ans
L’analyse montre que la grande majorité des enfants de 0 à 17 ans au Bénin subissent
plusieurs privations à la fois, le plus souvent 3 privations à la fois. La prévalence de la privation
multidimensionnelle est de 64,5 % lorsque le seuil de privation multidimensionnelle est fixé à k = 3.
Cela se confirme lors des analyses pour chaque groupe d’âge. Ces enfants vulnérables vivent le plus
souvent en milieu rural (75,4 % de prévalence) et dans les départements situés dans la partie nord du
pays (Alibori, Borgou, Donga et Atacora). Bien que moins importante, la pauvreté infantile urbaine
reste tout de même très élevée (50 %).
Les caractéristiques du ménage qui sont les plus grands prédicteurs du statut de privation de l’enfant
sont tout d’abord le niveau de bien-être économique du ménage, ensuite les caractéristiques de
la mère (l’éducation et la situation socio-économique) et enfin le niveau d’éducation du chef de
famille. L’identification de ces caractéristiques géographiques et du ménage permet de mieux cibler
les programmes vers ceux qui en ont le plus besoin, le ciblage étant nécessaire pour plus d’équité,
mais aussi dans un contexte de contrainte budgétaire.
Les caractéristiques de la mère, en particulier son niveau d’éducation, sont donc très importantes
dans la détermination du statut de privation de l’enfant. De plus, les grossesses et mariages précoces
sont à l’origine de l’abandon scolaire et d’un faible niveau d’éducation des filles. Les enfants d’une
68 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
mère peu éduquée ont tendance à devenir eux-mêmes des adultes pauvres, reproduisant ainsi
la pauvreté de génération en génération. Mettre en place et promouvoir des politiques visant à
protéger les adolescentes sont probablement les meilleurs moyens de rompre le cercle vicieux de la
pauvreté dans la société béninoise.
L’analyse a aussi mis en évidence le fait que le bien-être économique, estimé par l’indice de bien-
être économique, n’explique pas complètement la privation. En effet, l’analyse du chevauchement
des privations montre que le chevauchement entre les deux types de pauvreté n’est pas total.
Une part importante d’enfants est privée mais non pauvres (environ un tiers). Des recherches plus
approfondies devraient être réalisées afin de mieux comprendre pourquoi ces enfants sont privés
alors qu’ils vivent dans des ménages non pauvres.
Une comparaison des cartes de pauvreté monétaire (estimée en utilisant la base de données
EMICoV 2015) et de pauvreté multidimensionnelle montre aussi que les taux de privation
multidimensionnelle sont plus élevés que les taux de pauvreté monétaire (64,5 % contre 43,4 %). Cela
souligne encore une fois la différence entre ces deux définitions de la pauvreté. La différence entre
les deux types de pauvreté est particulièrement importante dans les départements de l’Alibori, du
Borgou, de la Donga, de l’Atacora et de l’Ouémé.
En plus de l’analyse de privation multidimensionnelle, l’outil MODA permet aussi une analyse
sectorielle. Les messages clés de l’analyse sectorielle sont les suivants :
• dans le secteur de la santé, la privation augmente avec l’âge : plus les enfants grandissent, moins
il y a de chance qu’ils dorment sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide, les exposant ainsi
plus aux risques de paludisme ;
• dans le secteur de l’éducation, l’achèvement scolaire est plus une problématique que la
fréquentation scolaire, et les enfants de 11 à 14 ans sont ceux souffrant le plus de privation pour
l’achèvement scolaire, comparés aux enfants de 15 à 17 ans. Plus de recherches devraient
être menées afin de mieux comprendre cet état de fait. Concernant les privations au niveau
départemental, les départements de l’Alibori et du Borgou sont ceux comportant les taux de
privation en éducation les plus élevés. Dans le secteur de l’alimentation, l’allaitement maternel
et l’alimentation adéquate du nourrisson et du jeune enfant sont peu répandus, peu importe les
caractéristiques du ménage et de l’enfant ;
• dans le secteur du logement, la privation varie peu en fonction des caractéristiques du ménage et
de l’enfant ; plus de recherches devraient être effectuées afin de mieux comprendre les variations
de la privation dans cette dimension, qui pourrait contenir un élément culturel ;
• dans le secteur de l’eau, la qualité de l’eau est plus problématique que l’accès physique à l’eau ;
• la privation en information est très importante, alors que l’information peut représenter un outil puissant
pour véhiculer des messages au cours notamment de campagnes de sensibilisation. Un meilleur accès
dans ce secteur contribuerait donc à l’amélioration des résultats dans les secteurs sociaux.
