Intrognc
Intrognc
Fabien Besnard∗
8 janvier 2008
Résumé
Introduction aux concepts de base de la géométrie non-commutative et à ses applications.
1 Introduction et historique
On pourrait faire remonter la gnc à Descartes : méthode des coordonnées, début de l’algébrisation
de la géométrie. Les points perdent leur statut fondamental, au profit des fonctions coordonnées.
La géométrie algébrique poursuit dans cette voie, et le remplacement des algèbres commutatives
par des algèbres non-commutatives est naturel de ce point de vue.
Les théories super-symétriques peuvent s’interpréter dans ce cadre [Man].
L’approche de Connes fait usage des algèbres d’opérateurs pour réinterpréter la géométrie rie-
mannienne afin de la généraliser. Cette réinterprétation est parfois très subtile. Elle permet
d’étudier des espaces quelque peu pathologiques (feuilletages, fractales) et son application à la
physique est prometteuse.
Les sources qui semblent purement mathématiques sont en fait intimement liées aux progrès de
la physique quantique, et vice versa !
Début de l’analyse fonctionnelle : début XXe, avec Volterra, Fredholm, Hilbert, Riesz : algébrisation
de problèmes d’analyse.
Axiomes d’evn : Riesz 1918.
C’est particulièrement clair chez Von Neumann par exemple. On peut aussi bien parler de théorie
de la mesure “quantique” ou “non-commutative”, ces deux mots sont alors synonymes.
Pour les fondateurs de la “2e révolution des quanta” (Dirac, Heisenberg), il est clair que les
propriétés étranges viennent de la non-commutativité des “coordonnées quantiques” sur l’espace
des phases.
Algèbres de Von Neumann introduites par celui-ci en 1929 sous le nom “ring of operators” (le
nom actuel est donné par Dixmier beaucoup plus tard).
Algèbres de Banach : fin des années 1930. L’un des premiers résultats importants est le théorème
de Gelfand-Mazur (1938).
La première apparition des C ∗ -algèbres date de 1943 avec l’article de [GN].
Le terme C ∗ -algèbre est inventé en 1947 par I. Segal. Le C vient de “closed”, et non pas du
corps des complexes ou de “continuous”, comme on pourrait le croire (ref : [DB]).
Aussi tôt que 1947 on commence à émettre l’idée que les coordonnées d’espace-temps peuvent
ne pas commuter [Sny].
∗
besnard@[Link]
1
Ca devient de plus en plus clair à mesure que progresse la “gravité quantique”, théorie qui a
l’intéressante particularité de porter un nom tout en n’existant pas !
En tout cas, il est évident pour tous qu’à très petite échelle la géométrie de l’espace-temps
devient très bizarre. Elle perd son statut de variété différentiable. Il y a des micro-trous noirs,
des trous de vers quantiques. . .Wheeler parle d’écume (foam).
La GNC de Connes est un bon candidat pour analyser cette structure à petite échelle, de par
sa grande généralité.
En tout cas on semble distinguer un mouvement de généralisation et d’unification qui concerne
presque toutes les maths et presque toute la physique. Cette convergence inédite demande, on
s’en doute, des connaissances assez formidables, hors de portée d’un cerveau humain normale-
ment constitué. D’aucuns critiquent cette tournure que prend la physique théorique moderne,
en disant qu’on manque d’un principe physique nouveau, qui aurait un effet simplificateur et
qui pourrait avoir le bon goût d’être vérifiable expérimentalement. Connes défend son principe
d’action spectrale. Il est très élégant et c’est l’un des rares candidats (à ma connaissance, tout
du moins).
Définition 2.1 Une ∗-algèbre A est une algèbre munie d’une involution ∗ telle que (λa+µb)∗ =
λ̄a∗ + µ̄b∗ , (ab)∗ = b∗ a∗ , λ, µ ∈ C, a, b ∈ A.
Définition 2.2 On appelle algèbre normée une algèbre A munie d’une norme k k telle que
kabk ≤ kakkbk. Si A est complète pour la topologie de la norme on dit que c’est une algèbre de
Banach. Si A est aussi une ∗-algèbre et que ka∗ k = kak, on dit que c’est une ∗-algèbre normée.
Si en plus elle est complète on dit que c’est une ∗-algèbre de Banach.
2.1.2 C ∗ -algèbres
Définition 2.3 Une pré-C ∗ -algèbre est une algèbre normée munie d’une involution ∗ telle que :
pour tout a.
Une C ∗ -algèbre est une pré-C ∗ -algèbre complète.
