100 4.
LE GROUPE SYMÉTRIQUE ET SON DÉVISSAGE
4. Le langage des suites exactes
Le langage des suites exactes est commode pour exprimer le genre de phénomènes
observés ci-dessus pour n ď 4, et plus généralement les dévissages.
Définition 4.1. Une suite de n ě 2 morphismes de groupes
f f fn
G1 Ñ1 G2 Ñ2 ¨ ¨ ¨ Ñ Gn`1 ,
est dite exacte, si on a Im fi “ ker fi`1 pour i “ 1, . . . , n ´ 1.
f
Par exemple, dire que 1 Ñ G Ñ G1 est exacte signifie donc t1u “ ker f , i.e. que
le morphisme f est injectif : on ne précise par le morphisme 1 Ñ G, nécessairement
f
trivial. De même, G Ñ G1 Ñ 1 est exacte si, et seulement si, f est surjective.
i π
Définition 4.2. Une suite exacte de la forme 1 Ñ H Ñ G Ñ K Ñ 1 s’appelle
une suite exacte courte (en abrégé, s.e.c.).
L’exactitude d’une telle suite signifie donc que le morphisme i est injectif, que
π est surjectif, et que l’on a ker π “ Im i. Comme nous le verrons, les exemples de
suites exactes courtes abondent :
Exemple 4.3. (i) Pour tout entier n ě 2 on a une s.e.c.
i ε
1 Ñ An Ñ Sn Ñ t˘1u Ñ 1,
où i désigne encore l’inclusion naturelle et ε la signature.
(ii) Pour tout k-espace vectoriel V avec 1 ď dim V ă 8 on a une s.e.c.
i det
1 Ñ SLpV q ÝÑ GLpV q ÝÑ k ˆ Ñ 1.
(iii) Pour tout sous-groupe distingué H d’un groupe G on a une s.e.c. naturelle
i π
1 Ñ H Ñ G Ñ G{H Ñ 1,
où i est le morphisme d’inclusion et π la projection canonique.
La proposition facile suivante fait le lien entre dévissage et suite exacte courte.
Proposition 4.4. Soient H, G, K trois groupes. Il est équivalent de se donner :
i π
(i) une suite exacte 1 Ñ H Ñ G Ñ K Ñ 1,
„
(ii) un sous-groupe distingué H 1 Ă G et des isomorphismes i1 : H Ñ H 1 et
„
π 1 : G{H 1 Ñ K.
i π
Démonstration — Soit 1 Ñ H Ñ G Ñ K Ñ 1 une suite exacte. Alors H 1 :“ Im i
est un sous-groupe de G. On a aussi H 1 “ ker π par exactitude “au milieu”, et
donc H 1 est distingué dans G. Le morphisme injectif i induit un isomorphisme
„
i1 : H Ñ H 1 , et par le premier théorème d’isomorphisme, le morphisme surjectif
π induit un isomorphisme π 1 : G{H 1 Ñ K.
Réciproquement, soient pH 1 , i1 , π 1 q comme dans le (ii). On pose i : H Ñ G, h ÞÑ
i1 phq, et on note π : G Ñ K la composée de la projection canonique G Ñ G{H 1 et
de l’isomorphisme π 1 : G{H 1 Ñ K. Par construction, i est un morphisme injectif,
5. LE DÉVISSAGE DE Sn 101
i
π est un morphisme surjectif, et on a ker π “ H 1 “ Im i. Ainsi, la suite 1 Ñ H Ñ
π
G Ñ K Ñ 1 est exacte. Cela conclut car il est clair que les deux constructions
pi, πq Ø pH 1 , i1 , π 1 q sont inverses l’une de l’autre. l
C’est toujours plus précis de nommer les morphismes apparaissant dans une
suite exacte. On omet parfois de le faire, soit pour ceux qui sont naturels (inclusion
canonique d’un sous-groupe, projection canonique...), soit parce que cela ne présente
pas d’intérêt particulier pour notre propos, ou encore quand les morphismes utilisés
sont le fruit d’un choix que l’on ne veut pas préciser (comme les choix, arbitraires,
d’isomorphisme SP » S3 et ker f » Z{2Z ˆ Z{2Z plus haut). Dans ce langage, et
par la Proposition 4.4, les dévissages de S3 , S4 et A4 étudiés en Section 3 s’écrivent :
Corollaire 4.5. Il existe des suites exactes :
(i) 1 Ñ Z{3Z Ñ S3 Ñ Z{2Z Ñ 1,
(ii) 1 Ñ Z{2Z ˆ Z{2Z Ñ S4 Ñ S3 Ñ 1,
(iii) 1 Ñ Z{2Z ˆ Z{2Z Ñ A4 Ñ Z{3Z Ñ 1.
