TERRORISME, DIFFERENTES APPROCHES ADOPTEES OU POURSUIVIES POUR LE CONTENIR.
Gérer les dynamiques crisogènes au sahel.
Une grille de lecture qui labélise tous ces mouvements du sahel djihadiste.
Ce sont des mouvements islamistes qui instrumentalisent le fait religieux, avec un discours pseudo-
religieux, une théâtralisation de la religion, ou en réalités les motivations sont pécuniaires,
politiques, sociétales, gangstéro-religieuses.
La sécurité dans le sahel, quelles stratégies et avec quels moyens ?
Fondamentalement est-ce que la réponse militaire résout les problèmes sociaux, politiques, de
construction de l’Etat. On a vu cet échec de l’interventionnisme ailleurs.
L’espace sahélien est ainsi devenu le sanctuaire de groupes de toutes sortes, plus ou moins
islamistes, plus ou moins mafieux pour qui le désert n’a pas de frontières. A la faiblesse des Etats, au
terrorisme, à la misère, se superposent encore les ingérences étrangères pour le contrôle des
ressources en matières premières.
Qu’il s’agisse des groupes d’inspiration salafiste ou qu’il s’agisse de rebelles séparatistes touareg,
tous profitent de la faiblesse des Etats et leur incapacité à sécuriser leurs frontières.
Les frontières tracées à la règle ressemblent trait pour trait aux frontières du moyen orient. Une
situation qui va engendrer l’émergence d’une logique de communauté. Soixante ans après les
indépendances, ils sont nombreux les Etats viables, qui performent. Le point essentiel de la
construction d’Etat viable est la projection de la force étatique (le contrôle physique des frontières)
aux confins des frontières. C’est un défi aujourd’hui face à des groupes armés qui manifestent plus
de projection, de mobilité, de présence, de Trans nationalisme. Il y a des connexions opérationnelles
entre tous ces mouvements du sahel.
Des groupes qui se forment dans une logique locale, régionale
La résurgence la menace terroriste au Mali n’était pas improbable parce qu’au bout d’un certain
temps les groupes armés djihadistes ont changé de stratégie, stratégie qui consiste à se disséminer
en s’éclatant en petits groupes. Ils ont aussi adopté un autre élément de cette stratégie qui consiste
à s’enraciner davantage dans la population. Désormais, les chefs des combattants terroristes sont
issus de la population. Cet enracinement local les rend moins identifiables, plus crédibles et plus
audibles auprès des populations. Comme le MUJAO (mouvement pour l’unité de jihad en Afrique de
l’ouest) qui est une excroissance d’Aqmi en enracinement local. Avant 2013, les terroristes étaient
au nord du Mali, mais aujourd’hui, ils sont partout sur ce territoire. Mais de plus en plus ces groupes
ont une vision planétarisée car ils font le lien avec de grands groupes qui les inspirent de par la
puissance de ce qu’ils organisent, leur force de frappe et une matrice d’organisation qui est
beaucoup plus professionnelle.
Au Mali, dans un premier temps, ces mouvements ont lié des relations d’amitié avec les
communautés, ainsi ils ont été perçus de manière favorable. Les locaux dans leur majorité
considèrent les djihadistes comme des bandits, que clairement c’est l’appât du gain qui les motive.
Mais ils montrent aussi que parmi ces groupes, il y a des gens responsables qui cherchent à propager
une justice que l’Etat malien était incapable de rendre dans des conflits locaux entre sédentaires et
nomades autour des gestions des ressources naturelles, de l’eau, le vol de bétail, les exactions du
MNLA etc.
Un avenir incertain pèse sur toute une jeunesse. C’est toute une génération qui cherche sa place, sa
part à l’Etat.
D’abord un mouvement anti-élite. L’Etat nous sert à quoi ? Nous obligés de d’illégalisme, par la
contrebande. La radicalisation est motivée bien davantage par les conditions socio-économiques que
par la religion. L’aide occidentale souffre de captation, de prédation en amont, très peu de choses
arrivent aux destinataires.