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Démonstration :
En effet, on a kak2 = ka∗ ak ≤ ka∗ kkak. Si a est non-nul on peut diviser par kak pour ob-
tenir : kak ≤ ka∗ k. En remplaçant a par a∗ on obtient l’inégalité dans l’autre sens. CQFD.
Exemples :
1. Soit X un espace topologique séparé localement compact, et soit A = C0 (X) l’ensemble
des fonctions continues sur X à valeurs dans C tendant vers 0 à l’infini (i.e. ∀² > 0 ∃K
compact tel que |f (x)| < ² en dehors de K). A muni de la norme kf k∞ = supx∈X |f (x)|
et de l’involution f ∗ (x) = f¯(x) est une C ∗ -algèbre (commutative). Si X est compact, la
fonction constante 1 est dans A qui est donc unitaire.
2. Soit H un espace de Hilbert et B(H) l’ensemble des opérateurs bornés (i.e. des applications
linéaires continues) sur H. On rappelle que la norme d’opérateur est définie par
kT xk
kT k = sup = sup{kT xk |x ∈ H, kxk = 1}
x6=0 kxk
où la norme d’un vecteur est la norme hilbertienne kxk = hx|xi1/2 . L’opérateur adjoint de
T est défini par hT x|yi = hx|T ∗ yi, pour tous x, y ∈ H. Muni de la norme d’opérateur et
de l’adjonction, B(H) est une C ∗ -algèbre.
Vérifions simplement la condition (1). Prenons x de norme 1. On a kT ∗ T k ≤ kT ∗ kkT k =
kT k2 donc il suffit de montrer l’inégalité inverse. Or on a : kT xk2 = hT x|T xi = hT ∗ T x|xi ≤
kT ∗ T xkkxk ≤ kT ∗ T kkxk2 . D’où le résultat.
3. La C ∗ -algèbre précédente contient un idéal fermé (c’est donc aussi une C ∗ -algèbre) très
important, à savoir K(H), l’ensemble des opérateurs compacts. Rappelons qu’un opérateur
est dit compact quand il est une limite d’opérateurs de rang fini. Donc T est compact ssi
T = limn Tn , avec dim(Im(Tn ))< ∞. On peut dire de manière équivalente que ∀² > 0,
∃V sous-espace de H de dimension finie tel que kT|V ⊥ k < ². La C ∗ -algèbre K(H) n’est
unitaire que si H est de dimension finie, auquel cas K(H) = B(H).
4. Un cas particulier des deux exemples précédents est Mn (C). C’est une C ∗ -algèbre de
dimension finie.
Les exemples précédents sont en fait bien plus que des exemples. Nous verrons que toutes les C ∗ -
algèbres commutatives sont de la forme de l’exemple 1, que toutes les C ∗ -algèbres de dimension
finie sont des sommes directes d’algèbres de matrices, et qu’enfin, toutes les C ∗ -algèbres sont
des sous-algèbres fermées de B(H), pour un certain H.
3
Définition 2.5 Une représentation de la C ∗ -algèbre A est une paire (π, H) où H est un espace
de Hilbert et π est un ∗-morphisme de A dans B(H) tel que π(1) = Id (si A est unitaire). Si π
est injectif, on dit que la représentation est fidèle.
2.1.4 Unitarisation
Lorsqu’une C ∗ -algèbre n’est pas unitaire, il existe un moyen canonique de lui ajouter une unité.
Comme cette construction n’est pas complètement immédiate, nous la donnons en détail.
Proposition 2.2 Si A est une C ∗ -algèbre sans unité, il existe une C ∗ -algèbre unitaire A1 ,
unique à isomorphisme près, contenant A comme idéal de codimension 1.
Démonstration :
Proposition 2.3
- Si A = C0 (M ) l’algèbre unitarisée A1 est isomorphe à l’algèbre des fonctions continues sur le
compactifié d’Alexandrov de M .
- Si A = K(H), A1 ' B(H)
Lemme 2.1 Soit f : A → C un morphisme d’algèbre unitaire. Alors pour tout a ∈ A, f (a) ∈
σ(a).
4
Démonstration :
C’est complètement trivial : si a − f (a).1 était inversible, d’inverse y, on aurait f (1) = f ((a −
f (a).1)y) = 0.f (y) = 0, or f (1) = 1 par hypothèse. CQFD.
Définition 2.7 Le rayon spectral est le réel positif suivant : ρA (a) = sup{|λ||λ ∈ σA (a)}.
Proposition 2.4 Pour toute algèbre de Banach A, et tout a ∈ A, σA (a) est un compact non-
vide, et ρ(a) ≤ kak.
