0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
5 vues17 pages

Report

L'Audition parlementaire 2008 à l'ONU a rassemblé 200 parlementaires de plus de 60 pays pour discuter du maintien de la paix et de la prévention des conflits. Les intervenants, dont le Président de l'Assemblée générale et le Secrétaire général, ont souligné l'importance d'un partenariat entre l'ONU et les parlementaires pour renforcer les efforts de paix et de développement, tout en appelant à des réformes pour restaurer l'autorité de l'Assemblée générale. La responsabilité de protéger a également été abordée, mettant en avant le rôle des États et de la communauté internationale dans la prévention des atrocités et la nécessité d'une coopération efficace.

Transféré par

first.wonder.business
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
5 vues17 pages

Report

L'Audition parlementaire 2008 à l'ONU a rassemblé 200 parlementaires de plus de 60 pays pour discuter du maintien de la paix et de la prévention des conflits. Les intervenants, dont le Président de l'Assemblée générale et le Secrétaire général, ont souligné l'importance d'un partenariat entre l'ONU et les parlementaires pour renforcer les efforts de paix et de développement, tout en appelant à des réformes pour restaurer l'autorité de l'Assemblée générale. La responsabilité de protéger a également été abordée, mettant en avant le rôle des États et de la communauté internationale dans la prévention des atrocités et la nécessité d'une coopération efficace.

Transféré par

first.wonder.business
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Assurer un maintien de la paix efficace et prévenir

les conflits conformément à nos engagements


Audition parlementaire 2008 à l'Organisation
des Nations Unies
20 – 21 novembre 2008
Organisation des Nations Unies, New York

Compte rendu

L'Audition parlementaire 2008 s’est tenue au Siège de l’Organisation des Nations Unies à New
York les 20 et 21 novembre. Y ont pris part quelque 200 parlementaires de plus de 60 pays.
Allocutions d'ouverture
Pour le Président de l'Assemblée générale des Nations Unies, S.E. le père Miguel D'Escoto
Brockmann, les partenariats entre l'ONU et les parlementaires se sont approfondis dans nombre
de domaines. Les parlementaires apportent un soutien de poids à l'Organisation des Nations Unies
grâce au rôle central qu’ils jouent pour que les politiques internationales en matière de maintien de
la paix, de droits de l'homme, de développement et d'environnement soient prises en compte dans
leurs débats au niveau national, donnant ainsi aux citoyens la possibilité de se familiariser avec
l’action que mène l'Organisation des Nations Unies et de mieux la soutenir.
Le Président de l'Assemblée générale ajoute que le monde fait face à la conjonction de crises
alarmantes appelant des changements radicaux de l'architecture politique et financière
internationale. Il précise que ces crises sont imputables à l’humanité et que celle-ci doit donc
assumer la responsabilité de les résoudre. Pour opérer les changements nécessaires, les
dirigeants devront se montrer courageux, voire héroïques, au niveau national. Il ajoute que les
parlementaires peuvent apporter à l'ONU une assistance et un appui précieux et s’assurer ainsi
que l'Organisation est effectivement en mesure de s'acquitter des responsabilités que des milliards
de personnes lui ont confiées.
Le Président de l'Assemblée générale des Nations Unies rappelle qu'il a présenté une série de
propositions de changements qui permettraient à l'Organisation des Nations Unies, plus
particulièrement à l'Assemblée générale, de retrouver l'autorité qui, au fil des décennies, a été
concédée à d'autres organisations, certaines "puissances inquiètes" ayant dépouillé l'Assemblée
de l’essentiel de son rôle clé dans l’arène internationale. L’appel qu’il a lancé en faveur d’une série
de Dialogues de haut niveau sur la démocratisation de l'Organisation des Nations Unies fait écho
au rôle assigné initialement à l’Organisation par la Charte, et le Président de l’Assemblée générale
invite les parlementaires à participer activement à ces débats.
Il est une autre priorité, poursuit-il, qui consiste à garantir les ressources nécessaires au
développement, en particulier pour la lutte contre la pauvreté intolérable dont est victime la moitié
de la population mondiale. Il invite les parlementaires à veiller à ce que les dirigeants nationaux
réaffirment leurs engagements lors de la Conférence internationale de suivi sur le financement du
développement, qui se tiendra à Doha, au Qatar, en novembre 2008, en particulier à la lumière du
ralentissement économique et du retard pris dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le
développement (OMD). Le Président de l'Assemblée générale est partisan de la tenue en 2010
d’un Sommet mondial sur les OMD qui permettrait d’évaluer les conditions expressément requises
au niveau national pour atteindre lesdits Objectifs et d'ajuster le tir en conséquence, ajoutant que
les orientations, que définiront les parlementaires, principaux responsables de la mise en œuvre
des OMD, seront déterminantes à cette fin.
Sa priorité absolue en tant que président de la session de
l'Assemblée générale, dit-il, est de nous sortir du coma moral où ……. Il nous faut sortir du
nous sommes plongés. Il plaide pour une nouvelle manière de coma moral où nous sommes
se comporter les uns envers les autres et de traiter une planète plongés.
fragile. Il estime que le monde s’est coupé de ses valeurs Père Miguel D’Escoto
essentielles de compassion et de solidarité dans la course Brockmann
effrénée à l’hégémonie et aux richesses. Toutefois, aujourd'hui,
nos congénères attendent leadership et vision. Ils réclament des
-2-

dirigeants qui soient animés de la passion de l'équité et de la lutte contre l’exclusion. Ils aspirent à
une gouvernance fondée sur la justice, la transparence et l’obligation de rendre compte. Ils sont en
quête de moyens de participer utilement au sauvetage de notre planète et de mettre fin à la
pauvreté extrême.
Dans un premier temps, ajoute le Président de l'Assemblée générale, le monde doit traiter de
manière radicale le phénomène de surconsommation non soutenable qui alimente des excès
intolérables et une spéculation irresponsable. Parlementaires et gouvernants doivent avoir le
courage de dire aux citoyens la vérité sur les sacrifices qui nous attendent. Ces sacrifices doivent
être répartis équitablement, et non pas transférés aux pauvres, comme c'est généralement le cas.
Il y a beaucoup de dégâts à réparer, ajoute l’orateur, y compris les atteintes corrosives à la
confiance qui doit pourtant guider toute relation. Il conclut son intervention en demandant aux
parlements nationaux et à l'Organisation des Nations Unies de travailler ensemble pour mériter
cette confiance et la restaurer.
Le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, fait observer que les parlementaires sont les
alliés naturels de l'Organisation des Nations Unies qui, comme eux, est responsable devant les
peuples. Bien que la prévention des conflits soit la mission cardinale assignée par ses fondateurs à
l'Organisation, la responsabilité première d’atteindre cet objectif incombe aux Etats membres,
indique-t-il. L'Organisation des Nations Unies a pour vocation première d'aider les acteurs
nationaux à régler les conflits en amont et de faciliter la mise en place d’une capacité nationale de
maintien de la paix. Sans règlement politique, sans solution politique durable, ajoute-t-il, le monde
subira des crises humanitaires et de maintien de la paix incessantes.
Telle est la raison d’être des propositions qu'il a présentées à l'Assemblée générale pour renforcer
la capacité de l'Organisation en matière de diplomatie préventive, en particulier ses responsabilités
de maintien de la paix et de médiation. Le Secrétaire général fait observer que la collaboration
entre les institutions des Nations Unies travaillant à des programmes de prévention des conflits
s’est déjà améliorée et que la coopération avec les organisations régionales se renforce. Mais il
nous faut faire davantage, ajoute-t-il. Le niveau de financement de la prévention des conflits se
situe très en deçà des besoins, et notre capacité d’intervention suffit à peine, poursuit-il. Ses
propositions à l'Assemblée sont destinées à compléter les réformes récentes en matière de
maintien de la paix et à aider l’ONU à résoudre les problèmes avant qu'ils ne deviennent presque
ingérables.
Pour qu’il y ait maintien de la paix, fait observer le Secrétaire ……. Mais il nous faut faire
général de l’ONU, il faut d’abord qu’il y ait une paix à maintenir. davantage. Le financement de la
Les parties qui s’affrontent doivent souscrire à un processus prévention des conflits se situe
politique d’inclusion qui leur permette de désengager leurs forces. très en deçà des besoins, et nos
Et les forces de paix doivent avoir un mandat clair et réaliste, et moyens suffisent à peine.
disposer des moyens appropriés. En outre, il faut que les soldats
de la paix évitent d’accentuer encore les problèmes et qu’ils M. Ban Ki-moon
agissent avec la plus grande sensibilité possible vis-à-vis de la
population locale en se conformant aux normes les plus élevées de professionnalisme et de
bonne conduite. L'Organisation des Nations Unies continuera à tirer les leçons de son
l'expérience, ajoute le Secrétaire général, et à renforcer sa capacité à porter secours aux pays et
aux populations qui sortent d'un conflit armé. Il craint néanmoins que ces conditions essentielles
à la réussite du maintien de la paix soient de plus en plus difficiles à réunir dans certains des
conflits les plus anciens. Mais, même si conditions ne sont pas remplies, l'Organisation des
Nations Unies a le devoir d'agir, l'indifférence étant proscrite, souligne-t-il.
La voix des parlementaires doit être entendue en ces temps d’évolution de l'Organisation des
Nations Unies, conclut-il, se disant très satisfait du travail de l'Union interparlementaire et des
efforts qu’elle déploie depuis longtemps déjà pour bâtir une alliance forte entre parlements,
gouvernements et société civile.
Le Président de l'Union interparlementaire, M. Theo-Ben Gurirab, se félicite de l’adoption récente
par les Etats membres de l'Organisation des Nations Unies, par consensus, d’une résolution très
importante sur la coopération entre l'Organisation des Nations Unies et l'UIP (A/RES/63/24). Cette
résolution, ajoute-t-il, s’inspire de l'excellent rapport du Secrétaire général (A/63/228-S/2008/531) 1

