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Ce document présente une introduction à la géométrie non-commutative (GNC) et ses applications, en retraçant son historique depuis Descartes jusqu'aux théories modernes de la gravité quantique. Il aborde les concepts fondamentaux des C*-algèbres et leur rôle dans l'analyse fonctionnelle, ainsi que les implications de la non-commutativité dans la physique quantique. La GNC, développée par Alain Connes, est mise en avant comme un outil prometteur pour comprendre la structure de l'espace-temps à petite échelle.

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Ce document présente une introduction à la géométrie non-commutative (GNC) et ses applications, en retraçant son historique depuis Descartes jusqu'aux théories modernes de la gravité quantique. Il aborde les concepts fondamentaux des C*-algèbres et leur rôle dans l'analyse fonctionnelle, ainsi que les implications de la non-commutativité dans la physique quantique. La GNC, développée par Alain Connes, est mise en avant comme un outil prometteur pour comprendre la structure de l'espace-temps à petite échelle.

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Introduction à la géométrie non-commutative

Fabien Besnard∗

8 janvier 2008

Résumé
Introduction aux concepts de base de la géométrie non-commutative et à ses applications.

1 Introduction et historique
On pourrait faire remonter la gnc à Descartes : méthode des coordonnées, début de l’algébrisation
de la géométrie. Les points perdent leur statut fondamental, au profit des fonctions coordonnées.
La géométrie algébrique poursuit dans cette voie, et le remplacement des algèbres commutatives
par des algèbres non-commutatives est naturel de ce point de vue.
Les théories super-symétriques peuvent s’interpréter dans ce cadre [Man].
L’approche de Connes fait usage des algèbres d’opérateurs pour réinterpréter la géométrie rie-
mannienne afin de la généraliser. Cette réinterprétation est parfois très subtile. Elle permet
d’étudier des espaces quelque peu pathologiques (feuilletages, fractales) et son application à la
physique est prometteuse.
Les sources qui semblent purement mathématiques sont en fait intimement liées aux progrès de
la physique quantique, et vice versa !
Début de l’analyse fonctionnelle : début XXe, avec Volterra, Fredholm, Hilbert, Riesz : algébrisation
de problèmes d’analyse.
Axiomes d’evn : Riesz 1918.
C’est particulièrement clair chez Von Neumann par exemple. On peut aussi bien parler de théorie
de la mesure “quantique” ou “non-commutative”, ces deux mots sont alors synonymes.
Pour les fondateurs de la “2e révolution des quanta” (Dirac, Heisenberg), il est clair que les
propriétés étranges viennent de la non-commutativité des “coordonnées quantiques” sur l’espace
des phases.
Algèbres de Von Neumann introduites par celui-ci en 1929 sous le nom “ring of operators” (le
nom actuel est donné par Dixmier beaucoup plus tard).
Algèbres de Banach : fin des années 1930. L’un des premiers résultats importants est le théorème
de Gelfand-Mazur (1938).
La première apparition des C ∗ -algèbres date de 1943 avec l’article de [GN].
Le terme C ∗ -algèbre est inventé en 1947 par I. Segal. Le C vient de “closed”, et non pas du
corps des complexes ou de “continuous”, comme on pourrait le croire (ref : [DB]).
Aussi tôt que 1947 on commence à émettre l’idée que les coordonnées d’espace-temps peuvent
ne pas commuter [Sny].

besnard@[Link]

1
Ca devient de plus en plus clair à mesure que progresse la “gravité quantique”, théorie qui a
l’intéressante particularité de porter un nom tout en n’existant pas !
En tout cas, il est évident pour tous qu’à très petite échelle la géométrie de l’espace-temps
devient très bizarre. Elle perd son statut de variété différentiable. Il y a des micro-trous noirs,
des trous de vers quantiques. . .Wheeler parle d’écume (foam).
La GNC de Connes est un bon candidat pour analyser cette structure à petite échelle, de par
sa grande généralité.
En tout cas on semble distinguer un mouvement de généralisation et d’unification qui concerne
presque toutes les maths et presque toute la physique. Cette convergence inédite demande, on
s’en doute, des connaissances assez formidables, hors de portée d’un cerveau humain normale-
ment constitué. D’aucuns critiquent cette tournure que prend la physique théorique moderne,
en disant qu’on manque d’un principe physique nouveau, qui aurait un effet simplificateur et
qui pourrait avoir le bon goût d’être vérifiable expérimentalement. Connes défend son principe
d’action spectrale. Il est très élégant et c’est l’un des rares candidats (à ma connaissance, tout
du moins).

2 Trois théorèmes encourageants


2.1 Les C ∗ -algèbres
2.1.1 Algèbres, *-algèbres, algèbres de Banach
Toutes les algèbres considérées sont des algèbres associatives, sur C. Lorsqu’elles seront unitaires,
nous le préciserons.

Définition 2.1 Une ∗-algèbre A est une algèbre munie d’une involution ∗ telle que (λa+µb)∗ =
λ̄a∗ + µ̄b∗ , (ab)∗ = b∗ a∗ , λ, µ ∈ C, a, b ∈ A.

Si A est unitaire on a nécessairement 1∗ = 1 (calculer (11∗ )∗ de deux manières différentes).


Les éléments tels que a∗ = a sont dits Hermitiens, ceux tels que aa∗ = a∗ a sont dits normaux.
Si A est unitaire, les éléments tels que aa∗ = a∗ a = 1 sont dits unitaires.
Tout a se décompose de manière unique en a = x + iy avec x et y hermitiens.

Définition 2.2 On appelle algèbre normée une algèbre A munie d’une norme k k telle que
kabk ≤ kakkbk. Si A est complète pour la topologie de la norme on dit que c’est une algèbre de
Banach. Si A est aussi une ∗-algèbre et que ka∗ k = kak, on dit que c’est une ∗-algèbre normée.
Si en plus elle est complète on dit que c’est une ∗-algèbre de Banach.

2.1.2 C ∗ -algèbres
Définition 2.3 Une pré-C ∗ -algèbre est une algèbre normée munie d’une involution ∗ telle que :

ka∗ ak = kak2 (1)

pour tout a.
Une C ∗ -algèbre est une pré-C ∗ -algèbre complète.

Proposition 2.1 Une C ∗ -algèbre est une ∗-algèbre de Banach.

2
Démonstration :

En effet, on a kak2 = ka∗ ak ≤ ka∗ kkak. Si a est non-nul on peut diviser par kak pour ob-
tenir : kak ≤ ka∗ k. En remplaçant a par a∗ on obtient l’inégalité dans l’autre sens. CQFD.
Exemples :
1. Soit X un espace topologique séparé localement compact, et soit A = C0 (X) l’ensemble
des fonctions continues sur X à valeurs dans C tendant vers 0 à l’infini (i.e. ∀² > 0 ∃K
compact tel que |f (x)| < ² en dehors de K). A muni de la norme kf k∞ = supx∈X |f (x)|
et de l’involution f ∗ (x) = f¯(x) est une C ∗ -algèbre (commutative). Si X est compact, la
fonction constante 1 est dans A qui est donc unitaire.
2. Soit H un espace de Hilbert et B(H) l’ensemble des opérateurs bornés (i.e. des applications
linéaires continues) sur H. On rappelle que la norme d’opérateur est définie par

