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Introduction Générale

Le discours philosophique se confronte à des difficultés liées à la formulation et à la compréhension des problèmes, nécessitant une distinction entre avoir des pensées et penser de manière critique. La philosophie doit d'abord poser correctement les problèmes avant de construire des concepts et de justifier les énoncés par des arguments solides. Enfin, le champ de la philosophie est défini par des notions floues, servant de point de départ pour une réflexion approfondie sur des questions universelles.

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Introduction Générale

Le discours philosophique se confronte à des difficultés liées à la formulation et à la compréhension des problèmes, nécessitant une distinction entre avoir des pensées et penser de manière critique. La philosophie doit d'abord poser correctement les problèmes avant de construire des concepts et de justifier les énoncés par des arguments solides. Enfin, le champ de la philosophie est défini par des notions floues, servant de point de départ pour une réflexion approfondie sur des questions universelles.

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NATURE et DIFFICULTES du DISCOURS PHILOSOPHIQUE

La pensée n’est pas un petit accident en quelqu’un. Presque tous nos biens et nos
maux viennent de pensées. Alain
None but ourselves can free our mind. Bob Marley

I des difficultés qui tiennent à l’objet « philosophie »

1. La philosophie est un exercice de pensée, dans l’horizon de l’universel.


Ce qui appelle 2 précisions immédiates : a) Il faudrait dire plus exactement du
penser même si cela sonne de manière curieuse en français. Pour insister, à l’aide
du verbe sur l’action de penser. Et b) poser l’universel comme un horizon signifie
qu’il est visé (mais pas nécessairement atteint) en ce que ce discours prétend dire
et valoir pour tout être humain. Ce dernier problème nous occupera toute l’année.
Mais on peut déjà travailler le premier.

D’où une première distinction entre : (A) avoir des pensées ET (B) penser

Et une première thèse paradoxale : Spontanément la pensée ne pense pas.

Rappel de vocabulaire : Spontané = ce qui se fait de soi-même, sans le besoin


d’une intervention extérieure.

Justification : Certes au sens (A), on pense toujours. On perçoit, on s’émeut, on se


souvient, on imagine, on rêve. L’esprit est toujours en activité. Il y a toujours une
idée qui nous passe par la tête, et il est très difficile de ne penser à rien. En dehors
souvent de la maitrîse même du sujet sur sa propre pensée.
Mais au sens (B) c’est-à-dire au sens restreint de raisonner, réfléchir, on ne pense
que face à un problème. Il est nécessaire qu’un étonnement préalable impulse la
réflexion. Et encore. Souvent face à un problème nous pouvons le nier ou le
déléguer à d’autres plutôt que de l’affronter. Le réchauffement climatique est un
problème bien repéré depuis plus de 30 ans…

En quoi consiste l’opération de penser ?

C’est le modèle médical qui peut servir de guide. Face à un mal, le médecin doit
d’abord le déterminer – c’est le diagnostic – puis proposer un traitement – c’est la
prescription. Il va de soi que c’est le premier geste qui est décisif. Une bonne
prescription faite sur la base d’un mauvais diagnostic serait sans effet voire
dangereuse. Il en va de même en philosophie. Le premier travail consiste donc à
poser correctement le problème. A le déterminer et donc à le formuler avec
exactitude.

Que je souffre est un fait. Mais de quoi je souffre c’est ce qu’il faut commencer par
construire.
Un exemple de problème mal posé tient dans l’expression : « il faut sauver la
planète » et des formules connexes du type « c’est bon pour la planète ». Or ce
n’est pas la planète qui est menacée par le réchauffement climatique mais
l’humanité elle-même.
Conclusion :
la tâche première de la philosophie est de construire des problèmes.
Comment prendre en charge un problème ?

A. Prendre en charge un problème avons-nous dit c’est d’abord penser sa


formulation avec le plus de soin et de précision possible. Avant de et pour pouvoir
espérer les résoudre ou quelquefois les dissoudre.

