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Dissertation R W Emerson

Ralph Waldo Emerson, dans son œuvre 'La Nature', propose une réflexion sur la beauté de la nature, la qualifiant de processus de transformation intérieure plutôt que de simple contemplation. Il critique l'admiration passive et appelle à une 'nouvelle création' où l'homme, en percevant les formes de la nature, participe activement à la recomposition du monde. Cette expérience, bien que parfois éprouvante, enrichit la subjectivité humaine et permet une connaissance plus profonde de soi et du monde.
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Dissertation R W Emerson

Ralph Waldo Emerson, dans son œuvre 'La Nature', propose une réflexion sur la beauté de la nature, la qualifiant de processus de transformation intérieure plutôt que de simple contemplation. Il critique l'admiration passive et appelle à une 'nouvelle création' où l'homme, en percevant les formes de la nature, participe activement à la recomposition du monde. Cette expérience, bien que parfois éprouvante, enrichit la subjectivité humaine et permet une connaissance plus profonde de soi et du monde.
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“La beauté de la nature se reforme elle-même dans l'esprit, non pour une contemplation

stérile, mais pour une nouvelle création ”, écrit Ralph Waldo Emerson dans La Nature (1836), trad.
Patrice Oliete Loscos, Allia, 2023, p. 28.

“La beauté de la nature ce qu'elle nous donne à voir et à admirer / qualité ce qui plaît aux hommes /sensibilité aux paysages qu'elle offre en

spectacle se reforme changer une forme initiale, concevoir une nouvelle forme (une autre structure ayant ses propres caractéristiques), le pronom réfléchi
caractérise une action dont le sujet est lui-même objet elle-même le pronom personnel renforcé par l'adverbe “même” montre que la nature adopte une

nouvelle forme dans l'esprit le siège de ce processus de transformation, “dans” (circonstanciel de lieu à emploi figuré), non pour une

contemplation négation du fait que la fin (circonstanciel de but) soit de considérer la beauté de la nature par les sens et l'admirer / Expérience sensorielle à
laquelle le sujet est sensible stérile qualifiée de vaine et improductive , mais opposée à pour une nouvelle création une autre fin est

recherchée, l'expérience intellectuelle/celui qui regarde ou admire la nature participe activement à recréer le monde / il connait la nature, en découvre les lois ”,
écrit Ralph Waldo Emerson dans La Nature (1836), trad. Patrice Oliete Loscos, Allia, 2023, p. 28.

Dans Nature (1836), Ralph Waldo Emerson appelle à une pensée nouvelle, « [n]otre époque est tournée
vers le passé […]. Elle écrit des biographies, des critiques, et l’histoire du passé […]. Pourquoi ne pourrions-nous
pas éprouver la joie d’une relation originale avec l’univers ? ». L’homme ne doit pas simplement recevoir les
images de la nature, mais en percevoir et en appréhender lui-même les formes. « La beauté de la nature se reforme
elle-même dans l'esprit, non pour une contemplation stérile, mais pour une nouvelle création ». L’énoncé est
structuré autour du verbe pronominal « se reforme », qui inscrit la beauté de la nature, entendue comme
expérience sensorielle et sensible, dans un processus de transformation. « Se reformer », c'est changer une forme
initiale pour en concevoir une nouvelle, le pronom réfléchi caractérise une action dont le sujet est lui-même l’objet,
la beauté naturelle est à la fois origine et terme de sa métamorphose. Le renforcement par « elle-même » exclut
toute intervention extérieure et affirme une capacité intrinsèque de régénération. Cette transformation s’opère «
dans l’esprit », le complément circonstanciel de lieu, à valeur figurée, désigne le siège de cette nouvelle forme,
créée non par les sens mais par la pensée. L’auteur introduit une construction corrélative d’opposition (« non
pour…, mais pour… »), qui établit une hiérarchie des finalités. La contemplation est explicitement rejetée par
l’adverbe de négation « non » et qualifiée de « stérile », caractérisant qui en souligne l’inutilité et l’improductivité.
A cette expérience sensitive jugée vaine, l’auteur oppose une « nouvelle création », forme active et féconde. Ainsi,
Emerson ne se contente pas de critiquer une esthétique de l’admiration passive, il lui substitue une conception
intellectuelle et créatrice de la beauté, où le sujet pensant participe à la recomposition du monde naturel. En effet,
au-delà du perceptible, il explore les mystères des phénomènes naturels et en découvre les lois, condition
nécessaire pour connaître le monde et se connaître soi-même. Pourtant, la nature n’est pas toujours belle : elle
peut se montrer hostile et provoquer, non l’admiration, mais un sentiment de répulsion. L’imperceptible de la
nature se donne à voir à travers le perceptible, il ne s’agit donc pas d’une forme nouvelle, mais d’une révélation de
l’existant. D’autant plus que voir pour admirer n’est jamais stérile, la contemplation peut avoir une portée
spirituelle, comme elle est susceptible d'engager une action. Cette connaissance de la nature, qualifiée de
“création”, ne procède pas d’une activité purement rationnelle (“dans l'esprit”), mais engage la subjectivité de celui
qui la contemple Les manifestations de la nature, aussi antagonistes soient-elles, ne s’imposent-elles pas
comme une expérience perpétuelle, irréductible à toute règle ?
Dans l’essai philosophique de Georges Canguilhem, La connaissance de la vie (1952), et le roman autrichien Le Mur
invisible (1963) de Marlen Haushofer, l’esprit s’inspire de la beauté de la nature pour nourrir une création
nouvelle, qui dépasse la simple contemplation. Cependant, connaître implique la perception, la forme première
reste à la fois manifestation et déclencheur de la réflexion. Mais construire une expérience intellectuelle de la
nature ne se réduit pas à une démarche purement rationnelle visant à y découvrir un ordre préétabli ou des règles
auxquelles tous ses éléments seraient soumis.