kT xk
kT k = sup = sup{kT xk |x ∈ H, kxk = 1}
x6=0 kxk

où la norme d’un vecteur est la norme hilbertienne kxk = hx|xi1/2 . L’opérateur adjoint de
T est défini par hT x|yi = hx|T ∗ yi, pour tous x, y ∈ H. Muni de la norme d’opérateur et
de l’adjonction, B(H) est une C ∗ -algèbre.
Vérifions simplement la condition (1). Prenons x de norme 1. On a kT ∗ T k ≤ kT ∗ kkT k =
kT k2 donc il suffit de montrer l’inégalité inverse. Or on a : kT xk2 = hT x|T xi = hT ∗ T x|xi ≤
kT ∗ T xkkxk ≤ kT ∗ T kkxk2 . D’où le résultat.
3. La C ∗ -algèbre précédente contient un idéal fermé (c’est donc aussi une C ∗ -algèbre) très
important, à savoir K(H), l’ensemble des opérateurs compacts. Rappelons qu’un opérateur
est dit compact quand il est une limite d’opérateurs de rang fini. Donc T est compact ssi
T = limn Tn , avec dim(Im(Tn ))< ∞. On peut dire de manière équivalente que ∀² > 0,
∃V sous-espace de H de dimension finie tel que kT|V ⊥ k < ². La C ∗ -algèbre K(H) n’est
unitaire que si H est de dimension finie, auquel cas K(H) = B(H).
4. Un cas particulier des deux exemples précédents est Mn (C). C’est une C ∗ -algèbre de
dimension finie.
Les exemples précédents sont en fait bien plus que des exemples. Nous verrons que toutes les C ∗ -
algèbres commutatives sont de la forme de l’exemple 1, que toutes les C ∗ -algèbres de dimension
finie sont des sommes directes d’algèbres de matrices, et qu’enfin, toutes les C ∗ -algèbres sont
des sous-algèbres fermées de B(H), pour un certain H.

2.1.3 Morphismes et représentations


Définition 2.4 Un ∗-morphisme entre deux ∗-algèbres est un morphisme d’algèbres f tel que
f (x∗ ) = f (x)∗ .

Un morphisme de C ∗ -algèbre est simplement un ∗-morphisme, il est inutile de demander la


continuité, nous verrons qu’elle est automatique. Désormais nous dirons “morphisme” plutôt que
morphisme de C ∗ -algèbre. En général nous ne demandons pas que les morphismes préservent
les unités.

3
Définition 2.5 Une représentation de la C ∗ -algèbre A est une paire (π, H) où H est un espace
de Hilbert et π est un ∗-morphisme de A dans B(H) tel que π(1) = Id (si A est unitaire). Si π
est injectif, on dit que la représentation est fidèle.

2.1.4 Unitarisation
Lorsqu’une C ∗ -algèbre n’est pas unitaire, il existe un moyen canonique de lui ajouter une unité.
Comme cette construction n’est pas complètement immédiate, nous la donnons en détail.

Proposition 2.2 Si A est une C ∗ -algèbre sans unité, il existe une C ∗ -algèbre unitaire A1 ,
unique à isomorphisme près, contenant A comme idéal de codimension 1.

Démonstration :

Pour tout a ∈ A, notons La l’opérateur de multiplication à gauche par a : La (x) = ax. On


définit ainsi une application de A dans B(A), l’ensemble des opérateurs bornés sur l’espace de
Banach A, dont il est immédiat de vérifier qu’elle est un ∗-morphisme. De plus, kLa k = sup{kaxk
| kxk = 1}. Comme kaxk ≤ kakkxk, il est clair que kLa k ≤ kak. Mais on peut prendre x = a∗ /kak
(sauf si a = 0) pour voir qu’en fait kLa k = kak. L’application L est donc une isométrie.
Posons maintenant A1 = L(A) + C.1. C’est clairement une sous-algèbre de Banach de B(H). On
définit l’involution par (La + λ.1)∗ = La∗ + λ̄.1. Il ne reste plus qu’à montrer la propriété (1).
Soit donc La + α.1 ∈ A1 . Par définition, pour tout ² > 0, ∃x tel que kxk ≤ 1 et kLa + αk2 −
² < kax + αxk2 . Or kax + αxk2 = k(x∗ a∗ + ᾱx∗ )(ax + αx)k = kx∗ (La + α)∗ (La + α)xk ≤
k(La + α)∗ kkLa + αk. Montrons maintenant que k(La + α)∗ k ≤ kLa + αk, ce qui achèvera la
preuve. Si on écrit naı̈vement k(La + α)∗ k = sup{ka∗ x + ᾱxk | kxk ≤ 1} = sup{kx∗ a + αx∗ k
| kx∗ k ≤ 1} = sup{kxa + αxk | kxk ≤ 1}, le x est à droite du a au lieu d’être à gauche,
et on est bien embêté. L’astuce consiste à utiliser la propriété (évidente) kak = sup{kaxk |
kxk ≤ 1} = sup{kxak | kxk ≤ 1} de façon à introduire un y : sup{ka∗ x∗ + ᾱxk | kxk ≤
1} = sup{ky ∗ a∗ x + ᾱy ∗ xk | kxk ≤ 1, kyk ≤ 1}. On passe ensuite à l’adjoint, et on obtient :
sup{kx∗ (La + α)yk | kxk ≤ 1, kyk ≤ 1} ≤ kLa + αk. D’où le résultat. CQFD.

Proposition 2.3
- Si A = C0 (M ) l’algèbre unitarisée A1 est isomorphe à l’algèbre des fonctions continues sur le
compactifié d’Alexandrov de M .
- Si A = K(H), A1 ' B(H)

2.1.5 Le spectre et le rayon spectral


Définition 2.6 Soit A une algèbre unitaire, a un élément de A. On note σA (a) et on appelle
spectre de a dans A, l’ensemble des nombres complexes λ tels que a − λ.1 n’est pas inversible.

Si A est une C ∗ -algèbre non-unitaire, on pose σA (a) = σA1 (a).


Le lemme suivant est immédiat, mais il convient de l’avoir en tête.

Lemme 2.1 Soit f : A → C un morphisme d’algèbre unitaire. Alors pour tout a ∈ A, f (a) ∈
σ(a).

4
Démonstration :

C’est complètement trivial : si a − f (a).1 était inversible, d’inverse y, on aurait f (1) = f ((a −
f (a).1)y) = 0.f (y) = 0, or f (1) = 1 par hypothèse. CQFD.

Définition 2.7 Le rayon spectral est le réel positif suivant : ρA (a) = sup{|λ||λ ∈ σA (a)}.

Proposition 2.4 Pour toute algèbre de Banach A, et tout a ∈ A, σA (a) est un compact non-
vide, et ρ(a) ≤ kak.

Démonstration :
P
Soit λ ∈ C tel que |λ| > kak. Alors la série y = ∞ n
0 (a/λ) converge et y(λ.1 − a) = (λ.1 − a)y =
λ.1, d’où l’on déduit que λ ∈
/ σ(a). Ainsi on a l’inégalité sur le rayon spectral et on sait que
le spectre est borné. Mais de plus c’est un ensemble fermé, car c’est l’image réciproque d’un
fermé par l’application continue de C dans A : λ 7→ a − λ.1. Nous renvoyons à l’annexe pour la
démonstration que le spectre est non-vide. CQFD.
Un corollaire immédiat du fait que le spectre est non-vide est le théorème de Gelfand-Mazur.

Corollaire 2.2 (théorème de Gelfand-Mazur)


Toute algèbre de Banach qui est en plus un corps (i.e. dans laquelle tous les éléments non-nuls
sont inversibles) est isomorphe à C.

