MONTÉE DU NATIONALISME EN AFRIQUE DE
L’OUEST Impact sur les relations franco-africaines
Issa Abou Berthe
To cite this version:
Issa Abou Berthe. MONTÉE DU NATIONALISME EN AFRIQUE DE L’OUEST Impact sur les
relations franco-africaines. Regards sur l’actualité juridique: les temps forts 2023/2024, , A paraître,
Regards sur l’actualité juridique: les temps forts 2023/2024, 978-2-7314-1339-7. �hal-05168041�
HAL Id: hal-05168041
[Link]
Submitted on 17 Jul 2025
HAL is a multi-disciplinary open access L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est
archive for the deposit and dissemination of sci- destinée au dépôt et à la diffusion de documents
entific research documents, whether they are pub- scientifiques de niveau recherche, publiés ou non,
lished or not. The documents may come from émanant des établissements d’enseignement et de
teaching and research institutions in France or recherche français ou étrangers, des laboratoires
abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
Public Domain
MONTÉE DU NATIONALISME EN AFRIQUE DE L’OUEST
Impact sur les relations franco-africaines
Issa Abou BERTHE
Doctorant, CERHIIP (UR 2186)
Cette étude à laquelle nous nous attelons porte sur les ruptures de l’ordre
constitutionnel intervenues ces dernières années en Afrique de l’Ouest, suivi de la
dégradation des relations entre l’Afrique et la France et le renforcement du nationa-
lisme qui se joue sur fond de populisme et concurrence des pays occidentaux pour
conquérir un territoire dans lequel la présence française a été longuement maintenue.
L’implication des acteurs internationaux dans la gestion de la crise sécuritaire qui
déstabilise le Mali en particulier et le Sahel en général est l’occasion, pour les pays
concurrents occidentaux, de prendre pied dans cette région.
La dégradation des relations entre l’Afrique et la France fait suite à la divergence
entre la France et les juntes militaires qui se sont emparées du pouvoir dans les États du
Sahel depuis la fin d’année 2020. Dans ce contexte de forte tension diplomatique entre
la France et ces États, le Mali, ancienne colonie française, procède à la révision de sa
Constitution en juillet 2023, qui puisait en grande partie dans les normes françaises.
L’objectif de ce travail est de comprendre l’importance pour la France de changer son
style de coopération avec les États africains pour faire face à ses concurrents et maintenir
sa présence dans une région dans laquelle la nature de sa politique se trouve aujourd’hui
fortement contestée et de savoir quels sont les dispositifs qui ont connu des modifica-
tions dans la nouvelle Constitution du Mali. Nous allons démontrer le nouveau modèle
de coopération avec l’Afrique qui s’impose aujourd’hui à la France et les conditions
dans lesquelles le Mali a organisé le scrutin référendaire à la fin de l’année 2023. Nous
abordons ce travail sur la longue histoire qui a uni l’Afrique et la France.
I. France-Afrique, une longue histoire
La longue histoire entre la France et l’Afrique positionne ce pays d’Europe de
l’Ouest en première ligne face à des populations africaines exposées à une forte dégrada-
tion sécuritaire, d’importantes inégalités socio-économiques et de sous-développement.
La France est très vulnérable aux attaques à cause de ses erreurs historiques liées
au passé colonial, malgré un débat discret, mais réel, des travaux académiques, et
un travail mémoriel en cours. Le mouvement décolonial qui a émergé vise à étu-
dier et à décoloniser les héritages culturels, politiques et économiques à long terme,
l’instrumentalisation de cette pensée considère le fait colonial comme la seule ex-
plication des difficultés auxquelles le continent africain est confronté, contribuant à
32 Issa Abou BERTHE
attiser les tensions entre les deux continents, dont l’histoire est constituée « des pages
parfois glorieuses et honteuses, des bienfaits et méfaits 1 ».
Très longtemps, un sentiment d’appartenance nationale se manifeste dans le
monde à travers l’identification culturelle, sociale et structurelle des individus 2. La
multiplication des États nations témoigne l’effet du principe de l’autodétermination
qui accorde aux peuples le droit de disposer d’eux-mêmes. Le nationalisme a ainsi
atteint un niveau extrême affrontant la régionalisation et les forces transnationales
considérées par les libéraux comme un mécanisme d’intégration des peuples qui
s’oppose au nationalisme excessif et à son caractère belliqueux. La création des or-
ganismes régionaux et la multiplication des zones économiques transfrontalières sont
susceptibles de remettre en cause l’extrême nationalisme 3.
