Samb Fatou
Samb Fatou
Présenté par
Fatou SAMB
pour l’obtention du Master en Développement de l’Université Senghor
Département Environnement
Spécialité Gestion de l’Environnement
Directeur de mémoire : Prof Louis SAWADOGO
le 10 Septembre 2023
Remerciements
Je voudrais exprimer ma profonde gratitude à toutes les personnes qui ont contribué de
quelque manière que ce soit à l’aboutissement de ce travail.
Je tiens à remercier tout particulièrement :
-Mme Etotépé A. SOGBOHOSSOU, directrice du département Environnement de l'université
Senghor à Alexandrie, Égypte, pour ces orientations et ses conseils durant toute la durée de
notre formation.
- Prof. Louis SAWADOGO, Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche
Scientifique et Technologique (CNRST) du Burkina Faso, mon Directeur de mémoire pour ses
conseils, son soutien et sa rigueur scientifique qui ont été déterminants pour la réalisation de
ce mémoire.
-Mme Brigitte Andoh MOBONGOL, Spécialiste Environnementale à la Banque mondiale et
Professeur d'évaluation environnementale et sociale à l'université Senghor, pour sa
disponibilité et surtout ses conseils avisés et sa sympathie.
-M. Bernard Kini COMOÉ, coordinateur du PDC2V, pour l'honneur de m'avoir reçu au sein du
PDC2V, pour sa disponibilité et sa sympathie.
-M. YAO N’dri Denis, mon maître de stage, spécialiste en Sauvegarde Environnementale du
(PDC2V), pour sa patience, sa disponibilité, ses précieux conseils ainsi que pour tous les efforts
consentis pour la réussite de ce mémoire et de mon stage.
-les différents Spécialistes du PDC2V : Monsieur Mahamane OUATTARA, Monsieur Bene
KOUADIO, Madame Mariama Ayouba COULIBALY, Madame Nassita SORO, Monsieur Constant
OGOU, Monsieur Bleu DOUAN, mes collègues de stage Grâce et Donald, et tout le personnel
du PDC2V sans exception, pour les connaissances, les conseils et la joie que vous m’avez
transmis durant mon stage au sein de la famille PDC2V.
-tous les enseignants qui sont intervenus au département Environnement et les enseignants
de tronc commun, pour la qualité des cours et des interactions.
-le Recteur Thierry VERDEL, les autres directeurs de département de l'université Senghor, et
tout le personnel de l'université Senghor à Alexandrie.
-la communauté sénégalaise particulièrement, et l'ensemble des étudiants de la promotion
avec qui j'ai passé des moments agréables et inoubliables.
Je remercie également tous ceux que je n'ai pas pu mentionner dans ce document, mais qui
ont contribué à la réalisation de ce mémoire, au succès de mon stage ainsi qu'à mes études,
recevez toute ma gratitude.
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Dédicace
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Fatou SAMB– Université Senghor - 2023
Résumé
Le secteur agricole joue un rôle crucial dans l'économie de la Côte d'Ivoire, mais il est
confronté à des enjeux majeurs, notamment l'utilisation intensive de produits phytosanitaires
dans les cultures maraîchères. Des enquêtes ont été menées pour analyser cette utilisation
dans les périmètres maraîchers du District Autonome d’Abidjan et de la région des Grands-
Ponts en Côte d’Ivoire, impliquant les acteurs des structures étatiques, les maraîchers et les
revendeurs de pesticides des communes de Bingerville, Port-Bouët, Jacqueville, Dabou, et
Grand-Lahou. Il existe plus de 2429 produits phytosanitaires homologués en Côte d’Ivoire,
mais les biopesticides ne représentent que 3% de cette gamme. Au total, 47 pesticides sont
utilisés par les maraichers dont 80% sont homologués avec des substances actives telles que
l'Acétamipride, le Mancozèbe, l'Abamectine et le Difénoconazole. En outre, certains
pesticides destinés à d’autres cultures se retrouvent dans les maraichères. La majorité des
maraîchers enquêtés sont des hommes (83%). Environ 36% de ces maraîchers enquêtés n'ont
pas reçu d'éducation formelle. L’étude révèle que, moins de 50% des maraîchers respectent
les dosages recommandés, le délai avant récolte, et le stockage conforme. Les maraîchers
s'approvisionnent principalement chez des grossistes dont seulement 58% sont agréés. Les
cultures principales sont la laitue (16%), la tomate (14%) et le gombo (13%), sur une superficie
moyenne d'environ 1 hectare. Cependant, il existe une corrélation entre les revenus et la
superficie cultivée. Il est noté une faible pratique de l'agroécologie notamment l'utilisation de
biopesticides dans le maraichage. Les analyses des résidus de pesticides dans l'eau et le sol
révèlent des concentrations dépassant les normes, notamment pour la Cyanazine, la
Monuron, l'Isoproturon, et surtout de l'Aldicarb qui est très toxique et interdite en Côte
d'Ivoire dont les concentrations dépassent de 10 fois la norme (0,023µg/L). En résumé, les
maraîchers n’adoptent pas de bonnes pratiques phytosanitaires entraînant la contamination
de l'eau et du sol par les résidus de pesticides. Une collaboration étroite entre les décideurs,
les scientifiques et les agriculteurs est essentielle pour développer des approches durables en
matière de gestion des ravageurs et des pesticides dans les périmètres maraichers.
Mots-clefs
iii
Fatou SAMB– Université Senghor - 2023
Abstract
The agricultural sector plays a crucial role in Côte d'Ivoire's economy, but it faces major
challenges, particularly the intensive use of plant protection products in market gardening.
Surveys were carried out to analyse this use in the market garden areas of the Autonomous
District of Abidjan and the Grands-Ponts region of Côte d'Ivoire, involving stakeholders from
state structures, market gardeners and pesticide retailers in the communes of Bingerville,
Port-Bouët, Jacqueville, Dabou and Grand-Lahou. There are more than 2,429 registered plant
protection products in Côte d'Ivoire, but biopesticides account for only 3% of this range. A
total of 47 pesticides are used by market gardeners, 80% of which are registered with active
substances such as Acetamiprid, Mancozeb, Abamectin and Difenoconazole. In addition, some
pesticides used on other crops are found on market gardens. The majority of market
gardeners surveyed were men (83%). Around 36% of the market gardeners surveyed had
received no formal education. The study reveals that less than 50% of market gardeners
comply with recommended doses, pre-harvest intervals and proper storage. Market
gardeners buy their produce mainly from wholesalers, only 58% of whom are approved. The
main crops are lettuce (16%), tomatoes (14%) and okra (13%), grown on an average area of
around 1 hectare. However, there is a correlation between income and area cultivated.
Agroecology is not widely practised, particularly the use of biopesticides in market gardening.
Analyses of pesticide residues in the water and soil reveal concentrations exceeding
standards, particularly for Cyanazine, Monuron, Isoproturon, and above all Aldicarb, which is
highly toxic and banned in Côte d'Ivoire, with concentrations 10 times higher than the
standard (0.023µg/L). In short, market gardeners are not adopting good phytosanitary
practices, leading to contamination of the water and soil by pesticide residues. Close
collaboration between decision-makers, scientists and farmers is essential if we are to develop
sustainable approaches to pest and pesticide management in market garden areas.
Key-words
Côte d'ivoire, market gardening, farming practices, pollution, plant protection products,
pesticides
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1 Introduction
L'agriculture est le principal moteur de l'économie ivoirienne. Elle représente 28% (FIRCA,
2019) du PIB du pays et emploie près de la moitié de la population. L'agriculture ivoirienne est
le premier exportateur agricole de l'UEMOA et le deuxième de la CEDEAO (Banque Mondiale,
2010). L'agriculture est une source de subsistance et de revenus pour les populations
vulnérables et pour les grandes exploitations agricoles du pays. Les cultures maraîchères
(tomate, piment, gombo, aubergine, laitue, chou...) y occupent une place importante. La
production nationale est estimée à environ 850 000 tonnes par an selon la direction de
l'horticulture. Elle est cultivée en grande partie par les populations rurales et majoritairement
par les femmes (60%) sur des petites parcelles de moins d'un hectare (CIRAD, 2018).
Néanmoins, de nombreuses faiblesses demeurent présentes dans le secteur agricole ivoirien.
Les contraintes liées au développement de la production vivrière, au développement des
infrastructures marchandes, à la création de valeurs et à l’accès au financement sur tous les
maillons de la chaîne de valeur demeurent. C’est dans ce contexte que le Programme National
d’Investissement Agricole de Deuxième Génération (PNIA II 2018-2025), en cours de mise en
œuvre, a pour objectif de doter la nation d'une agriculture durable, compétitive et créatrice
de richesse équitablement partagée. Malgré ces politiques d'encadrement mises en place par
le gouvernement pour développer le secteur agricole, les cultures maraîchères sont encore
confrontées à de multiples contraintes, notamment la pression des bioagresseurs.