Le Bénin a une population très jeune et la possibilité de bénéficier d’un dividende démographique
important. Il peut atteindre cet objectif en prenant soins de tous les enfants, en améliorant leur accès
aux services sociaux de base et à la protection sociale.
UNICEF BÉNIN 69
Chapitre 5
● l’existence d’enfants vivant dans des ménages pauvres mais qui ne sont pas privés ;
● la présence d’enfants vivant dans des ménages riches mais qui souffrent de multiples privations ;
● l’existence d’un nombre important d’enfants qui sont à la fois pauvres et privés ;
● le département de l’Alibori est celui qui présente les plus forts taux de privation, quelle que soit la
dimension, et celui où les enfants souffrent le plus de privations à la fois ;
● les taux de privation de l’enfant dans le domaine de la santé augmentent avec l’âge ;
● les 15-17 ans sont presque autant privés que les autres enfants, ce qui nécessite d’apporter une
plus grande attention aux besoins spécifiques de protection des adolescents ;
● les taux de privation de l’enfant sont indifféremment élevés dans les dimensions logement,
assainissement et information.
Les résultats font ainsi émerger autant de paradoxes (enfants pauvres qui échappent à toute privation
et une bonne frange des enfants de ménages non pauvres qui subissent plusieurs privations à la fois)
70 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
que de faits spécifiques. On peut surtout noter que si la pauvreté monétaire fait le lit aux privations de
l’enfant, il est aussi manifeste que les privations de l’enfant débordent le champ de la pauvreté.
Pour mieux comprendre ces faits et de façon générale l’ampleur de la pauvreté des enfants dont l’une
des principales manifestations est le non-accès aux services sociaux de base, une analyse de chaîne
de causalité a été établie pour dégager les principales causes. Elle a été restreinte aux faits globaux.
L’ampleur de la pauvreté monétaire et des privations telle que mise en évidence constitue un
obstacle majeur à la réalisation des droits de bon nombre d’enfants au Bénin. Le fort taux de
privation des enfants reste principalement caractérisé par le non-accès aux services sociaux de base
(éducation, santé, protection…) de qualité. Ainsi, les facteurs à mettre en exergue sont plus liés au
non-accès aux services de base.
La première cause immédiate des privations de l’enfant incombe au fait que les parents, tuteurs ou
autres personnes responsables d’enfants décident de ne pas faire bénéficier l’enfant des services
sociaux ou que l’enfant (adolescent) ne sollicite pas (décide de ne pas solliciter) les services sociaux
de base. Comme précédemment mis en évidence dans le rapport sur l’analyse de la situation
des enfants au Bénin en 2011, ces options ont pour fondements, notamment : (i) l’inexistence ou
insuffisance (éloignement) d’offre de services sociaux ; (ii) les coûts d’accès aux services sociaux
élevés par rapport aux moyens financiers des ménages ; (iii) la mauvaise qualité des services sociaux
disponibles ; (iv) l’insuffisance d’information, y compris l’ignorance inhérente aux valeurs culturelles.
Les principaux facteurs susmentionnés sont induits par plusieurs raisons d’ordre social et économique.
Les plus importants ont trait : (i) au manque d’infrastructures sociales ; (ii) à l’insuffisance quantitative
et qualitative d’infrastructures sociales ; (iii) aux attitudes et comportements inappropriés des
parents, tuteurs et autres responsables des enfants ; (iv) à la vulnérabilité des ménages aux chocs
et crises ; (v) aux conditions de vie des parents ; (vi) aux faibles opportunités de travail et de revenus
offertes aux ménages.