Démonstration :
P
Soit λ ∈ C tel que |λ| > kak. Alors la série y = ∞ n
0 (a/λ) converge et y(λ.1 − a) = (λ.1 − a)y =
λ.1, d’où l’on déduit que λ ∈
/ σ(a). Ainsi on a l’inégalité sur le rayon spectral et on sait que
le spectre est borné. Mais de plus c’est un ensemble fermé, car c’est l’image réciproque d’un
fermé par l’application continue de C dans A : λ 7→ a − λ.1. Nous renvoyons à l’annexe pour la
démonstration que le spectre est non-vide. CQFD.
Un corollaire immédiat du fait que le spectre est non-vide est le théorème de Gelfand-Mazur.
Démonstration :
Soit x ∈ A et z ∈ σ(x). Alors x − z.1 n’est pas inversible, donc x = z.1. CQFD.
Démonstration :
voir l’annexe.
Théorème 2.4 Soit A une C ∗ -algèbre, et soit a un élément normal. On a : kak = ρA (a).
Démonstration :
Comme a est normal, on a ka2p k2 = ka∗ 2p a2p k = k(a∗ a)2p k = k(a∗ a)p (a∗ a)p k = k(a∗ a)p k2 .
n n n+1
D’où k(a∗ a)2 k = ka∗ ak2 = kak2 , et ka2p k = k(a∗ a)p k. En mettant ces deux calculs en-
n n−1 n
semble on a ka2 k = k(a∗ a)2 k = kak2 . En appliquant la formule du rayon spectral, on
obtient alors le résultat. CQFD.
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Ce théorème est extrèmement important, car il fait le lien entre la norme et la notion purement
algébrique qu’est le spectre. En particulier on a le corollaire suivant :
Corollaire 2.5 Tout ∗-morphisme f d’une C ∗ -algèbre A dans une C ∗ -algèbre B vérifie kf (a)k ≤
kak. En particulier c’est une application continue, et si f est bijective, c’est nécessairement une
isométrie.
Démonstration :
Nous laissons le lecteur s’assurer que l’on peut toujours se ramener au cas où A et B sont
unitaires et f (1) = 1. Soit x ∈ A et λ tel que x − λ.1 est inversible dans A. Alors f (x) − λ.1 est
inversible dans f (A) donc dans B. On en déduit que σB (f (x)) ⊂ σA (x), d’où ρB (f (x)) ≤ ρA (x).
Nous allons appliquer cette inégalité à l’élément x = a∗ a qui est hermitien. On a : kf (a)k2 =
kf (a)∗ f (a)k = ρB (f (a∗ a)) ≤ ρA (a∗ a) = ka∗ ak = kak2 . D’où le résultat. CQFD.
Voyons maintenant un lemme qui nous sera utile plus tard.
Démonstration :
(a) On a 1 = k1k = ka∗ ak = kak2 , d’où kak = ka∗ k = 1. Comme a est normal, on a
ρ(a) = kak = ka∗ k = 1. Mais les éléments du spectre de a∗ = a−1 sont les inverses de ceux
du spectre de a. Comme les deux sont contenus dans le disque unité, on a le résultat.
(b) La démonstration la plus simple est la suivante : on pose u = exp(ia), et on voit que u
est unitaire, donc son spectre est contenu dans le cercle unité, on utilise alors le théorème de
l’application spectrale, qui dit en particulier que le spectre de l’exponentielle est l’exponentielle
du spectre, et on a terminé (on a juste besoin d’une inclusion en fait, et on peut la montrer di-
rectement, sans recourir au théorème de l’application spectrale). Une démonstration plus longue
mais plus élémentaire est donnée dans [con]. CQFD.
Corollaire 2.7 Tout morphisme d’algèbre d’une C ∗ -algèbre dans C est un ∗-morphisme.
Démonstration :
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A noter qu’un opérateur préservant les produits scalaires est parfois appelé unitaire. Nous
réservons ce terme au cas où H1 = H2 . De même on appelle parfois “équivalence unitaire”
l’équivalence que nous venons de définir. L’isomorphisme U est parfois appelé “opérateur d’en-
trelacement” (intertwining operator).
Définition 2.9 Une représentation (non-nulle) (π, H) est dite irréductible ssi {0} et H sont les
seuls sous-espaces fermés laissés stables par l’action de π(A).
