Chapitre 3
Groupes abéliens de type fini
Le premier but de ce chapitre est de classifier à isomorphisme près les groupes
abéliens de type fini. C’est le cas par exemple du sous-groupe d’un groupe donné
quelconque engendré par une famille finie d’éléments qui commutent 2 à 2. Le cas
crucial est celui des groupes abéliens finis.
La méthode suivie passe par l’étude des caractères d’un tel groupe G, c’est à dire
des morphismes G → C× . C’est pourquoi nous commençons par illustrer l’intérêt
de ces derniers en expliquant, suivant Gauss et Weil, comment utiliser les caractères
du groupe (Z/pZ)× (comme le symbole de Legendre) pour déterminer le nombre de
solutions dans Z/pZ de l’équation y 2 = x3 + 1.
Nous montrons ensuite comment les caractères de G, pour G abélien fini, per-
mettent de décomposer à la Fourier l’espace des fonctions G → C. C’est l’un des
points de départ de la théorie des représentations des groupes finis, qui fera l’objet
du dernier chapitre du cours, et dont on donne une première application ici aux
déterminants de groupes, suivant Dedekind. Le lemme technique clé est le lemme de
prolongement des caractères, dont on donne deux démonstrations différentes. L’ana-
logie à avoir en tête ici est que les caractères sont aux groupes abéliens finis ce que
les formes linéaires sont aux espaces vectoriels.
Le lemme de prolongement permet de montrer simplement que tout groupe abé-
lien fini est produit de groupes cycliques. La question de l’unicité d’une telle dé-
composition, plus délicate, est aussi étudiée. Une méthode assez similaire permet de
donner la structure des groupes abéliens de type fini généraux. Le cas particulier
des réseaux de Rn est important. On conclut par une discussion culturelle du groupe
des points d’une courbe elliptique.
1. Caractères et y 2 = x3 + 1 sur Z/pZ
Définition 1.1. Un caractère (ou caractère linéaire) d’un groupe G est un mor-
phisme de groupes G → C× . On note G b l’ensemble des caractères de G.
Le groupe C× étant commutatif, rappelons que G b = Hom(G, C× ) est muni d’une
loi de groupe abélien naturelle : le produit de deux caractères χ, ψ ∈ Gb est la fonction
×
χψ : G → C , g 7→ χ(g)ψ(g). Son élément neutre est le caractère trivial 1 (envoyant
tout g ∈ G sur 1) et l’inverse d’un caractère χ est le caractère χ−1 : g 7→ χ(g)−1 .
Pour cette loi, G b est appelé groupe des caractères, ou groupe dual, du groupe G.
Comme nous le verrons, l’étude de G b s’avèrera particulièrement pertinente quand G
est abélien fini.
Remarque 1.2. Si G est fini d’ordre n, et si χ ∈ G, b on a χ(G) ⊂ µn . En effet,
la relation g = 1 dans G (Lagrange) entraîne χ(g) = 1 dans C× pour tout χ ∈ G.
n n b
−1
En particulier, G
b est un groupe abélien fini, et on a aussi χ = χ.
57
58 3. GROUPES ABÉLIENS DE TYPE FINI
Il est aisé de déterminer les caractères d’un groupe cyclique :
Proposition 1.3. Soit G un groupe cyclique d’ordre n engendré par g ∈ G.
Pour tout ζ ∈ µn il existe un unique caractère χζ de G tel que χζ (g) = ζ. De plus,
∼ b
l’application ζ 7→ χζ est un isomorphisme de groupes µn → G.
Démonstration — Soit ζ ∈ µn . L’unicité de χζ est claire car on a nécessairement
χζ (g k ) = ζ k pour k ∈ Z. Pour l’existence, on constate que l’application χζ : G →
0
C× , g k 7→ ζ k , est bien définie, car pour k, k 0 ∈ Z on a g k = g k =⇒ k ≡ k 0 mod
0
n =⇒ ζ k = ζ k . C’est clairement un morphisme de groupes, i.e. un caractère de
G, vérifiant χζ (g) = ζ. On a donc défini une application µn → G, b ζ 7→ χζ , injective
(car χζ (g) = ζ) et surjective par la Remarque précédente. C’est trivialement un
morphisme de groupes car on a χζ χζ 0 = χζζ 0 , c’est donc un isomorphisme.