Le renforcement du nationalisme a aujourd’hui atteint la forme extrême condui-
sant à placer l’identité ethnique, nationale et religieuse au cœur de tout projet politique
alors que le monde tend vers l’internationalisation économique, communicationnelle
et scientifique. Après la globalisation de l’économie de production et de consomma-
tion et aussi la communication, la pensée nationaliste défensive qui s’est développée
se révolte contre toute menace qui pèse sur l’identité culturelle, sociale et territoriale.
En effet, la conscience nationale créatrice ouverte et pluraliste est remplacée par un
nationalisme se renfermant sur lui-même, rejetant les étrangers, en opposition à celle
qui prône la pluralité d’appartenance. Ce grand bouleversement nationale a fait son
apparition vers la fin du xixe siècle, d’abord en Allemagne, en France et en Grande-
Bretagne, avant de finalement atteindre l’Afrique. La fragmentation de l’identité, de la
culture et la globalisation de l’économie sont aujourd’hui mobilisées par les pouvoirs
populistes et autoritaires pour se donner plus de légitimité et désigner l’autre comme
à l’origine de son problème. Ils prétendent défendre leurs traditions, leurs religions,
leurs langues, la morale et la solidarité alors qu’ils fragilisent la société jusqu’à son
épuisement au point qu’elle risque de disparaître 4.
Depuis 1990, on parle de la mondialisation qui devrait faire converger un mode
de vie meilleur, construire une économie mondiale et une culture unique à travers
lesquelles les entités supranationales auront un grand rôle à jouer sur les nations.
Or, depuis la chute du mur de Berlin, nous assistons à un renforcement des identités
nationales avec la multiplication des États à travers le monde, mentionnant ainsi l’im-
portance du fait national. La brèche est largement ouverte au nationalisme en Europe
centrale et dans les Balkans faisant émerger de nouveaux États pour donner suite à
la fin du communisme et à la dissolution de l’empire soviétique. La mondialisation
vise à uniformiser les stratégies politiques et économiques à travers le monde, le na-
tionalisme s’oppose à cette approche sans être en mesure d’apporter des solutions
concrètes aux problèmes internes des pays. Pendant qu’un tiers du monde s’intéresse
1
J. Guiffard, « Le sentiment anti-français en Afrique de l’Ouest, reflet de la confrontation autoritaire
contre “l’Occident collectif” », <[Link]
-en-afrique-de-louest-reflet-de-la-confrontation-autoritaire-contre>.
2
V. Martigny, « Penser le nationalisme ordinaire », Raisons politiques 2010/1, no 37, p. 7.
3
A. Dieckhoff et C. Jaffrelot, « La résilience du nationalisme face aux régionalismes et à la mondia-
lisation », Critique internationale 2004/2, no 23, p. 125-126.
4
Ibid., p. 410 et p. 423.
Montée du nationalisme en Afrique de l’Ouest 33
à la globalisation des échanges, le référent national continue à s’affirmer vigoureuse-
ment sur le reste de la planète Terre 5.
La décolonisation était considérée au moment de la détermination des valeurs
africaines comme anticoloniales et nationalistes. Comme l’après-guerre, aujourd’hui
en Afrique de l’Ouest, les putschistes puisent leurs forces dans les discours anticolo-
niaux et des contestations populaires contre l’ancienne puissance coloniale. L’étiquette
africaine a donné une légitimité populaire et a permis une forte adhésion aux nou-
veaux mouvements politiques qui émergent. Les revendications des régimes issus des
coups d’État au Mali, au Niger et au Burkina Faso sont faites au nom de l’Afrique
fustigeant la France. L’enthousiasme a suscité la formation d’un bloc africain consi-
déré anti-impérial dénommé alliance des États du Sahel, qui par la suite est devenu
une confédération regroupant les trois pays cités ci-dessus, opposée à l’organisation
régionale de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO),
à laquelle les trois pays appartenaient depuis sa création 6.