Démonstration :
Supposons (H, π) irréductible. Soit x ∈ π(A)0 . En décomposant x en somme d’une partie her-
mitienne et d’une partie anti-hermitienne, on peut supposer sans perdre en généralité que x est
hermitien. On peut lui appliquer le théorème spectral (voir l’appendice). Soit ω un borélien du
spectre de x et E(ω) la projection spectrale correspondante. Alors E(ω) commute à π(A). On
en déduit que Im E(ω) est stable par π(A). De plus il est fermé, car c’est Ker(I − E(ω)), mais la
représentation est supposée irréductible, donc E(ω) = 0 ou id. Ainsi le spectre de x est réduit à
un point, x est donc une homothétie.
Réciproquement, supposons que π(A)0 = C. id. Prenons un sous-espace invariant fermé V , et
considérons la projection orthogonale P sur V . Clairement P commute à π(A), donc c’est une
homothétie, et on en déduit que V = {0} ou H. CQFD.
Proposition
M 2.5 Soit (Hi , πi )i∈I une famille de représentations de la C ∗ -algèbre A. Notons
H= Hi la somme hilbertienne des Hi . Alors pour tout ξ = ⊕i∈I ξi ∈ H, et pour tout a ∈ A
i∈I
on peut poser
π(a)ξ = ⊕i∈I πi (a)ξi (3)
et cela définit une représentation (H, π) de A, appelée somme directe de la famille de représentations
(Hi , πi )i∈I .
Démonstration :
Il suffit de montrer que la formule (3) a bien un sens, mais c’est évident par (2.5). CQFD.
7
les unités. D’après le corollaire 2.7, Â est aussi l’ensemble des morphismes d’algèbre unitaires
de A dans C.
Munissons  de la topologie de la limite simple, i.e. (φn )n∈N tend vers φ ssi ∀a ∈ A φn (a) → φ(a)
dans C.
Lemme 2.9 Â muni de la topologie de la limite simple est un espace séparé compact. (Si A
n’est unitaire, Â est seulement localement compact)
Démonstration :
Définition 2.11 Soit A une C ∗ -algèbre commutative, Â son spectre. On appelle transformée de
Gelfand l’application suivante GA : A → C(Â, C), définie par : a 7→ (φ 7→ φ(a)).
Pour plus de simplicité, et pour suivre l’usage, nous noterons â := GA (a). On a donc â(φ) = φ(a).
Démonstration :
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et pas de l’autre, et on obtient â(φ1 ) 6= â(φ2 ). Par le théorème de Stone-Weı̈erstrass, l’image
de A est dense dans les fonctions continues sur Â. Comme elle est fermée, on a la surjectivité.
CQFD.
Répétons ce que nous dit le théorème de Gelfand-Naimark en termes plus savants. À tout espace
compact X, on peut associer la C ∗ -algèbre commutative C(X, C), et à toute application continue
f de X dans un autre espace compact Y , on peut associer sa transposée, t f : C(Y, C) → C(X, C),
définie par t f (g) = g ◦ f , qui est un ∗-morphisme, comme on le vérifie immédiatement. On a
ainsi défini un foncteur contravariant, que nous noterons C, de la catégorie des espaces compacts
munis des applications continues dans celle des C ∗ -algèbres commutatives unitaires et de leur
∗-morphismes. (On peut faire la même chose avec les espaces localement compacts, à condition
de se souvenir que les morphismes sont alors les applications propres.)
Définissons maintenant un foncteur (contravariant aussi) dans l’autre sens. À toute C ∗ -algèbre
commutative unitaire A nous associons son spectre, Â, et à tout ∗-morphisme π : A → B nous
associons la transposée t π : B̂ → Â, définie par t π(φ ◦ π). Nous noterons Σ ce foncteur.
Ces deux foncteurs réalisent en fait une équivalence de catégories. C’est-à-dire qu’on a C ◦ Σ ' id
et Σ ◦ C ' id. Les ' signifient qu’on a un isomorphisme de foncteurs (ce qu’on appelle aussi une
transformation naturelle) avec le foncteur identité.
Le théorème de Gelfand-Naimark exhibe précisemment deux telles transformations naturelles :
ce sont l’évaluation ²X , qui à tout x du compact X associe l’application ²x : C(X, C) → C,
²x (f ) = f (x), et la transformée de Gelfand GA . Ce sont des isomorphismes, et les diagrammes
suivants commutent :
Remarque : Comme nous l’avons fait remarquer, on peut passer des représentations aux idéaux
maximaux dans le cas commutatif. Dans le cas non-commutatif, l’espace PrimA, appelé spectre
primitif de A et qui est l’ensemble des noyaux des représentations irréductibles de A, n’a en
genéral aucune raison d’être égal à Â. Il y a donc deux “espaces de points” possibles. Nous
aurons l’occasion de revenir sur ce point.