UNICEF BÉNIN 71
[Link]. Les causes structurelles
Plusieurs facteurs peuvent être répertoriés comme causes profondes des déterminants directs des
décisions des parents et des adolescents à ne pas solliciter les services sociaux de base. On peut
citer notamment : (i) la faible croissance pro-pauvre ; (ii) la faible allocation budgétaire aux services
sociaux qui s’explique par l’absence d’un mécanisme cohérent et rigoureux d’allocation des ressources
matérielles, humaines et financières, les contraintes programmatiques ainsi que les défaillances
budgétaires ; (iii) la faiblesse des ressources de l’État (ressources publiques limitées) ; (iv) l’observance
de normes socioculturelles défavorables aux droits de l’enfant ; (v) le mauvais pilotage du processus
de développement ; (vi) les contraintes institutionnelles ; (vii) les problèmes de gouvernance et de
corruption ; (viii) l’insuffisance des initiatives d’aménagement du territoire ; (ix) la faible efficacité des
politiques, stratégies et programmes mis en œuvre.
5.1.2. Existence d’enfants vivant dans les ménages pauvres mais qui ne souffrent d’aucune privation.
Même si ce phénomène s’est révélé dans une faible proportion, il est intéressant de s’y pencher du
fait qu’il pourrait constituer une piste de résorption des problèmes de privation de l’enfant à travers
une meilleure connaissance et compréhension des mécanismes mis en place par ces ménages pour
parvenir à cette fin. Il pourrait avoir pour causes immédiates, la bonne décision des parents ou des
tuteurs en faveur des enfants concernés et la disponibilité de l’offre de services sociaux. Ensuite pour
causes sous-jacentes, la forte conscience des ménages de la nécessité de subvenir prioritairement
aux besoins des enfants, la faible sévérité de la pauvreté, l’accès à la juste information. Enfin, pour
causes structurelles, la solidarité de la famille élargie par le biais de transferts sociaux divers, ainsi que
les bonnes pratiques dans la communauté de résidence, toutes ces causes étant fortement liées aux
normes et valeurs socioculturelles endogènes.
5.1.3. Existence d’enfants vivant dans un ménage non pauvre mais souffrant de privations
La privation de l’enfant qui vit pourtant dans un ménage riche est pratiquement un des plus
importants paradoxes que révèlent les résultats de la présente étude. Si elle s’oriente plus sur les
faiblesses du côté de l’offre, elle pourrait s’expliquer par : (i) les causes immédiates telles que la
faiblesse et/ou la non-disponibilité de l’offre de services sociaux de base et la mauvaise décision
des parents ou tuteurs, au détriment des droits de l’enfant ; (ii) les causes sous-jacentes comme la
faible allocation budgétaire aux secteurs sociaux, les ressources publiques limitées, l’inadaptation
de l’offre des services sociaux existants aux besoins des ménages et les comportements inadaptés
des parents ; (iii) par les causes structurelles telles que la faible croissance économique, les faiblesses
du mécanisme d’allocation de ressources aux secteurs, les disparités régionales en matière
d’infrastructures et d’équipements, la mauvaise gouvernance et la corruption, ainsi que les normes
socioculturelles, les croyances et l’ignorance.
Les enfants vivant dans des ménages pauvres et qui souffrent de multiples privations sont les plus
nombreux en matière de privation. Les facteurs déterminants de cette situation de l’enfant béninois
sont prioritairement les suivants. La principale cause immédiate est l’extrême pauvreté des parents.
S’agissant des causes sous-jacentes, elles proviennent du manque d’opportunité de revenu, de la
faiblesse du système d’assistance sociale et de l’insuffisance d’information sur l’assistance sociale.
72 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
5.1.5. La privation est diversement répartie sur l’étendue du territoire national : le département de
l’Alibori est le département où les enfants souffrent de plusieurs privations à la fois
Ce constat s’explique par : (i) des causes immédiates telles que la faiblesse de l’offre (notamment
dans le domaine de l’éducation préscolaire et primaire) et la mauvaise décision des parents ; (ii) les
causes sous-jacentes qui sont le manque de moyens financiers des ménages, la faible accessibilité
des services sociaux de base et les comportements inadaptés des parents comme la pratique des
mariages précoces, des enfants talibés, etc. ; (iii) les causes structurelles, à savoir le mauvais pilotage
du processus de développement, les insuffisances du mécanisme d’allocation des ressources
publiques, les disparités régionales en infrastructures et équipements ainsi que les normes et pratiques
socioculturelles défavorables aux enfants.