I. Dans la nature, l’homme fait l’expérience du beau, il en contemple le spectacle avec admiration
et tente d’en saisir les mystères

1. L’homme apprécie le beau →jouissance


MI : toiles d’araignées brillent / l’air qui tremble dans la lumière
CV : beauté ¿totalité organisme / vision ≠ division

2. Le spectacle du beau →une “contemplation stérile”


CV : “la mise en correspondance du ciel et de la terre” les (Anciens) / entrave à l'évolution
des sciences
MI : le retrait, céder la place aux frelons

3. Beauté de la nature ← (nouvelle création) “dans l'esprit” /image


CV : Aristote, analogie sang/eau → circulation “reformée” (rôle du cœur)
MI : l’alpage → métaphore marine

I. Les phénomènes de la nature, au-delà de leur apparence esthétique, se déploient dans la


pensée sous une forme invisible, devenant ainsi le principe d’”une nouvelle création” plutôt
que le simple objet d’”une contemplation stérile”. Toutefois, réduire la nature à sa seule
beauté et au ravissement qu’elle fait naitre chez le contemplateur est une vision appauvrie,
alors même qu’elle peut se manifester comme une épreuve authentique pour nos personnages.

1. La nature laide
MI : pente derrière maison → humide, champignons blancs, odeur de moisissure
CV : le monstrueux, irrégularités de la forme

2. Le beau (-se reforme), s'imite


CV : la “machine vivante” reproduit le vivant lui-même
MI : la protagoniste imite le rythme de la nature → devient paysan

3. Contempler la nature, tjs utile (apporte des ressources spirituelles → nourrit l’esprit et
l’âme)
MI : la narratrice retrouve spectacles familiers (églantines en fleurs, têtards devenant
grenouilles, juments nourrissant leurs poulains) ←apaisement et émerveillement
CV : la contemplation enseigne l’harmonie (“La monstruosité et le monstrueux”)

II. Les expériences de la nature sont ambivalentes, à la fois éprouvantes et réjouissantes. Le sujet
pensant tente d’en percer les mystères, non pour conférer à la nature une “nouvelle forme”,
mais pour se “reformer” lui-même. La “nouvelle création” évoquée par Emerson s’accomplit
ainsi “dans l’esprit” du sujet, qui, par ses expériences, accède à sa propre existence dans le
monde.