Démonstration :

Soit x ∈ A et z ∈ σ(x). Alors x − z.1 n’est pas inversible, donc x = z.1. CQFD.

Lemme 2.3 (formule du rayon spectral, A est une algèbre de Banach)


Pour tout a ∈ A on a :
ρA (a) = lim kan k1/n (2)
n→∞

(en particulier cette limite existe)

Démonstration :

voir l’annexe.

Théorème 2.4 Soit A une C ∗ -algèbre, et soit a un élément normal. On a : kak = ρA (a).

Démonstration :

Comme a est normal, on a ka2p k2 = ka∗ 2p a2p k = k(a∗ a)2p k = k(a∗ a)p (a∗ a)p k = k(a∗ a)p k2 .
n n n+1
D’où k(a∗ a)2 k = ka∗ ak2 = kak2 , et ka2p k = k(a∗ a)p k. En mettant ces deux calculs en-
n n−1 n
semble on a ka2 k = k(a∗ a)2 k = kak2 . En appliquant la formule du rayon spectral, on
obtient alors le résultat. CQFD.

5
Ce théorème est extrèmement important, car il fait le lien entre la norme et la notion purement
algébrique qu’est le spectre. En particulier on a le corollaire suivant :

Corollaire 2.5 Tout ∗-morphisme f d’une C ∗ -algèbre A dans une C ∗ -algèbre B vérifie kf (a)k ≤
kak. En particulier c’est une application continue, et si f est bijective, c’est nécessairement une
isométrie.

Démonstration :

Nous laissons le lecteur s’assurer que l’on peut toujours se ramener au cas où A et B sont
unitaires et f (1) = 1. Soit x ∈ A et λ tel que x − λ.1 est inversible dans A. Alors f (x) − λ.1 est
inversible dans f (A) donc dans B. On en déduit que σB (f (x)) ⊂ σA (x), d’où ρB (f (x)) ≤ ρA (x).
Nous allons appliquer cette inégalité à l’élément x = a∗ a qui est hermitien. On a : kf (a)k2 =
kf (a)∗ f (a)k = ρB (f (a∗ a)) ≤ ρA (a∗ a) = ka∗ ak = kak2 . D’où le résultat. CQFD.
Voyons maintenant un lemme qui nous sera utile plus tard.

Lemme 2.6 Pour tout a élément de la C ∗ -algèbre A, on a :


(a) Si a est unitaire, σ(a) ⊂ S 1 .
(b) Si a est hermitien, σ(a) ⊂ R.

Démonstration :

(a) On a 1 = k1k = ka∗ ak = kak2 , d’où kak = ka∗ k = 1. Comme a est normal, on a
ρ(a) = kak = ka∗ k = 1. Mais les éléments du spectre de a∗ = a−1 sont les inverses de ceux
du spectre de a. Comme les deux sont contenus dans le disque unité, on a le résultat.
(b) La démonstration la plus simple est la suivante : on pose u = exp(ia), et on voit que u
est unitaire, donc son spectre est contenu dans le cercle unité, on utilise alors le théorème de
l’application spectrale, qui dit en particulier que le spectre de l’exponentielle est l’exponentielle
du spectre, et on a terminé (on a juste besoin d’une inclusion en fait, et on peut la montrer di-
rectement, sans recourir au théorème de l’application spectrale). Une démonstration plus longue
mais plus élémentaire est donnée dans [con]. CQFD.

Corollaire 2.7 Tout morphisme d’algèbre d’une C ∗ -algèbre dans C est un ∗-morphisme.

Démonstration :

Il suffit de décomposer tout a ∈ A en a = x + iy, avec x et y hermitiens. Or f (x) et f (y)


appartiennent aux spectres respectifs de x et y, donc sont rééls. En conséquence de quoi f (a∗ ) =
¯
f (x) − if (y) = f (a). CQFD.

2.1.6 Retour sur les représentations


Définition 2.8 Deux représentations (π1 , H1 ) et (π2 , H2 ) de la C ∗ -algèbre A sont dites équivalentes
ssi il existe un isomorphisme préservant les produits scalaires U : H1 → H2 tel que ∀a ∈ A on
ait : π2 (a) = U π1 (a)U −1 .

6
A noter qu’un opérateur préservant les produits scalaires est parfois appelé unitaire. Nous
réservons ce terme au cas où H1 = H2 . De même on appelle parfois “équivalence unitaire”
l’équivalence que nous venons de définir. L’isomorphisme U est parfois appelé “opérateur d’en-
trelacement” (intertwining operator).

Définition 2.9 Une représentation (non-nulle) (π, H) est dite irréductible ssi {0} et H sont les
seuls sous-espaces fermés laissés stables par l’action de π(A).

Lemme 2.8 (“lemme de Schur”)


Une représentation est irréductible ssi π(A)0 = C. id, où π(A)0 désigne le commutant de A, i.e.
l’ensemble des opérateurs qui commutent à tous les π(a), a ∈ A.

Démonstration :

Supposons (H, π) irréductible. Soit x ∈ π(A)0 . En décomposant x en somme d’une partie her-
mitienne et d’une partie anti-hermitienne, on peut supposer sans perdre en généralité que x est
hermitien. On peut lui appliquer le théorème spectral (voir l’appendice). Soit ω un borélien du
spectre de x et E(ω) la projection spectrale correspondante. Alors E(ω) commute à π(A). On
en déduit que Im E(ω) est stable par π(A). De plus il est fermé, car c’est Ker(I − E(ω)), mais la
représentation est supposée irréductible, donc E(ω) = 0 ou id. Ainsi le spectre de x est réduit à
un point, x est donc une homothétie.
Réciproquement, supposons que π(A)0 = C. id. Prenons un sous-espace invariant fermé V , et
considérons la projection orthogonale P sur V . Clairement P commute à π(A), donc c’est une
homothétie, et on en déduit que V = {0} ou H. CQFD.

Proposition
M 2.5 Soit (Hi , πi )i∈I une famille de représentations de la C ∗ -algèbre A. Notons
H= Hi la somme hilbertienne des Hi . Alors pour tout ξ = ⊕i∈I ξi ∈ H, et pour tout a ∈ A
i∈I
on peut poser
π(a)ξ = ⊕i∈I πi (a)ξi (3)
et cela définit une représentation (H, π) de A, appelée somme directe de la famille de représentations
(Hi , πi )i∈I .

Démonstration :

Il suffit de montrer que la formule (3) a bien un sens, mais c’est évident par (2.5). CQFD.

Définition 2.10 On appelle spectre de A, ou espace de structure de A, et on note  l’ensemble


des classes d’équivalences de représentations irréductibles de A.

2.1.7 Le théorème de Gelfand-Naimark


Soit A une C ∗ -algèbre commutative. Pour plus de simplicité nous supposerons A unitaire. Soit
(π, H) une représentation de A. Comme A est commutative on a π(A) ⊂ π(A)0 , donc d’après le
lemme de Schur, (π, H) est irréductible ssi dim(H) = 1. Les éléments de  s’identifient donc à des
∗-morphismes (les classes d’équivalence ne contiennent qu’un élément) de A dans C, préservant

7
les unités. D’après le corollaire 2.7, Â est aussi l’ensemble des morphismes d’algèbre unitaires
de A dans C.
Munissons  de la topologie de la limite simple, i.e. (φn )n∈N tend vers φ ssi ∀a ∈ A φn (a) → φ(a)
dans C.