Explication : γ est un lacet entourant une fois le spectre de a, et la formule signifie qu’il existe
un élément f (a) ∈ A, tel que pour toute forme linéaire continue φ sur A, on ait
I
1
hφ, f (a)i = f (λ)hφ, (λ − a)−1 idλ (5)
2iπ γ
Théorème 2.11 On a :
9
Si A est une C ∗ -algèbre, les résultats précédents sont évidemment vrais mais on a mieux : si a est
un élément normal, la C ∗ -algèbre engendrée par a, qu’on note C ∗ hai et qui est la plus petite C ∗ -
algèbre unitaire contenant a, est commutative. D’après le théorème de Gelfand-Naimark, C ∗ hai
est isomorphe à l’espace des fonctions continues sur un certain espace compact X. Comme on
s’en doute, X est le spectre de a.
Définition 2.12 Soit φ une forme linéaire (continue) sur A. On dit que φ est un état sur A
ssi :
(a) φ est positive (i.e. φ(a∗ a) ≥ 0 pour tout a ∈ A)
(b) kφk = 1
On note S(A) l’ensemble des états sur A.
et :
|φ(y ∗ x)|2 ≤ φ(y ∗ y)φ(x∗ x) (7)
Démonstration :
3
X
4xy ∗ = in (x + in y)(x + in y)∗ (9)
n=0
La preuve de (7) est exactement la même que pour l’inégalité de Cauchy-Schwarz. CQFD.
Proposition 2.6 Si A est unitaire, toute forme linéaire positive vérifie kφk = φ(1). Pour tout
état, on a donc φ(1) = 1.
Comme la preuve n’est pas d’un intérêt fondamental pour ce que nous faisons, nous renvoyons
le lecteur intéréssé à [Tak], lemma 9.9.
Dans la suite nous supposons que A est unitaire. Soit φ un état. On pose Nφ := {a ∈ A|φ(a∗ a) =
0}.
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Lemme 2.14 Nφ est un idéal à gauche fermé de A.
Démonstration :
Soient x, y ∈ Nφ . On a : φ((x + y)∗ (x + y)) = φ(x∗ x) + φ(y ∗ y) + 2<(φ(x∗ y)). Les deux pre-
miers termes sont nuls, et le troisième aussi, par “Cauchy-Schwarz”. Donc x + y ∈ Nφ .
Soit a ∈ A. On a : φ((ax)∗ (ax)) = φ(x∗ a∗ ax) ≤ φ(x∗ x)1/2 φ((a∗ ax)∗ (a∗ ax))1/2 = 0. Donc
ax ∈ Nφ , qui est donc un idéal à gauche. Il est fermé car φ est continue. CQFD.
Lemme 2.15 En posant h[a]|[b]i := φ(a∗ b), on définit une structure pré-hilbertienne sur A/Nφ .
L’action naturelle de A sur A/Nφ par multiplication à gauche définit une application πφ : A →
B(A/Nφ ).
Ce lemme est trivial. Le lecteur qui commence à avoir l’habitude de ce genre de faux-fuyant,
sait donc ce qu’il lui reste à faire. . .
On note Hφ la complétion de A/Nφ pour la structure pré-hilbertienne que nous venons de définir.
Comme πφ est à valeurs dans les opérateurs bornés, elle se prolonge de manière unique à B(Hφ ).
C’est le couple (Hφ , πφ ) qu’on appelle représentation de GNS associée à φ.
C’est une représentation cyclique, ce qui signifie qu’il existe un vecteur dit cyclique, en l’occurence
c’est ξφ := [1], dont la fermeture de l’orbite est tout l’espace. En effet, on a Hφ = πφ (A).[1].
Remarque : S(A) est un ensemble convexe, et les points extrémaux de ce convexe sont appelés
des états purs. On peut montrer que la représentation de GNS associée à φ est irréductible ssi
φ est pur.
Théorème 2.16 Pour toute C ∗ -algèbre A, il existe une représentation fidèle (H, π).
Démonstration :
Soit a ∈ A, a 6= 0. Notons A+ l’ensemble des éléments positifs de A (ceux qui s’écrivent x∗ x).