1
Ce document et la résolution A/RES/63/24 peuvent être consultés sur le site web du système de diffusion
électronique des documents de l’ONU ([Link]
-3-

où ce dernier formule des recommandations très constructives pour le renforcement de cette


coopération et fixe des objectifs précis et ambitieux pour les deux années à venir. Les deux
organisations vont collaborer plus étroitement dans tous les domaines, ajoute-t-il, notamment en
ce qui concerne la paix, le développement et la démocratie.
Ayant dirigé, en qualité de président de l'Assemblée générale, les travaux de rédaction de la
Déclaration du Millénaire, M. Gurirab plaide résolument pour un redoublement des efforts à
accomplir pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement, notamment en matière
de réduction de la pauvreté et d'égalité des sexes. Les parlements devant montrer l'exemple, les
femmes devront y être mieux représentées, ainsi qu’à l'UIP, ajoute-t-il.
"Nous vivons des temps sans précédent", poursuit-il, le monde en proie à une série de crises -
climatique, alimentaire, énergétique, financière et économique. Le Président de l’UIP ajoute qu’à
la suite d’un débat tenu à l'Assemblée de l'UIP, il a été prié de convoquer d'urgence une
conférence parlementaire mondiale. Cette conférence, qui aura lieu au début de 2009 et se
penchera sur la crise financière et ses répercussions, devra réfléchir à la manière d’impliquer
davantage les parlements afin d’assurer, au niveau tant national qu'international, droit de regard,
transparence et obligation de rendre compte.
……. Je souscris à l'idée du
M. Gurirab se félicite de l'accent que le Président de Secrétaire général de l’ONU qui
l'Assemblée générale a mis sur la nécessité de plaide pour un nouveau
démocratiser l’ONU. L'UIP accorde une attention multilatéralisme et j'espère très
considérable à cette question, dit-il, et la Conférence sincèrement que nous pourrons
mondiale des Présidents de parlement tenue en 2005 a contribuer à faire avancer cette idée.
formulé plusieurs propositions sur la manière dont les
parlements pourraient contribuer à combler le déficit M. Theo-Ben Gurirab
démocratique dans les relations internationales. Il
s’efforcera de donner un prolongement à ces propositions dans les mois à venir.

Séance I : La responsabilité de protéger


Intervenants : M. Edward Luck, Conseiller spécial du Secrétaire général de l’ONU sur la
responsabilité de protéger; M. Joseph Nsengimana, Représentant permanent du Rwanda auprès de
l'Organisation des Nations Unies; Mme Nicola Reindorp, Director of Advocacy, Centre mondial pour
la responsabilité de protéger.
Au titre de l’examen de la doctrine relativement nouvelle de la "responsabilité de protéger", M. Luck,
qui a servi de modérateur, a présenté les idées du Secrétaire général de l’ONU sur ce concept.
L'Ambassadeur Nsengimana a soumis aux participants quelques réflexions sur la manière dont ce
concept aurait pu s’appliquer dans son pays. Mme Reindorp a explicité ce concept et décrit les
travaux du Centre mondial pour la responsabilité de protéger. Leurs interventions sont résumées
ci-dessous.
Le terme "responsabilité de protéger" ne doit pas être considéré comme une autre manière de
désigner l'intervention humanitaire; en réalité, cette notion repose sur le concept de la souveraineté
en tant que responsabilité, concept qui a été mis au point dans les années 1990 et qui est énoncé
2
au paragraphe 139 du Document final du Sommet mondial de 2005 (A/RES/60/1) , où l’on peut lire
notamment ce qui suit : "Il incombe également à la communauté internationale, dans le cadre de
l’Organisation des Nations Unies, de mettre en œuvre les moyens diplomatiques, humanitaires et
autres moyens pacifiques appropriés… afin d’aider à protéger les populations du génocide, des
crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité… Nous sommes prêts à
mener en temps voulu une action collective résolue… lorsque ces moyens pacifiques se révèlent
inadéquats et que les autorités nationales n’assurent manifestement pas la protection de leurs
populations contre le génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre
l’humanité".
La responsabilité de protéger repose sur trois piliers : responsabilité de l'Etat, aide de l'Etat et
intervention directe de la communauté internationale auprès des populations menacées. Il ressort
du premier de ces piliers que cette doctrine reflète une approche volontariste de la souveraineté :
les Etats-nations s’étant constitués comme moyen d'assurer la protection des populations, la

2
Peut être consulté sur le site du web du système de diffusion électronique des documents de l’ONU
([Link]
-4-

"responsabilité de protéger" a pour but d'aider les pays à s’acquitter de cette mission, et non pas
simplement de réagir s’ils échouent. Elle se distingue donc de l'intervention humanitaire, qui se
borne à un choix binaire entre intervention militaire et ne rien faire. Or, cela n'est ni moralement
acceptable, ni judicieux : la communauté internationale a besoin d'un dispositif complet de mesures,
à la fois pacifiques et coercitives, pour faire face aux crimes en question, déjà perpétrés ou en
passe de l’être. Afin de renforcer ce premier pilier, les parlements doivent adopter des lois portant
application des conventions des droits de l'homme et mettant en place des instances de contrôle
chargées de demander des comptes aux gouvernements.
Au titre du deuxième pilier, la communauté internationale est appelée à aider les Etats qui risquent
de se trouver dans une situation où un ou plusieurs des quatre crimes en question pourraient être
perpétrés. Là encore, on peut lire au paragraphe 139 du Document final ce qui suit : "Nous
entendons aussi nous engager, selon qu’il conviendra, à aider les Etats à se doter des moyens de
protéger leurs populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes
contre l’humanité et à apporter une assistance aux pays dans lesquels existent des tensions avant
qu'une crise ou qu'un conflit n’éclate". C’est là aussi un domaine où les parlements peuvent être
d'un grand secours. Ils doivent exercer un droit de regard sur les choix de coopération de leur
gouvernement afin de s’assurer que l’assistance dispensée est bien de nature à fédérer le pays qui
en bénéficie et non à le diviser selon des critères ethniques et raciaux. Différentes formes
d'assistance sont envisagées au titre de ce pilier dont, éventuellement, l'intervention militaire à la
demande du gouvernement concerné, s'il estime être dans une situation où l'un ou l'autre des
quatre crimes est perpétré ou risque de l’être, comme cela a été le cas, par exemple, en Sierra
Leone ou en ex-République yougoslave de Macédoine.
Le troisième pilier est celui de la réponse de la communauté internationale. Les pays disposent
d’une large palette de moyens d’action, allant de la censure diplomatique à l'intervention armée, en
passant par des sanctions ciblées et des embargos. Mais on précisera que les mesures prises au
titre de ce troisième pilier ne doivent pas nécessairement être militaires. Dans le cas du Kenya, par
exemple, où la responsabilité de protéger a été mise en pratique pour la première fois, l’action
immédiate engagée par l'Organisation des Nations Unies et la médiation de l'ancien Secrétaire
général Kofi Annan ont démontré qu’une initiative prise à temps pouvait vraiment éviter des pertes
massives en vies humaines. Lorsque le Conseil de sécurité ou l'Assemblée générale appelle les
Etats à agir au titre de ce troisième pilier, il incombe aux parlementaires de veiller à ce que leur
gouvernement donne bien suite à cet appel.
La responsabilité de protéger implique nécessairement
un infléchissement de la notion de souveraineté, ……. La communauté internationale
doit honorer la promesse solennelle
notamment l’abandon de la conception archaïque qui la
que les dirigeants mondiaux ont faite
désigne comme un pouvoir absolu de l'Etat sur les
en 2005.
citoyens, y compris le pouvoir de vie et de mort. La
souveraineté étatique demeure, mais elle a pris un sens Mme Nicola Reindorp
différent, englobant notamment l'obligation de protéger
les ressortissants. Tous les ressortissants, sans aucune
distinction. Or, c'est là que des problèmes peuvent apparaître. Dans le cas concret du Rwanda, la
politique coloniale du diviser pour régner a abouti à la marginalisation d'une partie de la population
par les gouvernements d’après l’indépendance, processus qui a conduit à une discrimination quasi
légale, voire à l'accréditation de l'idée qu'une partie de la population était l'ennemi de l'Etat.
Si l’on applique la doctrine de la responsabilité de protéger au cas du Rwanda, on comprend mieux
en quoi consistent les rôles impartis aux trois piliers. L'obligation fondamentale de protéger les
Rwandais incombait à l'Etat rwandais, c’était le premier pilier. S’il était apparu que le Rwanda avait
la volonté mais n’avait pas les moyens de protéger ses citoyens, il aurait alors incombé à la
communauté internationale de lui en donner les moyens : c’était le deuxième pilier. Or, dans le cas
du Rwanda, on est passé trop vite au domaine défini par le troisième pilier, celui où la communauté
internationale aurait eu le devoir d'intervenir. Ce qu'elle n'a fait, toutefois, que beaucoup trop tard.
Aujourd’hui, en raison des atrocités génocidaires commises dans le pays, le Gouvernement
rwandais est bien décidé à écarter toute nouvelle éventualité épouvantable d’élimination d’une
partie de la population. La première mesure à prendre consiste à mettre fin à la pratique de
l’étiquetage et du catalogage des individus, et à veiller à ce que tous soient traités de la même
façon, en tant que citoyens rwandais. La deuxième étape consiste à éclairer les citoyens sur les
droits de leurs voisins et sur l’appartenance de ces derniers à l’humanité. La culture du pays doit
devenir une culture des droits de l'homme.
-5-