Les principaux nuisibles des cultures maraîchères en Côte d'Ivoire sont la mouche blanche, les
mineuses, les nématodes, les viroses, les Adventices, etc. (CNRA, 2013). Ces ravageurs causent
des pertes qui sont souvent drastiques, contraignant ainsi certains paysans à abandonner
leurs productions.
La stratégie prédominante pour contrer ces menaces consiste en la lutte chimique à l'aide de
produits phytosanitaires, incluant des herbicides et des insecticides (Ngowi et al. 2007; De Bon
et al. 2019). Malgré la disponibilité de variétés résistantes, la pression parasitaire reste élevée,
poussant les agriculteurs à une utilisation croissante de produits chimiques synthétiques (Soro
et al. 2021). Cependant, cette pratique n'est pas sans conséquence, car les pesticides
contribuent à la pollution environnementale et peuvent avoir des effets non intentionnels sur
la santé des agriculteurs et des consommateurs (Célestin et al. 2019; Atto et Monde 2020). Ils
sont également responsables de la perte de biodiversité tels que les ennemis naturels et les
pollinisateurs (Biondi et al. 2012; Schiffers 2017). La perte de cette biodiversité entraîne la
réduction des rendements et en parallèle la famine et la malnutrition (Brevik et al. 2018).
Toutefois, la situation se complexifie davantage avec la présence de produits de contrefaçon
provenant de pays voisins ou de régions éloignées, exacerbant ainsi les risques. De plus,
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l'ignorance des réglementations et la mise en œuvre partielle des politiques liées aux
pesticides contribuent à aggraver la problématique (Tiembré et al. 2016; Ano et al. 2018). Tous
ces facteurs augmentent les risques et les impacts liés à l’utilisation des pesticides, mais aussi
la sécurité alimentaire du pays.
Face aux défis environnementaux, sanitaires et économiques engendrés par l'utilisation
intensive de pesticides dans les cultures maraîchères en Côte d'Ivoire, comment parvenir à
équilibrer les besoins de sécurité alimentaire, les exigences économiques et la préservation
de la biodiversité tout en limitant les impacts néfastes sur l'environnement et les
communautés humaines? La présente étude s’établie dans le cadre de l'application du plan
de gestion des pestes et des pesticides du Projet de Développement des Chaînes de Valeurs
Vivrières (PDC2V) en vue de prévenir ou d’atténuer les impacts de l’utilisation des pesticides
sur l’environnement et les communautés humaines.
L’objectif général de cette étude est d’analyser l’utilisation des produits phytosanitaires dans
les périmètres maraîchers du District Autonome d’Abidjan et de la Région des Grands-Ponts
en Côte d’Ivoire. Il s’agit d’abord (i) de recenser les pesticides homologués en Côte d'Ivoire (ii)
d’identifier les pratiques phytosanitaires des maraîchers et (iii) de mesurer le niveau de
contamination des eaux de surface (cours d’eau, étangs), des eaux souterraines (puits) et des
sols en proximité des parcelles maraîchères.
Ainsi pour atteindre ces objectifs nous avons remisent les hypothèses suivantes afin de mieux
comprendre l’utilisation des produits phytosanitaires dans les périmètres maraîchers du
District Autonome d’Abidjan et de la Région des Grands-Ponts en Côte d’Ivoire :
● H1 : Les pratiques actuelles des maraîchers dans le District Autonome d’Abidjan et la
Région des Grands-Ponts en Côte d'Ivoire sont majoritairement orientées vers
l'utilisation de pesticides chimiques ;
● H2 : Les maraîchers ne respectent pas les bonnes pratiques phytosanitaires
● H3 : Les teneurs en résidus de pesticides dans le milieu d'étude dépassent les limites
LMRs maximales autorisées par OMS.
Ce présent mémoire est structuré en trois (3) chapitres. Le premier chapitre présente la revue
bibliographique sur l’impact et les alternatives de l’utilisation des pesticides dans le secteur
agricole. Le deuxième chapitre est consacré à la présentation du matériel et des méthodes et
le chapitre 3 présente les résultats obtenus, la discussion et les recommandations.
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2 Revue bibliographique
Selon la FAO (1994), ‘’Un pesticide se définit comme toute substance ou combinaison de
substances conçue pour repousser, éliminer ou contrôler les ravageurs, y compris les vecteurs
de maladies humaines ou animales, ainsi que les espèces non désirées de plantes ou
d'animaux susceptibles de causer des préjudices ou de se révéler nuisibles lors de la
production, de la transformation, du stockage, du transport ou de la commercialisation de
denrées alimentaires, de produits agricoles, de bois et de produits ligneux, d'aliments pour
animaux. Il peut également être administré aux animaux pour lutter contre les insectes, les
arachnides et autres parasites internes ou externes. Ce terme englobe l'utilisation de produits
chimiques tant avant qu'après la récolte des cultures, dans le but de prévenir la détérioration
des produits pendant leur transport et leur entreposage. De plus, il englobe l'utilisation de
substances visant à réguler la croissance des plantes, à faciliter la chute des feuilles, à
accélérer le dessèchement, à favoriser l'amincissement des fruits ou à éviter leur chute
prématurée”. Cette définition a évolué sans englober tous les usages des pesticides comme
certains produits médicaux (Boudet, Wallet, et Thybaud 2020). Le mot pesticide vient du mot
anglais “pest” qui signifie animal ou nuisible et de “cide” qui signifie tuer. Un pesticide est une
substance utilisée pour prévenir, éliminer, contrôler les bioagresseurs (insectes, adventices,
champignons, rongeurs, acariens, vers, mollusques, oiseaux, mammifères) qui cause des
dommages aux cultures et aliments, à l’homme et son environnement. Ils comprennent les
insecticides, les herbicides, les fongicides, les acaricides…(Strassemeyer et al. 2017).
2.1.2 Classification des pesticides
La classification des pesticides repose sur plusieurs critères tels que leur nature, leur toxicité,
leur utilisation, leur formulation et leurs cibles spécifiques. Le premier critère de classification
est la nature, qui peut être naturelle, soit synthétique (Figure 1). Les pesticides naturels
dérivent de composés naturels tels que les extraits de plantes ou les microorganismes alors
que les synthétiques sont fabriqués à partir de substances chimiques spécifiques. La
classification qui est basée sur l’utilisation peut être liée secteur (la santé publique, agricole
ou vétérinaire). Les pesticides agricoles sont principalement utilisés pour la protection des
cultures contre les ravageurs, les maladies et les adventices. La toxicité est un critère majeur
de classification des pesticides et se distingue en toxicité aiguë et toxicité chronique. La
toxicité aiguë fait référence aux effets nocifs immédiats. La toxicité chronique, en revanche,
se réfère aux effets à long terme résultant d’une exposition prolongée. Cette distinction est
essentielle pour évaluer les risques potentiels pour la santé humaine et l’environnement.
Quant à la classification basée sur la formulation, elle se réfère à l'état (solide, liquide ou
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gazeuse) sous lequel les pesticides sont commercialisés et utilisés. Chaque type de
formulation a ses avantages et inconvénients spécifiques en termes de transport, d’efficacité
et de facilité d’utilisation. En dernier la classification qui tient compte des cibles auxquelles ils
sont destinés. Les herbicides cherchent à contrôler les adventices ou “mauvaises herbes”, les
acaricides contre les acariens, mes fongicides contre les champignons pathogènes, les
insecticides contre les insectes nuisibles. Il existe plus de 100 familles chimiques de pesticides.
Les principales catégories comprennent les organochlorés, les organophosphorés, les
carbamates et les pyréthrinoïdes.