Bien noter en revanche que le morphisme S5 Ñ S6 étudié au chapitre précédent
ne s’insère pas dans une suite exacte courte : il n’est pas surjectif et son image n’est
(comme on le verra !) pas distinguée dans S6 .
Exemple 4.6. (Groupe diédral) Soit n ě 3. Le groupe diédral D2n est le sous-
groupe de Sn engendré par le n-cycle c “ p1 2 . . . nq et l’élément τ défini par τ piq “
n ` 1 ´ i pour i “ 1, . . . , n. On a les relations τ 2 “ 1 et τ cτ ´1 “ pn n ´ 1 . . . 2 1q “
c´1 . Le sous-groupe C “ xcy de D2n , cyclique d’ordre n, est donc distingué. Il ne
contient pas τ (car τ cτ ´1 “ c´1 ‰ c pour n ą 2), et on a donc D2n “ Cxτ y puis
ž
D2n “ C Cτ et |D2n | “ 2n.
Par exemple, on a D6 “ S3 (plus petit groupe diédral), et D8 est un 2-Sylow de S4 .
On a C » Z{nZ et donc (Proposition 4.4) une s.e.c.
1 Ñ Z{nZ Ñ D2n Ñ Z{2Z Ñ 1.
Le groupe D2n n’est pas commutatif, en particulier il n’est pas isomorphe à Z{nZ ˆ
Z{2Z. Comme nous le verrons, il s’identifie naturellement au groupe des isométries
d’un polygone régulier du plan à n côtés.
Définition 4.7. Si G, H et K sont des groupes donnés, on dira que G est
extension de K par H s’il existe une suite exacte courte 1 Ñ H Ñ G Ñ K Ñ 1 9.
On appelle aussi extension de K par H la donnée d’une telle suite.
Ainsi, S4 est une extension de S3 par le groupe de Klein, et D2n est une extension
de Z{2Z par Z{nZ.
5. Le dévissage de Sn
Les résultats suivants étaient connus de Galois, mais les premières démonstra-
tions semblent dues à Jordan.
9. Bien noter l’ordre de K et H dans cette terminologie Bourbakiste.
102 4. LE GROUPE SYMÉTRIQUE ET SON DÉVISSAGE
Théorème 5.1. Les seuls sous-groupes distingués de Sn sont t1u, An , Sn , ainsi
que K4 dans le cas particulier n “ 4.
Démonstration — On a déjà vu que les sous-groupes de l’énoncé sont distingués.
Soit H un sous-groupe distingué non trivial de Sn . Notons que si H contient une
transposition, alors H contient toutes les transpositions (elles sont conjuguées) et
on a donc H “ Sn (elles sont génératrices). De plus, pour h P H et σ P Sn observons
rh, σs :“ hσh´1 σ ´1 “ phσh´1 qσ ´1 “ hpσh´1 σ ´1 q.
La dernière écriture, et H Ÿ Sn , montrent rh, σs P H. La seconde écriture montre
e.g.
rh, pi jqs “ phpiq hpjqqpi jq´1 P H, @1 ď i ă j ď n.
Ainsi, on a trouvé un élément de H dont le support est dans ti, j, hpiq, hpjqu (tech-
nique dite de réduction du support).
Supposons d’abord que H contienne un élément h possédant un cycle de longueur
ě 3 dans sa décomposition en cycles. Écrivant ce cycle pi j k . . . q, on a alors
rh, pi jqs “ pj kqpi jq “ pi k jq P H.
Comme les 3-cycles sont conjugués dans Sn pour n ě 3, on a donc H Ą An , puis
H “ An ou H “ Sn .