La faillite de l’enseignements, les difficultés d’accès aux services de base, la promesse de gagner un
revenu fixe pour subvenir aux besoins de la famille, la conviction par l’endoctrinement et surtout la
menace (sans protection étatique) précipitent l’adhésion de beaucoup de jeunes dans le djihad.
Boko Haram au Nigéria dans l’Etat de Bornou (capitale, Maiduguri). Ici les lois islamiques de la charia
sont en vigueur depuis le XIème siècle, mais leur champ d’application n’a cessé de diminuer ou de
s’étendre au gré des aléas de l’histoire. Avec le retour à la démocratie en 1999, la population espère
la fin de la corruption généralisée des élites et une meilleure répartition des richesses. Pour
moraliser la vie politique, la majorité musulmane du nord du pays souhaite voir la charia appliquée
plus strictement. Boko Haram va s’appuyer sur cette revendication populaire pour émerger et
s’accroitre.
La base sociologique de Boko Haram relève des élèves d’écoles coraniques qui étaient réduit à l’état
de mendicité et bien avant l’arrivée de ce mouvement étaient déjà utilisés pour des activités de
brigandage etc. Cette formation traditionnelle qui n’était pas connectée au système éducatif a servi
comme une sorte de levier sociologique.
Le chaos de la Lybie s’est déversé sur cette zone.
Subissant des pressions très fortes en Syrie, en Iraq, en Libye, on craint qu’ils s’éternisent dans ce
ventre mou de la lutte anti-terroriste et surtout que dans ces groupes il y a beaucoup de
ressortissants sahéliens surtout en Libye.
La logique de vortex (tourbillon qui produit dans un fluide en écoulement. L’intervention en Lybie
plus la crise et le rôle des milices se sont du jour au lendemain retrouvés dans une région voisine qui
avait des soupapes, le contexte, les contacts (un certain nombre de groupes touareg qui avaient
migré en Lybie qui était leur base arrière). Tout ceci s’enchevêtrent dans une logique de vortex.
La stratégie nationale, les approches collectives des Etats.
Le sud libyen est une base de repli pour tous les groupes terroristes.
La délocalisation du terrorisme de l’occident.
Il y a une tendance plus ou moins avouée de délocaliser le combat contre le terrorisme pour éviter
les effets collatéraux. Echec. Cela n’a pas mis l’occident à l’abri.
La problématique sécuritaire et la problématique de développement.
L’extrême pauvreté, la violence politique qui se nourrit de l’injustice, de la dépossession
économique, sociale et politique sont le terreau idéal pour l’endoctrinement. Tous ces groupes
prolifèrent aussi sur la misère de ces populations abandonnées à leur sort. L’islamisme radicale
naitrait sur le terreau de la misère et de la marginalisation politique. Non, c’est un raccourci trop
réductionniste. C’est un facteur dans une grande collection de facteurs de la radicalisation. Pourquoi
donner préférence à un biais alors qu’en réalité les premières victimes sont les musulmans. Faute de
perspective beaucoup de jeunes finissent par rallier les groupes terroristes.
Le combat des idées.
Combattre l’extrémisme, c’est combattre les idées qui l’alimentent.
Dans le domaine de la sécurité comme dans tout projet complexe, il y aura toujours quelque chose
en moins. Tout projet dans le domaine de la sécurité est par nature toujours changeant, toujours
inachevé. Il ne répondra jamais à nos attentes. Sa complexité tient à plusieurs choses qui sont ses
cotés militaire, politique, économique, diplomatique. Il faut être aussi réaliste car il y aura toujours
du terrorisme, il quittera un jour sa forme actuelle pour une autre, il est cyclique. Il faut se rappeler
le terrorisme suprématiste en occident.