Les caractères du groupe (Z/nZ)× , appelés caractères de Dirichlet, ont un côté
plus mystérieux. Un exemple typique est donné par le caractère de Legendre
x
λ : (Z/pZ)× → {±1}, x 7→ ( ),
p
déjà rencontré, qui est défini pour p premier impair et encode la répartition des
carrés de (Z/pZ)× . C’est l’unique caractère d’ordre 2 de (Z/pZ)× . En effet, un tel
caractère doit envoyer un générateur g de (Z/pZ)× sur −1, et donc un carré g 2k sur
1, et un non carré g 2k+1 sur −1 : c’est λ. Donnons un autre exemple.
Exemple 1.4. (Cubes de (Z/pZ)× et caractères cubiques) Considérons le mor-
phisme f : (Z/pZ)× → (Z/pZ)× , x 7→ x3 , d’image le sous-groupe Cubesp des cubes
de (Z/pZ)× (aussi noté (Z/pZ)×,(3) au §5 Chap. 2). Pour fixer les idées, choisissons
un générateur g du groupe (Z/pZ)× (Gauss), de sorte que Cubesp est engendré par
g 3 , et donc d’indice pgcd(p − 1, 3). Il y a deux cas très différents :
(Cas a) p 6≡ 1 mod 3. On a Cubesp = (Z/pZ)× , donc tout élément est un cube.
C’est même le cube d’un unique élément. En effet, f est surjective et est
donc bijective pour des raisons de cardinal. Alternativement, on peut dire
aussi que ker f est trivial car un élément non trivial de ker f serait d’ordre 3
dans (Z/pZ)× , mais 3 ne divise pas p − 1.
(Cas b) p ≡ 1 mod 3. Dans ce cas, le plus intéressant !, Cubesp est un sous-groupe
d’indice 3 de (Z/pZ)× . On a donc trois classes
(Z/pZ)× /Cubesp = {Cubesp , g Cubesp , g 2 Cubesp } ' Z/3Z.
Posons j = e2iπ/3 . D’après la Proposition 1.3, il existe exactement 2 caractères
non triviaux c : (Z/pZ)× → C× tels que c3 = 1, à savoir les caractères χj et
χj 2 = χ2j , avec χj (g) = j. On pose c = χj . Il faut bien noter qu’il dépend du
choix du générateur g, mais que l’ensemble {c, c2 } ne dépend pas de ce choix :
c’est l’ensemble des deux caractères d’ordre 3 de (Z/pZ)× . Observons que c
prend l’unique valeur 1 sur Cubesp , j sur gCubesp et j 2 sur g 2 Cubesp . En
particulier, on a encore c(x) = 1 si, et seulement si, x est un cube, mais il y a
deux types de non cubes : les x tels que c(x) = j, et ceux tels que c(x) = j 2 .
Les caractère de Dirichlet sont particulièrement importants en théorie des nom-
bres, notamment car ils interviennent de manière cruciale dans la démonstration du
théorème de la progression arithmétique (Dirichlet). Cette démonstration, de nature
1. CARACTÈRES ET y 2 = x3 + 1 SUR Z/pZ 59
analytique, sort du cadre de ce cours. 1 À la place, en guise de motivation, nous allons
voir comment les caractères de (Z/pZ)× , avec p premier, permettent aussi d’étudier
le nombre de solutions de certaines équation polynomiales sur Z/pZ, en considérant
précisément le cas de l’équation
y 2 = x3 + 1, avec x, y ∈ Z/pZ.
Nous suivrons pour cela la méthode introduite par Weil dans son article fameux
Numbers of solutions of equations in finite fields. 2 On pose donc
Sp = {(x, y) ∈ (Z/pZ)2 | y 2 = x3 + 1}.
En général, on a |Sp | ≤ 2p car pour chaque x, l’élément x3 + 1 a au plus deux racines
carrés (opposées) y dans Z/pZ. Par exemple, pour p = 2 on a S2 = {(1, 0), (0, 1)},
puis |S2 | = 2. Plus généralement :
Lemme 1.5. Pour p 6≡ 1 mod 3 on a |Sp | = p.
Démonstration — En effet, pour un tel p l’application Z/pZ → Z/pZ, x 7→ x3 ,
est bijective par le cas (a) de la Remarque 1.4, de sorte que l’application Sp →
Z/pZ, (x, y) 7→ y, est aussi bijective.