On peut donc supposer que tous les éléments non triviaux de H sont des produits
de ě 2 transpositions à supports disjoints, et en particulier n ě 4. Dans le cas
n “ 4, ce sont nécessairement des doubles transpositions, et comme ces dernieres
sont conjuguées dans S4 , on constate H “ K4 . On peut donc supposer n ě 5.
Écrivons h “ pi jqpk lq... (décomposition en cycles). On en déduit que H contient la
double transposition rh, pi kqs “ pj lqpi kq, et donc toutes les doubles transpositions
par conjugaison. Il contient donc pj lqpi mq pour tout entier m distinct de i, j, k et l
(il en existe car n ě 5). Mais alors H contient le 3-cycle pj lqpi kqpj lqpi mq “ pi m kq,
qui n’est pas produit de transpositions à supports disjoints. l
On a déjà vu A1 “ A2 “ t1u, A3 » Z{3Z et que le groupe A4 n’est pas simple.
Nous laissons au lecteur le soin de montrer que les sous-groupes distingués de A4
sont 1, K4 et A4 . La situation est radicalement différente pour n ě 5.
Théorème 5.2. Le groupe An est simple (non abélien) pour n ě 5.
Bien noter que ce résultat ne se déduit pas immédiatement du précédent, car si on
a K Ÿ H et H Ÿ G il n’est pas vrai en général que l’on a K Ÿ G (voir l’Exercice 4.11).
On s’en sort toutefois par une approche est similaire à celle de la preuve du théorème
ci-dessus.
Démonstration — Soit H Ă An distingué avec H ‰ 1 et n ě 5. On va montrer
H “ An . Il suffit de voir que H contient un 3-cycle car ces derniers sont conjugués
dans An et l’engendrent pour n ě 5 (Propositions 2.15 et 2.17). Fixons h P H ´ t1u.
Supposons d’abord n “ 5. En considérant les décompositions en cycles possibles,
on constate que h est soit un 3-cycle, soit une double-transposition, soit un 5-cycle. Si
h est un 3-cycle, on a gagné. Si h est une double-transposition pa bqpc dq, H contient
aussi rh, pc d eqs “ pc e dqpc d eq´1 “ pc e dq2 “ pc d eq : encore gagné. Enfin si h est
6. COMMUTATEURS ET GROUPES DÉRIVÉS 103
un 5-cycle pa b c d eq, H contient aussi rh, pc d eqs “ pd e aq pc d eq´1 “ pa d cq, ce qui
conclut.
Considérons maintenant le cas général. Fixons τ “ pa b cq un 3-cycle, et regardons
rh, pa b cqs “ phpaq hpbq hpcqq pa c bq P H
Vérifions qu’on peut choisir τ tel que rh, pa b cqs ‰ 1. Comme h ‰ 1, il existe a tel
que hpaq ‰ a, et on peut donc poser b “ hpaq, puis choisir c R ta, b, hpbqu car n ě 4.
Dans ce cas rh, pa b cqs envoie c sur hpbq ‰ c, ce que l’on voulait. D’autre part, le
support de s :“ rh, pa b cqs est inclus dans ta, b, c, hpbq, hpcqu qui a ď 5 éléments. On
peut donc voir s comme une permutation paire (non triviale) d’un sous-ensemble
C à 5 éléments de t1, . . . , nu, et fixant le complémentaire C 1 de C. Le sous-groupe
G de An fixant C 1 est isomorphe à A5 . De plus, H X G est trivialement distingué
dans G, car H Ÿ An , et il contient l’élément s ‰ 1. D’après le cas n “ 5 on a donc
H X G “ G, i.e. G Ă H, et donc H contient tous les 3-cycles de support dans C. l
Un exemple de corollaire à ces résultats est le suivant. Il montre par exemple que
l’action exotique de S5 sur t1, . . . , 6u est automatiquement fidèle.
Corollaire 5.3. (i) Pour n ‰ 4, toute action de An est fidèle ou triviale.
(ii) Une action transitive de Sn sur un ensemble à m ą 2 éléments est fidèle,
sauf peut-être si n “ 4 et m “ 3 ou 6.
Démonstration — Le (i) vaut pour tout groupe simple (ou trivial) : le noyau d’une
action d’un tel groupe G est un sous-groupe distingué, c’est donc soit t1u (action
fidèle), soit G (action triviale).