Pour lutter contre le terrorisme, il faut lutter contre l’extrémisme violent qui y conduit. Le terrorisme
est le stade suprême de l’extrémisme.
Institution de la lutte contre le terrorisme en tant que module dans la formation des militaires,
surtout les unités spéciales qui répondent à la nature de la menace (un ennemi furtif.
Rien n’est transposable mais tout est utile ailleurs.
L’analyse de l’environnement géostratégique : a changé notamment sur la catégorisation des
groupes terroristes de l’époque, leur implantation géographique et leur mode opératoire.
Des outils juridiques claires. Renforcer la prévention et la répression.
Le renforcement de l’outil de défense et de sécurité.
Le multidimensionnel (politique, économique, combat d’idée=).
La sécurité est à la fois réelle et fictive. Réelle quand il y a une menace que l’on voit, qu’on peut
identifier. Mais fictive quand il y a un sentiment d’insécurité qui nait de l’écho que nous envoie
l’extérieur.
Mission multidimensionnelle intégrée des nations unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA).
La solution est la construction de l’Etat, c’est-à-dire la capacitation (renforcement des capacités ; la
réussite du projet passe par la capacitation des employés) des institutions étatiques (viables qui
auraient la capacité de répondre de manière sécuritaire) qui est attendue dans ces régions, sa
représentativité.
Le loup dans la bergerie.
Une stratégie française murement réfléchie pour entretenir une insécurité permanente pour justifier
le maintien ses troupes dans la sous-région.
De plus en plus, le fait de prendre les armes et de s’opposer à l’Etat et d’avoir par la suite gain de
cause est en train de faire école. Pour les jeunes, l’alternative c’est peut-être de prendre les armes
pour être pris au sérieux par l’Etat et aussi par la communauté internationale. C’est une dynamique
qui est en train de naitre qui peut amener le pays vers des déchirures plus graves encore. (Issa
N’Diaye)
Au départ, on parlait d’un groupe islamique armé (GIA) d’Algérie qui s’est appelé le GSPC (le groupe
salafiste pour la prédication et le combat) avec des leaders comme Abou Zaid, Abdel Malik Drougdell
ou Moctar Bel Moctar, ce groupe s’est affilié à Al-Qaïda en 2007.
Moctar Bel Moctar était un moudjahid en Afghanistan contre les soviétiques, un maquisard kabyle, il
a une pratique très importante, a une très grande expérience de la guérilla et de la lutte clandestine
d’une part et d’autre part il est aussi impliqué de manière structurelle, organique dans tous les
trafics possibles c’est-à-dire drogue illicite, cocaïne etc. Il a une certaine envergure parce qu’il est
détenteur de l’argent.
Ayman Al-Zawahiri numéro 2 d’Al-Qaïda à l’époque : il faut que soit un os dans la gorge des croisés
français et américains et que cela distille la peur dans le cœur de ces traites.
Aqmi est devenu par ailleurs l’allié d’un autre mouvement : ançardine.
MUJAO. Ces combattants font référence à Osama Ben Laden pour l’action, mais en se concerne leur
idéologie, ils se réclament de nombreuses figures historiques de l’islam qui menaient déjà des
combats contre l’occupation coloniale dans les années 50. Il apparait comme une branche dissidente
d’AQMI, il a des liens avec une autre mouvance islamiste sévissant au Nigéria, il s’agit de la secte
radicale et violente de Boco haram.
Ces groupes sont une coalition qui est traversée de compétitions, de combats de chefs de guerre, de
toute sortes de velléités de prendre plus les uns par rapport aux autres mais fondamentalement ils
sont une greffe au sahel et la genèse est le GIA sans oublier son atomisation continue.
Il y a une certaine flexibilité dans la composition (l’entraide), ce qui fait leur force. Pas de liens
organiques.
La désétatisation, la disponibilité de l’armement venant de Lybie, l’étendue du terrain permettent
une certaine capacité de projection de ces forces.