Le cas p ≡ 1 mod 3 est sensiblement plus fin ! Supposons par exemple p = 7. Les
carrés de Z/7Z sont {0, 1, 2, 4}, et les cubes {0, 1, −1}, donc les seules solutions sont
celles associées aux identités 1 ≡ 0 + 1 (1 · 2 solutions), 2 ≡ 1 + 1 ( 3 · 2 solutions)
et 0 ≡ −1 + 1 (3 · 1 solutions), et on a donc |S7 | = 2 + 6 + 3 = 11. On a aussi
l’observation élémentaire :
Lemme 1.6. Pour p ≡ 1 mod 3 on a |Sp | ≡ 2 mod 3 et |Sp | ≡ 1 mod 2.
Démonstration — Pour p ≡ 1 mod 3, les fibres de (Z/pZ)× → (Z/pZ)× , x 7→ x3
ont 3 éléments. En particulier, (Z/pZ)× contient un élément d’ordre 3, disons ω.
L’application ϕ : (x, y) 7→ (ωx, y) est alors une bijection de Sp vérifiant ϕ3 = id.
Comme ses uniques points fixes sont les deux éléments (0, ±1), on a |Sp | ≡ 2 mod 3
par le Corollaire 1.9 Chap. 1. La seconde congruence se démontre de même en
considérant l’involution (x, y) 7→ (x, −y), qui a pour points fixes les (x, 0) avec
x3 = −1, i.e. x = −1, −ω, −ω 2 (on a utilisé p 6= 2).
On suppose désormais p ≡ 1 mod 3. Nous allons voir d’une part que p s’écrit de
manière unique sous la forme A2 + 3B 2 avec A, B ∈ N, et d’autre part qu’il existe
un lien surprenant cette écriture et |Sp |. Nous attribuerons cet énoncé à Gauss, car
c’est une variante de la célèbre last entry de son journal mathématique (1814). À ce
stade il sera plus clair de faire l’observation élémentaire suivante :
Lemme 1.7. Soient d ≥ 1 entier et p un nombre premier. Il existe au plus un
couple d’entiers (a, b) ∈ N2 , ou deux pour d = 1, avec p = a2 + db2 .
Reportons la démonstration de ce lemme à la fin de la section. Le résultat de
Gauss est le suivant :
1. Voir le cours d’Arthmétique de J.-P. Serre, ou Multiplicative number theory de H. Davenport.
2. Bull. Amer. Math. Soc. 55(5), 497–508 (1949). Cette méthode est elle-même inspirée de
travaux de Gauss, Jacobi, Hasse et Davenport : nous renvoyons à l’article de Weil pour plus de
références historiques.
60 3. GROUPES ABÉLIENS DE TYPE FINI
Théorème 1.8. (Gauss) Soit p un nombre premier ≡ 1 mod 3. Alors p s’écrit de
manière unique sous la forme p = A2 +3B 2 avec A, B ∈ Z, B ≥ 0 et A ≡ −1 mod 3.
De plus, on a la relation |Sp | = p + 2A.
Par exemple pour p = 7, on a 7 = 22 + 3 · 12 donc A = 2, et on retrouve
|S7 | = 7+4 = 11. Voir la Table 1 pour plus d’exemples. En pratique, A est beaucoup
p 7 13 19 31 37 43 61 67 73 79 97 103 109
|Sp | 11 11 11 35 47 35 47 83 83 83 83 83 107
A 2 −1 −4 2 5 −4 −7 8 5 2 −7 −10 −1
B 1 2 1 3 2 3 2 3 2 5 4 1 6
Table 1. Quelques valeurs de |Sp |, A et B.
plus simple à déterminer que |Sp | ! Bien noter que la congruence sur A détermine le
signe à choisir pour A. L’inégalité évidente A2 < p entraîne l’inégalité suivante, qui
confirme et précise l’heuristique naturelle 3 selon laquelle on pourrait avoir |Sp | ≈ p.
√
Corollaire 1.9. Pour tout premier p on a ||Sp | − p| < 2 p.
La démonstration du Théorème 1.8 va nous occuper jusqu’à la fin de cette section.
Nous allons faire grand usage des caractères de (Z/pZ)× , et ce dès la proposition
suivante. Pour a ∈ Z/pZ et n ≥ 1 on pose
N(xn = a) = |{x ∈ Z/pZ | xn = a}|.