Pour le (ii), supposons que G :“ Sn agit transitivement sur X avec |X| “ m.
Soit x P X ; on a |Ox | “ m (action transitive) et donc |Gx | “ |Sn |{m ă n!{2 (orbite-
stabilisateur). Mais le noyau de l’action de G sur X est un sous-groupe distingué
K Ă Sn inclus dans Gx , et donc de cardinal ă n!{2. Par le Théorème 5.1 on a donc
soit K “ t1u, soit n “ 4, K “ K4 et par Lagrange 4 “ |K| divise 4!{m “ |Gx |, i.e.
m | 6. l
Remarque 5.4. En utilisant un morphisme surjectif S4 Ñ S3 on construit aisé-
ment des actions transitives de S4 de noyau K4 sur des ensembles à 3 ou 6 éléments.
Le morphisme surjectif Sn Ñ S2 (signature !) construit aussi une action transitive
de Sn sur t1, 2u pour tout n ě 2, de noyau An .
6. Commutateurs et groupes dérivés
La notion de commutateur a joué un rôle important dans les démonstrations
ci-dessus. Discutons-les plus généralement. Si x, y P G, on appelle commutateur du
couple px, yq l’élément 10
rx, ys “ xyx´1 y ´1 .
On a donc rx, ys “ 1 si et seulement si xy “ yx. Si A et B sont deux parties de G,
on note rA, Bs le sous-groupe de G engendré par les ra, bs avec a P A et b P B.
Définition 6.1. Le groupe dérivé d’un groupe G est le sous-groupe DpGq :“
rG, Gs engendré par les rx, ys avec x, y P G.
10. Certains auteurs le définissent plutôt comme x´1 y ´1 xy. Cela n’a que peu d’incidence.
104 4. LE GROUPE SYMÉTRIQUE ET SON DÉVISSAGE
On a évidement DpGq “ t1u si, et seulement si, G est abélien.
Remarque 6.2. B Les commutateurs ne forment pas un sous-groupe en général,
d’où la nécessité de considérer le sous-groupe engendré dans la définition de DpGq.
Par exemple, Guralnick a montré 11 que le plus petit groupe fini G pour lequel DpGq
n’est pas constitué de commutateurs est d’ordre 96.
Exemple 6.3. Si σ P G est conjugué dans G à son carré, alors σ est un commu-
tateur. En effet, on a σ 2 “ τ στ ´1 , et donc σ “ rσ ´1 , τ s (voir l’Exercice 4.28 pour
une généralisation). Comme le carré d’un 3-cycle est un 3-cycle, et que les 3-cycles
sont conjugués dans Sn pour tout n, et même dans An pour n ě 5, on en déduit que
les 3-cycles sont des commutateurs de Sn , et même des commutateurs de An pour
n ě 5.
L’observation suivante est aussi importante que triviale.
Fait 6.4. Si f : G Ñ G1 est un morphisme de groupes, on a pour tout x, y P G
f prx, ysq “ rf pxq, f pyqs, et donc f pDpGqq Ă DpG1 q, avec égalité si f est surjective
Par exemple, on a DpHq Ă DpGq pour H sous-groupe de G. Un sous-groupe C d’un
groupe G est dit caractéristique si on a αpCq Ă C pour tout α P AutpGq. On a alors
αpCq “ C pour tout α P AutpGq (considérer α´1 ) et aussi C Ÿ G (prendre pour α
un automorphisme intérieur).
Corollaire 6.5. DpGq est un sous-groupe caractéristique de G.
Démonstration — C’est le fait ci-dessus appliqué à un automorphisme de G. l
Corollaire 6.6. Soit G un groupe.
(i) Tout morphisme f : G Ñ G1 avec G1 abélien vérifie DpGq Ă ker f .
(ii) Pour H Ÿ G, alors G{H est abélien si, et seulement si, H contient DpGq.