Lemme 2.9 Â muni de la topologie de la limite simple est un espace séparé compact. (Si A
n’est unitaire, Â est seulement localement compact)

Démonstration :

 ⊂ A∗ . De plus, toute φ ∈  est de norme inférieure à 1. En effet, |φ(a)| = |φ(an )|1/n ≤


kφk1/n kxn k1/n . En faisant tendre n vers l’infini, on obtient kφ(x)k ≤ kxk. Donc  est bien un
sous-ensemble de la boule unité du dual de A. Mais de plus si φn est une suite de  conver-
geant simplement vers φ∞ , on voit immédiatement que φ∞ est un ∗-morphisme préservant les
unités. En conséquence, Â est un sous-ensemble faiblement fermé de la boule unité de A∗ , qui
est compacte. C’est donc un compact. CQFD.
remarque : Comme nous l’avons dit, Â est aussi l’ensemble des morphismes d’algèbre unitaire
de A dans C. Ceux-ci correspondent aux idéaux maximaux de A, et on peut voir facilement que
 s’identifie à l’ensemble des idéaux maximaux de A muni de la topologie de Jacobson.

Définition 2.11 Soit A une C ∗ -algèbre commutative, Â son spectre. On appelle transformée de
Gelfand l’application suivante GA : A → C(Â, C), définie par : a 7→ (φ 7→ φ(a)).

Pour plus de simplicité, et pour suivre l’usage, nous noterons â := GA (a). On a donc â(φ) = φ(a).

Théorème 2.10 (Gelfand-Naimark)


La transformée de Gelfand ˆ: A → C(Â, C) est un ∗-isomorphisme, isométrique pour la norme
du sup sur C(Â, C), i.e. kâk∞ = kak pour tout a ∈ A.

Démonstration :

Les trois clés de la démonstration sont le théorème 2.4, le théorème de Gelfand-Mazur et le


théorème de Stone-Weı̈erstrass. Une fois qu’on a dit cela, on a presque terminé ! Voyons tout de
même les détails.
b
On a ab(φ) = φ(ab) = φ(a)φ(b) = â(φ)b̂(φ). De plus, φ est un ∗-morphisme, donc ab∗ (φ) =

φ(a ) = φ(a) = â(φ). a → â est donc bien un ∗-morphisme. En particulier on en déduit que
kâk∞ ≤ kak.
Par définition kâk∞ = sup{φ(a)|φ ∈ Â}. Soit λ ∈ σ(a), alors a − λ n’est pas inversible. Comme
A est commutative, a − λ est contenu dans un idéal maximal, appelons-le I, et notons π le
morphisme de passage au quotient. En tant qu’idéal maximal, I est fermé, donc A/I est une
algèbre de Banach, et comme elle n’a pas d’idéaux propres, c’est un corps, donc d’après Gelfand-
Mazur, A/I ' C. Donc π, qui est un morphisme d’algèbre de A dans C, est dans Â. Or π(a) = λ,
on en conclut que kâk ≥ |λ|, d’où kâk ≥ ρ(a). Mais comme A est commutative, tout élément est
normal, donc kak = ρ(a), et l’on obtient kâk ≥ kak. Comme on a l’inégalité dans l’autre sens
pour tout ∗-morphisme, on obtient que la transformée de Gelfand est une isométrie. Son image
dans  est donc une sous-algèbre fermée, stable par conjugaison. Elle sépare les points : en effet,
pour tous φ1 6= φ2 ∈ Â, on a Ker φ1 6= Ker φ2 . On prend alors a qui appartient au noyau de l’une

8
et pas de l’autre, et on obtient â(φ1 ) 6= â(φ2 ). Par le théorème de Stone-Weı̈erstrass, l’image
de A est dense dans les fonctions continues sur Â. Comme elle est fermée, on a la surjectivité.
CQFD.
Répétons ce que nous dit le théorème de Gelfand-Naimark en termes plus savants. À tout espace
compact X, on peut associer la C ∗ -algèbre commutative C(X, C), et à toute application continue
f de X dans un autre espace compact Y , on peut associer sa transposée, t f : C(Y, C) → C(X, C),
définie par t f (g) = g ◦ f , qui est un ∗-morphisme, comme on le vérifie immédiatement. On a
ainsi défini un foncteur contravariant, que nous noterons C, de la catégorie des espaces compacts
munis des applications continues dans celle des C ∗ -algèbres commutatives unitaires et de leur
∗-morphismes. (On peut faire la même chose avec les espaces localement compacts, à condition
de se souvenir que les morphismes sont alors les applications propres.)
Définissons maintenant un foncteur (contravariant aussi) dans l’autre sens. À toute C ∗ -algèbre
commutative unitaire A nous associons son spectre, Â, et à tout ∗-morphisme π : A → B nous
associons la transposée t π : B̂ → Â, définie par t π(φ ◦ π). Nous noterons Σ ce foncteur.
Ces deux foncteurs réalisent en fait une équivalence de catégories. C’est-à-dire qu’on a C ◦ Σ ' id
et Σ ◦ C ' id. Les ' signifient qu’on a un isomorphisme de foncteurs (ce qu’on appelle aussi une
transformation naturelle) avec le foncteur identité.
Le théorème de Gelfand-Naimark exhibe précisemment deux telles transformations naturelles :
ce sont l’évaluation ²X , qui à tout x du compact X associe l’application ²x : C(X, C) → C,
²x (f ) = f (x), et la transformée de Gelfand GA . Ce sont des isomorphismes, et les diagrammes
suivants commutent :
Remarque : Comme nous l’avons fait remarquer, on peut passer des représentations aux idéaux
maximaux dans le cas commutatif. Dans le cas non-commutatif, l’espace PrimA, appelé spectre
primitif de A et qui est l’ensemble des noyaux des représentations irréductibles de A, n’a en
genéral aucune raison d’être égal à Â. Il y a donc deux “espaces de points” possibles. Nous
aurons l’occasion de revenir sur ce point.

2.1.8 Calcul fonctionnel


Dans toute algèbre de Banach A, on peut définir f (a) pour tout a ∈ A et toute f fonction
holomorphe dans un voisinage du spectre de a. On appelle ça le calcul fonctionnel de Riesz, et
on a la très belle formule suivante qui généralise la formule de Cauchy :
I
1
f (a) = f (λ)(λ − a)−1 dλ (4)
2iπ γ

Explication : γ est un lacet entourant une fois le spectre de a, et la formule signifie qu’il existe
un élément f (a) ∈ A, tel que pour toute forme linéaire continue φ sur A, on ait
I
1
hφ, f (a)i = f (λ)hφ, (λ − a)−1 idλ (5)
2iπ γ

Pour compléter le tableau on a le théorème suivant, dit de l’application spectrale :

Théorème 2.11 On a :

σ(f (a)) = f (σ(a))

9
Si A est une C ∗ -algèbre, les résultats précédents sont évidemment vrais mais on a mieux : si a est
un élément normal, la C ∗ -algèbre engendrée par a, qu’on note C ∗ hai et qui est la plus petite C ∗ -
algèbre unitaire contenant a, est commutative. D’après le théorème de Gelfand-Naimark, C ∗ hai
est isomorphe à l’espace des fonctions continues sur un certain espace compact X. Comme on
s’en doute, X est le spectre de a.

Théorème 2.12 Soit A une C ∗ -algèbre et a un élément normal de A. Il existe un ∗-homomorphisme


isométrique f 7→ f (a) de C(σ(a), C) sur C ∗ hai ⊂ A prolongeant le calcul fonctionnel de Riesz.