Si χ est un caractère de (Z/pZ)× , on le prolongera toujours en une fonction Z/pZ →
C en posant χ(0) = 0, sauf si χ = 1 auquel cas on pose χ(0) = 1. Cette convention
d’apparence curieuse assurera l’élégance des énoncés (comme le suivant). Noter qu’on
a encore χ(ab) = χ(a)χ(b) pour tout a, b ∈ Z/pZ (car ab = 0 ⇔ a = 0 ou b = 0}).
Proposition 1.10. Pour tout a ∈ Z/pZ on a N(xn = a) = χ χ(a), la somme
P
portant sur les m caractères χ de (Z/pZ)× vérifiant χm = 1, avec m = (n, p − 1).
Démontrons d’abord seulement les deux cas particuliers n = 2 et 3 de cette
proposition, les seuls nécessaires à la démonstration du le Théorème 1.8. Dans le cas
n = 2 et p > 2, la Proposition s’écrit :
a
(11) N(x2 = a) = 1 + ( ).
p
C’est vrai, comme on le voit en distinguant les 3 cas a = 0 (les deux termes valent
1), a carré non nul (les deux termes valent 2) et a non carré (les deux termes valent
0) ! Pour n = 3 et p ≡ 1 mod 3, l’Exemple 1.4 montre que la Proposition s’écrit :
(12) N(x3 = a) = 1 + c(a) + c2 (a).
Là encore, on constate que les deux termes valent 1 si a = 0. Si a = b3 6= 0 est un
cube, alors x3 = a a pour trois solutions b, bω et bω 2 et on a par définition a ∈ ker c :
3. En effet, il y a environ p/2 carrés et p/3 cubes dans Z/pZ, de sorte que s’il sont “bien répartis”
on s’attend à ce qu’environ p/6 carrés soient des cubes plus 1. Comme un carré (resp. un cube)
non nul est le carré de 2 (resp. 3) éléments, on s’attend donc à avoir |Sp | ' 6 · p/6 = p.
1. CARACTÈRES ET y 2 = x3 + 1 SUR Z/pZ 61
ça marche encore. Enfin, si a n’est pas un cube on a c(a) = j ou j 2 , et on conclut
car 0 = 1 + j + j 2 . La démonstration de la Proposition 1.10 est similaire en général,
et reportée à la fin de la section.
On a Sp ∼ {(x, y) ∈ (Z/pZ)2 | y 2 + x3 = 1} par changement de variable x 7→ −x.
Le point de départ de la méthode de Weil est la formule évidente :
X
(13) |Sp | = N(y 2 = a) N(x3 = b),
a+b=1
la somme portant sur les couples (a, b) ∈ (Z/pZ)2 avec a + b = 1. En appliquant les
Formules (11) et (12), la Formule (13) s’écrit alors :
X
(14) |Sp | = (1 + λ(a))(1 + c(b) + c2 (b)).
a+b=1
Cela conduit à introduire, pour deux caractères χ, ψ de (Z/pZ)× la somme de Jacobi
X
J(χ, ψ) = χ(a)ψ(b),
a+b=1
la somme portant sur les (a, b) ∈ (Z/pZ)2 avec a + b = 1. C’est un nombre complexe
qui est somme finie de racines p − 1-èmes de l’unités. La Formule (14) se ré-écrit
|Sp | = J(1, 1) + J(1, c) + J(1, c2 ) + J(λ, 1) + J(λ, c) + J(λ, c2 ).
Lemme 1.11. On a J(1, χ) = J(1, χ) = 0 pour χ 6= 1, et J(1, 1) = p.
P
Démonstration — On a J(1, χ) = J(1, χ) = a∈Z/pZ χ(a). L’égalité J(1, 1) = p
est donc évidente. L’annulation J(1, λ) = 0 résulte alors par exemple de ce qu’il y a
autant de carrés que de non carrés dans (Z/pZ)× . Pour χ général et x ∈ (Z/pZ)× ,
on a χ(x)J(1, χ) = J(1, χ) par le changement de variable bijectif a 7→ ax dans Z/pZ.
On en déduit J(1, χ) = 0 pour χ 6= 1 en choisissant x tel que χ(x) 6= 1.
En utilisant J(λ, c2 ) = J(λ, c) (car λ = λ et c = c2 ) on obtient finalement
(15) |Sp | = p + J(λ, c) + J(λ, c).
