UNIVERSITE CATHOLIQUE D’AFRIQUE CENTRALE
INSTITUT CATHOLIQUE DE YAOUNDE
FACULTE DE SCIENCES POLITIQUES ET JURIDIQUES
EXPOSE DE DROIT CONSTITUTIONNEL
THEME :
PARTICIPANTS
Sous la supervision de :
PLAN D’EXPOSE
o Introduction
o Le Choix de base
o Les Systèmes majoritaires
o La Représentation proportionnelle
o Les Systèmes mixtes
o Conclusion
ANNEE SCOLAIRE : 2025-2026
Introduction :
Dans tout régime démocratique, le mode de scrutin constitue un élément central du droit
constitutionnel, en ce qu’il détermine les modalités de désignation des gouvernants et
conditionne la représentation politique des citoyens. Loin d’être un simple mécanisme
technique, le choix d’un mode de scrutin influence directement l’équilibre des institutions, la
structuration de la vie politique et la stabilité du pouvoir. Le mode de scrutin désigne
l’ensemble des règles juridiques permettant de transformer les suffrages exprimés par les
électeurs en sièges attribués aux candidats ou aux partis politiques. Il existe principalement
deux grandes catégories de modes de scrutin : le scrutin majoritaire, qui attribue le siège au
candidat ou à la liste ayant obtenu le plus grand nombre de voix, et la représentation
proportionnelle, qui vise à assurer une répartition des sièges proportionnelle aux suffrages
recueillis par chaque formation politique. Le choix entre ces différents systèmes n’est jamais
neutre. Tandis que le scrutin majoritaire tend à favoriser la stabilité gouvernementale et la
formation de majorités claires, la représentation proportionnelle privilégie une
représentation plus fidèle des courants d’opinion, au risque cependant d’un morcellement
politique. Les États doivent ainsi opérer un arbitrage entre efficacité institutionnelle et justice
électorale, parfois en combinant plusieurs mécanismes au sein de systèmes mixtes. Dès lors,
dans quelle mesure le choix du mode de scrutin permet-il de concilier la représentation
démocratique des citoyens avec la stabilité des institutions politiques ? Pour répondre à cette
problématique, il conviendra d’analyser, dans un premier temps, les choix de base (I), ensuite
nous aborderons les systèmes majoritaires (II), puis nous nous appesantirons sur la
représentation proportionnelle (III), et parlerons enfin des systèmes mixtes (IV).
I) Les choix de base
Hormis le choix entre scrutin majoritaire et représentation proportionnelle qui fait l’objet des
développements à suivre, le législateur d’un pays doit faire des choix en ce qui concerne le
scrutin direct ou indirect, uninominal ou de liste, à un tour ou à deux tours.
A. Scrutin direct et scrutin indirect
Le scrutin direct est celui dans lequel les électeurs désignent leurs élus sans passer par un
intermédiaire, tandis que le scrutin indirect est celui dans lequel la désignation des
représentants est le fait d’intermédiaires qui ont eux-mêmes été élus pour procéder à cette
élection. Ces intermédiaires forment un collège électoral. L’élection est donc à deux ou
plusieurs degrés selon qu’il y a une ou plusieurs étapes intermédiaires.
Les effets de ces deux types de scrutin ne sont pas les mêmes. Le scrutin indirect, qui favorise
les notables, est moins démocratique que le scrutin direct qui prend directement en compte
la volonté des électeurs.
Au Cameroun, cette distinction est clairement visible : le Président de la République, les
députés et les conseillers municipaux sont élus au suffrage universel direct, tandis que les
sénateurs sont désignés en partie par scrutin indirect par un collège électoral composé d’élus
locaux, l’autre partie étant nommée.
B. Scrutin uninominal ou scrutin de liste
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Le scrutin est uninominal lorsque les électeurs désignent un représentant par circonscription.
Il y a donc un siège à pourvoir par circonscription. Le scrutin uninominal a pour effet de
personnaliser l’élection et d’attacher l’élu à sa circonscription. De ce fait, les élus sont
souvent attachés à défendre les intérêts de leur circonscription autant, sinon plus, que les
intérêts de leur parti. Au Cameroun comme en République du Congo, les députés sont élus
dans des circonscriptions déterminées, ce qui renforce le lien entre l’élu et les populations
locales et favorise la défense des intérêts territoriaux.
Le scrutin est dit de liste lorsque les électeurs désignent plusieurs candidats regroupés sur
une liste. À l’exception du cas où il y a une circonscription unique telle que l’élection
présidentielle, le scrutin de liste est adapté à des circonscriptions plus grandes que le scrutin
uninominal. Il a pour effet une moindre personnalisation du scrutin même si la personnalité
en tête de liste est souvent importante et mise en avant. Le vote est davantage l’expression
d’une adhésion à un projet ou à un parti. La critique généralement adressée au scrutin de
liste est qu’il limite la possibilité de choix de l’électeur : la composition des listes est établie
sous la responsabilité des partis et l’électeur n’a pas la possibilité d’intervenir sur la
composition de la liste. Si le système majoritaire s’accommode aussi bien du scrutin
uninominal que du scrutin de liste, seul ce dernier peut être associé à la représentation
proportionnelle.