Les militaires au pouvoir se sont portés garants de l’africanisation des fonctions
publiques administratives et politiques du continent et considèrent la CEDEAO comme
un levier de la politique française. Au-delà des discours, les revendications actuelles
portent sur les signes culturels tels que le style vestimentaire, le rituel, et aussi le rejet de
la monnaie du franc CFA, et toute forme de propagande qui peut mobiliser la référence
africaine. En se faisant entourer par certains experts qui maîtrisent les codes politiques,
le régime militaire malien a négocié la révision constitutionnelle et des organes chargés
d’organiser des élections. L’engagement à tout rompre avec les autorités impériales,
dans les termes qui leur sont propres, accorde une forte légitimité à leur pouvoir, aux
yeux des populations. La jeunesse africaine actuelle a besoin d’une nouvelle dynamique
pour se bâtir un avenir meilleur, mais la manifestation de cette envie ne doit pas passer
par le procès du colonialisme, un temps que cette jeunesse n’a pas du tout vécu 7.
Une vision conservatrice de l’ordre social est en cours en Afrique. Elle se
manifeste par la promotion des valeurs guerrières, l’islamisation des sociétés, l’im-
plantation durable du djihadisme dans certains tissus sociaux, l’absence de scolarité
dans les zones en conflit, les restrictions des droits des femmes ou des minorités. Tous
ces facteurs façonnent une vision du monde fortement conservatrice de l’ordre social.
Face à cette situation, un nouveau modèle s’impose à la France. Il s’agit d’abandon-
ner la lutte d’influence, de valoriser un modèle qui va déterminer les incohérences,
en agissant politiquement en accord avec le nouveau modèle de valeur, sans faire la
morale ni poser des conditions à l’assistance apportée en faveur de la promotion des
valeurs démocratiques. Il s’agira aussi de convaincre le fondement réel de ce modèle
et de ses valeurs, de démontrer et de promouvoir sans critiquer le projet d’émanci-
pation, de stabilisation et de démocratie. Il inclura la reprise des échanges à travers
le business et la délivrance des visas. Dans ce nouveau modèle, il s’agira d’adopter
une politique de coopération économique équilibrée qui prendra en compte le volet
5
F. Tetart, Nationalismes régionaux, Un défi pour l’Europe, Paris, De Boeck Supérieur, 2009, p. 51.
6
S. Nakao, Nationaliser le panafricanisme, La décolonisation au Sénégal, en Haute-Volta et au Ghana
(1945-1962), Paris, Karthala, 2023, p. 16.
7
Ibid., p. 140.
34 Issa Abou BERTHE
scolaire et universitaire, en somme une politique de développement qui répondra aux
besoins directs des populations 8.
Concernant les armées africaines, elles font face à une crise endémique sécuri-
taire qui perturbe la paix sociale, pour arriver à bout de ce fléau, elles doivent être plus
professionnelles et nationales sans fondement ethnico-régional ou religieux. Dans le
continent africain, la bonne gouvernance fait beaucoup défaut, la corruption endé-
mique discrédite les pouvoirs politiques, faisant désespérer les jeunes, les poussant
à la rébellion, à l’immigration et au trafic de tout genre. Le problème majeur de ce
continent est la difficulté de construire des États de droit de démocratie répondant aux
besoins des populations, s’ajoutant à la fragilité des institutions dont la consolidation
doit éviter le retour des clans et tribus comme le cas pendant la période précoloniale 9.
II. Révision constitutionnelle du Mali
Depuis plusieurs années, le Mali peinait à procéder à la révision de sa vieille
Constitution qui date de 1992 et qui ne répondait plus au contexte actuel du pays, après
des tentatives maintes fois avortées. Le projet de Constitution soumis au vote et adopté
en juillet 2023 s’est déroulé dans un climat particulièrement tendu opposant la junte mi-
litaire au pouvoir, qui a fait de ce projet un enjeu central de refondation de l’État du Mali
confronté à une crise sécuritaire et institutionnelle, et la France. Le vote s’est déroulé
dans un climat de peur d’attaques djihadistes et de divergences politiques. Le nouveau
projet de Constitution a mis en exergue la souveraineté de l’État du Mali alors qu’il y a
un revirement vers la Russie après la rupture diplomatique avec la France. Le Mali étant
exposé à la montée de l’islamisme, certaines organisations religieuses musulmanes ont
fustigé le maintien du principe de laïcité dans le nouveau projet de Constitution 10.