En la matière, les parlementaires ont un rôle important à jouer. Ils doivent légiférer pour faire de la
protection une exigence légale dans leur pays. Pour y parvenir, il faut que les citoyens
comprennent, et que les gouvernements acceptent, que la responsabilité de protéger n'est pas une
atteinte à l’autorité de ces derniers, mais la reconnaissance de leur obligation envers leur
population.
Créé en février 2008 par un groupe d'ONG et de gouvernements, le Centre mondial pour la
responsabilité de protéger a été pensé comme un instrument qui permettrait de passer de la
théorie à la pratique. On s’y consacre à la réalisation et à la publication de travaux de recherche
sur ce que devrait être la responsabilité de protéger dans la pratique, et sur les mesures qui
pourraient être prises par les gouvernements pour s'acquitter de leurs obligations. Le Centre a
aussi une fonction de sensibilisation, qu’il exerce en réunissant décideurs, experts et militants, pour
veiller à ce que les populations soient réellement protégées sur la base de l'accord conclu lors du
Sommet mondial.
Lorsque la notion de responsabilité de protéger est soit mal connue, soit mal comprise, les
parlementaires peuvent agir de manière décisive pour y remédier. Il leur appartient à la fois
d’inciter les gouvernements à honorer la promesse solennelle faite par leurs dirigeants en 2005 et
de mieux faire comprendre les enjeux de ce qui a été convenu. Pour cela, ils peuvent organiser
des débats, faire des campagnes de sensibilisation du public et montrer à leurs gouvernements
respectifs qu'ils sont conscients des engagements que ces derniers ont souscrits.
Les parlementaires doivent aussi veiller à ce qu’une législation soit adoptée, comportant
notamment des textes érigeant en crimes les quatre violations visées par la responsabilité de
protéger. Au titre de leur fonction de contrôle de l’action du gouvernement, ils doivent aussi
déterminer ce que leur gouvernement est en mesure d'apporter à d’autres gouvernements afin
d’aider ces derniers à s'acquitter de leurs obligations, par exemple par la formation de soldats ou
de policiers.
Le document final du Sommet appelle à un nouvel examen de la responsabilité de protéger par
l'Assemblée générale, en 2009. Un petit nombre d'Etats, tout en exprimant leur volonté de
respecter les deux premiers piliers, sont désormais
hostiles au troisième pilier, celui de la réponse de la ... les Etats-nations s’étant constitués
communauté internationale. Or, l'accord de 2005 reposait comme moyen d'assurer la protection des
fondamentalement sur la volonté de dépasser les arguties populations, la "responsabilité de
de la décennie précédente sur le point de savoir si protéger" a pour but d'aider les pays à
l'Organisation des Nations Unies devait ou non agir en s’acquitter de cette mission, et non pas
cas de crimes et d’atrocités de masse et énoncer simplement de réagir s’ils échouent.
clairement qu'elle en avait le devoir. Le débat doit être M. Ed Luck
constructif, axé non pas sur le rabâchage de ce qui a été
convenu mais sur ce que la responsabilité de protéger
doit signifier concrètement. En la matière, les parlementaires ont la responsabilité de veiller à ce
que leurs gouvernements respectifs ne reviennent pas sur l'accord mais se concentrent plutôt sur
ce qu'ils entendent faire pour s'acquitter de leur obligation de protéger leur population, sur ce qu'ils
entendent faire pour aider d'autres Etats, et sur ce qu’ils attendent les uns des autres ou de
l'Organisation des Nations Unies pour s’en acquitter.
Dans la discussion qui a suivi les propos des intervenants, les participants ont fait observer que,
fondamentalement, la doctrine de la responsabilité de protéger s'appuie sur des engagements
existants, dont le droit international humanitaire, le droit international des droits de l’homme et le
statut de la Cour pénale internationale. On aurait tort d'essayer d'étendre la doctrine au-delà des
quatre crimes dont les dirigeants mondiaux ont convenu qu’ils devaient figurer dans le document
final du Sommet mondial. Vouloir invoquer la doctrine en se fondant sur un éventail plus large de
circonstances conduirait à un interventionnisme généralisé dans les affaires intérieures des Etats
par d'autres Etats, ce qui serait contraire à la Charte des Nations Unies.
La doctrine ne s’applique pas non plus lorsque les gouvernements ne parviennent pas à s'acquitter
de leur obligation de protéger les populations en cas de catastrophe naturelle, comme pour le
cyclone Nargis au Myanmar. En l’espèce, d'autres exigences découlant du droit international
humanitaire faisaient obligation au Gouvernement de protéger la population, et il y a eu accord
pour faire pression sur le Gouvernement dans ce sens.
-6-

En outre, parce qu’elle porte exclusivement sur quatre crimes, la responsabilité de protéger est
différente de l'intervention humanitaire, notion beaucoup plus large. Si des Etats pourraient
craindre que le principe de l'intervention humanitaire ne soit appliqué à mauvais escient et
permette ainsi à d'autres Etats de s’ingérer, il ressort clairement du document final du Sommet
mondial que la responsabilité de protéger, elle, ne peut être invoquée que si autorités nationales
"n’assurent manifestement pas" la protection de leur population contre les quatre crimes en
question; en d'autres termes, uniquement si leur échec est patent.
Les parlementaires ont souligné en outre ce qui suit :
• Dans les cas où il apparaît que la responsabilité de protéger va être invoquée, la
communauté internationale ne doit pas se conformer à un calendrier trop rigide. Si elle
attend trop longtemps pour avoir confirmation qu’un pays ne remplit pas son obligation de
protéger ses populations et qu’elle attend encore plus longtemps pour avoir confirmation que
les moyens pacifiques de persuasion se révèlent insuffisants, l'intervention se produira trop
tardivement pour prévenir la catastrophe. On devrait pouvoir passer rapidement d'une
phase à l'autre, voire mettre en œuvre simultanément des mesures de types différents.
• Les parlements devraient codifier l'accord de 2005 en incorporant la doctrine au droit interne
et en veillant à ce que dans le code pénal les quatre types de violations en question soient
qualifiées de crime. Ils devraient en outre tenir des débats sur les dispositions et les
implications de la responsabilité de protéger, sensibiliser les populations à cette notion et
contribuer à sa mise en œuvre, inciter les gouvernements à respecter les accords auxquels
ils ont souscrit en 2005, et veiller à ce que des mesures, y compris des mesures coercitives
comme les embargos sur les armes ou les sanctions commerciales, soient appliquées
strictement.
• Les gouvernements devraient être invités à mettre en place des réseaux opérationnels de
collecte d’informations et de transmission rapide à l'Organisation des Nations Unies
d’informations l’alertant sur les situations risquant de dégénérer en génocide, crimes de
guerre, nettoyage ethnique ou crimes contre l'humanité.
• Les gouvernements devraient veiller à ce que l'ONU joue le rôle qui lui incombe en vertu tant
de la Charte que du mandat qui est implicite dans la responsabilité de protéger, ce qui
signifie veiller à ne pas trop régionaliser les dossiers, tout en faisant appel aux capacités des
organisations régionales et des instances de la société civile. Ils devraient en outre soutenir
la proposition d’extension aux crimes de guerre, aux crimes contre l'humanité et au
nettoyage ethnique du mandat du Conseiller spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la
prévention du génocide.

Séance II : La violence sexuelle contre les femmes et les enfants dans les conflits
Intervenants : sénatrice Margaret Mensah-Williams, Vice-Présidente du Conseil national namibien;
Mme Inés Alberdi, Directrice exécutive du Fonds de développement des Nations Unies pour la
femme (UNIFEM); M. Stephen Lewis, Co-directeur de AIDS-Free World
Au titre de l’examen des implications de cette question, la sénatrice Mensah-Williams a invité les
participants à la réunion à imaginer concrètement, et non de manière abstraite, ce que la violence
sexuelle dans les situations de conflit signifie vraiment. Mme Alberdi a décrit l’action que mène
UNIFEM contre ce fléau; quant à M. Lewis, qui faisait fonction de modérateur, il a disséqué l'échec
de la communauté internationale face aux horreurs de la violence sexuelle dans les conflits. Les
principaux points soulevés par les intervenants sont résumés ci-dessous.
Les femmes victimes de violences sexuelles pendant un conflit subissent des sévices quasi
inimaginables. Déjà terrifiées par les combats, elles sont brutalisées et violées devant leurs
enfants, leurs maris, leurs voisins – et, par la suite, elles sont rejetées par leur propre communauté
si elles sont enceintes à la suite du viol. Les répercussions de ces sévices sont considérables. La
violence sexuelle dans les situations de conflit broie familles et communautés et compromet le
développement économique après le conflit, souvent pendant des décennies. La traite des
femmes et des enfants compte parmi ses conséquences les plus odieuses. Lorsque des femmes
ainsi maltraitées se réfugient dans un autre pays, elles constatent souvent que leur situation y est
tout aussi dangereuse : stigmatisées en raison de leur situation d’immigrantes clandestines, elles y
sont considérées comme des cibles légitimes pour d’autres viols et sévices. Telle est la triste
réalité dans les pays en situation de conflit aujourd'hui. Les statistiques indiquent que 40 femmes
-7-