Il y aura donc 1) des problèmes indéterminés ou inaperçus donc invisibles. C’est le


cas des violences intra-familiales avant les années 2000. Elles existent mais faute
d’être nommées, elles ne peuvent même pas recevoir un commencement de
solution. Ce qui n’est pas nommé, n’a pas d’existence, (tout en en ayant une !?)
Il y aura 2) des problèmes mal formulés. C’est le cas de l’équivalence qu’on fait
entre taux de chômage et taux d’immigration comme si les immigrés venaient voler
le travail des indigènes.
Il y aura enfin 3) de faux problèmes. Des problèmes qui ne se posent pas alors qu’on
croit qu’ils se posent. La marine britannique au 17ème siècle a financé des
recherches savantes sur les serpents de mer géants pour s’en protéger. Ces
serpents de mer n’avaient que l’inconvénient de ne pas exister. Plus près de nous,
on pourrait citer l’explosion de la criminalité violente en France qui affole tant de
nos politiques...

Bref on peut avoir une réalité sans la pensée qui lui correspond (1),
inversement une pensée sans la réalité qui lui correspond (3) ou, entre les
deux, une pensée qui rend mal compte de la réalité dont elle traite (2)

*
B. Quoiqu’il en soit, pour mettre des mots justes sur des situations
réelles il faut construire des concepts. C’est la deuxième tâche de la
philosophie.
Le programme de la philosophie, on le rappelle, c’est penser le réel dans l’horizon
de l’universalité. Or le réel se donne à nous d’abord et toujours dans la particularité.
La perception qu’on en a, est particulière. La représentation qu’on peut en tirer
peut également en rester au niveau de la particularité. Comment dépasser ce stade
premier pour accéder à l’universel ? Pour cela il faut comprendre que penser au
sens de raisonner, c’est procéder par concepts.

Procéder par concepts, c’est-à-dire ni par sensations ou par sentiments (la célèbre
intuition dite féminine), ni par images (imagination, remémoration, rêve). Une image
se figure, se dessine, a une forme déterminée qui fait que c’est elle et pas une
autre. Un concept se donne dans du langage, et revêt donc un caractère abstrait.

Lecture du texte de Rousseau sur la différence entre idée générale et image

L’image d’un carré est une forme donnée : Le concept de carré, c’est sa définition :
la figure dont les quatre côtés sont égaux. Comme telle, elle vaut pour tous les
carrés quand l’image ci-dessus ne vaut que pour elle-même, car il y a des carrés
plus petits et d’autres plus grands.

Penser est donc une opération dans le langage (et comment penser sans mots ? ) :
c’est articuler des concepts et donc produire des énoncés (affirmatifs, négatifs ou
interrogatifs). L’unité élémentaire de la pensée c’est donc l’énoncé, la proposition.
Le mot, isolé n’est pas une pensée. Penser c’est lier ensemble plusieurs
déterminations. « Les carrés sont des quadrilatères. » est une pensée. « Carré »
n’est qu’un mot.

La question fondamentale devient donc : comment tirer (abstraire) l’universel à


partir du particulier. Opération dont La Fontaine donne le modèle.

De là la tension inscrite dans l’Art et dans les Religions à visée universelle.


Comment sans tension prétendre atteindre l’universel au sein du particulier ?

Reste la dernière question. Car que le problème soit précisément pensé, ne signifie
pas encore qu’il soit correctement pensé. Il faut distinguer précision (de la
formulation) et vérité (du compte-rendu de la réalité). Comment dès lors s’assurer
que le problème est bien construit ?

C. Comme toute activité intellectuelle qui a en vue la vérité, la philosophie


centre son attention sur la qualité des liaisons qu’elle construit. A ce titre les
opérations intellectuelles qu’elle met en œuvre sont gouvernées par une seule
exigence mais une exigence intégrale : que toute liaison, donc toute pensée donc
tout énoncé soit accompagné d’une raison, d’un fondement, d’un argument. Il s’agit
donc de construire des preuves. C’est la troisième et dernière tâche de la
philosophie. Pas de justification, pas de philosophie !