2.1.9 Représentations de Gelfand-Naimark-Segal


Nous allons montrer que toute C ∗ -algèbre admet une représentation fidèle. Ainsi toute C ∗ -algèbre
“abstraite” admet une représentation “concrète” comme sous-∗-algèbre fermée de B(H).

Définition 2.12 Soit φ une forme linéaire (continue) sur A. On dit que φ est un état sur A
ssi :
(a) φ est positive (i.e. φ(a∗ a) ≥ 0 pour tout a ∈ A)
(b) kφk = 1
On note S(A) l’ensemble des états sur A.

Lemme 2.13 Pour toute forme linéaire positive, on a :

φ(y ∗ x) = φ(x∗ y) (6)

et :
|φ(y ∗ x)|2 ≤ φ(y ∗ y)φ(x∗ x) (7)

Démonstration :

Pour montrer (6), on utilise les polarisations suivantes :


3
X

4y x = in (x + in y)∗ (x + in y) (8)
n=0

3
X
4xy ∗ = in (x + in y)(x + in y)∗ (9)
n=0

La preuve de (7) est exactement la même que pour l’inégalité de Cauchy-Schwarz. CQFD.

Proposition 2.6 Si A est unitaire, toute forme linéaire positive vérifie kφk = φ(1). Pour tout
état, on a donc φ(1) = 1.

Comme la preuve n’est pas d’un intérêt fondamental pour ce que nous faisons, nous renvoyons
le lecteur intéréssé à [Tak], lemma 9.9.
Dans la suite nous supposons que A est unitaire. Soit φ un état. On pose Nφ := {a ∈ A|φ(a∗ a) =
0}.

10
Lemme 2.14 Nφ est un idéal à gauche fermé de A.
Démonstration :

Soient x, y ∈ Nφ . On a : φ((x + y)∗ (x + y)) = φ(x∗ x) + φ(y ∗ y) + 2<(φ(x∗ y)). Les deux pre-
miers termes sont nuls, et le troisième aussi, par “Cauchy-Schwarz”. Donc x + y ∈ Nφ .
Soit a ∈ A. On a : φ((ax)∗ (ax)) = φ(x∗ a∗ ax) ≤ φ(x∗ x)1/2 φ((a∗ ax)∗ (a∗ ax))1/2 = 0. Donc
ax ∈ Nφ , qui est donc un idéal à gauche. Il est fermé car φ est continue. CQFD.
Lemme 2.15 En posant h[a]|[b]i := φ(a∗ b), on définit une structure pré-hilbertienne sur A/Nφ .
L’action naturelle de A sur A/Nφ par multiplication à gauche définit une application πφ : A →
B(A/Nφ ).
Ce lemme est trivial. Le lecteur qui commence à avoir l’habitude de ce genre de faux-fuyant,
sait donc ce qu’il lui reste à faire. . .
On note Hφ la complétion de A/Nφ pour la structure pré-hilbertienne que nous venons de définir.
Comme πφ est à valeurs dans les opérateurs bornés, elle se prolonge de manière unique à B(Hφ ).
C’est le couple (Hφ , πφ ) qu’on appelle représentation de GNS associée à φ.
C’est une représentation cyclique, ce qui signifie qu’il existe un vecteur dit cyclique, en l’occurence
c’est ξφ := [1], dont la fermeture de l’orbite est tout l’espace. En effet, on a Hφ = πφ (A).[1].
Remarque : S(A) est un ensemble convexe, et les points extrémaux de ce convexe sont appelés
des états purs. On peut montrer que la représentation de GNS associée à φ est irréductible ssi
φ est pur.
Théorème 2.16 Pour toute C ∗ -algèbre A, il existe une représentation fidèle (H, π).
Démonstration :

Soit a ∈ A, a 6= 0. Notons A+ l’ensemble des éléments positifs de A (ceux qui s’écrivent x∗ x).
C’est un cône convexe fermé. Notons Ah l’ensemble des éléments hermitiens. C’est un espace de
Banach sur R. L’élément −a+ a n’appartient pas à A+ . D’après le théorème de Hahn-Banach,
il existe une forme linéaire (réelle)fa sur Ah qui “sépare” cet élément de A+ , i.e. fa (x) ≥ 0
pour tout x ∈ A+ et f (−a∗ a) < 0. On étend fa à A en posant fa (x + iy) = fa (x) + ifa (y)
avec x, y hermitiens. Par définition, fa est positive, et fa (a∗ a) > 0. Donc si on note (Ha , πa ) la
représentation de GNS associée et ξa le vecteur cyclique correspondant, on a :
kπa (a)ξa k2 = hπa (a∗ a)ξa |ξa i = fa (a∗ a) > 0
Donc πa (a) 6= 0. Pour tout élément non-nul a de A on a donc une représentation qui n’annulle
pas a : il suffit de les mettre toutes ensembles. On appelle (H, π) la somme hilbertienne de toutes
les représentations (Ha , πa ), pour a parcourant A\{0}. Cette représentation est clairement fidèle.
CQFD.
Ainsi, A est isomorphe en tant que C ∗ -algèbre à π(A). Comme tout ∗-isomorphisme est une
isométrie, on peut donc affirmer que toute C ∗ -algèbre est isométrique à une sous-∗-algèbre
fermée de B(H), pour un certain espace de Hilbert H.
Vous êtes d’accord avec ce qui précède ? Vous ne devriez pas, car je vous ai arnaqué ! En fait, rien
ne prouve que π(A) soit fermé, donc on ne peut pas dire que c’est une C ∗ -algèbre et appliquer
le corollaire (??). Mais n’ayez crainte, la conclusion est quand même vraie. Pour le voir on peut
utiliser la proposition suivante (proposition 5.3 de [Tak] ou 1.8.1 de [?]) :

11
Proposition 2.7 Soient A et B deux C ∗ -algèbres. Tout ∗-morphisme injectif de A dans B est
une isométrie.

On peut supposer que A et B sont unitaires et que f (1) = 1 (quitte à ajouter une nouvelle
unité). Soit f un tel morphisme, et soit r un élément hermitien de A. Considérons A0 et B 0 ,
les C ∗ -algèbres unitaires engendrées respectivement par r et f (r). Comme ces deux éléments
sont hermitiens, A0 et B 0 sont commutatives, et sont donc isomorphes aux algèbres des fonctions
continues sur leur spectres respectifs, d’après le théorème de Gelfand-Naimark. L’application
transposée t f : B̂ 0 → Â0 est une application continue, donc l’image du compact B̂ 0 est un
compact. Supposons que ce ne soit pas tout Â0 , c’est-à-dire que t f ne soit pas surjective. Alors
il existe une fonction continue φ, nulle sur le compact t f (B̂ 0 ) et qui ne soit pas nulle sur tout
Â0 . Mais, encore une fois par Gelfand-Naimark, il existe alors un élément a ∈ A tel que φ = â.
Cet élément est non-nul, et pourtant f (a) = 0 par définition de φ. Cela contredit l’injectivité de
f . Donc t f est surjective.
Maintenant il suffit de se rappeller que les élément de σ(f (r)) sont aussi les valeurs prises par
les éléments de B̂ 0 sur f (r). On a donc :

kf (r)k = ρ(f (r)) = sup{|φ(f (r))| | φ ∈ B̂ 0 }

= sup{|t f (φ)(r)| | φ ∈ B̂ 0 }
= sup{|ψ(r)| | ψ ∈ Â0 }
= ρ(r) = krk
Pour les éléments qui ne sont pas hermitiens, on écrit kxk2 = kx∗ xk = kf (x∗ x)k = kf (x)k2 .
D’où le résultat. CQFD.