sont violées chaque jour en République démocratique du Congo; que des centaines de milliers de
femmes ont été violées durant les 100 jours de conflit au Rwanda, et entre 20 000 et 50 000 dans
la guerre en Bosnie dans les années 1990.
Lorsque de tels crimes se produisent, il faut que les victimes disposent de recours juridiques et que
le traumatisme subi ne soit pas aggravé par l'horreur de voir la justice de leur pays et leurs
compatriotes leur tourner le dos. L’instauration de lois réprimant ces crimes est un point de départ,
mais ce n’est qu’un commencement. Les parlementaires doivent veiller à ce que ces lois soient
appliquées rigoureusement et à ce que des moyens suffisants soient prévus pour cela.
La résolution 1820 (2008) du Conseil de sécurité exige ... l'Organisation des Nations Unies et
que l’on mette un terme à l'impunité pour les auteurs de ses Etats membres ont failli à l'appel
violences sexuelles dans les conflits armés. Elle signale lancé dans la résolution 1325, adoptée
avec force que la communauté internationale ne tolérera en 2000, demandant que des mesures
pas l'utilisation de la violence sexuelle contre les femmes soient prises pour protéger les femmes et
comme arme de guerre. Toutefois, l'Organisation des les enfants contre les actes de violence
Nations Unies et ses Etats membres ont failli à l'appel sexiste, qu’éducation et formation soient
lancé dans la résolution 1325, adoptée en 2000, assurées pour lutter contre ce fléau et
demandant que des mesures soient prises pour protéger que les femmes aient un rôle accru dans
les femmes et les enfants contre les actes de violence les opérations de maintien de la paix et
sexiste, qu’éducation et formation soient assurées pour les négociations de paix.
lutter contre ce fléau et que les femmes aient un rôle
accru dans les opérations de maintien de la paix et les Sénatrice Margaret Mensah-Williams
négociations de paix. Si la résolution 1325 n'a toujours
pas été sérieusement mise en application au bout de huit années, quelles sont les chances que la
résolution 1820, plus récente, soit effectivement appliquée ?
Cette dernière résolution, qui confirme la réalité de la menace qui pèse sur la sécurité des femmes
dans les conflits armés, donne aux acteurs civils nationaux et internationaux un mandat exprès de
lutte contre cette menace, mais elle restera lettre morte si les parlementaires ne veillent pas à ce
qu'elle soit réellement appliquée.
La résolution traite expressément de la violence sexuelle dans les situations de conflit, et non de la
violence sexuelle en général, problème de justice pénale qui est du ressort de la police et de la
justice dans tous les pays. Lorsque la violence sexuelle est largement répandue et qu’elle est
utilisée de manière systématique contre des civils pour un gain politique ou militaire, alors, elle
relève du Conseil de sécurité. Mais ces deux catégories ont tendance à se confondre lorsque les
violences sexuelles persistent après la fin des hostilités : quand des viols commencent à être
perpétrés à grande échelle par des citoyens ordinaires et des soldats démobilisés. Ne rien faire
pour les réprimer compromet gravement les efforts visant à rétablir l’état de droit. Et les institutions
de gouvernance qui émergent alors, comme la police et la justice, perdent toute crédibilité quand
un groupe de citoyens jouit de l'impunité pour des crimes graves perpétrés contre d'autres groupes.
Il s’agit là aussi d’une question de sécurité, qui exige une réponse sécuritaire.
La protection des civils suppose une approche de la sécurité et de la stabilisation après conflit qui
tienne compte des questions de genre. UNIFEM et d'autres organismes des Nations Unies ont
dressé conjointement l’inventaire analytique des méthodes que les forces de maintien de la paix
ont utilisées pour prévenir les violences sexuelles généralisées et systématiques et protéger
activement les femmes et les enfants. Cet inventaire, qui doit paraître début 2009, servira de
plate-forme pour l'évaluation, l'amélioration et la généralisation de bonnes pratiques.
Trop nombreux sont ceux qui haussent les épaules et considèrent ces actes atroces comme des
conséquences inévitables de la guerre. Or, c'est précisément ce mythe de la fatalité qui empêche
les gens d'agir. Il occulte le fait que le viol n'est plus un cas isolé et un effet secondaire aléatoire
d’un conflit - il est organisé, systématique et ciblé, contre des groupes précis. Aussi la résolution
1820 demande-t-elle instamment à toutes les parties à un conflit armé de dénoncer les mythes qui
entourent la violence sexuelle, y compris le mythe de la fatalité. En qualifiant la violence sexuelle
de tactique de guerre, et non pas de conséquence inévitable ou d’effet secondaire de la guerre,
cette résolution marque une étape importante parce qu’elle place les violences sexuelles sur le
même pied que les autres crimes contre l'humanité.
Différentes mesures s’imposent selon que les violences sexuelles sont perpétrées par des
combattants ou par des soldats de la paix. Dans le premier cas, les parlementaires des pays en
conflit et sortant d’un conflit peuvent veiller à que leur gouvernement traite la question de trois
-8-

façons : en réformant la législation nationale pour ériger en crime les violences sexuelles, en
veillant à ce que dans les processus de justice transitionnelle, on qualifie les violences sexuelles
en temps de guerre de crime grave non amnistiable, et en donnant aux survivants le bénéfice
d’une assistance juridictionnelle et en leur assurant des soins de santé. Dans le cadre des
processus de réforme après conflit de la justice et du secteur de la sécurité, il faut écarter de
l'armée et de la police les auteurs de violences sexuelles, recruter des femmes dans l’armée et la
police, et ouvrir des enquêtes sur les crimes sexuels.
Dans le second cas, les parlementaires des pays hors de la zone de conflit peuvent intervenir en
veillant à ce que leurs contingents militaires et policiers envoyés en mission de maintien de la paix
soient correctement formés et à ce qu’il y ait davantage de femmes dans les contingents de
maintien de la paix; en améliorant la qualité des données, de l'analyse des tendances et des
éléments de preuve sur l'ampleur et la finalité des viols liés au conflit, et en appuyant les
démarches visant à en appréhender et poursuivre les auteurs.
Mais, avant tout, il appartient aux parlementaires de dénoncer ces crimes parce que ce sont le
silence, la stigmatisation et la honte qui ont fait de la violence sexuelle un instrument de guerre.
Dans ce contexte, l’espoir qu’a fait naître la résolution 1820 soulève aussi une question quant à la
rapidité de mise en œuvre - défi que la communauté internationale, y compris ses parlementaires,
peut et doit relever.
L’expression "coma moral", employée par le Président de l'Assemblée générale, est une formule
légitime pour décrire la manière dont la communauté internationale a observé de loin les violences
sexuelles qui ont suivi les élections au Zimbabwe, la généralisation stupéfiante des violences
sexuelles et des viols en République démocratique du Congo et la situation épouvantable au
Darfour. Durant la séance de la matinée sur la responsabilité de protéger, on a expliqué que cette
doctrine s’appliquait aux quatre crimes visés dans le document final du Sommet de 2005 et, dans
ce contexte, il est significatif que la résolution 1820 stipule que "le viol et d’autres formes de
violence sexuelle peuvent constituer un crime de guerre, un crime contre l’humanité ou un élément
constitutif du crime de génocide".
Dans le mandat renouvelé (en décembre 2007) de la Mission des Nations Unies en République
démocratique du Congo (MONUC) – qui, avec un contingent de 17 000 personnes, est la plus
grande force de maintien de la paix dans le monde – figurent pour la première fois des clauses
exigeant la protection des civils contre les violences sexuelles, mais la MONUC a été presque
totalement incapable d’assurer cette protection. Pour protéger les femmes et les filles contre les
violences sexuelles, il faudrait tripler l’effectif de cette force. Cette insuffisance jette le discrédit sur
la MONUC, qui est considérée comme une force hostile par les femmes de la République
démocratique du Congo (RDC).
Dans l'accord de paix signé dans ce pays en janvier
Il n’y a pas de sécurité tant que les femmes 2008 figurait, ce qui est à peine croyable, une
ne sont pas en sécurité. disposition d'amnistie suffisamment ambigüe pour
Inés Alberdi, Directrice exécutive exonérer les violeurs. Et aux négociations de paix
d’UNIFEM tenues en janvier, il n'y avait pas une seule femme à
la table des négociations pour représenter les
femmes victimes de violences sexuelles. Il est clair
que l'Organisation des Nations Unies et ses Etats membres ne sont pas à la hauteur de ce qu’a
prescrit le Conseil de sécurité dans la résolution 1325.
L’essentiel de ce que l’on sait sur les violences sexuelles perpétrées au lendemain des élections
au Zimbabwe et sur le viol et l’humiliation des femmes dont les hommes font un outil dans leur
quête effrénée des richesses minières en République démocratique du Congo a été révélé par des
journalistes, des militants et de petites ONG sur le terrain. Il importe vraiment que la voix des
parlementaires se fasse entendre, elle aussi. Les parlementaires peuvent faire changer les choses
car ils peuvent modifier la législation, durcir les lois, imposer des auditions, poser des questions
parlementaires et demander que les effectifs des contingents de maintien de la paix soient
renforcés. Les parlementaires peuvent susciter un mouvement d'indignation et galvaniser ainsi les
sociétés, et expliquer ce qui est en jeu quand l’on tolère les violences sexuelles dans les conflits.
Dans le débat qui a suivi, les exposés des intervenants ont suscité les considérations suivantes :
Certains législateurs ont décrit les mesures que leur pays prenait - souvent à la demande de leurs
collègues parlementaires - pour que les soldats qu'ils affectent aux opérations de maintien de la
paix s’abstiennent eux-mêmes de commettre des crimes sexuels et empêchent les combattants
-9-