L’information finale cruciale sur les J(λ, c) est donnée par la proposition suivante :
Proposition 1.12. Pour χ, ψ, χψ non triviaux, on a |J(χ, ψ)|2 = p.
Expliquons d’abord comment elle entraîne le Théorème.
Démonstration — (du Théorème 1.8) Par définition, J(λ, c) est une somme d’élé-
ments de la forme ±1, ±j et ±j 2 , avec j = e2iπ/3 . Comme j 2 = −1 − j, on a
J(λ, c) = a+bj avec a, b ∈ Z. La Proposition 1.12 entraîne p = |a+bj|2 = a2 −ab+b2 .
On a aussi J(λ, c) + J(λ, c) = 2a − b. La formule (15) montre donc
|Sp | = p + 2a − b.
Mais |Sp | est impair par le Lemme 1.6, et on a p 6= 2, donc b est pair. On pose
A = a − b/2 et B = |b/2|. On a donc |Sp | = p + 2A et p = a2 − ab + b2 =
(a − b/2)2 + 3b2 /4 = A2 + 3B 2 . Enfin, le Lemme 1.6 montre A ≡ −1 mod 3.
62 3. GROUPES ABÉLIENS DE TYPE FINI
La Proposition 1.12 va résulter de l’étude des sommes de Gauss. Pour un carac-
tère χ de (Z/pZ)× donné, c’est la somme G(χ) = a∈Z/pZ χ(a)ζ a , avec ζ = e2iπ/p .
P
\ × des caractères non triviaux. On a :
Proposition 1.13. Soient χ, ψ ∈ (Z/pZ)
(i) |G(χ)|2 = p,
(ii) G(χ)G(ψ) = J(χ, ψ)G(χψ) si χψ 6= 1.
Le côté très surprenant de l’égalité (i) est qu’une somme de p − 1 racines de
√
l’unité soit de module p. Noter que (i) et (ii) entraînent la Proposition 1.12, et
terminent donc la démonstration du théorème de Gauss.
−1 −a
P
Démonstration — Montrons le (i). On a G(χ) = a∈Z/pZ χ (a)ζ , et donc
X
|G(χ)|2 = G(χ)G(χ) = χ(a)χ−1 (b)ζ a−b
a,b∈ Z/pZ
par un développement brutal. La convention χ(0) = χ−1 (0) = 0 montre que l’on
peut supposer a, b ∈ (Z/pZ)× dans la somme ci-dessus. Le changement de variable
b = at avec t ∈ (Z/pZ)× permet alors de ré-écrire :
X X X
|G(χ)|2 = χ−1 (t)ζ a(1−t) = χ−1 (t) ζ a(1−t) .
a,t∈(Z/pZ)× t∈(Z/pZ)× a∈(Z/pZ)×
ζ a(1−t) vaut −1 pour t 6= 1, et p − 1 pour t = 1. On en déduit
P
Mais a∈(Z/pZ)×
X
|G(χ)|2 = − χ−1 (t) + χ−1 (1) + p − 1 = 0 + 1 + p − 1 = p.
t∈(Z/pZ)×
a+b
P
Montrons le (ii). On a encore G(χ)G(ψ) = a,b∈Z/pZ χ(a)ψ(b)ζ , puis
X X
G(χ)G(ψ) = ( χ(a)ψ(b)) ζ k .
k∈Z/pZ a+b=k
P
Pour k = 0, la somme entre parenthèses vaut a∈Z/pZ χ(a)ψ(−a) = J(1, χψ)ψ(−1) =
0 car χψ 6= P1. Pour k 6= 0, le changement de variables a = ka0 et b = kb0 montre
qu’elle vaut a0 +b0 =1 χ(a0 k)ψ(b0 k) = χ(k)ψ(k)J(χ, ψ). On a donc
X
G(χ)G(ψ) = χ(k)ψ(k)J(χ, ψ)ζ k = J(χ, ψ)G(χψ).
k∈(Z/pZ)×
Il nous reste encore à démontrer le Lemme 1.7, laissé de côté.
Démonstration — (du Lemme 1.7) Supposons p = a2 + db2 avec a, b ∈ N. On
peut supposer p - d, sinon on a d = p et une unique solution (a,p b) = (0, 1), puis
√
a, b ≥ 1. On a alors les inégalités 1 ≤ a < p et 1 ≤ b < p/d. On a aussi
pgcd(a, b) = 1, et p - b, sinon on aurait p | a et p2 | p, une contradiction. On a
donc (a/b)2 ≡ −d mod p.