Figure 1 Classification de pesticides selon la cible et la nature (Source : Yadav et Devi, 2017)
L'Organisation mondiale de la santé (OMS), dans son rapport de (2019), classe les pesticides
en fonction de leur degré de dangerosité (Tableau 1). Pour caractériser ces produits, un outil
communément utilisé est la concentration létale (CLn) ou la DL50. La DL50, Dose Létale 50,
représente la dose ou la quantité de substance nécessaire pour provoquer la mort de 50 %
d'une population d'organismes vivants (généralement des animaux de laboratoire) exposée à
cette substance. La DL50 est exprimée en milligrammes de substance par kilogramme de poids
corporel (mg/kg) pour les produits chimiques solides ou liquides, et en millilitres par
kilogramme (ml/kg) pour les produits chimiques gazeux. En d'autres termes, la DL50 indique
à quel point une substance est toxique en fonction de la quantité nécessaire pour causer la
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mort chez la moitié des individus exposés dans un groupe de test donné. Une caractéristique
clé de cette classification est que plus la DL50 est basse, plus la substance est considérée
comme toxique. Les substances avec une DL50 plus élevée sont généralement moins toxiques,
car elles nécessitent une dose plus importante pour provoquer des effets nocifs graves. Il
convient de souligner que la toxicité des pesticides peut varier en fonction de la voie
d'exposition. Par exemple, un pesticide inhalé peut s'avérer plus toxique qu'un pesticide
appliqué sur la peau. Les voies d'exposition comprennent l'inhalation (inhalée dans les
poumons), l'ingestion (ingérée par la bouche) et le contact cutané (absorbée par la peau).
Cette classification est organisée en plusieurs classes de danger :
- classe Ia (Extrêmement dangereux) : Les pesticides de cette classe ont une DL50 faible,
ce qui signifie qu'une petite quantité peut causer des effets graves voire mortels. Ils
nécessitent une manipulation et une utilisation extrêmement prudentes ;
- classe Ib (très dangereux) : Les produits de cette classe présentent un danger
significatif, bien que leur toxicité soit légèrement inférieure à celle des produits de la
classe Ia. Une manipulation et une utilisation appropriées restent essentielles ;
- classe II (Modérément Dangereux) : Les pesticides de cette classe sont des classes
précédentes. Cependant, ils peuvent encore engendrer des effets néfastes et
nécessitent une attention particulière lors de leur manipulation et de leur application ;
- classes III et U ( Peu dangereux et sans danger en cas d’usage normal) : Les produits
de ces classes ont la DL50 la plus élevée, ce qui implique qu'ils sont moins toxiques.
Cependant, même s'ils présentent un risque réduit, des mesures de précaution restent
importantes.
Ia Extrêmement dangereux
<5 <20 <10 <40
Ib Très dangereux
5-50 20-200 10-100 40-400
II Modérément dangereux
50 - 500 200 - 2000 100 - 1000 100 - 1000
III Légèrement dangereux
>500 >2000 >1000 >4000
U Sans danger en cas d’usage
normal
>5000 >5000
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En résumé, l'exposition aux pesticides engendre des risques significatifs pour la santé
humaine, notamment en ce qui concerne l'infertilité, les troubles endocriniens, les maladies
neurodégénératives et le cancer. Les populations les plus sensibles, comme les fœtus et les
enfants, sont particulièrement exposées aux effets nocifs en raison de leur développement en
cours. Parallèlement, les pesticides polluent les cours d'eau, compromettant ainsi la
biodiversité et rendant l'eau inadaptée à la consommation.
(Ernest et al. 2021). Les pesticides dans tout le cycle de vie du produit entraînent des impacts
néfastes sur l’environnement. Des études dans plusieurs pays tels que le Bénin (Ahouangninou
et al. 2011; Kanda et al. 2013) et le Cameroun (Fangue-Yapseu et al. 2023) et en Côte d’Ivoire
montrent que la pollution de l’environnement par les pesticides est due principalement aux
mauvaises pratiques des producteurs. La plupart de ces derniers sont analphabètes et ne
comprennent pas les modes d’emploi, les recommandations et les dangers liés à l’utilisation
des pesticides (Rigourd et Djamen 2022). Cette utilisation inappropriée augmente les risques
de contamination des producteurs et des consommateurs. Pour d’autres auteurs, la libre
commercialisation des pesticides est le problème majeur des pesticides en Afrique. Les
pesticides utilisés dans le secteur agricole sont des substances utilisées pour la gestion des
organismes nuisibles. Cependant, elle fragilise également l’environnement, la biodiversité et
les services qu’elle rend à l’agriculture tels que la pollinisation, la régulation des ravageurs par
les ennemis naturels et la fertilité des sols (Denon et al. 2022). Ainsi un changement des modes
de gestion des ravageurs est nécessaire pour réduire l’utilisation et les impacts des pesticides.
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2.3.1 L’agroécologie
L’agroécologie est une discipline scientifique dont l'écologie est le centre de la conception des
modèles agricoles. C’est des pratiques anciennes, de modes de production respectant
l’environnement et équité socio-économique. Elle est définie comme "une façon de concevoir
des systèmes de production qui s’appuient sur les fonctionnalités offertes par les
écosystèmes" (Masa 2013). L’application de l’agroécologie permet d’améliorer la fertilité des
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sols et de conserver la biodiversité associée et celles des espèces alentour telles que les
pollinisateurs, les vers de terre et les ennemis naturels (prédateurs parasitoïdes et
entomopathogènes). En Afrique, l’agroécologie est de plus en plus considérée comme
solution pertinente pour relever les défis de l’agriculture. Les pratiques agroécologiques y sont
bien implantées (Sénégal, Bénin, Burkina, Niger, etc.). Une pluralité d’acteurs (agriculteurs, les
ONG, les scientifiques, politiques) y est impliquée, faisant la renommée et la popularité du
concept (Nubukpo 2021; Forsans 2022). Cependant la production agroécologique se fait à
petite échelle faute de financement et de politiques nationales dans ce sens. Ainsi, il s’impose
une transition agroécologique pour changer le paradigme agricole africain. Malgré la
popularité du concept, les investissements dans l’agroécologie sont très faibles avec
seulement 0,2 % du budget prévu pour le renforcement de la sécurité alimentaire et
nutritionnelle de la CEDEAO par exemple est alloué à la transition agroécologique
(Coordination Sud 2021). Quelques pays comme le Burkina, l’Afrique du Sud, le Sénégal ont
décrit des stratégies nationales par rapport à l’agroécologie dans leurs politiques. À cela
s’ajoutent le scepticisme et la controverse du concept pour certaines personnes qui pensent
qu'il s’agit d’un « retour en arrière qui ne permettra pas d’assurer la sécurité alimentaire des
populations contrairement à l’agriculture conventionnelle » (CIRAD, 2021). Ainsi
l’agroécologie a encore du chemin à faire en Afrique.
2.3.2 La lutte biologique
La lutte biologique désigne l'utilisation d'ennemis naturels pour contrôler les insectes
nuisibles. Elle offre deux options en fonction du type d'agent biocide employé : l’utilisation de
biocides inertes, tels que des toxines dérivées de micro-organismes, ou l'exploitation de
biocides autonomes comme des champignons, des virus, des bactéries, des protozoaires, ainsi
que des prédateurs et des parasitoïdes. Ces méthodes peuvent être mises en œuvre de deux
manières : une approche curative, qui vise une répression immédiate, ou une approche
préventive, lorsque l'intervention n'est pas urgente. Naturellement, la lutte biologique est un
mécanisme omniprésent dans de multiples écosystèmes. Elle inclut l'introduction
d'organismes pour contrer des ravageurs exotiques (lutte biologique classique),
l'augmentation de la présence d'ennemis déjà présents en les introduisant dans le milieu
(lutte biologique par augmentation), ou encore la protection de leur habitat naturel (lutte
biologique par protection) (INRAE 2015).
L'agroécologie se distingue en tant que technique agricole, discipline scientifique, et
mouvement en soutien. Contrairement à l'agriculture biologique, elle s'appuie sur des
principes visant à améliorer la santé et la qualité des sols, tout en permettant à chaque
exploitation d'adapter ses méthodes en fonction de ses ressources, du climat, et d'autres
facteurs locaux. L'agroécologie englobe les pratiques biologiques tout en mettant l'accent sur
la préservation de la vie du sol et la durabilité agricole, intégrant les interactions entre plantes,
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animaux, humains et leur environnement. Elle inclut des approches telles que l'agroforesterie,
la rotation des cultures, la gestion de l'eau et la préservation de la biodiversité (Mermet 2015).
- Les biopesticides végétaux ou extraits de plantes
Les biopesticides les plus utilisés en Afrique sont les extraits de végétaux comme Neem
(Azadirachta indica), Ocimum sp., Mentha sp, l’oignon Allium cepa et de l’amarante
(Amaranthus sp.). Ces extraits de végétaux réduisent l’infestation, la durée de vie, la fécondité
et l'émergence des ravageurs (Georges Yannick Fangue-Yapseu et al. 2021; Koffi et al. 2022).