d’en commettre. D’autres ont décrit les sanctions dont serait passible tout soldat de leur contingent
qui ne serait pas à la hauteur de ces responsabilités.
D'autres parlementaires encore ont décrit les violences sexuelles perpétrées sur leur propre
territoire. En Ouganda, par exemple, les rebelles ont souvent enlevé des jeunes filles dans des
pensionnats et les ont violées et mises enceintes, et les autorités ont alors dû aider ces jeunes
filles à trouver une nouvelle vie. En Namibie, il y a eu de nombreux cas d'enfants illégitimes
engendrés par des soldats du contingent de maintien de la paix déployé pour superviser la
transition vers l'indépendance. Quand l'Algérie a été confrontée à ce problème dans les années
1990, lorsque des groupes armés cherchaient à utiliser le viol pour arriver à leurs fins politiques,
les autorités en ont traité les conséquences en respectant quatre règles : elles ont gardé le secret
sur le nombre de femmes victimes de sévices, limitant ainsi la honte et la stigmatisation; elles ont
autorisé l'avortement, qui est normalement illégal; elles ont légitimé les enfants de femmes violées,
enfants qui, dans des circonstances normales, n'auraient pas eu d'existence juridique, et elles ont
élaboré une stratégie nationale de lutte contre la violence sexuelle par la sensibilisation et
l'éducation.
Le représentant du Parlement de la République démocratique du Congo a souligné que le projet
de loi d'amnistie pour les personnes impliquées dans le conflit du Kivu n'avait pas encore été
adopté, car il devait d’abord être examiné par le Sénat. D'autre part, le Parlement congolais a
adopté une loi sur la protection des femmes et des enfants, et renforcé les sanctions contre les
auteurs de crimes sexuels.
Les parlementaires ont également fait remarquer que :
• Lorsque les auteurs de violences sexuelles s’enfuient dans un autre pays, le pays de
destination devrait les traduire en justice. L'UIP devrait envisager de créer un organe ad hoc
chargé de suivre l'application des principes du Statut de Rome et d'assurer une plus grande
coopération entre les Etats dans l’exécution des mandats délivrés par la Cour pénale
internationale.
• L'organisation des procès d’auteurs de violences sexuelles pose des problèmes particuliers.
Pour les femmes profondément traumatisées, témoigner publiquement risque d’être
impossible à supporter. Il faudrait donc prévoir des audiences à huis clos. En outre, une
formation spéciale pour les procureurs et les juges sur ces actes et sur leurs effets
dévastateurs sur les femmes est nécessaire.
• Pour veiller à ce que les soldats de la paix ne commettent pas eux-mêmes des violences
sexuelles, on devrait leur dispenser une formation avant leur déploiement. Parmi les
formateurs devraient figurer des spécialistes de ces questions ayant pu entendre la voix des
victimes et victimes potentielles. Parallèlement, les autorités devraient veiller à l'application
de mesures disciplinaires appropriées lorsque cela est nécessaire.
• Toutes les forces militaires devraient avoir des instructions claires proscrivant les violences
sexuelles et être informées des sanctions prévues en cas d’infraction. Les sanctions
devraient être infligées non seulement aux auteurs directs de tels actes mais aussi aux
détenteurs de l’autorité qui décident de l'utilisation de la violence sexuelle comme stratégie
ou politique.
• Une règle simple mais essentielle est qu'il doit y avoir suffisamment de soldats de la paix
pour empêcher les combattants de commettre des actes de violence sexuelle. La décision
d’autoriser un effectif suffisant incombe aux parlementaires. En particulier, il faut plus de
femmes en uniforme. En raison des expériences qu’elles ont vécues, les femmes ont
souvent peur des hommes en uniforme, mais des femmes en uniforme, à l’instar de l’unité
de police indienne exclusivement féminine déployée au Libéria, peuvent se sentir en
empathie avec des victimes femmes et les aider à déposer plainte contre leurs agresseurs.
• On ressent par ailleurs le besoin d’une plus grande implication des femmes dans le
rétablissement de la paix, le maintien de la paix et la consolidation de la paix. Il appartient à
l'Organisation des Nations Unies de montrer l’exemple dans toutes les zones de conflit ou
sortant d’un conflit en encourageant une plus grande implication des femmes dans ses
activités. Les données recueillies par UNIFEM pour préparer un récent débat au Conseil de
sécurité indiquent que, malgré les huit années écoulées depuis l'adoption de la résolution
- 10 -

1325, la proportion de femmes associées aux négociations de paix est quasi insignifiante,
de 5 pour cent en moyenne.
• Il faut aussi que les parlements soient plus étroitement associés aux négociations. La plupart
des négociations de paix, en particulier celles qui sont conduites par les Représentants
spéciaux du Secrétaire général de l’ONU, se font avec l'Exécutif, presque jamais avec le
Parlement. L'Organisation des Nations Unies devrait inviter des parlementaires à prendre
part aux négociations de paix. Dans le cas contraire, les parlementaires eux-mêmes
devraient insister pour y prendre part.
• L'augmentation, même modeste, des effectifs de la MONUC serait certes bienvenue mais il
faut surtout lui donner un mandat clair et faire en sorte que le contingent soit réellement
impliqué : les soldats de la paix doivent être présents et actifs sur le terrain. En particulier,
l'Organisation des Nations Unies devrait veiller à ce que ses forces contribuent réellement à
mettre fin aux hostilités et à ce qu’elles ne dévoient pas leur mission à leurs propres fins,
comme cela s’est produit parfois.
• En Afrique, le taux de prévalence du VIH/sida est plus élevé parmi les militaires et les forces
de sécurité que dans le reste de la population, et un certain nombre de pays africains sont
de grands contributeurs de forces de maintien de la paix. L'Organisation des Nations Unies
devrait admettre que, bien souvent, les victimes de violences sexuelles seront aussi victimes
du VIH/sida, et elle devrait créer un fonds spécial pour les aider.

Séance III - Intégrer la notion de sécurité humaine dans les activités des Nations Unies
Intervenants : M. Jonathan Granoff, Président du Global Security Institute; S.E. Shigeki Sumi,
Représentant permanent du Japon auprès de l'Organisation des Nations Unies; Mme Rosario
Green Macías, Présidente de la Commission des affaires étrangères du Sénat mexicain;
M. Hansjoerg Strohmeyer, chef du Service de l'élaboration des politiques au Bureau des Nations
Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA)
Durant cette séance, on a débattu de la notion de sécurité humaine et réfléchi à la manière
d’intégrer cette notion aux activités de l'Organisation des Nations Unies, ainsi qu’à la contribution
que le législateur peut apporter en la matière. M. Granoff, qui était aussi chargé de conduire les
débats, a encouragé les parlementaires à souscrire à deux initiatives récentes visant à renforcer la
sécurité humaine : l'une avancée par le Président du Costa Rica et l'autre par le Secrétaire général
de l'Organisation des Nations Unies. L’Ambassadeur Sumi a, pour sa part, mis l’accent sur les
dimensions juridiques et politiques de la notion de sécurité humaine et sur ce qui distingue mais
aussi ce qui rapproche sécurité nationale et sécurité humaine, et aide humanitaire et sécurité
humaine. La sénatrice Green a appelé l'attention sur l'impact de la crise financière et économique
sur la sécurité humaine, en particulier dans les pays en développement, et a souligné l'importance
que revêt l'action parlementaire dans la lutte contre le chômage et dans la création d'emplois. Enfin,
M. Strohmeyer a mis en lumière certains des obstacles à la sécurité humaine et a souligné qu’il
fallait y apporter des solutions au niveau tant mondial que local.
Les principaux éléments des exposés des intervenants et des mesures qu’ils ont recommandées
sont résumés ci-dessous.
En 1994, le Programme des Nations Unies pour le développement a proposé, dans son Rapport
sur le développement humain, une définition du concept de sécurité humaine. Il s’agit de la
sécurité économique, alimentaire, sanitaire, environnementale, personnelle, communautaire et
politique. Cette définition a contribué dans une large mesure à la formulation, en 2000, des
Objectifs du Millénaire pour le développement qui ont marqué une révolution conceptuelle à de
nombreux égards. D’après la définition énoncée dans le Document final du Sommet mondial de
2005 et dans d’autres textes, on entend par sécurité humaine le droit de vivre à l’abri de la peur et
du besoin, ces deux aspects étant aussi importants et nécessaires l’un que l’autre. En effet, l’un
ne saurait exister sans l'autre. Le concept de sécurité humaine relève d’une approche de la
sécurité fondée sur la personne humaine; il a pour finalité la protection des individus contre les
menaces pesant sur leur sécurité et leur bien-être. Le concept de sécurité humaine diffère de la
notion d'aide humanitaire au sens où celle-ci a vocation à aider les personnes dans la détresse,
alors que promouvoir et protéger la sécurité humaine vise à aider les individus à s'aider eux-
mêmes.
- 11 -