Supposons enfin p = a2 + db2 = (a0 )2 + d(b0 )2 avec a, a0 , b, b0 ∈ N. L’analyse
ci-dessus montre (a/b)2 ≡ −d ≡ (a0 /b0 )2 mod p, puis a/b ≡ ±a0 /b0 mod p car p est
premier. Ceci et les inégalités ci-dessus montrent donc
(16) ab0 ≡ ±a0 b mod p et 1 ≤ ab0 , a0 b < p/d.
1. CARACTÈRES ET y 2 = x3 + 1 SUR Z/pZ 63
Pour d ≥ 2 cela entraîne ab0 = a0 b. Mais on a pgcd(a, b) = pgcd(a0 , b0 ) = 1, donc
a | a0 , a0 | a, a = a0 et b = b0 . Dans le cas d = 1, la relation (16) entraîne soit
ab0 = a0 b, et donc (a, b) = (a0 , b) comme ci-dessus, soit ab0 + a0 b = p. Mais dans ce
cas, les vecteurs u = (a, b) et v = (b0 , a0 ) de R2 vérifient u.u = v.v = u.v = p et on a
u = v par Cauchy-Schwarz : les deux solutions sont (of course !) (a, b) et (b, a).
Remarque 1.14. (Retour sur les premiers 1 mod 4) La Proposition 1.12 entraîne
aussi qu’un nombre premier p ≡ 1 mod 4 est somme de deux carrés. En effet, pour
p ≡ 1 mod 4 on peut trouver un caractère χ d’ordre 4 de (Z/pZ)× (pourquoi ?).
D’après la proposition, on a |J(χ, χ)|2 = p, ou encore |J(χ, λ)|2 = p. Ces deux
sommes de Jacobi sont de la forme a + bi avec a, b ∈ Z, et donc p = a2 + b2 . Voir
l’Exercice 3.5 pour une suite !
Remarque 1.15. (Somme
2ikπ de Gauss quadratique) Pour p 6= 2, c’est la somme
P k
Pp−1 2ikπ
Gp := G(λ) = k∈Z/pZ p e p . En utilisant k=0 e = 0, on constate aussi
p
p−1
X 2iπk2
Gp = e p .
k=0
Pour tout caractère χ, on a aussi χ(−1) = ±1, et par la bijection x 7→ −x,
X
(17) G(χ) = χ(x)ζ −x = χ(−1)G(χ).
x∈Z/pZ
Comme λ = λ, on a Gp = ( −1 p
)Gp , mais aussi |Gp |2 = p par la proposition, puis
2 −1 p−1
Gp = p = (−1) 2 p.
p
√ √
On a donc Gp = ± p pour p ≡ 1 mod 4 et Gp ≡ ±i p pour p ≡ 3 mod 4. Gauss
a démontré (de son aveu, avec difficulté !) que ces signes sont toujours +. Nous
renvoyons aux exercices pour une démonstration due à Dirichlet de ce résultat, et
pour une preuve simple de la loi de réciprocité quadratique qui s’en déduit. Pour
χ 6= λ, il n’y a pas de formule simple connue pour G(χ) (ni même pour la somme
de Gauss cubique G(c), qui a fait l’objet de nombreux travaux initiés par Kummer :
voir l’Exercice 3.4).
Terminons cette section par une démonstration de la Proposition 1.10.
Démonstration — (de la Proposition 1.10, omise en classe) Dans le cas a = 0, le
terme de gauche vaut 1 (0 est seule solution) et celui de droite vaut aussi 1 par la
convention χ(0) = 0 pour χ 6= 1, et χ(0) = 1 pour χ = 1. On suppose donc a 6= 0.
Fixons g un générateur de (Z/pZ)× . D’après la Proposition 1.3, les caractères
de (Z/pZ)× sont les g k 7→ ζ k avec ζ p−1 = 1. Un tel caractère χ vérifie χm = 1 si, et
seulement si, ζ m = 1. Noter µm ⊂ µp−1 . Écrivons a = g k pour k ∈ Z. On a donc
X X
χ(a) = ζk.
{χ | χm =1} ζ∈µm
Cette somme qui vaut m si k ≡ 0 mod m, et 0 sinon. Il suffit donc de montrer
(18) N(xn = g k ) = m si k ≡ 0 mod m, 0 sinon.