Démonstration — Pour le (i), on a f prx, ysq “ rf pxq, f pyqs “ 1 pour tout x, y P G,
donc DpGq Ă ker f . Pour le (ii), on constate rxH, yHs “ rx, ysH. C’est aussi la
relation πprx, ysq “ rπpxq, πpyqs pour π : G Ñ G{H. Ainsi, xH et yH commutent
dans G{H si, et seulement si, on a rx, ys P H. l
D’après le (ii) ci-dessus, DpGq est le plus petit sous-groupe distingué de G de
quotient abélien. Le groupe quotient Gab :“ G{DpGq s’appelle l’abélianisé G. C’est
le plus grand quotient abélien de G. Terminons par une étude des groupes dérivés
successifs de Sn .
Proposition 6.7. Soit n ě 1 un entier. On a
(i) DpSn q “ An ,
(ii) DpAn q “ An pour n ě 5,
(iii) DpA4 q “ K4 et DpAn q “ t1u pour n ď 3.
11. Robert Guralnick, Commutators and commutator subgroups, Adv. in Math. 45, 319–330
(1982)
6. COMMUTATEURS ET GROUPES DÉRIVÉS 105
Démonstration — En 12 considérant la signature, on constate DpSn q Ă An . Ces
deux groupes sont triviaux pour n ď 2, donc on suppose définitivement n ě 3.
Comme les 3-cycles engendrent An , l’Exemple 6.3 montre les point (i) et (ii).
Pour le cas restant n “ 4 on a DpA4 q Ă K4 en considérant un morphisme
A4 Ñ A3 de noyau K4 . On a l’égalité en observant, pour a, b, c, d distincts, l’égalité
rpa b cq, pa b dqs “ pb c dqpa b dq´1 “ pa bqpc dq. l
Remarque 6.8. Ore a démontré dans cet article 13 que tout élément de An est
un commutateur de deux éléments de Sn , et que pour n ě 5 tout élément de An est
un commutateur de deux éléments de An .
Pour n ě 0 on pose D0 pGq “ G et on définit récursivement, pour n ą 1,
Dn pGq “ DpDn´1 pGqq.
C’est une suite décroissante (au sens large) de sous-groupes caractéristiques de G.
Définition 6.9. Un groupe G est dit résoluble s’il existe un entier n ě 0 tel que
Dn pGq “ t1u. Le plus petit tel n est alors appelé classe (de résolubilité) de G.
Les groupes abéliens sont trivialement résolubles de classe ď 1. D’après la Pro-
position 6.7, on a :
Corollaire 6.10. Le groupe Sn (resp. An ) est résoluble, si et seulement si, on
a n ď 4.
Ce résultat est particulièrement significatif du point de vue de la théorie de Galois
(voir le Complément en Section 9). La Proposition 6.7 montre aussi que S3 et S4
sont résolubles de classe 2 et 3 respectivement. De même, D2n est résoluble de classe
2 pour n ě 3. La propriété d’être résoluble est stable par passage au sous-groupe,
au quotient et par extension :
Proposition 6.11. Soient G un groupe et H un sous-groupe distingué de G.
Alors G est résoluble si, et seulement si, les groupes H et G{H le sont. En outre, si
G, H, K sont résolubles de classes n, a, b respectivement, alors a, b ď n et n ď a ` b.
Démonstration — Pour tout j ě 0, on a Dj pHq Ă Dj pGq, et si π : G Ñ G{H
est la projection canonique, on a aussi πpDj pGqq “ Dj pG{Hq par le Fait 6.4.
Ainsi, si Dn pGq “ t1u pour un certain n ě 1 on a Dn pHq “ t1u “ Dn pG{Hq.
Si réciproquement Da pHq “ t1u et Db pG{Hq “ 1 pour certains a, b ě 1. On a
alors πpDb pGqq “ t1u, donc Db pGq Ă H, puis Da`b pGq Ă Da pHq “ t1u, et donc
Da`b pGq “ t1u. l
Remarque 6.12. (i) On peut montrer que le plus petit groupe simple non
abélien est A5 . On en déduit par récurrence sur le cardinal du groupe que
tout groupe d’ordre ă 60 est résoluble, d’après la Proposition 6.11.
(ii) Burnside a démontré que tout groupe d’ordre pa q b , avec p, q premiers, est
résoluble. Nous reviendrons sur ce résultat à la fin du cours.
12. Un argument massue serait d’utiliser la simplicité de An pour n ě 5.
13. O. Ore, Some remarks on commutators, Proc. A. M. S. Vol. 2, 307–314 (1951).