C’est un cône convexe fermé. Notons Ah l’ensemble des éléments hermitiens. C’est un espace de
Banach sur R. L’élément −a+ a n’appartient pas à A+ . D’après le théorème de Hahn-Banach,
il existe une forme linéaire (réelle)fa sur Ah qui “sépare” cet élément de A+ , i.e. fa (x) ≥ 0
pour tout x ∈ A+ et f (−a∗ a) < 0. On étend fa à A en posant fa (x + iy) = fa (x) + ifa (y)
avec x, y hermitiens. Par définition, fa est positive, et fa (a∗ a) > 0. Donc si on note (Ha , πa ) la
représentation de GNS associée et ξa le vecteur cyclique correspondant, on a :
kπa (a)ξa k2 = hπa (a∗ a)ξa |ξa i = fa (a∗ a) > 0
Donc πa (a) 6= 0. Pour tout élément non-nul a de A on a donc une représentation qui n’annulle
pas a : il suffit de les mettre toutes ensembles. On appelle (H, π) la somme hilbertienne de toutes
les représentations (Ha , πa ), pour a parcourant A\{0}. Cette représentation est clairement fidèle.
CQFD.
Ainsi, A est isomorphe en tant que C ∗ -algèbre à π(A). Comme tout ∗-isomorphisme est une
isométrie, on peut donc affirmer que toute C ∗ -algèbre est isométrique à une sous-∗-algèbre
fermée de B(H), pour un certain espace de Hilbert H.
Vous êtes d’accord avec ce qui précède ? Vous ne devriez pas, car je vous ai arnaqué ! En fait, rien
ne prouve que π(A) soit fermé, donc on ne peut pas dire que c’est une C ∗ -algèbre et appliquer
le corollaire (??). Mais n’ayez crainte, la conclusion est quand même vraie. Pour le voir on peut
utiliser la proposition suivante (proposition 5.3 de [Tak] ou 1.8.1 de [?]) :
11
Proposition 2.7 Soient A et B deux C ∗ -algèbres. Tout ∗-morphisme injectif de A dans B est
une isométrie.
On peut supposer que A et B sont unitaires et que f (1) = 1 (quitte à ajouter une nouvelle
unité). Soit f un tel morphisme, et soit r un élément hermitien de A. Considérons A0 et B 0 ,
les C ∗ -algèbres unitaires engendrées respectivement par r et f (r). Comme ces deux éléments
sont hermitiens, A0 et B 0 sont commutatives, et sont donc isomorphes aux algèbres des fonctions
continues sur leur spectres respectifs, d’après le théorème de Gelfand-Naimark. L’application
transposée t f : B̂ 0 → Â0 est une application continue, donc l’image du compact B̂ 0 est un
compact. Supposons que ce ne soit pas tout Â0 , c’est-à-dire que t f ne soit pas surjective. Alors
il existe une fonction continue φ, nulle sur le compact t f (B̂ 0 ) et qui ne soit pas nulle sur tout
Â0 . Mais, encore une fois par Gelfand-Naimark, il existe alors un élément a ∈ A tel que φ = â.
Cet élément est non-nul, et pourtant f (a) = 0 par définition de φ. Cela contredit l’injectivité de
f . Donc t f est surjective.
Maintenant il suffit de se rappeller que les élément de σ(f (r)) sont aussi les valeurs prises par
les éléments de B̂ 0 sur f (r). On a donc :
= sup{|t f (φ)(r)| | φ ∈ B̂ 0 }
= sup{|ψ(r)| | ψ ∈ Â0 }
= ρ(r) = krk
Pour les éléments qui ne sont pas hermitiens, on écrit kxk2 = kx∗ xk = kf (x∗ x)k = kf (x)k2 .
D’où le résultat. CQFD.
Proposition 2.8
(a)Si V ⊂ W , W 0 ⊂ V 0
(b)V ⊂ V 00 , V 000 = V 0
(c)V 0 est une sous-algèbre fortement fermée de B(H).
Définition 2.13 Une algèbre de Von Neumann est une ∗-sous-algèbre V de B(H) telle que
V = V 00 .
Remarquons que les algèbres de Von Neumann sont des C ∗ -algèbres, en tant que sous-∗-algèbres
fermées de B(H).
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2.2.2 Les algèbres de VN commutatives
Exemple : Soit X est espace topologique localement compact, ν une mesure positive, et soit
H = L2 (X, ν). Alors pour toute f ∈ L∞ (X, ν) on définit l’opérateur de multiplication par f ,
T (f ) ∈ B(H). Soit Z = T (L∞ (X, ν)) : c’est une algèbre de Von Neumann, et elle est clairement
commutative. En fait c’est plus qu’un exemple :
Théorème 2.17 Pour tout algèbre de Von Neumann commutative Z, il existe un espace to-
pologique localement compact X et une mesure positive ν sur X tels que Z ' T (L∞ (X, ν))
(isomorphisme isométrique).