2.1.10 Caractérisations de la commutativité des C ∗ -algèbres


2.1.11 Les C ∗ -algèbres de dimension finie
2.2 Les algèbres de Von Neumann
2.2.1 definition
Pour toute partie V de B(H), on notera V 0 l’ensemble des opérateurs qui commutent à tous les
éléments de V .

Proposition 2.8
(a)Si V ⊂ W , W 0 ⊂ V 0
(b)V ⊂ V 00 , V 000 = V 0
(c)V 0 est une sous-algèbre fortement fermée de B(H).

Définition 2.13 Une algèbre de Von Neumann est une ∗-sous-algèbre V de B(H) telle que
V = V 00 .

Remarquons que les algèbres de Von Neumann sont des C ∗ -algèbres, en tant que sous-∗-algèbres
fermées de B(H).

12
2.2.2 Les algèbres de VN commutatives
Exemple : Soit X est espace topologique localement compact, ν une mesure positive, et soit
H = L2 (X, ν). Alors pour toute f ∈ L∞ (X, ν) on définit l’opérateur de multiplication par f ,
T (f ) ∈ B(H). Soit Z = T (L∞ (X, ν)) : c’est une algèbre de Von Neumann, et elle est clairement
commutative. En fait c’est plus qu’un exemple :

Théorème 2.17 Pour tout algèbre de Von Neumann commutative Z, il existe un espace to-
pologique localement compact X et une mesure positive ν sur X tels que Z ' T (L∞ (X, ν))
(isomorphisme isométrique).

Mais alors, dira le lecteur faisant preuve de sagacité : d’après le théorème de Gelfand-Naimark,
L∞ (X) est isomorphe à une algèbre de fonctions continues ? Oui, mais l’espace structurel
de L∞ (X) est bien sûr différent de X. En particulier on peut montrer que c’est un espace
complètement disconnecté.

2.2.3 L’algèbre de VN enveloppante d’une C ∗ -algèbre


Soit A une C ∗ -algèbre et (π, H) la représentation de GNS. On appelle algèbre de Von Neumann
enveloppante de A l’algèbre π(A)00 . On peut voir ça comme une généralisation au cas non-
commutatif l’inclusion des fonctions continues dans les fonctions mesurables.

2.3 Le théorème de Serre-Swan


2.3.1 Modules projectifs de type fini
Nous rappelons brièvements quelques définitions sur les modules. Dans ce paragraphe A est un
anneau quelconque, toutefois dans la suite A sera toujours une C-algèbre, auquel cas les modules
sur A sont en même temps des C-espaces vectoriels. On note Ao l’anneau opposé. L’élément a ∈ A
se note ao considéré comme élément de Ao , et on a (ab)o = bo ao . Tout A-module à droite peut
être vu comme un Ao -module à gauche et inversement.

Définition 2.14 Un module est dit de type fini ssi il contient une famille génératrice finie.

Définition 2.15 Un module est dit libre ssi il contient une base (i.e. une partie libre et génératrice).

Remarque : Si A est commutatif, chacun sait que le cardinal d’une base (lorsqu’il y en a) est
toujours le même, et s’appelle la dimension du module. Si A n’est pas commutatif, ceci est faux
en général.

Proposition 2.9 Soit A un anneau et P un A-module. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(a) : Pour tout homomorphisme f : P → M 00 et tout homomorphisme surjectif g : M → M 00 il
existe un homomorphisme f˜ : P → M tel que f = f˜ ◦ h. (relèvement des homomorphismes)
(b) : Toute suite exacte 0 → M 0 → M 00 → P → 0 est scindée.
(c) : P est facteur direct d’un module libre, i.e. ∃M tel que M ⊕ P est libre.
(d) : Le foncteur HomA (P, .) est exact.

13
2.3.2 Théorème de Serre-Swan
Théorème 2.18 Soit M une variété topologique compacte et A = C(M, C). Pour tout fibré vec-
toriel E sur M , le A-module des sections continues Γ(E) est projectif de type fini. Réciproquement
pour tout A-module projectif de type fini P il existe un fibré vectoriel E sur M tel que P soit
isomorphe à Γ(E).
Le même théorème a lieu en remplaçant M par une variété différentiable compacte, A par
C ∞ (M, C) et les sections continues par les sections C ∞ .

3 C ∗ -modules
Définition 3.1 Un C ∗ -module à droite sur une C ∗ -algèbre A est un C-e.v. E muni d’une struc-
ture de A-module à droite et d’une application sesquilinéaire : ( | ) : E × E → A telle que, pour
tous r, s, t ∈ E et a ∈ A :

(r|s.a) = (r|s)a
(r|s) = (s|r)∗
(s|s) > 0 si s 6= 0 (10)

Remarquons qu’on obtient immédiatement que

4 Un peu de K-théorie
Soit E un C ∗ -module à droite. Rappelons que EndA (E) désigne la C ∗ -algèbre des opérateurs
possédant un adjoint et que End0A (E) désignes l’ensemble des opérateurs A-compacts.

Théorème 4.1 End0A (E) est un idéal essentiel de EndA (E).

Rappelons que K=K(H).

Définition 4.1 AS := K ⊗ A est la stabilisation de A. On l’obtient par complétion du produit


tensoriel algébrique par rapport à l’unique C ∗ -norme disponible. On dit que A est stable si A '
AS . Deux C ∗ -algèbres sont dites stablement équivalentes ssi leurs stabilisations sont isomorphes.

5 Le calcul spectral
Ce calcul est un prolongement non-commutatif du calcul infinitésimal sur les variétés. Les
opérateurs compacts y joueront le rôle des infinitésimaux.

5.0.3 Rappels sur les opérateurs compacts


Dans tout ce qui suit, on suppose H de dimension finie (sinon tout se réduit à des trivialités).
Tout d’abord voyons plusieurs définition équivalentes de la compacité.

Proposition 5.1 Les assertions suivantes sont équivalentes :


(a) T est compact.
(b) L’image par T de la boule unité de H est relativement compacte.

14
(c) ∀² > 0 ∃V sous-espace de H de dimension finie tel que kT|V ⊥ k < ².

Proposition 5.2 Soit T un opérateur compact. Alors 0 ∈ σ(T ) et c’est le seul point d’accu-
mulation possible du spectre. De plus, tout élément non-nul du spectre est une valeur propre de
multiplicité finie (i.e. la dimension de l’espace propre est finie).

D’après ce qui précède, les modules de valeurs propres de T forment une suite de réels positifs
tendant vers 0, on l’ordonne en ordre décroissant et on note µn (T ) les valeurs de la suite ainsi
obtenue. Ce sont les valeurs caractéristiques de T . (si 0 n’est pas un point d’accumulation, c’est
que T est de rang fini, on peut alors considérer que µn (T ) est une suite qui stationne en 0 à
partir d’un certain rang).

5.0.4 Les opérateurs compacts en tant qu’infinitésimaux


Définition 5.1 On appelle infinitésimal d’ordre α ∈ R+ tout opérateur compact T tel que
µn (T ) = O(n−α ) quand n tend vers +∞. On note L(α ∞) l’ensemble de ces opérateurs.

Rappelons que µn (T ) = O(n−α ) signifie que la suite µn (T )nα est bornée. Donc si α0 ≥ α,
0
L(α ∞) ⊂ L(α ∞) .