Quant aux organismes vivants biopesticides, les bactéries Bacillus thuringiensis, les
champignons Beauveria bassiana (Ouattara, 2009) et Bacillus subtilis sont les plus
commercialisés en Afrique (Mireille et al. 2015). En Afrique les biopesticides animaux
(prédateurs, parasites, parasitoïdes) sont peu commercialisés. Cependant, des travaux
scientifiques sont menés dans ce sens (Bachi 2018; Souna 2018; Sylla 2018). En revanche,
l'utilisation de molécules dérivées d'animaux ou de phéromones, qui sont des signaux
chimiques produits par des organismes et qui altèrent le comportement des ravageurs, est
plus répandue dans l'agriculture fruitière. Les phéromones ne sont pas à proprement parler
des « pesticides ». En fait, ils ne causent pas la mort du bioagresseur. Les phéromones
d'insectes sont largement utilisées pour limiter les ravageurs et surveiller leur nombre par des
techniques de piégeage ou de confusion sexuelle (Deravel et al. 2014).
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Les biopesticides sont peu établis sur les marchés africains comparés aux pesticides de
synthèse. Même si certains pays tels que le Nigeria, le Kenya, la Côte d’Ivoire, la Tanzanie ont
des structures chargées de la réglementation des biopesticides.
La lutte intégrée peut être définie comme une méthode de prise de décision qui emploie
toutes les technologies nécessaires pour réduire les populations de ravageurs de manière
efficace et économique tout en respectant l’environnement. La lutte intégrée contre les
ravageurs est un système qui combine diverses mesures de protection et de contrôle, y
compris des méthodes culturales, physiques, biologiques, biochimiques et chimiques, mais
qui minimise l'utilisation de pesticides de synthèse. Il existe différents types de contrôles
culturels, tels que rotation des cultures, associations culturales, nettoyage des plantations
après semis ou prévision de récolte ou récolte différée, désherbage, etc. Quant à la lutte
physique, elle se fait par contrôle mécanique (coupe de mauvaises herbes), contrôle
thermique (par exemple, chauffage des serres ou des substrats avant la plantation, contrôle
électromagnétique (Brévault et al. 2019). Mais aussi par des méthodes plus permanentes qui
fonctionnent en modifiant l'environnement, comme l'utilisation d'emballages, les serres, les
tunnels pour isoler les cultures (Ahohouendo et al. 2022). En outre, les programmes de lutte
intégrée combinant l'utilisation des biopesticides avec des pesticides chimiques
conventionnels peuvent réduire la dépendance à l'égard de produits chimiques et ralentir le
développement de la résistance des populations de ravageurs. Les chercheurs adaptent les
interventions de lutte intégrée contre les bioagresseurs pour faciliter un déploiement à grande
échelle au Malawi, au Mozambique, en Zambie et au Zimbabwe. Axés sur l'accompagnement
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des agriculteurs, particulièrement les femmes et les jeunes, plusieurs projets de contrôle
intégré sont financés en Afrique, améliorant la capacité des individus et des institutions. Ils
permettent d’améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, offrant des opportunités
génératrices de revenus (Clearinghouse 2021).
Tableau 2 Les principales lois, Arrêtés, décrets et conventions ratifiées par la Côte d’Ivoire
1 ‘’La loi n°64-490 du 21 décembre 1964 1964 Préserver les végétaux des ravages causés par les
concerne l’autorisation des pesticides’’ insectes et les animaux parasites ou nuisibles
2 ‘’Loi n°2016-410 Répression Fraudes et des 2016 Établir les dispositions concernant la répression
falsifications en matière des biens ou services’’ des fraudes et des falsifications dans le cadre de
la vente de biens ou de services, dans le but de
favoriser le contrôle de la qualité des produits et
services, y compris les aliments et autres denrées
alimentaires. À cette fin, elle définit les
infractions et les sanctions, les agents
responsables de la répression des fraudes, les
procédures de saisie et d'échantillonnage, ainsi
que les mesures administratives et judiciaires
3 ‘’Décret n°89-02 du 04 janvier 1989 relatif à 1989 Permettre une bonne clarification des acteurs du
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9 ‘’Convention de Bâle sur le contrôle des 1994 réglementer le mouvement transfrontalier des
mouvements transfrontières des déchets déchets dangereux et de contribuer à minimiser
dangereux et de leur élimination’’ leur production, tout en favorisant leur gestion
écologiquement rationnelle et en protégeant la
santé humaine et l'environnement
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3 Matériel et Méthode
Selon le PDC2V (2021), le secteur agricole ivoirien malgré des progrès depuis 2011, présente
encore de nombreuses faiblesses d’ordre économique, social et alimentaire. La chaîne de
valeur vivrière, essentiellement de subsistance, n'est pas épargnée. Ainsi, l'État ivoirien a mis
en place le PNIA II (2017-2025) pour aborder de manière globale le développement des
cultures vivrières, en exploitant les potentialités agricoles des différentes zones et en
développant des mesures d’adaptation aux changements climatiques et de résilience. En
conséquence, le gouvernement ivoirien, en collaboration avec la Banque mondiale, a mis en
place le projet de Développement des Chaînes de Valeur Vivrières (PDC2V) depuis janvier
2020, avec un financement de l'IDA et sous la responsabilité du Ministère de l’Agriculture et
du Développement Rural (MINADER). L'objectif de développement du Projet (ODP) est de
soutenir le développement de chaînes de valeur agroalimentaires inclusives, résilientes et
compétitives.
Les principaux bénéficiaires du projet sont les petits exploitants agricoles et les MPME
intervenant dans la production, la commercialisation et la transformation des produits des
chaînes de valeur vivrières. Les principales institutions du pays supervisant la production et la
commercialisation des cultures vivrières vont également bénéficier du projet PDC2V. Les
filières cibles sont le maraîcher, le manioc et l’aquaculture.
15
Fatou SAMB– Université Senghor - 2023
Le projet sera mis en œuvre à travers quatre (4) composantes à savoir : (i) Composante 1 :
Amélioration de l’environnement des affaires et du renforcement institutionnel qui a pour
objectif de mettre en place un environnement pouvant favoriser le développement de chaînes
de valeur agroalimentaires inclusives, résilientes et compétitives en Côte d’Ivoire ; (ii)
Composante 2 : Création de chaînes de valeur agroalimentaires productives et résilientes qui
cherche à accroître la productivité et améliorer simultanément l'accès à ces marchés et la
capacité des acteurs à faire face aux défis posés par le changement climatique. ; (iii)
Composante 3 : Mobilisation d’investissements privés productifs le long des chaînes de valeur
qui a pour objectif de faciliter l’accès aux investisseurs privés (particuliers, groupes, PME) au
financement du secteur agricole en aidant les institutions financières partenaires (IFP) à
intensifier leurs activités de sensibilisation au profit des acteurs de la chaîne de valeur
agroalimentaire ; (iv) Composante 4 : Gestion et coordination du projet est pour la mise en
œuvre avec l'Unité de Coordination du Projet (UCP).
La mise en œuvre du projet se fera sur une durée de 6 ans (2021-2027) avec un coût global de
295,1 millions de Dollars EU soit 159 649 100 000 FCFA, cofinancé par l'État ivoirien et la
Banque mondiale. Le projet PDC2V est classé projet à risque substantiel selon la classification
de la BM et neuf (9) normes environnementales et sociales (NES) de la BM s’appliquent à lui.
La mise en œuvre du PDC2V, notamment les composantes 2 et 3, cela peut impliquera l'usage
de pesticides pour la gestion des nuisibles affectant les cultures, tout en veillant à se
conformer aux exigences réglementaires nationale et la Norme environnementale et sociale
16
Fatou SAMB– Université Senghor - 2023
Ces activités pourraient entraîner une utilisation accrue des produits phytopharmaceutiques,
directement ou indirectement, ou inciter les agriculteurs à utiliser des pesticides ou d'autres
techniques de lutte contre les parasites (ravageurs, maladies et mauvaises herbes) pour
augmenter leur productivité. Le projet veillera à une bonne utilisation des pesticides qui
interviendront dans les systèmes de production maraîchère. C’est dans ce cadre que s’inscrit
cette étude afin d’analyser l’impact environnemental de l’utilisation des pesticides des
cultures maraîchères dans la zone du projet.
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Fatou SAMB– Université Senghor - 2023
Le projet est mis en œuvre dans quatorze (14) régions administratives qui interviennent dans
6 agropoles du pays suivantes (Figure 9) :
- gropole 3 : régions de l'Indénié-Djuablin, de la Mé et du Sud Comoé ;
- agropole 4 : régions de l’Iffou et du Moronou ;
- agropole 5 : District d'Abidjan et les régions des Grands Ponts et de l'Agneby Tiassa ;
- agropole 6 : régions de la Marahoué, du Haut-Sassandra, du Goh et du Loh-Djiboua ;
- agropole 7 : régions de San Pedro, Nawa et Gbokle ;
- agropole 9 : région de Man.