1. Le scrutin majoritaire à 1 tour
Le scrutin majoritaire à un tour est un mode de scrutin dans lequel est élu le candidat ou la
liste ayant obtenu le plus grand nombre de voix, sans qu’il soit nécessaire d’obtenir la
majorité absolue. On parle de majorité relative. Ses formes sont diverses. Ainsi, il existe le
scrutin uninominal majoritaire à un tour qui contient un seul siège à pourvoir. Ici, le candidat
le plus voté est élu, et le scrutin de liste majoritaire à un tour qui contient plusieurs sièges et
dont la liste arrivée en tête remporte tous les sièges. C’est par exemple le cas de l’élection du
Président de la République du Cameroun (Article 6 de la Constitution du 18 janvier 1996).
2. Le scrutin majoritaire à 2 tours
Les scrutins majoritaires constituent le mode le plus ancien de désignation des élus. Le
scrutin majoritaire étant généralement un scrutin uninominal, le fait qu’il soit à deux tours
constitue un mode de vote relativement simple à comprendre et à dépouiller. Au Cameroun
et au Gabon, l’élection présidentielle repose sur un scrutin majoritaire à deux tours, la
victoire au premier tour étant conditionnée par l’obtention de la majorité absolue des
suffrages exprimés. Lorsque cette majorité n’est pas atteinte, un second tour est organisé
entre les candidats les mieux placés. Les petits partis sont alors contraints de conclure des
alliances avec des formations plus importantes pour espérer accéder au pouvoir ou obtenir
une représentation politique.
II) Les systèmes majoritaires
Dans le système majoritaire, le siège est attribué au candidat ou à la liste ayant obtenu la
majorité des suffrages exprimés. Il faut distinguer le système majoritaire à un tour de celui à
deux tours. Nous nous placerons ici dans l’hypothèse du scrutin uninominal.
A. Le scrutin uninominal à un tour
L’avantage de ce système est sa grande simplicité : le candidat élu est celui qui a obtenu le
plus grand nombre de voix à l’issue du tour unique. Ce mode de scrutin oblige les électeurs à
voter utile et rend difficile l’émergence de nouveaux partis.
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En République démocratique du Congo, l’élection présidentielle s’effectue selon un scrutin
majoritaire à un tour, ce qui favorise les grandes formations politiques et limite l’accès au
pouvoir des candidats disposant d’un faible ancrage national.
Ce système permet de dégager des majorités stables, mais il peut aussi accentuer la
domination d’un parti ou d’un leader sur la scène politique.
B. Le scrutin uninominal à deux tours
Au premier tour, le candidat élu est celui qui obtient la majorité absolue des suffrages
exprimés. Si cette majorité n’est pas atteinte, un second tour est organisé. Au Congo et au
Cameroun, ce mode de scrutin présidentiel favorise les alliances électorales entre les deux
tours et contribue à l’élimination progressive des petites formations politiques. Le premier
tour permet l’expression pluraliste des opinions, tandis que le second tour est dominé par un
vote stratégique visant à départager les principaux candidats.
III) La représentation proportionnelle
Par définition, la représentation proportionnelle impose un scrutin de liste à un seul tour et
vise à assurer une représentation fidèle des différents courants politiques. En Afrique
centrale, ce mode de scrutin est peu appliqué dans sa forme intégrale. Les États de la région
privilégient généralement des mécanismes majoritaires ou hybrides afin d’éviter le
morcellement excessif de la représentation parlementaire et de préserver la stabilité
institutionnelle.
IV) Les systèmes mixtes
Les systèmes mixtes résultent de la volonté de combiner les avantages du scrutin majoritaire
et de la représentation proportionnelle. Au Cameroun, le régime électoral combine élections
au suffrage universel direct, désignations indirectes et nominations, ce qui constitue un
système hybride visant à concilier représentativité politique et stabilité du pouvoir.
L’étude des différents modes de scrutin montre qu’ils ne constituent jamais de simples
techniques électorales neutres, mais traduisent au contraire des choix constitutionnels
fondamentaux. Qu’il s’agisse du scrutin majoritaire, de la représentation proportionnelle ou
des systèmes mixtes, chaque mode de désignation des représentants organise différemment
la relation entre les électeurs, les partis politiques et les institutions.
CONCLUSION
Dans les États d’Afrique centrale, la prédominance des mécanismes majoritaires ou hybrides
révèle une volonté de privilégier la stabilité gouvernementale et la concentration du pouvoir
exécutif, parfois au détriment d’une représentation fidèle de la diversité politique. À
l’inverse, la représentation proportionnelle, bien qu’elle assure une meilleure traduction des
courants d’opinion, soulève des difficultés importantes en matière de gouvernabilité et de
formation de majorités stables. Ainsi, le choix du mode de scrutin apparaît comme un
instrument essentiel de structuration de la vie politique et institutionnelle. Il participe
directement à l’équilibre des pouvoirs, au fonctionnement des partis et à la légitimité des
institutions représentatives. Dès lors, toute réflexion sur une éventuelle réforme électorale
ne peut être dissociée des objectifs constitutionnels poursuivis par l’État, notamment en
matière de stabilité politique, de représentativité démocratique et de consolidation de l’État
de droit.
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