1. Cheminement des personnages → Découverte d’une vie nouvelle


MI : narratrice trouve sa place (Existence liée aux étoiles (« si elles existent, alors elle
existe»))
CV : organisme compose avec le monde, se réinvente continuellement
2. Nature = expérience singulière, subjective

MI : la narratrice, beauté dans la mort (chatons mort-nés “parfaits”, mais privés de vie)
CV : le monstrueux → merveilleux inquiet, suscite curiosité et fascination

3. De nouvelles formes de pensée


CV : “l’originalité de la vie” → oblige le savant à l’inventivité, parfois jusqu’à se sentir
“[bête]”
MI : la narratrice recompose son monde

“La beauté de la nature” n'est à un spectacle passif, elle “se reforme elle-même" dans la pensée pour une
nouvelle création”. La splendeur de la nature éveille les sens et excite la réflexion, au lieu d'être une simple
contemplation. Cependant, loin d’être une fin en soi, la contemplation produit un effet sur le contemplateur qui
peut prétendre à une compréhension vivante et singulière du monde. La nature, dans sa diversité et parfois sa
cruauté, invite chacun à participer à l’invention de soi et à la réinvention du réel. Cette expérience de la nature ne
se nourrit-elle pas, hormis les interactions entre l’homme et le milieu naturel, par les relations entre les hommes,
transmises et transformées à travers l’histoire ?

Dissertation rédigée :

Dans Nature (1836), Ralph Waldo Emerson appelle à une pensée nouvelle, « [n]otre époque est tournée
vers le passé […]. Elle écrit des biographies, des critiques, et l’histoire du passé […]. Pourquoi ne pourrions-nous
pas éprouver la joie d’une relation originale avec l’univers ? ». L’homme ne doit pas simplement recevoir les
images de la nature, mais en percevoir et en appréhender lui-même les formes. « La beauté de la nature se reforme
elle-même dans l'esprit, non pour une contemplation stérile, mais pour une nouvelle création ». L’énoncé est
structuré autour du verbe pronominal « se reforme », qui inscrit la beauté de la nature, entendue comme
expérience sensorielle et sensible, dans un processus de transformation. « Se reformer », c'est changer une forme
initiale pour en concevoir une nouvelle, le pronom réfléchi caractérise une action dont le sujet est lui-même l’objet,
la beauté naturelle est à la fois origine et terme de sa métamorphose. Le renforcement par « elle-même » exclut
toute intervention extérieure et affirme une capacité intrinsèque de régénération. Cette transformation s’opère «
dans l’esprit », le complément circonstanciel de lieu, à valeur figurée, désigne le siège de cette nouvelle forme,
créée non par les sens mais par la pensée. L’auteur introduit une construction corrélative d’opposition (« non
pour…, mais pour… »), qui établit une hiérarchie des finalités. La contemplation est explicitement rejetée par
l’adverbe de négation « non » et qualifiée de « stérile », caractérisant qui en souligne l’inutilité et l’improductivité.
A cette expérience sensitive jugée vaine, l’auteur oppose une « nouvelle création », forme active et féconde. Ainsi,
Emerson ne se contente pas de critiquer une esthétique de l’admiration passive, il lui substitue une conception
intellectuelle et créatrice de la beauté, où le sujet pensant participe à la recomposition du monde naturel. En effet,
au-delà du perceptible, il explore les mystères des phénomènes naturels et en découvre les lois, condition
nécessaire pour connaître le monde et se connaître soi-même. Pourtant, la nature n’est pas toujours belle : elle
peut se montrer hostile et provoquer, non l’admiration, mais un sentiment de répulsion. L’imperceptible de la
nature se donne à voir à travers le perceptible, il ne s’agit donc pas d’une forme nouvelle, mais d’une révélation de
l’existant. D’autant plus que voir pour admirer n’est jamais stérile, la contemplation peut avoir une portée
spirituelle, comme elle est susceptible d'engager une action. Cette connaissance de la nature, qualifiée de
“création”, ne procède pas d’une activité purement rationnelle (“dans l'esprit”), mais engage la subjectivité de celui
qui la contemple Les manifestations de la nature, aussi antagonistes soient-elles, ne s’imposent-elles pas
comme une expérience perpétuelle, irréductible à toute règle ?
Dans l’essai philosophique de Georges Canguilhem, La connaissance de la vie (1952), et le roman autrichien Le Mur
invisible (1963) de Marlen Haushofer, l’esprit s’inspire de la beauté de la nature pour nourrir une création
nouvelle, qui dépasse la simple contemplation. Cependant, connaître implique la perception, la forme première
reste à la fois manifestation et déclencheur de la réflexion. Mais construire une expérience intellectuelle de la
nature ne se réduit pas à une démarche purement rationnelle visant à y découvrir un ordre préétabli ou des règles
auxquelles tous ses éléments seraient soumis.

Dans la nature, l’homme est en admiration face au spectacle du beau, qu’il contemple avec
émerveillement et dont il tire une joie immédiate.