Proposition 5.3 Pour deux opérateurs compacts T1 et T2 , on a µn+m (T1 T2 ) ≤ µn (T1 )µm (T2 ).

Ainsi le produit d’un infinitésimal d’ordre α par un infinitésimal d’ordre β donne un infinitésimal
d’ordre α + β.

Proposition 5.4 ∀B ∈ B(H), T ∈ K(H), µn (T B) ≤ kBkµn (T ) et µn (BT ) ≤ kBkµn (T ).

Ainsi, les infinitésimaux d’ordre α forment un idéal bilatère (non-fermé) de B(H).

5.0.5 Les traces de Dixmier


Pour construire une intégrale non-commutative, il est tentant de considérer la trace usuelle des
opérateurs traçables. Si nous faisions cela, les infinitésimaux d’ordre 1 ne seraient pas intégrables,
car leurs valeurs caractéristiques tendent vers 0 comme 1/n, donc leur trace diverge comme un
logarithme. Les traces de Dixmier constituent un moyen (le seul en fait) d’extraire un coefficient
de cette divergence.
Comme pour l’intégrale commutative, nous allons procéder en deux temps : tout d’abord nous
allons nous occuper des infinitésimaux positifs, puis nous étendrons les résultats par linéarité.
Soit T un opérateur compact positif d’ordre 1 (rappelons Pque T est positif ssi T = |T |, ou encore
si son spectre est inclus dans R+ ). Posons σN (T ) = N −1
n=0 µn (T ) et γN (T ) = σN (T )/ log N .
Comme T est d’ordre 1, γN (T ) est une suite bornée. Si elle converge, c’est sa limite que nous
appelerons intégrale non-commutative de T . Mais comme ce n’est pas toujours le cas, nous ne
sommes pas encore au bout de nos peines.

Lemme 5.1 Pour tous T1 et T2 dans L(1 ∞) on a :


σN (T1 + T2 ) ≤ σN (T1 ) + σN (T2 ) (11)
Si en plus T1 et T2 sont positifs, on a :
σ2N (T1 + T2 ) ≥ σN (T1 ) + σN (T2 ) (12)

15
Lemme 5.2 Pour tous opérateurs compacts positifs d’ordre 1 on a :
log 2
γN (T1 + T2 ) ≤ γN (T1 ) + γN (T2 ) ≤ γ2N (T1 + T2 )(1 + ) (13)
log N
Dixmier a démontré qu’il existait une infinité de formes linéaires limω sur l∞ (N) vérifiant les
propriétés quivantes :
1. Si (un ) converge alors limω un = lim un
2. Si un ≥ 0 alors limω un ≥ 0
3. limω u2n = limω un
4. Si (vn ) est la suite (u0 , u0 , u1 , u1 , u2 , u2 , . . .) alors limω vn = limω un
On choisit une telle forme, et on pose, pour tout opérateur compact positif d’ordre 1 :
N −1
1 X
Trω (T ) = limω µn (T ) (14)
log N
n=0

Lemme 5.3 Pour tous T1 , T2 ≥ 0 d’ordre 1 on a Trω (T1 + T2 ) = Trω (T1 ) + Trω (T2 ).
Lemme 5.4 Tout opérateur compact peut s’écrire comme différence de deux opérateurs com-
pacts positifs.
Lemme 5.5 Soient T1 et T2 deux opérateurs compacts positifs d’ordre 1. La quantité Trω (T1 ) −
Trω (T2 ) ne dépend que de T1 − T2 .
Définition 5.2 Pour tout T ∈ L(1 ∞) on pose Trω (T ) = Trω (T1 ) − Trω (T2 ) avec T1 et T2 tels
que T = T1 − T2 .
Théorème 5.6 On a les propriétés suivantes :
1. Trω T ≥ 0 si T ≥ 0
2. Trω est C-linéaire
3. Trω (BT ) = Trω (T B) pour tout B ∈ B(H)
4. Trω (T ) = 0 si T est d’ordre strictement supérieur à 1

5.0.6 L’intégrale non-commutative


Les traces de Dixmier précédemment construites dépendent du choix de la forme limω . Il est
intéressant de noter que ces formes existent comme conséquence de l’axiome du choix, et qu’il
est impossible d’en expliciter une. Mieux vaut donc que le résultat ne dépende pas du choix de
limω .
Définition 5.3 On dira que T est mesurable ssi Trω (T ) ne dépend pas de Trω . On note M
l’ensemble des tels opérateurs. Pour tout T ∈ M on note
Z
−T

la valeur commune de toutes les traces de Dixmier de T , et on l’appelle intégrale non-commutative


de T .
Il est clair que M contient les infinitésimaux dont la suite γN converge. Fort heureusement, il
contient beaucoup d’autres éléments, sinon nous nous serions vraiment fatigués pour rien !

16
5.0.7 Intégrale NC comme résidu

6 Les axiomes de Connes


Sauf mention expresse du contraire nous nous plaçons dans le cadre avec unité, par soucis de
simplification.

6.1 Les triplets spectraux


Définition 6.1 On appelle triplet spectral un triplet (A, H, D), où :
- A est une pré-C ∗ -algèbre
- H est un espace de Hilbert dans lequel A se représente de façon fidèle par π : A → B(H)
- D est un opérateur (non-borné) à domaine dense tel que
1. D∗ = D
2. ker D est de dimension finie et D|(ker D)⊥ −1 est un opérateur compact
3. Il existe une sous-algèbre dense A1 de A telle que [D, π(a)] ∈ B(H) pour tout a ∈ A1 .

Cette définition amène quelques remarques.


1. Si nous considérons des pré-C ∗ -algèbres, c’est parce que A a vocation à remplacer l’en-
semble des fonctions d’une certaine classe sur une variété, et que l’on pourra prendre au
choix la C ∗ -algèbre des fonctions continues, ou n’importe quoi de dense dans celle-ci, par
exemple les fonctions différentiables.
/ R, (D − λ.1)−1 est compact.
2. La condition 2) peut aussi s’écrire : ∀λ ∈
3. En général D ne sera pas borné, et D−1 (sur son domaine de définition) sera vu comme
un infinitésimal (qui remplacera l’élément de longueur).
4. Un élément de A1 est dit de Lipschitz.
On peut utiliser D pour définir des classes de régularité pour les éléments de A. Notons tout
d’abord que comme D R est hermitien, on peut lui appliquer le théorème spectral,Rqui s’étend au
cas non-borné : D = σ(D) λdEλ . On peut donc définir |D| par la formule |D| = σ(D) |λ|dEλ .
Définissons la dérivation δ par δ(T ) = [|D|, T ] pour tout T ∈ B(H). δ est un opérateur non-borné
sur B(H) avec pour domaine dom(δ) = {T ∈ B(H)|δ(T ) ∈ B(H)}.

Définition 6.2 Pour tout k ∈ N∗ , on note Ak l’algèbre


T engendrée par les a ∈ A tels que a et
[D, a] sont dans le domaine de δ . On pose A = k∈N A . Un élément de A∞ est dit de
k−1 ∞ k

classe C ∞ .

Remarquons que la définition de A1 coı̈ncide bien avec celle que nous avions déjà donnée.