Les résultats de l’analyse causale confirment les conclusions des évaluations de la SCRP et des OMD,
qui reviennent abondamment sur les causes structurelles du non-accès des ménages aux services
sociaux. Il s’agit notamment des préoccupations relatives à la gouvernance, à la corruption, à
l’inefficacité des politiques (par exemple : soutenabilité et pertinence des mesures de gratuité,
efficacité de la distribution des MIID, les programmes de logements sociaux et d’épargne logement,
la responsabilisation sectorielle et le pilotage parcellaire des interventions, le faible usage du pouvoir
de changement sociétal de l’information…) et à l’allocation des ressources.
Les problèmes de gouvernance et la corruption sont les premiers facteurs réducteurs de l’efficience
des programmes en cours d’exécution dans tous les secteurs, et particulièrement dans ceux ayant
pour objectif de réduire les privations de l’enfant : (i) ils engendrent le gaspillage des ressources ; (ii)
ils entravent le bénéfice de l’économie d’échelle ; (iii) détournent les moyens des résultats prescrits ;
(iv) ils détériorent la qualité de la dépense publique ; (v) ils freinent l’investissement national à travers
la réduction de la compétitivité territoriale et nationale (ex : extension de la gratuité des frais de
scolarité à l’enseignement supérieur, une mesure en parallèle avec les stratégies de l’éducation ;
un autre exemple est celui ainsi décrit dans un rapport d’évaluation des programmes d’AEPHA en
UNICEF BÉNIN 73
ces termes : « une proportion considérable des nouveaux points d’eau est attribuée à des localités
ayant plus d’un point d’eau amélioré et disposant déjà de niveaux de services adéquats, car il s’agit
principalement de localités plus grandes et plus riches ». Le taux de réalisation des nouveaux points
d’eau prévus est modeste. Néanmoins, les estimations officielles indiquent que le Bénin est bien placé
pour atteindre sa cible de couverture aux termes des OMD concernant les points d’eau améliorés en
zones rurales… ).
L’une des causes de privation de l’enfant identifiée pour plusieurs dimensions est l’inexistence d’un
mécanisme rigoureux d’allocation des ressources financières, matérielles et humaines tant au
niveau central qu’au sein des ministères. Cette préoccupation a été soulevée dans maints rapports,
notamment celui relatif à l’allocation des ressources dans le secteur de la santé (MS et PRPSS 2014) et
celui intitulé Suivi de l’opérationnalisation des stratégies sectorielles : dynamique interne d’allocation
des ressources financières dans les ministères sectoriels (MPD et ACMERP_GIZ). À cet égard, le rapport
d’évaluation des OMD affirme que « l’allocation réelle des ressources internes aux objectifs reste
un autre enjeu déterminant, de même que l’efficacité et l’efficience de l’exécution des ressources
budgétaires… ». En effet, les insuffisances en matière d’allocation des ressources engendrent
le saupoudrage, les écarts avec les résultats, le gaspillage, la baisse de productivité globale et
l’inefficacité de l’intervention publique. Il est suggéré de concentrer les efforts de programmation,
principalement, sur les ressources mais au-delà, le même rapport ajoute ce qui suit : « Si la
mobilisation des ressources internes est une des voies privilégiées pour le financement des ODD, leur
allocation réelle aux objectifs reste un enjeu déterminant ».
Exonération des frais d’inscription, gratuité de la césarienne, prise en charge des enfants de moins
de 5 ans atteints de paludisme. Ces mesures prises aussi bien pour la santé que l’éducation souffrent
de plusieurs entraves qui inhibent l’efficacité dans ces secteurs : (i) mal circonscrites, elles ne sont pas
soutenables par l’État ; (ii) elles ne sont pas cohérentes avec les stratégies sectorielles ; (iii) fondées
sur des prestations de services non disponibles partout et de qualité peu satisfaisante, elles portent le
risque de générer la désaffection des demandeurs ; (iv) elles ne sont pas suffisamment orientées vers
les cibles qui en ont le plus besoin.
74 UNICEF BÉNIN
L A P A U V R E T É E T L E S P R I V A T I O N S D E L ’ E N F A N T A U B É N I N RAPPORT DE L’ÉTUDE
Le faible usage du pouvoir de changement sociétal de l’information. L’information n’est pas perçue
comme un sous-secteur véritablement intégré au dispositif de développement. Elle est juste utilisée
comme un moyen de préparation de l’environnement pour la mise en œuvre des politiques et
programmes. Ce faisant, il s’est créé quelques freins à la réalisation de la réelle transformation
de l’environnement communautaire en faveur du bien-être collectif et particulièrement de celui
de l’enfant. Il s’agit : (i) de la précarité des acquis des programmes en faveur de l’enfant ; (ii) du
développement de discours incompatibles avec les normes établies ; (iii) de l’installation d’une
confusion du fait de démarches conjoncturelles ; (iv) de l’intrusion d’éléments de démobilisation au
regard des efforts conjoncturels de sensibilisation.