Les axes d’intervention se concentrent sur les principaux centres de consommation et leurs
zones d’approvisionnement en produits vivrières. Ces axes ont été sélectionnés, car ils
constituent des zones de production majeures et offrent un grand potentiel de
développement pour les chaînes de valeur sélectionnées (Manioc, maraîchers et aquaculture).
Dans ce cadre s’inscrit cette étude où nous avons sélectionné deux régions de l’agropole 5
(District d'Abidjan et les régions des Grands Ponts) pour mener cette étude.
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Fatou SAMB– Université Senghor - 2023
Le District autonome d’Abidjan est situé au Sud de la Côte d'Ivoire ; avec une superficie de
2119 km2, le district est limité au Nord par les départements de Sikensi et d’Agboville, au Sud
par l’océan Atlantique, à l’Ouest par les départements de Dabou et de Jacqueville et à l’Est par
les départements d’Alépé et de Grand-Bassam. Ses coordonnées géographiques sont 5°20′11″
de latitude Nord et entre 4°01′36″ de longitude Ouest. Elle englobe plusieurs communes, dont
Abobo, Cocody, Adjamé, Yopougon, Bingerville et Port-Bouët qui constituent des centres
économiques dynamiques et densément peuplés. Le district d'Abidjan offre un accès facile
aux marchés urbains et aux infrastructures de transport. La région des Grands-pont, quant à
elle, se trouve dans la zone côtière du pays. Elle est voisine du District d'Abidjan et limitrophe
des Régions de l'Agnéby-Tiassa au Nord et du Lôh-Djiboua et du Gbôklè à l'Ouest. Les
coordonnées géographiques s'étendent approximativement entre les latitudes 5°15'N et
5°40'N, et les longitudes 4°10'W et 4°40'W. Elle est limitrophe à la Lagune Ebrié à l'est et est
bordée par l'océan Atlantique au sud. Les principales communes de la région de Dabou sont
Jacqueville, Dabou, Grand-Lahou.
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Fatou SAMB– Université Senghor - 2023
3.2.2 Climat
Le climat de la zone est subéquatorial de transition et bimodale, très humide toute l’année
avec 4 saisons. Une grande saison des pluies d’avril à mi-juillet qui est longue et intense avec
de nombreux orages. Une petite saison sèche de mi-juillet à septembre avec un ciel dégagé.
Une petite saison des pluies avec de faibles précipitations de septembre à novembre. Et enfin
vient la grande saison sèche de décembre à mars, marquée par l'harmattan. La répartition des
précipitations dans le District Autonome d'Abidjan et dans la région des Grands-ponts montre
une disparité à la fois spatiale et temporelle. Cependant, en moyenne, la pluviométrie
mensuelle de 2008 à 2017 varie entre 26,60 mm et 482,20 mm. Les quantités les plus faibles
sont généralement enregistrées en janvier, tandis que les précipitations les plus abondantes
sont observées en juin. Dans le sud le taux d’humidité peut parfois avoisiner 80 % à 90 % et
les températures avec des minima de 18°C et des maxima de 32°C (Avenard et al. 1971).
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Fatou SAMB– Université Senghor - 2023
Le district autonome d'Abidjan bénéficie d'un vaste système lagunaire composé de plusieurs
lagunes, notamment la Lagune Ebrié qui longe le littoral de manière parallèle à l'océan
Atlantique, ainsi que les lagunes Aghien et Potou. En outre, la région est traversée par
plusieurs cours d'eau (Figure 11) qui contribuent à l'approvisionnement des plans d'eau
lagunaires et de la nappe d'Abidjan. Parmi ces cours d'eau, on peut citer :
- l'Agnéby et la Mé, qui ont une orientation générale Nord-Sud, sont les principaux cours
d'eau de la région et alimentent la Lagune Ebrié.
- le Banco, le Gbangbo et l'Anguédédou sont de plus petites rivières qui s'écoulent
également dans une direction Nord-Sud.
- la Djibi et la Bété, quant à elles, ont une direction Nord-Ouest - Sud-Est (NW-SE) et se
jettent dans la Lagune Aghien.
Ce système hydrologique joue un rôle essentiel dans le drainage de la nappe d'Abidjan. Les
coefficients de ruissellement varient considérablement d'un cours d'eau à l'autre. Ils sont
relativement faibles pour les fleuves Mé et Agnéby, en raison de faibles pentes et de la densité
du couvert végétal qui les entoure. En revanche, ils sont plus élevés pour les autres cours
d'eau, principalement en raison de la déforestation qui affecte ces zones.
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Fatou SAMB– Université Senghor - 2023
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Fatou SAMB– Université Senghor - 2023
nombreuses espèces marines, des oiseaux migrateurs et des animaux aquatiques. La lagune
Ebrié, qui entoure une grande partie de la zone, abrite également une diversité d'espèces
aquatiques. La végétation se compose d'une combinaison de plantes indigènes et d'espèces
introduites. On peut y trouver des arbres tels que le fromager, le baobab, le flamboyant et le
palmier à huile. La ville abrite également une variété d'animaux, notamment des oiseaux, des
reptiles, des insectes et quelques mammifères tels que des singes. Cependant, la croissance
urbaine rapide et l'expansion de la ville ont exercé une pression sur la végétation et la
biodiversité. La déforestation, la pollution de l'eau et la perte d'habitat sont autant de défis
auxquels la biodiversité de la région est confrontée.
Le district autonome d'Abidjan exerce une influence économique prépondérante sur les
autres villes de la Côte d'Ivoire. En effet, il représente à lui seul 40 % du produit intérieur brut
(PIB) du pays. En comparaison avec les autres villes ivoiriennes, l'importance économique
d'Abidjan est dix fois supérieure à celle de San-Pedro. Grâce à son industrie florissante et à ses
services dynamiques, l'économie d'Abidjan rayonne non seulement sur toute la Côte d'Ivoire,
mais également au-delà de ses frontières. Elle présente des disparités socio-économiques
entre ses quartiers. Certains, comme Cocody, Plateau et Marcory, sont plus développés, tandis
que les banlieues, des quartiers informels, rencontrent des défis socio-économiques
importants avec une densité de population élevée, des infrastructures limitées et un niveau
de pauvreté plus élevé.
La région se caractérise par une agriculture dominée principalement par la culture du café et
du cacao en première place. De plus, l'hévéa et le palmier à huile sont également des cultures
importantes, largement gérées par des sociétés agro-industrielles. En ce qui concerne les
cultures vivrières, le riz, les bananes plantains et les légumes, cultivés par des maraîchers,
jouent un rôle central. Cependant, il est regrettable de constater que les superficies allouées
à ces cultures diminuent progressivement chaque année au profit de l'expansion de la culture
de l'hévéa. Du fait de sa proximité avec le littoral, la région abrite un grand nombre de sociétés
agro-industrielles et d'unités de transformation. La majorité de ces entreprises ont choisi de
s'implanter dans la ville portuaire d'Abidjan et ses environs. Du point de vue économique, la
région des Grands-Ponts offre un éventail considérable d'opportunités. Dans le secteur de
l'agriculture et de la pêche, les nombreux cours d'eau et zones humides créent un
environnement propice à la culture de légumes ainsi qu'au développement de la riziculture et
de l'aquaculture. Sur le plan industriel, les filières du manioc (notamment la production locale
d'attiéké), de l'hévéa (pour son latex), de la noix de coco (utilisée pour la production de lait,
de beurre, de parfums, etc.) et de l'huile de palme se révèlent avantageuses en termes
d'exportation.
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3.3 Méthodologie
Des enquêtes séries d'enquêtes ont été réalisées auprès de 68 acteurs intervenant dans la
filière maraîchère dans la zone d'étude.
Des séries d’entretiens ont été organisées auprès de 14 acteurs des directions et structures
étatiques telles que : la Direction de la Protection des Végétaux et de la Contrôle de la Qualité
(DPVCQ), de l’Agence Nationale d'Appui au Développement Rural (ANADER), le Ministère de
l’Environnement et du Développement Durable (MINEDD) et le Centre Ivoirien Antipollution
(CIAPOL) ; en charge des questions des pesticides pour la collectes des données primaires. Les
informations principales recherchées sont les pesticides homologués, les substances
interdites, les quantités de pesticides importées. D'autres données secondaires sont
également collectées à savoir le contexte réglementaire actuel, les mécanismes d’application
et de suivi de cette réglementation, les défis, les obstacles et les solutions pour améliorer la
mise en œuvre de la réglementation sur l’utilisation des pesticides. Elles ont été faites à l’aide
d'entretiens semi-structurés sur la base d’un guide d’entretien (Annexe 3).