6.2 Le triplet canonique sur une variété spinorielle


C’est l’exemple fondamental, celui qui justifie la définition. On prend A = C ∞ (M ), où (M, g)
est une variété riemannienne compacte de dimension n, munie d’une structure spinorielle (on
peut aussi prendre une structure spin-c ce qui est moins restrictif, cf. Appendice A). On note S

17
le fibré des spineurs irréductible, et on pose H = L2 (M, S), les sections de carré intégrable du
fibré des spineurs. La structure hermitienne de H est donc donnée par :
Z
hψ|φi = hψ(x)|φ(x)idµ(g)
M
Remarquons que A agit par multiplication sur H par f.ξ(x) := f (x)ξ(x). Pour D on prend bien
sûr l’opérateur de Dirac usuel. Le théorème fondamental suivant montre que le triplet spectral
permet de retrouver : les points de M et la topologie, la distance géodésique, l’intégration.
Théorème 6.1 Si (A, H, D) est le triplet canonique sur la variété spinorielle compacte M ,
alors :
1. M =SpecĀ
2. ∀p, q ∈ M , d(p, q) = sup{|f (p) − f (q)| | f ∈ A, k[D, f ]k ≤ 1}
3. ∀f ∈ Ā, f |D|−n est mesurable au sens non-commutatif, et :
Z Z
f dµ(g) = c(n) −f |D|−n (15)
M
où c(n) est une constante qui ne dépend que de la dimension, et qui vaut : c(n) =
2n−[n/2]−1 π n/2 nΓ(n/2).
Démonstration :

1) c’est simplement le théorème de Gelfand-Naimark puisque Ā = C 0 (M ).


2)Soit f ∈ Ā, alors pour toute section ψ ∈ Γ(S) on a :
D(f ψ) = f Dψ − γ(df )ψ
Ce qui se réécrit [D, f ]ψ = γ(df )ψ, d’où k[D, f ]ψk = kγ(df )ψk, donc k[D, f ]k = supM kdf k =
k∇f k∞ . P ∂f P ∂f µ P
(en effet, en coordonnées on a df = µ ∂x µ µ ∂f ν ∂f
µ dx et γ(df ) = µ ∂xµ γ . D’où kγ(df )k = ( µ,ν (γ ∂xµ )(γ ∂xν
P ∂f ∂f 1/2
( µ,ν g µν ∂x µ ∂xν ) = k∇f k.)
Or on sait que (voir appendice A) : supx6=y |f (x)−f (y)|
d(x,y) = k∇f k∞ . D’où k[D, f ]k = supx,y |f (x)−f (y)|
d(x,y) ,
donc pour tout f telle que k[D, f ]k ≤ 1, et ∀x 6= y |f (x)−f (y)| ≤ d(x, y). Donc sup{|f (p)−f (q)|
| f ∈ A, k[D, f ]k ≤ 1} ≤ d(x, y). Or si on prend f (x) := d(x, y), on a k[D, f ]k = 1 et on obtient
l’égalité.
3) pour démontrer ceci, nous aurons besoin du théorème de la trace de Connes. Nous renvoyons
donc la démonstration au paragraphe suivant. CQFD.

6.2.1 Le théorème de la trace de Connes


Définition 6.3 Pour tout opérateur pseudo-différentiel A d’ordre n agissant sur les sections du
fibré complexe E, on appelle résidu de Wodzicki, la quantité suivante :
Z
W resA = TrE σn (A)dµ (16)
S∗M
où S ∗ M est la sphère unité du fibré cotangent.
1
Théorème 6.2 Pour tout limω , on a Trω A = n(2π)n W resA.

Nous pouvons maintenant démontrer le point 3 du théorème 6.1.

18
6.2.2 Exemple de la sphère S 2
6.3 Les tores non-commutatifs
6.4 E.P.O. et G.N.C.
6.5 Limites de réseaux
6.6 Espaces pathologiques
6.6.1 Feuilletages
6.6.2 Fractales
6.7 Structures réelles et orientation

7 Physique et GNC
7.1 Modèle standard et GNC
7.2 GNC et renormalisation

8 Conclusion

A Rappels de géométrie

B Rappels d’analyse fonctionnelle


Proposition B.1 Soit A une algèbre de Banach et x ∈ A, alors σ(x) 6= ∅.

Démonstration :

Pour tout λ ∈ / σ(x), posons R(λ) = (x − λ)−1 , qu’on appelle la résolvante. Toute l’astuce
va consister à fabriquer une fonction holomorphe à partir de la résolvante, et si le spectre est
vide, elle sera holomorphe sur C, on pourra alors appliquer le théorème de Liouville pour arriver
à une absurdité.
Soit donc φ une forme linéaire continue sur A, et posons f (z) = φ ◦ R(z). Nous laissons le lecteur
vérifier la formule suivante : R(z) − R(z0 ) = (z − z0 )R(z)R(z0 ). Ainsi on a : f (z) − f (z0 ) =
(z − z0 )φ(R(z)R(z0 )). On en tire immédiatement que f est holomorphe sur le complémentaire
du spectre, et que f 0 (z0 ) = φ(R(z0 )2 ). Si le spectre est vide, f est donc une fonction holomorphe
sur tout le plan complexe. P xn
Mais alors, prenons |z| > kxk. On a (x − z)−1 = − z1 ∞ 0 z n , car la série converge. D’où f (z) =
1 P∞ φ(xn )
− z 0 z n , donc f (z) =+∞ O(1/z), c’est donc une fonction bornée, et par Liouville, f = 0.
Or φ est arbitraire, donc on en déduit que la résolvante est nulle, ce qui est absurde. CQFD.

Proposition B.2 (formule du rayon spectral) Soit A une algèbre de Banach et x ∈ A.

ρ(x) = lim kxn k1/n


n→∞

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Démonstration :

Montrons d’abord que si λ ∈ σ(x) alors λn ∈ σ(xn ). En effet, on a la formule :


n−1
X
xn − λn = (x − λ) λn−k xk
k=0

Or si λn ∈/ σ(xn ), notons y l’inverse de xn −λn . On a : 1 = (xn −λn )y = (x−λ)(xn−1 +. . .+λn−1 )y,


et de même dans l’autre sens, d’où l’on trouve un inverse pour x − λ, ce qui est absurde.
On déduit de ce qui précède et de la proposition 2.4 que si λ ∈ σ(x), alors |λn | ≤ kxn k. On en
déduit que ρ(x) ≤ inf n kxn k1/n .
Soit φ ∈ A∗ telle que kφk ≤ 1 et reprenons les notations de la proposition précédente. On sait
que f = φ ◦ R est holomorphe en dehors du spectre de x, et tend versn 0 à l’infini. Comme
sa série de Laurent converge pour |λ| > ρ(x), on voit que la suite φ(x λn
)
tend vers 0, donc
elle est bornée. Cette borne dépend de φ. Mais φ est arbitraire dans la boule unité de A∗ . Si
n
on appelle evn l’application d’évaluation : A∗ → A∗∗ , evn (φ) = φ( λxn ), cette application est
continue. On peut donc appliquer le théorème de Banach-Steinhauss à la suite (evn ), qui est
bornée ponctuellement sur la boule unité de A∗ . Elle est donc bornée uniformément. On a donc
n
une constante C, telle que pour tout n, kevn k ≤ C. Mais kevn k = k λxn k. D’où kxn k ≤ |λ|n C,
d’où l’on déduit que lim supn kxn k1/n ≤ |λ|. Et comme on peut faire tendre |λ| vers ρ(x), on
obtient lim supn kxn k1/n ≤ ρ(x), ce qui complète la preuve. CQFD.

C Rappels de topologie

Références
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