Le concept de sécurité humaine a deux dimensions : l’une juridique et l’autre politique. En matière
juridique, la sécurité humaine s'écarte de la conception traditionnelle de la sécurité et de la
souveraineté nationales, même si les deux notions sont liées. L'idée que la souveraineté de l'Etat
est quelque chose d'intangible, quelque chose que les gouvernements ont le droit et le devoir de
protéger, est relativement moderne, et trouve son origine au XVIIème siècle, dans la Paix de
Westphalie et les idées du philosophe anglais Thomas Hobbes. La souveraineté est demeurée le
principe dominant dans les relations entre Etats et a constitué la base du droit international jusqu'à
la Seconde Guerre mondiale. Depuis, on a admis progressivement que les droits de l'homme et les
droits des individus devaient être protégés. La fin de la Guerre froide et la multiplication des Etats
fragiles ont entraîné un autre infléchissement dans la réflexion sur la souveraineté et la sécurité
nationales. Plus question de dire : "Ce qui se passe dans votre pays ne nous concerne pas". Il est
désormais clair que des questions telles que les déplacements de population et les pandémies
sont des dossiers internationaux qui ne peuvent être réglés en vertu du principe de souveraineté
dans son acception "westphalienne". Au cours de dix dernières années, la notion de sécurité
humaine est devenue progressivement l'une des principales grilles d’analyse des dossiers
internationaux. Néanmoins, le principe de souveraineté nationale reste fermement enraciné et on
continue de tergiverser sur le point de savoir comment et dans quelle mesure les critères de droits
de l'homme et de sécurité humaine doivent s’appliquer en droit international. En particulier, il y a
désaccord sur le point de savoir si des pays ont le droit ou le devoir d'intervenir quand, dans un
autre pays, les autorités ne protègent pas la sécurité humaine de la population.
En politique, il y a souvent divergence de vues entre dirigeants politiques et citoyens ordinaires à
propos de ce que l’on entend par sécurité humaine. Ainsi, santé et éducation sont, pour la plupart
des citoyens, des priorités en matière de sécurité humaine mais ce sont souvent ces domaines que
les gouvernements ciblent en priorité pour opérer des coupes budgétaires. Les dirigeants
politiques sont généralement plus intéressés par les aspects traditionnels de la sécurité nationale,
ce qui se traduit bien souvent par plus de crédits pour les dépenses d’armements.
La crise financière et économique est un défi considérable pour la sécurité humaine et pour la
réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement, de même que la crise alimentaire.
Une des conséquences les plus graves du ralentissement économique est la montée du chômage,
qui risque de provoquer une grande instabilité sociale et politique, compromettre le rétablissement
et le maintien de la paix dans les pays sortant d’un conflit et donner lieu à de nouveaux conflits. Le
chômage peut faire basculer dans la délinquance certains
Il s'agit d'une crise grave qui individus incapables de faire face à leurs besoins élémentaires,
montre que le capitalisme, tel ce qui contraint les gouvernements à consacrer plus d'argent à
nous l'avons vu se développer la lutte contre la délinquance et moins à l'éducation, à la
ces dernières années, ne création d'emplois et autres attentes sociales.
fonctionne pas et que si nous ne
mettons pas l'être humain au Les pays pauvres seront les plus durement touchés par la crise
centre des choses, nous financière alors même qu’ils n'y sont pour rien. La crise,
contribuerons à la destruction engendrée par l’incapacité des plus grandes puissances
de notre planète et à l'extinction économiques à respecter les règles qu'elles imposent aux petits
de l'humanité. pays et aux pays émergents, ne doit pas servir de prétexte pour
ne pas honorer les engagements pris envers les pays en
Sénatrice Rosario Green développement à la Conférence internationale sur financement
du développement, tenue en 2002 à Monterrey, au Mexique.
Les changements climatiques, que le Secrétaire général de l’ONU considère comme le défi majeur
de notre temps, font planer une autre menace très lourde sur la sécurité humaine. Les autres défis,
qui s’y rattachent, sont les suivants :
• Rareté de l'eau : entre 400 et 500 millions de personnes dans le monde vivent aujourd’hui
dans des zones de pénurie d'eau, et leur nombre devrait atteindre près de trois milliards
dans les prochains 20 à 25 ans.
• Dégradation des sols : aujourd’hui 16 pour cent des terres sont devenues impropres à un
usage agricole.
• Hausse des coûts de l’énergie : bien que le prix du pétrole soit relativement bas, la baisse
des prix s’explique par le niveau de la demande et non par des raisons structurelles, et le
prix du pétrole devrait se situer à près de 200 dollars E.-U. le baril au cours des cinq à sept
ans qui viennent.
- 12 -

• Faim : chaque jour, près d’un milliard de personnes vivent dans la faim ou la crainte de la
faim et de 20 000 à 25 000 enfants meurent de faim ou de malnutrition.
• Accroissement de la population : la population mondiale devrait passer de 6,7 à 10 milliards
dans les 40 prochaines années, ce qui accentuera d'autres problèmes de sécurité humaine.
Ces chiffres montrent qu’il faut appliquer d'urgence le concept de sécurité humaine, mais comment,
concrètement, doit-on s’y prendre ? Comment le concept de sécurité humaine se traduit-il en actes,
et comment, précisément, les parlementaires peuvent-ils concourir à ce que les peuples jouissent
du droit de vivre à l’abri de la peur et du besoin ?
Il est de plus en plus patent que les pays, seuls ou en petits groupes, puissants ou non, ne peuvent
pas relever seuls les défis mondiaux, comme l'a montré le récent sommet du G20 sur la crise
financière internationale qui a réuni les dirigeants non seulement des pays les plus riches mais
aussi de pays émergents comme le Brésil, la Chine, l'Inde et le Mexique. Même si le sommet du
G20 a produit peu de résultats concrets, il a signalé un changement important dans la
gouvernance économique mondiale. La Conférence de Doha chargée d’examiner la mise en
œuvre du Consensus de Monterrey – à la faveur de laquelle se tient une audition parlementaire
organisée par l'UIP - est l'occasion de réaffirmer les engagements de Monterrey et de promouvoir
des approches du développement axées sur la personne humaine.
Le Président du Costa Rica, M. Oscar Arias, a récemment proposé une approche de ce type : le
3
"Consensus du Costa Rica ", initiative de financement du développement de nature à instaurer des
mécanismes d’annulation de dettes et à apporter des ressources financières internationales aux
pays en développement en vue d’accroître les dépenses de protection de l'environnement,
d'éducation, de santé et de logement, et de réduire les dépenses militaires.

Une autre initiative récente, celle qu’a proposée le Secrétaire général de l'Organisation des Nations
Unies Ban Ki-moon dans une allocution prononcée à l'Université Harvard, contribuerait
grandement à la sécurité humaine en réduisant la menace d'anéantissement nucléaire. Dans sa
proposition en cinq points, le Secrétaire général : 1) exhorte toutes les parties au Traité sur la non-
prolifération des armes nucléaires, en
Les dépenses militaires excessives ont un coût particulier les Etats dotés d'armes nucléaires, à
d'opportunité exorbitant. Depuis la fin de la s'acquitter de l’obligation qu’ils ont souscrite en
Guerre froide, le monde a investi plus de vertu du Traité d'engager des négociations sur
12 billions de dollars en dépenses militaires. des mesures efficaces menant au
Imaginez ce qui aurait pu advenir si cet argent désarmement nucléaire, notamment en
avait été dépensé plus utilement. Imaginez les envisageant la négociation d'une convention
écoles, les hôpitaux, les réseaux de transport sur les armes nucléaires; 2) invite les membres
qui auraient pu être construits. Si ces dépenses permanents du Conseil de sécurité à garantir
avaient réellement apporté plus de sécurité, aux Etats non dotés d'armes nucléaires qu'ils
elles auraient été justifiées, mais nous savons ne seront pas exposés à l'utilisation ou la
que ce n'est pas cela qui apporte la sécurité. menace de l'utilisation des armes nucléaires;
C’est la réponse aux besoins humains qui 3) plaide pour le renforcement de l’état de droit
apporte la sécurité. grâce à de nouvelles initiatives visant à faire
entrer en vigueur le Traité d'interdiction
Jonathan Granoff, Président, Global Security
complète des essais nucléaires, et pour des
Institute
négociations en vue d’un traité sur les matières
fissiles et pour le renforcement des accords de
garanties de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA); 4) invite les Etats dotés d’armes
nucléaires à se montrer plus transparents en ce qui concerne la taille de leurs arsenaux, leurs
stocks de matières fissiles et leur bilan en matière de désarmement, et 5) suggère que l'Assemblée
générale des Nations Unies envisage de convoquer un sommet mondial sur le désarmement, la
non-prolifération et l'utilisation terroriste des armes de destruction massive.
Grâce à leur rôle déterminant, les parlementaires peuvent faire avancer ces initiatives et d’autres
propositions sur la sécurité humaine car ce sont eux qui fixent les grandes orientations, qui
élaborent et approuvent les budgets nationaux, qui ratifient les traités internationaux et qui

3
On trouvera un document explicatif (en anglais) à propos du Consensus du Costa Rica sur le site web de la
mission permanente du Costa Rica auprès des Nations Unies :
[Link]
- 13 -

légifèrent, et ce sont eux qui peuvent veiller à ce que les questions sociales et de sécurité humaine
aient la priorité sur les dépenses militaires. Ce sont eux qui peuvent décider de miser sur le
développement humain en investissant dans les infrastructures, la productivité et la création
d'emplois. En tant qu’élus du peuple, les parlementaires peuvent concilier les intérêts des
dirigeants gouvernementaux et ceux des citoyens ordinaires. En tant que décideurs politiques, ils
peuvent être d’utiles démultiplicateurs des mesures prises aux niveaux national, régional et
mondial.
Durant le débat qui a suivi les exposés des intervenants, on a fait observer que la sécurité humaine
était un concept large, englobant de nombreux aspects, et que les défis à la sécurité humaine ne
pouvaient pas être traités en bloc. Il fallait donc établir des priorités et prendre des mesures
rapidement pour résoudre les problèmes les plus pressants. L'emploi et l'éducation ont été
qualifiés de priorités absolues. On a insisté sur le fait qu’individus et communautés devaient tendre
vers l’autonomie, et sur la nécessité de promouvoir des approches locales et communautaires du
développement. Dans le même temps, on a fait le constat que dans le monde interconnecté et
interdépendant d’aujourd’hui, les partenariats mondiaux et régionaux étaient essentiels pour faire
face aux défis en matière de sécurité. Plusieurs orateurs ont mis l’accent sur le devoir qu’ont les
pays développés - qui sont à l’origine de la crise financière et économique - d'aider les pays en
développement et émergents à en combattre les effets et à répondre aux besoins de sécurité
humaine de leurs populations.
On a fait observer qu’il fallait distinguer sécurité humaine et doctrine de la responsabilité de
protéger, même si ces deux concepts sont liés, car l’incapacité d'un Etat à assurer la sécurité de
ses citoyens pouvait mettre en jeu la responsabilité qu’a la communauté internationale de les
protéger. On a mis l’accent sur le lien entre la qualité de la gouvernance et le niveau de sécurité ou
d'insécurité dans un pays, ainsi que sur la nécessité de promouvoir la démocratie, la bonne
gouvernance, le respect de l’état de droit et des droits de l'homme. On a fait observer, toutefois,
que la démocratie était tributaire du contexte dans lequel elle s’inscrivait et qu’il fallait tenir compte
du contexte social, économique et politique de chaque pays. On ne pouvait pas attendre de tous
les pays qu’ils se conforment à un modèle unique de démocratie.
Les points suivants ont aussi été soulevés par les parlementaires :