ANADER Intervient dans la vulgarisation des BPA, la formation et le conseil Directeur Régional, Chefs 6
agricole des producteurs Zone, Techniciens Spécialisé
en Cultures Annuelle
MINEDD Ministère est chargé de définir les orientations et stratégies Sous/Directrice, Chargés 6
nationales en matière de gestion environnementale et sociale d’études
CIAPOL Sa mission consiste à examiner les eaux naturelles, les déchets et Sous/Directeur 1
les résidus, tout en évaluant les pollutions et les nuisances
engendrées par les activités industrielles.
Total 14
Les travaux de terrain ont été faits dans les communes du District Autonome d’Abidjan que
sont Anyama, Bingerville et Port-Bouët et de ceux de la Région des Grands-Ponts à savoir
Jacqueville, Dabou, Grand-Lahou. Les maraîchers de la zone d'étude sont répartis à proximité
des bas-fonds ou des cours d'eau. Dans chaque commune, sept (7) parcelles ont été
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sélectionnées par la méthode boule de neige. Au total quarante-deux (42) parcelles ont été
géoréférencées par GPS (Figure 12). Les données collectées ont porté sur les pratiques
culturales en rapport avec l’utilisation des pesticides (la nature du produit utilisé, la
formulation, le dosage, la fréquence d’application, les modes d'emploi, les quantités, celles
homologuées ou non, la taille de la parcelle, le revenu, l'âge, le niveau d'étude, utilisation de
biopesticides ou autres alternatives…) (Annexe 4).
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Fatou SAMB– Université Senghor - 2023
Des prélèvements d'eau sont faits dans les parcelles sélectionnées. Ils ont été faits au niveau
des points d'eau utilisés pour l’arrosage des cultures qui sont en général des bas-fonds, des
puits ou des forages. Sur les 42 parcelles, quatre (4) sont choisies aléatoirement et dans
chaque parcelle des prélèvements sont effectués dans des boîtes en raison de 3 par site puis
envoyées au laboratoire pour analyse. Pour ce qui est des échantillons de sol ; sur chaque
parcelle suivant le diagonal, trois (3) portions de sol (échantillons élémentaires) puis
mélangées pour en faire un échantillon composite. Les analyses ont été effectuées au
Laboratoire Central d’Agrochimie et d’Ecotoxicologie situé à Abidjan, l’un des cinq (5)
laboratoires de Laboratoire National d'Appui au Développement Agricole (LANADA). Les
éléments recherchés sont la présence de résidus de pesticides, mais également la
conductivité, le pH, l'oxygène dissout…
Les données collectées sont traitées sur Excel et analysées avec les logiciels R, et le logiciel
Tanagra 1.4. Les données sont testées pour la normalité (test de Shapiro-Wilk) et de
l'homogénéité des variances (test de Bartlett). Les données sur les pratiques culturales et les
caractéristiques socioéconomiques des maraichères sont soumises à un test de Chi2 pour voir
l’existence de liaison entre les variables testées. La différence est considérée comme
significative lorsque P< 0,05. Une classification ascendante hiérarchique a été faite pour
classer les producteurs en fonction des pratiques phytosanitaires et de leur situation socio-
économique. Le traitement des variables explicatives des pratiques phytosanitaires c’est fait
sur la base du tableau suivant :
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Fatou SAMB– Université Senghor - 2023
4 Résultats et discussion
4.1 Résultats
Au total, 2429 produits phytosanitaires homologués en Côte d’Ivoire ont été dénombrés dont
96% sont des pesticides et seulement 3% sont des biopesticides. Dans les pesticides, les
herbicides sont les plus abondants (945) suivis des insecticides (917). Cependant, seulement
9 nématicides sont homologués. Le nombre de biopesticides dénombré est au total de (64)
dont les nématicides sont les plus abondants (25). La réglementation ivoirienne interdit
strictement l’utilisation de 42 pesticides dangereux pour l’environnement et la santé humaine.
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L'analyse des caractéristiques des revendeurs de pesticides montre que 58% des revendeurs
sont agréés. Environ 67% d'entre ont atteint le niveau secondaire et 17% n’ont reçu aucune
éducation scolaire.
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Les informations collectées sur le terrain indiquent que plus d’un quart (38%) des exploitants
agricoles exploitent moins de 1 ha (Figure 13). Les revenus tirés de l’activité maraîchers
peuvent être relativement importants allant de 35000 FCFA à 3000000 FCFA par cycle de
production. Cependant, il existe corrélation entre les revenus et la superficie exploitée (t =
2.929, df = 40, p-value = 0.005, cor 0.420).
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Plus d’une quinzaine de spéculations ont été recensées chez les maraîchers. Ils cultivent
principalement la laitue 16%, la tomate 14% et le gombo (13%) (Figure 14). Par contre, peu
d'entre eux cultivent les oignons et le chou (4%).
Les résultats des enquêtes ont relevé l’utilisation de quarante-sept (47) sur un total trois cent
vingt-trois (323) produits phytosanitaires par les producteurs maraîchers, formulés à base de
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vingt-une (21) substances actives (Tableau 7). Elles appartiennent à treize (13) familles
chimiques et dont la majorité sont des pyréthrinoïdes et des Carbamates. Onze (11) de ces
pesticides appartiennent à la classe II et un (1) à la classe Ib de l’OMS. Les substances actives
qui interviennent le plus dans la formulation de ses produits commerciaux sont
l’Acétamipride, le Mancozèbe, l’Abamectine et le Difénoconazole. Les insecticides et les
fongicides sont les plus utilisés par les maraîchers avec respectivement (35%) et (32%). Parmi
les pesticides utilisés, 80% sont homologués par le CSP. Les produits commerciaux les plus
utilisés par les producteurs sont par ordre d’importance le K-Optimal® (21%), Ivory® (18%),
Decis® (15%) et Banko® (13%).
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Sur les 47 produits phytosanitaires utilisés par les maraîchers de la zone d'étude six (6) ne sont
pas homologués et deux (2) sont formulés à partir de substance active (chlorpyrifos) interdite
en Côte d’Ivoire. Deux (2) autres sont formulés à base de Glyphosate, un herbicide considéré
cancérigène (Tableau 6).
Tableau 6 Liste des pesticides non homologués utilisés par les maraîchers
Type Substance
Nom Famille Classe
active
● Liste des pesticides destinés à d’autres cultures utilisés par les maraîchers
Huit (8) pesticides homologués, mais destinés à d'autres cultures (Banane, coton, cacao…) et
utilisés par les maraîchers ont été recensés. Trois (3) de ces pesticides appartiennent à la
classe II (Tableau 7).
Les résultats obtenus, comme l'illustre les graphiques ci-dessous, indiquent que sur les 42
producteurs interrogés dans le cadre de cette étude, 28% d'entre eux ont recours au brûlage
des emballages des produits phytosanitaires, tandis que 30% les jettent soit en plein champ
soit dans les poubelles publiques à proximité et 30% les enterrent. Cependant, une minorité
les réutilise à d’autres fins. Les producteurs s’approvisionnent en produits phytosanitaires
majoritairement chez les grossistes 47% et chez les détaillants 37%, un faible nombre achètent
les pesticides au niveau des marchés locaux 6%. Nous avons constaté que 36% des maraîchers
ont bénéficié d'une formation sur l'utilisation des produits phytosanitaires. Le plus grand
nombre des maraîchers décident de traiter leurs parcelles 1 fois par semaine, mais par contre
peu font des traitements après apparition des dégâts, peu respectent la fréquence
d’application attendent l’apparition des dégâts des ravageurs ou des maladies avant d’utiliser
les pesticides.
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● Respect du DAR, Dosage et stockage des pesticides (traitement, dosage, DAR, stockage)
Selon les figures ci-dessous, moins de 50% des maraîchers affirment respecter le dosage
indiqué sur les étiquettes des produits phytosanitaires ou recommandé par les revendeurs.
Par contre, plus de la moitié ne respectent pas ces dosages. Tous les producteurs disposent
d’un pulvérisateur manuel pour le traitement. Le délai avant récolte (DAR) est la période que
doit respecter le producteur avant récolte. Cette durée varie en fonction du produit utilisé, et
est généralement indiquée sur l’emballage du produit. Selon le questionnaire réalisé, cette
période varie entre 1 à 21 jours, néanmoins beaucoup de maraîchers qui ne respectent pas ce
délai. D’après les résultats obtenus,76% des maraîchers rencontrés n’ont pas de magasin
conforme de stockage des produits phytosanitaires et peu d'entre eux disposent d’EPI.