« La connaissance accompagnée de sa justification est science mais dépourvue de


justification elle reste en dehors de la science.
Celui qui ne peut donner ni recevoir l’explication rationnelle d’une chose reste dans
l’ignorance au sujet de cette chose. »
Platon, Théétète, 201c-202c

Ce qui implique que ce qui fait la valeur philosophique d’un texte n’est pas
tant ce qu’il dit mais comment il le dit et plus précisément comment il le
fonde. Son contenu a certes une importance mais seconde (= non pas secondaire,
qui vaut moins mais seconde qui vient après dans l’ordre des priorités). Ce qui
compte en premier c’est la présence et la solidité des arguments qui étayent son
propos. La philosophie comme les sciences est régie par une morale de la preuve.

Mais si tout en philosophie doit être assorti d’un fondement, cela signifie que le
problème dans lequel elle s’origine doit l’être lui aussi, en fait lui d’abord et même
lui surtout. Ce n’est pas que nos réponses à la question qui doivent être justifiées
mais d’abord le bien-fondé du problème lui-même. Pourquoi nous interrogeons-nous
sur telle ou telle chose et pourquoi l’interrogeons nous de cette manière ?

Que gagne-t-on à se soumettre à l’exigence de justification ?

Il suffit de penser l’alternative. Sans preuve, une croyance ne peut qu’être hasardée.
Au mieux je m’en remets à la supposée bonne foi de quelqu’un d’autre, ou à son
autorité, ou au pire, à sa seule force. Avoir une preuve c’est donc la possibilité de
sortir de l’hétéronomie, c’est-à-dire de l’action de s’en remettre, de se soumettre,
à la subjectivité d’un autre (c’est vrai parce que c’est ce qu’IL pense).
C’est aussi la possibilité du partage de la vérité de l’énoncé et donc son
universalisation possible puisque chacun peut réeffectuer par lui même le parcours
de la preuve avant d’accepter la vérité proposée. Ce qui caractérise une pensée
autonome.

C’est encore entrer dans un monde pacifié car ce qu’on ne peut soutenir que par
l’affirmation de sa seule subjectivité (c’est vrai parce que je le dis) ne peut
finalement être imposé aux autres que dans la violence d’un rapport de force. Ce
qu’on appelle un argument d’autorité.
C’est enfin avoir une vraie maîtrise sur ses pensées et au-delà sur les choses
puisque ce dont on connaît la raison d’être peut être produit ou détruit à volonté.

D. La délimitation du champ

Une science se définit par son champ, le vivant pour la biologie, l’animal pour la
zoologie, etc… Le champ de la philosophie nous est donné comme une liste de
notions. De là deux remarques :
– ce champ est arbitraire, pourquoi ces notions et pas d’autres ? Pourquoi dans cet
ordre et pas dans un autre ? (d’ailleurs l’ordre est si peu contraignant qu’il est
reconnu au professeur la liberté d’en adopter un autre si bon lui semble)
– il ne contient pas des problèmes ni même des concepts (= des termes
précisément définis) mais de simples notions c’est-à-dire une liste de mots aux
contours flous.
Il faut donc comprendre que les notions du programme ne sont qu’un point de
départ et avant tout un champ, c’est-à-dire un lieu (abstrait) où se développe la
réflexion mais pas la réflexion elle-même. Là où cela se passe mais non pas ce qui
se passe. De même que la salle de projection n’est pas le film, l’étude de la notion
n’est pas la visée de la philosophie mais l’espace dans lequel elle va construire des
problèmes.

Avec cette difficulté supplémentaire qu’en philosophie on en reste au niveau du


langage naturel sans pouvoir formaliser abstraitement le discours à l’aide de signes
conventionnels comme on peut le faire en mathématiques.

Le programme propose à l’étude dix-sept notions :


L’art Le bonheur La conscience
Le devoir L’État L’inconscient
La justice Le langage La liberté
La nature La raison La religion
La science La technique Le temps
Le travail La vérité

Lecture commentée du programme et spécialement des volets Perspectives et Notions

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