En Afrique de l’Ouest, l’islam, devenu une référence identitaire, occupe une
place centrale dans les sociétés. Après sa pénétration, il s’est d’abord adapté aux
pratiques locales avant d’imposer ses principes radicaux. Les pouvoirs politiques,
traditionnels et l’islam ont tissé des liens cordiaux au point que cette religion qui n’est
plus considérée comme un élément étranger a pris le dessus sur les pouvoirs étatiques
devenus fragiles devant les autorités religieuses. Le risque de déstabilisation des États
à cause de la religion est devenu très important. La situation au Mali ces dernières
années est un cas illustratif 11.
8
Assemblée nationale, rapport d’information du 14 déc. 2022 sur les relations entre la France et
l’Afrique, présenté par M. Bruno Fuchs et Mme Michel Tabarot.
9
« L’édito de Pascal Boniface Afrique/France : une relation nouvelle ? », article co-signé avec
Ahmeddou Ould Abdallah, ancien représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies pour
l’Afrique de l’Ouest et président du Centre pour la stratégie et la sécurité dans le Sahara Sahel (Centre4s).
10
Le Monde avec AFP, « Au Mali, le nouveau projet de constitution approuvé à la quasi-unanimité, sur
fond de faible participation et d’irrégularités », Le Monde, 23 juin 2023, <[Link]
article/2023/06/23/au-mali-le-nouveau-projet-de-constitution-approuve-a-la-quasi-unanimite-sur-fond-de-
faible-participation-et-d-irregularites_6178994_3212.html>.
11
« L’édito de Pascal Boniface Afrique/France : une relation nouvelle ? », op .cit., p. 141.
Montée du nationalisme en Afrique de l’Ouest 35
Des débats controversés entre homme de droit, religieux modérés et radi-
caux ont animé toute la période électorale. Certains responsables du Haut Conseil
islamique (HCIM) et de la Ligue des imams savants pour la solidarité islamique
(LIMAMA) ont demandé le remplacement sans succès de la clause de laïcité par
« État multiconfessionnel ». Selon ces derniers, le « principe de laïcité est un terme
anti-islamique », l’inscrire à la Constitution est contraire à la foi religieuse portée par
la majorité des Maliens. La montée de l’islamisme est un vrai problème pour le monde
entier. En 2021, l’arrivée des mercenaires russes Wagner au Mali a précipité le départ
des troupes françaises qui combattaient contre les djihadistes. Ce départ a réduit la
force des opérations de maintien de paix de l’ONU (MINUSMA) présente sur place.
La milice Wagner, engagée dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, du centre et du
Maghreb, est tenue pour responsable de plusieurs exactions contre les civils lors des
opérations de contre-insurrection, et assure la sécurité rapprochée des autorités de la
transition au Mali 12.
Le coup d’État est la prise illégale du pouvoir par une personnalité civile ou mili-
taire qui s’empresse ensuite d’établir une nouvelle Constitution à son goût 13. La nouvelle
constitution adoptée au Mali a renforcé le pouvoir du président de la République, ainsi
on est passé d’un régime semi-présidentiel à un régime présidentiel 14. Dans l’ancienne
loi, c’est le gouvernement qui déterminait la politique de la nation ; celle qui vient d’être
adoptée prévoit que ce travail doit être fait par le président de la République. Le Premier
ministre ainsi que les autres membres du gouvernement seront nommés par ce dernier
qui aura le pouvoir de les démettre de leurs fonctions. Le gouvernement ne serait plus
responsable devant l’Assemblée nationale, mais le serait devant le président qui, à son
tour, pourrait être destitué par le Parlement pour haute trahison. Il faut noter que l’in-
crimination des coups d’État dans l’ancienne Constitution n’a pas empêché les deux
putschs de 2012 et 2020 au Mali. Le principe d’incrimination du putsch est maintenu
dans la nouvelle Constitution, mais fait apparaître un paradoxe qui semble protéger
les auteurs du coup d’État de 2020. « Tout coup d’État est un crime imprescriptible,
mais selon l’article 188 les faits antérieurs à la promulgation de la nouvelle Constitution
couverte par des lois d’amnistie ne peuvent, en aucun cas, faire l’objet de poursuite 15. »
Des lois d’amnistie visant à protéger les militaires putschistes ont été adoptées
par le Conseil national de transition, organe qui représente l’Assemblée nationale
après sa dissolution. Un point significatif dans la nouvelle Constitution est la recon-
naissance des autorités traditionnelles religieuses, gardiennes des valeurs sociétales,
elles sont mises devant la scène et pourront participer à la résolution de certains
conflits dans les conditions établies par la loi. L’autorité coutumière, avait perdu
ce rôle dès l’avènement de la démocratie. Aujourd’hui, elle a obtenu de nouvelles
12
BBC Monitoring, « Quels sont les enjeux du référendum constitutionnel au Mali ? », BBC NEWS
AFRIQUE, 16 juin 2023, <[Link]
13
H. Simonian-Gineste, Introduction au droit constitutionnel, Paris, Ellipses, coll. « Tout-en-un-droit »,
2020, p. 47.