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Figure 32 Nombre de traitement effectués par cycle de production par les maraichères
L’analyse de l’adoption des biopesticides et d’autres alternatives de lutte contre les ravageurs
et les maladies par les maraîchers montre que moins de 30% utilisent les biopesticides.
Cependant, ils utilisent alternativement comme l’agroécologie plus que les biopesticides.
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L’analyse des pratiques phytosanitaires des maraîchers en fonction des caractéristiques socio-
économiques a permis de faire une analyse ascendante hiérarchique (Figure 15). Il ressort de
l'étude l’existence de 4 types é de producteurs dans la zone d'étude.
corrélation entre le délai avant récolte et le revenu (P< -0.127). Néanmoins toutes les
pratiques phytosanitaires ne sont pas corrélées aux caractéristiques socioéconomique.
4.1.5 Niveau de pollution de l’eau et du sol par les résidus des pesticides
42
Fatou SAMB– Université Senghor - 2023
Les échantillons d'eau présentent des variations de pH allant de 4,9 à 5,88. Il est notable que
l'eau à Jacqueville se révèle plus acide que dans les autres sites. Ces valeurs divergent des
directives de l'OMS, qui préconisent un pH optimal compris entre 6,5 et 8,5. Par ailleurs, les
niveaux d'oxygène dissous dans ces eaux sont en deçà des normes établies par l'OMS en 2006,
lesquelles recommandent des concentrations en oxygène dissous supérieures à 7 mg/l. Ces
concentrations varient quant à elles entre 3,4 et 4,8 mg/l. La norme indique que la
conductivité doit être inférieure à 70 µs/cm. Ainsi, trois des échantillons (45,4, 38,3 et 89) sont
conformes à cette norme, mais un échantillon (136,9) dépasse cette limite (Tableau 10).
L'analyse des résidus de pesticides extraits des échantillons de sol comparés aux limites
maximales de résidus admissibles (LMR), révèle la présence de 13 résidus de pesticides
43
Fatou SAMB– Université Senghor - 2023
(Tableau 11). Pour les quatre sites étudiés, les concentrations observées restent en deçà des
seuils autorisés. Toutefois, une exception se manifeste avec quatre substances spécifiques, à
savoir le Metamitron, le Monuron, l'Isoproturon et l'Aldicarb, qui affichent des concentrations
supérieures aux normes établies, avec des valeurs respectives de 0,027*µg/L, 0,023*µg/L,
0,032*µg/L et 0,023*µg/L. Le Métamitron, bien que légèrement au-dessus des limites,
montre une légère élévation. En revanche, les concentrations en Monuron et en Isoproturon
dépassent de deux à trois fois les normes internationales fixées par l'OMS. L'Aldicarb quant à
elle dépasse de plus de 10 fois la norme (0,009 µg/L).
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4.2 Discussion
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contre certains produits utilisés par les maraîchers ne sont pas homologués ou sont destinés
à d’autres cultures comme le coton, le cacao ou le riz (Kpan et al. 2019). Cette pratique est
risquée pour la santé de la population humaine et l’environnement. À Korhogo, une
observation comparable a été notée, où l'usage de produits initialement destinés au coton est
réputé plus efficace pour les cultures maraîchères en raison de leur forte odeur (Koffie et Yéo
2016). Les maraîchers utilisent des substances actives interdites en Côte d'Ivoire comme le
chlorpyrifos qui est un perturbateur endocrinien et qui a des effets sur le développement du
cerveau de l’enfant et est dangereux pour tous les mammifères (Etiemble et Cordier 2022).
Les caractéristiques sociodémographiques des maraîchers enquêtés montrent que le
maraîchage est largement pratiqué par les hommes avec un taux de 83% contre 17% au niveau
des femmes. Ce constat a été fait par Bancal et Tano (2019), dans le District Autonome
d’Abidjan et ses alentours, le maraîchage est pratiqué majoritairement par des hommes
(77,98%) contre 22,02% de femmes. Les hommes montrent plus d'intérêt pour le maraîchage
vu la forte demande et la rentabilité de la filière. Plus de la moitié de ces producteurs ont été
scolarisés contrairement aux résultats de Yao où les maraîchers étaient pour la plupart des
analphabètes. Ce taux élevé de scolarisation des maraîchers n'empêche pas les mauvaises
pratiques (la mauvaise gestion des contenants vides, le non-respect du dosage) de ces
derniers et la sous-estimation des risques et des impacts des pesticides. Ces résultats diffèrent
de ceux de Yao (2016) qui affirment que la non-scolarisation des maraîchers était le fait que
les maraîchers ne sont pas conscients des risques des produits phytosanitaires. En ce qui
concerne les emballages vides, 28% des maraîchers optent pour la méthode de brûlage tandis
que 30% choisissent de les jeter soit en plein champ, soit dans les poubelles publiques à
proximité. De plus, un pourcentage inférieur à 50% des maraîchers déclarent suivre les
dosages indiqués sur les étiquettes des produits phytosanitaires ou recommandés par les
revendeurs, et ils font un stockage inadéquat des restants de produits.
L’analyse de l’adoption des biopesticides et d’autres alternatives de lutte contre les ravageurs
et les maladies par les maraîchers montre que moins de 30% utilisent les biopesticides.
Cependant, ils utilisent alternativement l’agroécologie plus que les biopesticides. La faible
utilisation des biopesticides peut être due à la cherté des biopesticides commerciales ou la
rareté par exemple du neem dans la zone pour la préparation de ces biopesticides nécessitant
ainsi une subvention des biopesticides par le gouvernement.
L'analyse des résidus de pesticides des eaux de surface et des puits effectués au sein des
périmètres maraîchers révèle de manière générale la détection de 9 résidus de pesticides.
Notamment, la présence de Cyanazine se distingue avec une concentration de 0,023 µg/L,
excédant ainsi deux fois les normes internationales établies par l'OMS à 0,018 µg/L. Cette
substance est considérée cancérogène confirmé chez l'animal, avec une pertinence inconnue
vis-à-vis des humains (OMS, 2011). Ces concentrations supérieures aux normes de qualité
environnementale dans la zone ont été observées également dans d’autres localités de la Côte
46
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d’Ivoire et constituent des risques pour l’environnement et en plus la majorité des maraîchers
de la zone d'étude sont en proximité des bas-fonds Kpan et al. (2019).
Le pH est un paramètre très important, il permet de mesurer l’acidité ou la basicité d’une eau
(Savary, 2010). La réglementation indique un pH dans l’intervalle de 6.5 à 8.5. Les eaux
d’irrigation analysées sont acides allant de 4,9 à 5,88 et peuvent entraîner des brûlures des
feuilles. L’OMS (2006) indique que la concentration en oxygène dissous doit être supérieure à
7 mg/l. Par ailleurs, les niveaux d'oxygène dissous dans ces eaux sont en deçà des normes.
Ceux-ci peuvent entraîner le colmatage des tuyaux en cas d’irrigation goutte à goutte et
réduire la performance et en parallèle la production. La qualité de l’eau pour l’irrigation laisse
à désirer en plus de la présence de résidus de pesticides dans certains nécessitant un regard
particulier.
La présence de 13 résidus de pesticides est observée dans les échantillons de sol. Les
concentrations observées restent en deçà des seuils autorisés. Toutefois, le Metamitron, le
Monuron, l'Isoproturon et l'Aldicarb, affiche des concentrations supérieures aux normes
établies par l'OMS, avec des valeurs respectives de 0,027µg/L, 0,023µg/L, 0,032µg/L et
0,023µg/L. Le Métamitron, bien que légèrement au-dessus des limites, montre une légère
élévation. En revanche, les concentrations en Monuron et en Isoproturon dépassent de deux
à trois fois les normes internationales fixées par l'OMS. En ce qui concerne l'Aldicarb, ce
pesticide, figurant dans la liste des 96 substances interdites en usage agricole et en hygiène
publique en Côte d'Ivoire, se distingue par sa grande toxicité. En effet, sa concentration
dépasse de plus de 10 fois la norme (0,009 µg/L). Ainsi, la contamination de l'environnement
due aux résidus de pesticides présente le risque potentiel de compromettre la fertilité des
sols. Par conséquent, il revêt une importance primordiale de surveiller attentivement les
méthodes employées par les maraîchers, dans l'objectif de préserver simultanément
l'environnement, la santé humaine et la viabilité de la production agricole.