L’homme éprouve la splendeur du beau, et ce spectacle le réjouit. La narratrice du Mur invisible de Marlen
Haushofer est captivée par l'éclat des toiles d’araignées, elles brillent dit-elle, et par l’air qui tremble dans la
lumière ; ce détail l’émerveille, et son attention comme son regard s’y accrochent. Canguilhem, dans La
Connaissance de la vie, saisit cette beauté dans la totalité du vivant, comme une vision plutôt que comme une
division ; c’est en cela que le fonctionnement de l’organisme l’impressionne.

Cependant, Emerson dénonce une “contemplation stérile” et invite à s’en affranchir. La beauté de la nature,
lorsqu’elle se réduit au spectacle, enferme le sujet dans la passivité et inhibe la capacité de créer. Ce motif est
repris par Canguilhem, le philosophe et médecin le rattache à une tradition ancienne qui a “mis[...] en
correspondance [le] ciel et [...] la terre” selon “une intuition astrobilogique”. La fascination première pour la nature
est à l’origine des spéculations sur le fonctionnement de la nature. Cette tension apparaît lorsque la narratrice de
M. Haushofer demeure en retrait, absorbée par l’observation des frelons : elle admire leur beauté, et préfère “leur
céder la place”.

Aussi la beauté de la nature doit-elle passer par le prisme de la subjectivité humaine pour donner lieu à une
« nouvelle création ». Canguilhem rappelle, dans la partie Méthode, qu’Aristote établit une analogie entre
l’écoulement du sang et celui de l’eau, il « reforme » ainsi la circulation sanguine et propose une « création
nouvelle », incarnée par le rôle du cœur dans le transport du sang. De la même manière, la narratrice, en
découvrant l’alpage, construit une métaphore marine : les prairies semblent flotter dans le ciel, sur les nuages, tel
un bateau vert et humide au milieu des écumes dans un océan agité ; la beauté du paysage est alors recréée dans
son esprit à travers cette image poétique.
Les phénomènes de la nature, au-delà de leur apparence esthétique, se déploient dans la pensée sous une
forme invisible, devenant ainsi le principe d’”une nouvelle création” plutôt que le simple objet d’”une
contemplation stérile”. Toutefois, réduire la nature à sa seule beauté et au ravissement qu’elle fait naitre chez le
contemplateur est une vision appauvrie, alors même qu’elle peut se manifester comme une épreuve authentique
pour nos personnages.

La nature ne suscite pas toujours le désir de voir, il arrive que les hommes s’en détournent, saisis
d’angoisse ou de dégoût. Dans Le Mur invisible, la narratrice observe avec effroi la pente derrière la maison 1,
humide, envahie de champignons blancs et imprégnée d’une odeur de moisissure. Dans La connaissance de la vie,
c’est l’expérience de la laideur chez Canguilhem, expression du monstrueux2, des irrégularités de la forme capables
de provoquer une “terreur panique” chez les vivants et de constituer une véritable “mise en question” de la vie.

Si la beauté existe, elle ne “se reforme” pas, elle s’imite. Chez Canguilhem, la figure de l’Artifex Maximus3
permet de comprendre que la « machine vivante » ne procède pas de la copie d’idées abstraites, comme chez
Platon, mais de l’imitation du vivant lui-même. La protagoniste imite le rythme de la nature en devenant paysan,
l’adoption du “pas tranquille du paysan” marque l’abandon du temps citadin au profit d’un temps cyclique. La
nature ne se révèle qu’à un corps patient, accordé à son rythme, et à une action qui s’inscrit sans forcer l’ordre
naturel du temps.

Par ailleurs, la contemplation de la nature, si elle n’apporte rien d’un point de vue pratique, nourrit le sujet
de ressources spirituelles. La narratrice trouve l’apaisement en retrouvant des spectacles familiers, les églantines
en fleurs, les têtards devenant grenouilles, les juments nourrissant leurs poulains. La contemplation possède aussi
une vertu didactique, elle enseigne l’harmonie et l’ordre du monde, comme le souligne Canguilhem lorsqu’il
évoque, au début de “La monstruosité et le monstrueux”, la régularité et l’harmonie de la nature.

Les expériences de la nature sont ambivalentes, à la fois éprouvantes et réjouissantes. Le sujet pensant
tente d’en percer les mystères, non pour conférer à la nature une “nouvelle forme”, mais pour se “reformer” lui-
même. La “nouvelle création” évoquée par Emerson s’accomplit ainsi “dans l’esprit” du sujet, qui, par ses
expériences, accède à sa propre existence dans le monde.