Mais alors, dira le lecteur faisant preuve de sagacité : d’après le théorème de Gelfand-Naimark,
L∞ (X) est isomorphe à une algèbre de fonctions continues ? Oui, mais l’espace structurel
de L∞ (X) est bien sûr différent de X. En particulier on peut montrer que c’est un espace
complètement disconnecté.
Définition 2.14 Un module est dit de type fini ssi il contient une famille génératrice finie.
Définition 2.15 Un module est dit libre ssi il contient une base (i.e. une partie libre et génératrice).
Remarque : Si A est commutatif, chacun sait que le cardinal d’une base (lorsqu’il y en a) est
toujours le même, et s’appelle la dimension du module. Si A n’est pas commutatif, ceci est faux
en général.
Proposition 2.9 Soit A un anneau et P un A-module. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(a) : Pour tout homomorphisme f : P → M 00 et tout homomorphisme surjectif g : M → M 00 il
existe un homomorphisme f˜ : P → M tel que f = f˜ ◦ h. (relèvement des homomorphismes)
(b) : Toute suite exacte 0 → M 0 → M 00 → P → 0 est scindée.
(c) : P est facteur direct d’un module libre, i.e. ∃M tel que M ⊕ P est libre.
(d) : Le foncteur HomA (P, .) est exact.
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2.3.2 Théorème de Serre-Swan
Théorème 2.18 Soit M une variété topologique compacte et A = C(M, C). Pour tout fibré vec-
toriel E sur M , le A-module des sections continues Γ(E) est projectif de type fini. Réciproquement
pour tout A-module projectif de type fini P il existe un fibré vectoriel E sur M tel que P soit
isomorphe à Γ(E).
Le même théorème a lieu en remplaçant M par une variété différentiable compacte, A par
C ∞ (M, C) et les sections continues par les sections C ∞ .
3 C ∗ -modules
Définition 3.1 Un C ∗ -module à droite sur une C ∗ -algèbre A est un C-e.v. E muni d’une struc-
ture de A-module à droite et d’une application sesquilinéaire : ( | ) : E × E → A telle que, pour
tous r, s, t ∈ E et a ∈ A :
(r|s.a) = (r|s)a
(r|s) = (s|r)∗
(s|s) > 0 si s 6= 0 (10)
4 Un peu de K-théorie
Soit E un C ∗ -module à droite. Rappelons que EndA (E) désigne la C ∗ -algèbre des opérateurs
possédant un adjoint et que End0A (E) désignes l’ensemble des opérateurs A-compacts.
5 Le calcul spectral
Ce calcul est un prolongement non-commutatif du calcul infinitésimal sur les variétés. Les
opérateurs compacts y joueront le rôle des infinitésimaux.
14
(c) ∀² > 0 ∃V sous-espace de H de dimension finie tel que kT|V ⊥ k < ².
Proposition 5.2 Soit T un opérateur compact. Alors 0 ∈ σ(T ) et c’est le seul point d’accu-
mulation possible du spectre. De plus, tout élément non-nul du spectre est une valeur propre de
multiplicité finie (i.e. la dimension de l’espace propre est finie).
D’après ce qui précède, les modules de valeurs propres de T forment une suite de réels positifs
tendant vers 0, on l’ordonne en ordre décroissant et on note µn (T ) les valeurs de la suite ainsi
obtenue. Ce sont les valeurs caractéristiques de T . (si 0 n’est pas un point d’accumulation, c’est
que T est de rang fini, on peut alors considérer que µn (T ) est une suite qui stationne en 0 à
partir d’un certain rang).
Rappelons que µn (T ) = O(n−α ) signifie que la suite µn (T )nα est bornée. Donc si α0 ≥ α,
0
L(α ∞) ⊂ L(α ∞) .
Proposition 5.3 Pour deux opérateurs compacts T1 et T2 , on a µn+m (T1 T2 ) ≤ µn (T1 )µm (T2 ).
Ainsi le produit d’un infinitésimal d’ordre α par un infinitésimal d’ordre β donne un infinitésimal
d’ordre α + β.
15
Lemme 5.2 Pour tous opérateurs compacts positifs d’ordre 1 on a :
log 2
γN (T1 + T2 ) ≤ γN (T1 ) + γN (T2 ) ≤ γ2N (T1 + T2 )(1 + ) (13)
log N
Dixmier a démontré qu’il existait une infinité de formes linéaires limω sur l∞ (N) vérifiant les
propriétés quivantes :
1. Si (un ) converge alors limω un = lim un
2. Si un ≥ 0 alors limω un ≥ 0
3. limω u2n = limω un
4. Si (vn ) est la suite (u0 , u0 , u1 , u1 , u2 , u2 , . . .) alors limω vn = limω un
On choisit une telle forme, et on pose, pour tout opérateur compact positif d’ordre 1 :
N −1
1 X
Trω (T ) = limω µn (T ) (14)
log N
n=0
Lemme 5.3 Pour tous T1 , T2 ≥ 0 d’ordre 1 on a Trω (T1 + T2 ) = Trω (T1 ) + Trω (T2 ).