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5 Conclusion
En conclusion, cette étude met en lumière une réalité préoccupante dans le District Autonome
d’Abidjan et la région des Grands-Ponts. De nombreux maraîchers, opérant à proximité des
bas-fonds, recourent à l'utilisation de produits phytosanitaires, dont une partie significative
est destinée à d'autres cultures ou interdite en Côte d'Ivoire en raison de leurs impacts sur
l'environnement et la santé humaine. Malgré une certaine reconnaissance de la dangerosité
de ces produits, les maraîchers persistent à adopter des pratiques phytosanitaires
inappropriées. Ces pratiques problématiques, incluant le non-respect des doses
recommandées, l'utilisation de pesticides toxiques et non autorisés, une mauvaise gestion des
emballages vides et du stockage, ainsi que l'absence d'équipement de protection individuelle,
exposent gravement les populations et l'environnement à des risques.
L'analyse des résidus de pesticides dans l'eau et le sol confirme ces préoccupations, révélant
la présence de certaines substances dans les échantillons de sol et d'eau de la zone, dont
certaines dépassent les normes établies par l'OMS. Cette constatation soulève d'importants
enjeux environnementaux et sanitaires, nécessitant une surveillance étroite et des mesures
ciblées pour contrer ces problèmes. Une collaboration étroite entre les décideurs, les
scientifiques, les agriculteurs et la société dans son ensemble s'avère indispensable pour
développer des approches durables et responsables en matière de gestion des ravageurs et
des maladies en agriculture.
L'étude actuelle a permis de faire l’analyse de l'utilisation des pesticides dans les périmètres
maraîchers, mais elle doit être complétée par des recherches supplémentaires dans d'autres
régions du projet. Ces études complémentaires devraient évaluer les effets des pesticides sur
la fertilité du sol, leur impact sur la biodiversité environnante, ainsi que leurs conséquences
sur la santé humaine.
Il est également nécessaire d'évaluer l'efficacité de la gestion intégrée des ravageurs dans les
zones maraîchères de la Côte d'Ivoire. Cette évaluation devrait comparer les systèmes de
culture qui adoptent des pratiques de GIR avec ceux qui dépendent fortement de l'utilisation
de pesticides chimiques. L'analyse devra porter sur les rendements, les coûts de production
et les impacts environnementaux, permettant ainsi d'évaluer la viabilité de cette approche.
En outre, une comparaison des pratiques phytosanitaires en Côte d'Ivoire avec celles d'autres
pays présentant des conditions agricoles similaires serait bénéfique. Cette comparaison
permettra de tirer des enseignements et d'identifier les meilleures pratiques à même d'être
adaptées localement pour améliorer la gestion des pesticides et promouvoir une agriculture
plus durable dans les zones maraîchères de la Côte d'Ivoire.
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6 Recommandations
Face aux défis inhérents à la gestion des pesticides dans la zone d'étude, les recommandations
qui suivent sont avancées :
Aux producteurs
-Appliquer et respecter les bonnes pratiques phytosanitaires préinscrites sur les
étiquettes (dose), le moment d’application (tôt le matin ou soir) et port d’équipement (EPI)…
-Eviter de jeter les emballages vides de pesticides dans la parcelle, les poubelles publiques ou
domestiques et à côté des cours d’eau mais plutôt les retourner chez le revendeur de
pesticides agréer
-Adopter de méthodes de lutte intégrée contre les ravageurs, en combinant différentes
approches telles que la rotation des cultures, l'utilisation de variétés résistantes, la mise en
place de pièges, et l'introduction d'ennemis naturels des ravageurs. Cela permettra de
minimiser la dépendance aux pesticides chimiques ;
-Utiliser des effluents de la production d'attiéké comme biopesticides et qui est très disponible
dans la zone ou les biopesticides à base d’huile de neem ou de feuilles de papaye.
-S’approvisionner auprès des revendeurs de produits phytosanitaires agréés et respecter les
consignes donner ;
-Choisir les produits en fonction du cadre réglementaire (ceux homologués) et éviter ceux
destinés à d’autres cultures ;
-Stockez les pesticides correctement : dans un endroit sec frais et à l'abri de la lumière directe
du soleil (pas à la maison ni dans les dortoirs) ;
-Porter un Équipement de Protection Individuelle (EPI) toujours lors du traitement
-Ne pas manger, ni boire, ni fumer pendant les traitements
-Garder toujours les produits phytosanitaires dans leur emballage d’origine
-Laver les gants avant de les enlever, Laver les vêtements (EPI), se laver après le travail après
chaque traitement,
-Respecter les délais de pénétration dans les périmètre maraichers traités.
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Figure 1 Classification de pesticides selon la cible et la nature (Source : Yadav et Devi, 2017) .......... 4
Figure 2 Impact environnemental et sanitaire des pesticides (Source : Basic, 2022) ......................... 8
Figure 3 Préparation de biopesticide d’origine végétale (Source : Inades, 2021) ............................. 10
Figure 4 Parasitoïdes de certains ravageurs des cultures (Source Auteur, 2019) ............................. 11
Figure 5 Les principaux bénéficiaires du PDC2V (Source : PDC2V) .................................................... 15
Figure 6 Les composantes du PDC2V (Source : PDC2V)..................................................................... 16
Figure 7 Les guichets du FCP (Source : Auteur) ................................................................................. 17
Figure 8 Organigramme du PDC2V (Source : Auteur) ........................................................................ 18
Figure 9 Zone d’intervention du projet PDC2V (Source : PDC2V)...................................................... 19
Figure 10 Température et pluviométrie de la zone d’étude (Source : SODEXAM, 2019) ................. 20
Figure 11 Réseau hydrographique de la zone d’étude (Source : Auteur) ......................................... 22
Figure 12 Localisation des parcelles maraîchères (Source : Auteur) ................................................. 25
Figure 13 Pesticides homologués en Côte d’Ivoire en 2023 ............................................................. 28
Figure 14 Catégories de produits phytosanitaires réglementés ....................................................... 28
Figure 15 Catégories de biopesticides réglementés ......................................................................... 29
Figure 16 Substances interdites en Côte d’Ivoire en 2023 ................................................................ 29
Figure 17 Possession d’agrément des revendeurs de pesticides de la zone d’étude ....................... 30
Figure 18 Niveau d’étude des revendeurs de pesticides .................................................................. 30
Figure 19 Genre des maraichers enquêtés........................................................................................ 31
Figure 20 Niveau d’étude des maraichers ......................................................................................... 31
Figure 21 Nombre d’année d’expérience des maraichers ................................................................ 32
Figure 22 Tranches d’âges des maraichers........................................................................................ 32
Figure 23 Revenu des maraîchers en fonction de la taille de la parcelle .......................................... 33
Figure 24 Principales spéculations mises en place par les maraîchers ............................................. 33
Figure 25 Gestion des emballages par les maraichers ...................................................................... 36
Figure 26 Circuit d'approvisionnement en pesticide des maraichers ............................................... 37
Figure 27 Pourcentage de maraichers formés sur l’utilisation des pesticides .................................. 37
Figure 28 Fréquence d’application des pesticides par les maraichers .............................................. 38
Figure 29 Disponibilité de magasin de stockage conforme dans les parcelles maraichères ............ 38
Figure 30 Mode de dosage adopté par les maraichères ................................................................... 39
Figure 31 Délai avant récolte (DAR) appliqué par les maraichères ................................................... 39
Figure 32 Nombre de traitement effectués par cycle de production par les maraichères ............... 40
Figure 33 Pourcentage d’utilisation des biopesticides par les maraichères ..................................... 40
Figure 34 Pourcentage d’utilisation d’autres alternatives par les maraichères................................ 41
Figure 35 Classification ascendante hiérarchique des maraîchers en fonction des pratiques ......... 41
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Tableau 1 Classification des pesticides en fonction du danger (Source : OMS, 2010) ........................ 5
Tableau 2 Les principales lois, Arrêtés, décrets et conventions ratifiées par la Côte d’Ivoire .......... 12
Tableau 3 Liste des acteurs étatiques rencontrés ............................................................................. 24
Tableau 4 Codage des variables explicatives des pratiques phytosanitaires..................................... 27
Tableau 5 Liste des pesticides utilisés par les maraîchers ................................................................. 34
Tableau 6 Liste des pesticides non homologués utilisés par les maraîchers ..................................... 35
Tableau 7 Pesticides destinés à autres cultures utilisés par les maraîchers ...................................... 35
Tableau 8 Corrélation entre pratiques phytosanitaires et caractéristiques socioéconomiques ....... 42
Tableau 9 Pesticides destinés à autres cultures utilisés par les maraîchers ...................................... 43
Tableau 10 Paramètres physico-chimiques des échantillons d’eau ................................................ 43
Tableau 11 Teneur en résidus de pesticides des échantillons de sols ............................................. 44
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Annexes
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xiii
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xiv
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xvi
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