UNICEF BÉNIN 75
Chapitre 6
CONCLUSION ET
RECOMMANDATIONS
Le Bénin a ratifié plusieurs conventions internationales et a élaboré un important arsenal juridique et
réglementaire dans le cadre de la lutte contre la pauvreté et la privation de l’enfant et de la mère dans
les domaines qui ont fait l’objet de la présente étude. Des politiques et stratégies ont été élaborées et
mises en œuvre avec l’appui des partenaires techniques et financiers (PTF) à travers divers programmes
et mesures qui ont porté leurs fruits. Toutefois, d’importants défis restent à relever du fait surtout de
certaines faiblesses qui persistent et qui nécessitent des stratégies complémentaires pour y remédier,
nécessitant un changement de paradigme doublé d’un renforcement de la gouvernance.
6.1. Conclusion
La méthode MODA appliquée à l’analyse de la pauvreté et des privations de l’enfant a permis
d’appréhender de manière globale et selon plusieurs dimensions la situation de l’enfant au Bénin. Son
originalité repose aussi bien sur les droits de l’enfant, la diversité des besoins de l’enfant tout au long de
sa vie que sur le nombre de privations que l’enfant pourrait subir à la fois, selon les normes établies.
De cette étude, on peut retenir que la grande majorité des enfants au Bénin subissent plus de trois
privations à la fois avec une prévalence de privation multidimensionnelle de 64,5 % lorsque le seuil
est fixé à k = 3. Les enfants vivant en zone rurale (75,4 %) et ceux des départements de l’Alibori, du
Borgou, de l’Atacora et de la Donga sont plus exposés aux privations que ceux des villes ou ceux
résidant dans d’autres départements.
Les résultats de l’étude révèlent également que, quand bien même la pauvreté fait le lit aux
privations de l’enfant, le tiers des enfants des ménages non pauvres souffrent de multiples privations à
la fois et qu’il en existe dans les ménages pauvres qui ne subissent aucune privation.
Par ailleurs, l’analyse des constats met en évidence les causes des privations de l’enfant. Les écarts
en matière de gouvernance et de corruption constituent les facteurs primordiaux qui inhibent
les efforts réalisés dans presque tous les secteurs (dimensions) qui ont été abordés. Suivent la
pression démographique (3,5 % par an), la non-maîtrise des coûts unitaires, l’insuffisance de l’offre
quantitative et qualitative en biens et services, les difficultés d’accès, la pauvreté du pays, la faible
croissance pro-pauvre, l’inexistence d’un mécanisme rigoureux d’allocation des ressources au sein
des ministères, les entraves liées aux us et coutumes, etc.
76 UNICEF BÉNIN
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Eu égard à tout ce qui précède, le présent rapport propose des perspectives en termes de
compléments aux orientations stratégiques et aux modes opératoires des programmes, en tenant
compte des exigences affichées pour chacune des dimensions référencées. Au nombre des
orientations majeures, il met en relief la nécessité d’instaurer un mécanisme central et sectoriel
d’allocation des ressources matérielles, financières et humaines, le contrôle et la surveillance de la
gestion des dépenses publiques, la maîtrise de la croissance démographique et des coûts unitaires
en lien avec les performances dans la sous-région, l’utilisation judicieuse de l’information dans
une approche globale basée sur les communautés, et l’accélération de la mise en place d’un
mécanisme unique de ciblage des pauvres pour des raisons d’équité.
Au total, cette étude vient approfondir, dans une certaine mesure, les conclusions des rapports sur la
pauvreté et la situation de l’enfant ainsi que les rapports d’évaluation de la SCRP et des OMD. Après
avoir pris en considération les résultats appréciables des politiques, stratégies et programmes mis
en œuvre et soulevé la nécessité d’un pilotage systémique des diverses dimensions de la pauvreté
et des privations de l’enfant au Bénin, elle propose diverses mesures et orientations stratégiques
complémentaires pour améliorer avec plus d’efficacité les conditions de vie de l’enfant et de la mère.