Lemme 5.4 Tout opérateur compact peut s’écrire comme différence de deux opérateurs com-
pacts positifs.
Lemme 5.5 Soient T1 et T2 deux opérateurs compacts positifs d’ordre 1. La quantité Trω (T1 ) −
Trω (T2 ) ne dépend que de T1 − T2 .
Définition 5.2 Pour tout T ∈ L(1 ∞) on pose Trω (T ) = Trω (T1 ) − Trω (T2 ) avec T1 et T2 tels
que T = T1 − T2 .
Théorème 5.6 On a les propriétés suivantes :
1. Trω T ≥ 0 si T ≥ 0
2. Trω est C-linéaire
3. Trω (BT ) = Trω (T B) pour tout B ∈ B(H)
4. Trω (T ) = 0 si T est d’ordre strictement supérieur à 1
16
5.0.7 Intégrale NC comme résidu
classe C ∞ .
Remarquons que la définition de A1 coı̈ncide bien avec celle que nous avions déjà donnée.
17
le fibré des spineurs irréductible, et on pose H = L2 (M, S), les sections de carré intégrable du
fibré des spineurs. La structure hermitienne de H est donc donnée par :
Z
hψ|φi = hψ(x)|φ(x)idµ(g)
M
Remarquons que A agit par multiplication sur H par f.ξ(x) := f (x)ξ(x). Pour D on prend bien
sûr l’opérateur de Dirac usuel. Le théorème fondamental suivant montre que le triplet spectral
permet de retrouver : les points de M et la topologie, la distance géodésique, l’intégration.
Théorème 6.1 Si (A, H, D) est le triplet canonique sur la variété spinorielle compacte M ,
alors :
1. M =SpecĀ
2. ∀p, q ∈ M , d(p, q) = sup{|f (p) − f (q)| | f ∈ A, k[D, f ]k ≤ 1}
3. ∀f ∈ Ā, f |D|−n est mesurable au sens non-commutatif, et :
Z Z
f dµ(g) = c(n) −f |D|−n (15)
M
où c(n) est une constante qui ne dépend que de la dimension, et qui vaut : c(n) =
2n−[n/2]−1 π n/2 nΓ(n/2).
Démonstration :
18
6.2.2 Exemple de la sphère S 2
6.3 Les tores non-commutatifs
6.4 E.P.O. et G.N.C.
6.5 Limites de réseaux
6.6 Espaces pathologiques
6.6.1 Feuilletages
6.6.2 Fractales
6.7 Structures réelles et orientation
7 Physique et GNC
7.1 Modèle standard et GNC
7.2 GNC et renormalisation
8 Conclusion
A Rappels de géométrie
Démonstration :
Pour tout λ ∈ / σ(x), posons R(λ) = (x − λ)−1 , qu’on appelle la résolvante. Toute l’astuce
va consister à fabriquer une fonction holomorphe à partir de la résolvante, et si le spectre est
vide, elle sera holomorphe sur C, on pourra alors appliquer le théorème de Liouville pour arriver
à une absurdité.
Soit donc φ une forme linéaire continue sur A, et posons f (z) = φ ◦ R(z). Nous laissons le lecteur
vérifier la formule suivante : R(z) − R(z0 ) = (z − z0 )R(z)R(z0 ). Ainsi on a : f (z) − f (z0 ) =
(z − z0 )φ(R(z)R(z0 )). On en tire immédiatement que f est holomorphe sur le complémentaire
du spectre, et que f 0 (z0 ) = φ(R(z0 )2 ). Si le spectre est vide, f est donc une fonction holomorphe
sur tout le plan complexe. P xn
Mais alors, prenons |z| > kxk. On a (x − z)−1 = − z1 ∞ 0 z n , car la série converge. D’où f (z) =
1 P∞ φ(xn )
− z 0 z n , donc f (z) =+∞ O(1/z), c’est donc une fonction bornée, et par Liouville, f = 0.
Or φ est arbitraire, donc on en déduit que la résolvante est nulle, ce qui est absurde. CQFD.
19
Démonstration :
C Rappels de topologie
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