14
« Il y a une personnalisation du pouvoir alors que si une nouvelle Constitution se met en place, elle est
censée redresser les dérives, équilibrer les pouvoirs au lieu de tout centrer sur une seule personne », analyse
Brema Ely Dicko, chercheur à l’université de Bamako diffusée sur TV5Monde avec AFP.
15
TV5MONDE avec AFP, « Mali : que prévoit la nouvelle Constitution soumise à référendum ? »,
TV5MONDE, 16 juin 2023, <[Link]
tution-soumise-referendum-2648335>.
36 Issa Abou BERTHE
fonctions de distribution de la justice sociale. La persistance de cette pratique fait
qu’on a pensé à son institutionnalisation 16. Pour mettre fin à tout lien avec la France,
les langues nationales sont devenues officielles à la place du français, considéré
comme la langue de l’ancienne puissance coloniale, qui a été rétrogradé en simple
langue de travail. Après le coup d’État d’août 2020, l’ancienne loi fondamentale n’a
pas été suspendue. Celle-ci prévoyait la possibilité d’être révisée par les autorités
légitimement installées. Ainsi, une charte de transition a été adoptée, permettant de
renforcer l’influence des gouvernements 17.
La nouvelle Constitution doit pallier les insuffisances de l’ancienne loi désignée
sans précision comme étant à l’origine de la faillite de l’État, de la recrudescence des
crises, de l’expansion du djihadisme, de la pauvreté, de la ruine des infrastructures, de
la crise scolaire et de la croissance de la corruption. Au-delà de l’absence de consensus
autour du projet constitutionnel, le scrutin référendaire n’a pas pu se tenir sur l’ensemble
du territoire à cause de l’insécurité. En effet, aucunes des requêtes introduites devant la
Cour constitutionnelle, seule juridiction compétente pour juger de l’irrégularité et de
l’illégalité n’a été retenue 18. On révise un texte lorsqu’il ne permet pas de faire ce que
l’on souhaite, c’est-à-dire pour l’adapter aux règles applicables aux situations imprévues
et aux défis de l’heure 19. Cependant « chaque peuple doit avoir la Constitution qui lui
convient 20 ».
L’évolution de cette norme suprême permet d’identifier au mieux la nation
qu’elle représente et ses valeurs. Les raisons qui peuvent conduire à la révision ou
à la transformation d’une Constitution sont multiples, mais le but principal, surtout
ce que préconise le droit en général, est qu’elle reste sensible et capable de répondre
aux exigences du temps tout en tenant compte du dynamisme de la vie politique et
sociale. Il s’agit de répondre à la question d’inefficacité d’une loi fondamentale afin
d’accroître son efficacité. Dans les pratiques observées, la transformation des lois
fondamentales porte sur des proportions sensibles et variées selon les époques et les
circonstances. C’est pourquoi le réalisme met l’accent sur la souplesse et la fermeté.
Ainsi, la souplesse de la Constitution permet de faire évoluer les relations de pouvoir
en évitant la remise en cause des acquis communs 21.
16
Abdoul Sogodogo, chercheur universitaire, analyse télédiffusée.
17
BBC Monitoring, op. cit.
18
F. Monteau, « Au Mali, la nouvelle Constitution portée par Goïta définitivement adoptée », Jeune
Afrique, 21 juin 2023, <[Link]
portee-par-goita-definitivement-adoptee/>.
19
P. Avril, « Des conventions à la révision de la Constitution », RFDC 2008/5, HS no 2, p. 49.
20
G. W. Hegel, Les principes de la philosophie du droit, Paris, Flammarion, 1999, p. 274.
21
N. Danelciuc-Colodrowschi, « Retour sur la question des limites aux révisions constitutionnelles.
De la portée de leur contrôle durant la période de reconstruction étatique (l’exemple de la Moldavie et de
l’Ukraine) », RFDC 2012/4, no 92, p. 757-758.