• Les parlementaires doivent avoir conscience qu'ils ont la faculté d’opérer des choix : choisir
la façon dont l'argent est dépensé et investi, par exemple, et choisir les politiques que leur
pays applique. En outre, il leur appartient d'agir au mieux des intérêts du peuple qu'ils
représentent, d’en protéger les droits de l'homme et d’instaurer un cadre juridique qui
garantisse un environnement sûr et sain.
• L'approbation du budget national est l’une des fonctions essentielles dévolues au Parlement.
Les parlementaires ont la possibilité de veiller à ce que les ressources soient réparties
équitablement et d'une manière qui protège la sécurité humaine.
• Autre rôle clé des parlements : le contrôle de l’action de l'Exécutif. Les parlementaires
doivent user de leur influence politique pour veiller à ce que les gouvernements respectent
les droits de l’homme et l’état de droit, et à ce que les choix gouvernementaux répondent
aux attentes des citoyens. L'UIP devrait contribuer au renforcement de la capacité
institutionnelle des parlements et de la capacité professionnelle des parlementaires à
s’acquitter de cette fonction.
• Les parlementaires doivent promouvoir des politiques visant à offrir au plus grand nombre
éducation et emploi décent sachant qu'éducation et emploi sont émancipateurs et
permettent à chacun d'assurer sa subsistance. Pour développer une culture des droits de
l'homme dans leur pays, les parlementaires devraient envisager d'adopter des lois rendant
obligatoires dans les programmes d'enseignement secondaire les cours sur la Déclaration
universelle des droits de l'homme.
• Les parlementaires devraient encourager la prise de conscience politique de la nécessité
d'anticiper les catastrophes naturelles et de renforcer les capacités nationales de réaction
aux catastrophes futures. Les organisations régionales et sous-régionales peuvent être des
truchements utiles dans ce renforcement des capacités.
- 14 -

• Les parlementaires ont le devoir de s’intéresser activement aux événements internationaux


tels que le récent Sommet du G20 et la prochaine Conférence d'examen de Doha, et de
donner une traduction concrète aux propositions et conclusions de ces rencontres dans les
politiques et les initiatives nationales, en veillant à ce que les questions sociales soient
prioritaires dans toute mesure en découlant.
• Ils doivent également veiller à ce que le Consensus de Monterrey soit appliqué plus
largement et à ce que la crise financière et économique ne serve pas de prétexte au refus
d’honorer les engagements pris en matière de financement du développement.
• Les parlementaires doivent soutenir l'Organisation des Nations Unies dans son rôle de
facilitateur impartial du dialogue qui se mondialise sur les menaces futures contre la sécurité
humaine. L'Organisation des Nations Unies devrait, pour sa part, réfléchir à la manière
d'améliorer les modalités de son action, en abandonnant l’approche consistant à "éteindre
les incendies" au profit d’un dispositif d'alerte avancée et d'intervention rapide visant à
empêcher les menaces de se transformer en crises.
• Sachant que la nature des conflits armés a changé et que les guerres opposent de plus en
plus souvent des Etats à des acteurs non étatiques, les parlementaires devraient s'efforcer
de convaincre leur gouvernement de revoir les règles de la guerre afin de tenir compte de
cette évolution, en cherchant à prévenir les atteintes aux droits de l’homme, mais aussi en
veillant à ce que les soldats sur le terrain puissent accomplir leur mission de restauration de
la paix et de protection des populations civiles.
• Sachant que, dans leur grande majorité, les peuples aspirent à vivre dans un monde libéré
de la menace de l'anéantissement nucléaire, les parlementaires devraient encourager leur
gouvernement à soutenir la proposition de désarmement nucléaire du Secrétaire général de
l’ONU, notamment la convocation d'un sommet mondial sur le désarmement, la non-
prolifération et l'utilisation terroriste des armes de destruction massive.

Séance IV - Les grands enjeux des opérations de maintien de la paix des Nations Unies
aujourd'hui
Intervenants : M. Edmond Mulet, Sous-secrétaire général aux opérations de maintien de la paix;
M. Mahdi Mohamed Ibrahim, Assemblée nationale du Soudan; S.E. Ismat Jahan, Représentant
permanent du Bangladesh auprès de l'Organisation des Nations Unies; M. Sarjoh Bah, Global
Peace Operations Program, Center on International Cooperation, Université de New York
La quatrième séance était consacrée aux difficultés majeures que rencontrent les opérations de
maintien de la paix des Nations Unies dans le monde d'aujourd'hui et à l’examen des conditions à
réunir pour que ces opérations soient couronnées de succès. M. Mulet a décrit certains aspects
politiques et opérationnels de ces problèmes en tant que responsable onusien impliqué dans le
maintien de la paix mais aussi en tant qu'ancien parlementaire dans son pays natal (Guatemala).
M. Mohamed a apporté l’éclairage d'un parlementaire d'un pays qui a pris part à des opérations de
maintien de la paix et qui bénéficie aujourd’hui d'une mission de maintien de la paix.
L’Ambassadeur Jahan, dont le pays est un important contributeur de forces de maintien de la paix,
a cerné certains des grands défis que pose le maintien de la paix, sur la base des conclusions et
recommandations d'un groupe de haut niveau sur les opérations de paix des Nations Unies, et M.
Bah a mis en évidence cinq dossiers stratégiques que l'Organisation des Nations Unies et d'autres
organisations actives dans le maintien de la paix doivent traiter, en mettant l'accent sur le rôle des
parlementaires en la matière. Les principaux éléments des exposés de ces intervenants sont
résumés ci-dessous.
Les opérations de maintien de la paix de l’Organisation des Nations Unies sont de plus en plus
complexes. Alors que les forces de maintien de la paix se bornaient autrefois à faire respecter le
cessez-le-feu et à observer la situation sur le terrain, leur mandat est aujourd’hui beaucoup plus
large puisqu’elles sont chargées notamment de restaurer l'état de droit, de reconstruire les
institutions étatiques, d’organiser des élections et de former les forces de police. La complexité de
la tâche pose de nombreux problèmes, politiques et opérationnels. Les problèmes politiques sont
les suivants : réussir à collaborer avec toutes les parties en présence, faire en sorte que le pays
adhère pleinement au processus de paix, assurer la coordination et la cohésion de toutes les
parties prenantes sur le terrain et répondre aux attentes des populations locales en ce qui
concerne la capacité de la mission de maintien de la paix à résoudre tous les problèmes. Quant
- 15 -