6.2. Recommandations
Au regard de ce qui précède, les recommandations suivantes sont proposées afin de lever les
contraintes susceptibles d’entraver la bonne conduite des actions orientées sur l’amélioration des
conditions de vie de l’enfant et de la mère au Bénin.
● S’assurer que le concept de pauvreté des enfants soit mesuré dans les systèmes nationaux de
collecte, et ce dans le but de suivre l’Objectif développement durable consistant à mettre fin à la
pauvreté des enfants sous toutes ses formes à horizon 2030.
● Veiller à l’application effective des lois, puis mettre en place un environnement incitatif à la bonne
gouvernance et à l’éthique tant dans l’administration publique que dans le secteur privé. La
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mise en œuvre de cette recommandation pourrait se faire via des mesures pour la maîtrise et le
contrôle des coûts, afin d’appliquer une gestion tournée vers la production de services de bonne
qualité et accessibles aux populations.
● Systématiser l’utilisation du mécanisme unique de ciblage des plus pauvres pour plus d’équité
dans l’offre des services sociaux de base sur toute l’étendue du territoire national.
● Améliorer le ciblage des ménages et des zones les plus défavorisées en particulier dans
les départements où vivent les enfants les plus privés (Alibori, Borgou, Donga et Atacora,
Couffo, Mono) pour plus d’équité dans la mise en œuvre des politiques et programmes de
développement.
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BIBLIOGRAPHIE
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Finmark Trust).
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world. The Policy Press: Bristol. [Link]/poverty/child [Link]
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Washington D.C: The World Bank.
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de développement du secteur de l’éducation du Bénin (PDDSE, 2006-2015).
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internationale du travail (OIT) et Institut national de statistique et de l’analyse économique (INSAE),
Rapport d’étude, Bénin.
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ANNEXES
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Annexe 2. Variables de profil utilisées dans l’analyse N-MODA
0-23 mois 24-59 mois 5-10 ans 11-14 ans 15-17 ans
Sexe de l’enfant x x x x x
Milieu de résidence x x x x x
Département de résidence x x x x x
Bien-être économique x x x x x
Électrification du ménage x x x x x
Religion de la mère x x x x x
Ethnie de la mère x x x x x
Pauvreté monétaire x x x x x
Protection de l’enfant x x x x
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Annexe 3. (suite)
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74 40.7 16.1
Atalcora Atalcora Atalcora
78.1 50 23.3
Borgou Borgou Borgou
73 36.6 10.9
Collines Collines Collines
91.8 69.9 37
Donga Donga Donga
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Enfants âgés de 5 à 10 ans
90 74 41.8
Albori Albori Albori
70 34.3 8.4
Collines Collines Collines
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93 84 56.4
Albori Albori Albori
74.7 49 21.6
Atalcora Atalcora Atalcora
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Annexe 5. Formules utilisées dans l’analyse
Taux de privation :
q
h j,r = j,r
nr
Avec
nr
q j,r =
∑y j
i=1
hj,r Taux d’incidence des enfants subissant des privations dans la dimension j de la population de
référence r
zj Seuil de la dimension j
Intensité de la privation :
d
Di = ∑y j
i=1
Di Nombre total de dimensions dans lesquelles chaque enfant i subit des privations
yj yj = 1 si subit des privations dans la dimension j ; et yj = 0 si l’enfant ne subit pas de privation dans
la dimension j
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qk
H=
na
Avec
n
qk =
∑y k
i=1
hj,r Taux d’incidence de la privation multidimensionnelle des enfants selon la valeur seuil k dans le
groupe d’âge a
K Valeur seuil
qk
∑1 ck
A=
qk x d
A Intensité moyenne de la privation multidimensionnelle selon la valeur seuil k pour le groupe d’âge a
d Nombre total de dimensions considérées par enfant dans le groupe d’âge concerné a
cK Nombre de privations subies de façon multidimensionnelle par chaque enfant i avec ck = Di*yk
qk
∑1 ck
M0 = H x A =
na x d
M0 Taux d’incidence ajusté de la privation multidimensionnelle des enfants chez les enfants subissant
au moins k privations dans le groupe d’âge a
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B
Crédits
Production : Julie Pudlowski Consulting
Photographies : UNICEF/ Pudlowski
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