D’un côté il y a cette théâtralité de l’islam, cette rhétorique religieuse.
De l’autre coté en réalité il y a l’économie politique du terrorisme (trafic d’armement, rapt d’otages.
Des nouvelles formes de guerre qui sont à la fois sur un versant de guérilla et des combats au corps à
corps, des opérations ponctuelles etc.
Une rhétorique culturaliste, civilisationnelle a fait perdre de vue l’opportunisme, l’affairisme qui sont
fondamentalement ce qui motivent ces groupes aux côtés d’un tout petit noyau d’idéologues qui ne
commandent plus.
L’auto-radicalisation que les nouvelles technologies permettent dans laquelle l’on peut évoluer (on
est très loin du besoin physique dont avaient besoin les organisations antérieures comme septembre
noir, les brigades rouges et autres).
Al-Qaïda, créée par la première génération d’islamistes transnationaux, est un projet transnational
de projection au niveau mondial à partir d’un site non arabe.
Cherchant à capitaliser sa victoire sur une des deux super puissance du monde à l’époque, l’URSS,
Al-Qaïda vit en gros son âge d’or entre 1995 et 2005, dix années durant lesquelles elle dessine une
logique linéaire suivant laquelle elle perpètre une vingtaine d’attaques sur douze villes à travers le
monde dont le 11 septembre. Gérant ce succès, elle entame à partir de 2006 une stratégie
consciente de régionalisation (parcellisation, atomisation) : la franchise. Elle crée six franchises plus
ou moins connus, en Iraq (Zarkaoui), un groupe secret en Europe (des attaques à Madrid et à
Londres), Al-Qaïda dans la péninsule arabique, en Afghanistan, en Egypte et AQMI. Mutation des
formes, mutation des individus, mutation des théâtres.
La puissance de la puissance (Bertrand) « c’est moins la quantité de la force physique que la capacité
à définir un projet, se donner les moyens de l’atteindre et effectivement poursuivre et gérer
tactiquement ce résultat à moindre frais ».
GSPC (groupe salafiste pour la prédication et le combat). Créé en Algérie en 1998 à la fin de la guerre
civile, ce groupe apparait sur un mode opératoire assez distinct : son théâtre est local, ses méthodes
sont les prises d’otages, attaques contre les postes frontières, recels entre autres (une prise d’otages
assez importante en 2003 : 32 otages européens, qui lui donne ses lettres de noblesse au niveau
terroriste). Des appels du pied à Al-Qaïda. Au bout du compte en septembre Ayman Al-Zawahiri
annonce le ralliement du GSPC qui devient en janvier 2007 AQMI.
Leur faiblesse.
Aussi transnationaux et militarisés qu’ils ont pu devenir, leur sociogenèse (développement du
comportement social de l’individu) est en mutation constante certes mais leur mode de
fonctionnement d’une économie politique du terrorisme est de plus en plus connu et donc permet
une capacité à les traiter avec à la fois les éléments militaires, ou de renseignements.
Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou, la guerre au Mali comprendre la crise au sahel et au
Sahara.
N’y aurait-il pas un historique spécifique au monde musulman qu’à trop vouloir chercher un pattern
universel on pourrait effacer ?
Il y a certes de grandes trajectoires locales, régionales qui informent la violence dans le monde
musulman contemporain.
La matrice de la fitna. Elle génère des dynamiques Trans sociales, ces divisions qui sont exacerbées
au sens existentiel (Syrie, Iraq), cette rivalité sunnite versus chiites qui est remise en scène
participent de ce mémoriel.
Le leg du fait colonial. L’étape postcoloniale autoritariste et sa violence inclue a généré des violences
transnationales, aussi la recolonisation.
Un troisième tropisme régional d’où nait la violence est la quête de l’authenticité dans l’activisme
des néo-salafistes tunisiens, syriens ou égyptiens.
Cependant