aux problèmes opérationnels, ce sont notamment les suivants : prévoir un contingent suffisant doté
du matériel nécessaire, mettre en place et entretenir l'infrastructure nécessaire aux soldats sur le
terrain, recruter et retenir du personnel civil qualifié et en assurer la sécurité, et organiser la
collaboration avec les autres acteurs multilatéraux.
Les opérations de maintien de la paix doivent en outre relever un certain nombre de défis
stratégiques. Le premier tient au risque de confusion entre maintien de la paix et imposition de la
paix, et entre imposition de la paix et guerre. Autre défi stratégique : gérer l’intersection de la paix
et du politique. Au niveau tant national qu’international, les évolutions politiques peuvent
compliquer le processus de paix. Troisième question stratégique : comment faire adhérer toutes
les parties prenantes, y compris les acteurs non étatiques, à l’action de la mission de maintien de
la paix. La tendance à l'élargissement du mandat des opérations de maintien de la paix soulève un
autre défi stratégique.
Comment définit-on le "succès" d’une opération de maintien de la paix ? Généralement, il y a
succès quand la mission de maintien de la paix peut se retirer sans risque pour la stabilité du pays
parce que les partenaires nationaux ont effectivement pris en charge le maintien de la sécurité et la
prestation de services aux citoyens, et que le processus de paix est fermement ancré dans la
société. Dans le rapport du Groupe d'étude sur les opérations de paix de l’ONU paru en 2000
4
(document des Nations Unies A/55/305 - S/2000/809), connu sous le nom de "rapport Brahimi" ,
on a recensé un certain nombre de facteurs indispensables au succès des opérations de maintien
de la paix, notamment "un engagement renouvelé de la part de ses membres, de[s] changements
institutionnels importants et [d’]un appui financier plus solide", sans lesquels l’ONU n’aurait pas les
moyens, dans les mois et les années à venir, d’exécuter les tâches cruciales de maintien et de
consolidation de la paix que les Etats Membres lui confient.
Autres facteurs clés de la réussite des opérations de maintien de la paix : unité d'action, approche
intégrée de la mission, gestion efficace des ressources humaines, stratégie de sortie et lien
systématique et concerté entre rétablissement de la paix, maintien de la paix et consolidation de la
paix.
Les membres de la communauté internationale doivent impérativement agir de concert au service
d’un seul et unique objectif pour assurer le maintien de la paix, qui doit être l'expression d'une
conviction et d’une vision communes de toutes les parties prenantes, dont les Etats membres - en
particulier le pays hôte et les pays contributeurs de contingents militaires ou policiers - et le Conseil
de sécurité, l'Assemblée générale et le Secrétariat de l’ONU. En particulier, une coordination plus
étroite est nécessaire entre ceux qui planifient, mandatent et gèrent les opérations de maintien de
la paix et les pays contributeurs de contingents et de policiers.
Une mission intégrée est nécessaire pour pouvoir mettre
en place un contexte propice à une paix qui s’auto-
entretienne. Tous les organes, fonds et programmes L'absence d'un mécanisme international
des Nations Unies, les institutions financières crédible d’affectation régulière de
internationales, les donateurs et les organisations non personnels civils aux opérations [de
gouvernementales doivent travailler de façon maintien de la paix] est une grave lacune
synchronisée et complémentaire. La gestion des qui appelle une réaction immédiate de la
ressources humaines est également essentielle car les communauté internationale, y compris des
assemblées législatives nationales, comme
missions de maintien de la paix ont des tâches de plus
en plus nombreuses à accomplir du fait des mandats celles que vous représentez.
complexes qui leur sont confiés aujourd’hui. M. Sarjoh Bah
On ne saurait surestimer l’importance d'une stratégie de
sortie bien conçue. La planification de la fin d'une mission de maintien de la paix doit débuter avant
que la mission ne commence. A cette fin, il faut s’efforcer de réduire le plus possible les risques
d'échec et de maximiser les chances de réussite en veillant à ce que la mission ait un mandat clair
et réaliste et un appui concerté des Etats Membres et du gouvernement du pays hôte et d'autres
parties prenantes dans le pays. Il faut bien comprendre que les opérations de maintien de la paix
de l’ONU ne sont qu'un élément d'un processus plus large d'édification d'une paix viable et durable

4
Ainsi nommé parce que ce groupe était présidé par M. Lakhdar Brahimi (Algérie). Consultable dans toutes les
langues officielles de l’ONU (anglais, arabe, chinois, espagnol, français et russe)
sur: [Link] Egalement consultable en allemand sur le site du web
du système de diffusion électronique des documents de l’ONU ([Link]
- 16 -

dans les situations d’après conflit. Les avancées produites par le maintien de la paix doivent être
confirmées par la consolidation de la paix, les activités humanitaires et l'aide au développement,
qui exigent un soutien constant de la communauté internationale.
Les parlementaires sont des partenaires essentiels du maintien de la paix confié à l'ONU car ce
sont eux qui approuvent le déploiement de soldats ou de policiers pour les missions de maintien de
la paix et ce sont eux qui, à travers le vote des budgets nationaux, allouent les crédits nécessaires
aux opérations de paix. Par le truchement des représentants de leur pays auprès de l'Organisation
des Nations Unies, les parlementaires sont également étroitement impliqués dans la définition des
politiques de maintien de la paix de l'Organisation. Dans les pays sortant d'un conflit, les
parlements jouent un rôle clé dans le processus de paix par l'adoption de lois électorales et autres
lois et ils devraient donc être systématiquement invités à travailler main dans la main avec
l'Organisation des Nations Unies à la réussite de la transition de la guerre à la paix et à la stabilité.
Dans le débat qui a suivi, plusieurs parlementaires ont fait observer que les opérations de maintien
de la paix devaient être menées dans le respect des dispositions de la Charte de l'Organisation
des Nations Unies et des principes de neutralité,
Même après que les armes se sont tues, il reste d'impartialité et de non-ingérence dans les affaires
beaucoup à faire pour préserver la paix. intérieures. On a insisté sur l’importance d’avoir
un mandat clair et réaliste et une stratégie de
Ambassadeur Ismat Jahan, Représentant sortie bien conçue, ainsi que des moyens
permanent du Bangladesh auprès des Nations financiers adaptés, des infrastructures et du
Unies matériel pour que les missions de maintien de la
paix puissent accomplir leurs mandats.
Des parlementaires de différents pays contributeurs de contingents ont souligné que les Etats qui
fournissent des contingents aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies devraient être
associés à tous les aspects et à toutes les étapes de la planification de ces opérations et qu’il fallait
tenir compte de leur expérience et de leurs points de vue lors de la définition des mandats des
missions de maintien de la paix. On a estimé que cette participation contribuerait à inciter les pays
à fournir des contingents. Des préoccupations se sont exprimées à propos du déséquilibre
résultant du fait que la majorité des forces de maintien de la paix proviennent de pays en
développement, alors que l’essentiel du financement des opérations de maintien de la paix
provient de pays développés. La nécessité d'accroître la part prise par ce dernier groupe de pays
dans la fourniture de contingents a été soulignée. On a par ailleurs déploré la sous-représentation
des femmes parmi le personnel en uniforme des missions de maintien de la paix.
Plusieurs parlementaires ont estimé qu’il fallait réfléchir sérieusement à la possibilité de créer une
armée permanente des Nations Unies comme moyen à la fois d'assurer que des soldats en
nombre suffisant pourraient être rapidement déployés en cas de besoin, et de faire respecter les
résolutions du Conseil de sécurité. Il a été souligné, toutefois, que pour pouvoir constituer une
armée permanente, les Etats membres devaient être disposés à fournir les moyens humains et
financiers nécessaires - ce qui a été jugé peu probable à ce stade. Autre solution possible : inviter
les Etats membres à envisager la création de forces de réserve pour le maintien de la paix qui
pourraient être mobilisées rapidement afin de réduire les délais nécessaires pour assembler et
déployer des forces de maintien de la paix.
Les autres points suivants ont été soulignés par les parlementaires au cours de cette séance :
• Face à la complexité croissante des opérations de maintien de la paix de l’ONU, les forces
de maintien de la paix ont besoin d’une meilleure formation avant leur déploiement et aussi
d’une formation continue une fois sur le terrain. Il faudrait mettre en place, pour les soldats
de la paix, des programmes de formation professionnelle qui exploitent pleinement
l'expertise des principaux pays fournisseurs de contingents. Cette formation comporterait
l'enseignement de la langue, de la culture, des traditions et des valeurs du pays de
destination.
• Il faut que les soldats de la paix puissent gagner la confiance de la population locale. A cette
fin, l'Organisation des Nations Unies doit être attentive à la manière dont la population
ressent leur présence. Ils doivent donner l'exemple et montrer qu'ils contribuent au
règlement des problèmes et non à leur aggravation. La politique de tolérance zéro pour tout
acte relevant de l'exploitation et de la violence sexuelles qui serait commis par des membres
- 17 -

des contingents de maintien de la paix doit s’appliquer strictement et des sanctions rapides
doivent être prises en réponse à toute faute grave.
• Le maintien de la paix doit être considéré comme un élément d'une approche globale de
l’édification d’une paix durable et de la promotion du développement dans les pays sortant
d'un conflit. Il ne faut pas oublier, toutefois, que le processus de paix ne progresse pas
toujours selon une logique allant du rétablissement de la paix à l'imposition de la paix, et du
maintien de la paix à la consolidation de la paix. Des approches souples et novatrices pour
le maintien de la paix et la reconstruction après conflit s’imposent donc.
• Il faut traiter les causes profondes des conflits si l’on veut empêcher que la paix ne dégénère
à nouveau en conflit. Il faut aussi impérativement démobiliser les ex-combattants et faciliter
leur réinsertion dans la société. Les parlements peuvent contribuer utilement au règlement
de ces deux questions.
• Les parlements sont aussi appelés à jouer un rôle très important dans l’adoption de la
législation nationale régissant les conditions de la présence de troupes étrangères dans un
pays, ainsi que le déploiement de contingents nationaux à l'étranger.
• La coopération en matière de maintien de la paix avec les organisations régionales et sous-
régionales devrait se faire conformément au Chapitre VIII de la Charte de l'Organisation des
Nations Unies. Cela étant, même si cette coopération est une solution commode pour
déployer rapidement des troupes de maintien de la paix sur le terrain, il ne faut pas qu’elle
contribue à amoindrir le rôle prépondérant ou l'autorité de l'Organisation des Nations Unies
en matière de maintien de la paix et de sécurité internationale.
• Il faut souligner que les activités de maintien de la paix par l’ONU sont au service du bien
commun. Il s'agit d'une responsabilité partagée qui exige soutien et engagement politiques
de tous les Etats membres. Ceux qui ont des moyens plus importants et une capacité plus
grande ont aussi une plus grande responsabilité, et ils doivent l’assumer.
L'Audition s’est achevée sur la présentation par la Vice-Présidente du Parlement sud-africain,
Mme N.C. Madlala-Routledge, d’une synthèse des conclusions des débats. Cette intervention a
été suivie par celle du Président de l'UIP, qui a fait observer que l’ardeur des débats attestait
l'importance des questions abordées et le vif intérêt que les parlementaires leur portent. Le
Secrétaire général de l'UIP, M. Anders B. Johnsson, a noté que, conformément à la résolution
63/24 de l'Assemblée générale, le rapport de l'Audition serait publié comme document officiel de
l'Organisation des Nations Unies et il a exprimé l'espoir que ce document inspirerait des initiatives
des parlements nationaux et des Etats membres à l'Assemblée générale.

Vous aimerez peut-être aussi