Au terme de leurs cheminements existentiels et intellectuels, les personnages découvrent la possibilité


d’inventer une forme de vie nouvelle. Dans Le Mur invisible, la narratrice parvient à trouver sa place dans la
nature: son existence se pense en relation avec les étoiles, si elles existent, alors elle existe aussi. L’être ne peut
ainsi se dissocier de ce que Goldstein, cité par Canguilhem, nomme la « connaissance biologique » 4, une manière
pour l’organisme de composer avec le monde, de s’y ajuster et de se réinventer sans cesse.

La nature ne peut être appréhendée comme une réalité figée et universelle, puisqu’elle n’existe qu’à travers
des expériences singulières. Au-delà de la “contemplation”, elle est une création relative au regard de chacun. La
narratrice perçoit une forme de beauté jusque dans la mort lorsqu’elle observe les chatons mort-nés, décrits

1
“Mais la monstruosité c'est la menace accidentelle et conditionnelle d'inachèvement ou de distorsion dans la formation de la
forme.”
2
Un autre exemple, celui du cyclamen (voir Extraits du Mur invisible 1).
3
“une activité créatrice, une démarche essentiellement apparentée à l'activité par laquelle l'organisme compose avec le
monde ambiant de façon à pouvoir se réaliser lui-même, c'est-à-dire exister. La connaissance biologique reproduit d'une façon
consciente la démarche de l'organisme vivant.”
4
“C'étaient deux minuscules chats tigrés d'une étonnante beauté et deux autres d'un blond-roux. Tout en eux était parfait des
oreilles jusqu'à la queue et pourtant ils n'avaient pu vivre.”
comme “d’une étonnante beauté”, “parfaits”, et pourtant privés de vie5. De même, chez Canguilhem, le monstrueux6
appelle un regard à la fois curieux et fasciné, il relève d’un merveilleux inquiet qui ébranle les certitudes. La vie
apparaît alors comme fondamentalement précaire, puisque “toutes [l]es réussites [de la vie] sont des échecs
évités”.

Les deux auteurs, Georges Canguilhem et Marlen Haushofer, sont confrontés aux épreuves du vivant et à
celles de la nature humaine, et accèdent ainsi à de nouvelles formes de pensée. Chez Canguilhem, “l’originalité de la
vie” contraint le savant à l’inventivité, comme du vivant lui-même, au point de devoir parfois “[se] sentir bête[...]” 7 .
La “nouvelle création” désigne ainsi une manière inédite de concevoir à la fois le vivant, l’homme et la science. La
narratrice, enfermée derrière le mur invisible, recompose son propre monde, marqué par la violence et la cruauté
des hommes, détruit par une arme secrète qui a préservé la terre tout en exterminant les êtres humains et les
animaux.

“La beauté de la nature” n'est pas un spectacle passif, elle “se reforme elle-même" dans la pensée pour une
nouvelle création”. Cependant, toute contemplation produit un effet sur le contemplateur qui peut prétendre à une
compréhension vivante et singulière du monde. La nature, dans sa diversité et parfois sa cruauté, invite chacun à
participer à l’invention de soi et à la réinvention du réel. Cette expérience de la nature ne se nourrit-elle pas,
hormis les interactions entre l’homme et le milieu naturel, par les relations entre les hommes, transmises et
transformées à travers l’histoire ?

5
“La construction de la machine vivante implique, si l´on sait bien lire ce texte, une obligation d'imiter un donné
organique préalable. La construction d'un monde mécanique suppose un original vital, st finalement on peut se
demander si Descartes n'est pas ici plus près d'Aristote que de Platon. Le démiurge platonicien copie des Idées. L'Idée
est un modèle dont l'objet naturel est une copie. Le Dieu cartésien, l´Artifex Maximus, travaille à égaler le vivant lui-
même. Le monde du vivant-machine, c'est le vivant lui-même.”

6
“Nous soupçonnons que pour faire des mathématiques, il nous suffirait d'être des anges, mais pour faire de la biologie, même
avec l'aide de l'intelligence, nous avons besoin parfois de nous sentir bêtes.”
7
“Le monstrueux est du merveilleux à rebours, mais c'est du merveilleux malgré tout. D'une part, il inquiète : la vie est moins
sûre d'elle- même qu'on n'avait pu le penser. D'autre part, il valorise : puisque la vie est capable d'échecs, toutes ses réussites
sont des échecs évités.”

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